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DICTIONNAIRE
ETYMOLOGIQUE
DE LA
LANGUE FRANÇOISE,
Par M. Ménage,
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Avec les Origines Françoifes de M. de Caseneuve, les Additions du R. P. Jacob, & de M. SimondeValhebert, leDifcours du R. P. B E s N i E R fur la Science des Etymologies , & le V ocabulaire Hagiologique de M. l’Abbé Chastelain.
NOU VELLE ÉDITION >
Dans laquelle, outre les Origines St les Additions ci-deflûs, qu’on a inférées à leur place , on trouvera encore les Etymologies de Meilleurs Huet, le Duchat, de Vergy, St plulieurs autres.
Le tout mis en ordre, corrigé , & augmenté , par A. F. J AU LT, Dotteur en Médecine , & Profejfeur en Langue Syriaque au College Royal.
Auquel on a ajouté le Di&ionnaire des Termes du vieux François, ou Tréfor des Recherches Antiquités Gauloifes & Françoifes de Borel, augmenté des mots qui y étoient oubliés , extraits des Dï&ionnaires deMoNET & Nicot, &. des Auteurs anciens de la Langue Françoife.
TOME SECOND.
A PARIS,
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Chez BRIASSON, rue Saint Jacques, à la Science <3c à l’Ange Gardien,
M. D C C. L.
A VE C\ AP PROBATION ET PRIVILEGE DU ROY.
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H A: B.
AB IL L ER. Rabelais, liv. i. chap. 5 . Je laveroys volontiers les tripes de ce veau que f ay habillé ce matin . Le Dictionnaire Fran¬ çois & Italien d’Antoine Oudin : Habiller une volaille , ou un poil- fon , curare. Et le même, dans Ton Dictionnaire Italien 6c François , au mot curare : Habiller un poilfon, ou uiie volaille. Et le Dictionnaire de l’A¬ cadémie Françoife : Habiller. Ecorcher , 6e accommoder de certains animaux bons à manger : Habiller un veau , habiller un mcuton , habiller un lapin. Ainfi habiller , dans cette lignification , c’ell rendre un animal mangeable , habile à être man¬ gé , dès qu’il fera allailonné & cuit. Le Duchat.
HABIT. Y)’ habitus : qui a été dit pour vête¬ ment par les Latins, comme par les Grecs. Et habitus a été formé à’habeo , comme , d’ï^a. Du fubltantif habit , on a fait le verbe ha¬ biller. M.
H A B L E R , c’elt-à-dire , parler beaucoup j 6c H A B L eur, grand parleur. Ce qui me fait croire que nous avons emprunté ces mots de l’Efi- pagnol hablar , hablador , 6c habla , qui lignifient parler , parleur , 6c parole ,• c’eft que je n’en ai fu encore trouver aucune marque dans les anciens Auteurs François. Quoi qu’il en foit , nous les avons formé de fabula , que les Auteurs de la der- Torne II.
H A B.
niere Latinité ont pris pour parole. Dans la Loi des Lombards , liv. i. tit. 9. §. 9. où il elt parlé d’un marché fait pour la réparation d’une maiion 3 Poft fabulant firmatam , lignifie apres avoir donné parole. La même chofe fe trouve au tit. 30. §. 3. 6c au liv. 3. tit. 1. §. 1. Il elt pourtant vrai que confabulari lignifie en bon Latin parler & s entre¬ tenir de difcours. Et même dans AuleGelle, liv. 19. chap. 13. fabulari elt abfolument pris pour parler 6c difcourir. Stabant forte in vefiibulo Palatii fabu¬ lantes , Front 0 Cornélius , 6c F eflus pofthumius . Joan- nés Sarifberienfis , dans une épître à Radulphus de Bello monte , a dit fabulare dans le même fens : Credideram projet: to te philo fophantis habere verba , non animum : fed nunc recolo te aliquatenus ejfe ma- gni difcipulum Ariflippi , qui ornni conditione tem- poris aquanimiter utebatur , & in ipfis philofopha - batur mtgis,jucundus omnibus , nulli gravis : qui ali- quando interrogatus , quid ei Philofophia contulerit , dicitur refpondijfe , ut cum omnibus horninibus intré¬ pide fabularet. Cafeneuve.
Habler, Hable u r. Afpiré. De l’Efpa- gnol hablar 6c hablador , fait du Latin fabulari , 6c fabulator. Ce mot a été introduit en France fous François Là l’occafion d’une Ambalfade Efpagnole en France , dans laquelle les Efpagnols qui par- loient leur Langue , en demandant ce qui leur fai- foit befoin, difoient toujours habla , habla. M»
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H A C. H A G.
HAG
HACHE. Hadrianus Junius in Batavia , dit que c’eft un mot Gothique. Ache , quod Gothica Eingua bipennem aut fecurim notât. Ifaac Ponta- nus, dans Ton Glojfarium Prifcc-G allicum , aiTure que ce mot , & le Flaman haecken , qui lignifie même choie , viennent du Grec a.yy<& , qui eft , dit- il, gênas haftœ Francica, ôc qui le trouve clai¬ rement décrite dans Agathias. Mais j’aime mieux le dériver â’afcia , qui lignifie la hache d’armes dont nos François le lèrvoient à la guerre. Guil¬ laume le Breton , livre z. de fa Philippide :
Afcia dum de x tri s , bifacuta fecuris , & enjîs,
Fulgurat. Cafeneuve.
Hache. Afpiré. Du Latin afcia. Guillaume le Breton, livre z. de fa Philippide :
Afcia dum dextris , bifacuta fecuris , & enjîs ,
Fulçurat.
O
Ou d ’acies. La Chronique de Senone, chap. 1Z9. Argentinenfes fibi acies fecerant fabrica,ri , quas Franci haches, de nomine , appellant. Ou de l’Alleman hacchen , qu’Ifaac Pontanus , dans fon GlolFaire Celtique , dérive d ’dyf& : forte d’armes parmi les François. Eullathius : d.yf&, «J© Sapai & 4>pat ytunS. Ou de hape , vieux mot François , qui fe trouve en cette lignification dans la Coutume de Lille. D’où le mot apiette , pour petite hache : & celui de Hapiola , furnom donné à Baudouin , Comte de Flandres , fils de Robert IL & qui eft interprété fecuris . Voyez M. du Gange, au mot hapiola. M.
Hache. De toutes ces étymologies de hache, je préférerois celle qui dérive ce mot du verbe Alleman hacken , fendre ou couper avec la ha¬ che. *
HAG-
HAGARD. Afpiré. De vagardus. Vagus , vagardus , hagard: comme he'dard, de veredardus. Voyez hé dard. Hagard fe dit propre¬ ment d’un faucon qui n’a pas été pris au nid ; & , pour ufer des termes de Nicot , qui n’eft de l’an¬ née , ains a plus d’une mue , & a longuement efle a luy ■ qui a eflé prins de repaire , ou au pajfage : & eft le contraire de for. Figurément , ce mot lignifie farouche , fier. Ainfi on dit , des yeux entre doux& hagards. M.
Hagard. De l’Alleman hag , qui lignifie une clôture , une fort ere fie , un lieu fortifié. De-là eft venu le nom de la Hague , petit canton du Co¬ tentin , fort couvert de hayes -, & enfuite le nom de hagard , pour fignifier un homme de la Ha¬ gue, ou un homme que la forterelfe dans laquelle il fe trouve rend fier & hardi. Huet.
Hagard. Je ne puis goûter l’étymologie de M. Ménage , ôc encore moins celle de M. Huet ", ne voyant pas quel rapport il y a pour le fens en¬ tre hagard & hag ,• ce qui feroit néanmoins nécef- faire pour fonder une bonne étymologie. Ainfi je dérive hagard de hagr , mot Celtique , ou ancien Gaulois , qui s’ eft confervé dans la Langue Cam- brique , ou du pays de Galle , & qui lignifie dif¬ forme , hideux. Voyez Glofiar. Celt. Specimen. Ha- ( rer, en Alleman, lignifie maigre , décharné. *
H AGI O GRAPHES. Terme de Théolo¬ gie. C’eft le nom que nous donnons à cette partie
HAG.
des Livrés de l’Ecriture que les Juifs appellent kethoubim , & par lequel nous exprimons ce mot Ebreu.' Les Juifs divifent les Livres facrés en trois clalfes : la Loi min thorah , qui comp¬ rend les cinq Livres de Moïfe : les Prophètes, 0^33 nebiim, qui comprennent Jofué , les Juges, les quatre Livres des Rois, Ifaie , Jérémie, Ezé- chiel, & les douze petits Prophètes : les Hagio¬ graphes, tu’lirü kethoubim , c’eft-à-dire Ecrits, qui lont les Pfeaumes , les Proverbes , Job , le Can¬ tique des Cantiques , Ruth , les Lamentations de Jérémie, l’Eccléliafte , Efther, Daniel, Efdras , ôc les Chroniques , que nous appelions Paralipo- ménes. Les Juifs appellent ces Livres Ecrits, par excellence , parce qu’ils ont été écrits , difent-ils, par une fimple infpiration & direélion du Saint- Efprit j à la différence des Livres des Prophètes , qui l’ont été par la voie qu’ils nomment prophétie, ôc qui confifte en fonges , vifions , paroles enten¬ dues, extafes , ou raviffemens. Ce n’eft pas ici le lieu de montrer le peu de juftelfe de cette divifion des Livres facrés. Il fumt de remarquer que le mot Hagiographes eft Grec , & qu’il vient d ’a.yi% faint , ÔC de ypctçv j’écris. Les Hagiographes font des écrits faints. Ce nom eft fort ancien. Saint Jérôme s’en eft fouvent fervi. Avant lui, Saint Epiphane appelloit ces Livres Amplement y^aupéict, qui répond plus précifément à l’Ebreu CD’SirD , Sc n’y ajoute rien. Cependant <3^/©- n’a point été mal ajouté ; & il eft renfermé dans l’idée du mot Ebreu , comme il paraît par ce que nous avons dit. *
HAGUIGNE'TES. Terme de Norman¬ die. Donner les Haguignétes. Voici , dit M. de Brieux , ce que le favant M. de Grantemefnil m’en récrivit. » A Rouen ils difoient en ma jeuneffe , 35 non pas Haguignétes , mais Hoguïgnétes j & peut- 33 être a-t-on dit Haguignétes , pour éviter l’équi- 33 voque de la lignification obfcène que les Picards 33 donnent au mot de hoguigner. Ce mot de Ho- « guignétes venoit de hoc in anno : car c’eft un 3> préfent que l’on demande au dernier jour de 33 l’année : donnez-moi quelque choie hoc in an- 33 no , encore une fois cette année. Et j’ai oui 33 chanter aux portes des voifins par les filles du 33 quartier une chanfon pour de tels préfens , qui 33 avoit pour refrain Hoquinano.
33 Si vous veniez, d la dépenfe ,
33 A la dépenfe de chez nous,
33 Vous mangeriez de bons choux ,
33 On vous ferviroit du roft ,
33 Hoquinano.
33 Mais ce mot-là étant Latin, & non entendu pat 33 le peuple, a été diverfement prononcé. Vers 33 Bayeux & les V ez , ils difent : Donnez-moi mes
33 Hoguignanés. «
Etant Avocat au Parlement de Rouen , j’ai oui dire cet autre couplet :
Donnez-moi mes Haguignétes Dans un panier que voici.
Je l’achetai famedi D ’un bon homme de dehors :
Mais il eft encore d payer.
Haguinelo.
Au refte , il ne faut pas confondre les hoguignétes avec les étrennes qu’ils appellent à Rouen les éri- vieres : celles-là fe donnent le dernier , & celles- ci le premier jour de l’an. Il y a cependant grande
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apparence que cec Haguinelo a été corrompu- dé ce qu’on dit ailleurs Aguilanleu , pour, au guy l’an neuf, ad vifcum anno novo . Paul Mérule , en fa Cofmographie : Sunt qui illud , au guy l’an neuf, quod batlenus quotannis pridié Kalendas Januarias , •vulgo cantari folet in G allia, âDruidis manajfe cen- feant , ex hoc forte Ovidii :
Ad vifcum Druidæ , Druide cantare folebant.
Solitos enim aiunt Dr aidas perfuos adolefcentes vif¬ cum fuum curÆlis mhtere , eoque quafi munere bo- num -, fauftum , felicem &fortunatum omnibus an- num precari.
Ils contoient des merveilles de la vertu de ce guy de chêne , & le cueilloient avec grande céré¬ monie, ainli que Pline le rapporte, & que notre Golfelin l’a remarqué en fon Hiftoire des vieux Gaulois , où le bon homme a témoigne fon peu de Littérature , quand il a dit que le nom de Saroni- da , que Diodore donne aux Druides , eft vocabu- lum nihili • car far on fignifie un chêne ; comme on recueille de ces mots de Pline, liv, 4. chap. 5. Sinus Saronicus olim querm nemore redimitus , unde nomen 3 ita Gracia antiquâ appellante quercum.C’efk ce que j’ai appris de M. Bochart, en fa Dilferta- tion qu’il m’a fait l’honneur de m’adrdfer fur le Livre de Golfelin. De Brieux , dans fes Origines de quelques Coutumes anciennes , pag. 3.4. 5. Voyez ci-deftus Aguilanleu. *
H A I-
HAIDROÎS. On appelle ainli les Liégeois. Une Lettre des Chanoines de Liège au Pape Jean XXIII. produite par Harfemius : Legia ( Liège ) , dudum a lege , in fui primordio , nun- cupata : nunc autem , ut rebus vocabulum confonet , in Legis odium nomine commutato. J On lit dans Nicot : haidroict, qu’aucuns mal écrivent 8c prononcent hédret : ofor reEli. M.
HAIE. C’eft maintenant le nom d’une clôture de vignes, de jardin, ou verger, faite de ronces & d’épines. Mais anciennement ce mot fignifioit l’enceinte d’une forterelfe , & même un lieu for¬ tifié. Les Capitulaires de Charles le Chauve , titre 3 1 . Quicunque iftis temporibus cafiella & firmitates & h ai as , fine nofiro verbo fecerit. Kalendis Augufti omnes taies firmitates disfaffas habeat. Beatus Rhe- nanus , Rerum Germanïcarum , lib. 1. les appelle haga. Nos François ont aulfi appellé haies , îesre- tranchemens faits de builfons & d’épines. Enguer- rand de Monftrelet, vol. 1. chap. 147. parlant du Roi d’Angleterre : Feifi fermer fon ofi de hayes & de fof es. Et au vol. z. parlant d’une rencontre des Armées du Roi Charles VII. & du Duc de Beth- fort : Et print le Duc de Bethfort fa place en afez fort lieu 3 & adojférent aucuns lieux par derrière , & de cofté , de fortes hayes d'efpines. Froiftart , vol. 1. chap. 160. parlant des Archers Anglois à la ba¬ taille de Poitiers : Ont pris le long du chemin , for¬ tifié durement de hayes & de buijfons , & ont veflu celle haye d'une part de leurs Archers. Et au chapi¬ tre fuivant il appelle hayer , fe fortifier de hayes : Ce Dimanche f cirent fojfoyer & hayer leurs Archers autour d'eux , pour eftre plus forts. Il n’eft pas mal- aifé de juger de là , que les Anglois avoient an¬ ciennement accoutumé de fe retrancher & de fe fortifier de haies. Cafeneuve.
Haie. Voyez haye. M.
H Ai. 3
HAILLON. Vieille harde. Il fembîe qiië comme de fouiller , bailler , on a fait foui lion , 8c bâillon 3 de même à' habiller ait été formé haillon * par fyncope , pour habillon. Le Duchat.
H A IM. D’hamus. Voyez hameçon. M. HAINE. HAINEUX. Afpiré. Les Alle- mans difent hafz. , pour dire haine. Dans les Glo^ fes d’Ifidore, hemofus eft interprété odium : fur le¬ quel mot , Bdnavèntura Vulcanius a fait cette Note : Forte , heinofus , odiofus. Vide , an inde Gallicum haineux. Haine & haineux , viennent de haïr. Et hdir , vient d* odire. M.
HAÏR. Afpiré. D’ odire. Voyez haine. AI.
H A I R E. Ce mot eft de l’ancienne Langue Tioife. L1 ancien Glolfaire que Lipfe a inféré dans la troifiéme Centurie de fes Lettres ad Belgas : Hera , cilicio 3 heren , cilicium : où Lipfe remar¬ que que ce mot a été formé , comme qui diroit huera, â pilis. Car en Langue Flamande hayr & haer, & en Alleman heare , lignifient poil : qui eft la matière dont eft tiftiie la haire. Cafeneuve.
Haire. Lati cilicium. Afpiré. Peut-être de biherriga , qui fe trouve à peu près en cette ligni¬ fication dans Sévère Sulpice , livre 3. de la Vie de Saint Martin , Dialogue z* A proximis tabernis bihtrrigam vefiem , brevem atque hifpidam , quin- que comparât am argenteis , rapit , atque ad Mar¬ tini pedes iratus apponit. C’eft le fentiment d’I- fàae Pontanus. V" ocem ergo fi examinemus 3- il parle de ce mot biherriga 3 noflram , Germanorumque etiamnum efe , nemo negaverit. Nam harich , five beharich , hifpidum , pilofumque fignifie at. Et ad- de , hodieque àdhuc Gallis difert 'e refervari haire pro cilicio. Voyez-le dans fon Glolfaire Celtique , au mot biherriga. Haër , en Alleman , fignifie poil : & haértuch , pannus ex pile. C’eft ce qui a été remarqué par Lipfe , fur ces mots de fon an¬ cien Glolfaire , hëra , cilicio 3 heren , ciliciumi M.
Haire. Il n’y avoit pas à héfiter fur l’étymo¬ logie de haire , puifque ce mot vient fans contre¬ dit de la Langue Teutonique. En Alleman haar , eii Flaman & en Anglois h air , fignifie poil. Les Francs difoient har$ les Anglo-Saxons hœr 8c hearek Le François haire fignifioit anciennement poil 3 & fon n’a depuis appellé haire Un cilice , que parce qu’il eft fait de poils. *
HAÏT. Comme quand on dit , de bon hait * Voyez haiter , & fouhait. M.
HAITER. Quelques-uns le dérivent de l’an¬ cien Alleman heitinga , expliqué par vota , dans le vieux Glolfaire de Lipfe. Il vient à'optare : comme fouhaiter , de fuboptare. Voyez fouhait. f Optare, ottare , haiter: O en A : comme en haïr , A' odire. Hait, verbal de haiter, a été fait d ’optum, inufité. M.
H AI T R E. Arbre: appellé autrement fouteau. De fagus : d’où les Allemans ont aulîî fait hefter. Fagus , faga ("d’où faie, & fartte ) ,fagafier, hagafter, haÎtre. Les Efpagnols ont dit de même haya, de fagus. Fagus , f agi , f agi us , fagia, ha y a. Touchant le changement de l’F en H , voyez moii Difcours du changement des Lettres.
Haitre , peut auflî avoir été fait dLoftria , nom Latin de la même lignification. Belon, liv. 1. de fes Singularités, chap. 41. L'arbre que les An* ciens ont nommé oftria, y retient encore fon nom an¬ tique. C'efi celui que nous nommons haiftre 3 qui eft moult fréquent partout le monde. Je m'efmerveille que quelques hommes de nofire nation , doctes , &
4 HA L.
cognoijfants les chofes , [ont tombez en cette erreur de penfer que le cerrus des Latins fufi celuy que no - ftre vulgaire appelle haiftre : veu mefmement que le haiftre ne porte point de gland , & que oftria eft Jî bien defcrit en.Théophrafie. La première étymolo¬ gie me paroît plus naturelle. J II eft afpiré. M.
H A L
HALBRAN. Oifeau aquatique : forte de 'canard ; canard fauvage. Les Grecs ont appelle jSpê'yA©- un oifeau que quelques-uns croyent être le merle. Héfychius : fifirS-toy /xopov t/, ûç fi Jlk- y.ct&ç. O i q > «V'S’/yèv /wopoy. Kai cpyscy ÆpAiô© , cmp ty/o/ KpospÇù y Et à ce propos , il eft à remar¬
quer que en Bas-Breton, lignifie un corbeau , oifeau de plumage noir , comme eft le merle. D’autres ont cru que fipf8tnè étoit une canne , fondés fur ces paroles d’Ariftote du livre ix. de l’Hiftoire des Animaux, chap. i. î' ti 0/ «bro t«s &a^d.T%ç ^«yTê? , ahfa jAciç <a yoM/J-ioi * c/oy /Sp^y-S© , ^ A«p© : que Pline, livre x. chap. 74* a tradui¬ tes de cette forte : DiJJident inter fe aquation , hwæ-
& gravi &. Cette opinion eft plus vrai-fembla- ble que la première. Or comme on a dit cfooaiV- t©" , pour dire un aigle de mer 3 quelques-uns croyent qu’on a dit de même «fo/Cps 5 pour dire une canne de mer : 8c que de ce mot «fo/Sfoy- S© nous avons fait halbrent , qu’on a depuis prononcé halbran. Cette dérivation eft plus natu¬ relle que celle de Périon , qui dérive hallebran de ô jSpeyS©. Voici fes termes ; /3ply3© , a Gratis anas vocatur. Et quoniam mafcidini efi generis , ar- ticulum o primum pronunciatum ejfe arbitror : deinde mutatum O in A , & L afcitum 3 ut albrent dice- remus. Il vient de l’Alieman albrenth , qui lignifie une petite canne. Barthius , livre xiii. de fes Ad- verfaires, chap. 4. Albrenth , minuta anas , Ger- manis , ad literam , dimidia anas efi : quod tamen fine venere é /^psy-S© , Picardus conficit. Ce Picar- dus , c’eft Jean Picard, Etymologifte François, qui a dérivé hallebran de Spey-S4©. f II y a appa¬ rence que l’Alleman brenth a été formé du Grec fipfG% •' car il n’eft point vrai qu’il n’y ait point de mots Grecs 8c Latins dans l’ancienne Langue -Allemande, f II eft afpiré. M.
H a l b r A n. Brenth n’eft pas un mot de la Langue Allemande. Celui d’où vient le François halbran , c’eft halber-ente , 8c par contraélion hal- brente , c’eft-àdire demi-canard : halber en Aile— man fignifie demi , 8c ente canard , mot qui re£- femble beaucoup au Latin anas. Le Duchat.
FI A l b r an. Le mot de bran lignifioit un cor¬ beau dans la Langue Gauloife. Et il lignifie encore la même chofe dans les Langues de Galle 8c de Bafte Bretagne. Il eft remarquable que dans le Li¬ vre de Coin , n>Q“nl7N albralfia eft expliqué par Buxtorf anas , un canard ; 8c que bérakon en Arabe lignifie la même chofe. Huet.
HALBREDA. Afpiré. Nicot : C’eft un mot de mefpris & defdaing , qui fignifie celle qui a un grand corps , long £r mal bafii. Il peut bien efirc ex¬ trait de halebarde. Aucuns Pufurpent aujfi au genre maficulin , Cette, étymologie me paroît tres-vrai- femblable. On dit , grande comme une pique. Et on a dit de la Duchefle de Bar , fœur de Hen¬ ri IV.
I L
Cy gi fl dans un f outre au dépiqué ,
San / fil de graijfe , ny de lard ,
H A L.
La Princejfe la plus étique ,
Qui [ortit jamais de Béard. M.
Halbreda. De l’Efpagnol albarda , qui lignifie un baft de mulet. Cavallo albardon eft un cheval de baft. Et a la page 81. du D. Gufman d’Alfarache François , édition de Hollande eu 1695. les ânes font appellés genets d’halbreda. De bafium , d’où bafi , vient aulïi bafio onis , d’où bâton , qui le dit d’une grande perfonne mal b⬠tie , & faite comme une perche. Le Duchat.
H A L B R E N E'. On appelle ainfi , en termes de Fauconnerie , un oifeau qui a des pennes rom¬ pues. Montagne, livre 3. chap. 5. l’a employé figurément en cet endroit , où il parle des femmes 8c de l’amour : Doyent-elles pas qu’il n eft ny Mar¬ chand .y ni Procureur , ny Soldat , qu’il ne quitte fa befogne , pour courre â cette autre. Et le Croche- teur , i Sr le Savetier , tous harajfez & halbrenez qu’ils font de travail & de faim. M.
Halbrene’. Je dérive ce mot de l’Alleman halber qui lignifie moitié j 8c c’eft comme qui di- roit , oifeau réduit â la moitié. *
H a l c 1 o n. Sorte d’oifeau de mer. On dit qu’il pond & couve fes œufs fur les eaux de la mer les jours de calme. C’eft de-là que lui vient fon nom , nz-apd ro en «foi «foiy , dit l’Etymologifte Grec. Plutarque témoigne aulïi que t «fo àxwo y«y Aop^ist? rarctpaSiÇct/u’VHV â-ct^ctrlav en %«/U&ÏVi cfo^.iy ^ nvaiTiblujeiârctj. Voyez Ariftote, dans fon Hiftoire des Animaux , livre 9. chap. 14. 8c Pline , livre 10. chap. 32. *
HALE. C’eft le teint brun dont la chaleur du Soleil ternit le vifage. Il y a apparence qu’il vient d’aAetl , qui lignifie proprement l’ardeur des rdions du Soleil. Quelques -autres le dérivent de «foi©, qui lignifie le Soleil , en Langue Dorique. Cafeneuve.
> Haie : Hale’. Afpiré. Henri Etienne le dé¬ rive de «foi©, dit, à la Dorique, pour foi©, c’eft-à- dire , le Soleil. M. de Cafeneuve le dérive d’aAs'a, qui fignifie l’ardeur du Soleil. Et M. de Valois le Jeune dérivoit halé d’ajjlatus. Ces mots hale, 8c halé, viennent d'afjum. AJfum , ajfulum , hale. AJfulum , afiulatus , hale’. AJfum 3 diélum quafi arfum ; quod ardeat , dit, Ilidore , xx. 2. M.
Hale. Je préféré l’étymologie de M. de Ca¬ feneuve, qui dérive ce mot du Grec cfoea. Je ne vois pas comment hâle peut venir d ’ajfum 3 8c en¬ core moins d’ ajfulum , qui eft un mot imaginaire. Les Hébreux ont le verbe V?n hâlal , qui dans la conjugaifon hiphil lignifie luire , briller , faire lui¬ re , faire briller : d’où VVm heilel , l’étoile du ma¬ tin. Ce verbe a quelque convenance avec le Fran¬ çois hâle 8c haler. C’eft principalement au grand Soleil qu’on fe hâle. *
H A L EC R ET. Afpiré. Latin thorax ferreus. Nicot : hallecret. C’eft la couverture & armeure de fer , dont le Gendarme & le Piquier font armez far le bufle du corps , fans brajfals , ne fauldier es : qu’on dit aujfi corfelet ; parce qu’il n arme que le corps , fans plus. Thorax , aut potius lorica. Scali- gerfur ces mots de Varrondu livre xv. de Lingua Latina : Lorica , a loreis ; quod de corio crudo pec- toralia faciebant : pofteâ fuccuderunt Galli e ferro fub id vocabulum ex anuleis ferream tunicam : le dérive du Grec «foilnpoToy. Voici fes termes: «fo vet- JWo y. Diodorus Siculus lib. V. Etiam hodie loricam vocant hallecret , quafi cfofopoTov , pro siAt/srxpoToy. f Suidas interprète , accufatif d’oÎMif , par XXaptvS'ct : 8c Héfychius , interprète «c'm)£ par %j"iâ y
H A Lé
■yéf&jtaleç' f J’ai peine à croire que ce mot Fran¬ çois vienne de ce mot Grec. Bourdelot le dérive de l’Alleman halzgereth j qui eft , dit-il , comme qui diroit rcbbe du col. Et Bourgoin, d 'alaigret : quod audacem , alacremque , animo confirmât o ex confidentia reddit : Qui font deux étymologies qui ne font pas recevables. Ai.
H ALE R un bateau. C’eft le tirer avec une corde. D’agolare, diminutif àéagere. V oyez houlet¬ te. Jean Brcideau (en Latin Brodœus ) , au livre xv. de fes Meflanges , chapitre xï. dit que du mot Latin helciarii , nous avons appelle halyers ceux qui tirent à la halée. Helcyon , pro fune , ùfurpant nonnulli : licet eum proprie Jîgnificet quo helcyarii ad.verfis fluminibus , aut vento contrario , navet tra- hunt. Martialis libro i .
Nec clamor valet helcyariorum. jSfos , vocis antique obfoleta quœdam veftigia adhuc retinemus , halieros appellantes. Je perfévére dans mon opinion. $ Ôn appelle en Normandie hale- batel l’efpace qu’on doit lailTèr , pour la halée , entre les rivières & les terres Voilînes des rivières* 5 haler eft afpiré. Ai.
Haï er : pour tirer , faire remonter ; comme quand on dit, haler un bateau. Les Ebreux ont le verbe nVi? dlahi monter , qui dans la cinquième conjugaifon , appellée hiphil , fait nhj-’îl heelah , qui Veut dire faire monter , élever , emmener , tirer , tranfporter , Conduire, &c. Je ne vois rien de plus naturel que de dériver notre verbe haler de ce ver¬ be Ebreu nVyrt heelah. C’eft auffi le fentiment de Nicot &: de Poftel. J’aime mieux avoir recours à une langue étrangère , que de faire venir haler , d’un diminutif imaginaire d ’agere , lequel verbe agere n’a pirefqu’aucune convenance de lettres & de fon avec celui que M. Ménage en dérive. *
HALETER : alpiré. D’ anh élit are , diminutif d’ anhelare. M.
H A L I E R , afpiré. Lat. dumetum. C’eft un diminutif de haga , qui fignifie une haye. Voyez haye. Haga , hagula , hagularium , Halier. C M. de Cafeneuve , au mot halle , le dérive de h allas. f halier: pour celui qui tire à la hallée. Voyez haler. M.
Halier. De hafla , qui dans les anciennes Glofes eft expliqué ramus aridus. Huet.
HALL. Nom de plufieurs villes d’Allemagne. Elles ont été appellées de la forte àcaufe de leurs falines : car le terme Alleman hall , qui fignifie un lieu couvert , une maifon , un portique , & du¬ quel eft dérivé notre mot hall , veut dire auffi une faline -, & ce terme Alleman, dans cette figni- fication , vient apparemment du Grec J'ai , d’ou le Latin fal , duquel notre mot fel. Les Teu¬ tons ont exprimé l’afpiration du Grec d\ç , que les Latins ont changée en s. Ce qui prouve la vérité de cette étymologie , c’eft que les villes qui por¬ tent le nom de Hall , comme Hall dans le Duché de Magdebourg , fur la riviere de Saale ; Hall d'ans le Tirol j Hall, ville Impériale dans laSuabe; Hall en Bavière , dans l’Archevêché de Saltz- bourg ; ont toutes des Salines. *
H A L L E B A R D E. Je ne fais fi parce qu’on la porte fur le cou elle n’auroit point été ainfi ap- pellé de hais , qui en Alleman fignifie le cou : le Gloflaire de Kéron : Collum , h alfa : &de barre, qui en la même Langue fignifie une hache. Le Dic¬ tionnaire de Dafypodius : Bar te , bipennis ; d’ou les. derniers Grecs ont tiré /3 «p^/cy, qui fignifie auffi une hache , dans Cedrenus. Meurfius , dans
l
îï A L î
fon Gloflaire Grec-barbarè : Bap S'Ùkiov j haftile j fe- curicnla levis. En effet , il y a aü bout de la hal¬ lebarde une petite hache , outre la pointe de fer. Le Dictionnaire de Dafypodius : Hellenperte , bi¬ pennis : d’où l’on peut auffi dériver hallebarde * Mais parce que les Suifles de la Garde du Roi ne portent que des hallebardes , & que peut-être ce font eux qui en. ont les premiers apporté l’ufage en France ; quelqu’un pourroit auffi dire qu’elles ont été ainfi appellées, comme qui diroit haches des Gar¬ des j d’autant qu’en ancien Tiois haltan fignifie garder. Le Gloflaire de Kéron : Cufiodire , haltan. Cafeneuve.
Hallebarde. Afpiré. Sorte d’armes. Cani- nius , dans fes Canons des Dialeétes , à la lettre E , dérive l’Italien alebarda , de l’Arabe albarda.' L’Italien & le François viennent de l’Alleman hal- lebard. Wolfang, en fon Abrégé fur les Mémoires Charles de Bouvelles (a) , au mot hallebarde : Haj- t& genus , ad pili Romani longitudinem ita falhtm, ut non punElim folum ex adverfo ferire , fed etiam Ctafîm , librato ïiïu alte in caput , vel punEtim acu- mine , vel latum vulnus fecuricula , quam habet ex altero latere j pojjit inferre . G eft are J oient Helvetii , Regis G allia ftatellites. Item milites Germanï , poft primam aciem ftare ftueti , & qui prœftanti corpore vexillum ftipant. Appellant helebart , integro no- mine in Gallos tranftato. Cluverius dans Ion ancien¬ ne Germanie, livre i. chapitre 44. Verummulto pejus illi qui angonem ejfte voluerunt idem telum quod vulgo nunc appcllatur hailebard. Quod vocabulum , nihil aliud ftgniftcat , quam fecurim Palatinam , quà Regum nunc Principumque Satellites , & <or- porum Cuftodes , armantur. Halle quippe eft atrium Palatii, veteri Germanorum , five Celtarum , vocabu- lo , Hnglis etiam nunc ufitato j & bard , feruris. f Le Préfident Faucher , livre 2. de la Milice & Armes, parle âuffi des hallebardes, comme d’ar¬ mes venues d’Allema gard des hallebardes me je croy , & venues dd Allemagne , ou de S oui Te. Pour ce que je trouve en un Journal d’un Curé de St. Adichel d’Angers , qu’ environ Tan Ai. CCCC. LXXV. le Roy ( J’entens Louis XI. ) fit faire d Angers , & autres bonnes failles , de nouveaux ferre¬ ment , qui furent portez, à Orléans : comme aufji d’I¬ talie, & par des gens de mer, des pertufanes, ran¬ çons , & langues de bœuf , furent inventées.
En Alleman , on prononce hellebard , & non pas hailebard : ce qui a fait croire à quelques-uns, que ce mot étoit compofé de celui de hel, qui fi¬ gnifie luifant , 8c de celui de bard , qui fignifie une hache comme qui diroit hache luifante.Yofnus de JAitiis Sermonis , pag. 274. longobardi : a lon- gis hardis , Jïve bartis ; hoc eft , bipennibus , quas geftarent. Unde remanfit hellebaert : put a , ex hel , clarus , fplendens , flameus j & baerd , bipennis. Cé- drénus , pag. 564. de la nouvelle édition , appelle une certaine arme , fa pJVM&v * qu’il dit être une arme royale, to (lonriMnov /2rtp<Nmv , haftile regium. Voyez les Gloflaires Grecs de Meurfius & de M. du Cange. Et dans le petit Gloflaire de l’ancien Germanique de Lipfe , aubardon eft interprété par afeia.
Il me refte à remarquer , afin de ne rien omet¬ tre de tout ce qui fe peut dire touchant l’étymo¬ logie du mot haéllebarde , que M. Naudé, à la page
( a ) Il falloit dire : Wolfang. Hungerus, Elenchus in Tabulas Bovillianas.
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gne , ou de .Suifle. Pour le n- , elles font plus récentes com-
6 H AL
'é4ï. de fou livre de la Milice , dérive ce mot du Lydien xd,Ç pu, qui fignifie J ecuris . Unde , dit-il , Juppiter Labradeus : qui eft une étymologie qui n’a aucune apparence de vérité. Ad.
Hallebarde. De ces différentes étymolo¬ gies du mot hallebarde , je préféré celle de V offius cpii le dérive de hel , c eft- a-dire luifant , £>c de bard ou ban qui lignifie Une hache. Ce qui me fait rejerter l’étymologie de Clüvier , c eft que la hal- lebarde étoit déjà ainfi nommée avant qu on s en fervît dans les Palais des Princes. *
HALLEBARDIERS. C’eft ainfi qu’on ap- pelloit autrefois à Touloufe ceux qui faiioient les Leçons de Droit dans les Ecoles de Droit , fans être Profeffeurs. Voyez mon Anti-Baillet , page... de la z. partie. Ai.
HALLEBIC. Dans un Regître du Parle¬ ment , qu’on nomme le Regître des anciennes Ordonnances , dont M. Rouffeau , Auditeur des Comptes , m’a communiqué un extrait Sc qui com¬ mence par ces paroles : In hoc libro funt Ordina- îiones qu& fequuntur , j’ai trouve ce qui fuit : Let¬ tres Patentes du Roy Charles , dattées de Aiars 1315. par lefquelles appert que ledit Seigneur a abo¬ li une faujfe Coutume étant en la ville de Paris , ap- pellée Hallebic, mife fur le poijfon , pour laquelle le Atarchand eft allier . pour chafcun pa¬
nier y prit le prix 3 fait rabattre a la fois fept fols , à la fois dix fols , & à la fois huit fols , félon leur volonté y de qui partira pour le gain. Et a ce que le Ai arc h and. eflrangern ait occafon de vendre mauvai- fe denrée & mauvais poijfon , eft ordonné que le poij¬ fon viendra , fans entrer en l’hoftel , droit d la place accouftumée d vendre le poijfon : & là , s'il plaît a V acheteur , fera veu ledit poijfon dejfus , dejfous , & au milieu , & ne fe partira par les Aiarchands de la place y jufqua ce que chacun en puijfe avoir pris ce que meftier lui fera. Le même M. Rouffeau m’a fait voir dans la Liaffe xi. des Aveux de France lefquels font dans la Chambre des Comptes de Paris , cet aveu de Philippes de Moulins , Evê¬ que de Noyon : Du Roy notre Sire , Nous Philip¬ pe de Aioulins , Evefque , Confeiller dudit Seigneury advouons tenir nuement en foy & hommage lige un Fief ajfts es Halles de Paris , appelle' le Hellebic , que naguère s fouloit tenir Aiejjîre J acques des Ef¬ forts , dit Flacart, Chevalier : à caufe duquel Fief nous avons droit de prendre fur chafcun panier de poijfon frais , ou falé, venant & défendant d Paris , une maille Pari fis j & fur chafcun milieu de harenc , venant & défendant d charoy en icelle ville y un de¬ nier Pari fs j réfervé aucuns poijfons qui ont accou fu¬ mé d’eftre fanes , & qui n'en payent rien. Et f plus y a y en advouons d tenir. En tefrnoing de ce nous avons mis notre feel d ces pré fentes , le 1 3. jour de Juin 1319. Il faut remarquer que dans cet Aveu il y a Hellebic , & dans le Regître du Parlement ci-deffus allégué , Hallebic. M.
HALLES. Ce font des places & lieux publics couverts , pour y vendre les denrées à l’abri. Pe- trus Rigordus , en la Vie du Roi Philippe Augufte : Duas magnas domos , quas vulgus halas vocat , édi¬ fie ari fecit j in quibus tempore pluviali omnesmerca- tores merces fuas mundijftme venderent. On appel- loit aufïî halles , aux fiéges des villes , les petits couverts fous lefquels on débitoit les Marchandi- fes. Froiffart vol. 1. chap. ioz. Et avaient en leur eft de toutes chofes néceffaires d plantes 3 halles de draps y pelleteries , & merceries. Ce n’eft pas fans raifon qu’on a cru que ce mot avoir été formé de
H A L.
battus y qui dans les Loix Barbares fignifie rameau > ou ramée 3 c’eft-à-dire , quantité de rameaux entaf- fés. La Loi Salique tit. 48. §. 3. parlant de celui qui a tué un homme : Si autem de ramis , vel de battis y aut de qualibet re , eum cooperuerit aut in- cenderit. Auquel lieu, pareequ’il eft fait différence entre ramus ôc battus , je crois que hatti étoient des buiffons qu’on appelle encore halliers. Mais foit que battus lignifiât un rameau ou un buijfon , il eft croïable que dans les Foires qu’on tient à la campagne, on avoit accoutumé de dreffer de pe¬ tites loges couvertes de branches d’arbres y ou de buiffons , pour y vendre les marchandifes à l’om¬ bre & à couvert. Et c’eft ce que les Romains ap- pelloient umbras. Feftus : Umbræ vocabantur Nep- tunalibus caf frondes, pro tabernaculis. Et que de¬ là toute forte de lieux couverts où l’on vend les marchandifes, ont pris le nom de Halles. Et il ne faut pas s’étonner de ce que les Marchands fe cou- vroient ainfi de branches îk de rameaux , puifqu’au- trefoisles Rois mêmes en ont fait à la guerre leurs tentes tk leurs pavillons. Grégoire de Tours liv. 5. chap. 19. Stabat Rex juxta tabernaculum ex ramis faétum. Car pour les Gens de guerre, ils en font ordinairement leurs huttes. L’Hiftoire du Conné¬ table du Guefclin chap. 49. Adonc Gendarmes & Prêt aille s firent loges de ronces & de buiffons. Dans la Loi des Ripuariens tit. 6 4. §. 5. hafla fignifie ra¬ meau. In circulo , & in hafla , hoc eft ramo. Où je ne fais s’il faut croire que hafla fignifie propre¬ ment ce que nous appelions halle : car en ce lieu- là il eft queftion de prêter publiquement un fer¬ ment, in circulo, c’eft-à-dire en l'ajfemblée du peu¬ ple. Car dans Tacite , & ailleurs , circuli fignifie les compagnies du peuple affen blé en rond pour s’entretenir des nouvelles du tems : & in hafla pour- roit bien fignifier fous la halle , ou place publique. Goropius liv. 6. de fes Origines d’Anvers nous veut perfuader une autre origine de halle. Hal , quo id fignifteatur quod confervat. Hinc Antuerpis hal , domus qusvis vocatur in qua merces plurimorum con- fervantur. Caleneuve.
Halles. Afpiré. Lat. forum rerum venalium , teélum. Il y a diverfité d’opinions touchant l’origine de ce mot. M. Huet le dérivoit du Latin aula , ou de l’Alleman halle , qui fignifie atrium Palatii : voyez ci-deffus au mot hallebarde : quia in Pala- tiorum atriis , pergulœ Cf attegiœ vulgb vifuntur. Ce font fes termes. Nicot en donne plus d’une étymologie. Voici fa remarque : Il vient de «Ma, qui fignifie congrégation , affemblée. Hérodote. Ou de âyActj , qui fignifie affembler , faire congré¬ gation ; parce que c’eft le lieu , auquel pour l'exerez- ee du commerce , on s’afemble de toutes parts , mef- mes es jours ordinaires de marché , & aujji pour con¬ férer & communiquer : comme on voit eftre ufité es villes du pays Suijfe , & ailleurs. Aucuns le veulent tirer en cette fignifie ation de cet autre mot Grec aXusiy ou dedxa; ,fignifiant place vuide fur rez de chauf¬ fée , que le Languedoc dit ayro ; l’Efpagnol , era 3 & l’Italien , aïa : le tout du Latin area, f Rigordus , en la Vie de Philippe Augufte, les appelle halas. Duas magnas domos , quas vulgus Halas vocat , sdificari fecit : in quibus , tempore plu¬ viali , omnes mercatores merces fuas mundijjime ven¬ derent. Et François Pithou , fur ces mots du Titre 48. de la Loi-Salique , Si autem de ramis , vel de hallis , aut de qualibet re , eum cooperuerit , dérive ce mot haU , en la lignification de Halles , de ce¬ lui de halUy qui fignifie des rameaux fes , dont on
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H A L. H A M.
couvrait les Halles. Voici Tes termes: de hallis, tit. 69. Ripuar. Glojfa : ficcis ramis. Inde Halle de Mars. Et qua à Philippe Augufto Lutetia ad/ fie a - ta , Les halles. Ec cette étymologie eft approu¬ vée par M. de Cafeneuve. Il eft croyable , dit-il , que dans les Foires qu’on tient a la campagne , on aura accoutumé de drejferde petites loges couvertes de branches d’arbres , ou de buijfons , pour y vendre les marchandées a l’ombre : & c eft ce que les Romains ap- pelloient umbras. F e fin s : umbræ vocabantur Nep- tunalibus cafæ frondeæ pro tabernaculis : Et que de -là toutes fortes de lieux couverts ou C on vend les marchandées , ont pris le nom ^Halles. M.
Halles. Je ne vois pas qu’on puilfe douter que le mot halles ne vienne de l’Alleman hall , qui lignifie un lieu couvert , une mailon, un porti¬ que j un palais, & ce que nous appelions propre¬ ment une halle. Ainfi il n’étoit pas néceflaire de chercher d’autre étymologie. *
HALO. On appelle de la forte un certain cercle qui paraît autour du Soleil ou de la Lune. Du Grec dhoi ? , qui fignifie proprement une aire , & enfuite le cercle dont nous parlons. Quand ce météore paraît autour du Soleil, on le nomme pa- rhélie ] 8c quand c’eft autour de la Lune , parafé-
le 'Y16 • ^
HALTE. Voyez ALTE.
H A M-
H AM. Nom d’une petite ville de France, en Picardie. Il y en a une du même nom en Allema¬ gne , dans la Haute Saxe ; 8c une autre en Weft- phalie. Ce mot qui eft d’origine Teutonique , fi¬ gnifie une rnaifon , un logement , une métairie , une rnaifon de campagne, un village , un bourg, ôc il termine les noms de plufieurs lieux en Angle¬ terre. Voyez ci deftous hameau. M. du Cange : In- terdum ham fignificat vicum , villam ] unde apud Germanos & Anglos villa & urbes fia nomina in ham defmentia pajjîm habent. Et enluite : Hamel- lum, diminutivum ab ham, villula avico majori dé¬ pendent. Si l’on veut remonter jufqu’à l’origine du mot ham , il vient , félon Wachter , de ham- men , ancien verbe Teutonique, qui fignifioit cou¬ per, trancher, tailler. C’eft pourquoi ham n’a pas feulement les lignifications que nous avons rappor¬ tées , mais il fignifie outre cela un pré] parce que les prés font coupés de canaux , de rigoles 8c de fof- fés pour y conduire l’eau : un courant d’eau ; par¬ ce que les courans d’eau coupent la terre pour fe faire un ht : un bois taillis : enfuite une rnaifon ; ôcc. parce que les maifons dans la Germanie étoient bâties de bois qu’il falloit couper. Le mê¬ me Wachter croit que le verbe Teutonique ham- men , couper, avoit été formé du Grec y.o/ufxe, qui fignifie entr’autres chofes coupure , 8c canal creu- fé pour conduire l’eau , 8c qui eft fait du verbe y.b-n- *7 «v couper , trancher , tailler. On voit par ce que nous avons dit, que le mot ham eft en général d’u¬ ne lignification vague, 8c qu’il convient à des cho¬ ies fort différentes -, en forte que dans certains noms propres il eft difficile de détérminer ce qu’il fignifie précifément : par exemple dans le nom de la célébré ville de Hambourg. Ecoutons la-def- fus Wachter : voici ce qu’il dit à la page 648. de fon Glojfarium Germanicum : Hamm ,Jylva cadua. Non Jylva in genere , nec Jylva fepibus munita , & multo minus lucus. Nam lucus eft nemus facrum , ubi lignum cadere nef as. Fieri tamen poterat ut fen -
HAM. 7
fus a Jylva cadua paulatim ad fylvam in genere pervemret. Inde fortaffe eft quod omnes auétores à R. D. Diecrnanno laudati in fignifie atu Jylva con- ventant. Quidam ex his auélonbus nobilis emporii H ambi'F gi nomen inde deducunt , quamvis etiam Burgum pratenfe denotare pcjjit. St quis tamen fyl¬ va inharendum cenfeat , mallem civitatem è fylva excifam , quam fylveftrem in nomine agnofeere. Op- timus divinator is demum erit , qui Ann ali um fide fe tueri poterit. Nam extra Annales ham eft vox vaga fignifie ationi s , eh pluribus rebus communis. Aliam ©“ a prioribus longé diverfam nominis ratio - nem exhibet conjeélura Adriani Junii , qui Ham- burgum Gambriviorum burgum interpretatur t quod prifeus ille Germania populus eam regionem olim infedijfet. Voyez le même Wachter à la page précédente , 8c à la fuivante.
Quelques Auteurs croyent que le mot ham étoit venu aux Germains 8c aux Francs de l’Ebreu C3i? am , qui fignifie peuple 3 8c que ces nations appellerait am , ou peuple , une habitation , un lieu , ou quelques gens , quelques familles , éta- bliffent leur demeure ; comme nous l’appelions peuplade a l’exemple des Efpagnols. On a dit aufîi Am , comme il paraît pat Amfleat. Voyez Hon - fleur. *
HAMADRYADES Voyez DRYADES. HAM AXOBITES , ou HAMAXOBIENS. Nom de certains anciens peuples de la Sarmatie Euro¬ péenne. Ils n’avoient point d’autres maifons que des tentes de cuir . qu’ils portoient fur des chariots; 8c c’eft de-là qu’ils furent nommés par les Grecs ctfActfoCioi , ou â./uuÇcCncii , c’eft-à-dire , gens qui vivent fur des chariots. Ce mot eft compofë de chariot , 8c de pist vie. Je ne fais fur quel fondement on dit dans le Moreri que hamaxa eft un mot qui dans l’ancien ufage des Afiatiques fi¬ gnifioit un chariot : d^Ea eft Grec , & non point du langage Afiatique ; 8c ce furent les Grecs qui appellerait Hamaxobites les Sarmates dont nous parlons. *
HAMBOURG. Voyez HAM.
HAMEAU. De ham , qui en ancienne Lan¬ gue Tioife fignifie rnaifon 8c demeure. Beda liv. 3. ch. 2 z. de l’Hiftoire Eccléfiaftique : In Provincia Orientalium Anglorum , in vico quod dicitur Ren- desham, id eft manfto , Rendils. Dans les ancien¬ nes Ordonnances d’Ecolfe , intitulées Regiarn Ma- jejtatem , liv. 4. chap. 9. Haimcfwkfn fignifie le crime de celui qui cherche & pourfuit un homme dans fa rnaifon pour l’endommager. Sur lequel lieu Joannes Skenæus dit , que ce mot eft compofé de h aime , qui en Alleman fignifie rnaifon ,• 8c de fu- chen , qui en Langue Ecolfoife fignifie pourfùivre. Goropius Becanusliv. 1. de fes Origines d’Anvers dit que heim,en Flaman , fignifie domicile 3 & qu’il eft formé de heimen , qui fignifie proprement en¬ vironner un lieu de hayes , de fojfés , ou de telle au¬ tre clôture : 8c il ajoute que les anciens Germains environnoîent de cette forte leurs bourgs 8c leurs villages ; félon le témoignage de Tacite au livre de jVtcnbus Germanorum. Cafeneuve.
Hameau. Lat. Viculus. Bourdelot le dérive de Ifjict fimul ; parce que c’eft un amas de diver- fes maifons. Le P. Méneftrier , dans fà Méthode duBlafon, page 51. le dérive du Flaman harnme : AMeyde, ou hameyde , eft encore une barrière en Flaman , ou les maijons de bois traverfées fe nom¬ ment hamme : d'où vient le nom de hameau ; à eau- fe des maifons de village , bâties de cette forte, &
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des barrières dont les chemins font fermes en Suijfe & en Allemagne fur les avenues de ces hameaux. Il vient de hamel , diminutif de ham , qui lignifie me bourgade : témoin ces mots Anglois , Buckin¬ gham , W alftngham , Nottingham. De hamel , on a fait hamelette , ou hamlette , qui fe trouve dans une Ordonnance Françoife d’Edouard I. Roi d’An¬ gleterre , rapporté par Spelman dans fon Gloffaire, où je renvoyé mes Leéteurs , 8c au mot ham du même Gloffaire. Dans le Boulenois , la plûpart des villages fe terminent en ham , que les Picards pro¬ noncent hem. Ardinghem , Bejînghem , Efchinghem , Odinghem. Les Allemans difent heim. Openheim , Papenheim. f Hameau eft afpiré. M.
HAMEÇON. D 'hamicione , ablatif d'hami- cio , dérivatif de hamus. Hamus , h ami , hamicio : hamicio , hamicionis , hamicione , hameçon. M.
HAMEYDE. Voyez hameau. M.
HAMPE de hallebarde. Afpiré- C’eft le man¬ che d’une hallebarde. L’ancien mot étoit hante. Et ce mot étoit encore en ufage du tems de M. de Vaugelas , comme M. de Vaugelas le témoigne dans fes Remarques fur la Langue Françoife. Au¬ jourd’hui il eft tout-à-fait hors d’ufage. Mais il n’eft pas ici queftion de fon ufage ; il eft queftion de fon étymologie. J’ai remarqué dans la première édition de ces Origines de la Langue Françoife , que quelques-uns dérivoient hante de l’Alleman handhabe ( a ) , qui fignifie toute forte de bâton , foit de fourche , de hallebarde , de mail , ou de marteau ; 8c qui eft compofé de hand , qui fignifie main , & de habe , qui fignifie avoir , manier , 8c qu’on tient dérivé du Latin toabere. Et M. de Cafe- neuve a écrit dans fes Origines Françoifes , que comme nous avons fait manche de main , nous avons fait hante de hant , qui dans la Langue Tioife fignifie main : comme il paroît par ces en¬ droits du Glolfaire du Moine Kéron : Manu , hen- ti : manuum , henteo : manibus , hantuM. Cette étymologie eft affez raifonnable. Et je la préféré préfentement à celle que j’ai fu'vie dans mes Ob- fervations fur la Langue Françoife , 8c dans la première édition de mes Origines de la Langue- Françoife : qui eft, que hante avoir été fait d'ami- te , ablatif d’ames amitis , dit par les Latins dans la lignification d 'une perche, f Bourdelot , dans fes Origines Françoifes Manufcrites, dérivoit^wz- pe de l’ancien François henepée , qui fignifie , dit-il, m manche , ou une poigne'e. Et pour prouver cette lignification , il cite ce vers de Hiion de Villeneu¬ ve :
Ne de buens parefis une grant henepe'e. M.
HAN-
H A N A P : afpiré. Lat. patera. Froiflart ule de ce mot : & il fe trouve plus d une fois dans l’in¬ ventaire des Meubles de Charles V. ce qui fait voir qu’il eft ancien en notre Langue. M. de Va¬ lois le Jeune le dérive de hannipa , fondé fur ce paffage de Volfangus , Auteur allez ancien : Vas , Cjuod hannipa nominantur , quo mixtio agebatur , inter manus propinantium ita exinanitum eft. C’eft au livre 3. des Miracles de Sainte Valpurge. Il y a dans un Manulcrit , hanniba. Dans le petit Dic-
H A N.
tionnaire Latin-François , publié par le P. Labbe^ fcyphus eft interprété henap : ce qui confirme la leçon des Imprimés. J hein nap , en Alleman , fi¬ gnifie une écuelle d oreilles. M.
H a n a p , vient du Saxon hnap , calix , patera. C’eft nap qui fignifie en Alleman une écuelle à oreilles , Sc qui vient apparemment du Saxon hnap. M. Ménage a pris le pronom Alleman ein un , pour un mot qu’il a mal-à-propos afpiré , dans la créance que hein-nap devoir être quelque compofé de hein 8c de nap. Or hein n’eft pas un mot Alleman. Le Duchat.
HANCHE. Afpiré. Lat. coxa. Du Latin-bar¬ bare anca : d’où les Italiens & les Efpagnols ont auffi fait anca 3 8c qui a été fait d’àyw, qu’on a dit pour àyy.wv. avI* fe trouve en cette lignification de hanche dans Euftathius fur l’Iliade m. verf. 3 1 y. [aumv , « yuçpoxvnjulct éçiv , Lui m <sroMcùV yXuosu anZan tpae't. Euftathius fait encore mention du même mot fur l’Iliade de •ÿ , vers 72 6. M.
Hanche. Rabanus Maurus , dans fes Glofes Latino-barbares : Ilia , Lancha. L. S’étant perdue , de lancha on a fait hanche : comme de lazioard , s’eft fait azur 3 8c comme de lynx on a fait once. Huet.
Hanche. Je dérive le François hanche , & le Latin-barbare , de l’Alleman a?ike , qui entre plufieurs lignifications a aulïï celle - là. Voyez Wachter Glojfar. German. au mot anke. Au refte je ne comprens pas ce que veut dire M. Ménage lorfqu’il avance qu’Euftathius fur Homère emploâe le mot dans la lignification de hanche 3 puif- qu’au contraire ce Commentateur le rapporte com¬ me un fynonyme de yaçpox yjy/ia, qui eft la même chofe que le gras de jambe,appellé ^«ypar Homè¬ re : ce qui eft bien différent de la hanche , dont il s’agit ici. *
HANEBANE. Afpiré. Plante, appellée au¬ trement jufquiame. Voyez juj, qui ame. Nicot:HA- NEBANE eft une efpéce d’herbe , que les Herboriftes appellent altercum & hyofciamus : laquelle eft poi- fon aux poules : de forte que fi le grain qui leur eft donné a manger , en eft frotté , elles meurent. L’ An¬ glois dit henbene, qui fignifie poifon aux gelines , ou mort à gelines. Et s’il eft tiré de-là, il faut écri¬ re henbene , ou henbane. Je ne doute point qu’il n’erç foit tiré. Mais les Anglois écrivent henbane , qui eft un mot compofé de hen, qui fignifie poule , 8c de bane , qui fignifie poifon. La hanebane eft une herbe très-venimeufe , 8c qui pour cela , a été appellée par les Efpagnols veleho 3 foit du mot La¬ tin venenum , ou du mot Grec qui dans la
Perfide, félon le témoignage d’Ariftote dans fon livre des Plantes , fignifioit un poifon avec le¬ quel on empoifonnoit les flèches. Et comme les Elpagnols appellent auiïi la hanebane ,yerva del Balleftero ( c’eft-à-dire, herbe d’ Arbaleftrier) , par¬ ce qu’elle fert au même ufage 3 Bonaventura Vul- canius , dans les Notes fur les Glofes Anciennes , page 89. a fiuivi cette étymologie. Elien au chapi¬ tre 7. du livre 1. de fon Hiftoire Diverfe , a auiïi remarqué que les fangliers qui ont tâté de la ha¬ nebane , tombent en convullîon. Mais ce qui ne fait pas peu à notre fujet , c’eft ce que Bonaventu¬ ra Vulcanius a écrit au lieu allégué , qu’aïant pi¬ qué la crête d’un coc d’une aiguille frotée de hane¬ bane , le coc fit dans le même moment un faut en l’air , 8c tomba mort. M.
HANETON. A fpiré. Lat. f :arabeus arborais. Gr. jMHZozévdH. De tabarms , de cette maniéré : taba-
nus ,
y
H A N.
tins , tavanus , tavanettus : vanettus , vanetto : va- nettone , uanettone , haneton. Tabanus n’eft pas un haneton : c’eft un taon : mais les Etymologiftes n’y regardent pas de fi près. Les Italiens appellent une perdrix cotornice , mot fait de coturnix , qui fignifie une caille. Le peuple aura confondu tabanus avec le haneton , à caufe de leur bourdonnement , qui eft femblable. On peut auffi avoir fait haneton èéafilus , qui eft le même que tabanus. Philargy- rius , fur le 3. des Georgiques de Virgile : Nigi- dius de Animalibus : Asilus , eft mufca varia , tabanus , bubus maxime nocens. Et s’il en a été fait , il en a été fait de cette façon : AJîlus , afi- lettus , afinettus , afinetto afmettonis , afinettone , afnettone, haneton. M.
Haneton. Qui pourra croire que ce mot vienne de tabanus , ou d ’aftlus ? car outre qu’il y a bien de la différence entre un haneton & un taon , il y a trop peu de relfemblance entre le mot haneton , ôc ceux de tabanus ôc d ' afilus 3 auffi M. Ménage 11’a-t-il pu faire venir ces deux derniers à fon but que par un très-long circuit , & un très-gratid chan¬ gement de Lettres. Quelques-uns prétendent que haneton s’eft dit , par corruption , pour alleton , à caufe que cet infeéte a-été appellé par quelques Auteurs alitonans , quod alis intonet. *
H A N G A R. Ce mot eft afpiré : ôc Nicot , qui a écrit qu’il nel’étoit pas , s’eft tout-à-fait trompé. .Voyez angar. M.
H ANICROCHE. Voyez anicroche.
H A N N E. On appelle ainft en Normandie ,
une vieille cavale ruinée. De anner , qui en Lan¬ gue de Galle , fignifie une jeune vache. Huet. Voyez
HENNE.
H AN N I B A L. Voyez annibal.
H A N N O N. C’eft le nom propre de plufieurs Seigneurs Carthaginois , ôc par conféquent c’eft un nom Punique. Il eft en effet purement Phéni¬ cien ou Ebreu : pan hhannoun , dans ces Langues, fignifie gracieux , clément, miféricordieux. Voyez Exod. xxii. 27. Il a la même origine que le nom Anne , favoir le verbe pn hhânan , qui veut dire , être gracieux , miféricordieux , accorder gracieufe- ment , faire grâce. Du Ryer , dans fa traduétion de Tite-Live , écrit Hannon , à caufe de l’afpira- tion forte , & il a raifon. *
HANOUARTS. On appelloit ainft ancien¬ nement à Paris les Porteurs de Sel. Je ne fais pas l’étymologie de ce mot. M.
HANSE T E U T O N I QU E. C’eft une Com¬ pagnie de plufieurs villes d’Allemagnes , unies en- femble pour le commerce : appellées Anféatiques , du mot Alleman hamfée , qui fignifie maritime 3 ôc qui eft compofé d ’ am , c’eft-à-dire , ad , auprès 3 ôc de fée, qui veut dire mer : à caufe que les prin¬ cipales de ces villes font maritimes : comme Lu- bec , qui eft la Capitale des villes Anféatiques : Dantzic , Hambourg , Roftoc , Fifmar , ôcc. Et de¬ là le mot de hanfe , pour affociation a une Compa¬ gnie. Au chapitre 1. art. 3. de la Jurifdidtion de la Prévôté ôc Echevinage de Paris : Tous Marchands pourront faire amener toutes maniérés de grains & farines , aval l’eaue , pour vendre en la Fille de Paris, au-dejfus des ports d’icelle ,fans congé , fans hanfe , & fans Compagnie Françoife. On a dit de même hanfer , pour ajfocier aux privilèges , droits , & coutumes d’une Compagnie. Voyez Nicot. Le mot de Hanfe Teutonique fe trouve dans les Or¬ donnances de la Ville de Paris dans les Or¬ donnances Militaires , Titre vu. article 23.
Tome II,
H A N.
f Voyez M. Servin , dans fes Plaidoyés. M .
H anse, ne vient point de hamfée , comme dit M. Ménage, mais de hanfe , autre mot Alleman qui fignifie Jociété 3 y ayant eu des villes Méditer- ranées dans la Hanfe Teutonique , dès la première inftitution. Ce qui a donné lieu à l’erreur , c’eft que la plus grande partie des villes Hanféatiques , étant fttuées fur la mer , on s’eft imaginé que ce mot étoit tiré de-là. Ce qui prouve encore la véri¬ té de notre étymologie, c’eft le verbe hanfer , c’eft- à-dire , ajfocier , qui ne peut venir que de hanfe , fociété <, & non pas de hamfée , maritime. Voyez Wachter , dans fon Glojfarium Germanicum , au mot hanfe. *
H A N S E R. Nicot : HANSER. C’eft ajfocier au¬ cun aux privilèges , ufages , & cùuftumes. Voyez Hanfe Teutonique. M.
Hanser : pour manier. Vieux verbe , dont parle M. du Cange , au mot hanfatus. On diioit , hanfer les armes , pour. , manier les armes : & , bien hanfez d’armes , pour , des gens bien exercés aux armes. Ce mot étoit d’origine Teutonique, & avoit été fait de hand , qui fignifie main. Les Allemans difent haudieren, dans la même lignifica¬ tion. *
HANTE. On dit aujourd’hui hampe. C’eft le manche d’une hallebarde , ou de tel autre bâton de guerre. Comme de main nous avons fait man¬ che 3 ainft de hant , qui en Langue Tioife fignifie main , on a fait hante. Le Gloffaire du Moine Ké- ron : Manu , henti 3 manuum , henteo 3 manibus , hantum. Et dans le Décret du Duc Taflilon , qui fe voit après les Loix des Bajuvariens , hantelot eft expliqué manus immijfto. Cafeneuve.
HANTELEURE. Les Mémoires de la Li¬ gue, tom. 3. pag. 719. parlant de ce que firent deux foldats pour tourmenter un pauvre homme avec un fléau à battre le blé : L’un prit la hanteleu- re , & l’autre la verge d’icelui. La hanteleure , c’eft le manche ; & ce mot a la même origine que hante . Le Duchat.
HANTER. Quelques-uns le dérivent de l’Al- leman hantieren , mot de même fignificatiori. D’au¬ tres le dérivent du Bas-Breton hentif , qui figni¬ fie chemin. Je crois qu’il vient du Latin habit are. M.
Hanter. Je crois que ce mot vient du ver¬ be fréquentatif ventare , formé du lupin du verbe venir: car hanter , c’eft aller ou venir fouvent en un lieu : &c on fait allez que l’U & l’H font fort amis , & prennent fouvent la place l’un de l’autre. D’ailleurs le verbe venire ne fignifie pas toujours venir 3 il fignifie quelquefois auffi aller : comme dans cet endroit d’une Lettre de Cicéron à Atticus xiv. 1 2. Utile eft me illuc venire , & dans plufieurs autres endroits de fes œuvres. Le verbe ventare , au refte , n’eft pas nouveau , puifque c’eft lui qui a produit le compofé adventare. Voyez F es tu s. S. Add.
H a n t e r. Je ne finnois croire que hanter vienne ni de habitare , ni de ventare : ces étymolo¬ gies paroilfent trop forcées. J’aime mieux le déri¬ ver après Wachter , de l’ Alleman hanfe , fociété , de même que hanfer. Hanter quelqu’un -, c’eft com¬ me qui diroit , s’alfocier à lui : fi l’on n’aime encore mieux le faire venir du verbe Alleman handeln , formé de hand main , & qui fignifie manier , né¬ gocier , traiter avec quelqu’un. L’Alleman hdntie- ren , eft pris du François hanter , ôc non le mot François de ce mot Alleman. *
N
10 H A P. H A Q.
H A P-
HAPELOPIN. Parafite : qui hape des lo¬ pins. M.
HAPELOURDE. Ce mot fe die de ceux qui paroiftent être quelque chofe , 8c qui ne font rien. On appelle aulïi de la forte un diamant d’A¬ lençon. M.
Hapeloub.de. Ce mot effc compofé de ha- per , 8c de lourd, pris dans le fens de lourdaut , de fot ; parce que ces fortes de faux diamans , & les autres chofes qui ont belle apparence 8c peu de va¬ leur , prennent 8c trompent les fots. Voyez ha- per. *
H A P E R. De harpagare : ou de dpTrdÇ&v, félon Périon -, bien que Nicot ne foit pas de cet avis. Ce mot lignifie accrocher , 8c prendre avec violence. Ainfi dans la Somme Rural de Boutillier , Saifîne de happée effc quand on fe laifit du bien d’autrui par force. Mais je crois qu’il vient de hapen , qui en Langue Tioife devoit fignifier prendre , puifque dans la Loi des Bajuvariens , tit. 10. hapich fignifie capit. Car parlant d’un Faucon , ou Autour , il y effc dit : De eo c/ui dicitur ganshapich , qui anferes capit. Et en un autre endroit , anethapich eft celui qui prend les canards. Et dans la même Loi , tit. 19. canis hapichhunt , eft celui que la Loi des Fri¬ ions , tit. 4. appelle canis acceptoricius : car hunt , en Alleman , lignifie chien. Cafeneuve.
H A p e b.. Périon 8c M. Lancelot le dérivent de y, Bourdelot le dérive de l’ancien mot La¬
tin apere : d’où aptus , 8c adipifei. Il pourroit ve¬ nir dé capere. M.
H a p e b.. L’étymologie de M. Ménage a quel¬ que vraifemblance : mais je préféré celle qui déri¬ ve ce mot de l’Alleman happen, qui lignifie la mê¬ me chofe. *
H A P L E. Afpiré. Vieux mot inulité , qui figni- fioit un dévidoir. Le petit Diétionnaire Latin-Fran¬ çois , publié par le P. Labbe : Alabb.um. Haple , inftrument , pertinent a femme , pour filer , defivider : efchancourt , defvideour. Il peut avoir été formé de ce mot alabrum , de cette maniéré : Alabrum , abrum , ablum , aplum , ArLE , haple. Ou plutôt de l’Alleman hafipel. Mathias Martinius , au mot hap- fus : Hapsus lANÆj eft portio lana coh&rentis. Et Germanis nota vox eft. Kilianus in Diélionario : Hafp , hapfi : vellus lanæ , & fila congregata , 8c ex alabro depofita , antequam glomerentur. V ulgo hafpum , hapfum. Inde etiam halpe , & hafpel , rhombus , girgillus. M.
HA Q-
H A QU E B U T E , afpiré. C’eft ainfi que nous appellions anciennement une arquebufe. Rabelais , 1. 44. A tous fiai foit laififer leurs piques , efipées , lances , & haquebutes. Marot , dairs l’épigramme ci-deftus tranferite au mot guigner : J'en croy tous les Elacquebutiers. M.
H a q,u e b u t e. C’eft proprement une arquebu¬ fe à croc, un double moufquet : 8c c’eft ce qu’em¬ porte ce vieux mot , qui n’eft qu’une corruption de l’Alleman haken-bûchfe , compofé de hake croc, 8c de bùchfie , qui fignifie boite. Le Duchat.
H A QU E N E' E. Puifque le verbe embler , qui exprime le pas Se le train d’une haquenée , eft for¬ mé d 'ambulare , comme je l’ai fait voir en fon lieu ; on peut aulïi , par une tranfpofition de quelques
H A Q.
lettres , allez ordinaire aux Langues , avoir formé haquence de l’ancien verbe Tiois anakan , qui fi¬ gnifie incedere , ambulare. Le Glolfaire du Moine Kéron : Incedunt , anakanc. Il fe trouve dans le mê¬ me Gloftaire quelques autres infléxions de ce ver¬ be ; comme , ambulans , Izanganti j ambulantes , kangante , 8cc. Cafeneuve.
H a qjj en e' e , afpiré. Lat. equus gradarius. Le P. Labbe croit qu’on a dit haquenée , au lieu de traquenée , fait dit-il , par onomatopée , de même que traquenard. M. de Cafeneuve le dérive dé an a- kan , mot Tiois , lignifiant incedere , ambulare. Voyez fa Note. Elle eft curieufe. D’autres le déri¬ vent du Flaman hackeney , ou de l’Anglois hacney. Mais c’eft au contraire le Flaman hackeney , 8c l’An¬ glois hacney , qui viennent du François haquenée. Et le François haquenée vient du Latin-Barbare ha- kinea , formé à' equus , de cette maniéré : equus , akus , akjnus , akineus , akfnea, haquene'e. Au lieu d ' akinea, on a dit kinea, par aphérèfe : d’où l’Ita¬ lien chinea. D ’ akjts , on a fait le diminutif aketus : dont nous avons fait haquet , qui fe trouve dans nos vieux Auteurs pour un petit cheval : Î7t7rdeMjv> Coquillard , dans le Monologue du Puis :
Sus fus, allez vous-en J aquet :
Et penfez le petit haquet :
Et luy faites bien la litiere. '
Nous avons fait de même h a qjj e , déhaca. Ha- que , pour jument , fe trouve : témoin le proverbe: V in , qui eft : Clerc , qui ftait : Haque , qui va. Entendez la Note. Le vin ne vaut rien : Le Clerc ne fait rien : La Haquenée trote. D ' aka , on a fait aulïi égue , pour éque. Voyez égue ci-delfus.
Les Arragonois, félon le témoignage de Nicot, au lieu de haca, dilènt faca, par le changement ordinaire de l’H en F. Et comme dé equus , on a dit equuleus : ce mot , pour petit cheval , fe trouve dans les Glofes anciennes: de faca, on a fai t fa- cana : 8c enfuite , facanea , mot qui eft en ufage parmi les Caftillans. D efacana, 011 a dit fana, par contraéfcion : d’ou , avec l’article Arabe al , les Ef- pagnols ont fait alfana , pour une cavalle. Et les Italiens ont enfuite emprunté ce mot des Efpa- gnols. L’Ariofte , dans le fécond de fon Furiofo :
Gradaftb ave a un a alfana la piu bella ,
E la miglior , che mai portaffe fella.
Et par-là il paroît, qu’Oudin 8c le Franciofin , qui ont dit qu ’ Alfana, dans l’Ariofte , n’étoit pas un nom générique, mais un nom propre de Ca¬ valle , fe font mépris.
Les Italiens , au lieu d 'alfana , ont dit bufical - fana ^pour une grande vilaine jument maigre. La Crufca : Buse alfana. Beftia , grande , e magra : che anche diciamo , alfana : detto per ifeherzo : Franco Sacchetti : Aveva accattato un cavalaccio, di quegli délia tinta di Borgonilîànti , che era una bufcalfana , che parea la famé. Ce qui détruit la penfée du P. Bertet , que bufcalfana avoit été fait, de bucephalus. Bucéphal étoit un cheval fringant. On dit fec comme du bois : ce qui pourroit donner fujet de croire que bufcalfana auroit été fait de bofco , 8c dé alfana.
Il me refte à faire part ici à mes Leéfceurs de cette belle épigramme que M. le Chevalier de Cailly a faite fur mon étymologie d 'alfana. .
Alfana vient d' equus fans doute.
Mais il faut avouer aujfi ,
H A Q. H A R.
Qu'en venant de-la jufquicy ,
IL a bien change fur la route. M.
H a qju en e' e. Malgré toute l’érudition qu’em- ploye ici M. Ménage, il n’y a guere d’apparence que haquenée vienne du Latin equus : mais il Tena¬ ble plutôt venir de hacnai , mot Breton , qui ligni¬ fie equus gradarius , félon Boxhorn , dans Ion Lexi- con de l’ancienne Langue Bretone. Hacnai reflem- ble fort au Teutonique nake ou hnake, qui fignifie equus y 8c peut-être en a-t-il été formé par tranf- polîtion de lettres. S’il eft vrai que le François ha¬ quenée vient de hacnai , le Flaman hackeney 8c 1 An- glois en viennent pareillement , & non pas du mot François, comme dit M. Ménage. Voyez Wach- ther , dans fon Glojfarium Germanicum , au mot nacf. *
H A QU ET. Afpiré. Charrette qui n’a point de ridelles, 8c qui fait la bafcule ; qui fert à porter dri vin , 8cc. De vehicum. Vehicum , vehicettum , vecettum , vacettum , hacettum , haquet. ^ Dans la lignification de cheval , il vient à’ equus. Voyez haquenée. M.
H A R»
HARAN. Le changement de la lettre l en r eft alfez ordinaire dans la Langue Françoife : par exemple, d ‘ulmus on a fait orme y de lufciniola , r'ojjignol y 8c ainlî du relie. Ce qui donne lieu de croire que de halec on a fait haran , qu’en Lan¬ guedoc on appelle harenc. Dans les anciennes Con- ftitutions de l’Abbaye de Fleury , qui font dans le livre intitulé , Bibliotheca FLoriacenfts , les harencs font appellés arentia , parce qu’étant féchés ils de¬ viennent arides. Cafeneuvc.
Haran. Afpiré. Poilfon. De l’Alleman haring , qui i ignifie la même chofe. Haring , hareng , ha¬ ran. Arentia , pour haran , fe trouve dans les an¬ ciens Statuts de S. Benoilt fur Loire. L’Alleman haring a été fait du Latin halec : 8c le Latin halec , du Grec «As mare. Â'Xç , àxt , , olXarda:
d’où falacia : a. Xa£, halex , halec. M.
H A R AN GUE. Comme c’elt un difcours pro¬ noncé avec contention de voix , je ne fais fi ce mot n’a point été formé de l’ancien mot Tiois ha¬ ran , qui fignifie crier. Le Glollaire de Kéron : Cia- mat , hareet : clamamus , haremees. Caleneuve.
Har A N g U E. Lat. Oratio habita in publico. De l’Italien aringa , qui fignifie la même chofe , 8c qui, félon M. Ferrari, a été fait déarringo, qui fignifie y oufie , 8c le lieu ou l'on joufte : mot formé dé arena. Arena , arenicum , arinicum , arincum , A R i N g o. Ita nunc rengare , & arengare ,fententiis , orationi- hus , in Foro , Comitio , & Senatu , contendere : & fuggejlus , five pulpitum , renga , & aringo , & rin- ghiera , appellatur. Ce font les termes de M. Fer¬ rari. AI.
H a r a n g u e. Je crois bien que harangue a été fait de l’Italien aringa , en ajoutant l’afpiration , de même que haranguer dé arengare. Mais aringa ne vient nullement du Latin arena , comme veut Fer¬ rari , qui donne prefque toujours des Origines Latines à des mots vifiblement dérivés des Lan¬ gues Septentrionales. Aringa a été fait de l’Alleman ring , qui fignifie un cercle , un anneau , une cou¬ ronne , un lieu clos,& enfuite une aflemblée, un auditoire , &c. Et on a attribué au difcours le nom du lieu où il fe fait ; comme en Latin le mot con- cio , fignifie afiemblée 8c difcours. M. le Duchat ,
HAR. ir
dit que harangues ont peut-être été appellées de la forte, parce qu’elles font des difcours arrangés , il cite le Vocabulaire de Droit , imprimé in-S°. a Paris, en 1 5 3 S. où on lit : ylrenga eft apta & concors verborurn fententia , qua ponitur poft ftaluta- tionem in privilegiis arduorum negotiorum. Dans ce cas-là , harangue viendra toujours de l’Alleman ring, d où a été formé notre mot rang , 8c enfuite arranger. *
HARAS. C’efi: le troupeau de jumens qu’on nourrit pour la produétion des chevaux, j’ai déjà fait voir fur le mot étalon , qui eft le cheval qu’on nourrit pour faillir les jumens du haras ; que ce mot eft formé de ftallum , qui fignifie une etable y parce que l’étalon y eft tenu en repos pour avoir plus de force 8c de vigueur : comme qui diroit ftallo Jlallonis y c eft-à-dire , un cheval qui ne fort point de l’étable. Et je crois qu’on pourrait aufiî dériver haras de hara , qui fignifie une étable. Car encore que ce mot fe dile ordinairement d’une éta¬ ble de pourceaux , il ne laifté pas d’être fouvent pris pour une étable d’autres animaux. Donat , fur le Fhormion de Térence : Harae/? in qua pecora inclu- duntur. Et même dans Varron, de Re Ruftica , liv. y chap. 10. & dans Columelle , liv. 8. chap. 14. il eft pris pour une étable d’oifons. De forte , que dans le déclin 8c la corruption de la Langue Lati¬ ne , il pourrait auffi avoir été pris pour une étable de Jumens. Cafeneuve.
Haras. Lat. equorum grex. Du Latin-Barbare hàracium , qui fe trouve en cette lignification dans un nombre infini d’endroits allégués par Spelman & par M. du Cange , dans leurs Glolîaires. Je ne fais pas d ou vient haracium. M. du Cange croyoit qu il venoit , ou du Latin hara , ou de l’Italien raz- za. Voyez fa Note. Je ne le crois pas. AI.
Haras. Suppofe que haras vienne du Latin- barbare haracium , il s’agira toujours de favoir d’où vient ce dernier mot. Si on ne veut pas le dériver du Latin hara , on pourra le dériver de 1 Alleman heer ou her , qui fignifie entre autres choies une troupe , foit d’hommes , foit d’ani¬ maux. *
HA R A S S E R. M. Lancelot le dérive d ’ùpa.osuv, pulfare. M.
HARCELER. Je dérive ce mot de l’ Alleman harke , qui fignifie râteau. Harceler quelqu’un, c’eft comme le piquer avec les dents d’un r⬠teau. *
HARD , HAR & HART. C’eft la corde dont on étrangle ceux qu’on pend. JeandeMeun, au Roman de la Rofe :
XAtel guerre don peut-il attendre ,
Fors la hart d lui mener pendre.
Froilfart , vol. 1. chap. 110. Si défendit le Comte fur la hart , que nul ne fift mal a ceux de la Ri oie. Il fignifie auffi le lien avec lequel on attache les fa¬ gots. Robert Etienne, en fon Diétionnaire ; Har, ou harcelle , eft le lien de jeune bois y duquel , apres qu’il eft tors , on lie bien ferrément un fagot ou bour¬ rée : & femble que quelquefois on en ait eftranglé les malfaiteurs. Il pourroit bien être formé dé art are , qui fignifie ferrer : de même que guinfal , qui fi¬ gnifie la même chofe en Languedoc, pourroit aufiî avoir été fait de vincire , qui fignifie lier y commç qui diroit vinfal. Cafeneuve.
H a r d. Pontus de Tyard , dans fon de Reta nominum Impofttione , page 17. le dérive d’àtpréu) , fufpendo : Ab àpâw, fufpendo, velàpjàn-, laqueus7
32 H A R.
fit Gallicum har , ou hart -, id eft, vinculum , quo fu- res fufpenduntur & ftrangulantur. Dans un Titre de 1244. barda fe prend pour des liens. Encore aujour¬ d'hui en plufieurs lieux de Champagne, on appelle un lien de fagot qui fe fait a lac courant , la hart d’un fagot. Ce font les termes de Pierre Pithou , fur le Titre vu. de la Coutume de Champagne. On dit , fur peine de la hart , pour dir e, fur peine de la cor¬ de. Ce qui donne fujet de croire qu’on s’eft fervi autrefois de rameaux d’arbres , ou de branches d’arbuftes , pour étrangler. Et cette penfée eft con¬ firmée par cette ancienne Infcription, alléguée par Guillaume Fournier , au chap. xo. du liv. 3. de fes Séleélions : Hic ftigmata Ait a liberté fcripta funt , veneraridt , perfidœ , do lofa , duri pe Boris , & veftem fparteam , unde fibi collum alliget , &c. ^ V oyez Bodin, dans fa Méthode, chap. 9. J Robert Etien¬ ne , dans fon Di&ionnaire François : Fl a r , ou harcelle , eft le lien de jeune bois , duquel , après qu’il eft tors , on lie bien ferrement un fagot , ou bour¬ rée : vinculum. Et femble que quelquefois on en ait étranglé les malfaiteurs. Nicot : har , ou hard , eft aufjî appelle' le cordon duquel les malfaiteurs con¬ damnez. a eftre pendus , font étranglez. Selon ce, on dit , ils fe font rendus la hart au col. De dire que ce verbe François vienne de ce verbe Grec dtp tu>, qui fi- gnifie aufti teneo & capio ; parce que par la hard les brins des fagots font liez enfemble , & que nous les prenons par la hard 3 il n’y a point de raifon. Et non guère plus , de le tirer de cet autre verbe Grec , âipu> qui fignifie lever en haut : ce qui ferait plus ap¬ proprié , quand il fignifie le cordeau cy-dejjus , que quand il eft prins pour le lien de fagots 3 bien que tels trouffeaux de memts bois f oient prins par la hart pour eftre levez de terre : car la hard eft dite , parce quelle éiraint & ferre : de quoy eft venu, que le me¬ nti bagage qu’on troujfe avec corde pour tranfporter cd & là, eft appelle' au pluriel hardes : car harde au fingulier vient d’ailleurs, & fignifie autre chofe.
M. de Cafeneuve dit qu’il pourrait être formé d’art are : de même que guinfal , mot Languedo¬ cien qui fignifie la même chofe , pourrait aulïï être formé de vincire 3 comme qui dirait vinfal. Cette étymologie touchant le mot de hard , me femble alfez naturelle. Artare , artum , artum ,
HARD , OU HART. M.
HARDE. Terme de Venerie : pour dire , une troupe de Cerfs. Il vient de l’ancien mot Tiois har- do , qui fignifie beaucoup , 6c trop. Le Glolfaire que Lipfe a inféré dans le troifiéme livre de fes Epîtres ad Belgas : Hardo , valde nimis. Car c’eft de-là qu’on doit avoir formé harde : de la même façon qu’en Latin on a fait multitudo , de multum 3 & en François , troupe , de trop. Cafeneuve.
H a r d e de cerf. Afpiré. Les Anglois difent herd , pour dire un troupeau de bêtes à cornes ou à laine. M. de Cafeneuve dérive le François de l’ancien mot Tiois hardo , qui fignifie beaucoup , trop , & qui fe trouve dans le Di&ionnaire de Lip¬ fe, inféré dans la 44. Lettre de la 3. Centurie de fes Lettres ad Belgas. Il ajoute , qu’on a fait harde de ce mot Tiois , de la même façon qu’on a fait en Latin multitudo de multum , &c en François troupe , de trop. M.
Harde. Troupe de cerfs. Puifque les Anglois appellent herd un troupeau de bêtes à cornes ou à laine , n’eft-il pas tout naturel de dériver de-là notre mot harde , ou de l’ Alleman herde , qui figni¬ fie la même chofe 3 fans aller chercher une autre étymologie. *
H A R.
H A R D E A U. Charles des Bouvelles , au mot hardi , explique harde au , par puer maU indolis. Ce qui ne s’accorde pas avec cet endroit de Rabe¬ lais , 3.41 . Il eut un fils , nommé Tenot Dendin , grand hardeau , dr galant homme. Ni avec celui-ci du petit Diétionnaire publié par le P. Labbe : ARdelio , har dieux , ou lefcheur.
Je crois pourtant que ce mot de hardeau a été fait de celui d’ardelio : Ardelio , ardelus , ardel , hardeau. Dans les Glofes anciennes , ardelio , eft interprété par M.
Hardeau. Je dérive hardeau de hard,d ans la lignification débranchés d’arbre ; & ce mot défi- gne un jeune homme , entant qu’il eft une branche du tronc paternel, & qu’il eft encore pliable au bien & au mal , comme les hards ces petites bran¬ ches vertes qu’on plie & tortille comme on veut. Quand Rabelais dit que Tenot Dendin , qu’il appelle grand hardeau , éccit galant homme , il parle par ironie , comme les paroles d’enfuite le font voir ; & c’eft à quoi M. Ménage n’a pas pris Sarde. Le Duchat.
D
H A R D E R. Du mot hardes. C’étoit originaire¬ ment troquer hardes contre hardes. Depuis , on s’eft fervi de ce mot pour exprimer l’échange de toutes les chofes mobiliaires. Voyez hardes. M.
HARDES. Tout l’équipage d’une perfonnej habits , linge , valife , &c. Je ne fais d’où vient ce mot. Borel le dérive de celui de hard, en la ligni¬ fication de lien 3 parce qu’on lie enfemble les har¬ des : qui eft une écymologie qu’il a prife de Nicot. Voyez ci-deflus le mot hard. M.
Hardes. Si, comme le veut M. Ménage, nous avons fait fardeau de fortellus , fait d efonus, nous pouvons avoir fait harde deforta , par le chan¬ gement de 1 ’f en h, ordinaire dans notre Langue ; puifque ce qu’on appelle les hardes d’une perfon- ne, c’eft, comme le remarque fort bien M. Ména¬ ge , tout l’équipage ( ou le fardeau) d’une perfon- ne , habits , linge , valife , &c. La Légende" dorée , édit, de 1476. ch. 3 1. de la Septuagéfime : Et ainfi comme ils travaillaient encore a requeillir leurs cho¬ fes , & en apporter leurs fardelles. Ici fardelles eft pris pour hardes 3 & je crois que les hardes ont été nommées de la forte , parce que c’eft proprement de ce que nous appelions hardes , qu’un voyageur compofe le fardeau qu’il charge à fon cou. Le Duchat.
HARDI. De l’ancien Tiois hart, ou hert , qui fignifie dur. Le Glolfaire du Moine Kéron : Dura , hertin : duras, herteen. Goropius, liv. 1. de fes Ori¬ gines d’Anvers : Hart durum fignificat [a), vel eum qui cor habet & duritiem ad bellum. Auffi les hom¬ mes vaillans & hardis ont été appellés duri par les Auteurs de la derniere Latinité 3 & durs , par nos anciens François. Matthieu Paris , en la Vie de Henri III. Impetus militum durorum & Martiorum fuftinere non pravalens. Froilfart, vol. i.chap. 1 60. Trois cens armeures de tous les plus apports & hardis , durs & entreprenans. Ils ont aufti été appellés indu- rati 3 & en François adurés. Orderic Vital , liv. 12. de Ion Hiftoire Eccléfiaftique : Caterum indurati bellatores animos & vires refumpferunt. Le Roman de Guillaume au court nez :
Looys vient & fes riches Barnés ,
( a ) Canut II. Roi d’Angleterre, fut lùrnommé hardi par fes fujets Anglois , de l’ Anglo-Saxon hart , qui répond au François dur , & dont nous avons fait hardi, par la raifon qu’en donne ici Goropius. Voyez Rapin, Hiftoire d’Angleterre, 1724. tome 1. page 410. he D,
H A R.
Le Prix de France de Vajfaux adurés.
Cafeneuve.
Hardi. Afpiré. De l’Italien ardito. J’ai écrit dans mes Origines de la Langue Italienne , que l’Italien ardire venoit d 'audere. Audere , audire , aldire , ardire : ou du Saxon lourd , qui lignifie cœur. Je crois maintenant , avec M. de Cafeneuve, que le François hardi 3c l’Italien ardito , viennent de l’ancien Tiois h art , ou hcrt , qui fignifient dur , comme il paroît par cet endroit du Moine Kéron : dura, hertin : duros, herteen. Et à ce propos , M. de Cafeneuve remarque très-véritablement , que les hommes vaillans 3c hardis ont été appel- lés duri par les Ecrivains de la Balfe-Latinité ; 3c durs , par nos anciens Ecrivains François. Voyez fa Note. M.
Hardi. Wachter , dans fon Glofiarium Ger- manicum , au mot h art , après avoir rapporté diffe¬ rentes fignifications de ce mot , qui toutes vien¬ nent de celle dur , comme de la primitive , parle ainfi à la pag. 670. Hart, audax. Cambris hydr non folum fortem & firenuum , fed etiam audacem fignificat. Et fie in aliis quoque lïnguis fieri folet , ut fortis & audax communia habeant vocabula. Nec id pr&ter rationem. Nam audax efi ipfe fortis , qua- tenus modum excedit in aggrediendis pcriculis. Hinc quando Galli & Itali dicunt , hardi & ardito audax , hardiment audaéler, hardieffe audacia , ardire au¬ dere 3 hoc ex Germanico fonte habent , non ab ar- dendo , aut aliunde. Voyez le relie de ce que dit le même Auteur , fur le mot h art. *
Hardi. Monnoye de Guienne. Voyez M. le Blanc, dans fon Traité Hiftorique des Monnoyes, pag. 306. M.
HARDOUIN. Nom propre d’homme. Il vient de la Langue Teutonique , & fignifie vail¬ lant guerrier , ou hardi guerrier. Il eft compole de kart, qui veut dire vaillant , hardi ; 3c de winn , guerrier, combattant. Hardouin , en l’interprétant hardi guerrier , fignifie précifément la même chofe que Baudouin. V oyez ce mot ci-deffus. Le mot hart , en la lignification de vaillant , convient pour le fon &: pour le fens avec le Grec xapripoc 3 car les lettres h & k fe mettent facilement l’une pour l’autre : 3c il entre dans la compofition de plufieurs autres noms d’origine Teutonique ; comme Arda- bure , Bernard , Gérard. Voyez-les ci-ddfus , 3c particuliérement Ardabure. *
HARELLE. On a ainfi appellé une fédition arrivée à Rouen fous le régné de Charles VI. com¬ me il fe voit par une vieille Chronique , intitulée La fécondé Partie du Rofier de France , qui m’a été communiquée par Melïïeurs du Puy : où , après le difeours des Maillotins de Paris, l’Auteur ajoute : Et quand ceux de Rouen feeurent ce qui étoit avenu aux habitant de Paris , poureeque pareillement ils avoient fait commotion contre les Officiers Royaux , que l’on appelle la harelle , ils envoyèrent vers le Roy requérir mi f éric or de. Parquoy le Roy envoya d Rouen Mejfire Jean de Vienne , Admirai de Fran¬ ce , qui en fit executer aucuns : & apres , leur par¬ donna la peine criminelle , qui fut convertie en civi¬ le : dont grandes finances furent levées. Juvénal des Urfins , dans l’Hiftoire de Charles VI. en 1382. à la page 21. parle de cette fédition , lorfqu’il dit que ceux de Rouen firent leur Chef , comme Roy , un Marchand de draps , quon nommoit le Gras , pource qu’il efioit gros & gras 3 & le, mirent fur un chariot , en maniéré de Roy , vonlufi ou non. Voyez
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le Catholicon , page 16. de l’édition de Ratifbon~ ne , c eft-à-dire , de Hollande. Le nom de Harel eft un nom affèz commun dans la Province de Nor¬ mandie^: ce qui donne fujet de croire que ce Mar¬ chand s appelloit de la forte , 3c que de fon nom on appella harelle cette fédition. M.
Harelle. Ce mot harelle eft un diminutif de 1 Alleman heer , qui entre autres chofes , fignifie armee. Les Bretons appelloient ainfi dans le dou¬ zième Siecle harelle , c eft-à-dire , petite armée , 1 armee de 1 Eveque de Nantes , dans les guerres de ce Prélat , pour la diftinguer de l’armée du Duc. Voyez Lobineau , Hiftoire de Bretagne, tom. 1. pag. 204. Ainfi dans ce vers de Villon , fol. m. 3 1.
Haro , haro , le grand & le mineur.
Haro le grand, c’eft proprement l’armée du Prince; & haro le mineur , c’eft la harelle ou petite armée , en tant que compofee des feuls habitans du pays. C’étoit une efpéce d’arriereban, convoqué par au¬ torité privée , au lieu que l’armée du Prince l’étoit par une légitime clameur de haro. Harelle eft pro¬ prement une cohue. A la page 8. du tom. 4. des Mémoires de la Ligue, les Ligueurs font traités de harelle 8c de maillotinerie , c’eft-à-dire , de cohue , femblable à celle des Maillotins de Paris , en M1 3* _
Anciennement les Rois de France avoient deux fortes de troupes ; les unes réglées , qui compo- foient le grand Haro ou l’armée Royale ; les autres de milices , ou des communes des Villes. Celles-ci compofoient Haro le mineur , comme parle Villon , 3c c’étoit la harelle. Le Duchat.
HARELEURRIER. Celeufma venatorium t venatorium hortamentum. Je crois qu’on a dit hare- levrier , pour ha levrier. M.
H A R E R les chiens après le loup. Lat. inftigare canes. Je crois qu’on a dit harer , pour haler 3 & qu haler a été fait d ' agulare , diminutif d’agere. Voyez haler un bateau , & houlette. M.
HARFLEUR. V oyez Honfleur. Le Duchat.
HARGNEUX. Afpiré. Nicot : hargneux , ou hergneux : car il fernble qu’il vient de hernio- fus : herniofi enim funt admodum merofi , ob acrem dolorem quo fœp'e cruciantur. Cette étymologie eft allez vraifemblable. M.
H A RI C O T. Afpiré. D efaba. Faba ,fabarius, fabaricus , fabaricotus ,faricotus , haricot : parle changement ordinaire de l’F en H : comme en hors , d eforis 3 en habler , d e fabulari , 3cc. Voyez mon Difeours du Changement des Lettres. Les ha¬ ricots font des fèves de diverfes couleurs : d’où elles ont été appellées fèves peintes par les Bota- niftes. M.
HARIDELLE. Afpiré. Méchant cheval maigre. Peut-être d ’aridelia , en fous-entendanc equa. Aridus a été dit, non-feulement de la chofe , mais de la perfonne. Dans les Priapées : Uvis ari- dior puella paffis. M.
Haridelle. Ce mot vient peut-être aulfi de veredella , diminutif de vereda , féminin de vere- dus , qui fignifie un cheval de pofte. L'v confonne aura été changé en h, comme dans hucher , fait de vocare. Le Duchat.
H A R L E QU I N. Nom de Comédien. Sous le régné de Henri III. il vint à Paris une Troupe de Comédiens Italiens , parmi lefquels il y avoit un jeune homme fort difpos, qui hantoit chez M. de Harlay de Chanyalon : d’où il fut appellé par fes
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compagnons Harlequino : à la mode des Italiens, qui donnent fouvent le nom des Maîtres aux Va¬ lets , & celui des Patrons aux Clients. J’ai oui dire cette particularité à M. Guyet, qui m’a dit l’avoir apprife de Harlequin même , au fécond voyage qu’il fit en France , au commencement du régné de Louis XIII. Et elle m’a été confirmée par M. Forget , Grand-Maître des Eaux 8c Forefts d’Or- leans, qui m’a dit avoir oui Harlequin furie Thé⬠tre appeller, M. de Chanvalon , fon parrain. Ce¬ pendant, j’ai appris de M. le Gros , Curé deDroué, que le nom de Harlequinus , fe trouvoit dans une lettre de Raulin. Voici l’endroit , qui effc de la pag. 28. de l’édition de 1521. &c d’une lettre à Jean Standouk : Numquid mortuis faciès mirabilia ? aut Adedici fufcitabunt tibi , ut mortuus feculo , iterum vivat munda ? An in me vis antiquam illam Herle- quini familiam (a) revocare , ut videatur mortuus inter mandants curia nebulas & caligines equi ta¬ re ?
Dans l’Anti-Chopin, pag. 22. il eft parlé d’Har- lequin en ces termes : De Ajino Æfopus in Fabulis pulchram Hiftoriam récit avit , quod femel baudetus , ille cum effet in fuis gaillardis cogitationibus , fe traveftivit in leonem , & fuperinduit pellem illius 3 non ut faceret mafcaradam , vei ut luderet perfonam Herculis , vel Harlequini ( b ) in Comœdia , fed ut terrer et terribili fuo afpeHu. M.
H ARN OI S. Il fignifie maintenant Y équipage , 8c les ornemens d’un cheval , ou les armes com- plettes d’un Gendarme. Nos anciens François le prenoient pour le bagage 8c pour l’entier équipa¬ ge d’un homme de guerre. Jean de Meun,au Ro¬ man de la Rofe :
Car puis qu'il a fait emm aller
' Tout fon harnais pour s'en aller.
Froiftart , vol. 1. chap. 272. Arroutérent tout leur harnois & leur charroy. Us difoient auffi harnas. La vieille Chronique de Flandre, chap. 3. Il s'en ijjit hors de la ville par nuit ,& toute fa gent 3 &y laijfa grande partie de fon harnas. Et au ch. 15. Quand, ce vint au lendemain le Roy fifi armer fon Oft , &trouf- fer fon harnas. Il vient de l’ancien mot Tiois har- nasly, qui fignifie même chofe. Parmi les Loix& les Ordonnances que l’Empereur Fridéric établit pour fon armée , faifant la guerre en Italie ; rap¬ portées par Radevicus, liv. 1. chap. 16. de l’Addi¬ tion à la Chronique d’Othon de Frifingen ; il y en a une conçue en ces termes : Si miles vociferatione figni litem commoverit , auferetur ei omne fuum har- nafcha. Ce que Gunterus , liv. 7. de fon Poème intitulé Ligurinus a ainfi traduit :
N eu belli fignum , nifi fort e domeftica quarens
Agmina , vociferet miles : fifecerit ifta ,
Ejeilo cafiris , & turpia plurima pajfo ,
Eripietur ei cafirorum tôt a fupellex.
Où l’on voit que le mot harnafcha de la Loi eft traduit par le Poète caftrorum fupellex. On pour- roit dériver harnaska de l’Hébreu arnekj , qui figni-
( a ) M. Toinard , félon M. delà Monnoie , veut qu’on îife fabulant. Mais celui-ci allègue Delrio, Difquif. Mag.
1. 2. quxft. 27. où il eft parlé deux fois de Hellequini fa- milià , page 132. & 13p. édit, in-fol. Ajoutez, que Del¬ rio, au premier endroit, parle des Milites Herlemini , qu’il lit Hellequini , de Pierre de Blois , Epift. 14.
( b ) Ce mot Harlequinus fe trouve dans les Après- dinées de Cholieres, ï. 187. de l’édit, de 1 588. quatre ans avant celle de l’Anti-Chopin, M. delà Mon n.
H A R.
fie une longue bourfe : car les Gens de guerre en¬ ferment leurs équipages dans de longues bourfes, ou étuis , appellés en Latin mantica , qu’on prend quelquefois peur une partie de l’équipage des Gens de guerre. Orderic Vital, liv. 4. de l’Hiftoire Ec- clénaftique : Tentoria & manticas , in vafts , & ar- mis , & multimoda fuppelleftili , celeriter abeuntes , reliquerunt. Quelques Auteurs de la dernière Lati¬ nité appellent le harnois arnefium 8c arncfia : ce qui a fait dire à Goldaft , que ces mots venoient d’apvu^cq , qui fignifie capio , recipio. Cafeneuve.
Ha r n o 1 s. De l’Italien irnefe : de l’étymolo¬ gie duquel mot le Caftelvetro , dans fon Addition au premier livre des Profes du Bembo , a parlé en ces termes : Arnese , e fecondo ihe io eflimo , pro- priamente parlando , mobile , non- informato d' ani¬ ma : e vogliono alcuni che fa dette arnefe , quafi armefe 3 fapendo che la fignificazione dell' arma fi diflende ad ogni mobile non animato. Il che , ne ap- provo , ne riprovo. Ma dir'o bene che fi potrebbe cre- dere che potejfe venire da ornare , quafi ornefe , ed ornamento , poiche O paffd fenza difficolta in A , co¬ rne gi à c fiato detto. E potrebbe ancora venire dal verbo Grœco che liberare^ fignifie a e difendere :
fi corne pare che fpe A aiment e fignifichi l’arme da di- fefa 3 laquai voce poi pare che fia fiata trafportata a qualunque mobile , che ci poffa liber are e difendere da difagio. Laonde Dante 3 avendo riguardo alla diffe- fa j alquanto arditamente , ma vagamente , la traf- porto a cofa immobile j dicendo :
Siede Pefchiera , e bello e forte arnefe.
E'I Petrarcha la trafporto , avendo riguardo alla mo - biltà, a cofa animata 3 modifie ando l’arditezza délia trafportazione , con l'agiunto di ftrano :
Si che egli era a vederlo ftrano arnefe,
Sopra un grande elefante un Duce lofeo.
Au fujet de ce que dit le Caftelvetro, qu arnefe pourroit bien venir à' ornare, je remarquerai ici , que Bourdelot dans fes Etymologies Manufcrites , qui m’ont été obligeamment communiquées par M. Bourdelot Bonnet , célébré Médecin de Paris , fon petit neveu , dit que Cujas dérive harnois , d’ ornamenium . Mais iln’eft pas vrai que Cujas dé¬ rive ce mot François de ce mot Latin. Il dit feule¬ ment , que le mot ornamenta fignifie harnois. Voici fes termes , qui font de fa Note fur la Loi 74. de V erborutn fignifie atione : Inter cœtera , qua caventur Ædilitio editlo , datur aBio in venditorem , de oma- mentis venditorum jumentorum refiituendis 3 vel ju- mentis , ob non refiituta ornamenta , redhibendis , L. 38. de Editlo , ubi Ædiles vocant ornamenta Iwp t- TriTfxfi, le harnois.
M. Ferrari dérive l’Italien arnefe à'armitium. Et à ce fujet , il eft à remarquer , que harnas en Fla- man fignifie armes. Je crois que l’Italien 8c le Fran¬ çois viennent de l’Alleman harnifeh , ou arnifeh , qui lignifient toute forte de fourniment de mai- ion , toute forte d’équipage. C’eft l’origine que j’ai donnée de ces mots dans mes Origines de la Langue Italienne, imprimées long-tems avant que j’eufl’e vu les Origines Françoiles de M. de Çafe- neuve : où il dérive aufiï harnas , qui eft le même que harnois, du mot Tiois harnask y qui fignifie la même chofe que harnois. Voyez fa Note : elle eft curieufe. Les Auteurs de la Balfe-Latinité ont dit arnefium , arnifia : que Goldaft dérive d’apy ufxoq , capio. M.
H A r n o 1 s. U n’y a pas lieu de douter , que ce
H A R.
mot ne Toit d’origine Teutonique. Ecoutons là- defius Wachter : voici comme il parle dans ion Gloffarium Germanicum , pag. 667. Harnisch , gravis armatura , tôt a exferro vel chalybe , ZT toturn fape hominem tegcns j cujus partes prœcipuœ fiint , lorica , qua pectoris , gale a , qua capitis , ocreœ, quœ cmrum funt monumenta. V erelius in Indice : hernefi kia Lorica , brynia. Idem Anglis harnelf , JBelgis harnas. Inde fcriptoribus medii avi harnafcha , Gal- lis harnois , Italis arnefe. V ox iis temporibus nata quibus Galli & Germani corpus are tegere cœperunt. Cel. Hiskefio , qui fcriptis fuis amplijjimis litteratu- ram Antiquo- Germanicum prifiino fplendorirefiituit , vox Germanie a in fenfu primario eft galea , five mu- nimentum capitis , vel potins cerebn , quod Gothis appellatur hairns ( quamvis non cert'o confiet , quo- modo vox Gotbica légende fit) , T) unis hierne, vel hiarne. Quod perjecïe refpondet pileo illi ferreo quem galeam appellamus. Ver uni cum eadem etymologia reliquis armatura partibus minime conveniat , nec verofmile fit , totam corporis armaturam a defenfione cerebn nornen accepijfe 3 hinc glcria originis illis Di a- leclis relinquenda , in quibus ferrum iren & haiarn dicitur , adeoque vel Anglo-Saxonica , vel Cambro- Britannica. Nam hinc recl'e fit harniieh jerreus , & , adjeclivo in fubftantivum verfo , armatura ferre a. Res ipfa , & terminatio vocis injolita , banc etymo- logiam exigunt. Nam adjechva in ifch definentia aliquoties fubfiantivari , rnulta déclarant exempla , in Prolegomenis S edi. yi. adduEla : qua certè cia- riora funt quam ut in dubium vocari pojfint. Ab hoc fubflantivo formatur Gallis verbum harnafeher. Ger¬ mani agnofeunt participium geharnifeht, cataphra- Uus ,id efi , ferro undique tellus & munitus , quod de homine & equo dicitur. lnventum bujus arma¬ tura tribuitur Marti. Heraclides in Allegoriis , ex edit. Tboma Gale, pag. 451. Mars diétus eft five æneus , quod univerium corpus æretegebat.* HARO. En Normandie, le cri de Haro fert pour implorer , dans l’oppreffion, le fecours du Prince & de la Juftice -, comme anciennement à Rome le Porro Quintes. Ainfi voyons-nous dans Froifiart , vol. j. ch. 210. que Boucicaut faifant femblant d’être pourfuivi par Jes ennemis , dit aux Habitans de Mante , Harou , bonnes gens de Man¬ te , ouvrez, les portes. On croit que ce mot eft com- pofé de ba , & de Roi ou Rcllo , qui eft le nom d’un ancien Duc de Normandie , qui par ion exaéte & ievére juftice s’eft rendu recommandable à la pof- térité. Mais cette origine eft fi peu vraie , qu’il eft certain queiwo fignifioit cri & clameur, long-tems avant la naiifance de ce Duc Rollo , qui vivoit fous le régne de Charles le Simple. Car le Moine Ké- ron , qui étoit du tems de Pépin, pere de Charle¬ magne , a mis dans ion Gloflaire , clamat, hareet .-clamamus, baremees 3 ce qui montre clairement que baro eft un mot de l’ancienne Lan¬ gue Tioife. Auiïl nos anciens François prenoient abfolument haro pour un cri &c un bruit. Froifiart , vol. 1. chap. 49. Quand la nouvelle & le Haro en vint en Landrecbes. Et au vol. 2. chap. 113. Le Haro commencea a monter , & les Villes voifimes commencèrent d fonner les cloches. Cafeneuve.
Haro. Nicot : Haro , ou Harol, eft le cas vocatif de ce nominatif Harol , que Airnoinus Mo- naebus , au 4. liv. chap. no. de fes Annales , ap¬ pelle Harioldus 3 & eft un eferi & reclame à fecours de Juftice , que fait celuy ou celle qui font oppreffez d excez criminel feulement 3 comme dé embrafement , larcin , meurtre , ou éminent péril , par ajfant d glai-
H A R. 15
ve dégainé. Auquel eferi , tous ceux qui Pont oui doivent ijfir , & appréhender le malfaiteur , ou crier Haro fur luy 3 autrement , font tenus de P amender au Prince , s'il y a péril de vie ou de membres , oit de larcin ,jelon que le contient la Couftume du pays de Normandie 3 auquel feul la Clameur de Haro a lieu 3 l’effet duquel Haro ne tend qu’a la rétention du malfaiteur pour le mener en Juftice , & l’efcrieur au/fi , pour , Jelon qu’il apperra le Haro avoir été jufternent ou induement crié , en faire jugement & décifion. Car anciennement le Duc de Normandie ayant feul la Court dudit Haro , & d préfent les Haut s-J uftici ers qui Pont telle. que le Prince , & les Moyens qui ne l’ont que du Haro de fang & playe , doivent refpetivement faire enquefte s’il a été crié d droit ou d tort , & punir l’un ou l’autre. Ainfi dit-on , crier Haro : Haroldum , aut certè Harioldum in- clamare ; id eft , Haroldi opem atque fidem. Et le mot Haro, eft , Elarolde tuam fidem ,fcilicet invo- co : & Clameur de Haro , Haroldi fidei implora- tio -, id eft , fidei publicè invocatio ob publicam , violatam , ac temeratam tranquillitatem. Si que le mot Haro (oit fimple , & , que l’origine de ce cri dé¬ pende de Harold , Roy de Danemarc , qui l’an huit cent vingt-fix receut le Baptefme d Mayence ,& fut grand confervateur de la Juftice. Autres dient , que Haro font deux mots , & qu’il ne le faut eferire afpirément , ains Aa Roù , favoir eft , Aide-moi , ou venge mon injure ■, & pour cette opinion , fe peut alléguer que Roù , Danois , fils de Guyon , Seigneur du pays-bas de Danemarc , s’ eftant fait Duc de Nor¬ mandie , tint la main fi rude d la punition des mef- faits & feurté publique , que de fon vivant ni long¬ temps après fon decez ,nefe trouva audit pays au¬ cun qui tollift ne emblaft d autruy j & que chevau¬ chant un jour par fon pays de Normandie , ayant fait pendre d une potence au bord d’une mare ( qui s’appelle encore aujourd’huy la Mare aux Anneaux , & le village d’auprès , Rommare (a) ) fur le grand chemin p ajfant , les anneaux d’or qu’il portoit , ils y furent bien fort long-temps fans qu’oneques en fuffent oftez , ores qn ils fuffent pendus fi bas qu’ aifément on y puft atteindre : fi que pour la bonne paix & juftice qu’il maintint audit pays , fes SubjeFls prindrent ce fie ufance , tant de fon vivant qu’ après fa mort , de crier A à Roù , quand on les outrageoit de quelque effort de violence.
Le Préfident Fauchet , liv. xi. de fies Anti- quitez Françoifes , chap. 8. Quant d Guillaume le Normand , il fut laiffé en la tutelle de Ro¬ bert Comte de Paris : & de luy vindrent les Ducs de Normandie , qui vefquirent depuis , polirent , & rangèrent d l’obeiffance du Chriftianifme & des Loix , leurs Sujets. De maniéré que les François Bourguignons , & autres , prirent alliance avec eux. Car Raoul fut bon Jufticier. Et le pays d lui fujet , de fon temps fembloit cftre gouverné comme une feule mai fon , par un bon pere de famille : tant grande eftoit la concorde de ces nouveaux Chreftiens. Car ( difent les Chroniques de Normandie) ceux qui contre raifon détendent l’ autruy , qui mentoient , ou nioient , ce qui leur avoit efté prefté ou baillé en gar¬ de , eftoient tenus ou chaftiez comme larrons. Telle¬ ment que la mémoire de fa juftice eft demeurée en la bouche de ceux du pays : qui eftant grevez l’appel¬ lent encore a leur aide , criant Haro contre ceux qui les forcent. J açoit que dé autres penfent que ce mot
(a) Voyez la grande Hifloire de Mezeray fous Char¬ les le Simple, Paris 1646. tome 1. pag. 314. &3ij.fous Fan 9 12.
1
1 6 H A R.
•vienne de Harouenna , qui en vieil François Teulcb , fignifioit le lieu ou fe tenoit la Juftice ; comme fi celuy qui crie Haro , appelloit fia patrie a l’ Harouenne , ou lieu de la Juftice , pour avoir raifion de fia vio¬ lence : ainfi qu’au temps pajfié l’on tiroit l’oreille aux afftftans , pour fie fiouvenir de l’afftgnation que les par¬ ties s’ cntredonnoient , fie trouvant en Juftice , obtor- to collo ; & dont j’ay parlé dans mes Origines. Georges Colvenerius , dans Tes Notes fur le Chroni- cum Cameracenfie de Baldricus , pag. 523. Rollo , vel Roi , pracipuus N ordmannorum DuPlor , qui tandem ad Fidem Chrifti eft converfius & baptisât us anno 9 îi.. ut ficribit Math. Weftmonaft. & Baronius , tom. x. qui deinceps , ad finem ufique vit a , tantus finit amator juftitia , ut recordatione ipfius etiam hodie Normani , dum eis infier tur injuria , exclamare fio- leant H A Rol vel Ha Rou j quafi fiufipirantes , & invocantes eum adfiaciendam ipfis juftitiam.
M. de Cafeneuve a improuvé cette étymologie, en ces termes : Mais tant s’en faut que cette origi¬ ne fioit vraye , qu’il eft certain que haro fignifioit cri & clameur , long-temps avant la naijfiance de ce T)uc Rollo , qui vivoit fous le régné de Charles le Simple : car le Moine Kéron , qui eftoit du temps de Fepin , perede Charlemagne , a mis dans fion G loff ai¬ re : clamat , hareet : clamamus , haremees: ce qui montre clairement que haro eft un mot de l’an¬ cienne Langue Tioifie. Aufft nos anciens François pre¬ naient abfiolument haro pour un cri & un bruit. Froifi- fiart , volume 1. chap. 49. Quand la nouvelle & le Haro en vint en Landreches. Et au volume v. chap. 1 1 3 . Le Haro commença à monter & les villes voifines commencèrent à ionner les cloches.
Je luis de l’avis de M. de Cafeneuve. M.
- Haro. L’étymologie de M. de Cafeneuve eft la feule véritable. Haro vient de haren , ancien ver¬ be Teutonique, qui lignifie crier y appeller , & qui étoit fort en ufage chez les Francs ; mais dont les Allemans ne fe fervent plus aujourd’hui. Cette étymologie eft aulïï celle que donne Wachter, dans fon Glofiarium Germanicum pag. 668. Voici fes termes : Haro ,.clamor excitatus vicinis convo- candis ad fiuppetias fierendas in cafiu tragico. Obtinet potiffimum in JSIormannia. In Codice Legum Nor - mannicarum ab ill. Petro de Ludewig publicato , cap. lvx. cujus inficriptio , De clamore Haro , fiequen- tia leguntur. Art. 1. Non enim debet exclamari nifi in difcrimine criminofo , ad ignem videlicet, vel ad latrocinium , homicidium , vel roberiam , vel in aliquo hujulmodi imminente periculo , ut fi quis arepto gladio irruat in alium furiosè. An. 4. Ad hune autem clamorem omnes debent exire qui ilium audierint , 8c fi maleficium vite vel mem- brorum periculofum viderint , vel latrocinium , propter quod malefador pcenam deberet reporta- re amilïïonis vite vel membrorum , ipfum debent rednere , & clamorem fuprà didum poil ipfum increfcere & levare. Aliter enim tenerentur emen- dare Principi , &c. Hinc jurifdiPtio criminalis Du- cum Normannia appellari fiolet jus de haro. V ocem origine Germanicam effiey relie judicat Cafianova. Eft enim ab obfioleto haren clamare , verbo Francis & Alamannis admodum fiamiliari , de cujus progenie ail uni fuprà. Inde haro clamor , & interjeilio cla- mantis. ldque etymon probatur etiam Menagio. Schiltero tamen in Glofi. pag. 455. inclamatio ilia JAormannica derivatur à Francico hera hue. jQuod neficio an fit pr&ferendum. Utuntur hac interjeclione etïamnum Normanni. Sed apud reliquos Gailos haro non fiolum eft interjellio , fied vel ipfia conclamatio ad
H A R.
arma , vel rumor atque fiama cujufivis rei atrocis nuncia , prœcipué tumultus , aut hoftilis irruptio- nis. Froiftàrdus apud Cafianovam : Quand la nouvel¬ le & le Haro en vint en Landreches. Et alibi : Le Haro commença à monter , & les villes voifines commencèrent à ionner les cloches. Et hic quoqfie fienfius manifiefto eft ab haren clamare. *
HARPAGON. C’eft le nom que Moliere a donné à l’avare de fa Comédie de Y Avare. On l’emploie aulïï quelquefois dans le ftile familier , comme un nom générique ôc appellatif , pour li¬ gnifier un avare , un homme qui pille , qui ac¬ quiert des biens par des voies injuftes. Il a été fait du Grec dp? tÔ.Çu rapio j d’où dp^ctfi raptus. * HARPE. Chriftophorus Browerus , fur ces vers de Fortunatus ,
Romanufique lyrâ plaudat tibi , Barbarus harpa ,
Gracus Achilliaca , crotta Britanna canat.
Harpæ barbaries hujus Etymon à Gr&cis deduxêre , quia hoc in inftrumento perpetuus nimirum eft raptus fidium j ita ut qui harpa canit , videatur manibus rapere fides , &■, quod dicunt , yopfrdp ipTret^en. L’o¬ rigine que Papias en donne eft fort peu vrai-fem- blable. Arpa diPta , à gente Arporum ( c’eft un peu¬ ple d’Italie ) , qui hoc inftrumentum Muficum inve - nerunt. Ponticus V erunnius , dans fon Hiftoire de Bretagne livre 4. dit que cet inftrument eft ap- pellé en Latin Sambuca , & en François Bandofie. Sambuca eft Muficum inftrumentum ( Harpam di¬ cunt vulgo ) triangulare j cujus pars lata & con - cava tenetur ad pelius j digiti per chordas crépitant: Gallicé Bandofam vulgariter vocant. Je ne lais s’il eft vrai qu’en France on ait autrefois appellé cet inftrument Bandofie : car la Glofe du Didionnaire de Jean de Garlandia j dont la copie que j’ai en main paroît avoir été écrite il y a plus de trois cens ans ; fe fert en François du mot Harpeur. Cytharif- tæ fient cytharœdi , qui canunt in cytharis : Gallice Harpeurs. Porphyre , in Ptolomœi Harmonica : Sambuca , triangulum inftrumentum eft , quod ex inaqualibus longitudine , fient & craffitudine , ner¬ vis efficitur. Je crois au refte que , félon les vers de Fornatus , la Harpe n’étoit en ufage que parmi les Barbares -, 8c fur-tout parmi ceux du Septen¬ trion. Lex Angliorum & iVerinorum tit. 5. §. 20. .Qui Harpatorem , qui cum circulo harpare pot eft y in manum pereufferit , &c. Camden , parlant des Hibernois : Muficà in primis delellantur , cyt bara¬ que maxime chordis aneis , quas aduncis unguibus numerosé pulfiant : où il eft aifé de voir qu’il entend la harpe fous le nom de cythara. Et Silvefter Gi- raldus dans fon livre intitulé Topographia Hiberniay diftind. 3. chap. 11. parlant de l’excellence des Hibernois en l’art de jouer des inftrumens de Mu- fique , alfûre qu’ils fe plaifoient au jeu de la har¬ pe. Æneis quoque magis utuntur chordis , quam de corio fiaclis. Et c’eft à mon avis pour cette railon que l’Irlande a une. harpe pour Armes. Cafe¬ neuve.
Harpe. Du Latin harpa. Fortunat livre vii. vers 8.
Romanufique lyrâ plaudat tibi , Barbarus harpa.
Le Latin harpa vient de l’Alleman herp , ou harp. Voyez Scaliger fur la Sphère Barbare deManile, Voiïïus de Vitiis Sermonis liv. 2. chapitre 19. &
2 3 . Lindembrog dans fon Glolfaire au mot harpa -
tor ,
>
H A R. H A S.
tir , & Ifaa-c Pontanus dans fon Gloftàire au mot XIARPA. AI.
Harpe. Comme la harpe eft un infiniment qui vient des Nations Septentrionales , c’eft âulîi dans les Langues de ces Nations qu’on doit chef- cher l’origine de ce mot. Wachter dans Ton Glof- farium Germanicum pag. 664. Harpe , harpfe * inftrumentum lyricum , fidibus tenfum. Anglofaxoni- bus hearpe lyra , cithara 3 hearpare citharadus , ft- dicen 3 hearpian citharifare -, harpa cancre. Cun'tla apud Somnerum. Extat & in Evangelio Anglojaxo- mco Luc. vu. 31. We Sungon eow be hearpan, and ge ne faltudun , cantavimus vobis ad lyram & non Jaltaftis. Eadem vox Francis notiftirna. Otfridus inter obleélamenta vit a cœleftis quibus fpiritualibus modis fruemur , refert organa mufica , lira , fidala , fuegala , harpha rotta , lib. v. cap. xxn. 395. feq. In GloJJis Pezianis extat compofitum falmhariphà pfalteria. Et conftntiunt Septentrionales apud Fere- iium in Indice , ubi harpa , haurpa, lyra , fia harpü pulfare fides , harpare iyrifta , & ftmilia. Idem Bel- gis & Anglis harp , Suecis harpa. Tranjïit ex Ger - manico idiomate in Latinum medii avi. Inde harpâ inftrumentum muficum a lyra diverfum , apud V e - nantium Eortunatum lib. y 11. carm. 8. & hinc porro harpare fidibus cancre , & harpator cithar&dus . Galli d Francis hahent harpe , Itali d Gothis vel Longobardis arpa. Alias tamen origines quant Ger- manicas pro more fettatur Ferrarius , Papiam lau- dans , qui d gente Arporum , quos inftrumenti hu- jus inventores vocat , nomenclaturam petit. Ibidem Ai os memorat , qui d Gr&co apTru , quod in extrema parte incurvetur , falcatum dixerunt. Stadenio eft ab haren clamare , in Foc. Bibl. pag. 2.90. Aliis ab horchen aufcultare. Reclius , opinor , ducitur ab àpaCêiv refonare , fonum edere , quia harpa non cia- mat , nec aufcultat ,fed refonat. Hodie eft tri go-num inftar Delta , & digitis pulfatur , non pleStro. Olim vero omne inftrumentum fidibus tenfum videtur de- no taffe. Nam harpare etiam dicitur is qui circuluni traélat. *
HARPE’. On dit qu’un Levrier eft bien harpè> lorfque Ton eftomac defeend fort bas & que fon ventre remonte fort haut ; parce que fon eftomac & fon ventre ainft difpofés repréfentent le côté courbe d’une harpe , qui eft fort large par le haut, & étroit par le bas. C’eft par cette même raifon qu’on dit qu’il a le jarret bien herpe , par corrup¬ tion pour bien harpe. Huet.
HARPIES, ou H A R P Y E S, Nom de cer¬ tains oifeaux fabuleux , dont parlent les Poètes , qui leur donnent un vifage de femme , avec des pieds 8c des mains crochues. On dit proverbiale¬ ment d’une femme avare , que c’eft une vraie W- pie. Ce mot vient du Grec dp^otcti , dérivé du verbe «P'/T-stÇe/y , qui fignifie ravir , enlever , emporter. On prétend dans la Bibliotéque univerfelle tom. 1. qu’il vient de l’Ebreu nmtf arbeh , qui lignifie fauterelle ; & on dit que les Harpies que les Argo¬ nautes trouvèrent chez Phinée n’étoient que des fauterelles. *
HARSOIR, ouHERSOIR: par corrup¬ tion , pour hier au foir. Ce mot eft ufité dans les Provinces d’Anjou 8c du Maine , 8c de Norman¬ die : Et Ronfard s’en eft fervi dans un de fes Son¬ nets. Les Italiens difent de même ierfera. Voyez herfoir. M.
H A S-
HASE. Afpiré. C’eft la femelle du lièvre. De Tomç IU
HAS. MAT. 27
l’Alleman hafe , qui fignifie un lièvre 3 foit malle * foit femelle. En Normandie hafe fe dit aulîi d’uné lapine. M.
HASMONEENS , ou HASSAMONE’ENS, C’eft le nom que donnent les Juifs à la poftéritéde Mathathias. Il vient de l’Ebreu hhajchman , qui fignifie un Grand , un Seigneur. On écrit aulE ce nom fans h. Voyez Afmonéen , Les Hafrno- néens , ou Afmonéens , font appellés plus communé¬ ment Machabees. Voyez ce mot. *
H A T-
H A TE : afpiré. C’eft une broche dans le Ni- Vernois 8c dans la Lorraine. De hafta. Et de -là j contrehâtier -, pour un landier. Et le Hâteur : c’eft ainfi qu’on appelle dans là Maifon du Roi celui qui embroche; de haftator. Ç Les Touloulains difent aft, pour dire une broche. Aiéna l’aft , c’eft tourner la broche. M.
HATER. J. Céfar Scaliger , fur le 4. livre de l’Hiftoire des Animaux d’Ariftote , alfûre que ce verbe vient d'aV]», ou en y ajoûtant l’ as¬
piration. Et il dit que ce verbe fe trouve pour fef- tino , incito , dans Sophocle in Trachiniis 3 encore que d’ordinaire ce verbe Grec fignifie bondir ,fau- teler , 8c fe jetter fur quelqu'un. Cafeneuve.
H a t er : afpiré. Lat. feftinare. Jules Scaliger fur l’Hiftoire des Animaux d’Ariftote , livre iv. page 817.1e dérive d ’cIosm. Potius dicerem folli- citantur. Hoc enim eft , & , & aksw : quo ver-
bo ufus eft Sophocles in Trachiniis , pro incitare , fef-1 tinare : & adhuc durât apud Gallos , leni fpiritu in afpiratum verfo : haster : mixtum ex utraque pronuntiatione : «t % , ««■&>. Cafaubon , fur Suéto¬ ne , lui donne la même origine. Ne viendroit-il point plutôt de feftare y primitif inufité de feftinare? 1m > lôw , fcfto , feftino ? Ou de l’Alleman haften , qui fignifie la même chofe. M.
Hâter. Cette derniere étymologie de hâter eft la feule véritable , 8c le mot François vient immédiatement du mot Teutonique ; quoiqu’il fe puilTè faire que le dernier foit venu du Grec IItIo» ou à ww , cum impetuferor. Les Allemans difent haf¬ ten hâter , les Flamans haaften , les Anglois tchaft , les Suédois 8c les Bas-Bretons hafta. *
HATÉREL. Ce mot eft encore én ulàge en Picardie. C’eft proprement le derrière du col. Le Catholicon Parvum : Cervix , hafterel. L’Hiftoire du Connétable du Guefclin chap. 10. Je le feray pen¬ dre par le hafterel. Enguerrand de Monftrelet voh 1. Lequel les ftft pendre par les haftereaux aux arbres. Parce que le derrière du col , appellé cervix , eft dur , à caufedes os qui joignent la tête au reftedu corps 3 un homme opiniâtre & endurci eft appellé cervicofus , 8c dura cervice : ce qui eft proprement en GrecrtTspLt', c6Tjpd/x«y,& ctTspa^ y©-. Je 11e fais fi. de-là on n’auroit point formé hâterelj à caufe de fa dureté. Cafeneuve.
HatereLjHatereau. Monftrelet , par¬ lant de la révolte des Gantois contre le Duc de Bourgogne , chapitre 7. volume z. Par le juge¬ ment de la Loy de Bruges , eurent les haftereaux coupez , ledit Chopin * le Doyen des Feuvres , le Couturier , & un autre. Et enfuite au même cha¬ pitre : CoppinCoppon eut le hafterel coupé , avec deux autres. Il employé le même mot en plufieurs au¬ tres endroits. L’Hiftoire du Conneftable du Guef¬ clin chapitre 10. Je le feray pendre par le hafterel . C’eft la nuque du cou, Rebours de Picardie :
H A U.
xS HAT.
Et fait aller le ma fier el
J uf que s au col , ou hafierel.
Le Roman de la Rofe :
Ses belles trejfes blondes chieres ,
Et tout le haterel derrières.
Nicot : hasterel , ou hastereau , mot Picard. Idem qtiod collum : le col , & taffettes. L’ancien Dictionnaire Latin-François du Pere Labbe : cer- Vix, hatelel ( il faut , hatterel ) : occiput, le ha¬ terel. Ces mots viennent de l’Alleman halz , qui li¬ gnifie le cou.
Dans le chapitre 59. du livre, iv. de Rabelais, parmi les mets que lesGaftrelatres facrifioient à leur Dieu Ventripotent , il eft fait mention de fauciffons, jambons y hures de fanglier , venaifon falle'e aux na- veaux , haftereaux. J e crois que ces Haftereaux , font des parties d’animaux d’auprès le cou : com¬ me des collets dê mouton. M.
Haterel. Le mot hafterel fe trouve fouvent aufîi dans la même fignification dans Perceforêt , notamment au chapitre 32. 33. & 52. du vol. 1. Mais au ch. 68. du même volume il fe prend dans un autre fens. Voici le palfage : Et quand ce vint entour la minuyt il veoit venir ung ancien homme veftu de vefture blanche , & avoit la barbe fi longue qu’elle luy venoit juj qu’au hafierel. On voit ici que par le mot hafierel l’Auteur du Roman en¬ tend les parties de la poitrine & de l’eftomac juf- que vers la ceinture. Et ce font ces mêmes parties du porc qu’à Metz , 011 Rabelais avoit été , on en¬ tend encore aujourd’hui fous le nom de menue hafie ou hafiille : auffi eft-ce uniquement du foye de cet animal que font faits les hafterets ou haftereaux qu’on y mange rôtis fur le gril à la hâte. Il y a bien de l’apparence que c’eft de ces hafiereaux que Rabe¬ lais veut parler dans cet article de M. Ménage , 8c que la hafiillç/de Rabelais , de laquelle M. Ménage a compofé l’article fuivant , a été ainfi appellée , foit parce que le foye , qui en fait la principale partie , doit être rôti a la hâte , foit particulière¬ ment parce que tout ce qu’il y a de mangeable dans les inteftins des animaux ne fe pouvant gar¬ der , doit être mangé fans délai , de peur qu’il ne vienne à fe corrompre. Ce qui auffi , fi l’on en croit Laurent Joubert , au ch. 12. de la deu¬ xième partie de fes erreurs populaires , a donné lieu à l’ufage , lorfqu’on a fait tuer un porc à la maifon , d’envoyer à des amis du boudin , 8c mê¬ me du foye, de la râtelle , 8c du poumon de ce porc. Le Duchat.
HATILLES. Rabelais ,3.41.// n’efioit tué ■pourceau en tout le voifinage , dont il n’euft de la h af¬ filié & des boudins. M. Furetiere parle de ce mot, 8c de fon étymologie, en ces termes: hastille. Vieux terme de campagne , qui fe dit en cette phrafe: Quand on a tué fon cochon , on envoyé à fes amis de la haftille 8c du boudin. C’efl-a-dire , qu’on accom¬ pagne le boudin de quelque pièce bonne à rôtir 3 pro¬ pre a mettre au haflier , ou à la broche. J’approuve cette étymologie. Hafia , hafiille , haflilia , hastil¬ le. On prononce hatille : 8c ce mot eft afpiré. M. r
Hatilles. M. Furetiere 8c M. Ménage fe font trompes. Ce qu on appelle hafiille n’eft pas une piece propre à mettre à la broche. C’eft le foye 8c autres parties des entrailles du porc , ainfi ap¬ pelles parce quelles doivent être mangées à la hâte , fi on ne veut qu’elles fe gâtent. Le Duchat.
\
G O L
HAU-BRA. On appelle ainfi à Metz unie harengere , qui crie plutôt quelle ne parle. Des braire-haut. Le Duchat.
HAVAGE. Afpiré. Mefure de grain au pays Chartrain. Une Cartulaire de l’Evêché de Char¬ tres : Quilibet Burgenfis debet medietatem havagii , & quilibet alius fimiliter 3 nifi habeat defenforem bladi , aven & >fabarum , piforum , & aliorumfruc- tuum. Xfuilibet Clericus , quilibet Miles , aut Reli- giofus , quart am partem havagii. Item y medietatem havagii mina currentis ad Portam Guillelmi. Item , medietatem havagii mina currentis ad Portam Dro- cenfem. Item , medietatem havagii mina currentis in valleia. Item , medietatem havagii mina currentis ad Portam Sparrarum. M.
Havage Ce mot ne viendroit-il point de l’Alleman hafen , qui fignifie un pot de terre ? Dans Richelet Av âge eft un droit que lève le bour¬ reau tous les jours de marché fur plufieurs fortes de marchandifes. Havée , qui dans Villon fignifie une poignée , 8c qui eft un lynonyme de havage , vient de haper y par le changement du p en v con¬ fonde. La havée d’une choie , c’eft cè qu’on en peut haper avec la main. Le Duchat.
HAUBERGEON. Afpiré. C’eft un diminutif de hauberg. Voyez haubert. M.
HAUBERT. Hauberg y 8c Haubergeon. C’ëft une cotte de mailles de fer , appellée par quel¬ ques-uns chemife de fer. La Chronique de Colmar, partie 2. Defuper camifiam ferre am , id eft vefiem ex circulis ferreis contextam , per qua nulla façitta arcüs poterit hominem vulnerare. Le Roman de Guillaume au court nez :
(
Un blanc haubert maintenant endojfa :
A mailles d’or un Févre le for j a.
Les Grecs appelaient cette forte de cuiralfe ctXi/awp&fiS" ? c’eft-a-dire , lorica catenata. Les Romains appelaient auffi catena , les mailles dont ces cuiraffes étoient tiifues. Stace liv. 12. de la Thébaide :
Multiplicem tenues itérant thoraca catena.
Il dit mtdtiplicem , parce que pour n’être pas fi facilement froiffées, on les doubloit : 8c c’eftipour- quoi l’épithete ordinaire de haubert eft doublier. Le Roman de Guillaume au court nez :
El dos lo veftçnt un blanc haubert doublier.
On les doubloit même quelquefois en quatre. Le Roman de Gérard de Rouffillon , écrit en ancien¬ ne Langue Provençale :
Del au fi erg fo falfat Ihi quatre plei.
Ce mot vient de halfierga ou halfperga , formé de l’ancien Alleman hais , qui fignifie le col 3 8c de bergen ou pergen , qui fignifie garder 3 conferver. Le Gloffaire de Rabanus Maurus , des Parties du Corps : Collum , hais. EtGoldaft, fur les ancien¬ nes Poefies Allemandes de Winfbeke , remarque que gebergen fignifie conferver. Quelque tems après que j’eus fais cette Note , le livre de Vitiis Ser- monis de Gérard Volfius aïant été donné au Public, je trouvai qu’il avoit fait la même remarque au livre 2. chapitre 9. en ces termes: Halfberga vel halfperga , vox ex Saxonica 3 propriéque fignat
I
H A U.
thoracem feYreum five armaturam colli er peéloris : ab hais colLum , & bergen tegere , protéger e , muni- re. Itaque in Glojfario Theotifco eft : Collicium , half- berga, Qiiomodo & in Legibus Ripuariis cap. 3 G.
§. 1 1 . Bainberga , pro ocrea five crurum armatura , a bain , five been , tibia , & eodem bergen. Quoi¬ que le haubert ne fût que l’armure du col & de la poitrine , je trouve néanmoins que la couverture dont on bardoit les chevaux à la guerre , étoit appellée haubergerie , parce qu’elle4 étoit faite de mailles de fer. La vieille Chronique de Flandre : Mefjîre Miles de Noyers , qui ejloit monté fur un grand dejlrier couvert de haubergerie , &c.
Fief de Haubert. C’eft un Fief qui oblige le Vaftal de fervir fôn Seigneur à la guerre , avec le haubert ; ou de lui fournir un ou plufieurs hom¬ mes armés de cette forte d’armures. Une Confti- tution de Charles le Gras : Confiringentes eos multb plures halfpergas de beneficiis fuis fibi ducere ,quàm illi fatentur fe pojfe vel debere. QuelqüeS-üns l’ap¬ pellent Feudum loricœ. Robertus de Monte , dans ion Appendix ad Chronologiam Sigeberti , Sc une Chronique de Normandie qu’André du Chefne a inférée dans un Recueil des Hiftoriens de Nor¬ mandie , parlant de Henri I. Roi d’Angleterre , lorfqu’il alloit aiïiéger Touloufe : Sumptis 60. fo- lidis Andegavenfibus de Feudo uniufcujufque lorica. Un dénombrement des Fiefs de Normandie , que le même du Chefne a mis à la fin du Recueil ci- deftus allégué , appelle Servitium cumplenis arrnis , le devoir du Fief de Haubert. Guillelmus de Frefno- fa , fervitium cu?n plenis armis : Rénal dus Ru fus , fervitium cum plenis armis. Car il y avoit des Fiefs qui n’obligeoient de fervir à la guerre qu’avec le feul Ecu : c’eft pourquoi le droit auquel ce devoir étoit abonné s’appelloit Scutagium. Joannes Sarif- berienfis , Epît. x z8. parlant du Roi d’Angleterre : Verum intérim Scutagium remittere non potefl , & à quibufdam exaüiombus abftinere. Les douze Vaftaux de l’Abbaïe de Lauresheim n’étoient pas obligés de porter d’autres armes que l’Ecu. Le Chronicon Lau- rishamenfe , parlant de l’Abbé : fihu. communicato 1 1. illufirium virorum , fidelium fuorum , confilio 3 c/uo numéro etiam beneficialis fumma militaris clyp- pei ( qui vulgo dicitur Herefchildi ) Laure shamenfis Ecclefim adtinens includitur , &c. Cafeneuve.
Haubert, ou Hauberg. Arme. Fief. On appelloit ainfi anciennement une cotte de mail¬ le à manches & gorgerin. Au livre 2. des Amadis : Neantmoins Amadis fe releva de grande légèreté , encore qu'il luy fût demeuré un tronçon de lance de¬ dans la manche de fon haubert. Et au 1. livre : Amadis l'attaignit , & lui donna un coup du bout de l’efpée , de laquelle il luy fendit le haubert tout le long des reins. Le Préfident Fauchet en fon liv. 1. de la Milice & armes , le dérive d ’albus. Dejfus ce gambefon ils avaient une chemife de mailles , longue jufques au dejfous des genouils , appellée auber ou hauber , je croy du mot albus : car albumen fe tourne en François aulbin : Alburnum , aubier , qui eftle blanc de tout bois : Alba , aube , & autres fem- blables : & celuy-cy en auber 3 pour ce que les mailles de fer bien polies , fourbies , & reluifantes , en fem- bloiçnt plus blanches. Et au chapitre des Chaftelains: Je croirois bien que tous Leudes Nobles de ce temps- là eftoient hommes d'armes , & fervans à cheval , parce que la force des François ( cef -à-dire Nobles ) gifoit en la Gendarmerie & Chevaliers veftus de Ic- riques , appellées Haubers , pcjjible pour ce qu'ils efloient blancs & reluifoient à caufe des mailles de
H A ü. rp
fer poli , dont eftoient faites les loriques . "Témoin ce vers de Virgile :
Loricam cbnfertam hamis , auroque trilicem. Autant en dit Silius Italicus au y. livre :
Loricam induitur : tortos huic nexilis hàmos
Ferro feamma rudi , permiftoque afperat auro,
Sidoine Apolinaire en dit autant au Fanégyric d' An- thémie :
Circulus impaélis loricam texüit hamis.
Grégoire de Tour s , livre y 11. chapitre 38. Et immift- sâ lanceâ voluit eum transfigere, fed repulfa arti- culis loricæ nihil nocuit 3 repréfente le Haubert fait de mailles jointes & pajfées L’une dans l'autre : dont vient le Proverbe : Maille à maille fe fait le Haubert. Ce qui encore fait appeller Haubergeonniers les fai - feurs de chemifes de maille. M. Befly , dans les Remarques fur les Mémoires de la France Aqui- tanique page 17a. improuve cette étymologie, & avec railon. Le mot Hauberg, dit-il , quoy que die le Préfident Fauchet en fes Origines des armes , eft un mot pur Thiois , qui fignifie arme complété de tout Le corps , ou qui couvre tout le corps. Tout ainfi qu'es Capitulaires de Charlemagne , Bejubergæ fignifie des cuilfons , ou armes qui couvrent les cuiffes. Ce qu'a remarqué le Comte Herftianus à Nuenare , de Origine Francorum. Et c’eft de-là qu’il faut inter¬ préter que c’eft que Fief de Haubert en ce Royaume ,* & principalement en la Couftume de Normandie , ou cela fe peut aifément vérifier , Cf peut fervir à un doéle perfonnage de ce temps pour corriger ce qu'il en a foclernent eferit en fes livres des Seigneuries. Ne f/^ft pas aufft confondre Fief de Haut ber & de Hau¬ berg. Ce do&e Perfonnage , c’eft Loifeau , dont voici les termes : Pojftble que de-là eft venu que les Seigneurs des Baronnies , à la diftinélion , fait des hauts Jufticiers , foit des autres encore moindres , qui fe qualifioient Barons , fe font appeliez hauts Barons , ou hauts-Bers : car il eft bien certain que dans tous les vieils livres de Pratique 3 notamment en la Somme Rurale 3 Bêr & Baron, efc mefme cho- fe : mefmement au livre intitulé , l’Eftabliftement du Roy pour les plaids de Paris , d’Orléans , & de Baronnie, ôc. Haut-bert & haut- Baron font con¬ fondus comme fynonymes : & de-là, fans doute , ori¬ ginairement a efté dit le Fief de Haut-Ber, dont le Seigneur inveftitus eft à Principe, de plebevel pie- bis parte , comme parle le titre quis dicatur Dux , Cfc. Mais pour ce que Haut-Ber , eu Seigneur du Fief de Haut-Ber , eftoit tenu fervir le Roy en Guer¬ re avec armes pleines , dit la vieille Couftume de Nor¬ mandie , chapitre S 5 . c eft-à- dire , armé de toutes pièces , & conféquemment avecque l’arme du corps , qui eftoit lors la cotte de mailles ; de-là eft venu que cette arme a été appellée Hautber ou Haubergeon 3 dont à fuccefiion de temps efi advenu que le Fief de Hauber a efté pris pour toute efpéce de Fief , duquel le Seigneur eft tenu fervir le Roy avec le Hauber ou Haubergeon : & partant , on a penfé qu'il fuft ainfi appelle' à caufe du Haubergeon : qui eft ce que dit Cujas fur le titre 9. du 1 . livre des Fiefs , que le Fief, de Hau-Ber eft dit , ab armorum genere, quo pofc feftor F.egi fervire deber : Combien qu’on puife dire qu’au rebours Haubergeon vient de Hauber ; & eftoit l’arme du Hauber : & cette erreur eft caufe qu’aujourd’huy en la Couftume réformée de Norman¬ die , Fief de Hauber eft moins que Baronnie , eftant par les art. l j). & 1 36. d’icelle , le relief de la
CiJ
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20 H A U.
Baronnie taxé a cent livres , & celuy du Fief de Hau- ber entier a quinze livres feulement. Le même Mon- fiein- Befly , dans quelques Mémoires manufcrics qui m’ont été communiqués par M. du Puy , im- prouve encore plus au long cette opinion de Loi- leau : Multa hic funt errata : ce font ces paroles , parlant de celles de Loifeau que nous venons d’al¬ léguer : nam Cujacius immerito reprehenditur. Car hauber , pour arme , & Haut-Ber , pour Baron, ont diverfie origine. De vérité ce font mots ejirangers. /A ai s Ber vient de Baron , qui efi en ufage de fix a fept cens ans , pour fignifier grand Seigneur. Hinc- mar Epift. i. ad Ludovicum Balburn : Nam Ci illi boni Barones ( il les avoit nommez. Primores Regni ) poft mortem Pipini cum duobus fratribus fie (ano confilio egerunt , 8cc. Et Hauberg vient de ale , qui figni fie tout en vîlleman , & de bergen , qui veut dire cooperire. Comme bein-bergæ cuiirots , in Le g. Ripuar. Beinbergas bonas. Arma quibus teguntur crura. Bein enhn crus figni fie at Germanicé , ut f cri- bit Herman. Nuenar. lib. de Origin. Francorum. Ce qui a grande apparence 3 parce que premièrement il y a la taxe de l’efpée avec fies heudes , haudes , ou poignée. Il efi vray que l'on a appelle depuis Hau¬ bert , la cuiraffe , corfet ou corfélet , avec fies longs pans ou fie venoient rendre les chauffes de mailles. Et parce que la coiffe de maille pour la tefie efioit partie du Haubert , il efi advenu que quelquefois on a dit Haubert fimplement pour l’armet. Or pour retourner au point , l’étymologie du mot monfire que jufiement Fief de pleines armes efi moins prifié que Baronnie , parce qu’il faut quatre fiefs de haubert pour faire une Baronnie. Le diminutif haubergeon fait voir qu’il faut écrire hauberg. M. %
Haubert. La feule véritable étymologHcdu mot haubert , ou plutôt hauberg pour arme , eft celle que donne M. de Cafeneuve, favoir , qu’il vient de hal/berga ou halfiperga , formé de l’Alle- man hais , qui fignifie le col , & de bergen , qui li¬ gnifie garder, conferver , couvrir. Quoique ce mot ne fignifie proprement que couverture du col , on l’a enfuite employé pour exprimer une cotte de -maille , une cuiralfe , parce qu’outre le col elle couvroit encore la poitrine. Voyez Wachter dans fon Gloff. German. au mot bergen page 153. &
1 5 4* *
HAUDRIETTES. Nom de certaines Reli- gieufes. Etienne Haudry , l’un des Secrétaires de Saint Louis , l’ayant fuivi à la Terre-Sainte , 8c enfuite étant encore allé à Saint Jacques en Gali¬ ce , & fa femme Jeanne Dalon ayant été un tems confidérable fans avoir de fes nouvelles , elle s’en¬ ferma dans une mailon qui lui appartenoit dans la rue de la Mortellerie à Paris , avec quelques -au¬ tres femmes , s’y confacra aux exercices de piété , & fit même vœu de chafteté. Son mari , qui à fon retour voulut la reprendre , n’obtint du Pape la difpenfe du vœu de fa femme , qu’à condition qu’il laiileroit à la maifon où elle s’étoit retirée , un fonds pour y entretenir douze pauvres femmes. Il le fit , 8c on appella ces femmes les Flaudriettes , du nom de leur fondateur. Elles formèrent une Communauté Religieufe , & leurs ftatuts furent confirmés par le Cardinal de Pife , Légat du Pape Jean XXIII. Ces Rebgieufes , dont le nombre augmenta , y font appellées les bonnes femmes de la Maifon-Dieu , ou Hôpital 8c Chapelle fondée par feu Etienne Haudri, ou fes fucceîfeurs auprès Grève à Paris. Sous le Pape Grégoire XV. elles furent agrégées à l’ordre de Saint Au gu (lin. En
H A V.
i6zz. elles furent tranfportées dans la rue Saint Honoré , où elles ont bâti un fort beau monafté- re , 8c une rotonde poiur Eglife , fous le titre de 1 Alfomption de Notre-Dame , dont elles ont pris le nom , au lieu de celui d ’ Haudriettes , qu’elles avoient confervé jufques-là. *
HAVE, Ce mot eft ufité en cette phrafe,/^ yeux hâves. V oyez havir. M.
Hâve. C’eft-à-dire échec. EI A V E R , don¬ ner échec. Le Roman de la Rofe , fol. 4 1 . v°.
Puifique des efichecz me fiouvient ,
Si tu y fiuz riens il convient Que cil fait Roy que l’on dit hâves ,
Quand tous fes hommes font efclaves ,
Et qu’il fie voit fieul en la place ,
Et ne voit rien qui le fioulace 3 H in s s’ enfuyt par fies ennemis ,
Qui l’ont en tel povreté mis.
L’on ne peult autrement haver.
D’ave 8c avéré. Ave, c’eft-à-dire bonjour 3 8c avé¬ ré (aluer . Et Rabelais , liv. 5 . ch. z 5 . où il repréfente la maniéré de jouer aux echecs , s’eftfervi des ter¬ mes de bonjour 8c de Dieu vous gard , aux endroits où le Roman de la Rofe veut qu’011 dife hâve : au lieu de quoi nous difons aujourd’hui echec. Le Duchat.
HAVE' E. Monnoye. Villon dans (on Grand Teftament : En ma bourfe quatre havées. Je ne fais ce que c’eft que cette Monnoye. M. le Blanc n’en fait point de mention. M.
H a v e' e. Dans la Frahco-Gallia de J. H. Ot- tius , imprimée à Bâle en x 670. Havée eft interprété par le Latin prada , 8c par l’Alleman hab, haab. Comme c’étoit la même chofe que le havage , qui étoit une certaine mefure de grains qu’on payoic pour droit , peut-êtie que ce droit fe payoit quel¬ quefois en argent , 8c qu’on aura appellé havée , la petite pièce de monnoye qu’on donnoit pour cela. Le Duchat.
H A V E R O N. Sorte d’avoine , dite ùiylxc-^ en Grec , & ctgilops en Latin. C’eft une contrac¬ tion d ’aveneron. On dit en Bafie-Normandie , que l’avoine a été haveronnée quand elle a été trop avancée par la chaleur. A4.
H a veron. L’avoine s’appelle en Alleman haber 8c en Flaman haver. 'C’eft de-là que vient le mot haveron 3 fans qu’il foit befoin d’avoir recours à une contraélion A’aveneron. *
H A V E T. Afpiré. Lat. uncus , Périon le dé¬ rive de ctpTrQuy. Qiiin etiam, dit-il, aduncum illud infirumentum , quo ex ollis carnes extrahuntttr , & a Parifiis havet appellatur , hinc ortum efi. Il parle du motap7ra^«ÿ. up'7To.yn cnirn , vel ap 7jr«, p detraéta li- terd , & P in D mut ata , havet pane remanebit. Il vient de hamus , de cette maniéré : hamus hami , hamivus , hamivettts , havetus , havet. A4.
Havet. Il vient peut-être de haper , 8c de mê¬ me havée , qu’on diloit autrefois pour havage. Le Duchat. Voyez le fécond article havage , 8c le fé¬ cond article havée. *
HAVIR. On dit havi , pour brûlé. Lat. torri- dus , retorridus. De l’inufité avire , fait d ’aZ&^fic- cus 3 ou plutôt d ’chjM s ficco : àlow , avaivu. àuiw , avire. D’à-Jov on a fait de même ctvx/xU 3 ficcitas .
M.
H A U L A. Le patois Meffin , qualifie de maitre- haulà , un petit compagnon qui fait le maître. C’eft un (ynonime d ’ambrelin) fait de l’Alleman bamerlein , c’eft-à-dire, petit marteau, pour dire
H A V.
un homme qui fait plus de bruit qu’il n’eft gros. * HAVRE. Du vieux mot François hable , qui fignifie port de mer. La Coutume de Boulogne , au chapitre des Coutumes locales de la Ville , Balle- Ville , 8cc. de Boulogne fur la mer, art. zz. Item aufdits Maire & Efchevins appartient mettre prix fur fel, grains , vins , harencs , poijfons , & toutes autres marchandées arrivées en cettedite Ville , Ha¬ ble , Bourgaige. Ce mot fe trouve encore dans les deux articles fuivans de la même Coutume. Guil¬ laume Guiart , dans fon Hiftoire de France ma- nufcrite :
Et gr an s nés profondes & larges ,
Chafcune fermée a chable ,
Plus de cinq cens dedans le hable .
Et en un autre endroit :
Mariniers ef oignent le hable *
Habulum 8c habula fe trouvent auffi en cette figni¬ fication dans les Auteurs de la Balfe-Latinité. Ca- feneuve.
Havre. Afpiré. De aber : qui eft un vieux mot Gaulois , qui lignifie l’embouchure d’un fleuve dans la mer , ou dans un autre fleuve. Sylvefter Giraldus, liv. z. de fon Itinéraire de la Cambrie , ch. i . Aber , lin gu a Britannica dicitur locus omnis ubi fluvius in fuviitm cadit. Et dans la Defcription de la Cambrie : Aber, Britannicé dicitur locus on.- nis ubi aqua in aquam cadit. V oyez M. Bochart , liv. x. des Colonies des Phœniciens, ch. 4Z. où il eftime que le mot Gaulois aber , vient de l’Hébreu *nrt habar , qui lignifie confociari 3 d’où vient “un haber focius , 8c “QH heber confociatio. Voyez auffi Camden , pag. 69 3. où il dit que Abrauanus , qui eft un Promontoire d’Angleterre, dont il eft parlé dans Ptolemée , lignifie ojlimn amnis Ruan 3 & que ce mot eft compofé du mot aber, qui lignifie oflium fluminis , 8c du mot Ruan , qui eft le nom propre d’un fleuve. D’autres le dérivent de l’Alle- man haffen , qui fignifie un port. Les Danois difent haffh , pour hafen. Et de-là leur Kiobenhaff , pour Copenhagen , Capitale de Danemark : hagen , pour hafen : d’où vient Copenhagen 3 comme qui diroit, le poH des Marchands. M. du Cange le dérive de haula , mot Latin - Barbare de la même lignifica¬ tion. Voyez fon Glolfaire , au mot haula , & au mot habulum. (a) M.
H A v R e. Il eft hors de doute , que notre mot havre , vient- des Langues Septentrionales. Les Cambriens ou habitans du pays de Galles en An¬ gleterre , difent aber 8c hafhé , les Allemans hafen j les Danois hafn 8c hajfn , les Flamans & les Anglois haven. Il eft remarquable que les Hébreux appel¬ lent un port Jpn hhof, mot qui retfemble beaucoup aux précédent , 8c qui vient du verbe C]2fl hha- phaph , qui fignifie courir , mettre a couvert. *
HAVRE-SAC. Les Charders & les Fiacres, appellent ainfi un fac de toile, dans lequel ils don¬ nent de l’avoine à leurs chevaux dans les rues. C’eft un mot Alleman , compofé de haber , qui fignifie de {'avoine, 8c de facf, qui fignifie un fac. Les Italiens l’appellent Amplement facco : témoin leur ‘proverbe , fa corne il cavallo délia caretta : mangia col capo nel facco. Les foldats fantaflins fe fervent auiïi de cette forte de fac , quand ils vont en campagne : ce qui a été fort bien remarqué par M.Richelet, dans fon Dictionnaire. Quelques-uns
H A U. it
prononcent habrefac : ce qui approche plus du mot Alleman : 8c les loldats ne difent jamais autre¬ ment. M.
HAUSSAIRE. Monftreîet , édit, de 1572. fol. 58. 6. iur l’an 1430. Aucuns haujfaires tenans le party du Roy Charle : Ce fl a fç avoir , Jean de Beaurain , Jean de Saumain. On appelloit autre¬ fois haujfaires , ceux qui s’élevant au-deflus de la petite NoblefTe , prennent aujourd’hui le titre de haut & puiffant Seigneur. Le Duchat.
HAUSSECOL. Peut-être de l’ancien Tiois hait an, qui fignifie garder 3 8c de collurn. Le Glof- faire de Kéron : Cuftodire , haltan. Peut-être auffi eft-il compofé de deux mots de même fignification, mais de deux Langues différentes ; favoir de l’ Alle¬ man hais , qui dans Rabanus Maurus , 8c ailleurs , le trouve pour collurn 5 8c du même mot collurn , comme qui diroit hais collurn. Cafeneuve.
HAUSSE-COU. Afpiré. M. de Cafeneuve a écrit hauffecol. Il faut dire haujfecou. Et M. Fure- tiere qui dit qu’on dit hauffecol 8c haujfecou , 8c M. Richelet qui préféré hauffecol à haujecou , n’ont pas été bien informés de l’ulage. Mais il eft ici queftion d’étymologie. M. de Cafeneuve dit que hauffecol peut avoir été fait du Latin collurn , 8c de haltan , mot Tiois qui fignifie garder : ou qu’il eft compofé de deux mots qui fignifient une même chofe : du Latin collurn , & du Tiois hais , qui fi¬ gnifie le cou. Pour moi, je fuis très-perfuadé que haujfecou eft un mot purement François, compofé de cou 8c de haujjér 3 parce qu’originairement le hauffe-cou étant immédiatement lous le cou , fai- foit haulfer le cou. M.
HAUT. On croit communément que ce mot vient du Latin altus , auquel on a ajouté l’alpira- tion. Wachter prétend néanmoins qu’il a été fait de l’ Alleman bat , qui fignifie la même chofe. Voyez cet Auteur, dans Ion Gloffarium Germani- cum , au mot hat. On pourrait demander fi l’Alle- man hat ne viendrait point lui-même du Latin altus. L’afpiration du mot Alleman ne prouve¬ rait rien contre cette étymologie. Il n’eft pas rare que les mots en palfant d’une langue dans une au¬ tre , perdent leur afpiration s’ils en avoient une , & en prennent une s’ils n’en avoient point. M. Ménage n’a point parlé du mot haut , apparena- . ment parce qu’il n’a pas cru que fon étymologie pût fouffrir aucune difficulté. *
HAUT-BOIS. Infiniment de Mufique. M. de Saumaife , au ch. 6. de fes Homonymes des Plan¬ tes , le dérive de l’Arabe : Eo capite , Avicenna h A u d , Arabicè vocat 3 quod lignum communiter fignificat apud Arabes , & in numéro multitudmis , ligna. Haud etiarn tibiam illis Jïgnat. Hodie qiioque nobis tibia lignum dicitur , Hautbois. Jfluodfortafe ex Arabico , & ipfius interpretatioae compofltum. Le Pere des Etymologies , l’admirable M. de Sau¬ maife , n’a pas bien rencontré en cette étymologie. Il eft fans doute , que Hautbois a été dit en cette fignification d’inftrument de Mufique , parce que le ton en eft plus haut que celui des violons. Et d’un autre côté , c’eft houd qui fignifie en Arabe lignum , & non pas haud , félon Golius & Gig- geius. M.
H AU TEC L AI R. Nom de famille. Ce nom fut donné du tems de Henri II. à un Maître des Requêtes , par une rencontre affez plaifante. Ce Maître des Requêtes alloit fou vent au Louvre. Un jour qu’il grattoir à la porte du Cabinet du Roi, ou de la Reine , comme les Huifllers lui demandèrent
(a) Voyez aufii Skinner au mot Haven.
22 H A U.
fon nom , il n’ofa le leur dire diftinétement , à cau¬ fe de l’obfcénité. Les Huilliers ne l’entendant pas , ou feignant de ne le pas entendre , lui dirent qu il dît fon nom haut 5c clair ; d’où il fut enluite appelle Haut éclair. Je tiens cette Hiftoire de M. du Puy , qui l’a apprife de M. de Thou , lequel au liv. viji. de fon Hiftoire, pag. z6i. de l’édition de Genève , fait mention de ce changement de nom ; mais en paftant. Negotium datum P. Alto- claro , Libellorum Supplicum Magifiro , qui pudendo alio cognomine indigitabatur , ut negotium Regium , Scc. M.
HAUTE-CONTRE. C’eft ainfi qu’il faut dire , 5c non pas Hauteconte , comme difent les provinciaux. Et cette prononciation eft con¬ forme à l’étymologie : la Hautecontre étant la par¬ tie de Mufique qui eft contre le deftiis : comme Bajfie-contre , celle qui eft contre la taille : bajji té¬ nor. Voyez mes Obfervations de la Langue Fran- coife,au chap. 27. delà première Partie. M..
HAUT-GOURDIERS. Dans le Catholi- con , pag. i oo. Et que tant de bons matois banque¬ routiers ,[affraniers , defiefipe'rez , haut-gourdiers , & forgeurs , 5cc. L’Auteur des Notes fur le Catholi- con , qui eft M. du Puy , n’a point expliqué ce mot. M.
Haut-gourdiers 5c Sorgueux. C’eft ainfi qu’il faut lire ces deux mots dans le Catholi- con d’Efpagne. Par le mot haut-gourdiers , on en¬ tend ces compagnies de gueux 5c mendians qui vont par la campagne , fouvent fous le prétexte d’un pèlerinage. Et l’Auteur du Catholicon , les appelle de la lorte , à caufe de l’ufage qu’ils font de ces gourdes «S c calebafles que chacun d’eux por¬ te à fon côté pleines de vin ou autres liqueurs po¬ tables , félon les pays où ils palfent. Il n’eft bonne chcre que de gueux , dit le proverbe. Quand il leur prend envie de boire , celui qui s’en avife le premier , s’arrêtant tout court , dit : allons haut la gourde, c’eft- à- dire, haulfons la gourde & bu¬ vons ; car ils ne fe fervent point de taffe pour boire.
Pour ce qui eft du mot Sorgueux , il défigne une autre efpéce de vagabonds , de libertins 5c débau¬ chés qui font de la nuit le jour , ou qui font à la faveur de la nuit des chofes qu’ils n’oferoient en¬ treprendre de jour. Ce mot eft un adjeétif , for¬ mé du fubftantif [orgue , qui dans le Diétionnaire de l’Argot réformé , fignifie la nuit. En voici des exemples tirés de ce petit Diétionnaire. Rabateux ou doubleux de [orgue , c’eft un larron de nuit. Et plus loin dans le Dialogue du Malingreux 5c du Polilfon, le Polifton dit : Jamais je ne [us [orgueux ni doubleux j c’eft-à-dire , jamais je ne fus cou¬ reur de nuit ni voleur. Et dans un autre endroit le meme Polifton dit: Car la [orgue approche , attra¬ pons la piole ; c eft-à-dire , la nuit approche , ga¬ gnons le cabaret. Cette remarque fur les Haut- gourdiers 5c [orgueux du Catholicon , a pour Au¬ teur M.- Simon de Val-Hébert , qui a eu la bonté de me l’envoyer. Le Duchat.
HAUTS-BARROIS. On appelle ainfî en Lorraine & dans le pays MefTtn , une forte de très- belle danfe , qui apparemment a été inventée dans le Barrois où il fe peut qu’on n’en trouvoit pas de moins belles que dans la vraie Lorraine, qui avoir fort la vogue à ce fujet , témoin ces vers du Ro¬ man de la Rofe , fol. G. r\
Los ungz [onnerent M.ilannoy[es ,
H A Y. H A Z.
Les autres notes Lorrainoy[es ,
Pource qu’on en [ait en Lorraine
De plus belles qu’en nul dommaine.
Rabelais, liv. i. ch. 39. parle d’un- Moine bon Compagnon , appellé Frere Claude de Hauts- Barrois , peut-être parce qu’il aimoit cette danfe. Le Duchat.
H A Y
HAYE. Lat. Sepes. Du Latin-Barbare hàia. Les Capitulaires de Charles le Chauve, pag. 340. Et volumus , & exprejse mandamus , ut qutcumque ifiis temporibus cafiella , & [rmitates , & hatas , fine noftro verbo [ecerint , Kalcndis Augufii omnes taies fi rmitates disfiaEtas habeant. Sur lequel lieu le P. Sirmond a fait cette Note : Haias, claufiuras. Haiæ , nobis hodie [unt [epes quœlibet. Olim , ut hinc apparet,pro militari vallo & munitione ufiurpa- ta. Hdia , a été dit pour haga, de l’Alleman hag , qui fignifie [epimentum , [eptum. Hag, haga , haja , Hat a. f Voyez Voflîus , de Vitiis Sermonis , pag. 2 19. 5c Spelman 5c M. du Cange , dans leurs Vo¬ cabulaires. f La Haye , en Hollande , eft appellée dans les anciens Titres , Haga Comitum. M.
HAYNAUT ou H A IN AU T. Nom pro¬ pre d’une des Provinces des Pays-Bas. En Latin , Hannonia. Hainoüm , dans les Annales Bertiniani ; Hanoium , 5c Hanioûm , dans les Capitulaires de Charles le Chauve de l’an 870. mais Hadrien de Valois croit que c’eft une faute. L’Auteur de la Vie de S. Anfbert de Rouen , Hagnayvum .-Sige- bert à l’an 953. Haginoum : 5c d’autres Haginoia. Quelques anciens difent Hannonia , comme tous les modernes. Ce pays a pris fon nom de l’Aifine , Haina ou Ain a , ou Hagïna 5c Hagna , riviere qui le traverfe. De Haina ou Aina , on a fait Hainau ou Ainau , qui eft l’ancien nom que Louis le Débonnaire emploie dans la divifion de fon Royaume : car il y faut lire Ainau , Sc non pas Amau , comme a fort bien remarqué Hadrien de Valois. De Hagina s’eft formé Haginoum 5c Ha¬ ginoia : 5c de Hagna , Hagnawum , ou Hagnau. Les Allemans difent Henegau ou Hainegow. Ha¬ drien de Valois , Not. G ail. pag. 240. De Valois ne veut pas qu’on écrive Hainaut , mais Hainau , ou Hénau. Cependant , c’eft aujourd’hui l’ufage d’écrire Hainaut , ou Haynaut. *
H A Z-
H A Z A R D. C’eft proprement ce que les La¬ tins appellent aléa , c’eft-à-dire , jeu de hazard : comme il paroît par le Diétionnaire de Robert Etienne. Les derniers Grecs ont appellé le jeu des dez , & autres Jeux de hazard ; félon la re¬ marque de Meurfius , dans fon Lexicon Grec-bar¬ bare fur le mot Mais il eft mal- aifé déju¬
ger, fi hazard vient d’a^e/a , ou fi âÇcte** vient de hazard. Quelqu’un a voulu dire que ce mot a pris fon origine d’un château de Syrie appellé Hafiart , qui étoit au pouvoir des Chrétiens , 5c duquel Guillaume de Tyr fait mention au liv. 4. chap. 5. &au liv. 17. ch. 10. où parlant de Baudouin III. du nom , Roi de Jérufalem , il dit : Rex vero Henfire- dum Conftabularium , cum [exaginta militibus , ad tuendum Hafart interea dirigit , ne d Durcis occupe- tur. Mais je crois que nos François lui avoient donné ce nom , à caufe des diverfes fortunes où
H A Z.
ils avoient été éxpofés en le prenant, ou en le dé¬ fendant. Cafeneuve.
H a z A k d. J’ai cherché long - tems l’origine de ce mot , & je crois l’avoir enfin trouvée. An¬ toine Mornac , célébré Avocat au Parlement de Paris * fur la Loi Si le arum ufus , qui eft la derniere du Titre au Code de Religiofis & fumpti- bus funerum , a écrit que ce mot avoit pris Ion ori¬ gine d’un lieu de Syrie, appellé Hafarth. Voici fes termes : Cum d militibus inventa quondam aleafue- rit j dum nempe cejfarent ab armis , effentque extra opéras pngnatorias , ut Imper ator loquitur j conftat- que plus fatis ex Homero , variis locis j at vero ma¬ xime ex Alcidamante Oratore , qui tradit cm t« xcnd. Ua^oL/jLiiS'dç^jpoIûslctç, invent um ale arum ludum dPa- lamede in Troja obfîdione : mirum equidem , ut quod primum ad remittendos , allevandofque animos fuit , ad infâmes , ftupendafque , poftea , & fortunarum * (ÿ anim<rrum alienationes procejferit. Notabo enim , in tranfcurfu , vocari vulgo aleam Jeu de hazard , militari nomine , ut attingit jVilelmus Tyrius , Me- tropolitanus Archiepifcopus , & Regni Balduini iv. apud Hierofolymitanos , univerfamque pæne Syriam , Cancellarhis , libro vu» capite io. Belli Sacri : cum fcilicet , cire a annum c i o c c. transfretarent Chrif- tiana acies , ad dejiciendos Syria , Paleftind , ac Ju- d&à , Barbaros , & convenirent ad munitiffimum Sy¬ ria caftellum , captum d Brands , cui nomen Hafarth ; tantdque frequentid , ut Ludus Hazardi diceretur de more inter milites , Ludus aleatorius. Ita vidi fem- per conjicere ac fentire eruditiores ad eam Tyrii ob- fervatianem : quemadmodum 8c ludos Tertullianus ait , libro de Speélaculis , dictas ejfe d Lydis, Hetru - ri a populis j un de ufus Romam primum inv échus efi. Mais Guillaume de Tyr , au lieu allégué , non feu¬ lement ne parle point de cette étymologie , mais il ne parle pas même de ce Jeu de dez en ce Ch⬠teau. Et ainfi cette étymologie eft une vifion.
M. Ferrari , célébré Profelfeur de Padoue , dans fes Origines Italiennes , au mot zara , dérive l’Ita¬ lien azardo , qui eft le même que le François ha¬ zard , du Latin aléa , de cette maniéré : aléa , da- lea , darea , z ara : d’où azarare , dit-il , 8c AZAR- dari, pour dire aleam fubire , rem in cafum dare. Cette formation me paroît peu naturelle :& je ne puis être de l’avis de M. Ferrari.
J’apprens d’un endroit des preuves de l’Hiftoire du différent d’entre le Pape Boniface VIII. 8c le Roi Philippe le Bel, lequel m’a été indiqué par M. Baluze, que les dez étoient appeliez azardi. Voici l’endroit, qui eft de la pag. 540. de l’édition de Cramoify , in-folio : Item : dixit , quod eodem anno Cr loco vidit diSlum Bonifacium ludentem ad azardos cum Domina fola pr&dida. Et vidit quod didi azardi erant pundati de auro. Ce qui me don¬ ne fujet de croire , que les mots Latin-barbares , azarum 8c azardum , & les mots Grec-barbares , dÇctpov , ? dÇd.etoyi qui fe trouvent en plufieurs
endroits , rapportés par M. du Cange , dans fon GlolTaire-Latin & dans fon Gloffaire-Grec , ont été faits du Latin tejfera , dans la fignification de dé : &c qu’ils en ont été faits de cette maniéré : Tejfera , zura , zara. Le T a été changé en Z : comme en Zio , de3-«^ thius , c’eft-à-dire oncle. Zara eft un mot Italien qui lignifie le Jeu des dez. Voyez La Crufca. De zara , on a fait zarare : ce qui a été remarqué par M. Ferrari. Et de zarare , en y ajoutant la particule ad , on a dit azarare , pour dire bazarder , parce que le Jeu des dez eft un Jeu de hazard. Et de-là le Latin-barbare azarum , 8c le
H A Z. H E A. 23
Grec-barbare a^a^tov- Voyez M. du Cange. Àü lieu d’ azarum on a dit enfin afardum j d’ou l’I¬ talien azardo , le François hazard „ 8c l’Efpagnol azar.
Tefferarius , pour lignifier un joueur de dez , fe trouve dans cet endroit du livre ü.8. d’Ammian Marcellin : Quidam ex iis , licet rari , aleatorum vocabulum déclinantes , ideoque fe cupientes appel- lari telferarios. M.
Hazard. Je crois que ce mot eft une pro¬ duction de as ou az , dans la fignification d’un point unique au jeu de dez. Du moins eft-il fûr qu’ Alain Chartier a employé en ce fens le mot azart , & que même Y h ne s’y trouve point. Voici le palfage : il eft du Poème d’Alain Chartier , inti¬ tulé le Parlement d' Amour :
Jamais rieufl fait adroit fon point L' Amant : car cette femme adez Lefaifoit jouer mal a point ,
Vource qui elle changecit les dez.
Aujji , Amours , vous commandez
Qu en vous Jervant deux cœurs fe tiengnent
Tout ung : car point vous ri entendez ,
Qvfen double voulenté fe tiengnent.
Et elle faifoit a tous tours
Son point double j & B eft oit par l’art
De fes délicieux atours ,
S oy gardant de geder azart .
Or comme au jeu de dez, Xaz eft le moindre de tous les jets , 8c qu’un homme qui y joue , court rifque d’attraper ce point malheureux , on a dit azarder pour rifquer , 8c azard pour az , parce que la terminaifon d’un mot en ard dans notre Langue , contenant une idée méprifante de la cho- fe lignifiée par ce mot , elle étoit fort propre à ca- raéférifer le guignon attaché au jet de lWou point unique du dé. Belleforeft , dans fa. traduction des Hiftoires tragiques , s’eft fervi du mot hazard , dans l’Hift. quarante^troifiéme 8c dans la cinquante- deuxième en la fignification de hagard ou de varia¬ ble. Le premier palfage dit : Fortune hazarde & en- vieufe. Et le fécond : Complexion farouche , bazar¬ de , & fans refpelb. Le Duchat.
HE A-
H E A U M Ë. Il eft formé de belmus. La Loi des Ripuariens, tit. 36. §. 11. où il eft parlé des ar¬ mes : Helmum cum direélo pro 6.folidis tribuat. Go- ropius, liv. 7. des Origines d’Anvers , dit que ce mot vient du Flaman lem , qui lignifie cacher & couvrir. Hinc helem, id eft gale a : quia caput celet & tegat. Lindembrog , dans fon Glolfaire fur les Loix Anciennes , fur le mot Helmum de la Loi des Bajuvariens : Helmum vox Germanica eft Lat. Co¬ nus. Glojfa. M SS.adlib. Bedœ. de Bdiraculis G ut ber - ti : Cono , id eft helme. Glojf. Latino-Theotifc. Caf— fis , helm , heldenbuch :
Schilt und fwert mit ehren ,
Helm , hallberg , fi danam , 8cc.
Unde Itali fuum ielmo , & Galli heaume dériva * runt. Cafeneuve.
Heaume. Afpiré. Lat. galea. De helmus , qui fe trouve en cette fignification dans les Loix Ripuaires , au Titre xxxvi. paragraphe xi. & qui a été fait de l’Alleman helm> mot de la même lignifi¬ cation : dont les /Vnglois ont auffi fait helm. D ’el-
24 H E B.
i mus , les Italiens ont fait elmoj ôc les Efpagnols , yelmo j ôc les Grecs modernes , sA/wéç. f Mais écou¬ tons Pafquiervm. 3- Ce que nos Anciens appelle¬ ront heaume , on l’appella fous François I. armet. Nous les nommons maintenant habillement de tête : qui efi une vraye fottie de dire par trois paroles , ce qu'une feule nous donnoit. M.
H E B-
HE' BERGER. V oyez auberge. Les Allemans dilent herbergen. Et les Anglois diient harbourie , pour hofpitium. Le Gloffaire de Lipfe interprète hereberga , par caftra. f Voyez Volîius de Fit iis Sermonis , pag. Z13. Ad.
HEBERGER. Le mot Alleman herbergen , d’où vient le François heberger , lignifie la même chofe. Il eft compofé de her , multitude, ôc de bergen , gar¬ der , défendre , courir , donner retraite ; comme qui diroit , multitudinem hofpitio excipere. De-là aulii notre mot auberge , en Alleman herberg. Sur quoi il faut remarquer , que comme b erg dans ce mot vient de bergen, ôc fignifie hofpice , lieu de retraite , il diffère de b erg , qui fignifie montagne , colline , hauteur. Voyez Wachter , dans fon G lof farium Germanicum , aux mots berg , bergen , & her. *
HEBREU. Nom propre de peuple. Je remar¬ querai d’abord que l’on varie fur la maniéré d’é¬ crire ce nom. Prefque tous les Proteftans , tant en Latin qu’en François , l’écrivent fans h. Quelques Catholiques aufli,mais en petit nombre, M. Huet , par exemple , écrit toujours Ebreu , comme on peut voir dans fa Differtation fur le Paradis terreftre , ôc dans fes autres ouvrages François. M. Ménage écrit de même ; ôc nous l’avons imité dans les ar¬ ticles que nous avons ajoutés à ce Diétionnaire Etymologique ; quoique pour nous conformer à l’ulage le plus commun, nous ayons écrit ce mot par h à la tête du préfent article. Au refte, lorf- que nous écrivons Ebreu fans h , ce n’eft pas feu¬ lement pour fuivre l’exemple d’autrui , mais parce que cette orthographe nous paroît la plus raifon- nable ôc la mieux fondée. Le mot que nous exa¬ minons s’écrit en fa langue nay, c’eft-à-dire par un p ain au commencement , lequel ain eft une lettre gutturale très-diftèrente du n h , ou du n hh , ôc que par conféquent il ne falloit pas confondre avec ces afpirations : autrement il eût fallu écrire pareillement Arabe par un h , puifque ce nom , dans les Langues originales , a de même un 37 dm pour fa première radicale : ce que néanmoins on n’a jamais fait. Les Septante font les premiers qui ont écrit Ebreu avec un efprit rude tCpS/&. Les Latins ont exprimé cet efprit rude par un h , ôc nos Langues modernes ont imité les Latins. Mais , dira-t-on , fi l’on ne doit pas exprimer le p ain des Ebreux par h , comment faut-il l’expri¬ mer ? Je répons que comme nous n’avons dans nos Langues aucune lettre qui puilfe exprimer cette gutturale , il vaut mieux l’omettre entière¬ ment , comme on fût dans Arabe , que d’en don¬ ner une fauffe idée , ou de la confondre avec d’au¬ tres lettres qui font très-différentes. Les Septante eux-mêmes , qui écrivent Ebreu avec un efprit rude pour fuppléer à 1 ’aw , ont quelquefois omis tout-à-fait cette lettre en d’autres mots , comme par exemple dans mmy , qu’ils écrivent fimple- roent Àfsmi'àG , fans alpiration ; ôc nous de même Arninaàab. D’autres fois ils ont exprimé le p dm
H E B.
par un g , comme dans le nom de la ville de Gaza ; que nous écrivons ainfi d’après eux , ôc qui en Ebreu eft rtîj? Azzah. Il eft vrai que comme le P aw eft une elpéce de diminutif du ghan Arabe, il vaut encore mieux l’exprimer par un g , qui en approche un peu davantage , que par un h. Mais d’un autre côté, comme il fe trouve alors confon¬ du avec le J gimel , le meilleur , ainfi que nous avons déjà dit , eft de ne point l’exprimer du tout.
Pour ce qui eft de l’origine du nom d 'Ebreu , les Savans ne lont pas d’accord la-delfus. Quelques Auteurs , qui ne favoient point la langue origina¬ le de l’Ecriture, ont cru fur quelque reffemblance de fon , qu ’ Ebreu venoit d’ Abraham , ôc que le peuple Ebreu avoir pris ce nom , parce qu’il defi- cendoit d’ Abraham. C’eft une erreur fi groflîere qu’elle ne mérite pas d’être réfutée , quoiqu’elle ait été luivie par de trcs-grands hommes. En effet , Abraham eft appellé lui-même ’Hy Ebreu , Genef. xiv. 13. ce qui montre clairement que ces deux noms diffèrent entre eux , ôc que l’un n’eft pas l’origine de l’autre.
Il y a deux autres fentimens bien plus raifonna- bles,&dont certainement l’on doitreconnoître que l’un ou l’autre eft vrai. Le premier eft que le nom. à’ Ebreu vient de la prépofition Ebraique “I3p eber qui fignifie au de-lk , ôc que ce nom fut donné premièrement à Abraham par les Cananéens , par¬ ce qu’il venoit d’au de-là du fleuve , c’eft-à-dire , d’au de-là de l’Euphrate , comme l’entendent la plupart des Auteurs , puifqu’en effet , Abraham venoit de la Méfopotamie. Les Septante expli¬ quent lefurnom 'nij; que l’Ecriture donne à Abra¬ ham , Gen. xiv. 13. par®-sp fus, c’eft-à-dire, d’au de-là j Ôc Aquila , fuivant l’édition Romaine , par mripct'iTHç. Origéne , dans les Chaînes manuferites :
IUpaniç cMaAÜro Ap>pa.a[ji , t7retS)î m ro twç %bbpcL<; diampdisaç Tily Meo-STroTtf^i/ay , «AÔ-y étç TZfjLtpn
srjj'i’ x^vatya/wy. Et Saint Jean Chryfoftome , fur cet endroit de la Genefe : r Ve/Jn yS t&lpety fit ,<ppaT#
THV UCtTOlKHSl)/ CiXi , Sld tStO if) <S7ep«TMf ixîyiTo.
Diodore de Tarfe , au lieu de l’Euphrate , entend le Jourdain ; car il écrit: mpaTHy Toy A^pà/a, wctyèi i&spetv lirSiyTct rS iopàfiya. Ainfi, félon cette étymologie, un Ebreu feroit la même chofe qu’un par de-la j comme nous difons quelquefois dans le difeours familier , lorfque pour marquer un hom¬ me d’au de-là delà Loire, ôc fur-tout des Provin¬ ces ou le langage eft plus corrompu , nous difons que c’eft un par de-la. Mais cette opinion fouffre plufieurs difficultés. i°. Le mot eber, d’où l’on dérive , fignifie pajfage , coté j ôc en qualité de prépofition , il fignifie également au- deefa ôc au-delà : ainfi on n’en peut rien conclure en faveur de l’opinion dont il s’agit. z°. Les peu¬ ples ne prenoient pas ordinairement leur nom des furnoms ou des noms de la patrie de leur pere , mais de leurs noms propres & perfonnels. 3 °. On auroit pu appeller Ebreux, par la même raifon , une partie des enfans de Japhet ôc de Cham , parce que pour venir s’établir dans les régions occidentales de l’Afie , & dans l’Afrique , ils avoient néceffairement palfé l’Euphrate , de même qu’ Abraham.
L’autre opinion , qui eft la plus générale , & qui paroît la plus vraie , eft que le nom A’ Ebreu vient de “py eber, nom propre du Patriarche Eber ou H eber , fils de Salé , ôc trifayeul du grand-pere d’ Abraham. Le Patriarche Abraham
fut
H E B. H E C.
fut fumommé my Ibri , c’eft-à-dire Ebreu , parce qu’il defcendoit A’ Eber : 8c le peuple Ebreu eut ce nom , parce qu’il étoit par Abraham , la véritable jpoftérité A’ Eber, c ’eft-à-dire , la feule qui avoit confervé le culte de Dieu , & par conféquent , la plus illuftre. Rien n’eft plus ordinaire que de voir les premiers peuples porter le nom de quelqu’un des ancêtres dont ils defcendoient. Ce qui confir¬ me cette opinion , c’eft que dans la prophétie de Balaam , Nombres xxiv. 24. les Ebreux font ap- pellés Amplement Eber , de même que les Aify- riens, Affur. iny tty-l 1W8 iayï , ils affligeront Affur , & ils affligeront Eber : c’eft-à-dire les Alfy- riens , 8c les Ebreux ; comme l’expliquent les Sep* tante, la verfion Syriaque, la verfion Arabe, &: la Vulgate ; 8c comme la chofe eft évidente, parce qu’il s’agit en cet endroit des maux que les Ro¬ mains dévoient caufer aux Juifs. Or fi les Ebreux avoient été ainfi appelles de “Qy eber , fubftantif , ou prépofition , ils n’ auraient pas pu être défignés par ce fimple nom , 8c il eût fallu néceffairement les nommer ibrim , comme Gen. xl. 15.
ou ibriim , de même que les femmes des
Ebreux font appellées flVHay Ibriioth, Exod. 1.15. Mais en dérivant ce nom du Patriarche Eber , il n’y a aucune difficulté : 8c les Ebreux font nommés Eber , parce qu’ils defcendoient d 'Eber, 8c qu’ils en étoient la plus noble poftérité j de la même façon que les Affyriens font nommés Affur , parce qu’ils defcendoient d’Alfur 3 lesMoabites, Moab, parce qu’ils defcendoient de Moab 5 les Ammonites, Ammon , parce qu’ils defcendoient d’Ammon ; les Madianites, Madian, parce qu’ils defcendoient de Madian ; 8c ainfi des autres peuples. On lit , Gen. X. 21. Il naquit des enfans a Sem : c’eft lui qui eft le pere de tous les enfans d' Eber. Ces enfans A1 Eber font les Ebreux. C’eft ainfi que l’explique le Pa- raphrafte Jonathan ben Uziel , 8c Aben Efra. D’ou il fuit que les Ebreux ne tirent leur nom que du Patriarche Eber. L’Hiftorien Jofephe eft du même fèntiment, dans fes Antiquités , liv. 1. chap. 7. .Voici fes paroles : t« <K'£sp©-, «V « tkç itfcTcbaç tCpulaç dpxnBty oKahSv j c’eft-à-dire , fort fils fut Eber , du nom duquel les Juifs furent dès le commencement appelles Ebreux. Les Septante , 8c Aquila , fuivant l’édition Romaine , font les feuls qui expliquent le furnom de lbri , donné à Abraham, Gen. xiv. 13. par -æ-epar , 8c -mpai- r ne- Une autre édition d’ Aquila , citée par Orige- ne, l’explique par eCpctVf , de même que Symma- que. Les Paraphrafes Chaldéennes, le Syriaque, l’Ethiopien, l’Arabe, & la Vulgate, l’entendent de la même façon : 8c c’eft auffi le fentiment de la plupart des Auteurs, tant Juifs, que Chrétiens. Voyez fur cette matière Stephani Morini Exerci - tationes de Lingua prim&va , Exercit. 1. chap. xx. & x. *
H E C-
H E' C O N D E R. Gafton de Foix , dans fon Miroir de la Chafie , pag 3 Un bon Veneur , ne doit tnie héconder fon métier , c’eft-à-dire, avôir 'honte de fon métier. De verecundare , par le chan* gementde l’u conforme en l’v voyelle. Verecun - dare , uerecundare , he' conder : comme he'dard, de veredardus. Voyez hé dard. M.
HE DARD. C’eft un vieux mot , qui a été dit d une forte de cheval. Maroc, dans l’Epitaphe <iu Cheval de Vuiart :
Tome II.
HED. H E G. HEL. if
G ri fon s fus hé dard ,
Qui garrot & dard Eajfay de viftejfe.
Jean le Maire , dans fa Plainte fur la mort dé Guil¬ laume de Biffipat , Seigneur de Hanaches , Gentil¬ homme de Louis XII.
Et maints foudards ,
Suivants guidons , enfeignes , étendards ,
Tant fur cour fer s , chevaux légers j hédards , -Que piétonnants yftccomberent fous dards.
De veredus. Veredus , veredardus , ueredardus j ere- dardus , edardus, he’dard. Le premier U de vere¬ dardus, qui étoit confone, devient voyelle. Voyez vag ard , 8c haneton , 8c héconder. Ç T ouchant l’éty¬ mologie de veredus, voyez ci-deffous au mot pale - froy. M.
HED-
HEDYCHROUM. Terme de Pharmacie. Efpéce de trochifques , ainfi nommés à caufe de leur belle couleur jaune : car ce mot vient du Grec «JD? agréable , 8c xpâa couleur. Galien les appelle /xcty/mx tïSuypoûV , c’eft-à-dire , pâte d’une agréable couleur. *
HE G I R E. Coquille , dans fon Hiftoire de Nevers , pag. 462. de la derniere édition : les Mahométiftes comptent par Hégire : laquelle com¬ mença du temps de Mahomet , en l’an de Noftre S eigneur 593. He' gir e ftgnifie fuite : parce que cet an Mahomet s’enfuit de Liden , ville d’Arabie , & fe retira à Médina Talnabi ( en la mefime Arabie ) , qui ftgnifie Cité de Prophète. Et de ce temps , les SeElateurs de fa Religion comptent les années.
La remarque que M. l’Abbé Berault a faite fur le paffage de Coquille eft cudeufe. La voici : Co¬ quille fe trompe. L’ Hegire commença l’ an de JT. S. 62.1. Et ce ne fut point de Liden que s’enfuit Ma¬ homet , mais de la Mecque 3 d’ou il fe retira d Tatrib , depuis appellée Medinat alnabi , c'eft-à-dire , la ville du Prophète. Le mot D’Hégire ftgnifie proprement fuite à caufe de la perfécution. Au refte , ce fut le Calife Omar qui ordonna que les Mufulmans comp¬ teraient par l’Hégire , c’eft-à-dire , par la fuite de Mahomet à Medine j & ce fut l’an 17. ou 18. de l’Hégire qu’il fit cette ordonnance : & pour le com¬ mencement de cette époque , on remonta juf qu’au pre¬ mier jour de Moharram , qui eft le premier mois de l’année Arabique , d’ail l’on recommença à compter ÿ. quoique ce ne fut qu’au fécond mois de l’année que cette fuite arriva. M.
H E G-
HËGUMENE. Nom du Supérieur d’un Mo- naftére de Moines parmi les Grecs. On le nomme auffi Archimaudrite 8c Abbé. Le mot Hégumene vient du Grec nyd/uLivéèï, participe préfent du verbe vyZfxaj , qui fignifte duco , praeo. *
HEL-
HELAS. Cette inter jeékion de douleur & de compaffion , eft compoféede cette autre interjec¬ tion hé! ou ha ! 8c de las , qui lignifie malheureux 8c mif érable. Auffi les anciens François les écrivoient féparémênt. Geoffroy de Ville-Hardouin , liv. 5. Ha ! las , com malvais confeil orent li uns & li au¬ tres. Jean de Meun au Roman de la Rofe :
©
V
*5,6 H E L.
Bien doit eftre lajfe clamée ,
Quand el aime fans eftre aimee .
Et ailleurs :
Bien eft drois que je m en repente ,
Lalfe , foie , lajfe , dolente ,
Lajfe , lajfe , cent mille fois.
Le Roman de Guillaume au court nez :
Souvent fe claime malheureufe & lajfe.
Les Italiens l’ont auffi pris en ce fens. Pétrar¬ que :
Quante lagrime lajj'o ! & quanti verfi !
Laffatus fe trouve auffi pris en cette lignification chez les Auteurs Latins. Sidonius Apollinaris , Pôëm. 5.
Et qu£ lajfatisnimium fpes mica rebus.
Lajfatis , c’eft-à-dire , mi fens & afflittis , comme l’explique Savaron. Cafeneuve.
H e l a s. Inter jeâion. De l’Italien ahi lajfo ! fait de l’inter jcétion ah , 8c du mot lajfus. M.
Helas. Dans Rabelais , liv. 1. ch. z8. Grand- goufier, 8c liv. 4. ch. 19. Panurge , difent halos holosj 8c ce dernier encore zalas, zalas , dans la lignification de helas. Du relie , 1 Italien lajfare lignifie laiffer aulfi-bien que lajfer 3 8c l’un & l’au¬ tre viennent de laxare. Ainfi je ne fais fi helas , de l’Italien ahi lajfo , ne fignifieroit pas , ha pau¬ vre délaiffé que je fuis. C eft du moins dans ce fens qu’on lit lajfe dans Patelin, oùGuillemettes ecrie , moi lajfe, dans le delfein de faire croire quelle fe croit à la veille detre délailfée de fon mari qui contrefait le malade. Et le Roman de la Rofe , fol. 35. v°. ne prend pas ce mot autrement dans ce vers :
La tres-malheureufe , la lajfe.
C’eft-à-dire , l’abandonnée qu’elle eft. Jean le Maire de Belges , dans fon Poème intitulé , le tem¬ ple d’ Honneur 8c de Vertus :
Féminins cris vont par tout l'air trenchant :
Chafcune pletire & fe clame dolente ,
Et maint pafteur fe dit Us & mefehant.
Ceft-à-dire , délailfë 8c malheureux. Le Duchat.
HELEPOLE. Terme d’ Antiquaire. Machi¬ ne propre à battre les murailles d’une ville affié- gée. Du Grec *'am toKiç , qui eft compofé de 6A«v prendre, 8c de œUiç ville. Demetrius, Roid’Afie, fut l’inventeur de l’ Helepole , ou du moins s’en fervit utilement au fiége de Rhodc. Le grand ufa- ge qu’il fit de cette machine , 8c d’autres fembla- bles , 8c le grand nombre de villes qu’il prit par ce moyen , le rendirent célébré , 8c lui firent donner le nom de Poliorcète , ou aflîégeur de villes. *
HELIASTES. Nom de certains Magiftrats d’Athènes, 6c l’un des fix tribunaux qui connoif- foient des matières civiles. Démoftène en parle dans fon orai fon contre Timocrate. Ulpien, lur cet endroit de Demoftène , donne deux étymolo¬ gies du mot Heliaftes. Quelques-uns, dit-il , le font venir de «a<:9- foleil , parce que le lieu où les Heliaftes rendoient la juftice , étoit en plein air , 8c expofé aux rayons du foleil. Pour lui , il croit qu’il vient du verb e dxtfy j’ajfemble , fait de«A/ç, qui fignifie fat/s , abund'e , confertim j 8c que les
H E L.
Heliaftes furent ainfi nommés , parce qu’ils s’afi- fembloient pour juger. Ulpien fe trompe. Les Heliaftes eurent ce nom , parce qu’ils tenoicnc leurs féances dans une place d’Athènes , appellée ïiXixia. : 8c cette place fut appellée de la forte , tc «vet/ , ha/<m , ceft-a-dire,
parce quelle étoit en plein air , 8c expofée aux rayons du Soleil. De-la vient-qu’on difoit ha 8c «A/dÇsc&ii/ , pour dire , juger dans la place ap¬ pellée mA idiOL. *
HELICE. Terme de Géométrie 8c d’Archi- teélure. C’eft une ligne tracée avec inclination 8c en forme de vis autour d’un cylindre ; en quoi elle diffère de la fpirale , qui eft décrite autour d’un cône. On appelle helice , en terme de Médecine , tout le circuit ou le contour de l’oreille de l’hom¬ me. Helice eft auffi un nom qu’on donne à une conftellation du ciel , qui eft la grande ourfe , à caufe qu’on la voit toujours tourner autour du Pôle dans un petit cercle. Ce mot vient du Grec sA/£ tour , circuit , fait du verbe *a Iksw rouler , tourner , faire rouler. *
H ELI O G AB A LE.' Voyez Elagabale. HELIOTROPE. Plante, ainfi appellée, fé¬ lon Diofcoride , liv. 4. chap. 193. ami t S o-ojuTnes- Tpî7reS’ct) t â 1 poMec th th ha/h jca.c;/, c eft-a-dire, parce quelle tourne fes feuilles en même tems que le foleil baifte : c’eft pourquoi on la nomme auffi tour - nefol.. D’autres difent qu’elle a été nommée hélio¬ trope , parce quelle fleurit pendant le folftice d’été, lorfque le foleil retourne vers l’Equateur. Ce mot vient du Grec nMoTpômoy , fait de il, A/©- foleil , & de <srpêV<» tourner. Héliotrope eft auffi une pierre précieufe , verte , 8c rayée de veines rouges. Pline dit qu’elle eft ainfi nommée , à caufe que fi on la jette dans un vaifteau plein d’eau , les rayons du foleil qui y tombent , femblent être de couleur de fang , 8c que hors de l’eau elle repréfente l’image du foleil. *
H E L O I S Ë. Nom propre de femme. C’eft la même chofe que Louije , en ajoutant à ce der¬ nier nom l’afpiration. C’eft ainfi que Clovis ou Chlovis , eft la même chofe que Louis : 8c Clotaire ou Chlotaire , la même chofe que Lothaire. L’af¬ piration ajoutée à Louis 8c à Lothaire, a été chan¬ gée en c. Ce changement eft commun. Voyez Clovis 8c Louis. *.
HELVETIENS. Helvetii. Ancien peuple de la Gaule Celtique. Les Chroniques Fabuleules ti¬ rent ce nom d’un certain Helveticus , fils d’Erve- ton , 8c frere de Sequanùs 8c d’Allobrox. Aven- tin le tire d’ Helveticus , fils d’Hercule , frere de Noricus,de Hannus 8c de Boius. C’eft encore une fable. D’autres croient qu’il vient de Helvetter , c’eft-à-dire, proche ou parent de Dis , que les Hel- vétiens appelloient Hellus , 8c de qui , félon Céfar, prétendoient defeendre les Gaulois, dont les Hel- vétiens faifoient partie. D’autres dérivent ce nom de Held-vater , c’eft-à-dire, pere des Héros : d’au¬ tres de helvus , mot qui fignifie une couleur de rouge pâle , ou de blond ardent , parce que c’étotc la couleur qui plaifoit le plus à ces peuples. Simler croit que l’on ne peut rien favoir au vrai de l’ori¬ gine de ce nom. Wachter , dans fon Glojfarium Çermanicurn , pag. 7 3 1 . le dérive de l’ Anglo-Saxon ht IL, qui fignifie montagne 8c colline -,8c du verbe Teutonique beiten , qui veut dire , demeurer , s’ar¬ rêter. Voici les paroles de Wachter : Hill , mons & colli s , DiatcElo Anglica & Anglo-S axonic a. Haud dubie a notione ait it admis, ut omnia montium
HEM. HE N.
mmitia apud G ermanos. Nam ha , hau , ho, in ve- tuftijfimis Dialettis eft altus j hoya & hean ex -tôliè¬ re : & L ejl medium derivendi , ut oftendi in Pro- legomenis , ftett. vi. Similia funt collis & koAwvm apud Latinos & Gr&cos. Sed hill fmplicius efl , & origini conformius , & ab illo nomen ducunt célébrés monticoU Hilleviones & Helvetii : llli à wonen manere , hi a beiten manere. Suivant cette étymolo¬ gie , Hclvétiens , fignifie habit ans des montagnes , nom qui convient trcs-bien à des peuples dont le pays efl en effet tout rempli de montagnes. *
HEM-
HEME' E. S. Ange , pag. 5 . de la fécondé édition du Mafcurat : Le jour defaint Sebaftien que cette belle Hemée arriva , je tirai un coup de fufll : Je ne fais ni la fignification , ni l’étymologie de ce mot. Le Duçhat.
H E' M E' R O C A L L E. Fleur , âinfi appellée , parce que fa grande beauté ne dure qu un jour. Héfychius : ù/ut.tpouxfxlç, <mplç lifxîpay
Cette étymologie me femble plus naturelle quec elle de M. de Saumaife qui eft, que cette fleur a été appellée hémérocalle , parce qu’elle n’eft belle que le jour. H//*p ottx'^içdiélum, quodcum die oriente pulchritudinem fui floris expandit : nam noélibus marcefcit & clauditur : unde & n/uipoK.a.ra^aitloy vo- catum. Diofcorides : H^spo^ctMsç , 0/ q «//îpoj'.a.TtfÂ- hadloy.H&c tantum vetuftijfimus codex. Rationem ety- mi aperit Athenaus , lib. xv. tS cTf »/xnpo>ici^Sç kx-
^«/W'îVK sey-Saç , 0 TMV p>9f VWTct /xapahilcq , cl [/.et 3 tm
j \i(ç àyxri^ovh SaMu- Il n’y a point de fleur qui ne foit plus belle le jour que la nuit, à la réferve de la Belle de nuit , ainfi appellée parce qu’elle eft plus belle la nuit que le jour. Comme les Grecs ont appellé l’hémérocalle ^uêpomMê? parde que fa grande beauté ne dure qu’un jour ; les Latins ont dit de même herba folflitialis , d’une herbe qui 11e dure qu’un jour. Plaute , dans fon Pfeudolus : Quafi folflitialis herba , paulifperfui. Aufone, dans fes Profefleurs :
Solftitialis velut herba folet ,
Oflentatus raptufque fimul.
Et c’eft de cette herbe qu’a voulu parler Malher¬ be , quand il a dit :
La gloire des méchans efl pareille a cette herbe ,
Qui î fans porter jamais ny javelle ny gerbe ,
Croifl fur le toiél pourri d'une vieille maifon.
On la voit feiche & morte , aujfl-tofl qu’elle eft née :
Et vivre une journée ,
Efl réputé pour elle une longue faifon.
Il y a auflî un petit animal qui ne vit qu’un jour , ôc qui , pour cela , a été appellé par les Grecs v/MplCiov. Tous ces exemples ne confirment pas peu l’étymologie d’Hefychius. Il eft au refte , à remar¬ quer , que les paroles d’Athénée , alléguées par M. de Saumaife , font de Théophrafte. M .
HEN-
HENNE. Hennart & Hennot. Ce font trois mots fort ufités en Baffe-Normandie. On y appelle vieille henne , une vieile jument , une vieille ca- valle ; & quelquefois aufïï par mépris , une vieille femme ; de même qu’on dit quelquefois me vieille
HEN. 27
rojfe. Et on appelle hennart & hennot , un méchant petit cheval , un petit videt de quatrevint fous } comme dit le Gafcon. Et tous ces mots viennent du Latin hinnus : d’où vient aulïi le mot hennir. S.Add.
HENNIN. Sorte de ço.effure , haute d’une aune & plus , que portoient les Dames Flamandes , en 1434. & dont Paradin fait mention , liv. 3. pag. 700. de fes Annales de Bourgogne, & encore Argentré , Hiftoire de Bretagne , liv. 10. ch. 41. peut-être de la Ville de Hennin en Flandre , d’où il fe peut que vint la mode de cette coeffure. Voyez Bayle, Diétion. Crit. édit. 1. pag. 964. c. Voyez auffi Monftrelet, édit, de 1571. vol. 2. fol. 39. a. fur f année 1428. Hennin vient peut-être aufïï de 1 Alleman h an un coq. C’étoit une efpéce de crête. Le Duchat.
HENRI. H. Etienne , au liv. 3 . delà Con¬ formité du Langage François avec les Grecs , dit que Henrich eft un mot Alleman, fait par contrac¬ tion de henderich , compofé de hende , qui fîgnifie les mains ; & de rich , qui fîgnifie riche : comme qui diroit riche des mains , c’eft-à-dire , illuflre par fes aélions. Mais Pontus Heuterus , dans fon livre intitulé , Etyma variorum nominurn utriufque fexüs hominum Germanie a originis , dit que Henri fîgnifie celui qui pofféde une grande étendue de champs , Heinryc , Henricus , amplos pojftdens agrorum limi¬ tes. Cafeneuve.
Henri. Dans les inferiptions du cheval de bronze du Pont-neuf à Paris , Henri IV. eft appellé en Latin Erricus : ce qui fuppofe que le François Henri vient d ’ehr-reiih , qui en Alleman , fîgnifie riche d honneur. Le Duchat.
He n r 1. Henricus . Ce nom , félon Wachter , peut fignifier deux chofes, favoir majoribus ou fa- milià potens , & virtute potens. Il eft compofe de hen Sc de rie. Rie eft la même chofe que l’Alle- man reich , qui fîgnifie , puilfant , vaillant , riche j & c’eft de-là , pour le dire en palfant , que vient notre mor riche. Ce mot de rie ne fait aucune diffi¬ culté : il n’en eft pas de même de hen. En Langue Celtique ou Bretonne , hen fîgnifie ancien , anti¬ que ; hyn les ancêtres. EnTeutonique , kin&c kun, lignifient race , famille ; & kun fîgnifie aufïï valeur, ôc vaillant. Leic, dans Henri , aura pu être changé en h , changement qui arrive fréquemment. Mais écoutons Wachter parler lui-même. Voici fes ter¬ mes à la pag. 706. de fon Glojfarium Germanicum. Henrich, Henricus. Nomen multis Imperatoribus & Regibus nobilitatum , & ab initio ( quod ex ma¬ gnifie a ejus fîgnifie atione cognofcitur ) Principum fi- lius proprium , poftea vulgari cœptum. Celticd lin- gud Jîgnificare poteft majoribus potentem. Boxhor - nius in Lexico Antiquo Britannico : hen vêtus , vetuftus , antiqutis : hyn majores } progenitores. Du - bium autem non eft quin magnis parentibus orti , ab antiquitate flirpis fua appellari poffint majoribus potentes. Hoc enim de Turno dixit Virgilius Æned. vu. 56. Tu r nus avis atavifque potens. Viâeamus quid Germanis fignifleare pojflt. Verelius in Indice : kynrikr ex magnifica , fplendida , & ampla fami- lia natus. Hoc potuit mutari in Hynrik , Chunrik. Nam hanc mutationem ftpe obit littera K : & alias kyn & kun in omnibus veterum DialeElis genus er cognanowcrn fîgnifie at , ut fuo loco