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THE J. PAUL GETTY MUSEUM LIBRARY
BULLETIN
L'INSTITUT ARCHÉOLOGIQUE LIÉGEOIS
BULLETIN
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LIÉGEOIS
TOME VI
LIÈGE
IMPRIMERIE DE FRÉ1). ALVIN-BER.NARD , ÉDITEURS Iinnlounl de la Sauvenicre, 18
1863
MAnGBXŒHUESffl
TABLEAU
MEMBRES DE L INSTITUT ARCHÉOLOGIQUE
LIÉGEOIS.
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LE GOUVERNEUR DE LA PROVINCE DE LIÈGE,
de MACAR (Ferdinand baron), C. )gt 0. >|c C. ^ (*), ancien sénateur, ancien gouverneur de la province du Hainaut , président de la Commission administrative du Con- servatoire royal de musique et de la Commission provinciale de statistique , membre honoraire de l'Académie nationale d'archéologie d'Espagne, etc.
YirOPRIÛSiraEXT filO.\OIl.%lRK.
LE BOURGMESTRE DE LIÈGE.
P1EHC0T (G-F.-J.), C. ®, ancien ministre de l'intérieur.
SECRÉTAIRE 25«>?4î»K.1ïî»E:.
CAPITAINE (Ulysse), administrateur de la Banque Nationale, juge près le Tribunal de commerce et membre de la Chambre de commerce de Liège , secrétaire général de la Société d'Emulation, correspondant de la Commission royale des monuments, etc.
1 Signes des décorations : ® Ordre de Léopold , Hh Croix de fer, >'/■ Légion d'honneur, ^ Lion néerlandais.
— VI —
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BUREAU TOUR 18(53.
Président, Alb. d'Utreppe de Bouvette.
Vice-Présidents , Edm. baron de Sélys-Longchamps.
Ch. Grandgagnage. Secrétaire-général, S. Bormans.
Conservateur et secrétaire-adj1, J. Alexandre.
Trésorier, F. Hock.
Bibliothécaire , L. Fabry-Rossius.
ALEXANDRE (Joseph) , docteur en médecine.
BORMANS j(J.-H.), jgc, professeur ordinaire a l'Université do Liège , membre de l'Académie royale de Relgique , de la Commission royale d'histoire, membre hono- raire de la Société historique d'Utrecht, correspon- dant de la Société littéraire de Leyde, etc.
BORMANS (Stanislas), docteur en philosophie et lettres , conser- vateur-adjoint des archives de l'État, à Liège, correspondant des antiquaires de la Morinie et de la Picardie, des Sociétés archéologiques d'Anvers, de Gand , de Mons , de Tongres , du Luxembourg , d'Ypres et de l'ancienne West-Flandre, etc.
CAPITAINE (Félix), 0. §c, ancien président de la Chambre et du Tribunal de commerce de Liège, ancien membre du Conseil provincial et du Conseil communal de Liège, membre du Conseil d'administration de la Société d'Emulation, etc.
CRALLE (Aristide), avocat, membre de la Commission de sur- veillance de l'Académie des beaux-arts , correspon- dant de la Commission royale des monuments, etc..
— VII
DOGNÉE (Eugène M. 0.), avocat, membre effectif de la Société des Bibliophiles liégeois, correspondant de l'Académie d'archéologie de Belgique, de l'Académie royale d'Espagne, honoraire de la Société de l'Union des artistes liégeois, de la Société pour l'encouragement des beaux-arts, etc.
FARRY-ROSSIUS (L.), agrégé à l'Université de Liège, correspon- dant de la Société française pour la conservation des monuments historiques, etc.
GRANDGAGNAGE (Joseph), C. jgc, président à la Cour d'appel de Liège , membre de l'Académie royale de Belgique , du Conseil de perfectionnement de l'enseignement moyen, membre honoraire de la Société liégeoise de littérature wallonne, correspondant de la Société historique de Tournai , etc.
GRANDGAGNAGE (Charles), m, membre de la Chambre des représentants , président de la Société liégeoise de littérature wallonne, correspondant du ministère de l'instruction publique de France pour les travaux historiques, membre de la Société de Berlin pour la langue et les antiquités , etc.
H EN AUX (Ferdinand).
HOCR (Félix), capitaine pensionné.
d'OTREPPE de BOUVETTE (Albert), 0 ®, conseiller honoraire a la Cour de Liège et du conseil des Mines, secrétaire- général honoraire de la Société d'Émulation de Liège, membre de l'Académie d'archéologie de Belgique, membre titulaire de la Société des antiquaires de Picardie, correspondant de la Commission royale des monuments, etc.
de SÉLYS-LONGCHAMPS (Edmond baron), sénateur, ancian membre de la Chambre des représentants, membre de l'Académie royale de Belgique, de la Société royale des sciences de Liège, de la Commission pro- vinciale de statistique, correspondant de l'Académie impériale de Metz , etc.
de THEUX (Xavier), docteur en droit, trésorier de la Société des Bibliophiles liégeois.
— VIII
I MK (Godefroid), architecte, Président de la Société de l'Union des Artistes liégeois, Vice-Président du Cercle artis- tique et littéraire. Secrétaire de la Sociélé des Architectes de la province de Liège , etc.
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BOUCHER de PERTHES (J.), >£<, président de la Société impériale d'Émulation d'Abbeville, membre de la Société royale des antiquaires du Nord (Copenhague), de la Société de numismatique de Londres, etc., à Abbeville.
de CAUMONT (A.), gg, >|c, membre correspondant de l'Institut de France , associé à l'Académie royale de Belgique , fondateur et directeur de la Société française pour la conservation des monuments, président de l'Ins- titut des provinces de France et de la Société des antiquaires de la Normandie, membre honoraire de la Société d'Emulation de Liège, etc., à Caen.
de DECKER (P.), 0. gg, etc., ancien ministre de l'intérieur, membre de la Chambre des représentants, de l'Académie royale de Belgique, etc., à Bruxelles.
GACHARD (L.-P.), 0, gg, >§c, ^, archiviste-général du royaume, membre de l'Académie royale de Belgique, de la Commission royale d'histoire, du conseil héral- dique, etc., à Bruxelles.
de GÈRLACHE (E.-C. baron), G. C. £:, »£, C. >$c, premier prési- dent de la Cour de cassation, ancien président du Congrès national et de la Chambre des représentants, président de la Commission royale d'histoire, membre de l'Académie royale de Belgique, membre honoraire de la Société d'Emulation de Liège, etc., à Uni, relies.
HOFFMANN (F.-L.), homme de lettres, à Hambourg.
de LAFONTAINE (G.-F.-J.), ^ , ancien gouverneur du grand- duché de Luxembourg, associé à l'Académie royale de Belgique, membre de la Société de numismatique belge, de la Société royale archéologique de Luxem- bourg, etc., à Luxembourg.
— IX
LE CLERC (V.), C. >fef doyen de la Faculté des lettres de Paris, membre de l'Institut de France (Académie des inscriptions et belles lettres), etc., à Paris.
LECLERCQ (M.-N.-J.), G. 0. #, ancien ministre de la justice, ancien membre du Congrès national et de la Chambre des représentants, procureur général près la Cour de cassation, membre de l'Académie royale de Belgique', membre honoraire de la Société d'Émulation de Liège, etc., à Bruxelles.
de MERCY-ARGENTEAU (F.-J.-C. comte), G. 0. # , G. C. $, ancien chambellan et ministre plénipotentiaire de Napoléon 1er, ancien grand chambellan du roi des Pays-Bas, doyen et président honoraire de la Société d'Emulation de Liège, etc., à Argenteau.
PARIS (P.), 3^, professeur au Collège de France, membre de l'Institut de France (Académie des inscriptions et belles lettres), etc., à Paris.
van den PEEREBOOM (Alphonse), ministre de l'intérieur, président de la Société archéologique d'Ypres et de l'ancienne Wesl-Flandre, etc.
PITRA (Dom J.-B.), bénédictin, cardinal, à Solesmes (département de la Sarthe).
QUETELET (L.-A.-J.), C. ®, 0. ^ , secrétaire-perpétuel de l'Académie royale de Belgique, directeur de l'Obser- vatoire , président de la Commission centrale de statistique, membre de l'Institut de France, de l'Institution et de la Société royale de Londres, des Académies impériales et royales de Berlin, Lisbonne, Naples, St-Pétersbourget Vienne, membre honoraire de la Société d'Émulation de Liège, etc. , à Bruxelles.
de RAM (P. -F. -X.), 0. gc, recteur de l'Université de Louvain, membre des Académies royales de Belgique et de Munich, de la Commission royale d'histoire, de l'Académie théologique et de l'Académie de la religion de Rome , etc., à Louvain.
RAIKEM (J.) , G. C. §g , >J< , C. >&< , ancien membre du Congrès national, ancien président de la Chambre des repré- sentants, ancien ministre de la justice, procureur général près la Cour d'appel de Liège, etc., à Liège.
X
ItOGIER (Ch.), G. C. ®, >%< , d. 0. ^ , membre de la Chambre des représentants et Ministre des affaires étrangères, ancien Ministre de l'intérieur et des travaux publics, ancien membre du Gouvernement provisoire, du Congrès national, etc., à Bruxelles.
ROULEZ (J.-E.-G.), §§, docteur en droit et en philosophie, profes- seur d'archéologie à l'Université de Gand, membre de l'Académie royale de Belgique et de l'Institut de France (Académie des inscriptions et belles lettres), etc., à Gand.
WARNKOEMG (L.-A.), docteur en droit, conseiller intime, ancien professeur aux universités de Liège, Louvain, Gand et Tubingue , associé à l'Académie royale de Belgi- que, etc., à Stuttgart.
de WITTE (J.), §§, s|c , membre de l'Académie royale de Belgique et de l'Institut de France (Académie des inscriptions et belles-lettres), de l'Académie royale de Berlin, de l'Académie pontificale d'archéologie, etc., à Paris.
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BA1LLEUX (F.), avocat, conseiller provincial, secrétaire de la Société liégeoise de littérature wallonne, etc., à Liège.
BORGXET (A.), 0. ®, professeur ordinaire à l'Université de Liège, membre de l'Académie royale de Belgique, de la Commission royale d'histoire , de la Société histo- rique d'Utrecht, etc., à Liège.
RORGNET (J.), jg, conservateur des archives de la province de Namur, secrétaire de la Société archéologique de celte ville , correspondant de l'Académie d'archéo- logie de Belgique, de la Commission royale des monuments, etc., à Namur.
de BUSSCHER (E.), ig, secrétaire de la Société royale des beaux- arts de Gand, membre correspondant de l'Académie royale de Relgique, de la Commission royale des monuments, etc., à Gand.
XI
CARTON (l'abbé G.), §§, chanoine de la cathédrale de Bruges, membre de l'Académie royale de Belgique , prési- dent de la Société d'Emulation pour l'histoire et les antiquités de la Flandre Occidentale, correspondant de la Commission royale des monuments, etc., à Bruges.
CHALON (R.), §§, membre de l'Académie royale de Belgique, pré- sident de la Société de numismatique Belge et de la Société des bibliophiles de Mons, correspondant de- là Commission royale des monuments, etc. , à Bruxelles.
de CLOSSET (L.) , jg, professeur à l'Université de Liège, ancien précepteur de S. A. R. le duc de Brabant , etc. , à Liège.
CORBES1ER (N.), vérificateur à [l'Administration de l'Enregistie- ment et des Domaines , etc.
de COSTER (L.), directeur de la Bévue de numismatique belge, correspondant delà Société archéologique du Luxem- bourg, etc., à Bruxelles.
de CRASSIER (L.-D.-J. baron), G. jg, >§< , conseiller à la cour de cassation , membre du conseil héraldique , corres- pondant de la Société scientifique et littéraire du Limbourg, etc., à Bruxelles.
DEJARDIN (A.), capitaine du génie, membre correspondant de l'Académie d'archéologie de Belgique , de la Société historique de Tournai, etc., à Anvers.
DELAHAYE (A.-J.), 0. §g, ancien ingénieur en chef, directeur des ponts et chaussées de la province Je Liège, etc., à
Namur.
DESNOYERS (J.) , >f< , bibliothécaire du Muséum d'histoire natu- relle, secrétaire de la Société d'histoire de France, etc. à Paris.
DEVILLERS (L.), conservateur-adjoint des archives du Hainaut , membre de la Société scientifique et du Cercle archéologique de Mons, correspondant de la Société libre d'Emulation de Liège, etc., à Mons.
XII
DIEGERICK (J.), secrétaire de la Société liistorique de la ville d'Ypres, membre de l'Académie d'archéologie de Belgique , correspondant de la Société historique d'Utrecht, de la Société d'Emulation de Liège, etc., à Ypres
DINAUX (A.), ]g[, correspondant de l'Institut de France, directeur des Annales historiques du Nord de la France et du Midi de la Belgique, correspondant de la Société liégeoise de littérature wallonne, etc., à Montataire.
FIESS (J.), ®, conservateur de la bibliothèque de l'Université de Liège, ancien échevin, membre honoraire de la Société royale archéologique de Luxembourg, etc. , à Liège.
FRANQUINET (G.-D.), avocat, ancien conservateur des archives de la ville de Maestricht, secrétaire de la Société historique de cette ville, etc., à Maestricht.
HAGEMANS (G.), membre correspondant de la Société scientifique et littéraire du Limbourg, de l'Académie d'archéo- logie de Belgique, etc., à Bruxelles.
d'HERICOURT (Achmet comte), >f<, vice-président de l'Académie d'Arras, membre de la Société historique et littéraire de Tournai, etc., à Soudiez, près Arras.
KAUSLER (E.-H.), conseiller intime, archiviste général du royaume de Wurtemberg, à Stuttgart.
KERSTEN (P.), gg, rédacteur du Journal historique et littéraire , ancien professeur à l'athénée de Maestricht, etc., à Liège.
LAVALLEYE (E.), professeur d'histoire et d'archéologie à l'Acadé- mie de Liège, membre de la Société historique du Limbourg, de la Société archéologique du Luxem- bourg, etc., à Liège.
de LE BIDART de THUMAIDE (A. -F. chevalier), gf, ancien subs- titut du procureur du Roi, président honoraire du Conseil de salubrité publique de la province de Liège, conseiller de l'Académie d'archéologie de Belgique, etc.. à Liège.
XIII
L1BERT (MeIle M. -A.), membre de plusieurs Sociétés savantes, à Malmédy.
LIMBOURG (Philippe de), propriétaire et maître de forges, à Theux.
LOUMYER (L.), jgj, chef de division au ministère des affaires étrangères, membre correspondant de la Société liégeoise de littérature wallonne , etc. > à Bruxelles.
MULLER(C), §§, membre de la Chambre des représentants, ancien membre de la Députation permanente du Conseil provincial, etc., à Liège.
NAMUR (A.), conservateur-secrétaire de la Société royale archéo- logique du Luxembourg, correspondant de l'Aca- démie d'archéologie de Belgique, de la Société des antiquaires de France, etc., à Luxembourg.
NAUTET (G.), imprimeur-libraire, directeur de la Feuille domini- cale, etc. , à Verviers.
NEYEN (Aug.), membre fondateur de la Société royale archéolo- gique du Luxembourg, correspondant de l'Académie d'archéologie de Belgique, de la Société pour la conservation des monuments historiques de France , etc. , à Wiltz.
de NOUE (A.), docteur en droit, membre de la Société d'archéologie Rhénane, correspondant de la Société d'archéologie Lorraine , de la Société liégeoise de littérature wallonne, etc., à Malmédy.
PERREAU (A.), agent du trésor, président de la Société scienti- fique et littéraire du Limbourg, correspondant de la Commission royale des monuments , membre de la Société de numismatique belge, correspondant de l'Académie d'archéologie de Belgique, etc., à Tongres.
PETY-de ROSEN (J.), membre de la Société de numismatique belge, membre honoraire de la Société scientifique et littéraire du Limbourg, correspondant de l'Aca- démie d'archéologie de Belgique, de la Société libre d'Emulation de Lk'-ge, etc., à Grime.
XIV
RÉMONT (J.-E.i, jg(, architecte consultant de la ville de Liège , professeur d'architecture et de construction à l'Aca- démie des beaux-arts, membre de la Commission royale des monuments, etc., à Liège.
REGNIER (X.) , peintre d'histoire , professeur a l'École Indus- trielle, etc., à Verriers.
de REUME (A.), §§, major d'artillerie, membre des Académies de Besançon et de Bordeaux, de la Société historique d'Utrecht, de la Société archéologique du Luxem- bourg, etc., à Bruxelles.
nv. ROBIANO (M. comte), gg, sénateur, membre du Conseil héral- dique, de la Société de numismatique belge, de la Société scientitique et littéraire du Limbourg, etc., à Bruxelles.
de SAINT-GENOIS (J. baron), §§, conservateur de la bibliothèque de l'Université de Grand , ancien échevin , membre des Académies royales de Belgique et de Bavière, correspondant de la Commission royale des monu- ments, ancien archiviste de la Flandre Orientale, etc. , à Gand.
SCHOONBROODT (J.-G.) , avocat, conservateur des archives de l'Etat a Liège , membre de la Société archéologique du Luxembourg et du Cercle Archéologique de Mons , ancien membre du Conseil provincial , etc. , à Liège.
de TIIIEll (C.) , juge près le tribunal de première instance de Liège, ancien juge-de-paix du canton de Seraing, ancien secrétaire de l'Institut archéologique Lié- geois, etc., à Liège.
VAN DEN STEEN de JEHAY (X. comte), membre delà Société de numismatique belge, de la Société des antiquaires de Picardie, de la Société royale archéologique du Luxembourg, etc. àJehay.
VAN DER STRAETEN-PONTHOZ (F. comte), vice-président de la Société archéologique de la Moselle, membre de l'Académie de Metz, correspondant de la Société libre d'Emulation de Liège, de la Société archéolo - gique de li province de Luxembourg, etc. , à Metz.
XV
VAN HULSÏ (F.),;^;, avocat, professeur agrégé à l'Université de Liège, ancien directeur de ia Revue de Liège, membre de plusieurs Sociétés savantes, à Liège.
VISSCHERS (A.), 0. §ï, membre du Conseil des mines el de la Commission directrice des Annales des travaux publics de Belgique, membre de la Commission cen- trale de statistique, correspondant de la Société libre d'Émulation de Liège, etc., à Bruxelles.
WARZÉE (A.), attaché au ministère des travaux publics, membre de plusieurs Sociétés savantes, etc., à Bruxelles.
WURTH-PAQUET (F.-X.), % ancien ministre de la justice, ancien président de la Société royale archéologique du Luxembourg, etc., à Luxembourg.
ME11BREM ASSOCIKS.
de BORMAN de SCHALRHOVEN (Chevalier Camille) , membre correspondant de la Commission royale des monu- ments, etc.
de BOUNAMde RTCRHOLT (baron Phil.) colonel pensionné.
BRIXHE (L.) , général pensionné.
BURY (Auguste), avocat.
CAUMARTIN (L.), homme de lettres.
DEBRUN (G.-L.-E.), juge-de-paix à Waremme.
DEJARDIN (L.), docteur en médecine.
DELEXHY (M.-B.-J.), conseiller provincial.
DOREYE (L.-A.-J.), conseiller à la Cour.
DUMONT (B.-A.), notaire des hospices.
FALISSE (L.), consul de Russie.
FICK-SIMON (Franc.), conseiller communal.
XVI
FORGEUR (Joseph), avocat, sénateur.
FRANQUINET (J.), avocat.
GLOESENER (Math.), professeur émérite à l'Université de Liège.
de GOER de SPIRLET (baron), rentier.
GRISAR (Philippe), rentier.
de HEMRICOUR de GRUNNE (comte Arthur) , docteur en droit.
de LOOZ (comte Hyp.), sénateur.
de MACAR (baron Ferd.), gouverneur de la province.
MALÉCOT (Léon) , ingénieur.
MARTIAL (Epiph.), avocat.
NOPPIUS (Lambert), architecte.
d'OTREPPE (Adolphe), rentier.
d'OTREPPE (Frédéric), rentier.
RICHARD-LAMARCHE, rentier.
de ROSSIUS-ORBAN, président du Conseil provincial.
de la ROUSSELIÈRE (baron Gaston), rentier.
de SENZEILLE (baron Ernest), rentier.
SMETS (Th.), pharmacien.
STASSIN (Albert), employé des Domaines.
THIMISTER (Olivier), chapelain à la Cathédrale de Liège.
THYS (Charles), avocat.
de WANDRE (Ferd.), avocat.
WAUTERS-CLOES (Hyac), propriétaire.
WETHNAL (baron Ed.), rentier.
XHOFFRAY (J.), rentier.
— XVII —
MEMBRES DÉGÉDÉS DEPUIS LA FONDATION DE L'INSTITUT.
JIEJIMRES EFFECTIFS.
DAVREUX (Charles), $&, agrégé à l'Université , ancien professeur ù l'école industrielle de Liège , membre de la Com- mission administrative des Hospices , secrétaire de la Commission médicale provinciale, membre de l'Académie royale de médecine et de l'Académie d'archéologie de Belgique, de la Société de numis- matique belge, des Sociétés scientifiques et histo- riques duLimbourg et du Hainaut; né à Liège le 10 septembre 1800, décédé eu cette ville, le H avril 18C3.
DU VIVIER de STREEL (Charles), ® , >£ , curé de St. -Jean , aumônier général des décorés de la croix de fer, ancien professeur au petit séminaire de Liège , correspondant de l'Académie impériale de Maçon, de la Société philotechnique de Paris , des Sociétés d'Émulation d'Abbeville, de Cambray; né a Liège en 1799, décédé en cette ville, le 1er février 1863.
MEMBRES HONORAIRES.
de BEAUFORT (A.-L.-L. comte), C. §g, O. >|«, inspecteur-général des beaux-arts, président de la Commission royale des monuments, membre du Conseil héraldique, du Conseil d'administration de la bibliothèque royale et du Musée royal de peinture de Bruxelles; né à Tournai en 1806, décédé à Bruxelles, le 29 juillet 1 858.
SCHAYES (A.-G.-B.), jg, conservateur du Musée royal d'armures et d'artillerie, membre de l'Académie royale de Belgique, correspondant du ministère de l'instruc- tion publique de France pour les travaux historiques, membre des Académies d'archéologie de Belgique et d'Espagne , des Sociétés archéologiques , littéraires et historiques d'Utrecbt, Leyde, Trêves, Arras, de la Morinie, du Luxembourg, etc. ; né à Louvain le H janvier 1808, décédé à Ixelles le 8 janvier 1859.
XY1II
de STÀSSART (G.-J.-A. baron), 0. gg, >£ , G. O. % , grand'croix de Tordre de St.-Stanilas,etc, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire , chambellan de S. M. l'empereur d'Autriche, gouverneur des provinces de Namur et de Brabant, vice-président du Congrès national, président du Sénat, membre de l'Acadé- mie royale de Belgique, de l'Institut de France, correspondant du ministère de l'instruction publique de France pour les travaux historiques , membre honoraire de la Société libre d'Émulation de Liège, etc.; néàMalines le 2 septembre 1780, décédé à Bruxelles le 10 octobre 1854.
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BARON (A. -A.), Û.jg, ■% , professeur émérite à l'Université de Liège, membre de l'Académie royale de Belgique , ancien professeur à l'Université libre et à l'Ecole militaire de Bruxelles , ancien préfet des Etudes de l'Athénée de cette ville; né à Paris en 1794, mort à Ans-et-Glain le 24 mars 1862.
COMHAIRE de SPRIMONT (baron C.-V.), ancien membre du conseil provincial de Liège, de la Société de numis- matique belge, etc.; né a Liège en 1817, décédé à Bruges le 6 mars 1861.
BEI. VAUX (H.-J.-B.), géomètre-arpenteur , ancien bourgmestre de Fouron-le-Comte , auteur du Dictionnaire géogra- phique de la province de Liège; né le 10 février 1796 à Fouron-le-Comte, décédé le 22 avril 1858.
DEW ANDRE (H.) , O. §§, avocat, ancien membre du Congrès National, ancien bâtonnier, président de la Société libre d'Émulation, membre de la commission admi- nistrative du Conservatoire royal de Liège , membre honoraire de l'Académie nationale d'archéologie d'Espagne, correspondant de la Commission royale des monuments, etc.; né à Liège en 1790. décédé en cette ville le 30 septembre 1862.
— XIX —
MATERNE (J.-F.-C), C.jg, »fr, C. $< , grand'croix de l'ordre de François-Joseph d'Autriche , etc., envoyé extraordi- naire et ministre plénipotentiaire, secrétaire-général du ministère des affaires étrangères; né à Huy en 1807 , décédé à Schaerbeck, le 15 avril 1860.
MOTTIN (P.-B.), archéologue, échevin et secrétaire de Hannut, né en 1794 à Hannut, décédé le 30 juillet 1859.
de RENESSE-BREIDBACH (L.-J. comte), 0. jg, vice-président du sénat, membre de la Société de numismatique belge, de la Société scientifique et littéraire du Lim- bourg , etc. ; né en 1797, décédé à Bruxelles le 28 mars 1863.
PROMENADE ARCHÉOLOGIQUE
UES BORDS OU HOYOUX,
Dans les derniers jours du mois de septembre de l'année dernière, l'idée me vint de remonter les bords du Hoyoux, qui m'étaient complètement inconnus. Le chemin de fer me déposa à Huy et, sans m'arrêter, je poussai jusqu'au moment où, arrivé à un carre- four de chemins, j'apperçus un grand bâtiment, avec ces mots : Hôtel du Pont de Bonne.
J'étais sur le territoire de la commune de Vyle, à deux kilomètres de celle de Modave.
J'ai franchi d'un trait de plume la vallée du Hoyoux comprise entre Huy et le village de Vyle. En effet, le terrain parcouru dans cette première étape est suffisamment connu; les usines et les Tabriques y abondent, c'est tout dire. Elle ne s'arrêtent complète-
ment qu'à quelques kilomètres de l'hôtel uù l'eau du Hoyoux , toujours claire et limpide , n'a pas pris cette apparence laiteuse qu'elle doit aux détritus de l'industrie.
Le lendemain au point du jour je contemplais un formidable escarpement rocheux qui fait face à l'hôtel et que j'avais contourné la veille au soir. La ligue droite, continue, sans inflexion, que trace la crête de cette montagne m'intriguait beaucoup. Elle me parut devoir être l'ouvrage delà main de l'homme ; aussi sans plus tarder je résolus d'escalader cet escarpement. On m'indiqua un vieux chemin , aujourd'hui bordé de sapins et je commençai mon voyage. Immédiatement ce chemin me frappa par son étrangeté et ma fibre d'antiquaire se réveilla dès que j'y eus mis le pied car il semblait impossible de supposer que l'on eut ouvert un pareil chemin dans le seul but d'aboutir à un plateau écarté, aride et qui ne mène à rien.
Tout en gravissant les flancs de la montagne je me disais qu'il n'était besoin que de quelques hommes placés à son sommet pour rendre l'ascension impossible, même à des assaillants très nom- breux. Tout-à-coup , au moment ou j'allais atteindre le plateau , le chemin décrivit une courbe et je vis se développer à ma droite un grand rempart sans autre solution de continuité que l'ouverture ménagée pour le passage de la route , puis je débouchai sur une belle plaine nivelée et parsemée de gros tas de pierres qui lui donnent un aspect bizarre. On dirait de prime abord une ville en ruines. Je reconnus, avec un sentiment indicible de joie, rempla- cement et les restes d'un oppidum fortifié par la nature et par l'art.
Disons de suite que la montagne qui supporte le plateau , inaccessible et isolée sur trois de ses faces, se lie, par la quatrième, à la terre ferme au moyen d'une étroite langue de terre, large à peine de cent pas. Le rempart de l'oppidum s'élève sur cette langue accessible qu'il barre et commande complètement. Inutile d'ajouter qu'il est construit selon la méthode celto-germanique, on
pierres brutes, sans ciment. Quant au plateau il mesure, un peu plus de trois hectares.
J'étais ici au cœur du Condroz, sur les bords du Hoyoux, dans un lieu de difficile accès, présentant ces caractères distinctifs parti- culiers aux oppidum de nos pères, mieux que cela, ayant conservé presque intact le rempart qu'ils y ont élevé, et je n'hésitai pas à voir, dans ce plateau fortifié, la place de refuge pour les femmes, les enfants et les vieillards des Condrusiens.
Je fis lentement le tour de l'oppidum, puis j'escaladai le rempart pour me livrer à un examen approfondi de sa construction. Jo découvris encore sur le bord extrême de l'escarpement, mais du côté opposé à celui par lequel j'étais entré, une seconde ouverture qui donne de plain pied sur un coin de la petite langue de terre, et, dans deux endroits différents, des traces de murs maçonnés, Ces restes informes de maçonnerie qui se voient d'abord de chaque côté de la première entrée comme si elle avait été l'objet d'une réparation spéciale, puis sur le talus du rempart qui fait face à l'isthme, indiquent deux époques distinctes dans les constructions. Le dernier ouvrage maçonné est même tellement fruste qu'il est impossible de préciser exactement sa forme; mais j'insiste sur ce point qu'il a été élevé sur le rempart primitif de l'oppidum qui lui sert ainsi de base. Toutefois on doit supposer que c'était une tour ajoutée après coup pour renforcer le seul endroit attaquable, le seul qui eut besoin de fortifications. Au pied de cette tour s'étend l'isthme, coupé dans une partie de sa longueur par trois fossés parallèles, disposition que d'abord je n'avais pu expliquer conve- nablement et qui me déroutait un peu. En effet, ces fossés, au lieu d'entourer le rempart de leur triple enceinte , s'étendent en droite ligne dans la petite plaine en conservant entre eux la môme distance. Un instant de réflexion me fit comprendre qu'ils n'avaient été ainsi creusés que dans le but de forcer 1'assaillanl à diviser ses forces en cas d'assaut ; car, grâce à cette combinaison, la pointe de terre ne pouvant pas être envahie par une troupe
compacte, celle-ci était forcée de se partager en petits corps isolés qui, gênés et coupés par ces fossés, ne pouvaient même pas se porter secours mutuellement.
L'ancienne tour fait face au fossé du milieu. J'ai remarqué aussi, sur le côté gauche de la pointe de terre, la trace d'un long mur complètement démoli, mais dont les fondements viennent effleurer le sol ; ce mur doit remonter à la même époque que les autres constructions maçonnées.
Pendant que j'étais occupé a ces observations sur le terrain, un ouvrier creusait en dessous de moi des trous sur la langue de terre pour y planter des sapins. Voici ce qu'il m'apprit. « Cet escarpement » rocheux fait partie de la commune de Linchet et se nomme le » Vieux Château. D'après la tradition il y aurait existé une ville » détruite depuis bien des siècles. Un puits qui s'est comblé peu à » peu par les pierres que l'on y jetait en nettoyant le sol pour la » culture, était creusé au milieu du plateau. De temps à autre » on y a découvert des tombeaux, formés de quatre dalles brutes » et renfermant des débris d'ossements. Il n'y a pas bien longtemps » on voyait encore , de chaque côté de l'entrée , deux grosses » pierres, creusées dans leur centre pour recevoir les pivots sur » lesquels roulait la porte. On dit, dans le pays, qu'un château a » été construit plus tard la, où vous voyez ce four à chaux » — en même temps le brave homme m'indiquait, juste au point de jonc- tion de l'isthme avec la terre ferme, un four à chaux abandonné, — « en travaillant de ce côté, continua-t-il, j'ai découvert une cave » dont j'ai rebouché l'entrée avec quelques pierres. » Je me fis conduire à l'endroit indiqué, et il se mit à déblayer une excavation ; je reconnus, non pas précisément une cave comme il le disait, mais une sorte de conduit souterrain, bas et étroit, recouvert de dalles en grés et paraissant se prolonger au loin. Quelques restants de murs se voient encore çù et la. Le peu de temps dont je pouvais disposer ne me permettait pas de pousser ces recherches plus avant, à moins de consacrer mes deux journées de liberté à faire
fouiller sur le plateau des Condrusiens et sur l'emplacement du vieux château, et de borner là mon voyage.
Ainsi, il faut nécessairement admettre deux périodes bien distinctes de constructions et d'occupation. D'abord, Y oppidum primitif avec ses fortifications informes, sans mortier, en pierres brutes superposées, fortifications élevées par les premiers habitants du pays, — du moins par ceux qui l'occupaient lors de l'apparition des légions romaines , — puis des ouvrages plus perfectionnés construits en pierres reliées à l'aide de ciment, partie sur la langue de terre pour en améliorer la défense , partie sur le mur épais de l'oppidum pour le renforcer.
Les Romains , si bons appréciateurs de positions militaires , n'avaient garde, me semble-t-il, de laisser dans l'abandon ce plateau formidable qui commande toute la vallée du Hoyoux et était la clé du Condroz. Je ne pense donc pas m'avancer trop en disant que , après avoir fait la conquête du pays , ils ont eux- mêmes occupé Yoppidum des Condrusiens , et l'ont perfectionné en y ajoutant de nouveaux ouvrages de défense ; ceux-ci à leur tour après avoir encore servi pendant les premiers siècles après la chute de l'Empire romain , auront donné naissance à un château féodal, demeure d'un de ces puissants barons du moyen-âge. Le chemin qui avait si vivement éveillé mon attention était donc le chemin tracé par les Condrusiens et par les Romains pour se rendre à la forteresse.
Avant d'abandonner ce rocher n'oublions pas de faire observer que le Hoyoux reçoit à ses pieds les eaux de la Bonne , et que ces petites rivières baignent pour ainsi dire deux de ses faces.
Cette découverte inattendue donna à mon voyage une direction que je n'avais guère prévue. Entrepris d'abord dans le seul but de parcourir , en touriste , les bords pittoresques du Hoyoux, il changea complètement de face et je résolus d'employer les deux jours dont je pouvais disposer à la recherche des antiquités qui abondent dans cette partie de la province de Liège. Je m'arrêtai
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sur le plateau des Condrusiens pour régler le nouvel itinéraire de mon excursion, et pour tâcher en même temps de me rappeler les endroits signalés par M. Hauzeur, comme présentant des débris ou des traces d'établissements antiques (i).
Mon plan fut vite modilié. Je me mis en route pour Vyle, tout en répétant cette phrase de M. Hauzeur : « entre Vyle et le » Hoyoux il existe des restes d'un camp retranché. » Je traversai la vallée de Hoyoux , et , près du vieux château de Roiseu , aujourd'hui transformé en ferme , on m'indiqua un sentier qui , après avoir escaladé, une côte boisée , débouche sur une plaine ayant en face d'elle quelques taillis et de laquelle on découvre , dans le lointain, l'église isolée de Marchin. Bientôt le sentier rejoignit un chemin communal, uritîge, comme on appelle dans le pays ces sortes de vieux chemins, et je reconnus que je marchais sur une chaussée tracée par les Romains, sur un de ces diverti- culum dont le Condroz était sillonné (2). Des restes de pavement existaient encore çà et là , des pierres ayant servi de bordure , étaient encore en place , puis des fragments de meules en grés et des morceaux de beau grés rose étaient épars à droite et à gauche de la route, dans les haies, dans les broussailles. Du reste aux environs de Vyle, il m'a semblé, en traversant les campagnes, reconnaître au premier coup d'œil nombre de ces tiges qui devraient faire l'objet d'investigations spéciales.
En jetant mes regards dans la campagne , j'aperçus à ma droite, au milieu des terres fraîchement labourées un tronçon de rempart
i; Voir dans les Annales de la Société Archéologique de Namur, tome 4", l'intéressant travail de M. Hauzeur si plein de recherches consciencieuses et intelligentes qui dénotent un rare esprit d'investigation.
(2) Voies vicinales, chemins voisinaux ou de traverses, d'autant qu'ils Iraversenl les champs, se détournant vers quelques bourgs ou villages, el souvent d'un chemin militaire s'étendant à un autre militaire, dil Bergier Histoire '1rs grandu chemins de l'Empire romain.
gazonné, encore intact, large, peu élevé et bordé par un chemin vert qui , sans doute après avoir servi de fossé pour ce rempart , se dirige vers la vallée du Hoyoux. Le hasard m'avait bien servi , il me mettait de suite en face de ce que j'étais venu chercher. Ce rempart et ce fossé sont les seuls ouvrages du camp qui n'aient pas été nivelés. On ne peut guère par conséquent déterminer son étendue; cependant j'estime qu'il s'étendait depuis une tranchée envahie par les broussailles , jusqu'à une petite rigole servant à l'écoulement des eaux. Rigole ettranchées ne sont peut-être encore que des fossés imparfaitement comblés. Je regrette surtout de n'avoir pu suivre cette tranchée boisée que j'apercevais serpentant vers la crête du plateau et se rapprochant de Marchin. Peut-être était-ce un chemin couvert aboutissant à un autre établissement militaire. J'ai déjà eu occasion de le dire et je le répéterai souvent, tout est à explorer dans cette partie de la province de Liège. Si ce camp avait l'étendue que je soupçonne , il ne pouvait guère contenir qu'une demi légion. Il n'existe , aux alentours, aucune trace d'un établissement permanent, aucun débris de maçonnerie, du moins le sol ne laisse rien à voir à sa surface. Ce devait être certainement un camp d'été , castra œstiva. Je parcourus le rempart de long en large, descendis dans le fossé qui, s'enfonçant à travers les escarpements boisés de la vallée, me ramena sur les bords du Hoyoux. Ainsi ce camp, placé presque au point de jonction du diverticulum venant de Vyle et de ce chemin couvert dont je viens de parler, les voyait se confondre à ses pieds en une seule voie, — dont le tracé est toujours apparent — , qui descen- dait dans la vallée et ne la quittait qu'en face du moulin de Petit- Modave pour atteindre un plateau nommé Survillers , dont je m'occuperai tantôt.
Je gagnais l'endroit appelé Geharville, par quelques uns Charle- ville et en wallon Charvée. C'est encore un plateau dont les flancs rocheux et escarpés sont exploités pour en extraire des pierres calcaires. On y a découvert et on y découvre encore de
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temps à autre, des tombeaux formés, comme ceux de Y oppidum do Condrusiens, de quatre dalles brutes et renfermant tous deux cadavres. Point d'armes, point de médailles, point de poteries. A L'extrémité du plateau, au lieu dit Boisbody se voient des débris de murs en pierres sèches. Ces murs semblent se diriger du côté du village de Ramelot. D'après les traditions du pays Geharvillc aurait été une ville ravagée anciennement par la peste; les partisans de Charleville vont plus loin : ils ajoutent, comme preuve convain- cante de ce nom, que cette ville fut bâtie par Charlemagne. Tout cela est enveloppé de ténèbres qui probablement ne seront jamais éclaircies. Du reste dans tout le pays que j'ai parcouru la tradition parle vaguement de villes détruites; c'est même une croyance tellement générale que, quand un paysan indique un village, il manque rarement d'ajouter : « anciennement c'était une grande » ville. »
Je quittai ce plateau pour me diriger sur le moulin de Petit- Modave, dont le propriétaire me fut très utile. A quelques pas de ce moulin je retrouvai le diverticulum , là encore transformé en cbemin vert qui gravit l'escarpement pour abandonner définitive- ment la vallée du Hoyoux. Cette route, je l'ai déjà dit, doit être la même que celle du plateau de Vyle. Après s'être perdue dans le vallon , elle reparait un instant et semble se diriger du côté de Bois. Avant de gravir la cote à mon tour j'allai voir la belle et spacieuse entrée d'une grotte, nommée Al'oueffe, qui s'ouvre au milieu d'un rocher. Longtemps presque inconnue, c'est seulement en coupant, il y a quelques années, les taillis qui croissaient sur les flancs de la montagne qu'on l'a dégagée des broussailles qui en masquaient la vue. Elle est, paraît-il, très profonde, mais comme la voûte s'abaisse de suite, il faudrait, pour pénétrer dans l'intérieur, se résigner à ramper à plat ventre. Ces difficultés sont causes que, n'ayant jamais été explorée à fond, son nom n'a pas franchi les environs de Petit-Modave, je ne sais même si les géologues en ont ronnaissance. T. a légende des unions se retrouve ici comme pour
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presque toutes les grottes de la province de Liège. Aujourd'hui, elle sert parfois d'asile à des mendiants, ainsi qu'à ces familles nomades d'Allemands qui parcourent le pays.
Le diverticulufn longe la crête de ce plateau, qui se rattache aux grandes plaines du Condroz. La partie la plus voisine de l'escarpe- ment se nomme SurviUers. A ce nom de Survillers , malgré nos peu de connaissances en étymologie , nous dressons l'oreille. En effet, ii est bien impossible de traduire en français ce nom signifi- catif de Survillers autrement que par sur la villa. Et tout prouve que cette traduction est logique, conforme à la racine du mot, et que ce nom de Survillers n'est que le souvenir d'une villa splendide, souvenir qui a traversé les siècles pour se perpétuer jusque dans les temps modernes. On découvre de là un vaste horizon. « C'est » un site comme les Romains les affectionnaient ; petit mamelon » escarpé de plusieurs côtés, et au pied duquel coule un magnifique » ruisseau (1) », — le Hoyoux. Le sol est littéralement pavé de fragments de tuiles (tegulœ et imbrices), et de ces pierres particu- lières que j'ai déjà signalées à la villa de Fouron-le-Comte , au Steenbosch (2) . Nulle part dans la province de Liège il n'existe, à ma connaissance, une pareille quantité de débris, et cependant chaque fois qu'on laboure, on les ramasse pour en nettoyer la campagne. J'ai peine à concevoir comment des fouilles n'ont jamais été tentées sur cet emplacement qui cache, sans aucun doute , des substructions considérables. Un jour , un paysan découvrit, en travaillant, une chambre souterraine, mais, comme
(i) M. Hauzeur. — C'est une règle générale que ces sortes d'cmplaccmenis pour les villa romaines.
(») Je profite de cette occasion pour rectifier une erreur que j'ai commise à propos de la provenance de ces pierres ; j'ai dit , Promenades dans les environs de Visé , page 23, qu'elles devaient venir des bords du Rhin. On les tire, tout bonnement de la vallée du Hoyoux. le lit de cette rivière en est rempli. Elle> ■'apppllent . dans le pays . fatoya
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il arrive toujours, il se hâta de reboucher l'excavation qui s était tonnée. Je quittai avec d'autant plus de regret ces campagnes romaines que j'avais le sentiment de l'impuissance où je suis, non-seulement de faire exécuter les fouilles qu'elles réclament, mais même d'appeler sur elles l'attention sérieuse qu'elles méritent.
Je pris à travers champ et revis encore une fois les bords du Hoyoux. Pour le chasseur, comme pour le touriste, à cette époque de l'année, il n'y a plus de chemins, ou plutôt tout est chemin.
Perché au sommet d'un roc escarpé, le vieux château de Survillers — qui doit son nom au voisinage du plateau — fait , du fond de la vallée, un très bel effet. C'est tout ce qu'on est en droit de lui demander dans l'état où il est réduit.
Les roches de cette partie des bords du Hoyoux affectent des formes bizarres, fantasques , elles semblent trouées et déchiquetées par l'action du soleil et des eaux. Malheureusement je n'ai vu tout cela qu'à la hâte , sans m'arrêter ; mais toutefois je puis affirmer que la vallée du Hoyoux est trop négligée ; les habitants de Huy eux-mêmes ne dépassent guère l'hôtel du Pont de Bonne.
Je suivis les sinuosités de la vallée pour me rendre Aux Avins, et, chemin faisant, je me rappelai cette bataille qui ensanglanta les plaines qui s'étendaient au-dessus de moi, bataille du reste sans résultat politique, et qui amena seulement la jonction des troupes que Richelieu envoyait pour renforcer l'armée des États-Généraux devant Maestricht. Aux Avins même, à l'endroit nommé li kmoune, la commune, j'ai trouvé quelques débris de tuileaux et des traces de fondements d'anciens murs. C'est à examiner.
De là à la vieille tour de Corbiemont ou de Corbeaumont, il n'y a qu'un pas. J'allai donc examiner ce qui reste de cette singulière construction. Je n'ai pu découvrir ni porte, ni baie, pas la moindre ouverture , pas la moindre lucarne pour jeter un regard curieux dans l'intérieur de cette tour, si toutefois intérieur il y a. Elle est. là, seule, refrognée, enchevêtrée dans des rochers, à quelques pas
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du Hoyoux; un sentier mal famé passe à ses pieds. Il a du exister quelques ouvrages secondaires, car j'ai observé que le sentier traverse un mur démoli , mais dont les grosses pierres et le mortie- apparaissent encore ça et là a fleur du sol. Survillers et Corbiemont sont les seuls châteaux ruinés que j'ai rencontré sur les bords du Hoyoux. Je ne pense même pas qu'il en existe d'autres. Je ne connais rien de leur histoire, probablement très peu inté- ressante. Tout ce que je sais c'est qu'ils furent détruits lors de la bataille des Avins, en 1635. Aujourd'hui la nature, toujours bonne.. a jeté sur ces ruines pittoresques un riche manteau de lierre.
Cependant la journée s'avançait. Je résolus d'abandonner défini- tivement la vallée du Hoyoux et de gagner Ocquier, dont j'étais éloigné de deux petites lieues. Pour cela il fallait traverser Bois puis Vervoz; entre ce dernier village et Ocquier je devais encore trouver des débris Gallo-romains. Je pris le chemin qui des Avins se dirige sur Bois en laissant Clavier à gauche. Près de ce village on a découvert, il y a quelques années, trois sépultures antiques et tout me fait présumer, d'après certains renseignements que j'ai recueillis, qu'il doit s'en trouver d'autres. Je remarquai dans le grand chemin, avant d'arriver à Bois , des pierres de ce grès rose que l'on rencontre sur presque toutes les chaussées attribuées aux Romains. Cependant plusieurs paysans que j'interrogeai me dirent que ce chemin ne passait pas, dans le pays, pour une voie romaine , uri tige. Je doute fort de l'exactitude des indications qu'ils m'ont données.
Si les villages de cette partie de la province de Liège sont peu peuplés, en revanche ils sont très rapprochés et supérieurement bâtis. Généralement les maisons, couvertes en ardoises, ont toutes un étage outre le rez-de-chaussée. On n'y voit guère de ces étroites et noires fenêtres, aux vitrages en plomb , indice d'une civilisa- tion peu avancée et d'un médiocre souci pour la salubrité.
Entre Bois et Vervoz , la voie consulaire de Trêves à Tongres qui quitte la province de Luxembourg à Chardeneux, traversait
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les campagnes se dirigeant sur Terwagne (ter Wegen) et titrée iStrata). Elle est ici remise en culture, mais l'endroit où elle passait se nomme toujours la Vieille chaussée et se reconnaît encore au renflement prononcé du terrain.
M'étant approché, dans l'intention de m'y asseoir, d'un de ces tas de petites pierres cassées que les cantonniers préparent pour la réparation de ces chaussées que, de temps immémorial , on nomme dans la province de Liège , levées , je remarquai avec surprise que le tas de pierres dont j'avais fait choix était, en grande partie, composé de morceaux de tuiles romaines dont le rouge ardent se détachait au milieu de la couleur hleue des pierres. Aussitôt je passai l'inspection des dépôts amoncelés sur l'accotement et je constatai que ce n'était point un fait isolé, mais que tous renfermaient de nombreux débris de tuiles. Je trouvai même, un peu plus loin, des ornières complètement remblayées avec de semblables débris, et, en entrant dans le hameau, je ramassai au milieu du chemin un joli fragment de vase en terre rouge très fine.
A cette époque de l'année les jours commencent à raccourcir, aussi la nuit était presque venue lorsque j'atteignis les premières maisons de Ocquier per arnica silentia lunœ.
Terminons cette première journée en faisant l'éloge de Ocquier , beau village situé mi-partie dans une vallée, mi partie sur une hauteur.
J'étais assez contrarié le lendemain en me levant. Il ne me restait qu'une journée à employer à des recherches, peut-être entreprises un peu légèrement _, mais dont je voyais maintenant l'importance grandir à chaque pas. Malgré tout mon désir je sentais l'impossibilité absolue de m'éloigner d'avantage de Liège. En effet, les explorations sur le terrain, outre qu'elles exigent beaucoup de temps, demandent encore certains tâtonnements, certaines mesures préparatoires, surtout lorsqu'elles ont lieu dans un pays que l'on ne connaît pas. 11 faut d'abord prendre pied dans
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un village, s'enquérir à droite el à gauche des personnes à même de donner les renseignements locaux ; presque toujours rendre visite au bourgmestre, a l'instituteur, au curé, se rendre ensuite aux endroits indiqués , quelquefois bien éloignés l'un de l'autre ; puis l'un n'est pas chez lui, cet autre ne connaît rien, mais il a entendu dire qu'un tel, un ancien du village sait quelque chose. Toutes ces démarches nécessitent des allées et venues qui absorbent un temps précieux; cependant la journée s'avance, et quelque fois le soir arrive sans que l'on ait rien fait que d'avoir marché, dans un certain rayon, pendant tout un jour, sans obtenir un résultat satisfaisant.
Je dus me résigner à revenir à mon point de départ , afin d'être en mesure de prendre le lendemain, à Huy, le train qui devait me ramener à Liège. Je décidai donc de regagner l'hôtel du pont de Bonne en repassant non-seulement par Bois , Vervoz et Petit - Modave, mais d'allonger un peu ma route en traversant Borsu que je n'avais pas vu la veille.
En quittant Ocquier je trouvai les traces de l'établissement romain déjà indiqué par M. Hauzeur. A en juger d'après l'étendue de terrain couverte de morceaux de tuiles, c'était une villa impor- tante ; comme toujours des débris épars sur les champs, mais en plus quelques tronçons informes de murs sur lesquels sont plantées des haies de clôture. Il y a quelques années on voyait encore les premières marches d'un escalier en pierres; j'observerai toutefois qu'en somme les débris ne sont pas aussi abondants qu'à Survillers, mais cela ne préjuge rien, car les terres peuvent avoir été nettoyées plus soigneusement par les cultivateurs.
Je n'ai jamais vu des constructions rurales plus belles , plus soignées, mieux entretenues qu'à Vervoz ; elles sont dignes des bâtiments romains qu'elles ont remplacés. Le hameau tout entier- est bâti en belles pierres calcaires taillées avec le plus grand soin. L'église qui s'élève sur une magnifique pelouse séparée de la route par une grille et de la campagne par une pièce d'eau, l'église,
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dis-je, est un vrai bijou. Tout le hameau est la propriété de M. le baron de Tornaco.
Pendant que j'étais à admirer ces fermes solides et élégantes tout à la fois , je fis la rencontre de l'instituteur de Clavier dont Vervoz est une dépendance. Il m'apprit que les débris de tuiles que j'avais vu, la veille au soir, au milieu des tas de pierres cassées , proviennent d'un champ voisin de la route et nommé Chambre la ruine. Evidemment cette qualification a sa source dans certains bâtiments ruinés qui ont existé sur le terrain, et dont les restes étaient tellement imposants, lellcment considérables, qu'ils ont particulièrement attiré l'attention des paysans, qui cependant s'inquiètent généralement peu des ruines, si poétiques, si respec- tables qu'elles soient. Elles sont classées par eux dans la catégorie des vieilles masures, voilà tout. Il n'y a pas plus de quarante ans il restait encore des vestiges de constructions en si grande quantité qu'ils encombraient la campagne dont ils gênaient la culture. Le père de M. le baron de Tornaco les fit enlever par charretées. Les paysans parlent de tas de décombres de vingt à trente pieds de haut et de souterrains dans lesquels des chevaux se seraient enfoncés en labourant. À quelques pas est le point où la voie consulaire coupait le diverticulum qui, après avoir traversé tout le Condroz allait passer l'Ourtc à Poulscur et à Mon fort.
Je m'arrêtai à Bois pour tâcher d'obtenir quelques renseigne- ments, puis je me dirigeai sur Borsu. Je revis encore une fois ces grandes plaines fauves du Condroz qui s'étendaient en-dessous de moi, carde Bois à Borsu la route, tracée sur la crête du plateau domine une vaste étendue de pays depuis Havelange jusqu'au delà de Terwagne.
A Borsu même au lieu dit Tier Laurin, thiers Laurent, la roule et les champs qui la bordent fourmillent de débris. Le chemin qui traverse ce thiers est encore un' tige, venant du côté de Cineyei allant rejoindre la voie consulaire vers Terwagne.
Je traversait Avins, puis le plateau de Survillers, sur lequel
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je m'arrêtai de nouveau, longeai le parc du château de Modave qui renferme, m'a-t-on dit , quatre vingts hectares cnmuraillés. Quelques minutes après, au milieu d'un petit bois de sapins bien sombre, à l'air farouche, aux fortes senteurs aromatiques, je descendais la côte rapide de la vallée du Hoyoux. Des vapeurs bleuâtres, indice d'une belle journée pour le lendemain, s'élevant des bords de la rivière, s'étendaient sur les prés et flottaient le long- dès escarpements boisés.
Le soir, ù l'hôtel du pont de Bonne, je classai mes notes, et de çrrand matin, je me mis en roule pour gagner Huy.
Tout est à faire, tout est à éclaircir, tout est à fouiller dans cette partie si négligée et si riche de la province de Liège, et d'avance j'ose garantir à l'explorateur des résultats qui le dédommageront brillamment de ses labeurs et de ses courses. Où trouverait-on ailleurs, dans un si petit espace, tant de débris des siècles passés? Le Condroz parait réellement avoir été la contrée de prédilection des Gallo-romains pour la villégiature.
L'exemple de M. Hauzeur ne devrait-il pas stimuler le zèle de nos amateurs d'antiquité, et décider quelque membre de notre Institut Archéologique à prendre la canne du voyageur pour continuer, sur le territoire des Condrusiens, le travail du savant Namurois? Par un sentiment de délicatesse, peut-être exagéré, il n'a pas voulu empiéter sur un sol qu'il regarde comme le domaine exclusif de notre Institut et s'est arrêté à l'extrême limite de la province de Namur, à Pailhe, premier village liégeois touchant à Havelange.
Déjà, à l'endroit nommé Cent fontaine on a découvert , en curant un étang, de^ nombreux débris gallo-romains, des médailles , des poteries, des armes.
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Il faudrait donc, pour précéder avec ordre, reprendre à sou entrée dans la province de Liège, ce qui n'est pas difficile , la voie qui, coupant le Condroz en deux parties, aboutissait a Poulseur après avoir passé sur le territoire des communes ou hameaux de Bois, Borsu, Clavier, Vervoz, Ocquier, Alrin, Pair, Seny, Warzée, FAlemelle, Hodij, Antines, etc. Cette route, connue de longue date, mais seulement par pièces et par morceaux , n'a jamais fait l'objet ni d'un travail suivi , ni de recherches scientifiques sérieuses (1 ). Tous les auteurs en parlent un peu à tors et à travers.
Le point de départ une fois admis,, il conviendrait d'explorer les alentours, de droite et de gauche, pour relever les emplacements des divers établissements soit civils , soit militaires qui devaient border la route à certaines distances. Les débris épais sur les champs, les terres qui ont subi l'action du feu indiquent aujour- d'hui ces emplacements.
M. Hauzeur dit quelque part : « Pour le bassin du Houyoux et » des affluents de l'Ourle inférieure, de même que pour le plateau » entre ces deux rivières, le point central, celui d'où relevaient les » établissements gallo-romains destinés à donner l'éveil ou à » résister à une première attaque, le point central, dit-il, était » peut-être une de ces anciennes forteresses qui dominent le » Hoyoux, ou plutôt Antines. » Je dirai à mon tour : ce point central vaguement indiqué, mais cependant soupçonné d'avoir été placé sur les bords du Hoyoux, ne serait-il pas peut-être notre oppidum des Condrusiens, où nous avons observé des restes de fortifications qui établissent victorieusement deux époques bien distinctes de constructions et d'occupation? Il n'y a point à se prononcer avant d'avoir vu Antines, dont les campagnes présen- tent, ma-t-on dit, des vestiges d'anciennes fortifications.
(î) Cette voie ne serait-elle pas encore la même que celle dont on retrouve des traces dans la grando lande de Jalhay o» an delà de Coquaifagne?
Arrivé à Poulseur, s'assurer si ce château , ainsi que celui de Monfort, n'auraient pas été les deux têtes de pont qui défendaient le passage de cette route sur l'Ourte. Tout cela, je le répète, est à examiner sérieusement, à rechercher patiemment par une explo- ration intelligente et minutieuse du terrain. Si ces suppositions étaient reconnues exactes, Yoppidum d'un côté et Poulseur de l'autre auraient été les deux points militaires extrêmes qui , dominant le vaste plateau compris entre l'Ourte et le Hoyoux, protégeaient le diverticulum pendant son parcours à travers le territoire des Condrusiens, et , accessoirement, commandaient les vallées où coulent ces deux rivières.
De Poulseur revenir sur Vervoz pour prendre à son tour la grande voie consulaire à son entrée dans la province de Liège , la suivre par Terwagne , Ramelol , Strée , Oidrelouxhe, enfin jusqu'à Pontière (Pontis), où elle passait la Meuse, en continuant le même travail d'exploration et de recherches. Les établissements qui longeaient cette route ont dû , selon toute prohabilité , être proportionnés à son importance, et par cela même plus consi- dérables que ceux placés à proximité du diverticulum. Ces énormes tas de débris qui , pendant si longtemps ont couvert les champs entre Bois et Vervoz doivent avoir appartenu à un établissement d'autant plus vaste qu'il était situé au point de jonction de ces deux routes.
Ces reconnaissances terminées ce serait alors à l'Institut Archéo- logique, de décider d'abord s'il conviendrait de faire fouiller Yoppidum des Condrusiens, ainsi que les emplacements d'Ocquier et de Vervoz et principalement le plateau de Survillers, et ensuite à prendre l'initiative et la direction des fouilles. La similitude est frappante entre les emplacements de Ocquier et de Survillers et celui de la villa du Steenbosch, à Fouron-le-Comte. Le vieux sol des Eburons et des Condrusiens récèle dans son sein bien des trésors archéologiques encore inconnus ; pour les indiquer il faut absolument avoir recours aux jambes.
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Pour mener à. bonne fin ce travail d'exploration si étendu, si compliqué, ce n'est pas deux courtes journées d'arrière-saison , comme celles dont je pouvais disposer, qui sont nécessaires ; il est indispensable d'avoir devant soi trois ou quatre semaines; je n'ai guère parcouru, à vol d'oiseau , que deux lieues de pays, et , en outre, je suis persuadé de n'avoir signalé que très imparfaitement ce que le sol nous cache ; mais j'ose espérer que le peu que j'ai indiqué sera plus que suffisant pour stimuler le zèle de mes collègues qui, avec plus de loisirs que je n'en ai, pourront défricher le terrain que je n'ai pu qu'indiquer et parcourir à la hâte.
Caumartin.
FOUILLES NOUVELLES A CHÈVREMONT.
RAPPORT
DU
PRÉSIDENT A SES COLLÈGUES,
LU A LA SÉANCE DU 2 MARS 1863.
Lorsque l'esprit révolutionnaire agitait les masses, la haine des dominations déchues, la cupidité et l'égoïsme des intérêts renversaient les emblèmes, détruisaient les armoiries, s'atta- quaient aux monuments, en dispersaient les débris, en vendaient les matériaux. Aujourd'hui, au contraire se manifeste partout l'esprit de conservation et si l'ardeur pour le nouveau , si l'amour pour le progrès nous entraînent , ils sont loin d'être hostiles au passé , ils s'appuient même sur lui pour préparer les éléments d'un brillant avenir; il va donc interroger les ruines; il creuse partout
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pour retrouver les traces des temps historiques , pour recueillir les souvenirs des âges écoulés. Cédant à cet entraînement général, l'Institut Archéologique Liégtok a repris ses fouilles à Chèvremoni et porte, avec un égal intérêt, un regard investigateur sur les antiques monuments et sur toutes les ruines historiques de l'ancienne principauté de Liège.
Avant de résumer par un travail d'ensemble les résultats de nos recherches, nous allons d'abord indiquer le point d'avancement de nos fouilles à Chèvremont.
On sait déjà qu'en creusant à la cîme de la montagne deux tombes murées avaient été découvertes ; ce fait fut porté à la con- naissance du public dans les termes suivants :
L'Institut Archéologique Liégeois a repris ses fouilles longtemps interrompues par défaut de ressources pécuniaires. Au moyen d'avances faites par son Président, on a pu porter les travaux de recherches simultanément en plusieurs endroits. Ainsi, à la base du mont, on a mis à découvert un mur fort épais qui doit s'élever sur les crêtes très escarpées et atteindre jusqu'à la cîme. Là, à gauche, les fouilles continuées ont fait découvrir deux murs parallèles et au milieu, à un mètre et demi de profondeur deux tombes maçonnées parfaitement intactes. Les larges dalles en pierres de grèsquilesrecouvraient, étant soulevées avec précaution, ont laissé voir deux squelettes entiers , l'un d'homme, et l'autre de femme, la face contre terre, les pieds tournés du côté de la chapelle, la tête regardant l'Orient. Rien autre ne s'y est trouvé; ni armes ni monnaie, pas même de la terre, mais seulement de la chaux au fond. Ces tombes , très rapprochées , étaient faites avec soin, et dénotaient par là que les dépouilles qu'elles renfermaient devaient appartenir à des personnes d'un rang élevé. Dans les murs laté- raux abritant ces tombes, deux légères couches, l'une rouge, l'autre très noire , se faisaient remarquer comme du charbon et de la brique décomposée et réduite en poussière. Enfin, près de ces caveaux, on a recueilli les débris d'un vase rayé, d'une pâte noire
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très épaisse , seuls objets qui seront interrogés par la science afin de chercher à découvrir l'époque de l'inhumation. Il est à espérer que ces fouilles continuées nous feront d'autres et de plus inté- ressantes révélations. D'un autre côté il est regrettable que les matériaux provenant des déblais ne soient pas employés à élever un monument et qu'une souscription ne soit pas ouverte pour pour- suivre les recherches en grand, c'est-à-dire sur une plus vaste échelle en faisant de larges tranchées dans ce mont célèbre qui renferme peut être des armes, des trésors et plus d'un secret des âge écoulés.
Après cette première découverte nous avons continué à creuser le long d'un des murs qui abritait ces tombes, mur épais qui se prolonge à environ 10 mètres jusqu'à la rencontre d'un angle où il prend sa direction sur la droite pour plus loin se courber de nouveau et suivre une ligne parallèle au premier mis au jour, ce qui présente les fondations d'un carré assez étroit fort allongé, indiquant les bases d'un édifice très solide puisque les murs ont une épaisseur de plus d'un mètre ; les terres entre ces murs latéraux n'ont pu être enlevées parce qu'elles sont recouvertes des déblais et cependant c'est dans ce centre non fouillé, qu'on pour- rait se flatter de faire des découvertes ; nos ressources financières ne nous permettent pas d'accomplir ce travail ; mais en le réser- vant à l'avenir ne pourrait-on consacrer le souvenir de nos recher- ches actuelles en amoncelant les pierres retirées de ces excavations pour en former une espèce de pyramide et puis planter dans les creux, le long des murs recouverts, des arbres et des églantiers offrant un massif et comme un buisson ardent? Cette dépense très minime aurait l'avantage de réserver ces décombres pour servir plus tard à l'édification d'un monument ou d'une chapelle et de plus de conserver les traces de nos efforts.
Ce vœu exprimé arrivons à la mention des petits objets décou- verts dans nos travaux de recherches, travaux qui ont été portés sur d'autres points, près et autour de la chapelle, mais san^
aucun résultat, sinon, la rencontre d'épais murs de fonda- tion , qui établissent d'une manière irrécusable que de nombreux bâtiments ont dû recouvrir cette cîme empreinte de tant de souve- nirs et qui récèle peut être encore dans ses flancs de vieilles armes et des richesses archéologiques. Ici se réveille un ancien souvenir: c'est la découverte d'une armure presque complète qui y fut faite vers 1816 , armure que les anciens, tels que le Président de rinstimt se rappellent très bien avoir vue déposée chez un sieur Demany, tenant alors le petit café derrière l'Hôtel des Bains de Chaudfontaine; on n'a pu savoir ce qu'était devenue cette armure ; si quelqu'un la possède encore , il est prié d'en donner connais- sance à l'Institut Liégeois. Mais privés de ce précieux objet , ne tenons nous pas, au moins quelques minimes débris de ces armes chevaleresques? Voyez ce fer à lignes torses : ne serait-ce pas la poignée d'une épée? Examinez également ces deux fragments de fer... ne sont-ce pas des bouts de lances? Quand aux débris de vases que voici, à quelle époque les rattacher?... par leur pâte, par leur forme, ne semblent-ils pas d'origine romaine? Déposons au musée tous ces objets, produits de nos fouilles et que la science interrogera.
En attendant qu'elle se prononce, voici de nouveaux matériaux qui lui sont livrés. Un ciment très dur, parfaitement poli qui ser- vait de revêtement aux murs découverts , du charbon de bois , de la brique pulvérisée, le tout retiré de longues zones très étroites et placé spécialement sous une large pierre maçonnée et offrant ce mélange en quantité très considérable, qu'est-ce à dire?... Y a-t-on brûlé des morts ou l'incendie a-t-il dévoré des subtances dont nous retrouvons la cendre?... Si l'on doute, si l'on hésite avant de donner une réponse, poursuivons nos fouilles afin du rechercher et de découvrir d'autres éléments qui pourront faciliter la solution de ces problèmes.
Ai.ii. d'Otreppe de Boovette.
BULLE DU PAPE INNOCENT XI
APPROUVANT
L'ÉRECTION D'UNES CONFRÉRIE DE NOTAIRES ET DE PROCUREURS
CITÉ-: DE LIEGE, EX 16»:.
Liège comptait autrefois un nombre infini de confréries , de corporations et de communautés , qui , jusqu'au XVIII siècle , portèrent en général le nom de fratries (i). Outre les 32 corporations de métiers , on signale les compagnies de chape- liers, de perruquiers, de barbiers, les collèges de chirurgiens,
(i) Ce mol a été quelquefois lu trairie, dénomination qui s'applique parti- culièrement aux exercices auxquels se livraient les archers et les arbalétriers.
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de banquiers, de médecins, les confréries de cuisiniers,
de domestiques , les sociétés d'imprimeurs , de maîtres d'écoles, etc. etc., dédiées chacune à un saint et soumises a des règlements qui avaient presque toujours pour but l'accomplissement de certaines dévotions. Cela n'a rien d'éton- nant dans la capitale d'une principauté ecclésiastique, qui, avant la révolution française, possédait encore plus de quatre- vingt dix églises ou couvents et où , selon le dire des histo- riens, on célébrait chaque jour plus de messes qu'à Rome même.
Cependant le libre exercice du droit de bourgeoisie, la garantie contre la concurrence et les empiétements des étran- gers, la protection directe dont jouissaient les associés de lapait des magistrats de la ville , entraient aussi , nous le supposons , pour quelque chose dans ces institutions.
En l'année 1687 fut aussi établie à Liège une compagnie des notaires et des procureurs de la cité. Le but qui engagea ces officiers publics à se réunir en société parait avoir été exclu- sivement religieux. Du moins on n'en trouve aucun autre motif apparent dans la bulle du pape Innocent XI qui en permet l'établissement, ni dans les statuts qui l'accompagnent.
La singularité de cette association où des personnes, pour ainsi dire étrangères les unes aux autres, se tendent frater- nellement la main, nous a toutefois assez étonnée pour chercher une autre cause à leur alliance. Peut-être était-ce pour les notaires patentés un moyen de faire respecter leur droit exclusif à dresser des actes , éloigner les personnes qui usurpaient ce droit, et suppléer ainsi à l'impuissance des édits qui, comme on le verra, restaient sans effet.
Personne ne pouvait exercer les fonctions de notaire s'il n'avail été nommé par le prince et si, après sa nomination, il
n'avait, fait enregistrer sa commission soit au Conseil-privé, soit à l'officialité ou à toute autre Cour de justice , et passé le serment requis; en un mot s'il n'était immatriculé.
Cela n'empêchait pas des individus, dépourvus d'un caractère quelconque de légalité, de recevoir des actes, ainsi que l'exprime un édit du 19 avril 1622 : « Comme nous sommes informés » qu'en notre pays.... il y a un nombre infini de personnes, » voire inconnues, exerçantes indifféremment l'état de notaire, » d'où procèdent plusieurs abus, etc. (1). » Cet édit ne produisit aucun résultat; il fut suivi, le 30 décembre 1651 , d'un règle- ment spécial fixant les points à observer pour l'office de notaire et donnant ordre aux procureurs de poursuivre les violateurs de la loi (2).
Mais il parait avoir été aussi infructueux que le précédent, puisque dans la suite on trouve encore neuf ordonnances contre les notaires non commissionnés.
Ce fut sans doute pour se créer une garantie nouvelle et plus efficace , que les officiers du prince cherchèrent à former avec les procureurs une association qui se comprend dès lors. On n'admettait naturellement dans la confrérie que des notaires munis de leurs diplômes et ayant tout intérêt à empêcher les irrégularités. Les procureurs de leur côté ne demandaient pas mieux que de rendre à leurs confrères un service intéressé et voyaient en même temps leurs fonctions rendues plus faciles par la surveillance active que ceux-ci exerçaient eux-mêmes.
(l) Louvrex, T. II, p. 300.
(s) Louvrex, T. II , p. 29-4. Cet étlil contient, entre autres choses, que pour devenir notaire aux actes volontaires , il fallait avoir passé un examen de • apacité devant les avocats fiscaux et en recevoir une attestation qui devait être mentionnée dans leur commission.
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Les notaires et les procureurs de la Cour (curiae) de Liège
demandèrent en conséquence en 1687 au Pape la permission de fonder une confrérie, dédiée à la Bienheureuse Vierge Marie Immaculée, à S'-Joseph et aux Saints Anges Gardiens.
Innocent XI leur donna sous la date du 5 avril 1687 une bulle autorisant cette institution et accordant sous certaines obligations des indulgences à ceux qui en feraient partie. C'est ce document, dont une copie existe aux archives de l'Etat a Liège, que nous publions.
Une réunion eut lieu ensuite pour fixer les statuts de la Société. Le programme, qui se compose de 13 articles, fut approuvé le 16 mai 1687 par l'official de Liège, M. Clerx, et le 2a du même mois la confrérie fut solennellement inaugurée dans l'église des Frères Mineurs conventuels de S'-François (i). Chaque année, le 25 mai, jour anniversaire de l'institution, tous les membres assistaient dans cette même église , à une messe après laquelle avait lieu l'élection de deux Maîtres ou Directeurs — un notaire et un procureur — chargés de veiller pendant un an à l'observation du règlement et de convoquer tous les trois mois les confrères dans une salle du couvent des Frères Mineurs, pour discuter en séance les intérêts de la Société.
Toute personne voulant se faire inscrire sur la liste des membres et profiter des indulgences spécifiées dans la bulle, devait, après avoir donné les preuves de son caractère officiel, payer 4 florins de Brabant, puis, annuellement, 2 florins ou 10 sous par trimestre.
Cet argent servait à payer les frais d'une messe hebdoma-
i Aujourd'hui S'-Antoine.
daiie qui se disait les vendredis dans l'église des Frères Mineurs à 11 heures, pour le repos de l'âme des confrères défunts; de trois autres grand'messes qui se célébraient les jours de la fête de l'Immaculée Conception , de Sl-Joseph et le dimanche après la fête de l'apparition de S^Michel (29 sep- tembre). Tous les confrères s'engageaient h assister à ces cérémonies sous peine de 5 sous d'amende. Il en était de même pour les obsèques d'un membre de la communauté dont celle-ci supportait elle même les frais.
La Société avait un secrétaire qui tenait note des noms des membres, des recettes, des dépenses et des décisions.
Un valet fpreco) convoquait les membres et restait au service des Directeurs : il recevait une gratification annuelle de 8 florins de Brabant, outre ses droits pour les convocations extraordinaires.
Tous ces points exprimés dans les statuts furent d'abord parfaitement observés. Mais en peu de temps le zèle des confrères se relâcha et 6 ans après son institution , la Société était déjà sur le point de se dissoudre. Les confrères ne payaient plus leurs cotisations ni les amendes qu'ils encouraient en n'assistant plus aux fêtes religieuses.
Le 24 décembre 1694, trente-trois notaires et trente-neuf procureurs unirent leurs efforts pour relever la confrérie et signèrent un nouvel arrangement où l'on avait commencé par supprimer trois messes et par diminuer le tau des amendes. Le droit d'inscription fut aussi réduit à un florin par an. Chaque compagnon en le payant devait inscrire son nom sur un registre tenu à cet effet. A la fin de leur année les anciens Directeurs rendaient compte aux deux nouveaux, élus le L2o mai, et conservaient encore pendant une année un certain pouvoir; en effet, ces quatre officiers avaient, le droit de tenir
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des séances particulières où ils préparaient les affaires qu'ils soumettaient ensuite a la ratification de l'assemblée générale.
S. Bormans.
BULLA CONFRATERNITATIS NOTARIORUM ET PROCURATORUM CUREE LE0DIENS1S.
INNOCENTIUS PAPA XI, ad perpetuam rei memoriam. Cum (sicut accepimus), in ecclesia Fratrum ordinis Minorum sancli Francisci conventualium nuncupatorum civitatis Leodiensis, una pia et devola Christ i fideliura notariorum et procuralorum ac sociorum curiae episcopalis Leodiensis tantum confraternitas , sub invocatione B. M. V. Immaculatse , sanctorum Josephi , Miehaelis archangeli et Angelorum custodum, canonice erecta sive erigenda existât, cujus confratres, quamplurima pietatis opéra exercere consueverunt ; nos, ut confraternitas hujusmodi majora in dies suscipiat incrementa , de omnipotentis Dei misericordia ac beato- rum Pétri et Pauli aspostolorum ejus aucthoritate conlisi, omni- bus Christi fîdelibus qui dictam confraternitatem in posterum ingredientur, die primo ingressus, si vere pœnitentes et confessi, sanctissimum Eucharistiae sacramentum sumpserint, plenariam, ac, tara descriptis quam pro tempore describendis in dicta con- fraternitate confr'atribus, in cnjuslibet eorum mortis articulo, si vere quoque pœnitentes et confessi ac sacra communione refecti , vel, quatenus id facere nequiverint, saltem contriti, nomen Jesu ore si potuerint, sin minus corde dévote invocaverint, etiam ple- nariam necnon eisdem mine et pro tempore existentibus dictse confraternitatis confratribus, vere etiam poenitentibus et confessis ac sacra communione refectis, qui prœtactae confraternitatis eccle- siam scu capellam vel oratorium die festo dedicationis ejusdem sancti Michaelis archangeli , a primis vesperis asque ad occasum
solis diei hujusmodi, singulis annis dévote visitaverint et ibi pro christianorum principum concordia, heresium extirpatione ac sanctœ matris Ecclesiœ exaltatione , pias ad Deuin preces effude- rint, plenariam similiter omnium peccatorum suorum indulgen- tiam et remissionem misericorditer in Domino concedimus. Insuper dictis confratribus, vere pariter pœnitentibus et confessis ac sacra communione refectis, ecclesiam seu capellam vel oratorium bujusmodi in quatuor aliis anni festis vel non festis diebus per memoratos confratres semel tantum eligendis et ab Ordinario approbandis , ut prsefertur, visitantibus et orantibus, quo die praetactorum id egerint, septem annos et totidem quadragenas; quoties vero missis et aliis diurnis officiis, in dicta ecclesia seu capella vel oratorio pro tempore celebrandis et recitandis, seu con- gregationibus publicis vel privatis ejusdem confraternitatis ubivis faciendis interfuerint; aut pau pères hospitio susceperint ; vel pacem inter inimicos composuerint seu componi fecerint; vel procurave- rint ; necnon etiam qui corpora defunctorum , tam confratrum praetactorum, quam aliorum, ad sepulturam associaverint; aut quascumque processiones, de licentia Ordinarii facienda, sanctis- simumque Eucharistise sacramentum, tam in processionibus , quam cum ad infirmos, aut alias ubicumque et quomodocumque pro tempore deferetur , comitati fuerint; aut si impediti, campanae ad id signo dato , semel orationem dominicam et salutationem angelicam dixerint; aut etiam quinquies orationem et salutationem easdem pro animabus defunctorum confratrum et consororum praetactorum recitaverint ; aut demum aliquem ad viam salutis reduxerint et ignorantes praecepta Dei et ea qua3 ad salutem sunt necessaria docuerint; aut quodcumque aliud pietatis vel caritatis opus exercuerint , toties pro quolibet praetactorum operum exer- citio, sexaginta dies de injunctis eis seu alias quomodolibet debitis pœnitentiis in forma Ecclesiœ consueta, relaxamus praesentibus perpetuis futuris temporibus valituris. Volumus autem ut , si alia dictis confratribus praemissa peragentibus aliqua alia indulgentia
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perpetuo vel ad tempus nondum elapsum duratura concessa fueril, praesentcs iiulla' sint, utque si dicta confraternitas alicui archi- confraternitali aggregata jam sit, vel imposterum aggregetur, seu quavis alia ratione uniatar, aut etiam quomodolibet instituatui" , priores et quœvis aliœ litterae apostoliœ illis nullatenus suffra- gentur , sed ex tune eo ipso nulke sint. Datum Romaî, apud Sanc- tam Mariam Majorem , sub annulo piscatoris , die quinta aprilis 1687, pontificatus nostri anno decimo tertio. (Sic subsigna- tum erat) J. F. Albanus.
Placet ut publicentur et designamus festum conceptionis B. M. V., sancti Josepbi, dominicas immédiate sequentes, festum appa- ritions sancti Michaelis et sanetfe Margaritee. Datum Leodii, quart;! junii 1689. (Signé) Cornélius Faes, vie. gen.
LE CHATEAU DE CURANGE.
Le village de Curange , près de Hasselt , a servi de résidence à nos souverains pendant des siècles : aujourd'hui, à peine y retrouve-t-on des traces de leur passage; quelques pans de murs, entourés d'un fossé, voilà tout ce qui reste de leur palais oublié, bien digne cependant d'un sort moins rigoureux.
C'est aux comtes de Looz qu'il faut attribuer l'origine du château de Curange. Si l'on en croit l'historien Mantelius, ce fut le comte Gérard qui s'y fixa le premier, vers 1182, après que son donjon de Looz, de même que plusieurs autres places fortes du comté, eut été réduit en cendres dans une guerre récente contre l'évêque de Liège (1). Ce ne serait pas la première fois que le bon Mantelius eût hasardé quelque asser- tion sans preuves, et certains détails de son récit semblent autoriser nos doutes à l'égard du fait qu'il énonce.
(i) Pertœsus deinde cladium, quas ditio Lossensis in Hasbania sustinuerat, secedit Curingiam, locum a turbis paratiorem , arcem instaurât, cwriamque siiam feudalem eo transfert: cœptitsque ibidem haberi conrentns fewlatariu- rum, jusque dici, 'Mantelius. ffistoria Lossensis . p. H,r5 .
Toujours est-il , qu'à cette époque les comtes de Looz
avaient de vastes possessions aux environs de Hasselt. Le même comte Gérard fonda le monastère de Herckenrode dans un alleu situé à Curange; et Louis de Looz, son successeur, voulant partir pour la croisade, emprunta quarante marcs Liégeois à l'abbesse de Herckenrode, et offrit en garantie les dîmes de Hasselt, de Curange, de Kermpt et de Stockrode, qu'il lui céda depuis en pleine propriété (1).
Il n'y a rien à conclure de ces faits pour ou contre l'exis- tence de notre château ; mais les faveurs octroyées au village de Curange par un comte de Looz, en septembre 1240, me semblent attester que, dès lors, ces princes y avaient établi leur résidence. Arnold, comte de Looz et de Chiny, de l'avis de ses féaux, confère aux habitants de Curange les mêmes libertés et le même droit, que ceux dont jouissent les citoyens de Liège ; avec cette restriction , que nul ne pourrait établir un moulin ou une brasserie sans son assentiment. Si les échevins ont à juger une cause difficile, ils doivent demander la recharge aux échevins de Hasselt, et, si ceux-ci refusent de se prononcer, ils se rendront personnellement à Liège pour y consulter les échevins de la Cité ; puis ils prononceront comme équitable la sentence émanée de leur autorité. Le comte jura, ainsi que ses fidèles, d'observer ces privilèges, les fit écrire sur parchemin et y pendit son sceau en témoignage de vérité (2).
Pendant de longues années, l'histoire ne nous fournit aucune
i Mantelius. Hist. Los.s. . p, l-2ti. — Mira-us. Opéra diplomatica, t. II, p. 846,
"i Voyez Mantelius, ffasseletvm, \>. 12, el Hîstoria Losscnsis , p. 18.*>. -- La char'p originale . que j'ai transcrite . ost conservée p;ir M. TolcinruniP Claps.
Hasselt.
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donnée sur les événements dont le château de Curange peut avoir été le théâtre. Plusieurs chartes datées de Curange prouvent, néanmoins, que les comtes de Looz continuaient à y faire leur séjour habituel.
Un acte de vente au profit de l'abbaye de Herckenrode reçut à Curange l'approbation du comte Arnold précité, en présence des chevaliers Fastré de Lude , son sénéchal , de Philippe sire de Herck et de Guillaume fils de ce dernier, en février 1263, n. s. (1).
Le comte de Looz se trouvait à Curange le 24 octobre 1278 lorsque Henri, chapelain de l'autel de Saint Nicolas, à Brusthem, vint déclarer devant lui qu'il n'exigerait de l'abbé d'Averboden rien au delà du revenu du bénéfice qu'il desservait (2).
On trouve au chartrier de Saint Lambert une transaction conclue, le vendredi avant la Lsetare 1284, v. s., devant le comte de Looz, à Curange (3).
Une charte d'Arnold VI comte de Looz en faveur de l'abbaye d'Orienté, fut donnée à Curange le 4 janvier 1294 v. s. (4).
Une autre, du 20 décembre 1306, y fut délivrée par le même comte Arnold, la comtesse Marguerite et Louis, leur fils aîné (5).
Le château de Curange possédait un oratoire ou chapelle
(1) Acta sunt hec apud Curinghen, presentibus Fastrado de Lude dapi- feronosiro, Philippo domino de Hercke et Wilhelmo filio ejus, mililibus.
Carlulaire de Herckenrode, f° 30 verso.)
(2) Carlulaire d'Averboden. t. II, i° 273.
(5) Schoonbroodt. Inventaire des chartes de Saint-Lambert , n° 383. (4) Chartrier d'Orienté , aux archives de l'État , à Liège. ;; Actum in Curinghem et datum anno Domini M°. CCC». sexto, ferià tertio ante Thomr apostoli. 'Cartulaire d'Averboden, t. II, f°236).
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castrale, dans laquelle le comte et la comtesse de Looz fon- dèrent; en 1301 , la veille de la Pentecôte (20 mai), un autel en l'honneur de S. Nicolas. La dotation en fut fixée à dix livres de tournois noirs , ou leur valeur en monnaie courante , payables sur les revenus de Curange (1).
Quelques années après la mort de sa femme, le vieux comte Arnold fonda et dota cinq chapelles , dont deux étaient situées à Curange, l'une dédiée à l'apôtre Saint Jacques, l'autre à Sainte Catherine (9 novembre 1324). 11 affecta à chacune un revenu de vingt livres de tournois noirs (le gros tournois évalué a seize deniers), payables le jour de Noël sur les revenus de ses domaines de Herck-la-Ville (2).
Un demi siècle plus tard, le comté de Looz passa aux évo- ques de Liège. Ceux-ci firent à Curange des séjours fréquents, d'autant plus que le voisinage de la forêt d'Herckenrode leur offrait l'attrait d'une chasse abondante.
Jean de Heinsberg, surtout, parait avoir affectionné cette
») Voici le (exte de l'aelc de fondation . qui repose, sous le n° 457 , parmi les chartes de Saint-Lambert , aux archives de Liège :
« Universis présentes litteras visuris vel audiluris Arnoldus, cornes de Los et de Gliyni , et Margareta eiusuxor, eorumdcm locorum comitissa , salutem cnm notilia veritalis. Volentes al tare unum in capella mansionis noslre de Curinges edificare et dotare in honore beati Nieolaï eonfessoris , ob remissio- nem peccalorum nostrorum seu nostrorum predecessorum , dicto allari contu- limus et conferimus decem iibras nigrorum luronensium, vel valorem eoruni- dem, monete currentis pro tempore; et easdein ad reddilus nostros ville nostre de Curinges assignâmes et assignavimus recipiendas imperpeluum et levandas. In cuius rei leslimonium sigilla nostra presenlibus sunt appensa. Datum et actum anno Domini millesimo tricentesimo primo, in vigilia l'enlhecoslcs. »
(2) Cartulaire de Herckenrode, f°205. — La troisième de ces chapelles était placée sur le chemin qui mène de Curange à Herckenrode, au lieu dit Rustc.
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résidence (i). Le registre de la confrérie de Sainte Gertrude, instituée dans l'église paroissiale de Curange, le mentionne en tête des confrères , et au nombre de ceux-ci l'on voit figu- rer une foule de gentilshommes de sa cour (2).
Jeanne de Heinsberg, sœur de l'évêque et femme du comte de Nassau, accoucha à Curange, le 16 février 1445, d'un fils qui reçut le nom de Jacques (3).
Son autre sœur, Jacqueline abbesse de Thorn, abandonnant la crosse abbatiale, vint rejoindre l'évêque à Curange. Deux ou trois ans après, elle quitta ce château, à l'insu de son frère, et se fit religieuse au couvent de Béthanie, à Malines (4).
Ce fut à Curange que Jean de Heinsberg rendit le dernier soupir le 18 octobre 1459 (s).
Les historiens Liégeois nous apprennent que Louis de Bourbon et Jean de ïïornes, successeurs de Heinsberg, suivi- rent les habitudes de leur devancier. Des monnaies de ces
(1) Mantelius. Hasselelum, p. 41.
(a) Entre autres le fameux Guy de Canne (Joncher Ghijs van Kannc zeligher) qui y fui reçu en 1471 — Le registre de la confrérie de Sainte Ger- trude est déposé à la cure de Curange. C'est un beau volume sur parchemin , orné d'enluminures; le calligraphe à qui nous le devons, a eu soin de se faire connaître, en ces termes : Frater Guillelmus Zenderus, prior convoitas fralrum in llenegouwe, sub parrochia oppidi EFasseltensis, qui présentent islum fraternitatis librum hoc anno renovavit , se quoque eidem fratrum catalogo propria manu adscripsit v Augusti 1549.
(5) Rootboek de la ville de Diest (p. 82), cilé par M. Raymaekers dans ic Bulletin de la Commission d'Histoire, t. II, 3e série, p. 421.
(4) Adrien de Veteri Busco dans Marlène et Durand. Amplissima collectio , t. IV. col. 1224 et 3220.
;:,' Bouille. Histoire du Pays de Liège-, (.11. p. 44. — Adrien de Vcleri Rusro, qui entre dans quelques détails sur les derniers moments de l'ex-évè- que (le Liège . oublie de dire le lieu de sa mort..
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princes sont frappées à Curange (1), et leurs blasons décoraient autrefois l'église du village (2).
Mais bientôt notre château éprouva la secousse des révolu- tions. Guy de Canne, s'associant à la vengeance des la Marck, s'en empara en 1486 et le livra aux flammes (3).
La destruction toutefois ne fut pas complète et le château put être réparé , car Bouille assure que Jean de Hornes « s'y » tenait le plus souvent, aussi bien qu'à Macstricht , parceque » le palais épiscopal tombait en ruines (4). »
C'était au cardinal de la Marck , l'illustre bâtisseur du palais de Liège, qu'il était réservé de reconstruire aussi le château de Curange (5). Ses soins ne se bornèrent pas à restaurer l'édifice, il y ajouta des jardins ornés de fontaines et de bos- quets délicieux (6).
(i) On connail notamment quatre variétés de liants, au type de Louis de Bourbon et portant le mot de Curingen. Histoire numismatique de Vévéché de Liège, par M. le comte de Rcnessc-Breidbach, t. I, p. 45.
(2) Manlelius. Hist. Loss., p. 17.
(5) Venit igitur in Curinghen (Ghys de Kan) et obsidione posita , facile obtinuit domum episcopalem ibidem nebiliter situatam, eamque incendia traditam cunclis pretercunlibus miserabile fecit speclaculum. (Johann is de Loschronicon.p.93). — Placent \usapudïloxhoTi),DcLcod!eiisircpublica, p. io.">.
{a) Bouille. Uistoirc du Pays de Liège , t. IF, p. 271,
(s) On varie sur la date de cette reconstruction : Cliapea ville, la place en 1315, Inde non mullo post Curingiam (repetit), ut dotnus quoque quam isthic et speciosam et fortem habebat , vacaret reparationi. (Gesta Pontifi- cum, t. III, p. 253). Voyez aussi Loyens, Recueil héraldique, p. 23G. — Suivant Van den Bereh, ce fut en 1524 (Chronique manuscrite, aux archives de Liège, p. 319). Voyez Fisen , t. II, p. 324, Foullon, t. II. p. 212.
(6) François Guicchardin , qui visita le château vers 15f>:>, en parle en ces termes : In finibus Hasseleti, et ad Demeram fiumen, Curingia est amplus et amœnus pagus, spectabilis luculento Mo palalio quoi! œdificari hic jussit 1 1 pulcherrimis fiorlis , lucisque cl fontibus instruxerat Erardus à Marcha. cardinalis et Leodiensis anlistes.
Les successeurs du cardinal ne vinrent à Curange que de loin en loin ; et les princes de la maison de Bavière paraissent avoir entièrement négligé ce château, qui déjà du temps de Mantelius (1663) tombait en ruines (1).
Je ne crois pas que sous les comtes séculiers de Looz , il y ait eu à Curange des châtelains ou vicomtes; du moins les documents n'en font aucune mention , tandis qu'on trouve des renseignements précis sur les châtelains des autres places du comté. Plus tard, sous les évoques de Liège, apparaissent des gouverneurs du château de Curange, dont les fonctions non héréditaires doivent avoir été analogues à celles d'un maréchal du palais. Vers la fin du règne de Jean de Homes, deux gentils- hommes, Marcel de Diest et Herman Thibouts, furent successi- vement investis de cette charge (2), qui appartenait en 1592 à Gilles de Bernimolin dit Madrez, et vers 1626, à messire Gilles- Thierry de Lynden, seigneur de Dormael, Oostmael et Steen(3).
Celui-ci eut pour successeur messire Godefroidde Mombeeck vicomte de Hannut, seigneur d'Avernas, Bertrée, souverain officier de la ville et du district de Hasselt.
M. de Mombeeck et son prédécesseur jouissaient d'une pension de 1000 florins.
Dans une supplique du 14 novembre 1668 ce châtelain se
(1) Mantelius. Hasseletum, p. 169.— Le dernier acte donné à Curange porte la date du 27 juin 1577. C'est une ordonnance de Gérard de Groesbeek confirmant les privilèges et les statuts de la ville de Hasselt. [Privilegien, statuyten ende reglementen der stadt Hasselt , p. 74.)
(2) « Marcilius van Dyest borchgreve tôt Cueringhen zeliger , Barbara Vil (ers . syn huysvrouwe. — Herinan Tybouts scoutet ende borchseedt tôt Cueringhen zeliger. Margretavan Cyney syn huysvrouwe. » 'Registre de la Confrérie de S1" Gertrude , cité ci-dessus).
s) Butkens. Annales généalogiques de la m ifson de Lynden , p. 263
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plaint de ce qu'on lui imputait faussement « d'avoir remis absolument son office de la ehastellenye de Gurainge en faveur d'un routhurier N. Horion, au préjudice et contre les préro- gatives des cavaliers du comté de Looz (1). »
Godefroid de Mombeeck mourut peu de temps après, et le « routhurier » Charles-Guillaume de Horion , mayeur de Curange , fut investi de la charge de châtelain et receveur du château.
On lit dans une lettre adressée par le Président de la chambre des Comptes à Son Altesse, en date du 2 mai 1670 :
« Le seigneur de Horion s'est acquité avec beaucoup d'exac- titude de ses charges, il a déjà rendu plusieurs places du château habitables , en sorte qu'on y tient à présent toutes les assemblées de la salle de Curange, ce qu'on n'a pu faire aupa- ravant, ny de tout le temps que le seigneur de Mombeeck a eu l'office de chastelain, à raison que le tout estoit dans des désordres merveilleux (2). »
Jean André baron de Voordt, grand officier de Hasselt, est qualifié de gouverneur du château de Curange dans un acte de 4711, il était aussi bailly du bourg et franchise de Curange.
Le document qui suit nous apprend quelle fut la destinée du château de Curange :
« Extrait hors des conclusions capitulaires du très-illustre chapitre cathédral de Liège, le mercredi 8 juillet 1733. »
« Messeigneurs aiant vu par le mémoir présenté de la part de la Chambre des Comptes de Son Altesse que le château de Curange est inhabitable depuis plusieurs années, qu'on y a
1 Archives de la Chambre des Finances. •j Ibidem.
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même détaché et volé tous les plombs, la plus grosse partie des fers et ferrailles, ce qui a occasioné la ruine totale du dit château, sont d'avis que la dite Chambre des Comptes pouroit faire vendre au plus grand profit de la mense épiscopale les matériaux du dit château, pour être le provenu de la vente des dits matériaux emploie au retrait de quelque bien engagé appartenant â la mense épiscopale (i). »
J'ignore si l'on s'empressa de déférer au vœu du chapitre ; on pourrait en douter puisqu'il existe une supplique de Denis Kellens qui demandait le 6 décembre 1740 , d'avoir la charge de gardien (wachtmeester) du château de Curange, vacante par la mort de Jean-Fr. Cloes. De plus les Délices du Pats de Liège, ouvrage imprimé en 1744, donnent une vue du château, et ajoutent qu'il est en ruines.
« Ils consistent », dit l'auteur des Délices, « en une enceinte » carrée , flanquée de quatre tours rondes : du côté du Midi » on voit encore les restes d'un grand bâtiment carré, qui » parait avoir été orné de tout ce que l'architecture moderne a » de plus brillant ; on en distingue encore quelques ornements » d'ordre rustique au rez de chaussée, et d'ordre toscan au » premier étage (2). »
Après l'incorporation du Pays de Liège à la France, le vieux château de Curange , avec ses dépendances , fut vendu comme domaine de la Couronne, et adjugé, le 3 fructidor an VI, par l'Administration centrale, au citoyen Jean-Baptiste Alen, de Hasselt. Depuis lors on a achevé sa démolition , et sur
1 Archives de la Chambre des Finances. •j Délices du Pais de Liège, t IV, p. 280.
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remplacement (Je l'antique manoir féodal, s'élève aujourd'hui un joli pavillon, propriété de Monsieur le juge Bamps (1).
Je ne terminerai pas cette notice sans dire quelques mots du tribunal célèbre qui doit son nom à notre château, de la cour téodale du comte'' de Looz, mieux, connue sous le nom de Salle de Gurange.
Mantelius affirme à plusieurs reprises que la cour féodale du comté de Looz fut transférée à Gurange, vers 1182, par le comte Gérard (2). Déjà avant notre historien, le curé Wende- linus, son maître, trompé sans doute par l'expression naef miser saelex recht (d'après le droit observé en notre cour), qu'on retrouve dans les anciens actes judiciaires , avait écrit que la Salle de Gurange remontait au temps des Francs Saliens et devait son origine à une ancienne sala ou cour salique (3).
Ces affirmations si absolues et à l'appui desquelles on n'apportait point de preuves, ont cependant été généralement admises, même par des écrivains très compétents (4). Je crois qu'il ne me sera pas difficile de montrer combien elles man- quent de fondement.
Pas plus qu'aucune autre cour féodale , celle du comté de
(i) Deux objets trouvés sur remplacement du château de Gurange, ont été offerts, en 1S52, par M. Bamps père, à la Société scientifique et littéraire du Limbourg ; 1» un vase en pierre meulière, orné d'un dessin ogival. 2° un pot en terre vernie, sur la panse duquel est représentée l'histoire de la chaste Suzanne, avec l'inscription suivante : dit. is. dei. schone. hestoria, van Suzanna. int. korte. eit. gesneiden. anno. i. 5. 8-4. engel; kran.
1 Mantelius. llist.Loss., pp. 16, 123. 302.
.-, Wendelinus. Leges salicce illustrâtes, p. 177.
i Notamment par M. le procureur général Raikem; voyez son discours de rentrée pour 1854, p. 41 .
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Looz ne reçut à l'origine un siège invariable. Composée du comte et de ses vassaux , elle ne se formait que quand il y avait lieu, et partout où le comte pouvait s'entourer d'un nombre suffisant d'hommes de fief. Pas de jours de plaids, pas de tribunal proprement dit : une salle d'auberge , la cour d'un château, l'ombrage d'un vieux chêne, tels étaient les prétoires improvisés des cours féodales aux époques reculées du moyen-âge. En présence de la vie essentiellement active et guerrière des nobles en ce temps là , une organisation stable eût été en quelque sorte impossible (1).
Au comté de Looz cet état de choses se maintint jusqu'à la fin du quatorzième siècle. Pour le prouver, je pourrais, en élargissant le cadre de mon travail , citer une foule de docu- ments contemporains ; qu'il me suffise de ne produire que le préambule d'une sentence rendue, en 1372, par l'évêque Jean d'Arckel , siégeant à Huy :
« Jehan d'Arckel, etc. Savoir faisons à tous que l'an de » grasce mil trois cens lxxij, le premier jour de mois de » marche, en nostre chastiaul de Huy, par devant nous et nos » hommes de fief de nostre conteit de Looz, chi dessous » escripts, comparurent, etc. » (2).
Mais qu'est-il besoin de chercher plus loin des preuves , et ne sait-on pas qu'originairement le relief devait se faire en présence même du comte et de sa cour féodale? Or les registres de la Salle de Curange nous montrent que des fiefs lossains ont été relevés à Liège, 9 août et 8 septembre 1364; aux
(i) Cette notion de la cour féodale est si élémentaire que je crois inutile de la prouver. 11 suffit de lire quelques une? des nombreuses charter, des douzième ri treizième siècles pour en être convaincu.
2 Reliefs de la Salle de Curange, I. F. f°6t).
6
Vieux-Joncs, 15 janvier et 29 mars 1365; à Alken , 18 février 4367; à Scraing, 10 juillet 1368; à Moha, 3 juillet 4370; a Looz, 41 mai 1371 ; a Maeseyck, 49 octobre 4376; a Stockhem, 8 septembre 4382; h Hornes, 20 juillet 4388; etc., etc. Réci- proquement on rencontre dans les registres de la cour féodale de Liège une foule de reliefs faits, soit à Alken (26 juin 4360), soit a Tongres (27 janvier 1361), soit surtout à Curange (23 juin 1373, 7 août 4377, 5 février 1391, etc.) (i). Qu'une quantité de sentences ou de reliefs soient datés de Curange , rien de plus naturel , puisque c'était la résidence ordinaire du souverain; mais de là à l'établissement d'une cour féodale permanente il y a une grande différence.
Quand donc cette cour permanente fut-elle établie à Curange? Les chroniques contemporaines gardent à cet égard un silence complet , mais il me parait évident que ce fait doit avoir une connexion étroite avec l'institution du lieutenant des fiefs 'stathelder) , officier destiné à remplacer le prince en cas d'absence. Or le premier lieutenant des fiefs du comté de Looz que j'aie rencontré jusqu'ici, est Arnold Cannart, cité dans un relief de 4425 (2). On peut donc conclure avec beaucoup de vraisemblance que l'établissement de la cour féodale au château de Curange remonte aux premières années de Jean de Heins- berg, ce grand réformateur des institutions liégeoises.
Quoiqu'ils pussent se faire remplacer par leurs lieutenants, les évoques n'en continuèrent pas moins a présider les plaids ft à recevoir l'hommage de leurs vassaux. Jean de Stavelot,
« Cesaclcs de relief nous donnent une idée précise des déplacements si fi [ueiïts des évèques de Liépe ; il ne sérail fias difficile de les suivre dans leurs pérégrinations de jour en jour et pour ainsi dire pas à pas.
i Reliefs faits sous Jean de Beinsberg, t, 1. p. 82 v.
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sous l'année 1441, parle d'un « plaid qui avoit bein dureit, » pardevant Monsangneur et ses hommes à Curinghen, xti » ans »(i), et les registres de Curange contiennent encore grand nombre de reliefs faits, en présence de l'évêque, ailleurs qu'à Curange.
Mantelius verse dans une nouvelle erreur lorsqu'il prétend que Louis de Bourbon transféra la Salle de Curange à Maeseyck, en 1457, et qu'elle y tint ses séances jusqu'à ce qu'un édit du 11 septembre 1469 la rétablit à son siège primitif (2). L'édit de Louis de Bourbon a une toute autre portée : il ordonne la réunion de la cour féodale de Maeseyck à celle de Curange. Voici, au reste, le préambule de ce docu- ment, qui confirme en tout point ce que j'ai exposé plus haut :
« Louis de Bourbon etc.. Comme nous sommes informés » par nos hommes de fief de notre comté de Looz , qu'il sont » d'avis qu'an comte de Looz peut tenir ses plaids en tout lieu » qu'il lutjsemblebon, et qu'il luy plait, et que du temps passé » et de nos prédécesseurs, on a vu que les plaids se sont » tenus en d'autres endroits qu'à Curenge et à Maseyck «etc. (3).
Le Prince Gérard de Groesbeek assista aux plaids tenus à
{1) JeandeS!avelot,p. 483.
(2) Borbonius prineeps Salam suam Curingianam, quibus nescio de causis, Masecam transfert : primusque ibidem procerum Lossensium celebratus con- ventus anno 1457, die 21 mensis Martii. Sed non diu post mutato consiliu sanctionem edit, an. 1469, die 11 Septeinbris, cujus missâ ad omnia ditionis Lossensis oppida vicosque celebriores copia, mandat, curiam suam feudaleiu non amplius Masecae, sed, uti prius, Curingke celebrari: necessariumque esse, ut eo homines feudales coëanl. Nec nisi duodecim annis Maseca il!o potita honore. (Mantelius. Hasseletum, p. 43).
7, Traduit du flamand en français, apud Louvrex. Recueils des édits, t. IV, p 114.
Curange le 22 mai, le 5 juin, le 19 juin et le 3 juillet lo76; son successeur, le Prince Ernest de Bavière, par décret du 2 1 février 1584, transféra a Hasselt la cour féodale, qui conserva néanmoins le nom de Salle de Curange (î).
Nous avons vu que, grâce aux soins du châtelain G. de Horion, le château de Curange pût encore servir, vers 4670, aux assemblées de la cour, mais il est â présumer que cette restauration ne fut pas de longue durée. Du temps de Robyns (1717) la Salle de Curange siégeait à Hasselt, ce qui subsista jusqu'à l'invasion française.
Camille de Borman.
i Robyns. Topdgraphia Lossc?isis< p. toi. — Il est probable que le décret d'Ernest de Bavière porte une date antérieure au 21 février, car la première assemblée fut tenue à Hasselt ce même jour, sans que le prince y assistât.
NOTICE
MGR JEAN ÉVANGELISTE DE ZAEPFFEL,
ÉVÊQUE DE LIÈGE (i).
Jean Évangeliste de Zaepffel , premier Évèque du nouveau diocèse de Liège, ou 1008 Évèque, si l'on suit l'ancienne chrono- logie, était issu d'une ancienne famille noble originaire d'Irlande . portant le titre de comte et depuis longtemps établie en France dans le village de Dambach , situé à 8 lieues S. 0. de Strasbourg. C'est là que naquit Jean Evangeliste, le 3 décembre 1736. Il se voua de bonne heure à l'état ecclésiastique auquel le portaient son
ii La gravure ci-jointe, lirée sur un cuivre donné à l'Institut archéologique Liégeois, par le regretté M. Dewandre, représente les traits de Msr J. E. do Zaepffel.
Un de nos membres associés, Monsieur i abbé O.-J. Thimister . a bien voulu, sur notre demande , nous donner les détails qu'on va lire sur la vie .de ce prélat. [Note du Comité de rédaction .
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goût et la piété héréditaire dans sa famille. Son mérite et ses capacités le firent bientôt nommer chanoine de la collégiale de S. Pierre-le-Jeune a Strasbourg. Il était proposé pour l'Évêché do cette ville, lorsque la révolution de 1789 éclata. Les événements qui suivirent brisèrent sa carrière en le forçant à quitter la France et à vivre à l'étranger. La conclusion du Concordat, signé à Paris le 15 juillet 1801 , ratifié par le Pape le 15 août suivant, el adopté comme loi de l'État par le Corps législatif français le 5 avril 1802, lui permit de rentrer dans sa patrie.
Le jour même de la ratification du Concordat, le Souverain Pontife, suivant les prescriptions de l'article III, adressa aux Evêques et Archevêques français, un bref pour réclamer d'eux la démission volontaire de leurs sièges, dans le but de faciliter la nouvelle circonscription des diocèses dans toute l'étendue du territoire de la République.
Le dernier Prince-Evêque de Liège, François-Antoine de Méa:\ ayant satisfait à la demande du Pape , le siège devint vacant et le diocèse, formé des deux départements de l'Ourthe et de la Meuse- inférieure réunis , fut rétabli par une Bulle de Pie VII en date du 27 novembre 1801. L'ancienne abbaye des Prémontrés ou Beaurepart fut désignée par le gouvernement pour le nouveau palais épiscopal.
Le 2 décembre suivant, le Cardinal-légat J.-B. Caprara, que le Pape avait envoyé à Paris pour faire exécuter le Concordat, publia la décision du Saint Siège qui mettait fin aux querelles entre les prêtres assermentés et non assermentés; il chargea M«r de Méan de lui rendre compte de son exécution. Le Prince, qui résidait alors à Erfurt , adressa le 23 mars 1802, au clergé de son diocèse, un mandement ayant pour objet le serment de haine à la royauté, qu'un certain nombre de prêtres avaient pensé pouvoir prêter d'après une décision prise dans une assemblée qualifiée de Confé- rence Ecclésiastique, tenue dans la salle du Chapitre de l'ancienne collégiale de S. Pierre, le 21 septembre 1797. Dans ce mandement
le Prince engageait les ecclésiastiques à souscrire la formule de soumission aux jugements du Pape.
La plupart des prêtres ayant signé la déclaration que réclamait d'eux le Souverain Pontife, le Cardinal-légat Caprara érigea le diocèse de Liège par un décret donné le 10 avril 1802, en vertu des pouvoirs qui lui avaient été conférés par la Bulle du Saint Siège, du 27 novembre 1801.
Napoléon Bonaparte, alors premier consul delà République, se hâta de nommer des titulaires à plusieurs Évêcliés et désigna pour le diocèse de Liège Mer J. E. de Zaepffel. Cette nomination fut faite le 30 avril 1802. En même temps une somme de 10,000 livres fut accordée au nouveau prélat pour couvrir les frais de son établis- sement (î).
Aussitôt après avoir connu son élévation au siège de Liège , Msr de Zaepffel se rendit à Paris, où le gouvernement l'appelait pour se mettre en rapport avec lui et y recevoir l'institution cano- nique du légat du Saint Siège.
Il fut sacré Évêque de Liège par Msr Jean-Armand de Roque- laure , ancien Évêque de Senlis, nommé Archevêque de Malines.
(i) Voici les termes de celte lettre : Conseil oVÉtat. Paris, le 10 floréal an X de la République,
(30 avril 1802.)
Le Conseiller d'État chargé de toutes les affaires concernant les Cultes. Au citoyen Zaepffel, nommé Évêque de Liège ,
Le premier Consul me charge, citoyen, de vous annoncer que vous êtes nommé à l'Évèché de Liège et que votre nomination est définitivement arrêtée. Vous voudrez bien m' accuser réception de la présente. — Le premier Consul m'autorise encore à vous dire qu'il vous accorde la somme de 10,000 livres pour frais de votre établissement. Cette disposition doit être connue de vous seul.
Je vous salue. Signé Portaus,
P. S. Vous êtes prié de me faire passer vos prénoms. — Les intentions du premier Consul sont que vous vous rendiez sans délai à Paris.
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Le prélat consécrateur était assisté de M8t Claude-Léopoldde Beysson, évêque de Namur et de M6r Brault, évoque de Bayeux. Cette cérémonie eut lieu le 7 juin dans la chapelle de Notre-Dame du Mont-Carmel, paroisse S. Sulpice à Paris.
Trois jours après son sacre, M** de ZaepfFel reçut la déclaration envoyée par le cardinal Caprara et que devaient signer tous les prêtres constitutionnels qui voulaient se réconcilier avec l'Eglise :
« J'adhère au Concordat et je suis dans la communion de mon » Évêque nommé par le Premier Consul et institué par le Pape. »
Après avoir passé quelque temps en France, le prélat fit ses préparatifs pour se rendre dans sa ville épiscopale. Il arriva à Liège, le jeudi 19 août 1802. Dès le 17 du même mois, M. de Rougrave, ancien vicaire-général qui avait administré le diocèse pendant la période révolutionnaire , avait publié un mandement pour faire chanter un Te Deum à l'occasion de la nomination de Napoléon Bonaparte au Consulat à vie (2 août 1802). Cette solennité fut fixée au 22 août, jour qui fut aussi choisi pour l'inauguration du nouvel Évêque.
Le lendemain de l'arrivée du prélat, M. de Rougrave invita tous les ecclésiastiques de la ville et des environs à se réunir à l'église S. Paul à 8 1/2 h. du matin , pour se rendre de là, en surplis, à l'hôtel où l'Évêque était descendu et former le cortège.
La cérémonie de son installation eut lieu le dimanche 22 août 1802 avec une grande pompe. Nous en empruntons le récit à une publication officielle du temps (î) malgré le style emphatique en usage à cette époque.
INSTALLATION DU CITOYEN ZAEPFFEL, ÉVÊQUE DU DIOCÈSE DE LIÈGE. « Le dimanche 4 fructidor an X (22 août 1802) à 6 heures du
i Mémorial administratif du département de l'Ourlhe, t. 2. p. 530 et suivantes.
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matin, des salves d'artillerie, le son de toutes les cloches rappel- lent au peuple la cérémonie religieuse et politique annoncée dès la veille ; à 8 heures la garnison a pris les armes ; ces drapeaux, qu'ont illustrés tant de victoires, décorent la marche des braves vers le temple du Dieu de la paix. Le peuple afflue au palais de la préfecture, au palais de la justice, au quartier général; il envi- ronne chacune des autorités qui se rendent près de l'évêque diocé- sain, il les précède lorsqu'elles accompagnent le prélat de son palais à la métropole.
Le cortège s'avance entre deux haies de grenadiers ; il est ouvert et fermé par des détachements de cavalerie; des escouades signalent les avenues du temple ; un bataillon est en armes sur la place, le tambour bat aux champs, des salves d'artillerie, des décharges de mousqueterie, le bruit des clairons, les accents d'une musique brillante étonnent, ravissent alternativement le peuple.
Le général divisionnaire, le Président du tribunal d'appel marchent aux côtés du Préfet.
Le Prélat sous un dais, est suivi d'un clergé nombreux, etc., etc. ; parvenu sous les portiques, le Prélat reçoit du Préfet les clefs de son église.
« L'autorité civile, l'autorité ecclésiastique vous rappellent à gouverner cette église, je suis heureux de le dire à notre clergé, à nos diocésains; vous remplirez votre grande mission.» — «Les clefs que vous me remettez au nom du gouvernement , je les garderai avec fidélité; en justifiant la conduite du Ier Consul , j'obtiendrai l'approbation du Saint Siège , la bénédiction de mes enfants. »
« Le Prélat donne l'eau bénite; le clergé a pénétré dans le Chœur. Les autorités civiles tiennent la droite, les autorités mili- taires les sièges à gauche; les ministres du culte occupent le chœur, les chapelles latérales, les nefs; un peuple immense se tient dans le reste de l'église.
Deux dais ont été disposés dans le sanctuaire ; un fauteuil convenablement décoré est occupé par le citoyen Loison , oncle du
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général, désigné évêque de Bayonne. Le Préfet, le général, le
président du Tribunal d'appel se placent sous le dais qui s'élève du côté de l'Évangile ; le secrétaire-général (Gaillard) est en avant. Le Prélat s'assied prés de l'autel pour entendre la lecture : 1° de la Bulle qui lui donne l'institution canonique ; 2° du procès-verbal du serment qu'il a prêté dans les mains du Ier Consul, ensuite de l'arrêté qui le nomme évêque du diocèse de Liège; 3" de la procu- ration donnée par l'archevêque métropolitain à l'effet de procéder à son installation. Après que le notaire Piette a terminé cette lecture, l'abbé Bellefroid, fondé de pouvoir, présente l'encensoir au Prélat , le conduit sous le dais qui lui est destiné et prononce un discours analogue à la solennité.
Le sujet du discours est le rétablissement du culte de la grande majorité de la nation, qui est au premier rang des bienfaits de l'homme à qui la France est redevable de tant et de si grands bienfaits. L'orateur proteste de la soumission du clergé aux lois de l'Etat; le clergé maintiendra de tous ses moyens l'ordre social et fera respecter la puissance établie par la volonté de celui de qui tout émane.
Les principes de Zaepffel , les dispositions manifestées par ses collaborateurs sont les garants de ces promesses; personne ne sau- rait résister ù l'ascendant de l'exemple , a l'autorité du Souverain- Pontife , au besoin de sa propre conscience. Le clergé est assuré de la protection de Bonaparte.
Le Prélat revient à l'autel; il expose avec dignité ses senti- ments, ses vues, son affection pour des devoirs dont il parle en Père de l'Eglise, dont il mesure l'étendue en homme d'Etat; il encourage à la confiance les ministres qu'il appelle ses frères, il les adjure de rester unis, de rester fidèles au gouvernement qui , de concert avec la puissance ecclésiastique, a rendu à la religion le lustre qui lui est propre; les guerriers qui ont étonné le monde et conquis la paix, il les invite a mériter aussi des lauriers impéris- sables.
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Il a compté, ce Pontife citoyen, sur l'appui, le concours et les exemples des autorités qu'il voudra toujours seconder dans leurs efforts pour le bonheur public; il porte dans son cœur le peuple généreux â qui il a volontiers consacré sa vie sous les auspices du héros, si grand dans les périls de la guerre , plus grand dans ses méditations pour le bonheur du monde.
Revêtu de ses habits pontificaux, le Prélat célèbre la messe; il chante le premier les prières solennelles pour la République et pour les consuls; le premier il chante l'hymne de la reconnaissance; toutes les voix lui répondent, pareeque tous les cœurs sont en harmonie.
Le Prélat reconduit dans son palais , exprime aux diverses autorités, dans la personne de chacun des chefs, sa sensibilité pour des attentions qui déjà ne sont plus données seulement à la dignité.
Après la cérémonie les autorités se rendent au temple de la Victoire (S. Martin) pour la distribution des prix aux élèves de 1 école centrale de l'Ourthe. Zaepffel y prit part et y prononça une homélie.
Les salles et les cours de l'Évêché sont pleines de diocésains qui viennent contempler leur Évêque et le féliciter.
Le soir de cette solennité , un banquet splendide réunit à la table du maire Bailly le nouvel Evêque, le Préfet du département de TOurthe Demousseaux , le général de division commandant la 25me division militaire,, dont Liège était le chef-lieu, les chefs des corps militaires, les présidents des tribunaux, etc., etc., etc. »
Mer de Zaepffel se mit aussitôt à l'œuvre avec la plus grande activité pour procéder à l'organisation de son vaste diocèse. La révolution n'avait laissé après elle que des ruines; il fallait tout rétablir ou plutôt tout créer, tant par rapport aux affaires spiri- tuelles qu'aux intérêts matériels. Le premier acte qu'il posa en qualité de chef du diocèse, fut le maintien de M. deRougrave, comme vicaire-général, par un décret daté du 28 août. Ce savant
ecclésiastique avait déjà été appelé à celte dignité en 1772 par le Prince-Évêque de Velbruck et en avait rempli les fonctions depuis celte époque et pendant les tristes temps qui suivirent l'invasion française.
Après avoir pris quelques jours de repos , l'Evêque se rendit à Maestricht, où la population lui fit l'accueil le plus cordial. 11 y fut reçu solennellement le 11 fructidor suivant (29 août). Un beau cortège composé de prêtres et de fonctionnaires le conduisit à l'église de S. Nicolas où il officia pontificalement. Il y prononça un discours pour exhorter à l'union et à la concorde et exposer sa mission apostolique. Le soir de splendides illuminations témoignè- rent de la joie des habitants. Les jours suivants l'Evêque visita les églises de la ville ; l'ancienne collégiale de S. Servais fut l'objet de son attention toute particulière.
Ayant séjourné à Maestricht jusqu'au 15 fructidor (2 septembre) l'Evêque se rendit à Tongres , puis revint à Liège.
La présence de Msrde Zaepffel dans cette dernière ville, produisit les plus heureux résultats; il sut bientôt se concilier tous les partis. Trois semaines après son installation , le Mémorial Administratif du département de l'Ourthe appréciait en ces termes l'impression qu'il avait déjà produite :
« Notre Evêque recueille de toutes parts les plus douces récom- penses. Il n'a pu se rendre à l'impatience affectueuse de ses diocésains que depuis trois semaines, et les pasteurs sont réunis, les souvenirs des divisions religieuses s'effacent. Quels ont été les moyens d'un succès aussi rapide? La sagesse a tout fait : accueillis avec une égale affabilité , dispensés , tous . de s'expliquer sur le passé , admis, sans extension comme sans réserve , à donner , tous, un même gage, un gage unique de leur fidélité aux deux pouvoirs, rappelés dans chacun des entretiens du prélat à l'obliga- tion de donner aux peuples l'exemple des vertus sociales, de se chérir, de s'honorer réciproquement, les pasteurs ne savent plus s'ils ont professé des opinions différentes.... L'une des maximes les
plus familières du prélat, est celle-ci : Le prêtre est né citoyen; celui-là méconnaîtrait ses devoirs et insulterait également aux deux autorités, qui séparerait les intérêts et les vues de la religion des vues et des intérêts de l'Etat, (i)„. »
L'Evoque voulut aussi voir par lui-même tous les établissements de bienfaisance de la commune. Cette visite eut lieu le 28 fructidor (15 septembre).
Le 10 vendémiaire an XI (2 octobre 1802) un arrêté du préfet le nomma membre de toutes les administrations de bienfaisance du département.
Quelque temps après son installation définitive, de Zaepffef s'occupa de l'organisation des paroisses, des succursales et des cha- pelles auxiliaires de son diocèse, en s'entourant de tous les rensei- gnements nécessaires à ce travail. Puis , il se mit en route , le 27 vendémiaire suivant (19 octobre 1802) pour commencer sa tournée épiscopale et administrer le sacrement de confirmation dont ses diocésains avaient été privés depuis plusieurs années. Il se rendit d'abord à Flône et visita l'établissement où l'abbé Paquot nourris- sait à ses frais 300 malheureux; les chronogrammes suivant rap- pellent le souvenir de cette visite :
Le DIX neYf oCtobre FLône se reIoVIt DV bonheYr D'y VoIk Iean ZaeitfeL son éVèqYe. IL aIMe Le bon aCCorD.
DILeCto epIsCoPo ZaepffeL honor et aMqr. aLMa paCe CLero DIgne praesIt.
GeerstesteM bIsCiiopf ZaepffeL ertheILe gott
Das Langste Leben. er Ist eIn sChafer DeM sChafe gern gehorChen. VIVat !
(i) Numéro 71 : - 26 fructidor an X (13 scpfpmbre 1802 page 572
11 partit le même jour pour Huy accompagné du sous-préfet du département qui était venu à sa rencontre avec le maire et son adjoint.
Le prélat parcourut ainsi tout son diocèse et retourna à Maestricht le 12 novembre; après avoir passé 10 à 12 jours dai:s le département de la Meuse inférieure, il revint à Liège et publia sa première lettre pastorale le 20 du même mois.
Dans cette pièce, il constate avec bonheur l'extinction totale des dissensions religieuses, et se félicite de l'union qui régnait entre le peuple et le clergé et du rétablissement du culte. S'adressant ensuite aux ecclésiastiques, il réclame leur concours pour l'œuvre à laquelle ils doivent travailler en commun, et leur rappelle que c'est au premier consul que la religion est redevable d'être rentrée dans ses droits et dans le libre exercice de son culte.
L'Evêque termine en annonçant qu'il a choisi l'ancienne collé- giale de S. Paul pour cathédrale du nouveau diocèse, l'ancienne cathédrale de S. Lambert étant détruite.
Le travail de la nouvelle organisation des paroisses, des succursales et chapelles auxiliaires du diocèse fut achevé au mois d'avril de l'année suivante, et soumis au gouvernement qui l'approuva le 'J floréal an XI (29 août 1803).
Tout en s'occupant avec zèle de celte organisation, pour satis- faire au contenu de l'article IX du Concordat, Mer de Zaepffel porta aussi toute son attention sur les intérêts matériels de sa nouvelle cathédrale ; cette tache ardue et difficile fut confiée à M. Barrett, qui s'en acquitta avec un dévouement digne d'éloges. On comprend aisément l'importance de ce travail et l'influence qu'il devait exercer sur les affaires spirituelles; en effet, l'église manquait de tous les objets nécessaires au culte , à tel point , qu'on fut plusieurs fois sur le point de la fermer, parce qu'on ne pouvait *aire face aux dépenses les plus indispensables. Les pillages et les profanations qu'elle avait subis, l'avaient mise dans l'état le plus déplorable; les Français l'avaient transformée en magasin et eu
boucherie; les verrières étaient presque toutes brisées, le plomb qui fixait les vitraux ayant été enlevé pour couler des balles ; la grande et magnifique verrière qui éclaire le bras droit du transept resta heureusement presque intacte ; plusieurs cloches avaient été brisées et vendues , le pavé enfoncé ; 1 église présentait l'aspect de la désolation la plus complète lorsqu'elle avait été remise à la dispo- sition du clergé. 11 fallait donc, avant tout, la pourvoir de ce qui lui manquait, la réparer et faire disparaître les traces de la tourmente révolutionnaire; on ne pouvait pour cela compter que sur ses propres ressources, puisqu'on ne devait attendre aucun secours du gouvernement qui croyait avoir assez fait en rendant au clergé les édifices religieux tels que la révolution les avait laissés.
Le 14 mai suivant, un décret de M$T de Zaepffel éleva au rang d'église cathédrale l'ancienne collégiale de S. Paul, que désignaient suffisamment à cet effet, sa grandeur, sa beauté et sa position au centre de la ville. Elle fut érigée sous le titre de l'assomption de la Ste. Vierge , de la conversion de S. Paul, et de S. Lambert et désignée pour le siège de l'Evoque, de deux vicaires généraux el de huit chanoines séculiers, auxquels le traitement accordé par le gouvernement servit de dotation. Ces huit chanoines formèrent le nouveau chapitre cathédral dont l'installation solennelle eut lieu le 18 mai suivant.
Le reste de l'année 1802 fut employé tout entier à ces détails et aux soins que réclamait le nouvel état des choses.
Le traité de paix signé à Amiens le 25 mars 1802, fut bientôt suivi d'une déclaration de guerre de l'Angleterre à la France le 18 mai 1803; les hostilités recommencèrent avec fureur sur terre et sur mer. Les \nglais dominaient sur ce dernier élément; mais le continent leur échappait entièrement. Aussitôt après la déclaration de guerre, les armées Françaises s'étaient emparées du Hanovre, possession Anglaise sur la terre ferme. Bonaparte parcourait la Belgique dont la conservation était alors d'une extrême importance pour la France ; il visitait les côtes et les places fortes. Le 13
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thermidor an XI (lundi 1 août 1803) il arriva à G heures du soir de Maestricht à Liège par le quai S. Léonard. Il fut reçu avec enthousiasme par le clergé ayant l'Evêque à sa tête, les autorités et le peuple. Le lendemain malin il parcourut les ruines du faubourg d'Amercœur bombardé et incendié les 28, 29 et 30 juillet 1794- lors de la retraite des Autrichiens. Puis il visita la ville et alla voir la citadelle et le champ de bataille de Rocour (11 octobre 1746); le 15 thermidor (3juillet) il quitta Liège par la porte d'Avroy; le môme jour on publia un décret par lequel il accordait une somme de 300,000 francs pour la reconstruction du faubourg d'Amercœur payable de la manière suivante : — 1° Cent, mille francs sur le trésor public, dans le mois de fructidor an XI (du 19 août au 18 septembre 1803) — 2° Cent mille francs , pris sur la valeur du trésor de S. Lambert qui se trouvait à Hambourg, vcrsables dans la caisse municipale de Liège avant le 1er germinal , an XI (22 mars 1804) — 3° Cent mille sur les octrois de Liège payables en deux termes, savoir : 50,000 en l'an XII (du 24 sep- tembre 1803 au 22 septembre 1804) et 50,000 en l'an XIII (du 23 septembre 1804 au 23 septembre 1805) — Ainsi un tiers de la somme était encore fourni sur les biens ecclésiastiques.
Le 16 août, môme année, fut dressé l'instrument de l'érection de S. Paul en cathédrale et le lendemain 17 août, eut lieu le premier Chapitre général.
Le lundi 19 septembre suivant Msr de Zacpfl'el procéda solen- nellement à la réconciliation de la cathédrale qui avait été fermée définitivement le 12 nivôse an XI (1 janvier 1798), le môme jour que l'église S. Jacques.
La fin de cette môme année 1803 fut signalée par un événement qui remplit de joie le cœur de tous les vrais Liégeois. Le lundi 26 décembre 1803, le précieux buste de S. Lambert, monument, de la piété et de la libéralité d'Erard de la Marck, revint enfin de Hambourg a Liège, avec les reliques des autres saints patrons du diocèse. Ces objets précieux furent déposés dans l'église de S.Nicolas-aux-Trez.
Le même jour, M«r de Zaepflel publia un mandement pour annoncer à ses diocésains l'heureux retour des reliques vénérées de leur S. Patron, et inviter tous les prêtres à assister à la fête de leur translation dans la nouvelle cathédrale. Pour la rendre plus solennelle, il accorda une indulgence plénière à tous les fidèles qui se confesseraient et communieraient dans la cathédrale, le 1er janvier 1804, et y prieraient pour l'exaltation de notre Mère la Sainte-Eglise et en vue des intentions du Saint-Père, ainsi que pour la conservation des jours du Ier Consul. Le mandement se terminait par le règlement de la solennité, fixée au 1er janvier 1804 (10 nivôse an XII).
Aussitôt après l'arrivée de ces restes illustres, M«r Zaepffel en fit faire une reconnaissance et dresser le procès verbal.
Le 30 décembre l'Évêque écrivit au ministre des cultes Portalis pour demander que le gouvernement payât les frais et les indem- nités dues pour les caisses rapportées de Hambourg par le voiturier J. G. Petit Jean. Ces caisses, au nombre de six, contenaient les reliques des Saints et les débris du trésor de S. Lambert restitués a la nouvelle Cathédrale. Les frais de route s'élevaient à 2,280 francs. Un mois après, le 30 janvier 1804, Portalis répondit que « le gouvernement avait décidé que le montant des objets livrés à Hambourg pour le service de la marine , serait remboursé, mais que ce service étant extrêmement surchargé par les circonstances présentes, on ne peut prévoir le moment où il lui sera possible de payer les effets qui lui ont été cédés d .
Pour compléter cette réponse , nous ajouterons que le trésor de S. Lambert, ayant été saisi à Hambourg comme nous l'avons dit, par les commissaires de la République qui accompagnaient les armées , fut vendu , en grande partie d'après les ordres de Bonaparte, alors premier Consul, par le commissaire Lachevadière. La vente produisit près d'un million et demi, qui fut appliqué aux besoins de la marine. Après la signature du concordat et le réta- blissement du culte, Bonaparte fit délivrer à la Cathédrale une
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reconnaissance d'un million à payer sur le trésor de l'Etat; mais cette dette ne fut pas acquittée pendant la période impériale. Lors de la chute de Napoléon, le Chapitre s'adressa à la commission de liquidation établie à Paris par les Souverains alliés, pour connaître les dettes de l'Empire, afin d'obtenir le payement de cette créance. Sa demande si juste fut repoussée. Plus tard, après la réunion de la Belgique à la Hollande , de nouvelles instances furent faites auprès du gouvernement Hollandais, mais sans plus de succès. Il refusa nettement de reconnaître et de payer cette créance. La spoliation fut ainsi complète !
En exécution du mandement de M&r de Zaepfïel , la cérémonie de la translation du buste de S. Lambert et des reliques des Saints, eut lieu le 1 janvier 1801 (10 nivôse an XII) à 10 heures du matin. Elle avait été annoncée la veille par le son des cloches de toutes les églises.
Le clergé de la ville et des faubourgs se réunit a la Cathédrale où se trouvaient aussi les magistrats , les autorités civiles et mili- taires. Le cortège s'étant formé, se dirigea vers l'église de S. Nicolas- aux-Trez précédé de la musique des régiments en garnison à Liège; un peuple immense accompagnait la procession.
Six chanoines capitulaires portèrent la chûsse de S. Lambert; le buste fut confié à six chanoines honoraires. L'Evêque suivait avec le reste du clergé. Au retour les reliques furent déposées sur trois autels dressés au centre de l'Eglise pendant qu'on chantait l'antienne Lœtare. M*T de Zaepffel célébra ensuite une grand- Messe Pontificale à laquelle se trouvèrent présents le Préfet , le secrétaire-général du Département et les autorités. Elle fut suivie du Te Deum. Ces reliques qui étaient celles des Saints Pierre, Andolet, Materne, Théodard etFloribert, de sainte Madelberte, etc. restèrent exposées à la vénération du peuple, le reste du jour et les deux dimanches suivants.
Les frais du transport des reliques et du buste furent faits par MM. d'Oultremont de Warfusée qui avancèrent généreusement
à cet effet la somme de 60 louis, tant était grande encore à cette époque la pénurie d'une Eglise choisie pour Cathédrale d'un vaste diocèse.
Le 9 janvier on dressa le procès- verbal de la reconnaissance des reliques de S. Lambert et des autres Saints. Le 15 du même mois, dernier jour de l'exposition de ces précieux restes, une procession solennelle eut lieu dans l'église. Le buste de S. Lambert y fut porté par 6 chanoines capitulaires, et le doyen du chapitre , M. Vlecken, donna lecture du procès verbal de la reconnaissance du corps de S. Lambert.
L'année 1807 fut marquée par le rétablissement du Séminaire de Liège, supprimé depuis 1797 ; Msr de Zaepffel avait surtout en vue de combler les vides existant dans les rangs du clergé dont le personnel était devenu insuffisant pour les besoins du culte. Il annonça cet événement important pour la religion et l'avenir du diocèse, par un mandement daté du 18 mars.
Il eut aussi la gloire de concourir à la conservation de l'un des plus beaux monuments religieux de la Belgique : nous voulons parler de la magnifique église abbatiale de S. Hubert en Ardenne, dépendante du diocèse de Namur. Cette célèbre église, vendue le 10 octobre 1797 au sénateur français Jean Barthélémy Lecouteulx-Canteleu, avait été cédée par lui, le 20 mars 1807 à M. Pierre Bouques propriétaire à Paris. Elle était menacée de destruction par le nouvel acquéreur, lorsque plusieurs habitants de S. Hubert, notamment MM. Zoude et Doutreloux résolurent de faire tous leurs efforts pour sauver ce beau monument; mais leur zèle dépassant leurs ressources ils étaient sur le point d'échouer quand ils eurent la pensée de s'adresser à M^r Pisani de la Gaude évêque de Namur. Adoptant avec bonheur cette idée pieuse , M«r Pisani engagea les fidèles à fournir les sommes nécessaires au rachat, et s'associa les évêques de Gand, d'Aix-la-Chapelle et te Chapitre métropolitain de Malines qui firent faire des collectes dans toutes les églises de leurs diocèses respectifs. Il s'adressa aussi à
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M«r Zaepffel le 26 juin 1807. Le prélat, s'empressa de répondre à cet appel et prescrivit des collectes dans son diocèse par décret du 27 juillet. On parvint ainsi à rassembler les sommes nécessaires pour récupérer l'église et la mettre en état de servir au culte. Le 7 juin 1808, l'acte du rachat fut signé et l'église conservée à la religion et aux arts. Le diocèse de Liège, grâce à l'évoque Zaepffel, iigura pour une partie importante dans les sommes recueillies.
Bientôt après il eut l'occasion de s'honorer par un acte d'huma- nité en faveur de l'une des villes de son diocèse. Le 21 août 1807 un incendie éclatant dans une maison du Vieux-Spa , gagna les habitations voisines et en deux jours réduisit en cendre 195 maisons et 154 bâtiments et hangars; la perte dépassa un million de francs et 276 familles se trouvèrent sans ressources.
Deux jours après ce sinistre Msr de Zaepffel publia un mande- ment pour ordonner des collectes dans son diocèse au profit des malheureux incendiés. « N'oublions pas, dit-il, que Dieu a prescrit d'avoir toujours la main ouverte aux besoins de nos frères pauvres et sans ressources; de faire l'aumône de notre bien et de ne pas détourner notre visage d'aucun pauvre, afin que le Seigneur ne détourne point non plus son visage de dessus nous. N'oublions pas non plus, que celui qui fait la charité aux pauvres, prête au Seigneur à intérêt et qu'il lui rendra ce qu'il a prêté ; que celui, au contraire, qui ferme l'oreille aux cris du pauvre criera lui-même et ne sera point exaucé. »
Depuis quelque temps déjà la santé de Msrde Zaepffel déclinait sensiblement; son âge avancé et les fatigues du ministère pastoral et de l'administration d'un vaste diocèse achevaient d'épuiser ses forces. 11 voulait cependant encore tout faire par lui-même ; le li septembre 1808, il put de plus notifier à son clergé le message que l'Empereur adressa au sénat le 4 du même mois pour lui faire connaître ses intentions à l'égard de l'Espagne.
A partir de ce moment, la maladie fit des progrès rapides, et bientôt s'évanouit tout espoir de sauver le vénérable Prélat, Le 10
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octobre suivant, le vicaire-général Henrard ordonna de célébrer, le 12 courant, une messe spéciale dans la Catbédrale et dans toutes les Eglises de la ville et des faubourgs; cette messe devait être suivie des prières de XL heures et terminée par la procession avec le Saint Sacrement. Le lendemain 11 , l'Evêque reçut l'extrême onction et le saint Viatique des mains du doyen, en présence des membres du chapitre et du clergé, avec les sentiments de la plus profonde piété et mourut le 17 octobre vers 2 heures de l'après midi âgé de 72 ans. La première absoute eut lieu ie lendemain au palais épiscopal. Le jour de la mort du Prélat, M. H. Henrard fut nommé vicaire général capitulaire et le siège déclaré vacant; M. Vlecken , doyen du chapitre, les chanoines Aubée, J. A. Barrett , et Bertrand, curé de S. Martin, (î) lui furent adjoints comme conseillers. Cette perte si regrettable fut notifiée le même jour par le vicaire-général à tons les prêtres du diocèse.
Après avoir rendu an Prélat défunt tous les honneurs qui lui étaient dus comme chef du diocèse, baron de l'Empire et membre de la Légion d'honneur, son corps fut embaumé.
Le 19, le Chapitre écrivit au ministre des cultes , Bigot de Préameneu , et au ministre de la guerre , le comte Clarcke- B'Hunébourg, petit neveu de l'Evêque pour les informer de la mort de Zaepffel et demander l'autorisation de pouvoir l'inhumer dans le chœur ou dans une chapelle de l'Eglise. La réponse faite le 24 était négalive; le gouvernement répondit que le décret du 12 juin 1804 défendant d'inhumer dans les églises, chapelles, temples, hôpitaux, etc., etc., ne comportait aucune exception.
Après la cérémonie funèbre qui eut lieu à la Cathédrale le 4 novembre suivant en présence du clergé, des autorités civiles et militaires et du peuple, le cortège se dirigea vers Lexhy (canton de Hollogne-aux-Pierres) où le corps de M*r de Zaepffel fut inhumé
i Église alors r< nd : ai
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le lendemain dans la chapelle du. château dédiée, à Stc Ode; son tombeau est placé entre deux pierres tumulaires recouvrant les restes de deux chapelains de Lexh y.
Monseigneur de Zaepffel laissa après lui une mémoire vénérée de tous; Evèque pieux et instruit, il fut administrateur actif et éclairé.
Voici en quels termes la Gazette de Liège du samedi 5 novembre 1808, rend compte de la cérémonie funèbre.
« Le 3 novembre à 11 heures, toutes les autorités civiles ei militaires se sont réunies au clergé de la cathédrale et de la ville pour assister aux prières et aux cérémonies de l'église pour la sépulture de feu Msr Jean Evangéliste Zaepffel , évoque de Liège.
» Ce vénérable Prélat né a Dambach, le 3 décembre 173G se livra dès sa jeunesse à l'étude de la religion et des belles lettres.
» Doué des plus rares qualités de l'esprit et du coeur, il fit des progrès rapides dans les sciences ecclésiastiques, fut successive- ment promu dans le diocèse de Strasbourg à différents emplois aussi honorables que difficiles; il s'en acquitta avec cette droiture, cette sagacité et ce zèle pour la discipline de l'Eglise, qui l'ont toujours si éminement distingué.
» Un mérite aussi éclatant ne put rester ignoré ; il fut nommé à l'évêché de Liège par Sa Majesté Impériale et canoniquement institué dans le diocèse, dont il prit possession solennelle le 22 août 1802.
» Dès lors, quels furent ses soins, ses veilles, ses travaux pour réparer les maux que la religion avait souffert pendant dix ans de révolutions! Il sut tellement se concilier les esprits par sa fermeté et sa sagesse, que les dissensions et les troubles qui avaient agité et désolé le diocèse cessèrent dès le premier mois de son épiscopat.
» 11 sut gagner la confiance et l'amour des grands et du peuple par sa douceur et sou affabilité. Il fut toujours le père et le protecteur de son clergé.
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» Enfin, plein de mérites devant Dieu et devant les hommes, consumé plus par un travail assidu et sans relâche que par l'â^e ou la maladie, il termina sa carrière le 17 octobre, après avoir reçu publiquement et avec la piété la plus édifiante le Saint Viatique et l'extrême onction en présence du Chapitre et du clergé de la Cathédrale. »
L'office des morts eut lieu à l'église cathédrale de S. Paul le 19 janvier et la messe solennelle fut chantée le lendemain à 10 heures.
TOMBES LIÉGEOISES A CHARLEVILLE.
La présence dans cette cité française de deux pierres tumu- laires provenant de Liège, fût révélée en 1857 à nos archéo- logues, par feu M. Masson, adjoint au maire de Charleville et auteur des Annales ardennaises.
Nous croyons n'être pas indiscret en donnant ici un extrait de la lettre qu'il adressait a cette époque à notre savant con- frère M. Polain.
« Lors de la démolition a Liège d'églises supprimées, un » maître batelier rapporta à Charleville deux pierres sépul- » craies et il les remit à un tanneur qui les employa dans son » établissement pour la confection des cuirs.
» La maison où était la tannerie ayant été vendue à un » riche propriétaire, M. Lolot, et étant devenue une demeure » d'agrément, les marbres de Liège furent relevés, nettoyés, » réparés et placés dans le parc sous deux dômes , sortes de » chapelles où les curieux vont les voir et admirer leurs » sculptures.
» L'une de ces pierres a sur sa surface un évêque avec ses » habits pontificaux : mître en tête et crosse retenue sur la
)> poitrine par les mains jointes
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» Ce monument est désigné sous le nom de Sl-Lambert
» Est-ce bien S'-Lambert ou quel autre évoque de Liège » pourrait-il représenter?
» Sous le second dôme est l'autre marbre représentant un » abbé mîtré avec des ornements de bon goût, de bon style » et portant une inscription... »
Depuis cette époque , ces deux œuvres d'art furent consi- dérées comme devant avoir abrité les restes mortels de deux abbés du monastère des bénédictins de Sl-Jacques à Liège : Olbert Ier, fondateur de cette maison en 1019, et Jean de Cromois, élu 38e abbé en 1506.
Naguère , le Président de l'Institut archéologique Liégeois , visita ces monuments , les cita dans ses Tablettes , nous enga- geant à les voir et les dessiner. Notre visite y fut des plus agréables, grâce a l'obligeance extrême du propriétaire M. Roulez, juge au Tribunal de Charleville, qui a daigné nous faire les honneurs de sa maison avec toute l'urbanité qui le distingue.
Disons aussi que ce digne magistrat a entouré des soins les plus intelligents les monuments dont il s'agit. Nous les avons trouvés tels que les a décrits M. Masson, incrustés sous deux édicules dans les solides murailles de clôture du parc.
La pierre de Cromois qui nous paraît la plus ancienne, est en marbre noir et mesure 2 mètres 78 cent, de haut sur 1 mètre 67 de large.
Son style est de la plus belle renaissance ; elle est entière- ment couverte d'arabesques dessinées avec une élégance raphaelesque et sculptées avec un fini d'exécution remarquable. L'ensemble de l'ornementation se compose d'une niche a coquille, flanquée de pilastres dont deux en saillie et deux demis en retrait. Les piédestaux en sont carrés; les chapiteaux,
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d'une belle fantaisie, sont ornés d'une frise très-riche que cou- ronne un tympan arqué. Le tout est surmonté de trois anges, un petit au sommet et deux aux côtés , assis sur des dauphins.
Tous les champs de cette architecture sont ornés avec une grande magnificence d'enroulements de feuillages , de groupes d'oiseaux, de fruits, de vases, de mascarons, de satyres, d'anges, de génies, etc., ciselés avec recherche. Entr'autres figures on remarque dans le milieu de la frise un cadre circulaire où se voit Dieu le Père tenant le monde d'une main et bénissant de l'autre.
Au milieu de la niche l'abbé de Sl-Jacques , est debout dans son riche costume de cérémonie, la tête appuyée sur un coussin et les pieds posés sur les ailes d'un ange qui semble le porter.
Le costume se compose d'une soutane , d'une étole brodée , d'une aube ouvragée et d'une dalmatique à grands feuillages et à collet. Au bras gauche pend le manipule. Les mains gantées sont ornées au dos d'une broderie circulaire et portent de nombreux anneaux. Ceux de la droite se voient au pouce, à la seconde phalange de l'index et au majeur; ceux de la gauche au pouce, à la troisième phalange de l'index, à la seconde du majeur et à l'annulaire. Les anneaux des pouces sont volumineux et à gros chatons.
La crosse que retiennent les bras croisés, a une hampe ornée de nœuds nombreux et de petites guirlandes en torsade espacées par des filets. La base de la volute est composée de niches disposées en hexagone et contenant des figures de saints. La crosse proprement dite porte au centre la Vierge et l'enfant Jésus sortant d'une fleur, le front entouré de rayons; cette pièce porte en outre une draperie retenue par une agrafFe.
La naître de l'abbé est ornée de perles et d'enroulements de feuillages où se voient les bustes , à droite de St-Jacques , à
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gauche de St-André ; la bordure du front reproduit dans son milieu la face du Sauveur.
La base de chacun des pilastres principaux contient dans sa sortie une inscription. Celle à droite du personnage dit:
Joannes Curvimosanus Abbas trigesimus octavus; celle de gauche: Nobis creptus est a Virginia partit- 1525.
Autour de la tombe, au bord extrême, dans tous les sens et en relief, sont les vers suivants :
Curvimosane , decus, flos, gloria religionis, Siccinenos orbas, hic situs ante diem?
Omnis te sexus , aetas , ordoque requirit , Flagitat et pat rem Legia Ma suum.
Extinctus vives , domus haec te sacra loquetur, Anspicio cajus tant bene strueta nitet.
On voit que l'inscription attribue à ce prélat l'érection ou plutôt l'achèvement de St-Jacques la merveille de Liège ; ce qui confirme la notice de Bec de Lièvre disant :
» L'on doit aux soins et au zèle de cet abbé l'achèvement » complet de l'église de cette abbaye.. » (1)
Saumery ajoute que la discipline monastique « était en un » grand éclat pendant son administration dans l'abbaye de St- o Jacques. »
Suivant la liste des abbés, de Cromois y siégea de 1506 à 1525.
(l) La magnifique verrière qui forme la fancette dn milieu du chœur, est ur; don de Jean de Cromois. Ce vitrail de S. Jacques est le plus beau spécimen de peinture sur verre qui existe encore dans notre cilé liégeoise.
' \,< ■■ \. Histoire dt '" peinture sur verre. 2e partie, p. 68.
E. M 0. D
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L'auteur des Délices du Pays de Liège est le seul peut-être de nos écrivains qui ait cité la tombe qui nous occupe ; voici comme il s'exprime en décrivant l'église de S'-Jacques, t. I, p. 169.
« Les curieux qui ont du goût pour les pierres sépulcrales, » peuvent trouver en ce temple de quoi le contenter. Dans le » grand nombre, ils en verront trois qui sont dignes de leur » attention. Celle d'Olbert, premier abbé, celle de Cromois et » celle de Balis.
» La seconde est d'un goût et d'une beauté à satisfaire les » plus critiques. Ce qui signifie que la pierre sépulcrale de » l'abbé de Cromois est unique en son espèce. »
L'examen de l'œuvre confirme cet éloge.
Disons en passant que la traduction de Cromois par Curvi- mosanus nous révèle une célébrité liégeoise. Ce nom de Coron Mouse est porté par une partie du quai Sl-Léonard. (i)
La seconde tombe est plus grande encore que la première ; sa hauteur est de 2 mètres 92 centimètres sur lm53 ; elle est en pierre bleue à grain serré. L'ensemble offre une niche plein-cintre, à fond élégamment décoré d'arabesques, de draperies et de tapis ouvragés. Elle s'ouvre par deux pilastres ornés de termes grotesques, coiffés de chapiteaux. Leurs bases couvertes de capricieux détails sont surmontées de cartouches a inscription, grecque à droite AroBAErE teaon, latine à
(îjLemoteoro/tsignifie en wallon leboutja fin d'une chose; mais dans Coron- mouse c'est le flamand Crom ou Krom, courbe ou courbé, la Meuse y faisant un coude. On a dû faire un peu de violence à Voi dans Cromois pour découvrir dans ce mot une syncope de Coronmouse ou meuse. Cromois pourrait bien n'être lui-même que Crommaes défiguré par la prononciation.
(St. Bj
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gauche Neme preteri, qu'on peut traduire par : priez- pour moi. (i) Sur la corniche, aux angles externes, sont debout deux petits génies tenant des flambeaux renversés. Plus haut deux anges plus grands et drapés portant des palmes , déposent des cou- ronnes de lauriers auprès d'un écusson aux armes de Bavière .surmonté d'une heureuse ornementation.
Toutes les moulures et frises sont ornées avec une grande variété de rinceaux et de guirlandes de fleurs et fruits.
Le personnage qui se voit au milieu de cette belle pierre est représenté dans toute la dignité et la pompe d'un prince de l'Église.
Sa stature est bien prise, élancée; debout, les mains jointes, il semble prier.
La mître est moins riche que celle précédemment décrite , mais la crosse retenue par le bras gauche est très-belle : sa volute richement ciselée et très-régulière porte au centre un globe sur lequel est debout la Vierge.
Le costume se compose d'une soutane garnie d'une frange
(i) Il est peut-être bon de faire remarquer que, dans cette inscription lapi- daire, on a affecté la forme antique du n grec qui ne descendait pas son second jambage jusqu'au pied de la lettre , mais ressemblait beaucoup au r capital do nos impressions , par lequel on l'a représenté ici à défaut d'une lettre propre. 11 faut donc lire (je reforme en outre les mots) : AIIOBA EIIETEAONou on lettres cursives : ùttcox tVErtAoo», car le dernier o a aussi remplacé soit un » soit un a. Dans le dernier cas ils faudrait lire «Vo'©« i^triXcov et traduire : partez en achevant (ayant achevé votre offrande). Dans Ne me preteri on a également mis un e pour un ae. Ces mots qui signifient à la lettre : ne me passez (négligez) pas, répondent à la formule si connue : S/a ou Sisle viator ; mais ils n'arrêtent pas 1p passant pour satisfaire sa curiosité, ils ne lui demandent qu'une prière.
[St. B.
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recouverte de l'étole ; on croit y entrevoir une seconde tunique; par dessus est l'aube sur le bord de laquelle on lit ces mots : Esto fidelis usque ad mortem.
Le bras gauche porte le manipule, le gant droit deux anneaux, l'un à l'index l'autre au majeur.
Au dessus du tout est la dalmatique brodée de perles dessi- nant des feuillages, des anges et dont la pièce du milieu est enrichie des faces des patrons des principales églises de Liège au nombre de six ; l'un est caché par les mains , le second est St-Paul ; les autres St-Jean , St-André , St-Jacques et St-Bar- thélemi.
Sur chaque épaule de la dalmatique est un ornement en relief peut-être les bouts des barbes de la mître , qui ne sont pas visibles aux côtés de la tête , ou bien les agraflfes fermant la dalmatique.
Sur la poitrine et brochant sur le tout brille le Pectoral sem- blable à celui que portaient les prêtres du temple de Salornon et que décrit ainsi l'Exode : « Il y avait au devant de l'Ephod » une place vide d'un pied carré que l'on remplissait d'une » pièce de broderie nommée le Pectoral enrichie de douze » pierres précieuses.... »
Cette recherche d'accessoires dit assez que l'on a sous les yeux l'un des chefs de la Principauté Episcopale.L'écu lozangé qui l'accompagne, le désigne comme l'un des ducs de Bavière. Ce blason est surmonté de la mître et accompagné de la crosse et d'une croix placées en sautoir. Cette disposition est une preuve nouvelle que le personnage n'est pas Olbert parce que les abbés de Sl-Jacques portaient la mître et la crosse en sau- toir, sans sommet.
On se demande à quel prince de la maison de Bavière ayant occupé le siège épiscopal de Liège au XVIIe siècle, fut
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élevé ce monument. Ernest mourut en 1642, Ferdinand en 5650, Maximilien-Henri en 1688. Les deux premiers expirè- rent au château d'Àrnsberg en Westphalie, le troisième à Bonn et tous furent enterrés sous la chapelle des trois Rois à Cologne. Là aussi fut déposé Joseph-Clément décédé a Bonn en 1722. La circonstance que les armes de la maison de Bavière sont ici représentées en plein , permettent d'attribuer avec quelque certitude cette tombe à Maximilien-Henri. En effet, Ernest et Ferdinand portaient leurs armes écartelées de deux lions, tandis que Maximilien les portait, pleines. C'est ce que prouvent suffisamment leurs monnaies.
Le croquis ci-joint donne une idée de l'élégance du dessin de cette œuvre ; disons toutefois que le travail , comme sculp- ture, est moins parfait que sur la pierre de l'abbé Cromois. Comme compensation elle révèle le nom de son auteur qui a signé son travail aux pieds de l'évêque : Marti9 Fiàcri? scalp. (Martias Fiacrius scalpsit). La tradition qui conserve' à cette figure le nom de S'-Lambert, fait penser que le maître batelier qui l'enleva de Liège , a dû indiquer l'ancienne cathédrale de Sl-Lambert comme lieu de provenance.
Monsieur Alb. d'Otreppe de Bouvette, dans sa notice con- cernant ces tombes, demande par quel concours d'événements elles furent expatriées.
Je ne connais d'autre renseignement à cet égard qu'un récit. que faisait feu mon grand père maternel Remacle Mors, fabri- cant de cardes à Verviers. Au temps où l'on enrichissait le Musée national de Paris des dépouilles de l'Europe, des charre- tiers lui rapportèrent qu'un bateau chargé d'œuvres d'art, sur- lout <lc marbres liégeois, avait chaviré dans les environs de Fumay où le chargement s'était perdu. On regretta entr'autres objets des colonnes d'un grand prix.
Or, Cliarleville étant la cité la plus voisine du lieu du naufrage, il est probable que le batelier auquel l'accident arriva se sera débarassé au plus tôt des restes de son char- gement.
Les deux pierres restèrent longtemps couchées comme épaves de cette étrange époque dans un endroit proche de la Meuse dit : Sous les Allées. On dit qu'un marbrier voisin les dédoubla avant qu'elles fussent livrées au tanneur dont il a été parlé. Heureusement celui-ci pour se servir du verso mit le côté ciselé en terre; cette profanation nouvelle les sauva. Par un hasard heureux elles se retrouvèrent aussi intactes qu'à leur départ de Liège, lorsqu'elles furent cédées pour quelques tonnes de bierre au brasseur alors propriétaire du parc où elles s'élèvent aujourd'hui.
Ces restes lapidaires de notre histoire, objets devenus si rares pour Liège qui en possédait tant , sont encore aujour- d'hui comptés parmi les pierres ouvragées les plus élégantes qui se connaissent. Elles donnent une haute idée des artistes de l'époque où elles furent exécutées.
Nous terminons en émettant le vœu qu'elles puissent un jour revoir leur patrie. Tout au moins osons nous prier l'Institut de doter Liège de leur reproduction exacte par une empreinte qui deviendrait l'un des ornements de son Musée archéologique.
Nous sommes convaincu que l'obligeance extrême de leur possesseur ne lui refuserait point cette satisfaction.
J. S. RENIER.
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Plan croouis du plateau de la montagne de Chèvremont avec configuration des rouilles y pratiquées.
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RAPPORT COMPLÉMENTAIRE
FOUILLES DE CHÈVREMONT. M
Dans un premier rapport de votre Président vous avez an- noncé la reprise des fouilles, longtemps interrompues, à Chè- vremont, et les premiers résultats obtenus. — Aujourd'hui que la pénurie de vos ressources financières vous force à les suspendre de nouveau, vous avez jugé convenable, par une note supplémentaire, de faire connaître au public quel a été, en résumé, le principal résultat de vos explorations et de vos recherches. Le voici. Six nouvelles tombes murées outre les deux premières déjà décrites, ont été mises au jour : au fond quelques ossements et les nombreuses pierres sans ordre qui les couvraient ont fait croire que déjà, à des époques antérieu-
(i) Ce rapport a été approuvé par l'Institut dans sa séance du 3 juillet 1883. Toutefois la Commission de rédaction a cru devoir faire ses réserves à l'égard de la conclusion tirée par M. d'Otreppe du produit des fouilles.
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res elles avaient été touillées et les vases, armes, etc., qu'elles pouvaient contenir, enlevés par la cupidité sans profit pour la science, la science qui, seule, semble excusable de touiller la tombe et d'y remuer la cendre des morts pour y découvrir les usages des aïeux et le secret des âges; ici, nos recherches, bien incomplètes puisque nous n'avons creusé qu'à de légères profondeurs, nos recherches nous ont mis sur cette voie histo- rique, en nous livrant d'assez nombreux fragments de poteries romaines, du charbon de bois, des os calcinés, des murs épais, et réguliers dans de nombreuses directions, et enfin huit sépultures maçonnées , etc. D'où la conclusion générale que le sol fouillé avait dû être occupé d'abord par les Romains qui brûlaient les morts pour en recueillir les cendres dans des urnes cinéraires, et ensuite par des chrétiens qui, au contraire, déposent les restes mortels, sacrés, dans des sépultures d'où doit sortir la Résurrection.
Ces résultats obtenus, pour en conserver le souvenir, que devions-nous faire? 1° Recueillir une certaine quantité des débris signalés, les rapprocher et les coordonner en groupes. C'est ce que vous voyez au Musée ; 2° Faire dresser le plan des fouilles, des murs, des tombeaux découverts, afin d'être avertis et de pouvoir nous diriger dans des recherches ultérieures lorsque nous pourrons procéder par profondes et larges tran- chées. Ce plan, nous l'avons fait lever, et mis ici sous vos yeux; il satisfait à toutes vos exigences.
Liège, 5 juin 1863.
LE PRÉSIDENT DE L*INSTITÙT ARCHÉOLOGIQUE LIÉGEOIS
Ai.it. d'OTREPPE DE BOUVETTE,
NOTE SUR L'ÉGLISE DE GRIVEGNÉE
Dans l'ouvrage ayant pour titre : Abrégé curieux de l'histoire de Liège, 1673, on lit ce qui suit : « Hircaire fut eslu l'an 841 ; il » régna 14 ans et fut ensevely dans la grotte de St-Lamberl. » De son temps un certain Jean Deprés bâtit une chapelle sous » l'invocation de St-Capraise au village de Grivegnée et y édi- » fia une hermitage dans laquelle il y vécut 40 ans. »
Un manuscrit de Depas, cité par M. le docteur Bovy dans ses Promenades, rapporte que « l'an 948 fist Farabert, trasième » Evesque de Liège, de sa capelle de Grivegnée, église » parochial et la rostat (releva) de l'église de Jupille de laquelle » elle estoit parodie. » Ce fait est confirmé par une charte de l'an 1264, émanée de Garsile, doyen d'Aix-la-Chapelle, qui établit l'abbé de Cornillon en qualité de vicaire perpétuel dans les églises de Grivegnée et de St-Remacle ; il y déclare en même temps que Jupille en était Y église mère.
Il est aujourd'hui reconnu à l'évidence, que l'ancienne église de Grivegnée que l'on vient de reconstruire était cette même chapelle primitive bâtie par Jean Deprez vers l'an 841 et agrandie à différentes reprises. En effet, en démolissant l'an- cienne tour, on a mis a découverl le pavé de in chapelle de
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l'illustre ermite ; ce pavé consistait en carreaux de terre cuite, de grandeur et de couleur différentes, arrangés avec symétrie. De plus les inscriptions des pierres sépulchrales attestent que plusieurs descendants de cette noble famille y avaient leur lieu de sépulture : parmi eux nous citerons l'écuyer Arnorld de Wez qui y avait un caveau où il avait été déposé avec ses deux femmes et qui, après avoir agrandi la chapelle, y fonda vers l'an 1400, un bénéfice avec charge de dire chaque semaine 4 messes à son intention et à celle de ses deux femmes et de Jean Deprez son prédécesseur ; c'est ainsi qu'il s'exprime dans son testament. On peut ajouter que l'église de Grivegnée pos- sède [encore un tableau peint sur bois et représentant le portrait de Jean Deprez, fondateur, en costume de l'époque. Enfin il est constaté que l'église de Grivegnée eut longtemps pour patron St-Capraise , très-célèbre autrefois dans les envi- rons de Chèvremont et qui a peut-être donné son nom a cette montagne (Caprasii mons); ce n'est qu'à la suite des temps et à l'occasion de l'agrandissement de l'église , qu'elle fut dédiée à la Stc-Vierge, tout en conservant Sl-Capraise pour second patron; une légende que la tradition a conservée dans l'endroit, explique l'événement qui a amené ce changement depatron.
Il est donc aujourd'hui hors de doute que l'ancienne église de Grivegnée était bâtie sur l'emplacement même où se trou- vait , vers l'an 841 , l'ermitage de Jean Deprez ; et l'on peut même supposer, avec quelque vraisemblance, que c'est aussi dans ce lieu, où il avait vécu 40 ans, chantant journalière- ment messe, dit un manuscrit, et servant Dieu dévotement, qu'a dû être inhumé l'illustre solitaire, si comme on peut le croire, il a voulu cacher sa sépulture dans cette même retraite où il avnit caché au monde une si grande partie de sa vie.
On ne peul qu'npplaudir l'autorité locale d'avoir maintenu la
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nouvelle église dans l'emplacement qu'occupait celle qui vient d'être démolie (en 1856) , comme on doit lui savoir gré du soin qu'elle met à recueillir tous les vestiges qui restent de cette ancienne famille des Deprez, une des plus célèbres du pays.
L'édifice, commencé en 1856 a pu être ouvert au culte le 25 décembre 1857. La date de son érection se trouve contenue dans le chronogramme suivant qui se lit dans le parvis de l'église :
Deo aC MarLe CaprasIoqVe refLoresCo.
C'est le 20 octobre 1858, fête de S1 Capraise patron secon- daire de l'église, qu'en a été faite la consécration par Monsei- gneur De Montpelier, évêque de Liège.
Grivegnée, ce 3 juin 1863.
A. DEMÀRET, ciré de Grivegnée.
LETTRES INÉDITES DE RENÉ SLUSE
René François Sluse, mathématicien, physicien et érudit de premier ordre , jouit au XVIIe siècle d'une réputation méritée (1).
Il possédait l'estime des hommes les plus illustres de cette savante époque ; il correspondait avec Pascal et Descartes.
Après sa mort son nom tomba insensiblement dans l'oubli ; pendant plus d'un siècle il resta presqu'ignoré même des biographes de sa patrie (2). Ce ne fut qu'en 1842 que M. Félix Van Hulst s'appliqua à recueillir les témoignages de considé- ration, on peut dire d'admiration, que lui avaient prodigués ses
(i) « Sa profonde érudition en toutes sortes de matières , la connaissance » qu'il avait des langues grecque et latine et de toutes celles de l'Europe. » même de l'hébreu et de l'arabe , et sa grande capacité en histoire, en droit » civil et canon et en géométrie, lui acquirent l'estime de tous les savants de » l'Europe. » Moréry, Dictionnaire historique.
(2) Le motif en est peut-être que Sluso n'a publié qu'un seul grand ouvrage et que les matières qu'il y traite sont tellement spéciales que peu de personnes pouvaient l'apprécier.
H
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contemporains, et donna une excellente appréciation de ses ouvrages (1). Depuis lors le nom de Sluse, entouré de ses vrais titres de gloire, figure au premier rang des illustrations liégeoises (2).
Chose remarquable pourtant ! Malgré les plus conscien- cieuses recherches, M. Van Hulst s'est vu obligé d'exprimer le même regret qu'avait déjà formulé Villenfagne, à savoir que dans le pays même où était né Sluse on ne connaissait aucune particularité sur sa vie. Ses propres publications sont muettes à cet égard; sa correspondance, cette source ordinairement si précieuse pour les biographies des grands hommes, et qui paraît avoir été très-étendue , a été considérée jusqu'ici comme détruite ou perdue. Nous pouvons donc regarder comme une bonne fortune la communication que nous fait le savant M. Hoffmann de Hambourg, de treize lettres inédites de Sluse.
Chargé de la publication de ces pièces, je suis bien aise de pouvoir en même temps donner sur la vie de notre célèbre compatriote quelques nouveaux renseignements.
René François Sluse, naquit à Visé, le 2 juillet 1662 et fut baptisé le 7 du même mois (3). Son père et son grand père portaient tous deux le prénom de René; le premier était greffier et le second bourgmestre de Visé. Sa mère était Catherine Walthery de Castro fille de Walther Plorard plu- sieurs fois bourgmestre de la même ville (4). A l'âge de 20 ans
(i) René Sluse , par Félix Van Hulst, Liège . 18-42. 77 pp.
(t) Dans la grande salle de la Société d'Émulation.
(3) Manuscrit de Hinnisdael.
4] Manuscrit de Le Fort aux archives de l'État, à Liège. Sa mère avait adopté comme nom de famille le prénom de son père en y joignant le nom de sa mère qui s'appelait Hélène du Chasteau. Celle-ci élait fille de .Jcnn Louis Stravcn de
— sa —
il se rendit à Rome où se trouvait son oncle (i) et où il fit ses études , comme l'atteste sa lettre de provision au Chapitre de S. Lambert (a). Il y resta huit années et revint à Liège en 1651 . Dans l'intervalle, il avait obtenu un canonicat dans l'église collégiale de Visé et un bénéfice dans la chapelle de S. Martin à Connisseur. Ces places étaient des sinécures et n'obligeaient pas à une résidence personnelle (3). Les occupations favorites de René Sluse à Rome paraissent avoir été l'étude des langues anciennes et des langues orientales. Il y acquit tant d'habileté que le pape l'employait souvent à traduire les lettres qu'il rece- vait des évêques grecs, arméniens et des autres prélats de l'Orient (4).
C'est aussi a Rome que Sluse fit la connaissance de Pierre Lambecius de Hambourg, qui en 1647, alla passer deux années dans la capitale du monde chrétien auprès de son oncle Lucas Holstenius. Sluse et Lambecius se lièrent d'une amitié inal- térable.
En 1650 S. A. S. le prince Ferdinand duc des deux Ravières étant mort, le pape lui accorda la prébende de celui-ci dans l'église cathédrale de S. Lambert h Liège. Il fut reçu chanoine
Looz et avait aussi abandonné son nom de famille pour prendre celui de sa mère Idelette de Chasleau. — René François Sluse eut deux frères : l'un Pierre Louis qui obtint un diplôme de baron en 1688 et l'autre Jean Gualière qui fut créé cardinal en 1686. La vie de ce dernier a été souvent écrite. M. U. Capitaine possède un petit livre intitulé : Libri de Imitatione Christi Johanni Gersoni iterato adserti ,Vatrisïis , 1674, dans lequel on invoque le témoignage du cardinal Sluse. Cette particularité paraît avoir échappé aux biographes.
(i) V. la 4me lettre que nous publions plus loin.
(2) Manuscrit de Wissoque de Boiny , aux archives de l'État a Liège.
(s) Ibidem.
(*) Morcry , !. IX. p. 464.
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le 1er avril 1051 n'étant encore que sous-diacre et com- mença sa lrc résidence le 18 septembre 1653 (î).
Dès lors il s'occupa sans relâche des intérêts du Chapitre. Il déployait tant d'activité et montrait une aptitude si particulière pour les affaires, que ses confrères le chargeaient ordinaire- ment des missions les plus difficiles. Les procès-verbaux des séances capitulaires fournissent des preuves de ses capacités et de son désintéressement (2).
Différentes fois il résolut d'aller à Rome pour entreprendre des négociations au nom de la cathédrale (3), mais il paraît que ses occupations ne lui permirent pas de donner suite à son projet ; on trouve effectivement son nom parmi les chanoines présents aux séances jusqu'en 1685, date de sa mort.
Sluse fut successivement nommé conseiller privé (27 mars 1659), abbé de Sle Ode à Amay en 1666, conseiller ordinaire en 1673, et vice-prévôt de la cathédrale (20 janvier 1676). Wissocque dit qu'il remplit aussi les fonctions de chancelier.
Les soins qu'il donnait aux intérêts du Chapitre lui prenaient presque tout son temps. Il se plaint dans ses lettres de ne pouvoir se livrer aux études. Depuis qu'il était de retour dans
(1) Décrets et ordonnances de la cathédrale, aux archives de l'Élat à Liège.
(2) 14 février 1670. Dominum Sluse vas vini Belmensis à capitulo juxla
decretum nuperrimum ci oblatum non acceptasse domini mei pro laboribus
suis coeptis iterum gratias egerunt euniquerequisiverunt ul in ooeptis prosequi non gravaretur. » (Ibid.)
(3) Notamment en 1655 comme l'indique la lettre III, qui suit, puis en 1658. « In eventum quodRndus dominus de Sluse in curia Romana residere intcndal in eaque negotia hujus capituli respiccre et dirigera velit, domini mei ipsi pro laboribus fructus siue prebendœ toto il lo tempore, quo in dicta curia predicto- rum negoliorum capituli curait) gerens residebil . dandos esse censuerunt. >
[Ibid.]
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sa patrie, la science des mathématiques occupait ses rares loisirs et il y avait fait des progrès surprenants; mais les talents de cet homme modeste seraient peut-être restés ignorés si Pascal ne lui avait donné l'occasion de les faire connaître. On commen- çait à oublier la cycloïde, dit M. Bossut, lorsqu'en 1658 Pascal la ramena sur la scène en proposant des problèmes et en Rengageant à donner des prix à ceux qui les résoudraient. Ces problèmes excitèrent une vive fermentation parmi les plus grands géomètres du temps (1). Sluse , sans prétendre aux prix proposés , fit part à Pascal de ses solutions et mérita les éloges les plus honorables de ce savant.
L'année suivante il publia un essai sur sa découverte dans un livre intitulé : Mesolabum seu duœ tnediœ proportionales per circulum et ellipsin vel hyperbolatn infinitis modis exhi- bitœ, 1659. Leodii, in-4°(2). « Mais il en cachait encore l'ana- » lyse, qu'il promettait de dévoiler quelque jour. Il exécuta sa y> promesse en 1668 en donnant une nouvelle édition de » l'ouvrage dont, on vient de parler, avec une seconde partie » où il expose de quelle manière il est parvenu à ces construc- » tions » (3).
Le 2 janvier 1678 la Société royale de Londres, avec laquelle
(i) Histoire générale des mathématiques depuis leur origine jusqu'à l'an- née 1808, par Charles Bossut. Paris. MDCCCX , t. I, p. 318. Cite par M. Van Hulst.
(2) Le titre de cette lre édition n'a jamais été publié dans notre pays , proba- blement pareeque ce livre est extrêmement rare, si pas introuvable. Nous l'em- pruntons à une bibliographie suédoise intitulée : Fô'rsdck til et biographiskt Lexicon dfver larde ovh namukuningt utlàndske mdn tredjedelen. Stock- holm, Upsala ocfiJho, hos Swederm, k. a. b. 1786, in-8°, p. 219.
(3) Monti'Cla, Histoire des niathém.. part. IV, liv. 2, I. If. p. 158. Cité par M. Van Hulst.
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il était depuis longtemps déjà en rapport, l'admit au nombre
de ses membres en même temps que Malpighi , Huyghens , Carcavi, Leibnitz et Newton. Les mémoires de cette savante compagnie contiennent plusieurs lettres fort remarquables de Sluse sur diverses questions de géométrie et de physique, «Mitre autres un rapport particulièrement intéressant pour ses compatriotes où il donne une description physiologique du pays de Liège (î).
Comme mathématicien , Sluse a reçu des hommes compétents les témoignages d'estime les moins équivoques. Nous nous bornerons à citer celui d'Etienne Angeli qui , sans entrer dans des détails spéciaux , les résume tous en peu de mots en disant que Sluse a, dans la manière de construire les problèmes solides, infiniment dépassé tous ses devanciers dans son admi- rable Mesolabum (2).
M. Van Hulst a aussi rendu justice à la science critique qui se révèle dans deux dissertations historiques publiées par Sluse en 4679 et en 4684 (3).
Quant aux lettres écrites par Sluse dans le but d'établir la prééminence de la langue latine sur la langue française , nous
(1) Philosophical transactions et l.etter books of the royal sociatij of London, La dernière lettre citée a été insérée en entier dans le travail de M. Van Hulst.
(2) Accessio ad Stereometriam et mechanieen . auct. Stéphane. Angelo , p. 217. Cité par M. Van Hulst.
(5) Son livre De tempore et causa martirii B. Lamberti est encore aujour- d'hui la seule étude sérieuse, après l'article que lui ont consacré les Bollan- distes , qui ait été publiée sur ce sujet. Il y réfuie l'opinion de Godeau. évoque de Vence qui dans son Histoire de V Église avait cherché à prouver qu'Alpaïde était restée tout-à-fait élrangère au meurtre du saint èvêque. Plus tard le P. Ghesquière reprit cette thèse dans une longue dissertation particulièrement dirigée contre l'opuscule de Sluse
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n'avons pas été à même de nous les procurer. Mais grâce à quelques notes de M. U. Capitaine, qui en a examiné un exem- plaire à la bibliothèque de Ste Geneviève à Paris, nous pouvons au moins donner certaines indications à ce sujet.
Voici, d'après Goujet, à quelle occasion ces lettres furent écrites : « Dans le siècle dernier où notre langue devenue plus » pure , plus exacte , plus élégante , méritait aussi plus d'estime » et qu'on lui fit plus d'accueil , nous avons eu deux auteurs » qui ont entrepris d'en faire connaître les avantages et l'excel- » lence, et leurs ouvrages sur ce sujet seront toujours applau- » dis et recherchés. Le premier de ces écrivains est Louis » le Laboureur, bailli de Montmorency, mort le 21 juin 1679. » Ce savant ayant adressé à M. de Montmort, maître des » Requêtes, une dissertation où il examinait et prouvait les » avantages de la langue française au-dessus de la latine, » René François Gualter ou Walteri , baron de Sluse (î) , frère » du cardinal Jean Gualter de Sluse , y fit quelques objections » qu'il envoya à Samuel Sorbière dans deux lettres latines » écrites de Liège le 7 et le 30 novembre. Sorbière en fit » part à le Laboureur qui y répondit. On ne sait si M. Sluse en » fut satisfait ; mais en France on applaudit aux bonnes inten- » tions du bailli de Montmorency et on loua beaucoup son » ouvrage. M. le Laboureur, dans la vue de faire connaître tout » ce qu'un homme qui avait beaucoup d'esprit et d'érudition » pouvait objecter contre notre langue et ce que l'on pouvait » lui répondre, traduisit les deux lettres du baron de Sluse et » les publia avec les autres pièces de cette dispute. Ce recueil » parut en 1669 sous le titre d'Avantages de la langue française
(i) Goujet se trompe ici. René Franc. Sluse n'a jamais porté le prénom de Glialler ni le titre de baron.
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» sur lit langue latine, par M. le Laboureur. Paris, de Luynëj o 1669, in- 12° de 359 pages (î). »
Ce fut Sorbière qui édita ce volume et traduisit en français les lettres de Sluse. Il déclare que l'on ne saurait rien voir de plus fort ni de mieux tourné que ce que dit le Laboureur en laveur de la langue française et que l'on ne pourrait rien pro- duire pour la défense de la langue latine où il paraisse plus d'esprit et plus d'érudition que dans les deux lettres de Sluse. Du consentement des deux écrivains , Sorbière choisit le duc de Chevreuse pour arbitre du différent.
Le volume est dédié à ce personnage. Un avis au lecteur raconte de la façon suivante l'origine de la discussion.
« Il y a quelque temps que M. le Laboureur ayant fait part » au public de la première de ces pièces l'impression en fut » aussitôt distribuée. Un de ses amis qui revenait alors d'un long » voyage l'envoya à un homme de qualité (c'est M. de Sluse) » qui lui fit de fortes objections par deux lettres latines aux- » quelles l'auteur fut obligé de répondre. L'ami commun a » souhaité que j'imprimasse en un volume tout ce qui s'était fait » de part et d'autre en cette dispute de peur que si ces pièces » demeuraient dispersées elles ne s'égarassent dans les biblio- -> thèques. »
Il dit ensuite en parlant de notre compatriote :« A l'égard de » M. de Sluse, je pense aussi être obligé de vous dire ce que » cet amy commun m'en a appris. C'est un chanoine de l'église » de S. Lambert, la cathédrale de Liège, lequel depuis peu a » publié un excellent ouvrage de géométrie sous le titre de » Mesolabum , où il prétend avoir trouvé je ne sais quoy dont
i Goujet, Bibliothèque française , Paris, 17-ii i.l.ji. 9.
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» les curieux de celle science étoient en peine. Mais ce que ce » grand homme est capable de faire dans les plus hautes ques- » tions de mathématiques qui est de résoudre les plus obscures » difficultés avec une force d'esprit sans égale , il le peut faire » aussi dans les autres disciplines. Rien n'est échappé à sa » vaste littérature. Il possède toutes les langues et tous les » dialectes. Avec ces clefs des sciences, il n'a pas fait comme la » plupart des critiques qui demeurent à l'entrée de la porte » des Muses. »
» On dit qu'il a pénétré dans les lieux les plus reculés de la » théologie, de la jurisprudence et de la philosophie et môme » de la médecine, ce qui le rend un des plus grands per- ««sonnages de ce siècle. Aussi est-il employé dans le conseil » souverain de S. A. E. Monseigneur l'Archevêque de Cologne » et consulté du public et des particuliers comme l'oracle de » son pays. Mais son intégrité et sa modestie ne le font pas moins » admirer et chérir par ses concitoyens que tout ce que je » viens de vous dire. Au reste j'apprends que l'esprit, le savoir, » l'honneur et la vertu sont les apanages de sa famille, car » tandis que cet homme illustre éclate du côté du septentrion, » M. Jehan Gualteri son frère ne brille pas moins vers le midy, » ayant l'honneur à Rome d'être secrétaire des brefs de Sa » Sainteté et exerçant ce ministère avec une capacité qui n'a » jamais eu de pareille. »
Après l'avis au lecteur vient la première dissertation de le Laboureur adressée à M. de Montmort conseiller du Roi et premier maître des requêtes : elle est datée de Montmorency le 20 juillet 1667 et comprend 87 pages. On y a annexé la tra- duction d'une lettre de Sluse à Sorbière, en réponse à celle de le Laboureur : cette pièce est datée de Liège, le 6 novembre 1668 ; vient ensuite la seconde dissertation de le Laboureur,
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envoyée à Sôrbière pour servir de réponse à la lettre de Sluse
et datée de Montmorency le 29 novembre 1668. Puis une seconde lettre (traduite) de Sluse a Sôrbière, (de Liège le même jour). Enfin la troisième dissertation de le Laboureur à Sôrbière répondant à la lettre précédente, et datée de Paris, le 3 janvier 1669 (i).
A propos de cette dispute Bayle émet l'opinion suivante : « En latin il n'est rien de plus facile que de chatouiller l'oreille » parcequ'on transpose les paroles comme l'on veut. M. Sluse, » chanoine de Liège et l'un des meilleurs mathématiciens de » l'Europe, n'a pas fait assez valoir cet avantage du latin dans » les lettres qu'il a écrites contre M. le Laboureur au sujet du » livre que ce dernier avait composé des Avantages de la langue » française. M. Sluse avait pourtant intérêt de relever la langue » latine, tant à cause de lui-même (car il écrit fort agréable- » ment en latin) qu'a cause de M. son frère secrétaire des brets » du Pape (2). »
Qu'on nous permette encore , pour terminer , de citer deux extraits d'auteurs contemporains qui prouvent l'admiration que l'on professait alors pour cet homme recommandable à tant de titres. Le premier est tiré d'un livre intitulé Nouvelle pratique d'arithmétique par, E. Mulkeman , Liège 1698, in-8°, dédié à P. L. de Sluse de Bihain, libre baron de S. E. Voici l'éloge qu'il fait de cette famille dans sa dédicace :
« Rome a vu Monseigneur votre frère par la vivacité de son » esprit, par sa dextérité dans les affaires de grandissime
(1) Le texte latin des lettres de Sluse est reproduit à la fin du volume : la pre- mière comprend 14 pages et la seconde 12.
[«) Œuvres diverses de Baylc, La Haye. 17-27. Préface de la critique du calvi- nisme de Maimbourg t . II. p. 6.
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» importance, par la grandeur de ses vertus et munificence » envers les pauvres, mériter L'éminente dignité du cardinalat. » Pouvait-on voir autrefois un esprit plus illuminé que celui de )> Monseigneur votre autre frère, chanoine de Liège et prévôt » d'Hama, la maison duquel estoit comme une université très- » fameuse où tous les arts divins et humains fleurissaient? »
J'emprunte le second passage, à une brochure entièrement composée de vers latins où les tours de force les plus incroya- bles en fait de versification sont employés à faire l'éloge du cardinal Sluse à propos de sa nomination (1). Dans la dédicace sont énumérées les dignités occupées par les membres de cette famille et il est dit en parlant de notre géomètre :
« Quis valeat unquam sat exaltare germanum fratrem , virum » sseculi sui phoenicem, mundi oraculum, sapientiœ prodigium, » in omni scientiarum génère consummatum, emeritum peril- » lustris capituli leodiensis canonicum ac vice-prœpositum , » abbatemque Ammanuensem, stantem ab ordinariis et privât i s » consiliis S* Suas Celsitudinis Episcopi Leodiensis, quem nobis » non ita pridem pr&matura mors invida falce suà demessuit...»
René Sluse mourut à Liège, le 19 mars 1685. Son testa- ment original daté du 5 août 1684 et conservé aux archives de l'État à Liège, porte entre autres la clause suivante : « Sereniss0 principi cardinali Bulloniensi , bibliothecam meam » inferiorem cum omnibus manuscriptis grœcis, hebraïcis,
(i) Voici le litre de celle pièce rare qui m'a été obligeamment communiquée par M. Wittert : Carmelo-Parnassus in Xenium oblalus eminent» et révérend0 D. Joanni Gualierio Slusio Leodiensi . utriusque signature referendario sub Alexandro VII , brevium officinli sub Clémente IX ac X et Innocentio XI, a secretis brevium ministro, prœlatoque domestico nec non S. R, E. cardinal; recenler erealo sublituloS. Marias de Scala, per P. F. Hermannum à S. Barbara, carmelitain discalceatum leodiensem. Lcodii. \^1 . in-i"dcôO pages.
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» arabicis, cumque omnibus mstfumentis malhematicis , nir- » daliiB, oaeterisque ad ipsani pértinehtibus, do, lego (1). »
Il nous reste quelques mots à dire des lettres que nous publions ici.
Les originaux sont conservés à la bibliothèque royale de Daneniarek, à Copenhague (2), avec 62 autres lettres écrites entre 1640 et 1660 par divers savants entre autres J. Puteanus, le cardinal Barberini, Hermann Canning, Bourdelot, Linden- brog, etc., à Lambecius, qui résidait tantôt à Hambourg, tantôt à Amsterdam, Toulouse, Rome, Paris, etc. Celles de Sluse sont également adressées h ce savant dont il avait t'ait la connaissance a Rome, ainsi que nous l'avons dit. Elles ont été copiées par M. Brunn, bibliothécaire de Copenhague, sur la demande de l'honorable M. F.-L. Hoffman de Hambourg, qui les a transmises à M. le professeur A. Le Roy, en exprimant le désir qu'elles fussent publiées à Liège.
Qu'on nous permette d'exprimer ici au nom de l'Institut des remerciments à ces trois savants pour leur intéressante com- munication.
Ces lettres toutes datées de Liège sont écrites dans les années I600 et 1661. Depuis son départ de Rome, Sluse avait eu peu de nouvelles de Lambecius. Ayant appris qu'il était fixé à Hambourg, il lui demanda un échange de lettres où ils s'entre- tinrent principalement de l'objet de leurs éludes. Elles contien-
1 Nous y trouvons encore les dispositions suivantes : Domini (te la Haxhe lego tabulam ab Enghelbrrto depictam depositionem 1). N. Jesu Cbrisli eoruee representanlem — Franc. Galli lego effigies Renali Descartes êl Joannis Wallesii
— Guil° Street tabulais liltus maris repraesentantem inltalia depictam, du. lego.
— Advoeato Oger cognato meo lego tabulam in qua depicta est lentatio I). N, Jesu Cbrisli in <leserto.
%} Del Store liongl Bibliotbek , sous le n° M'ai de l'ancien fond.
— o;5 —
tient naturellement des détails curieux. En 1604, Lanibecius étant allé habiter Vienne, la correspondance cessa. Mais en 1663 le savant Hambourgeois s'excusa publiquement de son silence par une très-longue lettre publiée en tète d'un de ses principaux ouvrages , dans laquelle il raconte à son ami les aventures qui lui sont arrivées depuis un an (1).
,i Liber priants Cotnmentariorum de auguslissima Bibliolheca Cœsaroa Yindobonensi sive Wiennensi; Vindobonœ, 16tio.
Cette lellre a un rapport trop direct avec notre sujet pour que nous puissions nous dispenser d'en donner ici deux extraits :
Perillustri et reverendissimo viro D. Renato Francisco Slusio , /. U. D. ecclesiœ calhedralis S. Lamberli apud Leodienses canonico , et Sercnissimo electori Culonicnsi a privato consilio , Petrus Lambccius Uainhurgensis , J. V.D, elSac. Çœs.Maj. consiliarius, Historïographus ac bibliolhecarius. S.
Amicitia illa, charissime Slusi , plusquam fraterna , quam duodecim abhinc annis, cura Romce per biennium mutuafamiliaritale uteremur, geniipoiissimuni ac studiorum simihtudo inter nos conciliavit, sanctissima; instar legis mihi est, ut, ubicunque sim. absentis lui memoriam jucunda recordatione assidue recolam , et sive kelum quidquam , sive triste mihi accidat . id omne , quale- cumque sil , vel augendi gaudii, vel minuendi doloris causa, tecum imprimis communicem. Quare haud injuria mecum cxpostulare potes , quod jam prideni niliil a me acceperis literarum, cura taincn minime dubium sit , quin aliunde cognoveris varias magnasque rerum mearum vicissitudines interea conligisse. Sed heus! redibis sine controversia mecum in gratiam , si causant mei silentii niinium erga Te amorem fuisse intellexeris. Seiebam nempo quantum me amares, et quam vehemenler prosperitas mea cura? Tibi atque cordi essel. Ilaque, cum ex improviso inopinatus adversa; fortunée sestus a patria me abriperet , nec ipse prœvidere possem, quorsum incerlus tantse tempeslatis impetus esset evasurus , differendum censui tain ingratum nuntium , donec temperatura felicioris eventus acerbitas Tragici principii miligarelur , et ex doloris ac voluptatis mixtura yPiuxyV<xpo» rt emergeret. Salisfaciam igitur nunc Tibi lam abunde, ut de prolixitate poliussubsecutœcompensalionis, quam diuturnitate prteteriti silentii eonqueraris, ..,.(p. 1).
Heverior nunc ad iter meum et siiïiul eliam. charissime Slusi . ail Te. Nolirri enini exislimes, nos lui m loi doctorum vlïorûhi ebnvenlu oblitos. Cefte nisi
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Il est nécessaire, pour l'intelligence du texte de ces lettres, de retracer en peu de mots les traits principaux de la vie de Pierre Lambecius.
Il naquit à Hambourg, le 13 avril 1628. Après avoir fait quelques études dans sa ville natale, il se rendit en 1645 à Amsterdam et s'y initia dans la science du droit. De là, il se rendit à Paris, puis en 1647 à Rome. Accueilli en cette villa par son oncle Lucas Holstenius, bibliothécaire du Vatican, il ne tarda pas à embrasser secrètement la religion catholique. 11 paraît cependant qu'il perdit les bonnes grâces de son oncle et que celui-ci l'accusa même d'avoir détourné des manuscrits. De retour à Hambourg il fut nommé, le 2 décembre 1651, pro- fesseur d'histoire au collège de cette ville et le 24 novembre 1659, recteur perpétuel du même établissement.
En 1660, il fit un voyage à Paris et alla recevoir le titre de docteur à Bourges. Il épousa ensuite une dame fort riche, qui n'ayant pas voulu payer les dettes qu'il avait contractées pour l'impression de ses ouvrages , le força de quitter sa patrie le 15 avril 1662. La reine Christine de Suède qui lui portait beau- coup d'intérêt lui ayant fait entrevoir un brillant accueil dans les pays catholiques, il se décida, après un assez long voyage, à aller à Vienne où il obtint la place d'historiographe et de bibliothécaire de l'empereur. Il mourut dans ce poste après avoir publié un grand nombre de travaux, le 4 avril 1680.
Stanislas BORMANS.
modesliœ luœparcerem, referrem libi eximiae eruditionis tusc tonorificentissi- rnam commeinorationem, cum ab aliis multis prœclaris vins Florenliai factam. lum vero imprimis ab insigai mallienialico Joanne Alfonso Borello qui disce- denli nihi Euclidem suum restitulum donavR, et a nobilissimo viro Carolo Dalo. etc. p :i7 .
— 98 —
1.
Vir clarissime.
Jamsuprabienniumcstexquonilale litterarum accepi(i). Raque causatus primura negotiorum tuorum molem, in eam postmodum opinionem deveneram , ut crederem , te lionestis extra Patriam conditionibus evocatum, in interiori Gerraania sedem fixisse. Roma? enim vel alibi in Italia non esse te, satis perspectura babe- bam ex iis, quœ ad me singulis pêne hebdomadis perscribuntur (2). Nunc vero cum intellexerim te Hamburgi vivere et Historiarum Professons ac Jurisconsulti dignitatem tueri, temperare rnibi non potui , quin aliquid ad te litterarum darem. Impulit me prœcipue necessitudinis illius reeordatio , quam Romee contraximus et quam ex animo meo nunquam elabi sinam. Utinam vel hic te Deus ali- quis vel me Hamburgi sistat , ut temporis a tuo discessu , utrique vel rnibi saltemnon ex animi voto transacti(3), alter alteri rationem reddere posset et vicissim exigere. Sed boc cum bactenus nobis negatum sit et porro negatum iriverear, ad litterarum commercium te voco, quo de tua valetudine, de studiis et rébus aliis pro tua humanitate certiorem me faciès , mandabisque si quid in bis regio- nibus mea opéra curatum voles. Vale vir clarissime. Leodii, vu kl. quint. ocIDCLV.
Tnus ex asse Renatus Franciscus Slusius. Viro clarissimo D. Petro Lambecio J. O et Historiarum Professori.
Hamburg.
(i) Il devait y avoir au moins 4 ans queSluse n'avait plus reçu de nouvelles de Lambeeius. Il parait, en effet, encore ignorer jusqu'ici que ce dernier était professeur d'histoire à Hambourg, quoique sa nomination date du 2 décembre 1651 (V. l'introduction).
(2) Sluse recevait presque chaque semaine des lettres de Rome. On sait combien était active la correspondance entre les savants du XVIIe siècle. A cette époque du reste Sluse était déjà chargé des intérêts du Chapitre.
(3) Sluse fait probablement ici allusion à des malheurs de famille: ou peut- être aussi aux difficultés dont il parle dans la lettre suivante.
II.
Amicc carissime.
Multa mihi ex litteris tuis datis xxvi junii Juliani jucunda acci- derunt, sed nil jucundius quam quod perspexerim miram ut fortunarum ita etanimorumnostrorumeonsensionem. Narrabo tibi, Lambeci tplxrctTt , «yeVor ille, qui sub cura mea erat, cum tu nos reliquisti , incolumitati et fortunis omnibus opéra mea reslitutus, nibil non egït ut a latere suo amoliretur irupctÇpoa-vvtit suœ testem. Ac primum specie bonoris, quo facilius extruderet ; mox ubi excessi, aperlis odiis et quo turpitudinem suam velaret, quœsito prsetextu, etiam cum discrimine existimalionis meœ(i). Et ille quidem baclenus Prœlatura auctus est et bonoribus supra quam sperari poterat, sed ut scis, sub qualibet larva 7rlê>i*of m- Ux-'o* ie-ri. Itaque Romain cogito meis non illius auspiciis, boasurus ibi plusculum, si bonesti secessus occasio se oflerat, sin minus, convasatis libris , quos apud Cincium nostrum deposui, redi- turus in Patriam. In iisdem cogitationibus(â) esse le cum videam quid, putas, mibi gratius contingere potest? Nec arbitror avuncu- Jum tuum officio suo defuturum, utpote qui tibi litlerarum otium nullonegotio procurare possit Vaticanœ l)ibliotbecœ praîpositus. Et si maxime desit , persuadere mihi non possum , tibi bac virtutc et indole bonestam Romaî conditionem defuturam. Itaque tentandum
[\] Dans sa répanse à la lettre de Sluse , Lambccius n'aura pas manqué de lui parler des difficultés qu'il avait avec les autres professeurs de Hambourg dont il n'était pas aimé. Sluse de son côté lui raconte ses chagrins à pPOpos d'un homme ingrat qui cherche à lui nuire. Ce personnage nous est inconnu ; c'était en tous cas un dignitaire de l'église de Liège, peut-être le doyen ou le prévôt puisque son influence pouvait s'étendre jusqu'à Rome.
fa) Dégoûtés sons doute des misères qui les entouraient dans leur patrie res- pective, les deux savants forment le projet d'aller s'établir à Rome et d'y chercher une occupation,
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utrique censeo cum bono Deo ttàoïv àtûripoi et ea de re judicium tuum expecto. Vale, mi Petre, meque ut facis ama.
Tuus ex animo Renatus Francisons Slusius. Leodii , xvi julii gregoriani oo I3CLV.
III.
Lambeci carissime.
Recuperavi tandem litterastuas datas xvii julii juliani, ex quibus eo majorem caepi voluptatem , quo multa in iis preeter spem mihi acciderunt. Verebar enim ut a Patria et a Professoria, quam obti- nes, dignitate tam facile avelli te non sineres. Sed laudo generosum illum impetum et gratulor tibi animum contemptorém vanitatis. Equidemadmequodattinet, diuest, ex quo Italiam repetere statui , sedhactenus obstitit conatibus meis negotiorum prascipue domesti- corum quasi conjurata moles, quae me mei juris esse non patitur. Imo etiamnum eV/^«3 an illam ante veris adventum excutere licebit. Accedit quod ita undique Hispano et Gallo milite circum- cingimur, ut nusquam liber sittransitus(i). Statueramprofecto apud animum meum, si per ingratas illas curas liceret, in Gallias proficisci , aut si transitus illac negaretur , mercatoribus , qui ad nundinas Francofurtenses eunt, comitem me adjungere ; sed quid horum futurum sit , adhuc 6i£v s\ y*'v««-/ x.t7rxt. Quicquid erit, fies a me certior. Nec arbitror te adeo festinare ut non patiaris banc moram , quippe quam utrique nostrum conducibilem fore
(i) Le pays était occupé par les troupes du prince de Condé et du duc de Lorraine au moment où se débattait la question de la neutralité du pays de Liège.
13
— 98 —
existimo. Resciibe itaque quid faciu opussit, mcque amareperge. Vale; xx aug. gregor. oo IDCLV.
Tuus ex animo Renatus Franciscus Slusius. ViroclarissimoD.Petro Lambecio'J.-O et Historiarura Professori, Hamburg.
IV.
Clarissime Domine.
Quamvis amiciliara quamolim contraxiraus exearum numéro non esse, quas «Vpos-jjyofi'a dissolvit, non levibus arguments mibi per- suadeam, tamen non siluissemhactenus,siteadhucHamburgi agere mihi compertum fuisset (1). Nunc vero cum non modo te Patriam incolere, sed etiam prœclaris ingenii tui monumentis illustrarc , ex ultimo nundinarum Francofurtensium catalogo didicerim (2), committendum non duxi , quin aliquid ad te litterarum darcm; quo et perennantem erga te testarer affectum menai et illam quam semper optavi, consequi autem non potui, tibi contigisse gratu- larer otii litterarii felicitatem. Amo enim studia , ut nosti , et nunc etiam subcisivis boris ad illa respicio, licet publicis privatisque negotiis distractus; prœsertim ex quo Serenissimi Principis mei privato (ut vocant) consilio adscriptus sum. Hoc omnes de profec- tione Italica cogitationes mibi exemit, quamvis Romœ dicm suum obierit avunculus meus, quem mibi non satis œquum fuisse non
(1) Cinq années se sont écoulées entre cette lettre et la précédente et la cor- respondance parait avoir cessé pendant cet intervalle. Comment l'idée d'aller s'établir à Rome a-t-ellc abandonné les amis? Sluse le dit plus loin en ce qui le concerne, et Lambecius ayant été en 10îi9 nommé recteur à Hambourg, ne
ongea plus à quitU r sa ville.
(2) Sluse fait allusion au livre que Lambecius avait publié l'année précé- dente : Liber I prodromi Instorirr literariœ, Hamburgi, 16*i!)
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ignoras. ïuum adhuc sospitem esse suspicor magis quam scio, cura ab eo nihil unquam litterarum acceperim. Neque id mirura, quandoquidem cura illo nunquam tanta mibi familiaritas inter- cesserit, quœ litterarum commercium mereretur. Sed hœc bacte- nus. Tu vero si quid hac in civitate curatum velis, in quo operam meam conducibilera fore existiraas , eam non tantum libens im- pendara , sed muneris loco mibi erit , si occasionem suggesseris , qua testari queam , me esse ex animo
Tuum tuique observantissimum Renatura Franciscum Slusium. Leodii, xxv maii , gregor. oc IOCLX.
V.
Clarissime et excellentissime Domine.
Non expectas, vir amicissime, ut novum bonorem pro amicitiœ nostrœ jure tibi gratuler, cumeodem jure illum mibi communem tecum existimem, nec minus gaudeam, quam si ipse adeptus essem(i). Versiculos etiamquosa me flagitas (cum me Musœ minus multo quara olim audiant) negassem si fieri potuisset ,
Sed ipsi Dii negare cui nil potuerunt, Hominem me denegare quis posset pati ?
Accipe itaque iKiyyûppa.Tiù'i non quale optassem (nec enim mihi ipse satisfeci), sed quale pro temporis angustiis eruere potui. Sen- tentiam sane meam, qua te severos Jurisprudentiœ nostrœ mores amoeniori Musarum commercio temperaturum auguror, satis, ut
(1) Cette lettre est adressée à Paris ; Lambecias s'y était rendu de Bourges où il avait été recevoir le grade de docteur le 20 août 1660; il en fit aussitôt part à Sluse en lui demandant une épigramme à cette occasion. Le 21 Sluse lui ré pondait en accompagnant sa lettre d'une épigramme grecque.
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opinor, expressi, ctsumma votorum erit,sisaltem non displieeat(i). In Italiam scripsi, ut convenerat inter nos, et inscluso <r^£^*f»'« Cencium nostrum rogavi ut rS S-tïa, cpistolam ostcnderet, laudibus
(1 Voici cette épigramrac, que M. Hoffmann a eu la bonté do me transcrire, d'après un exemplaire conservé sur une feuille in-plano à la bibliothèque du Commerce à Hambourg.
Perilluslris et Reverendtssimi viri Dni Rcnali Francisco Slusii jaris utriusque doctoris , Ecclesiœ Calhedralis S. Lamberti apud Leodicenses canonici et Serenissimo Electori Coloniensi à Privato consilio , In Nobilis- simum clarissimunque vi'rum Dn. Petrum Lambecium juris utr. Docto- rem, Inclyli Gymnasii ffamburgensis Rectorem, et Professorcm Hïstoriarum de summis juridicœ facultatis honoribus oplimo jure et légitime- modo in ecleberrima Acadcmia Bituricensi die XX. Augusli A. JE. GHR. CD . IDC . LX. susceptis
E7rty r(c.uuu ti o v . llitpîoav ÇiXov ou.ua. , y.a.1 Icrrapu;' 7rtpi7TUTTov
Ku£oç fUf^uiKvi? vioi kcci f XXccàixijÇ , AccftfitKiov vouitci) Qtcctç y pn cciï i Ty,XcB-i TrccTpqf
Kcci vopS-ccXfityytiHi T>jX tnro o-uyyataiv. Witpiots J'e yoairtv oàupotiivcci rav îpua-Ty,v ,
îlcctyvtct Movtucûv à>? t7rtXrjo-oftivov. AXXcc S-tcc; <t>oifioî B-ctppttv i>ciXîva-t, kcci uy.Zï
Ecra-ircct , ao—A'ip tyjv , U7riv , c Acccc{5tx.toç. Ylpiv ycep ÙKOivuv/irov a vjcttrtpov %opov u\a Kcci <rTr}<rit Movrav r>;v oiy.tt.ryy Qiuioc. Ta 7rdvv Çixii P. <I>. 2.
Parisiîs, Typis Clavdii Cramoisi/.
CID .IDC.LX.
— toi —
quas mererisrefcrtam(i):simul etiam monui ut rescribcret,quid acl illa i uripaKos. Responsum cxpecto cujus te participera reddam , si me certiorem feceris , quo terrarum meas destinare debeam. Vale i» rois çlxoif kkt i£o%i}* <pUi, et me amare perge
Virtuti tuai addictissimum Renatum Franciscum Slusiuni. Leodii , 24 aug. 1660.
A Monsieur, Monsieur Larabeck, docteur es droits, chez Messieurs Cramoisy , à Paris,
VI.
Clarissime et excellentissime Domine.
Hoc ipso meridie jucundissimas tuas accepi cum adjuncto Epi- grammate, quod placuisse tibi supra meritum est, non supra votum , nihil enim mihi optatius potuit accidere. Maluissem equi- dem ut tacito nomine aut initialibus tantum litteris , ut adnotaram, expresso, saltem absque titulis illis seu potius pbaleris , qua} populo relinquendee sunt, editum fuisset (2).Sed quoniam tibi aliter visum est et hoc in perenne affectus mei monumentum accepisti, non segre fero. S(p«A««r« tamen typographi in tantillo opère festinantis dissi-
(i) Il faut croire qu'en apprenant à Sluse sa promotion au gracie de docteur, Lambecius l'avait en même temps prié d'en informer son oncle Lucas Holstenius (ici o uvêfU7roî) avec lequel il était en froid. Il tenait à rentrer en grâce auprès de lui parce qu'il s'était ruine en achats de livres et en impressions d'ou- vrages et que son oncle était riche. Sluse lui écrit qu'il a chargé Cencius . un libraire de Rome, de porter sa lettre à Holstenius en le priant de lui faire pari delà façon dont ce dernier la recevrait.
(2) La modestie que tous ses contemporains se sont plu à reconnaître dans Sluse éclate encore ici. Mais puisque son nom est inscrit sur son œuvre, il éprouve certain amour propre d'autcuret demande la correction des fautes typographi- ques qui se sont glissées dans l'impression.
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mularc non possum linea la Tiep/xus-ra» pro TrepiVurro», 31 ^-xah pro Kpvtri, qucc rogo ut corrigas antequam in eruditorum manus per- veniat , quamquam nnllum adeo ufcxa-ot fore arbitror, qui in illis typothetse ftiTtapUv non agnoscat. Si quid Roma accepero te statim certiorem faciam. Vale intérim, vir amicissime, meque amare perge
Virtutis tuœ observantissimum Renatum Franciscain Slusium. Leodii 10/i septembris oo I9CLX.
VII.
Clarissime et excellentissime Domine, Amice carissime.
Magna me molestia liberarunt jucundissimœ tuai datée vin hujus, quam, ut arbitror, jam perspexisti ex iis quae exeunte anno ad te scripsi. Gratulor itaque tibi felicem reditum inPatriamet quamvis iter pro voto non successerit , tanti tamen est vel aliquali jactura aulicorum fidem expertum esse. Habes lue exemplar literarum Cencii nostri verbotenus descriptum, ex quibus intelliges mentem tS hlvos non usque adeo a te alienam quam existimabas, exinde, ut arbitror , quod usus , setas aliquid adportet novi , aliquid amoveat, nosti cœtera. Respondebis fortasse ex eodem comico, simulare saltem esse bominis. Non existimo, et auctor essem (nisi quid tu, docte Trebati, dissentis) ut de rébus tuis per tepotius quam per alios certior fieret, ita enim rursus coalescere posset amicitia, quae nescioquo fato dissoluta est(i).Gratias ago quod Mesolabi mei exemplar ad virum amplissimura in Daniam miseris, quem non mediocriter eruditum ex ejus in musicos veteres notis agnovi (2).
(1) Slusc tâche de rassurer son ami au sujet des dispositions de son oncle (rS êuvo; et plus loin ô S-itos) à son égard, en s'appuyant sur la lettre de Ccncius qui suit la sienne.
(2) Quel est ce savant danois auquel Lambecius a envoyé le Mcsolubum la r éd., 1659] de Slusc? Sans aucun doute le célèbre Meibomius.
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Quamvis (quod tibi in aurem dictum sit . nihil enim viri existima- tioni detractum volo) in mathematicis Sculigero feliciorem non agnoscam. Non quidem ex ejus libro, quem videre liactenus non contigit, sed quod alium errores quibus scatet refellentem legerim. Rem intérim mihi gratissimam faciès, sitam illius quam Matbema- ticorum vestrorum de opusculo meo judicium perscripseris. Maxime si quid ipsis reprehensione dignum occurrat , beneficii enim loco ipsorum censuram accipiam. Exspectabo, quoniam pro bumanitate tua ita jubés, operum tuorum exemplar, ac simul si per occupa- tiones tuas liceat, auctorum ^ep/ xviftiots syllabum, qui in Biblio- theca tua asservantur. Utinam melioribus auspiciisprodeat in lucem secundus Hamburgensis Historiée liber (i), quam literariee primus, ne nobis sœpius illud Catulli exclamandum sit : 0 seeclum insipiens et inficetum ! Sed maxima Virtuti merces ipsa Virtus est, quae infra se despicit quidquid populus admiratur; àxx» <piXoro<pixs «xts. Reginam Suecorum Cbristinam aiunt Hamburgum brevi ventu- ram , qua occasione non dubito a te pro muneris tui ratione salu- tatum iri (2) . Ea de re si quid novi, tm ùpôêivye, ut ait Homerus, n'sr« km ijfcSy. Vale vir preestantissime meque ut facis ama
Tuum ex animo tui que observantissimum Renatum Franciseum Slusium. Leodii xvn anni gregoriani 00 IOCLXI.
(1) Sluse parle du principal ouvrage de Lambecius dont la 1re partie avait paru en 1652 sous le litre de : Origines Hamburgenses... ab urbe condila 808-lJ22o cumcollectionevariorum diplomatum, etc. La seconde partie allait paraître et Sluse fait des vœux pour son succès. Le titre fut : Rerum Hambur- gensium liber I, etc. Hamburgi 1661, cumvariis antiquis monumentis œri incisis.
(2) La reine de Suède avait une grande amitié pour Lambecius ; elle était elle-même fort instruite et protégeait les savants. Vers cette époque elle fit un court séjour à Hambourg et alla encore voir Lambecius la veille du jour où celui-ci quitta sa patrie par suite de difficultés' avec sa femme.
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Estratto d'una lettera del Signore Cenci .
Roma 18 septembris 1GG0.
Subito ricevuta la gratma sua Domenica doppo pranso 12 del présente andai a S. Pietroper fare riverenzaa monsignore Holstenio si corne feci doppo il vespro in Sagrestia con ogni comodita. Lo rivery da parte diVSmio signore significandoli tutto cio ch'ella mi significara nella sua , di poi facendoli leggere la sua medesima lettera. Non potrebbe credere VS quanto gusto hebbe Monsignore in sentire la mi a imbasciata e con quanto gusto ed attentione de verbo ad verbum lesse tutta quella lettera. Ma quello che e da notarsi in questo particolare sie che Monsignore sapevameglio tutto quello cbe s'apparteneva al signore Pietro Lambecio suo nipole cbe non lo sapevo io medesimo cbe li dovevo narrare , a segno che m'indovinava et preveniva tutto cio cbe li dicevo. Era infor- matissimo di tutte le cose date in stampa da lui, d'essere stato creato Rettore perpetuo dello studio d'Amburgo sua Patria, d'essere professore d'Historia nel medesimo et in particolare d'essere partito del PaeseetpassatoinFrancia, non sapevapero cbe fosse passatoper Liegi, cbe fosse trattenuto da VS qualcbe giorno di cbe bebbe con- tentostraordinario (1). Mi soggiunse cbe il signore Pietro passava in Francia a fine di pigliare in Pariggi il grado o la laurea delDottorato per potere in questa maniera precedere agli altri del suo Paese , essendo quella di Pariggi molto piu stimata cospicua. E diceva cbe il signore Pietro faceva questo percbe bavevagrandissimo spirito e sin dafanciullo l'aveva incontrato taie e questo lo replicopiudiquatlro volte, aggiungendo cbe intendeva lingua greca et allre prérogative, de quali tutte io li disse essere bene informato per quel poco tempo che io hebbi occasione di servire al signore Pietro, quando fu in Roma dieci o undici anni sono con l'introduttione di YS.
(1) Cette lettre de Cencius nous npprcnd que Lambecius avant de se rendre on France était venu voir à Liège son ami Sluse qui lui avait offert une amicale hospitalité.
— 105 —
Disse ancora clic délia laurcadelDottoratogia preso nesarebbeal certo stato avisato da varii vescovi o arcivescovi di Francia Ji qualj si trovavano alla corte in Pariggi e con iquali lui teneva continua corrispondenza. Questo quanto al signore Pietro. Entro poi nella persona di VS non potendosi satiare di lodarla.
VIII.
Excellentissime et clarissime Domine , amice carissime.
Accipe aliud Cencianarum literarum exemplar cui Mercurium mage propitium opto, quam prius expertum est (i).Scripseram in literis quœ perierunt , consultum mihi videri ut rerum tuarum i B-tlos a te potius quamab aliis notitiam acciperet; hoc enim modo fatalem illam rixam facillime componi posse. Gratias egeram quod Mesolabi mei exemplar ad virum eruditum in Daniam misisses , cujus opéra quidem geometrica non vidi, sed quem in illis non satis felicem ex aliorum reprebensionibus agnovi. Petieram etiam ut tam illius quam Mathematicorum vestrorum de libello meo judicium ad me transmitteres ; maxime si quid vestra censura dignum occurreret, quam gratissimo semper animo excipiam. Et simul etiam rogaram ut cum operum tuorum exemplari , quod mihi humanissime obtuleras , librorum chemicorum qui apud te sunt , catalogum transmitteres. Hœc est summa eorum quœ prio- ribus literis continebantur. Eadem nunc a te peto (quod tamen tuo commodo fiât) et operam meam si quid vel bic vel Romœ res tuas promovere possit, tibi ex vetere formula, do, dico , addico. Plura non addam , scire enim te arbilror, quam sim et esse porro velim,
Vir Tr<*.vv çlxrxrt ,
Tuus ex animo Renatus Franciscus Slusius. Leodii vma febr. gregor. ocIOCLXI.
(i) Sluse croyant la lettre précédente et l'extrait de celle de Gencius égarés avant d'être parvenus à Lambecius, envoie à ce dernier une nouvelle copie de la lettre de Gencius et résume la sienne.
M
— 106 — IX.
Excellentissime et Clarissime Domine , Amice Carissime.
Ternas jam ad te scripsi datas 24 janrii 3a et 4t0 hujus nec satis mirari possum , me nihil a te responsi accipere , cum in primis ac postremis exemplar literarum Cencii nostri incluserim (i). Vereor itaque ne in itinere perierint, jactura non magna, ut intelliges ex epistola quam heri Roma accepi et qua; me mirum in modum afflixit. Scribitur ad me avunculum tuum secunda hujus circa vesperam mortalitatem explevisse, hœrede instituto cardinale Barberino (2), rehctisetiamserenissimœ Suecorum Régime codicibus aliquot manuscriptis, quos, si ita videretur, publici juris faceret. Nisi mihi multis experimentis perspecta foret animi tui constantia, vererer ne hic casus tam inopinatus omnino te dejiceret : ita rationes omnes nostras conturbavit. Sed novi quam soleas morta- litatis nostra; vices oculo irretorto intueri nec perturbari iis quœ vitare potestatis nostrœ non est. Virtute itaque tua te involve. Lambeci carissime, et fer, ut soles, fortiter hune casum meque perenni et sincero affectu crede
Tuum tuique observantissimum Renatum Franciscum Slusium.
Leodii xxv febr. gregor. ce IDCLXI. Hamburgum.
(i) Code lettre fait supposer que les précédentes étaient parvenues à leur adresse, mais que Lambecius n'y avait pas répondu. Leur présence dans cette collection semble du reste le prouver. Sluse les croyant perdues dit qu'il n'y a pas grand dommage puisqu'elles avaient pour but de rassurer Lambecius à l'égard des dispositions de son oncle , et que par la présente il lui apprend la mort de ce même oncle.
(2) Le cardinal Barberini héritier de L. Holslenius lui fit élever un superbe monument dans l'église germanique à Borne. Le dessin de cette tombe avec l'épitaphe qui l'accompagne se trouve dans le Liber primus Commentariorwn du August. Bibliotheca Vindobonensi de Lambecius, édit. de I72G.
— 107 — X.
Excellentissime et Clarissime Domine, Amice carissime.
Quos ad me dederas 1G febr. bona fide tabellarius reddidit, sed responsum hactenus distuli quod expectarem , ut jusseras, libro- rum Ktfi Mpi** syllabum , eum ecce alias 9/19 hujus datas nudius tertius accepi. Fateor errasse me quod egere Te consolatione cre- diderim : ignorabam enim quibus officiis demereri virum, et fero- cientis impôt en tiam lenire tentasses. Sed quoniam implacabilem semper ac terribilem se prabuit, axXœurTov eum manere scquuni censeo, tibique accedo. Valeat itaque eum opibus et Bibliotheca illa ingenti , quam si quid aliud , ad Te pervenire optassem : et non sine spe successus , quamvis aliter tibi videatur, si vita super- faisset, omnibus modis conatus essem. Sed hœc bactenus. Petieram a te nuper ut quid de Mesolabo meo geometrœ vestri existima- rent , me certiorem faceres ; concède igitur boc mibi , maxime si quid in eo desiderent; ipsis enim quantum per occupationes lice- bit, me facturum satis sincère polliceor. Serenissimam Christinam etiam ad vos venturam inaudiveram, sed nunc adhuc in Suecia morari intelligo. Si quid intérim hac de re vel similibus occurrat , fac quœso me participem et maximopere obligabis,
Excellentissime et clarissime Domine, Tuuni tuique observantissimum Renatum Franciscum Slusium.
Leodii 19/29 martii x ÏOCLXI. Ilamburoum.
XI.
Excellentissime et Clarissime Domine ,
Amice carissime. Diu est ex quo niliil a te lillerarum accepi, nec in silentii lui
— 108 —
caussas curiosius inquiro, securus de tuo in me afTectu, sed nolui
occasionem, quamvis leviculara, omittere ad te scribendi , quœ ex
Sarravii Epistolis nibil taie cogitanti sese obtulit. Volui enira te
certiorem facere, rediisse illas ad me quasi postliminio postquam a
te jam ab aliquot mensibus, ut existimo, jactura non magna abs-
cesserunt. Nuper ex Patriciis nostris unus Parisiis redux, ad idem,
qno tu ut arbitror usus es, hospitium Sedani divertit , ibiquelibrum
es inscriptione nominis mei agnitum ab bospite non invito recepit
meœque bibliotbccse restituit. Erit itaque mibi eo nomine commen-
datissimus, quod aliquando tuus fuerit, nisi fortasse cupias eum tibi
remitti; enitar enim, si vel minimo ejus desiderio tenearis, ut
prima occasione ad te perferatur.
Quale Ktt/tt^iov lateat in schedis quas avunculus tuus serenis-
simee Suecorum reginœ legavit, scire avérera et an non bœc tui
quoque notitiam babeat, saltem ex libris, quos jam publici juris
fecisti. Vellem enim omnibus et principibus maxime, œque ac
mihi perspectam esse animi tui virtutera. Vale vir amicissime
meque amare porro perge
Tui observantissinum
Reuatum Franciscum Slusium.
Leodii xxix Maii juliani x IOCLXI.
Hamburffum.
Ml.
Clarissime et excellentissinic Domine , amice carissime. Dolui suramopere occasione tam tristi interceptum fuisse commer- cium nostrum literarium. Dolui , inquam, tui qui talem fratrem 1 1)
(i) Jean, frère aîné <le Pierre Lambecius, reeul le 10 janvier lfi(>0 à Padoue le grade de docteur en philosophie ei en médecine e! mourul à Hambourg, le -4 niai 1661 '! ilken's Leben îles Petrus Lambecius, p. \\ty.
— 109 —
amiseris et illius causa,, qui in juventutis flore preeter alias dotes quaspossedit, etiam medicinœDoctor decessit : prœclaro documento ne quis arti nimium confîdat vel aetati.
E ft7Ttii ctâios tiTaf, os it viorf)Ti ftctfetvB-ttf Ex<Pvyi t»}» Siéra) S-ucro-o* ùhiTpuTvtfi*.
Rediret ad te è JpeurtTus (1) tuus cum hoc tabellario, nisi veritus essem, ne nimis illius peram oneraret ; majoris enim visus est molis, quani ut in Epistolre modum corapingi se pateretur. Veniet autem cum ipsi viam ostenderis, quam tuto sequi possit ; arbitrer enim apud vos esse, qui ex hac patria (parte?) merces ac similia advehi curent. Illorum uni tradetur statim ac monueris, cujus fidem et amicitiam perspectam babeas. De itinere Romano quid dicam (2)? nosti enim aulne mores et quid in illa viro litterato prœsertim extraneo spe- randum sit. Satis autem mirari non possum quod, siRomam cogitas, Serenissimam Reginam , etiam quaesita occasione, non salutaveris ! Quam enim meliorem nancisci posses eo proficiscendi? Maxime cum iis artibus instructussis, quibus impense delectatur. Nec quidquam me movent quos avunculus de te forsitam habuit, sermones; eorum enim malignitatem facile tua prœsentia dissipabis. Si quid intérim vel consilio vel opéra juvare possim , me totum tibi offero , eo affectu quo fui liactenus et esse porro pergam
Clarissimo et excellentissimo nomini tuo addictissimus, Renatus Franciscus Slusius.
Leodii vin julii gregoriani xIOCLXI, Hamburgum.
(1) Le livre que Lambecius avait oublié dans une auberge à Sedan et auquel Sluse fait allusion dans la lettre qui précède.
(2) Lambecius ayant contracté beaucoup de dettes à Hambourg et ayant fait un mariage malheureux (V. l'introduclion) , avait de nouveau formé le projet de quitter sa pairie et de chercher fortune à Rome. Avant d'exécuter son des- sein il avail vraisemblablement demandé conseil à .sluse. Voir la lettre xni,)
— 110 — XIII.
Clarissime et Excellentissirae Domine, Amice carissime.
Litterarum comraercium necate excipio (exigo?) cum occupationes tuas sciam, neque etiam negligentiai' nomine aecusari metuo cum meas non ignores, prœsertim cum amicitia nostra solidiore funda- mento nitatur quam uteam opus sit hoc tibicine fulciri. Officii tamen mei esse duxi hoc anni novi principio, eum Tibi faustum ac felicem apprecari, neque hunctantum, sed longam etiam aliorum pari feli- citate succedentium seriem, quam bono publico, ut facis, impen- dere valeas. Nundinœ Francofurtenses ultimse, quarum catalogum habui, nihil a te recenter editum prœtulerunt. Pollicitus tamen fueras alteram Hamburgeiisis Historite parlem et alia quœ avide expectabam. Faciès igitur cum tibi commodum erit, me certiorem, quid studiis tuis remoram injecerit et an iter Romanum adhuc in animo habeas, de quo meam tibi sententiam candide «*/ tptxlu; aperueram, sed quid statueris, hactenus non signilicasti(i). Intérim
(i) Au moment où Lambecius recevait ces dernières lettres de Sluse, il se trouvait dans une position fort critique; obligé de quitter Hambourg, il ne savait où aller chercher un emploi. C'est sans doute pour ce motif qu'il ne répondait plus à son ami. Celui-ci de son côté doit encore lui avoir envoyé au moins deux lettres datées des 7 et 8 janvier 1662. En effet, lorsque Lambecius, établi à Vienne, adressa à Sluse la longue lettre dont nous avons parlé dans l'introduc- tion, il cite ces deux dernières et reproduit deux épigrammes que son ami lui avait adressées. Les voici :
Perfugium Musis, quo non prsestantius ullum
Sol oriens terris , sol videl occiduus , Lambecium, Rcgina, meum qua) sortis iniquec
Casibus , et trisli subtrahis invidia- , Ecce tuas docto jam promet pectore laudes ,
Praemia virlutis qualiacunque Tuœ :
— 111 —
ubicunque terrarum erimus ambo, non desinana Te eodern seraper affect u prosequi , et si quœ dabitur occasio opère testari , esse me ex animo
Tuum tuique observantissiraum Renatum Franciscum Slusium. Leodii m kl. Xbris anni gregor. oo IOCLXI. Hamburgum.
Illa quidem superal quidquid sublime vocamus , Atque sibi pretium dicere sola potest ;
Sed tamen hic reddet mortalcs qualia possunt Prœmia. Sic Superis thura minuta damus.
Xuioi pot , à Ato-7rotvci , tiov KÏ.io? a7ror' cXutui ,
BULLETIN
DE
L'INSTITUT ARCHÉOLOGIQUE LIÉGEOIS.
BULLETIN
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LIÉGEOIS.
TOME VI. DEUXIÈME LIVRAISON.
LIEGE
IMPRIMERIE DE L. GRANDMONT-DONDERS , LIRRAIRE 18 6 4
LE
LIBER GARTARUM EGCLESIE LEODIENSIS
NOTICE SUR CE CARTULAIRE.
Dans le moyen-ûge, on donnait généralement le nom de charte, en latin carta (papier, parchemin), à tout écrit, privé ou public, formant titre d'un droit ou d'une possession.
Toutes les corporations religieuses avaient leurs chartes , fondement de leurs richesses et de leurs privilèges. Elles étaient intéressées, on le comprend, à les conserver avec un soin extrême.
L'Église de Liège avait des chartes très anciennes et d'une
H:
grande importance. Les principales émanaient des rois francs mérovingiens et carolingiens (1).
Au printemps de l'année 882, les Normands envahirent le pays. Ils s'emparèrent de la cité de Liège (2). Après l'avoir livrée au pillage, ils mirent le feu aux principaux édifices (3). Le mo- nastère de S'-Lambert fut presque entièrement consumé (4) ,
[i) Parmi ces documents anciens, il y avait, paraît-il, une charte d'im- munité de Chic-vis, roi des Francs (de Tan G93?). Le chanoine Nicolas en parlait, en 1120, comme s'il en avait une copie sous les yeux , et il assure que l'original se trouvait dans le chartrier de S'-Lambert : Quod privilcgium usque hodie apud nos conservari non dubium est. (Dans le Gesta Pontificum Leodiensium, 1. 1, p. 380.) Ce rescrit ne pouvait plus exister en 1120: comme tant d'autres , il avait dû être anéanti en 882. Ce qui le fait croire , c'est qu'aucun diplôme du dixième et du onzième siècles ne le confirme ni n'en lait la moindre mention.
(2) Nordmanni... Leodium civitalem, Trajectum castrum , Tangrensem urbem , incendio cremant, écrit un contemporain, Réginon, abbé de Prùm. (Dans le Monumcnta Germaniae historica, t. I, p. 393.)
(3) Normanni Leodium violenter irruperunt , et municipiis eff'ractis atque cumbustis , civibus ctiam immoderata caede (usis, et substantiis eovum sublalis, etc. (Gilles d'Orval , dans le Gesta Pontificum. Leodien- sium, t. I, p. 123. )
(4) Normanni... incensas haberent , et monasterium sancti Landberli in Lcudico. (Hincmari Remensis Annales, dans le Monum. Germaniae iuslor., t. I, p. Mi.)
Depuis l'an 709, des chanoines réguliers desservaient l'église S'-Lambert, et c'est pour cette raison qu'elle était appelée monastère. On la désignait déjà ainsi vers 71a, car des Écossais, qui venaient en pèlerinage à cette église, s'écrièrent en débouchant de la vieille chaussée de Tongres : « Nous voici enfin au terme de notre voyage, voilà Liège, voilà le monastère S'-Lam- bert! » Cumgue jam pervenissent ad descendum montis ,... et videntes civitatem monasteriumque sancti Lamberti marlyris, clamaverunt ad al- terutrum : Ecce Leodium , ecce monasterium sancti Lamberti , cece pros- pérant fecit Dominas iter nostrum ! {Fila sanctae Odae , dans Y.lcta Sanc- torum Betgit , t. VI, p. 62i.)
— 415 —
et toutes ses chartes, sans aucune exception, furent dé- truites (i).
L'Église de Liège se vit ainsi privée des titres originaux qui lui assuraient la possession de ses biens et de ses immunités. Elle sut pallier, en partie, les fâcheuses conséquences de cette perte. En 980 d'abord, et postérieurement, elle obtint des em- pereurs d'Allemagne des diplômes qui confirmaient, dans tout leur contenu, les chartes octroyées par les rois francs caro- lingiens, Pépin le Bref, Charlemagne, Louis le Débonnaire, Lothaire et Charles le Chauve (2).
(1) Des manuscrits et des actes antérieurs à cette néfaste année, il ne resta rien. Nulla supersunt hodie publicae ficlei monumenla, dit Fisen , Historia Ecclesiae Leodiensis, t. I, p. 119. C'est ce qui fait que pour les époques antiques de notre histoire on ne possède point de matériaux , déficiente maleriâ et forte archivis Ecclesiae Sancti Lamberti Normanno- rum persequutione deperditis , remarque également Chapeauville , Gesta Pontif. Leod., Praefatio , t. I, p. 5.
Rien donc de moins authentiqué que les trois diplômes antérieurs à 882, qui doivent avoir été accordés à l'Église de Liège , le premier en 827 , le deuxième en 832, le troisième en 841. Cela est si vrai , que l'original du premier, qui se conserve aux archives de la province, est une contrefaçon inintelligente des rescrits de Louis le Débonnaire. — Ces trois pièces ont dû être fabriquées , sans doute à l'occasion d'un procès, avant 1185, car on les trouve dans le Liber Ca^larum Ecctesie Leodiensis, nos 29, 136 et 50. Chapeauville a publié les deux premières dans le Gesta Pontif. Lcod., t. I, p. 147 et 154.
(2) Dans le diplôme de 980, le jeune Otton II a la bienveillance de déclarer qu'il a vu les chartes des rois francs carolingiens, et que son père les avait déjà confirmées , ce dont on ne voit nulle mention dans l'histoire. Quod venerabilis episcopus Leodicensium Notkerus precepla quedam nostris oblulit obtutibus , que ab antecessoribus nostris Pipino , Karolo , Luduico , Lotliario et item Karolo regibus Francorum coltata erant ecctesie sancic Marie et sancti Lamberti , et insuper a paire nostro Ottone imperatore confïrmata, super universas possessiones ejusdem matris ecclcsie, etc. (Dans
— 116 —
Les archives de l'Eglise de Liège étaient conservées à la cathédrale. En 1185, le dimanche 28 avril, un incendie détrui- sit ce vaste édifice. La librairie et le chartrier eurent beaucoup a souffrir de ce désastre : l'un et l'autre furent, en quelque sorte, anéantis (i).
le Liber Çartarum Ecclesic Leodiensis , nn 24, et, assez incorrecte- ment, dans le Gcsta Pontif. Leod., t. I, p. 209.) La même contirmation , conçue dans les mêmes tenues, reparaît dans des diplômes de 1006, iêlO et 1155.
On ne perdit jamais la mémoire des diplômes de Charlcmagne, par les- quels il concédait des libertés à la cité de Liège et des immunités à l'église S'-Lambert. Toutes les chroniques en ravivent à l'cnvi le souvenir. Carokts multis privilegiis Ecclcsiam et Patriam Lcodiensem nobilitavit ac iiberam reddidit. {Vêtus catalogus Episcoporum leodiensium , ms. de la Bibliothè- que de l'Université, n° 39, fol. 138, etc.) Gilles d'Orval , qui florissait vers J225, se garde bien de dire que les chartes du grand roi sont détruites , car il écrit: Sicut testantur privilégia a rege Caroio collata. ( Dans le Gcsta Pontif. Leod., t. I, p. 149.) Au XVIIe siècle encore, on se plaisait, à croire que le chartrier de S'-Lambert récelait le diplôme par lequel Charles avait « accordé des Franchises et des Privilèges aux Bourgeois de Liège , » comme s'exprime Bouille , Histoire du Pays