GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE GÉOGRAPHIE DE L'EUROPE Complète en 5 volumes Tovr 1“ : L'EUROPE MÉRIDIONALE Nouvelle édition, revue et corrigée (GHÈGE, TURQUIF, PAYS LES BULGARES, ROUMANIE, SERBIE ET MONTAGNE NOIRE, ITALIE, ESPAGNE ET PORTUGAL) contenant 6 cartes en couleur, 178 cartes dans le texte et 8 vues et types gravés sur bois, 50 fr. Toyr Il : LA FRANCE Nouvelle édition, revue et corrigée contenant une grande carte de la France 10 cartes en couleur, 218 cartes dans le texte et 87 vues et types gravés sur bois, 50 fr. Tose Il : L'EUROPE CENTRALE (SUISSE, ADSTRO-HONGRIE, EMPIRE D'ALLEMAGNE) contenant 10 cartes en coùleur, 220 cartes dans le texte | et 78 vuesetitypes gravés sur bois, 30 fr, | Tous IV : L'EUROPE SEPTENTRIONALE | (NORD-OUEST : 5ELGIQUR,NOLIANDE, ILES BRITANNIQUES) | contenant 7 cartes en couleut;,210 cartes dans le texte | et 81 vues et types gravés sûe bois, 30 fr. l Tour V : L'EUROPE SCANDINAVE"ET RUSSE contenant 9 cartes en couleur, 201 cartes dans le texte et 76 vues et types gravés sur bois, 30 fr. GÉOGRAPHIE DE L'ASIE Complète en 4 volumes Toye VI : L'ASIE RUSSE (CAUCASIE, TURKESTAN ET SILÉRIE) contenant 8 cartes en couleur, 181 cartes dans le texte et 88 vues et types gravés sur bois, 30 fr. Towe VII : L'ASIE ORIENTALE (EMPIRE CHINOIS, CORÉE ET JAPON) contenant 7 cartes en couleur, 162 cartes dans le texte et 90 vues et types gravés sur bois, 30 fr. GÉOGRAPHIE Toys VIII : L'INDE ET L'INDO-CHINE contenant 7 cartes en couleur, 204 cartes dans le texte et 84 vues et types gravés sur bois, 50 fr. Tour IX : L'ASIE ANTÉRIEURE (AFGHANISTAN, BÉLOUCIISTAN, PERSE, TURQUIE D'ASIE ARABIE) contenant 5 cartes en couleur, 166 cartes dans le texte et 85 vues et types gravès sur bois, 30 fr. DE L'AFRIQUE Complète en & volumes Tour X : L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE (1 Partie : BASSIN DU NIL SOUDAN ÉGYPTIEN, ÉTHIOPIE, NUBIE, ÉGYPTE contenant 3% cartes en couleur, 111 cartes dans le texte et 7 vues et types gravés sur bois, 20 fr. Toye XI : L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE (2* Partie : TRIPOLITAINE, TUNISIE ALGÉRIE, MAROC, SAHARA) contenant 4 cartes en couleur, 160 cartes dans le texte et 83 vues et types gravés sur bois, 30 fr. GÉOGRAPHIE Toys Nil : L'AFRIQUE OCCIDENTALE | (ARCHIPELS ATLANTIQUES, SÉNÉGAMBIF, SOUDAN OCCIDENTAL) | contenant 5 cartes en couleur, 126 cartes dans le texte et 65 vues et types gravés sur bois, 25 fr. | | TouE III : L'AFRIQUE MÉRIDIONALE | | (ÎLES DFE L'ATLANTIQUE AUSTRAL, GABONIE, ANGOLA CAP, ZAMBÈZE, ZANZIWAR, CÔTE DE SOMAL) contenant 5 cartes en couleur, 190 cartes daus le texte } et 78 vues et types gravés sur bois, 50 fr. DE L'OCÉANIE Complète en 1 volume TouE XIV : L'OCÉAN ET LES TERRES OCÉANIQUES (ÎLES DE L'OCÉAN INDIEN, ENSULINDE, PHILIPPINES, MICRONÉSIE, NOUVELLE-GUINÉE, MÉLANÉSIE, NOUVELLE-CALÉDONIE, AUSTRALIT V'OLYNÉSIE) contenant 4 cartes en couleur, 205 cartes dans le texte et 83 vues et types gravés sur bois, 50 fr. GEOGRAPHIE DE L'AMÉRIQUE # Complète en 5 volumes Tour XY : L'AMÉRIQUE BORÉALE {GROENLAND, ARCHIPEL POLAIRE, ALASKA, PUISSANCE DU CANADA TERRE-NEUVE) contenant £ cartes en couleur, 165 cartes dans le texte et 56 vues ou types gravés sur bois, 95 fr, Tour XVI: LES ÉTATS-UNIS contenant une grande carte des États-Unis, 4 cartes en couleur, 194 cartes intercalées dans le texte et 65 vues ou types gravés sur bois, 25 fr, 96519. — Paris. Imprimerie Toy XVII : LES INDES OCCIDENTALES (MEXIQUE, ISTHMES AMÉRICAINS, ANTILLES) contenant 4 cartes en couleur, 191 cartes dans le texte et 64 vues et types gravés sur bois, 50 fr. Tous XVIII : L'AMÉRIQUE DU SUD (LES RÉGIONS ANDINES : TninibaD, VÉNÉZUÉLA, COLOMMIF, ÉCGUADOR, PÉAOU, BOLIVIE ET CHILI) contenant 4 cartes en couleur, 157 cartes intercalées dans le texte et 64 vues on types gravés sur bois, 25 fr. Lanvre, rue de Fleurus, 9. LE MAGNE) ans le texte 30 fr. ONALE ITANNIQUES) lans le texte 0 fr. T RUSSE ans le texte O fr, HINE ans le texte 50 fr. RE JE D'ASIE ans le texte 0 fr. TALE OCCIDENTAL) lans le texte 25 fr. NALE | ANGOLA L) dans le texte 30 fr. E, AUSTRALIF fr. ITALES LES) dans le texte 30 fr. SUD ÉLA, COLOMHIF, 1) tercalées dans bois, 25 fr. Le MR CO TE NOUVELLE AGÉOGRAPHIE | UNIVERSELLE LA TERRE ET LES HOMMES ÉLISÉE RECLUS XIX AMÉRIQUE DU SUD L'AMAZONIE ET LA PLATA GUYANES, BRÉSIL, PARAGUAY, URUGUAY, RÉPUBLIQUE ARGENTINE CONTENANT ÿ CARTES EN COULEUR TIRÉES A PART 169 CARTES INTERCALÉES DANS LE TEXTE ET 62 VUES OU TYPES GRAVÉS SUR BOIS : PARIS 4 LIBRAIRIE HACHETTE ET €" 79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79 1894 Droits de traduction et de reproduction +éser véa À | Le se | es troi à anglais, . ontact | #1 | ut cmp s du gran ppliqué pions Roque n ls pas d and ar P1 Ilenri A XD NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE LIVRE XIX ET DERNIER L'AMAZONIE ET LA PLATA CHAPITRE PREMIER LES GUYANES VUE GÉNÉRALE Le sens géographique du mot Guyane s’est modifié diversement pendant es trois derniers siècles. Lorsque les premiers voyageurs, espagnols, glais, hollandais, visitèrent les bords de l'Orénoque, ils se trouvèrent en pntact avec des Indiens Guayanoas, Guayanas où Guayanazes, dont le nom ut employé, d'une manière vague, pour tout le territoire occupé au sud du grand fleuve. D'ailleurs, ce mot se reproduit sous différentes formes, ppliquées soit à des tribus indigènes, soit à des cours d’eau, en plusieurs fgions du continent : les Ouaraoun ou Guaraunos du delta de l’Oré- doque ne seraient-ils pas des Guayanos, les Roucouyennes ne se disaient- ls pas des Ouayana, et cette appellation n'est-elle pas aussi celle d'un and arbre, protecteur mythique de la tribu'? Enfin, le haut rio Negro, 1 Ilenri À. Coudreau, Notes manuscrites, XIX. 2 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. dans la partie supérieure de son cours, à la descente des contreforts andins, n'est-il pas connu sous le nom de Guainia, vocable indien iden- tique à celui de Guyane? Une des coulées du littoral, entre l'Essequibo et le delta de l'Orénoque, est aussi dite Waini ou Guainia. Dans son acception première, la dénomination de Guayana ne compre- nait point les régions du littoral atlantique auxquelles on donne aujour- d'hui spécialement le nom de Guyane. Correspondant à la région dite aujourd'hui Guayana Venezolana, la Guyane ne s'étendait pas au delà du vaste hémicyele formé par le haut Orénoque; mais peu à peu, dans la lerminologie géographique, le mot prit une plus grande extension, pour embrasser d'abord les terres brésiliennes que longent au sud le rio Negro et l'Amazone, puis les versants orientaux des montagnes connues jadis d'une manière générale comme la Serra de Parima et désignées d'abord sur les cartes sous le nom de Caribane, c'est-à-dire « pays des Caraïbes Ainsi comprise, la Guyane constitue une part bien déterminée de lAmc- rique du Sud: tout l'espace ovalaire, d'une superficie d'environ 2 millions de kilomètres carrés, que le cours de l'Orénoque, ceux du £assiquiare, du rio Negro et du bas Amazone séparent de la masse continentale, On à donné le nom d'île à cette grande province de l'Amérique méridionale: mais il ne s’agit point ici d'une « île » véritable, dont les navires puissent faire le tour par escales régulières, Elle le deviendra probablement un jour, grâce aux canaux creusés par l'homme: actuellement, les rapides fameux d'Aitures et de Maipures sur l'Orénoque, ceux du Cassiquiare et du haut rio Negro, obligent les bateliers à débarquer leurs marchandises, et l'humble tralie de la région des seuils se fait par les portages. En usant des moyens de communication les plus rapides, le voyageur favo- risé par les circonstances emploierait actuellement au moins trois où quatre mois pour faire la cireumnavigation de la Guyane‘. Au point de vue géologique, cette Guyane est aussi une ile, un massif distinet de granit el autres roches éruplives, émergé depuis l'époque des trias”, L'ovale insulaire se diviserait naturellement en quatre parties à peu près égales, par deux lignes se coupant à angle droit, celle des arêtes de montagnes presque parallèles à l'équateur qui se dirigent du seuil de partage, près du Cassiquiare, vers le musoir septentrional de l'estuaire amazonien, et la dépression transversale, où coulent d'un côté l'Esse- quibo, de l'autre le rio Branco. Mais les puissances conquérantes du Richard Schomburgk, Reisen in Brilisch Guiana : — Menri A. Coudreau, Notes manuseriles # Ch. Vélain, Bulletin de la Société Géologique de France, Séance du 5 mars 1879. Portug: “sur le eucs en con nat que mèl ave en tre end baigna rubis : ses trés ke presen( gne, à la Guy: europée contreforts adien iden- l'Essequibo ne compre- ne aujour- région dite au delà du eu, dans la nsion, pour le rio Negro nuues jadis nées d'abord Caraïbes e de l'Amc- n ? millions ssiquiare, du ntale. On à méridionale: ires puissent ablement un les rapides assiquiare el tarchandises, portages. En ageur favo- ins trois où Au point de * distinct de trias”. es à peu prés es arètes de du seuil de de l'estuaire côté l'Esse- quérantes du les manuseriles 1879. ILE DES GUYANES. 3 continent américain ne pouvaient tenir compte de cette segmentation naturelle du territoire, les colons européens n'ayant eu d'accès facile que sur le littoral et les rives des grands fleuves. Déjà à quelques kilo- mètres des côtes, les terres de la Guyane restaient inconnues; des aventuriers pénétrèrent au loin dans les forêts et les savanes, mais sans en rapporter de documents précis : des régions montagneuses du cen- tre on ne sut rien que des mythes. Là aussi, comme en tant d'autres endroits de l'Amérique, était censé vivre un roi « Doré », el Dorado, se rubis : N° 1. — ILE DES GUYANES. Quest de Greenwich C Perron 1: 20000 000 PEN TA 800 kil mere LU baignant dans l'or liquide, vivant dans un palais d'émeraudes et de on tenta maintes fois d'aller à sa découverte pour enquérir ses trésors, mais l'exploration sérieuse n'a commencé que pendant le sièele présent. Le partage s'est done fait du pi irtour vers l'intérieur. L'Espa- ge, à laquelle a succédé la république du Venezuela, s'empara de toute la Guyane du nord et de l'ouest, le long du croissant de l'Orénoque ; le Portugal, dont hérite le Brésil, s'attribua la partie des Guyanes situées sur le versant de l'Amazone : il ne resta pour les autres puissances européennes que le littoral maritime compris entre les deux régions Qdes embouchures, delta de l'Orénoque et estuaire de l'Amazone, Aux 1 4 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. établissements de la côte, les Anglais, Hollandais et Français, qui s'étaient déclarés maîtres et conquérants, ajoutèrent jusqu'aux arêtes inconnues des monts tous les bassins fluviaux dont ils possédaient les embouchures, et ces trois domaines coloniaux constituent le territoire désigné d’une manière spéciale sous le nom de Guyane. Toutefois les frontières en sont encore flottantes. Au sud, les faites de partage n'ont pas été reconnus dans leur longueur et toute leur com- plexité; en outre, les voyages qui ont eu lieu ne se sont jamais faits sous la direction d’arbitres chargés de la délimitation précise des territoires entre les États. À l’ouest et à l’est, les incertitudes sont d'autre nature : à des districts d'étendue considérable restent encore terre débattue. La Grande-Bretagne prétend avoir droit, non seulement à tout le versant de l'Essequibo, mais en outre à une partie du bassin supérieur du rio Branco, que réclame aussi le Brésil. À l'égard du Venezuela, elle se montre plus exigeante. Ayant déjà poussé les frontières de sa colonie jusqu'à la lèvre méridionale d'une des grandes bouches de l'Orénoque, par la coulée de l’Amacuru, elle s’est également emparée d’une partie fort riche en alluvions aurifères de la vallée du Cuyuni : l’ensemble du territoire débattu, qu'ont parfois ensanglanté les conflits des nationaux respectifs, comprend une superficie supérieure à celle du domaine attribué sans contestations à l'Angleterre. A l’autre extrémité des Guyanes, la France dispute au Brésil une région évaluée en étendue à la moitié de la super- licie du territoire français : c’est une longue bande du versant atlantique amazonien, comprise entre l’Araguari et le rio Branco. Les pays contestés, à l'ouest, à l'est et au sud, forment autant de domaines politiques distincts dans l’ensemble de l’île guyanaise". Les diverses Guyanes ont une grande ressemblance, une physionomie générale commune par la nature et l’étagement des roches, l'orientation et le régime des cours d'eau, les apports et érosions du littoral, la direction des courants maritimes, les phénomènes du elimat, la répartition des ‘ Superficie des diverses Guyanes : Guyane contestée entre Venezuela et Grande-Bretagne. 130 000 kil. carrés, Guyanc anglaise, y compris le «contesté » brésilien. 120 000 » Guyane hollandaise, , , . . , . re . « , 120 000 » Guyane française, . . , . . . , . . , . . , . . 81 000 » Guyane contestée entre Brésil et France. . . . . . . 260 000 » Ensemble (d'après H, Coudreau). . . . . . . . 714000 kil. carrés. Mo la € qu’ mêt VOy: dep déb: leur bor et l’ voya de espa, repr mon( noqu la Gt 0 quan l'Am Enco l'Essd À la vil se fir les ti ‘Ce ui s'étaient inconnues bouchures, igné d'une es faites de leur com- faits sous la toires entre nature : là ébattue. La e versant de _rio Branco, montre plus qu'à la lèvre a coulée de rt riche en du territoire x respectifs, attribué sans s, la France de la super- nt atlantique ys contestés, ues distincts physionomie orientation et la direction partition des arrés, PE on Er EXPLORATION DES GUYANES. ÿ espèces végétales et animales, le groupement des tribus indiennes. C’est à l'intervention de l'homme que sont dus les principaux contrastes des divers États coloniaux soumis par l'action des gouvernements d'outre-mer à des conditions économiques et sociales différentes. De nombreux voya- geurs, volontaires ou bien envoyés par la mère patrie, ont étudié spécia- lement telle ou telle vallée, tel district de culture ou de mines, et raccordé leurs itinéraires à ceux des explorateurs qui ont traversé la con- trée de l'un à l’autre versant ou des bords de l'Orénoque à ceux de l'Amazone. Grâce à ces travaux collectifs, on peut déjà tracer un tableau général de la nature des Guyanes. La première connaissance du littoral fut acquise au commencement du seizième siècle, en 1500, par le navigateur espagnol Vicente Yañez Pinzon, le compagnon de Christophe Colomb dans la découverte du Nouveau Monde. Ayant abordé les côtes du Brésil, à l’est de l'Amazone, il traversa la « mer douce » de l'estuaire et longea les côtes basses des Guyanes jus- qu'à l'Orénoque. Diego de Lepe et autres marins cinglèrent dans la même partie de l'Océan, mais près d’un siècle se passa sans que des voyageurs ou colons européens pénétrassent dans l'intérieur des terres depuis longtemps aperçues du large. Sans doute quelques Espagnols débarquèrent sur les côtes voisines de l’Orénoque, puis des Hollandais leur succédèrent et, dès 1581, cherchèrent à s'établir solidement aux bords du Demerara pour traiter avec les indigènes. Le goût des aventures et l'espoir de découvrir les trésors de l'Homme Doré attirèrent aussi les voyageurs blancs, car, en 1596, l'Anglais Keymis, reprenant la tentative de son compatriote Raleigh dans | « empire de Guaya », la Guyane espagnole, essaya de découvrir le grand lac Manoa, que la carte de Raleigh représentait comme ayant à son extrémité orientale « la plus vaste cité du monde‘ ». Mais il prit une autre route : au lieu de suivre la voie de l'Oré- noque, il remonta la rivière Oyapok, dans la contrée qui est devenue la Guyane française. En 1688, la Motte Aigron remonta l'Oyapok, à « cin- quante lieues » de la mer, dans l'espoir déçu de gagner les rives de l'Amazone et peut-être de trouver en route la fameuse région de l'or. } Encore en 1739, Nicolas Hortsmann, suivant un autre chemin, celui de l'Essequibo, pénétra fort loin dans l'intérieur, sollicité par le mirage de la ville aux toits de métal précieux. Mais les origines de la colonisation se firent par le commerce. Une fois campés sur le littoral guyanais, les traitants de diverses nations se disputèrent les domaines conquis, ! Geographical Journal, February 1890. 6 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. et les gouvernements d'Europe se mélèrent à ces rivalités par des entre- prises de guerre et de pillage : peu à peu on apprit à connaître quelques lieux privilégiés du littoral; le tracé géographique des côtes, des estuaires et des cours d'eau, jusqu'aux premiers rapides, prit forme graduellement, et l'on acquit de vagues notions sur les pays de l'intérieur, grâce aux rapports des Indiens et des nègres marrons. Des missionnaires contri- buèrent aussi pour une certaine part à l'exploration de la contrée, les Jésuites en avant-garde des traitants français, et les Frères Moraves dans les colonies hollandaises. $ | En 1672, une grande découverte dans la physique du globe se fit à Cayenne : Richer y prouva l'aplatissement polaire de la planète par les observations du pendule, qu'il fallut diminuer d'un 552° pour lui faire battre les secondes comme à Paris'. Deux années plus tard, des physi- ciens, les jésuites Grillet et Béchamel, furent envoyés à Cayenne pour faire l'étude géographique de la contrée, et pénétrèrent chez les Indiens Nouragues et Acoqua ; mais ils succombèrent bientôt aux fatigues du voyage dans l'intérieur, et l'exploration sérieuse des Guyanes ne commença qu'au siècle suivant, en 1745 et en 1744, avec le passage de La Conda- mine, revenu de sa mémorable exploration des Andes équatoriales, et l’arrivée du médecin Barrère. Vingt ans après, Simon Mentelle débar- quait à Cayenne : pendant trente-six années de séjour, dans les con- ditions les plus difficiles, il visita comme ingénieur tout le littoral de la Guyane française, et si ses conseils avaient été écoutés, mainte entreprise funeste eût été évitée. Le botaniste Fusée Aublet, dont l'ouvrage sur les Plantes de Guyane est resté classique, parcourut la contrée de 1762 à 1764. En 1769, un de ses confrères, Patris, remontait l'Oyapok et son affluent le Camopi. Un autre naturaliste, qui était aussi un homme de pensée et d'initiative, Leblond, suivit presque le même itiné- raire en 1787, et revint par le Sinnamari; pendant plusieurs années il parcourut une grande partie du terriloire, étudiant toutes les plantes utiles, cherchant surtout le quinquina, qu'il ne trouva point, observant les Indiens et faisant des projets pour le peuplement du haut pays. L'ingénieur Guisan creusa de nombreux canaux d'égouttement et de navi- gation dans les deux Guyanes, hollandaise et française, et profita de ces travaux pour faire des recherches sur le sol, le climat, les productions locales. Ua capitaine anglais de l'armée néerlandaise, Stedman, utilisa un séjour de cinq années dans l'intérieur de la colonie de Suriname, de 1772 # La Condamine, Relation abrégée d'un voyage. : — Malte-Brun, Géographie Universelle. ratio D voya, furer ment ® mais, Hum dans parta mêèm lieues vingt des entre- e quelques s estuaires uellement, grâce aux res contri- ontrée, les oraves dans be se fit à ète par les ir lui faire des physt- e pour faire les Indiens fatigues du » commença » La Conda- iloriales, et elle débar- ns les con- itoral de la e entreprise rage sur les de 1762 à it l'Oyapok it aussi un ème iliné- rs années il les plantes t, observant haut pays. et de navi- rofita de ces productions n, utilisa un e, de 1772 Universelle. EXPLORATION DES GUYANES. 7 à 1777, en écrivant une relation de ses voyages et de ses observations sur la contrée. Plus tard, les convois d’exilés qui se succédèrent dans la Guyane française contribuèrent à faire connaître ce pays, mais en lui 77 donnant une horrible renommée, celle d'une contrée de pestilence et 2 de mort. Parmi les hommes instruits qui échappèrent aux contagions mor- “telles, aucun ne put ou ne sut employer les années d’exil à la rédaction d'une œuvre durable consacrée à l'étude du pays de bannissement. Après les guerres de la Révolution et de l'Empire, les premières explo- N° 2, — ITINÉRAIRES DES PRINCIPAUX EXPLORATEURS DE LA GUYANE: 1 : 15000 000 vu 400 kil. ) rations guyanaises de découverte qui prirent pour modèles les mémorables voyages accomplis dans le Nouveau Monde par Humboldt et Bonpland, furent les expéditions des frères Schomburgk, de 1855 à 1839, Non seule- ment ils étudièrent la Guyane anglaise dans presque toute son étendue, ® mais, franchissant les montagnes, ils rattachèrent leurs itinéraires à ceux de Humboldt et d'autres voyageurs dans le bassin de l'Orénoque. Déjà, dans la Guyane française, Adam de Bauve avait en 1850 traversé le faite de partage entre l'Oyapok, le Yari et l’Araguari. Leprieur avait parcouru les mêmes régions far! mèmes régions et descendu le Yari sur une longueur de « plus de cinquante lieues ». Gatier reconnut jusqu'aux sources le cours de la Mana. Pendant 1 s og. À à j vingt années, 1849 à 1868, Appun, devenu le compagnon des Indiens de dés 8 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, la forêt, étudia surtout les plantes et les animaux de l'exubérante nature tropicale dans les Guyanes anglaise et vénézolane; les géologues Brown et Sawkins continuèrent sur les terres continentales, jusqu'aux montagnes de Pacaraima, les recherches commencées dans l’île Trinidad; Idenburg s'occupa de la climatologie et de la nosographie de la Guyane hollandaise ; Crevaux, en 1876, et Coudreau, en 1885, reprirent sur d'autres points plus rapprochés de l’Amazone l’œuvre des Schomburgk pour relier les itinéraires du littoral à ceux des versants brésiliens de l’intérieur, dans le bassin du rio Branco et du rio Negro. Enfin, depuis l’année 1885, Everard im Thurn inaugura des travaux cartographiques précis dans le territoire contesté du nord-ouest que s’est adjugé la Grande-Bretagne. Des triangulations manquent encore pour des cartes définitives, mais on possède déjà les éléments nécessaires pour donner le tracé à peu près exact des ramures fluviales et des reliefs montagneux en les raccordant au levé plus rigoureux du littoral et des estuaires. En outre, la littérature géographique des Guyanes, qui traite des populations, des mœurs, de l'administration, de la politique, comprend de nombreux ouvrages, tels ceux de Kappler, d’Anthony Trollope, de Giflord Palgrave. » Entre le Venezuela et la Guyane anglaise, le nœud principal de mon- tagnes, limite naturelle de deux régions, est le puissant Roraima (2286 mètres), bloc quadrangulaire de grès rose, d'où s’épanchent les cascades, déchirées par le vent en écharpes de poussière. L'ensemble des saillies, désigné sous le nom de monts Pacaraima, présente ses plus grandes altitudes à l'ouest et au sud-ouest, dans le haut bassin du rio Branco ; à l’est, dans la Guyane anglaise, les terrasses et les pitons n'attei- gnent qu'en de rares endroits la hauteur de 1000 mètres. Toutefois ces montagnes offrent un aspect grandiose, grâce aux parois de grès, se dres- sant verticalement à plusieurs centaines de mètres, et contrastant par leur blancheur et leur nudité avec les forêts qui recouvrent les talus de la base. Le Roraima se prolonge au nord-est vers la rivière Mazaruni par d'autres massifs quadrangulaires, semblables à des citadelles érigées par la main de l’homme. La régularité des assises supérieures, horizontales comme la nappe d'eau marine qui les déposa jadis, rappelle l’époque où la contrée, si fortement ravinée de nos jours par les eaux courantes, s'étendait en une vaste plaine sans ondulations'. Découpés par les rivières ! Charles Barrington Brown and J. G. Sawkins, Geology of British Guiana. nte nature s Brown et montagnes Idenburg llandaise ; res points relier les rieur, dans née 1869, cis dans le e-Bretagne. tives, mais à peu près raccordant littérature mœurs, de vrages, tels pal de mon- nt Roraima banchent les semble des te ses plus ssin du rio tons n'attei- outefois ces ès, se dres- trastant par ; talus de la zaruni par érigées par horizontales l'époque où courantes, les rivières MONT RORAIMA. Dessin de Taylor, d'après un croquis de M. C. B. Brown, extrait du Canve and Camp Life in British Gurana. en cl sud- de g rétré >prom cristal plus a À l'est, ( } quibo, r'ecouv tiques renfler verse < s'étend sous-af Dans c singuli voie hi entre | F Bretagr D lagnes d’invasi > donne ; Pirara, - du terr. - naturel h faite. ! Charle 2 Henri 5 Reiser 24 M] «signifie son nom. Parfois on entend dans la forêt un bruit formidable, Au sud de ces montagnes, les plus hautes de tout le versant guyanais, di] d'autres massifs, de moindre élévation, se dressent au milieu des savanes hi LYS w. } entre l'Essequibo et l’Amazone explique les empiètements de la Grande- & Bretagne sur les territoires brésiliens du rio Branco. Du sommet des mon- h faite. MONTS DES GUYANES. 11 en chaïnons distincts, qui s'orientent pour la plupart du nord-ouest au sud-est, les monts de Pacaraima ou des « Corbeilles », dont les strates de grès, sans fossiles, sont percées çà et là de masses dioritiques, se rétrécissent graduellement dans la direction de l'est et se terminent en Bpromontoire aux bords de l'Essequibo par le morne de Camuti, haut pilier ' de diorite ayant la forme d'une calebasse indienne : c'est là ce que … pareil à celui d'un long tonnerre : ce fracas est probablement causé par la chute d’une paroi de grès". qui paraissent avoir formé une vaste mer intérieure parallèlement à la mer. Ces groupes de sommets, hauts de 600 mètres en moyenne, les monts à Canucu, Cumucumu, Coratamung, furent autrefois des îles de schistes } cristallins et de gneiss, orientées dans le même sens que les Pacaraima; : plus au sud, d'autres saillies de même formation s’alignent de l'ouest à à l’est, entre l’un des grands affluents du rio Branco, le Takutu, et l’Esse- | quibo, plongeant également leurs racines en des terres d’alluvions que recouvrirent des eaux lacustres. Le seuil de partage entre les eaux atlan- tiques et le versant amazonien se présente en maints endroits sans aucun renflement perceptible : d’après Brown, l'altitude de la plaine d’aigue- verse serait de 106 à 107 mètres seulement : un petit lac, l’Amuku, s'étend dans la zone indécise qui sépare les deux pentes, entre le Pirara, sous-affluent du Takutu, et le Rupununi, tributaire de l'Essequibo. Dans cette région de savanes le passage de l’un à l’autre versant est donc singulièrement facile, et de tout temps les tribus indiennes suivirent cette voie historique dans leurs migrations. L'absence de frontières naturelles tagnes qui bordent le haut bassin on voit très bien s'ouvrir cette « porte d’invasion » entre les contreforts du Caïrrit et ceux du Roraima*. On donne quelquefois à l'ensemble du seuil le même nom qu'à la rivière, Pirara, mot d'origine macusi qui, d'après Schomburgk, indique la nature du terrain, un conglomérat ferrugineux*. Une colonne de trapp, pilier naturel que les Macusi tiennent pour sacré, se dresse dans la plaine du ! Charles Barrington Brown, Canoe and Camp Life in British Guiana. # Henri À. Coudreau, Notes manuscrites. 5 Reisen in Rritisch Guyana. 12 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. Quelques autres massifs insulaires se succèdent au sud jusque vers les sources de l'Essequibo, jaillissant à l'altitude d'environ 250 mètres, entre des montagnes qui ne s’arrondissent pas en amphithéâtre continu, et que l'on aperçoit rarement de la rive, à travers les arbres touflus de la forèt vierge. Les chaînes sont des cordillères distinctes, formées de mon- tagnes nettement séparées par des gorges transversales : autant de « blocs énormes, dont quelques-uns ont jusqu'à cinquante kilomètres de lon- gueur et qui surgissent d'un soubassement de plateaux peu élevés! ». D'après Coudreau, la montagne la plus haute de ces régions serait le Caïrrit ou Caïrrid Dekeuou*, le « Mont de la Lune », vers les sources de Takutu : elle atteindrait 1500 mètres d'altitude. La chaine, d'environ 1000 mètres en moyenne, que domine ce piton, se développe en une vaste courbe au sud, puis à l'est jusqu'à l'Aourriaoua, où naissent les eaux de l'Essequibo; au delà se profilent les hauteurs du Couroucouri entrevues par Coudreau. Ici, le faite de partage coïncide exactement avec la saillie montagneuse : d’un côté coulent les eaux qui descendent à l'Essequibo, de l’autre les affluents amazoniens du Trombetas. La sierra s'abaisse dans la direction de l'est, où elle constitue la limite naturelle entre la Guyane hollandaise et le Brésil : d’après Brown, les mornes les plus élevés n'auraient pas même une centaine de mètres en hauteur au-dessus des sources du Corentyne, rivière qui sépare les deux Guyanes, anglaise et néerlandaise. Au delà, les saillies se relèvent pour constituer la chaîne Tumuc-Humac, d’étymologie inconnue, où prend naissance le Maroni, fleuve principal de la Guyane française. Le sommet le plus élevé, d'après Coudreau, serait le Timotakem, situé dans les Tumue-Humac de l'ouest : il atteint 800 mètres. Peu de voyageurs ont traversé cette région montagneuse en précisant la direction suivie; Coudreau a donné la seule carte qui ne figure pas la chaîne au hasard. Il est d'autant plus difficile de reconnaitre la forme et l'orientation du Tumuc-Humac qu'une forêt continue recouvre les montagnes aussi bien que les vallées intermédiaires. L'altitude des sommets n'est pas suffisante pour dépasser la zone de végétation tropicale : on y trouve les mêmes espèces que dans les plaines basses et la traversée du fourré y est aussi pénible. Pendant l'hivernage, les brouillards qui rampent sur les hauteurs rendent les observations presque impossibles. Sur deux cents pitons qu'es- calada Coudreau, trois seulement se dressent en dehors de la végétation 1 Henri A Coudreau, {a France Équinoxiale 2 Nom déformé par Brown en Acaraï, 3 Jules Crevaux, De Cayenne aux Andes. ectior à Maro ent en ns la c L sud momai projet ble sép és se le cont Etude d ie vers les res, entre ontinu, el affus de la s de mou- de « blocs » de lon- élevés! ». s serait le les sources , d'environ pe en une aissent les ouroucouri ement ayec scendent à ae la limite Brown, les , mètres en re les deux lèvent pour , où prend Le sommet ié dans les yageurs ont on suivie; hasard. Il ntation du aussi bien s suffisante les mêmes y est aussi es hauteurs itons qu'es- végétation MONTS DES GUYANES, TUMUC-HUMAC. 15 forestière, permettant ainsi de prendre un tour complet d'horizon et de uivre du regard les alignements des hauteurs. Le plus beau de ces obser- toires paraît être le Mitaraca, mont de 580 mètres terminé par un eûne e granit où l'on ne trouve pas même une touffe d'herbe pour s'aider à | imper et où les glissades pourraient être fort dangereuses. Mais aussi, Daréille escalade et l'incomparable vue du sommet valent, dit Coudreau, le voyage de Paris aux Guyanes! ». "Dans son ensemble, le système des Tumue-Humac s'oriente dans la N° 3 — MONTS TUMUC-HUMAC Quest de Greenwich C. Perron ——— 0 400 kil. ection de l'est-sud-est, parallèlement à la côte comprise entre l'estuaire à Maroni et celui de l'Oyapok. Dans la région occidentale les monts s’ali- ent en deux chaînes distantes d’une quarantaine de kilomètres. C’est ns la chaîne du nord que s'élève le belvédère du Mitaraca, et dans celle sud que pointent les sommets les plus fiers, le Timotakem et le imomairem. À l’est, les deux chaînes se rejoignent par des contreforts projettent au nord des ramifications qui limitent le bassin du Marom ble séparent du versant de l'Oyapok. Au delà, les Tumuc-Humac orien- és se prolongent dans la direction de l’est, mais sans former de le continu pour le partage des eaux. Leur extrémité terminale diverge en Étude de la chaîne des monts Tumuc-Humac, mémoire manuscrit. 14 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, éventail, vers le nord-est, l'est, le sud-est, n'apparaissant plus qu'en ren- flements distinets au-dessus des marais, Aux sources de l'Oyapok, entre les montagnes, les seuils de partage sont tellement incertains, que pen- dant la saison des pluies les étangs et laguets intermédiaires rattachent en lignes d'eau continues, mais inaccessibles même aux pirogues indiennes, les cours de l'Oyapok, du Cachipour, de l'Araguari et du Yari, affluent de l'Amazone. La partie des Guyanss comprise entre les massifs méridionaux et le littoral n'a point de montagnes ou de collines s'alignant en longues chaînes; les hauteurs, découpées par les vallées fluviales, se profilent en courtes saillies : ainsi la « montagne Française », sur la rive droite du Maroni; la montagne Magnétique (218 mètres), au sud-est, entre l'Inini et le Mana; le mont granitique de Leblond (406 mètres), vers les sources du Sinnamari. Près du littoral, les hauteurs sont pour la plupart des massifs insulaires de gneiss, de schistes ou ‘le grès, s'élevant à une altitude variable de 100 à 220 mètres, Des terres d'alluvion les entourent, comme les baigna jadis le flot marin : cordon littoral après cordon littoral se déposa le long des côtes, enfermant ies îles anciennes et les archipels dans l'intérieur du continent. En Guyane française seulement quelques saillies de rochers se montrent sur le littoral même ou au voisinage des côtes. Au nord-ouest de Cayenne, des mornes s'élèvent près de Mana, d'Iracoulo, de Sinnamari, de Kourou; au sud-est du chef-lieu se profilent les monts de Caux, — dont l'orthographe française du dernier siècle a été changée en la forme anglaise de Kaw°. — Une des cimes de cette arête côtière, point culminant du littoral, atteint 255 mètres : le mont de Matouri, dans le « Tour de l'Ile » au sud de Cayenne. La montagne d'Argent, repère des marins à la bouche de l'Oyapok, n'est qu'un morne de 90 mètres. La M terre dite improprement île de Cayenne, car elle ne reste séparée du con- tinent que par des coulées marécageuses, se hérisse aussi de quelques M pitons, anciens îlots réunis par des apports de vase, tels le Cabassou, M dominant la capitale, et à l’est les « mortagnes » de Remire, que l'on ‘4 qualifiait autrefois de « volcans » : les dépressions d'où s’épanchenM les sources qui alimentent Cayenne étaient considérées comme d'anciens ï catar: « cratères* ». Quelques îles rocheuses parsèment la mer au devant diam la côte : à l'ouest, les îles du Salut, l'archipel le plus important grâce | à son mouillage profond; à l'est, l’Enfant Perdu et la chaine, parallilk M e des ent le 1 Charles Barrington Brown, Geology of British Guiana. * Henri A * Leblond, Voyage aux Antilles: — Henri A. Coudreau, Notes manuscriles. Robert 5 J. Mourié, la Guyane Française. È Henri À s qu'en ren- apok, entre $, que pen- attachent en s indiennes, , affluent de ionaux et le en longues _profilent en ve droite du atre l'Inini et s sources du t des massifs une altitude urent, comme on littoral se wrchipels dans elques saillies des côtes. Au à, d'Iracoubo, ent les monts “ a été changée arête côtière, Matouri, dans nt, repère des 90 mètres. la 4 ù s’épanchent me d'anciens au devant deu portant grâce aine, parallile@l MONTS, ILES, RIVIÈRES DES GUYANES, ESSEQUIBU, 1ù u rivage, du Malingre, du Père, de la Mère, des Mamelles; enfin, au Pge, vis-à-vis de l'Approuague, les deux Connétables, pointes émergées lun plateau sous-marin. MLe plus grand fleuve des Guyanes, l'Essequibo (Essequebo) coule en en ier dans le territoire anglais; mais par un des affluents, le Cuyuni, son vérsant appartient partiellement au Venezuela. Son nom, comme celui de us les autres cours d'eau guyanais, semble être de provenance indi- he, du moins par sa terminaison bo, qui dans les langues galibi indique direction : — Essequibo, « vers l'Essequi' ». — Cependant Schom- jrgk rapporte une légende qui attribue l'origine de ce mot à un des @Ompagnons de Diego Colomb, don Juan Essequibel* ou Jaizquibel : la Vière guyanaise aurait la mème appellation que la montagne basque. Le and cours d’eau était jadis diversement nommé par les populations de s bords : «ans la région du littoral, où il s'ouvre en un large estuaire, S riverains avaient nommé Aranauma; la branche maîtresse est dési- née par les Wapisiana et leurs voisins sous le nom de Chip Ou ou rivière » Chip. Une coulée à double pente, l’Apini, la mettrait en com- ÆMMunication avec le haut Trombetas, affluent de l’Amazone. Un peu moins Mng que ne le représentent les cartes anglaises de Schomburgk et de own, l'Essequibo, naissant dans la montagne d’Aouarrioua, coule bord au nord-est à travers les forêts qu'habitent quelques familles Mindiens Chiriou et Taruma, puis s’unit à une rivière venue de l’ouest, M Yaore, qui serpente à travers la complète solitude voisine des savanes : "he figure humaine taillée dans la pierre, près d'une cascade du Yaore, 4 ait, disent les canotiers indiens, le portrait de Schomburgk, sculpti éparée du con- #4 i de quelques s le Cabassou, M ire, que l'on l'explorateur lui-même, dont le nom reste célèbre parmi les indigènes. dessin est trop grossier pour qu’on puisse admettre cette légende”. n aval du confluent, l'Essequibo se recourbe graduellement dans la ëction du nord. Son lit n'est pas encore égalisé : le fleuve, interrompu des barrages de rochers, descend d'étage en étage par une succession cataractes. Celle qui porte le nom loyaliste, mais grotesque, de King liam's the Fourth Fall, inconnu des indigènes, fut longtemps la bar- fe des traitants à la remontée du fleuve; les seuls qui l’eussent franchie lent les voleurs d'hommes, en quête d’Indiens à capturer et à vendre Henri À. Coudreau, Notes manuscriles. BRobert A. Schomburgk, Description of British Guiana. -- Hakluyt appelle la rivière Dessekebe. Henri A. Coudreau, Notes manuscrites. 16 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. comme esclaves aux planteurs du liltoral'. De nombreux affluents se suc- cèdent sur la rive gauche de l'Essequibo, car le fleuve longe de près les limites orientales de son bassin; de ce côté il ne reçoit que de faibles ruisseaux. Le Cuyuwini lui apporte les eaux des savanes occidentales; puis vient le Rupunini, gonflé lui-même par un grand affluent, le Reva : ses eaux blanchâtres, qui se mêlent à l'eau noire de l’Essequibo, offrent vers l'ouest le chemin navigable que prennent les bateliers pour entrer dans le bassin de l’Amazone par le lac Amuku et le Pirara, sans autre interruption que celle d’un portage, réduit à 800 mètres de long pen- dant la saison des pluies : alors des eaux s’épanchent même à droite et à gauche, d’un côté sur le versant du Rupununi, de l'autre sur celui du ro Branco. Les savanes qui occupent une grande partie de la contrée seraient le reste d’un lac jadis fort étendu qui fut probablement la mer intérieure, célébrée par la légende comme le lac Parima où vivait le roi Doré* : l# indigènes disent que le petit lac, presque la mare d'Amuku, est « toute pavée d'or ». Plus bas, les rivières de Burroburro et de Potaro se déversent dans kM fleuve, venues toutes les deux des contreforts du Pacaraima et rachetant la différence de niveau par de nombreuses cascades. La chute de Kaïeteur, formée par les eaux du Potaro, vers le milieu de son cours, est une des plus belles qui existent dans les Guyanes et même dans le monde. Pour: tant elle était absolument inconnue des Européens, il y a peu d’anné encore, et lorsque le voyageur Brown l’aperçut pour la première fois en 1868, il ne s'attendait nullement à l’admirable tableau qui se montn soudain, encadré par l'immense forêt sombre, qui tend au-dessus de l'eau ses longs branchages drapés de lianes. La rivière, large d'une centaine de mètres et roulant dans la saison des pluies 500 mètres cubes à la seconde, descend en un jet d’une hauteur de 226 mètres, entre deux parok perpendiculaires de roches grises et rouges, puis, au-dessous de l’immens bouillonnement de la chute, glisse comme une coulée de lait en un rapide de 25 mètres de pente sur 155 mètres de longueur. Plus bas, le Pota descend encore, comme de marche en marche, par une succession del cascades. Jadis, la grande chute, alors haute de plus de 500 mètres, trouvait à 25 kilomètres en aval; mais, excavant sans cesse le plateau def grès d'où elle s’élance dans la plaine, elle a graduellement reculé t diminuant d'élévation. La corniche de rochers du haut de laquelké 1 Charles Barrington Brown, ouvrage cité. * Robert Schomburgk, British Guiana. 3 Gustavo da Suckow, Geographical Journal, March 1895. luents se suc- e de près les ue de faibles occidentales; nt, le Rewa : + quibo, offrent ; s pour entrer LE. ; n ra, Sans aulre 9 de long pen- e à droite et à ir celui du rio ntrée seraient ner intérieure, roi Doré? : ls w au, est « toute ersent dans lb aa et rachetant te de Kaïeteur, rs, est une des > monde. Pour-#8 à peu d'année remivre fois e qui se mont dessus de l'eau ne centaine de s à la seconde, re deux parok s de l’immens it en un rapide bas, le Potan succession de 500 mètres, s e le plateau ent reculé it de laquell CHUTE DE KAIETEUR,. lusai » T shop "y d 4: j | Dessin de Th, Weber, d'après M. C. B, Brown, Canoe and Camp Life on British Guuna. TRES RIT RENTRER TE BASSIN DE L'ESSEQUIBO. 19 s'écroule la masse liquide, se compose d'un dur conglomérat reposant sur un grès plus friable. Les eaux bouillonnantes du bassin de chute eflritent constamment ce grès, en détachent les blocs et le creusent en N° 4. — BASSIN DE L'ESSEQUIBO ET DU HAUT RIO BRANCO. : daprès Schomburé} Pe: 4 après Schomburbk Aobnoure CPe-ron L | “es EN a Rapides ou cataractes aeCs/07 del0& 507 deS0T'etau delà 0 200 kil. averne au-dessous du rebord surplombant, Derrière la nappe plongeante, à regard se perd dans la cavité ténébreuse, Le soir, des myriades d’hiron- elles, s’envolant de la forêt avec un bruissement de flèches, rasent le récipice, descendent avec la vitesse du vertige dans la brume de la itaracte, puis remontent vers la grotte, Telle est la rapidité de leur vol, 20 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. que l’on se sent comme entrainé et qu’on se retire prudemment, de peur de suivre ces nuées d'oiseaux au fond du gouffre. La rivière Mazaruni, à laquelle s’unit le Cuyuni, à 15 kilomètres en amont de l'embouchure commune dans l'Essequibo, apporte une masse liquide à peu près égale à celle du fleuve principal. Le Mazaruni, né dans la partie la plus haute des monts Pacaraima, puisque sa branche maîtresse reçoit les cascades tombées du Roraima, est, de tous les cours d’eau guya- nais, le plus coupé de cataractes, et ses chutes se succèdent surtout dans la partie inférieure du cours fluvial : le Mazaruni se trouve ainsi presque entièrement fermé à la navigation. Aux cataractes de Chichi — ou du « Soleil », dans l’idiome des Macusi, — l'altitude du lit fluvial descend de 420 à 150 mètres sur un espace de 13 kilomètres. Les derniers seuils précipitent le courant à 24 kilomètres en amont de la jonction du Mazaruni-Cuyuni, à l’étroit dit Monkey Jump ou « Saut du Singe ». Au- dessous l'Essequibo s’élargit en estuaire, et à l’endroit où il se déverse . dans la mer, il atteint une largeur de 24 kilomètres; mais des îles allon- gées dans le sens du flux et du reflux interrompent la nappe d’eau et la divisent en trois voies principales de navigation. L'énormité de la masse liquide que roule l’Essequibo, et que l'on reconnait jusqu'à une vingtaine de kilomètres en mer, s'explique par l'étendue considérable du bassin, l'abondance des pluies, la nature imperméable du sol. Pendant la saison d'hivernage, les eaux fluviales, refoulées au-dessus des barrages de rochers, s’étalent en maints endroits, reconstituant les lacs qui se succédaient autrefois dans le bassin. Le Demerara (Demerari), — jadis Lemdrare, — développe son cours à l'est de l'Essequibo avec une régularité parfaite : on pourrait croire que c'est une ancienne coulée latérale par laquelle s’épanchèrent à une époque antérieure les eaux débordées de quelque fleuve à dimensions amazo- niennes. Le Demerara, né dans les avant-monts du faite, traverse les ! mêmes régions que l’Essequibo, des massifs granitiques, puis des grès percés de diorites, ety vers les côtes, des nappes de terres alluviales, où s'élèvent çà et là des dunes, hautes de 15 à 20 mètres. Des bayous d'eaux trainantes se ramifient à l’est et rattachent le Demerara à une rivière de même aspect, mais de moindre volume, le Mahaica. Le Berbice, le Corentyne (Corentijn), qui se succèdent à l’orient, pré- sentent un parallélisme aussi strict que le Demerara et l’Essequibo : ils ont les mêmes courbes, les mêmes brusques arrêts suivis de cascades, au passage de barrières rocheuses, granits, diorites ou grès. Mais la longueur du cours diffère : le Berbice naît à une grande distance des montagnes dfaitièr Duri Compa : Lonsid lirant s La ri st un ant en Des rivi aîle d course Du à ga I. Air pulée 4 bouches lot se es entr ment à Pstuaird lécoupe Dayou, Ê ple co; l'orie davires résent nfléchi jots à t, de peur pmètres en ine masse ni, né dans maitresse l'eau guya- irtout dans isi presque — où du al descend s derniers onction du inge ». Au- îles allon- d’eau et la le la masse ne vingtaine du bassin, nt la saison de rochers, succédaient son cours à t croire que une époque ions amaz0- traverse les uis des grès s alluviales, Des bayous Lerara à une Ca. ’orient, pré- sequibo : ils cascades, au ; la longueur s montagnes se déverse . RIVIÈRES DES GUYANES. 21 D faitières, tandis que le Corentyne prend son origine dans les monts Courou- buri : il est déjà fleuve puissant au passage des rochers où nait son Mompagnon occidental, le Berbice. En cet endroit, deux cours d'eau Méonsidérables s'unissent en un labyrinthe ‘: rameaux et descendent par e série de degrés en chutes imposantes, * ‘quelles Robert Schomburgk, jet loyal, a donné le nom de King Frederick William the Fourth mme à la cataracte de l'Essequibo, située sous la même latitude et jrésentant au milieu de roches granitiques un ensemble de tableaux halogues. Le Corentyne forme encore d’autres cascades grandioses aux hes également cristallines de Wonotobo : trois ou quatre bras, se bdivisant en canaux, tombent d'un ressaut d'environ 30 mètres dans un ac de plus de 1500 mètres en largeur, d’où ils sortent en un courant inique, d'environ 300 mètres entre les rives et de 27 mètres de profon- eur. En aval, le Corentyne, encore à 275 kilomètres de la mer, n'a plus n seul rapide; mais, s'ouvrant en un large estuaire, parsemé d'iles, ’ilots et de banes, il n'offre qu'une entrée difficile : les navires d’un irant supérieur à 5 mètres ne peuvent s’y aventurer. Ia rivière Nickerie, qui se déverse à l’est dans l'estuaire du Corentyne, est un type des cours d’eau côtiers de la Guyane hollandaise, se dévelop- bant en un chenal irrégulier, mais continu, de l’ouest à l’est de la contrée. Des rivières, qui naissent dans l’intérieur sur l’un des gradins avancés du faite de partage, descendent vers l'Atlantique, et, rencontrant dans leur bourse ces eaux du littoral, en gonflent le courant et les rejettent à droite bu à gauche, suivant l'importance de la masse liquide et la déclivité du ol. Ainsi le haut Nickerie et le haut Coppename, qui vont rejoindre la boulée du littoral, se prolongent en sens inverse l’un de l’autre par leurs bouches maritimes, tandis qu'entre les deux serpente un bayou, dont le lot se porte alternativement deci et delà, suivant le courant d’amont qui es entraine. Le Coesewijne et le Saramacca ne communiquent pas directe- ment avec le Coppename et ses marigots, mais ils se jettent dans le même Bstuaire. Par son cours inférieur, le Saramacca, coulant de l’est à l’ouest, lécoupe nettement un cordon littoral, en partie marécageux, qu’un ancien Dayou, transformé par les ingénieurs hollandais en un canal régulier, Sole complètement du côté de l’est jusqu’à l’estuaire du fleuve Suriname. L lorient de ce cours d’eau, dont la barre laisse entrer à marée basse des avires calant 5 mètres, une région côtière de forêts et de marécages résente du côté de la mer une longue plage basse à courbe à peine nfléchie et du côté des terres une ligne serpentine de fleuves et de mari- ts à courants alternatifs, changés çà et là par les travaux de l'homme w 22 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. en canaux régularisés de navigation pour les barques des planteurs : le Commevwijne, le Cottica, le Coermoeribo — Cormontiho, — et la Ouana où Wane creck, se succèdent ainsi de l’ouest à l’est, entre le cours du Suriname et celui du Maroni. L'inflexion de tous les courants de cette région guyanaise suivant une direction parallèle au littoral maritime et le dépôt de grasses couches d'alluvions entre ces eaux fluviales et le rivage actuel de la mer ne s’'ex- pliquent point simplement par les crues : l'Océan a plus de part que les rivières à cette formation des côtes. Les masses liquides déversées par l'Amazone et le Tocantins dans la « mer douce » du golfe ne s’allègent point de tous leurs troubles dans ces parages : entraînées par le courant littoral, elles longent la côte des Guyanes jusqu'à l'Orénoque, puis s’en- gouffrent en partie dans la mer de Paria par la Bouche du Serpent. Retardé dans le voisinage du bord, le courant s’y décharge d’alluvions, appliquant ainsi successivement plage après plage sur le pourtour conti- nental. La plupart de ces cordonnets littoraux se confondent : des marigots intermédiaires en montrent la succession régulière, et les eaux fluviales de l'intérieur, heurtées par le flot contraire du courant maritime, se rejettent incessamment vers l'ouest, pour couler parallèlement au flot marin, les péninsules alluviales s’allongent ainsi à de grandes distances, jusqu'à ce qu'une tempête ou une forte inondation rompe soudain la flèche en quelque point faible de son parcours. Tout l'appareil côtier de la Guyane hollandaise s'est ainsi formé avec son double rivage bien distinet, du Corentyne au Maroni. Bien plus nettement dessinées se présentent ces terres d’origine océanique dans la partie des Guyanes contestées située immédiatement à l'est des bouches de l'Orénoque. La rivière Pomerun, qui se termine au cap Nassau, la Waini ou Guainia, la Barima, l'Amacuru découpent autant de tranches du littoral qui se sont déposées en dehors de l’ancienne côte irrégulière du continent. Le Maroni, — le Maroweijn des Hollandais, — a le premier rang parmi les fleuves secondaires des Guyanes d’entre Orénoque et Amazone : le che- velu de ses hautes branches occupe près de 300: kilomètres en largeur sur le versant septentrional des monts Tumuc-Humac, entre les deux bassins du Corentyne à l’ouest et de l’Oyapok à l’est ; actuellement la plus forte moitié du territoire d'écoulement appartient à la Hollande, tout l'entre-deux compris entre les deux rivières maîtresses de l’Aoua (Lawa) et du Tapanahoni ayant été attribué à la Guyane hollandaise par arbitrage du # tsar, en 1891. L'Aoua, branche orientale, qui sert maintenant de limite à entre les possessions coloniales, est réputé le plus abondant des deu M s planteurs : le — et la Ouana tre le cours du aise suivant une grasses couches la mer ne s’ex- s de part que les >s déversées par Ife ne s’allègent s par le courant oque, puis s'en- he du Serpent. arge d’alluvions, pourtour conti- nt : des marigols eaux fluviales de time, se rejettent a flot marin, les ances, jusqu'à ce X ain la flèche en ier de la Guyane bien distinet, du e présentent ces contestées située ivière Pomerun, arima, l’Amacuru ## osées en dehors mier rang parmi mazone : le che- ètres en largeur | entre les deux! ellement la plus \ Hollande, tout ! l'Aoua (Lawa) el par arbitrage du À tenant de limite ondant des deux | RIVIÈRES DES GUYANES. 25 cours, mais le Tapanahoni roule plas d'eau en hivernage. Crevaux, Cou- dreau ont pu remonter en barque l'Aoua, sur plus de 500 kilomètres : l'endroit où s'arrêta Coudreau, sur l'Itani, — branche qui sert de fron- hière internationale et dont la jonction avec le Marouini, plus oriental, prme l'Aoua, — le lit du gave présente encore une largeur de 20 mètres; nmédiatement au delà commencent les ondulations et les brusques res- uts des monts Tumuc-Humac. A cette grande distance de la mer, le @ourant fluvial ne se trouve qu'à 200 mètres d'altitude au-dessus de FOcéan ; aussi le cours d'eau, descendant par degrés successifs, n'est Doint interrompu par de hautes cascades : les barrages de rochers, qui le distance en distance retiennent les eaux en biefs presque sans mouve- ent, ont été rongés par le flot de manière à former des écluses natu- elles où le courant plonge en nappes écumeuses, en cascatelles, en utes peu élevées. Le dernier « saut » du Maroni, celui d'Hermina, — Aramina ou « Gymnote! », — à 80 kilomètres de la mer, offre une déni- ellation totale de quatre à cinq mètres sur une longueur de 800 mètres”. n aval, le fleuve, accessible aux navires à vapeur, s'étale entre deux rives oisées jusqu'à 1000 et 1500 mètres de large, puis s’unit à l'Atlantique Men s'écoulant sur une barre de 5 mètres au-dessous du flot de basse marée. : Les rivières de la Guyane française qui succèdent au Maroni dans la irection de l'est ne prennent point leur origine sur l’aigueverse amazo- hienne, mais à mi-chemin du faîte, en quelques massifs isolés. La Mana, Sinnamari, l'Approuague sont les principaux de ces cours d’eau, ayant Hhacun un développement d'environ 500 kilomètres, baignant de rares Mfampements avec leurs « dégrads » ou lieux d'embarquement, et descen- dant perpendiculairement au littoral, qui se recourbe de l’ouest vers le jud-est. Puis vient l'Oyapok, dont le nom, appliqué à beaucoup d’autres hvivres, et dérivé des mots indiens ouya pucu, « rivière longue », con- jendrait à l'Amazone beaucoup plus qu’à tous autres cours d’eau de PAmérique méridionale. L'Oyapok, comme le Maroni, naît, sous le om de Souanre, dans les monts Tumuc-Humac, au pic Ouatagnampa, t forme la limite orientale du territoire français incontesté, dont le aroni constitue la limite occidentale; les deux fleuves rapprochent dans BR région des sources leurs hautes « criques », — nom que l'on donne ins la Guyane française aux ruisseaux des montagnes. — Le régime de à Henri A. Coudreau, Chez nos Indiens. L® Jules Crevaux, Voyage d'exploration dans l'intérieur des Guyanes; — Henri A. Coudreuu, letin de la Société de Géographie, 4 trimestre 1891. 5 Henri A. Coudreau, Notes manuscrites. i | 24 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, l'un et de l'autre cours d’eau difitie peu : l'Oyapok, que les voyageurs prirent le plus souvent pour chemin des Guyanes brésiliennes, descend aussi de bief en bief par une série de rapides et de chutes, plus nom- breuses et plus hautes que celles du Maroni. Coudreau en cite deux qui plongent de 20 mètres; celle des Trois Sauts est probablement la plus belle de toute la Guyane française. La dernière cascade, le saut Robinson, se trouve à 80 kilomètres de la mer. A l'est du cap d'Orange, longue pointe d’alluvions apportées par N° 5. — SOURCES DE L'OYAPOK. Ouest de foris ». 0e : reenwich d'après H.Coudreau C. Perron 0 50 kil. l'Oyapok, tout l'espace triangulaire compris entre ce cours d'eau et ke fleuve Araguari appartient à la même zone d'écoulement. Oyapok «t Araguari naissent également dans les entre-collines marécageuses des = Tumuc-Humac; de même la rivière Cachipour, dont le cours a pris forme d'un are; enfin tous les autres courants de la contrée, le Cou- nani, le Carsevenne, le Mapa Grande (Amapa des Brésiliens), le Frechal, le Tartarugal, divergent comme des branches d’éventail en partant d'un même faite d'écoulement. L’Araguari indique par son estuaire la fin des côtes guyanaises : immédiatement au delà commencent les eaux et les îles amazoniennes. Le dernier fleuve des Guyanes limite bien par son courant majestueux et son large estuaire cette région nord-orientale du continent, / énézola >s unes hâtre ; Dirâtre 1 RIVIÈRES DES GUYANES. 25 les voyageurs ï nnes, descend Ï riche en eaux courantes qu'alimentent des averses prolongées et que tient un sol difficilement perméable, es, plus nom- ae ! 1 Comme sur l'autre côté des montagnes faitières, dans les Guyanes cite deux qui ment la plus # { Cie et ; N° 6. — RIVIÈRES DE LA ZONE LITTORALE CONTESTÉE ENTRE LA FRANCE ET LE BRÉSIL, Fe aut Robinson, . \pportées par s d'eau et ke Oyapok «t écageuses des Quest de Greenwich dapres H.Coudreau 5()° 40’ urs à pris hi # trée, le Cou-" ), le Frechal, partant d'un M ceOàS mètres deSal0 7 2/07 1 : 1600000 0 60 kil. ire la fin des! iux et les îles r son couranl énézolane et brésilienne, les rivières varient par la nuance de leurs eaux : s unes, surtout celles des savanes, roulent un liquide louche et blan- âtre; les autres, issues des régions forestières, paraissent noires ou birâtres et cependant restent transparentes ; dans le bassin de l'Essequibo xx. 4 du continent! 26 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, on attribue la nuance de ces rivières noires aux racines et aux branches de M l'arbre ouallaba, baignant dans le flot. Quoique la plupart des rivières guyanaises traversent une forêt continue, de la montagne à la mer, elles ne sont pourtant pas aussi fréquemment obstruées d'arbres tombés que beau- coup d'autres cours d’eau des régions tropicales; la cause en est au grand poids spécifique de presque toutes les essences arborescentes qui crois. sent sur les rives fluviales de la Guyane : au lieu de flotter, les bois que l'érosion ou la tempête jettent dans le courant tombent au fond du lit « pourrissent sur place‘. Mais dans les hauts des rivières, étroites et san profondeur, les branches entrecroisées et les réseaux de lianes gênent les bateliers, qui ne peuvent s'ouvrir la voie qu'à coups de sabre; les arbres s'entassent en barrages, dits takouba par les Indiens de l’Essequibo «t barrancas par les réfugiés brésiliens du territoire contesté; d'autre: « embarras » consistent en amas de plantes aquatiques : les pirogues ont souvent à s'arrêter devant ces obstacles comme devant les sauts et les rapides. Dans presque toutes les rivières, les rochers, grès, granits ou diorites, qui font saillie au-dessus du flot, sont revêtus, comme d'une couche de goudron, par une pellicule composée d'oxydes de fer et de manganèse : de même que sur l’Orénoque, les roches les plus dures s recouvrent de l’enduit le plus noir, exhalant sous les pluies des odeurs pernicieuses*. onde En aval des rochers et des rapides, les fleuves, larges, profonds, Mique remués par la marée qui en repousse le courant, roulent une eau jau- anal nâtre, souvent cachée par les herbes flottantes, et se perdent en de Mnètre marécages riverains, même en des lacs et des étangs : les colons de h endro Guyane française ont donné à ces eaux de reflux le nom de pripris. Dans # L'a les parties déjà bien cultivées du littoral anglais et hollandais, des digues et canaux ont réglé la direction et l'écoulement du flot sur bondant : des vannes arrêtent le flux de marée dans les plantations, «! Lie des rigoles ou kokers rejettent les eaux de suintement à marée bass. à la lon Jusqu'à une grande distance au large, à 10 ou 12 kilomètres, l’eau douce des rivières guyanaises surnage l'onde salée. à Grâce à la pente égale du sol des Guyanes, les anciens lacs qui pare À maient la contrée, et dont plusieurs ont encore leurs contours reproduits par ceux des savanes, se sont presque tous vidés : la région qui a-le mieur conservé ses nappes d'eau lacustre est celle du territoire contesté franco-B { Charles Barrington Brown, Reports on the Geology of British Guiana. # A. de Humboldt, Tableaux de la Nature; — R. Schomburgk, ouvrage cité. x branches de t des rivières \ mer, elles ne 1bés que beau. M n est au grand © iles qui crois. r, les bois que fond du lit « troites et sans nes gênent les re; les arbres l'Essequibo « esté; d’autres s pirogues ont ‘s sauts et le ès, granits ou comme d'une , de fer et de plus dures « ies des odeurs res, profonds, une eau jau- erdent en de: ks colons de ki" pripris. Dan ollandais, des #4 RIVIÈRES, LACS DES GUYANES. 27 ésilien, entre les rivières Mapa Grande et Araguari; les pointes basses qui forment la péninsule dite Cap de Nord et l'ile non moins basse de hraca masquent le pays des lacs. À une époque relativement récente, stte zone des eaux douces se prolongeait beaucoup plus au nord, jusqu'à lOyapok, et des bateliers pouvaient faire un voyage de plus de trois cents Éilomètres, constamment par les lacs, les rivières et les bayous, entre Amazonie et la Guyane française. D'après les officiers du fort français de Mapa, qui subsista de 1836 à 1841, desembarcations de 40 tonnes auraient Encore suivi ce chemin vers le milieu du siècle. Au sud du Mapa Grande, in premier lac n'est plus que le reste d'une nappe jadis beaucoup plus Dnsidérable, dont une ile renfermait un petit fort français évacué en 1841 @t rétabli à leur profit par les Brésiliens en 1890*. D'autres lacs s'alignent sud et au sud-est dans la péninsule du cap de Nord : l’un d'eux, le nc, voisin du détroit de Carapaporis, entre le continent et l'ile Maraca, urait encore la forme d’une large baie, mais sans abri; exposé aux tem- pêtes du large, il serait difficilement navigable pour les pirogues. Le lac méridional de la traînée, le Lago Novo, voisin de l’Araguari, ressemble Aussi à une baie maritime, car il donne asile aux lamentins, qui broutent es prairies d'herbes aquatiques; mais les barques s’y hasardent, grâce des archipels formant autant de brise-lames transversaux : des pro- ondeurs de 10 et de 12 mètres pourraient faire de ce bassin un magni- Mique port de refuge pour des flottes entières, si l’on approfondissait le anal de sortie jusqu'à l'Araguari sur une longueur de quelques kilo- mètres et si l'on draguait l'estuaire qui s'envase, ne présentant en certains Bendroits que 1 mètre de fond’. L'amoindrissement des lacs, leur desséchement complet paraissent du flot suri- lantations, el! marée basse, s, l’eau douce acs qui parst-À rs reproduit # uia-le mieu! ntesté franco-! } 1 Henri À. Coudreau, Notes manuscrites. 3 Rivières principales des Guyanes entre l'Orénoque et l'Amazone, avec évaluations approximatives & la longueur du bassin, du débit et du cours navigable pour petits bateaux à vapeur : Longueur du cours. Superficie du bassin, Débit moyen. Nuvigabilité. ilomètres. Kilomètres carrés. Mèt.c, par sec. Kilomètres, Essequibo. . 1 000 170 000 2 000 ? 65 Demerara. . . . 280 8 000 150 ? 149 , Berbice, . 560 35 000 500 ? 265 Corentijn, . . . 725 60 000 1 000 ? 110 Suriname, . . . 480 35 000 500 ? 150 Maroni. . . 625 60 000 1100 ? 75 Approuague. . 510 10 000 180 ? 60 \ Oyapok. . . , . 485 40 000 750 ? 75 Cachipour. . . 520? 20 000 ? 400 ? 80 Counani. . . . . 280 ? 10 000 ? 150? 70 Araguari.. . . . 500 ? 25 000 ? 400 ? 200 28 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, s'accomplir très rapidement. Les roseaux et autres plantes se flétrissent en été et leurs débris se déposent en une couche de terreau flottant où diverses espèces végétales, même des arbustes, prennent racine, Parfois les tempêtes déchirent ces tapis de verdure et les transportent vers les rivages opposés ; ils reforment bientôt leur feutrage, s'épaississent, se consolident, et le lac se comble peu à peu ou se change en prairie tremblante, ferme à la surface, boueuse dans les profondeurs : il ne reste de l'étang que le chenal de navigation, l'igarapé ou « chemin des pirogues ». Coudreau hasarde même l'hypothèse que les lacs se vident par un mouvement de bascule du littoral! : en plusieurs fonds lacustres on trouve quantité d'énormes trones dont on ne s'explique pas l'origine, à moins que la terre ferme n'ait existé jadis en ces endroits et qu'elle se soit engouflrée par suite d'un effondrement ou de quelque rapide dénivellation du sol. Mais la forme et l'orientation du littoral suggèrent une autre explication du phénomène. Les pointes d'alluvions, à l'Approuague, à l'Oyapok, au Cachi- pour, s’allongent dans la direction du nord, et, dans leur cours inférieur, ces rivières suivent toutes la même inflexion, évidemment sous l'influence du courant côtier qui projette latéralement ses dépôts vaseux. N'est-il pas à supposer que, soumis au contact de ce courant, l’Araguari se recourln également vers le nord et que les lacs alignés qui se succèdent dans ve sens sont les restes de l’ancien cours fluvial? Le détroit de Maraca ou l'estuaire de Carapaporis, ce bras de mer projeté entre l’île de Maraca et le continent et qui se distingue si nettement par sa profondeur de toutes les basses eaux environnantes, serait l'ancienne bouche de l’Araguari, à peine déformée depuis le temps où le fleuve se rejeta vers l'est. Nil en est ainsi, rien d'étonnant que le puissant cours d’eau, charriant des arbres comme l’Amazone, les ait déposés dans ses méandres, devenus maintenant des lacs réunis par de tortueux bayous. De mème, le courant littoral apporte des troncs qui s’enfouissent dans les vases du lit el que recouvrent ensuite les alluvions des terres de formation nouvelle. Des amas ligneux ont été trouvés à 23 mètres de profondeur”. Quoi qu'il en soit, de grands changements se produisent pendant l'époque contemporaine. À la simple vue de la carte on reconnaît que le littoral du territoire contesté franco-brésilien, entre l’Araguari et le Cachi- pour, diffère singulièrement de la côte orientée de l’est à l'ouest, entre Cayenne et le Corentyne. Cette dernière partie du rivage est tracée avec 1 La France Équinoxiale, Voyage à travers les Guyanes et l'Amazonie. # Villicrs Stuart, Adventures among the equatorial forests. flétrissent en à flottant où ie. Parfois les rs les rivages * consolident, nte, ferme à étang que le », Coudreau ouvement de uve quantité s que la terre ngouflrée par du sol, Mais xplication du ok, au Cachi- urs inférieur, us l'influence N'est-il pas i se recourha dent dans ce de Maraca ou de Maraca et eur de toutes ? l'Araguari, à ers l'est. il charriant des lres, devenus MA e, le courant | es du lit el 4 on nouvelle, ent pendant onnaît que le Ms ‘i et le Cachi- MS 'ouest, entre M Et tracée avec LACS ET COTES DES GUYANES, 29 Rularité suivant une courbe convexe, indiquant le dépôt normal des pports : landis que les plages du sud ont été fortement érodées par le pt, une partie de l'ancien littoral a été emportée, et le cap de Nord, l'ile Maraca sont autant de témoins de l'ancienne rive continentale. Sur ae la longueur de la eûte hollandaise, à l'est et à l'ouest de Paramaribo, constate l'existence d'anciennes plages, marquées par des cordons litto- ax d'arbres qu'amena le flot marin. Le contraste se montre aussi dans le régime des eaux riveraines. Au ge de la Guyane hollandaise, les vases molles qui recouvrent les ds cèdent comme un tapis mobile sous la pression des hautes lames # en diminuent ainsi l'agitation; de proche en pipche les vagues Pafaissent et la surface de la mer s’aplanit. Aussi les navires peuvent-ils 14 ‘Muvent mouiller en sûreté près du rivage, en dedans du courant côtier, ‘ M reposer dans une eau tranquille, alors que la tempête bouleverse au 12 “bin les flots. Au contraire, sur les plages du cap de Nord et de Maraca Ms marées se ruent sur la côte avec une extrême violence : nulle part, fme dans l'estuaire amazonien, le mascaret ou pororoca ne déroule “Mus brusquement et à plus grande hauteur ses vagues successives : dès 00745, La Condhmine avait désigné ces parages de l’Araguari comme des s redoutables pour les navigateurs. La marée, comprimée dans le lfe étroit sur les fonds graduellement relevés, s'élève dans l'espace de elques minutes au tiers de sa hauteur totale : on l'a vue monter sou- in à #et même 8 mètres au-dessus de la nappe de basse mer‘. L'inon- tion s'étend au loin sur les terres basses du littoral, et dans les gies, où l’eau se gonfle à 12 et 13 mètres, on a vu le flot arracher rivages entiers composés de palétuviers entremêlés; ces îles flottantes verdure cinglent avec le courant pour aborder plus au nord vers la uche du Cachipour ou de l'Oyapok. Lors des mortes eaux, l'écart du flux fdu reflux est encore d'environ 3 mètres dans ces parages. Au large, à é distance variable de 25 à 80 kilomètres des côtes, passe le grand cou- ht littoral qui se porte du cap Säo Roque vers Trinidad : son axe se bonge en moyenne à 220 kilomètres du continent, et la largeur totale la masse liquide en mouvement peut être évaluée de 380 à 400 kilo- tres. Sa vilesse varie avec Îles vents; parfois elle dépasse 150 kilo- tres par jour; d’autres fois, quand le vent alizé en retarde la marche, œourant ne se meut guère que d'un à deux kilomètres par heure S'épanche latéralement en contre-courants et en remous : le flot D Lartigue, Instruction nautique sur les côtes de la Guyane française. 30 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, ralenti s'élève alors dans les ports comme un courant fluvial en amont des écluses. Les Guyanes se trouvent en entier dans le domaine des vents alizés du nord-est; cependant elles sont assez rapprochées de l'équateur pour que le vents généraux du sud-est s'y fassent aussi sentir pendant une partie de l'année. À Cayenne, pris comme point médian des côtes guyanaises, |: vent normal, dont la direction moyenne est celle de l’est-nord-est, soufil régulièrement dès les premiers jours de décembre et prend sa plus grandi force en janvier gt en février. A l'équinoxe de mars, l'alizé faiblit un peu, puis vient la période des calmes, interrompus de grains, et pendant |: mois de juiliet des brises du sud-est, de plus en plus fréquentes, indi. quent le mouvement de translation générale du système des vents ven l'hémisphère du nord. Cependant ces vents du sud-est, ou plus souven de l'est-sud-est, ne soufflent pas en un courant continu : ils tombe d'ordinaire pendant la nuit et sont remplacés par la brise de terre. Jamai la spirale des cyclones ne se déroule au-dessus des côtes guyanaises. La saison pendant laquelle domine le vent alizé du nord-est corresponi à l’hivernage. Les pluies commencent d'ordinaire à tomber dès que | courant atmosphérique normal s'établi sur la côte; elles se continue ! jusqu'à la période des vents irréguliers et des vents secs du sud-est. |: mois de mars est, pendant l'hivernage, celui où les pluies tombent av le moins d'abondance : de là le nom d’ « été de mars » que l'on appliqu* dans la Guyane française à cet assèchement de l'air, Au mois de mai l4 nuages versent l'eau du ciel en cataractes : on donne à ces grandes pluiss le nom de « Pluies de la Psussinière ». La tranche liquide dépasse t moyenne 2 mètres et demi sur le littoral guyanais, et même en certain années les udomètres enregistrent une pluie supérieure à # mètre On a vu des abats d’eau de 55 centimètres en douze heures’. Les plui sont extrêmement inégales suivant les années : à Georgetown, elles varié du simple au double, de 1,60 en 1885 à 3 mètres en IN Pendant l'hivernage, la température est légèrement plus basse que per dant l'été; mais elle n'oscille jamais que d’un petit nombre de deg autour de la normale, soit 27 de l'échelle centigrade. Dans l'intérieur les températures ne varient que faiblement, ear le relief du sol ne pr: sente de saillie considérable que dans les montagnes de Pacaraima; n 4 Pluies tombées à Cayenne en 1874: 4°,19 (Maurel et Hardy). 3 Everard F. im Thurn, Journal of the Colonial Institute, Session 1809-1895. Btem htest ères B, di ten land Condi LITTORAL, CLIMAT DES GUYANES. ôl n constate les plus grandes oscillations dans leur abondance relative : ial en amont Obndis que les nuages pressés contre les sommets se fondent en averses, leurs ils cheminent au-dessus des plaines sans rencontrer d'obstacles Êne laissent tomber qu'une faible part d'humidité. L'air contient pr esque À vents alizés du jours une forte quantité de vapeur d'eau. Le soir, les brouillards s'éten- ñ U je ‘passés par les rrands ur pour que le nt comme un immense tapis sur la forèt, souvent dé pa: par les gr une partie de guyanaises, le ord-est, souflle es dont surgissent les eimes, semblables à des rochers au milieu de mer. Les champs, les caps, tout est recouvert par cette nappe humide, à elle se mêlent les miasmes du sol. Sur les Tumuc-Humae, où pendant is de cinq mois Coudreau fit plus de quinze cents observations, l'humi- : est moindre que sur la côte : « les brouillards y sont plus secs » & a température de la nuit y descend à 16 degrés". . sa plus grandi faiblit un peu, , et pendant |: équentes, indi- _des vents ven ns à J es différences frappantes que présente la flore guyanaise doivent être fribuées d'une manière générale à l'inégale répartition des pluies : le Fritoire se partage en deux zones distinctes, les savanes, —- campos s Brésiliens, — et la forêt vierge. Cependant il faut aussi tenir grand pte de la pauvreté de quelques terrains sableux, dépourvus de toute bstance humique, et de l'humidité d’autres terrains où les roseaux pu plus souver à: ils tomber de terre. Jamai yanaises. d-est correspon aber dès que k | ie us sais continue essés ne laissent pas germer les végétaux arborescents. Les régions sans du sud-est, l: es tombent avt ue l'on applique mois de mai là bres s'étendent pour la plupart à l'aval des collines ou des montagnes t le côté d’amont ruisselle de pluies. Ainsi, dans la Guyane anglaise, Éhaut bassin du Takutu, que les prolongements orientaux des monts araima abritent contre les vents pluvieux, appartient en entier à la Brion des savanes. Mais, dans le voisinage même de la côte atlantique, s plaines qui, par ‘a position géographique et le manque de relief, semblent tout à fait à d'autres plaines boisées, sont pourtant com- »s grandes plui uide dépasse t me en certain re à # mètre tres”. Les plui tement dépourvues d'essences forestières. Ainsi, dans le territoire testé franco-brésilien, des saitnes, interrompues seulement par les res d'arbres riverainer des Îuxes, se prolongent parallèlement à la ë, du cap d'Orange à l'Auazone, et la basse vallée de l’Araguari presque t'entière se déveloyge en un vaste campo. Dans la Guyane ansliise et landaise, les savanes forment une bande étroite de elairives ‘25 bords etown, elles 0 iètres en NN s basse que pe mbre de degr Dans l'intérieu Conditions météorologiques de }: Guyane côtière : du sol ne (il Température Température Température Jours j moyenne, maxinmn, minime, de pluie. Pluies, Pacaraima; ni Georgelown.. . . 270,2 320,9 930,9 170 90 93 Paramaribo . . 960,1 300,5 ge,1 i7T 3,6 Cayenne, . . . . 270,04 390,5 22 160 5,92 895. 52 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. du Demerara à ceux du Suriname. C'est à un des remous locaux des vents pluvieux et à la nature du sol, jadis lacustre, qu'est due l'exis tence de ces zones sans arbres entre les palétuviers du littoral et les forûts de l’intérieur. De même que les Ilanos du Venezuela, les savanes de la Guyane pré: ! sentent toute la série des transitions entre la surface boisée et la surface herbeuse. En quelques sites la limite est précise comme celle de la terre N° 7. — SAVANES DU TAKUTU. C, Perron. et de l'Océan aux coupures des falaises : au sortir de la forêt vierge, enche- vêtrée de lianes et d’épiphytes, on se trouve brusquement dans la mer des herbes où le regard parcourt en liberté l'immense horizon jusqu'a profil lointain des montagnes. Ailleurs la forêt s’effrange ; elle se parsème de clairières, puis espace ses arbres, les abaisse, éparpillant autour d'elle des îlots forestiers. De même les savanes diffèrent : quelques-unes, notam- ment dans le voisinage du faîte de partage entre les Guyanes anglaise « brésilienne, sont complètement dépourvues de végétation arborescente; le Brésiliens leur donnent le nom de campos limpos, « savanes propres ». Mais dans la plupart des prairies guyanaises se montrent quelques arbre égétati Dour v oré des, : ment vent: Henri À XI SAVANES ET FORÊTS. 33 s locaux des t due l'exis let les forèts Bpars ou alignés : chaque rivière qui serpente est bordée d'une lisière de orêt, chaque ruisseau, chaque ravin a son rideau de palmiers bâches mauritia), colonnes régulières, « surmontées de dix à douze éventails Btombants qui forment chapiteau », et où les perroquets vivent en bus. Là où les cours d’eau se ramifient en une multitude de lits, les nes se divisent en autant de prairies secondaires, séparées par des leaux de palmiers bâches et autres arbres : c'est ainsi que les prés, s la vallée de la Loire, sont divisés par des alignements de peupliers. “L'aspect et la végétation des savanes changent suivant l'humidité ou la fa heresse du sol. Dans le voisinage de la côte et de ses bayous, certains ; ipris ou marécages tiennent déjà de la savane : ils se dessèchent en été ‘produisent alu:s une herbe rare, prolongeant vers la mer la surface s prairies sèches de l’intérieur; la plupart de ces marais sont des « pino- bres », ainsi nommées des palmiers pinots (euterpe edulis) qui en bor- bnt les rivages. En s’exhaussant, du littoral vers l'intérieur des terres, ksol des savanes se revêt de diverses graminées et légumineuses ana- gues à celles des prairies européennes ; mais en général les plantes, peu levées et peu touffues, d'espèces grossières et rugueuses, sont de crois- Mince beaucoup plus inégale dans ces régions torrides que dans la zone impérée. D'un veri pâle pendant l’hivernage, rousse ou jaunissante pen- int l'été, la savane n’a que peu de fleurs : nulle part elle ne se diapre B couleurs éclatantes et n'exhale de parfums comme les prés de l'Eu- pe occidentale. Ce qui lui manque, c’est la collaboration de l’homme r le choix des plantes nourricières; d’après les rares clairières où le Guyane pri. ! et la surface le de la terre Ra. C, Perrou. avail agricole intervient par les semis et l'irrigation des espèces four- ères, on devine quelle pourrait être l'exubérante production de ces gions guyanaises. Su de rares exceptions, les habitants ne contribuent à modifier la égétali, a des savanes que d’une manière tout à fait indirecte, par l'inci- vierge, enche- t dans Ja me rizon jusqu'au à Île se parsème# tautour d'elles s-unes, notam-* es anglaise «# ration des herbes sèches pendant la saison d'été. Ramasser quelques ) tues au milieu des cendres, tel est le but des brûleurs : ils ne s’occu- int point d'améliorer les pâturages, et du reste, dans les savanes hautes, bourvues d’alluvions et revêtues d’une herbe maigre, l'incendie à seuvent oré plantes et racines jusqu'au ras du sable : quelques monticules les, recouvrant des galeries souterraines habitées par de gros lézards, ment déjà çà et là comme des espèces de dunes. Le feu, poussé par borescente ; les ; e, UT vents, se propage quelquefois avec une grande rapidité, mais d'or- nes propres ». elques arbre 0 PHenri A. Coudreau, la France Equinoxiale. Res x. ÿ | 54 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. | dinaire il est beaucoup plus lent que dans les prairies du Grand Oues! nord-américain ou les ÿrousses algériennes : les plantes, contenant une plus forte part d'humidité, n’y fournissent pas un combustible aussi faci- lement inflammable. L'incendie s'arrête à la lisière des grandes forèts, après avoir carbonisé quelques arbres des plus exposés ; il respecte même dans la savane les îlots verdoyants qui se sont formés autour des sources et qui servent d’abri aux bestiaux pendant les ardeurs de l'été. Les forêts de la Guyane, qui, sur le versant oriental, recouvrent dk beaucoup la plus grande étendue du territoire, appartiennent à l'ai végélale de l’Amazonie. Presque toutes les espèces de la selve sont repri- sentées dans la forêt des Guyanes, qui pourtant n’occupe qu'une partie relativement peu considérable du continent : au lieu de forêts mono tones n'ayant qu’une seule essence ou bien un petit nombre de plantes as iées comme les pinières et sapinières, les chênaies et hêtraies de l'Eurans au de l'Amérique du Nord, la Guyane possède un monde végétil prodigien par la variété de ses espèces : le seul territoire appartenant à la France s'a pas moins de 260 essences forestières, dix fois plus qu'on n'en trouve dans la France elle-même. Le courant côtier qui longe le côtes guyanaises, après avoir suivi celles du Brésil depuis le cap Säo Roque, © contribue certainement à l’égalisation des flores par les graines, les fruits, les branchages qu'il entraîne. Mais on ne sait pas, même approximative ment, quelles sont toutes les richesses végétales de la Guyane, puisqu certaines régions n'ont pas encore été parcourues; cependant les itin. raires suivis par les botanistes forment déjà dans l'intérieur un résex très serré. En 1872, Grisebach évaluait à 3500 le nombre des espèce guyanaises déjà décrites. Les familles prédominantes sont les légumi neuses, qui représentent environ la neuvième partie des végétaux de k contrée, puis viennent les fougères et les orchidées". Les palmiers, don: on compte une trentaine dans la seule Guyane française, constituent i peu près le centième de la flore, mais la majesté d'aspect, qui les signal de loin, leur donne une importance apparente de beaucoup supérieure. Les familles de l'aire vénézolane et colombienne qui manquent a Guyanes sont les plantes de montagnes vivant dans les Andes à des alir« tudes plus grandes que les sommets des Pacaraima et du Caïrrit. Au moin 200 espèces de fougères arborescentes croissent sur les pentes, à des hauteurs de plus de 900 mètres; Richard Schomburgk découvrit « quelques jours 93 espèces de cette famille dans le massif du Roraimi 4 À. Grisebach, la Végétation du Globe, traduction par P, de Tchihatchef. FLORE DE LA GUYANE. 3ù « Eldorado des botanistes » : ln moindre différence du relief, de l'ex- osition, du sol, y est indiquée par des plantes nouvelles. La befaria ou & rose andine » et un genre voisin du chinchona se trouvent aussi repré- Éntés sur les escarpements du Roraima. Sur les bords de l'Essequibo, és Indiens se servent de flèches taillées dans le bois de bambous véné- eux, produisant le même effet que le curare'. Les fleurs splendides de la victoria regia, découvertes en 1857 dans Grand Ouest contenant une ble aussi fact. M randes forêts, + ‘especte même ar des sources été. recouvrent de nnent à l'air lve sont repri- N° 8, — FORÈTS ET SAVANES GUYANAISES. Ouest de Paris qu'une partie » forêts mono- bre de plante et hôtraies de monde vévgétil re appartenant fois plus qu'on r qui longe lx cap Säo Roque. nes, les fruits approximative. uyane, puisque ndant les itin. RENE D À. RANÇANS'E A a 4 KO eur un résea bre des espèces int les légumi L vapres HCoudreau C. Perron végétaux de k palmiers, «lon , constituent à 9 400 kil. rivière guyanaise de Berbice, et retrouvées depuis en maints autres cours au de la région amazonienne, témoignent de la merveilleuse beauté Be peuvent atteint" les formes florales sous le climat de l'équateur déricain : en quelques endroits, l'eau des lacs disparaît presque sous tapis de feuilles énormes et sous les touffes de blanes pétales, entre- Blées d'autres fleurs bleues, roses, jaunes, et de graminées frémissantes. la faveur de certaines conditions atmosphériques, les fleurs d’une fmphéacée de ces eaux douces luisent d’une lumière tranquille de veil- ise, bien moins vive que celle des fulgores porte-lanterne et autres , qui les signal oup supérieur manquent au ndes à des all: irrit. Au moin s pentes, à de k découvrit «! if du Roraim C. B. Brown, Canoe and Camp Life in British Guiana. “ 56 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. insectes lumineux, mais plus claire que celle des bois pourris". En plantes alimentaires, la contrée possède, comme les pays voisins, le cacaover sylvestre, diverses espèces de passiflore, les ananas sauvages, les régime et les sèves de plusieurs palmiers, les marantacées d'où l'on extra Pa l’arrow-root, les douze variétés du manioc, l’euphorbiacée qui sert à pré. parer la cassave, le coac et la boisson dite paiourai, les prunes du caram- bolier (averrhoæ carambole), le touka (bertholelia excelsa), dont lx fruits, semblables à des boulets de canon, renferment les excellent « amandes » ou « châtaignes » du Brésil. L’ « arbre du voyageur » & Madagascar est représenté en Guyane par la ravenala quianensis. |: région côtière a les espèces oléagineuses, médicinales, résineuses, aroms tiques de l’Amazonie et pourrait recevoir toutes celles de l'Afrique équ- toriale. Un de ses palmiers, l’aouara (attalea speciosa), donne une huil égale en valeur à celle de l'élaïs de Guinée, que du reste on introduisi en Guyane dès l’année 1806; d’autres arbres, tel le carapa quyanensis, dont la teneur en huile s'élève jusqu'à 70 pour 100 du poids des amandes, Lvbre à cire (virola sabifera), et le ouapa (tamarindus indica), au boi incorruptible, sont aussi des ressources industrielles à peine utilisées non plus que la plupart des cent cinquante espèces médicinales efficace Lt leur buis, sève, racine, feuilles, fleurs ou fruits. Parmi les caoutchouc et les gommes analogues à la gutta-percha, on recueille notamment cell du balata (achras où mimusops baluta), à la fois élastique et duetile; | pays a, comme l'Arabie, son arbre à encens (icica heptaphyllu), que l'n brûle dans les églises de la côte. Les indigènes ont indiqué aux blanc de nombreuses espèces tinctoriales, telles que le roucou et le génipa, « abondantes en tannin, et savaient fabriquer des tissus de mille formes pour les usages les plus divers, avec les fibres de végétaux par centaines du palmier à l'ananas. La région tient en réserve un prodigieux labon- loire de matières premières utilisables pour l'industrie. Quant aux bois de construction et d'ébénisterie, la Guyane en surabond.! mais l'on peut craindre l'arrivée de ces spéculateurs barbares qui on déjà dévasté tant de contrées. La mora excelsa, légumineuse qui dépas en hauteur les autres arbres de la forêt, se dressant d’un jet à 40 mètres l'emporte sur le chêne, même sur le bois de teck, par son élasticité « sa force de résistance : nulle essence n'est préférable pour la char pente des navires. L'ébène vert (nectandra Rodiæi) ne lui est guère inf rieur, C'est par dizaines que l’on compte les espèces de bois ayant plu August Kappler, Holländisch-Guiana is'. En plantes s, le cacaoyer es, les régime où l’on extrai qui sert à pri. ines du caram- elsa), dont le les excellent | voyageur » de guianensis. Li neuses, aromi- l'Afrique éque onne une huik e on introduisi 1pa quyanensis, ds des amandes, indica), au bi peine utilisée, cinales efficacx les caoutchouc notamment cell e et ductile; k hylla), que l'on qué aux blanc et le génipa, oi e mille forme x par centaines digieux labor: e en surabonde, arbares qui on use qui dépas jet à 40 mètres son élasticité € pour la char l'est guère inf bois ayant pli FLORE, FAUNE DE LA GUYANE. 37 e solidité que le chène, mais la plupart sont d'un poids spécifique égal ju même supérieur à celui de l'eau; au siècle dernier quelques-uns ces bois lourds étaient employés à la fabrication de mortiers el daffüts de canon. Les espèces propres à l'ébénisterie se distinguent l'éclat de leurs teintes, noir, gris, jaune, vert, pourpre, par leurs tinures, mouchetures et marbrures. Un arbre dont la coupe est d'un u brun tacheté, à pris le nom de « bois de tigre »; un autre est le “bois de lettres » (brosimum Aubletii), à cause de sa nuance foncée phes'. Par sa faune comme par sa flore, la Guyane est uu pays de transition tre l'aire amazonienne et celles du littoral vénézolan et des Antilles. eune espèce de mammifère, de saurien, de reptile, ne lui appartient clusivement, et si telle forme d'oiseaux, d'insectes ou de moindres orga- smes n'a été découverte qu’en Guyane par les naturalistes, on a de fortes ésomptions pour croire que ces formes se rencontrent aussi dans les égions limitrophes ayant même sol, même végétation et même climat. es espèces que l'on cite d'ordinaire comme particulièrement guyanaises pnt celles que les naturalistes ont observées dans ce pays pour la première bis, telles la biche des palétuviers (cervus palustris), qui court dans la Mase des marécages, le crabier (cancrophagus major), qui se nourrit de rabes et fait son nid dans les berges des bayous, la grue cendrée (grus brrivora), vorace comme l’autruche et de taille presque aussi élevée. Les iseaux aquatiques, canards, flamants, hérons, ibis, se montrent en Mariétés nombreuses : on en voit des vols composés d'oiseaux par milliers. oiseau le plus commun ({yrannus sulphureus), dont la voix s'entend ans chaque arbre, a reçu d'après son cri le nom bizarre de « Qu'est-ce d'il dit », contracté en kiskadi; dans les forêts on entend souvent Alentir comme un son de cloche la voix du campancro (chasmarhynchus runculatus). Le grand taiman n'habite que certaines rivières de la Buyance anglaise, le haut Essequibo et le haut Berbice; il manque dans Cuyuni, le Mazaruni, le Demerara, ainsi que dans tous les cours d’eau ès Guyanes hollandaise et française; on le retrouve dans le Contesté anco-brésilien*; seulement deux petites espèces de sauriens habitent eaux des Guyanes hollandaise et française”. Presque tous les serpents nt inoffensifs pour l'homme; on n'en compte qu'un petit nombre de 2 Richard Schomburgk, Reisen in Britisch-Guiana. C. Barrington Brown, ouvrage cité; — Henri À, Coudreau, Notes manuscrites # August Kappler, Ausland, 1885. EDGE PLEASE EEE EEE Te : À res 38 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, venimeux, tous désignés à Cayenne sous le nom de « grages' »; souvent ils sont comme engourdis. Des boas atteignent des dimensions énormes, surtout les serpents d’eau (eunectes murinus) : d’après Kappler, on en aurait tué un de plus de 13 mètres en longueur sur le haut Suriname. Un poisson très apprécié de l’Essequibo, le lau-lau, espèce de silure, dépasse 3 mètres et pèse une centaine de kilogrammes. Le piraï, dont l’homme redoute à bon droit les morsures, attaque même l’alligator pour en emporter un lambeau. D'un coup de dents il enlève les pattes des canards et la queue de l’iguane. Un autre poisson fait entendre une plainte musicale comme le grondin*. Les Indiens de la Guyane ont un rare talent pour éiever les animaux sauvages, poules, agamis (psophia crepitans), grues, hoccos (crax alector), perruches, aras flamboyants, chiens, singes, sarigues, chevreuils, et jusqu'à des jaguars. L’étranger qui arrive brusquement près d’une cabane est radi) di altaqué par ces bandes d’animaux privés, et si les maîtres ne viennent D testée 4 imposer silence, il a grand’peine à pénétrer dans la demeure sans acci- } Schomt dent. Des deux espèces de chiens sauvages qui vivent dans la Guyane b:i- plus r tannique, l’une, connue par les Indiens sous le nom de maïkang, fait de littoral, grands dégâts dans les plantations. Ces carnassiers s’y introduisent la un angl nuit en fortes bandes et font massacre de poulets, perroquets et autres } anglicisé animaux domestiques, dans le plus grand silence : on ne s'aperçoit ordi- plantatic nairement de leur visite que le lendemain matin, à la vue du désastre. Le servitude guiste Mfamill fau po contre set sou se dise à Les Wa croisement du maïkang avec l'espèce ordinaire produit une race excellente Les A pour la chasse, payée fort cher par les amateurs de Georgetown. point d' Indiens fortemen Tous les Indiens de la Guyane sont confondus par les Anglais sous le SN pour éch nom méprisant de bucks, sous celui de bocks par les Hollandais” : cette | domaine appellation les assimile aux bêtes de la forêt, quels que soient d’ailleurs cultivère les services que leur aient demandés les colonisateurs. Dans les premiers le type : temps, les Européens, ignorant la langue et les mœurs de ces indigènes, se | déjà si ! laissaient aller facilement à considérer les diverses tribus comme autant de mit en € nations distinctes : Barrère, en 1743, mentionne plus de quarante peu- SJ une épor plades dans la seule Guyane française, sans essayer de les grouper par D affluent ordre de parenté. Mais peu à peu on a reconnu la ressemblance des S blancs, € éléments ethniques, et, grâce aux études des missionnaires et des lin- On rema ! Moufflet, Revue Scientifique, 8 févr. 1890. b ‘'WH * C. Barrington Brown, ouvrage cité; — Boddam Whetham, Roraima and British Guiana. D Guiana,; — # Carl Ferdinand Appun, Unter den Tropen. * Everard FAUNE, POPULATIONS DE LA GUYANE. 39 F:RQUVeNt fuistes, on est arrivé à classer les habitants primitifs des Guyanes en trois énormes, familles, Arawak, Caraïbes, Tupi, qui se rapprochent d'ailleurs beaucoup r, On en Pau point de vue de l'apparence, de la physionomie, des mœurs, mais qui GFIRAME, présentent de notables différences par leurs idiomes. e silure, Les tribus les plus anciennes, constituant le groupe aborigène par rai, dont cellence, paraissent être celles des Arawak (Araouaques, Araouages), alor pour mot qu'une étymologie tupi fort improbable traduit par « Fariniers ». attes des … Tous les indigènes, aussi bien que les créoles, se nourrissent de manioc : ie plainte ce n’est donc pas leur alimentation qui distingue les Arawak. On les ren- contre sous ce nom dans les régions littorales de la Guyane britannique, animaux et sous différents autres dans les districts de l’intérieur; d'ordinaire, ils alector), 2 se disent eux-mêmes les Lokono (Lukkunu), c’est-à-dire les « Hommes! ». et jusqu'à ; Les Wapisiana (Ouapichianes), les Taruma (Tarvumans), les Atorai (Ator- ibane est Lradi) du haut Essequibo et du Takutu, les Palicour de la Guyane con- viennent D testée appartiennent à ces populations primitives. Lors du voyage de } Schomburgk, la tribu des Amaripa, jadis voisine des Wapisiana, n’était plus représentée que par une vieille de soixante ans. Les Arawak du littoral, vivant au milieu des policés, blancs, noirs et jaunes, auxquels un anglais plus ou moins jargonné sert de langue commune, sont tous ans acci- yane b'i- 1, fait de uisent la et autres } anglicisés et se confondent peu à peu avec les travailleurs cosmopolites des çoit ordi- à plantations. Du temps des Hollandais, les Arawak étaient exemptés de la sastre. Le ; servitude, à laquelle on avait soumis « de droit » tous les autres Indiens. xcellente À Les Arawak de la Moruka, au nord de l'estuaire d’Essequibo, ne sont point d’origine pure. Lors de la guerre d'indépendance vénézolane, des Indiens de l’Orénoque appartenant on ne sait à quelle tribu, mais déjà fortement hispanifiés par les mœurs, s’enfuirent dans la Guyane anglaise s sous le M pour échapper aux réquisitions et aux massacres. On leur assigna comme s5 : cette domaine le territoire accidenté où naît la rivière Moruka. Ils s’y établirent, d'ailleurs cultivèrent le sol et, se mariant à des femmes arawak, firent retour vers remiers le type indien. Des Portugais immigrés se mélangèrent avec ces Indiens bènes, se déjà si fortement croisés, et la découverte des gisements aurifères les utant de mit en contact avec la population cosmopolite des pays de l’or*. Jusqu'à te peu- SR une époque récente, les Arawak qui campent sur les bords de l’Aruka, hper par D affluent occidental de la Barima, vécurent complètement à l'écart des nee des 0 blancs, et, seuls parmi les indigènes, ils ne comprennent pas l’anglais. es lin- On remarque chez eux, comme chez les Caraïbes des Antilles, quelques 1 W. IL. Brett, The Indian Tribes of Guiana ; — Daniel Brinton, The Arawack Language of à Guiana; — Ten Kate, Revue d'Anthropologie, 15 janv. 1887. 3 Everard F. im Thurn, Proceedings of the R. Geographical Society, October 1892. ana. Û 40 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. traces de deux langues, l’une masculine, l'autre féminine‘, ce qui ne peut s'expliquer que par un croisement de races à la suite d’une conquite, Les Arawak ont gardé mainte coutume de l'ancien temps, entre autres celle des épreuves d'endurance : c'est à qui supportera le mieux les coups de fouet dont ils se cinglent les mollets en faisant jaillir le sang: pendant ces fêtes cruelles, la bonne humeur des Indiens reste invariable, Ces Arawak paraissent avoir été de beaucoup les plus civilisés des Guya- nais, car ils possèdent des vases de forme très variée, avec des orne. ments et des figures grotesques d’hommes et d'animaux en haut relief, Les autres poteries guyanaises sont très simples et sans autre décoration que de grèles dessins linéaires. Est-ce aux Arawak qu'il faut attribuer les « pierres à écuelles » que l’on rencontre en plusieurs endroits des Guyanes, le cercle de piliers que Brown vit dans les montagnes de Paca- raima et les pierres écrites ou timehri du Berbice, du Corentyne et du Maroni, couvertes de figures d'hommes et d'animaux, de grenouilles sur- tout, et d’autres glyphes bizarrement entremèlés? Wapisiana et Atorai, que les voyageurs anglais ou autres visitent rare- ment dans la région des faites, ont encore gardé leur type originel. Les Alorai perdront peut-être aux unions avec les autres races, car leurs femmes ont une remarquable perfection de formes et une grande noblesse M de visage. Tous ont le profil peu différent de l'européen et le teint presque |} blanc : d’après Henri Coudreau, nombre d’Atorai ne sont pas plus foncés que des Andalous, des Siciliens ou des paysans de la France méridionale. Les Wapisiana sont de couleur plus brune; ils ont moins de régularité dans les traits et d'élégance dans l'attitude, et, comme les Atorai, ont à peine quelques poils rares, courts et durs, sur la lèvre supérieure et au men- ton; mais leur chevelure est très abondante. Ils ne manquent jamais, hommes et femmes, de se passer au moins deux épingles dans la lèvre es or! et wap inférieure et se traversent la cloison nasale d’une épingle à laquelle ik suspendent une pièce de métal : ce fut, paraît-il, le signe distinctif de h tribu. Les jeunes filles wapisiana avaient aussi l'obligation de s’arracher les deux incisives supérieures, mais cette tradition ne s’est pas main- M tenue. Ces indigènes n'ont d'autre costume que le calembé, — le pagne À des nègres, — mais ils sont passionnés pour la parure et s'ornent de À toutes les pièces de monnaie, de toutes les perles qu'ils peuvent trouver, # Parmi être com les forêts nisés. N ils vivent bois, feu La culture du maïs ne sert qu'à la fabrication du cachiri, espèce de ë Ent sd : sent, < bière qui jette les buveurs dans une ivresse joyeuse : c’est pendant À Part des Sieurs f 4 R. Schomburgk, ouvrage cité. sur un | x! INDIENS DE LA GUYANE, 4 ce qui ne conquête, itre autres mieux les ss orgies que l'on enlève généralement les filles, les mariages atorai Œ@t wapisiana se faisant par capture. Les Wapisiana, de même que la upart des tribus guyanaises, pratiquent la couvade. Dans toutes les Pégions du faite, entre le Takutu et l'Essequibo, leur langue est devenue lle de la civilisation et du commerce pour les diverses tribus, même origine caraïbe ; les Atorai, les hommes du moins, ont presque com- blètement abandonné leur ancien dialecte pour le wapisiana, langage ifonore et doux, très riche en voyelles et se prêtant fort à l'éloquence. ir de sang: invariable, des Guya- des orne- aut relief, décoration | attribuer droits des s de Paca- Lyne et du uilles sur- N° 0. — INDIENS DES GUYANES, itent rare- iginel. Les car leurs le noblesse M int presque 13 lus foncés éridionale, # ilarité dans JE = nt à peine L au men- Ouest de Greenwich D'après Schomburgk, Im Thurn, Coudreau, etc. ©. Perron. nt jamais, (A) Arawak, (C) Caraïbes, (T) Tupi ns la lèvre 1 44 000 000 500 kil. aquelle ik netif de la ’armi les tribus originaires se rattachant aux Arawak, il faudrait peut- s’arracher être compter les Guaraunos (Warrau) du territoire anglais, campés dans les forêts des régions alluviales du nord-ouest et partiellement christia- nisés. Ne différant guère de ceux qui habitent le delta de l’Orénoque, ils vivent aussi sous des cabanes construites et entièrement meublées en bois, feuilles et fibres de palmier mauritia, et s’habillent, se 1ourris- sent, s'abreuvent des produits de cet arbre. Bien différents de la plu- part des autres Indiens, les Guaraunos ne se lavent jamais. Quand plu- Sieurs familles ont une dispute à régler, ils se donnent rendez-vous Sur un banc de sable. Tà, les hommes de tout âge se disposent sur deux XX. 6 pas main- le pagne À s'ornent de À nt trouver, espèce de # t pendant à 12 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, lignes opposées, armés de boueliers faits avec les nervures du mauritia, puis, s'excitant par les danses et les cris, se heurtent, se pressent de toutes leurs forces. Ceux qui renversent les autres ont gagné l'objet en litige‘. Toutes les femmes warrau ont, dit Richard Schomburgk, « une physionomie profondément mélancolique et infiniment douce ». Le groupe des Caribes ou Caraïbes est représenté dans toutes les parties des Guyanes, et même en territoire britannique; quelques-unes de leurs tribus portent le nom générique de la famille. Une de leurs peuplades existe notamment à Warramuri, à l'ouest de la bouche de cuka, à côté d'un amas énorme de coquillages et autres débris de ewsine, témoi- gnant d'un séjour de mangeurs, prolongé pendant plusieurs siècles, Everard im Thurn donne à ces indigènes le nom de « Vrais Caraïbes », dans la pensée qu'ils débarquèrent en cet endroit à leur arrivée des Antilles, patrie présumée de leur race : des légendes les disent en effet venus du nord, tandis que les Caraïbes eux-mêmes racontent être « descendus du ciel par un trou* ». Il paraît probable à la plupart des ! ethnologistes américains que les régions centrales du Brésil furent les M foyers des émigrations caraïbes, et, dans ce cas, les tribus de l’intérieur des Guyanes mériteraient mieux que celles du littoral le nom de « Vrais Caraïbes ». Les Galibi de la Guyane française, qui sont aussi de race À pure et qui portent la même appellation, différant à peine p* une plus ! grande mollesse de la prononciation, vivent depuis au moin x siècles et demi dans la zone du littoral à l’ouest de Cayenne : eu . _2,on 7} comptait une vingtaine de leurs villages; maintenant on trouve de leurs # établissements sur le Sinnamari, sur l’Iracoubo, et principalement sur lh MR rive gauche du Maroni. Une autre tribu caraïbe, celle des Calina, reste d'une grande nation, s’est maintenue sur les bords du Suriname. Les # fameux Roucouyennes de l’intérieur, ainsi nommés par les créoles à cause BR du roucou dont ils se peignent le corps, mais se donnant à eux-mêmes | le nom de Ouayana, — peut-être reproduit dans le mot de Guyane, — # sont aussi des Caraïbes”, Les beaux Akawoiï (Waika) ou Kapohn des districts | montagneux que traverse le Mazaruni dans la Guyane anglaise, les Par- tamona du Potaro, les Arecuna redoutés, qui vivent dans les hautes ï vallées autour du Roraima, les Ouayeoué du haut Essequibo, les Taira de la Guyane française, enfin les Macusi des versants supérieurs du rio 8 , Branco, appartiennent également à la souche caraïbe et parlent des BR 1 W. IL, Brett, ouvrage cité; — Everard F. im Thurn, mémoire cité, 2 Adolph Bastian, Ethnologische Forschungen. 5 Henri À. Coudreau, la France Équinoxiale. 1 maurilia, ressent de À l'objet en | irgk, « une les parties es de leurs peuplades ruka, à une, témoi- rs siècles, Caraïbes », arrivée des disent en ‘ontent être plupart des furent les » l'intérieur ! de « Vrais ! issi de race une plus x siècles ment sur k alina, reste riname. Les oles à cause eux-mêmes Guyane, — es districts se, les Par- & les hautes b, les Taira À eurs du rio À arlent des LC] Cl « © ol ” LI AH du LS LC] ol = LI © = Gravure de Thiriat, d'après une photographie communiquée par X. F. Laveau. S s cher gage * core core r Du habit l'Aot " par be ble ‘ Jules Cu ëj Élie Rec P Henri À. à à INDIENS DE LA GUYANE, CARAÏBES. 4ù gues congénères, ou plutôt des dialectes d’un même langage. De même de le wapisiana dans les régions de partage entre l’Essequibo et le rio fanco, le galibi était devenu sur la côte une sorte de parler général ur toutes les tribus. Le vocabulaire français a reçu plusieurs mots Igalibi, tels que caïman, toucan, ptrogue, hamac". En général, les Caraïbes guyanais sont moins beaux que les Arawak, Ftout si l'on prend chez ceux-ci les Atorai comme type de race. Les libi sont petits, grêles; une figure ronde et molle, manquant de barbe, àr donne un air féminin. Les Macusi ont le visage moins glabre, mais 48 ont les formes plus lourdes, la taille plus massive. Les Roucouyennes, mme la plupart des Indiens, paraissent plus grands qu’ils ne le sont, fce à la longueur et à la largeur du buste, qui contraste avec le faible fveloppement des membres. Ils semblent avoir un gros ventre par l’effet ês ceintures plusieurs fois enroulées dont ils s’enveloppent, par règle hygiène. Ils ont les doigts des mains très courts, et les pieds larges B plats. La paupière est légèrement oblique, comme chez les Chinois. s ont l'habitude de s’arracher les cils, « pour mieux voir », disent-ils; Mais il s’agit probablement d’une offrande au soleil”. Quelques tribus de alibi suivent aussi la mode wapisiana de se percer la lèvre inférieure ec un os ou une épingle, qu'ils remuent constamment avec la langue, de se gonfler les mollets par de larges jarretières fortement serrées i-dessous du genou. La troisième famille ethnique des Guyanes est celle des Tupi, la Ation brésilienne par excellence, représentée par des centaines de ibus entre le Maroni et le rio de la Plata. Les deux principales tribus pi du territoire guyanais sont les Oyampi des Tumuc-Humac, sur Je haut yapok, et les Émerillons, qui vivent plus à l’ouest, entre l’Approuague et s affluents du Maroni. Grands agriculteurs, ils fournissent de manioc s chercheurs d’or et commencent à se créoliser par le costume et le gage”. Mais parmi les tribus de ces régions de l’intérieur il en est ncore plusieurs dont on ne connaît pas la langue et qu’on ne sait jicore rattacher à aucune souche ethnique. Tels sont les Oyaricoulets hi habiteraient dans la vallée de l'Itani, un des sous-affluents du Maroni l’Aoua. D'après la légende, — car aucun voyageur ne les a décrits be par oui-dire, — ils auraient la peau blanche, les yeux bleus et la trbe blonde : on n'était pas éloigné d’y voir des blancs résolus à se M jules Crevaux, Voyage d'exploration dans l'intérieur des Guyanes. A Élie Reclus, Notes manuscrites. 4 Henri A. Coudreau, Chez nos Indiens et Notes manuscrites. e à 46 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. tenir à l'écart de leurs frères venus d'Europe; toutefois les Roucouyenne dirent à Coudreau que ces Indiens sont « comme les autres ». Dans | Guyane anglaise vivraient aussi les fabuleux Didi, gens velus que tous le! autres Indiens redoutent sans les avoir jamais vus. D'ailleurs, quand | sauvage a peur d’apercevoir un être redouté, ou même un rocher à form bizarre, qu'il croit être un démon ennemi, il se frotte les yeux de poivre: cessant de voir, il s’imagine qu’on ne le voit plus". Quelles que soient les familles ethniques auxquelles ils appartiennent, les Indiens guyanais se ressemblent beaucoup par les mœurs : s’il s'agissai de classer les tribus d’après le genre de vie, maintes peuplades difléran par l'idiome se trouveraient juxtaposées : ainsi, pour la couvade, les Galil; prendraient place à côté des Wapisiana, des Oyampi, des Émerillon L'analogie du milieu et des conditions économ*: es a rapproché les popu: lations. En aucun groupe l'autorité ne s’est ec. stituée solidement sur | modèle apporté par les colons d'Europe. Que tel ou tel personnage port un titre quelconque plus ou moins honorifique, il n’est point un vér: table « chef » pour cela; ses qualités personnelles peuvent lui assura! une grande influence, mais il ne s’ingère point à donner des ordres Chaque individu reste complètement libre de ses mouvements et de « actes. Les enfants mêmes sont respectés; jamais on ne les punit : «(h ne bat que les chiens », dit un proverbe macusi. Cependant les épreuvx# de la puberté étaient jadis terribles : ainsi la mère fustigeait ses fillan pendant le sommeil du père et des frères, et malheur à elles si leurs en réveillaient les dormeurs*! Chez les Roucouyennes, la fête de l’initiatin consiste à soumettre les garçons et les jeunes filles à la piqûre des gutpxw et des fourmis : les malheureux défaillent de douleur, mais ils ne pou sent pas une plainte’. Quant aux médecins-sorciers, les piai (puyai, peartzan, peai-man, désignés par les Espagnols et les Brésiliens sous le nom de piaché et à « pagets », ils doivent à leur science curative et divinatrice une autorit morale plus grande que celle des chefs, mais eux non plus ne se] mettraient pas de commander. Peut-être la vénération témoignée a pagets tenait-elle jadis pour une bonne part à la difficulté des examen qu'ils étaient obligés de subir avant d’être reconnus dignes par leur confrères d'entrer dans la docte corporation‘, Plus d’un candidat succom 1 C. Barrington Brown ; — Everard F, im Thurn, ouvrages cités. & Richard Schomburgk, ouvrage cité, 5 Henri A. Coudreau, Société de Géographie, séance du 15 juin 1891. 4 Jules Crevaux, ouvrage cité, s lerrièr Emoiti til brdina } grou 8 Guy: 00 inc bllcnri À MW. Il. | Adam d PHenri À d ; Richard INDIENS DE LA GUYANE, ROUCOUYENNES. 47 Roucouyennes à ait aux épreuves imposées pendant les dures années du noviciat; mais es ». Dans là 8 nos jours l'apprentissage est beaucoup plus sommaire. Le grand instru- ent du culte est le maraca, petite calebasse de la grosseur du poing, Dhénfermant quelques cailloux sonores. « Le maraca sert à chasser le ble et au besoin à l'évoquer! », surtout quand il s’agit de susciter un hgeur ou kenaima pour le sang versé. Possédé par la fureur du talion, pmme qui s’est voué au meurtre ne connaît plus personne : il n'a plus clan, ni famille; il disparaît dans les bois et ne se montre de nouveau s la société de ses semblables qu'après avoir égorgé ou empoisonné ü même torturé sa victime. D'ordinaire les maladies sont attribuées aux faléfices d'un kenaima, et souvent pour les écarter on barra leur route fésumée par des abattis d’arbres. ®ù En quelques tribus, notamment chez les Roucouyennes, on brûle encore Mirfois les cadavres des morts et l’on jette dans leur bûcher tous les bjets qui leur avaient appartenu. D’après le témoignage unanime des yageurs, l’anthropophagie aurait jadis existé; mais les principales tribus bi pratiquaient cette horrible coutume ont disparu, tels les Noura- Mes des bords de l’Approuague, les Acoqua du Tumue-Humac : on cite rmi les fils des cannibales les Taira et les Oyampi. Ceux-ci chantaient icore en 1850 des refrains célébrant leurs anciennes mœurs : « Autre- is nous étions des hommes, nous mangions nos ennemis; nous n'avions Bs le manioc pour nourriture comme des femmes’! » Le nom même EO yampi aurait eu le sens de « Mangeurs d’hommes »; mais on peut irmer que depuis la fin du dix-huitième siècle, le cannibalisme a com- Btement cessé chez les tribus connues‘. Les Caraïbes brûlaient le cœur l'ennemi vaineu et en mélaient la cendre à leur boisson‘. La diminu- n graduelle de la population indigène a porté surtout sur les tribus errières, celles qui sont le moins croisées d'éléments étrangers. Plus de Emoitié des peuplades citées par les anciens auteurs a disparu; cepen- que tous le : is, quand le ocher à forme ux de poivre: \ppartiennent, : s'il s'agissai lades différan: rade, les Galili $s Émerillons oché les popu: dement sur | rsonnage port point un vér ent lui assuru! er des ordres nents et de «# es punit : « (he nt les épreuvnis igeait ses fille les si leurs eri* de l'initiation ûre des guëpe his ils ne pour an, peai-mai le piaché et \ ce une autor lus ne se pe témoignée auf é des examen} unes par leu didat succo | til reste un nombre de naturels très supérieur à celui qu’on admet brdinaire : les voyageurs qui remontent les rivières ignorent souvent à groupes campés dans les écarts de la forêt. La population indienne s Guyanes côlières, non compris le versant amazonien. atteindrait encore 00 individus. Henri A. Coudreau, les Caraïbes. M. H. Brett; Everard F. im Thurn, ouvrages cités, Adam de Bauve, Bulletin de la Société de Géographie. PHenri À. Coudreau, Notes manuscrites. Richard Schomburgk, ouvrage cité. DRE TRAME 48 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, La traite des noirs a introduit dans les Guyanes, principalement par li voie des Antilles, une population africaine qui, avec les gens de sang mülé, f dépasse de beaucoup le nombre des aborigènes. Répartis d'abord dans le plantations du littoral, puis ramenés dans les villes comme domestique: par leurs maitres rentiers ou fonctionnaires, les nègres se sont graduelle. ment substitués, dans toute la région de la côte, aux aborigènes, que lu progrès de la culture refoulaient vers les grands bois. L’abolition d l'esclavage, proclamée une première fois dans la Guyane française en 1794, puis effectuée d’une manière définitive en 1858 dans la Guyane britan.… nique et successivement dans les autres colonies, mit un terme à lim. portation des travailleurs noirs sur les côtes guyanaises; cependant l'exct. dent de la population d’origine africaine à Barbadoes s’est déversé en pari" sur les Guyanes, continuant ainsi le mouvement d'immigration noire par des éléments nouveaux. Des milliers de nègres Krou, venus librement (: Liberia, travaillent aussi dans les chantiers de bois, servent comme mate lots dans les bâtiments de cabotage, puis, après avoir gagné par un travi acharné une somme suffisante pour acheter plusieurs femmes, rentre dans leur patrie‘. Les noirs guyanais se divisent naturellement en deux groupes : let descendants des esclaves qui, mêlés aux immigrants pacifiques, sont resta constamment en contact avec les blancs de la côte, et les noirs indépendant#h vivant à l'intérieur des terres. Ces descendants des nègres marrons, de nus maintenant des citoyens pacifiques, réconciliés avec les fils de leu anciens maîtres, sont universellement connus sous le nom de Bw negroes, Bosch Negers; — en créole français : Nègres Boch, ou « Nèm des Bois ». Cependant ils n'errent point comme le gibier au milieu { man, broussailles : paisibles agriculteurs, ils habitent, au bord de l’eau courant ieurs des villages permanents, entourés de cultures. Des républiques de nègr :àp la b se sont fondées dans les trois Guyanes côtières, anglaise, hollandaise : française, mais c'est dans les bassins des rivières Suriname et Maroni qu ndais se sont établis leurs groupes les plus nombreux. Les premières mi ur r tions eurent lieu dès le milieu du dix-septième siècle, en 1665, lorsque Ves ve Juifs portugais des bords du Suriname renvoyèrent leurs nègres dans k arnis forêts, pour éviter l'impôt de capitation; ils espéraient que les eschm L\ gr'ar reviendraient après le passage des percepteurs de l'impôt, mais les fu odiqu tifs, ayant pris goût à la liberté, restèrent dans leurs campements”. La bet d # Carl Ferdinand Appun, ouvrage cité. l gust Ka #* August Kappler, ouvrage cité; — Roland Bonaparte, les Habitants de Suriname. din, NOIRS DES GUYANES, NÈGRES BOCH. 49 quantaine d'années après, en 4719, des maraudeurs français ayant fahi les plantations riveraines du Suriname et du Commevwjine, les Bbprictaires s'enfermèrent dans la capitale, laissant leurs esclaves se üirer aire comme ils l’entendraient. La plupart aidèrent les Français à r les résidences abandonnées, puis, quand leurs anciens maitres brent, se réfugièrent dans les forêts voisines, pour commencer contre blancs une guerre incessante d’embûches et de pillage. Le nombre maraudeurs s’accrut d'année en année, et soudain, en 1750, une rrection formidable éclata sur le haut Suriname, dans les plantations mes du gouvernement. La lutte dura près de vingt années, avec des Lès divers, ct l’on dut à la fin reconnaître aux nègres insurgés la Bnité de belligérants et d'hommes libres ; ensuite il fallut conclure la k et respecter les limites du territoire indépendant. De nouvelles insur- ions eurent lieu en 1757 : un chef, d'origine probablement maho- Manc, Arabi, humilia à son tour les propriétaires hollandais et, en M, leur arracha le traité d’Auca, d’après lequel la principale répu- ue prit son nom des « nègres Aucans (Auca, Djoeka, Youka) ». L'année ante, une nouvelle communauté, celle des marrons de Saramacca, Quit aussi son droit comme nation indépendante. D’autres clans se | tituèrent plus tard : tels ceux des Poligoudoux (Poregoedoe), qui ident des trophées de canons’, et des Paramacca, sur le haut Maroni, Koffi, Becoes, Matrocanes ou Moesinga. En 1772, Boni, le héros légen- des nègres marrons, amena ses bandes jusque dans le voisinage faramaribo. Il fallut soutenir contre lui une guerre régulière, appeler jrope une armée de 1200 hommes, dont l’un des principaux officiers, man, est fort connu par son ouvrage sur la Guyane. La guerre dura ieurs années et coûta la vie à presque tous les soldats de l’expédi- : à peine en revint-il vingt en parfaite santé”. Enfin Boni fut rejeté la base des Tumuc-Humac, grâce à l'alliance des Aucans avec les ndais. On peut dire d’une manière générale que les nègres de l’in- ur revendiquèrent avec succès leur indépendance, tandis que les ves voisins de Paramaribo et des forts du littoral furent écrasés par arnisons disciplinées. Les nègres marrons des Antilles, même ceux bigrande Jamaïque, ne pouvaient triompher de troupes procédant odiquement à l’occupation générale du pays par la construction de et de routes stratégiques; mais les Bosch-Negers avaient l’espace : ement par là le sang mêlé, bord dans les domestique M ont graduelle. ènes, que Île L'abolition de aise en 1794 uyane britar terme à l'im. endant l'exci versé en pari tion noire park s librement tk , comme male par un lravil nmes, rentrer , groupes : lbs ues, sont reslà rs indépendant marrons, devé les fils de leur nom de Bulk h, ou « Nèg au milieu dé l’eau courant liques de nègr hollandaise e et Maroni ( remières mig 663, lorsque k® nègres datis que les escla t, mais les fi pements”. | gust Kappler, ouvrage cité. nitutie un, Voyage à Suriname. XIX, 0 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. toujours libres de pousser plus avant dans l’intérieur, ils lassèrent leur 8 anciens maîtres". à On évalue diversement le nombre de ces nègres, naguère tout à fait ind@ pendants, mais entraînés de plus en plus dans la zone d’attraction 4 régime administratif fonctionnant dans les capitales : les diverses «t. tistiques varient d’une huitaine à une vingtaine de mille. Dans ce mt lange de races produit par l'esclavage, les migrations et la guerre, tm souvenir des nations d’origine a disparu : la provenance africaine pres pure des Boch est le seul fait, d’ailleurs évident, qui soit connu. I: plus beaux et les mieux policés de ces nègres sont les Aucans; ceux qu l'isolement et la pauvreté ont le plus dégradés appartiennent aux comm: nautés des Matrocanes. Mais, d’après Giflord Palgrave, les uns et }: autres offrent encore un type parfaitement afrirain, avec la peau tr noire, tailladée comme celle de leurs ancêtres, des cheveux crépus et d traits qui ne ressemblent en rien à ceux des aborigènes du Nouveau Mont on ne remarquerait dans leurs traits aucune assimilation au type abu gène. Toutefois Paul Lévy, qui a vécu parmi eux dans les régions an fères, et Carl Appun, qui séjourna de longues années dans la Guyx anglaise, affirment que les modifications ont été sensibles : la couleur: la peau serait moins noire, la chevelure plus longue et moins lainew A nuance égale d’épiderme, les mieux portants sont ceux dont le noir le plus brillant”. Les Carbougres (Karboegers) du Coppename sont né pères nègres et de mères indiennes. Quelques mots des dialestes nèrh ou bantou se seraient, dit-on, conservés dans la langue des marrons; m elle se compose surtout d’un fond de mots anglais, auxquels se mi des termes portugais fort nombreux, puis des expressions hollandaise françaises, le tout uni par une syntaxe des plus simples et adouci | la câline prononciation créole. Peu à peu les langues policées, angh hollandais, français, portugais, se substituent à ce jargon primitif. Fils des noirs rebelles qui conquirent leur indépendance au «ri! tous les esclaves : « Terre et Liberté! », les Boch sont restés agricultede Ils récoltent assez de vivres pour leur propre subsistance et produit en outre du riz, dont ils approvisionnent les villes et les plantation littoral; mais leurs bénéfices principaux proviennent de la coupe! bois : ce sont eux qui abattent les grands arbres de la forêt po construction et l’ébénisterie, et les transportent à Paramaribo pa 1 W. G. Palgrave, Dutch Guiana. * Jules Crevaux; Henri Coudreau, divers mémoires. n NÈGRES BOCH. pl Jassèrent leur lières et les canaux. Ils possèdent le monopole de cette industrie et ne Quent point de le perdre, grâce à leurs habitudes de sobriété : à cet d, ils se distinguent heureusement des aborigènes; toutefois la démo- ation produite par l'exploitation des mines d’or les gagne aussi. pensables comme canotiers sur les hauts des rivières, ils montrent singulière adresse dans la manœuvre de leurs corials ou couriaré tout à fait ind: 80 d'attraction 48 es diverses sk le. Dans ce mi | la guerre, ln fricaine presqu soit connu. l4 ucans; CEUX qu N° 10. — POPULATIONS DE LA GUYAN':. Ouest de Paris ent aux comm les uns et À: vec la peau tn ux crépus et dk Nouveau Mon? n au type ao les régions au dans la Guy s : la couleur: moins laincuw x dont le noire name sont nés s dialestes nù es marrons; mA xquels se mél s hollandaise! i.: id HI Quest de Greenwich les et adouci fe Andien: Civihisés ou assimilés policées, ange 11500000 Û 500 kil. n primitif. ndance au cri stés agriculteuh ce et produis les plantation 4 de la coup 4 la forêt pour! ramaribo ji à leurs pirogues, désignées par les Anglais sous le nom de w00d-skins, gaux de bois » : ce sont de simples canots faits avec l'écorce du ifera publiflora ou de l’hymænea courbaril, comme les pirogues des ons en écorce de bouleau". épuis l’année 1759, les missionnaires moraves ont fondé des stations 1 au milieu des Boch, mais sans grand succès, sauf dans le e des Moesinga. Tout en professant, par un vague souvenir des ensei- nts reçus en temps d'esclavage, qu’il existe un bon Dieu créateur Crevaux, Mémoires de la Société d'Anthropologie, 1882. 52 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. des hommes, des singes et du manioc, dont la femme s'appelle Maria et le fils Jest Kisti', la plupart des Boch ont gardé leur culte naturiste et « croient ce que croyaient leurs mères »; mais la ferveur paraît avoir beaucoup diminué dans leurs villages : les fétiches, images des ani- maux protecteurs ou gadou’, ont disparu dans le voisinage des blancs. L'objet de la vénération publique est le ceiba ou « fromager », l'arbre superbe, aux racines saillantes, au tronc lisse et droit, au vaste bran- chage étalé, qui s'élève isolé près du campement, comme un mystique protecteur de la communauté. On l'arrose de libations, on parsème le sol autour de lui de fruits, d’ignames et autres offrandes. Parfois on fait aussi des sacrifices de propitiation autour du hiari, arbre au suc véné- neux, habité, dit-on, par un démon. Les Boch de l’intérieur se couvrent d'ohia ou amulettes, os, plumes ou coquillages; ils en pendent même au cou de leurs chiens pour leur donner du flair à la chasse. Quand un Boch meurt en voyage, ses compagnons rapportent sa chevelure dans la patrie et l’enterrent avec honneur”. Les communautés vivent en paix, sans que des ambitions rivales se disputent le pouvoir : égaux en bien-être, tous les nègres de brousse sont égaux en droit. Cependant chaque village a son chef titulaire, presque toujours élu dans une même famille et se distinguant de ses concitoyens, non par l'autorité, mais par le privilège de parader les jours de fête, en portant un uniforme et en manœuvrant une canne à pomme dorée. Les chefs par excellence, ceux des Aucans et des Saramacca, ont reçu le nom de Gramman, en anglais Grand Man ou « Grand Homme ». La dynastie se continue, non de père en fils, mais par la voie mater- nelle, dans la famille de la grand-mama, les traditions du matriarcat s'étant maintenues depuis les temps antérieurs à l'esclavage. Le Grand Homme est reconnu, mème par le gouverneur hollandais, comme une sorte de président des républiques nègres; mais on a pris soin de lui donner un surveillant, le posthouder, qui jadis était un simple délégué des blancs et qui a fini par devenir le magistrat principal des tribus pour le règlement des procès entre les individus, de même qu'entre les villages. Le « Grand Homme » des Boni, dans la Guyane française, n’est guère plus qu’un fonctionnaire, jouissant d’un traitement régulier. Non compris les immigrants de Trinidad, de Barbadoes et de la Marti- nique, les noirs, de même que les Indiens, sont en voie de diminution, t Ch. D. Brown, ouvrage cité. # Fournereau, Archives des Missions Scientifiques, tome X. 3 August Kappler, ouvrage cité. quoique le € défavorable d'autres race numérique ; vivent à l’éc: cosmopolite, des naissance raient jamais un négrillon ; les neuf pre Palgrave, l’a tuent à force contrées que manière différ plet; la lèpre les framboise grands ravage les créoles, ils les narines ot Après l’abo abandonné les propres jardi d'autres travai pas assez rich Guyane britan considérable e de recruteme 170000 couli représentent : anglais; les pl s'élèvent au s lion fonctionn Demerara. En les propriétair les Français enfin on a fai ‘ Henri À. Coudr ? Pierre Barrère, NÈGRES BOCH, IMMIGRANTS HINDOUS. 53 quoique le elimat des Guyanes paraisse leur convenir parfaitement, tout défavorable qu’il soit aux Européens. Le métissage avec les éléments d'autres races explique dans une faible mesure cet amoindrissement numérique; mais il est certain que, dans les communautés où les nègres vivent à l'écart, aussi bien que dans les villes du littoral à population cosmopolite, le nombre de leurs décès, sauf chez les Aucas', dépasse celui des naissances. Au siècle dernier, on croyait que les Africains ne pour- raient jamais multiplier en Guyane, car les planteurs sauvaient rarement un négrillon; les enfants mouraient presque tous de convulsions pendant les neuf premiers jours”. La cause de la forte mortalité serait, d'après Palgrave, l'amour aveugle des mères pour leurs nourrissons, qu’elles tuent à force de les gaver; mais, cette cause se retrouvant en d’autres contrées que la Guyane, ces nombreuses morts doivent s'expliquer d’une manière différente : l’acelimatement des noirs ne serait pas encore com- plet; la lèpre ou boasie, l'éléphantiasis, le pian, les « boutons indiens », les framboises », le beriberi, la variole, la syphilis font parmi eux de grands ravages. Vivant dans la brousse, le « grand bois », comme disent les créoles, ils ont aussi à craindre l’insecte qui dépose ses larves dans les narines ou les oreilles de l’homme, la lucilia hominivora. Après l'abolition de la servitude, la plupart des anciens esclaves ayant abandonné les plantations pour émigrer dans les villes ou cultiver leurs propres jardins, les propriétaires des vastes domaines durent importer d’autres travailleurs. Les deux Guyanes, française et hollandaise, n'étaient pas assez riches pour recruter un grand nombre d'étrangers, mais la Guyane britannique, où l'étendue des terrains cultivés est beaucoup plus considérable et à laquelle le gouvernement anglais avait ouvert ses bureaux de recrutement dans les Indes, a pu, depuis 1845, louer plus de 170000 coulis asiatiques, et les survivants de cette immigration payée représentent actuellement le tiers de la population dans le territoire anglais; les plus appréciés, dits les hill-coolies, viennent des collines qui s'élèvent au sud de la grande courbe du Gange. Des bureaux d'’émigra- tion fonctionnent à Caleutta et à Madras pour le service des planteurs de Demerara. En outre, ceux-ci ont importé quelques milliers de Chinois; les propriétaires de Suriname ont aussi fait venir des coulis javanais; avec les Français sont arrivés des Arabes, des Annamites, des Sénégalais ; enfin on à fait appel au travail des blancs, mais des blancs le mieux ‘ Henri A. Coudreau, Dix Ans de Guyane ; Chez nos Indiens. ? Pierre Barrère, Nouvelle Relation de la France Équinoxiale. #“ 54 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. acclimatés au climat des tropiques : les insulaires de Madère et des Açores. Ces immigrants, généralement désignés sous le nom de « Portu- gais », sont les colons de race européenne, mais fort mélangée, qui pro- mettent de devenir les véritables Guyanais : on leur doit le peuplement qui se fait en dehors de la zone des plantations si péniblement conquise sur les forèts et les marécages, pendant deux siècles et demi de labeur, par les Français, les Hollandais et les Anglais. Même les blancs qui réussirent le mieux dans la Guyane hollandaise, des Juifs, étaient aussi de provenance portugaise pour la plupart : leur principal groupe, formé de planteurs expulsés du Brésil, arriva en 1663 : à leur influence est dù le grand nombre de mots portugais contenus dans le langage créole des nègres marrons. Toutes les tentatives de colonisation faites avec des travailleurs blanes importés à grands frais ont abouti à des catastrophes. Si l'acclimatement individuel est possible quand toutes les règles de l'hygiène sont pru- demment observées, l’accommodement de familles et de groupes commu- naux à ce milieu si différent de celui de l’Europe est certainement beaucoup plus périlleux à tenter qu’au Canada ou dans les États-Unis du Nord, surtout quand les sujets choisis pour cette redoutable expérience sont privés de confort ou même de l’alimentation nécessaire. La phtisie est presque inconnue sur la côte, mais les fièvres paludéennes, très dange- reuses à l’époque où les marais se dessèchent sous l'ardeur du soleil, déciment rapidement les nouveaux venus, et depuis l'année 1855 la fièvre jaune a fait de nombreuses apparitions dans la contrée. Aussi les Euro- péens, quoique les maîtres du pays en tant que fonctionnaires et plan- teurs, sont-ils restés des étrangers au milieu de la foule bariolée que composent tant d'éléments ethniques et où la part des métissés augmente d'année en année'. Sauf dans quelques années favorables, la mortalité l'emporte régulièrement sur la natalité. Avec les gens de race croisée, ! Population par races des Guyanes, suivant une évaluation approximative de Coudreau, en 1895 : Guyane Guyane Guyane Contesté anglaise. hollandaise. française, côtier. Ensemble. Indiens policés. . . , . 1000 200 400 2 000 à 600 Indigènes de l'intérieur . 7 000 2 500 1 000 300 10 800 Noirs des brousses., . . 200 16 000 1 000 » 17 200 Autres noirs et mulâtres. 130 000 55 000 21 700 600 207 300 Hindous, Chinois; Javanais, 135 000 3 600 4 000 » 142 600 «Portugais » et Brésiliens. 14 000 500 300 100 14 900 Européens. . . . . . . 4800 750 100 100 5 750 Autres blancs, troupes, etc. 1 000 4 450 5 700 » 8150 Ensemble. . . . . . 299 200 80 000 34 200 3100 410 300 rouges el ments dits Brésiliens, gnols, tous Cette pat minées, est l'activité du chercher pl lannique € « génie ad prospérité ment dans l'esprit de vrai que k naturels qu appartient, depuis lon les plus ac la zone cul villes, les vi lisière étroi tandis que la Guyane palétuviers, Il était et, grâce à majorité, p besoin. Der tresse de k: les domina colonies an l'ile surper ! Giflord Pal des rtu- ro- qui sur par rent nce urs and res incs ent 'u- mu- ent du nce tisie nge- leil, re r'o- lan- que nte lité sée, 895 : POPULATION DES GUYANES, GUYANE ANGLAISE. 55 rouges et noirs, ceux qui gagnent peu à peu sur les Européens propre- ments dits sont, au nord les insulaires des îles portugaises, au sud les Brésiliens, également de langue portugaise, à l’ouest les Vénézolans espa- gnols, tous colons de langue et de civilisation latines, Il GUYANE ANGLAISE. Cette partie de la grande île des Guyanes, à frontières encore indéter- minées, est de beaucoup la plus importante par le nombre des habitants et l'activité du commerce. On admet d'ordinaire, sans se donner la peine de chercher plus avant, que cette remarquable supériorité de la Guyane bri- lannique comme domaine d'exploitation a pour cause primordiale le « génie administrateur » des Anglais; mais, si l’une des raisons de cette prospérité relative doit être attribuée à la non-intervention du gouverne- ment dans les affaires locales, à la rareté relative des fonctionnaires et à l'esprit de suite maintenu dans l'administration, il n’en est pas moins vrai que la Guyane anglaise a joui de privilèges considérables, tant naturels que d'ordre politique. D'abord le plus grand bassin fluvial lui appartient, et ses plantations principales, que les Hollandais avaient depuis longtemps mises en valeur lors de la conquête anglaise, sont les plus accessibles pour les navires venus de l'Europe et des Antilles ; la zone cultivable, bien drainée du côté de la mer, borde le littoral, et les villes, les villages, les plantations ont pu se presser au bord du flot, sur la lisière étroite qui sépare les vagues des eaux dormantes de l’intérieur, tandis que dans la Guyane hollandaise et dans la plus grande partie de la Guyane française la zone marécageuse, masquée par des rideaux de palétuviers, occupe la régian bordière*. Il était facile de commencer la culture sur ces côtes découvertes, et, grâce à la proximité des Antilles, les premiers planteurs, Écossais en majorité, purent recruter sans difficulté les travailleurs dont ils avaient besoin. Depuis 1802, époque à laquelle la Grande-Bretagne devint mai- tresse de la Guyane du nord, qui lui fut officiellement cédée en 1814, les dominateurs de la contrée ont largement profité du voisinage des colonies antiliennes en favorisant l'immigration des noirs de Barbadoes, l'ile surpeuplée, et de la grande île de Trinidad dans leurs terres conti- 1 Giflord Palgrave, Dutch Guiana. 56 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, nentales. Puis lorsque l'émancipation eut privé les propriétaires fonciers des esclaves qui exploitaient leurs domaines, le gouvernement des Indes ouvrit les portes de ses marchés de coulis aux riches usiniers de Deme- ara, Autant de raisons qui assurèrent à la Guyane britannique une très forte avance sur les contrées limitrophes, et cette avance même lui donna par contre-coup une meilleure situation commerciale, des ressourees industrielles, des relations plus nombreuses et beaucoup plus actives. Tout progrès antérieur devient une cause de progrès nouveau. Si li Guyane anglaise n'est pas plus une colonie, dans le sens propre du mot, que les deux autres Guyanes sous domination européenne, du moins est-elle devenue un lieu de peuplement spontané pour les émigrants des Antilles et des Açores. Dans le langage courant, les Anglais classent encore leurs possessions de Demerara et de Berbice comme faisant partie des Indes Occidentales (West Indies). Jusqu'à une époque récente, la zone de grande culture agricole dans la Guyane britannique était limitée à la partie du littoral comprise entre le Pomerun et le Berbice. La région du nord-ouest, dont la possession est contestée à l'Angleterre par le Venezuela, restait inhabitée. Quelques Hol- landais s'étaient établis sur les bords du Pomerun dès les premiers temps de la colonisation, en 1580, mais ne l’avaient point dépassé dans la direc- tion de l’ouest, vers l'Orénoque'; même leurs plantations furent successi- vement abandonnées, et au milieu du dix-neuvième siècle les bords du Pomerun n'avaient d’autres habitants que des Indiens et des nègres mé- tissés campés dans les clairières; ceux-ci descendent de marrons réfugiés en 1758, qu'on n'osa pas poursuivre, mais qui, de leur côté, n’eurent pas l'audace de rester dans le voisinage des blancs et s’unirent aux tribus indiennes”. La colonisation sérieuse commença, vers 1870, grâce à quel- ques Portugais entreprenants, et depuis cette époque les progrès de la culture ont été incessants et rapides. L'obstacle capital provenait de l’in- terruption des communications pendant la saison sèche : l'itabbo ou fossé qui réunit le courant de la Moruka à celui du Waini durant les hautes eaux se trouve complètement à sec une moitié de l’année, et même le manque de consistance dans les terrains d'alluvion ne nemset pas aux piétons de se hasarder dans les forêts entre les deux b: \ctuellement des bateaux à vapeur qui vont et viennent entre Georg. wn et le delta de l’Orénoque ont mis tout le « district du Nord-Ouest » en relations faciles ! Brett, ouvrage cité. # Rich, Schomburyk, ouvrage cité. avec le res marchands navigation refour des un autre, un troisièn lieu naturel gouvernemen Wibunal, cas revendication Le bassin « ment de sa r naise : là ne La région de 1 Everard FE in XIX, ers des ne- ès nna 'ees ves. i la not, pins ants sent rie s a re le est Hol- mps ir'ec- essi- du mé- GUYANE ANGLAISE. 57 avec le reste de la colonie. Trois groupes principaux de défricheurs et de marchands ont pris possession du nouveau domaine que leur ouvre la navigation : l’un, le plus rapproché des plantations du Pomerun, au ear- refour des eaux formé par la lagune de Baramanni sur la rivière Waini; un autre, à l'affluent du Morawhanna, qui rattache le Barima au Waini; un troisième enfin, à l'embouchure du Barima dans l'Orénoque. Le ehel- N° 41, == DISTRICT DU NORD-OUEST, Frofondeurs == ac Oà 5Smètres desal0T dela 507 des0Tetau delà 1: 3000000 \ 100 kil. licu naturel du district est le village central, sur le Morawhanna. Le gouvernement anglais y a fait établir un ensemble d’édifices publies, tribunal, caserne, hôpital, témoignant ainsi du peu de cas qu'il fait des revendications du Venezuela sur ce territoire". Le bassin du fleuve Essequibo, malgré sa vaste étendue et le développe- ment de sa ramure, n’a reçu qu’une faible partie de la population guya- naise : là ne se trouve pas encore le centre de l'exploitation européenne. La région des sources est occupée par les Indiens Taruma, au milieu ! Everard F. im Thurn, Proceedings of the R. Geographical Sociely, October 1892. XIX. ) 58 : NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, desquels n'apparaissent que de rares voyageurs et qui ne sont en rela- Uions avec la colonie que par l’intermédiaire de traitants clairsemés. Les groupes de paillottes se succèdent à de grande: distances le long du fleuve, surtout aux lieux de portage, où les piroguiers ont à contourner les cascades. Presque nul en amont de la bouche du Rupununi, affluent que suit la route naturelle entre l'Atlantique et l’Amazone par le seuil de Pirara, le mouvement des barques s’accroît au-dessous du confluent; mais les escales sont encore fort éloignées les unes des autres et naguère leur population se composait seulement d’Indiens et de métis, avec quelques marchands noirs ou portugais, aventurés loin du littoral. Toutefois il n’est pas douteux que la large « voie des migrations » ouverte entre le littoral et l'Amazonie ne prenne tôt ou tard une grande importance commer- ciale. Actuellement la principale agglomération de paillottes dans le voisi- nage du seuil est l’humble village de Quatata, où se rencontrent Wapi- siana, Taruma, Macusi, Ouayeoué et traitants européens pour faire le troc de couteaux, de colliers, de râpes à manioc, de chiens, contre des hamaes, des sarbacanes et autres objets de fabrication indienne‘. Les mission- naires protestants de Demerara et catholiques de Manaos se sont disputé la région, et près de Quatata se voient les restes du fortin de New Guinea, élevé par les Anglais pour assurer en cet endroit de si grande valeur stratégique les prétentions de la Grande-Bretagne. Des métis brésiliens immigrent chaque année dans cette région de savanes pour s’y livrer à l'élève du bétail”. Le carrefour des caux où, déjà dans le voisinage de l'estuaire, le Mazaruni, gonflé du Cuyuni, vient rejoindre le fleuve, a trop d'importance hydrographique pour qu'une ville n’y ait pas pris naissance : là se trouve la bifurcation naturelle des deux grandes routes, l’une par l’Essequibo vers l’'Amazone et le Brésil, l’autre par le Cuyuni vers l'Orénoque et le Vene- zuela. La petite ville Bartica Grove, — ou simplement Bartica, — presque enfouie sous le branchage des mangaiers, s'allonge au pied d’une colline qui commande au sud le confluent des fleuves, sur la rive gauche de l'Essequibo. Elle fut autrefois le centre des missions indiennes, mais il n'y reste plus qu'un petit nombre d’indigènes convertis : les familles qu'on y avait attirées ont repris le chemin des forêts, remplacées par des Portu- gais, des nègres et des métis qui font le commerce des bois de construc- tion et entreposent des approvisionnements de toute sorte pour les mines 1 Everard F, im Thurn, The Indians of Guiana. 3 Ch, Daniel Dance, Recollections of Venezuela; — Henri À. Coudreau, France Équinoxiale. d'or espac s'accroit r colonie : C quelques | de la rive confluent, (penal sell forçats. At peur que ll magnifique gouverneur les constru pour la plu Georgetown jouissant d' comme met voyages rég principale e En aval d lit de plusi naux dans située à 9 fort Zeeland centre du c en un dôme Des plantati et les cultur est vers la cc L'ancienn Zeelandia co qu'elle est € britannique. l'Orénoque « lants que to presque au des cocotiers qui se press ? Verschuur, ela- Les ave, les que | de mais leur ques n’est Loral mer- oisi- api- troc 1ACS, sion- té la nea, leur liens rer à », le ance ouve vers ’ene- GUYANE ANGLAISE, BARTICA, GEORGETOWN. 59 d'or espacées à l'ouest sur les rives du Barima. Depuis 1887 Bartica s'accroît rapidement et tend à devenir le vrai centre commercial de la colonie : Chinois et Portugais se sont empressés d'y ouvrir boutique'. A quelques kilomètres à l’ouest, sur une colline qui se dresse au-dessus de la rive gauche du Mazaruni-Cuyuni, à peu de distance en amont du confluent, se montrent les vastes constructions de la colonie pénitentiaire (penal settlement) établie en 1845 et renfermant environ trois cents forçats. Autour des prisons, où ne sont point enfermés d’Anglais, de peur que le prestige des dominateurs n’en soit affaibli, s'étend un parc magnifique fermé des plus beaux arbres, d'espèces rares : le palais du gouverneur général, les maisons des dignitaires et des employés, toutes les constructions sont environnés d’ombrages. Les condamnés travaillent pour la plupart à l’exploitation de carrières voisines, qui fournissent à Georgetown le granit nécessaire pour ses édifices et ses quais; d’autres, jouissant d’une demi-liberté, reçoivent l'autorisation de prendre service comme meuniers, bûcherons ou jardiniers. Un bateau à vapeur fait des voyages réguliers entre Georgetown et l'établissement pénal, mais la principale escale se trouve à Bartica. En aval du confluent, le fleuve élargit son estuaire, d’abord en un seul lit de plusieurs kilomètres entre les rives, puis forme de nombreux che- naux dans un archipel d’iles, presque toutes habitées. L'une d'elles, située à © kilomètres de la mer, porte encore les ruines imposantes du fort Zeelandia, que les Hollandais avaient fondé en 1745 et qui fut le centre du commerce et le chef-lieu de leur colonie. Chaque ilot s'arrondit en un dôme superbe de végétation, et un cercle de verdure limite la vue. Des plantations entourées de grands arbres occupent les îles principales, et les cultures bordent l'estuaire, au nord-ouest vers le Pomerun, au nord- est vers la capitale actuelle, Georgetown, et l'embouchure du Demerara. L'ancienne ville hollandaise de Stabroek qui, en 1774, succéda à Port Leelandia comme résidence du gouverneur, à pris de l'importance depuis qu'elle est devenue, sous le nom de Georgetown, la capitale de la Guyane britannique. Cité la plus populeuse de toute la contrée comprise entre l'Orénoque et l’Amazone, elle renferme à elle seule deux fois plus d'habi- lants que toute la Guyane française. Pourtant, vue du large, elle échappe presque au regard : on dirait une forêt touffue dominée par les hampes des cocotiers et des oreodoxa; 1! faut se rapprocher pour voir les navires qui se pressent dans le large esuaire du Demerara et les élégantes mai- ! Verschuur, Tour du Monde, juillet 1893. 60 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, sons blanches qui bordent la rive droite du fleuve. Georgetown, peuplée surtout de noirs et de gens de couleur, se prolonge à plus de 2 kilomètres sur la berge fluviale, entre le fort William Frederick, érigé à l'embou- chure, et les groupes de villas parsemés au loin dans la campagne. Mème dans le voisinage des rues les plus affairées et des quais où s'entreposent presque toutes les marchandises des Guyanes, les maisons, entourées de varandes fleuries, se cachent dans les jardins, et chacune possède une N° 12, — GEONGETOWN. F5 f M ci | Div Vreed en Hoop #5 * ::Chimneys?) : os: ‘Versailles, ‘ Versailles, 58° 1e: d'après les cartes marines FE /rofdnaeurs F y Vase gui couvre OST es ei et découvre tn de 78 MM ÆtSe oo) citerne pour l'irrigation des arbres et des plates-bandes. Des puits arté- siens nombreux, creusés à une centaine de mètres, fournissent à Geor- geltown une eau légèrement minérale. Un des faubourgs, Hopetown, était habité naguère presque exclusivement par des Chinois. Autour de la ville, la région du littoral et les bords du fleuve, cultivés avec soin jusqu'à une grande distance, se divisent en plantations riches et populeuses. Le chemin de fer qui se dirige à l’est vers Mahaica, sur la rivière du même nom, subvient à un mouvement très actif de voyageurs et de denrées. Cette voie dans l’Amé possède la ( Mahaica qu environ 20( Dans s0 situation à Berbice co maisons, es nombreux d élevèrent e primitif de maisonnette De mêm le travail, à commande Guyane brit de simples sucre, CASs( objets d'exp on observe toujours di de noirs ass laisse d’aill la rive gau tonnes de s on à compri urands con: constituer | ares aux nt Comme : excellence, ! Superficie 250 0 Villes avec » 2 Verschuur, uplée nètres nbou- Même osent es de è une arté- Geor- town, GUYANE ANGLAISE. 61 Cette voie ferrée de 37 kilomètres, la première qui ait été construite dans l'Amérique méridionale, dès l’année 1850, est encore la seule que possède la Guyane britannique : elle doit se prolonger vers Berbice. C’est à Mahaica que se trouve la léproserie de la Guyane britannique, contenant environ 200 malades. Dans son district oriental, le territoire n’a qu’une ville, occupant une situation analogue à celle de Georgetown. New Amsterdam, appelée aussi Berbice comme la rivière sur la rive droite de laquelle s’alignent ses maisons, est également d’origine hollandaise, ainsi qu’en témoignent les nombreux canaux découpant ses quartiers : les premières constructions s’y élevèrent en 1796, et le commerce local n’a pas encore détruit l'aspect primitif de la ville, avec ses canaux mystérieux, ses places ombreuses, ses maisonnettes cachées dans la verdure ‘. De même que dans tous les autres pays cultivés par des mains esclaves, le travail, accompli par des hommes sans initiative, surveillé par des commandeurs armés du fouet ou du bâton, ne comportait pas dans la Guyane britannique la culture de plantes variées : il fallait procéder par de simples méthodes à routine corstante. Les produits de la canne à sucre, cassonade, rhum, mélasse, le coton et le café, tels étaient les seuls objets d'exportation. De nos jours encore, malgré l'abolition de l'esclavage, on observe les anciens errements agricoles, car la forme de la propriété, toujours divisée en grands domaines, n’a point changé, et les escouades de noirs asservis sont remplacées par des Hindous engagés, auxquels on ne laisse d’ailleurs aucune liberté dans le travail : un seul domaine, sur la rive gauche du Demerara, comprend 2234 hectares et produit 5500 tonnes de sucre, dues au travail de 5750 coulies et nègres; cependant on à compris qu'il serait imprudent de répartir le reste du territoire à de grands concessionnaires, et pour attirer les cultivateurs on essaye de constituer la petite propriété en n'accordant plus que des lots de 20 hec- lares aux nouveaux colons”. Comme aux temps de l'esclavage, la canne à sucre est la récolte par excellence, occupant la moitié des terrains cultivés et représentant en ! Superficie et population de la Guyane britannique évaluées approximativement en 1895 : 250 000 kilomètres carrés; 292 000 habitants; 1,2 hab. par kil. carré, Villes avec leur population approximative en 1893 : Georgetown et ses faubourgs. . . . . 56000 habitants. New Amsterdam... . . . . . . 9000 » BAMROAS 5 ne 6 5 06 à + 0 + 21000 |] 2 Verschuur, recueil cité, É | | | | | | | 62 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. moyenne plus des neuf dixièmes des produits exportés. La fertilité du sol, les facilités de culture et d’exploitation, l’excellence des sucres, ont permis aux planteurs démérariens de soutenir la concurrence des sucriers curopéens. Mais pour maintenir leur situation privilégiée ils ne reculent devant aucune dépense. Utilisant la zone côtière primitivement émergée, ils ont empiété sur la mer par la construction de digues fort coûteuses, qui servent en même temps de chemins; ils ont découpé le terrain par un réseau de canaux et de fossés pour le transport des cannes et pour l'égouttement du sol; des engrais chimiques renouvellent la force des terres, et les usines, éclairées à l'électricité, renferment des appareils d'un fonctionnement savant et délicat pour la cristallation du jus de canne : la plante, contenant en moyenne 17 pour 100 de sucre’, ils en retirent jusqu’à 16 pour 100, tandis qu’autrefois, suivant les anciennes méthodes de broyage, ils en extrayaient au plus la moitié. Les Demerara cryslals atteignent sur les marchés anglais des prix très supérieurs à ceux de tous les autres sucres de canne. En outre, on les expédie dans les colonies anglaises, dans la Nouvelle-Écosse, à Terre-Neuve, et, malgré les droits protecteurs, ils disputent aux sucres de la Louisiane et de Cuba les marchés des États-Unis. Le rhum de Demerara, de qualité très inférieure à celui de la Jamaïque, s’exporte surtout dans la Grande- Bretagne, et les mélasses de Georgetown sont fort appréciées dans les Antilles françaises. Les caféteries de Berbice, qui produisaient jadis une variété renom- mée, ont été remplacées presque toutes par des sucreries, et l’on ne trouve plus guère de cafiers que dans les jardins et les petites exploita- tions des nègres. Après le sucre, la principale production de la Guyane britannique est le bois de charpente, que des Partamona et des Calina, frères des Galibi du Maroni, coupent sur les bords de l’Essequibo, en amont de Bartica, et sur les autres fleuves de la colonie, au sud des plan- tations. Le commerce des fruits, noix de coco et bananes, a pris une cer- taine importance, et, malgré l'éloignement, pourrait rivaliser avec celui qui se fait entre l'Amérique Centrale et les États-Unis; les fruits guyanais, sur- 1 Étendue des terrains à sucre de la Guyane britannique, en 1890 : 32000 hectares, soit ln 800° partie du territoire et 96 pour 100 des cultures. Nombre des sucreries en 1890, . . . . . . 95 Récolte du sucre » Te 117 204 hogsheads ou 105 483 tonnes. Valeur en 1891 : 41 318 595 francs. Fabrication du rhum... . ., . . . CET » 6674150 » » des mélasses, , . . : ) 1106795 » Valeur totale des produits sucriers en 1891. , D» A9 349 400 » té du S, ont criers culent ergée, euses, n par pour ce des pareils us de ils en iennes \erara À Ceux ns les malgré et de qualité rande- ploita- suyane alina, bo, en eu La 2 “ « LI > a n a #“ o a n P] æ = » n _ a ee « (e] n # es a # a # © = 4 = a < = is, d’aprè i i iquée par la Société de Géographie. Dessin de A. Pâris, d'après une photographie de M. Ganifet, communiquée par la Société de Géogra tout les ba des Antille britanniqu sucre et a ques année sur les bor rales du N reils, des l'Angleterr rattachent Jusqu'en ments colo des lois et nombreuse mains du fonctions F principaux cour sur le — constitu appartienn la fixation financiers, combinée » nances, r'é£ du jury, es nans », ab ! Production ? Commerce Exportatior Mouvement Flotte com GUYANE ANGLAISE 60 tout les bananes, ayant une finesse de goût au moins égale à celle des fruits des Antilles, du Costa Rica et du Guatemala. Dans l'ensemble, la Guyane britannique exporte une moyenne d'environ 200 millions de francs, en sucre et autres produits de la canne, en bois et en fruits, et depuis quel- ques années en pépites, poudre d'or et petits diemants, que l’on recueille sur les bords du Barima, du Cuyuni et dans les alluvions des rivières litto- rales du Nord-Ouest". Le pays importe des vivres, des machines et appa- reils, des étoffes et des objets manufacturés, fournis en premier lieu par l'Angleterre, puis par les États-Unis’. Des paquebots à service régulier rattachent Georgetown à la Grande-Bretagne, aux Antilles, au Canada. Jusqu'en l’année 1851, Demerara et Berbice constituaient deux gouverne- ments coloniaux distinets, comme sous le régime hollandais. La plupart des lois et anciens règlements furent maintenus : il en reste des traces nombreuses. Le pouvoir politique se trouve presque entièrement entre les mains du gouverneur, représentant de la reine. Il est aidé dans ses fonctions par une « cour politique », court of policy, composée des cinq principaux fonctionnaires de la colonie et de cinq membres choisis par la cour sur les deux personnes que présentent les notables, — 2046 en 1895, — constitués en collèges électoraux. La législation et le pouvoir exécutif appartiennent également au gouverneur et à sa cour politique; mais pour la fixation des impôts le gouverneur doit s’adjoindre six représentants financiers, formant avec les autres membres du gouvernement une « cour combinée ». La loi civile hollandaise, modifiée par divers décrets et ordon- nances, régit toujours la colonie, mais la loi criminelle, sans bénéfice du jury, est d'importation anglaise. L'usage des poids et mesures « rhé- nans », abandonnés même en Hollande, est encore légal sur les bords ! Production de l'or déclarée dans la Guyane britannique : LE ER EE En 950 onces, soit 99 000 frincs. EP RER SRE TE ere 130000 » » 11485000 » ? Commerce de la Guyane britannique en 1891 : Importation, . . . . . . . . . . 42 694 250 francs. Exportation DCE NU 65915850 » Ensemble... . . . . . . . . . 106008 100 francs. Exportation du sucre : 49 349 400 francs, dont 30 512 950 en Angleterre. Mouvement total de la navigation en 1891 : 646 366 tonnes. Flotte commerciale de la Guyane britannique en 1887 : 141 embarcations, d'une capacité de 6 625 tonnes. 66 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. du Demerara. La police comprend quelques centaines d'hommes, et k garnison militaire se compose d'environ 300 soldats, fournis par les « régiments noirs » de l'Inde occidentale. L'Église nationale, Church 0 England, formant un évèêché, subdivisé en rectorats et en cures, possède un budget fourni par le gouvernement anglais, comme ceux de l'Église presbytérienne et de l’Église catholique. En 1891, la population scolaire de la colonie s'élevait à 58067 enfants, environ la neuvième du nombre des habitants. Le budget annuel se maintient en équilibre". La colonie se divise en quatre districts administratifs ou comtés : Nord- Ouest, Essequibo, Demerara et Berbice. HI GUYANE HOLLANDAISE. Les premiers colonisateurs de la Guyane anglaise cultivèrent leur beaux domaines au profit de leurs rivaux. Ce qu’ils ont gardé de leurs pos- sessions anciennes est bien moindre en valeur que ce qu’ils ont perdu. Suriname, — tel est le nom que les Hollandais donnent à leur Guyane, — n'a guère que le sixième de la population qui se groupe actuellement autour de Demerara, dans les possessions anglaises, et son commerce représente à peine le cinquième des échanges faits par sa voisine. La crise économique produite par l'abolition de l'esclavage, en 1863, entraim la ruine de plantations nombreuses; de vastes étendues cultivées firent retour à la solitude des forêts et des savanes. La population même dimi- nua par l’émigration. Un lent progrès ne recommença qu'après plusieurs années de décadence. Actuellement le nombre des habitants s’accroit, grâce à l'arrivée de quelques coulis hindous. Les planteurs reprennent possession du sol, mais en général par d’autres cultures que celles de leurs prédécesseurs. De mème que dans la Guyane britannique, la zone habitée ne constitue qu'une très faible partie du territoire : elle comprend la région littorale entre la rangée extérieure des palétuviers et les savanes de l'intérieur: mais cette lisière cultivée présente de nombreuses lacunes, occupées par des brousses et des marécages. Le district le plus occidental, celui de Nickerie, situé à l'est du Corentyne et de son estuaire, n’a qu'une popu- 12 100 000 francs. 5 000 000 » Budget de la Guyane britannique en 1890. Dette » » lation clai merçants fluent du semblait p moins de avaient été obligés de ne reste p Palgrave, | le suppose des vents parce que Une autr espérances, en 1845 pr avec soin p équatoriales genre : des la plupart sines ; plusi Batavia, sitt centaine de Mais ce vil littoral : on une péninst séparera de où le fléau sur les nègr à près d'un Paramaril mer comme rente de cell Bla naissance livement sèc des palétuvi époque, des aujourd'hui ù ‘© G. Verschuu GUYANES ANGLAISE ET HOLLANDAISE. 67 et ha lation clairseinée, Au commencement du siècle des planteurs et des com- par les merçants établirent une colonie sur le promontoire qui domine le con- ureh 0 fluent du Corentyne et de son affluent, la coulée de Nickerie. L'endroit poses semblait propice et le bourg se développa d’une manière rapide; mais en l'Eglise moins de deux générations le terrain sur lequel les quais et les édifices 4 ns avaient été construits fut dévoré par les vagues ; les habitants, découragés, nombre obligés de reculer sans cesse vers l’intérieur, finirent par se disperser : il ne reste plus sur la pointe qu'un petit groupe de maisonnettes. D'après Palgrave, la mer empiète rapidement sur ces rivages, non point, comme le supposent les résidents, parce qu'un changement dans la direction des vents et des courants a donné plus de violence à la houle, mais parce que le terrain s’affaisse. : Nord- Une autre colonie, à laquelle ses fondateurs avaient attaché de grandes espérances, a moins encore réussi que Nickerie : celle de Groningen, établie en 1845 près de l'estuaire de la Saramacea et peuplée de Frisons choisis nt leurs avee soin pour inaugurer la culture « à bras blancs » dans ces régions UrS pos équatoriales. L'entreprise eut le sort de toutes les tentatives de même t perdu. Guyane, ellement x : ae À ; genre : des 584 colons, environ la moitié moururent dans les six mois, et la plupart de ceux qui restaient durent émigrer dans les plantations voi- sines; plusieurs ont prospéré comme artisans et jardiniers à Paramaribo. Batavia, située au sud-ouest, sur la rive du Coppename, renferme une centaine de lépreux, retenus loin de leurs amis et de leurs familles. ommerce La crise entrain Mais ce village paraît encore trop rapproché de la zone populeuse du littoral : on doit établir un nouveau lazaret sur le haut Suriname, dans une péninsule déserte de la rive droite dite du Grand Châtillon, que l’on séparera de la terre ferme par un fossé. La Guyane hollandaise est celle es firent e dimi- lusieurs , | J . , . accroil, où le fléau de la lèpre ou « boasie » sévit le plus cruellement, surtout prennenl sur les nègres et les gens de couleur : le nombre des lépreux s’y élèverait ‘elles de $ à près d'un millier*. Paramaribo, le chef-lieu de la Guyane hollandaise, ne borde point la La mer comme Georgetown et New Amsterdam. La forme du littoral, diffé- littorale rente de celle que présente la côte du territoire britannique, a déterminé itérieur: Bla naissance des villes et l'établissement des plantations dans la zone rela- pées par livement sèche que traversent les coulées paralleles à la lisière maritime celui de des palétuviers. Paramaribo, de fondation française, date de 1640 : à cette 6 popu époque, des fugitifs de Cayenne bâtirent un fortin à l'endroit où s'élève aujourd'hui le fort de Zeelandia ; dix années plus tard, l'anglais Willoughby L:c. Verschuur, Tour du Monde, juillet 1895. 68 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. of Pasham y résida, et, peu de temps après, les Hollandais en firent la apitale de leurs domaines de Suriname. La ville, ombragée de manguiers et d’autres arbres touffus, occupe, sur la rive gauche du fleuve, déployé en croissant, une lerrasse de sable et de gravier mêlés de coraux et de coquilles brisées. Sous le climat équatorial, Paramaribo se présente comme une autre Amsterdam, et, malgré la différence des matériaux, ses maisons N° 15. — PARAMANRIDO ET BOUCHE DU SURINAME. Ouest de Paris 55° 20: d'après Zimmermann et foland Bocaparte” Sables qui œuvrent et decouvrent : Fofondeurs ae0a$5 mètres deSetau d'G 1 : 550 000 EE —————————_—_———— | ( 10 kil. en bois peintes de gris rappellent les massives constructions en briques de | la cité hollandaise. Quelques édifices, palais du gouvernement, synago- gues, églises, donnent un grand air à la cité, d'aspect un peu vieilli. For proprement tenue, elle n’est point insalubre, quoique l'atmosphère, non renouvelée par la brise marine, soit un peu celle que l’on respire dans unt serre de plantes tropicales. Un chemin de fer unira prochainement h capitale aux districts fertiles de la rivière Saramacea. Le fort de Nieu Amsterdam occupe une position stratégique d'importance capitale au con- fluent du : {orme le € A l'est occupés à de jardins changé de les possessé hollandais. au conflue bayous, ra] séda un ti 80 kilomètr quelques ci aux Israélit les bords di se composé manient le plupart des Juifs avaien mière insta poursuite lé La rive ga les groupes et aux desc de pères hol l'ouest?. Aux temps du sucre con résister À la tions, et la appartenant que celui de UG PI, Zimu ? Superficie et 120 000 kilomé irent la nguiers déployé x et de comme maisons Perron riques de | synago- bill. Fort ère, non dans une ment li de Nieux b au con- GUYANE HOLLANDAISE. 69 fluent du Suriname et du Commevwijne, en face de l’estuaire rectiligne que forme le chenal maritime à l'entrée du fleuve. A l'est de Paramaribo, les bords du Cottica et du Commewijne étaient occupés autrefois par une succession non interrompue de plantations et de jardins, en partie abandonnés de nos jours et pour la plupart ayant changé de propriétaires : des noirs, fils d'anciens esclaves, sont devenus les possesseurs de maint domaine dépendant jadis de quelque g and fief hollandais. Le village de Sommelsdijk, que domine un fort pentagonal, au confluent des deux rivières, et qui commande toute la région des bayous, rappelle le nom d’un gouverneur hollandais, qui à lui seul pos- séda un tiers des plantations de la colonie. Sur la rivière Suriname, à 80 kilomètres en amont de Paramaribo, les ruines d’une synagogue et les quelques cabanes de Joeden Savane, la « Savane des Juifs », font penser aux Israélites portugais et livournais qui vinrent, en 1644, s'établir sur les bords du fleuve après leur exil de Pernambuco. La population blanche se compose encore pour une bonne part de Sémites : ce sont eux qui manient les affaires d'argent à Paramaribo et donnent à la colonie la plupart des médecins, des juges et des avocats. Au siècle dernier, ces Juifs avaient leur propre administration de la justice, du moins en pre- mière instance; pendant leurs fêtes religieuses, ils échappaient à toute poursuite légale”. La rive gauche ou hollandaise du Maroni est très faiblement habitée : les groupes de paillottes y appartiennent presque tous à des Indiens Galibi et aux descendants des nègres marrons. Quelques Bovianders, gens nés de pères hollandais et de mères indiennes, habitent sur les rivières de l'ouest*. Aux temps de l'esclavage, la principale récolte de Suriname était celle du sucre comme dans la Guyane anglaise, mais les planteurs, n'ayant pu résister à la crise, abandonnèrent la plupart de leurs grandes exploita- Mions, et la colonie ne possède plus qu'un petit nombre de sucreries, appartenant à de riches capitalistes pourvus d’un outillage aussi complet que celui des usines de Georgetown; une seule propriété occupe une ‘ G. P.IL. Zimmermann, Bulletin de la Société de Géographie, 1880. # Superficie et population probable de la Guyane hollandaise en 1893 : 120 000 kilomètres carrés; 80000 habitants, y compris les Boch; 0,66 hab. par kilom. carré Paramaribo . 98 800 habitants. 70 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, population de 1580 personnes, Africains, Hindous, Javanais et Chinois. [a el paysan culture du eafier, jadis fort importante et fournissant environ 6000 tonnes D out d à l'exportation annuelle, fut tellement délaissée, que la colonie dut impor- } “ommune ter le café nécessaire à sa consommation. Cependant, depuis 18835, l'in- L'indus troduction du cafier de Liberia, qui réussit fort biey dans les terres de due. L'o Suriname, même mieux qu'à Java, a ranimé cette industrie, et quelques possession: planteurs en attendent le relèvement de leur fortune. On s’adonne, hs vallée découvrit N° 44, — ZONE CULTIVÉE DE LA GUYANE HOLLANDAISE. trouvailles bords de | production la valeur d aurifères, tr renferment la producti importantes d'articles. name et le | Ouest de Greenwich ‘ Le gouve à quelques foi Zerrarns cultivés PA ne TT Sarires est en même de treize mer forèts vierges Bancs de sable et de coguiiles ‘ À laires, élus 1 : 4 000 000 ayant un rev convient, dis dans la région nord-occidentale, à l'extraction de la balata, la gutt- ions de « percha guyanaise. Le cotonnier n’est plus cultivé. Le cacao, la denrée par lenir pour di excellence, demande peu de soins : les arbres ne produisent qu'après À douze ans huit ou dix ans, mais donnent une récolte sûre et régulière”. Les grandes 8 écoles. Le plantations dont les produits alimentent le commerce étranger enr. chissent moins le pays que les petites cultures dans lesquelles les nègres 0 120 kil. À ! Production de )? Mouvement co 1 G. Verschuur, recueil cité. j * Plantations de la Guyane hollandaise en 1887 : Cacaoyères. . . . . . fus Autres grandes plantations : HANANOTRIBE Er ee dd A nn nee > Mouvement de Autres plantations de vivres . 4 GUYANE HOLLANDAISE, 71 jois. La | tonnes impor- 11 ,. 0, l'in- rres de et paysans de races diverses s'adonnent à la production des « vivres » et surtout de la banane. Une plantation, Onverwacht, est la propriété commune d'une colonie de trois cents nègres, cultivateurs et bûcherons. L'industrie aurifère a pris quelque importance dans la Guyane hollan- daise. L'or était déja exploité depuis une vingtaine d'années dans les uelques possessions françaises lorsque le gouvernement néerlandais fit explorer adonne, les vallées tributaires du Maroni, et que le « prospecteur » Alma y découvrit le métal précieux, en 1874. Depuis, on a fait de nouvelles trouvailles dans les hauts de tous les fleuves, principalement sur les bords de l'Aoua, la rivière récemment attribuée aux Hollandais, et la produetion annuelle de l'or s'est régulièrement accrue, sans avoir atteint la valeur de # millions de franes'. On n’exploita d'abord que les sables aurifères, mais les mineurs ont remonté les vallées jusqu'aux roches qui renferment les veines de métal et commencé l'attaque de ces parois. Ainsi la production minière est devenue en peu de temps l'une des branches importantes de l’industrie coloniale, encore limitée à un petit nombre d'articles’. En vue de l'exploitation des mines, on a ouvert entre le Suri- name et le Maroni un chemin de 79 kilomètres. Le gouvernement colonial dispose d’un pouvoir absolu, en dépit de quelques formes parlementaires. Le gouverneur nommé par la Couronne est en mème temps le président de la « maison d'Assemblée », composée de treize membres, dont quatre désignés par lui. Les neuf autres manda- Perron laires, élus pour six années, doivent leur nomination à des notables ayant un revenu d'au moins 40 florins. Le gouverneur propose, et, s’il lui convient, dispose. Son avis n'est-il pas accueilli, il donne par écrit les aisons de son dissentiment et les membres de la majorité doivent se le nir pour dit. L'instruction est obligatoire pour tous les enfants de sept douze ans et l'on comptait en 1887 près de 5400 élèves dans les 8 écoles. Le budget annuel s'élève à 2 millions et demi de francs. la gutta- enrée par qu'après s grandes ger enr : + 1 Production de l'or dans li Guyane hollandaise en 1891 : 1252 kilogrammes. Valeur : 3 388 000 francs. 2 Mouvement commercial de la Guyane hollandaise en 1893 : Exportation . . . . . . . . . . . . 9000000 francs Importation . . . . . . . . . . . 12 000 000 » les nègres Ensemble 21 000 000 francs. Mouvement de la navigation en 1890, à l'entrée et à la sortie : 454 navires, portant 183 000 tonnes. 72 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. circonscriptions le pays se divise en seize districts politiques aux ariables; mais toute décentralisation administrative ne leurre dans un pays dont la capitale contient à elle seule olus de la moitié de la population totale, non compris les nègres Boch, qui échappent au recensement. On a prèté au gouvernement germanique l'idée d'acheter li Guyane hollandaise pour en faire une colonie pénale à l'instar de Cayenne. à peut être qu'un [V GUYANE FRANÇAISE, Acerue du territoire contesté qui la prolonge au sud jusqu’à la bouche A de l'Araguari, la Guyane française égalerait en surface le territoire de h #8 moins que sa part des Guyanes : on ne peut en raconter l'histoire sans comme si jamais ce littoral avait été une colonie, dans le vrai sens du mot. B Depuis que, au seizième et au dix-septième siècle, des flibustiers fran- çais, errant sur la mer, établirent des ports de refuge et de course au Guyane britannique; mais pour la population, l'industrie, le commerce, k 86 . CAO , : * : + RAT vie politique et sociale, il n’y a poiut de comparaison possible. De toutes À les possessions d'outre-mer que la France s’attribue, nulle ne prosper | 14 humiliation. L'exemple de la Guyane est celui que l'on choisit d'ordi } naire pour démontrer l'incapacité des Français en fait de colonisation, À (fi endroits favorables de la côte, jamais immigration vraiment spontanée Bs ne se dirigea de France vers la Guyane. Tous ceux qui, pendant deu! siècles et demi, débarquèrent sûr ces rivages, entre le Maroni et l'Oyapok, y vinrent amenés comme fonctionnaires ou soldats, en troupeaux d'erÀ claves, d’'engagés, de colons officiels, où même en chiourmes de trans portés et de galériens. Jamais la colonisation libre n’a vivifié la contrée. Souvent les emplacements des villages étaient désignés d'avance par de administrateurs qui n'avaient jamais vu le pays. Des ordres inapplicabie venus de Paris s'exécutaient au hasard. Aucun préparatif n'avait été fat sur le terrain pour accueillir les nouveaux venus : on les vit périr par milliers, sans abri, sans nourriture, campés au bovd des eriques marécr à geuses. Mème ceux que le sort avait favorisés et qui avaient trouvé un gite et des vivres, finissaient par succomber : « se sentant abandonnés di monde entier, ils mouraient, faute d'avoir la volonté de vivre!. » Les essais de colonisation forcée ayant tous échoué, il sembla naturel de 1 Jules Itier, Notes statistiques sur la Guyane française. fre choix liques et € mun., Piu: gnées aux mort, ne | fut le nom le sentimer qui pourtar Guyane frar alheureux pour coloni dans les pro istrateurs l le retour da médiocre int Doint au sol, asle entrepr igoaler en h: Btle possessis erneurs se. accomplisser population re attribués, OR produit spc Dindre quelq diname, des ration de T2 engagés « ris en vingt Datrics!, e bassin di andaise et { ÿenne de sor Es, fort clair SoXantaine Auave, es Cooli XIX, pions qu'un | moitié À ent au eter la yenne. bouche à e de hf aerce, la À y Je toules 4 prospert | oire sas 4 t d'ordr- À inisation, À s du mot. & jers fran- ë ourse aux spontantt ss dant deu: l'Oyapok, 4 aux d'e-À de trans contrée, e par de ppli sables ait été fill périr par s maréti avé un gilt donnés di naturel di GUYANE FRANCAISE, 73 faire choix de la Guyane comme lieu de déportation pour les ennemis poli- tiques et comme établissement spécial pour les condamnés de droit com- mun. Plus d'une fois, des terres notoirement insalubres furent assi- gnées aux exilés : le pouvoir, écartant la responsabilité de prononcer la mort, ne l'en avait pas moins pour complice. La « guillotine sèche », tel fut le nom populaire donné à « Cayenne ». Pareille appellation explique le sentiment d’aversion qu'éprouve un homme libre pour ce lieu de séjour, qui pourtant n'a point le redoutable climat attribué, par la légende à la Guyane française depuis que les déportations en masse y jetèrent tant de alneureux. L'insuceès même des efforts que l'ou fit à diverses reprises pour coloniser la contrée eut pour conséquence une grande incertitude ans les projets du gouvernement central et dans les entreprises des admi- istrateurs locaux. Rarement fonetionnaire s’installe à Cayenne sans désir de retour dans la mère patrie : voyageur de passage, il ne prend qu'un Médiocre intérèt à une contrée qu’il espère quitter bientôt, il ne s'attache boint au sol, mais peut-être cherchera-t-il à se distinguer par quelque aste entreprise en désaccord avec celles de ses devanciers et destinée à le ignaler en haut lieu. Aucun esprit de suite ne préside à la gérance de gtte possession coloniale : depuis le milieu du siècle, trente-quatre gou- erneurs se sont succédé à Cayenne. Aussi tous les progrès réels qui accomplissent dans la Guyane française, soit par l’accroissement de population, soit par l'exploitation des richesses du sol, doivent-ils re attribués, non à l'action gouvernementale, mais au lent travail qui à produit spontanément dans la masse indigène, à laquelle viennent se Endre quelques immigrants de la Martinique, des nègres marrons de briname, des Portugñt:, et des Brésiliens des régions limitrophes. L'im- ation de coulis bindous se fit sans méthode et sans humanité : de 12 engagés dan: la ‘orec de l’âge, 4522, — plus de la moitié, — sont bris en vingt-deux années, de 1856 à 1878: 675 seulement ont été Datriés!, se bassin de la puissante rivière du Maroni, qui sépare les Guyanes landaise et française, n'a pour habitants dans toute la partie haute et ÿenne de son cours que des Indiens, des nègres, et quelques orpail- Ps, fort elairsemés. Les premiers établissements des blanes se voient à soxantaine de kilomètres de l'estuaire : encore appartiennent-ils Auhave, les Coolies indiens et les Nègres à la Guyane. XIX, 74 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. presque tous aux pénitenciers; la colonisation libre y est représentée par quelques plantations eoncédées à des Arabes sortis du bagne. L'établisse. MR «lors la ment d'amont, Saint-Jean, qu'un chemin de fer unit au chef-lieu de |; SS baptisar colonie pénale, groupe ses cases dans une région marécageuse et insalu- @ RAUTRPEL bre, Saint-Laurent, où résident les directeurs du péniteneier, est mieux 8 Ve 2 R } ; 14e situé, et les cabanes des condamnés, nègres, arabes, annamites, se décou- À pent en lumière sur les masses sombres d'un pare touffu : près de li s'étend le cimetière aux tombes ombragées de dracénas. En face de Kant. MS (IEEE 24118497) Laurent, sur la rive gauche du Maroni, se montre le village d'Albina, seule colonie que les Hollandais aient fondée sur le grand fleuve', Pli haut, dans l'ile Portal, se trouve la plus importante plantation de lh Guyane française, utilisée pour la production du roucou. La rivière Mana, qui succède du côté de l'est au Maroni, possède sa pete commune, dite Mana comme le cours d'eau, mais les autres coulées (18 littoral, Organebo, Iracoubo., Counamano, traversent des régions presqk b ë | inhabitées. Mana rappelle les tentatives de colonisation qui furent dirig avec le plus d'énergie et de persévérance : une religieuse, Mme Javoub entreprit et accomplit cette œuvre avee une singulière force de vol À presque sans contrôle du gouvernement, mais soutenue par lui. Aidià des sœurs de sa communauté, d'un certain nombre d'engagés et de pli sieurs centaines d'esclaves, elle fonda divers établissements, plantation® asiles, écoles, hôpital, léproserie. Le village actuel, considéré comm l'un des plus salubres de la Guyane, était autrefois le « grenier à riz » la colonie. Le village de Sinnamari, bourg de fondation hollandaise, situé près la bouche d'une rivière de nême nom, est devenu fameux comme lé d'exil,. En 1797 et 1798, après la conspiration royaliste de fructilié Fà plus de cinq cents suspects furent transportés à Sinnamari : un nav la Charente, avait emmené de France 329 individus, dont 171, soit vie ‘ | de la moitié, succombèrent rapidement aux fatigues, au découragemi | | et aux maladies. Bien autrement meurtrière encore avait été en 1763 8 tentative de colonisation qui débarqua environ treize mille émigru d'Alsace, de Lorraine, de Saintonge sur les bords de la rivière Koun a une cinquantaine de kilomètres à l'est du Sinnamari. La France ven ol de perdre le Canada. Choiseul et son cousin de Praslin, qui gouvernai Lt les comédie Transportés à Saint-Laurent au 1° juillet 1899. 0 0, , . , 410 M Canada, | Relégués à Saint-Jean » RAT NE Ur 1 257 donner de | Morts à Saint-Jean de juin 1889 à juillet 1892 (soit 52 pour 100). . 1 365 | A banes. Le | (Verschuur.) la suivre entée par élablisse. ! heu de li E. a el insalu- É. est mieu s se décou- L: près de À à de Naint- ï. Albina, hèR uve'. Plus BR tion de li de sa petit É coulées th à ns presqu #0f ent dirigée e Javoube: À de vol s Jui. Aideë ; et de jh plantation} léré com $ pr | sp à 12 » UN SItUÉ près ( comme lé de fructidi : un nai 74, soil ls \COUFAGEM sen 1709 Ile émigrés ère Kour L'rance veu gouverné É 4105 1957 1360 ur.) GUYANE FRANÇAISE, 15 alors la monarchie, décidèrent qu'on remplacerait le territoire perdu, et, f F ‘ 4 s] . . s baptisant la Guyane du nom de « France Équinoxiale », ÿ envoyèrent successivement des flottes entières chargées de colons. On expédia jusqu'à N° 15. — ÉTABLISSEMENTS PÉNIPENTIAIRES DU MARONI, (l de. À ° pe pléproserie ‘0. , 2 . : DOROTR 2 4 ss 0 0° tm 9 , 9 6°: H° Albina Que st de Greenwich d apres Coudreau et la ca-te marine française C.Perron E Frofondeurs de O à S mètres de Smèêtresetau deli 1: 450000 Vnnsnnanensemantmess cnnitn Ù 15 kil. S comédiens pour charmer les loisirs des futurs Guyanais. En souvenir u Canada, on leur donna des patins, mais on oublia de les approvi- jonner de vivres et de préparer des lieux de débarquement et des äbanes. Le chevalier de Turgot, nommé chef de l'expédition, avait négligé la suivre, À bord même des navires, la contagion décima les malheu- 76 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. reux, et sur les bords du Kourou la famine vint s'ajouter au typhus, Quel fut le nombre des morts? Certainement plus de dix mille. Quelques centaines d'individus, échappés au désastre, obtinrent enfin de se faire ramener à Saint-Jean d’Angely, d'où ils étaient partis'. Quelques mots de critique sur le génie des colonisateurs avaient valu à Fréron six mois de séjour à la Bastille. Une caféterie, appartenant au gouvernement, marque l'endroit où périrent la plupart des infortunés. A l’est, les terres de l'embouchure du Kourou ont aussi donné lieu à À des tentatives de colonisation : un petit groupe de condamnés les cultivent maintenant, mais le pénitentier de Kourou est une simple annexe des trois | îles du Salut, propriété de l'administration pénitentiaire, qui se montrent en face. Saint-Joseph et l'ile Royale constituent le « bagne » proprement M dit, où l'on enferme les condamnés réputés dangereux ou soumis à une M surveillance particulière. Les navires d’un fort tirant d’eau mouillent à} l'abri des îles du Salut*. Cayenne, dont le nom paraît être celui d’un ancien chef, est un des plu! anciens établissements de la contrée, car dès l’année 1604 quelques Fran- çais, sous la conduite du gentihomme normand La Ravardière, commis à sionné par une compagnie commerciale de Rouen, débarquaient dans l'ile et en prenaient possession. Mais l'emplacement de la ville actuelle n’était pas encore fixé : les premiers immigrants et ceux qui leur succédèrent, notamment des juifs hollandais, s'étaient établis plus à l’est, au pied des à collines de Remire. Cayenne, où s'élevait le fortin de Saint-Louis, ne devint chef-lieu définitif qu'en 1877. La ville, relativement fort grande, À puisqu'elle contient le tiers de la population totale du territoire fran- çais, soit environ 10 000 habitants, étale le damier de ses rues et def ses places ombreuses sur un espace péninsulaire situé à l’ouest de l'ile, à la base du monticule verdoyant du Céperou. Les édifices administri-B lifs et gouvernementaux, hôtels, casernes et prisons, occupent une grande À partie de la superficie urbaine, qu’entourent des pares et de magn-B fiques avenues de palmiers. Bien exposée à la brise, Cayenne jouirait natt- rellement d’un climat salubre, si les canaux des environs n'étaient souvent engorgés; des conduites amènent d’une hauteur voisine lei nécessaire qu'alimente le ruisseau du Rorota. La population, noire en tr grande majorité, et composée principalement des familles d’affranchi qui accoururent dans la ville après l'émancipation de 1848, comprenl@é 1 J, Mourié, la Guyane Française, * Détenus dans les îles du Salut en 1891 : 685. typhus. uelques À se faire À mots de À mois de marque j jé lieu à culuvent des trois 8 montrent Bi >prement É is à une M suillent à M ( \ des plus # ues Fran- commis- à : dans l’île 1 Île n’était ccéderent, | pied des M Louis, nt} rues et del t de l'ile, dministrt- 1 ine grande Ë le magni- ES irait nati-# n'étaient sine l'eat ire en très affranchi] comprenl@i 4 grande, PR F gr | \ oire fran-f \ JAN ANAANNNNL Dessin de T feber, d'aprè g aphi À É h. Weber, d'après une photographie de M. Fournereau, communiquée par la Société de Géographie. PRISE DU CÉPEROU. — VUE CAYENNE \ des rep tiques $ marchés Cayenne, pus entiè rie au CAYENNE. 19 des représentants de toutes les races de la colonie : la plupart des domes- tiques sont des créoles de la Martinique, des Annamites fournissent les N° 16. — ILE DE CAYENNE. Ouest de Greenwich 52°20° C.Perron frofondeurs eOaSmiires ce Set au deli ayenne, accessible aux navires d’un tirant d’eau de 4 mètres 25, n’est , Pis entièrement sûr, et des raz de marée l'ont parfois dévasté. Un phare gé au nord, sur le roc de l'Enfant Perdu, en éclaire l'entrée, 80 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Les cultures, les plantations étaient jadis nombreuses aux alentours de Cayenne, notamment le long des canaux et à l'est de l'île, au pied de remplacé : : s AA ARS : PAS d'Argent la colline de Remire, où les Jésuites possédaient de riches caféteries; la puissant St plantation de la Gabrielle, sur la terre ferme, au sud-est de Cayenne, - : : EDR sur ses bo eut même une certaine renommée pour la production des épices; les girofliers de ce domaine donnèrent au commencement de la Restauration M un revenu de 400 000 francs en certaines années. Actuellement, presque | toutes les anciennes cultures sont recouvertes par la brousse; on retrouve On trou seulement çà et là des cafiers, des cacaoyers redevenus sauvages. Quelques N° 17, — CAYENNE, BAS Den Hospide Civiljs's > less ,es 0 frofonceurs cuOR mètre PVLETL Ets 37 de STet au dels 1. 50000 — 1 ù 1 kil, routes carrossables traversent l'ile; une, longue de 18 kilomètres, va 52° ar d'apres les cart rejoindre le « dégrad » des Cannes et communique avec la chaloupe à vapeur de la rivière Mahuri, qui remonte jusqu'au bourg de Roura, entouré d'une petite clairière de jardins. Au delà, toujours au vent de Cayenne, À coule la rivière de Kaw, qui possède aussi son village, puis l’'Approuague, 1 fameuse par des alluvions aurifères. C'est dans la vallée d’un de ses } le, mois a Bricuse. Ap us, en 1 T'ÉS AUX pr affluents occidentaux, l'Arataï, que le Brésilien Paulino découvrit l'or en 1859, et la région de l’Approuague, avec celle du haut Maroni, donm À toujours aux mineurs une grande quantité de métal. A l'est, en suivant la côte, la butte de 80 mètres, dite la montagne #s d'Argent, rappelle aussi d'anciens travaux miniers : une caféterie y à *CACAO ne ! XIX. GUYANE FRANÇAISE. sl vurs de remplacé un pénitencier insalubre qu'il fallut abandonner. La montagne d'Argent sert d'amer aux marins qui veulent entrer dans l'Oyapok, puissante rivière déjà bien explorée, mais n'ayant que de rares paillottes yen SE dur ses bords. es; les nied de nes; la uralion presque On trouve dans la Guyane française toutes les denrées de la zone tropi- ‘etrouve | uelques Ge N° 18, — BOUCHE DE L'OYAPOK. | "20’ Ouest de Paris A2 [} * rt :Ÿ 4 Garim 4 = Con 7 .Duizanbourf +7, ".* S 4 at :.1156 ne 1e DA : en É 4} KL T7 F1 Te Perron È { | | ? : | btres, va ni : ! aloupe nl Ouest de Greenwich ., d'après les cartes marines EP ete entourt & ee _{rofènaeurs À — . = à |. ayenne, ceOs Srmètres æSsà/0" del03 20" dee20Tetauaeii 1 : 1 100 000 | rouague. : 0 50 kil. de ses | l'or en Re, mais aucune en quantité suffisante pour alimenter une exportation , donna À 1 e AL ; : À | ricuse. Après un demi-siècle de régression agricole, on ne comptait us, en 1890, que 5854 hectares en culture, dont les deux tiers con- ontaene # Cr aux productions à consommer sur place : ensemble le sucre, le café, 8 - | erie vA cacao ne représentent pas une récolte de 100 tonnes. Les « hattes » : il 82 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, ou « ménageries », c'est-à-dire les pares à bestiaux, ne renferment qu'un très petit nombre de bêtes : en 1890, il n'existait dans la colonie que 218 chevaux, assez malingres et mal venus; les bœufs et les vaches, qui réussissent mieux, comprenaient 6199 tètes, et les pores à peu près le mème chiffre, sans compter ceux qui errent à l'état sauvage dans les forèts, | Quelques centaines de moutons, chèvres, ânes et mulets complétaient le N° 19. — MINES D'UR DES GUYANES. Ÿ 4 Quest de Greenwich D'après H, Coudreau, Im Thurn, ete. Mines d'or (placers). Ll 13 000 000 400 kil. cheptel. Quant à l'industrie proprement dite, encore rudimentaire, elle réduit à quelques distilleries de tafia, à des chantiers de bois et autrui petites installations. Les travaux industriels les plus considérables sn ceux que nécessite le broyage des quartz aurifères, mais la récolte à 5 l'or a graduellement diminué depuis 1875. En cette année, la product enregistrée du métal s'éleva à 1996 kilogrammes, d'une valeur totale d8 D 689 200 francs, et l’on doit peut-être compter une moitié en sus pou l'or volé sur les chantiers et clandestinement exporté", Quant au mine ti ! Production enregistrée en 1889 : 1 397 kilogrammes. Valeur : 3868 689 francs. de fer, jamais c Quoi « lution fr l'enseml 15 et LA exportati étant des navigalio rilé, grâc de paque name et | esoins di ayenne à Bien qu dont se 5 Bille est lr ortement Douvoir ab militaire, 1 eur de l’ir t lous ces jour la fo Oujours ac asser outr Ës particu Oniteur blonie. On DCicté civil MLa trans M Guyane, emier co L Mouvement u'ur ' û n, Q à LI U ?, pi Aie de fer, extrêmement abondant dans les « roches à ravets », on ne l'a onie que E ue Djanais exploité, bes, qui # PES visé s " ‘ ches, q Quoi qu'on ait dit, le commerce de la Guyane française, avant la Révo- 1 près le 2 eo. : PRE FRET 4 DÉERO 4 lution française, n'égalait pas celui qui se fait de nos jours : en moyenne, 18 forèts, } ’ . les forts, | l'ensemble des échanges entre ce pays et le reste du monde oscille entre ARS 45 et LS millions de franes. Les importations dépassent de beaucoup les exportations, la plupart des marchandises et denrées venues de l'extérieur étant destinées aux pénitenciers et aux garnisons '. Le mouvement de la Fe! p' navigation n'atteint pas 100 000 tonnes par an, mais s’accroit avec régula- rité, grâce aux facilités de communication que donne la vapeur. Une ligne | de paquebots rattache Cayenne à la Martinique et à la France par Suri- name et Demerara; des chaloupes à vapeur font le service côtier pour les besoins de la colonie. Une ligne télégraphique de 288 kilomètres réunit ayenne au Maroni. Bien que la Guyane possède un conseil général élu de seize membres dont sept pour Cayenne — et qu'elle nomme un député au Parlement, lle est trop faiblement peuplée et son armée de fonctionnaires trop ortement organisée pour que l'initiative civique puisse contrebalancer le | bouvoir absolu du gouverneur. Celui-ci a sous ses ordres le commandant militaire, le chef des forces navales, l’ordonnateur de la marine, le direc- eur de l'intérieur, le procureur général, le chef du service pénitentiaire, b Lous ces fonctionnaires constituent son conseil privé, auquel il adjoint €, Perron. our la forme trois habitants choisis par lui et dont le vote lui sera bujours acquis. D'ailleurs, tous seraient-ils d'un avis contraire, il peut asser outre, et même pratiquer des virements budgétaires, voire expulser Rs particuliers qui lui font opposition. Sauf en temps d'élections, le * a A oniteur Officiel, publié chaque semaine, est l'unique journal de la | aire, elle 5 bionic. On peut dire que le régime du pénitencier sert de modèle à la is et aulr\dé Deicté civile. srables 51288 » rm . irable 1 La transportation, raison d'être actuelle de la domination française 60 Ù ol t 17 , , , N Un récolle Guyane, a été réglée par décret, après le coup d'État de 1851 : le Û lu + ; Q , . A d . m à produt 1 emier convoi de condamnés arriva aux îles du Salut en mai 1859, ur totale ti en sus po ; L Mouvement commercial de la Guyane française en 1889 : au minerne ï Importations... . . . . . . . . 8950 450 francs. Exportations . . . . . . . . . . . 497192 » Ensemble. . 15 229 370 francs. SAR RE PR QE a TL GRR IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT-3) Ke] 1.4 6" 1.25 14589 (716) 872-4503 23 WEST MAIN STREET Y WEBSTER, N.Y. SS 84 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, et jusqu'en 1867 plus de 18 000 transportés furent envoyés dans les divers pénitenciers successivement choisis sur le territoire de la Guyene. Remplacée par la Nouvelle-Calédonie comme principale colonie pénale, la terre du Nouveau Monde ne reçoit qu'une partie des récidivistes, les condamnés européens ayant à subir plus de huit ans de peine, et tous les condamnés arabes, annamites et noirs. Les quatre pénitenciers, de Cayenne, des îles du Salut, de Kourou et du Maroni, renferment en moyenne de trois à quatre mille individus, utilisés en majorité pour les travaux publics. L'administration pénitentiaire n'emploie pas tous les transportés dans ses chantiers; elle les prête aussi, à titre gratuit, ou moyennant une faible rémunération, à la ville de Cayenne, au gouverne- ment de la colonie, aux particuliers : quoique le plein tarif évalue à 2 francs par jour le travail d’un transporté, tous accessoires compris, le salaire varie communément de 16 à 40 centimes‘. Mais aussi, quelle est la valeur réelle du travail forcé, comparée à celle du labeur de l'ouvrier libre? À en juger par l'état des routes sur lesquelles se sont établis les chantiers de forçats, on reconnaît que leur travail n’a jamais été en Guyane, malgré le nombre des bras, qu'un infime appoint : en éloignant le travail libre, il nuit au progrès matériel plus qu’il ne l’aide. Le budget annuel de la transportation est de 3 millions. Celui de la colonie, tenu à part, balance à près de 2 millions ses recettes et ses dépenses, employées presque en entier au payement des fonctionnaires?. Le territoire de la Guyane française a été divisé en treize communes de plein exercice, ayant une organisation analogue à celles des communes de la métropole et des autres colonies. Cependant les prérogatives munici- pales furent suspendues pendant trois années et n'ont été rétablies qu'en 1892, sous la réserve de l'intervention du gouverneur ‘pour le choix de certains employés communaux. La ville de Cayenne reste seule commune de plein exercice. Les treize districts, auxquels il faut ajouter celui des pénitentiers du Maroni, ne comprennent guère que le huitième du terri- toire, soit 15687 hectares. L'intérieur reste indivis*. ! Économiste Français, 51 déc. 1892. # Budget local de la Guyane française en 18992 : 1 844 779 francs. 3 Districts ou communes de la Guyane française, de l'ouest à l'est : Communes de 1"° classe : Mana, Sinnamary, Macouria, Remire, Roura, Approuague. Communes de 2° classe : Iracoubo, Kourou, Monsinery, Tonnégrande, Mathoury, Kaw, Ovapok, Commune pénitentiaire, Maroni ou Saint-Laurent, Officiellement prendrait un es débattue forme limitée au nord leurs prolongem riale. Toutefois de la côte, entr Branco est dev mœurs, les relat médiaires, que elles sont habite dantes, évaluées contesté entre approximativem pas plus de 50 Au dix-septièl par la France ne pouvait dont Amazones. Le f ligne équatoria par les Français traité d’Utrecht il le compliqua nations une ri exploré l'embo les diplomates indiquer sur | gnaient, parmi celle dont l'est de l'autre, Île Rivière », la l'Amazone elle limite le cour emplirait Îles GUYANE CONTESTÉE FRANCO-BRÉSILIENNE. V TERRITOIRE CONTESTÉ FRANCO-BRÉSILIEN. Officiellement le territoire en litige entre la France et le Brésil com- prendrait un espace d'au moins 260000 kilomètres carrés : la région débattue forme une longue bande s'étendant de l'Atlantique au rio Branco, limitée au nord par le cours de l'Oyapok, les monts Tumuc-Humac et leurs prolongements occidentaux, le cours de l’Araguari et la ligne équato- riale. Toutefois le débat n'a d'importance réelle que pour le « contesté » de la côte, entre*l'Oyapok et l'Araguari. A l'ouest, toute la vallée du rio Branco est devenue incontestablement brésilienne par la langue, les mœurs, les relations politiques et commerciales. Quant aux régions inter- médiaires, que parcoururent Crevaux et Coudreau, Barbosa Rodrigues, elles sont habitées par des populations indiennes complètement indépen- dantes, évaluées par Coudreau à 12 700 individus. Le territoire réellement contesté entre la France et le Brésil comprend une superficie évaluée approximativement à celle de quinze départements français et n'ayant pas plus de 5000 habitants policés, un seul sur 50 kilomètres carrés. Au dix-septième siècle déjà, ces régions étaient également revendiquées par la France et le Portugal, mais la limite méridionale du domaine ne pouvait donner lieu à aucune équivoque : c'était le grand fleuve des Amazones. Le fort de Macapä, au bord même de l'estuaire, près de la ligne équatoriale, avait été bâti en 1688 par les Portugais, puis occupé par les Français en 1797, et repris par les Portugais la même année. Le traité d’Utrecht, conclu en 1715, devait à jamais régler le différend; mais lle compliqua, en fixant pour limite aux possessions respectives des deux nations une rivière que personne ne connaissait, dont nul marin n'avait exploré l'embouchure. Quel est ce fleuve Yapok ou Vincent Pinzon que les diplomates d'Utrecht, ignorants des choses d'Amérique, voulurent indiquer sur leurs cartes rudimentaires? D'un côté, les Portugais dési- gnaient, parmi tant de « Yapok » ou « Grandes Rivières » du littoral, celle dont l'estuaire s'ouvre entre la montagne d'Argent et le cap Orange; de l'autre, les Français pouvaient expliquer que la vraie « Grande Rivière », la « mer douce » de Vincent Pinzon, est certainement l'Amazone elle-même, et qu’à défaut de ce fleuve, il fallait choisir pour limite le cours d’eau le plus considérable de la région, l’Araguari. On emplirait les bibliothèques de mémoires et documents diplomatiques 86 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. publiés sur cette insoluble question. Diverses commissions se sont occu: pées d'interpréter le sens du traité d'Utrecht ou de trancher le problème par une décision définitive, mais leurs conventions ont été successivement écartées. Le Brésil, héritier du Portugal, formule les mêmes revendica- tions, demandant aussi la frontière de l'Oyapok; cependant il a proposé de trancher le différend en prenant le Carsevenne pour limite. Mais l'histoire ne se décrète point : elle se fait, ignorant les traités et les conventions. En 1856, les Français établirent un poste au centre du ter- ritoire contesté, dans le lac de Mapa, ct, quatre années après, les Brésiliens fondèrent la colonie militaire de dom Pedro Segundo, sur la rive gauche de l'Araguari. Une convention décida que les puissances rivales évacueraient le pays en litige, et la France abandonna en effet son poste de Mapa; mais le Brésil maintint la zone de territoire occupée et même, en 1860, fit acte de domination politique au nord de l'Araguari, jusqu'au Tartarugal. La contrée, naguère déserte, se peuple peu à peu; quelques villages s'y for- ment, et les habitants, en majeure partie déserteurs et fugitifs brésiliens auxquels l'indépendance devrait suffire, cherchent à sortir de leur état d'indivision politique. À plusieurs reprises, ils demandèrent d'être annexés à la Guyane française, notamment en 1885, lors d’une visite de l'explo- rateur Coudreau. Enfin en 1886, les résidents de Counani, le principal village du Contesté septentrional, se décidèrent à proclamer leur auto- nomie politique; mais il leur fallait un président français, et Paris s'égaya de l'histoire d’un honorable géographe de Vanves soudain trans- formé en chef d'un État au nom naguère inconnu, et qui s’entoura aussitôt d’une cour, constitua son ministère et fonda un ordre national, l'Étoile de Counani, avec plus de commandeurs, grand-croix, officiers et chevaliers que ne contenait d'habitants la capitale de la république. Mais ce gouvernement dura peu : une année ne s'était pas écoulée que le ministre destituait le président de la nouvelle communauté politique. L'État indépendant de Counani avait disparu. Quelles que soient les conventions à intervenir entre chargés d'affaires ou les décisions à prendre par les intéressés, la solution approche, car le pays, naguère solitude sans valeur appréciable, est désormais connu, grâce aux explorations de Coudreau, et ses ressources éveillent les appétits des voisins du nord et du sud. La population, évaluée à 1500 lors de la proclamation de l'éphémère indépendance, s'élevait au double six années après, et déjà le commerce annuel atteint un million et demi de francs, Les bateaux à vapeur côtiers qui font le service sur tout le littoral sud-américain, d’escale en escale, sont encore inconnus entre l'embouchure assez active Indiens. Ces « tion indigène trieux que | d Qi Ancien poste .® $ l c'après H.Coudres fluviaux, fern lonnage, mai entre l'Oréno s'ouvre à l'es éloignée la bo dangereuses € fréquentées d ! Amapa dans GUYANE CONTESTÉE FRANCO-BRÉSILIENNE. 87 UTE l'embouchure de l'Oyapok et celle du Mapa'; cependant une navigation me assez aclive se fait par goélettes, dites « lapouyes », du nom des ont Indiens. Ces embarcations, de 5 à 45 tonneaux, sont mème de construc- ca tion indigène : à cet égard les Guyanais indépendants sont plus indus- de trieux que les habitants de la Guyane française. Leurs petits havres les N° 90. — MAPA ET BAIE DE CARAPAPORIS. er- ns de ent ais cle La FÉRRe Ol'- Ancien poste ‘ ns tal és lo- pal Lo- ris 1s- r'a il, OFRRRT NS PORTES Ouest de Greenwich rs d'apres H.Coudreau et les cartes marines FAN C. Perrç:r h OT ivres oe/27 et au at} Ce, 0 #0 kil. Ds fluviaux, fermés de barres, ne livrent accès qu'à des navires d'un faible », lonnage, mais la nature leur à donné le meilleur mouillage de la côte is entre l'Orénoque et l'Amazone : le bassin profond du Carapaporis qui it s'ouvre à l’est de l’île Maraca et qui fut probablement à une époque peu à éloignée la bouche de l’Araguari. Ce lieu de refuge, ouvert dans les mers u dangereuses où gronde la pororoca, peut devenir l’une des rades les plus à © léquentées de l'Atlantique. t ! Amapa dans les documents brésiliens. | | | | | ir | 88 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Les Counaniens n'exploitent point les alluvions aurifères des vallées, mais leurs grandes savanes leur permettent de posséder de vastes « ménageries » ou troupeaux de bétail; d’après Coudreau, on compterait 18 000 bœufs entre l'Oyapok et l’Araguari : l'élevage s'étend même en dehors du continent, dans l’île de Maraca, naguère complètement déserte, La pêche est très fructueuse : les lacs sont riches en pirarucüs, que l'on sèche pour les vendre sur les marchés de Cayenne et de Parä. Les pécheurs harponnent aussi les lamentins et les tortues, ils tuent les machoirans pour en extraire la colle de poisson, et les gens des bois recueillent le caoutchouc et autres gommes précieuses. La population, d'origine brésilienne pour les deux tiers environ, parle généralement l'idiome portugais; toutefois le créole français de Cayenne, mélangé de termes indiens, est connu de tous. Des Portugais, des Martini- cais et des créoles français constituent l’autre tiers avec les métis indiens qui naguère peuplaient seuls la contrée. Ceux-ci sont connus sous le nom collectif de Tapuyos ou Tapouyes, mot qui dans la « langue gént- ale » ou tupi du Brésil a le sens d’ « étranger », d”’ « ennemi », et qui a fini par s'appliquer indistinctement à tous les Indiens sédentaires des bords de l’Amazone, même aux métis de toute race que trahit la cou- leur de la peau’. La pression politique se fait sentir surtout du côté du Brésil, le poste de Pedro IT servant de point d'appui à une prise de possession graduelle du territoire; même le district de l'Apurema, avec ses grandes savanes et ses ménageries qui s'étendent au nord de l’Ara- guari, autour du Lago Novo, est devenu une simple dépendance adminis- trative de Macapä. Les Brésiliens se sont avancés plus loin vers le Mapa, où ils ont fondé la colonie de Ferreira Gomes. Au contraire, du côté de la Guyane française, les terres en partie noyées que traversent l'Ouassa et le Cachipour, sont parmi les plus désertes du territoire contesté. Cepen- dant le commerce de Counani et de Mapa se porte beaucoup plus vers Cayenne que vers Parä : la cause en est à la plus grande proximité de ce marché et au moindre danger qu'offrent les abords. De l'autre côté s'ouvre le golfe dangereux de la « mer douce », avec ses îles, ses cou- rants, ses raz de marée et ses mascarets. Les trois villages du nord, Rocaoua, Couripi et Ouassa, dans le bassin du mème nom, ne sont que de pauvres groupes de paillottes, autour des- quelles errent les Indiens Palicour et Aroua; Cachipour n'abrite sous ses ranchos qu'une dizaine de familles. Les deux bourgs proprement dits 1 Bates; — Agassiz; — Spix und Martius; — Keller-Leuzinger ; — 11. Coudreuu, etc. se montrent indépendant bâti leur for mouillage de leur faite au- chacune des d l population voisines, En 14 Pari et l’embot du golfe amazo XIX, ses, stes ail AU rle, l'on aurs 'ans t le arle ane, ini- iens s le éné- qui des cou- côté e de avec Ara- nis- a pa, é de assa Jen- vers ce ‘oté °ou- du les- ses ils GUYANE CONTESTÉE FRANCO-BRÉSILIENNE. #9 se montrent plus au sud : Counani, qui donna son nom à la république indépendante et en fut la capitale; Mapa, près duquel les Français avaient bâti leur fortin en 1856, et qui est l'établissement le moins éloigné du mouillage de Carapaporis. Quelques maisons de bois et de briques élèvent N° 21. — DIVISION POLITIQUE DES GUYANES. A Ducer RTE C Perron Territoires contestés entre la France entfel'Anéleterre entre l'Anéleterre et le Brésil et le Venezuela et le Brésil 1 : 15000 000 Be — — ( 400 kil. leur faite au-dessus des cases couvertes en feuilles de palmier, mais chacune des deux localités a son école et l’état intellectuel et moral de la population n’y diffère point de celui qu’on observe dans les contrées voisines, En 1890, un service de bateaux à vapeur avait été établi entre Pari et l'embouchure du Mapa, ayant pour escale l'ile Bailique, à l'entrée du golfe amazonien. xx. 12 | | 90 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. Tous ces petits centres de peuplement se sont constitués administrative ment en « capitaineries », ayant leur premier capitaine, leur capitaine en second et leur brigadier, préposés qu'on écoute « lorsqu'ils ont une valeur personnelle », mais dont les ordres n'ont aucun effet quand ik déplaisent aux citoyens. On peut dire que dans ces communautés minus- cules l'unanimité seule a force de loi. Les fonctionnaires sont nornmés par acclamation dans les assemblées publiques et destitués de même’. ! Henri A. Coudreau, France Équinoxiale. Le « Le premier Brésil‘, inféri la Chine, les ] Canada, Par 1 1 hispano-améric le nombre de du Mexique, de çaises, le Brésil Monde, Mais P: par leur origin provenance cas opposition très de lui en un de Bruties du Brés ! Superficie compar d'après Wagner, Supai Russie d'Europ Pienne et Ar. Chine, avec la | États-Unis, ave Puissance du C pels polaires. Brésil, , , Live- e en une d ils NUS- s par CHAPITRE Il ÉTATS-UNIS DU BRÉSIL VUE GÉNÉRALE. Le premier rang dans l'Amérique latine appartient incontestablement au Brésil', inférieur seulement à trois grands États du monde, la Russie, la Chine, les États-Unis, et rivalisant en étendue avec la Puissance du Canada. Par la superficie il égale presque l’ensemble des territoires hispano-américains du continent méridional et ne leur cède guère par le nombre des habitants; même en tenant compte des populations du Mexique, de l'Amérique Centrale et des Antilles espagnoles et fran- çaises, le Brésil représente un tiers de tous les « latinisés » du Nouveau Monde. Mais par le domaine que les Brésiliens occupent, aussi bien que par leur origine et leur langage, ils contrastent avec leurs rivaux de provenance castillane. Le Brésil offre dans sa forme et son relief une opposition très nette avec les contrées andines qui se développent autour de lui en un demi-cercle immense. Les plateaux et les crêtes des hautes parties du Brésil font partie d’un système orographique tout différent de ! Superficie comparée des grands États du monde en 1893, non compris les empires coloniaux, d'après Wagner, Supan et autres : Russie d'Europe et d'Asie, sans les mers intérieures, Cas- pienne et Aral, avec les îles et archipels. . . . . . . 21 195 000 kil. carrés. Chine, avec la Mongolie, sans le Tibet ni la Corée. . . . 9915000 » » États-Unis, avec Alaska... . 9 351 360 » n Puissance du Canada, avec tout le Labrador et les archi- OS POMITOS RL TEE, 8 191000 » |] Brésil RS SAUT JL ANTON NE TU LT 8 075 000 » h 92 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, celui des Cordillères, et méme composent par leur ensemble comme un autre continent, enchâssé dans le premier. Entre les deux se ramilient les eaux des grands fleuves, l'Amazone et le Paranä, aux sources entre. mélées, En aucune autre partie du monde vaste contrée n'a pareil réseau de courants pour zone de pourtour, Traversé par la ligne équatoriale, le Brésil diffère des Etats andins par sa température plus élevée, sa nature plus tropicale. La pointe méri- dionale du territoire pénètre seule dans la zone tempérée du sud : en superficie ce n'est que la treizième partie de la surface totale. L'altitude générale du Brésil étant très inférieure à celle des pays andins, le elimat y est plus chaud en proportion, et toutes les conditions de la flore, de la faune, des populations sont autres. Le nom « Confederaçäo do Equador ; pris en 1824 par Pernambuco et les États voisins, au climat brûlant, à la riche végétation tropicale, aux habitants très mèlés d'Africains, étai beaucoup plus justifié que celui d'Ecuador attribué à la république des hauts plateaux couronnés de glaciers; quoique l'équateur traverse ce pays entre Quito et Tbarra, il n'est pas moins dans ses régions peuplées une terre de vent et de froidure. Un autre contraste du Brésil et des républiques hispano-américaines provient de sa proximité relative avec l'Ancien Monde, La ligne la plus courte entre la pointe extrème de l'Europe, au cap Säo Vicente, et l'Ami- rique du Sud aboutit au cap Säo Roque, le promontoire oriental du Brésil. Pernambuco est moins éloigné de Cadiz que ne l'est la Guaira ou tout autre port avancé du Venezuela, sans toutefois que la différence soi considérable; par le musoir occidental du continent africain les den mondes se rapprochent beaucoup plus. On sait que des navires à grande vitesse pourraient franchir cette partie de l'Océan en moins de tros jours et que le chemin de fer d'Alger à Saint-Louis et à Dakar aurai pour prolongement naturel, dans l'autre continent, la voie de Pernam- buco à Montevideo. Naguère, les négriers brésiliens reconnurent bien l'avantage que présentait pour leur commerce cette proximité de la Guinée et du Brésil : s'ils réussissaient à éviter les croiseurs anglais à leur sortie des criques africaines, ils avaient toutes chances d'atteindre en un semaine la plage convenue où les acheteurs assemblés les débarrassaient aussitôt de leur marchandise vivante. Ce trafie n'existe plus, et pendant longtemps toutes relations cessèrent entre les populations des deux rivages opposés : elles reprennent entre le Brésil, le Congo et les colonies pur tugaises de la Guinée méridionale; par un phénomène historique comp rable au rebondissement d'un corps lancé sur une paroi, on voit la ent lisation ap font face d physique el Un docur däpres Chrocka qui mourut vingt-dix ans seur de Color le littoral bré ! Luciano Corde TOM ifient nlre- CSC ndins méri- d'en titude climat de li ado Ù lant, à , Clail ue des erse ce suplées iCaines la plus l'Amé- Brésil, ou toul ce Soil 5 deux grande le trois » aurai Dernan- nt bien Guinée hr sortie en un assaient pendant rivages 1e por: comp la cive EXPLORATION DU BRÉSIL. LU] lisation apportée d'Europe au Brésil se répereuter sur les terres qui lui font face de l'autre côté de l'Atlantique. Des lois parallèles gouvernent la physique et l'histoire. Un document attribue la découverte du Brésil à un certain Joño Ramalho, N° 9, — TENNE DE VENA CAUZ, PREMIER LITTORAL URÉSILIEN DÉCOUVERT Ouest de Paris d'apres Chrockatt de Sa. C Perron frofondeurs de Os /Oméètres celà 25 ts LES et au delà 1 500 000 (re : : u 6u kil. . qui mourut à Säo Paulo en 1580, après un séjour prétendu de quatre- vingt-dix ans dans le pays‘, Quoi qu'il en soit, l'histoire oublia ce prédéces- seur de Colomb; mais on sait que, grâce au voisinage relatif de l'Europe, le littoral brésilien fut découvert au moins huit années après le voyage de ! Luciano Cordeiro, l'Amérique et les Portugais. | | 94 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Christophe Colomb, par une expédition qui ne se dirigeait pas mème vers le Nouveau Monde, Tandis que Vicente Pinzon et Diego de Lepe, poursuivant au sud les explorations commencées dans la mer des Antilles, atleignaient la « mer douce » dans laquelle s'étalent les eaux jaunes de l'Amazone, Pedr'Alvarez Cabral, einglant au large pour contourner le continent africain, en évitant la zone des calmes et prendre la route des lides Orientales, rencontrait une terre inattendue qu'il erut être une ile, Une colline, le monte Paschoal, signalait au loin le rivage; un port, qui a gardé son appellation première, Porto Seguro, s'ouvrait à ses navires. Il en prit possession au nom du Portugal, y laissa comme représentants de sa nation deux condamnés qui devaient apprendre la langue du pays pour devenir interprètes, et, sur une croix plantée près du port, fit graver les armes de son souverain. Ignorant ce qu'était l'« île » de la Vraie Croix, fragment minuscule de la masse continentale dont Colomb, Hojeda, Amerigo Vespucci, Pinzon, Lepe avaient déjà reconnu les rivages sur une longue étendue, l'Espagne ne revendiqua point ce petit domaine perdu dans l'immensité de l'Océan et qui se trouvait d'ailleurs dans la moitié du monde accordée au Portugal par la bulle d'Alexandre VE Mais il grandit avec les ‘découvertes subséquentes et dépassa bientôt la limite idéale tracée en 1494 par le traité de Tordesillas entre les deux hémi- sphères, portugais et espagnol. Le nom de Vera Cruz, donné à la terre découverte par Cabral et changé peu après en celui de Santa Cruz, ne se maintint que pour une rivière et une ville du voisinage : l'appellation populaire de Brasil, appliquée jadis à une île ou région mystérieuse dans laquelle croissaient les arbres de teinture et qui flottait dans l'Atlantique devant l'imagination des marins, finit par s'attacher à la contrée nouvelle. Elle fut retrouvée l'année suivante par Andrea Gon- calvez Amerigo Vespucci à la baie de Todos os Santos, au bord de laquelle s'élève la moderne Bahia. Une fois connu, ce littoral reçut la visite de nombreux marins, parmi lesquels de Gonneville et autres Dieppois : ‘dès 1505, les Normands y avaient fait plusieurs voyages', « surtout pour y acquérir le braisil, qui est du bois à teindre en rouge ». En 1909, toute la côte du Brésil était explorée jusqu'à l'estuaire de la Plata : Vicente Pinzon et Diaz de Sols y pénétraient. Les étrangers d'Europe occupèrent quelques lieux de troc avec les sauvages, et en 1932 Martim Affonso de Souza fondait deux colonies, Säo Vicente et Piratininga, dans la province actuelle de Säo ! D'Avezac, Nouvelles Annales des Voyages, 1869; — Gaflarel, Histoire du Brésil français. ne ‘pe, les, s de ‘le des ile, ui à . Il s de our YU raie "da, une rdu nitié s il nite mi- erre ne Ion use ans la on- elle "mi y qui sil de ux ail 0 Au mg VUE GÉNÉRALE D# LA BAIE. BAHIA. Dessin de Taylor, d'après une photogriphie comrauniquée par M. de Rio-Branco. >aulo, non tugais s'étal l'inmense d concédées à à la conditi commerce de aires, indéf d'insubordin: équatorial, € en 1549 un. Salvador, la | os Santos. La colonisa les indigènes où l'on fond lérieur pour ralions qui d ani, et vers ll les Jésuites, | à défendre le d'autre part | sud, les mam constituaient ] indigènes que gibier, De mi le vide devan s'élendaient ve le Parahyba di colonies brésili el, poussant t : l'Amazonie. | | È En même te à la prise de po L libres contrats, | leur aisputaien à reprirent aux F qui devint plu encore sur les bvolle amazonien XX. PEUPLEMENT, HISTOIRE DU BRÉSIL. 97 Paulo, non loin de la cité moderne de Santos. D'autres groupes de Por- tugais s'établirent à divers intervalles le long de la côte, et dès 1554 l'immense domaine royal était partagé en vastes capitaineries héréditaires, concédées à des seigneurs auxquels on conférait des pouvoirs quasi royaux, à la condition d'introduire des colons dans le pays et d'entretenir un commerce des denrées locales avec la mère patrie. Mais ces grands feuda- aires, indépendants les uns des autres, montraient aussi des velléités d'insubordination à l'égard du souverain dont les séparait l'océan équatorial, et pour consolider son pouvoir, le roi dom Joûo IE établit en 1549 un gouvernement général du Brésil dont le siège fut la cité de Salvador, la Bahia actuelle, ainsi nommée de la grande « baie » de Todos os Santos. La colonisation se fit de proche en proche, moins par des alliances avec les indigènes que par des conquêtes à main armée. Pourtant, dès l'année où l'on fondait Bahia, les missionnaires jésuites pénétraient dans l'in- térieur pour catéchiser les naturels et commençaient le réseau d’explo- ations qui devait les mener jusque dans le Paraguay, chez les Gua- rani, et vers les sources du Madeira, chez les Mojos et Chiquitos. Mais si les Jésuites, protecteurs naturels des Indiens, appliquaient leurs efforts à défendre leurs missions et à garder leurs catéchumènes disciplinés, d'autre part les habitants de Sûo Pauio et des autres capitaineries du sud, les mamelucos (membyruca), métis de blanes et d'Indiennes, qui constituaient le gros de la population portugaise, ne voyaient dans les indigènes que des esclaves à capturer et les pourehassaient comme du gibier. De même, au nord de Bahia, des expéditions armées faisaient le vide devant elles pour aller à la ecnquète’ des vastes régions qui s'élendaient vers l'Amazone. À la fin du seizième siècle, le Sergipe, le Parahyba du Nord, Natal et le cap Säo Roque étaient annexés ‘ux colonies brésiliennes. Puis les Portugais s'emparaient de Cearä en 1610, et, poussant toujours plus avant, atteignaient sn 1616 Parä, la porte de ) l'Amazonie, : En même temps que les colons portugais procédaient par la violence à la prise de possession d’un territoire qu’ils eussent pu acquérir par de libres contrats, ils avaient à se défendre contre des rivaux étrangers qui leur aisputaient le riche domaine brésilien. C'est ainsi qu'en 1567 ils Lreprirent aux Français la baie de Rio de Janeiro, où ils fondèrent la eité E qui devint plus tard la capitale des États-Unis du Brésil. En 1615, Lencore sur les Français, ils reconquirent l'ile de Maranhäo, à l'est du bulle amazonien, Il leur fallut aussi repousser mainte attaque des cor- XI. 19 98 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, saires français et anglais, et pendant trente années, de 1624 à 1654, ik contre des virent se constituer à côté d'eux une autre colonie, celle des Hollandais, les cent cine qui, après avoir capturé temporairement la capitale du Brésil, Salvador, manifester c établirent leur pouvoir sur toute la partie du littoral comprise entre le forasteiros. : rio Säo Francisco et le rio Grande do Norte, avec Pernambuco pour de natifs se | chef-lieu, et possédèrent même pendant quelques années le Cearä et le Maranhäo. Les armées portugaises élant impuissantes à récupérer le territoire perdu, l'indépendance fut reconquise par les populations elles-mêmes, blancs, Indiens et noirs, qui se révoltèrent contre les Hol- landais et les expulsèrent de Pernambuco, après neuf années d'une guerre incessante. En 1661, le Portugal et la Hollande célébrèrent |: HE paix, et depuis cette époque le Brésil n’a plus eu à combattre d'invasion vi} ETATS étrangère, les deux expéditions françaises, de Duclere en 1710 et de Duguay-Trouin en 1711, dans la baie de Rio de Janeiro, n'ayant ét que de simples courses de pillage. Duguay-Trouin prit la ville, qui dut payer une forte rançon. ’ | Pendant le cours du dix-huitième siècle, les Paulistas ou gens de Sio Paulo, les plus aventureux de tous les Brésiliens, continuèrent leurs ban- deiras plus avant dans le Grand Ouest, à la recherche de terres nouvelles, Ils en rapportaient de l'or, des diamants, des essences précieuses, et, pour revenir facilement sur leurs pas, ils laissaient des postes d'attente à là traversée des collines, à l'issue des vallées, au confluent des rivières. C'est = ainsi que le Goyaz et le Matto Grosso se trouvèrent graduellement annexés au Brésil oriental. Bien plus, les Paulistas, rivaux des Jésuites pour h possession des Indiens, envahirent aussi le territoire espagnol, dans les « Missions » du Paranä, au Paraguay, et par delà le Mamoré, jusqu'en Bolivie et sur les avant-monts du Pérou, accroissant d'année en année le = domaine revendiqué par les gens de langue portugaise. La zone mystt- rieuse qui séparait les montagnes brésiliennes des contreforts andins se rétrécissait peu à peu au profit des sertanejos brésiliens. Ceux-ci avaient appris à connaître, sinon tout le cours des fleuves qui descendent à l'Amazone, du moins la région des sources; l’ensemble de la contrée, jadis indéterminée, sans limites, commençait à présenter une certaine unité géographique. À la veille des révolutions qui devaient lui donner son indépendance nationale, le Brésil se révélait dans son immense * Säo Paulo, d » l'indépendance A plus sérieux, ! vit naître la E E première con) Bravant par les 2 conspirateurs, étendue. L'intervention des « Indépendants » de Pernambuco contre les domim- teurs hollandais avait été, dès le milieu du dix-septième siècle, le premier indice de la formation d'une nationalité. Elle s'était alors révélée 4, ils das, ador, re le pour et le er le ations s Hol- d'une ent la Vasion et de nt été ai dut le Säo s ban- velles, , pour e à ha , C'est nn exés our là ns les squ'en née le mysté- lins s avaient ntrée, rlaine onner mense omini- cle, le révélée HISTOIRE DU BRÉSIL. 99 contre des étrangers d'origine, de langue et de religion, mais pendant les cent cinquante années qui suivirent, elle eut mainte occasion de se manifester contre les Portugais eux-mêmes, qualifiés de « forains » ou forasteiros. Au commencement du dix-huitième siècle, des insurrections de natifs se produisirent, avec des succès divers, dans les provinces de N° 23. — ANCIENNES DIVISIONS POLITIQUES ET FRONTIÈRES DU BRÉSIL. COLOMBIA 0° Uruguay (Banda oriental) la France l'Angleterre la Colombie l'Argentine aucienne République (aucienne Cis-Platina) nègre 4 : 52 000 000 2000 kil. à Sio Paulo, de Minas Geracs, de Pernambuco. Après la proclamation de l'indépendance nord-américaine, les mouvements nationaux devinrent plus sérieux, et cette même année 1789, qui de l’autre côté de l'Océan } vit naître la Révolution française, marqua au Brésil l'écrasement de la | première conjuration républicaine, déjà préparée quelques années aupa- Bravant par les étudiants brésiliens qui résidaient en France. Un des à conspirateurs, Joaquim José de Silva Xavier, surnommé Tiradentes, 100 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. subit la peine du gibet en 1792. Les Brésiliens ont choisi cette date comme le point de départ de leur nouvelle ère nationale", Cependant le régime portugais se maintint encore pendant plusieurs années, grâce aux conjonctures nouvelles que produisirent les guerres napoléoniennes. Fuyant le Portugal, le prince régent dom Joûo du émigrer au Brésil et faire de Rio de Janeiro le chef-lieu de sa mo- narchie : le Brésil prit le titre de royaume et l’on commença de consi- dérer le Portugal lointain comme la dépendance de son ancienne colonie. Aussi l’orgueil de la nation se trouva vivement froissé quand le gouver- nement royal voulut rétablir l'ancien ordre de choses. En 1817, une insurrection républicaine éclata dans Pernambuco, la ville patriotique par excellence. Puis, en 1821, les côrtes brésiliennes, s'opposant au départ de dom Joäo VI, furent dispersées par la force des baïonnettes; mais, l’année suivante, le régent dom Pedro eut à choisir entre le retour Portugal et le trône impérial du Brésil indépendant : il prit le trône, Ainsi s'accomplit, presque sans conflit, la rupture définitive : la vaste | colonie se détacha de la métropole, près de cent fois moins étendue, qui pendant trois siècles lui avait donné sa population, sa langue et ses mœurs. Phénomène analogue à celui qui se présenta dans le monde antique, lorsque la puissante Carthage se fit indépendante de Tyr, et que les colonies de la Sicile, de la Grande Grèce, des Gaules et de l'Ibéri s'émancipèrent de la tutelle hellénique. Devenu maître de ses destinées, le Brésil se montra dans son indivi- dualité précise, contrastant avec celle des républiques espagnoles. Une première opposition provenail du régime politique, dont les différences étaient d'ailleurs plus apparentes que réelles ; car si la rupture violente et des guerres acharnées avaient amené successivement tous les États amié- ricains de langue espagnole à se donner des constitutions républicaines, tandis que-le Brésil s'érigeait en empire, ces’ États n'en étaient pas moins des communautés à mœurs monarchiques, obéissant à des dicta- tures militaires. Un contraste plus sérieux provenait des éléments ethni- ques dont se composait la population mélangée des deux moitiés du con- tinent sud-américain. Le Brésil, comme les États andins, a par centaines des tribus indépendantes d'origine peu connue et croisées à l'infini, qui vivent dans les solitudes; mais par ses populations indiennes, mélangées avec les immigrants européens, il présente plus d'unité que les répu bliques espagnoles du pourtour continental. La plupart des nations abo- Ad, de Varnhagen, Historia geral do Brazil. * et l'idiome, Araucans, on rigènes du plusieurs & zone au P une seule l'infinie diver si varié, de r Différant dd gènes, HISTOIRE DU BRÉSIL. 101 e date rigènes du territoire brésilien, qu'elles appartiennent à une même ou à plusieurs souches ethniques, ont pu s’ailier assez intimement, de l’Ama- 1SICUrS one au Paranä, pour qu'une « langue générale » les ait groupées en uerres une seule famille. À combien de peuples distinets par la provenance io dut A Mo- N° 9%. — BRÉSIL ET PORTUGAL. consi- olonie, jOUver- 7, une que par départ mais, our àt trône, a vaste À tendue, e el ses monde el que l'Ibérie indivi- es. Une érences lente et ts amé- icaines, nt pas s dictr- ethni- du con- ntaines ini, qu - et l'idiome, Arawak et Caraïbes, Muysca et Panches, Quichua, Aymara, : Araucans, ont dà au contraire s'associer les Espagnols, qui représentent D l'infinie diversité dans l’économie sud-américaine, de même que leur pays D si varié, de montagnes, de plateaux et de vallées! à Différant déjà notablement par les alliances de races faites avec les indi- E gènes, l'Amérique lusitanienne et l'Amérique espagnole contrastent plus langées s répu- as abo- 102 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. encore par la part de l'élément africain qui entre dans leur population. Sans doute, les Hispano-Américains se sont croisés de noirs, principale- ment sur les côtes de la mer des Antilles et des mers équatoriales, mais ce mélange n’a guère d'importance en comparaison de celui qui s’est opéré au Brésil entre Portugais et Guinéens. La proximité des deux ceûtes presque parallèles a produit ce phénomène, capital dans l'histoire de la fusion des races. Les esclaves noirs ont été importés dans les plantations brésiliennes par millions, et quoique les cargaisons de chair humaine ne comprissent d'ordinaire qu’un petit nombre de femmes, moins utiles que les hommes pour le dur travail des champs, des familles se constituèrent, les naissances égalisèrent les sexes, et les croisements de race à race devinrent fréquents. On peut dire que la nation brésilienne, prise dans son ensemble, est de sang mêlé, quoique la majorité se dise blanche d'origine. Les sentiments de vanité expliquent suffisamment que les familles se réclament de leurs ancêtres libres et non de ceux qui furent esclaves. Aussi toute statistique basée sur la déclaration des citoyens serait-elle mensongère. Mais il importe peu. Quelle que soit la propor- tion des croisements, l’égalisation se fait par la naissance même. Les employés, de peau plus ou moins ombrée, ne font aucune difficulté de reconnaître comme blancs tous ceux qui veulent se dire tels, et leur délivrent les papiers qui établissent légalement la pureté de leur origine. D'ailleurs le Brésilien libre, fût-il même du plus beau noir et n’eût-il que des Guinéens parmi ses aïeux, n’en est pas moins considéré par ses compatriotes blancs comme un égal. Pourtant le Brésil, parmi les pays à civilisation européenne, maintint le plus longtemps l'esclavage des Africains. Après avoir proclamé leur indé- pendance nationale, les Brésiliens pratiquaient encore légalement h traite des nègres : il fallut, en 1826, la pression menaçante du gouverne- ment anglais pour que ce commerce fût officiellement aboli. Mais la con- vention ne fut pas observée, et la traite continua en dépit des croisières britanniques. Malgré l'adoption au Parlement anglais, en 1845, du « bill Aberdeen », par lequel les marins de la Grande-Bretagne s’arrogeaient le droit de pourchasser les négriers dans les eaux brésiliennes et même de forcer l'entrée des ports, le trafic des esclaves continua presque sans diminution jusqu'au milieu du siècle. La certitude de recevoir sur les marchés brésiliens la somme de 400 francs pour chaque « paire de bras » nègres, achetée 100 francs sur la côte de Guinée, avivait le commerce des négriers, et l’on importait tous les ans de 50 000 à 80 000 esclaves : on évalue à plus de 1 million et demi les noirs importés au Brésil de 182% à 1801 e par la des nègre ne pouva d'année e sait par | excepliont 2 900 000 que 1 500 soit un tie L'affran chillre des Brésil ce q livrés au ce justice et d fouets, les de supplic des héritage les parents tère moins point, comn ments tirés point au n Cham, et n° disaient poi pour rendr publique, n plus en ph leurs seize imitaient. saient presq à lation dans n'existait ph Enfin, en + promuleuée lion de la sé D «liberté du ! Augustin Coc ation, ipale- als ce opéré côtes de la tations ine ne es que ièrent, à race e dans anche que les furent ‘itoyens propor- ne. Les ‘ulté de et leur origine. n’eût-il par ses ntint le ir indé- ent la uverne- la con- roisières Au « bill ogeaient t même que sans sur les e bras » erce des ves : On de 182 HISTOIRE DU BRÉSIL. 103 à 1851 en violation des traités. Mais le gouvernement lui-même, poussé par la volonté nationale, dut sévir à la fin, en assimilant l'importation des nègres à la piraterie. Dès ce moment, la fin prochaine de l'esclavage ne pouvait faire l’objet d'un doute, car le nombre des asservis diminuait d'année en année, tandis que la proportion des hommes libres s’accrois- sait par lexeès des naissances et par l'immigration. La mortalité frappait exceptionnellement les travailleurs noirs. En 1851, on évaluait à 2 200 000 individus la population servile de l'empire : eîle n'était plus que 1 500 000 en 1871; en vingt années, elle aurait diminué de 700 000, soit un tiers environ '. L'affranchissement entrait pour une certaine part dans la réduction du chiffre des esclaves. Certes, quoi qu’on en ait dit, la servitude était au Brésil ce qu’elle fut dans toutes les possessions coloniales : les hommes livrés au caprice d’autres hommes ont toujours à craindre des actes d’in- justice et de cruauté; leur condition même les corrompt et les avilit. Les {ouets, les chaines et menottes, les colliers de force et divers instruments de supplice se trouvaient sur toutes les plantations; suivant le hasard des héritages, des faillites et des ventes, on séparait la femme et le mari, les parents et les enfants. Néanmoins, les planteurs brésiliens, d’un carac- tère moins âpre que les propriétaires nord-américains, ne s'évertuaient point, comme ceux-ci, à justifier lasservissement des noirs par des argu- ments tirés de la Bible ou des cours d'anthropologie; ils ne reprochaient point au nègre le crime de sa peau ni la tache du péché attribué à Cham, et n’érigeaient point en système la distinction des races. Ils n’inter- disaient point l'instruction au nègre et n'avaient point promulgué de lois pour rendre impossible toute émancipation. Sous la pression de l'opinion publique, nationale et étrangère, les affranchissements devenaient de plus en plus nombreux; en 1866, les couvents bénédictins libéraient leurs seize cents esclaves; les hôpitaux et diverses administrations les imitaient. D'autre part, les provinces du Nord et du Sud se débarras- «aient presque complètement de leurs « nègres de champ » par l’expor- ) lation dans les caféteries des hommes encore asservis : l'institution 2 n'existait plus comme fait important que dans les districts du Centre. Enfin, en 1871, année climatérique dans l'histoire des nations, fut D promulguée la loi d’émancipation progressive qui devait amener l'extinc- E lion de la servitude dans l’espace d’une génération. On proclamait la D «liberté du ventre », c’est-à-dire que tous les enfants à naître étaient ! Augustin Cochin, Revue des Deux Mondes, 1871. 104 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, déclarés libres, mais sous la tutelle de leurs maîtres, qui pouvaient utiliser les services de l’affranchi jusqu'à vingt et un ans, ou le céder à l'État moyennant 1800 francs. Par la mème loi on libérait tous les esclaves de l'État, ceux de la Couronne et des successions tombées en déshérence. On créait un fonds d'émancipation spécial et l'on facilitait les affranchisse- ments. Fortement atteint par toutes ces mesures de transition, l'ancien régime ne pouvait se maintenir dans un milieu économique nouveau, et, malgré la résistance des planteurs, le Parlement abolit définitivement la servitude, en 1888. Tel fut l'ébranlement causé par cette mesure, que du même coup la forme politique du Brésil se modifia : d'empire unitaire il se constitua en république fédérale, presque sans eflusion de sang. À de nouvelles conditions sociales devait correspondre un nouveau décor gouvernemental. L'émancipation proclamée s'appliquait à 740 000 indi- vidus : ainsi, dans vingt années, le nombre des esclaves avait décru de moitié. Mais si la servitude des noirs a disparu, le régime de la grande propriété existe encore : ce fait domine la politique actuelle du Brésil, donnant à l'immigration et à l'importation des travailleurs un mouvement de recrudescence extraordinaire. À maints égards, le Brésil, — « États-Unis du Sud », — peut se com- parer aux États-Unis du Nord. Au point de vue géographique, les deux pays offrent une curieuse ressemblance. D’une étendue énorme, ils occu- pent tous les deux la partie centrale de continents symétriques ; ils sont arrosés chacun par des fleuves d'un développement gigantesque, et, bordés à l'est par d'étroites rangées de montagnes parallèles au rivage, ils s’ap- puient à l'ouest sur la puissante épine dorsale du Nouveau Monde. Leur histoire présente aussi une saisissante analogie malgré le contraste pro- duit par la différence des origines, latine d'un côté et de l'autre anglo- saxonne. Considérablement inférieurs aux Américains du Nord par le nom- bre, l'industrie, la richesse, l'instruction moyenne, les Brésiliens n’en passent pas moins par des évolutions parallèles à celles de la puissante république du continent septentrional. Dans les deux contrées, le blanc s’est trouvé d'abord en contact avec l'indigène, et l’a cruellement refoulé dans l’intérieur. Au Brésil comme aux États-Unis, il a importé le noir esclave pour lui faire défricher le sol ; dans le continent du Sud comme dans celui du Nord, s’est formée une aristocratie de planteurs dont le pouvoir repose sur l'exploitation, presque le monopole, d'un petit nombre de denrées. Sous la pression des mêmes causes, la féodalité brésilienne, fortement ébranlée par l'abolition de l'esclavage, a dû, comme les États mississippiens, s'accommoder à des situations économiques nouvelles; comme eux, banques urba } De mème que de sa vie, a $ pendance pol par la crise 0 colons étrang bout du mo écoulé depuis lorsque le Bré une période m aux États-Unis proclamation ( Les deux gr guerres de fr libres commu > territoires sup lière », l'escla la moitié de se des voisins du impossibles : du Brésil par traverser, dése de contact ma la force, et les Es'assoupissaien la limite natur précise par l'es frontière est r D quents : la rival prises et maint Washington pal beau de ce terr Au dix-septi Mille de Sacram aujourd'hui Co siècle les deux Mittoral, qui fi suivit la révol: & XIX. HISTOIRE DU BRÉSIL 105 liser comme eux, elle cherche à maintenir ses privilèges en s’associant aux État R banques urbaines et en utilisant les bras des immigrants de toute race. s de De même que le Brésil, plus éloigné du monde européen, foyer primitif , On de sa vie, a suivi de loin les colonies du Nord dans la déclaration d'indé- isse- pendance politique, de mème il n’a passé que longtemps après elles icien par la crise de l'émancipation des noirs et de l'invasion en masse des 1, el, colons étrangers. Mais le mouvement d'égalisation qui se produit d’un nt la bout du monde à l'autre hâte les événements : un demi-siècle s'était e du écoulé depuis la séparation des États-Unis d'avec la Grande-Bretagne taire lorsque le Brésil commença de vivre également de son existence propre; ig. À une période moindre de moitié a suffi pour que l'abolition de la servitude lécor aux États-Unis fût suivie au Brésil d'un événement correspondant et de la indi- proclamation du régime fédéral républicain. u de Les deux grandes puissances du Nord et du Sud ont eu également leurs ande guerres de frontières. La république anglo-américaine, jadis privée de r'ésil, libres communications avec l'océan Pacifique, et cherchant en outre des ment À territoires supplémentaires pour y introduire son « institution particu- lière », l'esclavage, eut sa guerre contre le Mexique, qu'elle dépouilla de com- D 1 moitié de ses domaines. Le Brésil se trouva aussi entraîné à combattre deux | des voisins du Sud. Au nord, à l’ouest, les conflits sérieux eussent été OCCU- impossibles : de ces côtés les États hispano-américains se trouvent séparés sont du Brésil par d'immenses espaces en partie inconnus, très difficiles à ordés D traverser, déserts ou peuplés seulement d'Indiens sauvages. Le manque s’ap- D de contact matériel entre les populations les empêchait d'avoir recours à Leur la force, et les discussions diplomatiques, à propos de frontières idéales, bs'assoupissaient par l'éloignement; mais au sud il n’en était pas ainsi : la limite naturelle dans le corps continental est indiquée d’une manière précise par l'estuaire de la Plata et le confluent de l'Uruguay. Toute autre frontière est relativement artificielle. Aussi les conflits ont-ils été fré- Be quents : la rivalité des intérêts mit les populations limitrophes souvent aux ane prises et maintenant même (1895) le Brésil et l'Argentine, représentés à foulé Washington par leurs diplomates, revendiquent de part et d'autre un lam- noir beau de ce territoire. 2 Au dix-septième siècle déjà, en 1680, les Portugais avaient fondé la “ile de Sacramento sur la rive droite de la Plata, à l'endroit où se trouve aujourd'hui Colonia, l’ancienne « colonie » portugaise. Durant près d’un ècle les deux puissances rivales se disputèrent ce point si important du Blittoral, qui finit par rester aux Espagnols. La période de transition qui suivit la révolution de Buenos Aires, le soulèvement des populations xIX. 14 106 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. créoles, permit à l'armée portugaise de reconquérir la Banda Oriental, territoire qui est devenu la république de l'Uruguay, et pendant quelque, années le Brésil se trouva complété par la possession de toute la province « Cis-Platine ». I ne put jouir longtemps de sa conquête. Bientôt le Cis-Platéens, presque espagnols par l’origine et la langue, s'insurgèrent contre la domination des Lusitaniens du Nord, et, après une guerre d& trois années, dans laquelle les « Trans-Platéens » de Buenos Aires devin. N° 95, — COLONIA DEL SACRAMENTO, 6020 Ouest de Paris Quest de Greenwich C Perron dapres la carte marine Frofondeurs deOasS metres ces Tetau els e Phare 1: 950000 — 1 50 kil. rent leurs alliés contre Rio de Janeiro, ils réussirent à faire reconnaitre leur indépendance, en 1828. Depuis, l'Uruguay a gardé son existence distincte, qui s'explique par l’antagonisme naturel des deux ‘grands Etat entre lesquels il reste enserré, au nord le Brésil, au sud et à l'ouik la République Argentine. Mais, comprimé par ces deux puissants voisin le faible Uruguay est condamné politiquement à la neutralité ou à l complicité . Au sud-ouest, les Brésiliens livrèrent d’autres combats, non por s'emparer de la limite naturelle que formerait le confluent du Paraguay t du Paranä, : la prépondé Lopez, risqu les régions d et dans laqu Uruguay, se l'une des pli glants, Il fal cercle de fei bataille en af d'un peuple siècles anciet Non seulet témoignent d Lson assietle ] Mantes fois | Uruguay et r pays habités, -blique indéps point reconm grand que dar commerciales Pcentres d'attr Blicnnes du no analogues à c que, d'après 1 ment en groul jen haut lieu 1 ions et les di el qu'il existai t ent leur aut D'ailleurs, 1 Ï rovinces les F rissement des temps est proc Un vaste résea: bateaux à vape uvial de lim ur les voies HISTOIRE DU BRÉSIL, 107 ie du Paranä, mais pour assurer leurs frontières présentes et pour empêcher uelques la prépondérance de l'État militaire qui, sous la dictature de Solano 'OVince Lopez, risquait de détruire complètement l'équilibre des puissances dans mo les les régions de la Plata. La guerre, qui dura cinq années, de 1865 à 1870, igcrent et dans laquelle on vit les armées des deux États platéens, Argentine et erre. de Uruguay, se coaliser avec les forces brésiliennes de terre et de mer, fut s devin- l'une des plus meurtrières du siècle, pourtant si fertile en conflits san- glants. Il fallut assiéger le pays comme une place forte, l'entourer d'un cercle de fer et de feu, graduellement resserré, et livrer bataille sur bataille en affamant les populations : ce fut la destruction presque entière d'un peuple, un de ces désastres comme en raconte l’histoire des siveles anciens. Non seulement les guerres extérieures, mais aussi les révoltes intestines témoignent des difficultés qu'éprouve le Brésil à constituer définitivement son assiette politique dans les districts méridionaux, voisins de la Plata. Maintes fois la province de Rio Grande do Sul, limitée au nord par le haut Uruguay et rattachée au reste du Brésil par une étroite zone côtière de pays habités, se mit en rébellion ouverte, et même se constitua en répu- blique indépendante. De 1855 à 1840, l'autorité de la capitale n'y était point reconnue. Le nombre des habitants d'origine espagnole y est plus M grand que dans les autres parties de la contrée, et les mœurs, les relations À. commerciales donnent au Rio Grande, dans les cités platéennes, des —, lcentres d'attraction qui contrebalancent en partie celle des villes brési- liennes du nord, Säo Paulo et Rio de Janeiro. Ce sont là des phénomènes enwich analogues à ceux qui se produisent dans le monde planétaire. Il est vrai Perron que, d'après la législation actuelle, la république s’est constituée officielle- ment en groupe fédératif d'États; mais les déclarations de principes faites en haut lieu ne touchent point au fond des choses, et, malgré les résolu- lions et les discours, la lutte continue entre le régime de centralisation, el qu'il existait sous l'empire, et les exigences des populations qui récla- ment leur autonomie administrative et politique. » D'ailleurs, l’unité géographique, et par contre-coup l'union morale des Drovinces les plus éloignées du centre, ne peut que s’accroitre par l’amoin- °onnaitre existence nds État à à lou Gi cment des distances et le peuplement des régions désertes naguère. Le OR Hemps est proche où les éventails locaux des voies ferrées seront réunis en ou à l Un vaste réseau, des bouches de l’Amazone à la Lagôa Mirim, et déjà les Bateaux à vapeur rattachent port à port sur tout le pourtour océanique et on pont uvial de l'immense territoire brésilien. Les villages, les villes se créent r'aguay tl Bur les voies de communication nouvelles, et le fond, plus ou moins | | À 5 f | À | 1 | 4 108 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, « trimélissé », d'origine lusitanienne gagne partout la prépondéranu, réduisant peu à peu les éléments étrangers dans la masse de la nation, Toutefois l'immigration s'est accrue si rapidement en ces dernières année, qu'elle a pris une importance de premier ordre et que, dans certaines provinces, la race même Le] 2 ñ ke =] ee mis irnmureiiisteniemrensinientenregectinerse 1 l Santarem, terminale fleuve; le f el d'en ace l'eau est c l'année; ce fond du lit fleuve’. Le ; fuit dans | de sa profor par le cour el surtout d un fond qui idiome loca Rodrigues, 1 lignes de rer ceux de la ! entend le g1 rouleau se pi paisible d’en quatrième Jar Les flots suc haut, formen el sont accor lormidables q de graves ava les bâtiments oral, Macapä menacés, mai, le plus de viol guary et les d le régime du n L'embouchu en un bras de avoir baigné te constitue cette ? Alfred Russell Y ? Ilenri À, Coudre CRUES DE L'AMAZONE, POROROCA. 143 Santarem, à 1000 kilomètres du cap de Nord, considéré comme la borne terminale de l'embouchure; mais l’eau salée ne pénètre point dans le fleuve; le flux n'a d'autre effet que de ralentir le courant de l'Amazone et d'en accroître la hauteur. Même autour de l’île Mexiana, en plein golfe, l'eau est complètement douce, et les marins en boivent pendant toute l'année; cependant il se peut que le flot salé, plus lourd, glisse sur le fond du lit au-dessous des couches liquides plus légères apportées par le fleuve’. Le grand choc entre la masse d’eau fluviale et celle de la mer se fait dans la partie déjà large de l'estuaire, où l'Amazone, ayant perdu de sa profondeur, s'étale sur des bancs littoraux. Là, les vagues, poussées par le courant côtier et par la houle dans la direction de l’est à l’ouest el surtout du sud-est au nord-ouest, rencontrent les eaux fluviales sur un fond qui se relève rapidement. C’est la pororoca, mot qui, dans un idiome local, sous la forme de poroc poroc, aurait, d'après Barbosa Rodrigues, le sens de « destructeur ». Le mascaret qui se forme à ces lignes de rencontre, entre les masses opposées, dépasse en hauteur tous ceux de la Seine, du Gange et du Yangtze. À 8, à 10 kilomètres on entend le grondement terrible de la pororoca qui s’avance. Un premier rouleau se précipite comme une mer nouvelle et tempêtueuse sur la mer paisible d'en bas; une deuxième, puis une troisième, ct parfois une quatrième lame se suivent, renversant, détruisant les objets qui résistent. Les flots successifs, dont le premier à parfois jusqu’à trois mètres de haut, forment à travers l'embouchure une barre complète de rive à rive el sont accompagnés de remous, de déversements latéraux, de courants formidables qui couleraient les embarcations légères et causeraient même de graves avaries aux gros navires. En prévision du redoutable choc, les bâtiments se mettent à l'abri dans les « espères » ou criques du lit- oral. Macapä, sur la rive septentrionale de l'estuaire, est un des lieux menacés, mais les plages où les vagues de la pororoca s’écroulent avec le plus de violence sont celles du cap de Nord, vers les bouches de l’Ara- guary el les détroits de l’île Maraca”. Suivant les érosions et les dépôts, le régime du mascaret varie de marée à marée. L'embouchure de l’Amazone, que traverse la ligne équatoriale, s’élargit en un bras de mer entre l’île de Marajé et la côte des Guyanes, puis, après avoir baigné tout un archipel d'îles et d'ilots groupés autour de Caviana, constitue cette « mer douce » qui étonna Pinzon et après lui tous les autres 1 Alfred Russell Wallace, ouvrage cité. * Henri À. Coudreau, France Équinoxiale. 144 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, navigateurs. Quand on vogue dans l'estuaire de l'embouchure, sur les eaux grises roulant rapidement vers l'Atlantique, « on se surprend à demander, dit Avé-Lallemant', si la mer elle-même ne doit pas son existence à ce fleuve qui lui apporte incessamment le tribut de ses flots? La différence de roulis produite par le mouvement des vagues ou par la pression du cou- rant peut seule indiquer sur quel domaine on se trouve, celui des eaux douces ou celui des eaux salées ». Exactement au nord de l'embouchure, où le courant s’est reployé le long des côtes guyanaises, mais à 500 kilo- mètres déjà de l'estuaire proprement dit, Sabine a vu la ligne de sépara- tion entre l’eau bleue, non mélangée, de l'Océan, et l'eau troublée par le courant du grand fleuve : il constatait une différence d'un cinquième envi- ron dans la salinité des masses liquides*. A l'ouest, au sud de l’île Maraj6, l'estuaire des Amazones se ramifie en un labyrinthe de rivières et de canaux qui vont rejoindre un autre estuaire, celui du rio Tocantins. Quelques-unes de ces routes navigables s'ouvrent largement aux navires; d'autres, fort étroites, paraissent plutôt des gale- ries de verdure : les bateaux qui s’y aventurent passent sous les branches entre-croisées; en maints endroits, on a dû, pour éviter les abordages, réserver un bayou pour la montée, un autre pour la descente. Il semble, à la vue de la carte, que tout cet ensemble d'eaux fluviales appartienne au système amazonien ; mais les courants de l’Amazone et du Tocantins ne se mêlent point, ou du moins, s’il y a mélange, ne s'unissent que pour une part infinitésimale de leur masse liquide. Cependant les bayous occiden- laux qui font communiquer le rio Amazonas avec le Parä sont emplis par les eaux du grand fleuve : ainsi une petite partie du courant majeur rejoindrait directement le courant du Tocantins, et la rivière de Pari pourrait, dans une certaine mesure, passer pour une des bouches de l'Amazone. Le bras oriental, le plus rapproché de l’île Marajô, ne reçoit point l’eau du grand courant, mais se trouve sous l'influenc: directe de la marée, qui le remonte avec force en venant de l'estuaire du Tocan- tins. En sondant un de ces canaux, Couto de Magalhäes a découvert un lit de tourbe épaisse qui s'étend au loin sous les alluvions vaseuses. Dans l'intérieur des terres, les grès amazoniens se délitent sous le vent, le soleil, la pluie, le travail des racines; mais sur le rivage de l'Océn Reise durch Nord-Brasilien im Jahre 1859. Salinité de l'eau pure de la mer. . . . 53,672 pour 1000 » mélangée. . . . . . 96,345 » (Edw. Sabine, Experiments to determine the fiqure of the Earth.) 5 Henry Walter Bates, ouvrage cité. et dans les i vagues enval tout du Miss zones N'a pi dehors de la s'élargissant d'après les cartes contemporaine engloutissant le mémoire s’est ( par le flot, La ec notablement rec nas, à l'est du r : de Maranhäo. L' XIX, AUX der, ù ce e de Cou- ŒUN ure, kilo- Ja ra- ar le CHI ie en ire, rent gale- nches ages, ble, à ne au né se rune ‘iden- mplis ajeur te de OCan- rtun vent, Jecan ESTUAIRE DE L'AMAZONE, 145 et dans les îles de l'estuaire, ils ont à subir un autre assaut, celui des vagues envahissantes. Bien différent de la plupart des autres fleuves et sur- tout du Mississippi, auquel on l'a souvent comparé, le courant des Ama- zones n'a pas de delta d'alluvions s’avançant au loin dans la mer, en dehors de la ligne normale des rivages : il ouvre un estuaire énorme, s'élargissant en « mer douce », et la géologie aussi bien que l'histoire N° 31, — GOLFE AMAZONIEN, Quest de Paris , d'après les cartes marines ce Oà/Imétres ce li 2007 ee 400 let au delà Hauteurs al aeuE£DQ mètres de£00"'etau deli C Perron 1: 15000 000 contemporaine prouvent que cette mer gagne peu à peu sur le littoral, engloutissant les îlots, rongeant le pourtour des îles et des péninsules. La mémoire s'est conservée de terres nombreuses qui ont disparu, dévorées par le flot, La côte de Macapä, sur la rive septentrionale de l'estuaire, a notablement reculé depuis le commencement du siècle; la pointe de Sali- nas, à l’est du rio Parä, s'amoindrit, de même que l’île Santa Anna, à l’est de Maranhäo. L'ile Caviana, dans l'archipel que traverse la ligne équato- XIX, 19 146 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, riale au nord de Marajé, a été coupée par un détroit qu'a formé l'élar. gissement graduel de deux bayous des rivages opposés. Cet envahissement constant des eaux océaniques sur le littoral semble provenir d'un affaisse. ment général des côtes. Les phénomènes observés dans la Néerlande, que l'on peut considérer comme le delta commun du Rhin, de la Meuse, de l'Eseaut, s'accomplissent en grand dans les terres alluviales de l'Amivone et du bas Tocantins; mais ici il n'y a point encore de populations qui acceptent, comme l'ont fait les Bataves, la lutte avee l'Océan et qui défen. dent leurs terres contre l'assaut des vagues par un ensemble de digues et de contre-digues, « aussi coûteuses que si elles étaient construites en argent pur », D'ailleurs, le travail d'érosion est bien autrement aetif dans l'Amazonie, et l'on ne saurait y expliquer l'affaissement du sol comme en Hollande et en d'autres « pays bas » par un tassement naturel des terres de dépôts, car sur les bords du grand fleuve ce ne sont pas seulement les couches d'alluvions qui cèdent sous les pas de l'homme, ce sont les roches qui s'engouffrent et sur lesquelles gagne l'Atlantique par un mou- vement séculaire. Mais, puisque l'estuaire se creuse d'année en année plus avant, que deviennent les prodigieuses quantités de troubles qu'apporte le courant des Amazones et qui se dégagent de l'eau douce au contact de l'eau salée? En admettant que les matières en suspension contenues dans l'onde ama- zonienne soient d'un trois-millième seulement, ne représentent-elles pas déjà une masse de 40 mètres cubes par seconde, soit par jour un cube de 150 mètres de côté? Réparties dans le vaste estuaire et dans la mer qui s'élend au large jusqu'à 500 kilomètres du rivage, ces alluvions élèveraient rapidement le fond marin et viendraient affleurer çà et là en banes de vase si la masse mouvante du grand courant équatorial ne les reprenai et ne les emportait avec lui ou ne les faisait glisser sur le fond dans h direction du nord-ouest. Une part de ces matières ténues, rejetée latérale. ment, se dépose sur les côtes de Guyane, mais non toujours pour y rester, car maint rivage, érodé par les flots, se désagrège et reprend n vers le nord-ouest sous forme d'alluvions marines. le minement s continue de proche en proche, dans les eaux et s md, dans la des Caraïbes, dans le golfe du Mexique, le long de ætites Antilles et ue iles Bahama, sur tous les chemins océaniques suivis par le courant. En parcours, nombreux sont les banes de sable et les cordons Httoraux que les matériaux apportés du golfe amazonien contribuent à élever au-dessus des flots; mais le champ de dépôt par excellence paraît être, à l'ouest du courant Golfier, le littoral de Ta Georgie et des Carolines, si remarquable par ses im bant de pu sauraient e lions plus du monde enune larg pluies aux En comp: l'histoire de insigniliant, peut que pri races el des découverte d Amazones n'; veille de la mais on ne | d'entrée de c vapeur, une canaux el le du rio Negro; l'érou en lutts sur les flots « les points de 1 entreprise à 1 direction de | leuve à tous le !Slatistique de 1 Marañon, Affluents du nord. \luents du sud. eue des Amazones Ar nenl SC que M, de VAUT qui (lon iuties es Il dans ne en res de ciment mt les | INOi- il, que ouranl salée”? le suma- les pas ube de 1er qui eraient nes de prenitil lans la uérale- rester, nl ent En « AUX que -(lessus uest du r'quable FLEUVE DES AMAZONES, 147 par ses immenses plaines de sédiments et ses flèches côtières se recour- bant de pointe en pointe, Les fleuves courts du versant appalachien ne sauraient expliquer la naissance de ces plages contemporaines, de propor- lions plus grandes que toute formation analogue en aucune autre partie du monde : là serait le véritable delta de l'Amazone, là se déposeraient en une large zone continentale les débris arrachés incessamment par les pluies aux Andes écuadoriennes. En comparaison de la part considérable qui revient à l'Amazone dans l'histoire de la Terre, son rôle dans l'histoire de l'homme peut sembler insigniliant, D'ailleurs, il nous est encore inconnu pour ainsi dire : on ne peut que présumer son influence de premier ordre dans la distribution des races et des tribus pendant la période de peuplement, et même depuis la découverte du Nouveau Monde, Jusqu'au milieu de ce siècle, le fleuve des Amazones n'avait guère été considéré par les civilisés que comme une mer- veille de la nature; on en parlait avec une admiration mêlée d’effroi, mais on ne lutilisait point. Les navires ne dépassaient guère les portes d'entrée de celte mer en mouvement, Avant l'introduction des bateaux à vapeur, une embarcation mettait cinq mois entiers pour remonter Îles canaux et le fleuve des Amazones, de la ville de Parä jusqu'à la « barre » du rio Negro; il lui fallait cinq autres mois pour atteindre la frontière du Pérou en luttant contre la force du courant. Un voyage autour de la Terre, sur les flots de la mer que soulèvent tour à tour des vents venus de tous les points de l'horizon, était alors plus court que la montée de l'Amazone, entreprise à la faveur du vent alizé qui souffle régulièrement dans la direction de l'ouest". La vapeur, aidée depuis 1867 par l'ouverture du lleuve à tous les pavillons, a fait dans le monde amazonien une révolution ! Statistique de l'Amazone et de ses principaux affluents brésiliens : Bassin, Débit, Longueur Surface Métres cubes Navigabilité, en kil. en kil. carr, par see, Vapeurs. Barques, Marañon, , , rNteucot vi AUD 1 000 000 20 000 1450 1 800 tin. : . . , + 164 112 400 2 000 1 480 1 600 hate teR \énpuri. + + + 2800 510000 5000 1560 2500 | Rio Negro., , , 1 700 715 000 10 000 726 1 100 Trombetas, .… . . 570 193 500 1 500 50 500 Javary. . . . . 945 91 000 1 200 800 900 Jutahy. . . .. 650 38 500 500 000 600 Juvuñ . . . . . 2000 240 000 2 500 1 500 1 825 \luents du sud. € Purüs . . . . . 5650 387 000 4 000 1800 2500 Madeira,. . . . D 000 12449500 16000 1 060 1 700 Tapajoz.… . . . 1930 430 500 6 000 350 1 400 Xingü. . . . . 2100 395 000 4 000 120 1 500 Eeuve des Amazones. . 5 800 5094000 120 000 5200 5600 148 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. dont les conséquences se multiplient d'année en année. La région du haut Amazone, qui se trouvait si éloignée des centres de commerce dans l’intérieur du continent, a été pour ainsi dire reportée sur le littoral océanique, dont les rives du fleuve et celles de ses chenaux latéraux, de ses affluents et sous-affluents, sur plus de 50000 kilomètres, sont deve- nues le prolongement. En considérant le Brésil entier comme une ile entourée par des eaux océaniques et fluviales, son pourtour est d'environ 22 500 kilomètres, dont 5250 kilomètres, — soit un quart environ, — représentent la partie des eaux amazoniennes, depuis les sources du Guaporé. Le climat de | Amazonie se révèle par le régime même du fleuve, par les vents qui en retardent le flot, par les oscillations périodiques de son débit, par les alternances de crues et de décrues dans ses affluents. « Équateur visible », comme on l’a souvent désigné à cause de l'orientation de son cours, parallèlement à la ligne équatoriale, qui passe au-dessus de son bassin, des Andes à son estuaire, le courant des Amazones ne sort pas de la zone où les vents alizés du nord-est et ceux du sud-est luttent pour la suprématie, déterminant par leur conflit un climat où se suc- cèdent les phénomènes de l'un et l'autre hémisphère. Que les alizés soufflent du nord-est ou du sud-est dans leur balancement annuel à travers les régions équatoriales, ils prennent toujours le caractère de vent d'aval pour remonter le fleuve en sens inverse du courant, et se font ainsi sentir jusqu'à des centaines de kilomètres dans l'intérieur des terres, D'ordinaire la brise régulière ne pénètre pas au delà de Manaos dans le Solimôes et le rio Negro; plus loin, les vents présentent moins de régu- larité, détournés de leur voie normale par les foyers d'appel qui se pro- duisent à droite et à gauche, surtout dans les Ilanos du Venezuela et dans les plaines de la Bolivie et du Matto Grosso, où les prairies alter- nent avec les bois. La rencontre du léger courant d'air qui suit les caux de l’Amazone et de la brise alizée qui passe au-dessus rafraichit l'atmosphère et contribue à donner aux régions amazoniennes une salu- brité relative, très supérieure à celle de plusieurs contrées tropicales; les rives des affluents que ne purifie pas le souffle des alizés, sont presque toutes baignées par la malaria. On à constaté que les vents « généraux » ou alizés du sud-est subissent un certain trouble dans l'estuaire. En avril, au commencement de mai, ces vents prévalent du cap Säo Roque à Maranhäo et se propagent rapidement le long de la côte, à la suite du soleil qui ren chure du fle: ralentissent |] provient-il di posé, pour ai 950 ou 900 K ce mur trans blissent aussi se passent a jusqu'à l'Orér Dans le ryt alizés corresp tandis que les let et en aoû probablement que les nuées rareté des pl défend contre pendant la sa un voile lége s'élève graduc pendant une février, il per du matin*, pi observe de gri et celles du r sées aux brise extrêmes plus souffrir des v cèdent sans g sont beaucoup n'ont qu'un ti l'Europe oceic Les terres a ! Latigue, Inst ? Conditions mé 5 Alfred R, Wal 1 du dans toral , de leve- e ile iron 1, — s du r les son ents, ation is de sort {tent suc- liés el à vent ainsi res, is le Gou- pro- la et lter- L les ichit salu- iles ; sque IX » vril, b du CLIMAT DE L'AMAZONIE. 149 soleil qui remonte vers le tropique septentrional. Mais, arrivés à l'embou- chure du fleuve puissant, ils s'arrêtent pour un temps ou du moins se ralentissent beaucoup. Peut-être ce délai dans les progrès du vent alizé provient-il de l'obstacle que lui oppose le courant atmosphérique, super- posé, pour ainsi dire, au courant fluvial et se prolongeant en mer jusqu’à 20 ou 500 kilomètres au large de l’Amazone. Mais dès qu'ils ont franchi ce mur transversal de la brise amazonienne, les vents « généraux » s'éla- blissent aussitôt sur toutes les côtes de la Guyane‘. Quelquefois trois mois se passent avant que l’alizé du sud-est ait progressé du cap Säo Roque jusqu'à l'Orénoqne. Dans le rythme annuel des saisons, la prédominance régulière des vents aliés correspond à la période des sèchercises, dé septembre en. janvier, tandis que les calmes coineident surtout avec les pluies, de février en juil- let ct en août. La précipitation aqueuse est très considérable et dépasse probablement 2 mètres dans l'ensemble du bassin: les puissantes averses que les nuées épanchent sur le versant oriental des Andes compensent la rareté des pluies dans les régions des savanes qu’un écran de montagnes défend contre les nues. Souvent des brouillards troublent l'atmosphère pendant la saison des sécheresses. Le soleil se lève dans un ciel pur, mais un voile léger se tend sur l'horizon; il s’épaissit dans l'après-midi et s'élève graduellement vers le zénith; puis il cache le soleil et se maintient pendant une ou deux heures de nuit; quelquefois, au commencement de février, il persiste même durant plusieurs jours sans se dissiper aux froids du matin*, présageant un changement prochain du temps. Du reste, on observe de grandes différences de climat entre les villes du bas Amazone et celles du rio Negro, du Solimôes et du Marañon. Celles-ci, moins expo- sées aux brises fraîches de la mer, ont une température plus inégale, aux extrêmes plus écartés ; sur le rio Negro, les bateliers ont fréquemment à souffrir des violents orages dits trovôados : pluies et beau temps s'y suc- cèdent sans grande régularité pendant toute l’année. À Parä, les saisons sont beaucoup plus tranchées, et cependant les oscillations de température n'ont qu'un très faible jeu de mois en mois, tandis que sous les climats de l'Europe occidentale elles comportent un écart très considérable®. Les terres amazoniennes, chaudes et humides, rivalisent par l’immensité ! Lartigue, Instruction nautique sur les côtes de la Guyane française. * Conditions météorologiques de Par, dans l'Amazonie brésilienne : Températures : Chute Latitude, maximale. minimale, moyenne,” de pluie, ÿ 1 Part, , , , 19,988. 900 220,8 270,29 9" 5 Alfred R, Wallace, ouvrage cité, EST 150 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, de leurs forêts avec les plaines que traverse le Congo, et même les dépas- sent. La « selve », interrompue seulement par les cours des rivières et par de rares défrichements, occupe un espace évalué à cinq millions de kilo- mètres carrés, étendue égale à dix fois la superficie de la France. Embras- N° 5%. — TEMPÉRATURES DIURNES DE PAR, COMPARÉES A CELLES DE LONDRES. es trérad Novembre Con ! ! ! ! ! ' Le i ' 1 1 T [ ! ! T ! ! ! ! l ' : i [ 0 ! Û l 1 Ée “0 1 ! 1 ! ! ' 1 1 i l l 1 ! mil Le: 16 RL RE EE A ni Do. “ ' ' ES oo X x ER EE DES F : C Perron sant au nord-est les bois du littoral guyanais, la forêt se développe en une large zone entre le courant des Amazones et les savanes qu'abritent du vent de mer les Tumuc-Humac, le Caïrrit, le Pacairama, le Roraimn: cependant sur le bas Amazone et dans le voisinage de l'Océan, elle s trouve, comme dans la Guyane côtière, interrompue par de vastes étendues herbeuses : tel l'immense campo d’Alemquer'; la partie nord-orientale de t Henry Walter Bates, ouvrage cité. l'ile Maraje s'agrandit à Les versant Pérou, de 1 rescente, ai méridionau) distance en le courant recouvertes lation que « se rattache ramifient les connue du bayous : le « gènes et des Cependant et comprend coivent guère lianes, surmo des deux côtés engloulis par des cimes $’é ant on ne I végélalion ; pe arbustes que £ ler dans un mille archipe succèdent les leurs éventail dessus des flot Dans son er Brésil propre d'espèces en large estuaire longe au norc si grandes res une même air 1 Ollo Clauss, Fe pas- par kilo- 'AS- D pe on witent “aim: FLORE DE L'AMAZONIE. 151 l'ile Marajô est aussi occupée par des savanes. À l'ouest, la selve s'agrandit à travers le bassin du haut Orénoque et de ses affluents andins. Les versants orientaux de la Colombie méridionale, de l'Ecuador, du Pérou, de la Bolivie appartiennent aussi à cette mer de végétation arbo- rescente, ainsi que les terres basses parcourues par tous les affluents méridionaux de l’Amazone en aval de leurs cascades, même à une certaine distance en amont, vers les plateaux brésiliens; les grands arbres bordent le courant en rideaux épais, puis les pentes, de part et d'autre, sont recouvertes de prairies, et les hautes terres latérales n'ont d'autre végé- tation que des arbustes elairsemés'. Le fond de la vallée du Tocantins se rattache également par la continuité des forêts à l’ancien lac où se ramilient les eaux de l’Amazone. Telle région de la selve n’est encore connue du civilisé que par les chemins naturels des rivières et des bayous : le colon ne s’est point encore hasardé sur les pistes des indi- gènes et des animaux sauvages. Cependant ce n’est pas du bord des rivières que l’on peut le mieux voir et comprendre la forêt. Les voyageurs qui remontent l’Amazone n'aper- coivent guère qu'une muraille uniforms de trones pressés, enchevètrés de lianes, surmontés d’une masse verdoyante continue, dressant en palissade, des deux côtés du fleuve, ses fûts rapprochés et droits comme des jones, engloutis par la base dans l'obscurité, tandis que le feuillage épanoui des cimes s'étale à la lumière. Des bateaux qui voguent au milieu du cou- rant on ne peut distinguer aucune forme précise dans ce rempart de végétation; pour se faire une idée de l'immense variété des arbres et des arbustes que gonfle la sève intarisable de la nature tropicale, il faut péné- ter dans un des igarapé lortueux qui se ramifient entre les îlots des mille archipels semés sur Amazone. Penchés au-dessus de la rive se succèdent les arbres les plus divers, dressant leurs panaches, déployant leurs éventails, développant leurs ombelles de feuilles, balançant au- dessus des flots leurs guirlandes de lianes fleuries. Dans son ensemble, la flore amazonienne est très distincte de celle du Brésil proprement dit. Sans doute lune et l'autre possèdent beaucoup d'espèces en commun, mais les contrastes sont nombreux; malgré le large estuaire de Amazone et le labyrinthe de marécages qui le pro- longe au nord, Parä et Cayenne offrent pour leur flore et leur faune de si grandes ressemblances, qu'on peut les considérer comme constituant une même aire naturelle, bien distincte de l’aire brésilienne méridionale, 1 Otto Clauss, Verhandlungen des fünften Geographentages zu Hamburg, 1885. 152 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. Ce fait remarquable paraît confirmer l'hypothèse des géologues qui admet tent l’existence antérieure d’un verrou transversal aux eaux de l’Amazone, retenues jadis en une vaste mer intérieure : les espèces provenant des montagnes guyanaises et de leurs pentes se seraient propagées du nord au sud par les terres de Marajé et autres îles qui font aujourd’hui partie d’un archipel et de là auraient pénétré dans l’Amazonie méridionale, Des formes andines, descendant le long des fleuves, se sont entremélées avec celles qui provenaient des monts guyanais'. Ce monde floral de si vaste étendue présente d’infinies diversités locales suivant la nature du sol, alluvial ou rocheux, de sable ou d'argile, sec ou inondé. Ainsi les berges fluviales de l’Amazone, du Purüs, du Madeira el autres affluents montrent par la différence de leurs végétaux le degré d'ancienneté des apports. Les plages ou igapds les plus modernes, dont la hauteur ne dépasse pas quatre ou cinq mètres au-dessus du niveau des maigres et qui occupent en maints endroits des fonds lacustres de plusieurs milliers de kilomètres carrés, se recouvrent de hautes herbes, de saules et de charmantes cecropias, « arbres à trompettes », aux éven- tails de feuilles découpées dressées en candélabres. La zone des igapôs anciens se fait reconnaitre de loin par d'autres arbres, dont l’un est le caoutchouquier, siphonia elastica. Plus haut, la bande des argiles et des hautes alluvions, varzea ou vargem, inondée seulement lors des fortes crues, se distingue par des fourrés d'espèces nombreuses, parmi les- quelles divers palmiers. Puis vient la « terre ferme », ancien lit argileux des mers intérieures qui se vidèrent pendant la période moderne : c'es! là que croissent la plupart de ces grands arbres dont le bois dépasse en durée et en beauté celui des premières essences d’Europe*. De même, la végétation des terres défrichées, puis rendues à la nature, contraste toujours avec celles de la forêt vierge. Les arbres qui se dressent en un mur frémissant au bord de l’Amazone surprennent le voyageur par leur faible hauteur, car, nés sur des rives de formation nouvelle, ils n'ont pas encore eu le temps de grandir comme les géants séculaires de la forêt croissant depuis des siècles. Sur les terres non remaniées par les courants on ne rencontre point, il est vrai, d'ar- bres atteignant ou même dépassant une centaine de mètres comme en Australie et dans les vallées californiennes, mais on voit des fûts de 90 et de 60 mètres, étalant leur branchage au-dessus de la forêt inférieure, Von Martius: — Il, Walter Bates, ouvrages cités, 8 Keller-Leuzinger, vom Amazonas und Madeira ; — Bates, ouvrage cité, etc. 99 9p 190$ vç «ed aanbmmuuwos onpdea$ojoud oun saide p oipog op a4narin "SOVAVK 44 S4Ud4 ‘VUIHOHDVD — “AXKAINOZYKV NOIOAUN VIT AA 49VSAVAd | | « comme di blanc » ou 1 des Guyanes «arbre à lai rait être dang mager géant, une circonféi hectares ei de pressant il es choisit souven zone, se disling complète de ses de brouillard, e mins jonchés di souvenir de là p: k plupart des gr trelorts extérieur autour de la tige aient tenir à | l'ombre entre les parasites à l’écort branches, projeta, FLORE DE L'AMAZONIE. 155 «comme dans un autre monde ». Tels sont le moiratinga, | « arbre blanc » ou l « arbre-roi », probablement une variété du mora excelsu des Guyanes; le samauma (eriodendron samauma) et le massaranduba ou » 1 Hha So, Jaño da Cunha Co’rei s. e? % ‘ seb 0! “Vas Moninh | LEE | Aie de TE; . Povoaçao do Noguei .. «: . 0, les bords mi les mis. Le D'apres Josa da Costa Azevedo, €, l'errou, ps Profondeurs 160, Ed = se sont de O0 à 20 mètres. de 20 metres et au dela, Lx 1 : 1000000 tugalst SL CRE: at . 1 0 40 kil. lit son & choix réseau de voies navigables, l'ampleur du port formé par le lac profond dans azonie. lequel se déverse la rivière Teffé avant de s'unir à l'Amazone. En outre, la ville est un charmant lieu de séjour : chaque maison à son orangerie et sa à banancraie, son réservoir à tortues. En face, sur la rive occidentale du lac, 184 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, se montre le village de Nogueira, fameux dans toute l'Amazonie par ses poteries décorées de dessins géométriques. Sauf aux grands jours de fôte, Teffé n'a jamais toute sa population complète : au moins le ‘quart des habitants vivent dans les sitios des alentours, où ils s'oceupent de l'élève du bétail, de la récolte des œufs de tortue, de la fabrication des conserves de lamentin ou peire boy, de la recherche des plantes industrielles et médicinales, Les villages situés en aval, Coary ou Alvellos, sur la rive droite, à la bouche de la rivière Coary, et Codajaz, sur l'une des coulées qui font communiquer le bas Japurä avec le Solimôes, pratiquent les mêmes industries, mais en moindres proportions. Naguère, la grande rivière Purûs, plus longue que le Danube, n'avait pas une seule cabane de blane sur ses bords, et les changements inces- sants qui se produisent dans le régime du fleuve, l'insalubrité de la plu- part des campagnes riveraines et le fléau des moustiques avaient même fait prédire par l'explorateur William Chandless que des siècles se passe- raient avant le peuplement des rives du Purüs par des habitants civi- lisés'. Cependant les recherches mêmes de ce voyageur, révélant l'ex- trème richesse des forèts en caoutchouc et autres essences précieuses, ont singulièrement excité les ambitions, et le commerce a fait dans la contrée une invasion presque soudaine. En 1862, le premier bateau à vapeur se hasarda sur le Purüs: en 1869, une flottille de quinze navires commen- çait un service régulier de l’Amazone jusqu'aux premiers campements des seringueiros. Deux années plus tard, ceux-ci n'étaient encore qu'au nombre de deux mille, et en 1890 l'on comptait au moins cinquante mille individus, presque tous nomades, dans la vallée du Purüs, en dehors des Indiens. Les émigrants de Cearä, chassés de leur pays par des sécheresses prolongées, sont venus en foule, les uns pour exploiter les richesses de la contrée pendant la saison favorable, les autres pour sy installer à demeure. Le traitant Labre, qui est en même temps le plus actif explorateur du haut bassin, a fondé en 1871 un poste qui a pris son nom, Labrea. Devenue capitale de district, la ville nouvelle s'élève en « terre ferme » sur la rive du Purüs, vers le point de convergence des routes suivies par les chercheurs de caoutchouc, non seulement dans la haute région fluviale du Purüs et de l'Aquiry, mais aussi dans les contrées lointaines que parcourent le Beni et le Madeira : en dépit des frontières idéales tracées en ligne droite à travers les forêts, les marchands * Journal of the R. Geographical Society, 1866. # Exportation annuelle du caoutchouc dans le bassin du Purûs : 2 950 tonnes. Valeur : 22 500 000 francs. brésilic dans to de la « vivres industri peine in ne serve verlure « sion des Labrea, | se trouve ce n'es ( Au poi faisant pa des catara un bassin Grosso, QE Madeira_ pa rives de la blables, On Purûs par t mier fleuve rejoindre l’/ viabilité déj} suppléer au de fer latérs brésilien, le paient de cet été possible « une dépense cohérence de Mmarécageux ç tout les énor } Chantiers, on Partiellement regret des co loujours entre CB. Brown IX, s el rive tes les avail neus- plu- méme passe s CNI- t l'ex- »s, on sontrée eut se minen- ments > qu'au 1quante "us, ên LYS par xploiter jour SY le plus hi à pris s'élève ergence nt dans Aans les épi des rchands CATARACTES DU MADEIRA. 185 brésiliens exploitent à leur gré les richesses de la Bolivie, De même que dans tous les pays envahis par les spéculateurs, Labrea et les campements de la contrée environnante doivent acheter à des prix exorbitants les sivres et les objets manufacturés : les habitants n'ont d'autres professions industrielles que les plus indispensables, et quelques défrichements à peine indiquent les commencemients de l'agriculture, dont les produits ne servent guère qu'à la préparation de boissons fermentées. Avec l'ou- verture de chemins faciles vers les savanes du Piémont bholivien, l'exten- sion des bananeraies et des champs constituerait la véritable richesse de Labrea. Le port du Purüs où s'arrête actuellement la navigation à vapeur se trouve situé à plusieurs centaines de kilomètres en amont de Labrea : ce n'est qu'un groupe de maisonnettes, Hyutanaham Au point de vue économique, le rio Madeira peut ètre considéré comme faisant partie du mème domaine que le Purüs, mais seulement en aval des calaractes, car plus haut les régions du Guaporé, qui jadis forinaient un bassin lacustre indépendant, appartiennent à un autre État, le Matto Grosso, ayant une nature différente et d'autres centres d'attraction, Le bas Madeira parcourt des terrains analogues à ceux du Purüs, il modifie ses rives de la même manière et fournit aux traitants des productions sem- blables. On a d'ailleurs projeté d'unir les deux bassins du Madeira et du Purüs par une route ou même une voie ferrée, qui, se détachant du pre- mier fleuve en amont des cataractes, traverserait le Beni, puis irait rejoindre l'Aquiry à la tête de navigation par barques. Mais les travaux de viabiité déjà commencés comportaient une autre solution. Il s'agissait de suppléer au lit du Madeira, dans la région des cataractes, par un chemin de fer latéral contournant tous les obstacles en passant sur le territoire brésilien, le long de la rive droite. Depuis 1867, des spéculateurs s’occu- paient de cette entreprise et, d’après le projet des ingénieurs Keller, il eût été possible de construire cette ligne, d'environ 290 kilomètres, moyennant une dépense de 15 millions. Des conflits diplomatiques, des procès, l'in- cohérence des travaux, abandonnés, puis repris, l’insalubrité des fonds marécageux et des eaux qui tournoient autour des cataractes', mais sur- tout les énormes dépenses occasionnées par une gérance très éloignée des | chantiers, ont ruiné la compagnie concessionnaire, et les ‘rails de la voie L partiellement construite ont disparu sous une forêt nouvelle, au grand regret des commerçants boliviens. Cependant un certain trafic se fait E toujours entre les deux biefs de navigation du Madeira, malgré les fatigues 1 C. B. Brown and W. Lidstone, Fifteen thousand miles on the Amazon and ils tributaries. xx. 24 186 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Ë s rechargements, les et les dépenses causées par les déchargements et les recharge À alages et les portages. REINE ee pes sur la rive droite du fleuve à 62 mètres d'altitude, garde an ; É VOIE FERRÉE. N° 50, — CHUTES DU MADEIRA ET PROJET DE V 67° _ + EU D SES Eur Ci 0! UE ‘Agile de 5 AG te * Ghäte rec F R3 rs A Re ? spi £ | Ne L ! ki “ #. 4 60 kil. e , , Es ant S av Ï iné éni e e, Säo ntâäo a de « apri È ê le pénibl voyag ou apre: avoir termin è À À d LA à heries de tortues : Ï $ i k k et centre des pec comme lieu d entr epôt Ù ‘ ss rec eill urtout les œufs su la plage de Tamandui de ; me Cu es S F sur | ( de Fourmilier », En aval, trois ou quatre villages seulement, des hamea 4 des p de situé comm les pe Humai laine. denrée hameau galion, amont du Mad à Dorba en un ei Interr plus d'h Toutefoi: Barcellos pris quel nom, réc mellaient Stient de province force : un désorganis liberté, e ruines et peuplemer Les bord pendante, fidèles, po: Taraqui 0 ludes, ces P'ement d n'est qu'un le fleuve e que de tren hier siècle, habitents : les arde mmencer portance is bas on « Grand hameaux CRATO, HUMAITA, BARCELLOS, MANAOS. 187 des paillottes isolées se succèdent sur le parcours fluvial, d’une longueur de 1060 kiomètres jusqu'à l'Amazone. Crato, petit groupe de cabanes situé sur la rive gauche, a remplacé un autre Crato, jadis très redouté comme lieu de bannissement : le gouvernement portugais y envoyait les personnages politiques dont il voulait se débarrasser. Actuellement, Humaita, bâtie à 1 kilomètre en amont du nouveau Crato, prend une cer- laine activité comme centre de commerce pour le caoutchouc et autres denrées de la forêt. Le principal campement du bas Madeira est le hameau de Borba, entouré de quelques cultures : tout un réseau de navi- galion, furos et igarapès, le met en communication avec l’Amazone, en amont et en aval du confluent. Les fièvres règnent dans certaines régions du Madeira, notamment près des cataractes. Les quelques familles groupées à Borba ayant eu aussi à souffrir du mauvais air, le village a été reporté en un emplacement plus salubre. interrompu par des cataractes comme le Madeira, le rio Negro n’a guère plus d'habitants sur les bords inférieurs de son cours, en amont de Manaos. Toutefois, à la fin du siècle dernier, les bourgs riverains, Thomar, Moreira, Barcellos, Ayräo, où les Indiens cantonnés étaient forcés au travail, avaient pris quelque importance. Les indigènes, esclaves de fait quoique libres de nom, récoltaient le coton, l’indigo, le riz, le cacao, le café, le tabac, ils mettaient en œuvre la fibre du cotonnier dans six filatures, et fournis- saient de tissus tout le district que parcourt le fleuve et une partie de la province de Parä. Mais cette prospérité factice ne reposait que sur la force : un changement de régime dans l'administration et tout se trouv: désorganisé; les Indiens s’enfuirent dans les forêts pour reprendre leur liberté, et les villages de la rive ne montrèrent bientôt plus que des ruines et de misérables paillottes. Il faudra recommencer l'œuvre du peuplement et de la mise en culture. Les bords du Uaupès, dont la population est encore partiellement indé- pendante, mais où des missionnaires ont groupé quelques familles de fidèles, possèdent les plus gros villages du bassin fluvial. Juaurité, Panoré, Taraquä ont chacun plus de trois cents habitants : au milieu des soli- Ludes, ces bourgades paraissent de véritables villes. Sur le rio Negro pro- prement dit, Marabitanos, ainsi nommé d’une ancienne tribu d’Indiens, n'est qu'un pauvre hameau, et, de toutes les « villes » riveraines situées sur le fleuve en aval du Uaupès, Barcellos, la plus grande, ne se composait que de trente maisons en 1884, lors du voyage de Coudreau. Elle fut, au der- nier sièele, un chef-lieu de capitainerie, et alors on y comptait quatre mille habitents; découronnée en 1809 au profit de Manaos, Barcellos vit émigrer a Lin 188 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, à la fois les soldats, les fonctionnaires et une partie de la population civile, Le rio Branco, qui débouche en aval, fut, comme le rio Negro, bordé de villages populeux, Santa Maria, Carmo, Pesqueira Real, dont les habitants possédaient de grands troupeaux de bétail. Il ne reste plus rien de ces anciens établissements, et même on ne saurait en indiquer la place, Actuellement le pays se repeuple, Malgré l'obstacle que les cachoeiras du fleuve opposent à la navigation, des éleveurs entreprenants ont introduit du bétail dans les savanes qui confinent à la Guyane britannique, sur les bords de l'Uraricoera et du Takutu, et la gracieuse villette de Bôa Vista s'est élevée sur la rive gauche du rio Branco, en aval du fortin de Säo Joaquim, bicoque de paille et de boue, dont la garnison, composée de cinq hommes, passe la plus grande partie de son temps dans une fazenda voisine, où on l'héberge par pitié’. En 1885, les diverses « ménageries » du haut rio Branco comprenaient quatre mille chevaux et vingt mille bêtes à cornes, Manaos, l'ancienne ville dite Barra où Fortaleza da Barra do Rio Negro, devait son ancien nom à la « barre » ou conflit des eaux qui se produit à la jonetion du rio Negro et de l'Amazone ; son appellation actuelle provient d'une tribu d'Indiens Tupi, jadis puissante, qui résista vaillamment aux attaques des Portugais : c'est d'après eux que l'on désigna la cité mythique du lac Parima, habitée par l'el Dorado, l'Homme Doré. Manaos fait exception parmi Îles groupes urbains des bords du rio Negro : elle est située sur la rive gauche du fleuve. La ville oceupe un vaste espace de « terre ferme », au-dessus du niveau des plus hautes crues, et présente mème quelques monticules : la grande avenue qui la traverse, parallèle- ment au rio Negro, à 16 kilomètres en amont du confluent, offre une succession de montées et de descentes, et les rues qui la coupent à angle droit vont se perdre à l'est dans la forêt; il reste quelques débris de ancien fort. Deux ruisseaux serpentent dans Manaos, s'ouvrant au fleuve par de larges bouches qui servent de lieux d'ancrage aux petites embarcations. À une petite distance, un de ces ruisseaux tombe d'un rebord de grès rouge par une chute de 5 mètres environ : c’est la « Grande Cascade », le principal but de promenade et charmant lieu de bains pour les visiteurs de Manaos. Lorsque les Indiens de l'Amazonie étaient pour la plupart encore indépendants, la Barra servait de poste central aux troupes dites de « rachat » (resgatäo), qui faisaient la chasse À l'homme pour fournir des esclaves aux plantations du littoral. Puis l ville devint graduellement une place de commerce, et, capitale de la nou- 1 Ienri A. Coudreau, la France Équinoiale ile, de nls ces ace, du quil v les s'est uimn, nes, 6, où at rio nes euro, duit à ovient nt aux thique os fait le est ace de résente rallèle- offre ipent à L débris ant au petites je d'un Grande » bains étaient central 1asse À Puis la à Nou- — VUE PRISE DANS LES FAUBOUTRGS. » , À Î _ MANXAOS. Dessin de Tayl "apré s 1 or. 1 Je. “ep i F4 vlor, d'après une photographie coramuniquée par la Société de Géo velle pr du haut par leu position Solimüe: trepôt p aux gra nations une con anis sor si vastes breuses f; une cité | Un mouve migration Manaos de même des terres de moré et fuyaient | service m fondaient masse des la substitr lion à va ces indigè plus Sant Madcira_: encore à À immigratio celle des C taillement | divers méti présence de résidence d qui ont pr Juifs et chr 1 Valeur moy ? [lenri À, Co ITACOATIARA, PARINTINS. QU velle province d'Amazonie depuis 1850, elle centralise tous les échanges du haut Amazone et de ses affluents, dans l'immense demi-cercle formé par leur ramure, des montagnes de Parima aux Andes boliviennes. La position privilégiée de Manaos, à la croisée des grandes voies navigables, Solimôes et Amazone, rio Negro et rio Madeira, lui assure le rôle d'en- trepôt pour les produits d'une moitié du Brésil', En outre, port accessible aux grands navires, elle commerce directement, depuis 1876, avec les nations étrangères. Aussi sa population est-elle fort considérable pour: une contrée dont les habi- tants sont clairsemés sur de si vastes étendues; de nom- breuses familles y vivent dans une cité flottante de bateaux. Un mouvement incessant d’é- migration amenait jadis à Manaos des bateliers mojos et même des Indiens des hautes terres de la Bolivie, des Ma- moré et des Itonama, qui fuyaient le péonage ou le service militaire et se con- fondaient peu à peu avec la masse des Tapuyos. Depuis la substitution de la naviga- lion à vapeur au batelage ces indigènes ne dépassent CArUA. plus Santo Antonio sur le Dessin de J. Lavée, d'après une photographie. Madeira : à peine voit-on encore à Manaos quelques-uns de leurs vieillards. Mais cette première immigration a été remplacée par une autre, bien autrement importante, celle des Cearenses, dont Manaos est le grand entrepôt et le point de ravi- taillement pour leurs voyages dans l’Amazonie. Des nègres, des mulâtres, divers métis, entrent pour leur bonne part dans cette population que la présence de quelques cafouzes rend plus bigarrée encore. Manaos est la résidence de la plupart des traitants étrangers, notamment des Anglais, qui ont presque monopolisé le commerce du Purüs, et des Français, juifs et chrétiens, qui exploitent surtout les seringales du Juruä*. Aux ! Valeur moyenne des échanges à Manaos : 50 000 000 francs. * Henri A, Coudreau, la France Équinoxiale. 192 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, progrès énormes de Manaos en population répondent ceux de l'agriculture dans les campagnes de la banlieue, où l'on récolte surtout le café, le cacao, le maïs. D'après Barbosa Rodrigues, Manaos aurait maintenant plus de la moitié des habitants que renferme son immense provigce. L'industrie de la borracha ou caoutchouc a eu pour conséquence économique de mobi- liser, pour ainsi dire, toute la population et de dépeupler tous les villages N° 37. —— ITACOATIARA ET CONFLUENT DU MADEIRA. SONO ENT Quest de Greenwich À D'après Azevedo et Coudreau. C. Perron. 1: 501000 a 0 15 kil. au profit de leur capitale, devenue un grand centre de négoce, une ruche toujours active dont les abeilles vont butiner au loin dans la forêt sans bornes. Parmi ses établissements d'instruction publique Manaos possédait naguère un musée des plantes, malheureusement dispersé depuis que le botaniste Barbosa Rodrigues a été appelé à Rio de Janeiro. Itacoatiära ou « Pierre à Dessins », l'ancienne Serpa, est située sur une haute berge de la rive septentrionale de l’Amazone, formée d'argile rougeâtre ou täbatinga, — d'où probablement le nom de la ville', quoi- 1 Henry W. Dates, ouvrage cité, qu'on à Sa p petit À portaic des ma de piro rio Neg Parinti suivant font la Monte A bananie: Mirim, « de Parir crue et nombre ( latérales Au nord Faro, prè Obidos la région eaux de ci command méridiona qu'appare: nord-ouest le café, le pour la pr golo, ils so sont en re colonie mil Trombetas, rassemblés sur un furd elle défrich| pâturages 1 jusqu'aux fr ! Barbosa Rod XX, ruche it sans ssédait que le ur une ‘argile quoi- OBIDOS, 193 qu'on ait aussi signalé des roches sculptées dans les environs. — Grâce à sa position en aval des bouches du Madeira, Iacoatiära était jadis un petit Manaos comme entrepôt des caoutchoues et diverses denrées qu'ap- portaient les bateliers mojos et autres : là s'opérait le transbordement des marchandises entre les barques et les bateaux à vapeur; des « chemins de pirogues » ouverts à travers la forêt font communiquer la ville avec le rio Negro. Plus bas, sur une colline de la rive droite, ou du sud, se montre Parintins, l’ancienne Villa Bella ou Villa Nova da Rainha ou da Imperatriz, suivant le régime politique du Brésil. Là commencent les cacaoyères qui font la richesse de la contrée : elles se suivent, le long des rives, jusqu'à Monte Alegre, et s’entremélent d'autres cultures, tabac, roucou, guarana, bananiers, maïs. Les coulées navigables du Paranä de Ramos ou Paranä Mirim, qui longent au sud le lit de l'Amazone à travers les forêts, font de Parintins une autre porte commerciale du Madeira. En temps de crue et lorsque les tempêtes bouleversent les eaux du chenal majeur, nombre de bateliers préfèrent s'engager dans le labyrinthe de ces rivières latérales que d'exposer leur embarcation au courant redouté de l'Amazone. Au nord du fleuve, dans un autre dédale de canaux, se cache la ville de Faro, près de la pointe où Orellana rencontra les prétendues guerrières. Obidos, l’ancienne Pauxis, s'élève, comme toutes les autres villes de la région, sur un terrain en pente dominant de plusieurs mètres les eaux de crue : les canons d'un fortin, planté sur la plus haute plate-forme, commandent le courant fluvial, resserré dans son lit le plus étroit au pied méridional de la berge. Mais l'importance militaire de la ville n’est qu'apparente. Les déserteurs ou mocambistas qui se sont réfugiés au nord-ouest dans la vallée du Trombetas, où ils défrichent le sol, récoltent le café, le cacao, le maïs, élèvent du bétail, ont plus fait que sa garnison pour la prospérité d'Obidos; mariés à des femmes de la tribu des Piano- golo, ils sont devenus presque Indiens, et par leurs alliés d'outre-monts sont en relations de trafie avec les Hollandais de Suriname‘: quant à la colonie militaire fondée en amont de la ville, près d’une des bouches du Trombetas, ce n’est plus qu'une ruine : les 569 Portugais qu'on y avait rassemblés moururent ou se dispersèrent. Alemquer, située plus à l'est, sur un furo latéral de l'Amazone, grandit en population et en richesse; elle défriche ses forêts et commence à utiliser pour la culture et les pâturages les vastes savanes du Campo Grande qui s'étendent au nord jusqu'aux frontières de la Guyane : le gros bétail, les pores ÿ multiplient ! Barbosa Rodrigues, Relatorio sobre o rio Trombetas. xx. | | | | | | | 194 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, rapidement, mais les chèvres et les moutons n'ont pu s'acelimater. Nulle partie des régions amazoniennes n'est plus salubre et ne promet de con- tribuer plus activement au travail de la nation brésilienne. Les villages naissent sur les bords du fleuve, et des maisonnettes ou maromas, dres- sées sur pilotis, élargies de varandes, plongent dans l’eau les piles de leurs débarcadères, où s'amarrent des batelets à l'ombre des cacaoyers. Entre Manaos, la ville centrale de l’Amazonie, et Par, la gardienne de N° 58. — OBIDOS. Ouest de Paris C'ORECCES .+ CT LEs FH l'ARN TE dos : C4 CE UT 4 RCE EN: does. 0e ‘* F ’èt to Ouest de Greenwich d'aprés José da Costa Azevedo, CG, Perron. Profondeurs E 3 de 0 à 100 mètres, de 100 mètres et au delà, : 580 000 B—— —1 ° 10 kil. l'estuaire, le premier rang appartient à Santarem, située à l'embouchure du Tapajoz, sur la déclivité mourante d'une longue colline, couverte d’orangers; en amont s'étend le vaste lac aux eaux presque sans mou- vement dans lequel se déverse le Tapajoz avant de rejoindre l’Amazone par la passe de Santarem. Fondée en 1758, la ville ne grandit que lentement, malgré les avantages que lui donnent ses voies de navigation : les bâtiments du plus fort tirant d’eau peuvent mouiller dans son port après s’être fait porter par la marée et pousser par le vent alizé, qui souffle pendant là moitié de l'année presque sans interruption; du golfe amazonien à San- laren de re 4 ence ractes ax OPEASL AE à « Santarem, le caoutche la vallée tonka ou ta noque (di fournit un chure verte mou- e par ment, ments re fait ant la h San- ALEMQUER, SANTAREM, 195 larem, le fleuve est à peu près rectiligne, permettant ainsi aux voiliers de remonter le courant sans changer leurs amures. La navigation à vapeur a encore accru les facilités de Santarem pour le commerce, mais les cata- ractes du Tapajoz, en amont du bourg d'Itaituba, à 445 kilomètres de N° 32, — ALEMQUER, SANTAREM, Ouest de Paris Qu L Q à opt MOT R T R POEEAUEES 2" a se. es ch 5440" d'après Coudreau C Perron { : 800 000 ————— 0 50 kil. Santarem, barrent toujours le passage aux bateaux : le copahu, la vanille, le caoutchouc, les châtaignes du bertholletia ne sont apportés des hauts de ka vallée que par des barques traînées péniblement de bief en bief; le tonka ou tonga, arbre superbe, identique au sarrapia des bords de l’Oré- noque (dipteryz odorata), croît en abondance autour de Santarem et fournit un précieux aromate. En face, sur la rive occidentale du lac formé 196 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, par le Tapajoz, se montre la villette de Villafranca, près de laquelle l'État brésilien possède une vaste cacaoyère, léguée par les Jésuites. En amont, sur la même rive du fleuve, des Américains venus des bords du Mississippi ont fondé après la guerre de Sécession une colonie agricole, peuplée maintenant en grande partie de Brésiliens. La côte méridionale du fleuve qui se prolonge à l’est en aval de Santarem, est la plus populeuse des bords amazoniens, en dehors des agglomérations urbaines; les maisonnettes entourées de cultures se suceèdent en un long village de 50 kilomètres, au pied et sur les berges d’un plateau de grès qui accompagne le fleuve à une dizaine de kilomètres dans l'intérieur : c’est ce qu'on appelle la montanha, quoiqu’elle s'élève seulement de 150 à 150 mètres. De nombreuses ruines et « ruinettes », (aperas et taperinhas, de mème que des restes de routes, se voient dans cette région jadis très peuplée d'Indiens'. Plus loin, apparaît au-dessus de la rive gauche la ville de Monte Alegre, qui mérite bien son nom, « Mont Joyeux ». Unique parmi les colonies amazoniennes, elle s'élève, non sur une berge, mais sur une véritable colline revètue de cactus, et de ses terrasses on aperçoit les longs méandres du fleuve, les lacs riverains et leur réseau de bayous, tous sépa- rés par la zone serpentine des forêts et des prairies. Une rivière abondante longe le coteau, et plus loin, au bord du fleuve, se groupent les maisons et les entrepôts du village d'escale avec sa flottille de barques et de navires. Au delà, quelques moindres agglomérations urbaines se succèdent sur le grand bras de l’Amazone : Almeirim, peuplée d’Indiens Aracajü, groupe ses demeures à l'embouchure du Parü, à l’ouest duquel s'élevait jadis un fort hollandais; Porto de Moz commande, au milieu d’un archipel, le labyrinthe des eaux qui unit le Xingü au fleuve principal, et réunit les bateaux à vapeur qui remontent au sud jusqu’à Souzel, en aval de la der- nière cataracte du Xingü ; Gurupä, située au nord-est, sur un autre carre- four de voies fluviales, domine le chenal le plus fréquenté : les Hollandais s'y étaient installés, et après eux on y plaça la douane d'entrée pour tout le bassin de l'Amazone. La ville à pris son nom d'une tribu tupi qui n'existe plus. Les diverses îles qui s'alignent au nord dans l'estuaire et le divisent en plusieurs voies parallèles sont aussi connues par l’appel- lation d’archipel des Gurupäs. Macapä, que les Portugais élevèrent en 1744 sur la rive septentrionale de l'estuaire, à 2 minutes seulement, soit 5 à # kilomètres, au nord de l'équateur, devait être le boulevard de l’Amazonie; une puissante forte- ‘ Herbert I, Sinith, Brazil, the Amazons and the Coast. resse, sur 1 passag au su ses m4 vues d parait le caot par le pour le devenir liserait situé à Mazagüo eo) que durent ( au noml elles for races si ( vieux sar En dek chenaux « tins, quel dont le co la plus fr d'une rue reflet des ; l'aitants } indiennes de l'indigo moins d’in lage de Joh l'exportatio des bestiau tue Pour e entourent ll Parä, do Grào Paré, ( à ‘ peu élevée lle En du ole, em, ions long grès c'est 0 à ‘has, très ville ati F une longs sépa- dante aisons ivires. nt sur roupe jadis el, le ait les a der- carre- indais peur h tupi tuaire appel- onale rd de forte- SANTAREM, MONTE ALEGRE, MACAPA, BREVES, 197 resse, d'ailleurs inutile à la défense d’un trop large estuaire et sous-minée sur l'une de ses faces par les érosions du courant, commande encore le passage, Mais la ville de guerre n'est pas devenue ville de commerce : au sud de Macapä la mer d’eau douce est dangereuse par ses tempêtes et ses mascarets. Les régions environnantes, presque entièrement dépour- vues de population, n’alimentent qu'un faible trafic. Même la petite cité paraît souvent déserte : une moitié des habitants recueille aux alentours le caoutchouc et les fèves de cacao. Pourtant cette pauvre ville, choisie par le gouvernement comme un de ses presidios, lieu d'exil et de mort pour les condamnés politiques, a des ambitions de capitale : elle aspire à devenir le chef-lieu d'un État nouveau, l'Oyapokia ou Pinzonia, qui riva- liserait d'importance avec Parä et Amazonas. Un des bourgs du district, situé à une soixantaine de kilomètres à l'ouest, dans l'intérieur des terres, Mazagäo, rappelle la cité marocaine de Mazagan, — actuellement el-Bridja, — que les Portugais possédèrent pendant deux sièeles et demi et qu'ils durent évacuer en 1770. Les familles portugaises de cette ville africaine, au nombre de 114, furent transférées près de l'estuaire amazonien, où elles fondèrent leur nouvelle cité. Les Mazaganistas, se comparant aux ces si diversement mélangées de l'Amazonie, vantaient la pureté de leur vieux sang lusitanien, pourtant mêlé à ceux de Berbères et de Sémites. En dehors du bassin de l’Amazone proprement dit, dans le dédale des chenaux qui font communiquer le grand fleuve avec l'estuaire du Tocan- tins, quelques bourgs et villages se montrent aux carrefours des rivières, dont le courant se renverse avec le montant et le perdant. Breves, l’escale la plus fréquentée des barques et des bateaux à vapeur, occupe l'issue d'une rue fluviale très profonde, au bord même de la rive, et noire du reflet des arbres se dressant en sombres murailles. Habitée surtout par des lraitants portugais et métis, Breves vend aux voyageurs des poteries indiennes et des cuyas ou calebasses peintes avec de l'argile, du roucou, de l'indigo et autres produits de la forêt. Les autres villes de Marajé ont moins d'importance encore. Chaves et Soure, située près de l’ancien vil- lage de Johannes, d’après lequel on dénommait l’île entière, s'occupent de l'exportation du bétail. Mexiana, Caviana ont aussi pour industrie l'élève des bestiaux; les caïmans abondent dans le lac de Mexiana et on les lue pour en recueillir et en fondre la graisse. Les riches fazendas qui entourent le lac d’Arary appartenaient jadis aux jésuites. Pari, dont le nom officiel est Santa Maria de Nazareth de Belem do Grûo Parä, d’après un lieu de pèlerinage très fréquenté, occupe une plage peu élevée à l’est du grand estuaire ou golfe de Parâ ou du Tocantins : 108 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. cette partie de la vaste nappe d'eau, dite le Guajaru, se ramifie dans l'intérieur de la ville, où elle reçoit la rivière Capim; d'autres canaux naturels rayonnent dans toutes les directions. Dépourvue de collines, de N° 10, — PANÉ HT SA RADR, d'après les cartes marines de Oä/Omnètres renflements du sol où les édifices s’élèveraient en amphithéâtre, le roc ne faisant une légère saillie qu’à l'extrémité méridionale, Parâ se montre seulement en façade, et n’étonne ni par le pittoresque ni par la majesté de son aspect; mais elle a des quartiers charmants, dont les maisons ENT a ere BOUCHES DE L'AMA ET DU : Nouvelle Géographie Universelle, T. XIX. PL, IL. | 4 6 tt À 4° be. ne ‘ > 1. Vanaua) Ÿ " 4 Anis NC ( - | + | : & 0° MACAPA KA à \ Veit | 7 Madre de Deos - ET vs = l , ! | a, —. À g, : iara a" 4 ° », € ; / Dee: ? a | - ‘. ; 0 / Y. Cuapibas + Chat «4Livram'ente { N 5 40 d$"Catharina . £ MazaGäo { ; + À V Æ ) C ; ce, ? il EX 0° Cr Lu ÿ | à À nga n #, / \ ; L Le ; #° me (2 0 Mae l gi, / $ ; | DEN s.” ; À J + . [l 4 D. L à Le, i i . se Maooc® S : h hs AL ùe pe, | - Fe : ES | Gurupa à pi” ; 4 Î . #7 Fat DES 7 258 DOVE NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, l’ouest du cap Säo Roque se dirige aussi partiellement vers le port de Mossoré (Santa Luzia), dans l'État voisin, Rio Grande do Norte. Cette ville, située sur la rive gauche de la rivière du même nom, à 50 kilomètres de l'Océan, reçoit par son estuaire de gros navires de cabotage, qui viennent y chercher du sucre, du coton, et surtout des courinhos ou « petits cuirs », c'est-à-dire des peaux de cabris d’une qualité exceptionnelle. La riche vallée du rio das Piranhas, qui succède à l’est à celle du Mos- sor6, traverse dans leur partie centrale les deux États de Parahyba et de Rio Grande do Norte, et contient plusieurs villes industrieuses : Cajazeiras, Souza, Pombal, Jardim, Caicô, — l'ancienne Principe, — Angicos-Asst, qui donne son nom au cours inférieur du fleuve. Le port de l'embou- chure, Macäu, fait un commerce analogue à celui de Mossoré, mais d'im- portance moindre; en outre, les plages du littoral voisin, aménagées en salines, fournissent un chargement d'une centaine de navires. Macäu fut en 1856 le théâtre d’un remarquable phénomène cosmique, une pluie de pierres variant d'un poids de quelques grammes à celui de 40 kilo- grammes et présentant pour la plupart la grosseur d’un œuf de pigeon. Ces météorites tombèrent dans la vallée inférieure de l'Assû, sur un espace * évalué à «dix lieues » de diamètre. Jusqu'à la distance de quarante lieues, on aperçut dans le ciel une masse de feu très brillante, traversant l'espace avec un bruit formidable", La capitale de L'État Rio Grande do Norte, Natal ou « Noël », la ville la plus rapprochée du musoir angulaire que forme le continent au eap Nüo Roque, est en même temps son principal entrepôt. Petite ville de médiocre apparence, elle s'élève à la pointe d’une péninsule dominant au sud la bouche de la rivière peu abondante que l'on désigne bizarrement par le nom de rio Grande, quoique dans l'État mème elle soit dépassée par plusieurs cours d'eau. La barre et les écueils qui obstruent l'entrée du port ne permettent pas aux gros navires de pénétrer dans le rio Grande : ils mouillent en dehors de la passe. Le sucre, premier élément du com- merce de Natal, provient surtout de la riche vallée où se trouve Ceari Mirim, la « Petite Cearä », environnée d'usines sucrières. Une voie ferrée, S'éloignant de Natal dans la direction du sud, passe successivement sur des plateaux sablonneux, arides, et dans les fertiles vallées intermt- diaires cultivées en cotonniers, en cannes à sucre et autres plantes de grand rapport. Chaque vallée à ses bourgades populeuses et son port: Säo José do Mipibü s'élève au bord de la rivière Trahiry; Goyaninha est le 1 Orville À, Derby, Meteoritos Brasileiros. centre Curim de Per Plus sur la ri caboteut local pa dans la : denrées \lagôa oS- de 18, su, ou- im- s en fut » de 1lo- on, pace ues, pace e la Süo ocre d la r le par b du de : om- “ri rée, sur mé- s de orl; t le MACAÂU, NATAL. 239 centre populeux de la vallée du Jact, et plus au sud, dans la vallée du Curimatahü, les villes de Canguaretama et de Nova Cruz ont le marché de Penha pour lieu d'expédition maritime. Plus au sud, dans l'État de ’arahyba do Norte, le port de Mamanguapé, Quest de Paris 5’ 19” ‘Ouest de Greenwich d'après Mouchez C. Perron frofondeurs 02 Smèétres dess/07 1: 40000 sur la rivière du même nom, à gardé une certaine activité comme escale de caboteurs, quoique la ville de Parahyba ait tâché d'attirer tout le commerce local par la construction d'un chemin de fer à grande courbe, pénétrant dans la vallée du Mamanguapé au bourg d'Independencia, et recevant les denrées de la serra voisine, parsemée de villes : Bananciras, Brejo d'Areia, \lagôa Grande, Quant aux cités et hourgedes du sud de l'État, Säo 240 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, doûo de Cariry, Campina Grande, Inga, Pilar, leur débouché naturel, par la rivière 'arahyba do Norte, est bien l'estuaire au bord duquel, sur la rive droite, s'élève l’ancienne ville de Parahyba. Elle se partage en deux quartiers distincts : sur la hauteur, la cidade velha, fondée il y a plus de trois siècles en 1979, groupe de couvents presque déserts; en bas le £ | N° 49, — PARANYBA ET CABEDELO, C Perron frofondeurs ce Ua S mètres de Sa /Om. ce /Im etau deii 1: 540000 L 10 kil varadouro où la « marine », centre des affaires, Cependant le lieu d'an- crage des grands navires se trouve à une trentaine de kilomètres au nord, à l'entrée de l'estuaire, que domine, sur la péninsule terminale, le fort de Cabedelo, défendu de la houle du large par une chaine de récifs, Au sud de Parahyba, l'ancienne ville de Goyana, déjà prospère du temps des Hollandais, occupe une situation analogue, sur la boucle d'une rivière qui s'élargit en estuaire vers l'embouchure, mais qui est aussi à demi Layer PERNAN AIX, l'an- 1ord, fort s, Au des vière demi PERNAMBUCO, AIX, — VUE PRISE DANS L'INTÉRIEUR DE LA VILLE, AU PATEO Dessin de Taylor, d'après une photographie de M. Lindermann, DO TERCO, ol bart déjà « Bi d'Ita lugai indig du B du li 23 us le siè La nom | le bris du No: au plu le con près d l'époqu encore tonio V nommé prend : méralio ci-devar au nor trouve à de palai cité, ent vrir de maisons l'ancienr de ses & entrepôts ponts à : lienne », Boa Vista, LE 1 Adolp * Robert $ PERNAMBUCO. 243 barrée au large par le rempart échaneré des écueils. Goyana se trouve déjà dans l'État de Pernambuco, ainsi nommé, — Paranä-mbuk ou « Bras de Mer », — d'après le canal semi-annulaire qui entoure l'île d'Itamaracä, au nord de Recife, et dans lequel les traitants français et por- lugais se rencontrèrent dès le commencement du seizième siècle avec les indigènes Tupinamba’'. [lamaracä est une des régions les plus populeuses du Brésil et produit beaucoup de sucre, ainsi que les « meilleurs fruits du littoral », et des vivres en abondance. Dès l’année 1630 on y comptait 25 usines sucrières. Les Hollandais eurent un moment l'idée de transférer le siège de leur empire brésilien dans l’île d'Itamaracä”. La capitale de l'État de Pernambuco, d'ordinaire désignée sous le même nom par les marins étrangers, mais appelée officiellement Recife, d'après le brise-lames naturel qui protège son port, est une des villes historiques du Nouveau Monde et l’une des cités de commerce qui paraissent destinées au plus grand avenir, Fondée au milieu du seizième siècle, en 1903, par le concessionnaire Duarte Coelho, Pernambuco ou Fernambouc devint près d'un sièele plus tard le siège de la puissance des Hollandais, à l'époque où ils possédaient la partie nord-orientale du Brésil; on voit encore quelques restes de leurs constructions à Recife et dans l’île d’An- tonio Vaz au quartier de Säûo Antonio, l'ancienne Mauricea (Mauritsstad) . nommée en l'honneur de Maurice de Nassau. Pernambuco, si l'on com- prend sous ce nom toutes les villes rapprochées qui constituent l'agglo- mération urbaine, ne se présente point en une cité cohérente. Olinda, la ci-devant capitale, occupe le sommet d'une élévation qui s’avance en saillie au nord de la rade; mais, trop éloignée du centre commercial, qui se trouve à 7 kilomètres au sud, elle n'est plus guère qu'une triste ruine de palais et de couvents: l'isthme de sable qui la rattache au reste de la cité, entre un marigot et la mer, est trop bas et trop étroit pour se recou- vrir de maisons et d'usines, mais, sur le sol ferme de l'intérieur, des maisons de campagne, des fermes et les jardins de Campo Grande relient l'ancienne ville à la nouvelle. La cité de Recife proprement dite emplit de ses édifices commerciaux et administratifs, de ses magasins et de ses entrepôts l'île la plus rapprochée du réeif extérieur et se relie par des ponts à une autre île, celle d’Antonio Vaz, centre de la « Venise brési- lienne ». D'autres viaducs unissent ce quartier du milieu à celui de Bôa Vista, qui s'élève à l'ouest sur la terre ferme et se continue au loin 1 F, Adolpho de Varnhagen, Historio geral do Brasil * Robert Southey, History of Brazil, 24 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, par des faubourgs. Des villas s'égrènent au nord-ouest sur les bords du Beberibe, à l'ouest dans la vallée de la sinueuse rivière Capibaribe et sur les coteaux voisins. Le haut prix des terrains dans le voisinage du port a poussé les constructeurs à empiéter sur les eaux marines, sur les criques et les marais de l'intérieur : l'aspect général de la ville à rapidement changé pendant les dernières décades, par les érosions et les envasements aussi bien que par le travail de l'homme. Les anciens forts hollandais, maintenant presque inutiles pour la défense, existent encore. Les pierres, tillées, en furent apportées d'Europe. La grande rade, dans laquelle mouillent les paquebots, en dehors du récif, n'offre pas une bonne tenue et souvent les embarcations y ont beau- coup à souffrir de l'agitation des vagues, poussées contre les écueils par les vents du sud ou de l'est; cependant les fortes tempêtes y sont telle- ment rares, que les revêtements de maçonnerie appliqués sur le récif par les ingénieurs hollandais, il y a deux cent cinquante ans, n'ont pas été détruits. À mer basse le chenal livre entrée aux navires calant 4",40 : en attendant le moment du plein, ils auront toujours au-dessus du seuil au moins 9",95 de profondeur. Ils pénètrent d'abord dans le Poço ou « Puits », qui est la partie profonde du port; puis, à la faveur de la marée, ils se distribuent dans le bassin naturel, si bien abrité, du Mosqueiro. Toutefois l'accès du port est difficile pour les embarcations ordinaires, surtout quand soufflent les vents du sud-est et que la houle se déploie jusque dans le Poço : il serait nécessaire de protéger l'entrée par des brise-lames en eau profonde. L’ingénieur Fournié, dont le projet est approuvé depuis longtemps, sans que la ville, manquant des fonds nécessaires, ait pu le réaliser, propose d’enraciner une jetée au sud de la passe et de la prolonger vers l'est à 720 mètres jusqu'à la profondeur de 10 mètres au-dessous de la basse mer : les grands paquebots pour- raient ainsi se mettre à l'abri pour débarquer passagers et colis en tout état de marée et sans interruption. Ce travail urgent devrait être complété par le dragage, le creusement des bassins et la rectification des canaux, ainsi que par des brise-lames extérieurs, enfermant des avant-ports en dehors du réeif', Le projet de Hawkshaw, analogue au précédent, indique une jetée de même orientation, mais plus longue et de forme plus recour- bée. Grâce à l'exécution de l'un ou l'autre projet, le port deviendrait un des meilleurs du Brésil; mais déjà l'excellence du havre, parfaitement 1 Bijbladen van het Tijdschrift van het Aardrijskhundig Genoolschap te Amsterdam, n°8, 1881 ; - Alfredo Lisboa, Memoria do Projecto de Melhoramento do porto de Rerife, situé poin de | naîtr Ci Rocas, 1 poste a américai nication tralie, P ds e el du sur le a L les forts ore. s du jeaUu- ueils elle. récil L pas AU : seuil Poço ar de 6, du tions houle ntrée rojel fonds de la ideur jour- tout plété aux, s en lique ‘our- drait nent ARS ; PERNAMBUCO, 945 situé près de l'angle nord-oriental du continent, à fait de Recife le point d'attraction principal pour les navires venus de l'Amérique du Nord, de l'Europe, de l'Afrique : de ce côté cinglent les bâtiments pour recon- naître la terre ferme, après avoir dépassé Fernando de Noronha ou las N° 50, — PERNAMBUCO, 2 Jost de Paris 2 Le —— Ciinetie ] — + fr Lane” Quest de Lrceñwich 54°55° 34°52: C.Perror L l'afbadeurs Em Fe = F= | RER | =: : EE = : Sobs S qui Ceuvrent cb CrSretes LTSa2/27 cl /0 "et au deli CE ACCOUVENTÉ 1: 4000 î as 0 1500 métres. Rocas. Nul rivage du Brésil n'a plus d'importance stratégique : c'est le poste avancé de la République et de tout le Nouveau Monde latino- américain; dans un avenir peu éloigné, quand des voies de commu- nication directe permettront de prendre la ligne la plus courte pour le trafic, Pernambuco sera le lieu d'abordage le plus fréquenté de toute 246 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, l'Amérique du Sud. En prévision de cette activité, on propose de con- struire un chemin de fer côtier entre Pernambuco et Rio de Janeiro, que doublera tôt ou tard une autre voie maîtresse suivant la vallée de Sûo Francisco. On projette aussi une ligne ferrée transcontinentale se dirigeant vers Valparaiso par les sertôes de l'intérieur. Trois câbles transatlantiques partent de Recife, douze compagnies de navigation l'ont choisi pour escale de leurs bateaux à vapeur à service régulier, et des centaines d'autres navires viennent y débarquer les mar- chandises d'Europe ou de l'Amérique du Nord, et charger du sucre, du coton, du café, du tabac, des cuirs, « petits cuirs », des bois de teinture, jadis spécialement connus sous le nom de « pernamboucs », les objets d'histoire naturelle, oiseaux, papillons, coquillages, plantes et autres pro- duits. La Grande-Bretagne à la première part dans ce trafic; la France vient en second lieu, puis l'Allemagne et les États-Unis'. La pêche se fait, comme à Ccarä, par de hardis marins montant, comme leurs ancêtres indiens, des jangadas, radeaux de bois sur lesquels ils amarrent une ancre, quelques instruments et une calebasse d’eau douce : de loin on n'aperçoit que la voile blanche, flottant comme une mouette au-dessus de la vague. Recife n'est pas uniquement un entrepôt de commerce : elle à des jardins publics, des bibliothèques, des sociétés savantes, entre autres un institut géographique, et possède une des deux facultés brésiliennes de droit, Héritiers d'un passé de luttes et de revendications politiques contre les cités capitales, Bahia et Rio de Janeiro, les Pernambucains ont un certain esprit d'initiative, rare dans le Brésil, et tiennent à honneur d'agir par eux-mêmes. La banlieue de Pernambuco est fort peuplée et toute une guirlande de villes secondaires entoure la cité : de nombreuses routes carrossables et Lrois voies ferrées divergent de Recife comme les rayons d’un cercle. Au nord s'élève Iguarassû où — la « Grande Pirogue », — qui possède un petit port déjà fréquenté par les Français au dix-septième siècle; au nord- ouest, Päo d’Alho, l’ « Arbre d’Ail », commande la bifurcation des che- mins de fer qui se dirigent l'un vers Nazareth, l'autre vers Limociro, deux villes très commerçantes, environnées d'usines suerières. Limociro est la principale agglomération urbaine de la vallée de Capibaribe, où se trouvent aussi Bom Jardim, Taquaretinga et, dans une combe bien 1 Valeur moyenne des échanges à Recife : 200 millions de francs. Exportation du’sucre en 1892 : 391 194 sacs ou 23 472 tonnes. Recettes de la douane en 1888 : 10 738 240 milreis. Mouvement de la navigation à Recife : 1 600 000 à 2 000 000 tonnes. arros dirige à Jab Pernamh mercial ouest, la ville de Agostinh )n- que Säo ant de ice ar du ire, jets pro- nce fait, {res cre, oil pue. dins titul roit, les tain pa l de ïs el Au un ord- he- iro, ciro où en RECIFE ET SA BANLIEUE, 247 arrosée des montagnes, Brejo da Madre de Deus. La voie ferrée qui se dirige à l'ouest de Recife, vers la haute vallée de FIpojuca, passe d'abord à Jaboatäo, le lieu de villégiature le plus fréquenté par les habitants de N° 51, — LA COTE DES RÉCIFS, ENTRE PARAHYBA ET LA UOUCHE DU SÂO FRANCISCO. Ouest de Paris À Indepen Rnciaf ‘ . 35° Quest de Greenwich C. Perron [l | LC 3/0mètres delWil007 cdelU0& 007 del0082000" A0 a auctl 1 0 100 kil. Pernambuco, puis à Victoria, Gravatä, Bezerros, Caruarü, entrepôt com- mereial très achalandé, la ville la plus prospère de l'intérieur. Au sud- ouest, la station principale sur le chemin de fer du Säo Francisco est la ville de Cabo, qui a reçu son nom du promontoire voisin, le cabo Santo Agostinho, où s'élevait autrefois un fort que Hollandais et Portugais se A 4 Î 248 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, disputèrent avec acharnement pendant la première moitié du dix-septième siècle, Au delà de Cabo, sur la même ligne ferrée, se succèdent, toujours dans l'État de Pernambuco, les deux villes de Palmares et Garanhuns, celle-ci située à 845 mètres d'altitude, dans la haute vallée du Mundaht, affluent de l'estuaire de Maceié. Ville salubre, où des phtisiques viennent N° 52, — COTE DE L'ALAGÔAS, Ouest de Paris 4 e ji te É Lo: è RER. NY [tt ] div LAN = — Quest de Greenwich C. Perron. ce0s/Omèêtres … ael0T320! de LOT'etau ct 1. 57500) fonce mn 10 kil. chercher la santé, Garanhuns à dépassé la zone de la canne à sucre, principale eulture du littoral de Pernambuco; on y récolle surtout le café, le coton, le tabae, les céréales. La partie occidentale de l'État de Pernambuco, constituant à peu près la moitié du territoire, appartient au versant du Säo Francisco, de même que presque tout l'État d'Alagôas ou des « Lagunes ». Cependant la capitale de ce territoire, Maceié, occupe une péninsule, entre la mer et un des étangs qui ont valu son nom à l'État : cette nappe d'eau, dite do Norte, r'eçc de l'ap édifi le di com de Jur entrept nord, « navires à l'abri après | princip üpprovi MACEIO, 249 me reçoit la rivière Mundahü, tandis que plus au sud un lac parallèle, celui uts de Manguaba, est alimenté par une des nombreuses rivières portant ins, l'appellation générique de Parahyba. Maceid, cité gracieuse, ombrage ses hü, édilices sous la verdure : dans les avenues et les bosquets qui l'entourent, à ent le dattier d'Afrique se mêle aux cocotiers de l'Inde. Tout le mouvement commercial de Maceié s'est porté au bas de la colline vers le faubourg N° 65%, — MACHIO ET SA RADE. Ouest de Paris MSC à Quest de Greenwich g'aprés la carte marine C.Perron on. Frofoncdeurs E = : = 1 ==] = _—_ ac CR Smetres ae Sa /OmetS ce 9 Tetau dehi : 1 : 60 000 F EN TE DAC 0 2 kil. icre, ‘ de Juraguä, jadis séparé de la ville : à se trouvent les magasins et les café, entrepôts. Malheureusement le port, défendu des vents de l’est et du | nord, est trop exposé aux tempêtes du sud, et pendant l'hivernage les F1 | bs la navires doivent se réfugier dans la rade de Pajussarä, située plus à l'est, LA que à l'abri de la Ponta Verde et d’une chaine d’écueils. Le vin de cajt est, (4 Le de après le sucre, le coton et autres denrées de grande culture, un des | | . . , ñ . ., . L des principaux articles d'exportation. Maceié reçoit une bonne part de ses re, approvisionnements par le chemin de fer qui remonte au nord-ouest dans XIX, 52 200 NOUVELLE GÉOGRAPIE UNIVERSELLE, la vallée du Mundahtü vers Uniño, une de ces nombreuses localités du Brésil auxquelles la flatterie avait donné le nom d’Imperatriz : c'est près de là que se trouvait le centre principal de la république des nègres marrons, %e quilombo dos Palmares, La vallée du Parahyba, qui descend au sud-est, parallèlement à celle du Mundahü et se rattachant à elle par un embranchement de rails, est très riche en plantations sucrières dans les municipes de Victoria, de Villa Viçosa, — l'ancienne Assemblea, — d'Atalaia, de Pilar, d'Alagôas. Cette dernière ville, capitale de la pro- vince jusqu'en l'année 1859, s'élève près de l'extrémité méridionale de l'alagéa de Manguaba, dans une plaine basse, beaucoup moins bien située pour le commerce que Macei6, le chef-lieu moderne. Des bateaux à vapeur vont et viennent par les bayous et le lac Manguabä, entre Maceid et Pilar, où ils prennent les chargements de coton". L'ile Fernando Noronha, qui fait partie administrativement de l'État de Pernambuco, est une dépendance naturelle des terres nord-orientales du Brésil, Elle n'a point de ville, le gouvernement général l'ayant affectée au service pénitentiaire”. On s’oceupait aussi en 1895 d'y établir un lazaret de quarantaine et un poste sémaphorique. Un paquebot de ravi- taillement aborde tous les mois à un petit port de la côte septentrionale. Les gisements de phosphates que possède l’ile ne sont pas encore exploités 1 Villes principales du versant atlantique brésilien entre la bouche du Gurupy et celle du rio Säo Francisco, avec leur population approximative : Mananuto, Rio Granne po Nonrs. FLO AT EEE er 45000 hab, | Natal. . . . . . . . . .. 6 000 hub. Vianna cos. 11000 » .. 5000 » Ces 10000 » Cearà Mirim, . . 4000 » Alcantara . , HÉNRERQE 5000 » Mossoré 3000 » Parauysa po Norte. : Parahyba . . . . 40 000 hab. Parnahyba . sus 12000 hab. | kan guapé. . 40000 » Therezina. . . . 10000 » étés: AmArTAGaO. Se 5000 » Recife, Olinda et faubourgs. . 120 000 hab. Ociras.. . . . . 2000 » Na. ÿ Goyant. : , 4, , + , » Fortaleza . . .. . . . . , 30000 hab. | Palmares . . . . . . . . . ) » ARACNIN ES nr ee os 16000 » Cara ê ) Maranguapé . . . . . . . . 12000 » ALAGÔAS. Sobral ... . . 410500 » Maceié et Jaraguñ 15 000 hab. Baturité. . 10000 » Alagôas . 5000 » 3 Population de l'ile au 1°" janvier 1889 : Condamnés. . . . $ Employés, soldats et familles des condamnés. . . Ensemble. La Frand fleuve Seule le sen tique, musoi cours côtière vinces entre | dans | escarpe décrite un cha découp. ne coir l'État d commai pied les distinct Prise frontière ! Ridley, ien aux ei0 Etat ales ctée un ‘avi- ale. pités o Säo hab. hab. ) hab. FERNANDO NORONHA, BASSIN DU SAO FRANCISCO. 201 industriellement, mais on a recueilli du guano sur quelques ilots côtiers. Actuellement la culture de l'ile est difficile, à cause de la multitude des rats et souris qui infestent la campagne et que ni chats ni chiens ne dni- gnent plus poursuivre : déjà ce fléau avait, au dix-septième siècle, empêché les Hollandais de se maintenir dans Noronha. Suivant les saisons, les condamnés sont tenus, chaque mois ou chaque semaine, de se livrer un jour à la chasse des rats, et parfois ils en massacrent alors jusqu'à vingt mille*, IV BASSIN DU RIO SÂ0 FRANCISCO ET VERSANT ORIENTAL DES PLATEAUX, ÉTATS DE MINAS GERAES, BAMIA, SERGIPE, ESPIRITO SANTO, La moitié de cette vaste région est occupée par le bassin du rio Sûo Francisco, grande dépression de forme ovalaire analogue à celle des deux fleuves jumeaux Araguaya et Tocantins et de grandeur à peu près égale. Seulement le Säo Francisco ne maintient point sa direction régulière dans le sens du sud au nord et se reploie vers l'est pour se jeter dans l'Atlan- tique, à l'endroit où le continent commence à se rétrécir, au sud du musoir de Pernambuco. Appartenant par la partie supérieure de son cours à la zone des hauts plateaux, le rio Säo Francisco traverse la chaîne côlière pour s'échapper par le versant oriental : il réunit les deux pro- vinces naturelles. Plus au sud, des atètes forment une limite précise entre le grand bassin fluvial et les pentes tournées vers l'Atlantique; mais, dans l'ensemble, on peut considérer les pays côtiers comme une simple escarpe des plateaux arrosés par le Säo Francisco. La demi-circonférence décrite par les montagnes d'où découlent les affluents du fleuve, et qui par un chaînon latéral vont rejoindre la côte au nord de la rivière Parahyba, découpe done une partie distinete du Brésil. Mais les frontières des États ne coïncident que partiellement avec leurs limites naturelles. Au sud l'État de Minas Geraes empiète largement sur le versant du Paranä, et, commandant les cols par où l’on descend au sud, a pris pour marche- pied les degrés qui s'échelonnent dans l'État de Rio de Janeiro, versant distinet de celui d'Espirito Santo. Prise dans ses limites naturelles ou dans celles que lui ont données ses frontières artificielles, la région du Säo Francisco, unie à celle des pentes ! Ridley, Journal of the Linnean Society, 1890; — H. von Ihering, mémoire cité, | LA 252 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, atlantiques, est la plus importante de la république brésilienne. L'un des quatre États qui la constituent, Minas Geraes ou les « Mines Générales », « beau pays qui pourrait se passer du monde entier », dit Auguste de Saint-Hilaire, est, sinon le plus grand, du moins de beaucoup le plus populeux du Brésil, quoique ses villes principales soient très inférieures aux puissantes cités de la région côtière. À bien meilleur titre que la Pennsylvanie, dans les États-Unis du Nord, il pourrait revendiquer le sur- nom d'État « Clef de Voûte ». Les plus hauts plateaux du Brésil y élèvent leurs croupes et l’un des fleuves les plus abondants y prend ses sources. Au sud, il commande par ses versants les abords de la capitale, Rio de Janeiro; à l'est, au nord-est, des rivières nées dans son territoire descendent vers les États dn littoral, d'Espirito Sante à Pernambuco; à l'ouest, il touche par ses faites aux contrées encore presque désertes de Goyaz, tandis qu'au sud-ouest il se prolonge vers le Süo Paulo par les rivières paraniennes. Mème au point de vue historique, Minas Geraes peut être considéré comme au premier ring, car, après avoir élé le plus actif à enrichir le trésor portugais, après avoir fourni l'or qui Si construsre l'aquedue de Lisbonne et le couvent de Mafra, il fut le premier à tenter, trente ans avant le succès définitif, la conquête de son indépendance. A plusieurs reprises on a proposé de diviser en deux ou plusieurs pro- vinces où États le territoire de Minas : Ja partie septentrionale de la contrée deviendrait l'État de Sûo Francisco. L'État de Bahia, qui comprend, avec une partie de Pernambuco, d'Ala- gôas et de Sergipe, plus de la moitié du territoire parcouru par le Säo Francisco, n'a pas l’importance du Minas Geraes, mais il occupe dans la République la deuxième place par la population, et sa capitale n’est dépassée que par Rio de Janeiro pour le coinmerce et le nombre des habitants. L'État de Sergipe, de très faibles dimensions comparé aux deux autres, est plus peuplé proportionnellement à son étendue et prend plus que sa part du commerce général‘. Quant à l'État d'Espirito Santo, formé par une zone forestière d'accès difficile, il est certainement le der- nier parmi tous les États orientaux, mais ses progrès sont rapides, 1 Etats du Sûo Francisco et du versant oriental : Superficie Habitants en kil. carrés, Habitants en 1893. par kil. carré. Minas Geraes , , , . 074 859 8 000 009 5.9 CUIR 426 427 2 000 00€ 4,7 SUPDIDE 1e rt à 39 090 310 O0! 9,5 Espirito Santo, . . . . 44 839 200 000 4,4 Ensemble . …. 1085911 5 570 000 n,1 con l nan trois Ves] déve eui et le géné Cepe versa du $ que t sans { aude d'intr è gagnèt précie une ré pas à « D'au et au. accour énergie dans |’ dont le Chacur explora gurée p pour la régions d'Augus contrées Liais, H Maximil: avec soi contrôlé de lus res la su l- ent ces. Rio oire CO ; +rtes r les peut actif rue nter, ance. pro- de la l'Ala- » Säo dans n’est des aux rend anto, der- bides, BASSIN DU RIO SÂO FRANCISCO. 255 A grâce à l'influx des immigrants européens et au reflux des populations qui se portent autour de Rio de Janeiro depuis l'ouverture des voies de communication divergentes. La vaste baie de Todos os Santos, aux bords de laquelle s'élève mainte- nant la cité de Bahia, fut déjà signalée par Christoväo Jaques, en 1505, trois années après la découverte des côtes brésiliennes; le fameux Amerigo Vespucci était pilote de cette expédition. La colonie proprement dite se développa rapidement dans la deuxième moitié du siècle, lorsque Bahia eut été choisie pour chef-lieu de toutes les capitaineries brésiliennes, et les excursions dans l’intérieur firent bientôt connaître d’une manière générale le relief du pays jusqu'à une distance considérable de la côte. Cependant la chaîne bordière des monts, revêtue de forêts épaisses sur le versant maritime, resta longtemps une barrière insurmontable. Dès la fin du seizième siècle, des voyages de découverte vers les contrées inconnues que traverse le haut Säo Francisco furent successivement entrepris, mais sans grand résultat. En 1650, Marcos de Azevedo en rapporta des éme- raudes et des lingots d'argent; puis, une vingtaine d'années plus tard, d'intrépides Paulistas, sous la direction de Fernando Dias Paes Leme, gagnèrent les pays du nord que la légende disait surabonder en pierres précieuses. Ils pénétrèrent jusque vers les sources du rio Dôce, dans une région devenue fameuse depuis par ses mines; mais ne réussirent pas à découvrir ces trésors. D'autres Paulistas furent plus heureux, à la fin du dix-septième siècle et au commencement du dix-huitième, et la nouvelle de leur fortune fit accourir les chercheurs. De son côté, le gouvernement portugais intervint énergiquement pour assurer ses revenus miniers, et en 1720 il découpait dans l’immense territoire de l'ouest une capitainerie de Minas Geraes, dont les limites étaient à peu près celles qui aujourd'hui bornent l'État. Chacur de: nouveaux centres miniers devint un point de départ pour des explorations plus complètes, et lorsque l'ère moderne des voyages inau- gurée par Humboldt eut commencé, les savants partis de Rio de Janeiro pour la visite des plateaux dirigèrent presque tous leurs études vers les régions minières du haut Säo Francisco : les itinéraires de von Eschwege, d'Auguste de Saint-Hilaire, de Spix et Martius s'entrecroisent dans ces contrées avec ceux de Pohl, de Natterer, Mawe, Gardner, Spruce, Burton, Liuis, Halfeld, Wells, Manoel de Macedo. Dès les années 1815 à 1817, Maximilien de Wied se hasardait au milieu des Botocudos et les décrivait avec soin, suivi dans ces recherches par de nombreux ethnologistes et contrôlé récemment par Ehrenreich. Lund se retirait loin du monde dans 254 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, un village écarté des plateaux et pendant de longues années s'y oceupait de l'ancienne faune des cavernes. Enfin des mineurs, des ingénieurs, des géciogues, ont par centaines, avec Goreeix, Hartt, Ferrand, Orville Derby, étudié dans les Minas l'allure des roches et le gisement des métaux, et l'on à commencé le levé d'une carte topographique au cent-millième qui se raltachera aux travaux de même nature qui se font dans l'État de Säo Paulo. Le pays montueux dans lequel le rio Säo Francisco prend naissance, tandis qu'au sud s'écoulent les affluents platéens, est parfois désigné sous le nom de campos; — mais ces « plaines » où « champs » ne sont point des étendues uniformes comme les Ilanos du Venezuela, les pampas de la République Argentine, les savanes et les prairies de l'Amérique du Nord. Le sol est partout inégal et bossué de collines s'élevant à 100 ou 200 mètres au-dessus dti piédestal immense que forme l'ensemble du plateau ; mème l’une des plus hautes montagnes de Minas est dite Htabira do Campo, par opposition avec une autre montagne, d'ailleurs moins élevée, qu'on appelle Itabira da Serra ou do sfatto Dentro, parce qu'elle se trouve dans les régions montagneuses et boisées de l'est. Des ravins lortueux, des marécages, des rivières varient l'aspect général de la eo: trée. L'altitude moyenne de ces hautes terres, qui constituent le faite central du Brésil et qui s'inclinent de toutes parts, est d'un millier de mètres, el les eroupes culminantes, entre Queluz et Barbacena, dépassent 1200 mètres. C'est à partir de cette gibbosité centrale que divergent les diverses chaînes de hauteurs, superposant leur masse au socle que forme le plateau, et presque partout s'abaissant avec lui. Vers l'ouest, une saillie, çà et là redressée en arête montagneuse, sépare les versants du Sûo Francisco et ceux du Paranä, puis va se confondre avec un deuxième faite, d'où partent la serra da Canastra et tout un rameau d'autres élévations se ramifiant vers le nord. Au sud-ouest du nœud de Barbacena, une arète, aux pentes extérieures très escarpées, se développe parallèlement au littoral de Rio de Janeiro : c’est la serra de Mantiqueira. Au nord-est un prolongement de cette même arête se continue sous divers noms et en s'infléchissant de manière à suivre les changements d'orientation que présente le pourtour continental. Enfin, au nord se profile la chaine principale, à laquelle Eschwege a donné le nom de serra do Espinbago : c'est l« Epine dorsale » du Brésil. Cependant les pitons qui se dressent au-dessus de cette chaîne majeure n'ont qu'une faible élévation relative : le plus haut n'atteint que le quart de la hauteur à laquelle pointent les géants des Andes, et mème, ainsi que les récentes exp ne « tique du « arèle lied: vallé pyr'ar plus pour au vo septer d'un la pos d'un ec d'après nom à mais q ou du 1 de qua Au n longue pitons | da Serr; du Serr qui fut dépasse en 1SIS un rival 10 « unique d'un mi métal pu cette mé ! Auguste ? The His * Orville , * Von Escl 5 E, Gauth ait des by, , et qui Süo 1ce, sous sont 1pas e du ) ou du \bir TUE elle avins eo: faite er de ssent it les orme spare avec meau id de oppe cira. sous ents se sCITA tons ible ur à ntes BASSIN DU RIO SÂO FRANCISCO. 20ù explorations permettent de l'affirmer, la plus fière montagne du Brésil ne s'élève pas dans cette chaîne : elle appartient à la serra da Man- liqueira. Le sommet dominateur de la rangée dorsale, le pie de Caraça ou du « Défilé’ », qu'on aperçoit au nord-est du centre de diramation des arèles, n'a que 195% mètres d'après Liais. Plus au sud, la montagne de Piedade (1785 mètres), située en dehors de la chaine, au-dessus de la vallée du rio das Velhas, commande les autres montagnes de sa large pyramide émoussée, coupée d'un côté par un brusque précipice. Enfin, plus près du nœud de croisement, s'élève la cime qui passa longtemps pour la plus haute du Brésil et qui en est restée la plus fameuse, grâce au voisinage de la cité capitale de Minas, Ouro Preto, située à sa base septentrionale : c’est l'Itacolumi ou la « Pierre du Fils », ainsi nommée d'un piton latéral posé sur un piédestal de débris, et présentant, suivant la position du spectateur, les formes les plus bizarres, d'un écureuil ou d'un crapaud gigantesque; la pyramide suprême se trouve à 1759 mètres d'après Gerber. Dans la terminologie géologique, Ftacolumi à donné son nom à un grès jaunâtre qui recouvre une grande partie du Brésil central, mais qui, d'après Burton, ne constituerait pas la montagne elle-même * ou du moins n'en serait pas la masse principale : l'tacolumi se compose de quartzite, comme le Caraça”. Au nord du piton de Caraga, la serra do Espimhaço se confinue sur une longueur d'environ 250 kilomètres, sans présenter de croupes où de pitons bien saillants : on signale surtout un mont ferrugineux, Fhabira da Serra ou du Matto Dentro, et plus loin, dans la région diamantifère du Serro de Frio ou « Mont du Froid », un piton d'origine ignée, l'ambé, qui fut aussi proclamé le point culminant du Brésil; son altitude ne dépasse pas 1516 mètres, d'après Spix et Martius, qui l'escaladèrent en 1818. A l’ouest du rio das Velhas, à l'étroit dans ses gorges, s'élève un rival de F'Itacolumi, l'Habira do Campo, montagne à double pointe, — en « bonnet d'âne », — très difficile à gravir et composée presque uniquement, comme ie Piedade et l'autré fiabira ou « Pierre Brillante », d'un minerai ferrugineux, l « itabirite‘ », contenant 60 pour 100 de mélal pur. On a pu en mesurer exactement l'altitude, 1529 mètres®. Dans celle même région, diverses cartes indiquent le nom d'une prétendue ! Auguste de Saint-Hilaire, Voyages dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Garacs, ? The Highlands of Brazil. * Owville À, Derby, © Picos allos do Brazil. * Von Eschwege, Beiträge sur Gebirgskunde Brasiliens. 5 E, Gauthier, Notes manuscrites, 556 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, montagne de Bôas, d'une hauteur de 2500 mètres; mais ce nom est complètement inconnu dans le pays : nulle cime ne s'élève en de pareilles proportions au-dessus de la mér presque uniforme des croupes qui se déroulent comme des vagues; la confusion provient sans doute des croupes pénibles à franchir qui, sous le nom de Bôas Mortes, séparent le haut bassin du rio das Velhas et celui du Paraopeba'. Les saillies les plus fortes se montrent à peine au-dessus des ondulations de la région mon- tueuse. À sa base même on ne voit point la montagne Itabira; pour la distinguer, il faut s'élever sur les pentes des collines environnantes. En dehors de l'Espinhaço, les chaines de hauteurs ne sont pas encore assez connues pour que leurs pies soient désignés habituellement comme des individualités distinctes : d'ordinaire on se borne à énumérer les saillies principales et souvent en exagérant les altitudes et la vigueur du relief. Au delà du seuil de Diamantina, où naissent les sources du Jequi- tinhonha, se développe le rempart sinueux de litacambira, prolongé au nord par là chaine du Gräo Mogol, puis par la serra das Almas, qui va se perdre dans l'État de Bahia en de vastes plateaux, où les serras ne sont en réalité que les rebords escarpés des hautes terres, entaillées à la base par des eaux courantes. Une chaîne mieux marquée est la serra dos Aimores, ainsi nommée d'après ses anciens habitants aborigènes, et qui se profile parallèlement au littoral d'Espirito Santo, coupée en de nombreux frag- ments par les rivières qui découlent des pentes orientales de l'Espinhagço. Près de la racine de cette chaîne, dans le massif dit de Capazäo*, formé de gneiss quartzeux, le botaniste Sehwacke à récemment gravi une cime de 2200 mètres, restée inconnue jusqu'à ces dernières années à cause des tribus indiennes qui l'entouraient*. À l'ouest du rio Säo Francisco d'autres faites allongés présentent aussi l'aspeet de montagnes : tels ceux qui à l'est séparent les États de Minas Geraes et de Goyaz, et que l'on appelle quelquelois pour cette raison serra das Divisôes. Mais au nord toute trace de monts disparait : ce ne sont plus que des plateaux déserts, de redoutables travessius sans eau et sans végétation, et en maints endroits couvertes de sel; les voyageurs mettent des journées à les franchir. Enfin, dans la vallée même du Sûo Francisco s'élèvent de nombreux massifs et chaînons, les uns parallèles au cours fluvial, d'autres se dirigeant transversalement à son cours et donnant lieu par leurs barrages de rochers à des rapides ou à des cas- 1 James W. Wells, ouvrage cité, 3 Caparaë sur la carte de Chrockatt de Sa. 3 Orville A. Derby, Revista da Sociedade de Geographia do Rio de Janeiro, 1889. cad de tori les ave ces lure les € caire couc des « tem p4 quant encor La pose $ au mi masses présen slituen très fa étendu posée, d'épais des am de sail probabl actuel”, leurs va mais mt Himalay de l'Arg origine, de mont L'épai cristaux, UT, Clin ? John Ba XI est les se des t le lus ON- r la core nme les r du ‘qui- 6 au Va se sont par ores, rofile frag- haco. né de ne de » des aussi linas aison ‘e ne au el eurs y Sûo lèles rs el cas- MONTAGNES DE MINAS. 257 cades. Le plus fameux de ces groupes est celui de Lagôa Santa ou de la « Sainte Lagune », bien connu dans l'histoire géologique et préhis- lorique du Brésil. Ce pays calcaire est percé d'innombrables cavernes, les unes simples fissures, les autres vastes galeries, voûtes énormes, avenues lortueuses, se ramifiant en un dédale infini. Les croupes de ces roches perforées en tous sens semblent montrer que les assises furent d'abord brisées par quelque puissante pression latérale, et que les eaux évidèrent ensuite leurs lits souterrains. Des concrétions cal- caires pendent aux voûtes des grottes et s'élèvent du sol en piliers. Des couches argileuses, d'épaisseur diverses, recouvrent les fonds contenant des coquilles terrestres et fluviatiles, identiques avec les espèces con- temporaines : c'est dans ces couches que l'on a trouvé des ossements en quantités énormes, étudiés d'abord par Claussen, puis avec plus de succès encore par Luna. La chaine Épinière, à l'orient de la vallée de Säo Francisco, se com- pose surtout de gneiss, passant en certains endroits au granit, au syénite, au micaschiste. Les croupes en sont partout bien arrondies, et même les masses coniques escarpées qui se dressent çà et là au-dessus des rangées présentent toujours un profil recourbé. Les roches cristallines qui les con- situent sont d'une matière grenue avec de grands eristaux de feldspath, très faciles à désagréger, et formant les couches arénacées et rougeàtres étendues en longues pentes au pied des hauteurs : cette couche décom- posée, recouverte de sol végétal, présente en certains endroits 275 mètres d'épaisseur", Nulle part .on ne voit de dépôts sédimentaires au-dessus des amas de gravier produits par la désintégration des montagnes, restes de saillies qui furent autrefois d'une hauteur prodigieuse, « dépassant probablement par leurs sommets les crêtes les plus élevées du monde actuel”, » Les plateaux dans lesquels le Paranä et ses affluents ont érodé leurs vallées supérieures sont formés jusqu'à une profondeur considérable, mais non encore déterminée, par les fragments menuisés de l'antique * Himalaya brésilien; les plaines du Paraguay, du Gran Chaco, les pampas de l'Argentine, les banes de sable de l'estuaire platéen m'ont pas autre origine, Dans ce laboratoire, les roches ont changé de forme et de place : de montagnes cristallines, elles sont devenues plaines stratifiées. L'épaisse couche rougeûtre, mêlée de grains siliceux et de quartz en crislaux, qui recouvre presque tous les plateaux de l'intérieur, est assez I, Charles Dent, A Year in Brasil. ? John Ball, Notes of a Naturalist in South America. XIX, NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, 258 compacte pour ne pas se désagréger facilement sous l'action de Fair : toutefois les tourbillons de sable, l'un des fléaux de l'Afrique et de l'Asie, ne sont pas inconnus dans cette région de l'Amérique : les trains des voies ferrées passent dans une nuée de poussière. Le terrain, d’une grande fertilité naturelle, se prête à toutes sortes de cultures et contient en réserve d'immenses trésors agricoles, Le sol renferme aussi de la poudre d'or en abondance, de mème que le minerai de fer et en certains endroits les diamants : on exploite surtout les mines revêtues de ranga, : ; ; Fe w conglomérat moderne formé par les débris des montagnes et eimenté par des eaux ferrugineuses. On donne le nom de cascalho au gravier sous lequel se découvre le diamant. Le rio Säo Francisco, la grande artère de Minas Geraes et de Bahia, explorée surtout par Halfeld de 1852 à 1854, par Liais en 1862, était connu des aventuriers paulistas dans sa vallée supérieure avant qu'on sût où débouchait ce fleuve et s’il était bien le même cours d'eau déjà visité à son entrée et baptisé Säo Francisco en l'an 1501. Comme tant d'autres courants fluviaux du Brésil, celui-ci était désigné sous le nom de Parä, « Fleuve » où « Mer ». Par son cours supérieur, il appartient encore au versant amazonien, comme l'Araguaya et le Tocantins, car il com- mence à couler du sud au nord, parallèlement à ces deux fleuves, qui de leur côté suivent la même direction que le Xingü, le Tapajoz, le Madeira, les puissants tributaires de l'Amazone. Mais, après avoir fourni la moitié de son cours, le Säo Francisco, cessant de s'épancher vers le nord, se reploie vers le nord-est, puis vers l'est, et, tombant des plateaux de l'intérieur par la superbe cataracte de Paulo Affonso, s'incline même vers le sud-est avant de s'unir à l'Océan. Dans l'ensemble de sa vallée, , s le rio Säo Francisco développe une courbe très sensiblement parallèle à "celle du littoral atlantique *. La source à laquelle une convention de pure mnémotechnie conserve le nom du fleuve jusqu'à son jaillissement de la roche, naît au sud-ouest du bassin, dans liserra da Canastra : d'un cirque de murailles à pie, fissurées au sommet, s'élance une colonne d'eau qui, dans la vasque d'en bas, bouil- lonne en écume et se brise en vapeurs. C'est la cascade à laquelle Auguste de Saint-Hilaire a donné par erreur”, en la confondant avec une 1 Gorcceix, Revue de Géologie, 1874 et 1875. ? Emmanuel Liais, Hydrographie du haut rio San Francisco. 3 Orville À. Derby, Boletim da Sociedade de Geographia do Rio de Janeiro, 18Ko, aut arb rap suc où grai jadis rio recu les 200 fluvi: de n C'est habit pores Le du S; Quelu aux 4 puissa cavern dans hydrog Lagôa Sumid voir àl r'esses le laby son Co! plus sa le prol denrées En à portant surtout navigab ! Duran r : de ins ane ent Ja ins TUE par sous hia, était sûl isité itres ar'à, Core comM- qui , le urni rs le eaux ème llée, de à re le t du rées uil- elle une RIO SÂO FRANCISCO. 259 autre chute, le nom de Casca d’Anta où « Écorce du Tapir », d'après un arbre (drymis granatensis) à vertus médicinales. Le filet d'eau, grossi rapidement par de petits gaves latéraux, descend dans la vallée par une succession d'escadinhas où « gradins » et devient rivière, puis un fleuve où déjà des embarcations se hasardent entre deux rapides. Un premier grand affluent, venu de la droite, à gardé le nom de Parä, qui appartint jadis à tout le cours d’eau; ensuite le Säo Francisco se mêle à un autre rio beaucoup plus abondant, le Paraopeba ou « rivière Plate », qui recueille les eaux dans la partie sud-orientale de la vallée. Au confluent, les courants unis représentent une masse liquide dépassant déjà 200 mètres cubes à la seconde, et les crues d'hivernage élèvent le riveau fluvial de 8 à 12 mètres suivant les années : il en résulte la formation de nombreux marécages temporaires qui rendent le climat fort dangereux. C'est à la violence des fièvres locales qu’il faudrait attribuer la rareté des habitants riverains dans toute la vallée du haut rio Säo Francisco; même les pores souffrent de la fièvre après l’inondation. Le rio das Velhas, — Guaicuhy ou « rivière des Vieilles », — le jumeau du Säo Francisco, prend son origine dans la région minière, au nœud de Queluz, ajoutant en moyenne plus de 200 mètres cubes d'eau par seconde aux 450 mètres cubes du courant majeur et en faisant une rivière plus puissante que la Garonne ou la Loire. Des ruisseaux souterrains, issus des cavernes de la roche calcaire, alimentent partiellement le rio das Velhas dans son cours supérieur. Des lagunes, appartenant au même système hydrographique, dorment dans les cavités des montagnes : telles sont la Lagôa Santa et les Sete Lagôas. Une de ces mares fameuses, dite Lagôa de Sumidouro parce que ses eaux se perdent dans les grottes, est un réser- voir alternativement empli et desséché suivant les pluies et les séche- resses : des fissures naturelles, dites sangradouros, unissent au lit du rio le labyrinthe des cavernes, riche en débris préhistoriques. Plus égal dans son cours, moins coupé de cachoeiras et traversant une région beaucoup plus salubre et plus peuplée, le rio das Velhas est aussi, en attendant le prolongement prochain de la voie ferrée, plus utile au transport des denrées et des métaux que le Säo Francisco. En aval du confluent, le fleuve coule dans un lit large et profond, portant en toute saison des embarcations d'un assez fort tonnage, mais surtout des a)6jos ou radeaux'. Il reçoit de puissants tributaires, également navigables dans la partie inférieure de leur cours : à l'ouest, le Paracatt ! Durand, Bulletin de ia Société de Géographie, 1874, NL. 260 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, ver de du au ou « rivière Blanche », l'Urucuia ou « Terre Fertile », le Carinhanha; à l’est, le rio Verde. Mais de tous les affluents le plus considérable porte le nom de rio Grande et rejoint le fleuve majeur à l'endroit où la vallée change de direction pour s'infléchir vers le nord-est. Le rio Grande, on le sait, est le courant qui, par son affluent le rio Preto, son sous-affluent le Sapäo, un lac de faite à double versant et le rio Somno, présente une ligne d'eau continue avec le Tocantins, et par conséquent avec l'Amazone!, que de roul débi ciscd afflu Ouest de Paris PE, LE ETAT 7! Bom Jesus or A N° 54, — SEUIL DU SAPÂO ET DU SOMNO. 2m Pimenteiras : Liv ent 4 oc trois s AT ® Pedro Affañto.. j Ge ? gneis US Wie. RL 2 € é | ji NS 4} ; SET Mais 2 K à suiva S. ns af DES sw} dans Ti la ch à 10 au-de mais el en rebon irisée, SENTE RTE Nora à re ASS eMausoleo de) à: quoiqn du lit Charron _ vient, - l'onde 200 kil. dable d'apres Wells 1 : 5300 000 plomb, L'ingénieur Moraes à proposé de creuser un canal pour jeter les eaux du chissar [el d rio Preto dans un des hauts affluents de la rivière Parnahyba et de venir ainsi en aide aux Cearenses pendant les périodes de sécheresse, Au-dessous du rio Grande, le bassin du Säo Francisco, graduellement rétréei entre les bords des plateaux riverains, ne reçoit plus que des rivières de faible longueur : il lui reste à descendre 394 mètres avant la cat: dans poussiè apporté la cave: d'atteindre la mer, mais l’inclinaison du lit est d’abord assez égale et seu- qu'ils E lement quelques petits rapides se succèdent tant que le fleuve garde sa direction vers le nord-est. Des saillies ‘de rochers le forcent à se replier pour le # Richa 1 James W. Wells, Three thousand miles through Brazil. 2 Avé-L du enir lent des ant seu- e sa lier CHUTE DE PAULO AFFONSO. 261 vers l'est, en de brusques détours, et le lit s’abaisse par une succession de g‘adins périlleux, étages supérieurs de la grande chute, « merveille du Brésil ». En amont de la cataracte, le Säo Francisco glisse en rapides au milieu d'un tel dédale d’iles, d'ilots, d'écueils et de pierres isolées que, pendant la saison des eaux basses, un sauteur hardi pourrait s'élancer de roche en roche et passer d'une rive à l'autre, quoique le fleuve roule alors plus de 1000 mètres cubes à la seconde’. En hautes eaux, le débit fluvial est probablement quintuple, car en cet endroit le Säo Fran- cisco, à 100 kilomètres seulement de la mer, a déjà reçu tous ses grands affluents. A l'approche de la cascade le fleuve se divise en plusieurs canaux entre trois îles allongées et des ilots adjacents, formés d’une roche compacte de gneiss, À l'extrémité des îles les divers courants, plus ou moins nombreux suivant l'abondance des eaux, atteignent le rebord du plateau et plongent dans l’abime à 85 mètres de profondeur. Sauf en temps de grande crue, la chute ne se fait pas d’un seul jet : l'eau s’abat sur une première saillie à 10 mètres du rebord, puis, prenant un second élan, tombe à 15 mètres au-dessous, et le troisième bond seulement l’entraine au fond du gouffre, mais ce que la masse plongeante perd en majesté elle le gagne en imprévu et en puissance de vertige par les colonnes d’eau qui s'entreheurtent et rebondissent en paraboles dans l'air, dardant au loin leurs fusées d'écume irisée. La plus forte masse d’eau, contenant le fleuve presque entier, quoiqu’elle n'ait guère plus de 16 mètres de largeur moyenne”, s'échappe du lit le plus rapproché de la rive droite; l’eau des autres cataractes vient, par un canal étroit qui longe la base de la muraille, se réunir à l'onde tourbillonnante et s'enfuit avec elle dans une garganta, formi- dable cluse à parois verticales sciée dans la roche et où des saillies sur- plombantes semblent indiquer l'existence d'anciens ponts naturels fran- chissant jadis la gorge avec 80 ou 100 mètres de portée. Pour contempler la cataracte sous son aspect le plus sauvage, on se place d'ordinaire dans une grotte que la désintégration graduelle de la falaise sous la poussière humide a fini par excaver. Lors des grandes crues, les arbres apportés par le fleuve et tournoyant en procession se heurtent à l'orée de la caverne : les paysans viennent alors les pêcher et en font des amas qu'ils brûlent pour tuer les vampires, ces chauves-souris si dangereuses pour leur bétail, qui s’attachent par dizaines de milliers aux voûtes des * Richard Burton, Highlands of Brazil. 2 Avé-Lallemant, Reise durch Nord-Brasilien. 262 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, galeries, Il arrive aussi que les grottes soient envahies par les eaux et qu'en amont de la chute l'inondation se répande au loin dans les cavités N° 55, —— CATARACTE DE PAULO AFFONS0, F Il Lt delan AE LE da Barra J 4 Faë & N) NH “4 N NO ME Forquilha €} “# 74 ÿ | (27 17°] 2err? (D kil. du plateau rocheux, Il n'est pas de cas- cade qui présente une plus étonnante variété d'aspects, suivant les oscilla- lions saisonnières du flot, Naturelle- ment les voyageurs qui ont vu la ca- chocira dé Paulo Affonso et d'autres chutes d'eau fa- meuses, ne peuvent s'empêcher de com- parer ces prodi- gieux spectacles. Du moins le Nia- gara brésilien n'a- t-il pas encore de laide usine au bord de ses précipices; mais Jes arbres touffus, tels qu'on s'attendrait à jes voir sous la zone tropicale du Bré- sil, n'ombragent point les bords de la cascade : on n'apercoit que des broussailles rabougries sur les âpres rochers des perc I 8 l falaises'. Au sortir des gorges, le Sûo Francisco continue de descendre par une succession de cascades et de rapides infranchissables aux barques. La navi- 1 Eugène Chaline, Notes manuscriles. galion ne peut reprendre qu'à Piranhas, où le fleuve se trouve à 18 mètres x | [A he = Dr — el tés IXe As- nte nie ts, (la- res * Ile- urs ca ulo Les fa- rent pm- odi- les. Nia- n'a- de )ord es ; )r'eos l'on les one bre ent de on les ne Vi- res PAULO AFFONSO DE CHUTE raphie. D'après une photographie de M. Monnier, communiquée par la Société de Gcog “4 *“é O ÿ Ÿy Ÿ 2.0 # ao # || 18 .2 ” LE ui (2 fe k ï ue © 10 IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT-3) 16 14 1.25 6" 23 WEST MAIN STREET ,80 (716) 872-4503 WEBSTER, N.Y. 145 l'Océan de man l l RIO SAO FRANCISCO. 265 seulement au-dessus du niveau marin. Large et coulant sans grandes sinuo- sités, le Säo Francisco s'épanche dans la direction du sud-ouest et s’unit à N° 60. — DOUCHE DU SÂO FRANCISCO. 38°44" RATE s Piassahssû HET TI CIS DRE Fes FS eu \ . Brejo caf: , 5 LE Û , RE Et ac Oz #mètres ct # etau Gi Banc de sable 0 4170000 Î ————————— —— ————— "| 0 6 kil è l'Océan par deux bouches entre des plages ombragées d'anacardiums, de manguiers et de cocotiers. À marée basse, la sonde touche la barre à | Î xx. 54 | 266 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, moins de trois mètres, et l'entrée est souvent dangereuse sur les brisants du seuil, à 2 ou 5 kilomètres du rivage. Un chemin de fer contourne au nord les gorges et les chutes de Paulo Affonso, afin de rattacher la voie de navigation d'aval à celle d'amont; toutefois il reste beaucoup à faire pour que le commerce puisse utiliser la vallée fluviale d'une manière continue. On a même proposé de détourner le trafie par le rio Grande, soit au nord-ouest vers le Tocantins, soit au nord vers le Parnahyba!. Au sud du rio Säo Francisco, les fleuves côtiers, naissant sur le versant oriental de la serra dos Aimores ou de ses prolongements, ont tous une portée très inférieure. Le Vasa Barris, l'Itapieurû n'ont pas de vallées suf- lisantes pour ouvrir de larges voies vers les plateaux. Le Paraguasst, grossi du Jaquipe (Jacuhype), se déverse dans un estuaire latéral de la baie Todos os Santos: mais à l'endroit même où s'arrête le flot de marée une ascade barre la navigation. Le rio de Contas est aussi interrompu par de nombreuses chutes. Le rio Pardo, qui lui succède au sud, se rapproche tellement de la bouche du Jequitinhonha, que l'on peut considérer les deux fleuves comme appartenant au même système hydrographique ; un troisième cours d'eau, coulant au nord du Pardo, le Poxim, s'em- branche avec eux par des marigots d’eau salée et des bayous d'eau douce : dans le delta commun qui tend à se former, le Jequitinhonha est, par ses coulées, le tributaire du Pardo, quoique ce dernier lui soit très inférieur par la longueur de cours et la masse liquide. Le Jequitin- honha ou le « Vallon Fréquenté, » ainsi nommé peut-être des passages faciles que ses hautes vallées présentent vers le rio das Velhas par le seuil de Diamantina, est formé de deux branches maitresses, nées près du mème seuil et coulant presque parallèlement. On lui donne souvent le nom de « Petit Sûo Francisco », à cause de la puissance de son courant et des grandes cataractes qui en interrompent le cours inférieur, à la traversée des montagnes côtières. Une de ces chutes est la eachoeira do Inferno, la « cascade de l'Enfer »; l'autre, qui marque la frontière entre les États de Minas Geraes et de Bahia, a reçu le nom de Salto Grande. En basses eaux, le fleuve plonge d'un jet de 15 mètres entre deux murailles de gneiss, puis s'enfuit en rapides dans une gorge inclinée: mais en temps d'inondation il se répand à droite et à gauche au milieu { Longueur du Säo Francisco . , . . . . 2 920 kilomètres. Superficie du bassin, d'après Chichko . . 668 500 kilomètres carrés. Cours navigable du fleuve en amont. . . 1310 kilomètres, » » enaval, , . . 225 » Ensemble du cours navigable du bassin. 7 000 » Débit par seconde, d'après Liais, . . . . 2 800 mètres cubes. ses ea able présen orient: cepenc ractes ont em et qu fleuve à Minas ( couran ants e au e de pour nue. jt au rsant s une ; suf- assü, à baie e une ar de roche er les ique ; s'em- louce : lt, par it très juitin- \ssAgeS » seuil ès du ent le urant ke, à la ira do entre rande. deux linée ; milieu FLEUVES JEQUITINHONHA, MUCURY, DÔCE. 207 des rochers, et ses coulées partielles, diversement entremélées, se préci- pitent vers l'aval par une multitude de cataractes inégales, Au-dessous de cette grandiose chute et de son défilé, le Jequitinhonha, désigné parfois sous le nom de rio Belmonte, d'après la ville de l'embouchure, devient un courant navigable, mais ne communique avec la mer que par une barre des plus dangereuses, n'ayant que ? mètres à marée haute. Le rio Mucury, qui, par son cours inférieur, sépare l'État de Bahia et celui d'Espirito Santo, pourrait, comme le Jequitinhonha, offrir, sinon par N° 5%. — COURS INFÉRIEUR DU RIO DÔCE. PMofondeurs = | cOà/0Ometres 0 "etaude/i 1 : 1600000 îi ARR E 6 650 kil. ses eaux coupées de cascades, du moins par ses rivages, un chemin favo- rable aux Mineiros: la voie la plus naturelle serait, semble-t-il, celle que présente la vallée du rio Dôce, qui reçoit ses premières eaux du versant oriental de la région des mines d'or, dans les montagnes de l'Espinhaço, cependant les grandes forêts, les âpres montagnes, les eluses et les cata- ractes du fleuve, et naguère le voisinage redouté des Indiens indépendants, ont empêché jusqu'à maintenant qu'on ouvre des chemins sur cette pente et qu'un mouvement commercial se dirige de ce côté vers la mer. Le fleuve ne mérite son nom de Dôce ou « Doux » qu’au sortir de l'État de Minas Geraes, en aval des nombreuses chutes en gradins d’où s'élance le courant, Dans la partie de son cours comprise dans les plaines basses, le 268 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Dôce, devenu navigable, est bordé à droite et à gauche de lacs et de maré- ages dans lesquels se déversent les eaux d'inondation. Enfin, en appro- chant de la mer, le fleuve, le premier que remontèrent les explorateurs du Brésil, ressemble presque au bas Mississippi par la saillie que forme son liten dehors de la ligne normale des côtes". En temps de crue, le rio Dôce coule à un niveau plus élevé que les campagnes riveraines, à demi inondées, terres à peine conquises sur l'Océan; des bayous latéraux vont se perdre au loin dans les marais, et même un canal, qui parait être une coulée longeant une ancienne plage, se développe parallèlement à la mer sur un espace de plus de 120 kilomètres vers le nord, dans la direction du Muecury; un cordon de dunes sépare la plage et les étangs de l'intérieur, Une large ouverture dans la forêt indique l'entrée du rio Dôce, dont le seuil offre au moins 3 mètres à marée basse, plus de # mètres à marée haute*, Entre le Jequitinhonha et le Mueury quelques archipels de récifs coralli- gènes bordent le littoral à des distances variables : tels les Tacolumi, qui parsèment la mer sous la même latitude que le mont Paschoal, aperçu de loin par Alvarez Cabral, le découvreur du Brésil. Les plus remarquables parmi ces récifs côtiers sont ceux qui entourent les Abrolhos, — Abre os Olhos, « Ouvre les Yeux », — trois ilots granitiques au sol aride revêtu de cactus, dressant à une quarantaine de mètres leurs dômes autour desquels tourbillonnent les oiseaux. L'atoll ou archipel annulaire qui effleure la surface marine à quelques kilomètres à l'est des Abrolhos, et que l'on connaît sous le nom de Parcel, est redouté à bon droit par les marins, car maint navire S'y brisa. En ces parages, occupant une superficie d'environ 100 kilomètres carrés, les récifs de corail croissent du fond de la mer en forme de colonnes; quelquefois même ils sur- plombent par la partie haute et, suivant l'expression des pêcheurs, s'étalent en « parasols ». Ces écueils columnaires, les chapetrôes ou « grands chapeaux », baignent dans l'écume des vagues, tandis qu'à leur base on trouve dix, quinze et même vingt mètres d’eau. Ils se composent d'innombrables branches, ramilles et fleurs de corail multicolores, de la 1 Fleuves principaux du littoral, entre le rio Säo Francisco et le Parnahyba, d'après Chichko : Longueur. Superficie du bassin, ltapicur . . . . . . . . 520 kilomètres, 97 000 kilomètres carrés, Paraguasst. . . . . . . . 480 n 44 200 » Gonbé 4 0 … « « DO ) 54 500 » Jequitinhonha (avec Pardo). 810 ) 105 500 » PE ae ee + MU ) 97 500 » 3 Luiz d'Alencourt, Revista da Sociedade de Geographia do Rio de Janeiro, 1890. chape d'autr el sus somme ! Mou ? Ch. 1 ar É- pr'u- eurs prime e rio demi vont e une à la ns la Gtangs du rio mètres oralli- ni, qui rçu de quables — Abre l aride dômes inulaire rolhos, oit par ant une roissent ils sur- ’étalent grands jase on posent , de la hko : ABROLHOS ET LEURS RECIFS. 269 texture la plus délicate : des embarcations, échouant au mieu de ces fines ramures, les brisent sans avoir à subir elles-mêmes de fortes avaries ; autour de la forêt écrasée des z0ophytes, l'eau blanchit au loin comme une mer de lail!, Parfois des navires, heurtant violemment les piliers des N° 58, — ABROLHUS, Due de Paris C.Ferron ae etauae/à chapeirôes, les ont renversés dans la mer et continué leur marche; d'autres fois un bâtiment, passant entre deux éeueils, s'est trouvé pris et suspendu au-dessus des eaux profondes, « comme une girouette au sommet d'une tour* ». Naguère, les grands paquebots transatlantiques 1 Mouchez, Instructions nautiques. ? Ch. Fred, [artt, Geology and Physical Geography of Brazil. 270 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, passaient dans le canal qui sépare le continent et les iles; maintenant ils cinglent au large. Le groupe des Abrolhos et les éeueils des parages environnants ne sont pas, sous ces altitudes atlantiques, les seules terres appartenant au Brésil : à plus de mille kilomètres en mer surgit de l'Océan la tête rocheuse de Trindade, pilier volcanique dont l'astronome Halley prit possession en 1700, au nom de l'Angleterre, près de cent ans avant l'occupation bré- silienne. À 50 kilomètres plus à l'est se montrent les trois îlots de Martim Vaz, ainsi nommés du pilote portugais qui les découvrit au commence- ment du seizième siècle, à peu près à l'époque où l'on aperçut Trin- dade, car on voit celle-ci figurer depuis sur les cartes". Ensemble, les roches et les scories émergées de Martim Vaz, environnées d'oiseaux par myriades, ont une superficie de 28 hectares. t. La partie du Brésil dont le Säo Francisco forme l'artère centrale se trouve encore en entier dans la zone torride, et sur le littoral la tem- pérature dépasse 20 degrés en toute saison : vers le milieu de la côte, elle est de 22 degrés en moyenne pendant le mois de juillet, au milieu de l'hiver, et de 26 degrés en janvier, au plus fort de l'été. Naturellement, la température diminue dans l'intérieur en proportion de l'altitude, et l'écart se fait de plus en plus grand entre les chaleurs estivales et les froidures de l'hiver : de 10 degrés sur le littoral, cet écart s'élève à 90 degrés sur les plateaux. La température autour de laquelle se balancent les extrèmes oscille au-dessus et au-dessous de 20 degrés dans la haute région minière où le Säo Francisco prend sa source, tandis qu'elle est d'environ # degrés plus élevée sur le point le plus rapproché du littoral. La côte brésilienne entre Recife et Rio de Janeiro se trouve en entier dans la zone des vents alizés méridionaux. D'avril en septembre, c’est-à- dire pendant l'hiver, alors que le soleil chemine dans la partie de l'éclip- tique située au nord de l'équateur, le courant atmosphérique maintient sa direction normale : il souffle régulièrement du sud-est, poussant une forte houle sur les rivages. Les mois d'été amènent le vent du nord-est; mais, en toute saison, des inégalités se produisent dans le va-et-vient des airs : des calmes proviennent de la rencontre de deux courants opposés, et parfois des remous aériens tournoient sur les côtes, accompagnés de violents orages; mais les cyclones, si fréquents sur les rivages correspondants de * D'Avezac, [les de l'Afrique. to en ter vo ch Ve son la s am que el au coul cont du « les | rable celle vallé haut sante déser Un littor vents le Jes viven l'inté popul de la fc ? Cor Congont Palua. dant sont sil : euse sion bré- rtim nCC- Crin- , les ç par le se tem- côte, ailieu ment, le, et t les bve à neent jaute e esl oral. ntier »st-à- clip- nt sa forte s, en . des rfois lents s de CLIMAT DU LITTORAL BRÉSILIEN. 271 l'Amérique septentrionale, sont ici fort rares. Dans l'intérieur, le mouve- ment de l'atmosphère, déplacé par les foyers de chaleur qui changent incessamment suivant les saisons, les jours et les heures, est encore beau- coup moins régulier que sur le littoral, et la quantité d'eau tombée varie en proportion, En quelques vallées profondes entourées de rochers, la température estivale est quelquefois fort pénible. En seize années de voyages au Brésil, Wells n'a souffert nulle part de la chaleur plus qu'aux chutes de Pirapôra, sur le Sûo Francisco, près du confluent du rio das Velhas: cependant la température maximale n'y dépassa pas 96°,6. Bien à tort les colonisateurs européens du Brésil ont donné aux sai- sons la nomenclature oflicielle de « printemps, été, automne, hiver » : la seule division naturelle de l'année dans cette région du continent sud- américain avait été faite par les indigènes Guarani : ils ne connaissaient que la « saison du soleil » et la « saison de la pluie », — coarassy-ara et almana-ara. — Sur le littoral, les pluies, qui tombent surtout en automne, portées par le vent normal du sud-est, se déversent avec beau- coup plus d'abondance que sur les plateaux, abrités par des montagnes contre le souffle humide de la mer ; en maints endroits, la quantité diminue du double au simple sous la même latitude entre les rives de l'Océan et les bords du Sûäo Francisco. Toutefois l'humidité de l'air est assez considé- rable dans le haut bassin fluvial pour que des tourbières, analogues à celles de l'Irlande, aient pu se former sur les pentes supérieures de la vallée brésilienne". Plus au nord, où les calmes prévalent souvent, les hautes chapadas de Bahia ne reçoivent qu'une part d'humidité très insuffi- sante pour la culture, et certains causses présentent l'aspect de véritables déserts ?. Une selve comparable à celle de l’Amazonie occupe toute la bande du littoral bien arrosée et les hautes vallées des avant-monts tournées vers les vents pluvieux de la mer. Les forêts épaisses à travers lesquelles serpentent le Jequitinhonha, le Mucury, le Dôce, ont protégé les tribus sauvages qui vivent à leur ombre, tout en empêchant les immigrants de pénétrer dans l'intérieur : si l'État d'Espirito Santo est un des plus pauvres et des moins populeux du Brésil, la cause en est aux forêts. Mais sur le versant occidental de la chaîne Épinière les bois continus se font rares, et des rochers, des 1 Richard Burton, ouvrage cité, ? Conditions météorologiques de la haute vallée du Säo Francisco et des villes du littoral adjacent : {Années Températures Jours Hauteur d'obs.). Latitude. Altitude, maxim, moyenne, minim. Écart, de pluie. de pluie. Congonhas de Sabarä. (25) 190,47 695" 32,4 190,8 10 319,4 (?) 1,65 Balua, , , . . . . (5) 120,58 64e 510,5 96,01 210 100,5 142 2",390 279 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, n ù , / 0 monts apparaissent nus, sauf de brousses où d'un tapis de fleurs ou de gazon, L'homme a contribué pour bonne part au déboisement, surtout aux environs des mines : dans telle galerie on ne se sert que de palissandre pour élayer la roche, et souvent la pourriture du bois oblige les mineurs à recommencer le travail tous les quatre ans', De maint promontoire, on ne voit de verdure que le long des ruisseaux et des fleuves : en haut, des bambous et des fougères sur les bords inclinés des gaves; plus bas, dans les plaines horizontales, les grands arbres toulfus et les palmiers, Sur les plateaux du nord, les forêts se réduisent à des catingas, bouquets d'ar- bustes dépouillés de leur feuillage pendant les sécheresses. Plusieurs des croupes du plateau, surtout dans la partie méridionale de l'État de Bahia, n'ont même aucune végétation : ce sont des étendues blanchies par les efflorescences salines. La flore et la faune de la région ne diffèrent point dans leurs traits géné- raux de celles des provinces limitrophes; cependant nombre d'espèces ayant une aire limitée ne se trouvent que là. C'est ainsi qu'en amont de sa grande chute le Säo Francisco possède des formes particulières de poissons, toutes différentes de celles qui vivent en aval : l'infranchissable précipice a séparé les deux faunes. De mème, l'arète de l'Espinhago, avec deux climats sur ses versants opposés, limite des multitudes de plantes et d'animaux. Comme le Cearä et le Piauhy, Minas Geraes et Bahia eurent aussi, à une époque relativement moderne, une faune beaucoup plus riche que celle d'aujourd'hui et caractérisée par de grands quadrupèdes. Aux environs de Lagôa Santa, Lund et d'autres natura- listes ont découvert en un millier de cavernes 115 espèces de mammi- fères fossiles, tandis que la faune locale n’en comprend plus que 88. 'armi les animaux disparus, Lund décrit un grand singe, un jaguar énorme, deux fois supérieur en taille et en force au jaguar actuel du Brésil, un cabiai ayant les dimensions du tapir, un cheval qui ressemblait beaucoup à notre cheval moderne, et un lama comme celui du Pérou*. Les cavernes de Minas Geraes renferment aussi des ossements humains. Lund trouva les restes fossilisés d'au moins trente individus de tout âge. depuis des nouveau-nés jusqu'à des vicillards, et l'étude comparée à laquelle il se livra lui permit d'affirmer que la race vivant dans celle LE, Triana; — F, Robellaz, Notes manuscriles. # Lund, Mémoires de la Société des Antiquaires du Nord, 1845. le } mé L miè Mort appl abor mép une embi avec sont botog et du que |’ loire, Les bords sant à décrivi Maxim d'anné Mainte: soil pa métissé Sant th ! Lund, d'A nthrop \ FLORE, FAUNE, HABITANTS DES MINAS. 270 275 de partie du continent sud-américain était, par son type général, identique à Aux celle qui lhabitait au temps de sa découverte par les Européens, Le dre caractère le plus frappant des erânes de Lagôa Santa est l'étroitesse du ‘urs front fuyant, semblable à celui des figures sculptées par les Maya sur , on les monuments de Palenqué, Les os zygomatiques ont une saillie très pro- des noncée; les dents incisives se terminent par une surface large et plane dans comme celle des dents molaires, À en juger par leur très petit cerveau, r les les indigènes du haut Säo Francisco devaient être peu intelligents : à côté d'ar- des squelettes on n'a trouvé que des instruments très grossiers, Les haches ieurs en pierre, appelées vulgairement coriscos, ramassées fréquemment dans at de le pays, ressemblent tout à fait par la forme et la matière aux outils de chies mème espèce que possèdent les musées d'Europe", Les indigènes du littoral avec lesquels les découvreurs eurent leurs pre- géné- mières relations de guerre où d'amitié appartenaient à la famille que spèces Mortius a désignée par le mot de Gès, d'après la syllabe terminale des noms amont appliqués à la plupart des tribus. Les Indiens Tupi, les plus civilisés des res de aborigènes, donnaient aux riverains des côtes orientales une appellation issable méprisante, celle de Tapuya, — « Etrangers », « Barbares », — qui, sous nhaço, une forme à peine différente, est devenue le terme générique par lequel on des de embrasse maintenant toute la population d'origine indienne qui viten paix raes el avec les Brésiliens. Les représentants les plus connus de la famille Gês faune sont les fameux Burung, généralement appelés Botocudes, à cause du grands botoque ou disque de bois qu'ils s'introduisaient dans la lèvre inférieure iatura- et dans les lobes des oreilles, On leur donne aussi le nom d'Aimores, ammi- ie SS. jaguar uel du smblait que l'usage à transmis aux arêtes de montagnes qui dominent leur terri- Loire, Nombre d'auteurs les décrivent comme une famille spéciale, Les tribus errantes qui restent des anciens Aimores campent sur les bords du Mucury, du Dôce et des rivières affluentes, dans les forêts du ver- sant atlantique de Minas Geraes, Le premier voyageur qui, en 1816, les u°. décrivit après avoir séjourné parmi eux et les avoir soigneusement étudiés, Maximilian von Wied-Neuwied, n'évalue pas leur nombre, Une quinzaine d'années plus tard, ils auraient été environ quatorze mille, d'après Martius. mains. Maintenant la plupart de leurs tribus ont disparu, soit par les épidémies, ut àge. soit par la domestication et l'absorption graduelle parmi les habitants arée à mélissés, Physiquement les Botocudos sont d'assez forte stature, au puis- s celle sant thorax et aux larges épaules, aux pieds et aux mains de petites ‘ Lund, Instituto Historico Geographico Brasileiro : — À. de Lacerda, Mémoires de la Société d'Anthropologie. NIX. CE OU 274 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. dimensions avec des attaches délicates, Ts ont les yeux eaves et peu ouverts, quelquefois les paupières relevées obliquement, les pommettes saillantes, la bouche très grande et li mâchoire forte; presque tous doli- chocéphales, ils ont la forme de crâne que Lund observa sur les sque- lettes de Lagôa Santa, Comme Îles autres Indiens du Brésil, les Boto- cudos se peignaient le corps, mais leurs ornements distinctifs étaient les botoques, disques énormes en bois léger qui, par a distension de la chair, déchiraient souvent les lèvres et les oreilles et faisaient de très bonne heure tomber les incisives de li mâchoire inférieure, Ne pouvant se servir de leurs lèvres pour parler, ces Indiens émettaient les sons surtout du fond de la gorge et du nez et n'articulaient pas diverses con- sonnes, Ils avaient pour armes des javelots et des flèches barbelées, qu'ils ne trempaient point dans le poison. Sans autre religion que la crainte, ils se défendaient par de grands feux contre les mauvais génies et les revenants et protégeaient leurs morts en allumant un bûcher sur la fosse, Les Botocudos passaient pour le peuple ignorant et grossier par excel- lence, Is ne savaient pas même se construire de cabanes ni se tisser un hamac pour l'attacher aux arbres et couchaient sur le sol nu; ils ignoraient l'art de tresser les fibres végétales et d'assouplir le liber pour en faire des étolles; les calebasses, les vases naturels fournis par les feuilles repioyées étaient leurs seuls ustensiles ; ils ne connaissaient point l'agriculture et ne vivaient que de la chasse; gitant sur les bords des fleuves, ils ne s'étaient pas encore ingéniés à construire des bateaux, et, fait peut-être unique parmi les sauvages américains, ils n'avaient point appris à nager. On se demande même si les sambaquis ou amas de coquilles que l'on trouve sur le littoral le plus voisin de leurs campements sont dus à leurs ancètres: la pêche n'était guère possible à des gens ne sachant ni nager, ni ramer!. Mais, si peu développés dans les arts de la vie que fussent les Botocudos, ils avaient du moins sur les envahisseurs blancs l'avantage d'être libres et de vivre heureux au fond de leurs forêts, Dans les conflits qui amenèrent leur destruction partielle, les torts furent toujours du côté des traitants d'eau-de-vie et autres représentants de la race supérieure. Ce sont les violences, les trahisons des blanes qui ont fait disparaitre les Camacan du rio Pardo et les Patachos du Jequitinhonha; les Nac-ne-Nue, peuplade botocudo, s'enfuirent par la région des montagnes jusque dans les forêts riveraines du Paranä. Actuellement, les descendants des Botocudos parlent 1 Paul Ehrenreich, Petermann's Milteilungen, 1891, Helt \, lo le tr In de: qui Hilaire paysans fermant bous : ] mangen À m ! August HOTOUUDOS, MALAÏA. 27 peu tous portugais, et déjà vers IN70 on voyait rarement un indigène porter ttes le botoque, On les emploie comme maçons et eharpentiers, mais ils ne loli- travaillent qu'avec méfiance et s'échappent à la moindre alerte, Les que- Indiens Malali, Indiens d'origine et de langue différentes, que la crainte Loto des Botocudos avait groupés à Pessanha, dans le voisinage des blanes, et vient qui constituaient encore une tribu distincte lorsque Auguste de Kaint- n de très N° 6), —— ANCIENNES POPULATIONS INDIENNES DU BRÉSIL ORIENTAL. ivant Dans de Fans sons con- elées, ue la rénies + sur excel- ser un aient re des noyées *etne étaient nique On se trouve ‘êtres: — mer". Quest de Greenwich ‘udos, ARR C Perron res el Fe RE NM ièrent itants Hilaire traversa la contrée, en 1817, se sont fondus dans la masse des nt les paysans caboclos. Un de leurs mets favoris était un gros ver blanc ren- macan fermant un poison dangereux qui se développe dans l'intérieur des bam- iplade bous : le tube intestinal de ce ver a la propriété de jeter ceux qui le forêts mangent dans un sommeil extatique durant plusieurs jours", arlent À moins que la légende relative à Rainalho, le colon de la baie de 1 Auguste de Saint-Hilaire, Foyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes. ET APTE 276 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. Santos, ne repose sur un fonds de vérité, les premiers immigrants blancs qui restèrept au Brésil furent les interprètes laissés par Alvarez Cabral sur la côte de Santa Cruz et les aventuriers qui vécurent avec les Indiens sur les bords du golfe de Todos os Santos. Ce dernier établissement prit une importance considérable, d'abord comme capitale, puis comme deuxième cité du Brésil ; mais l'endroit mème où les compagnons de Cabral avaient pris pied est l’un des plus délaissés de l'immense territoire. La population se porta principalement vers les plateaux des Minas et la haute vallée du rio Säo Francisco, attirée d'abord par la richesse des mines, et retenue ensuite par la fertilité du sol, l'excellence du climat, les facilités de la vie. Dès la deuxième moitié du dix-septième siècle, les intrépides Paulistas accoururent en foule dans la région des mines pour y ramasser l'or et les pierres fines dites à tort « émeraudes »; mais ils ne furent pas seuls chercheurs : des gens du littoral venus de Rio de Janeiro et des aventu- riers d'outre-mer voulurent avoir leur part de ces trésors; bntôt la guerre éclata entre les Paulistas, qui se eroyaient les légitimes proprié- laires des terrains miniers conquis par eux sur les Indiens Cataguär, et les emboabas où « étrangers », c'est-à-dire les gens du dehors, les Por- tugais ou Brésiliens venus d'autres provinces que la leur. Ceux-ci furent presque exterminés en 1708 sur les bords du rio das Mortes; mais d’autres bandes revinrent à la charge, et, après de nouveaux conflits, Paulistas et Forasteiros durent se réconcilier sous un dur régime d’obéissance com- mune imposé par le gouvernement. On introduisit les lois les plus sévères pour la réglementation du travail dans les mines d’or, puis dans celles de diamant, découvertes en 1728. Nulle part régime plus draconien ne fut imposé aux producteurs, régime qui eut pour conséquence les tromperies, les vols, les dols et toute la démoralisation causée par une autorité sans frein. Depuis cette époque, les conditions politiques ont changé, et les mines, raison première de cette législation féroce et de cette dégradation morale, se sont partiellement épuisées. Les anciennes cités minières ont déchu; des bourgs jadis populeux sont tombés en ruine et il n’en reste que des églises somptueuses, pareilles aux cathédrales des cités. Mais l'ap- pauvrissement de tel ou tel distriet n'empêche pas que l'ensemble du pays se soit enrichi et que la population ait décuplé, Les noirs amenés comme esclaves sur les plateaux miniers n'ont guère laissé de descendance, les familles n'ayant pu se constituer à cause de la rareté des femmes sur les chantiers. Ce qui existait de l'élément nègre s’est fondu dans la race métissée de l'intérieur. Mais nulle part au Brésil les Africains ne sont mieux représentés que dans les districts du bas Sû co lig Lo le Da ma à « lib leu cor l'es siqu Min lans cen de sorc com l'au latér Brés entr corn! bien Le cend imm péen lugai Bahia n'a ce de co ne ré en di colon ‘De ® Ric 5 Syl lances l sur s sur | une ième aient ation fe du tenue a vie. ilistas et les seuls entu- tôt la oprié- ar, et s Por- furent autres stas el com- évères les de ne fut Jeries, sans et les dation es on! reste s l'ap- le du guère de la nègre Brésil u bas POPULATION DE MINAS GERAES ET DE BAHIA. 277 Säo Francisco et dans la cité de Bahia. Là se trouvait autrefois le centre du commerce des esclaves, les traitants n'ayant qu'à traverser l'Atlantique en ligne droite pour aller charger des noirs sur la côte de Guinée, entre Loanda et Mossamedes. Des nègres Krou et d'autres Africains, compris sous le nom générique de Minas. d'après une des nations qui vivent au sud du Dahomey, étaient venus aussi à Bahia en qualité d'hommes libres comme matelots et subrécargues. Les Minas esclaves réussissaient très souvent à s'affranchir, soit par l'énergie avec laquelle ils revendiquaient leur liberté, soit par les produits d'un travail qui leur permettait le rachat de leur personne. Encore de nos jours, ils forment à Bahia une sorte de corporation, dont les membres se distinguent par les qualités morales et l'esprit de solidarité, autant que par la haute stature et la vigueur phy- sique. Les nègres les plus vigoureux, les plus belles négresses sont des Minas. Leur vocabulaire comprend encore des mots nombreux hérités des langues africaines : des termes d'origine yoriba et cabinda se trouvent par centaines dans le parler brésilien‘. À Bahia, les noirs chantent des refrains de l'Afrique en se servant du vieux langage pour leurs incantations de sorcellerie. Parallèlement avec la traite des esclaves, des relations de commerce pacifique s'étaient nouées entre les parents de race de l’une à l'autre rive de l'Atlantique, et des familles de Bahia ont leurs branches latérales au Dahomey. Le nom de Tabon, que l’on donne populairement au Brésil en certains lieux de la côte africaine, témoigne de ces bons rapports entre les habitants des deux rives opposées de l'Atlantique. Ce mot est la corruption de l'expression familière de salutation : Sta bom ? « Allez-vous bien? »* Les Mineiros ou Geralistas, c’est-à-dire les gens de Minas Geraes, des- cendent en partie de Paulistas purs et métissés, en partie de Portugais immigrés par la voie de Rio de Janeiro; les autres éléments d'origine euro- péenne n'ont eu qu'une faible part au peuplement du pays. Out: les Por- lugais, toutes les nations de l'Europe occidentale sont représentées à Bahia et dans les autres villes du littor., mais l'immigration méthodique n'a commencé que depuis le milieu du siècle. Les premières tentatives de colonisation agricole, tentées surtout dans la province d’Espirito Santo, ne réussirent point. Des spéculateurs avaient eu l’idée d'établir de distance en distance dans les vallées du Mucury et du rio Dôce des groupes de colons qui cussent servi de points d'appui à des routes de commerce ‘ De Beaurepaire-Rohan, Diccionario de vocabulos brazileiros. > Richard Burton, To the Gold Coast for Gold. % Sylvio Dinarte (d'Escragnolle-Taunay), Innocencia. 278 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, entre les plateaux et la mer. Des agents recruteurs partirent pour lEu- rope, d'où ils ramenèrent des milliers d’Allemands, de Hollandais, de Suisses, d’Alsaciens. Mais rien n'était préparé pour les recevoir. Le désastre fut grand : la plupart des étrangers périrent par le typhus où la faim. Longtemps les colonies du Mueury furent désignées sous le nom d' « abattoir » ou carnificina'. Depuis cette époque, l'immigration à repris avec plus de succès, et les postes de colons se succèdent sur les routes de la mer à la montagne, la plupart sous la direction de quelques vétérans agriculteurs déjà venus lors des premiers essais de peuplement. Des Italiens, travailleurs plus sobres, plus résistants, plus faciles à aceli- mater que les gens du Nord, forment maintenant le gros des immigrants et le pays leur offre plus de ressources qu'il n'en présentait à leurs pré- décesseurs. Grâce à eux, l'État d'Espirito Santo, jadis le plus délaissé, se peuple rapidement. Quoique la moitié la plus importante de Minas Geraes appartienne au versant du Sûo Francisco, les villes les plus considérables se trouvent en d’autres bassins : Barbacena, Nüo Joûo del Rey et Tiradentes, dans celui du Paranä; Juiz de Féra sur un affluent du Parahyhba; Ouro Preto, Marianna, Serro, dans les hautes vallées tributaires du rio Dôce: Diamantina, Minas Novas, dans les combes supérieures du Jequitinho- nha. C’est vers le sud-est de l'État que se sont élevées les plus fortes agglomérations urbaines, obéissant à l'attraction de la capitale, Rio de Janeiro. Queluz, la cité du versant säo-franciseain la plus rapprochée de ce centre d'appel, s'élève à un millier de mètres, près des sources du Paraopeba et du faîte de diramation des eaux. Ancien arraial d’Indiens fondé au milieu du dix-huitième siècle, Queluz a passé par les mêmes vicissitudes que les autres villes de la contrée : rendue prospère par le travail des mines, puis ruinée, elle s’est enrichie à nouveau par la culture et l'élève du bétail. La station voisine, Lafayette, est un point d'arrêt forcé pour voyageurs et marchandises, la voie étroite du Säo Francisco y succédant à la voie large construite dans la direction de Rio de Janeiro. Les cotons de Queluz, de même que ceux de Bomfim, de Tamanduä, de Pitanguy, villes situées plus à l’ouest dans les vallées du Paraopeba et du Sao Francisco, servent à fabriquer des étofles très appréciées, que l’on préfère aux produits simi- 1 R. Avé-Lallemant, Reise in Süd-Brasilien. la d'; dé! mi s'é un de dé occup Noir » au su Preto : point indust: parcou vales d dit son découv: combes Eu- , de tre a la nom pn à r les ques nent. aceli- rants pré- assé, tienne puvent , dans Ouro Dôce ; itinho- fortes io de centre eba et milieu ue les , puis bétail. urs el à large 1, de ituées rent à simi- COLONIES DU LITTORAL, OURO PRETO. 279 laires de provenance européenne. Le village dit Congonhas de Campo, d'après un arbuste sauvage qui ressemble à la yerba maté du Paraguay, est un des principaux lieux de pèlerinage du Brésil. La station de Miguel Burnier, où l'embranchement d'Ouro Preto se détache de la grande ligne, occupe à peu près le centre de là région minière, centre politique et économique de l'État des Minas. À l’ouest s'élève la serra do Ouro, — la « montagne de l'Or», — et vers le nord-ouest un autre chaînon porte le nom significatif de serra da Moeda, — « serre de la Monnaie ». A l’est, le bourg d'Ouro Branco, — « Or Blanc », — N° 60, — NŒUD DE QUELUZ ET HAUT BASSIN DU RIO SÂ0 FRANCISCO, bon ee eut Ticadents Voaogel Re: Ts F “a \ ù Quest de Greenwich d'apres Chrockatt de Sa ee C.Perron ecrit | 0 100 kil. occupe un haut vallon, à moitié chemin de la cité d'Ouro Preto, — « Or Noir », — capitale actuelle de l'État, l’ancienne Villa Rica, que domine au sud-est la pittoresque montagne d'Itacolumi, à la double cime. Ouro Preto appartient, il est vrai, au versant du Dôce, mais de ce côté elle n’a point encore de libres communications avec la mer, et son histoire, son industrie, son commerce la {placent réellement à l'origine du bassin que parcourt le rio Säo Francisco. La ville se développe en constructions iné- gales dans un ravin sinueux, coupé de mornes et de précipices : son aspect dit son histoire. Ouro Preto, qui doit sa fondation aux gisements aurifères découverts en 1698, est entièrement bâtie sur d'anciennes galeries, cata- combes où s'amasse l'eau potable utilisée par les habitants; les rues 280 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, ne sont autre chose que d'anciennes tranchées d'exploitation; encore en 1875 on retirait le minerai d'un trou sous un faubourg". Malgré l'embranchement de voie ferrée qui rattache Ouro Preto à Rio de Janeiro par-dessus un seuil de l'Espinhaço, la ville souffre de la difficulté des communications et reste quelque peu en dehors de la vie générale, Aussi les habitants de Minas Geraes, premier Etat de la Répu- blique par l'importance et la population, tiendraient-ils à honneur d'avoir + — OURO PRETO. dapres Chrockatt de Sa : 50000 ——— | { kil. uu autre chef-lieu, occupant un site plus favorable pour la construction de beaux édifices et l'établissement de relations faciles, On montre à Ouro Preto l'emplacement de la maison du révolutionnaire Tiradentes, maison que le roi ordonna de démolir, pour en labourer la terre et y semer du sel. Près de là, dans le Palais du Trésor, un sombre réduit fut le cachot où mourut un autre des conjurés, Manoel da Costa, probablement par l'effet du poison. L'école des mines d'Ouro Preto, ensemble disparate de constructions que l'on doit bientôt remplacer par un édifice monumental, IL Gorceix, Bulletin de la Société de Géographie, Séance du 8 octobre 1876. core Rio le la a vie Éépu- avoir Perron ion de \ Ouro naison er du cachot ai par ate de iental, — VUE GÉNÉRALE. OTRO PRETO. Dessin de Taylor, d'après u di s M: l’e re PT ER le qu qu lie: fla Sar ren San occt a Sex SES du une qu'e envi eu | chas la ha Ouro mais que ( étend 4 mil millic ont e même est pr La : constil bourgs distric! naviga! de ses font ex Morro : connu OURO PRETO, DIAMANTINA. 283 renferme dans son musée une collection merveilleuse de minerais, pépites, diamants et cristaux. A l'est d’Ouro Preto, et à la base de la même montagne d'Itacolumi, s'étagent les mines d’or de Passagem et se prolonge la ville déchue de Marianna, fondée un an après la capitale, puis enrichie comme elle par l'exploitation de l'or et ruinée de la même manière : la cité somptueuse que le roi Joäo V appelait jadis son « épouse bien aimée », n’est plus qu'une réunion d’églises et de séminaires. Un autre boulevard du catho- licisme au Brésil est le grand collège que possèdent les Jésuites sur le flanc de la montagne de Caraça, à moitié chemin entre Ouro Preto et Santa Barbara. Le chemin de fer du versant oriental de l’Espinhaço remonte au nord dans la région minière par Inficionado, Cattas Altas, Santa Barbara, Itabira do Matto Dentro, Conceiçäo, Serro, toutes villes occupant de hautes vallées qu’arrosent des gaves, affluents ou sous-affluents du rio Dôce. Serro, ainsi nommée d'après le pic d'Itambé, qui s'élève à une vingtaine de kilomètres au nord-est, a cessé d’être prospère, quoi- qu’elle possède encore des mines d’or et de diamants; mais les campagnes environnantes se sont peuplées d'agriculteurs. L'épuisement des gîtes a eu le résultat contraire pour Diamantina; les malheureux des alentours, chassés par la ruine des galeries, se sont réfugiés dans la ville. Située dans la haute vallée du Jequitinhonha, Diamantina, l’ancienne Tijuco, a comme Ouro Preto ses relations commerciales avec Rio de Janeiro non par la mer, mais par le bassin du rio Säo Francisco. Haut placée sur une terrasse, que des falaises coupent de deux côtés, elle commande un panorama très étendu. Ses mines de diamants, qui produisaient pour une valeur de 3 à 4 millions fpar an, donnent maintenant beaucoup moins, pas même un million; mais quelques industries, entre autres la préparation des cuirs, ont en partie compensé l’appauvrissement des mines. Au nord, sur le même versant du Jequitinhonha, le bourg, jadis prospère, du Gräo Mogol est presque abandonné. La vallée du rio das Velhas, voisine du chef-lieu de l’État, Ouro Preto, constitue l’axe commercial du bassin du Säo Francisco : les villes et les bourgs se pressent dans sa partie supérieure. Sabarä, la métropole du district, située à 695 mètres d'altitude, sur la rive droite et à la tête de navigation du rio, n’a pas perdu son industrie aurifère comme la plupart de ses anciennes rivales des Minas; des compagnies anglaises fort riches font exploiter dans les environs des mines très productives, notamment Morro Velho, au sud-ouest, près de Villa Nova de Lima, le bourg très connu des minéralogistes sous son ancien nom de Congonhas de Sabard, 284 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Cette mine de la « Vieille Montagne » ramifie ses allées profondes dans les flancs d'une montagne nue, entourée d'autres cimes plus hautes. Les veines métallifères, jadis exploitées au hasard, étaient abandonnées lorsque, en 1849, des mineurs britanniques en reprirent l'exploitation, suivant une méthode rationnelle et avec de puissants capitaux. Les pro- duits furent très rémunérateurs, surtout en 1860 et 1861; mais la perte du filon principal, puis l'effondrement d'une partie de la mine et l'in- cendie des étais interrompirent le travail, Il a repris, et les 1500 ou 2000 ouvriers employés extraient en moyenne du minerai pour une valeur annuelle de 2 millions, dont le profit revient en entier aux actionnaires anglais : deux puits jumeaux, creusés à 800 mètres de profondeur, ont retrouvé le filon majeur que l'on avait perdu. En plein rapport, la ‘mine pourrait donner 6 kilogrammes par jour, soit plus de 7 millions par an, Grâce au séjour de nombreux savants, ingénieurs, mineurs, natura- listes, Sabarä est devenu le centre d'exploration le plus important dans l'intérieur du Brésil pour la géographie physique, la géologie, la météoro- logie et la préhistoire. C'est à 15 kilomètres de la voie ferrée, à l’ouest de Sabarä, que se trouve le plateau salubre de Bello Horisonte, l’un des sites proposés pour l'emplacement de la future capitale de Minas Geraes. Les eaux pures de l’espace étudié sufliraient à la consommation d’une ville de 450 000 habitants". Le village minier de Caethé, riche en asbeste, occupe une étroite vallée de l'autre côté de Sabarä, à la base de la célèbre montagne de Piedade, que couronne un ermitage depuis la fin du siècle dernier. La ville de Santa Luzia, qui succède à Sabarä sur le cours du rio das Velhas, a également son nom dans les annales de la science, car c'est dans le voisinage, à Lagôa Santa, que Lund résida pendant de longues années, explorant les curieuses grottes des alentours. Santa Luzia eut aussi sa période de célébrité comme ville révolutionnaire, et en 1842 bataille y fut livrée entre les troupes impériales et les défenseurs de l'autonomie locale ou lusistas, ainsi nommés de la ville qu'ils avaient soulevée. Les bancs de jaspe facile à seulpter que l'on trouve dans les environs ont donné à Santa Luzia une industrie spéciale, la fabrication de statuettes et autres objets religieux ou d'art industriel, Plus loin, Paraüna, — « Eau Noire », — sur la rivière du même nom et près de la rive droite du fleuve, a été signalée avec Bello Horisonte comme un emplacement favorable pour la future capitale de l'État, dont elle occupe à peu près le centre géométrique”. * Samuel Gomez Pereira, Commissäo d'Estudo das localidades para a nova Capital. # Luiz Martinho de Moraes, méme recueil, r'i0 vien s'éc prés c'est Bahi plus #1 fonde « sai « Var namb s'élèv entre] qui se par le ments Arcad Sio Fi atlaqu riche nos jo: En : ainsi n grande port de 1 Jame: dans utes. nées tion, pro- perte l'in- 0 ou aleur aires deur, rt, la 1s par atura- t dans téoro- est de s sites s, Les ille de ceupe atagne io das t dans nées, ssl Sa y fut locale es de Santa objets sur pnalée future VILLES RIVERAINES DU SÂO FRANCISCO, 280 Dans la partie septentrionale de l'État, deux villes, éloignées du fleuve l'une et l'autre et situées dans une région de campos, sont devenues des centres de commerce importants pour l'exportation du bétail : à l'est, Montes Claros das Formigas, aux sources du rio Verde; à l'ouest, Paracati, l'ancienne Piracaté ou « rivière Poissonneuse », sur un affluent du rio de mème nom, près des frontières du Goyaz, Paracatü expédie des sucres et une eau-de-vie fameuse, extraite du jus de la canne, Les rochers de Montes Claros sont, comme ceux de Lagôa Santa, percés de cavernes nombreuses où l'on a trouvé les restes du mégalonyx et d'autres animaux d'une faune disparue. Le port, encore bien peu fréquenté, de Guaicuhy garde le confluent du rio das Velhas et du rio Säo Francisco qui, en amont du saut de Pirapôra, vient de traverser la région diamantifère d'Abaëté, En aval, quelques villes s'échelonnent le long du fleuve. Januaria ou Salgado, la dernière qui se présente dans l'État de Minas, s'est développée d'une manière inattendue : c'est le centre le plus actif dans la région septentrionale. Dans l'État de Bahia, immédiatement en dedans de la frontière, se montre Carinhanha ; plus loin vient Bom Jesus de Lapa, dont le rocher calcaire, haut de #8 mètres, hérissé de cactus dans toutes ses fissures, est percé d'une pro- fonde grotte « miraculeuse » transformée en église de pèlerinage : c'est le «saint des saints » de la région de Säo Francisco’. Urubü, la ville du « Vautour », située sur la rive droite du fleuve, en face du mont Per- nambuco, s’entoure de cultures. Plus bas, au confluent du rio Grande, s'élève la métropole des régions occidentales de Bahia, la ville de Barra, entrepôt des denrées du fleuve moyen et point de départ des traitants qui se rendent dans la vallée du Parnahyba ou dans celle du Tocantins par le rio Preto. La serra do Assuruä, à l'est de Barra, possède des gise- ments aurifères exploités, et plus bas, sur la rive gauche du fleuve, Piläo Arcado fait un grand commerce de sel recueilli sur les rives argileuses du Säo Francisco. Ses puissantes couches de sel gemme n'ont pas encore été allaquées par le mineur. La contrée que l'on traverse au delà et qui est riche en « pierres gravées » des âges préhistoriques, est moins peuplée de nos jours qu'au temps des missionnaires jésuites. En amont des cataractes de Paulo Affonso, sur la rive droite, Joazeiro, ainsi nommée d'une espèce de zizyphus ou jujubier qui résiste aux plus grandes chaleurs, a été choisie comme terminus du chemin de fer qui du port de Bahia se dirige au nord-ouest vers le rio Säo Francisco. Déjà le 1 James W. Wells, ouvrage cité. i| rl 286 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, commerce y est fort considérable et son port s'emplit d'embareations qui apportent du caoutchoue, des gommes, du minerai et viennent prendre le sel recueilli près de là sur les bords du rio Salitre, En face, à l'endroit où doit aboutir un jour le pont-viadue du fleuve, dans l'État de Pernam- buco, se montre le village de Petrolina, où jaillissent en effet des sources de pétrole. Bôa Vista, autre station riveraine, deviendra, comme Joazeiro, un entrepôt fluvial en amont des escaliers de cataractes : une voie ferrée doit la rattacher à Pernambuco par Cabrob6, Aguas Bellas et Garanhuns, De ces divers projets pour le contournement des cataractes, un seul est achevé, le chemin de fer tracé sur le territoire de Pernambuco et d'Alagôas, entre le bourg de Jatobä et celui de Piranhas, tête de la navigation sur le bas Sûo Francisco. En aval, le commerce à fait surgir deux villes très animées, Propria, dans l'État de Sergipe, et Penedo, dans celui d’Alagôas. Cette dernière ville, qui doit son nom, — le « Roc » — au massif de rochers sur lequel s'élèvent ses constructions, est l’une des anciennes colonies du Brésil : fondée en 1620, à cause de l'importance stratégique de sa position, elle fut capturée par les Hollandais, qui dressèrent un château fort, dont on voit quelques restes. Tous les navires qui franchissent la barre du Sûo Francisco remontent au port de Penedo pour y porter des marchandises européennes et y charger du coton, des peaux, du riz ou autres denrées. Piassabussü, l’avant-port de Penedo, situé également sur la rive gauche du fleuve, dans l'État d'Alagôas, au milieu de plantations de cannes, fabrique d'excellents tafias. La population assez dense du Sergipe, le plus petit État et le « paradis de l'Union brésilienne », se groupe dans la région que traverse la rivière du même nom, affluent du Cotinguiba : elle descend en grande partie des Tupinaes et Abacatuara, de race tupi', La capitale actuelle, Aracajt, située sur la rive méridionale de ce fleuve, à 12 kilomètres de l’'embou- chure, fait un commerce très actif, quoique les navires calant plus de 2 mètres aient quelques dangers à courir en traversant la barre. Aracaji est le deuxième port du Brésil pour l'exportation des sucres*. Des embar- ‘ations à très faible tirant d’eau vont chercher le sucre, le coton, les eaux-de-vie dans les rivières d’amont, à Maroim, à Larangeiras, et des chemins de fer poussent dans l'intérieur, au nord, jusqu'à Capella, à l'ouest jusqu'à Simäo Diaz, futur centre de voies ferrées convergentes. Sûo ! Alfonso Lomonaco, Sulle razze indigene del Brasile. ? Sucre exporté d'Aracajü en 1892 : 188 660 sacs on 11 520 tonnes, — plus vasières, à l’extre Real, ver s qui ndre droit nam- urces eiro, ferrée huns. ul est agoôas, sur le ropria, ernière lequel Brésil : on, elle dont on du Säo handises enrées. gauche cannes, pa radis \ rivière e partie acaju, ’embou- plus de Aracaji s embar- ton, Îles , et des PENEDO, ARACAIU. 287 Christoväo, l'ancien chef-lieu du territoire qui était alors la provinee de Sergipe, a moins d'avantages qu'Aracajt : l'estuaire du Vasa Barris, qui borde ses plages, communique avec la mer par une barre assez profonde, N° C®, — DASSIN DU RIO SÂO FRANCISCO, Ouest de Paris : KE LAN 77 RC AC | j y Pa ae: ? = Rio de dangiro 2 72- Quest de Greenwich PET de051000 7 ClODOi1000 7 de1UO aude!) 4 : 1400 000 0 500 kil. æ” — plus de 5 mètres et demi —, mais il est obstrué de bancs et de vasières, et l’on ne peut se rendre qu'en barque à Säo Christoväo. Enfin, à l'extrémité sud de l’État s'ouvre un troisième estuaire, celui du rio Real, vers lequel convergent plusieurs cours d'eau, entre autres le Piauhy, 248 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE qui passe près de la ville d'Estaneia, un des principaux centres de culture dans la zone côtière. Sur le littoral de Bahia, quelques ports se succèdent, visités par des caboteurs et des jangadas; mais le mouvement des étrangers tend à se concentrer en entier dans le havre, San Salvador de Bahin ou simple- ment Bahia, à l'entrée de la baie où mer intérieure de Todos os Santos. La ville, la deuxième du Brésil par le nombre des habitants, occupe l'extrémité du promontoire qui protège à l'est un golfe magnifique déve- loppant ses rivages à perte de vue, Le cap qui porte Bahia est la partie la plus élevée de l'immense pourtour et la haute ville domine de 40 à 50 mètres la rade, ses navires et les îles lointaines. En bas, les rues du commerce se prolongent parallèlement au rivage, dans l'étroit espace compris entre la mer et les escarpements de la colline. Une zone inter- médiaire, où les rares constructions sont entou.ées de jardins, sépare les deux villes de sa bande verte, et de toutes parts on voit s'élancer les hampes des palmiers, s'arrondir les branchages touffus des manguiers, contrastant avec les clochers et les dèmes. De loin, les deux cités paral- lèles, qu'unissent des rampes, un ascenseur vertical, deux « plans incli- nés » avec locomotives, et dont les rues se poursuivent à 6 et même à 8 kilomètres de la pointe, présentent un aspect imposant : la nuit, deux lignes parallèles de lumière indiquent la position des deux cités. Un jardin public de faible étendue sépare Bahia proprement dite du faubourg élé- gant de Victoria, qui s'étend au sud jusqu'aux collinettes du promontoire boisé et couronné d'églises. Le phare de San Antonio dresse sa haute colonne sur la dernière saillie du granit. Bahia est l’une des vieilles cités du Brésil, quoique les Portugais n'aient pas fondé de colonie sur les bords de la baie aussitôt après sa découverte par Christoväo Jaques et Amerigo Vespueci : suivant les chro- niques, un traitant, Diogo Alvares, connu par les indigènes sous le nom de Caramurü, s'y serait établi en l'année 1510; une vingtaine d'années plus tard, quelques colons vinrent le rejoindre, mais une ville ne sur- git sur la colline du Salvador qu'en 1549, lorsque Thomé de Souza, gouverneur des capitaineries, y construisit sa résidence. Bahia, visitée régulièrement par les navires de l'Inde, qui venaient s'y ravitailler avant de se diriger vers le cap de Bonne-Espérance, garda son titre de capitale jusqu'en 1765, pendant plus de deux siècles, et resta longtemps sans rivale pour le nombre des habitants et l'importance commerciale en 1585, d'après une « information » du missionnaire jésuite Anchieta, près de la moitié des blanes domiciliés au Brésil, soit 12000 sur 25000, par des] cole latic préd core Velh, « Vi pulai êilé, s'était les Je de la à gard de mé ligicus sil : pi églises leurs ç d'avoir ricain, BAHIA. 289 ture habitaient Bahia. Les noirs étaient alors beaucoup plus nombreux à Per- nambuco, mais Bahia monopolisa bientôt la traite d'Afrique et jusqu'au des milieu du dix-neuvième sièele ses commerçants furent, en dépit des h se lois, les grands nple- pourvoyeurs de N° 03, — BAHIA: ntos. bois d'ébène : en TT Don et ceupe certaines années, + = E déve- ils importèrent partie soixante mille es- 40 à claves, La sup- y rues pression de la espace traite africaine inter- manqua ruiner la are les ville; à grand'- re | cer les peine elle sc re- = a = TER À guiers, leva du désistre + D À / | paral- par l'expédition a incli- desproduits agri- NC nu, Shane AË E à À — a mème à coles, La popu- it, deux lation de couleur , deu: à jardin prédomine en- ‘ core à Bahia : la Velha Mulata, « Vieille Mulà- tresse », tel est wg élé- ontoire à haute le surnom po- pulaire de la cité, Bahia, où s'étaient établis tugais près Si s chro- le nom nndes les Jésuites lors ! ds ati de la fondation, a gardé son rang Souza, = k 5 ES É = visitée de métropole r'e- deOa 5 metres az Sa /0rmts. A me À. e AVE ligieuse du Bré- nn avan É è 0 2 kil apitale sil: près de cent « de PAT 4 . . . 21 pr églises et chapelles, dont, il est vrai, plusieurs sont en ruines, élèvent ù CA 1 . . . , . . lie leurs croix au-dessus de l'amphithéâtre des maisons. Bahia a souvenance € y , RCE ñ ON ON È L aol d'avoir été au dix-septième siècle le centre intellectuel du Portugal amé- LA] 2 5 OUU ricain, mais elle a déchu : sa bibliothèque, ses musées et ses sociétés d , XIX 51 290 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, savantes n'ont pas l'importance à laquelle on s’attendrait dans une cité si peuplée; cependant elle possède l’une des deux écoles brésiliennes de médecine, Les Bahianais se distinguent parmi les Brésiliens par leur prestance, leur beau langage, et ils ont toujours eu dans le gouverne- ment de la nation une part considérable, Bahia est plus « brésilienne » que Rio : elle n'a point le caractère cosmopolite de la capitale, et ses maisons, en grand nombre revêtues de faïences vernissées, ressemblent plus à celles de Lisbonne. Une des églises a été construite avec des pierres venues toutes laillées du Portugal. Le port de Bahia, défendu contre les vents de l’est et du sud-est par la masse péninsulaire où s'élève la ville, est exposé à la houle du sud qui pénètre dans la baie par la large entrée; cependant quelques bancs, des roches et un écueil, sur lequel se dresse le fort do Mar ou Säo Marcello, rompent la force des vagues : les grands navires mouillent à distance du rivage. On n’a pas encore donné suite au projet qui enclavera, devant les quais, un espace maritime de plus de 100 hectares en vue d'établir un port fermé au moyen de deux brise-lames, l'un de 2 kilomètres, partant de l'extrémité septentrionale de Bahia pour aller rejoindre le fort de Säo Marcello, l'autre s'enracinant au quartier méridional où se trouvent l'arsenal et la douane, pour se terminer en un musoir correspondant au fort. Des cales sèches, creusées dans le granit noir ou coraçäo de negro, complèteront le port futur. Le sucre, le tabac, le café, le coton, le bétail, les cuirs alimentent le trafic de Bahia‘, admirablement approvisionnée des produits du sol : le marché est une merveille par l'abondance et la variété des fruits, non moins que par la diversité des types blancs, noirs et croisés à l'infini, qu'on rencontre en groupes pittoresques. Quelques navires baleiniers poursuivent dans les parages environnants les cétacés, dont l'huile était naguère utilisée pour l'éclairage de la cité et que l’on expédiè actuellement en Europe; par les vents du sud, les baleines entrent fré- quemment duns la baie, et des barques se mettent à leur poursuite, un harponneur se tenant à l'avant, l'arme en arrêt : on capture en moyenne une cinquantaine de cétacés par an’. Une fonderie de spermaceti s'élève t Valeur des échanges à Bahia en moyenne . Importation... . . . . . . . . 50 000 000 francs. Exportation . . . . . . . . . . . 44000000 » 94 000 000 francs. Ensemble. Mouvement de la navigation en moyenne : 3000 navires portant 1 700 000 tonnes. Rendement de la douane en 1890 : 11214 000 milreis, environ 22 000 000 francs. ? Antonio Alves Camara, Bolctim da Sociedade de Geographia do Rio de Janeiro, 1889. gr bi des bot Gr d'I aux bou les de de golf sur Brés tour alio à af Sa seple canne ferme guass de la interr denré la cap produi Cachoc de caf et de située : comme Manir BAHIA, RECONCA VO. 291 é si dans la ville; il en existait d’autres dans l'ile d'Itaparicä, où, vers 1815, _ de | la plupart des clôtures, autour des jardins et des cours, étaient faites en os leur de baleine‘. On a trouvé quelques gisements de charbon dans cette île, rne- longue terre dont une ville occupe l'extrémité septentrionale. D'une très ne » grande fertilité, elle est fameuse par l'excellence de ses produits, aussi ses bien que par son doux elimat : on lui donne le surnom d° « Europe lent des pauvres », parce que beaucoup de Bahianais, petits artisans et des bourgeois, y vont en villégiature. Lors de la guerre d'indépendance, la Grande-Bretagne, dont le Portugal était débiteur, s'offrit à prendre l'ile | par d'Itaparicä en payement de la dette. C'eût été livrer la clef du Brésil | sud aux Anglais. Le Portugal rejeta l'insidieuse proposition. ancs, Sur le revers océanique de la péninsule, Bahia se complète par des fau- “ello, bourgs de villas, entre autres Rio Vermelho, aux maisonnettes éparses sur e du les coteaux gazonnés et dans les verdoyants ravins : au nord, des groupes nt les de maisons élégantes se prolongent sur les collines et dans la presqu’ile ir un de Bomfim, d'où l’on contemple le magnifique panorama de la ville, du artant golfe et de deux ports, au sud Bahia. au rord Itapsgipe; l'£dlise élevée e Sûo sur les pentes orientales du coteau boisé est, dit-on, la plus riche du uvent Brésil; la statue de la Vierge y disparait sous les diamants. Tout le pour- nt au tour de la « Baie », le Reconcavo ou la « Conque », se borde d'agglomé- rations commerçantes, qui communiquent avec Bahia par de petits bateaux à vapeur côtiers, évalués à plus de mille. Santo Amaro, sur la rivière de même nom qui débouche à l'extrémité septentrionale de la baie, est une jolie petite ville, entourée de champs de cannes et autres cultures, traversée par un chemin de fer : en aval, la ferme agricole de l'État borde la rive gauche de l'estuaire. Sur le Para- guassé où « Grand Fleuve », qui se déverse dans la partie occidentale de la baie, Cachoeira, la cité principale, a pris son rom des chutes qui interrompent le courant : elle est l’entrepôt nécessaire de toutes les denrées qui viennent de l'intérieur dans la direction de Bahia et complète yenne la capitale comme tête de pont sur la rive du continent. Le tabac, le lève produit le plus estimé du pays, le café, les fruits sont expédiés de Cachoeïira ou de son avant-port Maragogipe, très connu par les planteurs wegro, élail, se des rariélé birs el avires , dont pédiè Lt fré- e, un de cafiers pour sa variété de baie jaunâtre; quant au bétail des sertôes et de la vallée du Säo Francisco, il a pour marché principal une ville située au nord, la Feira ou « Foire » de Santa Anna. La force d'appel du commerce qui se dirige vers le bas Paraguassé se fait sentir au nord | | ! Maximilien de Wied-Neuwied, l'oyage au Brésil, traduction par J. B. B. Eyriès. NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, 292 jusque dans le Piauhy, à l'ouest et au sud-ouest jusque dans le Goyaz. Un pont-viadue, composé de quatre travées ayant chacune 92 mètres, “et qui est encore (1895) le plus remarquable de tout le Brésil, unit Cachoeïra et son faubourg de la rive droite, Säo Felix, point de départ d'un chemin de fer qui remonte la vallée du Paraguassé vers Lençôes, dans une région diamantifère. Les trésors que l’on y découvrit en 1845 attirèrent aussitôt des milliers de mineurs et l’on recueillit dans les gra- viers une quantité de diamants évaluée dans la première année à 66000 francs par jour’. Les gisements de Lençôes et de la Chapada Dia- mantina, qui dominent à l'ouest la vallée du Paraguassü, sont les prinei- paux pour fournir ces « carbonades » ou diamants noirâtres et amorphes que l’on emploie au percement des tunnels*; cependant le pays n’a plus guère d'autre importance que ses cultures et ses pâturages. Le chemin de Cachocira aux sources du Paraguassü devra se continuer à travers les plateaux jusqu'au rio Sûo Francisco. La ville de Nazareth, située à la tête de navigation de l'estuaire du Jaguaripe, qui s'ouvre directement au sud de l’île Itaparicä, est, comme Cachoewa, un entrepôt continental de Bahia; elle alimente de manioc les habitants de la capitale, et possède également un chemin de fer qui lui apporte les denrées de l'intérieur, Bahia s’approvisionne de vivres par une voie ferrée qui remonte directement au nord, vers la ville d'Ala- goinhas, où elle se bifurque : d’un côté pour longer le littoral à dis- lance à travers les plantations de cannes et de tabac jusqu’à Timbé, près de l'Itapicurü; de l'autre pour se diriger au nord-ouest vers Villa Nova da Rainha, d'où elle gagnera la ville de Joazeiro en amont des chutes du Säo Francisco. C'est à l’est de cette voie ferrée, près de la ville de Monte Santo, que l’on a découvert en 1784 le fameux météorite de Bendeg6, bloc de 5545 kilogrammes, transporté depuis à grands frais de son gisement dans le sertäo jusqu'au musée de Rio de Janeiro. Au sud de la baie de Tous les Saints les villes se succèdent sur le littoral, assez rapprochées : Valença, qui fabrique des tissus de coton dits les meil- leurs du Brésil; Taperoa, cachée par un cordon d'îles et d’ilots; Camamü, marché de denrées agricoles très fréquenté et possédant dans le voisi- nage le port d'Acarahy, le plus profond, le plus vaste et le mieux abrité de ces parages après le port de Bahia; Contas ou Barra do rio do Contas, dont le fleuve descend d'une riche région diamantifère; Iheos, — Säo 1 Reybaud; — Richard Burton, ouvrage cité. 8 G. R. Blot, Notes manuscrites. de pis a fou dia san Au mot enti Ger: cité des pros trac: des 1 chiss Ur dion: passa colon doit ; Franc 1G. yaz. res, unit inci- rphes plus in de s les re du omme oc les ui lui »s par d'Ala- à dis- , près ova da lu Säo Monte b, bloc ment toral, meil- amü, voisi- abrité pntas, So LENCÇOES, NAZARETIH, ILHEOS, CANAVIEIRAS. 293 Jorge dos Ilheos, — ainsi nommé des îlots qui protègent sa rade. Villette peu animée, n'ayant d'autre commerce que l'expédition des bois, Iheos a pourtant une histoire : elle se fonda dès l'an 1550, dix-neuf ans avant Bahia, et devint importante lorsque les Jésuites en firent le centre de leurs missions dans le pays des Aimores. L'exploitation des mines d'or dans les montagnes voisines lui donna un trafic considérable ; mais ces mines s’appauvrirent, et les Indiens sauvages ont fermé les chemins de l’inté- rieur : le vide s’est fait dans l’ancienne colonie, tandis que la vie se repor- tait vers d'autres points du littoral. On essaye de faire renaître Ilheos par l'envoi de colons agriculteurs et artisans qui tracent des routes à travers les forèts et utilisent pour l'industrie les forces des torrents. Dans le labyrinthe des eaux qui unissent les embouchures du Poxim, du Pardo et du Jequitinhonha, Canavieiras, ancien lieu de déportation politique, prospère malgré l'humidité des terres; à 2 kilomètres de la mer, elle ne donne accès qu'aux bateaux calant moins d’un mètre et demi; cependant elle exporte du cacao, de la résine de copal, des fibres de piassava et des bois de palissandre ou « jacaranda » : un village voisin en a reçu le nom. En amont, sur le Pardo, des milliers de chercheurs fouillèrent de 1882 à 1886 les graviers de Salobro pour y trouver des diamants; mais une terrible épidémie de variole dépeupla la ville nais- sante, et maintenant les mines sont presque complètement abandonnées. Au sud de Canavieiras, des groupes de cocotiers cachent le port de Bel- monte, qui a donné son nom au bas Jequitinhonha, et qui par ce fleuve entretient un certain commerce avec les districts orientaux de Minas Geraes. C’est dans les hautes vallées du bassin que se trouve la fameuse cité minière Minas Novas, fondée par des mineurs paulistas dans le pays des Indiens Macussi, aux premières années du dix-huitième siècle : elle prospéra rapidement, mais déchut aussi vite, à la suite des règlements tracassiers par lesquels on prétendait en haut lieu protéger l'extraction des métaux. Les topazes jaunes, les aigue-marines de Minas Novas enri- chissent les musées. Un chemin de fer, partant du port de Caravellas, à l'extrémité méri- dionale de l'État de Bahia, pénètre dans les hautes vallées aurifères en passant par la ville de Philadelphia, — Theophilo Ottoni, — centre de colonies agricoles fondées sur les bords du Mueury. Cette voie ferrée, qui doit aboutir au port de Guaicuhy, à la jonction des deux fleuves Säo Francisco et rio das Velhas, donne la prépondérance à Caravellas parmi 1 G.R, Blot, Cannaviciras, Rapport sur les mines de Diamant, 1892, 294 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, tous les ports du Bahia méridional ; quelques navires s'y livrent à la pêche de la baleine dans les archipels des Abrolhos. Au commencement du siècle une petite colonie de Chinois que le gouvernement avait fait venir à Rio de Janeiro pour la culture du thé, fut transférée à Caravellas, où elle s'éleignit promptement'. L'immigration se porte vers cette ville, tandis N° 64. — CARAVELLAS ET LES RÉCIFS. Ouest de Paris 41°20: UMP Le Q = CN ve Ouest de Greenwich d'après Mouchez C Perron frofondeurs deliSmètres cS5l0T del05507 a250Tet au cel fecifs ga couvrentet découvrent 1. 1000000 Re OU que le havre de Porto Seguro, près duquel commença l’histoire du Brésil par l’arrivée d’Alvarez Cabral, n’est guère fréquenté que des bateaux de pêche allant à la recherche d’une espèce de saumon, le garupä, au milieu des écueils voisins, les Itacolumi et les Abrolhos. Le petit archipel forme en pleine mer un excellent petit port « où les navires de commerce n’ont ni droits à payer ni contrariétés de douane à craindre? ». 4 Maximilien de Wied-Neuwied, ouvrage cité. 2 E. Mouchez, ouvrage cité, qu rés de sur nag qua A se si à l'E nom autot Maru rivag Velha se dr Penh: église autre Vialior Mouch giseme ! Aug. SE.M Perron ee du \eaux rupä, petit es de re? ». CARAVELLAS, PORTO SEGURO, VICTORIA. 295 Säo Matheus, dans la partie septentrionale de l'État d'Espirito Santo, s'entoure de caféteries et de champs de manioc, dont les produits s’expé- dient par le port dit officiellement (: aceiçäo da Barra; mais, comme la plupart des ports de rivières, on désigne simplement par le nom de « Barra », auquel on ajoute le nom du cours d’eau dont il occupe l'embouchure. Un autre village s'élève à la barre du rio Dôce, mais sans importance commerciale à cause des difficultés du chenal, surtout quand souffle le vent du sud : les navires calant plus d’un mètre et demi sont alors en danger. Dans l’intérieur du fleuve, la navigation n’est sûre que pour les embarcations ayant au plus soixante centimètres de quille. Cepen- dant le rio, presque sans valeur économique dans sa partie inférieure, bordée de marécages, à demi fermée par un seuil élevé, arrose dans sa partie haute une des régions les plus riches de Minas Geraes, celle où se trouve la capitale, Ouro Preto, presque entièrement privée de commu- nicalions avec le littoral. On s'occupe maintenant avec activité de con- quérir ces débouchés par la construction de chemins de fer. Le futur réseau de voies ferrées dans la partie orientale de l'État est tracé d'avance de manière à faire converger ses lignes vers la ville de Pessanha, située sur un affluent septentrional du rio Dôce. Le gouvernement y avait réuni naguère les restes de tribus indiennes". Les cotons de Pessanha sont d’une qualité supérieure. Au sud du rio Dôce, quelques petits ports, Riacho, Santa Cruz, Almeïda, se succèdent jusqu'à la large baie d’Espirito Santo, qui a donné son nom à l'État et où se trouve Victoria, la capitale, mieux connue sous l'ancien nom de Capitania. Celle-ci s'élève à l'extrémité sud-occidentale de l'ile autour de laquelle se déroulent les eaux de la baie en un étroit chenal, le Maruypé, traversé à son étranglement par un pont de bois; en face, sur le rivage du continent, se montrent les restes de l’ancien chef-lieu, Villa Velha, dominé par les masses imposantes de couvents et d'églises; à l'est se dressent, isolés dans la plaine et commandant l'entrée de l'estuaire, la Penha (150 mètres) et le mont Moreno (210 mètres), portant l’une son église et l’autre son phare. Au nord, par delà le Frade Leopardo, une autre montagne plus haute, le Mestre-Alvarez, dit généralement par abré- viation Mestialvé, élève trois pointes égales à 980 mètres. C'est, d'après Mouchez*, un ancien volcan, depuis longtemps éteint, et l'on y trouve des gisements de soufre. Par sa masse, son isolement et sa proximité de la 1 Aug, de Saint-Hilaire, Voyage dans lcs provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes. 8 E. Mouchez, ouvrage cité, 296 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, côte, le Mestialvé est un point de repère les plus remarquables de toute la côte du Brésil. Il y a quelques années, Victoria, encore privée de trafic, ne recevait guère que des goélettes; des travaux d'aménagement dans Île chenal du port, qui n’a pas moins de 5 à 6 mètres sur le seuil de la barre, permettent l'accès aux grands navires venus d'Europe. Son commerce s’accroit rapidement et les immigrants y débarquent par milliers : désor- N° 6%. — VICTORIA. Ouest de Par Quest de Greenwich D'après les cartes de la Marine francaise. C. Perron. Profondeurs : TS == f — (RTE) E = — ES = tea De 0 à 5 mètres, De 5 à 10 mètres. De 10 mètres et au-delà. Bancs de sable. 1 140 000 0 4 kil mais l’Espirito Santo est devenu indépendant de Rio de Janeiro pour les relations d'outre-mer. Les colons, Allemands, Polonais, Suisses, Tiroliens, Portugais, Italiens, ceux-ci en très grande majorité, au nombre d'environ 50 000, s’établis- sent surtout dans la partie méridionale de l'État, près d’'Anchieta, — l'ancienne Benevente, — autour d’Alfredo Chavez, d'Itapemirim et de Cachociro. Anchieta a reçu son nom en l'honneur du missionnaire jésuite qui avait groupé autour de lui 12000 Indiens des forêts environnantes. Aussi longtemps que durèrent ces « réductions », les prêtres en écartèrent les blanes avec rigueur, et mème, lors de leur expulsion du Brésil, ils firent stipuler qu’on laissât autour du village de leurs catéchumènes un espace « inaliénable » de six lieues carrées; mais à peine étaient-ils partis, que l'enclave était envahie. Quelques-unes des colonies actuelles, encore sous la tutelle gouvernementale, reçoivent un subside annuel avec la Ver gra de rivi que fond for 1V lation Ouro I Diama Januar Serro, Sabarà Pitangr Morro ! Cabrobc Penedo, Aracajû Säo Chr Propria, ule fic, s le rre; erce 1SOT'- .— pour aliens, tablis- a, — et de ésuite antes. tèrent il, ils es un artis, ncore ec la ESPIRITO SANTO, RIO DE JANEIRO. 297 semence et le bétail, mais la plupart des groupes de colons sont déjà « émancipés », c'est-à-dire livrés à leurs propres forces, et travaillent à leurs risques et périls sur des domaines divisés en petites propriétés. La culture principale est celle du cafier, dont la récolte était évaluée en 1892 à 20 millions de kilogrnmmes; mais on s'occupe aussi dans les colonies de produire le manioe, le riz, les haricots et autres vivres pour le marché des cités voisines". ‘ VI BASSIN DU PARAHYBA. ÉTAT DE RIO DE JANEIRO ET MUNICIPE NEUTRE. L'État dans lequel se trouve la capitale de la République occupe une zone de transition. La côte océanique ÿ change brusquement de direction à la pointe du cap Frio. A l'orientation qui, d’une manière générale, s'était maintenue, à partir du cap Säo Roque, dans le sens du nord-est au sud- ouest ou du nord au sud, succède un littoral qui se reploie directement vers l’ouest pour reprendre son allure normale après avoir décrit une grande courbe régulière. La ligne du tropique passe au sud de l'État de Rio de Janeiro, et coïncide ainsi avec le mouvement de la côte. La rivière Parahyba, qui naît sur les plateaux de Säo Paulo, au mème seuil que les hauts affluents du Paranä, coule au nord-est dans une pro- fonde coupure, comme pour limiter nettement la masse angulaire que forme l'État. Par ses pentes supérieures il appartient à la zone des 1 Villes principales appartenant au bassin du Säo Francisco et au littoral adjacent, avec leur popu- lation approximative : Minas GERAES. Baura. Ouro Preto,. . . . . . . . 20 000 hab. | Bahia. . . . . . . . . . . 200000 hab. Diamantina.. . . . . . . . 14000 » Cachoeira et Sûo Felix. . . 90 000 » JanUtia a NN 10000 » Nasnrolhis : , / :, 8600 » SEITOe + + + + + + + à + à 7000 » Santo Amaro. . . . . . … , 7000 » Sabar . ... ....... 5000 » | Jtaparica . . . . . . . . . 6000 » Pilanguy . . . . : , . . 5000 » Barra do Rio Grande. . . . . 6000 » Morro Velho. . . . . . , . 5000 » | Carinhanha., . . . , . .. 3000 » PERNAMBUCO. Canaviciras 4, , 3 000 Gb ns ne “SON R LR à Penedo. . . . . ANR à 5000 hab. | Philadelphia. . . . . . .. 2000 » SERGIPE. Iheos.. . CES pee DA AS ON COX: 1 500 » Aracajé. . . . . . . . . . 15000 hab. | Porto Seguro. . . . . . . . 1000 » Säo Christoväo, . . . . . . 5000 » EsririTo SANTO. Li) di OR EEE 3000 » MIGOtee merTN aer 20 000 hab. xx. 38 SRE PROPRES RSS fete + ep ete 298 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, plateaux tempérés, et à la zone tropicale par ses plaines basses, ses marais, le delta du Parahyba. Presque tous les voyageurs connus qui explo- rèrent le Brésil ont visité Rio de Janeiro, et dès les premiers temps de l'histoire du Nouveau Monde les bords de cette baie prirent une impor- lance capitale, grâce à l'appel qu'elle exerça sur les commerçants et les marins et aux descriptions de Jean de Léry et d'André Thevet. Depuis ces âges héroïques où Portugais et Français se disputèrent la possession du Nietheroy, des milliers de visiteurs ont contribué à faire connaître ce pays sous tous ses aspects; cependant il ne possède pas encore (1895) de carte détaillée offrant une précision approximative. Du moins la cité et le municipe neutre qui en dépend, la partie la plus populeuse du Brésil, auront-ils bientôt, grâce à une triangulation précise, d'excellents documents à utiliser*. Le rempart de montagnes qui domine au nord-ouest la vallée du Para- byba serait la limite naturelle de l'État, mais la ligne de frontière tantôt suit la crête, tantôt les eaux d'un affluent ou du Parahyba lui-même. Cepen- dant le massif le plus élevé de la serra Mantiqueira se trouve dans l'État de Rio de Janeiro, précisément à son angle sud-occidental, confi- nant avec l'État de Säo Paulo. C'est là que se dresse l'Itatiaya ou « Roche Flambante », le mont le plus fier de tout le Brésil et celui qui présente directement au-dessus de sa base la plus forte pente: tandis que les monts de Minas Geraes ont pour socle le plateau central, le fossé que parcourt le Parahyba se ereuse au pied de la Mantiqueira et de sa cime culminante. Diversement évaluée, l'altitude de l'Itatiaya n’est pro- bablement guère inférieure à 5000 mètres* : parfois, pendant l'hiver, après les longues pluies, on y remarque des stries de neige, et la température s’y abaisse au-dessous du point de glace. L’Itiataya, de formation volca- nique, doit peut-être sa grande élévation relative à une origine relative- ment récente : il a surgi à travers le rebord usé du plateau’; des eaux sulfureuses jaillissent de sa base“. Le lieu du Brésil où des familles rési- dent le plus haut pendant toute l’année se trouve sur les pentes de l'Itatiaya. Le botaniste Glaziou gravit le premier la montagne, en 1871. 1 Superficie et population probable de l'État de Rio de Janeiro et du municipe neutre : Rio de Janeiro. . . 40 396 kil. carrés; 1 500 000 hab.; 32 hab. par kil. carré. Municipe neutre. . 1594 » » 590 000 » 395 » » » Ensemble, . 41790 kil. carrés; 1 850 000 hab.; 4% hab. par kil. carré. 2 Altitude de l'Itatiaya, d'après Glaziou : 2712 mètres. 3 Orville B. Derby, Os Picos allos do Brasil. 4 José Franklin da Silva, Revista do Instituto Historico, 1882. So Pa l'État cessive -t d'as fameux désigne la « ch naires, blanes Therezo aVoisina pointe x ses plo- s de por- , les s ces n du e ce K93) cité se du Ilents Jara- tantôt icpen- dans confi- Roche résente ue les sé que de sa st pro- , après érature volca- lative- $ Caux s rési- tes de T1. MANTIQUEIRA, ITATIAYA. 299 En se prolongeant au nord-est, la serra Mantiqueira s'abaisse graduelle- ment et présente des brèches, dont l’une a été utilisée au seuil de Joûo Ayres (1115 mètres) pour le tronc du chemin de fer qui se ramifie à l'ouest dans l’intérieur de Minas Geraes. Mais, tout en amoindrissant son relief, la chaine projette des contreforts latéraux qui en maints endroits prennent l'aspect et le nom de « serres ». De l'autre côté de la dépression profonde dans laquelle coule le Parahyba une arête assez régulière se développe parallèlement à la serra Mantiqueira : c’est la chaîne à laquelle dans le N° C6. — CHAINE DE L'ITATIAYA. Oue PAP 4 C. Perron Säo Paulo on donne le nom de serra do Mar ou « rangée Côtière ». Dans l'État de Rio de Janeiro elle perd cette appellation pour en prendre suc- cessivement plusieurs autres, selon les contrastes de hauteur, de direction t d'aspect. Parmi ces divers fragments de la chaîne du littoral, le plus fameux est celui qui se profile au nord-est de Rio de Janeiro, et que l’on désigne, d’une manière un peu exagérée, comme la serra dos Orgäos ou la « chaine des Orgues » d'après la forme de ses escarpements colum- naires, peut-être aussi à cause des bandes alternées de lichens noirs et blancs que présentent les parois de rochers suintant l'humidité. Près de Therezopolis, une aiguille isolée, laissée debout par l'érosion des roches avoisinantes, a reçu le nom de « Doigt de Dieu » : en forme d’index, elle pointe vers le ciel. La cime la plus haute des Orgues, la Pedra Assû ou 300 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, « Grande Pierre » atteint 2252 mètres, d'après Glaziou. Au nord-est, là où la chaine se rapproche du bas Parahyÿba, qui se perce une ouverture à travers les monts, un morne isolé, le Frade de Macahé, s'élève à 1750 mètres, et dans la serra das Almas les trois pics de Matheus sont évalués à 1880 mètres. Une voie ferrée, de Nictheroy à Nova Friburgo, traverse l'arête des Orgues à 1096 mètres d'altitude, La serra de Tinguä, qui continue les Orgues à l’ouest et dont le point culminant s'élève à 1690 mètres, contraste avec les montagnes voisines, formées de gneiss et de granit, par des roches d'origine volcanique, aux cratères oblitérés', À l'occident du Tinguä, un chemin de fer, que l'on considéra longtemps comme la merveille de l’industrie brésilienne, sous- franchit la serra do Mar par de fortes rampes et dix-huit tunnels, attei- gnant le faite à 412 mètres. Cependant des cols, moins élevés, entail- lent la chaine plus à l'ouest, au-dessus des golfes d’Angra dos Reis et de Paraty, qui échancrent profondément le littoral. Plus loin, sur les fron- üères de Säo Paulo, le massif presque isolé de la serra Bocaina élève ses hautes cimes (1500 mètres) en face du groupe superbe de l'Itatiaya, dont le sépare la vallée supérieure du Parahyba. Enfin, encore à l'exté- rieur de la chaine côtière, quelques étroits massifs se dressent brusque- ment au-dessus de la mer, îles dont les anciens détroits se sont assé- chés : telles les cônes et les croupes qui entourent la baie de Rio de Janeiro. Le mont de la Tijuca, terminé par son « bec de Perroquet » (1025 mètres), où Agassiz croit avoir vu des traces d'action glaciaire, est la pointe suprême de ces massifs péninsulaires qui dominent l'entrée du port. Quelques îlots en pleine mer indiquent les affleurements des crêtes marines parallèles à celles de la terre ferme. Le Parahyba ou Parahyba do Sul, la rivière qui coupe si nettement l'Etat dans le sens de sa longueur, nait à l'extrémité sud-orientale du Säo Paulo de diverses sources très voisines de la mer. Le courant descend d’abord au sud-ouest, en sens exactement inverse de la direction qu'il prend après avoir échappé aux parois de rochers qui le resserrent. Gave interrompu de cataractes, il s'élance de roche en roche à la base de l'Ttatiaya, qui par son versant opposé lui envoie le rio Preto, coupé de cascades; il reçoit ensuite le Parahybuna ou la « rivière Noire », qui roule des paillettes d'or, puis, beaucoup moins incliné, il descend jusqu’à la gorge de Säo Fidelis, en amont de laquelle il se mêle au torrent des Dous Rios, formé par le rio Negro et le rio Grande. En entrant dans ce défilé, le Parahyba ! Orville À. Derby, mémoire cité, 1, là rture \ “ we à sont ut'go, point sines, e, aux e l’on . soUS- attei- entail- s et de s fron- ève ses tatiaya, | l'exté- rusque- at assé- Rio de oquet » ire, est l'entrée nts des t l'État o Paulo d'abord id après mpu de qui par | reçoit es d'or, Fidelis, mé par arahyba PICS DE B ; LES DE LA CHAINE DES URGUES, PRÈS DE THEREZOPOLIS. )e è Dessin de Boudier, d'après une photographie. ses e4 « riviè les ar fonds le cou bords! ! Rio] RIVIÈRE PARAHYBA. 303 n'est plus qu'à 70 mètres au-dessus de la mer : il en sort navigable et serpente en de grasses plaines d'alluvions jusqu'à la zone marécageuse de son delta, Les troubles apportés par les eaux brunes du courant se déposent en mer par une saillie de forme triangulaire et par des bancs de sable très étendus qui se déplacent fréquemment pendant les inon- dations et les tempêtes; seuls les caboteurs de 2? mètres peuvent franchir la barre, On discute encore sur le sens du mot Parahyba, La couleur de N° 07, — LITTORAL OCÉANIQUE DE MIO, Ouest de Greenwich C. Perron Hofondeurs OO mètres O0 æSOS0O 7 dOTetau delà 1 : 1800 000 ————— — — — 1 Ü 60 kil. ses eaux ne permet pas d'accepter l'étymologie donnée par Milliet : «rivière Claire ». Celle de Burton, « rivière Mauvaise », se justifie par les arêtes parallèles de rochers qui traversent le fleuve et par les bas- fonds marécageux qui l’accompagnent. D’après Auguste de Saint-Hilaire, le cours d’eau a reçu ce nom des forèts de paraibo qui croissent sur ses bords". ! Rio Parahyba do Sul : Longueur du cours . . . . . . . 950 kilomètres. Superficie du bassin, . . . . . . 64000 kilomètres carrés, Longueur du cours navigable . . . 80 kilomètres. Débit moyen probable par seconde. 1 520 mètres cubes. d o04 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Le versant extérieur des chaînes côtières est trop étroit pour que des rivières abondantes en descendent; une des plus longues, le Macact, qui se déverse au nord-ouest dans la baie de Rio de Janeiro, n'a pas même une centaine de kilomètres : simple coulée qui se perd dans le magnifique bassin auquel Gonçalves donna le nom de Rio ou « Fleuve », eroyant à l'existence d'un courant fluvial digne de l'admirable entrée. Mais si le littoral manque de puissants cours d'eau, les nappes stagnantes et les N° 68. —— DOUCHE DU PARANYBA ET CAP SÂO THUMÉ. ile Suarulhos A , £ Ad == < M FE dv can) = à = S aps as Ouest de Greenwich d'après Massow et Gomes C. Perron /rofonaeurs ct TàlOmetres dela 207 baies à demi fermées y sont nombreuses. Au sud du bas Parahyba une ancienne baie marine, la Lagôa Feia où « Laide », maintenant séparée de la mer par un cordon littoral, s'étend sur une superficie moyenne d'environ 420 kilomètres carrés et se relie par des bayous à nombre d'autres élangs parsemés dans les terres basses : au nord, elle com- munique pendant la période des erues avec le Parahyba; à l'est, elle se rallache aux marigots en chaîne qui, des deux côtés du ci ap de Säo Thomé, bordent le littoral, séparé de la haute mer par un cordon de sable que dépose la houle et que les tempêtes modifient fréquemment; au sud-ouest, un canal, où plutôt un large fossé, traversant plusieurs autres lagunes, Ci sont gées, facile utilis de 1 rence La du Br mieu. des ,qui une lique an! à si le t les 20° ba une fparée yenne ymbre com- lle se 1omé, e que uesl, unes, 2 BAS PARAHYBA, CAP FRIO. 305 porte au Macahé l'excédent du flot que les gaves des montagnes ont versé dans la Lagôa Feia, A l'ouest de l'archipel d'îles et de promontoires péninsulaires que termine le cap Frio, plusieurs nappes se succèdent le long de la plage, comprimées entre la mer et la base des montagnes. La plus grande de ces lagunes, celle d'Araruama, reste en communication constante avec l'Océan par un grau qui s'ouvre au nord des collines du cap Frio, laissant pénétrer la marée librement; mais les autres étangs N° 69. — POINTE DU CAP FRIO, dôprès Mossuwet Domes CPerron t de 03 20mêtres Co? del00'etaud;i 1 : 950000 pe € 50 kil, sont fermés et les riverains doivent les ouvrir, après les pluies prolon- gées, en pratiquant ‘es coupures dans les flèches d ‘val. Il serait facile d'exploiter ces ctangs en salines, et en effet on les a fréquemment utilisés, même sous le régime portugais, quoique des ordonnances royales de 1690 et 1691 eussent interdit d'en extraire du sel et de faire ceneur- rence aux sauniers du Setubal. La baie merveilleuse qui a donné son nora portrgais À ia cité principale du Brésil, Rio de Janeiro, ou « fleuve de Jaitvier », et qui jadis était bien mieux nommée par ses riverains Tupi. Nicth::6y, « Eau cachée », on xx 39 306 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Guanabara, mot dont l'étymologie est incertaine’, appartient par son extrémité septentrionale au type des étangs riverains : c’est à la fois un golfe et une lagune. A l'entrée elle ressemble à un détroit. Les roches gra- nitiques se rapprochent, ne laissant entre elles qu'une passe de 1500 mè- tres avec 30 mètres d’eau sur le seuil. Puis les deux côtes opposées, à l’est et à l’ouest, se creusent de baies en hémicycle, dont les promontoires intermédiaires se prolongent par des îles et des îlots. Par delà le dédale de ces terres rocheuses et verdoyantes, s’arrondit le vaste lac intérieur, bordé de rives indécises que couvre et découvre le flot rythmé des marées. Sauf dans le chenal d'entrée, le cerele de collines et de montagnes semble se développer autour de la baie et de son labyrinthe d'îles : on se croirait perdu au milieu du continent si les voiles, points blanes sur les eaux bleues, ne rappelaient la mer. Des milliers d'embarcations reposent à l'ancre ou cinglent dans la baie, et pourtant il y reste de vastes espaces presque déserts. Avec ses trois cents iles, la nappe d'eau recouvre une superficie de #29 kilomètres carrés, dont plus du tiers avec une pro- fondeur suffisante pour les plus forts vaisseaux; l'endroit le plus creux se trouve à l’est des hauteurs qui portent la ‘ille et dont les escarpe- ments plongent dans la baie de Rio. La côte, profondément découpée, pré- sente une succession de criques ramifiées offrant aux flottes une surface de mouillage illimitée et s’ouvrant vers la mer par de très larges portes. Cependant certaines parties de la baie s’envasent peu à peu et d’anciens lieux d'ancrage ont dû être abandonnés par les navires. En dehors du rivage intérieur formé par le golfe, le littoral régulier est indiqué à l'ouest du massif de Rio par une flèche de sable, la restinga de Marambaia, se déployant en une plage presque rectiligne entre un pro- montoire et un ilot. Plus loin, le cône de lilha Grande, haut d'un millier de mètres, se profile sur le même alignement, projetant ses pointes dar: la direction d’un musoir péninsulaire, encore plus élevé, qui sépare de la haute mer le golfe de Paraty. Au devant de ces iles et presqu'iles la mer reste profonde. Montagne, vallée, littoral, la région offre dans un espace restreint des zones parallèles se distinguant par leur climat; les deux orientations de la côte, l’une du nord au sud, l’autre de l'est à l’ouest, ajoutent le régime des brises alternantes au contraste dans les variations de la température; 4 Emile Allain, Rio de Janeiro. Gr ou dic pa: mi da soi qui Pris neul nor VOIS gers d'éf des sana perd mod aurai La rito ; daas dans ont d un ja Letar hande en no 2000 1 Moy 0 Clima * Con Rio 5 [leu son un pr'a- mè- l’est res dale eur, "es. mble irait caux ent à paces une pro- Cl'EUX arpe- , pré- arface ortes. iciens er est ga de pro- illier dar: re de les la ture; LITTORAL, BAIE DE RIO. 507 l'humidité relative est toujours très élevée’, et les valeurs extrêmes s’en écartent peu pendant l'année entière. Elle est plus forte pendant les mois d'été et c’est aussi dans la même saison que se produisent la plupart des crages, amenés généralement par les vents de l’ouest et du nord-nord- ouest. La direction la plus commune des vents est celle de l'alizé méri- dional, qui souffle en moyenne du sud-sud-est. Rio de Janeiro ne subit pas de grandes perturbations atmosphériques : les oscillations du baro- mètre y sont en général peu prononcées, n’excédant pas à à 10 millimètres dans l'intervalle de quelques heures. Les baisses, si minimes qu’elles soient, sont l'indice ordinaire des pampeiros, les forts vents du sud-ouest qui, sous le nom espagnol de pamperos, traversent les plaines de la Plata. Pris dans son ensemble, l'État de Rio de Janeiro, avec le « municipe neutre » qu'il enclave, n'est pas une des contrées salubres du Brésil; de nombreux marécages et les bords vaseux des ruisseaux dans la partie voisine du littoral sont dangereux en toute saison, surtout pour les étran- gers; les fièvres endémiques en défendent les abords et pendant les années d'épidémie la fièvre jaune interdit le séjour aux blancs. Mais les pentes des montagnes, les sommets bien exposés aux vents du large, offrent des sanaloires où l’Européen recouvre la vigueur et la santé, amoindries ou perdues dans les plaines inférieures*. On dit que le climat de Rio s’est modifié depuis la destruction des grandes forêts : les pluies et les orages auraient beaucoup moins de régularité qu’autrefois. La flore, ja faune de la contrée, analogues à celles de l'État voisin, Espi- rito Santo, ont été déjà très fortement modifiées autour de la capitale et das les districts environnants : la forêt vierge ne s’est maintenue que dans les endroits malsains de la plaine ou sur les escarpements peu accssibles, Quant aux animaux sauvages, la plupart des grandes espèces on! aisparu : on ne voit plus de tapirs, et rarement le chasseur rencontre un jaguar dans les gorges les plus écartées de la serra; les troupeaux de evaris et autres porcos do matto ne sont plus représentés que par des bandes de fuyards bien éclaircies; même les espèces d'oiseaux ont diminué en nombre; mais on compte toujours 800 espèces de papillons, plus de 2000 formes d'insectes dans un cercle étroit autour de la baie”. 1 Moyenne de l'humidité relative à Rio de Janciro, de 1881 à 1890 : 78,40 pour 100 (L. Cruls, 0 Clima do Rio de Janeiro). * Conditions météorologiques de Rio : Années Températures L Jours Hauteur d'obs, Latitude, Altitude, maxim, moyenne, minim. Écart, de pluie, de pluie, Rio, . . . 40 220,54 66 mèt. 390 220,92 100,2 980,8 127 1,091 5 Heusser und Claraz, Petermann's Mittheilungen, 1860, Heft VII 308 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. Le monde de l’homme présente le même phénomène que celui des plantes et des animaux. Il n'existe plus d'aborigènes dans les limites de l'État et l'on ne reconnait même pas les métis ou descendants de métis qui perpétuent l’ancienne race native des Tamoyos, « Tamoï ou Aïam », amis des premiers colons français ou « Maïr ». Comme tels, ils étaient ennemis des Portugais, uniformément connus par les populations indiennes du Brésil sous le nom de « Perd! ». Ceux-ci cherchèrent pour alliés, dans l'Espirito Santo, les Indiens Mbarancaya ou les « Chats », et grâce à cette alliance parvinrent à triompher des Français et des aborigènes riverains de la baie. La plupart des Tamoyos furent exterminés, les autres s'en- fuirent, et, d’après la légende, ce seraient les fugitifs qui, sous le nom de Tupinamba ou de Tupinambaranas, « premiers Maîtres du Pays », auraient fini, aprè: vne longue migration, par s'établir dans la grande île de ce nom, en aval de la bouche du Madeira. Les chasseurs paulistes, courant à la poursui& dd: gibier humain, pour alimenter d'esclaves les mines et les plantations, con!:ibuèrent aussi à la destruction de la race des Tamoyos. Ces Indiens, que connurent les premiers voyageurs européens, étaient des Tupi de race pure; ils parlaient cette langue « générale » qui est l’idiome commun à la plupart des aborigènes de l'Amazone à la Plata, et le vocabulaire recueilli par Jean de Léfy coïncide presque avec les mots de la langue oyampi, usitée maintenant dans la Guyane française*. Les premiers voyageurs européens, Hans Staden, Jean de Léry, Magalhanes de Gandavo, s'accordent en décrivant les mœurs des Tupi du littoral, et leurs récits coïncident presque avec ceux que font Yves d'Évreux et Claude d'Abbeville des Indiens du Maranhäo, appartenant au même groupe de nations. Ces Indiens se peignaient le corps en rouge avec le roucou, en noir avec le génipa et, bien plus que ne le faisaient naguère les Botocudos, se défiguraient par l'introduction d'objets étrangers dans la peau du visage. Îls perçaient la lèvre inférieure des enfants, agrandissant peu à peu l'ouverture, de manière à y passer une pierre ou un disque de bois; ils se trouaient aussi les joues pour y insérer des morceaux de cristal, et mettaient leur vanité à se recouvrir la figure de protubérances artifi- cielles, à se coller des épines et des plumes sur le corps; mais presque tous étaient sains et vigoureux : « il n’y a presque point de boiteux, borgnes, contrefaits ni maléficiés entre eux. » Ils habitaient de grandes abanes ayant jusqu'à 50 mètres de longueur, avec autant de foyers qu’il 1 Candido Mendes de Almeida, Revista do Instituto Historico, 1878. # Henri Coudreau, la France Équinoxiale; — Notes manuscrites. enc Par et : tua Enr teca tous app. un | eux décc amp perce ‘M sil 5 G ANCIENS HABITANTS DU LITTORAL. 309 des y avait de ménages séparés. À chacun son hamac, le ‘ong du corridor s de commun : le vaste dortoir ressemblait à l'entrepont d’une galère. Ils nélis vivaient en paix : l'ami de l’un était l'ami de tous, et celui qui avait de n », quoi manger, si peu que ce fût, partageait avec ceux qui l'entouraient". ent Le mariage était strictement endogame et les Tamoyos épousaient de nnes droit leurs nièces, filles de frères ou de sœurs. D'après Gandavo, quelques dans femmes, dédaignant les occupations de leur sexe, s’habillaient, s'ornaient cette comme les hommes, portaient l’are et les flèches pour chasser avec eux ains de compagnie; chacune prenait à son service une autre Indienne, qu'elle s'en- disait sa femme. Lorsqu'un étranger se présentait dans un village, les m de jeunes filles se précipitaient au-devant de lui, échevelées et pleurantes, ‘aient faisant mine de s’apitoyer sur les fatigues et les souffrances qu'il avait le ce subies dans son voyage. Les épreuves d'endurance étaient fort en honneur urant chez les Tupinamba. Le chef, passant dans les cabanes, faisait aux gar- 1es el çons des entailles à la jambe avec une dent de poisson très aiguë, afin 10YOS. qu'ils apprissent à souffrir sans se plaindre et à mériter le nom d'hommes taient et de guerriers. Pendant les batailles, les combattants s’insultaient et se ai est criaient de camp à camp des malédictions : « Que tous les malheurs fon- ta, el dent sur toi! Aujourd'hui je te mangerai! » Et le vainqueur mangeait en , mots effet la chair du vaincu. Telle était la gloire attachée à cet exploit, qu'à partir de ce jour-là l’Indien changeait de nom et en donnait un autre à hanes sa femme, d'oiseau, de poisson, de fleur ou de fruit”. ral, et Les Ouateca ou Goytacazes, les « Coureurs », dont le nom s'applique laude encore aux régions basses, « Campos dos Goytacazes », que parcourt le pe de Parahyba à la sortie des montagnes, n'appartenaient point à la race tupi u, en et vivaient à part; c'étaient des Tapuyas, frères des Aimores*, et consti- tudos, tuant une sorte d’enclave au milieu des populations d’origine différente. u du Ennemis de tous leurs voisins et mème se disputant entre eux, les Oua- peu à leca, vrais « diablotins » dit Jean de Léry, étaient les plus sauvages de tous les Indiens du littoral et la frayeur qu'ils inspiraient les faisait apparaître d’une taille gigantesque et d’une force extraordinaire. Habitant un pays tout autre que celui des autres Indiens, ils contrastaient aussi avec eux par les habitudes. Au milieu de leurs plaines rases, ils combattaient à découvert ; les lacs, les étangs, les rivières en avaient fait des êtres à demi amphibies, se jetant à l’eau et plongeant comme des loutres; leurs huttes, perchées sur un pieu au-dessus de la terre fangeuse, ressemblaient à bois ; rista}, artifi- esque teux, ndes qu'il 1 Magalhanes de Gandavo, Histoire de la province de Santa-Crus, collection Henri Ternaux. # Hans Staden : Description d'un pays habité par des hommes sauvages, collection Ternaux. 5 Gandavo, ouvrage cité. 510 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, certains colombiers; pour les pointes de leurs armes, ils employaient les dents aiguës du requin. Près de leurs campements, ils amoncelaient en ilots les ossements des ennemis vaincus. Pendant près d'un sièele ils résistèrent à toutes les attaques des Portugais; mais, en 1650, ils durent enfin céder, Plusieurs périrent dans la lutte, d’autres se laissèrent parquer dans une colonie agricole, et les plus heureux s'enfuirent dans les forèts, sur les confins de Minas Geraes. Quittant les libres savanes pour les fourrés épais, ils coupèrent leurs longues chevelures et se rasèrent au sommet de la tête; d’où le nom de Coroados ou « Couronnés » que leur donnèrent les Portugais comme à tant d'autres tribus indiennes qui se coiffent de la même manière’. Si l'élément aborigène, très mélangé, ne se retrouve maintenant qu'en de rares endroits du littoral et des forêts dans la population de l'État et du district où s'est bâtie la capitale, l'Ancien Monde s'y voit représenté par des Africains et les émigrants de toutes les contrées européennes. En aucune pitie du Brésil la race n'est plus cosmopolite dans ses origines, et le grand mouvement d'affaires que la capitale entretient avec les pays d'outre-mer lui donne dans l'ensemble de la République un caractère presque etranger; en outre, quelques colonies fondées à l'intérieur par des immigrants venus d'Allemagne et de Suisse ont encore un reste de leur physionomie européenne. Telle est l'importance de la cité prépondérante en comparaison des autres agglomérations du district et de l'État, que celles-ci peuvent être considérées comme de simples dépendances de Rio, à l'exception des villes qui se succèdent dans le fond de la vallée du Parahyba et qu'un rempart de hautes montagnes sépare de la baie. Lieux de marchés locaux pour l'approvisionnement des caféteries environnantes, elles doivent leur prospérité à la récolte brésilienne par excellence : chaque hausse, chaque baisse du café, se révèle aussitôt dans leur aspect. Elles se succèdent nom- breuses le long du fleuve : Rezende, que commandent les massifs les plus élevés de la Mantiqueira; Barra Mansa, où les rapides sont assez faciles à franchir, ainsi que l'indique le nom mème de la localité; Barra do Pirahy, à la bouche de la rivière du même nom; Parahyba do Sul, dési- gnée d'après le fleuve qui en lave la berge; Entrerios, au confluent du * Anchieta; — Max. de Wied-Neuwied, ouvrage cité; — Auguste de Saint-Hilaire, Voyage dans le district des Diamants. gran l'em el cl la ter les À les bc M p des D Puri. « Brig étonna La « soixant ou Gu: pris ui fécondi non loi, majeure naissanc Visionne Planteur ! James ! È Americ 5 Maximil en du par , En nes, pays ctère r par te de des { être des qu'un )JCAUX | leur aque nom- plus iciles ra do dési- at du » dans HABITANTS DU LITTORAL, VILLES DU PARANYBA. 511 arahyba et du Parahybuna. Barra do Pirahy et Entrerios ont pris une importance exceptionnelle comme points de diramation des voies ferrées; Barra do Pirahy est même une sorte de faubourg avancé de Rio sur les deux routes de Säo Paulo et des Minas, et possède les principaux ateliers de la voie : on y internait jadis les immigrants étrangers, pour les sous- l'aire aux atteintes de la fièvre jaune. D'autres villes ct bourgades, telles que Rio Claro, Vassouras, Valença, Cantagallo, sans être situées dans la vallée proprement dite, font partie de la même zone agricole et n'ont qu'une importance locale, tandis que Petropolis, Therezopolis et Nova Friburgo, quoique situées sur le versant du Parahyba, appartiennent à Rio de Janeiro, faubourgs avancés et sana- Loires dans l'air pur des montagnes. D'ailleurs, les sites occupés ne sont pas loujours ceux où des agglomérations urbaines seraient nées spontané- ment. La vallée jadis si féconde du Parahyÿba, qui pourrait alimenter une population considérable de petits cultivateurs, a été accaparée par quelques grands propriétaires, planteurs de cannes et de cafiers, qui ont désigné l'emplacement des marchés et dicté aux ingénieurs la direction des routes et chemins de fer'. Chose plus grave, leur mode de culture a détérioré la terre, et dans cette vallée du Parahyba que, par une ironie involontaire, les Mineiros continuent d'appeler la Matta ou la « Forêt », presque tous les bois sont abattus et les collines chauves s'élèvent au-dessus des maigres ‘ampagnes”?. Sûo Fidelis garde la sortie des gorges au-dessous du confluent des Dous Rios. Ce fut autrefois un village peuplé d'Indiens, Coroados et Puri. Ceux-ci, dont le nom, donné par leurs voisins, avait le sens de « Brigands », existaient encore en tribus au commencement du sièele : ils étonnaient par la petitesse de leur taille et leur physionomie mongole*. La cité de Campos, qui borde la rive méridionale du Parahyba, à une soixantaine de kilomètres de l'Océan, dans le pays des anciens Ouataca ou Guaytacazes, ne doit point son existence au caprice : aussi a-t-elle pris un développement rapide. Située dans une plaine d'une extrème fécondité, à la tête de la navigation fluviale et en aval de tous les affluents, non loin d'un promontoire, le cabo Säo Thomé, qui est l’une des saillies majeures de la côte brésilienne, Campos occupe un lieu indiqué pour la naissance d’une grande ville; à s'élevèrent les entrepôts pour lappro- visionnement de la vallée et pour la réception des denrées, puis les planteurs y construisirent leurs palais, les ingénieurs y firent converger les 1 James Wells, Three Thousand miles through Brasil. * Americo Werneck, Problemas Fluminenses. 5 Maximilien de Wied-Nceuwied, ouvrage cité, 312 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, routes et les chemins de fer, et jetèrent un beau viaduc sur le fleuve, remplaçant l’ancienne barca-pendula. L'industrie locale, celle du sucre, est centralisée en quelques puissantes usines ou engenhos, appartenant les unes à des particuliers, les autres à des compagnies subventionnées par l’État, et broyant par année cinquante ou soixante mille tonnes de cannes. La plus importante, celle de Quissaman, possède une vaste étendue N° 70. —— CAMPOS ET BAS PARAHYBA. daprès Massow et Gomes 1: 1100000 1 0 50 kil ne dispose que de mauvais ports : Säo Jôao da Barra, située près de la bouche du rio Parahyba, et beaucoup plus au sud Imbetiba, faubourg de Macahé, ville qui garde l'embouchure de la rivière de même nom et qui communique avec Campos par une série de bayous et de lagunes for- mant un canal continu de 90 kilomètres‘. Un village indien existait déjà en cet endroit au milieu du seizième siècle, et Jean de Léry parle d'un rocher inaccessible qui s'élevait comme une tour sur la côte voisine, de terres au sud de la Lagôa Feia. Pour son commerce extérieur, Campos | | | 1 Mouvement commercial de Macahé en 1892 : 200 000 tonnes. Exportation du sucre de Campos en 1892 : 180 975 sars ou 10 858 tonnes. Ave, cre, nant nées s de ndue JE 55" 21° 55 0 ron ampos de la 1bourg om et es for- it déjà > d'un oisine, pomme CAFIERS. DE PLANTATION | | XIX. AT D l'aut le cl Répu mais cons! bord de la L'asp après les il falais quels frapp * Jeu 8 Nitl MACAHÉ, CABO FRIO, RIO. 819 répandant aux rayons du soleil un tel éclat, qu'on pouvait le prendre pour une émeraude', Quel était ce rocher? Peut-être la superbe montagne dite le Frade de Macahé, qui pyramide à l'ouest sur un massif de la serra do Mar. Cabo Frio, le proriontoire insulaire où se fait brusquement, à 100 kilo- mètres à l'est de la capitale, la saute d'orientation dans les allures du rivage maritime, a donné son appellation à une ville située au bord d'une profonde crique, à l'issue du grau d'Itamaricä. De même que les autres ports de Serra Abaixo ou du « Piémont » brésilien, Cabo Frio exporte du sucre, de la mélasse, des eaux-de-vie de canne; elle expédie aussi d’autres denrées, notamment des vivres pour la consommation jour- nalière de Rio; en outre, elle est devenue un centre industriel pour la fabrication de l'huile de ricin, pour la préparation des conserves de cre- vettes, de homards, de sardines et la pulvérisation des coquillages trans- formés en une chaux qu'apprécient fort les architectes de la capitale. Mème après que les Français eurent été expulsés de la baie de Rio de Janeiro, le district écarté du Cabo Frio continua d'être visité par eux : grâce à leurs amis les Tamoyos, ils venaient y charger du bois de brésil et autres produits du pays. Philippe IT ordonna la construction de la ville en 1575 pour empêcher cette « contrebande ». Deux cités, qui se font face à l'entrée de la baie de Rio, sont l'une et l'autre désignées d’après cette admirable nappe d’eau : à l’est Nictheroy”, le chef-lieu actuel de l'État, à l’ouest Rio de Janeiro, la métropole de la République; l’une porte le nom indien, l’autre l'appellation portugaise, mais les deux, malgré les différences du régime administratif et politique, constituent un même organisme urbain, vivant de la même vie. C’est au bord de la rive occidentale, à la base des montagnes qui dressent à l’ouest de la baie leurs pyramides émoussées, que bat le cœur de la cité jumelle. L'aspect de Rio de Janeiro est saisissant, Quand on approche de la baie après avoir doublé le formidable rocher du cap Frio, on voit se succéder les îlots de granit, presque tous de forme ronde ou ovalaire, coujés de falaises sur le pourtour, recouverts d’un gazon court avec quelques bou- quets de cocotiers dans les creux abrités. Sur la côte, un pie superbe frappe la vue : c’est le morne d’Itaipü, appelé aussi Pico de Fôra ou « Pic * Jean de Léry, Histoire d'un Voyage fait en la terre du Brésil. 8 Nitherohy, Nitheroy : c’est l'Tteronne de Hans Staden. 516 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, du Dehors », parce qu'il se trouve à lorient de la baie; du côté de la mer, la paroi s'incline d'une pente égale comme si toute la face de ln mon- lagne s'était éeroulée en bloc, du sommet de l'aiguille aux brisants du litoral, et des îlots, le Pai, le Mai, le Menino, se groupent en « petite famille » à ses pieds. Mais bientôt on a dépassé ce colosse, et de l'autre côté de la dépression qui marque l'entrée du port, les sommets des mon- tagnes de Rio se redressent graduellement. Ce massif, limité à Foues! °°" la baie de Marambaia, est un monde de croupes, de pitons et d'aigu De loin, on cherche à identifier les diverses montagnes que signale la arte, Gâvia, Tijuca, Corcovado : on en reconnait les terrasses, les saillies, les précipices; mais à ces traits remarquables s'en joigaent tant d'autres, l'ensemble présente une si prodigieuse variété de crêtes, de pitons et de cimes, que les formes individuelles se perdent dans le chaos des roches. Par un beau temps, lorsqu'une lumière abondante contrastée par les ombres éclaire diversement, mais par nuances fondues, les escarpements de roches, les gazons, les forêts, et que les plans successifs azurés par l'éloignement se projettent sur l'horizon bleu des montagnes de l'inté- rieur, sur la serra da Estrella et les obélisques alignés de la chaine des Orgues, le massif de Rio offre un tableau gracieux par le charme du coloris et l'infinie diversité des aspects changeants. Mais quand un bas et gris isole le groupe des monts avancés et que les strates de n ou les stries d'averses cachent ou montrent tour à tour les pyramues aiguës, les murailles à pie, les ravins sombres, le paysage prend une apparence polaire : on croirait approcher d’une île de Désolation, comme dans les archipels groenlandais ou dans la Terre de Feu, et l'on se demande avec étonnement comment les hommes ont pu fonder en pareil lieu une grande cité, pourtant l'une des plus charmantes de l'univers. On dépasse l'ilha de Cotuntuba, dernière roche insulaire, et la masse puissante du Päo d’Assucar se dresse à l'ouest, dominant l'entrée. Déjà depuis longtemps on en discernait la pointe grandissante et les marins la signalaient de loin comme le pied du « géant couché » que représente le profil vaguement. bourbonien des montagnes de Rio. La pyramide grani- tique du Päo d'Assucar, le « Pot de Beurre » des premiers navigateurs français, rappelle seulement du côté de l’est la forme « pain de sucre » que lui attribue son nom vulgaire : au sud, il ressemble plutôt, avec les croupes qui le prolongent et les renflements de sa base, à un lion ou à un sphinx cambrant ses reins et posant ses pattes énormes au bord de la mer. Autrefois les gravisseurs se hasardaient rarement à tenter la montée du formidable monolithe, haut de 585 mètres; maintenant des barres d'a qui se un deu l'es les don roc} sif « Pi forti batte ville sert situé chée ento Vi États hugu par | l'imn établ après morr grou] appel Rio, ment nier Castel Säo I 2 kil bien sentei qu'à £ de ra r'arerr [LTCEE) une me sec reil asse Déjà s la RIO ET SA BAIE, 317 d'appui scellées dans la roche en rendent l'escalade facile. Une péninsule, qui se détache de la base du Püo d'Assucar, porte le fort de Süo Joûo, qui se poursuit en mer par un ilot rocheux, Lage ou la « Pierre », occupé par un autre fortin. L'entrée de 1500 mètres se trouve ainsi décomposte en deux passes, celle de l'ouest, peu utilisée par les embarcations, celle de l’est, chenal de 900 mètres en largeur, dans laquelle pénètrent facilement les navires. La presqu'ile orientale, Santa Cruz, longue terrasse plate dont les murs extérieurs, percés d'embrasures, se confondent avec la roche, a été transformée en forteresse : c'est le principal ouvrage défen- sif de Rio. Un fort et diverses batteries, s’alignant sur l'étroite arête du « Pie » auquel s'appuie la plate-forme de Santa Cruz, complètent les fortifications du côté du large. Puis, dans l’intérieur de la baie, d'autres batteries arment les promontoires des deux rives, tandis qu'en avant de la ville proprement dite l'ilot allongé de Villegagnon, également fortifié, sert de caserne aux soldats de marine et de poste avancé à l'arsenal, situé à un kilomètre environ sur la pointe de terre ferme la plus rappro- chée. C’est au nord de Villegagnon que les paquebots jettent l'ancre, entourés aussitôt par une flottille de petits vapeurs. Villegagnon, qui se nommait jadis Serigipe ou Sergipe, comme un des États de l'Union, fut le point initial de la cité. C'est là que l'aventurier huguenot fonda en 1559 le chef-lieu de la « France antarctique », défendu par le fort Coligny et destiné à devenir un jour la ville principale de l'immense Brésil. Quelques années plus tard, le Portugais Estacio de Sû établit ses troupes victorieuses en terre ferme, près du Päo do Assucar ; après sa mort, on transféra ce poste militaire sur le promontoire dit morro do Castello, et dans la conque ouverte à sa base septentrionale se groupèrent les premières maisons de Säo Sebastiäo do Rio de Janciro, appelé aussi dans quelques documents Sebastianopolis. Pour les Brésiliens, Rio, et officiellement «a Capital Federal, sont les noms le plus fréquem- ment employés. Le noyau de la cité, qui s'est formé par degrés au der- nier siècle dans l’hémicycle ovalaire limité au sud par les morros do Castello et de Santo Antonio, au nord par une autre arête de coteaux, Säo Bento et Conceiçao, occupe de l'est à l’ouest un espace d'environ 2 kilomètres carrés. C'est peu pour une capitale, mais le terrain a été bien employé. Étroites sont les places en ce quartier, et les rues, qui pré- sentent dans leur ensemble un quadrillé presque régulier, ne laissent qu'à grand’peine pénétrer les voitures; cependant la plupart ont des lignes de rails. Les maisons, mesquines et sans aucun style, ne reçoivent que rarement la lumière du soleil et l'obscurité règne dans les profonds ma- 318 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Li gasins. Pourtant une de ces pauvres avenues, mal pavée, ouvrant ses [k Ka bouches d'égout au milieu de la chaussée, la rua do Ouvidor ou « rue d de l’Audiencier », est le rendez-vous par excellence des marchands, des AN promeneurs, des oisifs, à la fois l'artère du commerce et l'allée de la bc conversation. À certaines heures de la journée, les messieurs élégants el groupés au seuil des magasins saluent les dames qui passent : on se croi- ait dans une ville d'eaux plutôt que dans une cité d’affaires. À l'extré- mité de la rue, sur la place de Säo Francisco de Paulo, les beaux équi- Le SR PS AS pages, alignés en une double rangée, attendent que les maitres aient fini leur tour de promenade. L'ancienne Säo Sebastiäo dont la rue do Ouvidor forme l’axe, quoiqu'elle n'occupe pas exactement le milieu du quartier, ne constitue plus qu’une partie fort minime du Rio actuel. La ville a débordé de toutes parts au delà de l'enceinte naturelle marquée par les collines autour de la Säo Sebastiäo primitive. Comme un fleuve qui monte, elle a d’abord rempli le col bas ouvert entre le morro do Castello et celui de Santo Antonio, puis elle s’est répandue par delà cette barrière le long des plages et dans les vallées tributaires, annexant successivement les villages, groupes d'habitations rurales et villas de plaisance qui se trouvaient sur son parcours. Graduellement, les collines rapprochées de la mer ont été entourées comme des îles par la marée montante des maisons, tandis que les mornes plus élevés de l'intérieur s’avancent comme des péninsules dans le demi- cercle des faubourgs. Les rues sinueuses pénètrent de plus en plus loin le long de la mer et dans les vallées maîtresses pour se ramifier dans les allons. C'est ainsi que se sont formés les quartiers de Lapa, sur la crique de même nom, au pied des morros de Santa Thereza; de Flamengo, plus au sud, sur une autre plage gracieusement infléchie; de Larangeiras ou des « Orangeries », entre les escarpements de Caridca et ceux du Corco- vado; de Botafogo ou « Boute-feu », sur une baie cireulaire que l’on croi- ait être un lac et qu'entourent en une pittoresque enceinte le Päo d’As- sucar et autres masses de granit; plus loin la chaine des faubourgs :e continue sur le bord de la mer par la plage de Capocabana, et au sud du sera Corcovado par divers quartiers qui se succèdent, jusque par delà la lagune bar! de Rodrigues de Freitas, au jardin Botanique et à Gävia. Pareil phénomène tanc d'accroissement graduel se produit des autres côtés : au nord, où l’étroite exet lisière de terrain comprise entre la base des collines et le port de com- de { merce s'est couverte de maisons et d'entrepôts, et où la longue baie en com hémicyele de Säo Christoväo se borde de toute une ville groupée autour de plus t ses c rue , des de la igants croi- extré- équi- pt fini qu'elle qu'une ris au la Säo rempli ntonio, ges et l'oUpes ur son tourées mornes » demi- us loin lans les crique 0, plus iras ou Corco- n croi- o d’As- urgs 5e sud du lagune omènce l'étroite le com- baie en tour de RIO ET SA BAIE. 319 l’ancien palais impérial ; à l'ouest, où, franchissant le vaste jardin public dit Largo da Republica (Praça da Acclamaçäo, l'ancien campo de Santa Anna ou do Honor), la cité se développe en faubourgs serpentins jusqu’au bord des ruisseaux qui descendent des vallées de la Tijuca. Dans son ensemble, Rio peut être comparée à une pieuvre immense dont le corps dapres Maschek deOR Sms. .ae5a 107 lO$207 ce£QTetaudelà 1: 90000 serait la ville primitive et qui projetterait en divers sens ses tentacules barbelées, De l'une à l’autre extrémité, en passant par le centre, la dis- tance est aussi grande que dans les plus vastes métropoles : Londres, par exemple, Des dernières maisons de Gävia, sur l'océan Atlantique, à celles de Cajt, dans la baie de Rio, ou de Cascadura, dans l'intérieur, on ne comple pas moins de 28 kilomètres par les voies les plus directes, et plus loin se forment de nouveaux ganglions, que des lignes continues 520 NOUVELLE GÉOGRAPHIE" UNIVERSELLE, de constructions rattacheront bientôt au noyau central. Ainsi l’ensemble urbain qui s'est graduellement développé autour de Villegagnon et du morro do Castello occupe une superficie que ne dépasse aucune autre capitale; mais il s'en faut que cet espace soit entièrement couvert de maisons : des rochers aux pentes inaccessibles, même des escarpements revètus de forêts sans aucun chemin, prennent une grande part du terri- toire. Vus de la baie, la plupart des faubourgs de Rio ressemblent moins à une ville qu'à une côte parsemée de villas comme la « Rivière » de Gênes. Les iles de la baie, couvertes de bâtisses militaires ou de maisons privées, appartiennent aussi à l'agglomération de Rio, de même que Nictheroy, la capitale de l'État, située sur la rive orientale de Ja baie entre deux péninsules. Cette ville, qu'on appelait at: "ais Praya Grande, s'étend, comme sa métropole, par des faubourgs qui . : prolongent sur les contours des plages et dans les vallons environnants : Icarahy, Jurujubä, Säo Lourenço. Ce dernier faubourg, situé au nord de Nictheroy, fut jadis l'aldeia des Indiens qui avaient aidé les Portugais dans leurs guerres contre les Français. Le jésuite Anchieta y interna des Ouateca convertis. Au commencement du siècle on reconnaissait encore le caractère métissé de la population de Säo Lourenço". Les Fluminenses où « Fluviaux », c'est-à-dire les habitants de Rio, exagèrent fréquemment la population de leur cité, et n'admettent pas volontiers que Buenos-Aires soit pour le nombre des résidents la première ville de l'Amérique Méridionale, On parle couramment du « million » d'hommes qui peupleraient Rio et sa banlieue; mais le recensement, si imparfait qu'il soit, offre cependant une approximation suffisante pour infirmer ces dires. La ville ne peut guère avoir, en 1895, plus d’un demi- million d'habitants, ainsi que le prouvent du reste les chiffres de l'état civil, publiés chaque jour. Le nombre des morts, qui varie, suivant les années, de 10000 à 15000, répondrait à une population résidente de 990000 à 500000 personnes, si l’on évaluait la proportion des décès à 50 pour 1000, comme dans les cités d'Europe à mortalité moyenne, mais non tout à fait insalubres, comme Naples, Florence ou Budapest”. Le recensement officiel du municipe de Rio lui donnait, à la fin de l'année 1890, 48 576 maisons et 71 607 familles, soit presque exactement 500 000 habitants, à 7 personnes par famille*. Comme tant d'autres capi- tales, Rio de Janeiro dévore ses habitants; elle se dépeuplerait par degrés 4 Maximilien de Wied-Neuwied, ouvrage cité, * Mortalité de Rio de Janeiro en 1873 : 15 382; en 1886 : 19 299. 5 Jornal do Commercio, 3 julho 1893. siun surto milli mais en de Rio le soixante gralion d XIX, als vi- s à es. ons que aie ide, les 1bà, adis Tres rtis. Is Rio, L pas mière ion » nt, si pour emi- l'état at les te de décès nne, est? in de men capi- legrés RIO ET SA BAIE. 321 si une constante immigration de la campagne et des autres États brésiliens, surtout de Cearä, de Pernambuco, de Bahia, et l’arrivée d'Européens, par milliers et dizaines de milliers, ne compensaient les pertes annuelles, N° 72, — BAIE DE RIO. &] (S " AN" 5) Al RÉ = Quest de Greenwich frofondeurs deOà/mètre, dela ST de S& £07 de Va 507. de S0 et au coli 1 : 520 000 0 10 kil. mais en détruisant l'équilibre naturel entre les sexes, car dans le municipe de Rio le nombre des hommes dépasse celui des femmes d'au moins soixante mille. Les Italiens, les Portugais constituent le gros de l’immi- gration des hommes de peine et petits trafiquants, tandis que les pro- NIX, Al 322 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, fessions libérales sont représentées principalement par des Anglais et Américains du Nord, des Français, des Allemands, des Suisses. Tel est le caractère cosmopolite de l'immigration, que chaque bateau d'Europe amène un ou deux « Turcs », marchands maronites, qui s’adonnent au commerce des étoffes, et par leur habileté au négoce, leur intime solida- rité, arrivent à détenir une part notable du colportage et du commerce de détail à Rio et sur les plateaux. Les habitants de la capitale sont d’origine trop diverse et, en majorité, de race trop mêlée pour qu'on puisse les considérer comme les vrais représentants de la nation brésilienne. Les mœurs se modèlent sur celles de toutes les grandes villes et les types sont en général assez effacés. En quelques districts bas, notamment au nord, dans les fonds marécageux qui séparent Sûäo Christoväo de la cité proprement dite, et au sud, dans le voisinage de la lagune Rodrigues de Freitas, règnent les fièvres palu- déennes, dont on remarque les effets sur les figures hâves, aux yeux ardents, aux traits étirés. La mortalité des enfants est très considérable, et chaque année la tuberculose fait des milliers de victimes. On sait que, depuis 1849, Rio de Janeiro est aussi visitée fréquemment pendant les mois d'été et quelquefois même en hiver par la fièvre jaune et que la terrible maladie y a fait d’épouvantables ravages, surtout dans le quar- tier du commerce, désigné par une ironie inconsciente sous le nom de Saüde ou « Santé » ; elle serait même devenue endémique". Pour échapper au fléau, ceux auxquels leur fortune et leurs occupations le permettent vont s'établir dans les faubourgs salubres, sur les promontoires élevés, ou même dans quelque ville de plaisance de la montagne, Petropolis ou Nova Friburgo, au-dessus de la zone d'altitude que ne dépasse pas le redoutable microbe. Évidemment le meilleur moyen de combattre la maladie serait de nettoyer les rues, dont le système d’égouts est très incomplet, et qui mème en certains endroits sont dépavées, coupées de fondrières; mais le budget municipal n’est pas toujours employé aux choses les plus utiles, ct l'on craint de remuer le sol de la ville basse, d’où s’échappent des cxhalaisons dangereuses. Un canal nauséabond, creusé en 1858 pour dessécher des terrains marécageux à l’ouest de la gare centrale, reste ouvert à l'air libre, empestant le quartier par ses vases noirâtres. Le rideau de montagnes qui défend Rio de Janeiro contre le vent de mer 4 Mortalité moyenne causée par la fièvre jaune de 1873 à 1886 : 1139, Plus grande mortalité, en 1873. . . . . . . . . 3604 Moindre D». 6h 1881, ,, ,, , , 38 ;s et | est rope 1t au )ida- nerce jorité, , vrais celles és. En cageuix 1, dans s palu- 1x yeux dérable, On sait pendant à et que le quar- nom de échapper brmettent levés, où Ss ou Nova edoutable die serait et, et qui S: mais le lus utiles, ppent des 858 pour ale, reste nt de mer Eee RIO-DE-JANEIRO ÊT SES Nouvelle Géographie Universelle, T, XIX. PI. NI. 1 y Palmeiras | ! fi «bi! es À j md y Rio do Our! SAlexo Juno ; T. Queimados L ameira | JR & ART Nu en [e ; _ Lameiräao t VAT Realenfo | Cémpinho XX Cascadura ; : FÉlourenço.… f, ar 7 % P Ë } À k ù / / D u CTHEROY > $ } % / :3.Antonic } + / 7 #0". 0 T2 Capo Grande Ë kanhy 2 Jurujuba à Va à" ; À 7 Qi 2 { Vatarek RE SAR Vita labe AN , j Pyüca ST. DR0 DE JANET nm Corcora s 43°30° Cherron, « wvrés le lexte de La. Ceévyraphie Universelle ‘et d'uubres documents ae 0 à /Ometres -JANEIROËT SES ENVIRONS Hachette et Cie, Paris, ss da Bo Morte Trindade ? Wavacu LS ! Fr À Fe ALICE VE | F3 5 DE RD SE Se 6 | fi AE. 2) d'a, À 4 # | FLurenço, "7 Ÿe Inhéan LAS doAmpa (] | CTHEROY { S Cambory } karahy Y Jurujuba +3 TSp A. Lahure Æ Le SOrn et ge, %e/x 10 kil. A Le ut RIO. 325 empêche la libre aération. Quoique dans le voisinage immédiat de l'Océan, arbres et arbustes poussent droits dans les avenues et les jardins, les larges feuilles des bananiers ondulent sous des souffles affaiblis et ne se déchirent pas en lanières comme au vent du large. L'air qui pèse sur la ville et sur la vaste serre chaude des alentours ne se renouvelle pas assez fréquemment. Les habitants tâchent d’y suppléer par la construction de demeures où la moindre brise du dehors passe librement : au lieu d'éviter les « courants d’air », ils les sollicitent. Les magasins sont géné- alement disposés en longs corridors où ne pénètrent pas les rayons du soleil et que traverse un vent léger et rafraichissant. Dans les villas des faubourgs, les vastes salles, aux baies largement ouvertes sur la cam- pagne, semblent elles-mêmes, avec leurs fleurs, leurs feuillages, leurs parfums, un prolongement des jardins. L'eau coule en abondance dans tous les quartiers : on évalue à 200 litres environ l’approvisionnement d’eau par habitant, mais il varie de l’une à l’autre saison‘. Actuellement on s'occupe de capter de nouvelles sources pour la ville grandissante ; déjà depuis longtemps Rio ne dépend plus pour son alimentation jour- nalière de la seule source de Cariôca, qui naît dans les montagnes au nord du Corcovado et qui pénètre dans la ville, franchissant une vallée par un bel aqueduc. On donne souvent aux Fluminenses le surnom de Cariôca, d’après l’eau pure dont ils aiment à vanter l'excellence et que buvaient autrefois les improvisateurs indiens. Les forêts des environs, pro- tectrices naturelles des sources, sont devenues propriété de l'État, qui en interdit l’exploitation ; mais on y a tracé des chemins, entre autres les merveilleuses allées de la Tijuca, d’où l’on voit le panorama de la cité dans toute sa splendeur. Des réservoirs ou caizas d'agua, bien entretenus et entourés d’arbustes et de fleurs, s’espacent de distance en distance sur le parcours des canaux souterrains. Le plus remarquable est celui de Pedregulho, près de Säo Christoväo, au nord-ouest de la ville. Il peut contenir 40 millions de litres et reçoit son eau de la rivière de Ouro, qui coule à une cinquantaine de kilomètres au nord. Un chemin de fer spécial réunit la prise d’eau à l’un des quartiers extérieurs. Rio n’est pas une cité de monuments. Les églises, en style jésuite, sont des copies de copies, et, sauf quelques-uns, les édifices de construc- tion récente ressemblent pour la plupart à de grandes casernes : ceux auxquels on a cherché à donner un aspect élégant pèchent par leur ! Approvisionnement d'eau de la cité de Rio en 1892 : 125400 mètres cubes par jour pendant la saison humide; 94285 pendant la saison sèche. 594 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, ornementation vulgaire. Le Fiscal, palais non encore-utilisé, qui dresse ses tourelles dans l'ile dite anciennement dos Ratos, en face du port de I] la douane, est un charmant édicule de granit dur, admirablement taillé, | À fouillé même en sculptures. Dans la ville, le Cabinet de Lecture portugais | M 2 est construit en matériaux apportés de la mère patrie et décoré exté- (1 rieurement de statues qui rappellent les œuvres du couvent de Batalha. 1 Enfin un palais commercial inachevé, mais déjà majestueux et splendide, (l | s'élève dans le quartier des banques entre la rue de Ouvidor et la | douane. Quand aux maisons proprement dites, les plus intéressantes sont | encore les lourdes bâtisses que l’on doit aux premiers constructeurs por- lugais; mais les parements de faïence, qui décorent presque toutes les maisons de Lisbonne, manquent à Rio : ils seraient pourtant fort utiles ns pour lui donner un aspect de propreté. Dans les faubourgs de plaisance, | de nombreuses demeures, bien adaptées aux conditions du climat, sont nl fort jolies à voir, quoique souvent chamarrées de plâtres, simili-marbres et dorures. Nulle cité n’a d'avenues au caractère plus monumental que | LU les allées de palmiers oreodoxas, fûts de colonnes sans défaut, qui se dres- 1] sent dans tous les jardins, hauts de 20 mètres ou davantage; mais ces merveilleuses propylées d'arbres ne donnent point accès à des édifices dignes de leur magnificence. Partant 'du centre de la ville, l’industrie, le commerce gagnent peu à peu les faubourgs, et déjà maint groupe, jadis ombreux, de paisibles villas se transforme en un bruyant quartier de trafic. Rio de Janeiro a toutes les industries d’une grande cité, mais elle n’a point de spécia- lité manufacturière d'importance capitale. Elle possède des filatures de coton et des fabriques de tissus, des fonderies, des ateliers de menuiserie et de marqueterie, des chantiers de construction. Plusieurs bassins de carénage ont élé creusés dans le roc vif des collines de Saüde, au nord de la ville, et de l’île de Cobras, des deux côtés de l'arsenal de marine. Rio exporte surtout des cafés, dont les magasins occupent presque tout le quartier commerçant du nord'. Les articles manufacturés viennent encore du dehors pour une très forte part. Rio de Janeiro importe non seulement les denrées et les marchandises nécessaires à sa propre consommation et à celle des provinces dont elle est le havre, elle sert d’entrepôt à d’autres. ports brésiliens qui viennent s’y approvisionner par la voie du cabotage ; toutefois ce genre de commerce diminue depuis que les lignes DRE LIST TEA TR AVE PET RS EEE SA» RUE DM APR DT PSE ED FR RE BR Le 1 Exportation du café de Rio en 1892 : 5 935 614 sacs, soit 236 137 tonnes. Valeur : 200 mullions de francs. resse rt de aillé, ugais exté- alha. dide, et la s sont s por- es les utiles sance, , Sont arbres al que dres- is ces difices peu à istbles Leiro à pécia- res de uiserie ins de Lord de e. Rio out le encore lement mation repôt à joie du lignes DE L'ILE COBRAS. PRISE — VUE GÉNÉRALE RIO DE JANEIRO. Dessin de Taylor, d'après une photographie. de au) des ord nav ang de 11’ Le mai sécl sur exe ar pou ple! Min se | de dive E facil Peu à tr En: Recet sh sr RIO, 327 de bateaux à vapeur, commerçant directement avec l'Europe, touchent aux principaux ports du Brésil', Le premier rang dans le mouvement des échanges avec Rio appartient à la Grande-Bretagne, puis viennent par ordre d'importance les États-Unis, la France et l'Allemagne. Parmi les navires au long cours qui entrèrent en 1892 dans le port de Rio, 507 étaient anglais; la marine française, la plus fortement représentée après celle de l'Angleterre, comprenait 152 navires; puis venaient les Allemands, avec 117 bâtiments. Les Brésiliens suivant les Norvégiens, avec 40 navires’. Le gros de l'importation anglaise consiste en charbon. Outre les objets manufacturés, Rio achète des vivres, farines de froment, riz, viandes des- séchées, morues, vins; sa grande exportation consiste en cafés, expédiés surtout aux États-Unis du Nord. Le trafic avec l’intérieur se fait presque exclusivement par les voies ferrées‘; cependant on voit encore quelques caravanes de mules descendre des hauteurs environnantes sur les chemins poudreux. L'outillage des chemins qui dessert la capitale reste très incom- plet. Les deux voies principales de l'intérieur, celles de Säo Paulo et de Minas Geraes, n’ont qu'un seul tronc, d’un parcours de 108 kilomètres, se bifurquant dans la vallée du Parahyba, à Barra do Pirahy, et le chemin de fer de ceinture, qui doit réunir autour de la baie toutes les lignes divergentes, n’est pas même en voie d'achèvement. En revanche, Rio de Janeiro peut être dite une ville modèle pour la facilité des communications entre le noyau de la cité et ses faubourgs. Peu de rues qui ne soient sillonnées de rails pour le passage des omnibus à traction de mules ou à force électrique; sur les avenues principales, 1 Valeur des échanges du port de Rio de Janeiro en 1890 : Importation . . .. . . . . 167 224 881 milreis, soit, à 2 fr. 50 le milreis, 418 000 000 francs. Exportation, . , . . , . . 1383571433 » » D 346 000 000 » Ensemble du commerce. , 305 596 314 milreis, soit, à 2 fr. 50 le milreis, 764 000 000 francs. Recettes douanières en 1892. 91 300 155 milreis, soit, à 1 fr. 30 le milreis, 119 000 000 francs. * Mouvement de la navigation dans le port de Rio de Janeiro, y compris le cabotage, en 1892 : Entrées. . . 2726 navires, jaugeant 2 745 604 tonnes. Sorties. . . . 2626 » » 2867030 » Ensemble. . 5 352 navires, jaugeant à 612 634 tonnes. Part du long cours. . 2566 navires et 3 894 894 tonnes. Part de la vapeur... . 2786 » 4660027 » 3 Importation du charbon de terre à Rio de Janeiro en 1892 : De l'Angleterre . . . . . . . . . . . 446 722 tonnes. Des États-Unis. . 4 . . . . . . . . . 7891 » 4 Tonnage du chemin de fer Gentrai à la gare de Rio en 1892 : 524110 tonnes. 328 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. les voitures se suivent presque sans intervalle et chaque arrêt de véhicule condamne à l'attente toute la procession qui suit. Néanmoins les voyages se font rapidement : les mules sont agiles, les cochers actifs; en moyenne, le chemin parcouru est de 10 kilomètres à l'heure. Grâce aux avantages et au bas prix de ce mode de locomotion, la population des Fluminenses est extrêmement mobile : on saute sur un siège de la voiture en marche pour se faire transporter à trois, quatre îlets de distance; le Brésilien s'étonne presque de voir un de ses amis aller à pied. La révolution pro- duite par l'usage des omnibus à même contribué singulièrement à modi- fier les mœurs : jadis les dames, respectant les anciennes coutumes de la mère patrie, sortaient peu de leurs demeures, sinon pour aller faire des visites en grande cérémonie. L'omnibus les à émancipées de cette con- trainte, en même temps qu'il a démocratisé la population en plaçant le noir à côté du blane, le fils de l’eselave à côté du fils de l’ancien maître !. D'introduction britannique, lomnibus de Rio à gardé un nom anglais : on l'appelle bond, d'après les bonds ou « obligations » qu'émit la Compa- gnie lors de sa fondation. De mème, les bacs à vapeur qui servent d'om- nibus maritimes entre Rio, Nietheroy et les autres escales de la baie sont toujours désignés par le nom anglais de ferry, que l’on emploie au sin- gulier?. Capitale du Brésil depuis 1765, Rio possède les musées et les insti- tutions principales de la République. Une des écoles les plus importantes du Nouveau Monde est la Faculté de Médecine, située dans un endroit écarté et cependant tout à fait central, à la base occidentale du morro do Castello, sur la péninsuie même où naquit la cité, mais en dehors des grandes artères du trafic. Elle présente un ersemble de constructions distinctes et sans architecture, que l'on remplacera par un édifice, non encore achevé (1895), bâti près de la crique de Botafogo, entre un hospice et l'école militaire. À côté de l’école de médecine actuelle se trouve le très vaste hôpital da Misericordia, bfti sur la plage même où débarqua Magellan, avant la découverte du détroit. Ce bel édifice, que l'on dit admirablement tenu et qui peut contenir 1200 malades, en reçoit environ 12000 chaque année, étrangers en majorité, Il appartient à une irman- dade où « confrérie » fort riche, qui possède en outre, en divers quar- tiers de la ville ou des alentours, des hôpitaux destinés au traitement de *E. Allain, Rio de Janeiro; — Ch, Morel, l'Empire du Brésil. * Longueur des voies ferrées dans la ville de Rio et ses alentours. . .’, 350 kilomètres. Cavalerie des omnibus . . . . , ., . . . .., , , ,. ..,. , . 7000 mules. Voyageurs transportés en 1892 par les omnibus de Rio et les Bacs à vapeur : 60 000 000. pitto: l'obs 1050 La rable Largc Large s'éler repr'o serra de la à la surfa cette jardu d'hec les a cule ages ane, s et nses rche lien pro- Lodi- le la _des con- it le tre’. ais : npa- ’om- sont sin- nsti- ntes roit o do des ions non pice le qua dit ron an- Lar- de « RIO. 329 la phtisie et des maladies contagieuses. Chacune des nations représentées à Rio de Janeiro a fondé également des hôpitaux et dispensaires. L'École polytechnique, qui forme des ingénieurs, est considérée comme une des fondations remarquables de l'Amérique. Académie des beaux-arts, conservatoire de musique, collèges de garçons et de filles, instituts pour les aveugles et les sourds-muets, Rio possède les établissements divers qu'on s'attend à trouver en toute capitale. L'école de la marine occupe, tout près du port de commerce, l’ilha das Enchadas, qui, entre tous les navires, paraît elle-même comme un navire à l'ancre. Le musée d'histoire naturelle, transféré dans l’ancien palais impérial de Boa Vista ou Säo Chris- toväo, au nord de la cité, contient des objets fort curieux, malgré le désordre de ses collections. La principale bibliothèque, riche de 200 000 volumes, mais trop étroite pour ses trésors, date des premières années du siècle, le régent ayant transporté avec lui les livres du palais d’Ajuda, très riche en documents rares : on y trouve, comme dans les bibliothèques d'Europe, des incunables, des manuscrits, des collections de dessins originaux, et toute la série des ouvrages relatifs au Brésil; elle édite de précieuses Annales. En outre, des associations particulières et les diverses sociétés savantes, parmi lesquelles l'Institut historico-géographique et la Société de Géographie, ont fondé d'importantes bibliothèques spéciales. L'observa- toire, qui publie chaque année de savants mémoires, occupe le sommet du morro do Castello, dressant ses guérites et ses dômes sur les ruines pittoresques d’une ancienne église inachevée des jésuites. Prochainement l'observatoire doit être transféré sur un pie de la serra do Mar, à 1050 mètres d'altitude, non loin de Petropolis. La splendide flore brésilienne à permis à Rio de se donner d’incompa- rables jardins, entre autres le Passeio Publico, au bord de la mer, le Largo de Constituçäo, près duquel s'élèvent les principaux théâtres, et le Largo da Republica, entre l'ancienne ville et les nouveaux quartiers qui s'étendent à l'ouest : le naturaliste qui disposa cette promenade y à reproduit avec un rare talent d'observation les groupes rocheux de la serra, Une autre merveille de Rio est le Jardin Botanique, situé non loin de la lagune Rodrigues de Freitas, à la base des escarpements de la Gävia, à la cime tabulaire. Le domaine appartenant au jardin comprend une surface énorme, plus de six cents hectares; mais les neuf dixièmes de cette vaste étendue sont encore recouverts d'une brousse impénétrable, Le jardin proprement dit, déjà fort considérable, embrasse une soixantaine d'hectares, et s'accroit chaque année aux dépens de la forêt vierge, dont les arbres remarquables sont respectés. Récemment le Jardin Botanique XIX. ê 42 330 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. n’était guère qu'un endroit de promenade : c'est maintenant aussi un lieu d'étude, contenant environ 2000 espèces de plantes régulièrement classées; des eaux captées dans les montagnes voisines ruissellent sous les ombrages. Au milieu d’un fourré de verdure se montre un oreodoxa de 50 mètres, apporté de Cayenne par des fugitifs portugais et planté par Joäo VI, en 1806 : de ce premier palmier qu’ait possédé le Brésil descen- dent tous ceux qui existent dans le pays. On projette d'établir sur la plage voisine une ville balnéaire, désignée d’avance sous le nom de Gävia : les plans lui donnent #4 kilomètres de façade sur l'Océan. Outre ses jardins, le chef-lieu du Brésil a les admirables points de vue que présentent les collines et les montagnes surgissant du sol de la cité comme les îles du milieu de la baie. Rio n'est pas, comme Rome ou Byzance, une « cité des sept collines »; elle en a bien davantage, et l’on ne saurait même en indiquer le nombre, car tel renflement du sol peut être considéré comme une butte isolée ou comme un simple promon- toire, et d’ailleurs plus d’une saillie de roc, entamée par les carriers, est en voie de disparaitre : la solide pierre de granit, rose ou grise à grains noirs, fournit d'excellents matériaux pour la construction des édifices. On à déjà rasé plus de la moitié du morro de Säo Diogo, au nord de la ville ; en outre, certaines collines ont été déblayées pour donner à Rio une meilleure ventilation et pour combler des marais côtiers ou des criques de la baie : c'est ainsi qu'on abat maintenant (1895) le morro do Senado, presque au centre de la cité; les déblais serviront à supprimer la baie dite Praia Formosa, rattacheront à la terre ferme les deux anciennes îles dos Melôes et das Moças, combleront même tout l’espace maritime de 328 hec- lares, d'environ 5 mètres en profondeur moyenne, qui s'étend de la plage de Saüde à la pointe de Cajü, sur une longueur de plus de # kilomètres. Le quartier commerçant trouvera là un vaste champ d'expansion. Au devant du quai extérieur et dans le dock de 13 hectares qu’il protégera, l'eau n'aura pas moins de 9 mètres au-dessus de la mer moyenne‘. Un autre projet consisterait à enfermer par une digue semi-circulaire tout l'espace compris à l’est de la ville entre l'ile Fiscal et l'arsenal militaire. On a proposé aussi de raser les deux morros de Santo Antonio et do Castello; mais, à supposer que ce travail gigantesque s'accomplisse, il res- tera encore des mornes nombreux et de telles dimensions qu'on écornera seulement leurs saillies avancées. De toutes parts, on voit l'horizon limité par ces hauteurs, les unes couvertes d'arbres, les autres se dressant en * Alfred Lisboa, Notes manuscriles. élant brés ( He le roc cime sur u s'éten lacets du fa les bo près € en fer ssi un ‘ement it sous loxa de té par lescen- a plage ja : les de vue la cité me ou et l’on ol peut )romon- ers, est \ grains édifices. rd de la Rio une criques Senado, aie dite îles dos 98 hec- la plage mètres. jon. Au tégera, de, Un ire tout ilitaire. o et do ,il res- cornera à limité sant en RIO. 361 roches lisses, revêtues de lichens noirâtres. Quelques-unes s’arrondissent avec une telle régularité, qu'elles ressemblent à des cloches de bronze posées sur le sol; la plupart se développent en gibbosités inégales. Des maisons s'accrochent aux pentes ou se posent sur les terrasses; des che- mins, des aquedues rayent les parois de leurs coupures droites ou légère- ment inclinées. Pas une colline qui n'offre d’admirables panoramas de la ville et de la baie : mais cet élément d'incomparable beauté qu’envicrait toute autre cité, est presque entièrement ‘perdu, les sommets des mornes N° 73. — RIO DE JANEIRO, NICTHEROY ET LEURS ENVIRONS. Quest de Greenwich C Perron “rofbndeurs at OR /Omètres de/Ca £0r de £02 50m ae SO etau del Ancienne ville 1 : 180 000 1 0 10 kal. étant pour la plupart des propriétés privées ou des terrains vagues encom- brés d’immondices. Heureusement, le sommet principal qui commande la cité au sud-ouest, le roc du Corcovado ou du « Bossu » (710 mètres), est d'accès facile. La cime de ce roc, formée de blocs énormes aux contours arrondis, repose sur une paroi cannelée de 500 mètres en hauteur, au pied de laquelle s'étendent des croupes boisées. Une route de voitures aux nombreux lacets et un chemin de fer à crémaillère, long de # kilomètres, montent du faubourg de Larangeiras jusqu’au sommet du rocher en traversant les bois : la voie ferrée, dont les rampes atteignent 50 degrés d’inclinaison près du sommet, traverse successivement trois vallons sur des viadues en fer, à la hauteur des branchages de la forêt touffue qui s’élance des 932 NOUVELLE. GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. profondeurs; puis, au delà d’un col où se trouve une station intermédiaire, il contourne au bord même du rocher la corniche qui surplombe le gouffre au fond duquel s'étend le Jardin Botanique. De la cime, on voit d’un coup d'œil circulaire ‘ensemble prodigieux que présente la cité, avec ses places, ses clochers et ses dômes, la nappe bleue de la baie et ses navires, et par delà les îles et les montagnes. La marche du soleil, des brumes et des nuées change incessamment le merveilleux tableau. De même que les collines de la terre ferme, les îles de la baie, qui font partie des mêmes chaînes, offrent des sites charmants; mais plusieurs, appartenant à la douane, à l'administration militaire, à la marine ou aux hopitaux, ne sont pas accessibles aux visiteurs. La plus grande, dite du Governador, d’après un personnage qui en fut le propriétaire, occupe la partie médiane de la baie, au nord de la capitale : le fondateur de Rio, Estacio de Sä, y fut mortellement blessé dans un combat contre les Indiens alliés des Français. On y a trouvé de nombreux ossements et autres objets des temps préhistoriques; ses habitants ont des tuileries et des fabriques de chaux pour les constructeurs de Rio. Plus au nord-est, se prolonge l'ile charmante de Paquetä, la plus ornée de villas et de jardins, la plus fré- quentée par les visiteurs ; les insulaires fournissent Rio de poissons et de iégumes, Parmi les diverses iles qui parsèment la baie, il en est une qui pendant les trois derniers siècles a été plus d’une fois rattachée à la côte orientale par un isthme de sable : c’est la colline de Boa Viagem ou « Bon Voyage », ainsi nommée d’une chapelle, lieu de pèlerinage que les marins saluent en mettant à la voile. Elle occupe l'extrémité de la péninsule qui sépare Nictheroy et son faubourg d’Icarahy. La petite ilha das Flores, très rapprochée de la côte, entre Nictheroy et Säo Gonçalo, porte l'hôtellerie des immigrants, marché du travail où les planteurs viennent louer la « main-d'œuvre »; près de quatre mille travailleurs nouvellement débar- qués s’y sont trouvés réunis‘, mais elle ne peut en contenir commodément qu'un peu plus de mille*. Telles villes, éloignées de Rio, doivent en être considérées comme de simples dépendances : Santa Cruz, par exeraple, qui se trouve à une soixantaine de kilomètres à l’ouest, sur un embranchementt du chemin de ? Henrique Raflard, Instituto Historico, tome LV, 1892. * Immigration à Rio de Janeiro en 1899 : 527 navires portant 54 507 immigrants, dont 58 820 aux frais du gouvernement sol gra cul cul che len. [ sep! se | Les LA diaire, be le n voil :, AVEC et ses il, des ai font sieurs, ou aux ite du upe la e Rio, ndiens objets riques ge l'ile us fré- s et de ne qui la côte « Bon marins ile qui »s, très ellerie uer la débar- ément me de à une in de RIO ET SA BAIE, PETROPOLIS. 553 fer Central : c’est là que l'administration « fluminense » a établi ses abat- Loirs. Deux autres villes populeuses font partie du municipe neutre, et se rattachent ainsi directement à la capitale : Jacarépagua, dont les rues emplissent, à l’ouest des montagnes de Rio, une longue vallée tributaire de la lagune de Camorim, et Guaratiba, qui occupe une position analogue en des campagnes penchées au sud-ouest vers l'estuaire de Marambaia. Mais la plaine broussailleuse ou couverte de bois d'une seconde venue qui s'étend au nord de Rio, jusqu’à la base des montagnes, n’est qu’une vaste N° 74 — PETROPOLIS. 74 ET NITSR Quest de Crash d'apres Massow et Comes . 0 10 kil. solitude. Autrefois elle fut beaucoup plus peuplée : les jésuites et de grands personnages y possédaient de vastes concessions, qu'ils faisaient cultiver par des esclaves et des engagés. Pour rendre ces espaces à la culture, il faudrait d’abord régulariser le cours des ruisseaux et dessé- cher les marais, qui se sont répandus dans la plaine en foyers de pesti- lence. On redoute surtout les fièvres du Macacü". Petropolis, quoique située en dehors du municipe neutre, sur le versant septentrional de la serra dos Orgäos, incliné vers le bassin du Parahyba, se trouve aussi dans la zone d'attraction de Rio : elle en est le Versailles. Les deux milliers de Badois et de Bavarois que le gouvernement brési- ! Antonio Martins de Azevedo Pimentel, Subsidios para o Estudo da Hygiene do Rio de Janciro. 354 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. lien y établit en 1845, près de la résidence impériale, eurent le privilège de se voir assigner pour demeure une région très salubre, et ils durent en outre à la proximité du château d'été des faveurs qu’on ne fit point aux colons introduits dans les autres parties de la contrée. On leur livra des terres à bas prix, ou avec des avances de sommes considérables, et pour faciliter le transport des denrées on leur construisit une belle route qui contourne superbement les corniches des monts et qu'on a longtemps désignée sous le nom de « Simplon » de l'Amérique; elle se continue en lacets vers Juiz de Fôra, dans l’État de Minas Geraes. Depuis, un ‘chemin de fer, dont une partie, celle qui escalade la pente méridionale de la mon- tagne, par une rampe de 15 centimètres sur 100, et qui franchit le seuil à 855 mètres d'altitude, est établie en crémaillère, unit Petropolis à la baie et à la capitale. L'ancienne population allemande, fondue maintenant avec les éléments brésiliens, a légué aux habitants une instruction plus substantielle que celle des communes environnantes; plusieurs collèges et pensionnats, où les familles fluminenses et étrangères envoient leurs enfants, et dont l’un occupe l’ancien château impérial, donnent à Petro- polis un rôle considérable dans l’enseignement. La ville a changé d'as- pect : ce n’est plus une colonie agricole, mais un ensemble de palais, de résidences et de maisonnettes d'agrément : les riches négociants de Rio, les étrangers y ont leur demeure, et maints diplomates sont censés y remplir, hors des atteintes de la fièvre jaune, leurs fonctions auprès du gouvernement brésilien. Des brasseries, héritage des colons allemands, constituent la spécialité industrielle de Petropolis. Une importante filature utilise les eaux de la Piabanha, en aval d’une belle cascade, et sur les monts des alentours se voient des plantations de chinchonas (succirubra). Nova Friburgo, qui se trouve dans une position géographique analogue à celle de Petropolis, sur le versant septentrional des monts côtiers, connus dans cette partie de leur parcours sous le nom de serra da Boa Vista, prit aussi son origine comme colonie. Elle date de 1819. A cette époque, deux années avant que le Brésil se détachât du Portugal, arrivèrent près de dix-sept cents paysans suisses du canton de Fribourg, raccolés par des agents d'immigration. Le gouvernement leur fit de grands avantages, et la proximité de la cité maritime assura la vente de leurs produits. Cependant, dix ans après l’arrivée des colons, leur effectif avait diminué déjà de plus d'un tiers par la mort et par la désertion : dès le milieu du siècle, Nova Friburgo était une ville complètement brésilienne, comme les localités voisines, et ne renfermait plus qu'un petit nombre de familles fribourgeoises. Les habitants cultivent des légumes, élèvent des bestiaux se : Man vall rou est apri hp esc] pou bor Gra par dan tion mai pro! la 1 ville d’ur de le Rio dl Nicth Cam Rio B Itabo Reze Sio To Bar Reis, ège rent oint ivra , €t Jute mps en min lon- euil à la ant plus s et 2urs tro- l'as- ais, s de nsés du nds, ture les ra). )Œue nus sta, que, près par ges, aits. inué 1 du les illes aux PETROPOLIS, NOVA FRIBURGO, ANGRA DOS REIS. 330 et des volailles, dont ils approvisionnent Rio par le chemin de fer en plan incliné qui descend de leurs montagnes à Nictheroy. La cité de Therezo- polis, dont la législature de l'État a fait choix pour y établir le chef-lieu à la place de Nictheroy, n'a pas encore l'importance de Petropolis et de Nova Friburgo : elle n'a point (1895) de voie ferrée qui la mette en com- munication avec la baie et Rio de Janeiro. Des ports, presque aussi favorisés que Rio pour la profondeur et l'abri, se succèdent sur la côte occidentale, au delà au municipe neutre. Jadis Mangaratiba était destiné à devenir le havre d’exportation pour la haute vallée du Parahyba, et l’on construisit, en vue des charriages futurs, une route magnifique, un « Simplon », qu contournait le flane des monts. Elle est presque abandonnée depuis l'inauguration du chemin de fer de Rio et, après l'abolition de l'esclavage, les plantations des alentours furent pour la plupart rendues à la brousse. Aussi longtemps que dura la traite des esclaves, le port de Mangaratiba, les criques et les plages voisines, masquées par la flèche de Marambaia, étaient des lieux de rendez-vous pour les négriers et leurs clients les planteurs. Angra dos Reis, située au bord d’un golfe parfaitement abrité que couvre au large la haute ilha Grande, est une des anciennes villes du Brésil : dès 1932, la baie, visitée par Aflonso de Souza, avait reçu son nom. L'eau, suffisamment profonde dans les rades protégées par l'ilha Grande, reçoit les navires à destina- tion de Rio condamnés à la quarantaine’. Plus à l'ouest, une autre ville maritime occupe l'extrémité d’un golfe au sud duquel se recourbe un promontoire très élevé, plus haut que l'ilha Grande et faisant partie de la mème chaîne, prolongement des montagnes de Rio de Janeiro. Cette ville maritime, Paraty, fait un petit commerce de vivres, de poissons et d’une eau-de-vie fameuse, distillée du suc de canne*. * Mouvement de la quarantaine à ilha Grande en 1892 (du 23 juillet au 31 décembre) : 295 navires jaugeant 345 362 tonnes, avec 55 296 passagers et 11841 hommes d'équipage. # Villes importantes dej l'État de Rio de Janeiro avec la population approximative ou recensée de leur « municipe » en 1892, d'après Favilla Nunes : Rio de Janeiro, . . . . . . . b15 000 hab Barra Mansa, cidade. , . . . . 12930 hab, Nictheroy, cidade. . . . . . . 356050 » Petropolis Er TR 12110 » Campos Dares 0 4 « 20000) Pirahy De en + 12060) Rio Bonito » . . . . . . 20950 » Säo Pedro d’Aldeia, villa. . . 11870 » Itaborahy RE PIS) Macacü » ,. . . 11980 » Rezende Penser + 10100 ) Sumidouro » ... 140550 » Säo Fidelis _» . . . . . . 14550 » | Vassouras, cidade.. . . . . . 9400 » Toutes les autres « cités » ou « villes » de l'État, soit, par ordre d'importance, Paraty, Cabo Frio, Barra do Parahy, Parahyba do Sul, Nova Friburgo, Valença, Magé, Cantagallo, Macahé, Angra dos Reis, Therezopolis, ont moins de 10 000 habitants dans leur municipe. 556 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. VII VERSANT DU PARAN ET CONTRE=VERSANT OCÉANIQUE. ÉTATS DE SÂO PAULO, DE PARANÂ, DE SANTA CATHARINA. La région naturelle qui s'incline au sud-ouest vers le Paranä présente un ensemble d'une remarquable unité, quoique le territoire ait été divisé en plusieurs États, et que la zone des sources soit inégalement distribuée entre les Minas Geraes, le Goyaz, le Matto Grosso. C’est un fragment de plateau disposé suivant une grande courbe entre les deux lignes parallèles du littoral océanique et de la coulière du Paranä. Les autres limites sont : au nord, le rio Grande, l’une des branches maitresses du haut Parani, et au sud la vallée supérieure de l'Uruguay. A l'angle sud-occidental de la contrée, dans l'étroite langue de terre comprise entre le Paranà et l'Uruguay, la limite reste indécise entre le Brésil et l'Argentine, mais la colonisation entame à peine l'espace débattu. En réalité la province natu- relle que constituent les trois États est moins large qu'elle ne le parait sur la carte. Môme dans l'État de Säüo Paulo, de beaucoup le plus popu- leux des trois, s'étendent de vastes « terres inconnues », que les hauts affluents du Paranä découpent en bandes parallèles. Ces terres, on le sait d'après les rapports des chercheurs d'aventures, sont en grande partie fertiles, et destinées sans nul doute à entretenir un jour de nombreux habitants : de proche en proche, chaque année, chaque semaine, se fait le travail de peuplement. Les Brésiliens de Säo Paulo se distinguent entre toutes les populations de la République par leur esprit d'initiative : on peut dire qu’à certains égards se trouve là le véritable centre de l'Amérique portugaise. Ne serait-il pas plus simple de placer en cet endroit, où l’activité nationale se manifeste avec le plus d'énergie spontanée, la capitale que l’on s’oc- cupe de eréer au centre hydrographique de la contrée? Déjà, lors des premiers temps de la découverte, un colon, Joäo Ramalho, allié d'amitié avec les Indiens, s'était hardiment installé loin de la mer, sur les pla- teaux de l'intérieur. Un bourg fortifié s’éleva dès 1552 à Piratininga ou « Poisson Sec », non loin de l'emplacement où se construisit depuis la cité de Säo Paulo, et des métis parlant portugais commencèrent à peupler le pays, en se groupant autour des blancs. En 15952, les missionnaires jésuites vinrent à leur tour résider au milieu des indigènes et bâtirent les premières constructions de Sûo Paulo, rivale heureuse de la colonie tro it tra ba Bol suc pat lib flet mêl tori les C l'ho mil silie por part l'ag ils dev: topo des com nalu dres et d mêrr 6 ut visé buée t de lèles ont : anä, ental id el is la alu- arail Opu- nauts à sait artie breux à fait 1s de tains Ne bnale s’oc- des mitié pla- ou is la pler aires rent onie SAO PAULO ET LES PAULISTES, 331 devancière, Santo Andrès de Piratininga. Mais entre les deux éléments étrangers, les colons libres et les prêtres, le conflit éclata bientôt. Les premiers, avides de richesses, asservissaient les Indiens pour leur faire cultiver la terre ou chercher de l'or, tandis que les seconds, tout en em- ployant les Indiens à leur service, les protégeaient contre les violences des colons et l'esclavage : après les avoir convertis à la foi catholique, ils n’entendaient pas que ces fidèles, les plus dociles de leur église, fussent molestés par tous les aventuriers. D'autre part, quand des missions eurent été fondées sur territoire espagnol aussi bien que sur territoire portugais, les jésuites des deux États restèrent solidaires de chaque côté des limites coloniales, et, sauf pendant la période où toute la péninsule Ibérique se trouva réunie sous le pouvoir du roi d'Espagne, on put facilement pro- fiter de cette alliance internationale des missionnaires pour les accuser de trahison quand ils essayaient d'empêcher ou de punir les incursions des bandeirantes paulistes dans les missions du Paraguay et des plaines de Bolivie. Il en résulta des luttes constantes, où les jésuites finirent par succomber, quoique souvent soutenus par le pouvoir central et toujours par l'autorité du souverain pontife. Les chasseurs d'Indiens eurent toute liberté, et, dans leurs expéditions de traite, on les vit franchissant les fleuves et les montagnes, poussant leurs itinéraires jusqu'à l'Amazone, et même par delà le grand fleuve, jusque sur les pentes des Andes équa- toriales. Muratori évalue à deux millions le nombre d'Indiens capturés par les Paulistes dans l'espace de cent trente années. Cette indomptable énergie, que les Paulistes déployaient à pourchasser l’homme, ils l'appliquent maintenant au travail, et vraiment, depuis le milieu du siècle, ils se distinguent à cet égard parmi tous les autres Bré- siliens. Ils se sont adonnés à la plantation du cafier avec une sorte d’em- portement, et c'est à eux surtout que le Brésil doit sa prépondérance parmi les nations comme groupe producteur de café. Les premiers dans l'agriculture, ils sont aussi les premiers dans l'aménagement industriel : ils possèdent le plus ample réseau de voies ferrées, et même ils ont devancé les Minas Geraes et Rio de Janeiro par la préparation d'une carte topographique à l'échelle du cent-millième, qui se raccordera bientôt avee des travaux analogues dans l'État de Minas. Bien plus, une expédition composée uniquement de Brésiliens, explorant l'un des grands chemins naturels qui rattacheront un jour leur pays aux régions platéennes, a dressé au cinquante-millième une carte de tout le cours de lItapiringa et du Paranapanema, carte qui l'emporte certainement sur celles du même genre qu'ont données de Castelnau pour le Tapajoz et l'Araguaya, XIX. 45 | { { À ! ! FETE ES 558 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. Halfeld pour le rio Säo Francisco, et Liais pour le rio das Velhas. D'ailleurs, ces travaux cartographiques ne sont que la partie extérieure et visible des recherches approfondies poursuivies par les explorateurs dans l'ensemble de l'histoire naturelle. La région la moins connue est celle des hauts versants paraniens, Mal- gré l'excellence de son climat, la fécondité de ses terrains, la facilité que présentent ses ampagnes pour la construction des routes et le développe- ment considérable des eaux navigables de son bassin supérieur, cette région du Paranä brésilien n'a pas été explorée avec le même soin que celles de l’Amazone, du Säo Francisco et du Paraguay. La plupart des documents que l'on possède sur cette contrée d'un si grand avenir sont dus aux anciens explorateurs portugais et aux bandeirantes qui allaient à la découverte des mines d'or. Depuis le milieu du siècle, les ingénieurs chargés de tracer les voies ferrées et d'étudier la navigabilité des cours d’eau ont recouvert le pays d'un réseau d'itinéraires ; mais leurs voyages, ayant un but spécial, n'ont que peu contribué à la connaissance géné- rale du pays et de ses immenses ressources agricoles. Les travaux sérieux d'étude géographique ont commencé tout récemment, depuis que les groupes de savants réunis au musée de Säo Paulo et à l'école des mines d'Ouro Preto ont inauguré et coordonné leurs recherches. À lui seul, l'État de Sûo Paulo représente près de la moitié du territoire paranien du Brésil, et sa population est de beaucoup supérieure à celle des deux autres États réunis', Santa Catharina, le plus petit des trois, mais non le moins peuplé à égalité de surface, menace d'être encore réduit, car c’est dans la partie occidentale de son territoire que se trouve l’espace revendiqué par la République Argentine. Ce pays débattu reste indivis et presque désert depuis que les Espagnols et les Portugais s’avan- cent dans l'intérieur, les premiers par la voie du bas Paranä, les seconds par celle du littoral. Après un premier traité de 1750, une commission mixte s'occupa de la délimitation des deux « zones d'influence », mais ses travaux restèrent inachevés, et l’on ne put même identifier les rivières que de part et d'autre on réclamait comme limites. En 1777, le traité de San [ldefonso décida que la ligne de partage suivrait le faite entre 1 Superficie et population des trois États paraniens, en y comprenant le territoire des Missions revendiqué par l'Argentine : Säo Paulo . . . 290 876 kil. carr. 1 500 000 hab. 5,2 hab. par kil. carr. ’aranà . . . . 2921319 » 320 000 » 1,45 » Santa Catharina . 741456 » 250000 » 53,5 » Ensemble, , . 86351 kil. carr. 2070000 hab. 5,5 hab, par kil, curr. dan: “ aprè tion de | bon des ( puté 1V has. eure eurs Mal- ; que ppe- cette _que des sont ent à ieurs cours ages, géné- ‘rieux ie les mines toire celle trois, ncore rouve reste ’avan- conds ission mais vières traité entre Missions ETATS PARANIENS DU BRÉSIL. 339 les sources des rivières, d'un côté le Pipiry Guazü, tributaire de l'Uru- guay, de l'autre le San Antonio, affluent de l'Iguazû, et '« couvrirait les élablissements et missions de l'Espagne et ceux du Portugal ». Des commissaires, nommés pour la démarcation du territoire, ne purent s'en- tendre pour l'identification des rivières désignées ; d’autres s'égarèrent N° 7%. — TÉNMITOIRE DISPUTÉ ENTRE LE DRÉSIL ET L'ARGENTINE. Jaast de Greenwich d'apres la Commission Mixte Territoires revendiqués par l'Ar£entine Territoire primitivement Territoire ajouté revendiqué aux premières revendications 1 500000 © — b] 400 kil. dans les forêts et n’atteignirent même pas les régions en litige; puis, après dix-huit années de vaines tentatives. la commission cessa de fonc- tionner'. Les républiques hispano-américaines héritèrent des prétentions de l'Espagne contre le Brésil, substitué au Portugal; mais, au cas où le bon droit des revendications espagnoles devrait être reconnu, à laquelle des deux républiques, Argentine ou Paraguay, appartiendrait le pays dis- puté? La force des armes à mis le Paraguay hors de cause. Déjà privé 1 Visasoro, Boletin del Instituto Geographico Argentino, 1892. 540 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, des « Missions » d'entre Paranä et Uruguay, il est trop faible pour qu'il lui soit possible de revendiquer plus à l'est le terrain débattu, et le procès se trouve restreint entre l'Argentine et le Brésil, En vertu d'un accord conclu en 1887, le président des États-Unis, choisi comme arbitre, décidera en faveur de l'une ou de l'autre des parties en conflit, mais sans qu'il puisse adopter le moyen terme de partager par moitié les terres disputées, comprenant un espace évalué à 30018 kilomètres carrés (1893), Les Brésiliens se sont avancés le plus loin dans cette région de forêts épaisses, au Campo Ere, au delà du Chapecé, dit Piquiri Guazt par les diplomates espagnols. En 1890, la population totale de la région neutre s'élevait à près de deux mille individus, possédant plus de 40000 têtes en gros bétail. Les roches qui donnent son relief à l'État de Rio de Janeiro se conti- nuent dans les États méridionaux de la République, mais avec de notables diflérences dans l'altitude et l'orientation. Malgré son nom, la serra do Mar ou « chaîne Côtière » n’est point une arète de montagnes, du moins au sud-ouest du massif de Bocaina. Après avoir escaladé le versant tourné vers la mer et la légère saillie que forme le rebord du plateau, le voyageur qui vient de Santos se trouve dans une plaine n'ayant pour bornes appa- rentes que de lointaines ecroupes. L'aspect de la végétation à changé brusquement : d'un côté les arbres somptueux et touflus de l'aire tropi- cale, de l'autre des plantes rabougries qui rappellent en maints endroits les landes de l'Allemagne du Nord, et sur les terrasses les araucarias superbes et réguliers laissant passer la lumière entre leurs branches". L'obstacle aux communications entre le littoral et les terres doucement ondulées de l'intérieur provient moins de l’äpreté des escarpements que de l'épaisseur des fourrés : les pionniers qui frayent à coups de sabre les sinueuses picadas sur les promontoires du versant ont à travailler pendant des journées et des semaines avant d'arriver sur les terrasses du plateau. Quoique les rides bordières se continuent régulière- ment le long du haut pays, on les connaît sous des noms différents, en les désignant d'ordinaire d’après les villes ou villages de leur base. Au- dessus du port d'Ubatüba, les montagnes sont dites serra d'Ubatüba : entre Santos et Säo Paulo, on les appelle serra de Cubatäo, d'après un hameau perdu dans la brousse marécageuse, au bord d'un bayou qui con- 4 John Ball, Notes of a Naturalist in South America. qu'il et le d'un bitre, mais erres 805). forêts w les eulre les en) conti- tables ra do moins ourné ageur appa- hangé tropi- droits carias hes'. ment 1ents »s de nt à ir les lière- s, en . Au- tuba : *s un con- ww d DAN> LE SA0 PAULO. D'ARAUCARIAS, GROUPE Dessin de Boudier, d'après une ph tour près par envi litto plus Para l'opi Sant nagu l'Éta vallé terre ques des « la se cour fruct Da le Ri do M le m milli + teau pies 1789 États ment breu: qui s et do fer s horiz ment que | aussi volea {()r ÉTATS PARANIENS ET LEURS MONTAGNES. 343 tourne l’île de Santos. La hauteur de la crête, vue du littoral, est à pen près uniforme. Les monts, composés de gneiss et de granit, et traversés par des masses éruptives de mélaphyres, s'élèvent à un millier de mètres environ. Cependant la serra dos Itatins, dont les aiguilles dominent le littoral entre Santos et Iguapé, atteint 1530 mètres, d'après Mouchez; plus loin, celle de Guarahü présente la même altitude, et dans l'État de aranä Ja serra Graciosa, à la crête fort dentelée, a probablement, suivant l'opinion d'Orville Derby, des hauteurs de 1500 mètres. La voie ferrée de Santos à Säo Paulo franchit la serra do Mar à 799 mètres, et celle de Para- naguä à Curitibä, plus élevée, passe er souterrain à 955 mètres. Dans l'Etat de Santa Catharina, elle se trouve interrompue par la profonde vallée de l'Ttajahy, puis elle reprend au sud pour former les magnifiques terrasses dites Campos le Boa Vista et les pittoresques montagnes graniti- ques de Tubaräo, souvent comparées à la chaîne des Orgues. Des grès et des calcaires paléozoïques s'appuient à l’ouest sur les roches cristallines de la serra do Mar, et de vastes grottes à stalactites, parcourues par des eaux courantes, traversent la contrée. Les gisements aurifères de la région, très fructueusement exploités au siècle dernier, ont été abandonnés. Dans l’État de Säo Paulo, la serra Mantiqueira se continue, comme dans le Rio de Janeiro, et se développe dans l’intérieur parallèlement à la serra do Mar, mais n'offre pas de saillies aussi considérables. Après avoir formé le massif d'Itatiaya, le plus puissant du Brésil, elle s’abaisse de plus d'un millier de mètres; cependant au nord de Pindamonhangäba ke vaste pla- teau connu sous le nom de Campos do Jordäo présente des croupes et des pies aux altitudes diverses de 1500 à 1800 mètres; une des pointes a 1782 mètres de hauteur, Au morro do Lopo, sur la limite commune des États de Minas et de Sûo Paulo, la chaîne s'élève à 1655 mètres seule- ment, mais elie gagne en largeur ce qu'elle perd en saillie, et de nom- breux massifs latéraux se développent dans la direction du nord. Les pies qui se dressent dans le voisinage de la ville thermale dite Pogços de Caldas, et dont les pointes atteindraient 1600 mètres, tandis que le chemin de fer se ‘glisse par un seuil de 1200 mètres, commandent un immense horizon de montagnes : on dirait une mer aux énormes vagues soudaine- ment figées'. Les monts de Caldas appartiennent à la même formation que le massif d'Itatiaya : à côté des granits et des gneiss on y trouve aussi des phonolithes et des tufs qui témoignent d'anciennes éruptions volcaniques. ! Orville A. Derby, Notes manuscriles. 544 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. La serra Mantiqueira change de nom en s’abaissant et en se divisant par massifs elliptiques de granit, dominant de quelques centaines de mètres les étendues des plateaux. Au nord du chef-lieu, la chaîne s'ap- pelle serra da Cantareira : elle s'abaisse en un seuil dont profite le chemin de fer du nord, puis forme la serra de Jaraguä, d'après un de ses pitons (1100 mètres), dont le profil, en forme de visage aux traits fortement marqués, se découpe sur l'horizon, à l'ouest de la voie ferrée. Au delà, vers l’ouest et le sud-ouest, la chaîne, coupée par la profonde et large vallée du Tieté, se confond d'une part avec les plateaux, de l'autre avec les saillies qui appartiennent au système de la serra do Mar. La croupe principale, la serra de Paranapiacaba, ou « Vue de l'Océan », composée de schistes métamorphiques et de granits, s'abaisse vers le nord par de longues pentes dans lesquelles les rivières du système paranien ont creusé leurs vallées serpentines : de distance en distance, des eroupes onduleuses, désignées sous le nom de serras, comme si elles étaient de véritables montagnes, se déroulent, couvertes de grands bois, entre les bassins des eaux courantes : leurs dos culminent à un ou deux cents mètres au-dessus des fonds. Çà et là des roches à parois verticales, pareilles à des forteresses, hérissent le sommet des mornes : ce sont les restes de coulées éruptives qui ont résisté aux agents métléoriques: mais à l'extérieur, dans presque toute leur étendue, les masses rejetées se sont transformées en cette fameuse « terre rouge », terra roxa, qui donne de si magnifiques récolles aux planteurs de cafiers; en maints endroits d'ailleurs, cette terre a dû être remaniée par les eaux, car on y trouve des coquillages et des débris de plantes’. La couleur de cette roche, qui présente en certains endroits une épaisseur de vingt, trente et même quarante mètres’, est d'un rouge plus sombre que celui de la terra vermelha où massapé que l'on trouve en beaucoup d'autres parties du Brésil et qui provient de granits décomposés. Les agriculteurs con- naissent bien les nuances de ces divers terrains, et, d'après elles, règlent le prix des ventes. Sur le versant paranien une grande partie des hauteurs sont assez unies pour mériter le nom de campos. D'ailleurs, ils se distinguent moins par le relief que par la flore; cependant jamais les âpres terrains très acci- dentés ne sont désignés sous ce nom. Les campos sont des espaces herbeux ou à végélation basse contrastant avec les étendues couvertes de forêts ! Glaziou, Notes manuscrites. # Fr, Leite Guimaräes, Notes manuscrites, divisant nes de è S'ap- chemin s pitons tement u delà, et large re avec croupe mposée par de en ont croupes ient de atre les x cents ticales, sont les S; mais se sont nne de ndroils trouve roche, même terra parties s con- èglent unies is par s ACCI- rbeux forèts MONTAGNES, FLEUVES DES ÉTATS PARANIENS. 545 vierges ou de eapoeiras, c'est-à-dire de fourrés d’une seconde venue. Ainsi les incendies augmentent la superficie des campos, et nombre d'auteurs émettent l'opinion, probablement erronée, que les campos brésiliens, de même que les prairies mississippiennes, doivent leur unique origine à l'action du feu’. Il est certain que ces régions déboisées reçoivent une quantité de pluie suffisante pour la croissance des arbres, car tous ceux qu'y plantent les rares eullivateurs à demi nomades y naissent facilement et continuent de prospérer après le départ des colons. Les déclivités orientales de la serra do Mar, quoique recevant l'eau fluviale en grande abondance, ne versent à la mer que de faibles cou- ants, descendant en de courtes vallées. Entre l'État de Rio de Janeiro et celui de Rio Grande do Sul le principal cours d’eau du littoral atlan- tique est la Ribeira de Iguapé, dont les hauts affluents, nés sur les pla- teaux de l'intérieur, coupent par de profondes vallées la saillie de la serra do Mar. Dans son cours inférieur, l'Iguapé se rapproche beaucoup de la côte et détache même un canal de 5 kilomètres qui va se réunir au marigot de Cananea; mais le courant prineipal se reploie vers le nord-est, pour se Jeter dans la mer à un endroit où la côte est franche, libre d'ilots. De petits bateaux à vapeur remontent la basse Ribeira d'Igmapé et même ses deux affluents, le Juquia et le Jacupiranga*. L'Htajahy, la principale rivière de Santa Catharina, n'égale pas l'Iguapé ; mais, traversant les colo- nies allemandes, qu'ont souvent visitées des savants d'Europe, il doit à ce fait d'avoir été mieux étudié que les autres rivières du versant. Connue d'ordinaire sous le nom de Serra-abaixo, ou « Pied-mont », par contraste avec la Serra-acima ou « Haut-mont » des plateaux, létroite bande de terres basses qui sépare le pied de la serra do Mar et l'Océan est en entier formée de dépôts marins, çà et là recouverts d'eaux maréca- veuses et traversés de coulées. Les grès d'origine océanique sur lesquels se déroulent les sables des dunes renferment des restes de troncs et de racines offrant une grande ressemblance avec ceux des manguiers actuels. Ces dépôts ont été certainement recouverts par les eaux marines à une époque récente, et l’on croit même que des immersions et émersions successives ont eu lieu dans cette partie du littoral, car les berges qui contiennent des restes végétaux offrent huit ou dix strates différentes, 1 Alberto Loefgren, Contribuiçôes para a botamca paulisla # Superficie du bassin de la Ribeira d'Iguapé, d'après H. Bauer : 28 900 kilomètres carrés, XIX. 44 546 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. toutes horizontales et d’une épaisseur variable. L'une d'elles, qui se com- pose d’un fer limonite presque pur, s'est formée en des eaux maréca- geuses !, D'après Karl Rath, toute la côte du Brésil méridional s'éléverait actuellement, de Rio de Janeiro à Rio Grande do Sul. Les anciens tombeaux indiens et les tambaqui ou monticules de coquillages que l'on rencontre en grand nombre le long du littoral sont tous à un niveau de 12 à 25 mètres N° 76, -— MARIGOT DE CANANEA. __ Quest Mu) 4 {ef Calonie americaine Ke SU Ur Se) VS 1 à Fr C Perron frofondeurs ce Ca /Omètres claËdm ‘ defOmetau chi 1 : 700 000 20 kil, supérieur aux affleurements du flot, quoique ces amas, provenant de la pêche, aient été jadis déposés au bord de la mer, D'ailleurs on constate sur toute la côte méridionale du Brésil, à partir de Santos, que de fréquentes modifications ont eu lieu dans la forme du littoral; d'un côté la mer pénètre dans le continent par des baies et des bayous, tandis que la terre ferme se frange de bancs de vase, de flèches sableuses et de cordons littoraux. Des invasions marines et des empiéte- 1 Ienrique E, Bauer, Berichte des naturwissensrhaftlichen Vereins in Regensburg, 1890, que poin se di iles om- ÉCA- erait Caux ‘e en ctres le la bartir e du des ches éte- LITTORAL DES ÉTATS PARANIENS. 47 ments terrestres se sont succédé. Tandis qu’au nord la côte de Säo Paulo, continuant celle de Rio de Janeiro, est découpée en arêtes vives, que les promontoires plongent leurs roches escarpées dans les eaux profondes et N° 77. — 8Â0 SEBASTIAO ET SON ILE. d'après Mouchez C'Perren de0élOmètres ba20" 0350” OT ess delh 1 : 500 000 er kil. que la grande île Säo Sebastiäo se dresse brusquement hors de la mer en pointant à 1300 mètres par le sommet de sa montagne, les rivages qui se développent plus au sud se bordent de terres sableuses : quelques iles de rochers se sont trouvées ainsi rattachées au continent par des 348 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, alluvions modernes, telles les collines de Santos et de Santo Amaro, dont les anciens détroits ne sont plus marqués que par des coulées sans profon- deur. La vaste baie de Paranaguä, qui ressemble beaucoup à celle de Rio de Janeiro, et qui, d'après les étymologistes, en aurait aussi l'ancien nom retourné —- Guanabarä ou « Baie », « Sac de mer », — est, comme N° 78, —- DAIE DE PARANAGUÂ. NU de Greenwich C. Perron RSS EEE le golfe de Santos, bordée de terres marécageuses dépassant à peine la surface de l’eau. La grande île de Säo Francisco, au devant des estuaires de Joinville, à gardé son caractère insulaire, et un chenal libre la sépare encore du littoral, quoique le rivage extérieur, tourné vers la mer, continue exactement la rive continentale. L'ile granitique de Santa Gatharina se trouve dans des conditions analogues : un soulèvement de 1 Varnhagen, Historia geral do Brazl. de en lon mol cot la uné le À plu gua cen à la | app Arg QI est volu des plus plus au | fluvi L: nom parn Coru du b dire il se venu plus nent mêm tand cour , dont rofon- le Rio incien omme e la aires » Ja ner, anta t de HAUT PARANA ET SES AFFLUENTS 549 deux ou trois mètres l’unirait au continent par un pédoneule projeté entre les deux manches du nord et du sud. A la pente rapide du territoire tournée vers l'Atlantique répond une longue contre-pente s'inclinant au loin vers le Paranä, Les pluies y sont moins abondantes, mais la zone d'écoulement y oceupe une étendue beau- coup plus considérable, et de grands fleuves y serpentent pour s'unir dans la vaste ramure dont le trone est formé par l'estuaire de la Plata. Mème une partie de la déelivité se tourne vers le nord, comme si à son origine le bassin hydrographique cherchait à se rattacher au système amazonien : plusieurs des fortes rivières de l'État de Säo Paulo, le Tieté, le Mogy guassü, coulent dans la direction du nord, Mais les hauteurs du faîte central rejettent définitivement les eaux vers ie sud et vers le sud-ouest, à la rencontre du Paraguay. Par la masse du courant fluvial, le système hydrographique de la Plata appartient beaucoup plus au Brésil qu'aux territoires hispano-américains, Argentine et Paraguay. Si l'artère maitresse, par l'orientation du courant et par la jonction dans les terres basses avec les affluents de l'Amazone, est bien la rivière Paraguay, le Paranä brésilien apporte le plus grand volume liquide. Bien qu'il ne suive pas l’axe de la vallée majeure, il reçoit des faîtes voisins de l'Atlantique les affluents les plus abondants et les plus nombreux et se développe sur une longueur de cours notablement plus considérable que celle du Paraguay : à cet égard, le Paranä correspond au Missouri, dans l'Amérique septentrionale; dans le double système fluvial du sud, le Paraguay serait l'analogue du Mississippi. La source principale du Paranä ou « Fleuve » n'est pas connue sous le nom que le courant prend en aval et l'on ne saurait pas même indiquer, parmi les branches maîtresses, celle qui a droit au premier rang, le Corumbä, le San Marcos ou le Paranahyba'. Ce dernier naît dans la partie du bassin ia plus éloignée de l'axe fluvial, et commence à couler dans la direction du nord, en formant éventail avec le Sûo Francisco. Encore faible, il se replie vers le nord-ouest, puis vers l'ouest, et s’unit au San Marcos venu du nord. Au delà, le courant tortueux va rejoindre, à 200 kilomètres plus bas, la forte rivière du Corumbä, issue des ravins pierreux que domi- nent les Pyreneos; le rio da Meia Ponte et le rio dos Bois, descendus du même faite avec de nombreux affluents, contribuent à grossir le courant, tandis que de l'autre côté une rivière dite rio das Velhas, comme Île cours d'eau plus connu appartenant au bassin du Säo Francisco, amène ! Orville À, Derby, Contribuigäo para o estudo da Geographia physica do valle do rio Grande 350 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, le produit des sources de la Canastra et de la Matta de Corda. Le fleuve Paranä est déjà constitué à la rencontre de l’abondante rivière dite rio Grande, qui naît sur les plateaux de Minas Geraes, au principal nœud de diramation fluviale à l’orient du Brésil. Le rio Grande, plus abondant que chacune des autres branches du haut Paranä, s'en distingue par la nature montagneuse de son haut bassin. La source principale naît dans le massif de lftatiaya, à plus de 2500 mètres d'altitude. Le rio das Mortes, le Sapucahy, ses tributaires du nord, coulent aussi en des pays accidentés de roches et de collines: mais le rio Pardo, arrosant au sud les hautes terres de Säo Paulo, présente un cours plus régulier, Ayant à parcourir une région très inclinée, le rio Grande n'est point navigable dans son cours supérieur ou du moins n'offre que des biefs peu considérables au libre parcours des barques; de nombreuses cascades interrompent son courant, el parmi ces chutes plusieurs ont un aspect grandiose : tel le saut de Maribondo, en aval de la jonction du rio Pardo; en cet endroit, la masse liquide, déjà très abondante, plonge d'une hauteur de 20 mètres. D'autres cascades ont été graduellement déblayées par la destruction des roches qui barraient le flot : c’est ainsi qu'au sud d'Uberaba les masses schisteuses qui obstruaient le fleuve ont été peu à peu rongées; il n'en reste que des blocs de quartz solide formant îlots au travers du courant; les ingénieurs ont pu construire sur le rio Grande un pont d'environ 400 mètres, dont les vingt-cinq piles reposent toutes sur des saillies émergées. Le Pardo et son affluent le Mogy guassüu, de même que la rivière Tieté, coulant plus au sud, parallèlement au rio Grande, offrent à la navigation une longueur de courant supérieure, grâce aux moindres accidents du sol qu'ils parcourent et aux travaux de régularisation. Le Mogy guassü, qui serpente dans la région la plus prospère des caféteries paulistes, présente, en une ligne continue de 230 kilomètres, un chenal navigable, à peine interrompu de rapides dont on a su prolonger et adoucir la déelivité par des jetées latérales de pierres perdues. Le Tieté, de tous les affluents paraniens, est celui qui naît le plus près de l'Atlantique : telle haute source jaillit à une douzaine de kilomètres seulement du rivage de la mer, mais à mille mètres au-dessus. Les ruisseaux supérieurs, unis dans un ancien lac ramifié que l’envahissement de la végétation a graduelle- ment changé en tourbière, forment une rivière imposante déjà sous le « Grand Pont » de Säo Paulo. Le cours du Tieté, rattaché par les chemins de fer au port de Santos, comme le Mogy guassü, permet au trafic, mais , à un moindre degré, de pénétrer dans les régions, désertes naguère, des r'eve moil saire {ains bien un € le Ti desco Le « l'IV ses arète coup en ce seCOI d’où ce Si riviè pour barc: à 25! Jusq : fleuve dite rio œud de du haut bassin. plus de butaires ollines ; résente aclinée, ou du ars des , parmi ibondo, de, déjà des ont arraien! ses qui que des énieurs s, dont » Ticté, igation du sol süÜ, qui ‘sente, peine iclivité uents haute de la s dans uelle- us le mins mais à, des HAUT PARANA ET SES AFFLUENTS. 351 ‘ampos ‘lu Paranä; toutefois deux hautes cascades, Avanhandava et Itapura, se succèdent dans la partie inférieure du fleuve. A la chute d’Avanhadava, un rocher traverse obliquement le Tieté, large d'environ 150 mètres, et la masse liquide, précédée d'un rapide, suivie d'un autre plan incliné, tombe de 15 mètres en une nappe d'écume; au salto d'Itapira, situé à peu de distance en “mont du confluent, les eaux plongent de 20 mètres en plusieurs nappes entre des piliers inégaux qu'ombragent des massifs d'araucarias. À quelques kilomètres au-dessus du confluent, le Paranä lui-même a formé la grande chute du « Vautour », — Urubupungä. En aval du Tieté, le Paranä s’accroit de nombreuses rivières, dont les plus abondantes proviennent du versant oriental, celui qui s'ineline en pente douce. Sur le versant occidental, la déclivité, plus brusque, est parcourue de cours d’eau déjà considérables, mais de beaucoup inférieurs au rio Grande et au Tieté : le Sucuryü, le rio Verde, le rio. Pardo, l'Ivinheima. Ce dernier affluent s’unit au Paranä à une petite distance en aval d'un tributaire presque égal au rio Grande, le Paranapanema, dont les affluents supérieurs naissent dans le voisinage de l'Atlantique, sur le revers occidental des gradins qui descendent vers l'Océan. Environ la moitié du bassin fluvial dont le Paranapanema inférieur constitue l'émis- saire commun reste terre inconnue, et quoique le Säo Paulo soit, à cer- lains égards, l'État par excellence, grâce à ses avantages naturels, aussi bien que par la connaissance géographique que l'on a de son territoire, un espace triangulaire d'environ 75 000 kilomètres carrés, compris entre le Tieté et le Paranapanema, porte sur les cartes la désignation de Zona desconhecida. Le Paranapanema, c'est-à-dire, d'après quelques étymologistes, la « rivière Inutile », mérite ce nom par ses rapides, ses barrages de pierres, ses cascades, qui l’interrompent aux points de croisement de toutes les arêtes rocheuses. Une très haute chute, le salto ou la cachoeira Grande, coupe son lit en aval du rio Pardo, limite actuelle de la colonisation : en cet endroit, le fleuve, qui débite une trentaine de mètres cubes à la seconde, plonge d’une dizaine de mètres dans une chaudière bouillonnante d'où l’eau s'échappe par une étroite fissure. D’autres saltos succèdent à ce salto Grande et la navigation ne peut commencer qu'en aval de la rivière Tibagy. Dès maintenant on pourrait utiliser cette voie navigable pour communiquer entre les États du littoral et le Matto Grosso. Les em- barcations descendent le Paranapanema jusqu’à sa jonction avec le Paranä, à 258 mètres d'altitude, puis se laissent porter par le courant du fleuve jusqu'à la bouche de l’'Ivinheima, qu’elles remontent jusqu’au voisinage de 552 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. Miranda, sur le versant du Paraguay. L'ensemble de cette navigation se développe sur une longueur de 707 kilomètres. L'Ivahy, le Piquiry, coulant parallèlement au Paranapanema, rejoignent en aval le courant majeur qui, par ses berges rocheuses, ses cluses, ses apides, appartient encore au plateau, Mais une porte s'ouvre dans les N° 19, — SAUTS DU PARANAPANEMA A SON ENTRÉE DANS LA « ZONE INCONNLE », GI Un Us ge NAUFPR TAN À So EE? D. RDS % d x de Quest de Greenwich d'apres F. Sampaio CPerron montagnes, par laquelle il va descendre dans la plaine. La serra de Mara- cajû (Mbaracayü), servant de limite entre le Brésil et le Paraguay, pro- jette ses chaînons avancés dans la direction de l'ouest à l’est et rétrécit le lit, qui à l'amont s'étale en un lac large de plusieurs kilomètres, entourant une grande île de ses deux bras. Arrivé au bord du rocher qui forme barrage, le Paranä s’abat sur une paroi très rapide, mais non ver- licale, en plusieurs chutes de 15 à 18 mètres de hauteur, différant toutes par le cadre de rochers et de végétation, aussi bien que par tion se oignent ses, Se ans les e Mara- ay, pro- rétrécit mètres, her qui on ver- ifférant par la ELU LUEUR IC A AA XIX ko SALTO VICTORIA. +R L'IGUAZÉ. CHUTES DE aphie de M. Storm, communiquée par la Société de géograplue. (+ d'après une pho Th. Weber, Dessin de NZ < IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT-3) 1.4 Il Ke] les ILE IL «æ) … LA 7 Ÿ : V9 MRC cm Corporation n TR e 2 A 4 Kl E RS i (4 b PARANA ET IGUAZÜ. 359 masse et l'épaisseur d’eau. Le nom populaire de ces chutes est Sete Quedas (en espagnol Siete Caidas), mais il ne faut voir dans cette appel- lation de « Sept Chutes » aucune énumération précise, car dans les basses eaux le fleuve se partage en de nombreux courants partiels, quel- quefois plus d'une vingtaine, tandis que lors des grandes crues la puis- sante masse liquide, recouvrant toutes les saillies de la roche, plonge en une seule nappe entre les deux rives. Les troncs d'arbres flottés, que l'on aperçoit à diverses hauteurs dans les anfractuosités des berges, indiquent de saison en saison les niveaux successifs de la chute. Des groupes d’araucarias, s’élevant au-dessus de la cascade, dans l'île et ses ilots, se montrent ça et là sur le demi-cercle que forme l’ensemble des eaux plongeantes. En 1651, lorsque les jésuites du haut Paranä furent obligés d'évacuer leurs missions de la Guayra, ils perdirent dans ces parages, en amont et en aval des chutes, ‘plus de trois cents de leurs embarcations. Depuis cette époque on donne aussi aux Sete Quedas le nom de chutes de la Guayra. Au-dessous des Sept Chutes le fleuve glisse encore en rapides, qui rendent le canotage très difficile à la remonte, puis il se calme peu à peu. Dans cette partie de son cours il reçoit son dernier grand tributaire, dit autrefois le rio Grande de Curitibä, mais plus connu sous le nom guarani d'Iguazü (Y-guassü). Parallèle au Paranapanema, au Tieté et autres forts affluents brésiliens du Paranä, l'Iguazü est également coupé de cascades aux gradins correspondants et finit son cours au saut de Vic- toria, offrant comme les Sept Chutes un vaste hémicyele de cascades avec leur décor de rochers et d’araucarias : la plus haute colonne d’eau a 60 mètres d'élévation. Les navigateurs qui remontent cu descendent le Paranä, à 8 kilomètres de distance, entendent le grondement continuel de la cascade. C’est là que le gouvernement du Brésil a installé sa colonie militaire et son arsenal pour commander la navigation de tout le cours inférieur du Paranä jusque dans les eaux argentines. Dès l’année 1542, le fameux conquistador Alvar Nuñez « Tête de Vache » avait suivi cette route dans son voyage aventureux du Brésil au Paraguay". En aval de l'Iguazü, le Paranä, désormais sans cascades ni dangereux rapides, passe en d’étroites cluses : tel le défilé d'Ttanguaymi, où le cou- rant, ample en certains endroits de quatre et cinq mille mètres, se rétrécit à moins de 140 mètres’. Plus bas, le fleuve s’élargit définitive- ! Theodoro Sampaio, Consideraçôes geographicas e economicas sobre o rio Paranapanema. * Domingo Patiño, Bulletin de la Société de Géographie, août 1868. 356 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. ment et, cessant de couler parallèlement au littoral océanique du Brésil, comme s’il devait emprunter le cours inférieur de l'Uruguay, se rejette vers l’ouest et déroule son flot jaunâtre autour d'iles basses, entre des berges marécageuses. À l'endroit où il rencontre le fleuve axial du bassin, le Paraguay, il roule une quantité d'eau souvent dix fois supérieure à celle de son rival. Le elimat de Säo Paulo, du Paranä, de Santa Catharina, régions à littoral océanique étroit et à vastes plateaux accidentés s'inclinant doucement vers l'intérieur, ressemble d'une manière générale à celui des Minas, avec cette différence essentielle, que ces contrées, se développant partiellement au sud en dehors de la zone tropicale, présentent un contraste saisonnier plus tranché, suivant la position du soleil au zénith. Les hivers de Säo Paulo, et surtout ceux des deux États situés plus au sud, sont de véritables hivers, aractérisés par un abaissement notable de température, par d'âpres vents froids d'origine polaire, par la chute du thermomètre au-dessous du point de glace, et quelquefois même par des neiges. Mais le principal con- traste n’est pas celui du nord au sud : l'opposition tranchée se montre de l'est à l'ouest, suivant les altitudes. La zone du littoral, au pied des monts, appartient encore en partie à la région torride, et se continue vers le sud par des contrées subtropicales qui rappellent l'Italie aussi bien par le climat que par les découpures et les hauteurs verdoyantes des côtes. Une autre zone parallèle, celle de la « Serra » ou de la montagne, diffère de la zone des rivages par sa température plus basse, mais elle se trouve encore sous l'influence directe de la mer, qui lui envoie ses brises et ses averses : presque journellement pendant l'été, on ressent à Säo Paulo un vent du sud-est, causé par l'appel du plateau sur l'air plus chaud du littoral. La zone de l'intérieur ou des campos, beaucoup plus large, présente les conditions normales du elimat continental avec ses extrèmes de tempéra- ture : dans l’année, les écarts, très considérables, comportent de 30 à 49 degrés. A l'ouest des ondulations qui continuent la serra Mantiqueira, les chaleurs de l'été, les froidures de l'hiver sont plus fortes que dans les deux zones orientales; les brumes, très communes sur les hauteurs qui dominent la région côtière, deviennent rares dans ces contrées occi- dentales, si ce n’est au-dessus des marécages et des rivières. Sur les campos, que conquiert graduellement l'agriculture, les geiées sont fort redoutables : on voit souvent les champs couverts de givre, et à ces froidures de la nuit succèdent des chaleurs diurnes qui atteignent ou pe 4 SM AA Hd Et est € brise semi chan Paul. littor Q août, un « æ — > > r'ésil, ejette e des assin, ure à ttoral it vers : cetle nt au r plus lo, et ivers, ‘âpres us du | con- re de nonts, le sud ar le . Une de la ncore rses : nt du Loral, e les péra- 50 à eira, dans eurs cci- LiÈeS et à ou CLIMAT DES ÉTATS PARANIENS. 357 mème dépassent 50 degrés. Des observations faites en 1886, à Itapeti- ninga, dans le haut bassin du Paranapanema, ont constaté 1# apparitions de la gelée pendant les mois d'hiver, de mai en septembre. Les gelées se produisent surtout après les pluies abondantes, lorsque le ciel, très elair, facilite le rayonnement; mais on a constaté qu'elles sont peu à craindre dans les parties les plus élevées du plateau. Dans les creux où repose une atmosphère tranquille, les planteurs de cafiers sont exposés à perdre leurs récoltes par la gelée, tandis qu'à trois et quatre cents mètres plus haut, sur les hautes croupes de Batataes et de Franca, situées à un millier de inètres en altitude, leurs cultures sont épargnées". L'influence du relief et de l'exposition du sol sur la chute des pluies est bien clairement démontrée par les mesures udométriques faites dans la province de Säo Paulo. Tandis qu'à Santos la quantité d’eau recueillie, de presque 3 mètres en 1867, dépassait # mètres sur la crête des mon- lagnes voisines, elle n'atteignait pas même À mètre à Säo Paulo, sur le versant opposé. Toutefois, dans les années ordinaires, le contraste est beaucoup moins marqué. La saillie d’abri n'est pas assez haute pour que Säo Paulo soit ordinairement privé de pluies. Loin de là, on y compte dans l'année de 150 à 190 jours pluvieux, auxquels il faut ajouter de 40 à 127 jours de brumes*, Quant à la direction moyenne des vents, elle reste sensiblement la même : la nuit et le matin, le vent dominant est celui du sud-est, la brise de mer, et le soir celui du nord-ouest, la brise de terre. Ainsi Säo Paulo, quoique sur le plateau, jouit d'un elimat semi-maritime : à quelques kilomètres au delà, les conditions ont déjà changé, La ligne d'égale déclinaison magnétique passe dans l'État de Sao Paulo, en se portant graduellement vers l’ouest; en 1885, elle atteignait le littoral au-dessus d'Iguapé, à une petite distance à l’ouest de Santos. Quand on parcourt les campos pendant les mois d'hiver, juin, juillet, août, les squelettes d'arbres, les herbes sèches ou non fleuries donnent un triste aspect aux campagnes; mais dès les premières pluies la nature se transforme, et comme par enchantement apparaissent les pointes vertes de plantes nouvelles, mème des corolles éclatantes. Suivant les saisons 1 Theodoro Sampaio, ouvrage cuté. * Alberto Loefgren, Dados climatologicos do anno de 1890, 5 Conditions météorologiques de quelques villes des États paraniens : Température Jours Latitude, Altitude. moyenne. Pluie, pluvieux. Säo Paulo (5 années) 93033 740 mèt, 180,3 (319; — 00,7) 1",38 152 Campinas . . . . . 22058 660 » 190,8 (350,1; — 20,3) 4",45 171 lapetininga . . . . 2503% 647 » 180 (320,3; —10,0d) 1,376 9 Blumenau (7 années) 260 55 50 » 219,6 1,103 113 La (M ; l | ï f] f ! ES ÉTAT gr 308 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. s’épanouissent des fleurs différentes, et prédominent d'autres couleurs, le bleu, le jaune ou le rouge‘. Loefgren évalue à deux mille le nombre des végétaux qui croissent dans les campos de Säo Paulo. Comme arbre forestier, l'araucaria paranensis commence à se montrer sur les hau- teurs qui séparent le bassin du Parahyba et celui du Tieté. Il se présente d'abord en arbre d'avant-garde, et prospère grâce à quelque circonstance favorable, l'excellence du sol ou celle de l'exposition; il devient de plus en plus commun avec la prédominance du climat tempéré, et déjà dans le Säo Paulo méridional, sur les plateaux onduleux, il caractérise le paysage : de toutes parts on aperçoit les magnifiques candélabres se dressant au- dessus de la ligne uniforme des forêts. Dans les États paraniens s'entremélent les deux grandes aires de l'Amé- rique du Sud, la selve tropicale et le campo platéen. La forêt touflue des arbres se prolonge sur tout le littoral et sur la pente maritime des monts: elle déborde par delà les hauteurs côtières et se continue dans les vallées, sur les bords des cours d’eau qui descendent au Paranä; elle forme mème des iles de verdure, opposant aux colons une barrière difficile à franchir. Cependant on l'attaque par la hache et par le feu, car les meil- leurs terrains sont ceux que recouvre la forêt la plus haute et la plus épaisse, et les planteurs ont hâte de remplacer par des cafiers ces essences forestières, qui auraient une valeur si grande en tout autre pays. En maints endroits pourtant, on s’est trop pressé d’abattre la forêt : les terrains mal défrichés ont été abandonnés après une culture rudimen- laire, et une nouvelle forêt, composée d’autres espèces, croît à la place de la selve primitive : la capoeira, moins belle, moins pittoresque que la forêt vierge, mais plus difficile à parcourir. Ces fourrés, obstrués de ronces, sont impénétrables à tous autres qu'au tapir et au chasseur qui le poursuit. L'aire des forêts se ramifie du littoral vers l’intérieur ; c’est au contraire de l'intérieur vers la côte que s’avancent en zones parallèles les régions herbeuses des campos, peu différentes par l’aspect et la végétation des pampas argentines. Les campos paraniens sont pour la plupart parsemés d'arbres peu élevés et perdant leurs feuilles pendant la saison sèche. De vastes étendues sont complètement privées de végétation arborescente, soit parce que l’herbe épaisse n’a pas laissé pointer les tiges ligneuses, soit parce que les incendies périodiques les ont brûlées. Mais les plantes basses offrent une grande variété d’espèces, ressemblant par leur aspect * Alberto Loefgren, Contribuiçôes para a botanica paulista. gine anal tr'av. pècl les ] bag se c (tell d'ail el p arme instr de q époq d'anc "AI 3 Fr leurs, ombre arbre s hau- ésente stance e plus lans le ysage : int au- l'Amé- ue des monts : allées, forme ficile à s meil- la plus ssences ys. En êt : les dimen- lace de que la ués de ur qui pntraire régions ion des rsemés he. De scente, 1euses, plantes aspect CLIMAT, POPULATION DES ÉTATS PARANIENS. 500 général à celle de la pampa platéenne, et même à la flore des punas andines". La faune présente des contrastes analogues à ceux de la flore. Dans le Säo Paulo et le Paranä on voit encore des singes, des coatis, des sarigues, des capivaras, des paresseux, des fourmiliers, des tapirs; les rivières ont aussi leurs tortues et leurs crocodiles; les oiseaux-mouches, les papillons brillants se jouent au milieu des fleurs. Le ñandü, l'autruche platéenne, qui à disparu du Brésil septentrional, se retrouve en bandes assez nom- breuses dans les campos paraniens: mais combien longtemps échappera- t-il à la dent du chien et au fusil du chasseur”? Bientôt sans doute l'au- truche américaine ne sera plus qu’un oiseau mythique comme tant d’autres espèces actuellement disparues. Elle s’associera aux animaux monstrueux créés par l'imagination populaire. C’est ainsi que, d’après le témoignage unanime des indigènes, il existerait dans la région de faite qui sépare les sources du Paranä et de Uruguay un « ver » de dimensions énormes, un serpent sans doute, qui, se glissant dans la terre marécageuse, serait assez fort pour déraciner les arbres. La légende dénote un reste de ce culte des serpents que l’on retrouve à l'origine de toutes les sociétés. Le littoral des États du Sud est très riche en débris préhistoriques d’ori- gine indienne : on y a trouvé par centaines des monticules de coquillages analogues à ceux du littoral européen et renfermant aussi des pierres travaillées et autres produits de l’industrie primitive. Ces amas, que les pêcheurs d'aujourd'hui s’imaginent provenir du déluge, sont connus par les Brésiliens sous un nom guarani qui signifie « huiîtrières », — tam- baqui, — transformé d'ordinaire en sambaqui. Ces buttes artificielles se composent en effet pour la plupart de coquilles, surtout de barbigies (tellina antediluviana). Les squelettes qu'on y a découverts, et qui d'ailleurs appartiennent à des types très différents, ont été trouvés assis, et près d'eux sont déposés les objets qui avaient servi à l'homme vivant, armes, vases, ornements et outils. La matière varie : presque tous les instruments de pierre sont en basalte, mais il en est aussi de porphyre, de quartz, de fer météorique. Les sambaqui datent certainement d’une époque reculée, car plusieurs disparaissent sous les débris apportés par d'anciens courants, et les grands arbres de la forêt vierge y ont inséré * Alberto Loefgren, mémoire cité. 3 Fritz Müller, Nature, 21 feb. 1878. Po pa OR A NES ARE TPS 360 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, leurs racines. La somme de travail que représentent ces amas est vraiment prodigieuse, puisqu'on en trouve ayant 100 mètres de large et 15 mètres de haut; les ouvriers des fours à chaux mettent des années à les déblayer. On juge de l'énorme accumulation en pensant que depuis deux ou trois siècles des cités comme Rio de Janeiro, Angra dos Reis, Santos, Para- naguä, et même des villes situées jusqu'à vingt lieues dans l'intérieur, s'alimentent de chaux à ces sambaqui et qu'il en reste pourtant un nombre encore assez considérable. Sur les plateaux s'élèvent aussi de nombreux montieules funéraires, connus dans le pays sous le nom très approprié de sepulturas velhas (vieilles sépultures) : la terre dont ils sont formés diffère toujours du sol primitif. D'autres sont bâtis en pierres, et dans ce cas les matériaux ont été extraits d'une caverne éloignée, La forme de la plupart des crânes trouvés dans les anciens tombeaux et les objets qu'on y a recueillis permettent de croire que les aborigènes pré- historiques appartenaient à la même race que les Tupi et Guarani contem- porains; cependant le naturaliste Loefgren à recueilli dans un tambaqui situé à 9 kilomètres à l’ouest de Sûo Vicente un crâne analogue à ceux qu'étudia Lund dans les grottes de la Lagôa Santa. Lorsque les premiers Européens arrivèrent dans le pays, la nation dominante, celle des Ta- moyos, élait fort puissañte et prit l'initiative d'une alliance avec toutes les tribus du littoral pour résister aux Portugais. Ceux-ci auraient été probablement exterminés si les missionnaires jésuites Nobrega et Anchieta ne s'étaient dévoués pour aller demander la paix aux guerriers indiens sié- geant en conseil dans un village de la côte, près de la ville actuelle d’Uba- tüba. Les autres indigènes de la région du littoral, Goyanazes, Iatins, Pituruna, Guanhanari, Carijos, se sont fondus avec le reste de la popula- lion, qui maintenant se mélange très rapidement avec les éléments les plus divers. Les Italiens arrivent en foule dans le Säo Paulo, et en maints districts de la campagne constituent déjà le principal élément ethnique. Avee eux viennent des représentants de toutes les nations d'Europe, y compris les Tsiganes, les Juifs orientaux et les Maronites de Syrie. Les émigrants de Minas Geraes se portent par bandes vers les régions des aféteries du Säo Paulo. Dans l’ensemble, le type pauliste passe pour être le plus beau du Brésil. Un proverbe dit qu'il faut admirer : à Bahia, elles nào ellas; à Pernambouc, ellas nào elles; à Säo Paulo, ellas e elles". Divisés en tribus fuyardes, les indigènes des États paraniens n'ont plus aucune solidarité dans leurs luttes contre les blancs et succombent ‘ Spix und Martins, ouvrage cité. Pa raiment , mètres éblayer, ou trois , Para- térieur, ant un ussi de om très ils sont rres, el eaux el es pré- ‘ontem- mbaqui à ceux remiers les Ta- toutes ent été nchieta ns sié- d'Uba- Itatins, opula- nts les maints nique. pe, y e. Les is des r être , elles n'ont bent POPULATION DES ÉTATS PARANIENS. sul isolément, Ceux que les jésuites avaient groupés dans la mission de la Guayra pour les catéchiser et en faire des serviteurs soumis, disparurent les premiers. En vain leurs pasteurs essayèrent de les défendre contre les chasseurs d'hommes. Ceux-ci, s'attaquant à des tribus paisibles qui avaient perdu toute initiative et qui étaient plus habituées à chanter des hymnes et à réciter des prières qu'à repousser les attaques de l'ennemi, reve- naient presque toujours dans les marchés de l'est, chargés de butin et lrainant des centaines ou des milliers de captifs : les premières incursions eurent lieu en 1628 et en dix années des paroisses entières furent suppri- inées d'un coup. Les jésuites durent s'enfuir et, en 1641, le père Montoya essaya de transporter tout ce qui restait de sa nation de catéchumènes sur les rives du bas Paranä, dans le territoire dit actuellement des « Mis- sions ». Le terrible exode coûta la vie à plus de la moitié de ses fidèles : après les massacres, les fatigues et les noyades ils n'étaient plus que douze mille". Depuis quelques années un certain mouvement de reflux se produit dans les populations indigènes. Refoulés par la marée montante de la colonisation argentine, des Indiens Guarani venus du Sud ont repris le chemin du haut Paranä : quelques familles, immigrées du Paraguay, vivent dans les forèts occidentales de l'État de Sûo Paulo et rendent de grands services pour le canotage et le transport de denrées sur la rivière; mais elles ne se groupent pas en villages sous la direction des blancs et se tiennent également à l'écart des autres indigènes. Les sauvages restés dans ces régions des forêts et des campos sont géné- alement désignés par les Brésiliens sous l'appellation collective de Bugres (Bougres), dont les premiers visiteurs français du littoral avaient fétri les indigènes. Îls appartiennent à trois familles distinetes, les Chavantes, les Cayüa ou Cayova et les Coroados. On ignore si les Chavantes sont les frères de race de leurs homonymes qui vivent sur les bords de l'Araguaya et du Tocantins : leurs voisins Coroados les appellent aussi Curuton, e’est- à-dire les « Sans Robes », les « Nus »*. Fort laids, presque noirs, ils mènent une existence des plus misérables, n'ayant ni cabanes ni tentes : ils se contentent d'ajoupas formés de palmes à la pointe aiguë qu'ils introduisent dans le sol et dont ils lient les extrémités; le tout s'appuie obliquement sur une branche d'arbre et peut donner abri à deux per- sonnes. Les Chavantes du Säo Paulo ne cultivent point la terre et se nour- rissent de plantes, de racines, de lézards et de rats; pendant la saison ‘ Simäo de Vasconcellos, Chronica da Companhia de Jesus no Estado do Brasil; — Muratori, Paraguai; — Alfredo Lomonaco, A1 Brasile. * R. Ewerton Quadras. fnstitulo Historico, tome L\, 1892, XIX. 46 St A ee TP 2 ER PET NS T ÿ PRE ERANEES 502 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, sèche ils brûlent les savanes et tuent avec des branches les bestioles qui cherchent à fuir l'incendie; ils passent parfois des journées entières à creuser le sol pour ÿ chercher le miel d'une petite abeille, et à cet effet ils emploient des morceaux de fer qu'ils ont volés aux colons. Les Cayüa, qui vivent au nombre d'environ trois mille dans le bassin du Paranapanema, sur les deux territoires de Sûo Paulo et de Paranä, sont très certainement d'origine tupi : leur dialecte abanheenga diffère très peu de la lingua geral. Plusieurs familles de cette tribu se sont asso- ciées aux blancs et participent à leurs travaux, mais on dit les Cayüa très ombrageux, et les colons ont à se tenir sur la réserve pour ne pas les offenser. Ces Indiens restés libres sont d'admirables bateliers, des nageurs intrépides, et franchissent les cataractes avec une incomparable adresse. Ils tissent avec soin la fibre d'ortie et en fabriquent des couver- lures très appréciées. Enfin ils sont habiles potiers et cultivent le maïs, entre autres une variété inconnue des blancs. Leur système de numération est septennal'. Beaux hommes pour la plupart, ils ont un teint plus clair que les autres Indiens; encore de nos jours, un article d'ornement nécessaire à tout Cayüa qui se respecte est le tembetä, appelé aussi cherimbita, bâton d'une espèce de résine que l’on introduit dans la lèvre inférieure, et qui de loin ressemble à une longue épine. On sait que des objets du mème genre, mais en quartz transparent ou autres pierres dures, ornent encore ou jadis ornèrent les lèvres indiennes en divers endroits du Brésil, et l’on. peut supposer que l’usage de se percer ainsi la lèvre était beaucoup plus général, et peut-être universel, parmi les tribus de l'im- mense domaine qui s'étend des bords de l’Amazone à ceux du Paranä*. Les Cayüa pratiquent la couvade. Le nom de Coroados ou « Couronnés » que l’on donne à la troisième peuplade indigène du Säo Paulo s'applique à des Indiens d’une origine différente de celle d’autres Coroados, notamment ceux qui vivaient dans l'État de Santa Catharina et qui ont laissé des appellations tupi à tous les cours d'eau de la contrée*. Ce terme de Coroados indique seulement que chez les Indiens ainsi désignés les cheveux sont disposés en forme de cou- ronne autour d'une tonsure. Les « Couronnés » du Paranapanema sont des hommes trapus et vigoureux, à larges épaules, à grosse tête, avec de puissantes mâchoires et de petits yeux. Tandis que les Tupi ont souvent 1 R. Ewerton Quadras, ouvrage cité. # Theodoro Sampaio, Consideragoes geographicas e economicas sobre o valle do rio Paranapa- nema ; — Keller Leuzinger, ouvrage cité, 3 De Capanema, Jornal do Commercio. fevereiro 1893. bestioles ntières à cet effet le bassin arand, a diffère ont asso- rs Cayüa "ne pas ers, des nparable , Couver- le maïs, mération int plus nement lé aussi Ja lèvre que des s dures, roits du re était le l’im- ? arand?. oisième origine it dans ous les ent que de cou- a sont avec de souvent ranapa- POPULATION DES ÉTATS PARANIENS. 363 un profil d'aigle qui rappelle les traits des Peaux-Rouges de l'Amérique septentrionale, les Coroados de Säo Paulo présentent un type analogue à celui des Asiatiques mongols, Ni Cayüa ni Chavantes ne comprennent la langue des Coroados, Ceux-ci posséderaient où auraient possédé, dit-on, un genre de figuration symbolique, dont l'interprétation n'est pas encore connue des blanes et qui se perdra peut-être avant que les signes en aient été déchiffrés, En parcourant les forêts limitées en forme de quadrila- tère par les rivières Paranapanema, Parand, Ivahy et Tibagy, on rencontre souvent, dans le voisinage de huttes abandonnées, des cordages de lianes tendus intentionnellement et décorés de bizarres appendices, morceaux de bois, plumes, ossements, griffes d'oiseaux, mâchoires de singes et de pores sauvages. Ces divers objets composent évidemment par leur juxtapo- sition tout un récit ou un message à l'adresse de tribus alliées, Parfois les Coroados se servent de cette écriture mystérieuse pour menacer les blanes : des armes plantées dans le sol, des ailes d'aras, pareilles à celles dont ils empennent les flèches, sont des symboles sur le sens desquels on ne peut se méprendre. Les voies ferrées ont changé les attractions, Grâce à elles, les popula- tions du haut Säo Francisco et leurs cités principales, Ouro Preto, Sabar4, Pitanguy, gravitent vers Rio de Janeiro, malgré la pente naturelle du sol qui en ferait les satellites de Bahia. À plus forte raison les villes mineiras situées au sud-est, dans le bassin du Parahyba, et celles du sud-ouest, par- courues par les hauts affluents du Paranä, se trouvent dans la dépendance économique de Rio et de Säo Paulo. Plusieurs ont déjà pris de l'impor- tance comme centres secondaires et dépassent par leur commerce et leur activité industrielle la cité d'Ouro Preto, qui garde encore (1895) le rôle de capitale, mais qui reste à l'écart des grandes voies, dans une étroite vallée tributaire du Rio Dôce. Sur le versant du Parahyba, l'agglomération urbaine qui a le plus rapi- dement progressé porte le nom bizarre de Juiz de Féra ou « Juge du Dehors », en mémoire d'un fonctionnaire qui y résidait. La ville est située à 700 mètres d'altitude environ sur la rive droite du Parahybuna, encore simple ruisseau, dans'un cirque naguère marécageux qu'entourent des collines à pente douce. Quelques maisonnettes à peine se groupaient au bord de la rivière, lorsque la construction de la route carrossable Uniäo et Industria rattacha Juiz de Fôra à Petropolis et l'engloba dans le cercle d'attraction de Rio de Janeiro. Une colonie de paysans allemands vint nome ment 1 | | | 564 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, s'établir dans le voisinage et noua des relations de commerce avec les cilés naissantes de la vallée de Parahyba; puis le chemin de fer central en fit un de ses entrepôts. Maintenant Juiz de Fôra, principale station du versant parahybien en amont de Campos, est le centre agricole le plus actif de l'Etat de Minas et devient même une cité industrielle pour la fabrication de la bière, celle N° 00. — JUIZ DE FÜR. de tissus et le travail du bois. Ses rues grandissantes, aux maisons basses, ont déjà dé- passé les bords de la plaine et montent à l'assaut des collines environnantes. Juiz de Fôra a pris rang parmi les cités am- bitieuses qui briguent l'héri- tage d'Ouro Preto commefuture capitale de l'État de Minas. D'autres villes de la contrée s'accroissent aussi en popula- tion et en industrie : Para- hybuna, aux petites maisons blanches et roses s’alignant au bord du fleuve du même nom, à la base du superbe rocher rayé de lichens blancs et noirs qu'on appelle la Fortaleza; Mar de Hespanha, qui s'élève sur une terrasse couverte de caféteries au nord du Parahyba ; Leopoldina, qui a donné son nom à tout un réseau de voies ferrées ayant pour point de départ Nictheroy, sur la baie de Rio de Janeiro, et se ramifiant en bran- ches nombreuses dans l'Espirito Santo et le Minas. Ubä, ainsi nommée d'une sorte de graminée fort commune appelée aussi canna brava, s'élève au milieu des caféteries sur les pentes méridionales de la serra de Säo Geraldo, que traverse un chemin de fer par des rampes sinueuses et un seuil de 752 mètres. Sur le versant paranien de Minas Geraes, Barbacena occupe un rang analogue à celui de Juiz de Fôra sur le versant du Parahyba. Située à la Ouest de Greenwich AUIZ DE FRA, BARBACENA. 6 ec les forte altitude moyenne de 1120 mètres, non loin du faite de partage ral en qui constitue le nœud majeur du Brésil, elle commande l'aigueverse de n du quatre grands fleuves, le Parahyba do Sul, le Rio Dôce, le Säo Francisco et plus le Parand : on peut done la considérer comme la cité centrale du Brésil, ur la comme le point autour du- celle quel s’équilibre la population N° 81, — DARDACENA. bois. de l'immense territoire, Aussi , aux Barbacena prétend-elle com- ù dé- me Juiz de Fôra au titre de ine et apitale et même at-elle déjà lines désigné un de ses édifices pour ‘érn n servir de palais au futur con- s am- grès. Du reste, elle présente l'héri- un fort bel aspect, déployée future en demi-cercle sur la croupe as. d'une longue colline couverte ontrée de bananiers et d'orangers, ppula- qui prospèrent malgré l'alti- Para- tude. Sa principale industrie aisons est la céramique. Plusieurs nt au vallées des environs sont fré- nom, quentées par les Fluminenses ocher comme sanatoires pendant la noirs saison chaude. aleza ; Le rio das Mortes, qui rap- élève pelle les batailles sanglantes te de livrées autrefois par les Pau- \yba; listes aux mineurs des autres son provinces, naît sur les hau- voies teurs voisines de Barbacena dde et coule à l’ouest, dans une bran- vallée où se succèdent les aprés d'Oliveira PER nmée deux villes de Tiradentes —— nee men de élève l'ancienne Säo José del Rey Sño — et Säo Joûo del Rey. Les cités jumelles, élevées par les Paulistes dans tun la deuxième moitié du dix-scptième siècle, n’ont plus d'importance comme centres miniers, quoique la poussière mème des routes y soit aurifère, rang mais sont devenues des marchés agricoles, et des colons étrangers, alle- à la mands, belges, italiens, s’y livrent à la culture des céréales et du tabac, EPSON PTE TSEP CE ï l 306 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. à l'élève du bétail, à la préparation des fromages. La vigne y prospère, moins pourtant que dans le municipe industrieux dé Campanha, situé au sud-ouest, dans une autre vallée tributaire du rio Grande. Säo Joño del Rey est aussi l’une des villes de Minas qui prétendent au titre de « cité fédérale » : la commission d'études nommée pour la recherche de l'endroit le plus favorable à l'établissement de la cité future a repris N° 82. — SÂ0 J0Â0 DEL REY ET VARZEA DO MARÇAL. Ouest de Faris D'après Jauffret, 0 2 kil. l'idée du marquis de Pombal, qui voulait faire de Säo Paulo la capi- tale du Brésil'; elle a recommandé en premier lieu Varzea do Marçal, une belle vallée à pentes douces qui s'étend à l'est de Säo Joïo, de l'autre côté du rio das Mortes. Quoique resserrée dans une gorge, entre deux escarpements qui empèchent une bonne ventilation, et à côté d'un profond puisard où s'amassaient autrefois les eaux des mines envi- ronnantes, Sûo Joûo est une ville saine; son prolongement oriental, Varzea ‘ R. Walsh, Notices of Brazil. spère, , Situé jo Joño tre de herche repris DS So capi- arçal, äo, de , entre à côté s envi- Varzea SAO JÜAO DEL REY, CAXAMBC. 367 do Marçal, sur des terrasses bien aérées, arrosées d'une eau cristal- line, faciles à drainer par un système d'égouts, serait encore bien plus favorisé par le climat et s'agrandirait facilement dans la direction de Tiradentes'. Cette région méridionale de Minas Geraes, s’avançant en pointe entre les États de Rio de Janeiro et de Säo Paulo, est la plus riche du Brésil en eaux thermales, et les malades de Rio y trouvent sans peine, sous un N° 83. — RÉGION DES SOURCES THERMALES DANS LES MINAS GERAES. LA TN uest de Greenwich ‘d'apres Chrockatt de Sa C.Ferron 0 60 kil. climat salubre, des sources analogues à celles que chaque année des centaines d’entre eux vont chercher en Europe. Les collines qui s'élèvent au sud de Campanha portent le nom de serra das Aguas Virtuosas ou « serre des Eaux Efficaces » et l’église qu'on y a bâtie est consacrée à Notre-Dame da Saüde ou de la « Santé ». Les eaux de Lambary, qui jaillissent dans le voisinage, près du rio de même nom, attirent déjà les étrangers, moins toutefois que celles de Caxambü, autre ville thermale, située à 6 kilomètres au sud-ouest de Baependy, au pied d’une montagne 1 José de Carvalho Almeida, Relatorio da Commissäo d'Estudo. re rer CCE DRE ES 368 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. en forme de coupole. Caxambü est par excellence la ville d'eaux du Brésil : ses six principales sources, gazeuses et alcalines, qu'on utilise en bois- son, sont assimilées à celles de Contrexéville. D’autres ruisseaux d’eau minérale coulent dans une vallée voisine, à Contendas. Enfin, à près de 200 kilomètres à l’ouest, dans une région très montagneuse dont les eaux se déversent au rio Grande par le Sapucahy, Caldas ou les « Chaudes », l'ancienne Ouro Fino, occupe le centre d’une autre région thermale. Poços de Caldas groupe ses villas et ses établissements au bord d'un ruisseau qu'alimentent quatre sources sulfureuses. Cette région de Minas entre déjà dans la zone d'attraction de Säo Paulo : on s’y rend par les stations de Campinas et de Mogy Mirim, sur l’une des voies ferrées qui appartien- nent au réseau de cet État. Toute la partie occidentale de Minas Geraes qui s’avance en périnsule entre les deux branches maîtresses du Paranä, le Paranahyba et le rio Grande, a reçu la désignation de Triangulo Mineiro ou « Triangle Minier ». C'est aussi une contrée géographiquement distincte du reste de l'État, et mème pour leurs relations officielles avec Ouro Preto, les habitants du pays sont obligés de faire un grand détour par les stations de Säo Paulo, Juiz de Fôra, Barbacena. Le chef-lieu naturel de ce district, Uberaba, situé dans les campos au nord du rio Grande, près de terrains mouillés et insalubres, est actuellement la cité la plus importante du « Grand-Ouest » brésilien, quoique ses premières maisons aient été élevées en 1807, au milieu des Indiens Cayapos. Elle expédie au Goyaz et au Matto Grosso les marchandises que lui apporte le chemin de fer, et en échange envoie du bétail et quelques denrées agricoles aux ports du littoral. Dans cette ville se préparèrent, en 1865, l'invasion du Paraguay et, en 1895, l’explora- tion scientifique des plateaux de Goyaz pour la détermination du municipe neutre. À l’ouest d'Uberaba, le chemin de fer doit se continuer dans la allée du rio Grande par la ville prospère de Fructal jusqu’à la cascade de Maribondo, où commence la navigation fluviale. Le Triangle Minier fut autrefois l'un des plus riches du Brésil pour la production diamanti- fère : près de Bagagem, dans les cailloux d'un ruisseau qui descend au Paranahyba, fut trouvé, en 1854, le plus gros diamant du Nouveau Monde, le Cruzeiro do Sul ou « Étoile du Sud ». Dans la vallée du Parahyba, qu'emprunte la voie maitresse de Rio de Janeiro à Säo Paulo et où viennent s'embrancher les autres lignes, se succèdent des cités importantes : Caçgapava, Taubaté, Pindamonhangäba, Guaratinguetä, Lorena, Cruzeiro. Au point de vue historique, Taubaté, l'ancienne Itaboaté des Guayana, occupe le premier rang. Les indigènes CR mt batt diste soit d’or le qui du sur par d malg CAXAMBÜ, CALDAS, UBATUBA, TAUBATÉ. 369 résil : \ bois- d'eau près de es eaux udes », », Poços ruisseau qui peuplaient la contrée au seizième siècle, quand arrivèrent les pre- miers colons portugais, étaient en lutte avec les gens de Piratininga, la colonie qui donna naissance à Säo Paulo, et les rivalités d’Indiens à Indiens se transmirent à leurs descendants métissés. Des conflits eurent souvent lieu entre les mineurs de Säo Paulo et ceux de Taubaté, et au com- mencement du dix-huitième siècle, lors de la guerre des Emboabas, qui ensanglanta les bords du rio das Mortes, les enfants des deux villes com- s entre N° 84. —— UDATUBA ET SOM PORT. stations partien- érinsule ot le rio Minier ». l'État, et s du pays aulo, Juiz ba, situé ouillés et d-Ouest » 1807, au ! y, rosso les ER Ju Dit ‘ Quest de Greenwich envoie du d'après les cartes marines C Perron cette ville LE Profneurs l'explora- de Ua Smètres ce Säl0m. at l0m etau delà municipe FA a ———————— r dans la la cascade Minier fut diamanti- escend au Nouveau de Rio de lignes, se nhangäba, , Taubaté, indigènes battaent dans les camps ennemis. Maintenant Taubaté est largement distancée par Säo Paulo, bien qu’elle ait aussi beaucoup grandi et se soit entourée d'usines et de plantations. Elle n’exploite plus ses gisements d’or, mais possède des mines de bitume qui lui fournissent l'huile miné- rale et le gaz pour sa consommation, Prochainement, une voie ferrée, qui se détache de la ligne mère, fera de Taubaté un entrepôt des cafés du Säo Paulo oriental. Cet embranchement, qui passe à Parahybuna, sur le Parahyba naissant, traverse ensuite le chainon côtier et descend par de fortes rampes au port d'Ubatüba. Sans importance aujourd’hui, malgré sa profondeur et l’excellent abri que lui donne! à l’est le promon- XIX. .47 PR RAT RE D MR RE rh 7 LE & SEE ES Lee sere ve ste 570 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. toire de Ponta Grossa, cette indentation des côtes deviendra certainement l'un des principaux havres du littoral, et une cité considérable surgira sur ses bords, lorsqu'elle sera, grâce au chemin de fer de Taubaté, pro- longée au nord vers Campinas, la rivale de Santos pour l'exportation des cafés qui descendent des plateaux. A l'ouest du haut bassin de la rivière Parahyba, le chemin de fer de Rio de Janeiro à Säo Paulo franchit un seuil de partage à 800 mètres d'altitude environ. La région montueuse, boisée naguère, se défriche maintenant autour des nombreuses maisonnettes de colons italiens. Les terrains fer- tiles des pentes se peuplent rapidement, mais les grandes plaines jadis lacustres, où serpente à l’ouest le Tieté naissant, restent encore désertes sur de vastes étendues : de colline à colline on voit serpenter comme un bras de mer le détroit des prairies herbeuses où se montrent çà et là, sem- blables à des pointes de rochers, les nids bâtis par les termites. Aujour- d'hui village sans importance, Mogy das Cruzes, chef-lieu de cette région de plaines, est destiné à devenir le point de croisement d’un chemin de fer qui allègera, comme celui de Taubaté, l'énorme trafic monopolisé actuellement par le chemin de Santos. De Mogy das Cruzes la voie nouvelle remontera la vallée du Tieté et franchira la serra do Mar pour redescendre à la ville de Säo Sebastiäo, située sur un détroit, en face de l’ile du même nom. Ce port, parfaitement abrité, où l’on trouve de 20 à 50 mètres de fond à une demi-encablure de la plage, pourrait facilement recevoir toute la flotte commerciale du Brésil, mais le manque de communications n'a pas encore permis de l'utiliser. Les habitants ne font qu’un petit com- merce de cabotage, pour approvisionner en légumes le marché de Santos. Säo Paulo, la capitale de l’État le plus commerçant et le plus indus- trieux de la République, annonce déjà par son aspect la prospérité de la contrée. Vue de la gare, dite do Norte, quoique située directement à l’est, la ville, que ses fils appellent Paulicéa en langage poétique, prolonge sur une colline le profil imposant de ses maisons blanches dominées de tours et de coupoles. Les premières constructions, fondées en 1560 par les jésuites, après l'abandon de l’ancienne bourgade Santo André de Pirati- ninga. près du village actuel de Santo Amaro, occupent encore le centre de la cité, sur une haute berge au pied de laquelle serpente le Taman- duatehy ou « ruisseau du Tamanoir ». Le noyau primitif de Säo Paulo recouvrit d'abord le promontoire triangulaire que limite à l’est le Taman- duatehy, à l’ouest le Saracuro, puis il s’unit par des rampes rapides aux quartiers extérieurs qui naquirent de tous les côtés. Dans une étendue d'au moins 25 kilomètres carrés la ville présente un certain imprévu STE d ses el d': lio d'i au m el inement surgira té, pro- tion des r de Rio ‘altitude intenant uns fer- es jadis désertes mme un là, sem- Aujour- e région emin de nopolisé nouvelle »scendre u même ètres de ir toute ions n'a it com- Santos. indus- é de la à l'est, ge sur e tours ar les Pirati- centre laman- > Paulo aman- es aux tendue prévu MOGY DAS CRUZES, SÂO PAULO. 971 dans la disposition de ses quartiers, qui se sont formés distinctement et qui se prolongent au loin dans les campagnes par des avenues divergentes bordées de villas et de fermes. La partie la plus régulière, aux rues d'égale largeur, se coupant en angles droits, se développe au nord-ouest vers des coteaux à pente douce, Un pont-viaduc superbe, jeté par-dessus le vallon du Saracuro avec ses olivettes et ses cultures maraîchères, unit ce nouveau quartier à la cité primitive. À l’est un autre quartier, peuplé surtout N° 83. — 810 PAULO. Due ct de Paris D'après Donvicini. C, Perron. 0 4 kil. d'Italiens, s'étend au loin dans la plaine basse et contraste par ses usines, ses rues malpropres, ses égouls vaseux, avec les constructions élégantes et les villas des quartiers occidentaux. Il serait urgent de drainer le sol et d'aménager de vastes espaces en pares et en jardins; mais les construc- tions empiètent incessamment sur les terres marécageuses et pourries d'immondices, où se rejoignent les ruisseaux pour aller se déverser au nord dans la rivière Ticté. Quoique située à 750 mètres d'altitude moyenne, sur le haut plateau que la serra do Mar sépare de l'Océan, el quoique alimentée d’eau pure en abondance, par l’aqueduc de la serra ÿ ‘ ( fl ' er E ete 7er LE TC R" d 372 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Cantareira, Säo Paulo n'est pas complètement saine, et dans ces dernières années, la fièvre jaune, partant du foyer de Santos, y a fait quelques apparitions, Un beau jardin publie s'étend au nord de la ville, près de la gare « anglaise », et l'on travaille à la création d’un jardin botanique à côté du musée d'histoire naturelle. L'ancien collège des jésuites a été transformé en palais du gouverne- ment, et la maison qu'ils avaient bâtie pour Tebycirä, le cacique des Indiens soumis, a été remplacée par le couvent de Säo Bento. Dans le voi- sinage de ces deux édifices s'élèvent les principaux monuments, églises, hôtel des postes, banques, école de droit, « nid d'aigles » d’où sortent en nombre les futurs politiciens du Brésil; déjà comme étudiants, ils pren- nent une part considérable aux événements. Malgré son importance comme cité dirigeante, Säo Paulo n'a pas d'écoles supérieures pour l'en- seignement des sciences, et son musée d'histoire naturelle est encore en voie de formation. Du moins donne-t-il asile à un groupe d'hommes d'élite qui étudient la contrée avec méthode et dont les mémoires consti- tuent déjà une précieuse bibliothèque. Grandissant d’une manière presque vertigineuse, puisque sa population a peut-être triplé dans les dix dernières années, Säo Paulo n’a pas eu le temps de s'accommoder à ses destinées futures, et sa population n’a pu se fondre encore en une société urbaine ayant conscience de sa vie commune. Près de la moitié des habitants de Säo Paulo sont des Italiens, qui se sentent encore étrangers dans ce milieu du Nouveau Monde. L'industrie pauliste comprend déjà toutes les manufactures et les usines qui produisent les objets de consommation et d’usage ordinaire. Quelques colonies, Säo Bernardo, Säo Caetano, Sant’Anna, dites nucleos, « noyaux », parce qu’elles servent de centres de groupement aux cultivateurs immi- grés, fournissent de légumes et de fruits les marchés de la ville, et dans la zone montagneuse qui au nord domine la cité, les nombreux établisse- ments de Cayeiras, peuplés de 4000 ouvriers, taillent les pierres, fabri- quent les tuiles, préparent les argiles, les terres et autres matériaux de construction qui servent à élever les quartiers nouveaux. Säo Paulo cher- che même à conquérir l’industrie du verre : des couches siliceuses consti- tuent le fond des anciens lacs où se ramifient les eaux du Tieté et de ses affluents; les usines peuvent s’y fournir en abondance de la matière première et utiliser comme combustible les tourbes qui ont graduellement empli les lacs et les marais de la plaine. Depuis longtemps les mines d'or de Jaraguä sont abandonnées. Cité capitale, Säo Paulo se complète par des lieux de plaisir aussi bien 0 dernières . quelques », près de botanique gouverne- cique des ins le voi- s, églises, sortent en , ils pren- mportance pour l’en- encore en d'hommes es consli- e presque dernières destinées é urbaine bitants de ce milieu les usines Quelques Oyaux », rs immi- , et dans établisse- es, fabri- ériaux de ilo cher- +s consti- té et de matière ellement >s mines issi bien ’ SÂO PAULO, SANTOS. 373 que par des colonies agricoles et des établissements industriels. Aux jours de fête, la population se porte vers les hippodromes et vers la Penha, chapelle de pèlerinage oceupant le sommet d’un rocher à l’orient de la ville; tôt ou tard elle se dirigera vers le beau palais d'Ipiranga, qu'édifia, sur la croupe d’un coteau, l'architecte italien Bezzi, en mémoire du ser- ment d'indépendance que jura l’empereur Pedro I“; mais l'édifice impo- sant, la plus belle œuvre architecturale du Brésil, reste encore vide, attendant les fresques, les tableaux, les statues qui en feront un jour le Panthéon brésilien. La ville de Santos — jadis Todos os Santos ou « Tous les Saints » — forme un même organisme commercial avec Sûo Paulo, dont elle est l’entrepôt et le havre maritime. Dès les temps primitifs de l'immigration portugaise, ce littoral était connu et servait de point d'attache aux relations avec l’intérieur, Säo Vicente, qui n’est plus aujourd'hui qu'un faubourg de villégiature pour les négociants de Santos, à 9 kilomètres de cette ville, élevait en 1532 ses cabanes de jones sur la plage et recevait l'or qu'on lui envoyait de Piratininga. On y fabriqua le premier sucre du Brésil, extrait de cannes qu’on avait apportées de Madère et, en 1566, les jésuites y élevèrent la première école d'enseignement primaire'. Ce port extérieur, situé comme Santos dans une île qu’un étroit bayou sépare du continent, transmettait ses denrées sur la terre ferme par le petit port de Cubatäo, situé au pied de la montagne en arrière de Santos : un môle, graduellement transformé en isthme, rendit ce deuxième port inutile et désormais les navires jetèrent l’ancre en eau profonde dans le golfe au bord duquel s’est bâti Santos. Jusqu'à l’année 1709, Säo Vicente maintint son titre de capitale pour tout le littoral brésilien qui s'étend sur une distance d'environ mille kilomètres, entre Macahé et Cananea. Santos, régulièrement construite, mais encore très malproprement tenue, aligne ses îlots de maisons au pied de la colline escarpée de Mon- serate qui occupe le centre de l'ile et que couronne une église de pèle- rinage au merveilleux panorama. Pour transformer Santos en une cité salubre, — si cette œuvre est possible, — il serait indispensable d’ex- hausser le sol boueux, où l'eau des pluies se mêle à celle des égouts et au reflux des marées; des vasières que la mer couvre et découvre emplis- sent une partie de l’espace où viennent s’amortir les eaux du golfe, et les cadavres enlizés des bestiaux y pourrissent, livrés aux charognards. Aussi nulle ville du Nouveau Monde n'a eu plus à souffrir de la fièvre 1 Pires de Almeida, Instruction publique au Brésil. ee 2] VE DU. di UE me 374 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, jaune que Santos, en proportion du nombre des habitants : dans les grandes épidémies, tous les travaux étaient interrompus par la mort ou la fuite des ouvriers; on a vu des navires flotter sans équipages, inertes sur les eaux de la baie. Dès que la mauvaise saison s'annonce, la ville se dépeuple pour le plateau et les plages de bains. Un de ces villages d'été, fort luxueux, Balnearia, est né dans le voisinage mème de Santos, sur un ilot sableux proche de l'île Santo Amaro. Quelques sanatoires s'élèvent sur les terrasses des montagnes avoisinantes. Malgré la fièvre, Santos centralise un très grand commerce. Jadis elle exportait les produits de Minas Geraes et mème de Matto Grosso; mainte- nant, elle ne dessert plus que l'État de Sûo Paulo, mais elle doit subvenir à un mouvement de marchandises qui s'accroit d'année en année. On travaille à l'aménagement du port en vue du trafic croissant, et un mur vertical permettra bientôt aux plus forts navires de charger et de déchar- ger à quai'. Vingt lignes régulières de navigation à vapeur ont Santos pour escale. Les Anglais, puis les Norvégiens font la plus grosse part du com- merce. Une seule voie ferrée apporte de Säo Paulo les cafés que Santos entrepose et lui rapporte les marchandises et le charbon d'Europe et des États-Unis, le riz de l'Inde et la morue de Terre-Neuve : ce beau chemin de fer, de construction anglaise, traverse la forèt vierge de Cubatäo, puis, arrivé à la « Racine de la Montagne », — Raiz da Serra, — monte à l'escalade des hauteurs par quatre plans inelinés successifs, d’une pente de 104 millimètres par mètre, où les trains sont remorqués par les machines fixes. La rampe, partie de 19 mètres et gagnant le rebord du plateau à 799 mètres d'altitude, est une des merveilles du Brésil, grâce à la beauté du cirque boisé que l’on voit se dérouler et grandir au pied de la montagne; mais comme voie de transport elle se montre tout à fait insuffisante : les machines ont une force limitée, et les trains, si nombreux qu'on les fasse, doivent se décomposer pour monter ou des- cendre par groupes de deux ou trois; le tonnage journalier reste inférieur 1 Mouvement commercial annuel à Santos, pendant la dernière décade : Importation... . . . . . , ., 75 000 000 francs, Exportation. . . . . . , . . . . 3500000000 » Valeur des échanges. . . . . . 575 000 000 francs. Mouvement de la navigation, à l'entrée, en 1899, sans le cabotage : 1054 navires, portant 537 000 tonnes. Exportation du café : 2 500 000 sacs, ou 150 000 tonnes, valeur 190 000 000 francs Recettes de la douane de Santos, en 1899 : 24 170 975 nulreis, ou, à 1 fr. 30 le milreis, 51 492 265 francs. dans les la mort uipages, once, la villages Santos, natoires dis elle mainte- subvenir née, On un mur déchar- OS pour lu com- > Santos » et des chemin ), puis, nonte à e pente par les ord du , grâce au pied tout à férieur 1891. PRISE EN ai 1 La PA = La Ld L) PORT DE Gravure de Bocher, d'après une photographie. { cl PAR AN à en e SANTOS. 3717 aux nécessités du trafic, Les retards dans les transports entrainent de nombreuses avaries et forcent le commerce à prendre les détours les plus coûteux : des caféteries ne reçoivent les machines commandées que plus N° 80, —— DE SANTOS A SÂ0 PAULO, Quest de faris A (2 5° Ouest de Greenwich dapres Mouchez et Chrockatt de Sa /ofondeurs «Si lOmètres ce/03 207 de 20 et au deli 1 : 650000 poemes nf 0 20 kil. d'une année après leur arrivée dans le port. Aussi deux compagnies pau- listes, l’une à l’ouest, l’autre à l’est, sont-elles en instance pour disputer à la Société anglaise le droit de faire descendre des lignes de rails aux quais de Santos, en pénétrant dans la zone de terrain concédée des deux côtés au chemin de fer actuel. En outre, des compagnies indépendantes xIX, 48 578 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. se constituent pour créer d'autres débouchés sur le littoral : Ubatäba, Sûo Sebastiäo, peut-être Iguapé et Cananea, deviendront des rivales de Santos, dont les entrepositaires n'auront plus le monopole des cafés. Ce trone unique de Santos à Sûo Paulo se ramifie au nord en de nom- breux embrancheuents qui pénètrent dans toute la région des cafés, le Nord de l'État, qualifié d'ordinaire de « Grand Ouest », comme les régions agricoles des États-Unis. La voie principale, indépendante du versant naturel, traverse le Tieté au sortir de Säo Paulo et s'engage dans les montagnes de Cantareira ‘pour en dépasser le faite à l'est du pie de Jaraguä. Une des premières stations, gare terminale du chemin de fer appartenant à la compagnie anglaise, est dominée par la ville de Jundiahy, qui se prolonge sur un coteau au: Yessus des bananeraies et des jardins. Au delà se montre Campinas, centre principal du commerce au nord de Säo Paulo. La gare, entourée de nombreux entrepôts, ateliers et usines diverses, rappelle par son animation les gares de Belgique et d’Angle- terre. Fort grande, régulièrement bâtie, Campinas occupe malheureu- sement une plaine basse exposée à des chaleurs torrides et dépourvue de ventilation. Tandis que Jundiahy, réputée ville salubre, reçoit sur sa colline des étrangers en villégiature, les fièvres et l'épidémie visitent sou- vent Campinas : en 1892 près de trois mille personnes, soit la sixième partie de la population, y succombaient de la fièvre jaune, qui du foyer de Santos avait gagné l’intérieur, en franchissant la serra do Mar. Malgré son insalubrité, qui l'empêche de rivaliser avec Sûo Paulo, Campinas se gère en capitale. Depuis 1817 la municipalité a dépensé plusieurs millions pour se construire une église, n'ayant d’ailleurs rien de remarquable; mais la nef et la chapelle sont ornées de boiseries sculptées par un artiste de Minas qui, à l'exemple de ses devanciers du moyen âge, consacra sa vie à cette œuvre d'amour : c’est même your abriter ce bel ensemble de £ sculptures que l’église a été bâtie. Campinas se vante d’être la patrie du compositeur Cärlos Gomez. Dans les derniers temps de l’Empire, Campinas était un centre de propagande républicaine. Le bourg voisin de Santa Barbara reçut pour colons des planteurs venus des États-Unis, que l’on dit avoir traité leurs esclaves avec une extrême dureté. Naguère la contrée avait pour principale industrie agricole la production du sucre; maintenant le travail qui prime tous les autres est la culture du cafier, qui prospère merveilleusement dans la « terre rouge » constituant une grande partie du territoire au nord et à l’est de l’État. L'école d’agri- culture établie dans le voisinage de Campinas sert principalement aux expériences des planteurs de café, et les chemins de fer dont la ramure TASER SN PE ME PRE Ten eee Eee EE atüba, Sûo de Santos, n de nom- des cafés, JUNDIAHY, CAMPINAS. EAU se développe dans tous les sens au delà de Campinas n'ont d'autre utilité industrielle que le service des caféteries, Dès qu'un riche propriétaire, dépassant la zone de culture annuelle, commence à défricher des terrains vierges, aussitôt les chemins de fer lancent un suçoir à travers la solitude. On n'attend point que les villes s'élèvent pour les unir par des lignes de comme Îles ndante du igage dans Etre” un du pic de 1 l — a in de fer Jundiahy, S jardins. u nord de et usines _d'Angle- alheureu- urvue de it sur sa tent sou- à sixième du foyer r. Malgré pinas se millions rquable ; n artiste sacra sa N° 87, == HÉGION DES CAFÉTERIES AU NORD DE 8Â0 PAULO. (Pirassununfat> EE } mble de hapatirinhs/ Dr . Ouest de Greenwich atrie du d'aprés A.ULeary C Perron ampinas 1 : 5000 000 [RE DRE | e Santa 0 100 kil. l'on dit rails : ainsi que naguère aux États-Unis, les voies ferrées précédent les bduction habitations. Cependant la voie majeure qui se développe au nord de Cam- ture du pinas se maintient dans la direction de la piste suivie par les caravanes, stituant entre Säo Paulo et les États occidentaux du Goyaz et du Matto Grosso. Elle d'agri- passe aux villes importantes de Casa Branca, de Säo Simäo, de Riberäo nt aux Preto : celle-ci, née comme par magie en l’espace de quelques années, est ramure devenue le centre des plus grandes plantations de café qui existent. Puis 380 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. le chemin de fer s'élève sur le plateau d'environ 1000 mètres d'altitude où se trouvent les villes de Batataes et de Franca, pour r.‘escendre dans la vallée du rio Grande, qu'il traverse par un viaduc de 400 mètres. On trouve des diamants près de Franca, ville qui peut-être à pris ce nom comme lieu de refuge pour les bannis des provinces du littoral". Un autre chemin, partant aussi de Campinas, passe à Limeira pour se bifurquer, d’un côté, vers Araras et Pirassununga et se continuer ensuite par la navigation du Mogy guassü, de l’autre côté vers Rio Claro, la « Prin- cesse de l'Ouest ». C'est la ville brésilienne qui ressemble le plus à une cité de l'Amérique du Nord; elle a même poussé l'esprit d'imitation jus- qu'à numéroter ses rues, au lieu de les nommer, comme on le fait dans le reste du Brésil; elle fut aussi la première de l'État à s'éclairer par l'électricité”. La ramure de voies ferrées qui se prolonge au nord de Rio Claro s’avance jusque dans la région des campos, à Jaboticabal. La vallée du Tieté, également rattachée par des rails à Jundiahy et à Säo Paulo, possède aussi quelques villes grandissantes. Itü, la « très fidèle », se glorifie de son ancienneté : dès 1610, les missionnaires jésuites y avaient fondé une colonie de catéchumènes indiens. Centre du catholicisme dans l'État, elle a plus d'églises que toute autre ville en proportion de ses habitants et son édifice principal est un collège des jésuites, fréquenté par quatre cents élèves. La vie commerciale se développe, non dans la cité proprement dite, mais au bas de sa terrasse, à l'endroit où la rivière Tieté plonge en une superbe cascade : d'importantes usines et des maisons d'ouvriers, bordant la rive gauche, constituent un gros village nommé par pléonasme Salto d'Itü, car en guarani le mot Itû a lui-même le sens de « cataracte ». C'est à la force motrice fournie par sa cascade que Piracicaba, située au nord-ouest d’Itû, sur un affluent du Tieté, doit aussi sa filature de coton et son usine à sucre. La navigation commence sur la rivière de Piracicaba, immédiatement au-dessous de la ville, tandis que le rio Tieté ne porte bateaux qu’en aval de Porto Feliz, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Salto d'Itü. Les bateaux à vapeur du Tieté et du Piracicaba vont charger du café dans les plantations de l'Ouest, au delà des régions desservies par les chemins de fer. Les deux colonies militaires fondées en aval, sur les cataractes d’Avanhandava et d’Itapura, n'ont point réussi : pendant longtemps, dit un rapport de l'État, elles ne furent que des « expressions officielles ». 1 Revista do Instituto Historico, 1874. 2 Alfonso Lomonaco, A7 Brasile. d'altitude dre dans tres. On ce nom pour se r ensuite a « Prin- us à une tion jus- fait dans irer par d de Rio et à Säo fidèle », | avaient me dans | de ses équenté la cité re Tieté aisons nommé le sens de que it aussi sur la que le ntaine eté et est, au lonies pura, les ne ITÜ, SOROCABA. 381 Sorocaba, située à 111 kilomètres à l’ouest de Säo Paulo, sur un affluent inéridional du Tieté, présente — spectacle unique dans l'État de Säo Paulo — l'image de la décadence. Les chemins de fer qui ont fait prospérer tant d'autres villes ont ruiné celle-ci. Naguère elle était le marché central pour le bétail et spécialement pour les mules qu'expédiaient les éleveurs de Rio Grande do Sul et que venaient acheter les fazendeiros de Minas Geraes et des autres provinces du nord. Souvent près de 200 000 bêtes se trouvaient N° 88, — SOROCABA ET LES MINES DE FER D'IPANENA. ‘ à \ | fonte do Canfuassü CA Rita ù. 121 de Greenwich Ouest C, Perron, à la foire; on peut dire de Sorocaba que, par son importance au point de vue de l’union économique et commerciale du Brésil, elle exerçait un rôle de premier ordre pour l'unité « nationale». Les mules de Rio Grande traversent toujours les États de Santa Catharina et de Paranä et pénètrent par Faxina dans l’État de Säo Paulo; mais, arrivées aux stations diverses, elles sont expédiées en masses par les voies ferrées vers les plateaux et le littoral : on délaisse de plus en plus la foire de Sorocaba. Non loin de là, une autre industrie a aussi périclité, celle du fer. Le bourg d’'Ipanema ou de la « rivière Inutile », ainsi nommé du cours d’eau qui serpente dans sa 1 Eduardo Prado, Notes manuscrites. 382 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, vallée et va se jeter dans le Sorocaba, est fameux en minéralogie par ses collines de minerai ferrugineux qui fournit de 70 à 80 pour 100 de métal pur, d'une excellente qualité. Mème sans attaquer la roche, il suffirait d'en ramasser les fragments désagrégés, épars sur le sol, pour alimenter pendant des années les plus grandes usines métallurgiques; cependant l'établissement qu'on y a fondé en 1811, et que l’on a depuis transformé plusieurs fois sous la tutelle directe du gouvernement, n'a point réussi : exemple remarquable de l'incapacité de l'État quand il entre en concur- rence avec l'industrie privée. Tous les travaux coûtent plus cher qu'ils ne rapportent, et la butte ferrugineuse d’Araçoyaba (970 mètres), dite communément 0 morro do ferro, reste presque sans emploi. Actuellement (1895), Botucatü, dans une région montueuse que borne le Tieté du côté du nord, est la dernière ville importante de la région peuplée. Au delà des caféteries qui l'entourent et où l'on cultive surtout des plants aux baies jaunâtres, commencent les vastes solitudes inex- plorées comprises entre le bas Tieté et le Paranapanema. Depuis le dix- septième siècle, un grand recul s’est fait dans ces contrées, Plus de cent mille Indiens policés se groupaient autour de missionnaires, et des villes, telle Säo Ignacio Mayor, s'élevaient au bord du Paranapanema; une autre mission se trouvait sur le fleuve Paranä, à quelques kilomètres en amont de la grande cascade. Mais les chasses à l'homme dépeuplèrent le pays. L'exploration confiée à la commission géographique de Säo Paulo per- mettra de recommencer presque à coup sûr l'œuvre de colonisation. On connaît parfaitement la rivière, avee ses chutes, ses rapides, ses dor- mants, ses ports naturels, et les terrains favorables sont désignés, soit pour la culture, soit pour l'élève du bétail, Les colons s'y établissent et déjà des embryons de villes se dessinent en aval des cascades et aux confluents des rivières. En 1890, on évaluait à cent mille têtes la production annuelle du bétail dans ces régions découvertes à nouveau, et on avait fait quelques tentatives de plantations, en cannes, cafiers, cotonniers et tabac*, La partie méridionale de l'État, non encore réunie à Säo Paulo par route carrossable ou voie ferrée, constitue avec les distriets limitrophes du Paranä un tout géographique distinet, Ge territoire est encore faiblement peuplé et ses chefs-lieux ne sont que des villages : Apiahy, qu'ont aban- donnée les chercheurs d'or; Xiririca, dont les beaux marbres blancs restent 1 Theodoro Sampaio, Consideragôes geographicas e economicas sobre o valle de rio Parana- panema. e par ses de métal suffirait limenter ependant ansformé t réussi : concur- er qu'ils res), dite ue borne la région e surtout es inex- s le dix- s de cent es villes, ne autre n amont le pays. ulo per- nisation. ses dor- soit pour déjà des nfluents duction on avail niers et ar route hes du lement t aban- restent Parana- BOTUCATÉ, CANANEA, CURITIBA. 383 inexploités; Iguapé et Cananea, deux ports que visitent seulement des goélettes de cabotage. Iguapé, située près de l'embouchure du Ribeiräo, communique aussi par un canal navigable avec le marigot dit Mar Pequeno, qui longe la côte sur plus d'une centaine de kilomètres. Si les approches du port d'Iguapé étaient rendues plus faciles et qu'un chemin de fer la rattachàt à la ligne de Sorocaba, ce point du littoral acquerrait prompte- ment de l'importance pour l'exportation des cafés du plateau, du riz et du minerai de fer des montagnes voisines, Cananea, bâtie dans une île au bord du Mar Pequeno où marigot d'Iguapé, offre plus d'avantages nauti- ques, et les grands navires peuvent à marée haute mouiller devant sa plage : l'ilot de Bom Abrigo, éclairé d'un phare, donne aux bateaux le « bon abri » que promet son nom. Cananea est une des villes historiques du Brésil. Christoväo Jacques et Amerigo Vespucei y mouillèrent en 1505, et de là partit la première bandeira pour la recherche de l'or dans les régions de l’intérieur : des quatre-vingts aventuriers qui la composaient pas un seul ne revint. Cananea reprendra rang si l'on donne suite aux projets qui en font le havre terminal d'un chemin de fer tracé directement vers le Matto Grosso par les vallées du Paranapanema et de l'Ivinheima. La population se distribue de la même manière dans l'État de Paranä que dans celui de Säo Paulo, et les villes, moins nombreuses et moins peu- plées, y occupent des positions analogues. La cité capitale, Curitibä (Curitybä, Coritybä), c’est-à-dire la ville des euri où arauearias', s'élève, comme Säo Paulo, sur un plateau bordé à l'est par la serra do Mar, et se rattache de la même manière à son port du littoral, un autre Santos, situé également au bord d'un golfe semé d'îles et d'ilots. Les deux villes de la serra-acima et de la betra-mar, des « hauts » et de la « marine », forment un seul organisme urbain. Curitibä s'étale largement dans une plaine, jadis couverte de forêts et maintenant presque déboisée : un jardin publie, des avenues d'arbres rem- placent pauvrement les ombrages d'autrefois. Située à 889 mètres d'alti- lude, sous un climat qui rappelle celui de l'Europe occidentale, Curitibä est une ville à demi européenne, où des colons d'Europe viennent vendre sur le marché des fruits et des légumes introduits de l'Ancien Monde. De même que Sûo Paulo, Curitibä n'a grandi que pendant les dernières années; au commencement du sièele ce n'était qu'un humble village, 1 Adolpho de Varnhagen, Historia geral do Brazil. 384 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, moins peuplé que Paranaguñ, sa ville maritime, et le rang de capitale ne Jui appartient que depuis 1854, époque à laquelle le territoire de Paranä se détacha comme province distincte de celle de Säo Paulo. Une route carrossable, encore utilisée par des convois muletiers, descend de Curitibä vers la mer, en passant, sur le versant de la serra, par la ville de Graciosa, justement nommée. Le chemin de fer n’est construit que depuis l’année 1885. Contournant la superbe montagne de Morumby (1450 mètres) dont les rochers nus contrastent avec la sombre verdure des talus extérieurs, la voie descend par une succession de tranchées, de tun- N° 89. — DE CURITIB A PARANAGUA. Quest de faris os. Ë. # A à d'après la carta de la Compa£nie Bén'® de chemins de fer brésilens C.Perran 1 : 800000 [RER 0 20 kil, nels et de viaducs aux terrains bas du littoral, où d’autres travaux d'art, remblais et ponts à pilotis, ont été nécessaires. À la descente, la vue est plus belle encore et plus étendue que sur les plans inclinés de Santos : les montagnes, plus hautes et d'un profil plus fier, la vallée, plus lar- gement ouverte sur des plaines plus vastes et sur un golfe plus varié, donnent au paysage un aspect étonnant de magnificence et de grandeur. Les plus fortes rampes sont de 3 centimètres, déclivité trop forte pour le transport facile des marchandises; cependant le chemin de fer de Curitibä l'emporte à cet égard sur celui de Santos : les locomotives y remorquent les trains composés de 8 wagons à la vitesse de 20 kilomètres à l'heure. Le point culminant de la voie se trouve à 956 mètres d'alti- tude, à l'entrée d'un tunnel. La ville de Morretes est située à la racine de la montagne où s’arrêtaient apitale oire de lescend la ville uit que prumby ure des de tun- AU MORRO DE MARUMBY VUE PRISE PARANAGU A CURITIB. d'art, vue est bessin de Th. Weber, d'après une photographie, communiquée par la Société de Géographie. CHEMIN DE FER DE anlos : us lar- varié, ndeur. e pour fer de tives y mètres d’alti- étaient XX 1] ANTONINA, PARANAGUAÀ. 587 les porteurs de maté avant la construction de la route et du chemin de fer; des barques venaient y prendre la précieuse denrée pour la transporter au port de Paranaguä par la rivière Nhundiaquära et le chemin du golfe: la ville possède encore des établissements pour la préparation de ce thé paraguayen. Un embranchement partant de Morretes se dirige au nord- ouest vers le port d'Antonina, moins profond que celui de Paranaguä, N° 90. — PARANAGUA. __Duest de Paris Üuest de Greenwich d'aprés Mouchez C. Perron Frofondeurs == ceOaSmetres desa/07 del0 Tetau deli 1 : 100000 ————— © 0 5 kil mais suffisant pour des navires calant de #4 à 5 mètres; pendant Îles périodes d'inondation, alors que les rivières débordées menacent de couper le chemin principal entre Morretes et Paranaguä, sur la rive méridionale du golfe, l’embranchement d’Antonina laisse au commerce de Curitibä une libre voie d'exportation. La cité maritime de Paranaguä, bâtie sur un estuaire du golfe, à la bouche de la rivière Ituberé, ne donne plus accès aux navires d’un fort tirant d’eau : son port s'étant envasé, ils doivent s'arrêter à deux kilo- mètres au nord-ouest, dans une rade que défend à l'est l'ile montueuse ñ k GED are EN VE 388 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, de Cotinga : la ville se déplace, alignant ses maisons le long du nouveau port. Le commerce de Paranaguä, bien différent de celui de Santos, ne consiste guère qu'en produits forestiers, le bois d'araucaria et la yerba maté, provenant d’une espèce particulière, tlex coritybensis, congénère de celle du Paraguay: les denrées obtenues par la culture, le sucre et les céréales, ne représentent qu'une très faible partie de l'exportation". Les ruines de l'ancien collège des Jésuites, centre des missions du Paranä, se voient encore dans la ville. Diverses colonies agricoles sont éparses dans les clairières des forèts entre Paranaguä et Morretes. La principale est celle d'Alexandra, où des Italiens s'occupent principalement de cultures alimen- taires; ils possèdent aussi quelques plantations de cannes et de cafiers. Dans l'intérieur des terres, à l’ouest de Curitibä, le peuplement se fait d'une façon méthodique par l'établissement de colonies, dont quelques- unes, très bien situées, se sont assez développées pour devenir des villes : telles Campo Largo, au sud-ouest de Curitibä; Palmeira, à l'ouest: Ponta Grossa, plus au nord, dans les hautes plaines que parcourt le Tibagy. L'histoire du Paranä, comme celle de l’État de Sûo Paulo, est l’histoire de la colonisation; mais ici elle prend un caractère particulier par suite de la division naturelle qui s’opère dans les courants d'immigration. Naguère, les colons allemands se dirigeaient presque tous vers Santa Catharina et Rio Grande do Sul; les Italiens se portent maintenant en foule vers Säo Paulo, tandis que le Paranä reçoit principalement des Polonais. Ce peuplement avait pourtant commencé d’une manière désastreuse en 1878. Les agents d’émigration introduisirent alors 1366 paysans slaves, pour lesquels ils n'avaient fait aucun préparatif de colonisation, et les malheu- reux se trouvèrent abandonnés sans ressources sur la place de Palmeira. Beaucoup moururent, d'autres réussirent à se faire rapairier par la voie de Hambourg, et le reste finit par se faire transporter aux États-Unis?. Cependant quelques-uns tinrent bon et devinrent le noyau de colonies nouvelles, qui gagnèrent peu à peu sur les solitudes dans les hauts campos que parcourt l’Iguazü. Presque tous ces iramigrants polonais, connus géné- ralement dans le pays sous le nom collectif de « Russes », viennent de la Pologne prussienne et autrichienne; ceux que les persécutions religieuses ont chassés de la Lithuanie et des régions de la Vistule n’ont suivi que dans les dernières années le mouvement de migration vers le Paranä. Il 1 Mouvement commercial de Paranaguä, à l'entrée, en 1892 : 576 navires à vapeur et à voiles, Exportation du maté en 1892 : 19 351 tonnes. Valeur : 6 000 000 milreis, soit, à 1 fr. 30 le milreis, 7 806 000 francs, 3 De Taunav, Revista do Instituto Historico, 1890. nouveau antos, ne la yerba rénère de re et les ion‘. Les aranä, se rses dans * est celle s alimen- aficrs. nt se fait quelques- s villes : st; Ponta » Tibagy. istoire de suite de Naguère, Catharina oule vers onais. Ce en 1878. es, pour malheu- Palmeira. r la voice ts-Unis?. colonies campos us géné- vt de la ligieuses Mivi que ranä. Il à voiles, CURITIBA, COLONIES DU PARANA. 589 s'y joint maintenant des Slaves qui se trouvaient dans les colonies alle- mandes du Rio Grande do Sul et qu'un attrait de sympathie mène vers leurs compatriotes : pas un seul Juif ne se mêle à cette société purement slave. La ville de Curitibä s'entoure, sur un espace de 30 kilomètres en moyenne, de colonies exclusivement polonaises et même désignées ofli- ciellement sous le nom de « Nouvelle Pologne ». Les Polonais environnent aussi Palmeira, et leurs colonies occupent sans interruption toute la rive droite de l'Iguazü jusqu’à la station nouvelle dite Porto Uniño. Aux jours de foire, Curitibä et Palmeira rappellent, à s’y méprendre, de petites villes galiciennes. Loin de la capitale, un autre groupe colonial s'est formé au sud de l'État, sur le rio Negro et le rio Vermelho, aux confins de Santa Catharina. On évalue approximativement à une centaine de mille, soit à près d'un tiers de la population totale, les colons polonais du Paranä, et, la mortalité étant très faible parmi eux, l'accroissement annuel, par l'excédent des naissances sur les morts, est estimé à 4 pour 100 en moyenne, proportion tout à faii exceptionnelle parmi les nations. Les Polonais de Paranä conservent leur langue, leurs costumes, leurs mœurs : ils ont leurs églises, leurs écoles, même un journal. Presque tous agri- culteurs, ils ont acquis le monopole de la production des céréales et des légumes et commencent même à refouler vers Säo Paulo les colons d'autres nationalités'. Il existe cependant quelques groupes résistants d'immigrants non Slaves, notamment une colonie de communistes, presque tous Italiens, qui s’est fondée à La Cecilia, près de Palmeira. La Slavie du Paranä possède des gisements métallifères, de l'or à Campo Largo, du mercure à Palmeira; mais ces richesses ne sont point exploitées. Le pays est plus célèbre par ses curiosités naturelles que par ses mines. A une trentaine de kilomètres à l’orient de Ponta Grossa s'ouvrent dans le sol argileux trois étonnants buracos ou puisards, dont l’un, large de 80 mètres à l’ouverture, n'a pas moins de 170 mètres en profondeur; une eau lente, qui passe dans le fond, s'écoule de gouffre en gouffre vers une lagune tributaire du Tibagy; des corbeaux et des espèces d'ibis nichent dans les anfractuosités des parois. Plus à l'est, une roche de vieux grès rouge se décompose en blocs, en pyramides, en amas bizarres, qui lui ont valu le nom de Villa Velha ou « Vieille Ville* ». Curitibä n'a pas encore, comme son modèle Säo Paulo, toute une ramure de voies ferrées qui pénètrent dans les zones cultivables de l’oc- 1 Josef Siemiradzki, Notes manuscrites. * De Taunay, mémoire cité, messe er sr 390 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE cident; elle ne possède (1895) qu'une ligne de rails se dirigeant vers les frontières de l'État de Santa Catharina, par la ville de Lapa, entourée de roches et de grottes. La rivière d'Iguazü, que ce chemin de fer traverse, devient navigable à une centaine de kilomètres à l’ouest ‘de Curitibä, au lieu dit Porto do Amazonas, mais de nombreuses chutes interrompent le cours de ce fleuve à 200 kilomètres plus bas. Par suite du manque de routes, presque toute la région occidentale de l'État, si fertile et destinée par son heureux climat à devenir la patrie de millions d'hommes, n'est guère qu'une immense solitude ; à peine quelques bandes de Coroados y ‘ampent aux bords des rivières. Le voyageur y trouve les ruines informes de villes bâties autrefois par les missionnaires jésuites; une « Villa Rica » s'élevait vers le milieu de la vallée du Rio [vahy, et sur le bord du fleuve Paranä, à l'embouchure du Piquiry, se dressait la maison maitresse de la Guayra, chef-lieu de l'immense empire théocratique des Missions qu'il fallut abandonner aux incursions des Paulistes. Actuellement le point initial de la reconquête agricole du pays est la cité naissante de Guara- puava, située à près de 1200 mètres d'altitude dans une région montueuse de forêts qu'entourent les campos, déjà sur le versant de l'Iguazü, mais non loin des sources de l'Ivahy, qui forme une magnifique cascade de 75 mètres en hauteur'. Une colonie de Français, établie au nord de Gua- rapuava, dans la haute vallée de l'Ivahy, région perdue sans voies de communication, a dû se disperser après des efforts désespérés. Tandis que la colonisation se propage lentement dans l'intérieur à travers une contrée sans routes, le flot de l'immigration pénètre par une autre voie, celle du fleuve Paranä, sur la frontière Argentine. En 1889, le gouvernement brésilien fondait un village au confluent du Paranä et de l'Iguazt, en aval de l'admirable « Niagara » que forme ce dernier courant. Établie comme colonie militaire, Foz de Iguazü constitue main- tenant une commune libre, comprenant en 1893 une population de 700 individus, Brésiliens, Paraguayens et Français du Midi, amenés par les bateaux à vapeur de l'Argentine et s’adonnant surtout à la cueillette du maté el à la production du maïs et des céréales. Le plan de la future cité s'étend sur un espace de 25 kilomètres carrés et le territoire concédé com- prend une superficie cent fois plus grande. Foz d'Iguazü, très important au point de vue stratégique comme poste frontière du Paraguay et de l'Ar- gentine, possède un commencement d'arsenal et de flottille. Une grande cité naîtra certainement à Foz d'Iguazü, soit à quelque autre confluent 1 De Taunay, mémoire cité, DTSANENE PES SARA AN TND PR GE EE er eant vers entourée ‘traverse, ritibä, au mpent le anque de t destinée nes, n'est oroados y , informes Ia Rica » du fleuve esse de la ions qu'il | le point de Guara- nonlueuse azU, Mais ascade de d de Gua- voies de hérieur à > par une En 1889, aranä el > dernier ue main- lation de és par les Ilette du iture cité dé com- aportant de l’Ar- e grande onfluent PARANA, SANTA CATHARINA. 391 voisin, au point de croisement de la vallée du Paranä et de la ligne la plus courte entre le littoral atlantique et le Matto Grosso, centre du con- tinent". L'État de Santa Catharina, ainsi nommé de l'ile allongée, le Jurû Mirim des Indiens, qui se prolonge parallèlement au continent, au devant de la partie la plus saillante de la côte, est la contrée du Brésil qui a le plus largement profité de la colonisation dirigée officiellement, et dont la population comprend le plus de natifs étrangers et fils d'étrangers. Les patriotes allemands voyaient avec bonheur naître la Germanie future du Nouveau Monde dans Santa Catharina et le Rio Grande do Sul. Du moins leur langue prévaut en maint district, et, grâce à l'éducation plus com- préhensive et plus approfondie donnée par leurs compatriotes, Santa Catharina, encore si faiblement peuplée, a pris dans la confédération bré- silienne une part d'influence que n’ont pas acquise de grands États, En 1849, une société commerciale de Hambourg y importa des eulti- valeurs allemands, qui s'établirent aux bords de la rivière Cachoeira. Le village naissant reçut le nom de Joinville, en l’honneur du prince français auquel un territoire d'environ 152000 kilomètres carrés avait été con- cédé, comme douaire de dona Francisca, sœur de l'empereur du Brésil. Les colons, plus favorisés que ne le furent beaucoup d’autres, reçurent des lots bien choisis, accessibles par de bonnes routes, et bientôt le pays prit l'aspect d'une riche campagne allemande, avec des cultures soignées comme celles de la mère patrie; la ville, aux rues droites, larges, bien ombragées, aux maisonnettes entourées de jardinets et fleuries de plantes grimpantes, semble s'être donné pour modèle, mais en l’embellissant, le type d'une ville rhénane. Sur 19000 habitants du municipe, plus de 14000 sont d’origine allemande ou polonaise. Des brasseries, distilleries, charronneries et autres fabriques sont nées autour de Joinville, et des chariots par centaines transportent au port de Säo Francisco le maté, le tabac, le maïs, le tapioca, le beurre et autres denrées agricoles. Une route carrossable, s'élevant sur les pentes de la serra do Mar, monte au nord- ouest vers Säo Bento et d’autres colonies situées sur la frontière du Paranä, et se rattache à Rio Negro au chemin de fer de Curitibä. Le port de Säo Francisco, où vient se concentrer le commerce local, est un des meilleurs de la côte et pourrait accommoder de grandes flottes. La rade, 1 Max. Emerich, Petermann's Miltheilungen, 1876, Heft IN, 102 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, profonde de 6 mètres, qui sépare la terre ferme et l'ile de Sûo Francisco Navier, ouvre aux navires qui viennent mouiller devant la rive insulaire un chenal abrité de tous les vents. Le centre colonial de Blumenau, au sud-ouest de Joinville, sur les bords N° U, == ILE DE SÂO FRANCISCO: pi te de pi IN à C Perron Nc frofbnaeurs ol — ce On lOmètres cel0a E0m de Em etau deli el 1: 576 000 14 t- — — _ (| r1 0 15 kil. oc de l'Itajahy, se développa péniblement. Fondé en 1852, aux risques et fe périls de l'Allemand dont il porte le nom, il eut beaucoup à souffrir qi dans les premières années et ne se releva que grâce aux subsides du gou- pl vernement, Émancipé maintenant de toute tutelle, il prospère, et les routes rayonnent aux alentours, dans une riche campagne parsemée de 1 LÉE abs nn à OR nr A D ER A ne Francisco insulaire les bords sques el \ souffrir du gou- ee, et les semée de BLUMENAU, DESTERRO. 393 moulins et d'usines, Des bateaux à vapeur montent et descendent la mvière lajahy. Jadis strictement allemande et contenant encore autant de Ger- mains que le municipe de Dona Francisca, la colonie de Blumenau a pour port depuis 1870 la ville de Nova Trento, où les Allemands sont en majo- vité, mais qui à pris son nom d'une colonie de Tren- tins; l'ancienne Hajahy n'est plus guère qu'un faubourg de la cité nouvelle, Une srande crue, en HS880, à détérioré le lieu d'ancrage, accessible seulement pour des goélettes', Au sud de l'Itajahy, quel- ques petits ports se succè- dent jusqu'au détroit de Desterro, au bord duquel commença l'histoire colo- niale de la contrée, Juan de Nolis pénétra en 1515 dans ce magnilique canal, suivi, dix années plus tard, par Sébastien Cabot, mais Île pays ne se peupla que len- lement; la capitale de l'ile, devenue celle de l'État, ne prit naissance qu'en 1650, L'exilé Velho Monteiro donna à sa fondation le nom de Nossa Senhora do Desterro ou « Notre-Dame de l’Exil », et l'île s'appela Santa Catha- N° 08, — ILE DE SANTA CATHARINAe AS San Antonio * F Le TJ + 14 AO “ da 29 à} RO TUE Ÿ = F3 [EE = == aeCas metres des 07 ae Terau des 1: 640000 b—————————_—— 1 Ô 20 «il. rina, en l'honneur d'une fille de Monteiro. Desterro, située sur la rive occidentale de l'ile, à l'endroit où elle se rapproche le plus de la terre ferme, s'agrandit de décade en décade, mais sans prendre l'importance que semblerait lui mériter son port, admirable quand le commerce n'em- ployait que des bâtiments à faible tirant d'eau’. Les navires, pénétrant ! Hugo Züller, Die Deutschen im brasilischen Urwald. # Importation en 1891 : 1022 102 milreis, soit, à 1 fr. 60 le milreis, 1 655000 francs XIX, 30 394 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. dans la manche par la voie du nord, trouvent encore de 8 à 10 mètres d'eau à une petite distance; mais dans l'étroit de 550 mètres qui s'ouvre au sud, entre la pointe de Desterro et celle de Piedade, sur le continent, le seuil, formé de vase molle, se relève jusqu'à À mètre et demi de la sur- face : il faudrait creuser un canal entre les deux « langues de mer » du uord et du sud pour permettre à la grande navigation de faire le périple de l'île. D'ailleurs les bons lieux d'ancrage sont nombreux dans ce bras de mer, long de 60 kilomètres, qui s'étend de la Barra do Norte à la Barra do Sul. Sur la rive continentale, deux havres principaux sont visités par les embarcations : Biguassü, près de l'embouchure d’une rivière de même nom, et Säo José, située presque en face de Desterro, sur une crique de la manche méridionale. L'ile Santa Catharina, jadis couverte de caféteries très productives, n'a plus qu'un sol épuisé et ses collines se sont revêtues de broussailles". Les plaines qu'arrose la rivière Tubaräo ont pris dans ces dernières années une certaine importance, grâce aux gisements de houille qu'on a découverts dans les hauts de la rivière, sur les pentes de la serra Geral. Le charbon, ‘ui du reste n'est pas d’une qualité comparable à celle des bons combustibles anglais, se présente par affleurements très faciles à exploiter, et les couches déjà reconnues représentent une masse d'au moins 50 millions de tonnes. Une voie ferrée de 111 kilomètres, construite spécialement pour le transport des houilles, parcourt la vallée du Tuba- râo, puis traverse un marigot littoral sur le pont-viaduc das Larangeiras, long de 1450 mètres : c’est le plus important travail de ce genre que pos- sède l'Amérique du Sud. Au delà le chemin se bifurque pour atteindre les deux ports d'Imbituba au nord et de Laguna au sud. On avait espéré que l'exportation pourrait se faire par ce dernier port, situé à l'extrémité d'une péninsule sableuse, qui limite à l’est une lagune sans profondeur : les dangers de la barre et le manque de fond ont obligé la compagnie à faire choix du port d'Imbituba, plus accessible et mieux abrité, mais menacé aussi par les dunes qui, sous la pression des vents du sud, che- minent lentement vers le nord. Les marées de Laguna sont extrêmement irrégulières, par suite de l'interférence de deux vagues de flot : n'attei- gnant pas même À mètre de hauteur, elles semblent dépendre surtout de la direction des vents, et fréquemment l'oscillation complète des marées ne se fait qu’une fois en un jour*. La flèche de Laguna est, à l'ouest de la 1 Hugo Zoller, ouvrage cité. 2 Relatorio apresentado peios Engenheiros. 10 mètres qui s'ouvre continent, i de la sur- mer » du périple de ce bras de la Barra do tés par les * de même > crique de _ caféteries it r'evôtues dernières ille qu’on rra Geral. celle des s faciles à aasse d’au construite du Tuba- rangeiras, que pos- eindre les ait espéré extrémité bfondeur : ompagnie té, mais sud, che- êmement : n'attei- rtout de ss marées est de la TUBARÂO, LAGUNA, LAGES. 395 ville, recouverte presque en entier par un énorme tambaqui, dépôt préhis- torique de coquillages. Dans l'État de Santa Catharina, la zone littorale de Serra Abaixo ou du « Pied-mont » à beaucoup plus de large:> que dans les États plus sep- tentrionaux de Paranä et de Säo Paulo et les conditions du climat y sont meilleures : aussi presque toute la population s’y trouve concentrée et la région des plateaux n’a pas, comme dans les États voisins, de ville con- sidérable formant un seul organisme urbain avec une cité du littoral. Lages, la principale agglomération des campos, est surtout un centre d'élevage et son bétail s’expédie par les routes de terre dans la direction de Sorocaba. On évalue à trois cent mille les bêtes à cornes que possèdent les propriétaires de Lages dans les pâturages de l'État, s'étendant au loin vers les savanes de l’ouest, revendiquées par l'Argentine". VIII VERSANT DE L'URUGUAY ET LITTORAL ADJACENT. (ÉTAT DE SK0 PEDRO OU RIO GRANDE DO SUL.) Bien faible partie du Brésil par son étendue, l'État dit Rio Grande do Sul, d'après un estuaire que les premiers navigateurs prirent pour un fleuve comme ils l'avaient fait pour la baie de Rio de Janeiro, est une des contrées qui par leur richesse naturelle pourraient le plus facilement se suffire et constituer un pays autonome, Et souvent en effet, cette région ! Principales villes bré-itieunes du versant paranien et du littoral adjacent, avec leur population approximative : Minas GERAES, Juiz de Forë , , . . . , . . 15000 hab, | Barbacena. . . . . . . . . 6 000 hab, Uberabé. , . . , . , . . . 42000 » Tiradentes (Säo José). . . . . 5000 » Säo Joïo des Hey. , , , . , 8000 » Caxambü. . . . . . . . .. 3000 » So PauLo, Säo Paulo. , , . . , . . . 100000 hab, | Rio Cix: CRETE a 8 000 hab. Campinas., . , . . . . . . 18000 » Riberäo Prew. . . , , , . . 8000 » SAONE en At 1 0 145000 » ltû, . . ONE er 6000 » Taubaté . . , . . . . . . . 15000 » MARIA + retour 6000 » Pindamonhangäba, . . . . . 15000 » | Jundiahy.. . . . . . . . . 5000 » BOPENARE nn nt à 11000 » | RH AUGADAS 4006 Nora 5000 » Guaratinguetä. . . . . . . . 410000 » | Sorocaba, , , . . , . . . . 4000 » Pare N£. Curitibä . , , , . . . , , , HO0G huh, | Pararaguñ, , . , , , . . . 3000 hab. SaNTA Ci üaRiNa Desterro, , , , , , . 15000 ho, | Laguna, . , . , . . , 5 000 hab, blumenau. , . . . . . . . NOM pp { Joinville, . , . , . . , . 2500 » 396 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, médiane entre les terres platéennes et le Brésil se développa d’une manière indépendante. Sous le gouvernement portugais, le territoire de Rio Grande était soumis directement au pouvoir royal et ne fut jamais concédé en fief comme les autres parties du Brésil. Région de frontière du côté des pos- sessions espagnoles, ce pays avait trop d'importance politique pour que l'État ne se chargeât pas lui-même de le défendre et, s’il était possible, de l'agrandir. Les Rio Grandenses accueillirent avec enthousiasme la pro- clamation de l'Indépendance ; mais, ayant eu à souffrir des exigences de Rio, comme autrefois des ordres de Lisbonne, ils tentèrent de conquérir leur liberté, et la guerre sévit dans leur pays pendant neuf années, de 1855 à 1844, entre les farrapos ou républicains et les caramuris ou monarchistes. Ce fut l'époque héroïque de l’histoire du Rio Grande, et l'on vit Garibaldi, commençant son épopée légendaire, arriver à l'impro- viste devant les impériaux avec sa légion de centaures, apparaissant tantôt aux bords de l'Uruguay, tantôt dans le voisinage de la mer, pour enlever les postes ennemis : à grand’peine l’armée du vaste Brésil put-elle recon- quérir sur une poignée d'aventuriers la petite république du Rio Grande. Depuis, par sa situation même, cette province méridionale eut plus à souffrir que les autres des guerres contre l'Argentine et contre le Para- guay et y prit une part plus active. Enfin, depuis la proclamation de la république Brésilienne, le Rio Grande, que ses traditions politiques por- A tent au fédéralisme, lutte avec acharnement pour le maintien de son +4 autonomie locale : en cet État commença contre la dictature militaire ho la révolution qui de proche en proche a gagné tout le Brésil. se Du côté de l'Argentine, le Rio Grande est nettement limité par une W: col frontière naturelle, le cours de l’Uruguay; mais au sud, sur les confins de É p la Banda Oriental, les vicissitudes de la guerre ont fait adopter une ligne 14 de séparation toute conventionnelle, Sur le littoral, le petit ruisseau de pe Chuy sert de borne internationale, puis la ligne divisoire suit le milieu de li la Lagôa Mirim jusqu'à la bouche du Jaguaräo. Ce fleuve constitue la fron- da tière jusqu'au ruisseau Alto da Mina, et là commence un tracé sinueux où se dirigeant au nord-ouest de colline en colline jusqu'au faite de partage êle des deux rivières Ibicuy Grande et Tacuarembo. Au delà, le cours du Rio d n Quaraim sépare les deux États. Autrefois, lorsque les régions de l'inté- rieur se trouvaient encore indivises, les Espagnols avaient pénétré jusqu'à la zone du faîte vers les sources de l’Uruguay : là, deux territoires forestiers se font face, le Matto Castelhano et le Matto Portuguez, séparés par une lisière de savanes, le Campo do Meio ou « Champ du Milieu ». Le territoire de Rio Grande do Sul forme un quadrilatère, ayant à peu ER PER TR gens ne con rene nanière Grande en fief es pos- ur que ossible, la pro- ces de nquérir ées, de us ou nde, et ‘impro- t tantôt enlever > r'econ- Grande. plus à e Para- n de la es por- de son ilitaire eau de lieu de a fron- inueux partage éparés ieu », à peu RIO GRANDE DO SUL. 397 près 500 kilomètres de côté, que les explorateurs ont parcouru dans tous les sens, si ce n’est dans les campos septentrionaux, mais qui ne pos- sède pas encore de carte définitive et n’a pas même, comme Säo Paulo et Minas, procédé aux levés préparatoires. Ses habitants s’accroissent à la fois par l'immigration et par un excédent de natalité considérable, qui témoigne de la parfaite salubrité du pays’. La population d'origine étrangère a fait en partie l’histoire du Rio Grande, Les premiers colons ne furent point des Portugais continentaux comme dans la plupart des autres provinces, mais des Açoriens chassés de leur archipel par la famine ; les deux villes de Rio Grande et de Porto Alegre leur durent naissance en 1737 et en 1742. Les immigrants allemands vinrent dès les premières années de l'indépendance brésilienne : en 1824, plus de cent vingt s’établissaient sur un domaine impérial, près de l’en- droit où s'élève la ville de Säo Leopoldo, et recevaient des lots de cul- ture; puis des soldats mercenaires se retiraient dans la même contrée, el vers le milieu du siècle on y comptait déjà plus de 7000 colons alle- mands*. Les révolutions européennes eurent leur contrecoup dans cet État par l'immigration de plus d’un millier de Brummer ou soldats volon- aires enrôlés à Hambourg par le Brésil dans sa guerre contre le dictateur Rosas, mais ayant pour la plupart pris part aux soulèvements révolution- naires de l'Allemagne en 1848. Plusieurs hommes éminents qui se trou- vaient parmi ces nouveaux citoyens du Rio Grande ont illustré la contrée hospitalière et fourni le levain d'instruction qui a donné à l'État un rang si élevé dans l’Union brésilienne. Bien que les anciennes colonies agri- coles aient perdu l’organisation que leur avait imposée le gouvernement central ou provincial et que légalement tous les immigrants et fils d’im- migrants soient devenus des Brésiliens, l'élément germanique n'est pas encore complètement assimilé, et la cohésion que donnent la langue, l'instruction, les mœurs, se maintient en divers endroits; mais cet « État dans l’État », constitué par des étrangers pensant autrement que les gens du pays, diminue en proportion de l'accroissement rapide des autres éléments ethniques, Italiens, Espagnols, Slaves, hommes de toute race absorbés dans la nation brésilienne. Les esclaves y étaient plus de 90 000 en 1875 : avant le décret définitif d'émancipation, le Rio Grande do Sul ! Superficie et population du Rio Grande do Sul en 1888 : 236 555 kil. carrés; 968931 habitants; 4,1 hab, par kil, carré Population probable en 1893 ; 1 050 000 habitants. * Hermann von Thering, Rio Grande do Sul. RSR IEETSS | 398 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, en avait libéré plus de la moitié; en 1885, la province fêta le jour anni- versaire de l'Indépendance par dix mille affranchissements. Le quadrilatère du Rio Grande do Sul se divise naturellement en quatre régions, indiquées par le relief général. Comme dans les États voisins, un « pied-mont » de terres basses longe le littoral atlantique, et une « montagne » d’un millier de mètres sépare la zone cûtière des hautes terres s’inelinant d’une pente égale vers Uruguay. Mais ces deux régions, la basse et la haute, sont elles-mêmes partagées par une dépression pro- fonde, dans laquelle srrpentent, du côté oriental, la rivière Vacacahy, ‘uée par le Jacuhy, et du côté occidental, l'Ibicuy Grande, tributaire de !'Üruguay. Les montagnes du nord-est gardent le nom de serra do Mar qu on leur donne jusque dans l’État de Rio de Janeiro, mais au sud du Jacuhy elles prennent successivement d’autres noms. Entre le Jacuhy et le Camacuam la montagne côtière s'appelle serra do Herval; au sud, entre le Camacuam et le Jaguaräo, on la dit serra dos Tapes, et divers chaînons portent d’autres dénominations. De même que la serra do Mar proprement dite, les serras du sud se composent de roches cristallines de gneiss et de granit. La dépression transversale creusée entre la mer et l’Uruguay a laissé debout, comme la berge d’un fleuve, le rebord du plateau septentrional, et ce versant rapide, chaîne de montagne par une de ses faces, est générale- ment qualifié de Serra. Il se décompose en plusieurs massifs, de moins en moins escarpés dans la direction de l’ouest. Tandis que dans le voisinage de la mer la Serra dresse de pittoresques rochers coupés de précipices, on ne voit guère au-dessus des campos inclinés vers l’Uruguay que des collines aux pentes très adoucies, ou même de simples renflements comme ceux d'une mer faiblement ondulée. Les chaînons qui se détachent de la serra majeure, de même que les élévations des terres du sud, voisines de la Banda Oriental, sont connus sous le nom de « coxilhas » (cuchillas), terme d'ailleurs détourné de sa signification primitive. Les coxilhas de cette partie de l'Amérique ne sont pas des arêtes aiguës comme le tranchant d'un « couteau », mais au contraire des croupes aux longues déclivités, les collines d’un « pays d’Arcadie ». Des couches tertiaires de sable recouvrent en maints endroits les roches de granit qui forment l'ossature de la contrée, mais les formations rela- livement récentes sont représentées surtout par des masses éruptives, des trapps, qui se décomposent à l’air, prennent une écorce brune ou jaune our anni- en quatre S Voisins, , et une les hautes * régions, SSION pro- Vacacahy, tributaire serra do is au sud le Jacuhy ; au sud, et divers ra do Mar ristallines ay à laissé trional, et générale- de moins voisinage récipices, y que des ts comme hent de la isines de uchillas), is de cette tranchant déclivités, es roches ons rela- tives, des ou jaune RIO GRANDE DO SUL. 599 d'ocre et se changent en cette argile rougeâtre qui revêt presque toutes les campagnes. On trouve aussi dans le Rio Grande do Sul de véritables basaltes columnaires. La variété de ces masses volcaniques érodées par les agents météoriques ajoute au pittoresque des paysages : les rochers en forme de cloches, de coffres, de pyramides, de sarcophages, de propylées, que l'on aperçoit de loin sur les collines, sont les restes des anciennes coulées d’éruption. Dans certaines régions centrales les trapps occupent presque toute la superficie du sol, mais ils diminuent peu à peu dans la direction de l’ouest, vers le fleuve d'Uruguay. Les géologues ratta- chent d'ordinaire à l'apparition des masses éruptives la transformation de matières argileuses en agates, calcédoines, jaspes, améthystes, que l'on trouve en quantités extraordinaires dans certains gisements du Rio Grande do Sul. On explique par une soudaine inondation de laves, par des chutes de cendres ou des écroulements de terre, interrompant brusquement toute communication avec l'air extérieur, la transformation des méduses et autres organismes marins en corps siliceux et transparents, renfermant encore des bulles d'air et des gouttes d’eau. Ces pierres réellement précieuses, que l’on exporte en quantité dans les polisseries allemandes de la Nahe, ne sont pas les seules richesses minières de la contrée : le Rio Grande do Sul offre, pour ainsi dire, un résumé des richesses de la Terre : or, argent, cuivre, étain, plomb, fer, kaolin, charbon. La longue plage qui se développe en courbes élégantes sur tout le littoral atlantique du Rio Grande est entièrement de formation océanique : les vagues ont apporté ce cordon de sable et le modifient à chaque marée par de nouveaux apports et par des érosions. Divers indices font croire que le niveau relatif de la terre et de la mer se modifie et que les plages émergent graduellement. La formation d'un cordon littoral a séparé de la nur de vastes étendues qui se sont changées en lagunes et dont la masse liquide, sans cesse renouvelée par les rivières, devient saumâtre ou même tout à fait douce. La chaîne d'étangs commence déjà dans l’État de Santa Catharina, à la lagune de Tubaräo. Des flaques de toute gran- deur se succèdent à une faible distance de la côte, les unes complètement fermées, les autres unies par des bayous et se déversant dans la mer par des graus, qui s'ouvrent pendant la saison des pluies et se ferment pen- dant la saison sèche. Derrière cette première rangée d'étangs littoraux une seconde s’est formée, plus irrégulière, qui se rattache par le Capivary à une mer intérieure, d'environ 9000 kilomètres carrés de superficie, qu’on ! Durand-Savoyat, Notes manuscriles, 400 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, appelle Lagôa dos Patos ou « lagune des Canards », non à cause des patus ou « canards » qui s’abattent sur ses eaux, mais en souvenir des Indiens N° 93. — LAGÜA DOS PATOS, Ouest de Paris _ à Pas 154 * s 4 ï mp $ Jacus ï 4 L | Rio Pardd.7} (0 7 erbnimo ,° re Quest de Greenwich d'apres divers documents C.Perron frofonaeurs ceCñE mètres de Li 107 05507 deSTetaudei 4 : 2000 000 finie (+) 60 kil. ’atos qui en défendirent les approches contre les Européens", Dans la partie méridionale de l'État se prolonge un autre lac séparé de la mer, la Lagôa Mirim, — c'est-à-dire en guarani la lagune « Petite », — qui, 4 Hermann von Ihering, ouvrage cité. fort gran Patos. El Rio Granc Toute ur esluaire de noms, se fo ce dernier grande chu XIX, r + te LAGÔA DOS PATOS ET LAGÔA MIRIM. 401 fort grande aussi, n’a reçu ce nom que par comparaison avec la Lagôa dos Patos. Elle se développe du nord-est au sud-ouest, entre les deux Etats, le Rio Grande do Sul et l'Uruguay, sur une longueur d'environ 200 kilomètres. N° 94. — LAGÜA NIRIM. x LÉ Ge ParobE Re me enter St Victoria do Pal Fe Ouest de Greenwich 52° C.Perron ___frofoñdeurs “ es de Oäl/Oméètres de Ua 207 de20a6507 ce£9"et au del 1: 2300000 t 0 50 kil. Toute une ramure fluviale appartient à la Lagôa dos Patos et à son esluaire de sortie, le Rio Grande. Le principal affluent, connu sous divers noms, se forme au centre de l’État par la jonction du Vacacahy et du Jacuhy, ce dernier étant considéré comme la branche maîtresse. En aval d'une grande chute ou cachoeira, la rivière devient navigable ct grossit rapide- xx, 51 402 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, ment par des tributaires venus surtout du nord : le Taquary, le Cahy, le rio dos Ninos descendent de ces hautes terres septentrionales. Mais déjà le Îleuve se change en estuaire; le Jacuhy prend le nom de Guahyba et va se réunir par un détroit à la Lagôa dos Patos, De son côté, la Lagôa Mivim reçoit la rivière uruguayenne de Cebolaty et celle de Jaguaräo, qui constitue la frontière des deux États, puis dirige l'excédent des eaux vers son extrémité nord-orientale et s'écoule dans la Lagôa dos Patos par le canal du Sangradouro (ou « Saignée »), dit aussi de Säo Gonçalo, et gonflé dans son cours par la rivière Piratinim; des travaux d'art ont rectilié et approfondi l'émissaire, qu'utilisent les bateaux à vapeur pour le service commercial des deux lacs. Une autre rivière, le Camacuam, se jette direc- tement dans la Lagôa dos Patos. Toute cette masse fluviale a cherché son issue vers la mer et trouvé le point faible de la plage à l'extrémité méri- É M î \ 41 f: bi RS dionale de la Lagôa dos Patos, où s'ouvre le courant de sortie dit rio Grande do Sul. Une barre très périlleuse, souvent bordée de navires échoués, s'arrondit au devant de l'entrée. Jusqu'à présent on n'a point réussi à fixer les pointes de sable entre lesquelles s'épanche le fleuve. Au nord-est et au nord-ouest, sur deux faces de son vaste pourtour, la province de Rio Grande do Sul est exactement limitée par le cours de l'Uruguay. Ce fleuve, — dont le nom guarani, signifiant, suivant les divers étymologistes, « Queue de Poule » ou « rivière de l'Oiseau multi- é colore », s'applique aussi à une république indépendante, — appartient au Brésil par les régions des sources et, dans la plus grande partie de son développement, traverse ou baigne des terres brésiliennes. Il naît dans la serra do Mar, à une cinquantaine de kilomètres de l'océan ; Atlantique, et sous diverses appellations parcourt la région des campos. | Ceux du Rio Grande lui versent l'Uruguay Mirim ou « Petit Uruguay » | et l'État de Santa Catharina lui envoie de nombreux affluents, notam- ment les deux cours d'eau Chapecé et Pepiry Guassü, — la « Grande Rivière couleur de paille », — qui ont donné et donnent lieu à tant de ( discussions entre historiens et diplomates pour la question des limites £ entre le Brésil et l'Argentine, En aval du Pepiry Guassü, l'Uruguay, qui coulait dans la direction de l'ouest, plonge brusquement par le Salto l Grande et prend la direction normale du sud-ouest, qu'il doit conserver | dans toute la partie de son cours limitant les deux républiques. Son plus gros affluent dans cette région médiane est le rio Ibicuy Grande, navi- gable pour les petites embarcations sur plusieurs centaines de kilomètres. l'Uruguay porte également des bateaux, mais des rapides interrompent son lit de distance en distance et la navigation franche ne commence que : Cahy, le Mais déjà Guahyba , la Lagôa daro, qui caux vers los par le , et gonflé rectifié et le service te direc- erché son aité méri- ie dit rio le navires n'a point leuve. urtour, la cours de uivant Îles au multi- ppartient de partie ennes. Il le l’océan *ampos. Jruguay » , holtam- « Grande à Lant de s limites guay, qui le Salto °onserver Son plus de, navi- lomètres. rompent ence que LACS, RIVIÊRES, CLIMAT, FLORE DU RIO GRANDE DO SUL,. 405 bien au sud du territoire brésilien, au-dessous du rapide de Salto, ville de la Banda Oriental. Le Rio Grande do Sul, le plus méridional des États du Brésil, est aussi celui qui par sa température ressemble le plus à l'Europe occidentale. Le contraste des saisons ÿ est parfaitement marqué : le pays a son été brûlant et son froid hiver, et les extrêmes de température peuvent y atteindre un écart dépassant 40 degrés : en janvier et en février on a observé des cha- leurs de 58 et de 39 degrés centigrades, et en hiver, notamment au mois de juillet de 1870, une nappe de neige recouvrit la contrée. Dans la région des collines le thermomètre descend jusqu'à 8 degrés; mais pareilles sautes de température ne se produisent que rarement et d'ordinaire les changements de saison se font par gradations régulières : la variation moyenne entre le mois le plus chaud et le mois le plus froid ne comporte qu'une douzaine de degrés. Les écarts les plus brusques ont lieu lorsque soufflent les vents d'ouest ou de sud-ouest, le minuano, descendu des plateaux froids des Andes, ou le pampeiro, qui vient de balayer les pam- pas argentines. Les pluies annuelles sont fort inégales. Normalement elles tombent en hiver ; mais les pluies d'été, plus courtes, plus violentes aussi, versent une quantité d’eau à peine moins considérable. La tranche d’eau pluviale est évaluée à À mètre environ. De même que dans les États voisins jusqu’à Sûo Paulo, les forêts con- trastent avec les campos dans le Rio Grande do Sul. L'opposition entre les deux paysages se montre parfois brusquement et la mer d'herbes succède à la mer d'arbres. Ailleurs, la transition est ménagée : la forêt se continue par des archipels, puis par des îlots d'arbres, et des catingas ou demi-bois annoncent la proximité des campos. En plusieurs régions, herbeuses des paliniers nains (butià rasteira) sont épars au milieu des herbes, La grande forêt, continuant la selve du nord, occupe la serra do Mar et se prolonge sur le rebord des monts qui dominent au nord la dépression du Jaeuhy. Au nord et au nord-ouest de l'État, les régions que borde le cours de l'Uruguay forment aussi de vastes étendues forestières, les plus riches par la variété des espèces et celles qui, par la fertilité du sol, promettent de * Conditions chmatiques du Rio Grande do Sul, sur la côte et dans l'intérieur : Latitude. Température, Plues. Jours de plue, Santa Cruz, . . . : 990,45 190,9 (350 — (0) (?) 107 Pelotas. . . . ". 310,467 170,2 (370,5 — 00,5) 1,066 83 Rio Grande (6 années). 990,7" 180,8 (390,4; 10) 0,912 RO 404 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. devenir la partie la plus populeuse de l'État. Au sud du Jacub, les hautes saillies des serras do Herval et dos Tapes portent aussi leurs forêts vierges; mais presque toute la région centrale et occidentale de Rio Grande do Sul appartient à la zone des campos. Au sud, ces étendues, presque complè- tement sans arbres, prennent le caractère de pampas : déjà commence l'aire de l'Argentine. Si l'on devait choisir une limite naturelle, au point de vue de la végétation, entre les deux grandes régions dont l'une à pour axe l’'Amazone et l’autre les pampas argentines pour centre, il fau- drait prendre le rebord des hautes terres, qui coupe diamétralement le Rio Grande do Sul, au nord de la dépression où coulent l'Ibicuy Grande et le Jacuhy. De nombreuses espèces d'arbres et d’arbustes représentent dans le Rio Grande do Sul la flore argentine et se mêlent à la flore brésilienne : cer- tains types végétaux entrecroisent dans cette région tempérée les aires de l'Amazone et de la Patagonie". On ne voit plus dans cette province végétale qu'une dizaine de palmiers : le cocotier a disparu, mais il reste encore une espèce voisine, le jerivä (cocos coronata), dont les feuilles, enveloppant des épis de maïs, sont la nourriture préférée du cheval. Les pignons (pinhôes) des araucarias attirent des bandes de perroquets sur les arbres et engraissent les troupeaux de pores. La flore locale comprend aussi diverses espèces de bambous et la broméliacée cravatä (caraguatä), qui ressemble à l'ananas. Certains bois précieux, tel le jacaranda, manquent aux forêts du Rio Grande; mais les essences propres à l'ébénisterie ou à la construction dépassent largement la centaine. L'extrémité méridionale du Brésil fait encore partie du monde amazo- nien, non seulement pour la flore, mais aussi pour la faune. Le Rio Grande do Sul a des singes et des vampires, des jaguars et des pumas ou « lions », — quoique ceux-ci soient devenus fort rares, — des crocodiles jacarés, des iguanes et des tortues. Cependant on se trouve dans le voisinage d'une frontière zoologique. Le pécari, le cutia, le tapir, qui habitent encore les forêts du Rio Grande do Sul, ne se sont pas avancés dans la Bande Orientale, De même, la viscacha (lagostomus trichodactylus), que l'on rencontre sur la rive droite de l’Uruguay, dans l'Argentine, est inconnue dans le territoire de la rive gauche. Le fleuve sert de limite à d’autres espèces animales : le tamanoir ou fourmilier, le coati (nasua socialis) ne vivent qu’à l’est du courant fluvial”. 1 Il. von Thering, 4s Arvores do Rio Grande do Sul 2 Il. von Thering, mémoire cité, ‘s hautes vierges; e do Sul complè- mmence au point l'une «à , il fau- ement Île srande et ns le Rio ne : cer- aires de » végétale icore une eloppant pignons es arbres nd aussi atä), qui anquent rie ou à amazo- o Grande lions », jacarés, oisinage habitent S dans la us), que ine, est e limite i (nasua FLORE, FAUNE, HABITANTS DU RIO GRANDE DO SUL, 405 L'exploration des tambaqui du littoral a révélé l'existence préhistorique d'indigènes ayant un type analogue à celui des Aimores ou Botocudos, mais avee un caractère presque bestial, Un crâne découvert près de la côte océanique, au sud-est de Porto Alegre, a les sourcils proéminents, la mächoire inférieure très avancée : l'ensemble de la physionomie devait avoir une expression féroce', La population que trouvèrent les conqué- rants était en entier d'origine guarani et se composait de tribus nom- breuses, Carij6, Patos, Minuanos, Tapes, Charruas, ayant pour la plupart laissé leurs noms à montagnes, lacs ou autres traits de la contrée, Mais la race pure a presque disparu, et le sang des Indiens ne coule guère que dans les veines de la population blanche métissée. Au plus un millier d'indigènes, désignés par l'appellation banale de Coroados ou de Bugres, vivent encore au nord de l'État, autour de la colonie militaire de Caseros, Ce sont de prétendus « chrétiens » n'ayant plus aucun sou- venir de leurs aïeux et vivant à la mode des gauchos. La race afri- caine, qui au temps de l'esclavage était maintenue par les institutions ou les mœurs en dehors des autres habitants, se résorbe à son tour. On comptait alors environ cent mille noirs dans la province de Rio Grande; de nos jours la statistique en donnerait un nombre beaucoup moins considérable. De même, les autres éléments ethniques se fondent graduellement dans la population portugaise rio-grandense. Les Allemands, — ainsi désignés comme formant une nation distincte, — constituèrent la sixième ou la septième partie des habitants; actuellement ils s’élèveraient lout au plus au huitième, et seulement au dixième si on considère comme appar- tenant à la race ceux qui parlent habituellement la langue des aïeux, mais ils possèdent le quart de la fortune publique et la moitié de l’industrie locale. Ceux qui présentent la plus forte cohésion, les colons de la serra da Costa, — c’est-à-dire l’ensemble des terrains montagneux, — pro- gressent le moins à tous points de vue : ils n'ont pas encore appris à parler le portugais, gardent leurs anciennes pratique: agricoles et s'ha- billent à la vieille mode, tandis que leurs fils domiciliés dans les villes se distinguent par la connaissance des langues, l'initiative et l'esprit industriel : presque toutes les usines et les maisons d'exportation sont entre leurs mains. Quant aux immigrants italiens, portugais, gallegos, qui sont arrivés dans ces dernières années, dix fois plus nombreux que les Allemands et constituant le gros de la population étrangère, ils sont, 1 $, Cârlos von Koseritz, Nature, 21 Aug. 1884. 406 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, grâce à leurs mœurs et à leur parler latin, bien plus rapidement entrainés dans le torrent de la circulation nationale’. La proximité de l'Argentine se révèle au Rio Grande do Sul dans les N° 06, —= COLONIES ALLEMANDES DU URÉSIL MÉRIDIONAI, co ce se tal _ Profbnaeurs di CAT reg TS OS Trobres OT eateblé les 1: 5000000 de RU PR ci lit travaux et le caractère des habitants. L'industrie de la « viande » prévaut dans le Rio Grande do Sul comme dans l’Uruguay et les pampas. D'im- T: menses troupeaux parcourent les pâturages et les grands établissements V1 Ca au { Nombre des immigrants dans le Rio Grande do Sul, en 1890 : 12 034. ; Ù » 1891 : 24595. Nc entraînés dans les » prévaut as. D'im- issements RIO-GRANDENSES, PORTO ALEGRE, u7 urbains sont des abattoirs, Le type caractéristique du campagnard rio- grandense ressemble à celui du gaucho argentin : c'est aussi un cavalier infatigable, un homme de force et d'adresse peu communes, prompt à l'aventure, audacieux et rusé, et ne se laissant point émouvoir par la vue du sang. Dans les guerres du Brésil, civiles ou étrangères, la cavalerie rio-grandense prit une part décisive dans les batailles, La capitale actuelle du Rio Grande do Sul, Porto Alegre, est située au vrai centre géographique de la contrée, à l'endroit où le Jacuhy, réuni à tous ses affluents, s'élargit soudain pour former l'estuaire de Guahyba : les routes de terre et les voies de la navigation maritime viennent s'y rencontrer, Elle oceupe sur la rive orientale de l'estuaire un promontoire piltoresque situé immédiatement à l'aval de tout un archipel d'îles boisées, et projette au nord et au sud entre les jardins ses élégants faubourgs : un de ces quartiers extérieurs, à l'extrémité septentrionale, a pour habitants les marins ou navegantes. Le sol sur lequel on a construit la ville est assez ondulé pour que les édifices s'élèvent en amphithéâtre, et vers l'est des collines boisées, parsemées de maisonnettes, donnent une physio- nomie riante à l'ensemble du paysage. Porto Alegre n'a pas une antique origine : quelques familles açoriennes établies dans la contrée y possé- daient en 1742 une escale de bateaux : ce fut le commencement d’un village qui, en 1775, prit le nom de Porto Alegre. Sa prospérité ne date que de l’époque où les colonies allemandes de la serra da Costa en firent un entrepôt de denrées agricoles; devenue maintenant cité d'industrie, elle possède des fabriques de cigares, des brasseries, des chantiers de construction. Le gouvernement brésilien y a placé une école militaire, centre stratégique des États méridionaux. Au point de vue littéraire et scientifique, Porto Alegre peut être considérée comme une sorte de capi- lale, grâce à ses écoles, à ses collèges, à ses journaux. À une petite distance vers l’ouest, près de la rive méridionale du Jacuhy, se trouvent les mines houillères de Säo Jeronymo, qui fournissent environ 2000 tonnes de combustible par an; elles se trouvent sur le parcours d’une bande carhonifère qui se prolonge du nord-est au sud-ouest, parallèlement au littoral, des gisements de Tubaräo à ceux de Jaguaräo. la voie commerciale naturelle du fleuve, complétée en amont de Taquary par un chemin de fer qui pénètre à l'ouest dans le bassin de l'Ibicuy Grande en traversant les villes industrielles de Rio Pardo et de Cachoeira, lui apporte les denrées des campagnes occidentales, et une autre voie ferrée, poussant dans la direction du nord, à Säo Leopoldo et Nova Hamburgo (Hamburger Berg), relie les colonies allemandes à leur PRE NÉE ENS 408 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. marché naturel. Les eaux navigables du lac qui se prolonge au sud mettent la capitale en communication directe avec Pelotas, Rio Grande et les ports de l'étranger pour les bateaux d'une calaison de 2 mètres et demi. N° 96. — PORTO ALEGRE ET LE GUANYBA. JUN \: F Ouest de Greenwich dapres divers documents © Perron = frofonaeurs aeTa£E metres gel !'etau delà 1 : 450000 1 0 10 kil. Mais les dangers de la barre maritime empêchant Porto Alegre de déve- lopper son commerce extérieur, ses habitants ont songé à lui donner une autre issue vers la mer en utilisant la chaine de lacs qui, de la Lagôa dos atos, se dirige au nord-est vers la lagune de Tubaräo. Le canal commen- cerait à la baie de Capivary, et vers le milieu de son parcours, à la fron- d mettent de et les et demi. 30° 20° ET PUS EE TERENTNT Prron de déve- ner une gôa dos ommen- la fron- TORRES, JAGUARÂO, PELOTAS. 409 tière des deux États Rio Grande et Santa Catharina, toucherait au port de Santo Domingos das Torres — ou simplement Torres — ainsi nommé de trois saillies granitiques se dressant hors des sables en forme de « tours ». Mais ce port lui-même est exposé à tous les vents et il serait nécessaire de le protéger par une ceinture de jetées et de brise-lames. Ce sont là des travaux fort considérables, que le budget de Rio Grande do Sul n'a pas encore permis d'entreprendre. Les ingénieurs ont aussi fait la proposition de couper directement l’isthme qui défend à l'est la Lagôa dos Patos et de créer un port artificiel à l'extrémité de cette coupure. À l’autre bout du bassin fluvial, la ville de Jaguaräo, la « Tigrière », N° 97. — CANAL PROJETÉ DU RIO CAPIVARY A TORRES ET A LAGUNA. ! 2 17 Y & n " Le PONTDAL à y 25)Conceiças daViamao Quest de Greenwich 5° Frofondeurs ce O2 2Omètres de 207a 50® oe 50 et au oe/i 4 : 2000 000 1 0 60 kil, ainsi nommée soit à cause des animaux qui rôdaient autrefois dans ces gorges, soit à cause des dangers du passage, s'appuie à une colline élevée d'où l’on contemple un panorama très étendu. Fondée en 1765 par des colons de Madère, Jaguaräo a pris part aux guerres et aux révolutions locales, et fait quelque commerce avec la république voisine, par son fau- bourg uruguayen d'Artigas dont elle n’est séparée que par le cours de la rivière; mais la contrée à pour marché principal la cité de Pelotas, bâtie sur la rive gauche du Rio Säo Gonçalo, non loin de son issue dans la Lagôa dos Patos. De toutes les villes brésiliennes, Pelotas prépare dans ses usines à viande la plus grande quantité de carne secca : on tue chaque année dans ses abattoirs plus de 500000 bœufs, — même 400 000 en 1890, — pour en envoyer les chairs desséchées dans les villes du nord, xix, 52 #10 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Rio, Bahia, Pernambuco. Ce commerce représente une valeur moyenne de trente millions de francs; en outre, les déchets sont utilisés pour les savonneries, les fabriques de bougies et d'engrais. Deux villes se sont élevées en face l'une de l’autre sur les bords du courant qui emporte à la mer l'excédent liquide de la Lagôa dos Patos : à l'est Säo José do Norte, à l’ouest Rio Grande do Sul, les mots Norte et Sul se trouvant ici en désaccord avec l'orientation réelle des deux localités. Rio Grande, qui fut la capitale de la province et lui donna son nom, N° 98. — PELOTAS ZSærenforha (Æ D = & = : = = 78 PS dos Nefros Dar F ». | À PA) Ç +. are RATE GS — e, N] RE N : SR] Le À Bide Silreré — = : . i Volta do Apolinario d'apres LanBhans C Perron frofonadeurs mes _ Es RER 1 Lanc de sable ele On S metres ae. 5 "etau ele 9 1 575000 0 10 kil. aurait l'aspect gracieux, mais des forts, des murailles, des constructions militaires l'enlaidissent, emplissant l'extrémité d'une péninsule étroite entre deux lagunes, Le courant lacustre laisse cette péninsule à distance et rase de près la côte de Säo José do Norte. Aussi les navires de commerce doivent-ils éviter les battures de Rio Grande et mouiller près de Säo José, sur la rive opposée. Un inconvénient du port, bien autrement grave, con- siste dans les sables de la barre, qu'il a été impossible jusqu'à maintenant de fixer et dont le seuil varie, suivant les marées et les tempêtes, de 2 mètres et demi à près de # mètres en profondeur : la barre n'avait anmdesoond oun saade p ‘10f$eL 2p u=sèq “AIVUANAD AAA — “HANVUH9 OI , E =; ss = UE de pe eh 2 £ = Se Es £ 2 © 8 S £ = & = EL ROSE RE DEEE En = AR — ES : PSS ae MES SRB Er Se D = LED = — =: 2 UE de == Se = = _ _E 5 = Oo & 2 > © CS le — © £ Eee 2 A nt ee ie = RES A de) Fa = -ne— ee = — © _— 2 _ [di ee _ Er | = — es — = = = = & £ = ee = = 2 Ss EE OS = PR ET NP -L = 2 — & fl à = LL ONU 1e em RES 0 7 2 7 1e. 2 æ Eu À 2 © 1 M 3 D SEE RS SC GE RIO GRANDE DO SUL. Ma que À1 pieds, — 5 mètres 55 centimètres, — lorsque, en 1885, un nouveau chenal s'ouvrit plus au sud, à # mètres et demi, s'approfondissant avec le vent du nord-est, se relevant avec le vent du sud-est. Le projet N° 09. — RIO GRANDE DO SUL ET SA BARRE. ee = dafos nés à ÿe AL ’ LAS est de Greenwich C Perron Profnndeurs ee 2772 es ES D — = de Où Smetres ae S à /Omet? del0"etau de'a 1 : 150000 (EN ü 5 kil, d'amélioration du port comporte la construction de deux jetées parallèles, s'avançant jusqu'aux fonds de 6 mètres, et le dragage entre ces jetées d'un chenal de 400 mètres avec tirant d'eau de 8 mètres. Mais, en attendant la réalisation de ces projets, le commerce de Rio Grande do Sul, qui con- at4 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, siste presque exclusivement dans l'exportation des viandes, a diminué : le trafic cherche les voies terrestres pour éviter le dangereux passage’. Les habitants de Sao José n’ont d'autre culture que celle des oignons seule plante qui prospère dans le sol sablonneux*. x Le chemin de fer qui unit Rio Grande do Sul à Pelotas se continue à l’ouest, le long de la frontière uruguayenne, jusqu'à la ville de Bagé, située près de l’ancienne Santa Tecla, déjà sur le versant du Rio Negro, dont presque tout le cours se déroule dans le territoire de la république voi- sine. Par son industrie d'élevage, de même que par ses relations commer- ciales, Bagé appartient à la même zone que les villes espagnoles du sud, et des deux côtés de la frontière la population est très mélangée. Bagé et, plus à l’ouest, Santa Anna do Livramento sont pendant les guerres civiles les lieux de refuge des Uruguayens vaincus et les quartiers géné- raux où se reforment les bandes pour tenter des incursions nouvelles. Les montagnes voisines abondent en métaux, plomb, cuivre et or : près du bourg de Lavras ou des « Mines » on exploite ce dernier métal depuis 1855. En certains endroits le chemin de fer de Bagé à Pelotas traverse des couches de houille, d’ailleurs de mauvaise qualité, dont on s’est servi pour la con- struction des remblais’. La région septentrionale des campos du Rio Grande n’a pas encore une population suffisante pour que des villes proprement dites aient pu naître dans le haut bassin de l’Uruguay. La première bourgade du fleuve supérieur est la fameuse Säo Borja, ancienne mission des Jésuites, autour de laquelle s'étaient groupés les Indiens Guarani : Aimé de Bonpland, l'ami de Humboldt et son compagnon dans « les régions équinoxiales », y ensevelit sa vie après avoir échappé au dictateur Francia. Plus bas, presque en face de la bouche de l’Aguapey, s'élève la ville d'Itaquy, où le gouver- nement brésilien à installé son arsenal sur la frontière de l'Argentine. Déjà Itaquy commerce directement avec Montevideo pendant les crues, mais le marché principal, qui sert de port à la ville d’Alegrete, chef-lieu du bassin de l’Ibicuy, est Uruguayana, bâtie en face de Restauracion : un gué où passent les cavaliers, dit Paso de los Libres, réunit les deux villes et les deux États. Fondée par des exilés argentins, Uruguayana, point de départ des bateaux, à l'angle extrême du territoire brésilien, devint 1 Valeur du commerce de Rio Grande en 1891 : 42 000 000 milreis, soit, à 1 fr, 60 le milreis, 67 200 000 francs. Mouvement de la navigation à Rio Grande en 1891 : 326 000 tonnes. 8 H, v. Thering, Petermann's Mitteilungen, 1887, Heft X. 3 H, v. Ihering, mémoire cité. pommes agi ere renom RIO GRANDE DO SUL, MATTO GROSSO. 415 iminué : célèbre pendant la guerre du Paraguay. Les cinq mille ennemis qui s'y passage !. étaient aventurés, en 1865, durent se rendre, après avoir subi le siège oignons en règle des trois armées alliées que commandait l'empereur dom Pedro. Point de ville brésilienne qui, en souvenir de ce fait d'armes, n'ait rue, ntinue à place ou promenade dite d'Uruguayana'. ré, située ro, dont ique voi- IX commer- MATTO GROSSO du sud, rée. Bagé La très vaste région du Matto Grosso ou de la « Grande Forêt », d’une s guerres superficie égale à trois ou quatre fois la France, n’est, sauf une étroite ers géné- zone médiane, qu'une immense solitude aux limites indécises, sinon incon- elles. Les nue, du moins encore abandonnée aux Indiens et aux bêtes sauvages, ne près du se rattachant au reste du Brésil que par les pistes des chasseurs et le uis 1855. cours des rivières navigables qui y prennent leurs sources. D'ailleurs, ce s couches nom de Matto Grosso n'a pas même la valeur d’une « expression géogra- ir la con- phique », car il s'applique à des contrées fort distinctes, n’appartenant que par de faibles étendues à la selve de la dépression amazonienne : la plus 1s encore grande partie du territoire est comprise dans la zone des saillies qui sépa- aient pu rent les deux versants du nord et du sud et que recouvrent des brousses du fleuve rabougries ; une autre part consiste en fonds partiellement desséchés d’une s, autour ancienne mer dont les rivages sont parsemés de maigres bois. L'ensemble onpland, de la population policée, qui réside dans les rares colonies du Matto ales », y Grosso, n’égale même pas celle d'un faubourg de Rio, le chef-lieu de la presque République, et cependant nulle autre contrée ne dépasse en fécondité cer- gouver- taines parties de ces déserts brésiliens, situés au centre mème du conti- rgentine. nent, sur les faites de partage des rivières amazoniennes et platéennes. Il :S crues, y à largement place dans le Matto Grosso pour cent millions d'hommes”. chef-lieu Sauf à son extrémité méridionale et à l’occident, le Matto Grosso ne fut ion : un bux villes 1 Villes principales et historiques du Rio Grande do Sul, avec leur population approximative : point de Porto Alegre . . . . . . . . 52 000 hab. | SantaCruz. . sorte 6000 hab. À Pelotas.. , , . . . . . . . 33000 » Santa Anna de Livramento . . 5000 » , devint Rio Grande et Säo José. . . . 23000 » Jaguarño. . . . . , . , , . 5000 » Büpb mere era m40000)) AlBBTATE re, ns ee A0 à 4000 » Säo Leopoldo. . . . . . . . 8000 » HIT uma 4000 » Uruguayana. . : . . . . . 8000 » Säo Borja.. . . . . . ., 2500 » * Superficie et population approximatives du Matto Grosso : 1590 000 kilomètres carrés; 83000 hab. policés; 0,06 hab, par kil. carré, 100000 » avec Indiens; 0,07 » re l Î Î ui 416 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, point touché par les itinéraires des conquérants espagnols, Ceux-ci, après avoir découvert les trésors miniers du haut Pérou et colonisé, de l'autre côté du continent, les bords de l'estuaire de la Plata, se bornèrent à ‘attacher les deux parties de ce prodigieux domaine par l'exploration du haut Paraguay et des plaines de la Bolivie. Les Paulistes, chasseurs d'hommes, furent les premiers blancs qui pénétrèrent dans la « Grande Forêt », Vers 1680, un certain Manoel de Campos avait déjà visité les campements des Indiens Boror6, sur le versant méridional des plateaux, et d'autres traitants le suivirent. La découverte de l'or accrut soudain le nombre des voyageurs paulistes et, chaque année, des caravanes, dont quelques-unes, composées de centaines de bandeirantes, partirent pour celte « Terre de Promission » où, suivant le bruit public, on ramassait les pépites par arrobes. Mais, pour se guider sûrement dans leurs monçôes ou expéditions annuelles, les aventuriers de Säo Paulo n'avaient point de routes tracées. Exposés aux attaques des Indiens ennemis, n'ayant d’autres vivres que le produit de leur chasse et de leur pêche ou des aïiments volés dans les campements d’indigènes, ils avaient à se construire des barques et des radeaux, à éviter les naufrages, les fièvres, les blessures, On ne pouvait s'arrêter pour soigner les malades : blessés, fiévreux, famé- liques, tous ceux qui ne pouvaient suivre le convoi étaient abandonnés dans la brousse, à la merci des fauves. Des expéditions disparurent sans qu'un seul en réchappât'. Dans ces régions presque désertes, sans routes, rayées de pistes sinueuses, les distances sont peu connues, et dans leurs estimations les voyageurs peuvent se tromper du simple au double, ou mème davantage : comme autrefois dans tout le Brésil, on n’y compte les marches que par « lieues » d’une moyenne de 6 à 8 kilomètres, mais comportant un écart beaucoup plus grand, de la legôa grande à la legôa pequena et à la legôa de nada ou « lieue de rien? ». Pour gagner les mines de Cuyabä, où se trouve maintenant la capitale de l'État, territoire détaché de l’ancienne capitainerie de Säo Paulo, les chercheurs d'or se laissaient d'abord porter par le courant du rio Tieté, puis descendaient le Paranä jusqu'au confluent du rio Pardo, dont ils remontaient le cours inférieur, pour atteindre, par son affluent l'Anhambubhy, la serra de Santa Barbara et les campos de Vaccaria, d'où la rivière Miranda, le rio Paraguay, le Cuyabä les menaient au but après un voyage de longs mois. A leur tour, les Mineiros, rivaux des Paulistes, 1 Barbosa de S4, Relagao das Povoagôes; — Severiano da Fonseca, Viagem ao redor do Brazil. * Henry Koster, Travels in Brazii ci, après e l'autre nèrent à ploration hasseurs < Grande visité les plateaux, udain le es, dont ent pour r'amassait s MmonçÜes point de , d’autres aiiments ruire des lessures, ax, famé- andonnés ‘ent sans 1s roules, ns leurs puble, où mpte les tes, mais la legôa capitale Paulo, du rio do, dont affluent ia, d'où il après ulistes, do Brazil. MATTO GROSSO, A7 apprirent le chemin du Matto Grosso et, traversant le Goyaz, suivirent la voie directe qui conduit à Cuyabä, par la vallée du rio das Mortes. Mais les mines d'or, aussi mal exploitées que dans le reste du Brésil, perdirent graduellement leur force d'attraction, et le Matto Grosso était presque retombé dans l'oubli lorsque, avec l'indépendance brésilienne, commença l'ère des explorations scientifiques. D'Orbigny, de Castelnau, d’Alincourt, Leverger surtout, contribuèrent à faire connaitre la nature de la con- trée; puis, lorsque la guerre du Paraguay eut démontré que le Matto Grosso se trouvait encore matériellement en dehors de l'empire, de nombreuses commissions explorèrent le pays les unes après les autres. Certes, on ne pourrait comprendre que le Matto Grosso soit resté une dépendance politique du Brésil, si l’insignifiance numérique de la popu- lation blanche, perdue au milieu de tribus indiennes, n'en donnait la raison. Une colonie puissante eût voulu conquérir son autonomie et y fût certainement arrivée, puisque l’absence totale de voies praticables à des troupes aurait empêché toute incursion du dehors. Même dans leur état de débilité politique extrème, les habitants de Cuyabä ont essayé à plu- sieurs reprises, notamment en 1834, de se constituer en État libre ; mais les représentants du pouvoir central l’emportèrent. Toutefois, aux débuts de la guerre du Paraguay, le gouvernement brésilien dut assister, impuis- sant, à l'invasion du Matto Grosso et à la capture de ses postes avancés : c'est par l'estuaire de la Plata, et avec l'aide des républiques Argentine et Orientale, qu'il eut à reconquérir le territoire perdu. Jusqu'à cette époque, le Matto Grosso, découvert par les Paulistes, était resté dans la zone commerciale du port de Santos, le pays de ses anciens découvreurs, mais le trafic qui suivait cette route longue et coûteuse ne représentait que des sommes insignifiantes. Les difficultés des comrauni- cations étaient si grandes, que, pour répondre à la déclaration de guerre faite par le Paraguay, il fut impossible aux troupes rassemblées dans les provinces du littoral d'aller secourir directement leurs compatriotes du Matto Grosso. Le corps expéditionnaire, parti de Rio de Janeiro en avril 1865, ne put s'organiser à Uberaba, dans le bassin supérieur du Paranä, qu'au mois de juillet; fort de 3000 hommes, il se mit en marche à tra- vers les solitudes, mais de campement en campement perdit plus du tiers de son eflectif par les fièvres et le beriberi : deux ans presque entiers s'étaient écoulés lorsque les soldats arrivèrent enfin à la bour- gade de Miranda, près de la frontière paraguayenne. En franchissant la rivière Apa, en avril 1867, la petite troupe comprenait 1680 hommes de combat; mais, ne trouvant pas à se ravitailler comme elle l'avait esperé, IX, HD) BL AL SAEET XIE I AUTEURS EMPIRE A8 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, elle dut opérer sa retraite, constamment poursuivie par un infatigable ennemi, qui lui disputait les passages des rivières et cherchait à l'enfermer dans les savanes par un cercle d'incendies. Le choléra se Joignit aux persécuteurs et il fallut abandonner les malades en pleine forêt, à la faim, aux ennemis, aux vautours. Quand les Brésiliens atteignirent un poste de ravitaillement inattaquable à l'ennemi, il ne restait plus que sept cents hommes : les autres avaient succombé aux privations, aux maladies, au feu et aux balles', Le triomphe du Brésil sur le Paraguay lui ouvrit toutes grandes les portes d'accès : par la pente naturelle du sol et l'écoulement des eaux, le Matto Grosso se rattache au bassin de la Plata, et, grâce à la liberté de navigation des fleuves, assurée par la victoire, des services réguliers de bateaux à apeur s’établirent de Rio de Janeiro à Cuyabä par Buenos Aires. Mais, trop longue et trop coûteuse, cette voie ne peut guère servir qu'aux gens riches et aux fonctionnaires” : on ne peut la parcourir en moins de 51 jours. Quant à l’autre route fluviale, celle du Guaporé, du Madeira et de l'Ama- zone, on l'utilise moins qu'au siècle dernier, après l'exploration conduite en 1742 par Manoel de Lima. Avec cinq compagnons, il descendit en pirogue du Matto Grosso à l'Océan et son exemple trouva de nombreux imitateurs; mais le grand obstacle à une navigation régulière, l'escalier des rapides du Madeira, n'a pas encore été tourné, le projet de voie ferrée n'ayant pas abouti, à cause du manque de fonds et du conflit des intérêts. Les rares voyageurs qui se hasardent en barque sur les eaux du Guaporé doivent se soumettre à la fatigue des longs portages avant d'at- teindre l'escale de Santo Antonio, tête de la navigation à vapeur sur le Madeira. La voie directe de la cité de Matto Grosso vers l’Amazone et Parä franchit le faite directement au nord et redescend le Juruena et le Tapajoz: mais cette voie, explorée à grand'peine par quelques voyageurs depuis Francis de Castelnau, est beaucoup trop pénible pour que le commerce puisse l'utiliser. On ne l'emploie, comme celle du Madeira, que pour l'im- portation des fèves du guaranä (paullinia sorbilis), recueillies par les Mauhé sur les bords de l'Amazone : la poudre de guaranä, mêlée à l’eau, fournit la boisson préférée des habitants du Matto Grosso. Cependant l'amoindrissement graduel des distances rapproche le Matto Grosso des États du littoral, et bientôt cette contrée, isolée jadis, se ratta- chera matériellement au reste du Brésil. Une ligne télégraphique relie ‘ A. d'Escragnolle-Taunay, La Relraile de Laguna. ? Distance en droite ligne de Rio de Janeiro à Cuyabä. . . 1420 kilomètres. » par Buenos Aires » » .. . 69200 » infatigable l'enfermer nignit aux prêt, à la nivent un plus que ions, aux les portes x, le Matto navigation bateaux à Mais, trop ens riches ol jours. de l’Ama- 1 conduite scendit en nombreux l'escalier st de voie onflit des s eaux du vant d'at- ur sur le e et Para Tapajoz; rs depuis ommerce bour l'im- s par les > à l’eau, le Matto se ralla- que relie MATTO GROSSO. 19 déjà Rio de Janeiro et Cuyabä, et le chemin de fer, décrivant un vaste détour par Sûo Paulo, a poussé jusqu'au delà du rio Grande, à plus du tiers de la distance totale qui sépare Cuyabä du littoral. Des voies de prolongement se préparent sur toutes les lignes du front d'attaque, et l'on travaille à des routes mixtes comprenant des courants navigables par bateaux à vapeur et des chemins de passage entre les rivières, Ainsi les deux rios Ivahy et Paranapanema, dans les États de Paranä et Süo Paulo, se continueraient au delà du Paranä par la remontée de l'Ivinheima et du Brilhante jusqu'aux montagnes voisines de Miranda, dans le Matto Grosso du sud, Toutefois ces chemins ne suffisent pas pour qu'une forte immi- gration se porte vers ces magnifiques régions des faites et des versants paraguayens et amazoniens, qui promettent d’être dans un avenir prochain un grand centre de peuplement. La colonisation se fera sans doute par la voie du sud, du côté du Paraguay et de l'Argentine. Si faible que soit la population actuelle du Matto Grosso, on constate que, des deux extré- mités du territoire, celle du versant méridional contient la très grande majorité des habitants : en dehors d'une bourgade et de sa banlieue, presque tout le versant amazonien reste désert. Le Matto Grosso est une des parties les moins saillantes du continent sud-américain et l'on n'y voit point de hauteurs qui constituent de vraies montagnes, quoique les gens du pays énumèrent les « serras » par dizaines. Les hautes terres du Brésil, dont les points culminants se trou- vent dans les chaînes orientales, dans la Mantiqueira, les Aimores et l'arête de l'Espinhagço, s'abaissent graduellement à l’ouest du Goyaz méridional, et d'autre part les hautes masses andines inclinent vers l'est leurs contre- forts et leurs terrasses. Entre les deux systèmes orographiques serpente en forme de vallée la plaine intermédiaire qui fut jadis un détroit maritime, séparant les deux grandes îles, Brésil oriental et Andes. Des eaux fluviales coulent dans la dépression où passaient autrefois les eaux marines, et leurs alluvions emplissent maintenant la plaine. Le seuil de partage qui sépare les sources du Guaporé et les rivières maîtresses du Paraguay n'atteint ou ne dépasse guère 500 mètres d'altitude : il ne paraît exister qu'un isthme très étroit de roches anciennes, unissant les hautes terres brésiliennes et celles du pays des Chiquitos'. Là, entre les deux chefs-lieux de ! Francis de Castelnau, Exploration dans les parties centrales de l'Amérique du Sud; — Orville A. Derby, Geologia e Paleontologia de Matto Grosso. 420 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, l'État, Matto Grosso et Cuyabé, se trouve le véritable centre de l'Amérique du Sud, L'ignorance de la contrée fait confondre parfois les aigue-verses avec les serras, et sur les cartes on dessine une chaîne de montagnes continue entre les bassins du Madeira et du Tapajoz, puis entre les sources du Tapajoz et du Paraguay, enfin entre le Tapajoz et l'Araguaya. Cependant il est certain que cette saillie semi-cireulaire n'existe que par fragments, Les hauteurs qui dominent les plaines du haut Paraguay et de ses aflluents sont en réalité le rebord d'un plateau à strates horizontales ou très faible- N° 400, —— RÉGION DES FAITES ENTRE LE TAPAJOZ ET LÉ PARAGUAY, est de Paris man 7 " 5 sf larext ; r' [lisse de Cresnuiih GG" k d'apres Castelnau C.Perron 4 : 5500000 d Sé £00 kil. à ment inclinées, érodées par les rivières qui descendent vers l’Amazone : À ce sont des taboleiros et non des montagnes, ou du moins celles-ci ne se redressent que sur quelques rebords du plateau, atteignant çà et là un Il millier de mètres en altitude, tandis que le rempart lui-même a seulement l 500 mètres d'élévation moyenne. Ainsi l'ensembl orogrtfihique des d faites du Matto Grosso, que l'on désigne ind mment sous le nom t de cordilheira ou de campos dos Parexi, les familles ndiennes ‘ qui les parcourent, ne présente un aspect ntagneux que du côté du ( sud : sur celte face escarpée, la roche est taillée en parois, découpée en aiguilles: mais de l’autre côté, vers le Tapajoz et le Xingü, s'étend une longue contre-pente, se confondant graduellement avec les plaines ! de l’Amazone. Couto de Magalhäes, et après lui la plupart des géo- [el graphes qui se sont oceupés du Matto Grosso, donnent à ces bords élevés Et. Er ne CRE SET EE AS PROSPER PERRIER AE EEE DU (e Co t F ‘Amérique erses avec s continue ourees du pendant il nents, Les s affluents rès faible- [13° Perron, mazone : Iles-ci ne et là un ‘ulement ique des le nom diennes côté du découpée s'étend s plaines des géo- ds élevés MONTAGNES ET PLATEAUX DU MATTO GROSSO. al du plateau qui blanchissent aux premiers rayons du soleil l'appellation d'Araxd, mot guarani qui indique les points eulminants baignés de lumière et d'air pur. Déjà d'Orbigny avait reconnu dans les hauteurs du Matto Grosso septen- trional l'existence de couches appartenant à l’âge carbonifère et corres- pondant aux roches de même nature qui, de l'autre côté de la région, se montrent dans les avant-monts boliviens de Santa Cruz de la Sierra, Après d'Orbigny, Hartt et Derby ont constaté que les parties méridionales de l'Araxä datent probablement des âges paléozoïques, et que les couches carbo- nifères, dévoniennes et siluriennes y sont représentées : des lits fossilifères trouvés par le géologue Smith au-dessous des collines de Chapada, à cin- quante kilomètres à l’est de Cuyabä, ont mis ces faits hors de doute. Plus au nord, dans la zone de rochers que traversent en cataractes le Madeira, le Tapajoz, le Xingü, le Tocantins et leurs affluents, les parois mises à nu par l'érosion sont toutes de formation cristalline, granits, gneiss, porphyres et quartzites. Les hauteurs qui se développent dans la direction du sud entre les sources du Paraguay et celles de l'Araguaya, puis entre le premier fleuve et le Paranä, ne présentent pas le même caractère que les plateaux du nord. Ceux-ci n'ont été déblayés par les eaux que sur leur face méridio- nale, tandis que les saillies du Matto Grosso oriental ont été ravinées des deux côtés, à l’est et à l’ouest, et, rétrécies par ces affouillements laté- raux, prennent en certains endroits l’aspect de véritables chaînes de mon- tagnes. Ainsi se profilent du nord au sud la serra de Säo Jeronymo, celles de Maracajü et d’Anhambahy : le tracé futur du chemin de fer de Curitibä à Miranda traverse cette dernière chaîne à la hauteur de 618 mètres. Des roches éruptives, dites basalte dans le pays, mais probablement porphy- riliques, ont percé les couches de grès qui composent les montagnes et paraissent avoir formé par leur désagrégation des « terres rouges » ana- logues à celles qui donnent aux planteurs de Säo Paulo de si belles récoltes de café’. Dans l'espèce de cirque délimité par le demi-cerele des hau- teurs s'élèvent des massifs isolés, roches dont les strates, visibles de loin, ont une régularité parfaite. Les mornes eux-mêmes ont pour la plupart des formes géométriques : on dirait que de vastes pans se sont écroulés, laissant des parois lisses pareilles aux flancs d’une pyramide, Les sommets, horizontaux comme si la pointe en avait été coupée par un instrument tranchant, correspondent à d'autres sommets, et l’on voit qu'ils faisaient ! Orville A. Derby, Nota sobre a Geologia e Paleontologia do Matto Grosso, 422 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. autrefois partie d’une même terrasse. Les lignes d’affleurement des strates sur le pourtour des mornes semblent indiquer le plan suivant lequel se continueront les phénomènes de destruction. D'après de Taunay, qui par- courut le pays et y résida pendant plusieurs années, ces massifs de grès aux assises horizontales et régulièrement superposées sont formés de sédiments lacustres que tamisa la mer d’eau douce recouvrant jadis la contrée". Les débris entraînés des parois et des escarpements ont aussi contribué à changer la physionomie du paysage. Les talus de décombres, repris par les rivières et les fleuves, ont, sur de grandes épaisseurs, revêtu le sol de couches nouvelles. Mainte saillie de rocher a disparu sous les restes menuisés des montagnes, et d'autres ne montrent plus que leur pointe au-dessus des terrains de formation plus récente. Des massifs qui se ratta- chaient aux plateaux et aux chaines de l'intérieur en sont maintenant séparés, parce que leurs bases sont enfouies et se dressent abruptement hors du sol, sans talus de transition. Ces mornes distincts, auxquels on donne le nom d’itambé, comme à la grande montagne de la serra d’Es- pinhaço, près de Diamantina, érigent leurs portes ou leurs dômes au- dessus de la mer d'arbres, comparables à des édifices gigantesques élevés de main d'homme. A l’est du Matto Grosso méridional, ils s'alignent en ( rangées, se groupent en archipels, puis, de moins en moins hauts et à moins nombreux dans la direction de l’ouest, ou complètement solitaires \ dans le cercle de l'horizon, ils se montrent jusqu'aux bords du Paraguay, à ou même par delà le fleuve, au-dessus de la rive gauche. Les hauteurs chi- | quitéennes, ainsi que le disait déjà d'Orbigny*, appartiennent plutôt au système brésilien qu'à celui de la Bolivie. Le haut Guaporé, l'Itenez des Boliviens, quoique compris dans le bassin de l’Amazone comme affluent du Madeira par le Mamoré, appartient spécia- À lement au Matto Grosso, puisque la ville de ce nom a été fondée sur ses bords et que la population presque entière de l’État s'est groupée dans la | dépression dont ce fleuve parcourt la moitié occidentale : il doit son nom ( de Guaporé à une iribu éteinte depuis longtemps. Sa principale source, très ferrugineuse, jaillit dans.une grotte ou corira, qui s'ouvre au bord de 1'Araxä, et coule d'abord dans la direction du sud, parallèlement à d'autres rivières qui descendent au Paraguay; mais à l'issue des dernières collines le ruisseau se recourbe vers l’ouest, puis vers le nord-ouest et, Pr 1 Scenas de Viagem. $ Voyage dans l'Amérique méridionale. es strates lequel se , qui par- s de grès ormés de t jadis la contribué es, repris êtu le sol les restes ur pointe se ralla- aintenant uptement quels on rra d'Es- lômes au- 1es élevés ignent en hauts et solitaires Paraguay, eurs chi- plutôt au le bassin pt spécia- » sur ses » dans la son nom source, au bord ement à ernières buest et, MORNES ET FLEUVES DU MATTO GROSSO. 425 déjà gonflé de nombreux affluents, traverse la plaine dans laquelle se trouve la ville de Matto Grosso, à deux cent cinquante kilomètres des sources. À cent dix kilomètres plus bas, un pont traverse le courant. C'est le dernier que l’on trouve : au delà, les eaux libres ont cinq mille kilomètres à parcourir avant d'atteindre l'Océan. La navigation est encore difficile dans ces hauts de la rivière : le lit s’encombre de troncs d'arbres, et même, pendant la saison sèche, des bancs de sable, au-dessous desquels l’eau suinte lentement, arrètent les embarcations; il faut s'ouvrir un che- min en creusant des rigoles temporaires", Le Paraguay, dont le nom traduit tel qu'il se prononce actuellement a le sens de « rivière des Perroquets », mais dans lequel il faut voir proba- blement, avec Bonpland, la « rivière des Indiens Payaguä », est l’une des plus remarquables de la Terre comme voie de navigation. Peu de cours d'eau ont une plus faible pente proportionnellement à leur longueur. D'après Francis de Castelnau, il naîtrait à l'altitude de 305 mètres; cette mesure, il faut le dire, est certainement trop faible, d’après le témoignage unanime des voyageurs qui, depuis, ont parcouru la contrée : on le voit couler dans sa partie supérieure comme un véritable gave, et tomber en cascades; une de ses chutes, qu'on aperçoit à travers un feuillage épais, forme une succession de gradins, d'environ 12 mètres de hauteur totale, qui ressemblent à un « escalier de Neptune » comme ceux des parcs”. Mais, en laissant de côté les affluents supérieurs du fleuve, dans la partie de leur cours que dominent montagnes et collines, Leverger constate qu'à l’endroit où les eaux calmées commencent à serpenter lentement vers la mer, le niveau des campagnes ne s'élève qu’à 200 mètres. À partir d’un point situé à 4000 kilomètres de la mer, la déclivité est seulement de ÿ centimètres par kilomètre. Aussi les bateaux à vapeur d'un faible tirant d'eau peuvent-ils, sans rompre charge, remonter en plein Brésil, bien au nord des deux républiques de l'Argentine et du Paraguay, jusqu'à la base du plateau, dans la rivière majeure et ses affluents, Jaurü, Sepotuba, Cuyabä, Sûo Lourenço, Taquary. Aucun obstacle, sauf ceux que la politique inventa pour la « protection des frontières » et la « défense du travail national », ne s'opposait, dès les temps de la découverte, au libre peu- plement de la contrée. Un autre phénomène remarquable du Paraguay est l'entremèlement des sources maîtresses avec celles des affluents amazoniens. Le Jaurü, qui 4 Joäo Severiano da Fonseca, Viagem ao redor do Brazil. # Hercule Florence, Esbogo do Viagem.…, trad. par À, de Taunay, Revista do Instituto, 1875. 424 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. servit autrefois de ligne divisoire entre les possessions espagnoles et les colonies portugaises, se rapproche assez du Guaporé pour qu'il fût facile de rejeter, par un canal, les eaux de la rivière occidentale dans un affluent du Jaurû. Un autre tributaire du même cours d'eau, l'Aguapehy, n'est séparé de la rivière Alegre, qui descend vers la ville de Matto Grosso, que par un isthme étroit et d’un faible relief, n'ayant, d'après Leverger, que 2400 « brasses », soit 5280 mètres. Dès l’année 1772, un capitaine N° 101, — SOURCES DE L'ALEGRE ET DE L'AGUAPAHY. Ur + Quest de Paris AU *CazalV Gaga AontéYfibeiro #4 Quest de Greenwich — 0 100 kil. général essayait de creuser un canal à travers ce seuil de partage et, grâce à des pluies abondantes, réussissait à faire passer d'un bassin dans l'autre un grand canot de charge à six rames de chaque bord’. Deux années après, un autre gouverneur tentait l’œuvre du creusement dans ün autre endroit de l’isthme, où le canal, d'environ 10 kilomètres de longueur, aurait trouvé un sol plus facile à travailler. Cette œuvre n'a pas été menée à bonne fin, vu le manque de commerce; mais, dans un avenir prochain, des voies ferrées suppléeront à l'absence du canal, qui réunirait Montevideo et Parä par une voie continentale navigable de 8500 kilomètres”. S'il ne 1 À. d'Orbigny, ouvrage cité, # Bartolomeo Bossi, Viagio pintoreseo por los rios Paraguay, Parand, etc. RENE EE CLRT nee OPA PU SPAUREN SMART FLATAQNE JP EL 9 EN CUITE oles et les | fût facile in affluent ehy, n'est l'osso, que rger, que capitaine 15° rron 4, grâce s l'autre s après, endroit *, aurait enée à ain, des video et S'il ne BASSIN FLUVIAL DU PARAGUAY. 425 s'agissait que d'unir par une fosse à double versant les eaux qui courent d'un côté vers l'Amazone, de l'autre vers le Paraguay, il serait facile de trouver plus à l’est, sur les bords du plateau, de nombreux endroits où une simple coupure de quelques mètres en profondeur suffirait à trans- former en île le Brésil oriental. On signale, surtout depuis Castelnau, les deux ruisseaux Estivado et Tombador, le premier descendant au Tapajoz par l’Arinos et le second au Cuyabä : un espace de 100 mètres seulement les sépare". En aval des hautes sources, le Paraguay coule dans un terrain maréca- geux, à la base du plateau : ses nappes d'eau claire forment autant de lagunes entre les herbes aquatiques. Des collines rétrécissent çà et là son cours, mais bientôt commence la vaste plaine qui, dans les temps anciens, fut un lac et qui en a partiellement gardé le caractère. Lors des crues, qui font monter de 10 ou 11 mètres le niveau du Paraguay et de ses affluents, la masse surabondante, où flottent des îles et des archipels d'herbes aguapé, se déverse à droite et à gauche, formant une mer temporaire qui s'étend à perte de vue et qui se continue sur les terrains plus élevés par des banhados ou « terres noyées », desquelles surgissent les bouquets d'herbes et les arbustes et où se dressent en certains endroits des monti- cules artificiels, lieux de refuge des indigènes d'autrefois pendant les crues”. Les premiers voyageurs espagnols qui parcoururent. la contrée donnèrent le nom de lac Xarayes à cette étendue de terres basses où s'éta- lent les eaux presque dormantes des branches maîtresses du Paraguay. Ce lac s'étend sur une longueur d'environ 600 kilomètres du sud au nord, entre les bouches du Jaurû et les collines dites Fecho dos Morros, et en certains endroits atteint 250 kilomètres de largeur; il n’est point per- manent, ainsi qu'on se l’imaginait jadis, mais en tout temps il en reste des parties désignées par les indigènes sous le nom très justifié de bahias, car ce sont les « baies » d'une ancienne mer asséchée à demi pendant la période contemporaine. La plupart de ces nappes d’eau restent en com- munication constante avec le Paraguay, soit par des bayous latéraux, soit par de larges détroits : tels sont le lac d’Uberäba, le Gaiba, le Mandioré, le Câceres, où pullulent les crocodiles jacaré par « centaines de mil- liers ». Parmi ces lacs secondaires, les uns ne contiennent que de l’eau douce apportée par l'inondation fluviale; les autres, anciennes cavités que remplissait l'eau de mer, ont gardé au fond de leur lit des couches 1 Ed, Jose de Moraes, Navegaçäo interior do Rrasil. ? Couto de Magalhäes, 0 Homem no Brasil XIX. 426 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, A salines qui donnent au liquide un goût saumâtre, Ce contraste dans la nature des eaux, douces ou salines, se retrouve dans les terrains de la plaine. Des campagnes étendues, que recouvrent de riches alluvions, ont donné naissance à des forêts touffues, et le planteur peut y obtenir de merveilleuses récoltes; d’autres terres, revêtues de sables stériles, n'ont que des herbes rares ou des bouquets d'arbrisseaux; celles où fleurissent les cristaux salins sont de redoutables déserts sans herbe et sans eau. En certains districts inhabités, la marche est des plus pénibles; une mince croûte cache les fondrières de boues salines dans lesquelles on ris- que d'enfoncer". Vers le centre de la cuvette d'inondation, le Paraguay s'unit au Cuyabä, qui lui-même est grossi par les eaux du rio Säo Lourenço, appelé aussi rio dos Porrudos, en souvenir d'Indiens qui se couvraient d'une espèce de sac pour échapper à la morsure des voraces poissons piranhas pendant la traversée des rivières. L’horizontalité du sol empêche le confluent de se maintenir dans un lit régulier; les eaux, s'épanchant diversement à droite el à gauche, se ramifient en un labyrinthe de rivières et fausses rivières, au milieu desquelles s'élève le dôme régulier et uniformément boisé du more de Caracarä, Les branches latérales se continuent entre les zones marécageuses jusqu'au confluent des rivières Taquary et Miranda qui des- cendent des montagnes de l'est, Le Taquary reçoit dans la région supé- rieure un affluent, le Coxim, reconnu par les voyageurs comme l'une des plus pittoresques rivières du Brésil : en certains endroits, elle se trouve rétrécie entre des parois verticales de 50 mètres de hauteur; les barques glissent comme au fond d'une tranchée sur un courant rapide, large de 10 à 12 mètres seulement. Le Miranda est aussi une charmante rivière, ainsi que son tributaire l'Aquidauana ou Mondego, que les Para- guayens revendiquèrent comme limite septentrionale de leur territoire : descendue des mornes de l'Amambahy, elle serpente en longs méandres entre des berges boisées et va s'unir au Miranda, à l'entrée des plaines marécageuses qui furent la mer intérieure de Xarayes. À l'ouest du fleuve, dans la région des Chiquitos, les cours d'eau sont rares : un seul, obstrué par les camalotes où trainées d'herbes, si épaisses que les bateaux à vapeur les écartent à grand'peine, atteint le courant du Paraguay. C'est la rivière de Tucabaca ou Oliden, qui reçoit un torrent d'eau thermale, mêlé au San Rafael, puis se ramilie en lagu- nes, lout en maintenant un cours continu jusqu'à l'embouchure, D'Orbi- 1 De Taunav, Scenas de Viagem. te dans la ains de la vions, ont pbtenir de les, n'ont leurissent sans eau. les; une es On ris- 1 Cuyabä, elé aussi espèce de ndant la nt de se t à droite rivières, boisé du es zones qui des- 1h supé- 1e l'une elle se eur; les | rapide, armante es Para- riloire : éandres plaines au sont bes, si teint le i recoit 1 lagu- )'Orbi- TAQUIDATANA. VUE PRISE DES BORDS DE L U MATTO GROSSO. » PAYSAGE 3 = # Dessin de A. Slom, d'après un er PARAGUAY, OTUQUIS, CLIMAT DU MATTO GROSSO. #20 gny, qui constala la navigabilité de l'Otuquis dans son cours d’amont, parle de l'importance qu'aurait cette voie de communication entre la Bolivie et les régions platéennes. En 1854, Page, sur le Water Witch, remonta cette rivière à 06 kilomètres, et là dut rebrousser chemin, non à cause du manque de fond, mais pour n'avoir pu se frayer un passage à lravers les camalotes. En 1886, un autre marin, Fernandez, pénétra de 45 kilomètres plus avant dans l’Otuquis, et redescendit pour le même motif”. Il est pro- bable, mais non encore certain, que l'Otuquis, aménagé, débarrassé de ses herbes, pourrait devenir une voie d'issue pour la Bolivie. Au sud du con- luent, dit Bahia Negra, le territoire paraguayen du Gran Chaco com- mence sur la rive droite du fleuve, tandis que sur la rive gauche la frontière du Brésil n’est marquée qu'à 290 kilomètres plus au sud, au con- fluent de la rivière Apa. Les régions habitées du Matto Grosso, situées au centre même du con- linent, dans une sorte de eorridor ouvert entre la cordillère des Andes et les hautes terres du Brésil central, se distinguent par un régime climatique particulier. La température moyenne est très élevée, bien plus que sur le littoral : le faible relief du sol au-dessus du niveau de la mer, sous ces latitudes de 15 à 18 degrés, laisse toute sa force à la chaleur solaire, que réfléchissent en outre les escarpements blanchâtres des hauteurs voisines. Les ardeurs de l’été sont plus élevées que sur les bords mèmes de l'Ama- zone, sous la ligne équatoriale; mais les oscillations du thermomètre n'y offrent pas la même régularité d'allures. Les changements se font parfois avec une soudaineté sans exemple dans les autres régions tropicales du Brésil : on a vu dans l’espace de douze heures des écarts de 15 et mème de 18 degrés dans la colonne thermométrique. Ces brusques variations proviennent de la saute des vents qui se portent du nord-ouest au sud-est ou, en sens inverse, du sud-est au nord-ouest. Le mouvement des airs est déterminé par la forme du couloir dans lequel ils sont entraînés : aux vents tièdes qui proviennent de la région des selves amazoniennes succèdent, en hiver, des vents qui soufflent de la froide pampa. Sur les hauteurs du cirque de plateaux et de montagnes qui entoure la plaine du Matto Grosso les froidures descendent au-dessous du point de glace, et sou- vent des voyageurs ont péri dans la traversée de l'Araxä; en mars 1822, c'est-à-dire à la fin de l'été, une caravane venue de Rio Janeiro perdit 1 À. Quijarro, Navegabilidad del rio Otuquis. 450 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. plus de vingt nègres, tués par le froid dans la vallée du Manso, à l’est de Cuyabä', Les pluies abondantes amenées par les remous des vents, qui contour- nent le plateau central du Brésil et viennent se heurter aux premiers contreforts des Andes, tombent assez régulièrement en été; elles sont aussi très souvent accompagnées d'orages. La chute d’eau annuelle n'a pas encore été mesurée, mais, d'après Severiano da Fonseca, elle serait au moins de 5 mètres; on a compté cent trente-cinq jours de pluie par année moyenne dans la cité de Cuyabä. Pris dans son ensemble, le climat du Matto Grosso est un de ceux qui présentent de grands dangers à l’Euro- péen, du moins dans les plaines basses et humides”. Les plateaux, rela- tivement salubres, ne comptent pas encore comme pays de peuplement, et presque tous les étrangers ont à subir l'épreuve de l'accoutumance dans les plaines torrides et pluvieuses que parcourt le haut Paraguay. Des épidémies terribles, au siècle dernier la rougeole, et depuis cette époque d'autres fléaux, tels que la variole et la fièvre jaune, ont passé sur la région et, en certaines années, la population provinciale à diminué malgré les nombreuses naissances. On a constaté dans le Matto Grosso, à diverses reprises, que les grandes épidémies ont sévi sur les animaux avec la mème intensité que sur les hommes. La rougeole de 1789, la variole de 1867 frappèrent les volailles et les bêtes à cornes et, dans les savanes, dans les forèts, au bord des fleuves, gisaient les cadavres des cerfs, des tapirs et des jaguars*. En 1857, une épizootie, importée des savanes boli- viennes, détruisit presque tous les chevaux et les mulets du Matto Grosso méridional, entre Miranda et Cuyabä‘. Le manque de chevaux empêche de garder les troupeaux de gros bétail, que l'on évalue diversement de six cent mille à un million de têtes, et les animaux, à demi sauvages, se dispersent dans les campagnes*. Sur le seuil de partage entre les deux grands bassins du Brésil, le Matto Grosso unit les flores et les faunes de l'aire amazonienne et de la région argentine. Toutefois la flore tropicale, avec son infinie variété de formes végétales, prédomine dans toutes les régions boisées, c'est-à-dire au 1 Luiz d'Alincourt, Annaes da bibliotheca nacional do Rio do Janeiro. Conditions météorologiques de Cuyabä, d'après S. da Fonseca et Americo de Vasconcelios : 02 Température f Pluie Jours moyenne, maximale. minimale, Écarts. tombée, de pluie. 260,25 410 70,5 330,9 1,166 85 5 Severiano da Fonseca, ouvrage cité. + Revista do Instituto Historico, 1874. 5 Karl von den Steinen, Durch Central-Brasilien. pl r'ac pay on app lier peu les nen Enc (eat L sou par part les | deve cher à l’est de | contour- premiers elles sont le n'a pas serait au par année climat du ; à l'Euro- aux, rela- uplement, Jutumance Paraguay. ‘puis cette passé sur a diminué ) Grosso, à maux avec Ja variole Ps SAvanes, cerfs, des vanes boli- atto Grosso x empêche sement de uvages, se 1, le Matto la région de formes -à-dire au ncelios : CLIMAT, FLORE, FAUNE, HABITANTS DU MATTO GROSSO. 451 bord des rivières, et, parmi les espèces fameuses des bords du Fleuve- Mer, il en est peu qui ne soient représentées sur le haut Guaporé ou dont on ne trouve au moins des parents. Nulle part les palmiers ram- pants ne prennent un développement plus remarquable : en 1875, la commission des limites découvrit un de ces palmiers urubamba (calamus procumbens) ayant plus de 200 mètres en longueur, avec une épaisseur d'un centimètre seulement. Le cotonnier croit spontanément dans les plaines. L'ipécacuana, dit poaya dans le pays, est aussi une plante spé- ciale au Matto Grosso : on la récolte surtout dans les forêts du haut Jaurû et des rivières voisines. Dans la partie méridionale du territoire, entre Miranda et la rivière Apa, croit le maté, la plus remarquable des plantes de l'aire méridionale. L’autruche, venue des campos ou des pampas, à pénétré dans les plaines bordières du haut Paraguay. La nature du sol, humide et basse, a facilité le développement des ophidiens, représentés par d'énormes boas terrestres et aquatiques. Dans le Matto Grosso, les populations aborigènes ont diminué beaucoup plus rapidement que ne se sont accrus les blanes, supplanteurs de la race primitive. Lors de l'arrivée des Européens, les Indiens couvraient le pays de leurs tribus : ils sont maintenant épars et très réduits en nombre; on traverse de vastes contrées sans en rencontrer un seul. Suivant les apprécialions ordinaires, ils ne seraient guère qu'une vingtaine de mil- liers, 25000 au plus, et cependant on énumère par dizaines les noms des peuplades distinetes. Les Parexi ou Parecis, d’après lesquels on a dénommé les hautes terres où naissent le Tapajoz et ses hauts affluents, compren- nent déjà au moins quatre de ces tribus à dénominations différentes. Encore récemment on parlait de « millions » d’Indiens vivant sur les pla- {eaux et dans les plaines du Matto Grosso*. Les Parexi sont considérés par Ehrenreich comme appartenant à la souche des peuplades arawak, tandis que d'Orbigny voyait en eux des parents des Pampéens méridionaux, et que Martius en faisait une race à part. Depuis l'arrivée des mineurs, ils sont en relations pacifiques avec les gens de langue portugaise, et par le métissage ils sont partiellement devenus Brésiliens : déjà le baptême en avait fait des « chrétiens ». Les chercheurs d'or et de diamants les employaient comme garimpeiros après ! Alfred Marc, Le Brésil, Excursion à travers ses vingl provinces, ? Amédée Moure, Nouvelles Annales des Voyages, avril, juin, juillet 1862. PR re — 452 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, la découverte des gisements; maintenant on les envoie dans les forêts pour y recueillir l'ipécacuana et autres plantes médicinales. Habiles vanniers et tisserands, ils fabriquent des corbeilles, des paniers, des étoffes, des hamacs et divers objets qu'ils vendent dans les villes de la plaine, Les Bororé, habitant jadis les hautes vallées du Jaurû et du Cabaçal, au nord des colonies peuplées de blanes, sont maintenant cantonnés en partie dans la colonie de Thereza Christina sur les bords du Säo Lourenço, tributaire du Cuyabä. Ces aborigènes contrastent avec les Indiens policés par leur aspect farouche, que rendent plus étrange encore des lèvres fen- dues et les peintures rouges tracées symétriquement sur leur visage, Pour avoir droit à prendre femme, le jeune homme doit au moins avoir tué un jaguar. Quand un malade a été déclaré incurable, on le tue; le père serre la corde autour du cou de l'enfant que la mère tient encore sur son sein. À la mort de sa femme, le mari brûle tout ce qui lui appartenait et tous les objets du ménage commun; il lui coupe aussi la chevelure, dont il se fait une ceinture et un bracelet pour se protéger le poignet contre la vibration de l'arc. Les Bororé croient fermement à la métempsycose : se disant les frères des perroquets, jamais ils ne tuent ces oiseaux; les vautours, disent-ils, sont habités par les âmes des nègres, et les grands sorciers transmigrent dans les corps des poissons aux cou- leurs vives. Les étoiles filantes indiquent la mort prochaine d'un homme de la tribu". Les Guaté vivent dans la partie centrale du Matto Grosso, au pied des plateaux, et dans les hautes vallées quelques-unes de leurs familles sont encore restées à l'état sauvage. Ce sont de beaux hommes, se rapprochant plus du type européen que les autres indigènes. Jadis ils ornaient leur lèvre inférieure d'un disque à la façon des Botocudos, et portent encore des colliers en dents de jaguar et de crocodile. Ils ramassent leur cheve- lure de manière à former une sorte de casque, et restent complètement nus, sauf dans le voisinage des blanes. Canotiers incomparables, les Guaté, dont le nom même aurait le sens de « Gens des Eaux », passent une grande partie de leur existence sur les rivières et les lacs et tuent les poissons à coups de flèches; leur principale nourriture, mêlée au riz sauvage qu'ils recueillent dans les marais, est la chair du jacaré, le crocodile de leurs rivières, et on attribue à cette alimentation l’odeur de muse qu'ils répandent. Ils sont très braves et combattent le « tigre » corps à corps : après l'avoir agacé par des coups de flèches, ils l’attendent 1 Karl von Steinen, ouvrage cité. forêts pour s vanniers ‘tofles, des ne, u Cabaçal, itonnés en Lourenco, ns policés lèvres fen- ai visage, joins avoir le tue; le ent encore ce qui lui Je aussi la otéger le ment à la ne tuent es nègres, s aux COU- n homme pied des hilles sont pprochant ent leur nt encore ur cheve- plètement bles, Îles >, passent et tuent ée au riz jacaré, le ’odeur de « tigre » attendent BOROROÔ, GUATO, GUANÉ. 495 de pied ferme et l'abattent d'un coup d'épieu à la pointe formée d’un os de crocodile ou d’un morceau de fer acheté aux Brésiliens, Is vendent aux blancs des peaux de bêtes, ainsi que des animaux apprivoisés, oiseaux où quadrupèdes : ils réussissent st admirablement à domestiquer les fauves, qu'ils semblent les charmer, Les Guaté sont très jaloux, et leurs femmes ne doivent converser avec des étrangers que les cheveux dénoués et les yeux tournés dans la direction du mari‘. Ils sont aussi observateurs fidèles de la foi jurée et de l'hospitalité : pendant l'invasion du Matto Grosso par les Paraguayens, ils ne trahirent jamais par parole, par regard ou par geste le lieu de refuge des Brésiliens. Quoique chrétiens, les Guaté se réuniraient encore en des lieux sacrés, notamment sur le sommet de la serra de Dourados et dans les îles du lac Uberäba. Beaucoup moins fiers d'allures que les Guaté, les Guané, qui vivent plus au sud dans les plaines que parcourent le Taquary et le Miranda, parais- sent d'origine méridionale, Peut-être seraient-ils les frères des Guay- curû, quoique différents par le langage. Dépourvus de toute initiative, ils ne sont guère que Îles serfs des envahisseurs blanes, pour lesquels ils recueillent des plantes médicinales, construisent des barques, planten le manioe, les haricots, les bananiers, la canne à sucre, préparent l'eau- de-vie et tissent des étoffes : leurs pannôes sont des pièces de cotonnade d'environ 3 mètres de long sur 2 de large, d'un tissu si serré que les pluies les plus violentes ne peuvent les traverser; la chaîne de ces étoffes disparait, entièrement cachée par la trame”. Les Guané ont cessé de se peindre la peau, de se mutiler le nez et les oreilles, mais il paraît que pendant la première moitié du siècle ces modes n'avaient pas encore été abandonnées. À cette époque, les Laianos, sous-tribu qui vit dans le voisinage de Miranda, se couvraient le corps de peintures blan- ches, rouges ou noires, tracées avec une remarquable finesse. Quelques- unes de ces peintures représentaient des animaux auxquels ils voulaient donner une apparence féroce’. Ils adoraient les Pléiades. Leur langue est d’une extrême douceur, mais sans aucune énergie, et chacune de leurs phrases se termine d'ordinaire par un son prolongé qui ressemble à un gémissement. Ce n’est point là le parler d’un peuple libre. Dans la partie méridionale du Matto Grosso, voisine de la république du Paraguay, habitent diverses tribus auxquelles on avait donné le nom générique de Guayeurt, que lon dit avoir eu le sens de « Coureurs » , ! Couto de Magalhäes, ouvrage cité, * Hercules Florence; — Alfredo de Taunay, Revista do Instituto Historico, 187à. 5 Francis de Castelnau, ouvrage cité, AIX. A4 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, où Rapides! » : ce sont les mêmes Indiens que les Guarani appelaient d'ordinaire Mbaya, « Terribles » où « Mauvais ». Les Espagnols les dési- gnèrent aussi par le terme de Lengoas ou « Langues », à cause de la pro- trusion de leur lèvre inférieure, sorte de seconde langue, distendue par un disque de bois. Leurs tribus constituaient une des nations les plus nombreuses de l'Amérique méridionale, et maintenant encore ils dépas- sent de beaucoup en importance numérique les autres Indiens des bords du Paraguay, à l'exception des Guarani : d'après Severiano da Fonseca, ils seraient au nombre de 1600, désignés d'ordinaire sous le nom de Cadiuéos ou Beaquéos. Peu d'années après la déclaration d'indépendance on comptait 4000 guerriers guayeurt. À cette époque, ils se tatouaient et se peignaient de couleurs vives avec le roucou et le génipa; ils s'arra- chaient les cils et les sourcils et se tonsuraient largement, comme les Indiens Coroados des provinces orientales; les femmes avaient la coquet- lerie de placer sous leur lèvre inférieure une chique de tabae, visible sur les dents : ainsi l'exigeait la mode”, De même que les Guané, ils obéis- saient à la coutume qui obligeait jusqu'à trente ans les femmes enceintes à se faire avorter : c'était disait-on, afin de ne pas encourir un jour le mépris des enfants, humiliés d'être nés de parents trop jeunes’, Les femmes emploient dans la conversation un grand nombre de mots qui ne se retrouvent pas dans le langage des hommes; il est probable que ce double parler provient de ce que les épouses ont été obtenues par capture. Les Guayeurü portent aussi le nom de « Cavaliers » (Caballeros, Caval- leiros), bien mérité depuis trois siècles. Dès que les conquérants espagnols eurent introduit le cheval dans les pampas, les Indiens se transformèrent en centaures. Ils domptent les étalons avec autant de vigueur et de succès que les gauchos argentins; mais, plus prudents, ils ne les dressent que dans les étangs ou les rivières peu profondes, afin d'éviter les accidents. Le coursier vaincu devient la propriété personnelle du cavalier, qui se marque sur le corps un chiffre correspondant à celui qu'il a « étampé » sur l'animal, Lors des migrations, de campement en campement, les femmes montent sur des chevaux de charge, perchées sur les fardeaux. On redoutait les Guayeurû à cause de leur mode de combat, analogue à celui des Bédouins. On les voyait tout à coup débucher de quelque pli du terrain ou d'un bouquet d'arbustes; avant qu’on ne fût préparé à la défense, ils avaient déjà fait leur attaque, saisi des femmes et des enfants, 1 S, À, Lafone y Quevedo, Revista del Museo de La Plata, vol. 1, 1890-M. ? Francis de Castelnau, ouvrage cité, 3 Alfonso Lomonaco, Razte Indigene del Brasile. ST Eng mr 2 appelaient Is les dési- de la pro- lendue par is les plus ils dépas- s des bords a Fonseca, e nom de épendance louaient et ils s'arra- omme les la coquet- visible sur ils obéis- enceintes ir un jour anes”’, Les mots qui le que ce r capture, 08, Caval- espagnols formèrent de succès ssent que accidents. r, qui se élampé » ent, Îles fardeaux. ialogue à ue pli du aré à la enfants, INDIENS LENGOAS EN MARCHE. Gravure de Thiriat, d’après une photograplue communiquée par M. Ch. Cadiot. GUAYCUR(. 457 puis ils disparaissaient dans une nuée de poussière, Sur les fleuves, ils étaient aussi de dangereux combattants: leurs rames se terminent par des pointes de lances : le même instrument sert à poursuivre l'ennemi, à le frapper et à s'enfuir. Les annales du Matto Grosso racontent plusieurs combats dans lesquels les Européens périrent par centaines: les femmes, qui depuis trois siècles ont été enlevées aux familles des colons, ont con- tribué dans une large mesure à modifier la race. De nombreux Guaycurü, nolamment aux alentours de Corumbä et d’Albuquerque, se sont alliés aux blancs et finissent par se confondre avec la population brésilienne. C’est avec un tranquille orgueil que les Guaycurü se croyaient la pre- mière nation du monde. Ils n'adwettaient de relations avec les étrangers que pour recevoir leur tribut et leur hommage de vassalité ; tous les autres Indiens vivant dans leur territoire avaient été asservis, et si les Guané, inféodés aux bianes, subissent une sorte d’esclavage, c’est pour échapper à la tyrannie de leurs frères de race. Mais la société guayeurü ne se compose pas même d'égaux : constituée sur la force, elle se divise en trois classes bien tranchées, les nobles ou 7oagà, les plébéiens et les esclaves. L’exis- tence de l’Indien a été strictement réglée jar cette division en castes irré- ductibles. Ainsi le noble ne peut épouser qu'une femme bien « née », désignée par le terme de dona, quoiqu'il lui soit permis de prendre des concubines dans les castes inférieures; quant à l’esclave, au fils de captif, il ne pouvait être affranchi'. Les tentes, que les Guaycurü emportent dans leurs migrations, sont disposées suivant les règles de la préséance. Lors de la mort d’un noble, ils lui rendent de grands hommages et déposent dans sa tombe l’are, les flèches, la massue, la lance et les ornements de guerre, puis tuent à côté de lui le cheval qu'il aimait. La popu'ation brésilienne de Matto Grosso est, comme celle du Goyaz et de Minas Geraes, composée en grande partie de gens d'origine pauliste, auxquels se sont mêlés les métis graduellement assimilés des tribus indiennes. Quant à l'immigration proprement dite, elle reste presque nulle, mais s’accroîtra par l'ouverture des rivières qui font communiquer la contrée avec l'estuaire platéen. Dans le Matto Grosso, monde presque fermé naguère, les anciennes mœurs portugaises se sont conservées mieux que dans les autres provinces : les familles y ont encore leur gynécée ; l'hôte présente rarement sa femme et sa fille aux visiteurs, et ceux-ci s'abstiennent par discrétion de les mentionner dans leurs discours”. 1 Fr, Rodrigues do Prado, Revista do Institulo, n° 1, 1839, # Sylvio Dinarte (de Taunay), nnocencia. 458 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. L'ancienne capitale, qui porte actuellement le nom de l'État, s'appelait Villa Bella aux temps de la prospérité minière : les premiers habitants, en 1757, avaient établi à quelque distance le camp de Porto Alegre, et la rivière qui débouche dans le Guaporé, à 3 kilomètres et demi en amont de Matto Grosso, a gardé cette appellation d’Alegre ou « Joyeuse »; la ville proprement dite n'existe que depuis 1752. Matto Grosso eut jusqu'à 7000 habitants, mais l'abandon des gisements miniers l'a ruinée : ce n'est plus aujourd'hui qu'un des plus ‘pauvres villages du Brésil, et l'un des plus mal situés, quoique le site, dominé à l'ouest par les superbes montagnes de Ricardo Franco, ait un aspect grandiose : des terres maré- cageuses, souvent inondées, entourent Îles cabanes et les édifices ruinés: N° 102. — MATTO GROSSO ET LE HAUT GUAPORÉ. C. Perron 100 kii. les fièvres paludéennes et d’autres maladies déciment les habitants, Cas- telnau parle de Matto Grosso comme d'une « ville pestiférée » ; Severiano da Fonseca la dit « cité maudite ». Le gouvernement ajoute à ce mauvais renom en en faisant un lieu d'exil pour les fonctionnaires disgraciés. Matto Grosso est certainement la seule bourgade du Brésil où il n'y eût, en 1878, ni boulangerie, ni boucherie, ni café, ni bureau de tabac, et dont la population ne comprit pas un seul Portugais et seulement un Italien. La pauvre cité est pour ainsi dire suspendue dans le vide, loin de toute ville active, et sans commerce. Si le gouvernement ne la main- tenait comme poste militaire, la population civile l'abandonnerait, la ren- dant à la solitude des « grands bois ». On comprend qu'en un pareil pays les projets de canaux pour la navigation de l'Amazone à la Plata soient renvoyés à de meilleurs jours. Les villages miniers fondés jadis dans le haut bassin du Tapajoz ont s'appelait habitants, ore, et la en amont use »: Ja il jusqu'à inée : ce il, et l’un superbes res marc- es r'uInés : Perron hnts. Cas- Severiano » mauvais isgraciés. n'y eûl, tabac, et ment un ide, loin la main- , la ren- un pareil la Plata aJoz ont MATTO GROSSO, DIAMANTINO, SÂO LUIZ DE CACERES. 459 disparu. Ce ne sont plus que des taperas, indiquées soit par des cabanes éparses, soit par des clairières de bois ou des arbres fruitiers redevenus sauvages; même on ignore l'emplacement de quelques mines jadis fameuses, Le gouvernement hâta l'œuvre de dépopulation en interdisant aux colons libres l'entrée des districts où lon avait trouvé des diamants. S'en réservant Jalousement le monopole, il voulait être seul à diriger, à surveiller les recherches, faisant le désert autour de trésors dont il ne savait pas profiter. Maintenant les gisements de Diamantino, de Burityzal et autres villages encore existants ou désertés sont abandonnés à tout ve- nant : quelques chercheurs, munis de cordes et de paniers, plongent encore dans les vasques profondes des rivières pour rapporter du sable et en extraire les cailloux précieux. On espère que l'exploitation des forêts de caoutchouquiers rendra sa prospérité au pays. La cité de Villa Maria à également changé de nom : c’est aujourd’hui Säo Luiz de Cäceres. Très heureusement située sur la rive gauche du araguay, à l'endroit où ce fleuve à déjà reçu le Sepotuba et le Cabaçal et va bientôt s'unir au Jaurüû, cette ville oceupe un centre naturel pour la convergence des routes, et les vastes pâturages qui l'entourent nourrisseut d'immenses quantités de bétail : des fazendeiros possèdent des char- queadas pour la préparation des viandes. Les gisements de fer qui consti- tuent les mornes et le sol des alentours ne sont pas exploités; mais, quand le pays se peuplera, ils fourniront à l'industrie locale une matière pre- mière inépuisable, Un ilot de la lagune Uberäba, que traverse la ligne de frontière entre le Brésil et la Bolivie, contient une si grande proportion de sulfure de fer, que les travailleurs ne peuvent allumer de feu sur le sol pierreux : la chaleur fait éclater les cailloux, en les projetant dans tous les sens". Cuyabä, la capitale, s'élève dans un cirque de plaines parsemé de mornes et entouré par un amphithéâtre de collines s’ouvrant du côté de l’ouest : ses premiers habitants, les Indiens Cuyabä, furent chassés au commencement du dix-huitième sièele par les orpailleurs, qui bouleversè- rent le sol, alors très riche en paillettes et en pépites; encore de nos jours, les enfants de la ville s'amusent après les grands orages qui ont lessivé la terre à chercher de l'or dans les sables entrainés*. La ville minière, aux sables appauvris, succéda comme chef-lieu à la Villa Bella do Matto Grosso, en 1820, à la veille de l'indépendance brésilienne, Choisie à cause 1 Severiano da Fonseca, ouvrage cité 2 Francis de Castelnau, ouvrage cité. 440 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. de la salubrité de son elimat, elle a justifié les espérances de ses nouveaux fondateurs, et la population n ‘a pas à souffrir des fièvres endémiques ; tandis que Matto Grosso déchoit, Cuyabä s'agrandit et peut être classée parmi les cités brésiliennes de troisième ordre. Toutefois elle n'a guère de commerce ni d'industrie; elle n’exploite plus ses mines et n'a pas N° 405. — GUYABÈ ET LE PARAGUAY. 0 lue »st - de Faris \ ge » om" Re , v rs Djémal) 24 … PE À TP. Rosari RES x Platesir" ce x Xar 2e. TS . Ps HET Lu. / { } ÿ KW. / 1 RE s _ Says \ Pre # Po he d Carba CR «5. se a, l LS ! onaière | f FE bre CPerron 5 500 000 — ——— 150 kil. la même richesse en bétail que les villes du Matto Grosso méridional. Quelques bourgs populeux se sont groupés dans le voisinage de Cuyabä, au nord Rosario, au sud Sant’Antonio; au sud-ouest, sur un affluent latéral, une petite ville, Poconé, s'élève au milieu d'un cercle de marécages, et au sud-est, sur le Säo Lourenço, une colonie militaire défend les fazen- deiros de la plaine contre les incursions des Indiens. Corumbä, fondée en 1788 sous le nom d’Albuquerque, qui appartient naintenant à un poste situé plus bas, en aval de la bouche du rio Miranda, nen l'OS du] La [leu de t el entr encc SC quai tra l'ave cont ion guay popu press les € Para, Les les E rave Le prem petit Cam} le ne verse Lever poste ‘Ki lou veaux imiques ; e classée a guère n'a pas re RE 4 an M. CEE oSs019 rron ridional. vabä, au latéral, ‘ages, el ks fazen- partent Niranda, CUYABA, CORUMBA AM est construite Sur une haute berge calcaire dominant la rive droite du Paraguay et son confluent avec la baie ou lagune de Cüceres. En 1865, c'était une bourgade sans importance, d'environ 1500 habitants, que pro- tégeait une petite garnison brésilienne. Les soldats paraguayens lui don- nèrent l'assaut et pendant deux années s'y maintinrent sans que les Im- périaux vinssent les inquiéter, Mais, aussitôt après la guerre, le gouver- nement du Brésil, comprenant l'importance stratégique de cette place, résolut d'en faire le boulevard de sa puissance, non contre la république du Paraguay, désormais trop affaiblie, mais contre l'envahissante Argentine. La ville est fortifiée et plusieurs batteries se succèdent aux tournants du fleuve ; en outre, l'arsenal de Ladario, construit en aval de la cité, renferme de très grands magasins, des chantiers de construction, des cales sèches et tout un outillage de navigation; mais cet établissement militaire a été entrepris sur un plan si vaste, que, vingt-cinq ans après la guerre, il reste encore à terminer, Corumbä est aussi le principal port du Matto Grosso à son entrée méridionale : les plus gros navires peuvent remonter à son quai pendant une moitié de l’année, et les négociants, presque tous étrangers, y font un grand commerce de bétail, de sel, de chaux ; dans l'avenir ils pourront utiliser aussi les gisements de fer très riches de la contrée. En 1876, lorsque la garnison brésilienne évacua la cité d'Asun- cion pour se replier sur Corumbä, des fournisseurs et serviteurs para- guayens émigrèrent par bandes avec la troupe et doublèrent du coup la population de la ville; en outre, nombre de jeunes Paraguayennes s'em- pressent de saisir toutes les occasions favorables pour aller à Corumb, les chances de mariage y étant beaucoup plus nombreuses que dans le Paraguay même, où le sexe féminin présente un excédent considérable !, Les immigrants européens connaissent aussi la route de Corumbä, et les Boliviens de Santa Cruz de la Sierra y expédient quelques denrées à lravers les solitudes,. Les rivières Taquary et Miranda, qui se déversent dans le Paraguay, la première en amont, la seconde en aval d’Albuquerque, ont chacune de pelites colonies destinées à devenir un jour des villes populeuses. Les campagnes du Taquary ont pour chef-lieu Hereulaneo, plus connue sous le nom de Coxim, d'après la rivière de ee nom. Sur le Miranda, qui tru- verse une région moins déserte, deux villes se sont fondées, Nioac ou Levergera et Miranda. Cette dermière existe depuis 1778. Nioac et les postes situés sur les bords du Paraguay en aval du confluent furent 1 Karl von Steinen, Durch Central Brasilien. IX. 6 442 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, occupés par les soldats de Lopez pendant la guerre. Coimbra, sur une haute terrasse de la rive droite du fleuve, à l'issue d’une des routes les plus faciles qui se dirigent vers la Bolivie, fut la position le plus vivement disputée. À 2 kilomètres au nord, dans les roches de conglo- mérat qui forment le massif insulaire de Coimbra, s'ouvre une « grotte d'Enfer », aux vastes salles réunies par d'étroites galeries. Du fort Olimpo — Borbon sous le régime espagnol, — qu'indiquent encore toutes les cartes, il ne reste qu'une ruine sur le flanc d'une colline basse; depuis la guerre du Paraguay on n’y entretient plus de garnison. Les deux petits massifs qui, plus bas, se font face des deux côtés du fleuve, à l’est le Päo de Assucar, à l’ouest le Fecho dos Morros ou le « Verrou des Mornes », sont également sans ouvrages militaires, quoi- qu'une commission d'ingénieurs ait dressé le plan des fortifications à construire : l'insalubrité de la contrée à fait renoncer provisoirement à ce projet. D’après les indications de la carte, le Fecho dos Morros devrait appartenir à la Bolivie; mais les diplomates brésiliens, ne pou- vant laisser à d’autres un poste stratégique de cette importance, ont décidé que ces collines de la rive occidentale appartiennent au Brésil, puisque le fleuve, débordant dans ses inondations périodiques, en fait une île et les rejette ainsi vers l'est!, X MATÉRIEL ET SOCIAL DE LA POPULATION BRÉSILIENNE. ÉTAT Quoiqu'il ait été jusqu'à présent napossible de dresser une stalis- tique à peu près exaete de la population brésilienne, on sait par des caleuls approximatifs que le nombre des habitants n'a cessé de s'aceroître en des proportions très rapides. Vers 1780, les Brésiliens, alors sujets du Por- tugal, formaient un ensemble de deux millions d'hommes, et depuis cette époque, en un siècle et quelques années, le chiffre s’est au moins septuplé: peut-être même a-t-il octuplé. Le doublement numérique de la nation se ferait dans l'espace de vingt-huit à trente années. Si le progrès continue avec la même vitesse, — et l'immigration aidant, le mouvement ne pei! 1 Villes du Matto Grosso, avec leur population approximative : Cuyabä . . . , . . . . . . 48000 hab. | Sant'Antonio, . . . . . . . 4000 hab. Corumbä et Ladario . . . . . 7000 » Rosario. . . Vi PEAU 3000 » Säo Luiz de Câceres.. . , , ., 4500 » Matto Grosso . . , . . . . . 1 400 » Diamantino . . . . 1 000 hab. pro dits (l 1 Nilva, 5 4, sur une des routes on le plus de conglo- ne « grotte s. Du fort ent encore ne colline » garnison. x côtés du rros ou le ires, quoi- ifications à isoirement dos Morros s, ne pou- ‘tance, ont au Brésil, es, en fail ine slalis- des calculs bitre en des ts du Por- epuis cette s septuplé; a nation se »s continue nt ne peu! 4000 hab. 5000 » 1400 » COIMBRA, POPULATION DU BRÉSIL. 445 manquer de s'accroitre, — le Brésil comprendra autant de citoyens que la France bien avant le milieu du vingtième siècle". Aucune tentative d'énumération ne peut réussir complètement au Brésil, Une grande partie de la population se méfie de tous interrogatoires et les recenseurs n'ont aucun moyen d'action pour forcer les citoyens à inscrire ou laisser inscrire leurs noms et ceux de leurs proches, La der- nière opération de cens, qui devait avoir lieu en 1890 et qui n'a été faite que deux années plus tard ou même négligée en certains États, comprenait un long questionnaire où se trouvaient des colonnes relatives aux « défauts physiques » et à l'état de fortune; aussi les principaux personnages, des législateurs même, donnèrent-ils l'exemple d'un refus de réponse. Par- tout les nornbres signalés par les recenseurs ont été moindres que les chiffres réels. À Bahia, le chef de la statistique évalue à plus d’un hui- tième l'écart de proportion entre la statistique officielle et la réalité. Des paroisses entières ont échappé au recensement : dans le seul État de Rio de Janeiro, un tiers des habitants aurait été oublié”, On procéda à une nouvelle énumération à la fin de l’année 1890, mais les résultats en furent sans doute très incertains, puisqu'on négligea même d'en instruire le public; enfin en 1892, M. Favilla Nunes fut chargé de la direction d'un troisième recensement, auquel six districts se refusèrent malgré tous ses efforts. Tandis que la population recensée dépassait quelque peu 1050 000 individus, elle devait être d’après lui d'au moins 1400 000, résultat considéré également comme fort douteux par d’autres statisticiens. Quoi qu’il en soit, de très grosses erreurs ont certainement eu lieu dans le cens de ces États côtiers, où le contrôle serait pourtant beaucoup plus facile que dans les régions de l'intérieur; à quels résultats s'attendre en des districts où tels employés chargés de l'opération ne savent pas même lire ni écrire? En mainte occasion, les statisticiens qui étudient une province préfèrent évaluer la population plutôt que d'accepter les chiffres dits officiels, mais évidemment erronés. Colonisé par des habitants d’origine européenne et africaine, de beau- ‘ Population du Brésil estimée ou recensée : 4776, . . . . . . 4 900 000 habitants. 1819. . . . . . . 3617 000 ) (recensement). POP rer. + 9 930 000 ) ) 1883. . . . . . . 12 600 000 ) 1893. . . . . . . 15 750 000 » 2 Favilla Nunes, Populaçào, territorio e representaçgäo nacional do Brazil; — À, À. Ferreira da Silva, Estudos de demographia sanitaria. 5 J, P, Favilla Nunes, Recenseamento do Estado do Rio de Janeiro. A4 NOUVELLE GÉOGRAPITIE UNIVERSELLE, coup supérieurs en nombre aux indigènes américains, le Brésil est très inégalement peuplé : les immigrants ont dà se grouper sur le littoral, autour des ports, qui forment autant de centres d'attraction; mais dans ce peuplement de la zone côtière on constate que les blanes se sont dirigés surtout vers les régions du sud, dont le climat correspond à celui de leur pays d'origine, et que les noirs, introduits pourtant comme esclaves, ont été importés en grande majorité dans les contrées chaudes à tempé- rature africaine. Quant au monde amazonien, le pays brésilien le plus rapproché de l'Europe, mais aussi le plus différent par sa nature, il reste, pour ainsi dire, en dehors du cercle de la colonisation. La densité kilo- métrique des habitants varie singulièrement suivant les régions : tandis que dans certains quartiers urbains, la population se presse comme dans les cités européennes, plus d'une moitié du territoire n'a pas même un habitant par 10 kilomètres carrés. Pris dans son ensemble, le Brésil est encore 96 fois moins peuplé que la France, 109 fois moins que la Belgique. Des statisticiens essayent encore de classer les habitants du Brésil par aces et sous-races, blancs, noirs, rouges et jaunes, suivant leurs diverses colorations. Ainsi, d'après le cens provincial de Säo Paulo, en 1886, il y aurait eu, sur 1000 Paulistes, 677 blancs, 155 pardos ou gens de couleur, 104 pretos ou noirs, 84 caboclos ou fils d’Indiens. Mais si le cens propre- ment dit ne saurait être obtenu avec quelque approximation, à bien plus forte raison ne saurait-on indiquer d’une manière précise la part des croisements qui se sont opérés : c’est ainsi que dans le Matto Grosso et les autres provinces de l’intérieur on distingue entre « blancs » et « blancs » : les uns, les Portugais, sont les brancos verdadeiros, les « vrais blancs » ; les autres les brancos da terra, les « blanes natifs! ». Un fait certain est que la population blanche ou tenue pour telle doit s’accroitre sans cesse, puisque l'immigration introduit constamment des éléments euro- péens dans les familles brésiliennes; beaucoup d’immigrants portugais et italiens se marient avec des négresses. On a pu douter longtemps que des gens immigrés d'Europe réussissent à s'acclimater au Brésil. L'expérience a prononcé d’une manière évidente dans les provinces méridionales, de Säo Paulo à Rio Grande do Sul, ainsi que sur les hautes terres de Minas Geraes. Même les immigrants venus du nord de l'Europe prospèrent matériellement dans leur patrie nouvelle mieux que dans leur patrie d'origine. On y a vu des femmes 4 Francis de Castelnau, ouvrage cité. il est très e littoral, mais dans ont dirigés lui de leur * esclaves, s à tempé- en le plus e, il reste, nsité kilo- is : tandis mme dans pas même », le Brésil ins que la Brésil par rs diverses 1886, il y le couleur, ns propre- bien plus à part des osso et les blancs » : blancs » ; uit certain roître sans ents euro- ortugais el réussissent e évidente e do Sul, mmigrants ur patrie ss femmes POPULATION DU BRÉSIL. A4 reprendre une seconde jeunesse, et la natalité dépasser trois, quatre, cinq et même six fois la mortalité annuelle', La migration en masse de colons européens dans les provinces tropicales est au contraire accompagnée de dangers; cependant la proportion des blanes purs qui se sont perpétués N° 103, — DENSITÉ DE LA POPULATION AU BRÉSIL. Ouest de Greenwich C Perron Habitants par kilomètre carré , moinsdun delà5 de5àl0 del0à50 deS0etau delà Chaque carré mprésente une population de 10.000 hab*® $ e Villes de plus de 100.000 habts 1 : 45 000000 k pu | 2000 kil. 0 dans les États amazoniens prouve que là aussi la race peut s'acclimater. Les régions du littoral, de Maranhäo à Bahia, sont peuplées de quatre millions d'hommes, sur lesquels plus d'un million appartiennent à la race blanche, sans évidence de métissage. Ces blancs sont venus des Açores, de la Galice, des bords du Minho et du Douro. Des Basques, des 1 {lermann von lhering, Rio Grande do Sul. NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, M6 Espagnols, des Provençaux s'acelimatent également et leurs qualités d'élé- gance, de force et d'agilité se retrouvent chez leurs descendants', Les régions les plus saines paraissent être les plateaux de Bahia et des Minas, les campos de Paranä et les campagnes élevées du Rio Grande do Sul. Le bourg de Santa Anna de Contendas, dans les sertôes qui dominent à l'orient le rio San Francisco, en aval du confluent du rio das Velhas, est un lieu devenu fameux au Brésil par l'excellence du elimat et l'accroisse- ment rapide des familles. Sans immigration, le nombre des familles à rapidement décuplé, puis centuplé dans le district, depuis la fin du siècle dernier. Les aïeules pouvant réunir autour de leur table des cen- taines de descendants n'y sont pas rares : dans certaines années on ne comptait que deux morts pour quarante naissances. On sait que les Européens nouvellement débarqués dans les villes du littoral brésilien craignent surtout la fièvre jaune, et avec raison, Depuis la fin du dix-septième siècle, ce fléau n'avait pas ravagé le Brésil, lorsque, au milieu du siècle, plusieurs de ces épidémies ont sévi d’une manière terrible dans les villes de la côte, notamment à Rio de Janeiro et à Santos. Mais à une certaine élevation au-dessus du niveau de la mer la fièvre jaune n’a plus de prise sur l'organisme, les nouveaux venus sont parfaite- ment à l'abri quand ils vont s'établir à huit ou neuf cents mètres d'alti- tude, derrière l'écran formé par la saillie de la serra do Mar. De même, les plateaux de Minas Geraes, du Goyaz n’ont point à redouter les visites de la terrible fièvre, dont une école médicale de Rio dit avoir découvert le microbe et pratique le traitement depuis une dizaine d'années. Le choléra, qui s'acharne sur les nègres, ne se laisse pas arrêter, comme la fièvre jaune, par des limites de hauteur ou de climat : il va chercher ses victimes sur les hauts plateaux aussi bien que dans la plaine, et quoique en général il suive surtout les routes fréquentées et s'attaque aux habi- tants des grandes villes, il n’est guère de bourgades, si écartées qu’elles soient, qui échappent à ses ravages. Les visites du choléra sont heureu- sement peu fréquentes, et les hygiénistes ont acquis quelque habileté à le combattre : ce fléau fait certainement beaucoup moins de victimes au Brésil que la phtisie et le beriberi. Dans les provinces de l’intérieur, le goitre est commun; sur le littoral, on constate des cas nombreux d'élé- phantiasis et d’autres maladies analogues. On peut dire d’une manière générale que, sauf dans certaines villes de la côte, les blancs, même 1 II. Coudreau, Notes manuscrites. 2 Spix und Martius, Auguste de Saint-Hilaire, ouvrages cités. is d'élé- s', Les s Minas, Sul. Le dinent à has, est :Cr'oisse- milles a | fin du les cen- es on ne illes du . Depuis lorsque, manière , Santos. la fièvre parfaite- es d'alti- e même, es visites écouver!t ées. Le pmme la cher ses quoique x habi- qu'elles heureu- bileté à mes au ieur, le k d’élé- anière même DÉMOGRAPHIE BRÉSILIENNE, 447 immigrés d'Europe, sont moins souvent malades et ont une vie moyenne plus longue que les Indiens et les noirs. Les blessures et les amputations se guérissent bien plus facilement sous ces climats que dans l'Europe occidentale. Comparé aux hôpitaux de Paris, celui de Pernambuco, où d'ailleurs la plupart des malades vivent comme en plein air, paraît aux médecins un lieu de guérisons miraculeuses. L'importance de l'immigration européenne varie suivant les années; mais elle est devenue, depuis le milieu du siècle, assez considérable pour influer d'une manière sensible sur l'accroissement de la popu- lation brésilienne : en 1891, le nombre des immigrants égala peut-être le croit naturel provenant de l'excédent des naissances sur les morts. Avant la proclamation de l'indépendance, les Portugais seuls avaient l'au- torisation, d’ailleurs restreinte par des règlements de toute espèce, d'im- migrer dans la partie du Nouveau Monde qui appartenait à leur souverain. Les étrangers qui se domiciliaient au Brésil devaient tous au hasard ou à la faveur leur permission de séjour : c'étaient des naufragés, des marins, des prisonniers, surtout des soldats mercenaires qu'il eût été difficile de apatrier et auxquels on donnait des terres. Cependant le gouvernement portugais introduisit aussi directement des « insulaires », c'est-à-dire des Agçoriens, lorsque les colons lui manquaient au Brésil mème, pour occuper des districts ayant une certaine importance stratégique. La colonisation proprement dite commença en 1820, lorsque le roi Joûo VI établit des paysans suisses catholiques dans les terres de Nova Friburgo. Quatre années après se fondait, dans le Rio Grande do Sul, la colonie allemande de Säo Leopoldo, qui devint le noyau de plusieurs autres communautés du mème genre et qui est encore au Brésil le centre le plus important de la colonisation étrangère. Des colonies privées s’ajou- tèrent à celles qui s'étaient formées sous les auspices directs du gouver- nement, et nombre de grands propriétaires, que l'abolition de la traite empêèchait de recruter leurs ateliers et qui prévoyaient l'abolition prochaine de l'esclavage, songèrent à substituer des ouvriers libres aux noirs de leurs plantations. Mais, trop souvent, ils ne se souciaient que de remplacer des esclaves par d’autres esclaves, et plusieurs de ces colonies prétendues « libres », surtout celles qu'on fonda au bord des rivières marécageuses, dans les terres brûlantes du Bahia méridional et d’Espirito Santo, abou- lient à une misérable fin : les colons succombèrent par centaines et par milliers. On peut dire d’une manière générale que les essais de colo- nisation réussirent dans la proportion exacte de la liberté laissée aux nouveaux venus; les colonies prospérèrent là où l'étranger devenait le IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT-3) ML :2e “ne Des 6e ILS IS és Hé Photographic 23 WEST MAIN STREET SCIENCes ns” Corporation 448 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. possesseur incontesté d’un lot de terrain bien à lui; elles cessaient bientôt d'exister là où les laboureurs n'étaient pas leurs propres maîtres. Quant aux Portugais, qui, jusque vers 1870, constituèrent à peu près les deux tiers de l'immigration, ils arrivaient de leur propre initiative, soit isolés, soit en familles, et, sans préjugé pour le choix du travail, cherchaient une besogne quelconque sans s'adresser au gouvernement, aux grandes compagnies financières ou à quelque syndicat de planteurs; aussi réus- sissaient-ils presque tous : surveillants d'esclaves, artisans, portefaix, revendeurs, marchands en gros, ils avaient dans l’ensemble de l’activité brésilienne une part proportionnelle bien supérieure à celle des autres colons et nombre d’entre eux revenaient dans la Terrinha ou « petite terre » d'Europe se construire des palais fastueux sur l'emplacement de la chaumière paternelle". La statistique de l'immigration, plus défectueuse encore que le recen- sement général, n’énumère comme immigrants que les passagers de troisième classe débarqués par les navires, et cette énumération ne se fait pas dans tous les ports; on ne tient pas compte non plus du mouvement des départs. Les chiffres publiés n’ont done qu'une valeur très relative, mais ils suffisent à montrer le rapide accroissement des arrivées. Pendant les vingt années qui suivirent le milieu du siècle, on comptait une moyenne de 7 à 10000 immigrants par an. Le nombre en doubla dans les dix années suivantes, puis il quintupla; il décupla pendant la der- nière décade : en l’année 1891, près de 219 000 colons européens prirent pied dans les trois ports de Rio, de Santos, de Desterro; et Victoria, Bahia, Pernambuco, Parä reçurent aussi leur part de travailleurs*. Dans celte immigration en masse, le premier rang de beaucoup appartient aux Italiens : ils arrivèrent plus de 100 000 en 1892 et dans tout le Brésil ils sont au nombre d'au moins 600000, sans compter leur descendance” : la colonie qu’ils constituent dans ce pays dépasse en force celle qu'ils ont fondée en Argentine et aux États-Unis. Ils l’emportent de plus du double, peut-être même du tiers, sur les résidents allemands et de race ger- manique concentrés dans le Rio Grande do Sul et dans l'État de Santa 1 Onésime Reclus, Nouvelles Géographiques, 4 novembre 1893. 2 Nombre officiel des immigrants de 1804 à 1892 : 1 327 021. Première période : de 1808 à 1854 : 140 000, soit 3 000 par an. Deuxième période : de 1855 à 1885 : 498 115, soit 16 066 par an. Troisième période : de 1886 à 1892 : 688 906, soit 98 415 par an. (Onésime Reclus, mémoire cité.) 3 Colonie italienne du Brésil au 1° janvier 1893 : 554 000. (Bodio, Annuaria Statistica Italiana, 1895.) nt bientôt ‘es. Quant s les deux oit isolés, serchaient x grandes ussi réus- portefaix, : l’activité des autres _« petite nent de la le recen- sagers de ne se fait ouvement s relative, arrivées. iptait une bla dans it la der- is prirent Victoria, rs'. Dans tient aux Brésil ils nce* : la ju'ils ont double, race ger- de Santa IMMIGRATION. 449 Catharina : on compte actuellement parmi les débarqués dix Jaliens pour un Allemand. Les Espagnols, qui naguère n'émigraient point, arrivent maintenant fort nombreux; les Polonais, souvent désignés comme Alle- mands, parce qu’ils sont pour la plupart natifs de la province de Pozna- N° 108. — COLONIES PRINCIPALES D'IMMIGRANTS AU BRÉSIL. = Ouest de Paris Allemands Saves 4 : 45 000 060 0 2000 kil. nie', fournissent un nouvel élément, auquel se mêlent des Lithuaniens et des Russes; enfin des Orientaux, généralement désignés sous le nom de « Turcs », mais en réalité Syriens maronites, débarquent à Rio. Toutefois il faut dire que la plus forte part de cette immigration n'est pas spontanée, et si l’on ne devait compter comme vrais immi- ! Josef Siemiradski, Notes manuscrites. xIX. 57 450 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. grants que les gens partis de leur plein gré, sans aucune sollicitation de la part d'agents intéressés, le premier rang continuerait d'appartenir à l'élément ibérique : Espagnols, Portugais, Galiciens. De 1847 à 1875, le gouvernement impérial avait conclu 35 contrats avec des colonies d'immi- gration, d'après lesquels un demi-million de travailleurs auraient dà être introduits dans le pays, et dépensa à cet effet plus de 140 millions de franes, dont plus des deux tiers donnés certainement en pure perte : des 148 groupes coloniaux fondés pendant cette période, il n'en subsiste qu'une cinquantaine; les autres se sont dispersés. Depuis, l'immigration suit une méthode plus régulière et plus sûre. Le recrutement des colons italiens, russes et polonais’ se fait par les soins du gouvernement central, et, dans une moindre mesure, grâce aux fonds votés par les États de Sûo ’aulo et de Minas, les plus intéressés, dans la personne des grands pro- priétaires, à se procurer la « main-d'œuvre » en abondance”. Les immi- grants qui acceptent Îles propositions des embaucheurs voyagent gri- tuitement ou à prix réduits et, débarqués à Rio ou à Santos, reçoivent l'hospitalité en un caravansérail où se tient la « foire » aux terrassiers et cultivateurs*. On ne compte pas comme immigrants les travailleurs euro- péens refluant de l'Argentine, L'étendue des terrains cultivés ne représente qu'une part très minime de la surface. Dans maintes parties du Brésil, le moindre défrichement 1 Nationalité des 191 151 immigrants débarqués à Rio en 1891 : Italiens, . . . . . . % ... « 116000 ! Scandinaves, . . . . . . . . .…. 1 847 PONT enr ere er ROUE) MADMOIRS 6 5 more ec 1 953 Espagnols, . . . . . . . . . . . 18668 | Français. , . . . . . . . .. { 509 Polonais et Russes. . . , . . . , 11598 | « Tures ».. . . . ENTER 863 AUGMANOS 0 ER Lin, : 20 OM 0 CURE PR EE HYE) Autrichiens... . , . . . . . . DK LEE EATE ELEC ErR 198 AU E mme io 459 Distribution des immigrants dans les divers États : Süo Paulo... . . . . . . . . . 117396 |! Santa Catharina, . , . . . . . , . 499% Rio de Janeiro et municipe . . . . 19686 | Espirito Santo, . . . . . , , . . , 1909 Rio Grande do Sul, , , , , , , . 17742 | Parâ, . . , , ., , ,., , ,,, 951 PAPAS Lee ce 6 ee ue 0 10782 | Amazones, , . , . . . , , , .. 296 Autres, , , . . , ; AT 900 % Immigrants entrés à Säo Paulo en 1891 : 86 654. Introduits par le gouvernement général, . . . . 83237 » 1] de Säo Paulo, . . 563 Venus spontanément, , 4... . . . 2 954 5 Immigrants reçus dans l'hospedaria de Säo Paulo de 1881 à 1894 : 330 303. * sollicitation d'appartenir #7 à 1875, le onies d'immi- aient dû être O millions de re perte : des n'en subsiste l'immigration nt des colons ment central, États de Sûo s grands pro- *,. Les immi- oyagent gra- os, reçoivent terrassiers el ulleurs euro- très minime léfrichement 4992 1 909 9251 226 BAIE DE Rio. ñ pal em C1 n … a < = n"n 7. . a n = z - zx = n a C] He 2 a L.] pe) n n e em * CI “a Dessin de A. Slom, d'après une photographie. UE ‘ IMMIGRATION, AGRICULTURE. 455 attire l'attention, tant on est habitué à voir des deux côtés du sentier les forèts succéder aux forèts, ou les landes aux landes, Il serait d'ailleurs extrèmement difficile de tenter une statistique des cultures, car le laboureur brésilien est à demi nomade. Le sol ne manque pas et dès qu'une terre lui parait épuisée, dès que les récoltes s'appauvrissent, il abandonne son champ pour s'en tailler un autre dans la forêt, Dans ce pays si fécond, la chaleur et l'humidité suffisent pour revêtir d'une belle végétation les sols naturellement les plus ingrats; la roche même, en se décomposant, se recouvre de terre végétale; des pierres, qui dans les contrées de l'Europe n'auraient pour toute parure que le tapis gris ou jaunâtre des mousses, sont ici cachées par la ramure enguirlandée des forêts vierges. L’agriculteur dédaigne tous les terrains qui ne lui semblent pas excellents et, s'atta- quant à la plus belle forêt de gayac, de bois de fer ou de palissandre, l'abattra sans regrets et livrera les bois morts à l'incendie pour y planter ses haricots ou son maïs. L'appauvrissement de la terre, cause de nou- veaux défrichements, se révèle par l'envahissement de certaines plantes : telle, dans la province de Säo Paulo, le polypodium incanum, dit samam- baia. Dans la partie méridionale des Minas et dans les provinces du sud, la « plante de la graisse », capim gordura où melado (tristegis glutinosa ou panicum melinis), ainsi nommée de ses feuilles gluantes, suit partout le cultivateur et s'empare aussitôt des abords de son habitation et des champs qu'il laisse en friche'. On reconnaît de loin les terres fatiguées à la vue des gordurâes ou capinzäes, nappes blanchâtres et onduleuses de la graminée envahissante. Parfois la forêt repousse immédiatement à la place de celle qu'on avait détruite; mais cette forèt nouvelle diffère com- plètement par son aspect de la selve primitive, et nul Brésilien accoutumé à la vie en pleine nature ne saurait s’y tromper. Les bois nouveaux ont un branchage moins entremélé de lianes, mais tous les intervalles entre les troncs sont obstrués de broussailles épineuses; moins beaux, moins solennels, sans fûts majestueux ni coupoles de verdure, ils sont plus gais, grâce à l’étonnante variété de leurs fleurs éclatantes et de leurs fruits multicolores. Mais ces capoeiras ou forêts de seconde croissance finissent par ressembler aux grands bois primitifs, et leur bel éclat de jeunesse disparaît avec l'âge”. L'agriculture courante, en dehors des grands domaines utilisés pour les plantes industrielles, est un travail tout rudimentaire, imité des + Auguste de Saint-Hilaire, Voyage dans le district des Diamants. * Richard Burton, The Highlands of Brazil. 454 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE: anciens Tupi; il faut y voir le pillage du sol plutôt qu'une industrie régulière. On peut juger de la culture dans le Grand Ouest par ce fait que tel paysan des bords du Paranapanema porte au marché cinquante tètes de palmistes, détruisant ainsi cinquante arbres". Cependant chaque cultivateur obtient en abondance, par la simple routine des travaux agri- voles, les denrées nécessaires à son alimentation, le manioc, les haricots noirs, le riz, le maïs, les bananes, les patates, les ignames. Le plat fon- damental des tables brésiliennes, la feijoada, peu différente de la nour- riture habituelle des Portugais continentaux, comprend les trois premiers ingrédients, auxquels on ajoute ordinairement de la viande sèche, carne secca, importée du Rio Grande do Sul ou des régions platéennes. On sait, depuis Humboldt, l'énorme quantité de substance alimentaire que produit une bananeraie de peu d’étendue : un hectare, comprenant 520 pieds, à 2 régimes par pied, donne en moyenne plus de 58 tonnes de bananes”. Le gibier, abondant encore dans les premières années de ce sièele, et sans lequel on ne pouvait s'expliquer les expéditions des mamelucos à travers tout le continent, à beaucoup diminué, Après la culture des vivres, naturellement la plus importante et don- nant lieu au commerce intérieur le plus actif, le produit par excellence du Brésil est le café, Le premier cafier, provenant de Cayenne, fut intro- duit à Belem de Parä en 1727 et de là se propagea dans la colonie portu- gaise; mais pendant un siècle cette culture n'eut aucune valeur écono- mique. On dit qu'en 1800 la production totale ne dépassa pas 750 kilo- grammes : elle ne prit une réelle importance que lorsque le pays eut reconquis son autonomie; mais alors les progrès furent tels, que, malgré les crises financières et les révolutions, malgré les maladies de la plante, le Brésil l'emporta sur Java et sur tous les autres pays producteurs, et fournit maintenant au monde plus d’une moitié de sa consommation. On peut cultiver le cafier dans toutes les provinces, sauf sur quelques pla- leaux trop froids, — les terrains dits de Noruega ou de « Norvège® », — et dans les endroits non abrités du Rio Grande do Sul. Cependant l'aire de grande culture se limite aux régions qui ont Rio de Janeiro pour centre, d'Espirito Santo au Paranä. L'État de Rio de Janeiro était naguère le principal producteur, et la récolte s'expédie encore pour une moitié par le port de Rio; mais actuellement l’État où se trouvent les plus vastes plantations, produisant les baies de café en plus grande abondance et ! Valle du rio Paranapanema, Bolletim da Commissäo Geographica de Sao Paulo, 1890. 3 Jornal do Comercio, 24 de setembro de 1893. 3: 5 À, de Taunay, Notes manuscriles, e industrie L'par ce fait ÿ cinquante ant chaque l'AVaUX agri- les haricots € plat fon- de la nour- is premiers vche, carne es, On sait, que produit 20 pieds, à * bananes”. cle, et sans ps à travers nte et don- excellence , fut intro- mie portu- eur éCono- 750 kilo- e pays eul ne, malgré la plante, icteurs, el nation. On Iques pla- ge ° Dar dant l'aire eiro pour il naguère ne moitié lus vastes ndance et ulo, 1890. AGRICULTURE, CAFÉTERIES, 4ù de meilleures qualités, est Sûo Paulo : le eafier lui a donné son éton- nante prospérité, attirant vers ses campagnes un flot grossissant d'immi- gration, Lorsque l'esclavage fut aboli, les prophètes de malheur procla- maient que tout était perdu, que le Brésil tomberait fatalement dans le même état de ruine que Saint-Domingue. Sans doute, nombre de planta- tions, surtout dans les États de Rio de Janeiro et de Minas, appartenant à des propriétaires obérés et presque toujours absents de leurs domaines, : n'ont pu surmonter l'épreuve d'un changement de régime; mais les plan- teurs de Säo Paulo s'étaient préparés à la tempête par l'introduction de travailleurs libres, et, loin de péricliter, leur richesse s'est accrue. Lorsque l'esclavage, existant encore, était déjà condamné, un grand plan- teur, le vicomte de Nova Friburgo, s’écriait tragiquement, à l'adresse de Java et autres colonies étrangères : « À vous l'avenir! tout espoir de garder nos cultures est perdu dès aujourd'hui! » Le cafier brésilien, que l’on dit le plus riche de tous en caféine, ne commence guère à produire que vers l’âge de quatre ans; à partir de six ans il donne, jusqu'à la seizième ou vingtième année, des récoltes abon- dantes, puis le rendement diminue jusqu'à 55 ou 40 ans : il faut ensuite renouveler les plantations. D'ordinaire le cafier n’a d'autre engrais que ses propres feuilles et les herbes qu’on sarele entre les rangées de plants; cependant on ne craint pas de fatiguer la terre en cultivant les billons intermédiaires en maïs, patates, haricots. On redoute fort la gelée, sur- tout dans les terrains bas, car, après un pareil désastre, les caféteries cessent presque entièrement de produire pendant deux ou trois années. Un pied ordinaire ne rend qu’un tiers de kilogramme en baies décor- tiquées; dans son livre classique", van Delden Lærne compte 750 grammes par plant, tandis que les beaux arbustes, croissant en terre fertile et traités avec soin, peuvent donner une quantité décuple et même sur des pieds extraordinaires jusqu'à 15 kilogrammes”. Au Brésil, sous le climat presque tempéré de Rio de Janeiro et de Säo Paulo, on n’a pas besoin de protéger le calier contre les ardeurs du soleil, comme au Vénézuéla et en d’autres pays tropicaux où les rameaux du cacaoyer, de l’érythrina et autres « mères » abritent la jeune plante. Le cafier du Brésil a, comme celui de Java, ses maladies parasitaires, mais elles ont été jusqu'à présent de moindre gravité. l Les cafezales considérables se complètent par un grand outillage indus- ! Brésil et Java 3 Fr. Leite Guimarñes, Notes manuscrites £1 t 1 { 41 t : 456 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, triel pour le nettoyage, la décortieation et l'ensachement du café, Non loin de l'habitation, sur des terrains en pente douce, s'étendent les séchoirs où des wagonnets versent la récolte, que l'on étale au soleil en minces couches, Des canaux, dont l'eau réglée par des vannes se ramifie en embranchements dans les aires du séchoir, reçoivent les baies; l'humidité pourrit l'enveloppe, puis les graines, entraînées de réservoir en réservoir, entrent sous les rouleaux du moulin, où la friction les débarrasse de leur pulpe. Prises dans l'engrenage de l'usine, les baies malaxées, frottées, polies, finissent par entrer dans un tambour à tamis cireulaires, où elles se classent, suivant leurs diverses formes, en « moka », « martinique », « guayra » el autres « sortes » commerciales, et retombent enfin dans les sacs ouverts, prêts pour le convoi qui attend au portail des ateliers, Dans les grandes plantations, l'espace nécessaire pour le parcours du café, depuis son entrée sur le terreiro jusqu'à la sortie de la plantation, embrasse une superficie de plusieurs hectares, avec les moulins, entre- pôts, écuries, remises de machines. Le personnel employé aux travaux agricoles et industriels du domaine comprend des centaines de familles, vivant en des villages dont l'aspect vulgaire rappelle les mauvais jours de l'esclavage. D'ordinaire sans jardinets, les maisonnettes, d’ailleurs assez propres, s'alignent sur une seule rangée ou sur deux rangs, en équerre; comme des soldats à la revue, et d'un coup d'œil l'économe peut en sur- veiller les abords. É La statistique de la production du café, dressée par des maisons d’ex- portation rivales, manque de précision et quelques données partielles en sont contradictoires. Cependant il est certain que la récolte totale a nota- blement augmenté dans les dernières années', malgré l'abolition de l'esclavage. L'accroissement des récoltes se fait presque en entier au profit des grands propriétaires : la petite culture n'a qu'une très faible part dans cette production. Dans la région des « terres rouges » de So 'aulo, on peut traverser des propriétés de dix mille et de vingt mille hectares, et telle importante station de voie ferrée n'a été fondée que pour # Production du café brésilien à diverses époques : LP RER EEE 5 085 tonnes. | 1880... . . . . . . . 330 000 tonnes. ET 1 CARTON CE 68000 » 1890. . . . . . . . . . 490000 » AS ce 109000) 1892... ...... ... 444000 » Rang du Brésil dans la production du café en 1890 : Brésil. . . . . . . . . . . 490 000 tonnes. Cuba et Puerto Rico. , . . . 35 000 tonnes. Amérique centrale et Mexique. 80000 » | Inde anglaise. . . . . . . . 30000 » Java et Sumatra., . . . . . 60000 » Afrique occidentale. . . . . 20000 » Haïti et Santo Domingo . . . 43000 » Autres . . . . . . . . . . 400000 » , Non loin échoirs où en minces ramifie en l'humidité réservoir, se de leur , frottées, s, où elles Minique », nfin dans s ateliers, rs du café, lantation, ns, entre- iX travaux : familles, S jours de purs 4886 | équerre; it en sur- sons d’ex- tielles en ile a nota- lition de entier au rès faible » de Sûo ngt mille que pour 000 tonnes. 000 » 000 » 000 tonnes. 000 » 000 » 000 » CAFÉTERIES, 47 desservir une seule plantation, Une caféterie, appartenant en un seul tenant à une compagnie financière, qui dispose d'un capital évalué à S900 contos, — 10 millions de francs au cours de 1895, — comprend, d'après le rapport ofliciel', environ six millions de pieds, et emploie 1200 personnes, presque toutes d'origine italienne, réparties en 26 vil- lages et hameaux : dans les bonnes années, les plants de la fazenda peuvent donner jusqu'à 6000 tonnes de café, Certes l'industrie du café au Brésil, et notamment dans l'État de Säo Paulo, où l'on compte plus d'un milliard dé plants, est une merveille de l'agriculture et fait l'étonnement des économistes; mais on peut se demander, sans parti pris contre le-régime de la grande propriété, S'il n'y a pas danger à sacrifier toutes les produc- tions à une seule, tant fructueuse qu'elle soit : la population, rapidement croissante, se trouverait exposée à un appauvrissement soudain si quelque phénomène économique ou un désastre naturel venait à tarir tout à coup la source de cette étonnante richesse, I fut aussi un temps où le Brésil fournissait au monde la plus grande quantité de sucre; mais depuis un siècle et demi il perdit son rang au profit des Antilles, qui l'ont gardé depuis: le distriet de Sûo Vicente, où Martim Affonso de Souza introduisit la canne de Madère dans la première moitié du seizième siècle, n'a plus qu'une culture sans importance. Actuellement l'industrie suerière est surtout représentée à Pernambuco, à Bahia et dans les provinces voisines; le district de Campos, dans l'État de Rio de Janeiro, se livre spécialement à la culture de la canne, et nulle part on ne voit d'usines mieux aménagées pour la production des casso- nades et des sucres. Malheureusement les grands planteurs brésiliens ont obtenu du gouvernement qu'il protégeât leur industrie par l'établissement d'« usines centrales » avec garantie de 7 pour 100 d'intérêt aux capitaux engagés. Comme on pouvait s’y attendre, ce sont précisément ces fabriques subventionnées, mais dirigées avec mollesse ainsi que toutes les entre- prises officielles, qui ont le moins bien réussi. Une forte proportion de la canne à sucre passe à la fabrication de la cachaga, eau-de-vie qui ne manque dans aucune maison brésilienne, mais que n'apprécient guère les étrangers ?. Le cotonnier est aussi une des cultures industrielles du Brésil, notam- ment dans le Cearä et les autres États du nord: la guerre de Sécession avait ! Companhia agricola Fazenda Dumont, Relatorio de 1892. 2 Production du sucre au Brésil, en moyenne : 200 000 tonnes, d'une valeur de 80 000 000 francs. Fau-de-vie de canne : 100 000 hectolitres, d'une valeur de 4 000 000 francs. XX, 58 CNT) NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, donné un grand élan à cette culture, qui a diminué depuis, mais qui s'ac- croit de nouveau par l'effet des lois presque prohibitives frappant les impor- tations de cotonnades étrangères. Les tabacs du Brésil sont très estimés, notamment ceux de Bahia et les fumos du Goyaz; plus des cinq sixièmes de l'exportation, qui se dirige surtout vers l'Allemagne et la France, se font par Bahia, en feuilles, réimportées ensuite sous forme de cigares ou cigarettes, On peut évaluer la produetion annuelle du tabac à 40 ou 20 000 tonnes, d'une valeur de 25 à 30 millions. Les eacaoyers prospi- rent dans l'Amazonie et sur les côtes méridionales de l'État de Bahin, notamment dans les alentours de Canavieiras, grâce aux colons étrangers qui se sont adonnés à cette culture, représentant environ 6000 tonnes par an, soit le dixième de la production mondiale du eacao. Le thé à parfaitement réussi sur les plateaux de Säo Paulo et de Minas Geraes, et cependant on ne le voit plus guère dans les jardins, cette plante n'ayant pu soutenir la concurrence avec les produits similaires de la Chine et de l'Inde; ce que l'on appelle «thé du Brésil » est le maté, provenant de la province de Paranä, qui en expédie, année moyenne, 14000 tonnes pour une valeur de 8 millions de francs : la Belgique fait les principaux achat: L'oranger, dont le Brésil possède de nombreuses variétés, et de si exquises, pousse à son gré sans qu'on s'occupe de le tailler ou de le greffer, et l'on expédie «en vrac » les oranges pour la Plata sans aucune manu- lention soigneuse : seule, la province de Santa Catharina s’adonne à la fabrication des vins d'orange. La vigne paraît avoir un plus grand avenir, surtout dans le Minas Geraes, où les cépages américains croissent admira- blement'. Quelques viticulteurs ont déjà obtenu des vins fort estimés, qu'ils comparent aux « tokai », aux « champagnes », aux « bordeaux ». Dans le Säo Paulo, où cette industrie a pris domicile, il faut paver le sol autour des ceps pour empêcher le rayonnement trop rapide pendant les nuits. La première vendange ne se fait qu'à la cinquième année; mais, si élevés que soient les frais, ils sont largement compensés par la valeur de pro- duits payés jusqu'à dix fois le prix qu'on leur attribuerait en France. D'autres cultures d'origine européenne, celle du froment par exemple, n'ont guère pour les agronomes brésiliens qu'un intérêt de curiosité, sauf dans le Rio Grande do Sul; mais, dans ce pays même, la « rouille » attaque le froment, qu'on abandonne de plus en plus pour l'élève du bétail, Quant au riz, qui est absolument indispensable aux Brésiliens, puisqu'il entre dans leur alimentation journalière, et qu’il serait si facile ! Production du vin dans le Minas Geraes, en 1892 : 9450 hectolitres, is qui s'ac- it les impor- rès estimés, nq sixièmes France, se e de cigares bac à 40 ou ers prospi- it de Bahia, ns étrangers 3000 tonnes o. Le thé à s Geraes, et inte n'ayant Chine et de enant de la tonnes pour Aux achat:. si exquises, * grefler, et une manu- adonne à ln and avenir, ent admira- limés, qu'ils », Dans le sol autour t les nuits. s, si élevés ur de pro- rance, kr exemple, curiosité, « rouille » l'élève du Brésiliens, ait si facile VURICULTURE BRÉSILIENNE, sou de cultiver dans tous les terrains bas, on l'importe presque en entier de l'Indo-Chine anglaise, La fourmi, qui naguère rendait toute culture impos- sible en certains districts et qu'on avait surnommée le « roi du Brésil », n'est plus à redouter : des « formicides » introduits dans les fourmilières en empoisonnent les habitants; on voit la fumée de l'explosion jaillir de N° 106, — PRINCIPALES PRODUCTIONS FORESTIÈRES OÙ AGRICOLES DU RRÉSIL. É | = E—— EE — —— _—__— =— —— as 2000 kil. loutes les fissures du sol. Pour se débarrasser des rats, nombre de jardi- niers et cultivateurs ont à leur service un serpent giboia, petit boa de 3 à 4 mètres de long, qui dort tuute la journée et chasse la nuit. Très attaché à sa demeure, le giboia s'échappe pour la retrouver quand on le transporte ailleurs. Pays de grandes forêts, le Brésil a toujours une importance capitale A6U NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, comme pays de cueillette. Pour l'exportation du caoutchouc aussi bien que pour celle du café, il a pris le premier rang : comme entrepôt de la borracha — nom donné au caoutchouc — la ville de Parä possède le monopole‘; la même place expédie presque seule les « noix » ou « chà- taignes » du Brésil, fruits du berthollelia, destinées surtout au marché de Pétersbourg. L'Amazonie exporte aussi les fèves de guaranä, presque idis- pensables aux habitants du Matto Grosso, et vend en quantité les drogues médicinales, tandis que Cearä et les côtes voisines jusqu’au Sergipe four- nissent la cire du carnaüba, palmier qui, outre du vin, donne une gomme semblable au sagou, une moelle qui remplace le liège, des fruits comes- tibles, des feuilles dont les fibres servent à faire des tissus : la cire qui recouvre les feuilles sous forme de poudre glutineuse et que l’on extrait au moyen du feu, s’exporte en Europe, où on l’emploie à divers usages, notamment à la coloration du papier, à la fabrication de bougies et de vernis”. Les fibres du palmier piassava (atalea funifera) où « jone noir » de l’Amazonie, de Bahia et d'Espirito Santo sont achetées par l'Angleterre pour la fabrication des balais et des brosses. Le chinchona a été depuis plusieurs années introduit dans les montagnes de Therezopolis, mais ne donne pas encore lieu à une production d'importance économique. Enfin, tous les États du littoral sont riches en bois d’ébénisterie, de construc- tion, de teinture, qu’on utilise dans l’industrie : c’est à un arbre, l'echi- nata cæsalpinia, que le Brésil doit son nom. Un autre, le jacaranda, à la fibre si belle, qu'on l'appelle le « bois saint », palo santo, — en français « palissandre ». Pour le bétail, chevaux et bêtes à cornes, le Brésil reste inférieur à !a République Argentine, quoique, sur les plateaux du centre et dans les campos du Sud, il possède des terrains de pâture en superficie presque égale. Un de ces États, le Rio Grande do Sul, poursuit l'élève avec la même activité que les contrées platéennes et fournit à Rio et aux autres villes de la région tropicale de petites mules infatigables à la course et d’une merveilleuse force d'endurance. Le Goyaz, le Matto Grosso, le Minas envoient au littoral leurs boiadas ou troupeaux de bœufs, cheminant par courtes’ étapes et paissant dans la brousse, des deux côtés de la piste t Production du caoutchouc : LRO E muse ant A RO le 400 tonnes. AOL an sr ter DU) AS Ne ner te CO) De 1839 à 1891 : 269 206 tonnes, d'une valeur de 1 440 000 000 francs. 3 À, Baguet, Bulletin de la Société de Géographie d'Anvers, 1886-87, aussi bien repôt de la possède le » OU « chà- 1 marché de esque indis- les drogues ergipe four- une gomme uits comes- la cire qui l'on extrait ers usages, ugies et de jonc noir » l'Angleterre été depuis is, mais ne que. Enfin, e construc- bre, l'echi- icaranda, à no, — en érieur à la t dans les ie presque ve avec la aux autres à course el , le Minas inant par e la piste PALMIERS CARNAÜBA. Gravure de Bocher, d’après une photographie. AGRICULTURE BRÉSILIENNE. 463 accoutumée. Dans les régions centrales du Brésil ces animaux appartien- nent à deux races très différentes et reconnaissables surtout par la dimension des cornes; elles peuvent atteindre jusqu'à deux mètres d'en- vergure chez les bœufs de Minas Geraes'. La vache de Jersey, le zébu de l’Inde et d’autres animaux contribuent maintenant à l'ennoblissement de la race. Sur les côtes équatoriales, le Cearä, le Piauhy ont aussi leurs troupeaux de chevaux, de bœufs et de moutons, mais les ont souvent perdus presque en entier à la suite de sécheresses prolongées. Dans l'État de Minas Geraes l’industrie fromagère a pris la plus forte activité : sur toutes les tables on trouve du fromage de Minas. Les traditions de l’ancien Brésil monarchique se sont perpétuées pour la division du sol. Les rois avaient d’abord partagé la terre en grands fiefs ou capitaineries, et plus tard, quand la propriété directe de toute la contrée revint au pouvoir royal, celui-ci distribua les propriétés conformément à son caprice, en concédant des sesmarias ou « parcelles », généralement fort étendues : la nation ne possède que très peu de terres libres, tandis qu'un petit nombre de seigneurs détiennent d'immenses étendues dont ils ne connaissent pas même les limites. Certains domaines, même dans les campagnes où se presse la population, occupent des lieues carrées de sur- face, et les propriétaires, qui ne peuvent trouver les bras nécessaires pour exploiter ces vastes territoires, se plaignent toujours du manque de « main-d'œuvre ». Peut-être le travail se ferait-il mieux si ces régions fécondes, détenues par un seul, étaient réparties entre les matutos ou petits cultivateurs. Après l'abolition de l'esclavage, lorsque les planteurs virent s'enfuir presque tous les nègres de leurs ateliers, ils accusaient de paresse ces esclaves d'hier; mais ceux-ci, las de travailler pour un maître, s'étaient retirés dans quelques clairières de la forèt, où ils vivent avec leur famille et quelques animaux domestiques, cultivant leur petit champ de bananiers, de haricots et de manioc, sans négliger les fleurs du jardin *. Cependant nombre d'anciens esclaves sont revenus depuis sur les plantations natales. Quoi qu'on en dise, ce sont les noirs, les fils des anciens esclaves, qui fournissent la plus grande partie du travail agricole dans les régions où les colons italiens, allemands et autres ne sont pas encore venus à leur aide. Les blancs qui n'ont aucune part à la propriété du sol, ceux qu’on appellerait « petits blancs » en Louisiane et dans les Antilles, préféraient t Bètes à cornes au Brésil, d'après une évaluation approximative : 18 millions, 2 James W. Wells, Three thousand Miles through Brazil. i î ls | 464 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, vivre en agregados, c'est-à-dire en parasites sur le domaine du seigneur : tel propriétaire en avait des centaines dans sa fazenda. À l’occasion, ils pouvaient rendre quelques services; s'ils avaient un peu de bétail, ils le laissaient vaguer confondus avec les troupeaux du maître, et puisaient eux-mêmes dans les greniers bien remplis quand ils manquaient des ali- ments nécessaires. Les mœurs faciles et bienveillantes de la population s'accommodaient de cet état de choses, d'autant plus que les agregados, en prenant le seigneur pour parrain de leurs enfants, devenaient ainsi ses « compères », lien considéré comme presque sacré; mais les change- ments politiques et sociaux qui se sont accomplis modifient les rapports entre les grands propriétaires et les habitants non fortunés. On peut se débarrasser de la plupart de ces petits blancs par les mille fonctions bureaucratiques des États, des comarcas et des municipes; toutefois le problème de la propriété n’en reste pas moins entier pour tous les habi- tants des campagnes, noirs, petits blancs ou colons d'origine étrangère. Grâce à leur frugalité, les Africains ont pu se contenter de lopins de terre obtenus çà et là sur les confins des domaines seigneuriaux ou dans les régions appartenant à l'État; mais les travailleurs étrangers sont plus exigeants, et les lots qu’on leur a découpés, soit en de grandes propriétés morcelées, soit dans les domaines nationaux, ne satisfont qu'à une faible partie des demandes; quand au régime de la parceria ou du « métayage » il est mal accueilli par des cultivateurs venus de l'Ancien Monde dans l'espérance d’être propriétaires. Là est la grande question pour l'avenir immédiat du Brésil : les tra- vailleurs réclament la terre, ils la prennent même en certains endroits et la cultivent de force, les détenteurs ou les titulaires la refusent ou cherchent à la reprendre. Ceux-ci, désireux de continuer sous une autre forme les anciennes pratiques de l'eselavage, ont fait voter par la législa- ture l'introduction de coulis chinois dans leurs plantations, et lors d'un congrès spécial, réuni à Juiz de Fôra, se sont engagés pécuniairement au transport de ces engagés, tenus au service pendant un certain nombre d'années, de trois à cinq, moyennant le logement, la nourriture et un salaire d'au plus 55 milreis, soit 45 francs par mois, au cours moyen de 1892. Mais cette immigration des « Célestes », depuis longtemps votée, ne se fait point encore et ne paraît pas devoir se faire, au moins en des pro- portions considérables. Le gouvernement de Pékin ne se prête pas volon- tiers aux vœux des planteurs et les compagnies de transport ne sont pas encore en mesure de «faire grand », quoique des spéculateurs se soient déjà présentés en foule pour demander l’entreprise. Rares sont les Chinois dans seigneur : casion, ils tail, ils le , puisaient nt des ali- population agregados, aient ainsi es change- s rapports n peut se _ fonctions outefois le s les habi- étrangère. lopins de ax ou dans s sont plus propriétés une faible étayage » nde dans : les tra- s endroits fusent ou une autre la législa- lors d’un ement au nombre ire et un moyen de votée, ne des pro- as volon- sont pas bient déjà nois dans AGRICULTURE, INDUSTRIE MINIÈRE. 46 les rues de Rio et bien plus rares dans les campagnes de l’intérieur. Les quelques colons asiatiques importés dans les plantations brésiliennes ue suffiront pas pour détourner les difficultés qui s’annoncent, et la lutte s'aggravera entre les grands propriétaires et ceux qui ne possèdent point. L'agriculture a pris le premier rang dans la production brésilienne, mais au siècle dernier le travail des mines fournissait une exportation beaucoup plus considérable. Comparé au Mexique et au Pérou, les pays de l'argent, le Brésil était le pays de l'or. Dès le premier siècle de l'oceu- pation, les Portugais a aient découvert des mines aurifères, notamment à Taubaté, entre Rio et Säo Paulo, et bientôt les Paulistes, poursuivant leurs recherches vers le nord et vers l’ouest, signalèrent des rios de Ouro dans presque toutes les parties du territoire immense compris entre les Andes et le littoral de Bahia. La plupart de ces gisements sont abandonnés. Naturellement les mines que les aventuriers portugais possédaient au Pérou furent délaissées les premières, par suite de la jalousie des Espa- gnols et des persécutions que le vice-roi fit subir aux étrangers, accusés de préparer la conquête du pays. On dit que, pour éviter le tribunal de l'Inquisition, nombre de mineurs portugais s’enfuirent après avoir jeté leurs trésors au fond des lacs ou des rivières et comblé les galeries d'accès de leurs souterrains". Les mines de Goyaz, qui fournirent au siècle dernier de très fortes quantités de métal, ne sont plus exploitées que par un petit nombre de faiscadores ou orpailleurs, sans autres instruments que le pie et la batée. Dans le Paranä, le Rio Grande do Sul, Santa Catha- rina, Maranhäo, Piauhy, on trouve aussi de l'or, mais sans l’exploiter régulièrement. La presque totalité du métal jaune exporté du Brésil provient de Minas Geraes, l'État minier par excellence. Le lavage des sables et des graviers ou cascalhos détachés des roches aurifères, recouvertes presque partout par le conglomérat ferrugineux de la canga, commença vers la fin du dix-septième siècle et, dès 1698, le pic entamait les montagnes d’Ouro Preto. Les chercheurs d'or s'étaient emparés des indigènes, qu'ils faisaient travailler sous le fouet au creusement et au lavage des terrains. Disposant de cette main-d'œuvre gratuite, ils firent accomplir des travaux prodi- gieux avec les moyens industriels les plus primitifs. On fouilla presque partout le sol sur une longueur de 450 kilomètres et une largeur de 220, 1 J, Tschudi, Peru. xx. ce LA 466 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, des deux côtés de la chaîne Épinière et dans les vallées tributaires du rio das Velhas. Du massif d'Ouro Branco à la Cidade do Serro, on marche presque constamment sur des monceaux de graviers qui ont passé, el souvent plusieurs fois, dans la batée de l’orpailleur. De la route, entre Ouro Preto et Sabarä, on aperçoit sur les collines une falaise qui se pour- suit sur une longueur de plusieurs kilomètres : on dirait une paroi pro- venant du glissement des roches; mais c'est une tranchée à ciel ouvert, creusée par les mineurs à plus de 40 mètres en profondeur". Au-dessus de 'assagem, village minier voisin d'Ouro Preto, la colline est découpée en lours et en murailles que l’on croirait formées par des éruptions de lave : ce sont les restes de travaux faits par les anciens chercheurs. Pendant la période de prospérité, les potentats des Minas Geraes vivaient avec ce faste insolent qui de tout temps distingua les parvenus enrichis soudain. Des propriétaires se faisaient bâtir des palais où tous les jours la table était somptueusement servie pour les amis et les passants. Lorsque le capilaine général visitait un de ces riches mineurs, on lui offrait d'ordi- naire un plat de cangita, où les grains de maïs étaient remplacés par des pépites. Pour la translation du Saint-Sacrement d’une église à l’autre on employait des chevaux aux sabots en or; les plaideurs appuyaient leurs suppliques en offrant des bananes pleines d'or à leurs juges. On a évalué diversement la quantité de métal pur extraite des mines brésiliennes depuis les premières découvertes des Paulistes. D'après Gorceix, la seule province de Minas Geraes aurait livré au commerce, de 1700 à 1888, près de 660 000 kilogrammes d’or, correspondant à une valeur d'environ 1 850 000 000 de franes. La production totale pour l'en- semble du Brésil paraît n'avoir été guère inférieure à 3 milliards. Le ren- dement actuel est évalué de #4 à 8 millions par an. La plupart des compa- gnies qui exploitent le minerai sont constituées en Angleterre, et leurs opérations se limitent à la région des Minas située au nord du nœud de Queluz, et se prolongeant des deux côtés de la chaîne Épinière, entre Ouro Preto et Sabarä. Elles ne font plus exploiter les alluvions des rivières, mais attaquent les roches mêmes, en poursuivant les veines pyriteuses jus- qu'à de grandes distances et à plusieurs centaines de mètres en profon- deur. Des chemins de fer, des plans inelinés transportent le minerai jusqu'aux bocards où l’eau des rivières et des canaux permet le lavage et la lévigation de la pierre concassée. La diminution du rendement et le prix croissant de la main-d'œuvre ont graduellement ralenti les 1H. Gorceix, Bulletin de la Société de Géographie, séance du 18 octobre 1876. aires du rio on marche nt passé, el route, entre qui se pour- e püroi pro- ciel ouvert, \u-dessus de découpée en ons de lave : rs. Pendant ient avec ce his soudain. urs la table Lorsque le firait d'ordi- acés par des ise à l’autre appuyaient juges. e des mines tes. D'après commerce, ndant à une e pour l'en- ds. Le ren- des compa- re, et leurs u nœud de uière, entre des rivières, ‘iteuses jus- en profon- le minerai et le lavage rendement ralenti les MINES D'OR ET DE DIAMANTS. 467 travaux; cependant l'industrie rémunère toujours les capitaux étrangers. La recherche des diamants a donné lieu à beaucoup de mécomptes, la découverte des mines de l'Afrique méridionale ayant soudain ruiné l'in- dustrie brésilienne. Les premiers explorateurs des Minas ne cherchaient que des « pierres vertes », et ceux qui découvrirent le diamant, dont les cailloux transparents servaient de jouets aux enfants indiens, ne con- naissaient pas la valeur de ces cristaux. Un fonctionnaire qui avait habité N° 107. — RÉGION AURIFÈRE AU CENTRE DU BRÉSIL. d'apres Chrockatt de Sa Goa s’aperçut le premier que des jetons employés pour marquer les enjeux étaient des diamants beaux comme ceux de l'Inde, et donna l'éveil en partant pour le Portugal après avoir fait collection de ces graviers méprisés'. En 1755, le gouvernement était officiellement informé de la découverte faite dans son domaine, et, fidèle à son principe de ne voir dans le Brésil que sa vacca de leite ou « vache à lait », il se déclara le seul propriétaire des terrains diamantifères et fit tracer autour de Diamantina une circonférence de 42 lieues indiquant les limites du territoire interdit ; défense de creuser les fondations d’une maison, si un huissier et trois 1 Auguste de Saint-Hilaire, Voyage dans le district des Diamants. 468 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. autres employés n'étaient témoins de ce travail'. Seuls certains privilégiés reçurent le droit d'exploiter les ruisseaux à diamants, moyennant un impôt de capitation payé sur le nombre des travailleurs employés. Ensuite on loua les gisements à des fermiers généraux, et finalement le roi de Por- tugal fit travailler les mines pour son propre compte”. Sous le régime actuel, la recherche du cristal est devenue libre. Le nom de catas que présentent les cartes en plusieurs endroits du Brésil a le sens d’ « exca- vations » et se rapporte aux anciennes mines d'or ou de diamants. Les garimpeiros ou chercheurs de diamants ont découvert la pierre précieuse non seulement dans les Minas, mais aussi dans le Matto Grosso et récemment, en 1845, dans la Chapada Diamantina du Bahia occidental. Leurs exploitations se font pour la plupart sans beaucoup de méthode : ils détournent les torrents et les ruisselets presque taris pendant les sècheresses, puis tamisent les graviers aussi longtemps que dure la saison favorable ; dès que les pluies s'annoncent, les ateliers disparaissent. Les diamants se rencontrent à côté des autres cailloux dans les conglomérats anciens d’origine paléozoïque, ainsi que dans les roches plus modernes, formées des fragments menuisés des strates primitives; mais nulle part on ne les a vus en des formations plutoniennes”. Parmi les pierres célèbres recueillies au Brésil, on cite le brillant d’Abaété, qui pesait 444 carats, et « l'Étoile du Sud », que ramassa une négresse en 1853 : il pesait avant la taille plus de 254 carats. On évalue à 12 millions de carats, soit à près de 2 tonnes et demie, représentant un demi-milliard de franes, le total des diamants livrés par le Brésil au commerce du monde. La production diminua rapidement dès que la concurrence de l'Afrique méridionale eut abaissé les prix. En 1867, elle fut encore de 57 kilogrammes, d’une valeur de 7 millions de francs; en 1880, de 16 kilogrammes environ, et maintenant on l’évalue à 7 ou 8 kilogrammes, représentant À million de francs. Les diamants de l’Afrique sont moins beaux, mais le total de leur vente est déjà de beaucoup supérieur à l'ensemble du commerce des diamants brésiliens pendant un siècle et demi. La formation diamantifère du Brésil se complète par un grand nombre d'autres cristaux, grenats, topazes, corindons, béryls, améthystes; mais il n’y existe pas de véritables émeraudes : les « pierres vertes » que l'on prit pour telles étaient pro- bablement des tourmalines*. p ; D ! Mawe; Auguste de Saint-Hilaire; Richard Burton, ouvrages cités. q 2 H. Gorceix, Association Scientifique, février 1882, 5 Orville A. Derby, Contributions to the Study of the Geology of Brasil. di 4 Aug. de Saint-Hlilaire, ouvrage cité. al s privilégiés nt un impôt Ensuite on roi de Por- 8 le régime le catas que 15 d’ « exca- ints. rt la pierre tto Grosso et | occidental, e méthode : pendant les ire la saison raissent. Les onglomérats s modernes, s nulle part rres célèbres 144 carats, pesait avant , Soit à près nes, le total production idionale eut mes, d’une es environ, À million de otal de leur merce des liamantifère X, grenals, e véritables laient pro- GITES DE DIAMANTS, MINES DE FER. 409 Les gites métallifères autres que les mines d'or ne sont guère exploités malgré leur richesse, et même, dans la plupart des États, on se borne à les signaler, sans même se rendre compte de leur teneur en métal. Rio Grande do Sul possède les seules mines de cuivre utilisées, Minas fournit aussi du N° 108, — LIMITE D'INTERDIT MINIER AUTOUR DH DIAMANTINA, AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE. s , D du fa S | Carolina, { HE ÿ ue €. Perron. Limite d ancien interdit minier d'après Mawe. 1 : 800 000 1 30 kil, [0 plomb, et ses deux montagnes de fer, Itabira do Campo et Itabira do Matto Dentro, donnent aux fondeurs, ainsi qu'Ipanema, dans le Säo Paulo, quelques minerais tirés de masses inépuisables. Des météorites exploitées dans l’île de Säo Francisco, à 3 kilomètres de la ville, ont passé en entier au feu de la forge. Les gisements de houille que l’on a reconnus dans 470 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, les États de Santa Catharina et de Rio Grande do Sul alimentent une faible industrie locale, Minas Geraes possède près de Marianna, à Süo Caetano, des gisements d'excellent kaolin, Dans le Sûo Paulo on exploite aussi des couches de lignite et l'on a entamé çà et à les lits de la tourbe qui a comblé les anciens lacs. Quant au sel, que le pays pourrait demander N° 10), — MINES PRINCIPALES DU BRÉSIL. \ [he ës NS) ABUS \amantng,, Mtto Ghogsoe, C Perron o Ùr, e Diamant. x Arfent , à Cuivre e Fer a Charbon (l 5 000 000 (0 1000 kil. à ses mines, à ses rivières salées et à ses marais riverains en quantités énormes, il en importe encore d'Europe, chargé comme lest par les navires anglais. Presque toutes les industries manufacturières sont représentées au Brésil : la matière première, métaux, bois, gommes, sèves tinctoriales, fibres, euirs, surabonde, exploitée par des hommes du métier, ingé- nieurs, distillateurs, ouvriers, immigrant en nombre chaque année. De ntent une nana, à Sûo on exploite e la tourbe | demander 30° Perron quantités par les ntées au ctoriales, r, ingé- nnée. De MULETS TRANSPORTANT DE MINERAI. Dessin de A. Päris, d’après une photographie. e or RS EE - INDUSTRIES DU BRÉSIL, CYS son côté, le gouvernement a imposé des droits très élevés sur la plupart des produits de l'industrie étrangère. Il est rationnel qu'on cherche à obtenir directement les objets qu'on avait l'habitude d'importer; mais il y a perte évidente dans l'ensemble du travail humain, car le prix de fabrication s'élève beaucoup plus haut au Brésil que dans les pays indus- triels de l'Europe, et l'écart doit être compensé par des droits « protee- teurs » très onéreux. Les filatures et les fabriques de tissus tiennent Île premier rang parmi les établissements qu'a fait surgir la nécessité de suppléer aux marchandises étrangères trop enchéries par le fise. Chacune des grandes villes brésiliennes a plusieurs manufactures et il s'en élève dans les districts les plus reculés de l'intérieur, La suppression ou seu- lement la diminution des droits de douane ferait abandonner la moitié de ces usines, Mais, en dehors de ces fondations dues au système protecteur, le Brésil « les nombreuses industries nécessaires à l'entretien des cités, briquete- vies, fabriques de chaux et de ciment, ateliers de meubles et de char- pentes, carrosseries et charronneries, brasseries et distilleries, chantiers de construction. Il lui faut aussi tout le magnifique outillage qu'exigent ses principales cultures, le cafier et la canne à sucre; enfin l'immensité du territoire demande un nombre croissant de locomotives, de wagons, de bateaux à vapeur. Le réseau des voies de communication s’aceroit el par. tout l'activité nationale augmente en proportion. On peut juger de ce qu'elle était sous le régime colonial par ce fait que rapporte Auguste de Saint-Hilaire : sur la route maitresse de Rio à Minas, reniplacée mainte- nant par le chemin de fer Central, qui transporte sept milions de per- sonnes, pas un seul voyageur ne traversa la frontière des provinces du 19 février au 28 mai 1819. D'Ouro Preto à Rio de Janeiro, le voyage des muletiers, cheminant presque toujours par lotas ou groupes de sept hommes et sept animaux, durait un mois en moyenne. Une compagnie anglaise ayant proposé la construction d'une route, il lui fut répondu, comme on le ferait actuellement à Madagascar, que des chemins pourraient faciliter la conquête du pays par une puissance étrangère". Depuis la fin du régime colonial, le commerce brésilien a certainement décuplé, car, si gènants que sojent les tarifs des douanes, du moins les échanges avec l'étranger ne sont pas interdits, comme ils le furent jus- qu'à l’année 808, Pendant longtemps une compagnie financière posséda le monopole du trafic avec le Brésil et disposa d'une flotte de guerre ! Friedrich von Weech, Brasiliens gegenwärtiger Zustand und Colonialsystem. xIx, 60 A4 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. montée par des fantassins et des artilleurs. Mais les richesses du pays, or, diamants, denrées coloniales, bois de teinture, forçaient qutnd mème les étrangers à recourir aux négociants de Lisbonne, et l'on dit qu’au com- mencement du siècle ce commerce, ménopolisé par le Portugal, s'élevait à près de 150 millions de franes'. Au milieu du sièele, il atteignait 500 millions. Vers 1880, l'ensemble des échanges avait déjà dépassé un milliard, et, depuis, l'accroissement à continué malgré les révolutions et la guerre civile, malgré les spéculations effrénées, malgré le jeu et les malversations de toute sorte : on a vu des sociétés à capital nominal, constituées coup sur coup, demander en quinze jours un ou même deux milliards. En 1891, les diverses entreprises mises en actions représen- laient onze fois la fortune totale du Brésil. L'importation consiste principalement en objets manufacturés, mais elle comprend aussi des articles que le pays pourrait très bien fournir : des briques, des carreaux et des tuiles, des farines et des viandes, surtout le riz de la Barmanie et la carne secca ou xarque des États platéens; il n’est pas de boutique de détail, dans la plus pauvre bourgade de l’intérieur, où l’on ne trouve des biscuits anglais, des sardines de Nantes et des bou- teilles de pale-ale. L'exportation, plus considérable en moyenne que l’im- portation, se compose, pour les quatre cinquièmes ou même davantage, de café, la denrée brésilienne qui gouverne les marchés du monde. Après le café, le pays exporte du caoutchouc pour une valeur de 125 millions”, du sucre, du coton, du tabac, et, pour une valeur bien moindre, du cacao, les « noix » ou « châtaignes » du bertholletia, de 4000 à 20 000 tonnes de maté suivant les années, l'or et les diamants”. Grâce à des tarifs spéciaux, l'Amérique du Nord occupe le premier rang dans le commerce avec le Brésil. Une forte part de la récolte du café se dirige toujours vers les États-Unis. En 1892, plus de 2400000 sacs y ont été expédiés de Rio, et le reste du monde n'a reçu du même port qu'une quantité de café brésilien inférieure à un million de sacs. Santos, t Adolpho de Varnhagen, Historia geral do Brasil. 3 Exportation du caoutchouc du Para en 1891 : 125 540 000 francs. 5 Commerce du Brésil avec l'étranger en 1890 : Importation : 260 100 000 reis, soit à 2 fr. 2Ù le milreis 572 220 000 francs. Exportation : 317 822 000 reis, soit » » 690 208 460 » Ensemble, , . . . . . . . . . . . 1271 498 400 frunes. Exportation du café. . . . . . . + 400 000 tonnes. Valeur moyenne du café brésilien en 1892 : 100 francs le sac, soit à 1 fr, 66 le kilogramne, 664 000 000 francs, U pays, or, 1 même les qu'au com- al, s'élevait L'atteignait dépassé un rolutions et * jeu et les 1] nominal, même deux s r'eprésen- Lurés, mais n fournir : les, surtout latéens ; il l'intérieur, et des bou- e que l’im- davantage, nde. Après millions*, oindre, du )O à 20000 emier rang du café se 00 sacs y mème por! :s, Santos, : kilogrammne, COMMERCE DU BRÉSIL 475 au contraire, envoie surtout ses cafés aux ports d'Europe, Brême, Havre, Anvers, Trieste; New York ne reçoit qu'un quart de la récolte de Säo Paulo’. La Grande-Bretagne, qui, par ses bateaux à vapeur, s’est fait le principal intermédiaire du commerce brésilien, vient après les États-Unis pour l'importance des échanges directs. La France arrive en troisième ligne, suivie de près par l'Allemagne, à laquelle les colonies germaniques du Rio Grande do Sul et de Santa Catharina assurent des. relations crois- santes. Le commerce avec l'Italie augmente aussi d'année en année depuis que l'immigration a rapproché Gênes et Naples des ports brésiliens. La mère patrie, qui avait autrefois accaparé le monopole des échanges, se trouve reléguée au cinquième rang, malgré la parenté des habitants et la communauté du langage; mais la majorité des négociants appar- lient aux immigrés lusitaniens : à Rio même on compte parmi les industriels et les marchands quatre fois plus de Portugais que de Bré- siliens. L'ancienne colonie est toujoirs le meilleur client du Portugal pour les vins’. Tandis que le commazce avec l'étranger s'accroissait rapi- dement, le mouvement du cabotage entre es ports brésiliens dimiauait par l'effet de la navigation à vapeur, qui, se dirigeant d'Europe vers tous les points de la côte, rendait inutiles les grands entrepôts concentrés autrefois à Rio de Janeiro. Au Brésil comme aux États-Unis, les nécessités du commerce ont obligé les habitants à se construire des voies ferrées avant qu'ils pussent remplacer leurs pistes par de bonnes routes carrossables. Le chemin de Rio à Petro- polis et la prolongation du beau chemin de montagnes par un autre, qui descend à Entrerios dans la vallée du Parahyba pour remonter ensuite à Juiz de Fôra, telles étaient, avee quelques autres routes dans le voisinage des cités, les voies magistrales lorsque le pays entreprit la construction des chemins à vapeur. Les prétendues « grandes routes » qui réunissent Rio aux Minas, au Goyaz, au Matto Grosso ne sont que de larges rubans üe roche ou de terre, serpentant dans les fonds et sur les collines, rayés 1 Arrivages du café dans la saison de 1892-93 : A Rio, à Santos et à Victoria. 5 499 000 sacs, soit 312 300 tonnes. Exporté aux ports nord-américains. . , 2382 000 » 142920 » » » d'Europe. , . . . . 2452 000 » 1471420 » Non exporté. , . . . . . . . . . . A16 006 » 95 240 tonnes. # Importation des vins portugais au Brésil en 1892 : 280 627.hectolitres, d'une valeur de 10 145 000 francs. 476 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, d'ornières profondes dans les régions humides et se divisant en pistes latérales aux endroits escarpés. Sur ces routes poudreuses, boueuses ou rocailleuses, six, huit, dix paires de bœufs traînent lentement leurs chars aux roues chantantes; pour des transports considérables de denrées ou de minerais, les fazendeiros organisent des convois se prolongeant sur plusieurs centaines de mètres ou un kilomètre de distance. C'est égale- ment en troupes que l'on fait voyager les mulets de charge sur les mau- ais sentiers des marais ou des montagnes ; un vieux cheval, la madrinha, sans fardeau, mais portant une cloche et des sonnailles, souvent aussi des plumes, des étoffes de couleur, marche en tête de la caravane". Lorsque le Brésil inaugura sa première voie ferrée, en 1856, l'Amérique espagnole en possédait déjà quelques-unes. La ligne initiale, destinée à rejoindre Petropolis à la capitale, s’arrêtait encore au pied de la mon- tagne côtière. De même pour le chemin de fer que l’on ouvrit deux ans plus tard, dans la direction du haut Parahyba. Partant de Rio, les rails s'étaient dirigés vers le nord-ouest à travers la plaine marécageuse et boisée jusqu'à la station de Belem, située à la base de la serra do Mar. C'était peu, et dès le début les hommes de l’art se trouvaient en pré- sence d’un obstacle des plus sérieux. Ils en triomphèrent, en surmontant par de fortes rampes et seize tunnels la chaîne de montagnes qui les sépa- ait de la vallée de Parahyba : désormais ils possédaient le tronc initial sur lequel viennent s’embrancher les autres lignes maîtresses communi- quant avec la capitale. Depuis cette époque les ingénieurs ont construit des voies ferrées qui pour l'importance des travaux d’art peuvent se com- parer à celles de l’Europe. Ils ont déjà franchi le rempart côtier de la serra do Mar sur cinq points, dont trois dans le voisinage de Rio de Janeiro, et se préparent à escalader d’autres passages. Ils ont également traversé les chaînes majeures, la serra de Mantiqueira, la serra do Espinhagço, et, ces grands obstacles surmontés, ils n’ont plus qu'à pousser plus avant sur les pentes adoueies des plateaux. L'altitude la plus considérable à laquelle s'élèvent les rails se trouve sur l'embranchement d’Ouro Preto, qui passe en tranchée à 1362 mètres, presque à la hauteur des pitons voisins, à 100 mètres plus haut que la percée de Modane ; mais quelqnes rampes de la voie sont encore plus remarquables par leurs travaux d'art : telle la montée de Joäo Aires (1115 mètres), qui se développe par de nombreux lacets semi-circulaires sur les flanes des collines herbeuses. Les locomo- lives ne se sont guère avancées dans la région des grands fleuves: cepen- 1 Francis de Castelnau, ouvrage cité, en pistes Dueuses ou leurs chars denrées ou ngeant sur L'est égale- r les mau- madrinha, t aussi des l'Amérique destinée à le la mon- it deux ans o, les rails cageuse et ra do Mar. nt en pré- urmontant i les sépa- onc ‘initial communi- t construit t se com- tier de la de Janeiro, nt traversé nhaço, et, avant sur à laquelle qui passe voisins, à ampes de : telle la nombreux ks locomo- si cepen- VOIES FERRÉES DU BRÉSIL. 477 dant elles ont déjà quelques viadues imposants, notamment celui qui tra- verse le Paraguassü, entre Cachoeira et Säo Felix, le pont du rio Grande, sur le chemin de fer d'Uberaba, et le viaduc de plus d'un kilomètre où passent les houilles de Tubaräo. Le Brésil ne possède encore que deux réseaux proprement dits de voies ferrées, ayant pour points de départ l’un Rio de Janeiro, l'autre Santes : d'ailleurs ces deux systèmes sont rattachés par une ligne de 596 kilo- mètres qui remonte la vallée du Parahyba et redescend à Säo Paulo. Le réseau de Rio pénètre au loin dans les Minas Geraes et chaque année se prolonge d'une ou deux étapes dans la vallée du Rio das Velhas, où com- mence la navigation de la ramure du Säo Francisco. Les progrès de la via- bilité sont encore beaucoup plus rapides dans le Säo Paolo, où les voies, traversant la région du café, ont atteint déjà les cours navigables du rio Grande, du Pardo, du Mogy guassü, du Tieté, du Piracicäba. Dans les autres régions, il n’y a encore que des lignes isolées ou des chemins rayonnant en éventail, comme ceux de Recife et du golfe de Bahia. Une grande voie maîtresse qui unirait toutes ces lignes isolées, du nord au sud, est une entreprise à la hauteur de laquelle ne se trouvent pas encore les finances brésiliennes. Les projets qu'il serait nécessaire d'exécuter au plus tôt pour donner au pays une assiette politique plus solide sont ceux qui rattacheraient Rio de Janeiro et les Minas Geraes au versant du Matto Grosso, et l’État de Säo Paulo à l'extrémité méridionale de la République. Actuellement le Rio Grande do Sul se trouve par ses voies de communication dans la dépendance économique des États platéens. Pour ses relations avec l'Europe, le Brésil devrait aussi se donner une voie litto- rale de Campos à Recife, le premier port d'arrivée des paquebots trans- atlantiques. Les chemins de fer brésiliens n'ont pas été construits suivant un plan uniforme, et sur telle ligne, notamment sur le Central, axe commercial des Minas Geraes, la voie étroite succède à la voie large : sur la plupart des nouveaux chemins l'écartement des rails ne dépasse pas un mètre. Le gou- vernement ne possède qu'un petit nombre de chemins. La plupart des lignes appartiennent à des compagnies privées, nationales ou étrangères, dont quelques-unes n’ont demandé ni subvention, ni terrains, ni garantie d'intérêts; mais les principales sociétés se sont fait donner, outre la con- cession, des bandes latérales de terres et ont obtenu du gouvernement des garanties de recette ou des subsides suffisants pour que l’entreprise ne présente aucun risque: de plus, elles ont stipulé que nulle société rivale n'aurait le droit de construire de ligne parallèle ou convergente dans une AT8 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, zone déterminée. Ainsi se constituent graduellement des monopoles, comme celui du chemin de fer de Santos à Jundiahy, qui, ne pouvant satisfaire aux transports commerciaux de la région, prétend interdire aux produc- teurs d’expédier leurs denrées par d’autres voies. Dans les distriets écartés N° 110, — CHEMINS DE FER AU BRÉSIL. t de Pari Asuncion v Rica C. Perron 1 : 45000000 il existe des entreprises qui tâchent de se faire oublier : un convoi par semaine entre deux stations désertes, cela suffit pour qu'à la fin de l'année les propriétaires touchent leurs dividendes, dûment servis par le trésor de l'État’. 1 Chemins de fer brésiliens au 1° janvier 1892, d'après Alfredo Lisboa : Chemins appartenant à l'État... . . . . . . 2556 kilomètres. ] à des compagnies qui jouissent de la garantie d'intérêt. 2 840 » » » sans garantie d'intérêt . . . , . D 237 » Ensemble des voies ferrées... 4. 4... 4 , . 10633 kilomètres. oles, comme ant satisfaire aux produc- tricts écartés C. Perron convoi par à la fin de servis par le 56 kilomètres. 40 » 37 h 3 kilomètres. VOIES FERRÉES, RIVIÈRES NAVIGABLES DU BRÉSIL. 419 Dans leur ensemble, les voies ferrées du Brésil, d'une longueur un peu moindre que le réseau argentin, lui sont inférieures par le manque d'unité géographique. Cependant elles : nstituent déjà un élément primordial de la ‘année en année l'assiette de la contrée richesse nationale et modifier. en changeant la direction des voies suivies par le commerce. Au Brésil comme dans les autres pays du monde nivelés par les routes, les versants primitifs perdent de leur signification. Déjà le chemin des hauts affluents de l'Amazone‘n'emprunte plus le courant fluvial ; de même Rio de Janeiro, sans versant de rivière, limité de tous côtés par d'âpres montagnes, est N° 411. — RÉSEAU DES VOIES FERRÉES DE RIO, MINAS ET SÂO PAULO. al p Vuest de laris Jberab j Fan bar a Saud Itapeceric. ÜuroPreto ' | BomsS: 9 Maboticabal Mococa ren | Virgina LS | Poços de Caldas\, | | Jahu Christirs dub: S'Negra Itafuba d'après la carte de Chrockatt de Sa C Perron devenu le débouché de la vallée de Parahyba, des hautes rivières du bassin pari anien et même des contrées que parcourt le Sûo Francisco supérieur. Bien plus, le jour viendra où le Paraguay, le Matto Grosso, même une partie du Chili, l'Argentine du nord, trouveront aussi dans cette direction leur voie la plus courte vers l'Europe’. Encore dépourvue de chemins de fer, sauf autour de Parä, la région amazonienne doit uniquement aux bateaux à vapeur d’être en relations avec le reste du monde. Une compagnie anglaise, subventionnée par le 1 Chemins de fer brésiliens en 1893 : 11 000 kilomètres 29 119 » 1 525 000 U00 francs. Lignes ouvertes au trafic. . . . . . on Réseau concédé définitivement le 1° jaoviut 1805... . Coût d'établissement des voies ouvertes au trafic . 480 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, vouvernement brésilien, dessert régulièrement toutes les escales de F'Ama- zone entre la cité de Belem et Iquitos, dans le Pérou; des bateaux qui se rattachent à la grande ligne remontent les rivières de la région du caout- chouc, le Jutahy, le Jura, le Purüs et son affluent l'Aquiri; ils visitent aussi les escales des quatre grands tributaires, rio Negro, Madeira, Tapajoz, Xingü, et pénètrent dans le Tocantins jusqu'aux eataractes, Dans le reste du Brésil, la navigation fluviale n'a qu'une moindre importance relative : les États du nord, où les chaleurs de l'été tarissent souvent les eaux, n'ont pas de fleuve à profondeur constante, et les États orientaux n'offrent dans la partie inférieure de leurs rivières, limitée en amont par des cas- cades, que des espaces de faible longueur : le plus fort courant, le rio Säo Francisco, n'a pas de canal qui contourne ses cataractes entre le bief supé- rieur et le bief d'aval, Quant aux rivières brésiliennes du bassin paranien, elles sont découpées, pour ainsi dire, en plusieurs fragments et la navi- ation doit se diviser en petites lignes, rattachées les unes aux autres par des routes de terre. Les eôles maritimes, jadis desservies par la seule navigation à voile, sont frangées sur tout leur pourtour par des lignes de bateaux à vapeur, qui bientôt auront remplacé les voiliers du littoral, à l'exception des embarcations de pêche et des jangadas, léguées par les Tupis aux fils des Africains. On compte une cinquantaine de petits ports où abordent les vapeurs du cabotage régulier, tandis qu'une douzaine de havres majeurs, Parä, Säo Luiz de Maranhäo, Fortaleza, Pernambuco, Maceio, Bahia, Victoria, Rio, Santos, Paranaguä, Desterro, Rio Grande do Nul, reçoivent les paquebots et les grands pyroscaphes, appartenant aux dix- sept compagnies étrangères, anglaises en majorité, qui trafiquent directe- ment avec le Brésil. D'après une loi récente, le cabotage n’est plus auto- risé que pour les navires à pavillon brésilien, montés par un équipage national en majorité, Les marins étant relativement rares parmi les Brési- liens natifs, cette loi ne pourrait guère s'appliquer si la naturalisation ne fournissait incessamment au pays les matelots dont il a besoin?. En temps ordinaire, dix paquebots par semaine mouillent dans les 1 Mouvement de la navigation dans les ports du Brésil en 1890 : 13 900 navires, d'un port de 6 millions de tonnes. # Flotte cominerciale du Brésil en 1891 : 388 navires à voiles, jaugeant 8555 tonnes. 136 » àvapeur, » 81698 » Ensemble. . . 5924 navires, jaugeant . . . 167 249 tonnes, es de l'Ama- teaux qui se on du caoult- s ils visitent ira, Tapajoz, Dans le reste ce relative : s eaux, n'onl ‘offrent dans ar des cas- it, le rio Säo le bief supé- in paranien, s et la navi- x autres par ion à voile, UX à vapeur, ceplion des aux fils des ù abordent de havres io, Maceio, ide do Sul, Ant aux dix- ent directe- st plus auto- in équipage 1 les Brési- alisation ne it dans les XIX. 61 — VUE PRISE SUR LA DIGUE. PORT DE RECIFE. Dessin de Th. Weber, d’après une photographie communiquée par M. Fourmier. “ A DE pe To DE PET EE he COMMUNICATIONS POSTALES ET TÉLÉGRAPHIQUES. 483 grands ports brésiliens. Onze jours, telle est la durée moyenne d'un voyage de l’Europe au Brésil, de Lisbonne à Pernambuco : entre les. côtes les plus rapprochées des deux continents, de l'Afrique à l'Amérique, des N° 119, — VOIES NAVIGAULES DU BRÉSIL, he ee En 2 C.Perron Petite navigation ' 2099 kil. bateaux à très grande vitesse, comme les transatlantiques de New-York, pourraient accomplir le trajet en deux jours et demi. Les communica- tions télégraphiques se font directement de Pernambuco en Europe et aux États-Unis par des câbles sous-marins : un fil de 6000 kilomètres longe toute la côte brésilienne, de l'estuaire amazonien à celui de la Plata!. 4 Longueur des lignes télégraphiques au Brésil au 1° janvier 1893 : 14784 kilomètres. Noinbre des stations : 235. Nombre des dépèches télégraphiques expédiées en 1892 : 4 554 689, dont 999 568 privées. Nombre des lettres expédiées au Brésil en 1892 : 38 693 806, soit 2,4 lettres par personne, 484 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Les progrès de l'instruction publique n'ont pu être rapides en un pays dont les travailleurs étaient encore en grande majorité esclaves il y a moins d'une génération. Cependant quelques écoles et des collèges avaient été fondés par les missionnaires jésuites sous le régime colonial, et pendant la deuxième moitié du dix-huitième sièele le marquis de Pombal avait fait ouvrir des établissements « royaux » d'instruction publique; toutefois la masse de la population restait ignorante. En 1854, sept années après la promulgation de la première loi relative à l'enseignement, il n’y avait dans toute la province de Rio de Janeiro que trente écoles, avec 1369 élèves des deux sexes. Les proportions ont heureusement changé; cependant le manque de statistiques scolaires dans la plupart des États témoigne du peu d’empressement qu'on apporte à la diffusion de l'enseignement, et celles que font publier les assemblées locales dans les provinces les plus avancées prouvent qu'une grande partie de la jeunesse reste encore en dehors des écoles. Lors du recensement de 1872, on évalua ceux qui savaient lire à 25 hommes et à 15 femmes sur 100; en outre, on comptait 1 nègre sur 1000 connaissant l'alphabet. Vingt ans après, on estimait que plus des trois quarts de la population, hommes et femmes, blanes, cabo- clos et noirs, ignoraient encore les premiers rudiments', En laissant de côté les enfants en bas âge, on constate que le nombre des Brésiliens sachant lire n’égale pas encore la moitié des habitants. Mais de nombreux jeunes gens ont fait leur propre éducation. Il n’est peut-être pas de villes où l’on ne rencontre des individus ayant|appris sans maîtres, par la seule lecture, une langue étrangère ou même quelque profession : dans les États du centre, Minas Geraes, Goyaz, Matto Grosso, la plupart des curan- deiros ou « guérisseurs », souvent très heureux dans leurs cures, se sont formés tout seuls, par l'étude des simples et des livres. Les nègres, que l'on dit supérieurs aux blanes pour le sentiment musical, se groupent par milliers dans les orphéons. Les hautes écoles sont entretenues par l'État, à l'exception de divers établissements fondés par les jésuites à l'écart des grandes cités : tels celui d'Itû dans le Sûo Paulo, et le collège de Caraça dans les Minas Geraes. La 1 Nombre présumé des écoles au Brésil en 1893 : 8 000. Écoles en 1886 : 6 161 écoles, dont 5 151 publiques et 1 010 particulières, avec 274 944 élèves. 6% écoles secondaires, avec... . . . , . . , . , . . 9482 » Total : 6224 écoles, et, soit 2 pour 100 de la population . . . . . . 284 396 élèves. (Pires de Almeida, Instruction publique au Brésil.) s en UN pays il y a moins s avaient été |, et pendant Pombal avait ue; toutefois des après la y avait dans 1369 élèves cependant le témoigne du jgnement, el nces les plus le encore en ua ceux qui on comptait estimait que lances, cabo- à laissant de es Brésiliens e nombreux bas de villes par la seule : dans les t des curan- res, se sont nègres, que roupent par n de divers s : tels celui s Geraes. La lèves. » èves. sil.) INSTRUCTION PUBLIQUE AU BRÉSIL, ÉGLISE. 480 plupart des établissements d'instruction supérieure se trouvent réunis à Rio : Faculté de médecine, École de pharmacie, École normale, École des beaux-arts, Conservatoire de musique, Lycée des arts et métiers, École de marine, École militaire, École supérieure de guerre, mais sans former corps d'Université, Recife, Bahia, Sûo Paulo, Ouro Preto, ont aussi leurs Écoles supérieures de médecine, de droit ou des mines‘. Dans toutes ces hautes écoles le français est, pour une part très notable, la langue de l'enseignement : dans les bibliothèques publiques, le nombre des lecteurs qui demandaient des ouvrages français dépassait naguère la proportion de ceux qui prenaient des livres portugais; maintenant la langue du pays à repris la prééminence, sauf dans les bibliothèques des Écoles supérieures, où les neuf dixièmes des œuvres scientifiques sont en langue française. La première imprimerie du Brésil, fondée en 1744, ne dura que trois ans : elle fut détruite par ordre du gouvernement central, et c’est en 1808 seulement que le roi, fugitif du Portugal, apporta une presse pour publier ses décrets. Les journaux eurent grand'peine à vivre jusqu'à la période de l'indépendance, et l'histoire de leurs premières années raconte l'exil, l'emprisonnement, l'exécution même de leurs rédacteurs. En 1828, on comptait déjà 31 journaux; en 1876, ils étaient au nombre de 271, et dix années après ils avaient plus que doublé*. L'Église fut autrefois toute-puissante au Brésil. L'Inquisition, instituée en 1702, poursuivit les hérétiques avec fureur; cependant l’hérésie con- sistait, pour la plupart des accusés, non dans la profession d'idées hé- térodoxes, mais dans le fait d’avoir du sang juif dans les veines*. Après la déclaration d'indépendance, la religion catholique, apostolique et romaine se maintint comme culte national, et tout exercice publie d'autres céré- monies religieuses fut sévèrement interdit. La révolution qui renversa l'empire sépara aussi l'Église de l’État, tout en continuant de payer les traitements des prêtres en fonctions. Toutefois il y eut maints conflits de pouvoir, et même en 1892 la suppression légale des crucifix dans les cours de justice donna lieu à de violentes démonstrations contre les libres penseurs. La très grande majorité de la population se réclame de la foi catholique romaine. Dans l'État de Rio de Janeiro, moins d'un centième des habitants recensés en 1892 ont déclaré appartenir à un autre culte ou ne professer aucune religion. Mais l'indifférence habituelle en ! Écoles supérieures au Brésil : 23, Nombre des élèves en 1890 : 3 485. * De Rio Branco, dans le Brésil, par E. Levasseur. 3 Adolpho de Varnhagen, Historia geral do Brazil. 486 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, matière religieuse est grande, et malgré les admonestations tombées de la chaire, la franc-maçonnerie acquiert ses adhérents par multitudes dans toutes les cités. Le clergé se recrute difficilement parmi les nationaux, blancs ou noirs, et doit se compléter chaque année par des prêtres étran- gers, presque tous Italiens. De nombreux ménages se dispensent du sacre- ment ou de la cérémonie civile. Dans le Rio de Janeiro, où cependant les unions légales sont plus en honneur qu'en d'autres États, la pro- portion des naissances en dehors du mariage s'élève à près de 30 pour 100", Par la remarquable organisation de leurs établissements de solidarité, les Brésiliens peuvent être donnés en exemple aux autres peuples, Leurs hôpitaux, leurs hospices, ne dépendent point de l'État : ils sont dus à l'association libre. Un appel constant, adressé au « nom de tous nos frères qui souffrent », produit chaque année et dans chaque ville des ressources suffisantes pour que les établissements hospitaliers soient amplement pourvus. Les formes des irmandades ou « confréries » :out encore religieuses, et dans les cérémonies officielles les « frères » se revêtent de la cagoule; mais chaque société s'organise à son gré, et l'œuvre, disposant à Rio d'un budget de plusieurs millions, reste indé- pendante de l'État ou de l'Église. XI GOUVERNEMENT ET ADMINISTRATION, Suivant les formules habituelles des constitutions, tous les Brésiliens sont reconnus égaux devant la loi et nul ne peut être obligé à faire ou à ne pas faire quoi que ce soit, sinon en vertu du code. Le droit d'associa- tion, la pleine liberté de la parole et de la presse sont reconnus, sauf en cas d’anonymat. L1 correspondance est inviolable. Chaque citoyen peut avoir accès à tout: rrofession. La République ignore les anciens privilèges de noblesse, supprime tous les ordres et honneurs institués par la mo- narchie, abolit tous les titres nobiliaires ; néanmoins, en peu de contrées rencontre-t-on plus de barons, de vicomtes et de marquis, sans compter les conseillers et les docteurs. L'ancien régime était prodigue de blasons envers les amis sincères, plus encore, dit-on, envers les adversaires réconciliables, et depuis la chute de l’empire les uns et les autres ont gardé, sinon l'allégeance aux princes tombés, du moins les qualifica- J, P, Favilla Nunes, Recenseamento do Estado do Rio de Janeiro. s tombées de altitudes dans ès nationaux, rètres étran- ent du sacre- ù cependant tats, la pro- 30 pour 100", de solidarité, res peuples, : ils sont dus 1 de tous nos que ville des aliers soient réries » soul « frères » se son gré, el , reste indé- les Brésiliens à faire ou à oit d'associa- connus, sauf citoyen peul bns privilèges s par la mo- de contrées ans compter 1e de blasons adversaires s autres on! es qualifica- GOUVERNEMENT BRÉSILIEN, 4w7 lions sonores qu'ils devaient à leur faveur, L'abolition officielle des titres de noblesse se complète par l'interdiction aux citoyens de se laisser anoblir ou décorer par une puissance étrangère, sous peine d'être déchu des droits politiques. Sont tenus pour citoyens, avec les Brésiliens natifs, tous les fils de Brésiliens et tous les fils illégitimes de mères brésiliennes, nés à l'étranger, quand ils établissent leur domicile sur le territoire de la République, ou bien quand ils la servent dans un autre pays. En outre, les étrangers qui possèdent des immeubles dans la contrée, ceux qui sont mariés à des Brésiliennes ou qui ont des enfants au Brésil, acquièrent de droit la nationalité, à moins qu'ils ne manifestent formellement l'intention con- traire. Un des premiers actes de la révolution fut de déclarer Brésiliens tous les habitants d'origine étrangère qui, dans l’espace de six mois, n'auraient pas revendiqué en termes précis leur nationalité première, C'était la solution du conflit qui, à propos de l'immigration, avait durant tant d'années entre-heurté les partis politiques. Rien n'était plus contra- dictoire, en eflet, que la situation faite aux étrangers encore après le milieu du siècle : on les invitait par de pressants appels, on payait leur voyage, on leur donnait des lots de terre, parfois même on leur faisait des avances en argent et en cheptel, mais on leur refusait la citoyenneté brésilienne; conviés comme l'espoir du pays, ils en restaient à certains égards les parias' : avant 1863, le mariage leur était interdit; en 1881 aucun n'avait encore siégé dans les assemblées provinciales, même dans le Rio Grande do Sul, dont ils dirigeaient le commerce et l’industrie. Électeurs pour les législatures de chaque État et pour celles de la Répu- blique sont tous les citoyens âgés de vingt et un ans, à condition toutefois qu'ils ne vivent pas de mendicité, qu'ils sachent lire et écrire, et n’exer- cent pas un métier incompatible avec la liberté d'opinion : ainsi les soldats sont privés du droit de vote, à l'exception des élèves militaires d'enseignement supérieur ; de même les religieux appartenant à des com- munautés sujettes au vœu d’obéissance perdent le suffrage. Tous ceux qui allèguent un motif de foi pour s’exempter de quelque charge imposée par la loi aux autres citoyens se déclarent par cela même inaptes aux droits civiques. Malgré l'importance capitale que la constitution attache à l’exercice du suffrage, origine officielle des pouvoirs publics, l'habitude de voter n'entre pas dans les mœurs : l'abstention des comices est presque générale ; à Rio on a vu quelques milliers d'individus 1 A, d'Escragnolle-Taunay, À Nacionalisaçào. 488 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UXIVERSELLE, prendre part au vote, tandis que près de cent mille électeurs auraient pu se presser devant les urnes. La République fédérative a été proclamée, et cependant, par une bizarre inconséquence, le peuple n'a pas été consulté pour savoir quels devaient être les groupes constituant la fédération. On se borna à changer les noms des circonscriptions de l'empire : de provinces elles devinrent États, quoique les divisions soient défectueuses à tous égards et ne correspondent nullement à celles qui se seraient formées par la volonté spontanée des populations. Sans parler de l’Amazonie et du Matto Grosso, qui sont en réalité non des États, mais des territoires d: peuplement futur, l'énorme Bahia a pour voisines les deux anciennes provinces d’Alagôas et de Sergipe, de dimensions sept et onze fois moins considérables. Autre anomalie : Minas Geraes, l'État le plus populeux de la République, est un de ceux qui n'ont pas d’issue naturelle vers l'Océan ; les fleuves qui y prennent naissance sont tous interrompus de cataractes séparant le cours navigable d'en haut et celui d'en bas, dans les États limitrophes. D'ailleurs on peut supposer que les frontières interprovinciales, encore flottantes en maints endroits, seront modifiées, Peut-être même de nouveaux groupes se constitueront-ils en changeant l'équilibre politique actuel. Mais il parait étonnant que dans une nation unie par le lien fédéral, on interroge les anciennes décisions royales, et non le vœu des habitants, pour répartir les populations en corps distincts et autonomes. Chacun des vingt États a ses deux chambres et son président; chacun édicte des lois spéciales, subordonnées aux principes de la constitution des États-Unis du Brésil. Les saines et les terres non concédées appartiennent à la nation, excepté celles qui seraient indispensables à l’Union pour la défense des frontières ou la construction de routes stratégiques et de lignes ferrées d'intérêt général. Deux États limitrophes peuvent conclure entre eux des conventions particulières n'ayant aucun caractère politique ; mais il leur est interdit de faire la guerre contre d’avtres États, de refuser la monnaie ou le papier-monnaie reconnu par l’Union, de repousser les actes législatifs, administratifs ou judiciaires proclamés pour l'ensemble de la République. Vis-à-vis des nations étrangères, les vingt États n'en font qu'un seul. La Chambre des députés, qui se réunit actuellement à Rio de Janeiro, en attendant la fondation de la capitale future, désignée sur les plateaux du Goyaz, se compose de représentants du. peuple, élus au nombre d'au moins quatre par chacun des États et par le municipe neutre de la Répu- blique : soixante-dix mille habitants, tel est le chiffre de la population S auraient pu r une bizarre nels devaient ger les noms inrent États, orrespondent pontanée des , qui sont en ur, l'énorme t de Sergipe, e anomalie : un de ceux i y prennent urs navigable D'ailleurs on flottantes en aux groupes Mais il parait interroge les our répartir ent; chacun stitution des ppartiennent ion pour la iques et de nt conclure e politique ; s, de refuser epousser les * l'ensemble États n’en de Janeiro, les plateaux ombre d'au de la Répu- population GOUVERNEMENT BRÉSILIEN. 489 auquel correspond un élu du suffrage populaire. De même qu'aux États- Unis de l'Amérique du Nord, qui ont servi de modèle aux législateurs des États-Unis du Brésil, la Chambre des députés correspond numériquement à la force respective des États, mesurée par la population, tandis que le Sénat représente les États comme égaux en droit, sans égard au nombre N° 413. — DIVISIONS POLITIQUES DU BRÉSIL. es, Maranhäo; “ Piouby .Pernambuco an. Gerses = > ‘ { pi Säo Paulo 4 ÿ E FE = RS e RU AT bis: daneiro ; € : , Paranä : ) % Ga Ouest de Greenwic on Territoires contestés lerritoires fédéra 1x 1 : 45 000 000 des habitants. Ainsi le Sénat se compose de 65 membres, soit 3 pour chaque État et pour le municipe nevtre. Camme dans le République du nord, 1l se renouvelle par fractions, Sa durée légale étant de neuf années, un tiers de ce corps électif achève son mandat après trois ans d'exercice et de nouveaux élus le remplacent; à la fin de ‘a sixième année, des élections ont lieu pour le deuxième tiers des enateurs. NX 62 490 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Quoique le président et le vice-président de la République aient été élevés au pouvoir à la suite d'une révolution de caserne, la constitution donne aux chefs de l'exécutif une origine élective et populaire. Président et vice-président sont nommés au suffrage direct, à la majorité absolue des voix; si, parmi les candidats, nul n'a obtenu la majorité, le Congrès décide. Quatre années est la durée fixée pour l'exercice du pouvoir prési- dentiel, qui ne peut être brigué par le même personnage pour le terme suivant. Le président désigne et renvoie à son gré les ministres d'État, commande l’armée de terre et de mer, nomme aux charges civiles dépen- dantes de la fédération, choisit les membres du tribunal suprème, les ambassadeurs et consuls, déclare la guerre et conclut la paix. Il approuve et publie les lois votées par le Congrès, mais il possède le droit de veto, obligeant ainsi les chambres à discuter les questions à nouveau et à les trancher, non à la simple majorité, mais par une proportion des deux tiers. De son côté, le Sénat possède le droit presque illusoire de juger le président de la République sur la proposition de la Chambre des députés. En fait, celui-ci est armé de pouvoirs monarchiques bien supérieurs à ceux que s’arrogeait le souverain. Le corps judiciaire, qu'une fiction légale considère comme égal en influence au pouvoir législatif et au pouvoir exécutif, se trouve en réalité entre les mains de celui qui en nomme les membres. Fait curieux, l'école positiviste d’Auguste Comte à pris une part consi- dérable dans la révolution brésilienne qui renversa l'Empire. La doctrine avait fait de grands progrès, surtout dans les instituts militaires, et c’est à la ferveur de quelques positivistes engagés dans le mouvement révolu- lionnaire, que doivent ètre attribués plusieurs décrets promulgués pendant les premières semaines de la république : séparation de l'Église et de l’État, institution de la fête nationale du 14 juillet, coïncidant avec celle de la France, adoption des devises Ordre et Progrès sur les draperax, Salut :1 Fraternité dans les correspondances officielles. Toutefois cette vaine figuration ne change rien aux mœurs politiques. La constitution brési- lienne, pour avoir imité presque servilement celle des États-Unis du Nord, ne donnera point aux Brésiliens l'esprit anglo-saxon : chaque article de la charte sera interprété d’après le mode de penser, les traditions, les mœurs ét passions des Portugais sud-américains. C’est ainsi que les pouvoirs royaux donnés au président des États-Unis, et par imitation à celui du Brésil, ont rapidement mené le gouvernement t Miguel Lemos, Apostolat positiviste au Brésil. e aient élé constitution . Président rité absolue le Congrès uvoir prési- ur le terme tres d'État, iles dépen- iprème, les Il approuve roit de veto, eau et à les n des deux de juger le les députés. leurs à ceux tion légale au pouvoir nomme les part consi- La doctrine res, et c'est ent révolu- és pendant et de l'État, celle de la x, Salut :1 cette vaine tion brési- is du Nord, article de itions, les fa TC Etats-Unis, ivernement GOUVERNEMENT BRÉSILIEN. A9! à l'exercice de la dictature. D'ailleurs, dès ses débuts, le pouvoir issu de la Révolution fut une autocratie militaire. L'armée se plaignait depuis long- temps d'être tenue à l'écart, et lorsque l'Empereur, malade, ne prit plus qu'une faible part au gouvernement, les principaux chefs militaires, objets de méfiance, furent systématiquement éloignés, même en des régions insalubres, comme le haut Amazone et le Matto Grosso. Cependant l’armée, fière de ses victoires au Paraguay, avait longtemps souffert de son rôle subordonné et réclamait la première place. Les quelques hommes. qui dirigeaient le mouvement républicain profitèrent de ces dispositions des chefs ; ils leur offrirent le pouvoir en échange du nom de « République », et la révolution, plus apparente que réelle, se fit sans effusion de sang, comme un simple changement de décor. Depuis la fin de l'Empire, le pays a été gouverné par des soldats; en 1895, plus de la moitié des gouver- neurs de province sont des militaires. Mais la marine, qui avait eu sa part de gloire dans l'expédition du Paraguay, en forçant le passage des fleuves, se trouva négligée à son tour dans le partage de la puissance, et c'est à cette rivalité entre les deux armes, diversement influencées par la pression de l'élément civil, qu'il faut attribuer la succession des événe- ments récents. : D'ailleurs l’armée n’est point une force issue de la nation par un fonc- tionnement régulier. Quoiqu'il existe une loi réglant le tirage au sort, les régiments se recrutent par engagements volontaires et moyennant une prime que paye l’État pendant six années, durée légale du service : la plu- part des recrues sont des hommes de couleur, tandis que les cadres se composent surtout d'officiers blanes ou considérés comme tels. Pendant la guerre du Paraguay, le Brésil eut jusqu’à 70000 soldats, en y comptant les gardes nationales mobilisées, les corps de police et les garnisons des lrontières'. Depuis cette époque, l'effectif a varié de 15 000 à 20000 hom- mes; en cas de guerre, il peut s'élever rapidement à 30000. Quant à à garde nationale, d'existence purement fictive, elle comprend un milhon de citoyens. La flotte de guerre est relativement considérable’, Au début de l'empire, la plupart des vaisseaux étaient commandés et montés par des étrangers. Actuellement la marine recrute ses marins au Brésil, mais la plupart des navires sont encore construits sur les chantiers d'Europe; dans les divers arsenaux de la marine, à Rio, Bahia, Recife, ! De Rio Branco, dans le Brésil, par E. Levasseur. 2? Flotte brésilienne en 1893 : 8 cuirassés: 3 croiseurs blindés; 7 croiseurs non blindés; 17 canonnières; 98 autres navires: 63 navires, portant 250 canons, Équipage normal : 700 officiers et 4000 marins. Bebe ‘Till 492 SOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Maranhäc et à Ladario, près de Corumbä, on ne lance que des bateaux d'un faible tonnage. La guerre du Paraguay a coûté au Brésil un milliard et demi, somme qui représente à peu près le total actuel de la dette nationale, en caleulant la monnaie fiduciaire brésilienne au taux du change, qui, par son avilisse- ment graduel, a diminué de plus de moitié les créances; toutefois le ser- vice des emprunts contractés à l'étranger est payable en or, et le Brésil a toujours rempli ses engagements au temps voulu, quoique son budget se solde d'ordinaire en déficit". La plus forte part des recettes budgétaires provient des taxes de la douane, qui augmentent de 60 pour 100 en moyenne la valeur des objets d'importation, et les plus fortes dépenses sont consacrées à l’armée et à la flotte, sans compter les ressources extraor- is employées en dehors des prévisions du budget*. Par suite de la notelle répartition des impôts douaniers”, dont une certaine part, atiri- buée jadis au gouvernement central, appartient maintenant aux États particuliers, plusieurs de ceux-ci disposent de finances très prospères. On peut citer en exemple l’État central du Brésil, les Minas Geraes. Ses recettes ont triplé dans les vingt dernières années, mais les dépenses ne se sont point accrues dans les mêmes proportions‘. Les finances de l'État de Rio de Janeiro présentaient un spectacle analogue, par suite de la majoration des tarifs douaniers. Mème des États presque déserts ont dû ! Budget de l'année 1892 : Recettes en milreis.. . . . . . . . 201 664 000 #, à À fr. 30 le milreis 262 163 200 francs. Dépenses » 6... + + + 229 848 000 # » » 289 702 400 » DORE sm dtran tem aucal 21 184 000 #, à 1 fr. 50 le milreis 27 539 600 francs, Dette intérieure au 31 décembre 1892. 541 674 500 # » » 704176850 » » extérieure » 756 337 500 » PROMOD ne vtr lu ee 1 440 514 550 francs, 3 Dépenses militaires en 1892 : (ENT RS TT SE En 64 531 059 milreis. MAIN Nu dan em mr 32718029 p» Ensemble, , . . . . . . . . 87 308 838 milreis. Soit, à 1 fr. 50 le milreis, 113 406 289 francs. 3 Revenu des douanes en 18992 : 195 000 000 francs. # Budget de l'État de Minas : Reeettes de l'année fiscale 1851-1859, soit à 3 fr. » le milreis. . 305 708 # 914 195 fr. » » 1891-1892, » 1 fr. 30 » ,. 19199890 # 24 960 000 » Dépenses » » » » » 43776959 # 17 900 000 » Surplus D » » » » 5422931 # 7 060 000 » # Recettes de l'année fiscale 1891-1892, 16 358 433 9, à 1 fr. 30 le milreis. 24 537 649 francs. Dépenses » » 10 691 132 # » » 16036698 » Surplus » » h 667 3401 # » » 8500 951 » des bateaux lemi, somme en calculan! son avilisse- itefois le ser- , et le Brésil e son budget s budgétaires pour 100 en tes dépenses 1rces extraor- r suite de là e part, atlri- nt aux États ès prospères. s Geraes. Ses s dépenses ne nces de l’État r suite de la éserts ont dù 9 163 200 francs, 9 702 400 » 7 539 600 francs, 4176850 » 6337 500 » 0 514 550 francs, 914 195 Nr. 94 960 000 » 47 900 000 » 7 060 000 » 537 649 francs, 5036698 » S 500 51 » GOUVERNEMENT BRÉSILIEN. 495 à un accroissement d'exportations des recettes imprévues. Ainsi la plus- value des perceptions douanières de l'État d'Amazonas s’est élevée à plus de à millions de milreis en 1899, et le trésor de Manaos, loin d’avoir des intérêts de dettes à payer, possède un excédent considérable’. D'autre part, certains États, tels que Goyaz, Piauhy, Parahyba, incapables de subvenir à leurs dépenses, ont été obligés d'avoir recours au Congrès pour des subventions nationales. Presque tous demandent une partie de PALAIS DE L'ÎLE FISCAL, DÉPENDANCE DE LA DOUANE DANS LA BAIE DE RIO, Dessin de Boudier, d'après une photographie, leurs ressources budgétaires à la folie du jeu, qui hante la plupart des Brésiliens : le tirage des loteries d'État est la principale préoccupation pour des millions d'hommes. A Rio de Janeiro et dans les autres grandes villes des kiosques s'élèvent à chaque coin de rue pour la vente des billets. La plus petite division du territoire a gardé sa dénomination religieuse : c'est la frequezia, qui a pour sens originaire « réunion des fidèles »: en 1887, on comptait dans tout l'empire 1886 de ces paroisses, quelques- unes formant un simple quartier de ville, d’autres embrassant un terri- loire immense : en moyenne, elles occupent une superficie de 4220 kilo- mètres carrés, les deux tiers d’un département français. Au point de vue ! Budget de l'État d'Amazonas en 1892 : Recettes, . . . . . 6807 660 milreis, soit à 1 fr 30 le milreis 8 849 958 francs. Dépenses, . . . . . 4123528 » » » 5360326 » Excédent, , . . . ,. 2684332 » » ) 5489651 » Dr PS A94 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. religieux, le Brésil se divise en douze diocèses, deux archevéchés, Bahia et Rio de Janeiro, 19 vicariats généraux et 253 comarcas ecclésiastiques. Au point de vue civil, une ou plusieurs freguezias sont groupées en termos qui correspondent pour la plupart aux municipios; cependant quelques termos se divisent en « municipes », le corps politique correspondant le mieux, malgré son étendue considérable, à la « commune » française, Dans les statistiques brésiliennes, la population s’énumère par municipes, N° 416. — MUNICIPES DE L'ÉTAT DE RIO DE JANEIRO. ____ Ouest de Paris \ \ Vosaare) | henes lie Monte Verde ‘ K, Santo dde | LUS Go SRE À ee {am pret L H 4 { th, ÿ AAQES FA" Petropolis Fr 1e …. 2 re 3 Pirehy Ÿ. Fu ep Ma D CONS ES MALI TT = Rio Caro $ &o Marcés Q œ À = en, d'après favilla Nunes Chef lieu de municipe (] 100 kil. et la plupart des ouvrages géographiques mentionnent les villes avec un nombre d'habitants compris dans l’espace de plusieurs milliers de kilo- mètres carrés. La population agglomérée dans la localité centrale, qua- lifiée de « cité » (cidade) ou de « ville » (villa), ne représente souvent que le dixième du chiffre indiqué, ou moins encore. En 1887 on comptait au Brésil 910 municipes, soit 258 cités et 652 villes. Le groupement des municipes constitue la comarca. Les États se groupent diversement pour l'administration militaire et navale. Pour:le:commerce, le Brésil se partage en cinq préfectures : deux fluviales, A et du sud. Le table approximat en 1895, e YERSANTS. Côte équatorial Ensemble, . n u A GOUVERNEMENT BRÉSILIEN. 495 fluviales, Amazonas et Matto Grosso, et trois maritimes, du nord, du centre et du sud. Le tableau suivant donne la liste des États, avec leur superficie approximative, leur population recensée à l'époque la plus récente, évaluée en 1895, et leurs chefs-lieux. x s à + £ F £ EH BÉ | sis | Ês ÎlgE YERSANTS. ÉTATS. E + a H 2 € < 3 Z 2 | CHEFS-LIKUX. & g = F1 w = RER » ? & à 3 * SE 4 v 8 2: [6 "+ LA ï“ 80 654 (88) 90 060! 0,05/Manaos. . + .« .|1 720 000 SUPAPAR en ns 1070000! 4073550 » 450 000! 0,4 |Parà. Tocantins. . . |Goyaz SES 747 511| 21172 » 250 000! 0,33|Goyaz. Maranhäo. . . . .| 459884) 488443 » 500000! 1 |Säo Luiz. Piauhy. . . . . . 301 7971 266933 » 300 000! 4 |Therezina. Cearé.. . . . . . 104250! 952625 » | 1000000! 10 |Fortaleza. Côte équatoriale. {Rio Grande do Norte.| 57 485] 308852 » 320 000! 5,6 |Natal. arahyba. . . . . 14751| 496618 » 500 000! 6,8 |Parahyba. Pernambuco. . . .| 128 395|1 110831 » | 1150000! 9 IRecife. \Alagôas. . . . . . 8 491| 459371 » 550 000! 9,5 |Maceio. Minas Geraes.. . .| 57485513 018 804 » | 3 200 000! 5,2 |Ouro Preto. Säo Francisco et\Bahia . . . . . . 426 427|1 870 099 (90)| 2 000 000! 4,7 |Bahia. versant oriental. Sergipe.. . + . .| 39090! 232640 (88). 370000! 9,5 [Aracajü. Espirito Santo. . .| 44839] 121562 » 200 000! 4 5 4 |Victoria. Rio de Janeiro. . .| 68 928]1 053 817 (92)| 1 300 000 5 Nictheroy. ÿ doSul.\"" ” À Ur las hnndaes PTT 1394! 515559(90)! 550000/305 [Rio de Janeiro. Säo Paulo. . . . .! 290 876|1 506 272 (88)| 1 500 000! 5,2 |Säo Paulo. Paranä.. . . .)Paranä. . . . . . | 291319] 300 891 (90)! 320000! 1,45 |Curitibà. Santa Catharina . .| 74156! 256 546 (88)| 250 000! 3,5 |Desterro. Rio Grande do Sul.| 256 555| 965931 » | 1050 000! 4,1 [Porto Alegre. Matto Grosso.. . .11 390000! 79750 » 100 000 Cuyabô, | | | Ê 090 781 | 14 483 060 | 15 950 000 ! nl Uruguay. . . . Paraguay... . . Ensemble, . | | 9! pe Les d [RENL CHAPITRE III PARAGUAY Paisui les États de l'Amérique méridionale, très inégalement distribués, la Bolivie et le Paraguay restent séparés de la mer. À bien des égards, ces deux républiques hispano-américaines contrastent fortement : l’une occupe le sommet d'un plateau de 4000 mètres et les versants de mon- lagnes abruptes, tandis que l’autre, située entre deux larges fleuves, est une région de plaines et de basses collines: mais les deux contrées se ressemblent par leur développement historique. De part et d'autre, la nation se constitua isolément, en Bolivie dans les îles et sur les rivages du lac Titicaca, au Paraguay dans les clairières de la grande forêt sub- tropicale; les populations se groupèrent comme se développe la chair d'un fruit autour du noyau. Ainsi l’on s'explique pourquoi la Bolivie perdit le lambeau de terre que ses voisines de la côte du Pacifique lui avaient d’abord laissé sur le versant océanique des Andes : ce territoire n'était qu'une sorte d’appendice accordé au pays par une pure conven- lion ; une autre convention l'en a privé. Quant au Paraguay, il reste entouré de ses forêts, les populations du littoral ayant gravité autour d’autres centres d'attraction. Après le caractère des indigènes, l'élément principal dans l'histoire du Paraguay fut la domination des Jésuites, bien qu'ils aient été maîtres absolus seulement dans la partie méridionale de la contrée. Leur rêve d'empire universel ne pouvait être qu’une utopie dans l'Ancien Monde, où ils se trouvaient en lutte avec un esprit de renouveau tout différent de leur idéal. Cependant ils ne désespérèrent pas de triompher, et l’on sait combien grande fut leur influence dans les destinées de l'Europe ; XIX, 63 AUX NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, plus d'une fois ils purent croire qu'ils étaient à la veille de conquérir le gouvernement des nations, et qu'ils pourraient dresser l'humanité conformément à la discipline qu'ils avaient imaginée. Ne réussissant pas dans les pays qu’agitait le ferment de la pensée libre, ils voulurent pétrir à leur gré au moins les dociles sauvages de l'Amérique méridionale et constituer là-bas, loin des regards jaloux d’une société pervertie, un monde nouveau, obéissant placidement à la règle qu'ils apportaient. Leur plan embrassait le continent. Postés d'abord sur la lisière du plateau brésilien, dans leur collège de Säo Paulo, ils firent peu à peu, par de nombreux missionnaires recrutés en toutes nations, la conquête des immenses contrées de l’intérieur, jusqu'au pied des Andes et à l'entrée des plaines amazoniennes. Mais ils n'étaient pas venus seuls sur ces terres nouvelles et bientôt ils se trouvèrent gênés par des voisins laïques. Les aventuriers portugais, débarqués avant eux, avaient une autre ambition que de créer un empire modèle, et ne songeaient qu'à s'enrichir en capturant des esclaves ou en ramassant de l'or. De là d’incessants con- flits, et les Jésuites furent graduellement refoulés dans la partie du continent dont la république du Paraguay occupe le milieu. Ils y séjour- nèrent longtemps et trouvèrent enfin les sujets pieux et dociles dont l'existence se réglait au son des cloches : le peuple entier était devenu un troupeau de fidèles égrenant le rosaire et s’agenouillant devant l'autel. Mais l'esprit moderne continuait de les poursuivre et il leur fallut aban- donner ces Missions du Paraguay, comme ils avaient dû s’enfuir de celles de Guayra. Toutefois leur empreinte resta sur la population qu'ils avaient assouplie, même sur les habitants du pays restés en dehors de leur domination. En constituant ces communautés fermées, sans rapports avec le monde profane, ils avaient par cela même préparé l'inévitable conflit. Une fraction de l'humanité ne peut se maintenir distincte des autres hommes, et plus est considérable l'écart produit par l'éducation et les mœurs, plus le choc devient inévitable, Souvent des sociétés religieuses ont voulu se fonder à part du monde ambiant et toutes ont violemment péri. Un exemple récent est celui des Mormons de l’Amé- rique du Nord, qui fuyaient de solitude en solitude devant l’envahissement des colons du « Grand Ouest ». A la fin ils s'étaient établis dans un bassin fermé de hautes montagnes et défendu par des terres salines, d’âpres défilés, des ravins sans eau. Les « Saints des derniers jours » avaient, eux aussi, créé ce monde parfait de leur rève, modèle de la Jérusalem céleste, lorsque les « Gentils », acharnés à la poursuite, vinrent déchirer leurs lois et profaner leurs temples. le conquérir * l'humanité ussissant pas lurent pétrir éridionale et ervértie, un rtaient. Leur * du plateau peu, par de onquête des et à l'entrée ur ces terres laïques. Les tre ambition enrichir en essants con- a partie du Ils y séjour- dociles dont it devenu un ant l'autel. fallut aban- uir de celles ation qu'ils dehors de ns rapports l'inévitable istincte des l'éducation es sociétés t toutes ont de l’Amt- vahissement s un bassin nes, d’âpres S » avaient, a Jérusalem nt déchirer HISTOIRE DU PARAGUAY. 409 Mème après l'expulsion des Jésuites, la colonie espagnole du Paraguay se maintint à l'écart du gouvernement de Buenos Aires, dont elle était une dépendance officielle, et lorsque les provinces hispano-américaines se détachèreat de la mère patrie, la ville d'Asunsion, qui s'était révoltée isolément en 1811, refusa de se grouper avec les autres provinces pla- téennes sous l'hégémonie de son ancienne capitale. Bien plus, après quelques années d’agitation, pendant lesquelles l'indépendance conquise par la nouvelle République ne fut point menacée, le Paraguay se soumit à la dictature d’un maître qui parvint à fermer son pays aussi herméti- quement que la Chine et le Japon, alors interdits à l’entrée des « diables occidentaux ». Ce maître, Caspar Francia, réussit dans son entreprise el pendant vingt-six années, de 1814 à 1840, le Paraguay fut un pays inabor- dable. Cet homme étrange, Français par son père‘, par sa mère métis créole, théologien et juriste par ses études, prenant Robespierre pour modèle, ne se laissa pas détourner un seul jour de la ligne de con- duite qu'il s'était tracée : patriote ardent, mais d’un patriotisme exclusif, il fit du Paraguay un monde à part; il voulait que son peuple vécût en paix, et progressât matériellement dans l'ignorance absolue des révolutions étrangères; malgré son vif désir de voir les communautés hispano-américaines s'affranchir de la domination espagnole, il ne permit pas à un seul Paraguayen d'aller prendre part à la guerre d'émanci- pation et refusa d'envoyer des mandataires aux divers congrès qui se réunirent pendant les quinze années de luttes. D'un désintéressement absolu, il n'avait souci que d'accroître la fortune publique et constitua un monopole strict pour la vente des bois, du maté et de toutes les denrées ; si grand que fût son amour du pouvoir, il dédaignait d'en tirer orgueil par des relations et des échanges de civilités avec les puissances étran- gères : il lui convenait de rester ignoré de tous. Il rompit même avec le Saint-Siège, se déclara le chef de l'Église paraguayenne, abolit ce qui restait du tribunal de l’Inquisition, supprima les quatre monastères qui existaient encore, modifia à son gré la hiérarchie religieuse, même le rituel du culte, et nomma les desservants des paroisse: : adversaire des Jésuites, mais leur continuateur en politique, il était dictateur à la fois au temporel et au spirituel, et jamais souverain ne fut mieux obéi. Telle élait la frayeur, mêlée d’admiration et de respect, qu'inspirait le vieillard solitaire, sans amour et sans amitié, dont « l'oreille était dans chaque mur », que nul Paraguayen ne se serait permis de prononcer son nom, ! Rengger et Longchamp, Essai historique sur la révolution au Paraguay. : # (Al Ce | | | 1 il | 500 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. On ne l'appelait que el Supremo, où mème, comme S'il eût été immortel, el Perpetuo. Après sa mort, on le désigna comme cl Difunto, le « Défunt » par excellence, et pendant longtemps on n'osa S'entretenir librement du personnage auguste : en le mentionnant, chacun retournait la tête, de peur qu'un agent secret ne fût encore là, guettant les propos, A ce dictateur en succédèrent d'autres : le prem' lopez et son fils Francisco Solano, Mais les circonstances avaient ch . La population s'élait acerue avec une rapidité dont aucun autre pays ne donnait l'exemple; de l'autre eôté du Paranä, les deux provinces mésopota- miennes de l'Argentine, le Corrientes et l'Entre-Rios, s'étaient peuplées, et comme territoires de colonisation étaient en rapports directs avec la civilisation européenne. [l devenait impossible aux États limitrophes, Para- guay et Argentine, de ne pas se mettre en contact, soit par le commerce pacifique et l'échange des idées, soit par les violences de la guerre, Le 'araguay ne pouvait rester dans son isolement primitif : il Jui fallait un débouché vers la mer, acquis par une libre entente avec la mésopotamie Argentine, ou par la conquête, Allié avec lÜruguay, qui, pris entre la république platéenne et le Brésil, avait des intérêts identiques, le président du Paraguay se erut assez fort pour entrer! lutte avec les deux puissants États de l'Amérique méridionale. ] t l'avance sur ses adversaires, grâce à une armée bien organisée, à des arsenaux remplis, à des finances libres de toute dette, et, pour aller au secours de l'Uruguay menacé, il envahit les territoires du Brésil et de la répu- blique Argentine, Mais il n'eut point le temps d'arriver jusqu'à la mer et de porter aide aux Uruguayens: ceux-ci même, à la suite d'une révolution intestine, changèrent d'alliance, et leurs troupes, unies aux Brésiliens el aux Argentins, se portèrent à la rencontre de l'armée paräguayenne d'invasion, Le siège de la petite République, que les fleuves Paraguay et ’aranä défendaient comme un fossé de circonvallation, dura plus de cinq années ; pendant cette guerre terrible, le Paraguay sacrifia tous ses hommes valides; de retranchement en retranchement, d'Humaïta à lAquidaban, l'armée, sans cesse réduite en nombre, mais animée d'un patriotisme dont le monde moderne n'offre aucun autre exemple, résistait aux forces supérieures, puis, battant en retraite vers un nouveau poste de défense, bravait encore ses adversaires. Sur les champs de bataille, les Argentins ou Brésiliens vainqueurs ne trouvaient guère de cadavres. Les survivants tächaient de les enlever, et nombre de combattants avaient soin de s'at- lacher par le milieu du corps à un lazo et d'en fixer l’autre extrémité à l'arçgon de la selle : s'ils tombaient morts où grièvement blessés, leur r— ‘6 immortel, le « Défunt librement du Ut la tête, de 1S, 7 el son fils à population ne donnait 1S mésopoti- nt peuplées, rects avec la rophes, Para- e commerce a guerre, Le ui fallait un mésopotamie , pris entre entiques, le itte avec les l'avance sur es arsenaux au secours de la répu- Là la mer et e révolution X Brésiliens A raguayentie "ArAguay el plus de cinq ses hommes ‘Aquidaban, patriotisme aux forces de défense, s Argentins survivants oin de s'at- extrémité à lessés, leur: DES BORDS DU PARAGUAY. PRISE — VUE HUMAITA. ée par M. Cadiot. Dessin de G. Vuillier, d'après une photographie HISTOIRE, FRONTIÈRES DU PARAGUAY. 503 cheval les ramenait auprès des leurs, füt-ce en lambeaux, « précaution farouche, mais non sans grandeur! ». Les blessés prisonniers arrachaient leurs bandages; les vaincus cherchaient à mourir; la nation tout entière voulut tomber comme étaient tombées Numance et Saragosse”, À la fin, la nation virile tout entière avait presque disparu par la guerre, la faim, le choléra : il ne restait plus que des invalides, des infirmes, des enfants et des femmes. Réduits à une simple bande armée, les Para- guayens, acculés dans un ravin des montagnes, snccombèrent avec le dictateur en un dernier combat. Depuis des siècles, qui ont vu pourtant de si effrayants carnages, l'humanité n'avait pas souffert d'une lutte aussi acharnée, d’une destruction aussi atroce. L'isolement dans lequel la nation paraguayenne était maintenue depuis ses origines et l'éducation collective de soumission absolue qu'elle avait reçue de ses maîtres spiri- luels et temporels, telles furent les causes premières de l’écrasement de ce peuple, l'un des meilleurs et des plus doux qui aient vécu. Les frontières actuelles du Paraguay ont été dictées par les vainqueurs. La partie orientale, qui constitue le Paraguay proprement dit, est stricte- ment limitée entre des bornes naturelles. La rivière Apa, aux claires eaux passant sur des banes de roches blanches, sépare la République hispano- guarani de l'État brésilien du Matto Grosso : c'est le cours d'eau que les Brésiliens avaient constamment revendiqué comme frontière avant la guerre, Aux sources de cette rivière, la chaîne faitière d’entre Paraguay et Paranä, orientée à peu près dans la direction du nord au sud, forme la ligne de partage entre les deux États jusqu'au chaînon latéral de Maracajü, qui va rejoindre directement à l’est la vallée du Paranä. Tout le cours infé- rieur de ce fleuve, dans sa grande courbe jusqu'au confluent du Paraguay, sert de limite à la République sur ses deux côtés de l’est et du sud. Sur la rive occidentale du Paraguay, les solitudes du Chaco étaient réclamées en entier par l'Argentine, qui, ayant enlevé à l'État vaincu tout le terri- loire des Missions cisparaniennes, voulait lui arracher aussi les étendues cisparaguayennes du désert. Toutefois le Brésil, dont l'intérêt évident est de protéger le Paraguay, en le maintenant sous sa dépendance, et de s'en servir comme d’un tampon pour se défendre contre un envahissant voisin, ne favorisa point l'Argentine dans ses revendications, et le gou- vernement des États-Unis du Nord, choisi comme arbitre, se prononça en faveur du Paraguay. La rivière Pileomayo devint la ligne de séparation ‘ A. d'Escragnolle-Taunay, la Retraite de Laguna. 2 W. Gifford Palgrave, Ulysses or Scenes and Studies in Many Lands. 504 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. et tout le territoire d'entre-fleuves, de la droite du Paraguay à la rive gauche du Paranä, fut déclaré domaine paraguayen. Cette addition de territoire a valu au Paraguay de ne pas être la plus petite république de l'Amérique méridionale : il l'emporte en étendue sur lUruguay, mais lui reste très inférieur en population aussi bien qu'en importance com- N° 118. — ANCIENNES LIMITES REVENDIQUÉES ET LIMITES ACTUELLES. N | _ P Uuest de laris {éorumba Î A A Le cé Bahia Ne£raÿCoi Ft Ne pra (Uoimbra En ( AT TT PTS HIT D “Sorbon (Clips) S,86 À a ————— uest de Greenwich 52° C. Perrôn ÎTl ; Territoire anciennement revendiqué Territoire actuel 1 : 14000 000 — ———— ! 0 500 kil. merciale‘, Du reste, l’un et l’autre ne vivent que grâce à la rivalité jalouse du Brésil et de l'Argentine. Le Paraguay surtout serait actuellement à la merci des gouvernements de Rio ou de Buenos Aires s'ils s’entendaient pour le partage. La région peuplée du Paraguay ne forme qu’une étroite enclave au bord du fleuve entre le désert et la forêt. Considérée comme centre, Asuncion s’entoure d'un groupe semi-ovalaire de cultures, d'une superficie d'environ 5000 kilomètres carrés : c'est là tout le vrai Para- 1 Superficie et population probable du Paraguay en 1893 : 250 000 kil. carrés: 530 000 habitants; 2,3 hab, par kil, carré, ay à la rive addition de épublique de 'ULUAY, mais ortance com- 54 20 e 28° 52 C. Perrôn alité jalouse lement à la entendaient ’une étroite rée comme ures, d'une vrai Para- FRONTIÈRES, EXPLORATION DU PARAGUAY. 005 guay. Une bourgade et quelques clairières habitées, tels sont les seules traces de l’homme sur les bords du Paranä. Et cette étroite contrée ne jouit que d’une indépendance fictive : en cas de conflit, comment pourrait-elle se redresser en face des vainqueurs? Dès les premiers temps de l'occupation espagnole, le Paraguay avait attiré les explorateurs, et même la ville d’Asuncion fut fondée anté- rieurement à l’occupation définitive de Buenos Aires : les conquérants s'installaient au centre même du continent. La colonie paraguayenne était déjà constituée en 1536, sous Juan de Ayolas, et presque tout l'espace occupé actuellement par la république Argentine, Tucuman, Côrdoba, Buenos Aires, était gouverné par Asuncion. On reconnut d'abord la ramure navigable des fleuves jusque dans la région brésilienne dite Matto Grosso et l’on rattacha le fleuve aux vallées des Andes par des itiné- raires frayés dans les plaines de la Bolivie. Mais, outre les noms des contrées parcourues et les renseignements les plus généraux sur le relief du pays, l'Espagne ne communiqua rien à l'Europe au sujet de ses possessions centrales du continent : tout ce que l’on en sut vint des mis- sionnaires franciscains et jésuites qui vivaient au milieu des Indiens. La nature du pays ne fut révélée qu’à la fin du dix-huitième siècle, grâce aux explorations d’Azara, qui pendant vingt années parcourut le bassin de la Plata et ses divers affluents : il fut pour la partie méridionale de l’Amé- rique du sud ce que Hum:holdt devait être quelques années plus tard dans le bassin de l’Orénoque, l’initiateur des études scientifiques. Vers 1821, Aimé Bonpland, enlevé par les soldats du docteur Francia, fut obligé bien malgré lui de continuer dans l’intérieur pendant neuf années ses recherches botaniques, complétées depuis la guerre par Balansa. Rengger et Long- champ firent aussi un séjour forcé de plusieurs années dans le Paraguay eten profitèrent pour étudier le pays. Plus tard, des marins et quelques diplomates reçurent l'autorisation de remonter ou de descendre le cours du Paraguay et publièrent le résultat de leurs explorations. Leverger, Français devenu Brésilien sous le nom de baron de Melgaço, commença d'étudier le fleuve en 1846 et en dressa les cartes, de la région des sources jusqu'à son confluent avec le Paranä. En 1853, le gouverne- ment des États-Unis obtint aussi que le Paraguay fût ouvert à un de ses navires, et le Water Witch, commandé par Thomas Page, pénétra dans le fleuve et dans ses affluents du Chaco, le Bermejo, le Pilecomayo, l'Otuquis. Six années plus tard, Mouchez remontait aussi le Paraguay, continuant son grand voyage de circumnavigation autour de la partie orientale du con- linent, Mais le problème capital, celui de savoir si les communications xx. 64 506 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. fluviales par le Pilcomayo étaient possibles entre la Bolivie et le Paraguay, restait encore à résoudre, et maintenant encore il n’est qu’à demi résolu. On sait que le voyage peut se faire, mais au prix de grandes difficultés et de dangers. Aucune des très nombreuses entreprises tentées pour l'explora- tion du Pilcomayo n'a pleinement réussi, mais elles suffisent à prouver que cet affluent du Paraguay ne peut servir, sans travaux de correclion, à faciliter les communications entre le pied des Andes et l'estuaire de la Plata. Toutefois les rapports de peuple à peuple ne manqueront pas de devenir très faciles à travers ces plaines basses, grâce aux progrès qui se font à la fois de trois côtés, en Bolivie par le peuplement des hautes vallées, dans l'Argentine par la mise en culture des plaines du Chaco, au Paraguay par les campements de bûcherons et l'établissement de pares à bestiaux. Les itinéraires des explorateurs, quoique publiés par fragments et difficiles à coordonner, sont de précieux documents pour la carte future de la République. Actuellement, sauf le tracé du fleuve majeur, ceux du Jejuy et autres rivières explorées par de Bourgade, et les levés de la frontière septentrionale, on ne possède que des figurations approximu- lives de !1 eéographie paraguayenne. Il La république du Paraguay, prolongement méridional de l'État brésilien du Matto Grosso, est traversée dans sa région médiane par une chaine de hauteurs qui continue le faite détaché du plateau des Parexi. Aux sources de l'Apa, cette saillie de partage entre les affluents du Paraguay et ceux du Paranä porte généralement le nom de sierra Amambay. L'un de ses chainons, celui dont les roches avancées, arrètant les eaux du Paranä, les font plonger au saut de Guayra, a reçu le nom de sierra Mbaracayü (Mara- caju). Ces crêtes, qui servent de frontière politique entre le Brésil et la république hispano-guarani, ne sont nulle part assez élevées pour empè- cher les chasseurs et les yrbateros de passer de l'un à l'autre versant : Sandalio Sosa et de Bourgade les ont franchies à l’est des sources du Jejuy: l'appellation de cordillera de los Montes ou « chaine des Forêts », qu'on leur donne dans le langage courant, prouve que le grand obstacle à l’ex- ploration provient non des rochers, mais des fourrés trop épais. On n'a point encore mesuré les cimes de l'Amambay et du Maracajü, mais il n'est pas probable qu'elles atteignent l'altitude de 1000 mètres. Au sud de la diramation du Maracaju, le faite de partage se continue et le Paraguay, à demi résolu. difficultés et pour l'explora- ent à prouver de correction, L l'estuaire de queront pas de progrès qui se nt des hautes s du Chaco, au nt de pares à par fragments pour la carte leuve majeur, et les levés de ns appr'oxima- État brésilien ne chaine de . Aux sources iguay el ceux . L'un de ses lu Paranä, les racayà (Mara- » Brésil et la s pour empê- ire versant : ces du Jejuy; rèts », qu'on bstacle à l'ex- épais. On n'a mais 1] n'est » se continue EXPLORATION, MONTAGNES DU PARAGUAY, 507 dans l'intérieur, non par une chaine régulière, mais par une succession de croupes et d'ondulations, qualifiées avec exagération de sierras et cordil- leras. Quelques lomas ou collines et des cerritos, mornes isolés, précisent en quelques endroits les bornes de l'horizon, mais l’ensemble de la contrée s'incline en pente douce dans la direction du sud : une dernière saillie forme à travers le courant du Paranä les rapides d'Apipe. Vers l'angle sud-occidental du pays, les terres élevées s’abaissent brusquement en falaises et en promontoires, limités par les rivages d’une ancienne mer que remplacent des lagunes, des marécages et des terres herbeuses, dépas- sant à peine la surface liquide. Dans son ensemble, le Paraguay est un pays mouvementé, où des coteaux modérés abritent de gracieux vallons, où les forêts alternent avec les bosquets et les pâturages. Des grès con- stituent la plupart des montagnes, et les plaines sont formées de couches d'argiles et de pierres sableuses appartenant à l'époque tertiaire. Des cônes volcaniques se sont fait jour en quelques endroits du territoire : tel le cerro Tacumbü, immédiatement au sud d’Asuncion!. Plus à l’est, vers les sources du Mbuarapey, affluent du Tibieuary, s'élèvent d’autres sommets d’origine ignée, la sierra d'Acay ou du « Brûlant », hauts de 600 mètres environ. Ils sont d'accès difficile, à cause de leurs escarpe- ments, de leurs fourrés, des nids de guêpes qui se cachent dans toutes les fissures ; cependant on a gravi le morne principal, terminé, dit-on, par un cratère non encore oblitéré. Des tremblements ont souvent secoué la contrée et de nombreuses sources minérales jaillissent aux alentours*. De vastes étendues sont recouvertes d'une terre rouge qui atteint par- fois plusieurs mètres d'épaisseur, et qui se ravine profondément dans le voisinage des cours d'eau. Quelques-unes des terres si fécondes qui avoi- sinent Asuncion appartiennent à cette formation : on reconnaît dans la masse profonde une multitude de petits canaux ramifiés, semblables à ceux que laisseraient des racines et remplis d'un carbonate de chaux finement cristallisé; c’est l'aspect que présentent les fameuses « terres jaunes » de la Chine centrale, étudiées avec tant de soin par F. de Richthofen : on y trouve de petits coquillages très bien conservés que les pluies mettent à nu et qui restent épars sur le sol, De même que dans le Säo Paulo, les terres rouges sont au Paraguay d'une extrême richesse et les tabacs y réussissent d’une manière remarquable. Les alluvions noires déposées par les inondations sont également très fertiles en quelques lieux privilégiés, mais en divers endroits elles se composent de couches ‘ E. de Bourgade la Dardye, le Paraguay. 2 W. Giford Palgrave, ouvrage cité, 508 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, argileuses qui, en se desséchant, deviennent très dures et forment un sous-sol impénétrable à la charrue. Enfin quelques districts sont recou- verts d’un sable fin provenant de la décomposition des roches quar- tzeuses : cette arène ne produit que des touffes d’une herbe rare. D’autres sables, de couleur rouge, furent autrefois des grès qui se délitèrent sous l'action du soleil. Dans les monts du Paraguay, les minerais sont rares, à l'exception du fer et du sel. Le fleuve Paranä n'appartient à la République que par une de ses rives, entre les gradins principaux de son lit, au saut des « Sept Chutes », et son confluent avec l’autre fleuve. Celui-ci, le Paraguay, traverse dans son cours inférieur l'État auquel il a donné son nom. Large de 350 mètres en moyenne, il s'écoule d’un flot lent, en longues sinuosités, mais en maintenant sa direction générale dans le sens du nord au sud. Le courant, alimenté par les pluies abondantes qui tombent pendant la saison des chaleurs, aug- mente de plusieurs mètres dans les crues; même immédiatement en amont du confluent avec le Paranä, le fleuve s’est élevé de plus de 6 mètres en temps d'inondation. Les eaux s’étalent alors dans les plaines latérales et refoulent les rivières affluentes, mais ne forment pas de lacs comparables à ceux du Matto Grosso, si ce n’est dans les terres basses qui bordent au nord la région du confluent. On constate que le versant oriental a beaucoup plus d'eaux courantes descendant au fleuve que le versant occidental. Il faut en attribuer la cause à l’horizontalité du sol dans le Chaco : les pluies qu'y versent les nuages, et qui d’ailleurs sont moins abondantes que celles du Paraguay proprement dit, ne trouvent pas de pente d'écoulement et séjournent sur la terre en vastes plaques d'évaporation. Au sud de l’Apa, que les Brésiliens ont imposée comme frontière à leur voisine, la première rivière abondante est celle de l’Aquidaban, à la pittoresque vallée, où périrent en 1870 les derniers défenseurs de l’indé- pendance nationale. Dans cette partie de son cours, le Paraguay est lui- même une charmante rivière aux brusques détours, aux sites imprévus, ici bordée de sable, ailleurs glissant sous le feuillage des arbres penchés, plus loin lavant des falaises de marbres, creusées de grottes, festonnées de lianes et de fougères”. L'Ipané, puis le Jejuy s'unissent au Paraguay. Ce dernier affluent, à la double embouchure, porte les barques sur presque tout son cours, qu'interrompt un seul rapide et que limite à l’est, au * Martin de Moussy, Description de la Confédération Argentine. 2 E. de Bourgade la Dardye, ouvrage cité. forment un s sont recou- roches quar- are. D’autres élitèrent sous is sont rares, de ses rives, utes », et son ins son cours ‘en moyenne, aintenant sa alimenté par aleurs, aug- ent en amont 6 mètres en s latérales et comparables i bordent au l'a beaucoup occidental. > Chaco : les indantes que ‘écoulement frontière à daban, à la s de l’indé- ay est lui- s imprévus, ès penchés, festonnées Paraguay. ur presque à l’est, au FLEUVES ET RIVIÈRES DU PARAGUAY. 509 sortir des montagnes, une superbe cascade découverte en 1879 par des yerbateros ou chercheurs de maté; un des tributaires, le Capiguary, reçoit également les embarcations ou chatas d’un tirant d’eau de 60 cen- limètres'. D’autres petites rivières descendent de l’intérieur, entre autres le Salado, où s'écoule un flot saumâtre pris dans le lac Ypacaray, — en guarani le « Font d'Eau sainte », — bassin qui remplit une longue vallée, à la base méridionale de la cordillera de los Altos; sa plus grande profondeur ne dépasse pas 7 mètres. Dans la partie méridionale du Para- guay, l’affluent le plus considérable, le Tibicuary, décrit d'énormes détours et traverse des plaines marécageuses, lacustres autrefois : il en reste encore un bassin, la lagune Ipoa, vaste étendue d’eau douce où les oiseaux aquatiques gîtent par myriades entre les roseaux. Le grand fleuve du versant occidental est ce Pilcomayo, — Piscü-Mayt ou « Rivière des Oiseaux, » — dont tant de voyageurs ont essayé en vain de forcer le courant. Dès l'année 1721, le missionnaire jésuite Gabriel Patiño, accompagné de soixante-dix autres personnes, prêtres, soldats espagnols et guarani, aurait remonté le fleuve à la distance de 364 « lieues », c'est-à-dire d'environ 1800 kilomètres (?), en amont du confluent; mais, attaqué par les Indiens Toba, il avait dû rétrograder avant d'atteindre la Bolivie. Vingt années après, un autre prêtre jésuite, Castañares, navigua sur le fleuve pendant 83 jours, mais sans réussir à gagner la Bolivie, et dans un deuxième voyage il fut massacré par les Indiens. Du moins ces diverses tentatives pouvaient-elles donner espoir, et, plus d’un siècle après, le gouvernement bolivien, qui possède la région des sources du Pileomayo et qui a le plus d’intérèt à l’ouverture de cette voie navigable vers le monde extérieur, organisa, sous les ordres du géné- ral Margariños, une expédition qui, cette fois, devait commencer par le voyage de descente. Elle partit de las Juntas, c'est-à-dire du « confluent » où se réunissent les deux rivières maîtresses ; mais à une faible distance en aval les barques se trouvaient arrêtées déjà par le manque d’eau. L'année suivante, une nouvelle bande d’explorateurs, pourvue d’un meil- leur outillage, poussa plus avant; mais l'eau diminuait à mesure qu'on se rapprochait du but; il fallut d’abord abandonner les canots, puis les pirogues indiennes, et cheminer à pied le long des chenaux à demi taris et des lagunes ; enfin, à une distance inconnue du fleuve Paraguay, les voyageurs durent rebrousser chemin, n'ayant d’autres vivres qu’un rare gibier, des poissons et les racines d'une plante à fécule. ! Hugo Tôppen, Hundert Tage in Paraguay. 510 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, En 1882, Crevaux, qui dans ses périlleux voyages sur les rivières de la Guyane et sur les fleuves du versant amazonien, avait déjà fait de si utiles découvertes, voulut tenter l'exploration du Pileomayo, en descendant le cours fluvial; mais à moitié route il fut massacré avec presque tous ses compagnons par les Toba, ces redoutables Indiens qui avaient déjà forcé Patiño à la retraite et tué Castañares. Ce malheureux événement fit surgir de nombreux émules, cherchant à continuer son œuvre et à venger sa mort. Fontana, délégué par le gouvernement argentin, fit une reconnais- sance sur le Pilcomayo moyen dans le pays des Toba; Feilberg remonta le courant sur un espace de 255 kilomètres jusqu'à des rapides qu'il ne put forcer; Thouar et Campos refirent le voyage de Crevaux et dépassèrent le point qu'avait atteint leur devancier, puis gagnèrent le Paraguay en traversant la plaine; en 1885, en 1886, Thouar entreprit de nouveaux voyages, mais sans réussir à suivre le cours fluvial par une navigation continue. John Page, fils de l'explorateur du Paraguay, mourut à la peine en 1890, après neuf mois de voyage sur le Pilcomayo, et dans la même année Olaf Storm, franchissant les rapides à la montée du courant, finit par s'égarer au milieu d’une mer d'herbes flottantes. À la sortie de la Bolivie, le fleuve roule assez d'eau pour porter des embarcations de com- merce ; les navires pénètrent également dans son lit inférieur, mais vers le milieu de son cours il s'étale dans la plaine horizontale, impuissant à se creuser un lit ou déplaçant ses coulées de saison en saison. En 1844, : l'expédition de Margariños dut s'arrêter dans une campagne sablonneuse is où le courant, endigué par des amas de trones d'arbres qu'il n'avait pu déblayer, se divisait en une soixantaine de coulées à la pente incer- taine; en suivant à pied une de ces nappes d'écoulement, il la vit même se perdre dans le sol : en cet endroit le fleuve avait disparu. D'autres voyageurs, venus après Margariños, décrivent autrement les diramations du Pilcomayo : chaque erue, chaque apport de troncs d'arbres modifie le courant et le nombre de ses rameaux. Lors des crues, toute cette | région est un immense bañado, une terre « noyée », où flottent des îles d'herbes et de feuillages. En aval, la pente devient plus sensible, et de distance en distance l'eau glisse en plan incliné, non sur des banes de rochers, mais sur des couches de tosca, argile blanche d’une grande cohésion, probablement salines, car le Pilecomayo verse au Paraguay des eaux saumäâtres, On à cru longtemps que ses bouches avaient fréquemment changé, mais il se peut que des coulées latérales, des fausses rivières et des bayous aient été considérés à tort comme des bras du Pilcomayo. La bouche 0 mme Ep QE EN RES rivières de la it de si utiles lescendant le sque tous ses nt déjà forcé ent fit surgir à venger sa ne reconnais- & remonta le s qu'il ne put L dépassèrent Paraguay en de nouveaux 1e navigation at à la peine ans la même ourant, finit _ sortie de Îa ons de com- 1, mais vers Impuissant à n. En 1844, sablonneuse il n'avait pu Jente incer- la vit même ru. D'autres diramations res modifie toute cette ent des îles sible, et de * des bancs ‘une grande araguay des hangé, mais des bayous La bouche VUE PRISE SUR LE PILCOMAYO. par M. Ch. Cadiot. Dessin de G. Vui | PILCOMAYO. 15 actuelle rejoint le fleuve majeur à 5 kilomètres en aval d’Asuncion, vis-à- vis du promontoire de Lambaré : en 1721, lors de l'exploration du mis- sionnaire Patiño, son bras principal se serait trouvé à la distance de « neuf lieues », soit environ 45 kilomètres. Le rio Confuso, qui s'unit au Paraguay à 55 kilomètres en amont d'Asuncion, est un courant distinct, ainsi qu'en témoigne son eau beaucoup plus saline que celle du Pilcomayo; mais il se peut que, dans les grandes inondations, il communique par les baña- N° 116, —— PILCOMAYO. Quest de Paris C Perron’ 150 kil. dos avec le fleuve voisin. Quant à l’Araguay-Guazü, que Fernandez, mis sur la voie par un passage du livre d’Azara, explora en 1886 jusqu'à 150 kilomètres de son confluent, il efflue probablement du Pilcomaÿo vers le milieu de son cours‘. Les deux cours d’eau ont même aspect, même température, même degré de faible salinité : le nom d’Araguay ou Araa- quay guazü a été également appliqué par les indigènes au Pilcomayo pro- prement dit. Dans son cours inférieur, en aval du Tibicuary, le Paraguay reçoit 1 Boletin del Instituto Geogräfico Argentino, 1881. xx. 514 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, encore, sur sa rive droite, la rivière platéenne Bermejo, dont les eaux rouges coulent longtemps à côté du flot blanchâtre sans se mélanger, puis il se déploie en deux grands méandres, dont l'un, celui d'Humaita, longe la berge, haute de 6 mètres, où se dressaient naguère les formidables batteries paraguayennes : en 1858, une inondation, passant par-dessus les remparts, renversa une partie des canons dans la vase. De légères ondu- lations du sol fixent en cet endroit le courant fluvial, qui va s'unir à celui du Paranä par trois passes, — las Tres Bocas, — de forme changeante et de largeur inégale. À l'époque de la guerre, la principale voie, celle du milieu, d'environ 250 mètres, ne semblait être qu'un faible affluent du Paranä, vrai lac ayant 6 kilomètres de rive à rive. La bouche orien- tale, étroit bayou, rejoignait le Paranä en amont, près du passage histo- rique dit jadis paso del Rey et maintenant paso de la Patria. La troisième bouche, celle de l'ouest, entoure une longue île, del Atajo, que signale de loin un cerrito ou morne de 16 mètres en hauteur, et qui dès avant la guerre appartenait à la république Argentine, D'ailleurs, sous le ré- gime colonial, toutes les terres basses qui s'étendent au pied des col- lines du Paraguay dépendaient de la ville de Corrientes, comme région vague où les pasteurs pouvaient introduire des bestiaux pendant la saison sèche, mais sans établir aucune habitation permanente. La zone de plus de 200 kilomètres en largeur qui se prolonge des deux côtés du Paranä et où s'entremélent les eaux de marais sans profondeur, fut certainement la cuvette d'une mer intérieure où s'unissaient les deux grands fleuves, s’'épanchant alors au sud par un double versant, le bas Parani et l'Uruguay, dans l'estuaire de la Plata, Après le dessèchement de cette mer, les fleuves vaguèrent longtemps à la recherche d'un lit définitif, et certains marécages de la « mésopotamie » inférieure du Paraguay ont encore la forme serpentine de courants débordés. La ligne du tropique méridional traverse la République dans la partie presque inhabitée du territoire : le Paragony papuleux se trouve en entier dans la zone tempérée, où les alt des saisons s font déjà sentir comme dans l'Europe occidentale ; ndant les indig, ses ne con- naissent guère que le contraste de l'hiver et de l'été. La transition est brusque et le printemps se remarque à peine, parce que la plupart des arbres gardent leur verdure en hiver : la sécheresse, beaucoup plus que le froid, fait tomber les feuilles; en hiver mûrissent les oranges, fruit par excellence des jardins du Paraguay. Les extrêmes de la température vont dont les eaux mélanger, puis lumaita, longe es formidables par-dessus les légères ondu- s'unir à celui ne changeante ale voie, celle faible affluent bouche orien- passage histo- , La troisième ), que signale qui dès avant s, sous le ré- pied des cul- ‘omme région dant la saison a zone de plus du Parant et rlainement la ands fleuves, ùs Paranä ct nent de cette it définitif, et Paraguay ont ans la partie e trouve en æ font déjà es ne con- ransition est plupart des » plus que le es, fruit par érature vont FLEUVES, CLIMAT DU PARAGUAY, 515 des chaleurs torrides au point de glace; on voit parfois de la gelée blanche diamanter la pointe des herbes, surtout dans les régions voisines du Chaco et dans les savanes méridionales, où le rayonnement nocturne se produit avec intensité ; dans les districts boisés, notamment autour de Villa Rica, les gelées sont plus rares; d'ailleurs elles ne font nulle part beaucoup de mal, si ce n'est à la canne à sucre, dont les tissus sont désorganisés par le brusque dégel dès que.le soleil parait au-dessus de l'horizon. Les vents, qui soufflent généralement dans la direction du fleuve, soit du nord au sud ou du sud au nord, se succèdent en un brusque con- traste : ces écarts soudains sont le principal inconvénient du climat, surtout pour les immigrants. Le courant atmosphérique le plus commun descend des plaines du nord par le Matto Grosso; c'est une espèce de sirocco qui en été rend l'air presque irrespirable, même pendant les nuits; il irrite les gens nerveux, tandis que le vent du sud, qui se con- fond parfois avec le pampero, apporte les maladies de poitrine ; sa froidure arrête brusquement la végétation et parfois détruit les récoltes. Les vents d'est, fort agréables, légères brises qui modèrent les froids et les cha- leurs, ne soufflent que rarement, Les pluies, beaucoup plus abondantes dans la région voisine de la mer que dans les plaines de l'ouest, par- .courues par l'incertain Pileomayo, tombent d'ordinaire à la période des équinoxes, au commencement et à la fin de l'hiver, et sont fréquemment accompagnées. d'orages et de vents très forts ou ventarrones. On se plaint plus souvent des sécheresses que de la surabondance d'humidité". Par sa flore, le Paraguay appartient plutôt à l'aire brésilienne qu'à celle de l'Argentine, et même les rivières se bordent de forêts touflues qui ressemblent aux matlas du Brésil. Les arbres, d'espèces très variées, ont pour la plupart la fibre très dense et ne flottent pas natu- rellement : pour en faire des radeaux, il faut les alléger au moyen de jones et de bois à moelle épaisse. La plupart des essences brûlent diffi- clement, mais fournissent un excellent charbon : dans un pays d'in- dustrie, elles fourniraient des bois exceptionnels pour la construction, l'ébénisterie, la teinture; le caraguatä, espèce de broméliacée, donne un fi d’une finesse et d'une résistance bien supérieures à celles du chanvre, ! Conditions météorologiques d'Asuncion, d'après Mangels (7 années d'observations) : 1 *0$ ! Températures Jiiles Pluie Latitude. Altitude, minimale. moyenne, maximale. pluvieux. tomlée. 250 16” 100" — 60,9 240,27 o8,1 19 1",646 ei santé 515 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. mais encore peu connu en dehors de la Plata. Les palmiers, entre autres le caranday, s’entremélent avec l’araucaria, d’origine exotique dans cer- laines parties du pays; les missionnaires jésuites en portaient les semences avec eux partout où ils fondaient une « réduction » ; de là le nom : arbol N° 417. — RÉGIONS DES FORÊTS ET DES CAMPOS. 6° Duest de Raris Confluencia # Ke AE Colôniet ‘del APa* ï .* e 10 79 ve o . | SRogario: je Vig Hayes Ÿ PATTES , ‘ASUNCION\G o° ae 06, RD Ÿ ARE Sostura Je ph Eréarracen, ar Posade® =) / ce h'tge Ouest de Greenwich D'après de Bourgade, €, Perron. 1 : 7 500 000 6 500 kil. de las Misiones. C'est à la flore arborescente spontanée que les habitants doivent leur principale richesse d'exportation, le yerba maté. Outre les forêts, qui recouvrent la plus grande partie du Paraguay, à l'est du fleuve, des savanes s'étendent çà et là, presque toutes occupées par les nappes onduleuses de la graminée macega, qui s'élève à hauteur d'homme et dont , entre autres que dans cer- les semences e nom : arbol 54° :, Perron, les habitants lé. Outre les st du fleuve, v les nappes mme et dont FLORE, FAUNE, HABITANTS DU PARAGUAY. 517 Ja tige dure et les arêtes coupantes rendent la marche très pénible, même dangereuse pour les voyageurs qui ont la moindre blessure. Pour la faune de même que pour la flore, le Paraguay est une province brésilienne : il a trois espèces de singes, les vampires qui sucent le sang des bestiaux, le jaguar et le puma, le tapir, les sarigues, le capyvara, le boa, le crocodile, les termites, les fourmis et leur ennemi le tamanoir. L'autruche fandu vit dans les campos, beaucoup plus rare que dans l'Argentine. Le fleuve est une limite pour certaines espèces, et depuis l'époque où l'homme blanc a établi sur la rive gauche une lisière presque continue de villes ct de bourgades, tandis qu’il se hasarde à peii® sur la rive opposée, un grand contraste de la faune s’est fait de part et d'autre. D'après Gareilaso de la Vega, le mot Chaco signifie en guarani « champ de chasse », et en effet ces plaines sont parcourues par des multitudes d'animaux, que poursuivent les Indiens sauvages. Il faut dire toutefois que cette étymologie du mot Chaco est contestée. Habité par des Guarani et non par des Quichua, ce nom ne serait-il pas guarani, et dans ce cas n'aurait-il pas le sens de bañado ou « marécage »'? ITT La nation paraguayenne par excellence, celle à laquelle appartient la race métissée des villes et des distriets populeux, est la nation guarani. Leur civilisation devait, même avant l'arrivée des Jésuites, avoir conquis un certain ascendant, puisque leur langue était assez répandue pour avoir été adoptée comme un parler commun, lengua geral, entre les populations de diverse origine, des bords de l'Oyapok à ceux du Paraguay : ce n'est point dans le monastère jésuite de Porto Seguro, comme le dit Martius, c’est dans les marchés indiens, de peuplade en peuplade, que naquit le « lan- gage général ». Dans les forêts orientales du pays se maintiennent encore quelques familles pacifiques de Coagua ou Coyagua et autres Indiens, qui se tiennent à l'écart, non sans avoir conscience de leur parenté avec les autres Guarani, et qui les imitent grossièrement dans leurs céré- monies religieuses, legs des missionnaires jésuites. Les Apitare ou « Gens de l'Intérieur », tribus de potiers et de fisserands*, qui vivent entre les sources du Jejuy et Le saut de Guayra, appartiennent aussi à la même race. 1 Luis L. Dominguez, Boletin del Instituto Geogräfico Argentino, 1889. * Sandalio Sosa et de Pourgade, Proceedings of the R, Geographical Society, 1888. DIS NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Les Guarani sont au nombre des indigènes américains qui se rapprochent par le type de celui des Asiatiques orientaux : presque tous petits, de 1,97 en moyenne, gros et trapus, larges de poitrine et d'épaules, ils ont la figure d’un jaune brun, ronde sous un front bas et étroit, entourée de gros cheveux plats et noirs, avec des pommettes saillantes et des pau- pières légèrement obliques. Les Payagua, dont le nom, d'après Bonpland, serait devenu, sous une forme légèrement modifiée, celui du fleuve Paraguay, habitaient les bords du cours d’eau en amont d'Asuncion, qu'ils approvisionnaient de poisson, de bois et de fourrage pour les bestiaux. Hommes vigoureux, de taille plus élevée, de figure moins large, d'attaches plus délicates que les Guarani, ils se défendirent avec vaillance contre les Espagnols et périrent presque tous en ces guerres continuelles. Les survivants durent se soumettre, et on les amena dans la banlieue de la capitale pour leur imposer les travaux d'alimentation de la eité, comme pêcheurs, bücherons, éleveurs de bétail. Sous le gouvernement de Francia, ils étaient chargés de la police du fleuve pour empêcher l’arrivée des étrangers et prévenir tout commerce interlope'. Avant la guerre ils étaient environ cinq cents, mais presque tous succombèrent dans les batailles, sous le commandement d'officiers paraguayens : en 1878, il n'en restait plus que dix-sept. On ne peut sans tristesse voir leurs figures douces et mélancoliques. Avec eux dispa- raissent les plus artistes des Indiens de la plaine : ils tissaient des nattes, des corbeilles, des étuis de jone recouverts de dessins et d'arabesques, tournaient des vases élégants et même sculptaient dans l'argile ou le bois des statuettes offrant une expression de vie très remarquable? Leur langue, très différente du guarani, était d'une extrême difficulté de pro- nonciation : aucun Paraguayen n'avait pu l'apprendr:. Certains mots res- semblaient à de profonds gémissements. Les Lenguas et les Mbaya ou « Méchants », qui appartenaient jadis à la nation des Guayeurt, n'ont pas complètement disparu comme les Paya- gua : on en voit encore quelques-uns dans le Chaco, en face de Villa Con- cepelon, non loin des Angaites, qui, au nombre de 1500 environ, vivent un peu plus au nord, vis-à-vis du confluent de l'Apa, près de la frontière bré- silienne”, Ce sont les restes des peuplades guerrières qui, au début de la colonisation, enveloppèrent la petite bande armée d'Ayolas et la massi- crèrent en entier, Mais ces tribus s’éteignent peu à peu, Dans la foule Alfred Demersay, Histoire du Paraguay. * Luis Jorge Fontana, El Gran Chaco. 5 Albert [lans, Notes manuscriles. l'approchent tits, de 1,97 es, Ils ont la , entourée de et des pau- nu, SOUS une ent les bords it de poisson, de taille plus les Guarani, rent presque mettre, et on r les travaux rs de bétail. a police du it commerce ais presque it d'officiers On ne peul : eux dispa- t des naltes, arabesques, gile ou le iable*, Leur ulté de pro- ns mots r'es- nt jadis à la e les Paya- e Villa Con- 1, vivent un mère bré- début de la EL la massa- ns Ja foule DANS LE CHACO SEPTENTRIONAL. GROUPE D'INDIENS ANGAÏÎTES, 1 1# S [=] = 5 © +2 FA El =] 2 2 & = 20 2 1 n £ ÊË © = Ê a £ Le] e d: V e c € INDIENS DU PARAGUAY. 521 métissée des Indiens de langue espagnole qui habitent le Paraguay, on se demande quels sont les descendants des Guayeurü et ceux des fameux Abipon, au milieu desquels résida vingt ans le missionnaire Dobrizhoffer. Cantonnés dans la partie méridionale de la contrée, près du territoire des Missions, ils étaient naguère représentés par quelques familles, près de Santa Fé. Même à l'état libre, ils étaient un peu hispanifiés par le sang, puisque dans leurs incursions ils épargnaient toujours les femmes et les enfants, les ramenaient avec eux et les adoptaient dans leur nation. Encore au milieu du sièele dernier, les Abipon occupaient un terri- toire immense dans le sud du Paraguay actuel et de l’autre côté du Paranä, aussi bien qu'à l’ouest, dans les étendues du Chaco. Ils étaient néanmoins peu nombreux, à peine un millier de combattants; mais vers 1640, quand ils eurent appris à dompter le cheval, que les Espagnols avaient introduit dans la pampa, ils prirent l'habitude de parcourir le pays, à des centaines et même à plus d'un millier de kilomètres, pour se ruer à l'attaque et à la dévastation des colonies d'envahisseurs. Des villes construites à cette époque furent détruites et n'ont pas été rebâties. On évalue à plus de cent mille chevaux le nombre de bêtes que les Abipon, alliés aux Mocovi, capturèrent sur les Espagnols en cinquante années. En vain les mission- naires leur reprochaient ces habitudes de pillage : « La terre est à nous, disaient-ils, et tout ce qu’elle produit nous appartient ! » Ces terribles hommes de guerre n'avaient point de chefs proprement dits. Celui qui les conduisait au combat était un de leurs égaux, dont la force, l'énergie ou l'adresse leur inspirait confiance, mais qui ne jouissait d'aucun privi- lège après les combats et qu'ils remplaçaient à la première occasion. Ils vivaient au grand air, s’abrilant à peine de quelques branches, et tour- naient en dérision les Espagnols, « confinés dans leurs maisons comme des escargots dans leurs coquilles ». Leur vertu première était le courage et ils chassaient volontiers le tigre, dont ils mangeaient la chair afin de s’en assimiler la force ; mais ils dédaignaient la viande des animaux pacifiques, volailles, moutons, tortues. Ils croyaient fermement à la métempsycose et disaient que les âmes des méchants et des Jâches passent dans le corps des bêtes venimeuses et rampantes'. Quant à eux, ils devenaient les compagnons des sarcelles qu'ils voyaient planer en bandes dans le ciel et qui le soir les appelaient de leurs cris. Les échos lointains, le murmure du feuillage dans la forêt leur semblaient les voix des aïeux. Leur grand- père, affirmaient-ils, était la constellation des Pléiades : ils s’attristaient ! Charlevoix, l'Histoire du Paraguay. XIX, 66 529 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, quand un nuage passait devant ces étoiles, et se réjouissaient quand elles rayonnaient à nouveau; leur fête nationale coïncidait avec le retour annuel de ces astres sur l'horizon. Si braves contre les hommes, les Abipon ceraignaient fort les mauvais génies et cherehaient à ruser avec eux. Quand ils avaient tué un ennemi par surprise, ils ne manquaient jamais de lui ouvrir le ventre et d'y enfoncer la main du cadavre pour dérouter les esprits et leur faire croire à un suicide. Ils arrachaient la langue et le cœur aux morts de leur nation et les donnaient à manger aux chiens, afin de faire périr le meurtrier présumé. C'est aussi par crainte des influences mauvaises que les femmes des Abipon se gardaient avec horreur d'allaiter les enfants d'autres mères, tandis qu’elles n'avaient aucune répugnance à donner le sein aux petits animaux. Même après leur conversion, les fiers Abipon gardaient devant les missionnaires jésuites leur attitude d'hommes libres : avant de mourir ils se faisaient revêtir de leur costume guerrier pour entrer fièrement dans lautre monde, et les survivants se refusaient à enterrer les défunts dans les églises : il leur fallait l'air libre, même après la mort. On dit que la nation des Abipon, convertie vers le milieu du dix-huitième siècle, s'acerut rapidement par la suppression des pratiques d’avortement et d’infanticide, ainsi que par la cessation des guerres"; mais, soit par les croisements, soit par maladies ou autres causes, la nation n'existe plus. Les anciens alliés des Abipon, et peut-être leurs parents, les Toba, subsistent encore et sont même une nation puissante, qui, loin d'avoir été refoulée par les blanes, à gardé l'offensive. Maintes fois les Toba ont attaqué les colonies paraguayennes et argentines du Chaco, et l'on sait, par le désastre d'expéditions nombreuses, entre autres celle de Crevaux, combien il est dangereux de s'aventurer sur leur territoire. Is parcourent dans le Chaco les deux bords du Pileomayo, jusqu'à une grande distance au nord et au sud de ce fleuve, et de l’est à l’ouest on les a rencontrés du pied des avant-monts andins jusqu'au fleuve Paraguay. Les Toba sont de grande taille, de 1,65 à 1°,82, d'après Fontana. Ils ont la peau très dure, « comme celle d'un taureau” », et ne prennent de sandales que pour marcher dans les épines; même ils s'en passent à l’occasion, tant la plante de leurs pieds a pris une consistance cornée. La nature marécageuse du sol leur a donné une démarche bizarre : ils lèvent le pied verticalement jusqu'à la hauteur du genou avant de le porter en avant; ils ont gardé 1 Dobrizhoffer, Historia de Abiponibus. £ Cortes, Bolivia. quand elles ‘€ le retour 1ommes, les à ruser avec manquaient adavre pour rachaient la nt à manger st aussi par se gardaient les n'avaient Mème après aissionnaires se faisaient dans l'autre nts dans les A dit que la ele, s’accrut ’infanticide, ements, soil , les Toba, n d’avoir été s Toba ont t l'on sait, e Crevaux, parcourent ide distance ncontrés du oba sont de à peau très es que pour nt la plante icageuse du rticalement s ont gardé INDIENS DU PARAGUAY. 5925 comme allure normale celle que l'on prend au passage des étangs et des ruisseaux. Presque tous les Toba ont la bouche lippue et déformée, ce qui proviendrait, paraît-il, des fruits épineux du cactus que les enfants man- gent avec assez peu de précautions pour se blesser les lèvres. Chez quel- ques femmes, on remarque l'obliquité des paupières, ce qui les fait res- sembler à des Japonaises. D'autres offrent aussi le phénomène, bien rare chez les Indiens, d'une chevelure lisse, tournant au châtain, même au jaune. Elles ont l'habitude de se tatouer en bleu et en rouge par des dessins en lignes et en cercles. Dans les régions du Chaco central, les Toba s’introduisent encore des disques de bois dans le lobe des oreilles, ce qui leur a valu de la part de leurs voisins espagnols les noms d'Ore- gudos ou « Oreillards »'. On les appelle aussi Orejones, comme certaines tribus des hauts versants amazoniens. Leur idiome est complètement distinct de celui des autres peuplades indiennes : les Toba n’appartien- nent certainement pas à la famille ethnique des Guarani. Les Toba sont uniquement chasseurs et pasteurs : nulle part ils ne cultivent le sol. Ils se bâtissent des cabanes en branches, parfois disposées en polygone autour d’une place centrale. Ils déplacent facilement leur résidence temporaire : on les rencontre suivant les saisons en des régions très distantes. Ils pêchent dans le Pilcomayo au moyen de filets en fibre de caraguatä. Très portés à l'ivrognerie, ils ont pourtant le bon sens de se faire surveiller dans leurs orgies par un des leurs auxquels la boisson est interdite et qui sépare les combattants. Fréquemment aussi ils s'enivrent pour se préparer à leurs expéditions de guerre et, saisis de folie furieuse, ils se déchirent les chairs avant de se ruer sur l'ennemi. Après la victoire, ils rapportent à leurs femmes les cadavres des vaincus coupés en mor- ceaux et gardent comme trophées les crânes et les chevelures. La vue du sang leur coûte si peu, que souvent les enfants, par piété filiale, égorgent les vieux parents pour les empêcher de souffrir, Quand une femme meurt, on enterre son nourrisson avec elle”. La fille d'un chef atteignant l'âge de puberté, on l'enferme pendant deux ou trois jours, après lesquels on célèbre une grande fête de danses, accompagnées de musique. La céré- monie du mariage est très simple chez les Toba. Le poursuivant, agréé par le père de la jeune fille, part pour la chasse et tue quelque gros gibier qu'il vient apporter aux pieds de la future, prouvant ainsi qu'il est de force et d'adresse à la nourrir. Les époux dorment les pieds tournés vers l’orient, ! Luis Jorge Fontana, ouvrage cité. 2 À, Thouar, Tour du Monde, vol. XLVIL, 1887, 2° semestre, LA 52% NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, afin que le soleil levant en éclaire la plante et leur apprenne à marcher dans le droit sentier, car l'astre-dieu donne toute vertu par ses rayons. Les Toba ne sont point polygames, les femmes, fort jalouses, n'admettant pas de partage. Au moindre signe de rivalité, elles se battent en duel, et souvent jusqu'à ce que mort s'ensuive. Nues jusqu'à la ceinture, les hanches ceintes d'une peau de jaguar, elles s'arment les poignets d'un os de chèvre ou de quelque autre pointe tranchante et cherchent à entailler la poitrine ou le corps de l'ennemie, Les hommes assistent impassibles à ce combat souvent mortel, Pour réduire les Indiens du Paraguay et du Chaco, les prêtres ont plus fait que les soldats; mais ces prêtres furent les Jésuites, qui arrivaient dans le Nouveau Monde avec la ferveur d'une jeune ambition, résolus à faire de grandes choses et dévoués à leur idée jusqu'à la mort. Pendant deux siècles ils travaillèrent à l'établissement de leur société théocra- tique avec une persévérance inébranlable et une parfaite sûreté de méthode : les missionnaires, qui se succédèrent par centaines dans toutes les parties du continent, étaient tous animés de la même foi et de la même volonté. Pourtant les obstacles étaient nombreux et finirent par être insurmontables. Les difficultés de l’acclimatement, les maladies, les flèches des Indiens, le péril des voyages dans les forêts et sur les rapides, la fatigue, la faim, la soif, étaient peu de chose pour des hommes dévoués à leur œuvre; mais ceux-ci avaient surtout à redouter les gens de leur propre race et même de leur religion, colons civils, soldats, moines d'autres ordres et prêtres séculiers, venus d'Europe par amour des aven- tures, de la gloire, de la fortune ou par simple obéissance à des chefs. Le mobile même de leur conduite mettait les Jésuites en lutte avec tous les autres immigrants. Car ils voulaient convertir les Indiens, fonder avec ces peuplades méprisées une société modèle qui servirait d'exemple aux sociétés du vieux monde. Et ces hommes qu'ils essayaient d’assouplir, n'élaient considérés par les autres que comme un gibier. Il est vrai qu'en 1557 le pape Paul I avait officiellement proclamé que les Indiens étaient de « vrais hommes, capables de comprendre la foi catholique et de recevoir les sacrements ». Néanmoins on leur refusait la communion dans la plupart des églises, en alléguant leur stupidité native, leur ignorance et leur méchanceté*. Les traitants s'organisaient en bandes pour capturer des tribus entières, tuant les vieillards, les malades, et poussant devant Thouar, recueil cité, # Dobrizhoffer, ouvrage cité, e à marcher ‘ses rayons. L n'admettant , en duel, et ceinture, les nets d'un os at à entailler impassibles tres ont plus ui arrivaient ion, résolus ort, Pendant iété théocra- e sûreté de s dans toutes foi et de la finivent par es maladies, s et sur les des hommes les gens de dats, moines ur des aven- à des chefs. e avec tous iens, fonder t d'exemple d’assouplir, Il est vrai les Indiens olique et de union dans gnorance cel ur caplurer ssant devant INDIENS DU PARAGUAY, RÉDUCTIONS DES JÉSUITES. 525 eux les hommes valides, la lance dans les reins. Les Jésuites qui grou- paient des communautés d'indigènes passaient donc pour des accapareurs de la fortune publique et l'on cherchait à leur reprendre ce cheptel de bétail humain. On les haïssait aussi comme « étrangers », et par leur orga- nisation même ils s'exposaient à cette accusation; car, citoyens d’une patrie plus vaste que les étroites contrées d'Europe, ils appartenaient avant tout à l'Église catholique, c'est-à-dire « universelle »; Espagnols ou Portugais, Français ou Italiens, Allemands ou Slaves, ils ignoraient les divisions politiques introduites dans le Nouveau Monde, et peu leur importait de savoir si leurs communautés indiennes étaient censées appartenir au roi « très chrétien » ou à Sa Majesté « très fidèle ». Dans maintes insurrections locales, ils eurent à souffrir aussi de la jalousie d'autres religieux, dominicains, franciscains, mercenarios ou « frères de la Merci », et dans les villes on les chassa de leurs églises, on expulsa leurs fidèles, que l’on réduisit en servitude. Enfin, lorsque, malgré les persécutions, ils eurent réussi à fonder leur théocratie, on s’imagina que le travail des néophytes leur avait valu de grandes quantités d'or, et de toutes parts s'éleva contre eux un cri de haine : on en voulait à leurs richesses, parmi lesquelles on comptait les indigènes eux-mêmes, autant de futurs esclaves au service des pillards! La fortune des mission- naires en cultures et en bétail était réelle‘, mais elle n'avait de valeur que par la continuité du travail. Arrivés à Bahia en 1549, avec les fondateurs civils de la colonie, les Jésuites s’établirent aussitôt dans le voisinage de la côte parmi les Indiens les plus rapprochés. Leurs missions se propagèrent du nord au sud, sur les bords du Säo Francisco, à Porto Seguro, dans la capitainerie d'Espirito Santo, à Piratininga et à Säo Paulo. Partout leurs communautés réussirent, et dans quelques endroits même la prospérité matérielle de cette époque ne s'est pas retrouvée depuis. Le grand théâtre de leurs triomphes s'étendait plus à l’ouest, des deux côtés du haut Paranä, à cheval sur les limites présumées des possessions portugaises et espagnoles. Grâce à leur isole- ment, ils purent détourner de la vie sauvage et policer plus de cent mille indigènes ; mais sur leurs traces vinrent les chasseurs d'hommes, et l’on dit qu'en troisannées, de 1628 à 1651, les aventuriers paulistes, eux-mêmes presque tous Indiens par leurs mères et faisant partie de la classe des mamelucos, capturèrent soixante mille individus sur le terri- 1 Cheptel des Jésuites du Paraguay, avant leur expulsion, en 1767 : Bœufs, 771 840 ; Chevaux, mulets et ânes, 120 490; Brebis et chèvres, 251 000, 526 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, loire des Missions', Les tuteurs des tribus de Guayra comprirent qu'ils devaient pousser plus avant dans l'intérieur et mettre entre eux et les perséeuteurs de plus vastes forêts et de plus nombreuses cataractes. Dans le terrible exode, ils perdirent plus de la moitié de leurs fidèles par les fatigues, les accidents, les épidémies, mais réussirent enfin à trouver N° 119, —— MISSIONS DES JÉSUITES. C. Perron 1 : 15 000 000 ne etes 0 500 kil, un refuge en des terres inconnues sur les bords de l'Uruguay et du Paranä, loin des lieux habités par les colons espagnols et portugais. C'est là, et plus à l’ouest, dans les campagnes aujourd’hui boliviennes où vivaient les Mojos et les Chiquitos, que les missionnaires eurent enfin la joie de pouvoir réaliser ce « royaume de Dieu ,parmi les Hommes », l'idéal pour lequel ils avaient tant combattu et tant souffert. Le nom de « réductions » qu'ils donnaient à leurs groupements d’Indiens explique le but qu’ils poursuivaient. Ils voulaient « ramener » ! Charlevoix, Histoire du Paraguay. irent qu'ils e eux et les ractes. Dans dèles par les in à trouver 50° reenwich C. Perron uay et du portugais. boliviennes urent enfin Jommes », oupements ramener » RÉDUCTIONS DES JÉSUITES. 597 les indigènes, les soustraire à l'influence de la nature libre et régler leur vie par des rites et des préceptes, Pour se les attirer, ils ne reculaient devant aucun moyen, même l'attrait d'une ample nourriture, Ce fut une sorte de proverbe ehez les prêtres que, si la prédication de saint Paul entrait dans l'« oreille des païens, la leur arrivait par la bouche !». Is les séduisaient aussi par la musique et par la pompe des cérémonies. En descendant les fleuves dans leurs pirogues, en se frayant un sentier dans la forêt, les missionnaires chantaient des cantiques. Derrière eux les sauvages sortaient des fourrés où ils s'étaient cachés, saluaient les prêtres avec transport, et ceux-ci saisissaient l'occasion pour réciter leurs homélies. Lors des proces- sions, on jonchait la terre de fleurs multicolores et d'herbes odoriférantes ; des oiseaux attachés par un fil voltigeaient au milieu du feuillage des ares triomphaux. Sur le parcours du Saint Sacrement, les Indiens expo- saient le produit de leurs chasses et les semences de leurs jardins. Des musiciens accompagnaient le cortège et des feux d'artifice terminaient la journée. Le travail lui-même prenait un air de fête*, On y allait en commun au son de la flûte et du tambour, précédés par l'image d'un saint patron, Arrivés au champ, on y faisait un reposoir en feuillage, puis, après la demi-journée de labeur, on revenait au logis, en marquant le pas à la cadence de la musique. Dans leur œuvre de conversion, les missionnaires trouvaient le plus de résistance chez les vieilles femmes et chez les jeunes hommes : les pre- mières, qui jetaient les sorts et guérissaient les maladies, perdaient leur influence en acceptant les nouveaux dieux ; et les seconds devaient renoncer aux aventures de guerre, à la vie libre dans les savanes et les grands bois. Les Indiens dompteurs de chevaux furent les plus réfractaires; cependant presque tous finirent par entrer de gré ou de force dans le giron de l'Église : des sentinelles veillaient à la limite des colonies pour empé- cher les évasions. De 1610 à 1768, les « pères » baptisèrent plus de sept cent mille Indiens. En 1750 on comptait dans les réductions, au nombre d’une trentaine, plus de 155 000 Indiens convertis, et quelques-uns des villages avaient cinq ou six mille habitants. La statistique des fidèles était soigneusement tenue, car les missionnaires devaient payer au roi une piastre par tête d’Indien, et en échange de ce tribut on leur laissait gou- verner les communautés à leur guise; même on interdisait aux blanes le séjour dans le voisinage des Missions. Aux premiers temps le pouvoir royal 1 Dobrizhofler, ouvrage cité; — Muratori, Relation des missions du Paraguai. 2 Dobrizhoffer, Muratori, Charlevoix; — Martin de Moussy, les Missions jésuites. ü92N NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, était représenté auprès des sociétés de néophytes par un corregidor espa- gnol; mais les prètres obtinrent de le remplacer par un Indien, devenant ainsi complètement maitres de leurs « républiques chrétiennes », — « la plus précieuse portion du troupeau de Jésus-Christ », disait Charle- voix. Parfois aussi les missionnaires prêtèrent leurs Indiens au gouver- nement pour certains travaux de corvée : en 1726, ils envoyèrent à Montevideo deux mille hommes travailler gratuitement aux fortifications de la cité, Les prêtres qui les surveillaient logeaient en des cabanes de peaux, tandis que les ouvriers guarani couchaient en plein air". Une fois assouplis au régime, les catéchumènes suivaient strictement la règle. Chaque matin, avant le lever du soleil, les enfants se rendaient à l'église pour les exercices de chants et de prières, et loute la popu- lation assistait à la messe. Le soir, les enfants retournaient au catt- chisme, puis tous prenaient part à la prière, et la journée se terminait par la récitation du chapelet. Le dimanche, les cérémonies étaient plus nombreuses, et les fidèles avaient même à répéter la table des nombres. Ceux qui avaient une bonne mémoire devaient réciter les sermons par cœur. Le travail était strictement réglementé. Chaque famille recevait son lot de terre et la quantité de grain nécessaire à la semence, ainsi qu'une paire de bœufs pour labourer son champ; mais elle répondait aussi du bon état des animaux et des cultures, dont elle ne jouissait qu’en usufruit. La partie du territoire cultivée en commun restait sous la surveillance des prêtres : c'était le Tupambaë ou la « Propriété de Dieu », dont la récolte s'engrangeait en prévision des mauvaises années et pour l’entretien des infirmes, des orphelins, des artisans. L'excédent était transporté à Buenos Aires par la voie des fleuves, et on l'échangeait contre des objets de luxe fabriqués en Europe et destinés à l’ornementation des églises. Sur les côtés de la place centrale s’alignaient les ateliers des arti- sans, charpentiers, maçons, serruriers, tisserands, fondeurs, fabricants de violons et de flûtes, sculpteurs, architectes, doreurs, graveurs et même peintres, qui devaient considérer leur travail comme un acte de foi et mettre leur amour à l'embellissement des églises. Toute faute constatée par les surveillants, rapportée par des fidèles ou révélée par la confession publique ou privée, entraînait pénitence. Le coupable avait à comparaître dans l’église, devant les fidèles assemblés, et à recevoir des coups de vérge, en remerciant Dieu et les bons pères du châtiment qui lui était infligé. 1 Muratori, Paraguai. regidor espa- ien, devenant tiennes », — disait Charle- 18 au gouver- envoyèrent à fortifications es cabanes de SA t strictement s se rendaient ute la popu- ent au caté- se terminail étaient plus des nombres. sermons par » recevait son ainsi qu'une aussi du bon usufruit. La veillance des nt la récolte entretien des transporté. à t contre des entation des ers des arti- abricants de irs et même te de foi et te constatée a confession comparaître es coups de qui lui étail RÉDUCTIONS DES JÉSUITES, 529 Les missionnaires veillaient surtout à la séparation des sexes. Les hommes étaient obligés de couper leur chevelure, afin que de loin on pat déjà les distinguer des femmes: eux seuls avaient le droit de danser, et seulement dans les cérémonies religieuses, tandis que les chrétiennes devaient toujours rester modestement à l'écart, Les mariages se faisaient par ordre, immédiatement après la puberté, dès l'âge de dix ans pour les jeunes filles et de treize ans pour les garçons‘. Les puits, les fontaines, les lavoirs, lieux publies où hommes et femmes avaient accès, étaient placés dans un endroit découvert, facile à surveiller de loin, et des vieil- lwds, armés d'une baguette, punissaient incontinent la moindre atteinte à la décence, Des « zélateurs », chargés de rapporter tout acte blâämable, se trouvaient dans les groupes, à la promenade, au repas, au travail, Telles étaient les mœurs de cette « république » modèle, où l'obéissance aux missionnaires était absolue et d'où toute initiative restait interdite. Malgré cette discipline rigide, les Jésuites répugnaient à confier des armes à leurs catéchumènes, même pour la défense des Missions. Cependant l'urgente nécessité les avait obligés plusieurs fois à la résis- lance active contre les « Mammelus »*°, c'est-à-dire contre les Paulistes, pour la plupart mamelucos où « métis ». De 1638 à 1664 ils remporttrent quatre victoires contre les agresseurs; mais après chaque triomphe ils reprenaient les espingoles aux vainqueurs, craignant l'influence des chefs devenus populaires dans les combats. Décidés à ne plus armer leurs fidèles, il ne leur resta qu'à se soumettre, et quand les Jésuites reçurent l'ordre de quitter le pays, pas une goutte de sang ne fut répandue. Les réductions n'ayant aucune vie propre, les indigènes périrent rapi- dement dès qu'ils ne furent plus soutenus par la main qui les avait dirigés. On essaya pourtant de les sauver : ici des missionnaires d'autres ordres, ailleurs les autorités civiles, tentèrent de maintenir les commu nautés; mais la plupart des Indiens s'enfuirent, préférant la liberté dans les bois, En 1801, on ne comptait plus que 1#000 Indiens dans le terri- toire des Missions. Des bandits de l'Uruguay envahirent les villages, dépouillant les églises, emmenant les bestiaux”, puis les blanes s'intro- duisirent comme traitants ou fermiers : en 1814, près de 1000 étrangers, Argentins ou Orientaux, s'étaient mêlés à 8000 Indiens dans le ter- ritore des Missions. Enfin, en 1848, un décret présidentiel déclara les derniers indigènes des réductions « citoyens de la République » et les soumit LA, d'Orbigny, ouvrage cité. 2 Charlevoix, ouvrage cité, 3 Martin de Moussy, ouvrage cité. XIX, PE pe 530 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. au droit commun". Actuellement il ne reste plus rien de l'organisation élablie par les Jésuites, et ceux des anciens villages qui subsistent ne diffèrent point des autres agglomérations paraguayennes par les insti- Lutions ni par les mœurs. Cependant l'éducation qu'ont reçue les Guarani, celle que plus tard imposa un demi-sièele de dictature, ont certainement agi sur eux. Ils ont les qualités extérieures, la douceur, la politesse, le maintien, mais le grand ressort de la volonté leur manque. Quoiqu'ils ne possèdent, dit-on, aucun terme dans leur langue pour demander avec politesse où pour remercier, ils accueillent l'étrenger avec une déférence parfaite; en s'approchant d'une maison dont la porte es fermée, Je visiteur s'annonce du dehors par une salutation : Ave Maria, puis attend la réponse : Sin pecado concebida! avant d'entrer dans la demeure, où l'on ne manque jamais de l'inviter à prendre place. Mais qu'un maitre pénètre brutalement chez eux en donnant des ordres, ils obéiront, sans même protester. Les cas d’improbité envers l'État étaient naguère inconnus, Aucun peuple n'a pris part à une guerre sans merci plus docilement que le peupie guarani, et maintenant il se lise ravir ses terres sans protester, La nourriture des Paraguayens, si différente de celle des Argentins, doit contribuer aussi à leur donner un caractère de mansuétude : beaucoup parmi eux ne mangent point de viande; le manioc et les oranges constituent leur principale alimentation. La femme, qui travaille la terre, dirige aussi le ménage et la famille, C'est elle qui com- mande, et lorsque les unions, pour la plupart dépourvues de sanction légale, viennent à se "ompre, les enfants suivent toujours la rère. Les Paraguayens &es villes sont fortement hispanifiés, et d'aspect ne diffèrent point des Correntins, descendant comme eux d'Espagnols et de Guarani : ils parlent les deux langues et quelques journaux contiennent des articles et des poésies dans l'idiome indigène. L'élément basque paraît avoir été très fort au Paraguay depuis les premiers temps de la colonisa- Lion : [rala, qui fut le gouverneur de la contrée, avant et après Alvarez Nuñez, était un Euskarien. Palgrave? donne au sang basque une si grande part dans la nation paraguayenne qu'il l'appelle même « vasco-guarani », et d’après lui les gens à cheveux blonds, que l'on rencontre fréquemment au Paraguay, seraient les descendants de Basques à cheveux clairs comme on en rencontre souvent dans les Pyrénées Oecidentales, Martin de Moussy croit au contraire que les Hispano-Guarani grands et blonds qui consti- 1 Alfred Demersav, Histoire physique, économique et politique du Paraguay. 8 Ulysses or Scenes and Studies in Many Lands. ganisation bsistent ne w les insti- les Guarani, certainement olitesse, le . Quoiqu'ils r demander r avec une | porte esl Ave Maria, rer dans la place. Mais ordres, ils État étaient sans merci lise ravir ifférente de caractère de +: le manioc femme, qui le qui com- le sanction ère. d'aspect ne gnols et de contiennent sque parail la colonisa- ès Alvarez ie si grande -guarani », iquemment airs COMME de Mouss\ qui consli- PARAGUAYENS, VILLES DU PARAGUAY. 1 tuent une proportion notable des Paraguayens rappellent le type des soldats allemands venus avec Schmidel lors de la conquête. Les Para- guayennes blondes auraient bien la physionomie germanique et leur che- velure serait vraiment blonde comme les cheveux des femmes du Nord, non de ce blond ardent espagnol qui se rapproche du roux et qu'on retrouve dans tout le reste des régions platéennes", IV La petite république du Paraguay n'a que peu d'agglomérations dignes du nom de ville; la plupart des localités que lon honore de ce titre ne sont guère formées que de huttes basses en bois et en terre battue, mais to.:jours d’une propreté parfaite, couvertes en palmes ou en chaume et présentant une large varande, en façade sur la rue. L'église, massive et basse, construite dans le style importé par les Jésuites, occupe un des côtés de la place publique, avec un échafaudage en bois qui porte la eloche. Chaque maison à son jardin, sa cour, son hangar, enfermés par la palissade continue des jardins, interrompue seulement au passage des rues, La place, herbeuse et vaste, sert de pâturage aux ânes et aux chevaux. La rive paraguayenne du Paranä est presque inhabitée. Quelques ranchos, dans lesquels on voit des cités futures, apparaissent au milieu des arbres de la forêt et servent de rendez-vous aux chercheurs de maté : tel le hameau de Goycocheas, où s'arrêtent les bateaux à vapeur à la remontée du fleuve, et d'où se font les grandes expéditions de maté, Plus bas se montre Tacuru Pucü, entrepôt d’autres yerbales et futur terminus d'un enemin de fer atteignant le fleuve à une trentaine de kilomètres en “nent de l'embouchure de liguazt brésilien, Puis vient Guayarros, l'ancienne Villa Azara, ainsi nommée du naturaliste qui y passa quelques mois, en 1788, pour étudier la faune et la flore, Les campements devien- nent plus nombreux en aval, vis-à-vis des Missions argentines, et même un village important se présente sur la rive, à l'endroit où le fleuve, baignant la province de Corrientes, commence à couler directement dans le sens de l'est à l'ouest, Ce village, Itapuä, plus connu sous le nom que lui donnèrent les Jésuites, Encarnacion, commande depuis deux siècles le passage entre le Paraguay et le Corrientes, Les Jésuites en avaient fait 1 Description géographique et statistique de la Confédération Argentine. do? NOUVELLE GÉOGRAPIIE UNIVERSELLE, l'entrepôt de leurs missions méridionales, et plus tard, sous la dictature de Francia, Itapuñ s'entr'ouvrit au trafie du Paraguay avee l'étranger Les Guarani y amenaient leurs convois de mules, apportaient leur tabac leur maté, tandis que les Brésiliens du Rio Grande vendaient leurs cafés, leurs sucres, ainsi que des marchandises européennes, Tous les échanges se faisaient directement par troc, le Supremo ayant interdit Pex- portation des monnaies d'or et d'argent". Actuellement le commerce N° 119. — ENCARNACION, ee. SMartin "2 { El Carmen > S.Juan qe [NE En Le ENCARNAI 1ON < j : a RE ue . VE konbé 0 , ; V- {. A * — } \ Posadas f | è | N? TRS rt FE Ke is | Et FN Os SE Ÿ (x {l 709 000 — - —— ——1 0 20 kil est en grande partie détourné d'Itapuä par les bateaux à vapeur qui vont et viennent sur le Paraguay et sur le Paranä: mais des projets de chemins de fer, traversant une partie du territoire des verbales, abou- pi lissent à ce port : en face, sur la rive de Corrientes, se montre la ville de er Posadas, qui doit elle-même se rattacher au cours du bas Uruguay par di Monte Caseros. pl Encarnacion se trouve déjà en dehors de la zone où croit la verba maté: in mais les anciennes missions situées un peu plus au nord, en desterritoires d accidentés que parcourent de petits affluents du Parané, possèdent encore di 1 Francis de Castelnau, ouvrage cité, ä la dictature : l'étranger, it leur tabac daient leurs s, Tous les nterdit l’ex- ; commerce nacio mirin| — | reto vapeur qui projets de ules, abou- la ville de NON PUQUAY pal erba maté: territoires ent encore ._” 299 VILLES DU PARAGUAY. de vastes verbales. La population indienne qui constituait autrefois les paroisses des missionnaires s'est maintenue dans la contrée, quoique en nombre très diminué. Les villages subsistent : Trinidad, Jesus, San Pedro, Santiago, Santa Rosa, Santa Maria, San Ignacio Guazü, se composant de huttes basses dominées par des restes de constructions massives et de lourdes églises. La plus riche de ces « missions », consacrée à la patronne des Guarani, Santa Rosa, était visitée chaque année par des milliers de ANCIENNE ÉGLISE DES JÉSUITES DE PIRAYÉ, Dessin de A. Slom, d'après une photographie pèlerins qui ne venaient jamais les mains vides : aussi l'église, qui existe encore, était-elle fort riche en objets d'or et d'argent; un fossé la défen- dait autrefois contre les pillards'". Entre Santa Maria et Santa Rosa, la plantation de Cerrito rappelle le séjour d'Aimé Bonpland, qui y fut interné pendant neuf années par ordre du dictateur Franeia, En aval d'Encarnacion, on dépasse une ancienne mission, San Juan, et les villages du Carmen et de San Cosme, puis, après avoir franchi le dernier rapide A. Baguet, Rio Grande do Sul et le Paraguay. 94 NOUVELLE GÉOGRAPIIE UNIVERSELLE, du Paranä, l'Apipe, il ne reste qu'à se laisser porter entre les campa- unes basses des deux rives jusqu'au confluent des fleuves, en amont de la cité de Corrientes. A son entrée dans le territoire paraguayen, le cours d'eau qui à donné son nom à la petite république baigne d'abord une ruine, l'ancien fort de Confluencia, De même la plupart des villages qui se succédaient en aval sur les méandres du Paraguay, au pied des coteaux boisés, n’ont laissé que des amas de décombres ; cependant le pays commence à se repeupler et des caféteries s'établissent à l'issue des vallées, Après San Salvador ou Divino Salvador, premier groupe d'habitations, vient Concepcion, qui fut autrefois un des grands entrepôts de maté. San Pedro, à une certaine distance du fleuve, sur le bord du dejuy, est une jolie villette, dont là rue principale est bordée d'areades à la mode espagnole"; les vallées dont elle est le marché sont riches en forêts et en pâturages, et, d'après le dire des indigènes, on trouverait de l'or dans la région des sources. Plus au sud se montrent des ruines de la guerre; mais on approche d’Asuncion et quelques essais de culture se font sur les deux rives. À l'ouest, dans les campagnes basses que parcourent le rio Confuso aux ondes salées et divers autres bayous voisins du Pilcomayo, se montre là colonie de Villa Hayes, ainsi nommée en l'honneur du président de 1: république nord-américaine qui, en 1879, trancha au profit du Paraguay la question débattue avee l'Argentine au sujet du Chaco septentrional. Cette colonie, dite aussi Villa Occidental, était connue autrefois sous le nom de Nueva Burdeos, ayant reçu pour habitants, sous le gouverne- ment du premier Lopez, des immigrants de Bordeaux. Isolés dans cette plaine marécageuse, ils furent décimés par les fièvres et souffrirent plus encore de la nostalgie : 11 fallut rapatrier presque tous ces malheu- reux. Depuis la paix, la colonie à reçu de nouveaux hôtes, pour la plupart Italiens, qui s'occupent peu d'agriculture, mais possèdent de grands troupeaux et coupent des bois de construction et d'ébénisterie pour les marchés d'Asuncion et de Buenos Aires. La colonie Crevaux, fondée en 1885 sur le haut Pilcomayo, non loin de Lipantipueñ, l'endroit où périt le voyageur, n'eut jamais qu'une existence fictive. Asuncion, la capitale du Paraguay, se présente superbement par une terrasse qui domine d'environ 15 mètres la rive gauche du fleuve, Comme presque toutes les villes américaines d'origine espagnole, elle à été construite en damier, el ses rues poudreuses se prolengent au loin dans 1 Albert Hans, Notes manuscriles. au » les cam pi- en amont de qui à donné neien lort de aient en aval , m'ont laissé se repeupler San Salvador ace peion, qui une certaine lette, dont la vallées dont et, d'après des sources, on approche leux rives. À Confuso aux se montre Îa ésident de 1: du Paraguay eplentrional. efois sous le e gouverne- is dans cette { souflrirent ces malheu- ir la plupart U de grands rie pour les , fondée en roit où péril ent par une ive, Comme elle à été u loin dans SAN PEDRO, VILLA HAYES, ASUNCION. 090 les campagnes. Bien que se repeuplant assez vite, elle reste inférieure à ce qu'elle fut jadis : les herbes, les arbustes ont envahi les rues éloignées du centre, el quelques places sont des fragments de savanes où serpentent d'étroits sentiers. Les palais qui devaient faire d'Asuncion la eité la plus somptueuse de l'Amérique méridionale tombaient naguère en ruine : res- laurés maintenant, ils contribuent à donner à la cité un aspect grandiose, du moins si on la compare aux villes du Matto Grosso. L'arsenal, fondé avant la guerre et jadis très animé, possède des chantiers de construction N° 120, — ASUNCION, Quest defaris ; Fe C.Perron c'après BourBade 1 45 000 i 10 kil, d'où l'on à lancé plusieurs bateaux à vapeur. Le port, en communic- tion directe avec l'estuaire de la Plata et avec l'Océan, reçoit les grands vapeurs de Montevideo et de Buenos Aires, tandis qu'en amont ne passent que les navires d’un faible Urant d'eau. Comme la plupart des villes du Nouveau Monde, elle a dans presque toutes ses rues des lignes de rails où se fait un mouvement de voyageurs très actif. Asuneion n'est guère qu'un entrepôt de commerce et ne possède d'autre industrie que celle de la fabrication des bagues et autres petits objets en or. Les femmes approvisionnent très largement le marché de fruits et de légumes. Un chemin de fer, actuellement (1893) l'unique du Paraguay, se dirige au sud-est à travers les orangeries et les bananeraies, parsemées de maisons 596 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, de plaisance, Au delà de la charmante ville de Luque, qui fut la capitale d'un jour, vers la fin de la guerre, quand Lopez eut donné l'ordre d'évacuer Asuneion, la voie longe la rive occidentale du gracieux lue d'Ipacaray, el passe au pied de colline de Cerro Leon, où se trouvait le quartier général au début de la grande guerre, Aregua, agua, Pirast sont les principales stations de la vallée lacustre, Plus loin la ville de Pa- raguari, connue pour ses tabacs, qu'on exporte aux marchés européens, s'élève à côté de la voie, au-dessous d'un morne imposant percé de grottes : saint Thomas y évangélisa les Guarani!, ditune légende d'origine probable- ment jésuite, car Paraguart fat une des missions fondées par la Compagnie de Jésus, qui y possédait d'immenses troupeaux. Maintenant li contrée, où se pressent les petites villes et les villages, est Surtout un pays d'agricul- ture; ses habitants se livrent même à quelque industrie, fabrication des huiles, préparation des cigares, extraction de l'amidon. Les femmes de quel- ques villages sont de fort habiles dentelières: les gens d'Ta tournent des poteries qu'on expédie à Buenos Ayres, el ceux de Yaguaron extraient les sence des fleurs d'oranger, La plus $nuportante colonie fondée par le vouvernement, San Bernardino, à été établie au nord du lac, sur les pentes el dans les vallons de la cordillera de Atos. La plupart des colons, d'origine allemande, S'adonnent à Félève du bétail, fabriquent du beurre et du fromage, où vendent leur lait pour le marché d'Asuneion à la station du chemin de fer la plus rapprochée? Cependant un grand nombre des premiers colons de San Bernardino ont abandonné leurs lots à cause du manque de communications faciles, Is ont été remplacés el le noyau de la colonie se tranforme graduellement en villette rurale, Villa Rica, autre fondation des Jésuites, le chef-lieu de la région imté- rieure, est située sur les déelivités mourantes de la cordillère centrale, dans une région des plus fertiles qu'arrosent le «grand » et le « petit Tibieuary. Les champs de mamoe et de tabac berdent les rivières, con trastant avec les forêts épaisses qui recouvrent les pentes des collines, De petites lanches à vapeur remontent le fleuve sinueux jusque dans Villa Rica, destinée à devenir un centre de convergence pour les che- mins de fer du Paraguay. Sur la ligne d'Asuneion viendront prochaine- ment S'embrancher deux voies pour rejoindre le Parant, Fune à les par la vallée du Monday, l'autre au sud vers Tapuñ où Encarnacion. Parmi les immigrants qui se préparent à coloniser les terres du Paraguay, Alfred Demersay, ouvrage cité: E. van Bruvssel, République du Paraquar. > E, de Dourgade La Dardve, le Paraguay. fut la capitale donné l'ordre L gracieux lac où se trouvail lagua, Pirayu a ville de Pa- Ûs curopéens, "cé de grottes : eine probable la Compagnie la contrée, où a Ys d'agricul- ibrication des mines de quel- lournent des extraient l'os ondée par le du lac, sur | plupart des abriquent du d'Asuneion à nt un grand né leurs lots remplacés el rurale, région inlé- re centrale, le « peut ivières, con des collines, jusque dans our Îles che- L prochaine- l'une à l'est Encarnacion. u Paraguav, PALMAS». LA CALLF PRISE DANS ALE AUNCION. 4 La Fi ët o £ É = T d ÿ ASUNCION, 030 oc cite des Australiens, auxquels le gouvernement a fait la concession d'une superficie de 576 kilomètres carrés, sur les bords de la rivière Tibicuary. La société cessionnaire sera tenue d'y établir en 1895 et IS9# plusieurs centaines de familles australiennes, qui partageront annuellement le produit du travail de la communauté et s’administreront en nommant, à la majorité des voix adultes, femmes et hommes, les directeurs de Ja commune. Le souvenir des anciennes missions para- guayennes, où chaque famille était assurée d’avoir le nécessaire, aurait N° 421. — D'ASUNCION À VILLARICA. Nat Le afuaro C Perron 40 kil, été pour quelque chose dans ce plan d'organisation, dont les débuts ne paraissent pas avoir été heureux. Au sortir d'Asuneion les voyageurs qui descendent le Paraguay ont bientôt perdu de vue la cité, cachée par la haute colline de Lambaré, se dressant à une centaine de mètres au-dessus de la rive droite : la tra- dition veut que le cône ait reçu ce nom en l'honneur d’un chef indien qui s'y défendit avec courage contre les premiers envahisseurs espagnols, en 1528 : Sébastien Cabot, quoique vainqueur des Indiens, n'aurait pas osé pousser plus avant. Toutefois Schmidel, racontant la conquête du Paraguay, — Parabol, comme il l'appelle, — parle déjà de la montagne 40 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, de « Lambari ». Quelques collines, qui contiennent des couches de sel, comme Lambaré, se succèdent le long de la rive gauche et forment un petit massif au-dessus de la gracieuse Villeta, qu'entourent des palme- raies et des orangeries : à l'arrivée des bateaux à vapeur, les femmes vètues de blanc accourent, portant sur leurs têtes des corbeilles de fruits, Le groupe de collines se termine au sud par un promontoire qui rélrécil le fleuve : e'est le fameux « Étroit », l'Angostura, où le lit n'a pas plus de SO mètres en largeur. Les Indiens essayèrent de le défendre contre les envahisseurs espagnols, et trois siècles plus tard les Paraguayens tentèrent d'y arrêter la marche des alliés par de puissantes fortifications qu'avait élevées l'ingénieur anglais Thompson; mais l'armée brésilienne, au risque d'être surprise et noyée ‘par une brusque inondation du Paraguay, tourna la position en passant à l'ouest, à travers les solitudes du Chaco, et reparut au bord du fleuve en amont d'Angostura'. En aval de ce défilé où les Paraguayens avaient vainement espéré de conjurer leur destin, il n°y a point de bourgs importants au bord du fleuve : Oliva et Villa Franca sont les dernierS villages qui se trouvent sur des renflements de collines se rattachant aux terres accidentées de l'intérieur, Au sud, le Tibieuary s'épanche entre des marécages, anciennes baies de li mer qui recouvrait autrefois tout le sud de la contrée, Villa del Pilar, qu'on appelle d'ordinaire Nembuet, autre petit groupe de pail- lottes, occupe une situation excellente en apparence, entre les deux confluents du Tibieuary et du Bermejo, au point de croisement de deux grandes voies naturelles; mais en pays désert ce sont là de chimériques avantages. La coulée du rio Nembuet, se déversant dans le Paraguay à Villa del Pilar, est un des bayous qui suintent des marais de l'inté- rieur: ce fut évidemment un des anciens lits du Parand, et quand on vou- dra dessécher le pays, il sera nécessaire de creuser un canal suivant la direction du cours primitif. Sous la dictature de Francia, Pilar fut pen- dant un temps ouvert au commerce étranger : les trailants y appor- aient leurs marchandises, mais il leur était interdit d'aller plus avant. Nombre d'émigrants de Corrientes se sont établis dans cette ville d'avenir, qui se trouve presque en face de la ville argentine dite Puerto Bermejo : tous les progrès de l’une des villes profiteront à l'autre. Quelques pans de mur, des ruines de murailles, des cabanes, sur les berges qui dominent le méandre d'Humaita, à mi-distance de la bouche du Bermejo à celle du Paranä, rappellent la Troie paraguayenne qui résista {De Taunay, Memorias, tome VU. iches de sel, t forment un t des palme- les femmes les de fruits, e qui rélrécil n'a pas plus dre contre Îles ens tentèrent lions qu'avail ne, au risque lu Paraguay, es du Chaco, nt espéré de rd du fleuve : vent sur des e l'intérieur. ciennes baies fe, Villa del upe de pail- tre les deux dent de deux chimériques APAQUAY À us de l'inté- and on vou- \Ù suivant la ilar fut pen- Sy appor- * plus avant. Île d'avenir, to Bermejo : nes, sur les e la bouche e qui résisla ANGOSTURA, HUMAITA. o4t 0 pendant deux années, de 1866 à 1868, aux armées et à la marine des puissances alliées. Tout l'espace qui sépare l'ancienne forteresse de l'em- bouchure du Parand est teint de sang. Sur ce fleuve, le poste d'Itapirt ne put être acheté par les Brésiliens qu'au prix d'une terrible bataille; en amont, sur la rive gauche du Paraguay, Curuzü était armée de batte- ries qui arrêtèrent longtemps la flotte brésilienne; plus haut s'élevaient les N° 12), — PARAGUAY SUD=OCCIDENTAI, sé. Qi A à fr Tacuarase: à ‘ses. . à js QUE del Par: Zstero henbiss > jé dx ET Eathu er + sat: », g, la Umbü e Pedro Gonzalez "im, * ; ne ue Eu PE F TES ? £stero à Lo//uco 1 Fe Deëmochadogs # k RTL ET ITR fs 50 de la Patrie \tati YA arf “te | te um ÿ j Iranquera de S.} iéuol Wranquera de Loreto LE | ' qe net —— he Quest de Greenwich 56"40 1 : 2400000 1 1 Ü 100 kil. forts de Curupaity, que les forces alliées essayèrent en vain de prendre d'assaut, et que plus tard la flotte réussit à dépasser, à demi désemparée. Dans l'intériear, les camps de Tuyuti et de Tuyucué, ainsi nommés du radical tuyu qui signifie « boue », les passages du grand marais ou estero Bellaco et, sur les bords du Paranä, les berges du paso de la Patria, furent aussi le théâtre de combats acharnés; puis l'invasion du choléra lit de la région un immense cimetière. Quant à la forteresse d'Humaita, elle ne fut point prise de vive force : les eaux du fleuve, gonflées par les pluies estivales, $étant élevées à une hauteur inaccoutumée, la puissante 542 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. chaîne qui fermait le passage se trouva submergée à plus de 5 mètres, et, par une nuit brumeuse et sans étoiles, quatre des sept navires cuirassés qui composaient la flotte brésilienne franchirent la passe. Les défenseurs d'Humaita, pris entre deux feux, d’un eôté par les navires, de l'autre par les troupes échelonnées sur une ligne de circonvallation de 40 kilomètres, construite d'Itapirä sur le Parand à Tayi sur le Para- N° 193, — HUMAITA. Quest de Paris Mestre te Quest de Créënwich 1 : 120000 DRM PE. LU kil. guay, durent évacuer la place pour aller au nord chercher un autre point de résistance". Des postes militaires érigés sur pilotis ou sur des monticules artificiels gardaient autrefois le confluent, entre le Paranä de nuance vert sale et le 'araguay à l'eau d'un brun jaunâtre; mais aucune ville, aucun village ne se sont élevés sur le terrain boueux. D’après Felix de Azara, le Paraguay ne roulerait pendant la saison des basses eaux qu’un flot de 200 à 220 mi- tres cubes. 1 Villes principales ou historiques du Paraguay avec leur population approximative : Asuncion . , . . . . . 35 000 habitants | Concepeion.. . . . . . 2 000 habitants. Luque . 4... . . . 9 000 ] Villeta,. . , , , , ,. 2000 » Villa Rica. . : . . . . 7500 » Villa del Pilar. . . . 2000 » San Pedro, . . . . . . 3 500 ] TR ET et 2000 » Paraguari. . . . 3000 » Encarnacion. . ‘ 1500 » ÿ mètres, et, ires cuirassés S défenseurs , de l’autre vallation de sur le Para- A autre point artificiels rt sale et le n village ne le Paraguay ) à 220 mb- 000 habitants, 000 » 000 1] 000 ) 500 » POPULATION DU PARAGUAY, 45 Le premier recensement du Paraguay date de la fin du sièele dernier : d'après Azara, la population totale de la province, y compris les Indiens des Missions, aurait été de 97 480 individus. Depuis cette époque jusqu'au commencement de la guerre, le pays se maintint dans une paix parfaite, même lors du changement politique produit par le mouvement d'indé- pendance, et l'accroissement des Paraguayens, dont les familles sont très fécondes, fut certainement très considérable, Si l'on en croit un document publié en 1867 par ordre du dictateur Solano Lopez, le nombre des Paraguayens aurait été alors de 1557439; malheureusement les chiffres de détail relatifs à ce recensement n'ont jamais été rendus publies : aussi plusieurs écrivains ont mis en doute la possibilité d'une augmentation aussi considérable, sans appoint d’une immig ration sem- blable à celle des États-Unis. En eflet, depuis la fin du dix-huitième siècle la période de doublement pour la population aurait été moindre de douze années, phénomène dont on a vu des exemples en quelques endroits privi- légiés, mais qui paraît extraordinaire pour un pays de grande étendue comme le Paraguay. Toutefois, si le nombre de résidents avait été réelle- ment moins élevé, on ne saurait comprendre qu'un si petit peuple ait pu, pendant sa guerre de einq années contre Îles trois puissances, réaliser de pareils prodiges. Non seulement les forces organisées com- prenaient dès le début de la guerre plus de 50000 hommes, mais le pays, étant complètement bloqué et n'ayant aucune communication possible avec l'extérieur, des milliers de Paraguayens eurent encore, out en formant une réserve de bataille, à construire les batteries flot- tantes et les bateaux à vapeur, à réparer les vaisseaux endommagés, à fondre les canons, à fabriquer les armes, les munitions de guerre et les uniformes: enfin, quelque sobres que soient les descendants des Guarani, il fallait vivre, et ceux qui n'étaient pas enrôlés où employés directement aux travaux militaires devaient cultiver le sol et transporter les produits. Tandis que les Alliés disposaient par leurs emprunts des capitaux de l'Europe et de toutes les ressources que donne le commerce, le Paraguay avait à trouver en lui-même tous ses moyens de défense, En 1887, dix-huit années après la guerre, on procéda à un nouveau dénombrement, et cette fois on ne trouva que 259 774 habitants : d'après ces chiffres, la guerre aurait coûté plus d’un million d'hommes, les quatre 544 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. cinquièmes de la population! Mais à l'époque où se fit ce recensement le régime du pays avait changé, et les habitants répondaient moins volon- liers aux fonctionnaires : les évaluations officielles portèrent le chiffre pro- bable à 550000 individus. D'après d'autres autorités", l'accroissement normal, de 5 pour 100 par année depuis la guerre, permet d'estimer à 500 000 les Paraguayens policés qui en 1890 peuplaient le territoire de la République. I faut y ajouter les Indiens, au nombre présumé de trente mille, qui habitent les plaines du Chaco, entre le Pileomayo et le Para- guay. L'immigration contribue maintenant pour une certaine part à peupler la contrée. Déjà le recensement incomplet de 1887 comptait 7896 étrangers, et, depuis, les arrivées ont été à peu près d'un millier par an, même de 2595 en 1890. Les Argentins sont de beaucoup les plus nombreux parmi ces nouveaux venus, grâce à la facilité des voyages ; d'autre part, quelques Brésiliens sont descendus des hauts par l'Iguazt: parmi les étrangers on trouve aussi des représentants de toutes les nations du Nouveau Monde et de l'Europe, surtout des Italiens, On à constaté dans les recensements partiels, aussi bien que dans Îles registres d'état civil et les actes de baptême, que les filles naissent en plus grand nombre que les garçons. Ce phénomène, qui se retrouve dans la démo- graphie du Japon, est fort rare dans toutes les contrées où se font des sta- tistiques sérieuses, Cepertdant Azara avait déjà signalé le fait à la fin du siècle dernier et fixait même la proportion des sexes : 14 femmes pour 15 hommes, La plupart des voyageurs qui ont parcouru le Paraguay ont fait des observations analogues. Très en retard sur les autres peuples policés, les Paraguayens se lrouvent dans une période économique comparable à celle des mamelucos de lAmazone et des Indiens de l'intérieur du Brésil. Leur travail le plus lucratif n'est ni la culture du sol ni, moins encore, la mise en œuvre industrielle des matières premières, mais la cueillette dans les forêts: au Chaco, à l’ouest du fleuve, la seule industrie est celle des obrages ou l'abatage des bois: les forêts de caoutehouquiers qui existent, dit-on, sur les frontières du Brésil, ne sont pas encore exploitées. Le Paraguay est considéré d'ordinaire comme ayant le monopole de la yerba maté (ilex paraguariensis), quoique les États méridionaux du Brésil posst- dent également la plante et fassent une exportation considérable de ses produits; mais il faut dire que la yerba du Matto Grosso brésilien passe par le Paraguay et que dans le commerce on la livre comme 1 E. de Bourgade la Dardye, ouvrage cité. ecensement le | moins volon- le chifire pro- ‘accroissement et d'estimer à erriloire de la imé de trente vo et le Para- laine part à 887 comptait s d'un millier beaucoup les des voyages : par l'Tguazu ; de toutes les aliens, On à les registres n plus grand ans la démo- font des sta- it à la fin du femmes pour Paraguay ont raguayens se s mamelucos ur travail le se en œuvre s les forûts: S obrages où ent, dit-on, Le Paraguay yerba maté résil_ possè- idérable de so brésilien ivre comme PRODUCTIONS DU PARAGUAY. 45 venant de ce dernier pays, afin de lui donner plus de valeur marchande. C'est dans le territoire des Missions que les Jésuites apprirent des Indiens l'usage de la boisson du maté, et grâce à leurs récits le goût s'en propage dans la partie méridionale du continent, Le cad des Guarant, la « plante » par excellence, — mot que les Espagnols ont traduit par le terme de yerba, — n'est point une herbe, mais un arbuste, un arbre même, de la taille d'un oranger, quoique de ramure plus délicate; sur les bords de l'Ygatimi, affluent du Paranä, on trouve des eañ d'un mètre de cireon- N° 426. — RÉGION DES YERDALES DANS LE PARAGUAY ET LE BRÉSIL P Quest de Paris PR Encarnacion Duest de breenw ch C. Perron lcrbales 1 : 14 000 000 ! (0 sou kil. férence sur une hauteur de 8 mètres’. D'après Bonpland il en existe trois espèces au Paraguay, différant peu les unes des autres et ressemblant aux congonhas des plateaux brésiliens. L'aire de la plante comprend tout l'espace qui s'étend des Minas méridionales aux frontières du Rio Grande do Sul et de la mer au fleuve Paraguay. On l'aurait aussi décou- verte, par delà le Chaco, dans les parties septentrionales de l'Argentine, mais ces contrées n’en font aucun trafic : la meilleure yerba est celle du araguay, surtout celle que l'on cueille dans les, forêts du Mar: “ajû. Sous la direction des Jésuites, les Guarani cultivaient le maté : chaque mission avait ‘son yerbal, produisant du cad mini, récolte de meilleure qualité que le cad nana. Il y aurait eu recul dans les arts agricoles, ‘ Albert Hans, Notes manuscriles. XIX, 546 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. car le Paraguay ne possède plus que des matés sauvages, épars ou groupés dans les forêts, et, loin d'établir des plantations de yerba, on abat même les arbres pour récolter plus aisément les feuilles'. Les exploita- tions principales se trouvent loin des villes, et les yerbateros ont de longs voyages à faire à travers les solitudes avant d'avoir récolté leur moisson de feuilles et de ramilles', qu'ils soumettent d'abord à un feu doux pour les dessécher et les crisper, et qu’ils réduisent ensuite en poudre avant de les livrer au commerce. La boisson que donne la décoc- tion du maté paraît être à la fois un stimulant et un aliment d'épar- gne, relardant la dénutrition. La production du maté paraguayen se partage à peu près par moitiés pour la consommation locale et pour l'exportation”. La deuxième récolte du Paraguay par ordre d'importance est celle des oranges. Le voyageur de Bourgade attribue une origine américaine à l’es- pèce d'oranger-date, apepu, qui produit un fruit d'un goût aigrelet tout particulier. On la rencontre en pleine forèt, loin de toutes les habita- tions humaines, raison sérieuse en faveur de la provenance locale du végétal; d'ailleurs le nom qu'il porte est de pur langage guarani, tandis que les arbres, légumes et animaux importés d'Europe ont des appella- tions légèrement modifiées de l'espagnol. Quoi qu'il en soit, les diverses variétés introduites par les colons ont merveilleusement réussi : en aucun pays l'orange n'a meilleur goût qu'au l'araguay. Chaque village s’entoure d’orangeries, chaque muisonnette a la sienne. Il suffit qu'une lioi feuille soit entraînée par le vent sur un terrain légèrement humide pour r'es que des radicelles adventives se détachent du pédoncule et donnent nais- el sance à un arbrisseau; pendant les crues on a vu les rivières charrier les à ( fruits d'or par millions. Le commerce d'exportation des oranges, qui se fait da presque en entier par les ports de l'Asuneion et de Villeta, ne représente lai qu'une très faible partie de la production, le manque de communications el faciles ne permettant pas de porter à quai les fruits des vergers éloignés”. Vi Presque toutes les oranges se perdent, et l’industrie commence à peine à pe 1 De Bourgade; Albert Hans, Notes manuscrites. # J, P. and W. P. Robertson, Letters on Paraguay. 5 Exportation du maté en 1887. . . . . 6413 tonnes, Consommation locale Dssts . . b030 » Ensemble, . . . . . . . . . . . . 11443 tonnes. Valeur de la production totale, . +. «+ + 11000000 francs 4 E. de Bourgade la Dardye, ouvrage cité. 5 Exportation des oranges du Paraguay en 1886 : 50 000 000. 10 es, épars ou erba, on abat Les exploita- aleros ont de récolté leur d'abord à un nt ensuite en nne la décoc- ment d'épar- araguayen se cale et pour * est celle des ricaine à l’es- | aigrelet tout es les habita- ice locale du darani, tandis | des appella- , les diverses réussi : en haque village suffit qu'une humide pour lonnent nais- charrier les es, qui se fait e représente munications rs éloignés”. ce à peine à PRODUCTIONS DU PARAGUAY. 547 les utiliser sur place pour la fabrication des vins et eaux-de-vie. On prépare aussi des essences avec la feuille et la fleur. On a calculé que la superficie des terrains cultivés était seulement de 65000 hectares, soit environ la #00° partie de la surface du Paraguay : à peine a-t-on égratigné le sol. Les femmes, auxquelles incombe presque tout ce travail, s'occupent surtout de la culture du maïs; la consomma- lion du manioc diminue à mesure que s'étendent les champs de céréales. De rares champs de froment se montrent dans les plantations, et quoiqu'il yait de nombreuses rizières autour d’Asuncion, et à l’est vers Altos', des chargements de riz, de mème que du blé, arrivent de l'étranger. Des treilles ornent les varandes, mais on ne voit pas de vignobles proprement dits au Paraguay. Chaque paysan à son champ de cannes, mais n'utilise le jus que pour en extraire une cassonnade grossière ou en distiller un rhum impur; le cafier donne de belles récoltes, de mème que les arachides, mais les spéculateurs portent leur préférence sur les tabacs, que l’on s'accorde à regarder comme de qualité supérieure et d’un arome ana- logue à ceux de la Havane”. Nulle part peut-être la consommation des cigares n'est plus forte par habitant : elle dépasse 11 kilos, tandis qu’en France elle ne s'élève qu'à 758 grammes”. Peut-être cette énorme con- sommation de tabac serait-elle pour quelque chose dans la patience à toute épreuve des Guarani. On estimait avant la guerre que les Paraguayens possédaient 2 mil- lions de têtes de bétail. Après la dévastation générale du territoire il n’en restait plus que 15000. Le nombre des animaux, importés du Corrientes et du Matto Grosso, augmente rapidement, mais sans être comparable à celui des temps prospères. Les bêtes pâturent à l’état libre, et, sauf dans la colonie allemande de San Bernardino, on ne sait pas employer le hit, soit pour l'alimentation directe, soit pour la préparation du beurre et du fromage. En 1889, le Paraguay ne possédait pas encore d'usines à viandes comme les républiques voisines. On élève quelques chevaux, très peu de moutons, de chèvres et de pores‘ : une herbe vénéneuse, le ‘ Albert Hans, Notes manuscr'ites. : Production du tabac au Paraguay en 1886. 10 497 tonnes. Exportation D D » . 4784 » 5 E, de Dourgade la Dardye, ouvrage cité. * Cheptel du Paraguay en 1891 : Bêtes à cornes. , . . PA NOTE ALT 861 050 LD PRE PRE NE Eee et 404 220 (a) 4 005 FRA PAR PES Dr ee I tn A 76 000 { NE NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, mio-mio, vendrait impossible, dit-on, l'élevage en grand des troupeaux d'ovidés". Dans le Chaco paraguayen, chevaux, mulets et ânes meuren rapidement sous l'influence d'une maladie infectieuse dite mal de cadeiru’. Les anciennes pratiques de travail en commun ont été abandonnées, mais la propriété n'a pas été attribuée à celui qui la cultive, Sous le gou- vernement des Jésuites, le sol était censé appartenir à tous et les produits se distribuaient partiellement aux associés; plus tard les dictateurs devin- rent, au nom de l'État, les véritables propriétaires du territoire, mais chaque paysan avait sa cabane et ses cultures, Après la guerre, presque | toute la superficie du Paraguay, ayant cessé d'être occupée, constituait un domaine publie. Maître de l'immense propriété nationale, le gouver- nement la mit en vente à tant la « lieue carrée », suivant la valeur des | terres et la proximité des marchés, Les spéculateurs argentins, anglais, américains du nord, se ruèrent sur la proie, sans mème respecter les petites enclaves où les familles guarant eultivaient le sol de génération en wénération, n'ayant jamais eu besoin de faire constater leurs titres de propriété; des syndicats de marchands achetèrent les terrains par dizaines, par centaines de mille hectares, afin de les revendre au déeuple et au | vingtuple de leur valeur : un seul concessionnaire aceapara plusieurs | milliers de kilomètres carrés. En peu d'années, les vastes solitudes furent adjugées à des propriétaires absents, et désormais nul paysan paraguayen ne pourra bècher le sol de la patrie sans payer de rente aux banquiers de New York, de Londres où d'Amsterdam. Peut-être les fils des Guarani, après avoir été soumis au régime des Jésuites et à eelui des dietateurs, qui se termina du moins par des années d'héroïsme, auront-ils à subir un troisième esclavage, plus dur encore, ear il en fera des prolétaires dégradés. Sauf dans les chantiezs d'Asuneion, il n'y a point d'industrie propre- ment dite au Paraguay: quelques distilleries, des tuileries, des savon- neries et des minoleries, voilà où à peu près tout ce que possède la nation autour de la capitale et de ses bourgs. Mais le Guarani est d'une (5 |'1e F l'4 12 RE singulière adresse, et les Jésuites avaient su lui enseigner divers métiers: les femmes tissent des étolfes de toutes espèces, entre autres des äanduti | ou « toiles d'araignée », qui sont d'une extrême finesse. Lorsque l'ère f industrielle aura commencé, le Paraguay ne manquera pas d'ouvriers ù habiles à tous les travaux. Les usines se distribucront au pied des cas- \ 1 W. Gifford Palgrave, ouvrage cité, * Albert Hans, Notes manuscrites, des troupeaux ânes meurenl ul de cadeiru”. abandonnées, +. Nous le gou- et les produits ‘“lateurs devin- mritoire, mais terre, presque ie, conslituail le, le gouver- la valeur des ins, anglais, respecter les génération en eurs titres de s par dizaines, lécuple et an ara plusieurs litudes furent in paraguayen aux banquiers des Guarani, les dictateurs, nt-ils à subir les prolétaires istrie propre- s, des savon- 1e possède la ani est d'une ivers métiers: s des fanduti Lorsque l'ère as d'ouvriers pied des cas- CHARRETTES. LU Coxvoi besoin de A. Pâäris, d'après une photographie communiquée par M. Ch Cadet. L 4 Fe * H É Tate avec par de | (ol un exel la p voie el à la E ] céd COMMERCE DU PARAGUAY. bol ades, le long des chemins qui, tôt ou tard, parcourront le territoire, Les ressources minières de la contrée, à l'exception du fer, sont peu de chose ; aucune rivière n'est devenue fameuse par ses lavages d'or, Avant que les États platéens eussent commencé leur réseau, le Para- guay possédait déjà une voie ferrée, d'Asuneion à Paraguari. Bien plus, le pays était traversé par des routes praticables aux chars, qui réunissaient les deux fleuves. Un chemin ouvert à travers les forêts longeait la rive gauche du Paraguay jusqu'en face du territoire argentin ; une autre voie maitresse atteignait le Paranä au port d'Encarnacion, et de Villa Rica partaient d'autres chemins, Après la guerre, toutes ces routes, coupées de fondrières, disparurent sous la végétation: mais on les a frayées à nou- veau et des pistes font communiquer les yerbales des forêts aux ports fluviaux. En outre, plusieurs rivières, sans compter les deux fleuves, portent des bateaux pendant la récolte du maté et même des vapeurs naviguent sur le bas Jejuy et sur la rivière Tibicuary, Les grands paquebots de Buenos Aires remontent le Paranä jusqu'à Enearnacion, et plus haut des embarcations moindres ont à lutter contre les rapides et les remous jusqu'à Tacuru-Pucü et Goyeacheas. Bien plus active est la navigation sur le fleuve Paraguay, surtout aux approches d'Asuncion, qui concentre devant ses quais presque tout le commerce de la République. Actuellement (1895), le Paraguay n'a pour son mouvement d'échanges avec le monde extérieur qu'une seule porte de sortie, désignée d'ordinaire par l'expression abajo, c'est-à-dire « en bas » ou « en aval ». Le chemin de fer de Villa Rica à Encarnacion lui donnera une seconde issue, et tôt ou tard, lorsqu'une grande ligne se dirigera vers l'est pour gagner un des ports les plus rapprochés sur la côte océanique, Paranaguä par exemple, une troisième issue, et la plus directe, facilitera le trafic avec la petite République naguère enfermée entre ses deux fleuves. Cette voie, brésilienne sur les deux tiers du parcours, évilera aux passagers et aux marchandises un détour de 2500 kilomètres par l'estuaire de la Plata*, Dans l'intérieur et le long du fleuve les chemins de fer sont pré- cédés par les lignes télégraphiques. Dépêches et envois postaux® se sont 1 Mouvement commercial du Paraguay en 1891 : 26 825 000 franes, Mouvement de la navigation dans les ports du Paraguay : 2354 navires et embarcations, jaugeant 306 995 tonnes. * Chemin de fer du Paraguay, d'Asuncion à Villa Rica : 150 kilomètres. $ Nombre des lettres expédiées par la poste au Paraguay, en 1891. . 1 124000 » dépèches » » Pos 32 470 nn ne er no NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, notablement accrus depuis que le Paraguay fait partie de l'Union postale et qu'avrivent les immigrants. Les écoles se sont rouvertes depuis la tem- pêôte qui ferma les églises, supprima les cérémonies du mariage et les unions légales, balaya toutes les institutions publiques". Avant la période de l'indépendance, l'enseignement était dirigé entièrement par les prêtres, et la plupart des enfants savaient sinon lire du moins réciter leurs prières: ils aimaient aussi beaucoup à chanter, car les Guarani ont le génie de la musique’, La plupart des ecclésiastiques ayant été destitués où chassés par le dictateur Francia, le régime des écoles fut modifié et se transforma en éducation presque militaire : dans tous les villages les enfants étaient convoqués au roulement du tambour, et, sous peine de réprimande ou de châtiment, l'alcalde était tenu de faire suivre les cours par tous les garcons, Avant le commencement de la guerre, presque tous les Para- guayens avaient appris, par ordre, à lire et à écrire, Seulement ils ne lisaient ni n'écrivaient guère, Les imprimeries étaient rares. Les Jésuites en avaient possédé, mais, après eux, la première presse ne fut im- portée qu'en 1844, Le chef du pouvoir envoyait verbalement ses ordres, loujours obéis, Plus tard, quand parut le journal officiel, le représentant de l'autorité réunissait les habitants de chaque village et leur lisait solen- nellement les décrets du gouvernement écoutés dans un religieux silence, VI La Constitution actuelle date du lendemain de la guerre et fut copiée sur celle des républiques voisines. Dans ce petit État, comme dans les autres communautés américaines, la fiction politique suppose trois pou- voirs en équilibre parfait : législatif, exécutif et judiciaire. Le groupement communal constitue des partidos, noyaux administratifs et judiciaires, premières circonscriptions politiques rattachées directement au pouvoir central par l'intermédiaire de magistrats élus. Les étrangers aussi bien que les nationaux ont droit de vote dans les élections municipales: ils sont même éligibles et la loi les oblige à se soumettre au vœu popu- laire. Un jefe politico, sorte de préfet, représente le pouvoir exécutif dans chaque commune et le ministre de la justice y délègue un juge de Nombre des écoles en 1891, 292 » des élèves Nero ue LSIUOU # E. de Bourgade la Dardye, ouvrage cité. 3 Rengger et Longchamp, Robertson, ouvrages cités, ‘Union postale depuis la tem- mariage et les ant la période ar les prêtres, “leurs prières: le génie de la ou chassés par se transformua enfants étaient réprimande on s par tous les tous Îles Parn- lement ils ne s, Les Jésuites e ne fut im- nt ses ordres, le représentant ‘ur lisait solen- ligieux silence. e et fut copiée omme dans les pose trois pou- Le groupement et judiciaires, ent au pouvoir ers aussi bien aunicipales: 1ls au vœu popu- r exécutif dans ue un juge de GOUVERNEMENT DU PARAGUAY, HA] paix, Deux chambres, nommées directement par le suffrage universel, dis- cutent au même titre toutes les lois, à l'exception du budget, que la cham- bre des députés vote seule el d'une manière définitive, Une cour suprème de trois membres, assistés de plusieurs juges, constitue le pouvoir judi- ciaire; un président, nommé pour quatre années comme les députés, exerce le pouvoir exéeutif et choisit cinq ministres, responsables devant les chambres, Le catholicisme reste religion d'État, comme au temps des Jésuites et des Lopez, mais la liberté des cultes est reconnue, Quant à la navigation des fleuves, l'une des causes de la guerre, la nation vaineue ne pourrait la refuser à ses puissants voisins : le Paraguay, le Parani sont ouverts aux navires du Brésil et de la république Argentine; les étrangers entrent sans passeport par lous les points de la frontière, Les ressources étaient nulles à la fin de la guerre, et nul le crédit, I fallait emprunter pour reconstituer l'administration avec toute sa hié- rarchie de fonctionnaires, et l'Angleterre seule consentit à avancer de l'argent à de gros intérêts. Les capitalistes de Londres voulurest bien prêter en deux fois une somme de 1458 500 livres sterling: niais, par un de ces mystères financiers dont l'histoire de l'Amérique offre tant d'exem- ples, les caisses de l'État ne reçurent pas même la septième partie de la somme empruntée, au plus 200000 livres. On négoeia pour diminuer le apital de cette énorme dette, et les banquiers se laissérent persuader, en échange d'un cadeau de « cinq cents lieues carrées », soit plus de 300 000 hectares. Ensuite le gouvernement vendit, toujours à des spéeu- lateurs anglais, le chemin de fer d'Asuneion à Villa Rica, et grâce à l'ac- croissement de la colonisation et à l'augmentation correspondante de la valeur du sol, il fut possible de livrer au marché des terrains eulti- vables en très grandes étendues. Les progrès annuels du commerce ont alimenté les douanes, qui fournissent les cinq sivièmes des ressources budgétaires, mais en quantités très insuffisantes : il a fallu avoir recours au papier-monnaie et déprécier ainsi de plus en plus la valeur de l'argent : l'escompte de l'or s'est élevé jusqu'à 600 pour 100, Quant à la partie de la dette contractée envers le Brésil et l'Argentine sous le pied du vain- queur, il est convenu que le Paraguay attendra pour l'acquitter l'époque où il pourra le faire sans danger de ruine immédiate‘. Mais cette lon- 1 Budget du Paraguay en 1891 : RECOURS ER ET A RE TE 669 000 francs. Dépenses, . . . . . . . . . 3285000 » DROITE etes Un 3 ee NO QUU y Dette... , .... . . . . ,. . 50000000 » 4 À à % LS É Fa A4 LA # pl # ÿ (e 054 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. ganimité des deux grandes puissances voisines se paye forcément par la sujétion politique. L'armée, purement nominale, se compose de 600 à 650 hommes. Le Paraguay se divise en 23 districts électoraux, dont treis pour la capi- 8 Ï I tale : ceux-ci nomment 4 députés et 2 sénateurs; les districts de la cam- pagne envoient 32 députés et 16 sénateurs au Congrès. Le Chaco constitue une division spéciale. ‘ément par la ose de 600 à pour la capi- ts de la cam- aco constitue CHAPITRE 1V URUGUAY L'Uruguay, la plus petite république sud-amérieaine, est souvent dési- gné sous le nom de « Banda Oriental », qui témoigne déjà de l'état de dépendance historique où il se trouve relativement à l'Argentine : cette expression de Bande Orientale n'est vraie que pour les habitants de « la Bande Occidentale », c'est-à-dire pour les gens de Buenos Aires et de la mésopotamie Argentine. Sous le régime colonial, le territoire qui devint l'État de l'Uruguay faisait en effet partie des possessions espagnoles, el même après que l'indépendance eut été proclamée, jusqu'en 1815, il fut l'une des provinces de la confédération platéenne. Mais si les riverains de la rive droite de la Plata regardaient la « Bande » de la rive gauche comme appartenant à la même région naturelle et devant constituer un même État, d'autre part les Portugais, et leurs héritiers les Brésiliens, voyaient aussi dans cette région péninsulaire que limitent l'Océan, l'es- luaire de la Plata et le fleuve Uruguay, l’appendice nécessaire de leur domaine immense. Aussi le poste de Colonia, situé en face de Buenos Aires, fut-il énergiquement disputé à Le fin du dix-septième et au dix- huitième siècle entre les deux voisins, ?t c’est afin de pouvoir prendre les Portugais à revers que les Espagnols fondèrent en 1724 la ville de Montevideo, devenue depuis la capitale de l'Uruguay. Mais en 1821 les Brésiliens, profitant des troubles de la république platéenne, réussirent à s'annexer l'Uruguay, dont ils firent la province Cisplatine, et pendant six années ils restèrent maîtres de la contrée, pos- sesseurs de tout le littoral entre l’Amazone et la Plata, les deux grands leuves du continent. Pendant une nouvelle période de trois années, l'Uru- 596 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. guay fit encore partie de la confédération Argentine, et quand il se fut affranchi de nouveau, il devint le théâtre de la « grande guerre », qui dura seize années, de 1856 à 1852, et après laquelle le pays dévasté n'était plus qu'une vaste solitude. Durant la latte des alliés contre le Paraguay, le petit État de l'estuaire ne garda son autonomie que par une fiction politique, puisqu'il dut recevoir le président que lui amenaient les Brésiliens vain- queurs. S'il reste constitué en république indépendante, il le doit à la rivalité des grands États voisins ; chaque événement qui s'accomplit de l'autre côté des frontières se répereute aussitôt dans le pays intermé- diaire. L'Uruguay a dû malgré lui prendre part, activement ou passi- vement, à toutes les guerres civiles qui secouent la république Argentine et le Rio Grande do Sul. Cependant, malgré cet équilibre instable, le pays à beaucoup progressé depuis la grande guerre. La population à plus que décuplé pendant ce sièele, tandis que la valeur totale des produits s'accroissait dans une proportion plus forte encore, car peu de contrées sont plus favorisées par la nature : elle à tous les avantages du sol, du climat, de la position commerciale. Regardant de trois eôtés sur les eaux, mer, estuaire et fleuve, l'Urugnay est bien délimité par les traités sur sa frontière septentrionale, à l'est par la petite rivière Chuy, la Lagôa Mirim et le Jaguarño, à l'ouest par la rivière Quaraim. Enfermé dans ces limites, le pays serait facile à explorer dans son entier, et on le connaît en effet d’une manière générale, puisque des plantations et des villages se sont établis dans toutes les parties du territoire : mais le relief du sol et les positions respectives des lieux n’ont pas encore été étudiés avec une précision suffisante, Les champs ont été mesurés de l’une à l'autre extrémité de la République, toutefois la contrée n'a pas encore une carte digne de ce nom", Les hauteurs de la Bande Orientale, qui ne s'élèvent nulle part à plus de 600 mètres d'altitude, appartiennent au même système montagneux que celles du Rio Grande do Sul, On en désigne aussi les erêtes sous le nom de cuchillas, quoiqu'elles n'offrent pas d’arêtes aiguës, mais de longues croupes aux pentes adoucies. Les ondulations du sol oceupent la plus grande partie dy territoire et se décomposent en centaines de massifs distinets entre les rivières et les ruisseaux. Des campos, des { Superficie el population de l'Üruguay en 1893 : 186920 kil, carrés; 790 000 habitants; # hab. par kil, carré. sand il se fut re », qui dura té n'était plus aguay, le petit ion politique, résiliens vain- il le doit à la s'accomplit de pays intermé- ent où passi- que Argentine e instable, le ulation à plus * des produits u de contrées ges du sol, du ave, l'Uruguay le, à l'est par l'ouest par la ile à explorer érale, puisque les parties du les lieux n’ont hamps ont été , toutefois la le part à plus P montagneux crêtes sous le uës, mais de 1 occupent la centaines de campos, des URUGUAY. 507 plaines irrégulières s'étendent au pied de ces collines, qui paraissent hautes par le contraste et dont les pentes supérieures s'élèvent, grises et nues, au-dessus de la zone verdoyante, Quelques rangées se développent en longues chaînes entre les bassins fluviaux : telles la euchilla de Haedo, qui se prolonge au sud-ouest vers Paysandu, et la Cuchilla Grande, qui, s'abais- sant par degrés dans la direction du nord au sud, projette dans li mer quelques promontoires rocheux; entre Montevideo et Maldonado le dernier chaînon s'appelle sierra de las Animas, « montagne des Ames ». Dans la partie septentrionale de l'État, les roches consistent principalement en granits et gneiss, et des couches de matières éruplives se sont épandues au-dessus des autres formations, En ces régions du nord se trouvent les gisements aurifères, le plomb, le cuivre et ces agates, ces améthystes qui alimentent les tailleries de pierres précieuses : toutes les pierrailles ou graviers qu'on appelle piedra china ou « pierre chinoise » sur les rives de l'Uruguay, sont d'anciens corps organisés transformés en silice, renfer- mant souvent des gouttes d'eau, et quelques-uns conservent leur couleur primilive!; on y trouve aussi des cocos de mina, géodes remplies de eris- taux qui font parfois explosion : les indigènes disent alors de ces « fruits de terre » qu'ils sont arrivés à maturité”, Le sol des plaines est recouvert de couches argileuses qui se changent en boue sous l'action des pluies, et dans lesquelles on a trouvé en abondance des ossements de méga- thériums et autres animaux préhistoriques. Le courant qui a donné son nom à la République, l'Uruguay, est un puissant fleuve déjà devant la ville de Salto, où il vient de plonger en une cascade qui arrèle, sauf en lemps de fortes crues, la navigation des bateaux à vapeur. Cependant il n’a pas encore complètement égalisé son hit et quelques écueils, les Corralitos où « petits Coraux », rendent la navigation difficile aux gros navires; pendant les basses eaux le flot n'a qu'une épaisseur de 3 mètres au-dessus de l'Hervidero où « Bouil- lant »; d'après les projets de correction fluviale, on approfondirait à o mètres et demi le chenal de navigation, entre le Salto Grande et l'île de Martin Garcia, et l'on ferait des emprises le long des rives basses où l’on débarque maintenant les marchandises au moyen de charrettes aux roues énormes, En aval, le fleuve garde l'aspect pittoresque de ses rives hautes, de ses collines couvertes de bosquets, de ses brusques détours, aux chan- geants paysages; mais la profondeur de son chenal en fait déjà un détroit. 1 0. Durant Savoyat, Un peu de Géologie et de Paléontologie. # Dobrizhofter, ouvrage cité. RE SAGESSE ST SAR DIN EASICS IE PE 508 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. Au-dessous de la ville de Paysandt, où sa largeur n'atteint pas 600 inètres, il prend le caractère d'un estuaire par l'écartement de ses rives, qui se développent parallèlement, à plusieurs kilomètres de distance. Les deux rivages contrastent nettement dans cette partie du cours : celui de l’ouest, terre argentine, est bas, en certains endroits marécageux, et se poursuit sans la moindre saillie jusqu'à l'extrême horizon ; le rivage de l'est au contraire s'étage en terrasses et en collines de formes variées, Évidemment l'Uruguay allait autrefois rejoindre le Paranä à travers la plaine unie, puis il a graduellement gagné dans la direction de l'est, rongeant sans cesse la base des promontoires pour en rejeter les débris le long de sa rive droite : exemple de ce phénomène d'érosion normale qui, conformément à la « loi de Baer », fait empiéter les fleuves de l'hémisphère méridional à gauche de leur courant, tandis que dans l'hémisphère du nord ils gagnent sur la droite. Un autre contraste des deux versants est celui que présentent les rivières affluentes, dont le flot roule beaucoup plus abondant du côté de la Bande Orientale. Le rio Negro, le plus fort de ces tributaires, comprend dans son bassin une moitié du territoire de la République : il a reçu son appellation, non à cause de la couleur « noire » de son eau, comme ses homonymes du bassin de l'Amazone, mais parce qu'il reflète nettement les ombres; clair et limpide, il diffère des rivières diversement limo- neuses appelées rio Verde, rio Colorado, rio Vermejo'. Le rio Negro de l'Uruguay, gonflé du Tacuarembo et de la rivière Yi, coule dans la direc- lion normale du nord-est au sud-ouest; mais, arrivé près du fleuve dans lequel il va se perdre, il se rejette au sud et limite avee Uruguay une longue péninsule, dite Rincon de las Gallinas, ou « Recoin des Poules ». C'est un enclos naturel que dès les premiers temps de la colonisation les éleveurs apprécièrent pour y parquer leurs bestiaux, En aval du confluent, l'Uruguay a presque cessé d’être fleuve : il s'étale en un le où le courant se fait sentir à peine et que remontent facilement les voiliers, grâce à la brise marine; au passage le plus étroit, devant Higueritas, son lit a 2 kilomètres de largeur. La haute rive orientale donne une appa- rence pittoresque à cet estuaire, dans lequel refluent les eaux du Parani pendant les grandes crues; les petites rivières latérales s'y ouvrent en larges baies où peuvent pénétrer les navires. Dans le bas cours du fleuve, en amont de l'ilot Martin Garcia, le Paranä mêle déjà, même durant la saison des sécheresses, son cours à celui de l'Uruguay. Le Paranä con- 1 Martin de Moussy, Description de la Confédération Argentine. À À “nr SEEN 7: 223 TL PONT RTE AE as 600 mètres, ses rives, qui distance, Les urs : celui de icageux, et se ; le rivage de ormes variées, Ü à travers la ction de l'est, ter les débris sion normale les fleuves de dis que dans nt les rivières é de la Bande mmprend dans l'a reçu son 1, comme ses ète nettement sement limo- rio Negro de lans la direc- u fleuve dans Uruguay une les Poules », colonisation En aval du le en un lac t les voiliers, Higueritas, 1e une appa- x du Parani y ouvrent en as cours du ême durant Paranä con- . 22 009 ï URUGUAY, RIO NEGRO. stitue le véritable affluent par ses ramures latérales, quoique, pris dans son ensemble, il roule une masse liquide trois fois plus considérable. Tôt où tard, dans l'histoire hydrologique de la Terre, lorsque les alluvions apportées des montagnes et de la plaine auront comblé l'estuaire de la Plata, l'Uruguay ne sera plus qu'une rivière affluente du Paranä ; N° 195. — ESTUAIRE DE LA PLATA. Quest de 7, PM Bat DE Fa ep ANE Perron 1:5#00000 [ceneonsscmmee eee rs | U 120 kil. maintenant il conserve une demi-indépendance; dans les temps géolo- giques antérieurs il fut un fleuve complètement distinet. En dehors de l'Uruguay, la Bande Orientale n’a que des ruisseaux côtiers et quelques rivières qui, par la lagôa Mirim et le Säo Gonçalo, appartiennent au ver- sant brésilien du Rio Grande. Toutes ces rivières, le Cebollati, le Tacuari, et le Yaguaron (Jaguaräo) qui forme la frontière, sont bordées de maré- cages dans leur cours inférieur et, suivant les saisons des sécheresses IR PR 6 ÉD APS e one er Rates 560 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, ou des pluies, se prolongent dans le lac amoindri ou s’étalent largement dans les terres inondées. Presque entourée d'eau, la Bande Orientale jouit d'un climat maritime en comparaison de la région des pampas ; cependant les extrèmes y offrent encore un écart considérable, plus de 40 degrés à Montevideo. Cette ville, se trouvant à une latitude qui correspond à peu près à celle d'Alger, dans l'Ancien Monde, présente déjà l'alternance normale, printemps, été, automne et hiver; toutefois celui-ci est tellement doux, que les hahi- tants font seulement la différence entre la moitié chaude de l'année, qui commence en octobre, et la moitié fraiche, de mai à septembre, I arrive parfois, mais d'une manière tout à fait exceptionnelle, que le thermo- mètre descend au-dessous du point de glace, par l'effet du rayonnement qui se produit sous un ciel clair. Le mois le plus froid, celui de juillet, correspond pour la température au mois d'avril sous le climat de Paris', Dans l'intérieur des terres les chaleurs de l'été paraissent quelquefois presque intolérables, mais parce que des incendies dévorent la brousse, répandant au loin leur voile de fumée. Le plus grand inconvénient de la température uruguayenne provient de la différence qui se manifeste entre la fraîcheur du matin et la chaleur de la journée. Cette différence ne dépasse pas 6 degrés en moyenne, mais on l'a vue s'élever à 15 « à 18 degrés : pareil écart dans l'espace de 8 heures peut être fort dangereux pour les nouveaux venus. C'est surtout au printemps, — sep- tembre et octobre, — que les écarts du matin et du midi sont le plus fortset que soufflent les vents les plus pres. Dans la vallée de l'Uruguay, la marche des courants atmosphériques, déterminée par la forme du lit dans lequel ils se meuvent, se fait généra- lement du nord au sud ou dans la direction inverse. Mais sur la partie du littoral tournée franchement vers la mer le vent du sud-est, qui dans ces parages est l'alizé normal, souffle presque constamment pendant la saison chaude; il domine aussi durant la saison fraiche, mais alors fréquem- ment interrompu, soit par les vents du nord, soit par le pampero, qui provient du sud-ouest, Ce vent, le plus dangereux, mais celui qui renou- velle le mieux l'atmosphère, le « vivificateur par excellence », nettoie le ciel de toutes les vapeurs qu'avaient amassées les vents de terre, emporte les poussières et les brouillards, sèche îe sol humide, et, par les petites gelées qui le suivent de temps à autre, tue les insectes nuisibles à la végétation. Parfois aussi le vent alizé souffle en tempête comme le 1 Martin de Moussy, ouvrage cité; — Féris, Archives de médecine navale ent largement mat maritime ‘èmes y offrent tevideo, Cette celle d'Alger, », printemps, , que les hahi- e l'année, qui nbre. Il arrive ie le thermo- | rayonnement lui de juillet, mat de Paris!, nt quelquefois ait la brousse, convénient de se manifeste tte différence lever à 15 et eut être fort mps, — sep- sont le plus 1osphériques, e fait généra- la partie du , qui dans ces lant la saison ovs fréquem- pampero, qui li qui renou- ‘e », netloie ts de terre, e, et, par les s nuisibles à e comme le CLIMAT, FLORE, FAUNE DE L'URUGUAY. 56! pampero : on lui donne alors le nom de su-estada. De grandes pluies l'accompagnent toujours, très souvent des tonnerres et des éclairs con- linus. Sur le littoral uruguayen, l'air est généralement humide, de 0,87 en moyenne. Aussi les rosées sont-elles fort abondantes, et dès le coucher du soleil la vapeur d'eau qui se trouve en excès se résout en une petite pluie excessivement fine, sorte de brouillard invisible dont la présence se révèle bientôt par une couche d'humidité sur les vêtements comme sur le sol. Souvent aussi les pluies tombent en averses. Quoique les jours pluvieux soient très inférieurs en nombre à ceux de l'Europe occi- dentale, la chute annuelle d'eau dépasse 4 mètre dans l'Uruguay:; mais d'une année à l'autre on observe de grandes différences, presque du simple au double. I n'existe pas de saisons pluvieuses bien marquées : on s'attend aux pluies dans les périodes de transition entre les chaleurs et les froidures. Sur le littoral, la plupart des pluies arrivent en orages, pres- que toujours très violents, et quelquefois mêlés de grèle*, L'Uruguay n'a plus la richesse de flore qui persiste dans les parties méridionales du Brésil, du moins jusqu'à la dépression que parcourt le Jacuhy. Les palmiers sauvages, notamment le yataï (cocos yatai), se voient encore sur les rives et dans les îles de l'Uruguay, à côté des taquaras où bambous brésiliens, mais ils ne se montrent plus au sud du Rincon de las Gallinas; la grande forêt se fait rare dans l’intérieur, et ne pré- sente plus cette merveilleuse variété d'essences que l'on remarque dans les selvas et les mattas du Brésil; les lianes ne s'enguirlandent plus aux arbres, l'araucaria des campos a même disparu. Vers le sud s'étendent des plaines rases, sans végétation arborescente, ou dominées, sur quelque renflement du sol, par un ombü solitaire, l'arbre de la pampa platéenne. La faune de l'Uruguay cesse également d'être brésilienne, pour se rapprocher de la faune argentine. Le singe hurleur, que l'on rencontre encore dans les forêts du haut fleuve, ne se voit plus dans les districts riverains du bas fleuve ; le caïman ne se montre pas davantage dans les estuaires: des serpents à sonnettes vivent jusque dans les vallons rocheux de Minas et de Maldonado. L’autruche sauvage est très rare, mais depuis 1874 on l’a domestiquée en de nombreuses fermes. Les eaux platéennes qui baignent les côtes de la Bande Orientale sont très poissonneuses, et 1 Conditions météorologiques de Montevideo, d'après Martin de Moussy : Années Le Température & Jours Hauteur d'observ. Latitude. maximale, moyenne. minimale, de pluie. de pluie, 10 24054 410 1608’ 00 36 4 m. 106 xIx, 71 ; \ ; | ; à i Î DST se ET EL ES M CNP EN RUSSR AE 562 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, pendant le blocus de neuf années que subit Montevideo, de 1845 à 1851, les habitants eurent pour nourriture principale le produit de leur pêche, limitée pourtant à l'étroit espace enfermé par l'escadre ennemie‘. Dans les environs de Maldonado, un crabe terrestre, analogue au cancer ruricola de la Jamaïque, se creuse des trous dans le sable sec, loin de la mer el des lagunes. Lors de l'arrivée des Espagnols dans le bassin de la Plata, la région péninsulaire baignée au sud par le golfe était peuplée de diverses tribus indiennes, que les nouveaux venus voulurent aussitôt dompter pour en faire des esclaves. Ils réussirent auprès de certaines peuplades, peut-être d'ori- gine guarani, qui vivaient sur la rive gauche de l'Uruguay et dans ses iles. Les Yaro, les Bohan, les Chana, se soumirent aux envahisseurs et disparurent bientôt, soit par les croisements, soit par des luttes qu'ils eurent à subir contre les Indiens restés libres. Ceux-ci, les Charrua, étaient parmi les plus beaux des indigènes : plus grands de taille que les Euro- péens, sobres, agiles et forts, remarquables par la finesse de l'ouie et de la vue, toujours graves et d'un sang-froid parfait, ne « se plaignant jamais, même quand on les tuait* », ils étaient aussi d’une superbe vail- lance, et les Espagnols ne purent conquérir leur domaine que pas à pas; en lutte avec un pareil ennemi, les étrangers ne se hasardèrent à coloniser le territoire qu’en s’établissant en des campements fortifiés. Les Charrua combattirent d'abord avec la flèche et la massue, puis, lorsque les chevaux se furent propagés dans le pays, ils apprirent vite l'usage de la lance et du lazo, comme les tribus de la pampa. Au milieu du dix- huitième siècle, ils étaient refoulés au nord du rio Negro, mais ils recc- vaient un renfort, celui des Indiens Minuan, qui, n'ayant pu se main- tenir sur les deux rives du Paranä, venaient de franchir l'Uruguay. « Les Charrua sont quatre cents guerriers, disait Azara, et ils ont coûté plus de sang à l'Espagnol que les nombreuses armées de l'Inca et de Montezuma. » Ils furent définitivement vaincus et faits prisonniers en 1831 : on eut l’in- dignité d'en vendre quelques-uns à un entrepreneur de cirque ambulant, et le dernier de ces malheureux mourut dans un hôpital de Paris’. Nul doute que le sang des Charrua, comme celui des autres Indiens de la contrée, ne soit entré dans les veines des « Orientaux » de la Plata : le * Martin de Moussy, ouvrage cité. 3 Felix de Azara, Voyages dans l'Amérique méridionale. 5 Émile Daireaux, Revue des Deux Mondes, 1° nov. 1876. 845 à 1851. e leur pêche, ie‘, Dans les acer ruricola à de la mer ta, la région verses tribus pour en faire ut-être d'ori- et dans ses ahisseurs et luttes qu'ils rrua, étaient ue les Euro- de l'ouïe et se plaignant superbe vail- que pas à asardèrent à ortifiés. Les uis, lorsque e l'usage de ieu du dix- is ils rece- Ju se main- iguay. « Les ûté plus de ontezuma, » on eut l’in- k ambulant, Paris. Nul iens de Ja Plata : le HABITANTS DE L'URUGUAY, SALTO, PAYSANDÉ, 507 mélange des races s'est fait dans l'Uruguay, d'abord entre les soldats espa- gnols et les femmes indigènes, puis entre leurs descendants métissés et les immigrants de toutes nations qui, pendant les années de commerce actif, arrivent par milliers dans le port de Montevideo. Parmi les Hispano- Américains, le type « oriental » est un des plus beaux. Il Au sortir du Brésil, l'Uruguay baigne le village de Santa Rosa, devant lequel un viadue de chemin de fer doit prochainement traverser le fleuve pour rejoindre la ville opposée de Monte Caseros. La rive orientale est faiblement peuplée jusqu'à la ville de Salto ou du « Saut », ainsi nommée de la chute de l'Uruguay. Cette ville, la troisième de la République en popu- lation, occupe un lieu indiqué d'avance comme entrepôt et centre de com- merce, puisque les bateaux à vapeur du bas fleuve doivent forcément s’y arrêter, sauf pendant la période des hautes eaux, et y déposer passagers et marchandises’. Bâtie sur plusieurs collines et s’étageant en amphi- théâtre sur une longue berge fluviale, Salto présente un aspect grandiose, et pourtant ce ne fut qu'un humble village jusqu'au milieu du siècle; ses premières maisonnettes datent de l’année 1817. En réalité, Salto ne forme qu'une seule ville avec Concordia, qui se montre en face sur la rive argentine de l’Entre-Rios : entre les deux cités, le fleuve a un kilo- mètre de largeur. Au sud s'ouvre la vallée de la rivière Dayman, bordée de plantations appartenant pour la plupart à des propriétaires anglais : elle porte le nom de l’un d’entre eux. Paysandü, située sur la même rive de l’Uruguay, est d’origine plus ancienne que Salto : un prêtre, le « père » Sandü, la fonda en 1772 et groupa quelques familles autour de lui. Elle occupe une situation analogue à celle de Salto, sur une haute berge de la rive, vers l'issue d’une vallée bordée de cultures et d’enclos d'élevage, presque en face de Colon, qui appartient, de même que Concordia, à l'Entre-Rios. Paysandü, la deuxième cité de la Bande Orientale, se vante d’être la ville du progrès* dans le petit État uruguayen, mais cette ambition lui a valu de fréquentes infor- 1 Mouvement de la navigation à Salto en 1891 : 1626 navires, jaugeant 403 922 tonnes. 2 Mouvement de la navigation à Paysandü en 1891 : 2 867 navires, jaugeant 740 503 tonnes. { 1 À ds RE 6 PT PE 564 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. tunes : en 1864, elle fut presque entièrement détruite par une flotte brési- lienne, mais depuis elle s'est relevée, plus active et plus riche. Elle participe à l’industrie, dont le principal centre dans les États platéens se trouve plus bas sur le fleuve, à Fray Bentos, dit officiellement Independencia, En 1865, « Frère Benoît » n'était qu'une chapelle entourée de quelques ‘abanes, lorsqu'un spéculateur habile désigna ce littoral pour y établir une usine à viande, le fameux abattoir où se prépare l'« extrait de Liebig ». Le lieu est admirablement choisi pour la facilité des arrivages du bétail par le haut Uruguay, le Paranä, le Gualeguayehu, le rio Negro, L'usine, elle-même une petite cité, renferme une population d'environ 2000 individus, et pendant la saison de l'abatage on y tue jusqu'à mille bêtes par jour. Le mouvement des échanges nécessité par l'énorme saladero en a fait le troisième, et en certaines années le deuxième port de la République. La rivière « Noire », qui se déverse dans l'Uruguay en aval de la pénin- sule de Fray Bentos, arrose une moitié du territoire de la Bande Orientale, et quelques villes importantes appartiennent à son bassin, L'une d'elles, Rivera, située à la source de l'un des principaux affluents, ne forme qu'une seule et même cité avec Santa Anna de Livramento, qui se trouve sur le territoire brésilien : une frontière fictive sépare les deux bourgs et les deux républiques. La rivière qui nait près de Rivera, le Cuñapirt, eut sa période de célébrité après qu'un paysan y eut trouvé de grosses pépites en lavant les sables du bord. La foule des mineurs se porta vers le Cuña- pirü et les vallées voisines, et l'on en retira, paraît-il, de grandes quan- tités d'or. Pourtant une compagnie française, après y avoir perdu les millions de ses actionnaires, dut abandonner cet Eldorado aux orpailleurs qu’elle avait voulu remplacer. L'or de Cuñapirü a pour gangue un quartz blanc qui veine les roches de granit. Tacuarembo, que l'on appelait autrefois San Fructuoso, n’est qu'un bourg de campagne entouré de pêchers, mais il entrepose le commerce du nord. Une autre ville, Durazno ou « Le Pêcher », qui s'élève sur la rivière Yi, à moitié chemin entre Tacuarembo et Montevideo, s’est trans- formée de colonie militaire en marché agricole. On y avait établi en 1828 des Indiens du territoire des Missions, expulsés par les colons bré- siliens ; mais, au lieu de laisser ces exilés cultiver en paix leurs champs, on les enrégimenta comme soldats, et presque tous périrent dans les 1 Mouvement de la navigation à Fray Bentos en 1891 : 4047 navires, jaugeant 868 682 tonnes. ? e flotte brési- Elle participe ens se trouve idependencia. » de quelques our y établir "« extrait de des arrivages le rio Negro. ion d'environ jusqu'à mille par l'énorme ième port de | de la pénin- ide Orientale, L'une d'elles, forme qu'une trouve sur le bourgs et les uñapirü, eul osses pépites vers le Cuña- randes quan- ir perdu les x orpailleurs ue un quarlz , * nest quun le commerce élève sur la , , Sest trans- hit établi en s colons bré- urs champs, nt dans les NUEVA PALMIRA, COLONTA, HI guerres civiles de l'Uruguay : l'un d'eux fut ce général Flores que les envahisseurs brésiliens mirent en 1865 à la tète de la République. La ville des bords du rio Negro où commence la navigation à vapeur, Mer- cedes, n'est qu'à une faible distance de l'embouchure’, Le village situé au confluent même, Soriano, n'a guère prospéré, quoique favorablement situé, au bord du fleuve qui dans cette partie de son cours se confond déjà avec l'estuaire; les premières maisons étaient fondées en 1624, près d’un siècle avant Montevideo, et l'on y voit encore la chapelle qu'y érigea Bernardo de Guzman pour grouper autour d'elle les Indiens Chana, qui avaient demandé la protection des Espagnols contre les Charrua. Un autre poste, que Sébastien Cabot avait établi à quelques kilomètres plus bas, près du village actuel de San Salvador, n’a pas laissé de traces. Les bourgades d'Higueritas où Nueva Palmira et de Carmelo ou Las Vacas se succèdent en face des bouches du Paranä, à l'endroit où l'estuaire, large en amont de 10 kilomètres, se rétrécit à 2 kilomètres environ, limitant une rade excellente : des flottes entières trouveraient un abri dans ce bassin naturel, profond de 20 à 25 mètres; au sud, quelques îlots vaseux préparent le comblement de l'estuaire et vont se rattacher à l'ilot de Martin Garcia”. À l'extrémité d'un promontoire se montre la ville fameuse de Colonia del Sacramento, qui fait face à Buenos Aires par-dessus les eaux du golfe : parfois, avant les tem- pêtes, la ville et ses navires se voient de Colonia, renversés par le mirage. La cité n'est pas grande, quoiqu'elle possède, après Higueritas, le meilleur ancrage de l'estuaire de la Plata : les bâtiments y mouillent en toute saison, à l'abri d’un petit archipel d’ilots; aussi la station fut-elle ardemment disputée sitôt après sa fondation, en 1679, par le Portugais Manoel Lobo, qui en fit un poste de contrebande. Près de là, sur les bords du ruisseau Martin Chico, le grand navigateur Solis fut lué par les Charrua. De Colonia, bien nommée, ont essaimé de nombreuses colonies agricoles peuplées d'immigrants européens : l’une, Nueva Helvetia, eut, comme le dit son nom, des Suisses pour fondateurs, en 1862; Valdense a pour habitants des Vaudois protestants du Piémont; Cosmo- polita reçoit surtout des Italiens. Dans le voisinage, près du village de Rosario, on a découvert des mines d’excellent graphite. ! Mouvement commercial de Mercedes en 1891 : 1545 navires, jaugeant 577 d99 tonnes. ? Mouvement de la navigation à Nueva Palmira en 1891 : 1985 navires, jaugeant 688 084 tonnes. Bruit halte El 566 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. La ville de San José, bâtie sur la rivière du même nom, au nord-ouest de Montevideo, peut être considérée comme appartenant à la grande lan lieue de la capitale; des Asturiens la fondèrent à la fin du sitele dernier, Les républicains en avaient fait leur capitale en 1825 pendant leur guerre avec le Brésil, et depuis cette époque elle a été l'objectif de toutes les guerres civiles; cependant elle a prospéré, de même que Florida, située dans le même bassin fluvial, au bord de l'Arroyo Pintado, que traverse un beau viaduc de la voie ferrée du nord; les jardins, les bosquets, les maisonnettes entourées de fleurs ont mérité à cette ville le nom de « La Fleurie », Près de là, sur les bords de la rivière Santa Lucia, le village d'Ituzaingo rappelle la victoire décisive que les Argentins rem- portèrent en 1827 sur les impériaux du Brésil, Montevideo, la capitale de l'Uruguay, n'en est pas la plus ancienne ville : un gouverneur de Buenos Aires, Zabala, bâtit les premières maisons pour prendre possession du rivage orienal de l'estuaire et devancer les envahisseurs portugais: mais pendant quelques années la nouvelle fondi- lion ne fut qu'un poste de soldats : les premiers colons arrivèrent de Galice et des Canaries en 1726 et se groupèrent autour du fortin : chaque bâtiment chargé de vins et autres denrées ne pouvait décharger sa mar- chandise S'il ne débarquait en même temps quelques familles de colons!, L'abolition du monopole commercial de Cadiz en 1778 et l'ouverture du port de Montevideo au commerce libre attirèrent presque soudain les étrangers, et à la fin du sièele la ville nouvelle occupait le premier rang parmi les cités maritimes de l'Amérique du Sud; la valeur de ses échanges était estimée à trente-cinq millions de francs. Puis vinrent les temps difficiles de la Révolution et de l'Indépendance : Montevideo fut de toutes les cités platéennes celle qui eut le plus à souffrir, mais elle se tira noblement de l'épreuve. Pendant neuf années, de 1842 à 1851, les Colorados on « Rouges », avec les Italiens de Garibaldi et les Basques français, défendirent vaillamment la « Nouvelle Troie ». Le général Oribe, lieutenant de Rosas, leva le siège après le désastre que subit son chef à Monte Caseros, et les Platéens eurent à proclamer le principe de la « liberté des fleuves » que défendait la capitale de l'Uruguay contre Buenos Aires. Depuis ce triomphe, Montevideo a grandi, sans égaler toutefois la cité de la rive opposée, chef-lieu politique d'une contrée plus étendue et centre d’un commerce plus considérable. D’après les évaluations approximatives, Montevideo serait, par ordre de population, la quatrième ® Muratori, Paraguai. 1, au nord-ouesl la grande ban- a fin du siele 1 1825 pendant été l'objectif de de même que Arroyo Pintado, les jardins, les à cette ville le re Santa Lucia, Argentins rem- ancienne ville : nivres maisons t devancer les nouvelle fonda- s arrivèrent de fortin : chaque larger sa mar- les de colons! et l'ouverture 1e soudain Îles premier rang valeur de ses is vinrent les ilevideo fut de | mais elle se 842 à 1851, 4 les Basques oénéral Oribe, bit son chef à de la « liberté Buenos Aires, itefois la cité s étendue et évaluations la quatrième DU CERho. PRISE — VUE GÉNÉRALY MONTE VIDEO. Dessin de Taslor, d'aprés une photographie LA au) doi vai lin en so! de 22 2 ii E Te De EE D SAN JOSÉ, MONTEVIDEO. 569 ville de l'Amérique méridionale; dans la première année du siècle, elle n'avait que 3900 habitants. Elle est fort bien située, sur une péninsule élevée qui s'avance dans la direction de l'ouest; au nord s'arrondit une baie en demi-cercle, qui se termine, en face de Montevideo, par un promontoire où se dresse, à N° 126, — MONTEVIDEO, —— Quest de Greenwich d'après la carte marine américaine et d'autres documents frofonaeurs LES mètres d'altitude, le Cerro, le « Morne » par excellence, signalant aux navires l’entrée du port. Exposée aux fraiches brises de la mer et dominant un bel horizon de rivages, Montevideo est une des cités améri- ‘aines les plus gracieuses d'aspect. Bâtie en pente sur le flane de la col- line péninsulaire, elle étage en amphithéâtre ses maisons, loutes couvertes en terrasse, d'où l’on voit le port, la baie, la rade éloignée : les demeures somptueuses portent des miradores abritant les spectateurs du soleil ou de la pluie. Les constructions, que ne menacent pas les tremblements XIX, 79 0 reel Laine né sr ct 5 570 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. de terre comme au Chili, ont pu se dresser à une plus grande hauteur que celles de Valparaiso, mais en largeur on à dû économiser l'espace : la population s'y presse en paliers superposés; à cet égard, Montevideo a l'apparence presque européenne. Les fenêtres des rez-de-chaussée sont défendues extérieurement par des grilles remplaçant les anciennes baies en saillie comme dans les maisons d'Espagne, et la cour intérieure ou patio verdoie d'arbustes humectés par l'eau grésillante des fontaines. Quelques beaux édifices, des banques, des théâtres, la Bourse, s'élèvent dans la partie basse du promontoire urbain, au milieu de l’espace enfermé naguère par les restes des fortifications espagnoles : on ne voit plus les restes de l’ancienne forteresse. La capitale de l'Uruguay possède tous les grands établissements d’une cité de premier ordre, entre autres une université, dont les cours sont fréquentés surtout par les étudiants en droit, politiciens et législateurs futurs. Les rues sont aussi animées que celles des cités européennes; par le mouvement de ses omnibus sur rails, qui constituent l'unique moyen de locomotion à bon marché, Montevideo rivalise avec Rio et dépasse de beaucoup Paris". Le port de Montevideo paraît s'être notablement détérioré depuis que les Espagnols s’établirent sur ses bords; les alluvions vaseuses ont recou- vert les fonds tout autour de la baie ; tandis que le tonnage ordinaire des navires s’accroissait, l'épaisseur des eaux diminuait, et ce port que van- lient les anciens marins est aujourd'hui redouté. Les plans de la ville publiés à diverses époques témoignent des changements considérables qui se sont accomplis. On à fait, il est vrai, quelques travaux d'amélioration, on à élevé des quais, construit des brise-lames, fixé la grève par des murs verticaux qui servent de promenades, creusé des bassins au pied du Cerro; mais la houle du sud entre librement dans le port, et l'on n'a pas encore trouvé les millions nécessaires pour jeter au large une digue d'abri. Les navires de 3 à # mètres entrent seuls dans le port que protège la péninsule urbaine, et les paquebots transatlantiques doivent rester en dehors, dans une mer presque toujours agitée. Malgré les incon- vénients de la rade, le commerce à gardé son point d'attache à Montevideo, dont la position géographique, à la porte d'entrée des régions platéennes, offre tant d'avantages : vingt grandes lignes de bateaux à vapeur y on leur escale, des bassins de carénage établis autour du port et en face de * Omnibus sur rails de Montevideo en 1890 : Longueur des rails en kilomètres, . . . . . 171 Chevaux et mules. . , . . , , . . . . . . 5 894 Voyageurs transportés, . . . . . , . . . . 20 300 000 grande hauteur miser l'espace : ard, Montevideo e-chaussée son! anciennes baies r intérieure ou des fontaines. ourse, s'élèvent ‘espace enfermé ie voit plus les y possède tous , entre autres ar les étudiants aussi animées e ses omnibus à bon marché, ris!, oré depuis que uses ont recou- e ordinaire des * port que van- lans de la ville pnsidérables qui d'amélioration, grève par des sins au pied du bort, et l'on n'à arge une digue s le port que ntiques doivent algré les incon- e à Montevideo, ons platéennes, à vapeur y on! rt et en face de MONTE VIDEO. Montevideo, à la base de la colline, permettent aux armateurs de réparer les grosses avaries. La station de quarantaine, jadis établie dans le port ? mème, à l'ile de las Ratas, a été reportée en mer, dans l'ile de Flores, Ÿ située à une vingtaine de kilomètres à l'est‘. Il a été question de construire un grand port en eau profonde, dans la baie de Buceo, à une dizaine de kilomètres à l'est de Montevideo, quoique en dehors de la rade; mais les projets de l'ingénieur anglais sont trop coûteux pour qu'on ait pu encore y donner suite et sont ardemment combattus par les négociants intéressés au maintien du centre commercial à l'extrémité de la péninsule. L'industrie locale, multiple comme celle de toutes les grandes cités, comprend de vastes saladeros, placés sur les pentes du Cerro, d’où l'odeur du sang et des viandes abattues se répand souvent sur la ville. La plupart des fabriques appartiennent à des étrangers, et les Basques français ont le plus développé les travaux du jardinage : ils cultivent aux environs d'admi- rables pépinières. Mais les constructions empiètent sur les jardins, et les faubourgs se groupent autour des villas éparses, les transformant en quar- tiers urbains. Aux jours de fête, la foule se porte à Paso Molino, Union et autres lieux de plaisance : un des endroits les plus fréquentés, le Cerrito, commande le magnifique panorama de la cité, de ses promenades, du port, de la rade. En été, les baigneurs se dirigent en multitudes sur les stations de bains, Playa Ramirez et Pocitos, situées à l'est sur la rive océanique. Les chemins de fer qui rayonnent autour de Montevideo la mettent en relations avec tous les lieux importants du lilloral maritime et fluvial. Quelques-unes de ces villes, situées dans le département de Canclones, qui entoure celui de Montevideo au nord et à st, Piedras, Canelones, Sauce, Pando, servent de résidence aux nombreux négociants de la cité. L'eau pure qui alimente la capitale provient de la rivière de Santa Lucia, coulant dans un lit granitique, à 53 kilomètres au nord : le réservoir, établi à Piedras, à 30 mètres au-dessus du niveau de la grand'place, contient de 12 à 15 millions de litres. 1! Mouvement commercial de Montevideo en 1890 : 28 700 000 $ ou 16 600 000 $ ou 154 900 000 francs, 89 640 000 » Importation . Exportation . 45 500 000 # où 244 540 000 francs, Mouvement de la navigation d'outre-mer à Montevideo en 1892 : Ensemble, . 2 156 navires, jaugeant 2 840 448 tonnes. Part de la vapeur, 1384 navires, jaugeant 9377 592 tonnes, Cabotage 4 470 navires, jaugeant 26099298 » Recettes de la douane : # 8598 560 ou 46 450 000 francs. 572 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Maldonado, bâtie au bord d'une baie semi-circulaire qui ressemble à celle de Montevideo et que défend à l'est la pointe la plus méridionale de toute la côte uruguayenne, offre un meilleur ancrage que celui de la capi- tale, mais il est trop éloigné de l'entrée du rio de la Plata et les navires ne s’y arrêtent que rarement, sauf quand une révolution rend le séjour à Montevideo dangereux. La petite ville a été fondée par des Espagnols de Rio Grande qu'avaient expulsés les Portugais, et souvent des chercheurs d'or et de pierres précieuses y ont débarqué, espérant s'enrichir dans les vallées métallifères qui ont Minas pour chef-lieu, de l’autre côté des col- lines qui limitent au nord le versant de Maldonado; mais l'Eldorado n'a point encore livré ses trésors. Plusieurs phares éclairent la côte voisine, formant l'angle du continent entre l'estuaire et l'Atlantique : il serait néces- saire aussi de rallumer un ancien fanal sur l'ile Lobos ou des « Phoques », située au large du cap de Maldonado ; mais le propriétaire des pêcheries, craignant que la lumière n'effrayät les cétacés, à obtenu du gouverne- ment qu'on éteignit la tour à feu’. On capture des phoques sur toute la partie de la côte comprise entre Maldonado et le cap Santa Maria. Muratori raconte que les « loups de mer » abordaient autrefois les navires, exami- nant les hommes avec la plus grande attention, en grinçant des dents comme les singes. La principale ville de la côte océanique, Rocha, n'est pas construite sur le littoral, mais près d’un étang qu'une flèche de sables a séparé de la mer. Les plus fortes agglomérations du versant se trouvent dans le bassin d'écoulement de la laguna Mirim : Treinta y Tres, ainsi nommée en l’hon- neur des « trente-trois » héros qui franchirent l'Uruguay en 1825, après avoir prêté le serment de chasser le Brésilien; Nico Perez, station ter- minale en 1895 du chemin de fer qui reliera directement Montevideo et Rio Grande do Sul; Melo ou Cerro Largo. que l'on croit être une ville de grand avenir pour l'exploitation des granits, des porphyres, des mines de plomb et de cuivre et les gisements de houille ; Artigas, qui constitue une seule ville avec la brésilienne Jaguaräo, située sur la rive opposée du fleuve de même nom, Jaguaräo ou Yaguaron*?. * M. G. and E. T. Mulhall, Handbook of the river Plate. 2 Villes principales de la Bande Orientale, avec leur population approximative : Montevideo. . . . . . , . . 200000 hab. | Cerro Largo (Melo). , . . . . 6000 hab. Paysandü, . , . , , . . . 20000 » ROGHA Sn 5 5 se 6000 » BAD, + à à à 0 + « 42000) Santa Lucia. . . . . . , . , 5000 » Mercedes, . , , , , , , , , 9000 » Fray Bentos. . . , . , . , . 5000 » SANNDBÉS 5 68 à 64 0 7000 » TC TENTE ET 5000 » ui ressemble à méridionale de elui de la capi- t les navires ne nd le séjour à s Espagnols de des chercheurs irichir dans les re côté des col- l'Eldorado n'a a côte voisine, il serait néces- s « Phoques », * des pêcheries, | du gouverne- es sur toute Î1 Maria. Muratori lavires, exami- çant des dents construite sur aré de la mer. lans le bassin mée en l’hon- n 1825, après z, station ter- Montevideo et re une ville de des mines de constitue une c opposée du 6000 hab, 6000 » 5000 » 5 000 » 5000 » POPULATION DE L'URUGUAY. 573 III La statistique de l'Uruguay, relativer :: t facile à faire, grâce à la faible étendue de la contrée, est peut-être, di. toute l'Amérique du Sud, celle dont les résultats méritent le plus de confiance. Après le recenseur Vail- lant, qui dirigea longtemps avec zèle les travaux statistiques du pays, l'œuvre a été continuée dans le même esprit et suivant la même méthode : chaque année, se publient des recueils très détaillés. La population s’accrut très rapidement, malgré le long siège de Monte- video et les guerres civiles qui ont fréquemment ravagé les campagnes : la période de doublement, flottant de décade en décade suivant les troubles politiques, les épidémies, les flux et reflux de l'immigration, est de 18 à 19 ans'. L'excédent de la natalité sur les morts n'entre que pour une moitié dans cette augmentation si considérable? : l'immigration a fait l'autre moitié. Le peuplement se produirait même en des proportions beaucoup plus fortes si les Européens débarqués restaient tous dans le pays; mais un grand nombre ne voient dans Montevideo que l'avant- port de l’Argentine : après y avoir passé quelque temps, ils continuent leur route vers Buenos Aires’. Les expatriés de l’Ancien Monde étant hommes pour la plupart, le sexe féminin est en minorité dans la popu- lation de l’Uruguay‘. De même qu'au Brésil et dans l'Argentine, les Italiens ont le premier rang parmi les immigrants, qui représentent envi- ron les deux cinquièmes des habitants; les Italiens, à eux seuls, en constituent le septième; puis viennent les Espagnols, les Brésiliens, les Argentins et les Français. Ce classement par pays d'origine déguise ! Population de la Bande Orientale à diverses périodes : HORS EEE 30685 hab. | 1860. . . . . . . 291 500 hab. 1800 ER ne . 14000 » AS AR OU rer 476000 » NY PRE EE Te 131900 » OI nie 701 800 » 8 Natalité et mortalité dela Bande Orientale de 1889 à 1891 : Naissances : 83576; Morts : 41 202; Excédent : 42 374. 5 Nombre des immigrants débarqués à Montevideo : ABODAA MOD men liner 36 000 ABDOL ANS TD, 0 6 0, + + 000 1873 à 1890, , , . , . . . . . . . . . 224000 1835 à 1890... . . . . . . . . . . . . 431 000 L Nombre des hommes dans l'Uruguay . . . 398 000, soit 56,7 pour 100 » femmes » 303 800, soit 43,3 » PAR DOS MR Etoe lt LEA 6 TA DR CREER 574 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, l'importance que depuis l'année 1836 présente l'immigration euskarienne dans la Bande Orientale. Les Basques n'ont pas été recensés à part, mais ils comprennent probablement plus de la moitié des 98 000 Espagnols «el Français qui peuplent FUruguay. Nulle part en dehors de leur pays les Euskariens, entraînant après eux une forte immigration de Béarnais, ne sont groupés d'une manière plus intime, sans maintenir pourtant le lien national. Peu à peu les Etchegaray, les Etchebarne, les Harispe se fondent dans la masse hispanifiée. L'agriculture et l’industrie pastorale constituent les richesses de la Bande Orientale, et, grâce à l'augmentation des habitants, les champs et les jardins empiètent sur les terrains de pâture. On évaluait en 1891 la surface du sol cultivé en froment, maïs et autres denrées à 460 000 hec- tares, soit à la quarantième partie de la République; sept années auparavant, elle était moindre de moitié". La récolte de froment «! autres céréales dépasse les nécessités de la consommation locale. La vigne, traitée par les méthodes françaises, mais envahie déjà par le fléau du phylloxéra, se développe surtout dans les environs de Salto. Quant an bétail, les troupeaux en sont vraiment prodigieux, comparés à ceux des na- tions européennes; mais les bœufs, les chevaux ont diminué* : les moutons seuls se sont accrus dans la période récente, et l’on dit que dans les deux années écoulées de 1891 à 1895 leur nombre se serait augmenté de plus de 2 millions; la superficie moyenne des domaines s'étant réduite, quoique de très vastes es{ancias appartiennent encore à des propriétaires isolés ou à des syndicats financiers, il était naturel que les animaux de petite taille prissent la place du gros bétail errant à demi sauvage. Mulhall évalue le rendement annuel du bétail dans l'Uruguay à 185 millions de franes par an et celui de la culture à 60 millions; la plus grosse part de ce revenu appar- tient à des propriétaires nés en dehors de la Bande Orientale. Les hypo- thèques, évaluées à plus de 100 millions de francs, pèsent lourdement sur la propriété foncière. Le territoire de la République comprend 20000 pro- priétés urbaines et 25000 propriétés rurales, soit 45 000 cotes supé- rieures à 600 piastres ou 5000 francs, et par conséquent sujettes à l'impôt. En tenant compte des familles, on voit que près de la moitié des Uruguayens se composent de propriétaires. D'après les statistiques de la richesse terri- # M. G. and E, T. Mulhall, ouvrage cité. #? Cheptel de l'Uruguar : 1860 1884 1890 Chevaux, . . 740 000 670 000 960 000 Bœufs, . . . » 220 000 6 850 000 à 280 000 Moutons . . . 2 590 000 10 540 000 15 760 000 : euskarienne à part, mais Espagnols ei leur pays les Béarnais, ne urlant le lien pe se fondent chesses de la , les champs ait en 1891 la 460 000 hec- sept années e froment «l ale. La vigne, r le fléau du to. Quant au \ ceux des na- : les moutons dans les deux enté de plus luite, quoique res isolés ou à e petite taille hall évalue le francs par an revenu appar- le. Les hypo- burdement sur d 20000 pro- D cotes supé- ttes à l'impôt. es Uruguayens richesse terri- INDUSTRIE DE L'URUGUAY. d70 toriale, des étrangers, en majorité Basques et Italiens, possèdent plus de la moitié du territoire de la République : sur les frontières du Rio Grande, les plus riches propriétaires sont des Brésiliens, À Montevideo, les deux tiers des immeubles appartiennent à des natifs d'outre-mer". Les industries de l'Uruguay sont naturellement celles de l'Europe, puisque tous les corps de métier, toutes les professions sont représentés par des immigrants dans la force de l'âge et l'audace de la volonté. L’in- dustrie prépondérante, celle que l'Uruguay partage avec l'Argentine et le Rio Grande do Sul, est celle de la viande : en proportion du territoire et des habitants, la Bande Orientale dépasse même ses voisins par l’activité des abattoirs. Naguère, lorsque les bestiaux parcouraient librement les pâturages, le travail le plus pénible des estancias était de réunir des animaux dans l’espace étroit d’un rodeo, où les peones ou bouviers, armés du lazo, tournaient au galop autour des bêtes et les capturaient successi- vement pour les marquer au fer chaud des initiales du propriétaire et les trier pour la vente, l'abatage ou la reproduction. Mais ces anciennes méthodes ne sont plus pratiquées que dans les départements du nord; dans les régions du sud, où la terre a plus de valeur, on ne laisse plus errer le bétail à perte de vue dans les savanes : on le parque en des enelos, on surveille de plus près son entretien, on le maintient à l’état domestique; l'accroissement de sa valeur marchande fait qu'on le soigne davantage. Chaque année l'on tue plus d'un million d'animaux, soit pour la consommation locale, que l’on peut évaluer à un bœuf par habitant, soit pour l'exportation des chærs, des cuirs et autres produits. On a fait de nombreux essais pour transporter directement la viande fraiche aux pays étrangers en employant des appareils frigorifiques; mais ces diverses tentatives n’ont encore réussi qu'incomplètement, la congéla- tion ayant pour effet de rendre la chair moins savoureuse”. On continue de traiter presque toute la viande abattue dans les saladeros comme aux premiers temps des tueries primitives. Mais aujourd’hui le travail se fait d'une façon plus méthodique. Une savante division du travail et un outil- lage parfait règlent le massacre : les animaux entrent dans le parvis de l'abattoir et sur chacun d'eux successivement s’abat le lazo fatal, dont { Statistique de la proprièté en 1891 : Orientaux. . 22774 propriétaires; $ 119 240 000 valeur totale; $ 5 200 par tète, Étrangers. . 25018 ) $ 137 160 000 ) 8 5500 » Ensemble, 47792 propriétaires; $ 256 400 000 valeur totale; $ 5 300 par tête, # Simonnet, Notcs manuscrites, 576 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, l'extrémité est prise dans un étau à vapeur; le bœuf, entrainé dans un passage étroit, s'engage sous la traverse où se tient le boucher; sa tête s'arrête un moment contre le bois, et le coap s'abat, tranchant la moelle épinière. La masse pantelante tombe sur un chariot de fer qui roule par élans successifs devant les ouvriers, coupeurs de têtes, écorcheurs, sai- gneurs, découpeurs, et bientôt la chair, encore frémissante, pend aux crochets de l'usine, à moins qu'on ne la plonge dans les chaudières où se fait la séparation de la graisse et des os; des opérations chimiques plus délicates séparent et dosent les divers ingrédients qui servent à la fabrica- tion de l'extrait de viande. Tout s'utilise dans les grands saladeros : les euirs, les suifs, les os et les débris de toute nature, transformés en guano. Le commerce extérieur de la Bande Orientale, dont les quatre cin- quièmes consistent, à l'exportation, en produits des saladeros et des troupeaux", s’accroit de décade en décade, quoique les révolutions, les épidémies, les crises financières occasionnent de brusques reflux* : on peut en juger par les oscillations de la valeur officielle des terres, cotées en 1889 à deux fois la somme qu'elles représentaient commercialement l'année suivante*. L'Uruguay a pour principal client la Grande-Bretagne, suivie de près par la France, qui achète les laines, concurremment avec là Belgique : en 1890, le Brésil, la Belgique, les États-Unis venaient ensuite par ordre d'importance. Le port de Montevideo concentre plus des deux tiers du trafic et presque les trois quarts de la navigation. 1 Exportation de la viande, des cuirs et des laines en 1890 : 23 440 000 # ou 126 576 000 francs. ? Ensemble de la fortune publique de l'Uruguay, évaluée à la fin de 1892 : 2 727 000 000 francs, soit 3 840 francs par personne. 5 Commerce de l'Uruguay en 1890 : Importation, . . . 32 400 000 # ou 174 960 000 francs. Exportation. . . . 29 100 000 # ou 157140000 » Ensemble. . . . 61 500 000 # ou 552 100 000 francs Commerce en 1891 : Importation. . . . 18 900 000 $ ou 102 060 000 francs. Exportation. . . . 26 900 000 # ou 145260000 » Ensemble. . . . 45 800 000 # ou 247 520 000 francs. # Mouvement de la navigation dans les ports de la Bande Orientale en 1892 : Navires au long cours et caboteurs : Entrées, . . . . . 19 785 navires, jaugeant 4 270 045 tonnes, Sorties, . . . . . 12689 » » 4976905 » Ensemble, . . 25474 navires, jaugeant 9 246 948 tonnes. ainé dans un cher; sa tête ant la moelle qui roule par rcheurs, sai- te, pend aux udières où se imiques plus t à la fabrica- aladeros : les és en guano, s quatre cin- deros et des volutions, les _ reflux? : on res, cotées en ement l'année tagne, suivie nent avec la aient ensuite lus des deux VUE PRISE DANS UN SALADERO, AU SALTO. niquée par M. Harriague. Dessin de A. Slom, d’après une photographie comn NP VE DENTS SRE SEE RE NT D re ve re se = = TL RD UE Pin a or l'é COMMERCE, GOUVERNEMENT DE L'URUGUAN. 570 En comparaison de l'énorme tonnage flottant, celui des marchandises transportées par terre sur les rails des voies ferrées est bien modeste, Les chemins de fer, dont le premier tronçon fut inauguré en 1869, ne con- situent pas encore un réseau entre les diverses parties de la République, et mème ne forment pas un éventail complet relativement à Montevideo ; cependant ils atteignent la frontière brésilienne, Il n'existe pas de voie tranversale, unissant les bords de l'Uruguay au littoral océanique ou à la lagune Mirim, et de l'un à l'autre rivage il faut toujours faire le grand détour par Montevideo. Les télégraphes se développent sur une longueur triple des chemins de fer, Proportionnellement à sa population, la Bande Orientale occupe un bon rang pour les correspondances télégraphiques et postales parmi les États de l'Amérique du Sud; par le nombre des lettres, elle dépasse même plusieurs nations européennes”. Quant à l'instruction publique, l'Uruguay l'emporte de beaucoup sur ses deux voisins, le Brésil et l'Argentine” ; près d'un dixième de la population visite les écoles. Dans le voisinage de la frontière rio-grandense, où les immigrants de langue portugaise sont nombreux, les instituteurs ont ordre d'enseigner en espagnol, l'idiome national. Le gros de la ‘population se compose de catholiques, mais la liberté religieuse est complète. En 1889, lors du recensement de Montevideo, 3524 habitants se déclarèrent « libres-pen- seurs » et 6955 se dirent « sans religion ». IV Le gouvernement de l'Uruguay se modèle sur un type commun aux républiques hispano-américaines : suffrage universel, deux chambres et 1 Chemins de fer de l'Uruguay au 1° janvier 1891 : Longueur totale des lignes... , . . . . . . . . 1612 kilomètres. Coût d'établissement, . . . . . . . . . . . . . 262 500 000 francs. Nombre de voyageurs transportés dans l'année.. . . 630 000 Marchandises expédiées » es 510 000 tonnes. ? Lignes télégraphiques de la Bande Orientale au 4° janvier 1891 : 5 036 kilomètres. Télégrammes, envoyés dans l'année. . . . . . 232 000 Lettres expédiées. . . . . . . . . . . . . 6 588 000 Journaux et autres. . . . . . . . . . . 14942 000 Envois postaux... . . . . . . . . . . . 21 550 000 5 Écoles publiques en 1890... . . . . . . . 470, réquentées par 38 747 élèves. » privées MA TR none UT » AMO » Écoles de l'Uruguay en 1890 . . . 877, fréquentées par 60 17 élèves 580 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, pouvoir présidentiel. Comme dans les autres États, la Constitution n'a été qu'un document à mettre aux archives, un prétexte à serments qui ne seront point tenus ; la force, la ruse, la finance, parfois l'appui de l'étran- N° 497. — DIVISIONS POLITIQUES DE L'URUGUAY, Quest de Faris S.Eugenio ART I\6G AS AÙ mio necro ) DUR AZNO lBMdependencia NA 'Fraygbentos) d Mercedes Durazno Psoniano ñ û {| Florida | CANELONES L clones , 1 : 5000000 a —————————— 1 U 200 kil. ger ont décidé du succès des partis. Souvent les ressources considérables que procurent les tarifs de douanes ont été employées autrement que pour le bien public, les recettes futures ont été escomptées par des emprunts, chargeant le pays de dettes dont il n'a pu payer les intérêts’. En moyenne, de 1880 à 1890, les recettes annuelles ont été de 57 millions de francs ! Budget de l'Uruguay : Recettes, . . . . . En 1890, 87 000 000 francs; en 1891, 43 275 000 francs. Dette, le 1‘ janvier 1892, 502 500 000 francs, GOUVERNEMENT DE L'URUGUAY. ” titution n'a été rments qui ne pui de l'étran- et les dépenses de 85 millions. La douane fournit en moyenne la moitié des ressources budgétaires, L'armée, qui coûte chaque année de 15 à 20 millions, se compose d'environ 4000 hommes. L'Uruguay est divisé en 19 départements, dont les noms sont indi- qués dans le tableau suivant, avec la superficie et la population recensée en 1891 : DENSITÉ DENSITÉ SUPERFICIK KILO= ; SUPERFICIE KILO- DÉPARTEMENTS, | on kil, |HABITANTS.| mérnique, || DÉPARTEMENTS, en kilom, |HABITANTS. | MÉTRIQUE, carrés, (Hab, par (Hab, par kil, carré), kil, carré), Montevideo. , 664 | 234 000 û Soriano , , | 9224 | 27 500 Salto., , . .| 12602 | 32000 Colonia, . . b 682 | 38 200 Artigas, , . .| 11380 | 17 800 San José. . .| 6962 | 21100 Paysandü. . .| 13252 | 28 400 Canelones, . .| 4752 | 73 800 Rivera, . . .| 9821 | 19 000 Maldonado . .| 4106 | 20 600 Tacuaremb6, .| 21022 | 22 400 4 Rocha, . . .| 11089 | 17 500 Durauno, . .| 14315 | 24 200 Minas, . , .| 12493 | 922 500 Florida, . : .| 12407 | 29 500 d Treinta y Tres.| 9550 | 15 700 Flores. . . .| 4519 | 15 300 Cerro Largo. .| 14904 | 28 000 Rio Negro.. .| 8471 | 14300 Ensemble, . 186915 kil. carrés; 701 800 hab.; 3,79 hab. par kil. carré. onsidérables ent que pour s emprunts, n moyenne, s de francs 0 francs. Fe 20 = = géog Pr'ox CHAPITRE V ARGENTINE Par l'étendue du territoire aussi bien que par le nombre des habitants, h république Argentine est un des États principaux de l'Amérique méri- dionale. Le Brésil la dépasse pour la superficie; pour la population, elle le «de au même Brésil et peut-être à la Colombie; toutefois cette dernière république sera probablement distancée dans un avenir prochain, car, malgré les oscillations diverses de flux et de reflux, le mouvement d’im- migration favorise le peuplement rapide des régions platéennes. Le fait géographique capital au point de vue des progrès de l'Argentine est sa proximité relative du continent européen. En dépit des apparences et du témoignage même de 1" carte, les rives de la Plata sont la partie des côtes sud-américaines qui, en exerçant la plus forte attraction sur l'Europe, en appelant ses navires et ses émigrants, se trouve de fait plus rapprochée que les rivages du nord, situés à ü:.2 distance kilométrique moindre de moitié, Tout naturellement ies Eutoñéuns se dirigent surtout vers la région du continent sud-américai qui correspond à leur contrée d'origine par les degrés de latitude, i::; conditions moyennes du climat, la végétation et le genre de vie*. Les premiers Européens n'abordèrent dans les régions pli“ :.ses que dix-sept années après ia äécouverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb; en 1509, Vicente Pinzon et Diaz de Solis entraient dans l'estuaire de la Plata, et en 1521 Magalhäes, accompagné de Pivafetta, l'historie- ! Superficie, d'après Latzina et population approximative de in Pépullique Argeztine en 1893 : 2 894 257 kilomètres carrés; 4020 000 bägitants; 1,4 hab. pre kil, carré, d84 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. graphe de la cireumnavigation, parcourait, entre la péninsule terminale du continent et la Terre de Feu, le détroit qui porte son nom. L'estuaire et le détroit suffisaient pour que les cartographes pussent déjà se représenter la véritable forme de la côte orientale du continent. Mais les âpres rivages de la Fuégie et de la Patagonie étaient trop peu hospitaliers pour qu'on s'occupât alors d'en explorer l'intérieur. Seulement les marins tentaient les golfes, les passages et les détroits pour faciliter la traversée de l'un à l'autre Océan. Ainsi Francisco de Hoces poussa en 1527 jusque dans le voisinage de la « Fin des Terres », mais nulle colonie ne S'éablit dans ces régions, tandis que les Espagnols cherchaient à s'établir solide- ment dans les contrées qu'arrose le fleuve dit alors rio de Solis, d'après son découvreur, Diaz de Solis y était revenu en 1516, mais pour trouver la mort sur les bords d'un ruisseau de la Bande Orientale, Sébastien Cabot, en 1528, pénétra beaucoup plus avant dans l’intérieur des terres, jusque dans le Paraguay, et fonda même un fort à l'endroit où s'élève le bourg appelé, de son nom italien, Gaboto, au confluent du ’aranä et du Carcaraña. Le premier il reconnut que l'estuaire de KSolis et l’un des deux grands fleuves qui s'y déversent pourraient devenir un excellent chemin d'accès pour les régions de | « Argent », c’est-à-dire la Bolivie et le Pérou : de là cette appellation bizarre de la Plata donnée à une contrée qui ne se distingue nullement par l'importance de ses gisements argentifères. Ce sont les Andes du Pérou et de la Bolivie qui constituent la véritable « Argentine ». Mais la colonie fondée par Cabot ne put se maintenir; quelques années après, l'Espagnol Mendoza s'établissait sur la côte méridionale de l'estuaire, à l'endroit où s'élève aujourd'hui Buenos Aires. Les Indiens l'ayant forcé d'abandonner son campement, il transféra sa pelile troupe au fortin du Carcaraña, d'où ses lieutenants firent de nombreuses excursions dans les alentours. L'un d'eux, Ayolas, fonda sur la rive gauche du Paraguay le poste d’Asuneion, qui devint capitale de République, puis 1 remonta le fleuve jusque dans le Matto Grosso, et, s'enfonçant audacieusement dans les savanes de la plaine, les yungas des avant-monts et les forêts des Andes, il atteignit enfin le Pérou, le premier de tous les conquérants qui, par terre, eût traversé le continent dans toute sa largeur. C'était en 1937, et, sept années après, Irala accomplissait le même voyage : l'Espagne tenait désormais la voie de jonction entre les deux rivages de son immense domaine sud-américain, En 1542, Alvar Nuñez Tête-de-Vache avait fait un voyage non moins hardi en se rendant directement de la eûte brési- lienne au Paraguay par la voie des rivières et des portages. ule terminale du . L'estuaire et le se représenter [a es âpres rivages iers pour qu'on marins lentaient raversée de l’un 27 jusque dans nie ne s'établit s'établir solide- e Solis, d'après 16, mais pour ande Orientale, dans l'intérieur fort à l'endroit au confluent du stuaire de Solis ient devenir un LU», c'est-k-dire la Plata donnée Jortance de ses » Ja Bolivie qui quelques années le de l'estuaire, ns l'ayant forcé be au fortin du irsions dans les lu Paraguay le it remonta le sement dans les rêts des Andes, anis qui, par ten 1957, et, Espagne tenait son immense ache avait fait la côte brési- HERNANDARIAS. PRISE A VUE Dessin de Th. Weber RIO PARANA. LE di res des ouv PA —_ dé Bah Josi Mal QE AR Pr ns 6e a ET , mel S off l'OY: coût JUS EXPLORATION DE L'ARGENTINE, En 1575, Juan de Garay relevait Buenos Aires, où il réussissait à se main- tenir, et le peuplement commençait, précédé par des explorations. En 1579, le pilote Sarmiento, un des hommes de mer les plus remarquables qui aient vécu, avait fixé le véritable dessin des côtes magellaniques. Pen- dant les deux siècles qui suivirent, on arriva à connaître toute la région | comprise entre les rives platéennes et la muraille des Andes, mais au | nord et au sud des Indiens sauvages arrêtèrent et maintes fois refoulèrent les voyageurs et les colons : d’un côté, dans le Chaco, les Abipon, les | Mocovi, les Guaycurü, de l’autre dans la Patagonie, les tribus pampéennes défendaient leur indépendance avec une admirable énergie. Cependant les missionnaires jésuites avaient réussi à vivre en paix avec les indigènes, restés ennemis des traitants et des colons, et gouvernèrent le territoire des « Missions », qu'après leur départ il fallut découvrir à nouveau. Un Jésuite, Falkner, après avoir vécu plusieurs années au pied de la Sierra del Vulcan, parmi des Indiens de la race patagone, décrivit le premier l'intérieur des terres dans la partie méridionale des pampas, et son ouvrage, de même que, en 1772, les études de Forster, le compagnon de Cook, éveillant l'attention du gouvernement espagnol, fit reprendre les voyages d'exploration interrompus depuis près de deux siècles. En 1778, quatre ans après la publication du livre de Falkner, Juan de la Piedra visita la grande baie tempétueuse de San Matias, appelée aussi Bahia sin Fondo ou « Baie sans Fond », et y découvrit le vaste port de San José. De 1779 à 1784, les frères Viedma, et quelques années plus tard Malaspina, visitèrent ensuite, golfe par golfe, tout le littoral des côtes méridionales, mais leurs rapports restèrent enfouis dans les archives royales’. Des excursions dans l’intérieur avaient complété le relevé des côtes, et même, en 1782, Villarino avait remonté le cours du rio Negro jusqu’à la base des Andes; pendant la même année, Antonio de Viedma découvrit le lac qui porte son nom. L'étude scientifigre des régions platéennes eut pour initiateur Félix de Azara qui, chargé officiellement de la délimitation des froniières entre les possessions espagnoles et portugaises sur les hauts fleuves, Uruguay, Paranä, Paraguay, ne se borna pas aux travaux de géodésie, mais s’occupa aussi de la nature des contrées et de leur histoire naturelle, D’autres officiers au service de l'Espagne, de Souillac et de la Cruz, franchissaient des cols de la cordillère des Andes et en fixaient la position. Mais déjà se préparait la guerre de l'Indépendance et ni les Espagnols de la mère 1 Woodbine Parish, Buenos Ayres and the provinces of the Rio de la Plata. RS CAE De DER R UE A, ù SDS fer M plane En 9 D8N NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, patrie ni ceux du Nouveau Monde, politiquement émancipés, ne prirent une part très sérieuse aux explorations géographiques. Désormais, grâce à l'abolition du régime colonial, des étrangers pouvaient collaborer avec les nationaux. Ainsi d'Orbigny s'établit en 1826 à Carmen de Patagones, puis dans le Corrientes, pour y continuer ses recherches sur l « Homme Américain », et en 1855 se fit la mémorable expédition du Beagle ct de l’Adventure, racontée par Darwin dans un livre qui fait époque dans l’histoire des sciences. Un autre z0ologiste anglais, Dalton Hooker, accompagnant l'expédition des navires Erebus et Terror, étudia l'histoire naturelle de la Fuégie et décrivit la « flore antarctique ». La géographie de l'Argentine proprement dite est maintenant connue dans ses grands traits : on n'a plus qu’à en étudier les détails. Ce travail complémentaire se fait tousles jours, grâce aux mineurs qui vont exploiter les gisements des montagnes, aux ingénieurs qui tracent les voies ferrées et régularisent le cours des rivières, aux géomètres arpenteurs qui divi- sent ‘? «ol en parcelles et mesurent la superficie des champs. Mais sur la zone des frontières il reste encore des territoires presque ignorés, soit parce que des Indiens hostiles en défendent les abords, soit parce que la cont: “e esi pénible ou dangereuse à parcourir. Ainsi la région du Chaco, où veillent les Toba, montre encore des espaces blancs d’itinéraires et ceux qu'on y a dessinés ne s'accordent pas sur tous les points. Au nord-ouest, où s'arrondissent les longues croupes des plateaux andins, surmontées de cônes neigeux, le réseau des cols et des passages présente des doutes que les cartographes ne résolvent pas tous de la même manière. Enfin l'étude du long triangle de la Patagonie a coûté de très grands efforts, et le fragment des Andes qui sépare le versant Atlantique des fjords occidentaux reste presque inconnu sur une partie considérable de son développement. C'est par dizaines que l’on peut énumérer les voyageurs, naturalistes, géologues, et même simples curieux, qui ont contribué à l'exploration de la Patagonie. Les colonies chiliennes, séparées des plaines argentines par l'épaisseur des Andes, ont été le point de départ de nombreux chercheurs qui, à la suite des anciens missionnaires, ont tenté les seuils de passage entre les deux versants. Punta Arenas, le poste chilien du détroit de Magellan, a été un autre centre d’excursions et de voyages, et sur la côte orientale, les Argentins ont fondé divers établissements, agricoles, pasto- aux et militaires, d'où sont partis les tracés d’itinéraires nouveaux. Descalzi, Cox, Gardiner, Moreno, Musters, Ramon Lista, Moyano, Fontana, Rogers, Popper, Vinciguerra, Ameghino, Roncagli, Cärlos Burmeister, et tant d'autres, sans parler des soldats envoyés contre les Indiens, ont terr dés, ne prirent ormais, grâce à aborer avec les ’atagones, puis il « Homme du Beagle «1 i fait époque lalton Hooker, tudia l'histoire tenant connue ails. Ce travail vont exploiter s voies ferrées eurs qui divi- S. Mais sur a ignorés, soit | parce que la ion du Chaco, éraires et ceux u nord-ouest, + Surmontées te des doutes anière. Enfin ls efforts, et le s occidentaux veloppement, naturalistes, xploration de rgentines par x chercheurs s de passage u détroit de et sur la côte icoles, pasto- S nouveaux. no, Fontana, Burmeister, Indiens, ont EXPLORATION DE L'ARGENTINE. 589 fit de la Patagonie un territoire complètement argentin. Les paléontolo- gites et les géologues étudient méthodiquement les terrains pour le musée de La Plata et d’autres collections, les éleveurs de bétail et les « prospecteurs » de mines visitent les fonds herbeux et les gisements métallifères. L'ère de la géographie précise commence pour la Patagonie comme pour le reste de la république Argentine". L'abondance des matériaux recueillis sur le relief et la géologie de l'Ar- gentine, ainsi que sur son histoire naturelle et ses habitants, a déjà valu à la littérature géographique plusieurs ouvrages de valeur, sans compter les innombrables publications dues à la réclame intéressée pour attirer les immigrants et faciliter les spéculations de terrains. Hermann Burmeister et Martin de Moussy furent les premiers en date dans ces travaux de géogra- phie générale. Quelques centres d'études, l'institut de Buenos Aires, le musée de La Plata, l’université de Cérdoba, groupent les efforts individuels dans une œuvre commune. Cependant la république Argentine ne possède pas encore de carte topographique analogue aux travaux de précision que les diverses contrées de l'Europe occidentale ont déjà menés à bonne fin et que les États-Unis du Nord, le Mexique, le Säo Paulo ct le Minas brési- liens ont commencés. En 1889, la Société de Géographie buenos-airienne décida la construction d’une carte générale de la République, par États et lerritoires, qui depuis a paru en entier, mais à des époques diflérentes et ! Principaux voyages faits en Patagonie, depuis la guerre d'Indépendance, par ordre chronologique : 1827. Stokes (Santa Cruz). 1832 et suiv. Fitz Roy et Darwin (Santa Cruz, Chubut, rio Negro et Sierra Ventana). 1833. Descalzi (rio Negro). 1854 et suiv. Jones (Chubut). 1856. Fonck, Hess (Nahuel-Huapi). 1857, Bravard (sierra Ventana). 1862 et suiv. Guillermo Cox (cols andins). 1867. Gardiner (Santa Cruz, laco Argentino). 1869. Musters (base des Andes, rio Negro). 1872. Guerrico (rio Negro). 1874 et suiv. Moreno (rio Negro, Santa Cruz, Chubut, lac Argentino, etc.). 1876 et suiv. Moyano (rio Chico, laco Buenos Aires, Chubut). 1877. Rogers et Ibar (lac Argentino, cols andins); — Bcerbohm (San Julian, Gallegos). 1878 et suiv. Ramon Lista. 1879 et suiv. Wysoski (Chubut, rio Negro); — Lorentz (Neuquen). 1882, Roncagli (Gallegos, Santa Cruz). 1883. Rohde (Nahuel-Huapi, col de Bariloche) ; — Zeballos (rio Colorado, rio Negro). 1885 et suiv. Fontana (haut Chubut). 1886 et suiv. Càrlos Burmeister (Chubut, Santa Cruz); — Popper (Terre de Feu). 1887. Asahel Bell (haut Chubut). 1891. Siemiradzki (Colorado, Negro, Limay, Nahuel-Huapi); — Bodenbender (Neuquen). 1892, Machon et Roth (vallées andines, Senguel, Chubut). 590 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. seulement pour une faible partie d'après un levé direct des terrains : du moins cet atlas, dit de Seelstrang, d'après le compilateur principal, de soil contient-il une cartographie précieuse des documents publiés à cette s à % ; ; par époque. En 1889, le gouvernement argentin fit exposer à Paris un plan La | Sal! N° 198, — PRINCIPAUX ITINÉRAIRES DE DÉCOUVERTE DANS LA PATAGONIE. , pre not de obs dep} éca tud I {ra vin nal sl P dan les à |: à li inf el que à-t- val el det L 500 kil. relief du territoire de la République à l'échelle du 500000", et les travaux qui servirent de base à la figuration dece grand fragment de li sphère, d'une superficie de 72 mètres carrés, ont été utilisés depuis pour la construction d'une carte au millionième'. On a pris pour point de départ de la topographie argentine l'observatoire astronomique 1 Luis Brackebusch, Mapa de la Repüblica Argentina construida sobre los datos existentes y sus proprias observaciones, 1891. des terrains : qu ateur principal, publiés à cette à Paris un plan. 0 000", et les ragment de là utilisés depuis a pris pour astronomique bs datos existentes EXPLORATION, FRONTIÈRES DE L'ARGENTINE. om de Gérdoba, dont la position exacte a été déterminée avec le plus grand win', et l'on a pu s'appuyer, en outre, sur des points fixés avec rigueur par des recherches géodésiques : Rosario, Rio Cuarto, Mendoza, Santa F6, la Paz, Goya, Corrientes, San Luis, Villa Mercedes, Villa Maria, Tucuman, Salta, San Juan. D'année en année, de nouvelles études permettront de préciser le travail et de procéder à la réunion en une carte unique des nombreux documents locaux que possèdent chaque province et chaque cité de l'Argentine. Mais, dans les districts écartés, combien de points encore obscurs! On peut en juger par un exemple : la position de Tarija, que, depuis d'Orbigny, en 1839, on fixe diversement sur les cartes avec des éarts de 48 minutes en latitude et de 1 degré 43 minutes en longi- tude. Le manque de cartes précises et le conflit des cartes juridiques et des traditions n'ont pas encore permis de fixer les limites entre toutes les pro- vinces de la République. De mème, le tracé extérieur du territoire natio- nal n'est pas définitivement fixé, et cette question des frontières politiques, si peu importante dans un pays qui possède des terres incultes en surabon- dance pour une population encore très clairsemée, passionne cependant ls Argentins et maintes fois leur a mis la menace à la bouche ou l'épée à la main. Dans l'estuaire même, l'ilot de Martin Garcia, d'une si grande importance stratégique par sa position à l'entrée des deux fleuves qui se versent dans l'estuaire de la Plata, est attribué à la république Argentine, quoique géographiquement il fasse partie de la Bande Orientale; aussi at-on souvent combattu pour la possession de cette étroite roche sans valeur agricole ou industrielle. Du côté du Paraguay, la force a décidé, et le territoire des « Missions », qui se prolonge en enclave entre les deux fleuves Paranä et Uruguay, a été attribué aux Argentins. Mais s'ils ont le droit de se substituer aux Paraguayens comme possesseurs de cet ancien domaine des Jésuites, ne sont-ils pas aussi les héritiers de Francia et des Lopez dans les revendications des autres nfissions de la Compagnie, annexées par le Brésil à l'État de Santa Catharina? Ils deman- dent donc ce lambeau de pays, d’une superficie d'environ 30000 kilo- mètres carrés, et leur requête, adressée au président des États-Unis du Nord, attend une solution prochaine. De l'autre côté du Paraguay, une autre décision, en 1875, ordonna la remise du Chaco d'outre- Pilcomayo aux Paraguayens vaincus: mais, au nord extrême, les cartes ! Cuordonnées géographiques de l'observatoire de Cérdoba : Latitude méridionale, 340 25”, 150 4”; longitude ouest de Greenwich, 640 42’ 5”. (L. Brackebusch, Petermann's Mitteilungen, 1892, Heft VIIL.) 592 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELL argentines tracent encore, comme « limite de droit », la frontière seplet- trionale de la province de Tarija, qui, par décret royal, avait été rattachée N° 429. — MARTIN GARCIA. luest de Paris : 1li// ARNO Pr: Quest de Greenwich C.Ferron _ de Cä Tmètres Te Cm. ce Êm.etäu gel 1 : 20 000 a ——û ———— | 800 mètres à la juridiction d'une ville argentine, Salta, mais qui, de son plein gré, en 1825, s'était annexée à la Bolivie. À l’ouest, la frontière commune entre le Chili et l'Argentine a été réglée d'une manière générale par le traité de 1881, d'après lequel « la ligne de par vers bris de ils’ son con ère {ces pui qu'i riva nan res] mili côté plus (que esp E amo diet: en d gent guet la fi qu'i des Que mên cert abo: en les tiqu car! la v être d'éc rontière seplen- ait été rattachée 5815" CFerron son plein gré, ine a été réglée l« la ligne de ARGENTINE ET ARGENTINS, 595 mrtage se développe sur les plus hauts sommets qui marquent le faite des wersants ». Ce texte implique une certaine contradiction, puisque la ligne brisée qui réunit les cimes ne coïncide pas exactement avec les sinuosités de l'aigue-verse, Les dissentiments sont done inévitables, surtout quand ils'agira de régler les limites dans les Andes patagoniennes, où les chaînes sont interrompues par des brèches nombreuses et où le dédale des fjords, œntournant les chaînes, vient baigner les plaines à lorient de la cordil- lère; mais le traité prévoit un arbitrage pour toutes les questions dispu- tes. Quant aux terres de la Fuégie, l'acte de partage entre les deux puissances ne laisse prise à aucune interprétation douteuse. Il semble donc qu'il ne puisse y avoir prétexte à discussions; néanmoins une certaine rivalité des deux États limitrophes s'est fréquemment manifestée, don- nant lieu à de violentes discussions dans la presse et dans les parlements respectifs. Forts de leurs guerres toujours heureuses et de leur organisation militaire à l’allemande, les Chiliens se croient invincibles, et, de leur côté, les Argentins, plus nombreux, possesseurs d’un territoire sinon plus riche, du moins plus vaste, ne seraient point disposés à admettre que, pour la puissance, ils soient au second rang parmi les républiques espagnoles de l'Amérique du Sud. En tout cas, leur force, comparée à celle du Chili, est singulièrement amoindrie par le manque d'unité politique. Sauf la guerre causée par la dictature de Balmaceda, le Chili a presque toujours eu, quoique divisé en deux classes ennemies, l'apparence de la paix civile, tandis que l'Ar- gentine a vu se succéder d'innombrables révolutions locales, et parfois des guerres acharnées, embrassant tout le territoire de la République. Depuis la fin du régime colonial, pendant lequel ils n’étaient point heureux, quoi- qu'ils fussent sans histoire, les Argentins n'ont eu, pour ainsi dire, que des armistices, et pendant des années la guerre a sévi en permanence. Quelles sont les causes de cette combativité des Argentins, qui l'emporte même sur celle des Vénézolans et des Mexicains? Faut-il y voir, dans une certaine mesure, un phénomène d’hérédité? Quoique certaines peuplades aborigènes, toujours en guerre, aient, pour la plupart, cessé d’exister en groupes indépendants, elles se sont perpétuées par les traditio et les mœurs dans la race métissée, et sous l'impulsion des rivalités poli- liques les vieux instincts de haine se réveillent facilement. Les mœurs carnivores de la population doivent être aussi pour quelque chose dans la violence des passions et l’indifférence au sang versé. Mais ce ne peuvent être là que des causes secondaires. La raison majeure de ce manque d'équilibre politique et de ces oscillations brusques doit être cherchée dans xx. 75 ès © æ! À il |. ii 4 : 14 ï 504 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, la persistance du conflit entre deux principes opposés, celui de l'autonomie locale, et une centralisation envahissante, héritage de l'ancien gouver- nement. D'ailleurs la différence est-elle si grande entre les révolutions de l'Argentine et l'état formidable de paix armée sous lequel la vicille Europe menace de succomber”? Les Argentins ont l'intelligence facile, merveilleusement réceptive de l'Espagnol; ils ont l'audace et le courage, et, comparés à leurs voisins du Brésil, un caractère plus décidé, une volonté plus nette, u “ce d'exé. cution plus rapide et plus énergique. Ils se donnent aus. . de grands enthousiasmes collectifs sous l'impulsion de nobles idées, et rarement fête égala en joie et en grandeur celle que provoqua l'abolition de l'esclavage au Brésil. Tous étaient heureux de voir disparaître cette tache de l’histoire américaine et se sentaient les frères de ces Brésiliens qu'ils avaient si souvent qualifiés, par habitude, d’ «ennemis héréditaires », Pleins d'ambition, ils voudraient « faire grand », et réellement ils ont su, pendant les jours de prospérité, développer leurs ressources matérielles avec un si merveilleux entrain, que même les Américains du Nord étaient éblouis. Leur industrie faisait surgir des villes au milieu des solitudes; tel campement habité hier par des sauvages recevait aujourd’hui des machines à vapeur, des téléphones et des journaux. Non seulement les grandes cités platéennes pouvaient, à maints égards, s'égn" aux capi- tules de l’Europe, elles cherchaient à les dépasser. L’Arge \imait à comparer son rôle dans l'histoire du monde à celui des États-Unis du Nord, et en réalité, malgré les contrastes produits par la différence numi- rique des habitants, il ÿ avait une certaine analogie entre le développe- ment des deux nations. Pour l'immigration notamment, les phénomènes élaient identiques. Mais les mauvais jours sont venus. Les grandes entreprises, lancées avec des capitaux étrangers, sans souci du lendemain, n'ont pas toutes réussi, et celles qui ont donné des revenus n’ont favorisé que des spéculateurs, sur- tout étrangers, et les grands propriétaires de l'Argentine; l'enrichissement rapide de quelques-uns et l'appauvrissement des autres ont eu la démora- lisation publique pour conséquence, et, tandis que les spéculateurs se livraient au jeu des actions, les politiciens se ruaient à la curée des places. Puis la réaction se fit brusquement et des banqueroutes plus ou moins déguisées par des artifices budgétaires arrêtèrent presque toutes les entre- prises sérieuses. On a pu constater une fois de plus combien instable est l'équilibre d'un pays où la richesse publique ne repose pas sur le labeur du paysan propriétaire, et dont les progrès industriels, simples décors P légè l'AtI l'om isole qui L: toire du : men s'éli qui tout man {ron dan 400 geu sion du I plat prés hau ii de l'autonomie l'ancien gouver. e les révolutions lequel la vicille ent réceptive de leurs voisins du U “ce d'ext. IS. de grands es, et rarement \ l'abolition de disparaitre cette le ces Brésiliens is héréditaires». ‘ment ils ont su, rces matérielles du Nord étaient u des solitudes: aujourd’hui des n seulement les ign' aux Capi- ge umait à s-Unis du Nord, fférence numé- re le développe- es phénomènes es, lancées avec toutes réussi, et iculateurs, sur- ‘enrichissement t eu la démora- spéculateurs se irée des places. plus ou moins outes les entre- ien instable est as sur le labeur simples décors MONTAGNES DE L'ARGENTINE, 29% d'importation étrangère, ne sont pas dus à l'instruction et à l'initiative du peuple mème. Cependant les avantages naturels que présente le pays dans l'économie générale du genre humain sont tels, que les crises, si longues et si profondes qu'elles soient, peuvent retarder mais non empêcher les progrès de l'Ar- gntine, Sa population s'accroît quand mème, l'immigration s'y porte de nouveau, la superficie des terrains utilisés augmente, et l'on commence à pénétrer dans les deux parties du territoire qui ont le plus de richesses en réserve : au nord-est le pays des « Missions », à l’ouest les vallées andines où les fleuves Colorado et Negro prennent leurs sources. Dans ces régions au sol fertile, à l'air pur, au climat délicieux, alternant en saisons qui «onviennent au tempérament de l'immigrant d'Europe, il y a place pour des millions d'hommes. Il Pris dans son ensemble, le sol de la république Argentine s'incline légèrement en pente régulière de la crête des Andes vers les plages de l'Atlantique. Mais ce plan présente des ressauts et des inégalités qui rompent la monotonie du paysage; même quelques massifs de montagnes isolées se dressent à distance des Andes dans le long triangle de terres qui termine le continent sud-américain. La puissante masse andine, qui occupe une si grande largeur du terri- toire dans le Chili septentrional et la Bolivie, s'étend aussi dans l'Argentine du nord-ouest, entre les versants du Pilcomayo, du Bermejo, du Jura- mento. Sur l'énorme piédestal de 4500 mètres en altitude moyenne, s'élèvent, suivant un alignement régulier du nord au sud, des sommets qui dépassent 5500 mètres et que recouvrent les neiges, même pendant loute l'année. Le cerro de las Granadas est un de ces pics superbes, com- mandant les mornes solitudes de la puna, à l'angle nord-occidental de la frontière argentine. Interrompu au sud par un grand cirque d'érosion dans lequel coule le rio de las Burras, le plateau s'abaisse à moins de 4000 mètres, mais il reprend pour former d’autres nevados ou dômes nei- geux, tels le Pasto Grande, l’Acay, le Cachi. A l'est, d'autres vallées d'éro- sion se continuent par les seuils du plateau entre les vallées tributaires du Pilcomayo et celles qui descendent au Bermejo et au Juramento; mais le plateau, découpé en franges, en promontoires, en chaînes de montagnes, présente encore des sommets grandioses dépassant 4500 mètres de hauteur et portant des neiges pendant une partie de l’année. La sierra & à + 4 Ÿ z 11 4 è ï î + ï à à 3 à 0 296 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, qui domine à l'ouest la vallée de Jujuy dresse deux pitons à plus de 5500 mètres, le nevado de Chañi et les Tres Cruces. Au nord de Jujuy, dans le coude aigu que forme le haut Juramento, la chaine de Zenta se détache aussi du plateau en un long promontoire". À l'abra où « col » de Zenta, où passe le sentier d'Oran à Humahuaca, le seuil se trouve à l'altitude de 4515 mètres. D'autres eroupes de la chaine s'élèvent à près de 5000 mètres; cependant la neige qui les recouvre parfois se fond presque aussitôt, Sous cette latitude et ce climat sec, la limite inférieure de la ligne des neiges persistantes doit passer probablement entre 5500 « 6000 mètres. Toutes ces montagnes, toutes ces pentes de plateaux offrent les traces du champ de glace qui descendait au loin dans les plaines. Cette région de l'intérieur eut done sa période glaciaire ou peut-être même ses périodes successives de glaciation. Les escarpements morainiques se ravinèrent en laissant entre eux des fosses énormes, séparées par des obélisques de ‘ailloux et des colonnes « coiffées »; partout la base des montagnes est flanquée de terrasses, hautes de quelques centaines de mètres, où les graviers s'entremélent avec des couches de sable. Ce sont là des phéno- mènes qu'on ne saurait expliquer par la simple action de l'eau et le dépôt des alluvions*. À l'ouest de Salta, les chaînes de montagnes qui frangent le plateau se suivent en retrait, diminuant de largeur et d'altitude à mesure qu'elles se prolongent vers le sud, déchiquetées par les torrents d'érosion. Une crète élevée à même été complètement détachée des hautes terres andines par des espaces arides qui furent autrefois nivelés par les glaces et les caux. Cette chaîne devenue distincte ei se développant en une ligne sinueuse du nord au sud, à l'ouest des campagnes de Tueuman, est la sierra d'Acon- quija. Avec ses prolongements et ses promontoires extrèmes, de la grande courbe du Juramento aux débuts de la Rioja, elle n’a pas moins de 490 kilomètres; mais la crête proprement dite, inclinée du nord-est au sud-ouesi, n'a guère que le dixième de cette longueur. L'Aconquija, au cœur de granit, est très brusquement coupé sur sa face occidentale, qui regarde les Andes, tandis que ses déelivités de l'est sont plus douces, flanquées d'avant-monts çà et là boisés. On donne le nom de Clarijo ou de « Cheville » au massif central d’où les ramures de montagnes rayon- nenten diverses directions : au nord, les Cumbres de Calchaqui; à l'ouest, la sierra del Atajo; au sud, la rangée d'Ambato; au sud-est, celle de los ! Martin de Moussy, Description de la Confédération Argentine. + Ludwig Brackebusch, Petermann's Mitleilungen, 1895, Heft VIL. ons à plus de nord de Jujuy, ine de Zenta di abra où « co] , ‘uil se trouve } lèvent à près de se fond presque inférieure de [1 entre 5500 «1 frent les traces es. Cette région ne ses périodes * ravinèrent en obélisques de montagnes esl mètres, où les là des phéno- eau et le dépôt Ule plateau se ure qu'elles se ion, Une crète s andines par s et les caux. e sinueuse du sierra d'Acon- , de la grande as moins de u nord-est au Aconquija, au cidentale, qui plus douces, n de Clarijo iagnes ravon- qui; à l'ouest, , celle de los MONTAGNES DE L'ARGENTINE, 597 Altos, continuée par les monts d’Ancaste. Pendant l'hiver de 1895, le géologue Rodolfo Hauthal a le premier gravi la cime la plus élevée de N° 139, — PLATEAUX ET NEVADOS DANS LA PARTIE NORD-OCCIDENTALE DE L'ARGENTINE. Ouest de faris sf Ouest de Greenwich dapres Brackebusch C. Perron s fauteurs RS 7 72 de Oà 1000 de OO #0007 def 55007 ae 55007 mèêtres et at) de 1: 3500000 0 100 kil. l'Aconquija, dont il évalue l'altitude à 5400 mètres. Avant de tenter le cône suprême, il avait passé deux jours, à 4500 mètres de hauteur, dans une fissure de rocher, pour s’abriter d’un vent furieux. Quoique situé PRE RE RE RTS AS dde NA ED 598 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. dans la zone tempérée, l'Aconquija n'a pas de glaciers, mais on distingue parfaitement les traces d’anciens fleuves cristallins et, à la cote de 4700 mètres, Hauthal vit deux petits lacs, d'origine évidemment glaciaire, retenus par un barrage de moraines frontales’. Le nevado de Famatina, qui s'élève à plus de 200 kilomètres au sud- ouest de l’Aconquija, ressemble à ce massif par son aspect imposant, vu surtout de ses pentes méridionales; mais il n’est pas, comme l'Aconquija, complètement détaché du plateau des Andes : par un pédoneule de hautes terres, qui suit l’axe du système, il se rattache aux masses andines. Le Famatina, plus haut que l’Aconquija, puisque le sommet central attcin- drait 6294 mètres, d’après Naranjo, qui l’a gravi, semble encore beaucoup plus grand par son élévation relative au-dessus plaines de sa base, situées à l'altitude de 1000 à 1500 mètres. Des gsanits et des porphyres constituent le noyau de la chaîne, et les roches latérales se composent de schistes métamorphiques aux couleurs variées, blanes, rouges, noirs, Au sud, la sierra se continue directement par une chaîne graduellement abaissée, qui va se perdre dans la région des salines ; on peut la considérer comme appartenant au même système des rangées de montagnettes et de collines qui se succèdent en échelons, parallèlement aux crêtes majeures des cordillères. Tels sont la sierra de Chaves et le massif non moins isolé de Pié de Palo, qui domine à l’est la cité de San Juan. A l’ouest du nevado de Famatina, le plateau rétréci des Andes se décom- pose en deux cordillères parallèles, d'altitude à peu près égale et con- trastant par la nature de leurs roches. La cordillère occidentale constitue la ligne de faite entre les versants et en même temps la frontière entre le Chili et l'Argentine. La cordillère orientale, appartenant en entier à la république platéenne, est décomposée en fragments par les vallées des torrents qui la traversent de distance en distance et en emportent les débris dans la plaine. Tandis que la cordillère chiléno-argentine, de beau- coup la plus jeune, se compose de formations mésozoïques ayant çà et là livré passage à des masses éruptives plus récentes, la chaîne plus ancienne de l'est, la « pré-cordillère », appelée aussi « anté-cordillère » et suivie d'une contre-cordillère", consiste en granits, porphyres et strates paléo- zoïques. Cette deuxième chaîne fut évidemment l'arête primitive d'ossa- Lure, el sa démolition était déjà commencée par le temps lorsque s'éleva le rempart continu de la chaîne occidentale : il y aurait eu là une exten- ! Bolelin del Instituto Geogréfico Argentino, 1893, cuadernos 1, 2, 3 y 4. * Il. Burmeister, Description physique de la République Argentine. IS On distingue à la cote de nent glaciaire, mètres au sud- | imposant, vu 1e l'Aconquija, cule de hautes s andines. Le central attein- core beaucoup »s de sa base, des porphyres se composent rouges, noirs, graduellement | la considérer agnetles et de êtes majeures if non moins des se décom- égale et con- tale constitue ière entre le n entier à la S vallées des mportent les ne, de beau- yant çà et là lus ancienne e » et suivie trates paléo- tive d'ossa- sque s'éleva à une exten- 4 MONTAGNES DE L'ARGENTINE. 599 sion considérable du continent sur sa face tournée vers le Pacifique. Cette partie de la double Cordillère offre une certaine ressemblance avec les Andes équatoriales, qui se divisent aussi en deux chaînes parallèles, dont l'une, celle de l’ouest, est presque continue, tandis que la rangée orien- lle, coupée en sept endroits par des rivières du système amazonien, à presque entièrement perdu le caractère de chaîne : on pourrait presque. avee Whymper', y voir une succession de massifs sans cohésion naturelle. A l'endroit où la chaîne de Famatina s’enracine dans le plateau des Andes, les deux cordillères ne se dessinent pas encore : les grands som- mets neigeux, le Bonete, le Veladero, la Gallina Muerta, dressent isolé- ment leurs cônes de 1000 à 1500 mètres d'altitude relative, sur le large socle qui sépare les deux versants du Chili et de l'Argentine. La haute pline qui porte ees monts solitaires s'étend elle-même à la hauteur moyenne de 4000 à 4500 mètres au-dessus du niveau de la mer et se prolonge d'un horizon à l'autre en molles ondulations parsemées de névés qui changent la terre en boue. Des chaos de pierres indiquent çà et là l'emplacement des montagnes démolies. Sur ces âpres étendues le vent souffle souvent avec fureur, accompagné d'orages qui emplissent l’espace de tourbillons neigeux. Dans cette région de la puna, le voyage, toujours dangereux, ne rencontre point d'obstacle naturel : le plateau dans son entier se présente comme un seuil de passage où se ramifient en réseau les sentiers suivis par les muletiers argentins qui se rendent à Copiap6, pous- sant devant eux des troupeaux. Les chemins de cette zone des Andes sont désignés sous le nom de pircas. Dans la partie du plateau qui porte le Bonete et que traversent les pistes muletières entre les hautes vallées de la Rioja et celle de Copiap6, les rivières du versant argentin coupent la cordillère orientale en quatre fragments bien distincts. Une première arête, dont quelques pitons dépas- sent 500 mètres, est séparée de la cordillère argentino-chilienne par la profonde vallée dans laquelle serpente le rio Blanco, l’une des branches maitresses du rio de Jachal. Une deuxième chaîne, plus rapprochée de la frontière, aligne de nombreux sommets qui dépassent 5500 mètres, entre autres le pico del Salto. Le troisième rempart de montagnes appar- tenant à la cordillère orientale s’élargit en un puissant massif dont les cimes, Mainrique et Totora, dépassent également 5500 mètres, limite inférieure des neiges persistantes. Enfin, le quatrième fragment, dit la cordillera del Tigre (5015 mètres), se rattache au colosse Aconcagua, 1 Travels amongst the great Andes of the Equator. 600 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, dominant la vallée dans laquelle passe la route majeure de Buenos Aires APE à Santiago de Chile par le paso de la Cumbre. Tous les sentiers qui fran- RE: chissent les Andes, entre ce col fréquenté et les pircas de Copiap6, emprun- tent les vallées des rivières pour contourner les barrières transversales de la cordillère Argentine; mais ces passages ne sont guère utilisés que pour l'importation des mulets argentins dans les campagnes du Chili, Un des seuils servit pourtant, en 1817, à toute une armée, le col de los Patos ou de valle Hermoso, qui s'ouvre à 3565 mètres entre le massif de l'Acon- AE cagua et celui de la Ramada; les troupes républicaines de San Martin le traversèrent pour aller livrer bataille aux Espagnols. D'autres cols [hé de la grande crête, suivis par les muletiers, dépassent 4500 mètres en altitude : tel le col d'Agua Negra ou de la Laguna (4632 mètres), qu'utilise le chemin direct de Jachal à Coquimbo. Outre les deux cordillères à pitons neigeux, l'Argentine a, comme le Chili, sa chaîne d’avant-monts, sa « petite Cordillère », se développant parallèlement à l'axe des Andes proprement dites et coupée de distance en distance par les cluses ou les vallées dans lesquelles passent les rivières, A l’ouest de la plaine où se trouvent les deux villes de San Juan et de Mendoza, cette chaîne des avant-monts constitue le massif déjà fier du Paramillo, dont un sommet, le cerro Pelado, atteint 3437 mètres. Ces 1 RSS montagnes, maintenant sans neiges, eurent aussi leurs glaciers, et Jusque Po dans la plaine voisine, aux environs de Mendoza, on voit les sillons tracés par les anciens fleuves de glace. Les petites buttes aux sommets arrondis que l’on appelle cerrillos sont évidemment des restes de moraines, frontales Va pour la plupart. Elles s'élèvent à la hauteur moyenne de 50 à 100 mètres, alignées en chaînons, et se composent de bloes trachytiques, fragments angulaires ou faiblement émoussés, que les glaces ont entraînés jusqu'aux pieds des avant-monts”, | La coupure de la cordillère, marquée par la route de Ja Cumbre et par | les travaux du chemin de fer transandin, coïncide à peu près avee une divi- sion naturelle du système orographique, car c’est à une petite distance au sud de l'énorme et neigeux Tupungato (6178 mètres), lui-même d'origine éruptive, que s'ouvrent les cratères de nombreux volcans, éteints ou encore actifs. Là aussi la cordillère argentino-chilienne se double à l'est d'une chaine complètement argentine, se développant parallèlement à la pre- mière, mais de 1500 mètres plus basse en moyenne. Le volean éteint d'Overo (4740 mètres), qui relie cette crête des monts orientaux à la 1 Rodolfo Hauthal, Revista del Museo de la Plata, tome IV, 1895, ce Buenos Aires tiers qui fran- apô, emprun- S transversales e utilisés que s du Chili, Un ol de los Patos ssif de l’'Acon- de San Martin D'autres cols 00 mètres en res), qu'utilise »a, comme le e développant e de distance nt les rivières. an Juan et de déjà fier du mètres. Ces iers, el jusque s sillons tracés mets arrondis nes, frontales à 100 mètres, +, fragments nés jusqu'aux umbre et par avec une divi- e distance au me d'origine ints ou encore à l’est d'une ent à la pre- volcan éteint lentaux à la LA CORDILLERE. DE CONVOI Gravure de ie ESPACE SITE EURE EURE Mes RAS hi) Vera 25 GE “ puis pan intér (493 élé Ji ave! vallé le G ulaci mon! Mala: milice Co l'an c: paral de Ja an el d'ér de |: ‘hf ANDES ARGENTINO-CHILIENNES. 603 cordillère majeure, non loin du Maipo, s'entoure d'un glacier, un de ceux où l'on peut le mieux observer la formation de la nieve penitente ou «neige des pénitents », ainsi nommée de la désagrégation de sa masse en clonnettes inégales, ressemblant à des moines coiflés de la cagoule : les inégalités de fusion dans l'air sec des hauteurs on roduit ces allées bizarres par lesquelles s'écoulent les ruisseleis de glace fondue. Au sud de l'Overo, la chaîne argentine s'inierrompt pour laisser passer h rivière du Diamante, qui prend sa source dans l'entre-deux des chaînes et que domine le beau cône basaltique du même nom; puis au delà reprennent d’autres arêtes parallèles à la cordillère majeure. Une cou- pure dans laquelle naît la rivière Atuel, mène au passage du Planchon (5025 mètres), un des plus fréquentés des Andes argentino-chiliennes, et l'un de ceux qui semblent destinés à desservir un grand trafic, grâce au passage d’une voie ferrée. Plus loin, vers le sud, le système orographique s'élargit : la chaîne argentine des volcans du Malargüe (Malalhué), contras- lant avec les assises jurassiques de la grande chaîne, se développe à l'est de k profonde vallée longitudinale dans laquelle coule le rio Grande ou Colo- rado naissant; une autre chaîne moins haute lui sert de rempart avancé, puis à une centaine de kilomètres encore plus à l’est, par delà une haute pampa où s'étendent les eaux d’un lac sans écoulement, reste d'une mer intérieure, se dresse une chaîne neigeuse, le nevado de San Rafael (4935 mètres), fragment presque isolé de montagnes qui paraissent avoir été jadis beaucoup plus puissantes. Plus au sud, un autre massif, le cerro ayen, certainement un ancien Etna de laves et de cendres, domine la vallée où s'unissent le rio Grande et le rio de las Barrancas pour former le Colorado; trois puissantes cheires de laves superposées, comme trois daciers épanchés l'un sur l'autre, se montrent sur lun des flanes de la montagne. Près du col de Buta-c6, qui traverse à 1520 mètres la chaîne de Malargüe, se voit une énorme masse de grès tombée d’une paroi voisine au milieu du sentier : c'est le Cura Cokalio, la « pierre divine » des Araucans*. Coupée successivement par deux défilés, ceux des rios Grande et Bar- rancas, la pré-cordillère orientale, elle-même fort élevée, se développe parallèlement à la grande crête : le Chos malal ou Bum mahuida, le « mont de la Nuit », n'aurait pas moins de 5000 mètres, d'après Host. C’est un äncien volcan, entouré sur tout son pourtour de coulées et de nappes d'éruption, laves, cendres, pierrailles, On croit que toute la pré-cordillère de la région se compose de ces roches volcaniques, ayant cherché une ! Paul Güssfeldt, Reise in den Anden von Chile und Argentinien. * Fr, Host, Bo'etin del Instituto Geogräfico Argentino, tome Il, 1881, STE Sp se UE: Ph a RE SRE PCR AO ré 8 EP M 604 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. issue à deux époques différentes : les laves primitives sont des Lrachytes noirs, auxquels ont succédé des basaltes'. Un seuil de 2318 mètres sépare le volcan de la chaîne occidentale et divise les eaux qui descendent d'un côté vers le Colorado, de l'autre vers le rio Negro par le Neuquen. Les N° 151: —- NEVADO DE SAN RAFAEL. Ps kil, Andes ont peu de sites aussi grandioses que ce col de la Suisse argentine, dominant un immense horizon de pâturages et de forêts, limités au nord- est par la masse colossale du cerro Payen et au nord-ouest par le cône du Campanario que termine un diadème de rochers en forme de tours ruinées. Au sud, la vue s'étend sur un chaos de montagnes, qui, par del 1 Boletin del Instituto Geogräfico Argentino, tome IX, 1887. une le CI pant haute à Lo com volc: d'aut Coll myrl de € celle TT A entr s'aba fjord dite, seul: loch. de |: liqu nord tk 2J t des Lachytes mètres sépare escendent d'un e Neuquen. Les LS à % 68° C. Perron isse argentine, ités au nord- st par le cône rme de tours , qui, par delà ANDES ARGENTINO-CHILIENNES. 605 le lac Tromen, occupe l'espace compris entre l'arête de la frontière et le cours du Neuquen : même à l'est de cette rivière, d'autres massifs sabaissent vers la pampa rocheuse de la Patagonie. A l'est du volean de Lonquimai et des autres monts ignivomes, Llaima, Riñihue, Quetrupillan, qui se succèdent au sud sur la crête principale ou dans le voisinage, la cordillère argentine reprend son allure régulière, à une altitude suffisante pour que les cimes se recouvrent de neiges en hiver : le Chapel-cé s'élève à 2440 mètres, et la partie de la chaîne dite cordillère de los Cipreses se maintient à 2000 mètres. Mais de profondes brèches s'ou- rent dans cette arète. Un seuil où se confondent les versants du Biobio chilien et du Limay patagon, n’a qu'un millier de mètres, et les charrettes venues de l’ouest peuvent y remonter; plus au sud, une colline en pente douce sépare un affluent du Limay et le lac chilien Picaullû (Lacar, lajara), situé à 700 ou 800 mètres de hauteur; un troisième passage, à l'extrémité occidentale du Nahuel-Huapi, n'a que 838 mètres : c'est le boquete de Perez Rosalez. Une deuxième cordillère argentine, se dévelop- pant parallèlement à la première, est moins échancrée, mais aussi moins haute : ses pitons, dans les sierras de Catalin et de las Angosturas, s'élèvent à 1900 mètres. Cette partie du système orographique eut ses volcans actifs comme la grande chaîne située plus à l'ouest : le volcan d'Aluminé, le volcan de la Mesa, le cerro Chapel-cô sont des cônes d'andésite, et d'autres pitons par vingtaines se dressent des deux côtés de la rivière Collon-cura, ouvrant largement leurs cratères où croissent les hêtres et les myrtes'. Une de ces montagnes, près des sources du Biobio, a recouvert de cendres tout le territoire des alentours. Les traces des éruptions et celles des anciens glaciers se superposent : au-dessous des pierrailles vol- caniques s'étendent les lits de boue glaciaire. Au sud du Tronador, aux avalanches « tonnantes » qu'on voit pyramider entre le bassin du Nahuel-Huapi et le versant chilien, les montagnes Sabaissent, et, d'après Rohde, on pourrait se rendre des bords du Limay au fjord étroit et profond de Reloncavi sans traverser de chaîne proprement dite, mais seulement de petits plateaux coupés de ravins et de vallées : les seuls obstacles sur ce seuil, qui est peut-être l'ancien passage de Bari- loche, suivi par les missionnaires jésuites, proviendraient de l'exubérance de la végétation; à l'endroit où le chemin descend aux eaux du Paci- lique, il longe la rivière Puelo, entre le mont Ballena (1488 mètres) au nord et le mont Castillo (1504 mètres) au sud*. ! Josef Siemiradzki, Petermann's Mitteilungen, 1892, Heft IE. ? Jorge Rohde, Boletin del Instituto Geogräfico Argentino, 1882. ne ne ee 2 0 TRE A TU } 14: 154 Î 606. NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Au delà, le long des profonds détroits qui séparent la terre ferme de Chiloe et des archipels magellaniques, la chaîne de partage n’est guère connue que de loin et les marins ont dû presque partout se borner à en dessiner le profil, dominé par les cimes de volcans éteints ou encore actifs, le Yate ou Yebcan, le Minchin mahuida, le Corcovado, le Mellimoya, dont la N° 152. — MONTAGNES VOISINES DU NANUEL-HUAPI. hacabuco viejo d'après Siemiradzki C.Perron 50 kil. hauteur varie de 1600 à 2400 mètres. Mais les quelques excursions que des voyageurs, des bûcherons et des pêcheurs ont faites dans les vallées tributaires du Pacifique, permettent de croire que la cordillère se décom- pose en massifs isolés par des brèches profondes où pénètrent des rivières nées à l’est des montagnes, sur les plateaux de la Patagonie. La rivière Palena, qui passe au sud du volcan Corcovado et qui, d’après la légende, form la e spé roy | dien niqu donr vage cent: du 1 aussi 0 haut dépa 1 EN) SR 4 erme de Chiloe | guère connue "à en dessiner core actifs, lo imoya, dont la ar C.Perron xeursions que ns les vallées lère se décom- nt des rivières nie. La rivière ès la légende, MONTAGNES DE LA PATAGONIE ET DE LA MAGELLANIE. 607 donnerait accès à la cité merveilleuse des « Césars », l'Eldorado méri- dional du continent, coule dans une de ces brèches, de même que k rio Corcovado', les rivières Aysen et Huemules, à la latitude plus australe*. En cet endroit les Andes se décomposent pour former un archi- pel terrestre analogue à celui qui se présente sur le littoral voisin, frag- menté en de nombreux massifs’. La chaîne se reconstitue par le travers de la péninsule de Taytao, où s'élève le plus fier sommet, le San Valen- in (3876 mètres). Sous la même latitude, Moyano a mesuré dans la cor- dillère latérale argentine le pie Zeballos, d'une hauteur de 1675 mètres, « constaté l'existence d’une autre chaîne qui se détache des Andes vers les sources du Deseado pour s'orienter dans la direction du sud-est et lurmer le musoir du cap Blanco, au sud du golfe de San Jorge. Quelle est la hauteur de cette chaîne transversale? On ne sait, mais les Indiens k disent très pénible à traverser, à cause des rochers, des précipices, des pierres roulantes, du manque de sources. Pour se rendre de l’un à l'autre point du littoral, ils la contournent à l'ouest par la région des pilurages*, Dans la Magellanie, le continent rétréei n'offre plus qu'une bande étroite de plaines en dehors des Andes, et dès le rivage de l'Atlantique on aper- çoit les cimes qui se dressent dans le voisinage de l'autre Océan. Mais dans celle région péninsulaire qui termine le continent, les zones parallèles des lormations orographiques se présentent avec une étonnante régularité. la chaine des Andes proprement dites, où s'élève le mont Chalten, mont superbe en forme de tour que Moreno désigne aussi sous le nom de Fitz- roy (2100 mètres), se profile presque exactement suivant la ligne du méri- dien, jusqu'à la brèche où pénètrent les eaux des grands fjords magella- niques. À cette rangée succède à l'est une pré-cordillère, à laquelle Moyano donne l'appellation de cordillère de los Baguales ou des « Chevaux sau- vages » et qui se poursuit du nord au sud sur une longueur de plusieurs centaines de kilomètres, sans beaucoup s'éloigner de la direction précise du méridien. Le mont Stokes, drapé de neiges, le mont Payné, presque aussi haut, appartiennent à cette pré-cordillère, dont les cimes s'élèvent de 1500 à plus de 2000 mètres. Une troisième chaîne, moins égale et moins haute (1500 mètres). n’atteint pas la limite des neiges persistantes, mais dépasse les autres en sites pittoresques, grâce à ses Lours, à ses obélisques ! Fontana, Boletin del Instituto Geogräfico Argentino, 1886-87. * Serrano, Simpson, Anuario hidrogrdfico de la marina de Chile, 1875, 1886. % Rodgers, Moyano, Boletin del Instituto Geogrdfico Argentino, 1888. 4 Cärlos M. Moyano, Boletin del Instituto Geogrdfico Argentino, 1881. 608 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. de scories, à ses masses de laves en retrait, semblables à des temples : c'est butte la chaîne éruptive où se dressent le vrai Chalten et autres voleans éteints ou reçu « rej actifs. La cordillère de Latorre, signalée de loin par les mornes des Tres Sabios ou des « Trois Savants », Philippi, Gay, Domeyko, fait partie de cette Le région des laves : on y voit un cratère d'apparence très récente', Sur là nord zone qui s'incline à l'est vers l'Atlantique s'étend le manteau des scories et chain des cendres" que percent de distance en distance, isolés ou alignés, d'an- mais ciens cônes d’éruption. Un morne calcaire, le monte Leon (300 mètres), percé de grottes où se cachent les pumas et portant à sa pointe les nids des condors, signale de loin l'embouchure du Santa Cruz”. Au sud des Andes proprement dites, la côte se découpe en mille inden- en hi préser sur le sud, € lations, et les monts prennent, grâce aux baies et aux lacs environnants, lraver un aspect insulaire, Entre le Skyring Water et le grand méandre du fee d détroit de Magellan, la chaîne se réduit à un seuil de quelques mètres à peine. Elle pointe de nouveau avec les formidables parois du cap “élève dépass qu'un si Cin Froward, et de l'autre côté du détroit élève encore des monts superbes à ceinture de glaciers, le Sarmiento, le Darwin, le Français, puis, se allons fait fac vais pi lermin développant suivant une grande courbe dans le sens de l'ouest à l'est, va nm + 4 h Q “te finir par la longue île des États, où culminent des sommets d’un millier de mètres. Avec cette île, territoire argentin, se termine le long hémi- cycle des montagnes andines, commençant avec Trinidad, dans la mer des Caraïbes. trachyt rent el. dans le D'autres massifs, maintenant séparés des Andes, mais qui probablement aussi el en firent partie jadis, s'élèvent isolés dans l'immense territoire de l’Argen- La si po bi ne, Un premier groupe de montagnes, dit fort justement sierra de los loire su Llanos, parce que des plaines l'entourent, entre des salines et autres terres Central basses et désertes, presque à moitié chemin entre la Rioja et San Luis, fut nettes une île orientée dans le sens du nord au sud. Très usée par le temps, Conlara celte sierra n'a point de morne qui se dégage fièrement des croupes infé- Luis on rieures ; elle ne présente que de longues croupes d’origine eristalline et nord, 4 métamorphique, ne dépassant guère un millier de mètres mar leur tasses rebord culminantes. Plus au nord, la sierra Brava, out + seint pas même d'une : 1000 mètres, offre un aspect analogue et fit s ate partie du : me mètres) système orographique : ce n'est qu’un îlot dans : weienne mer. Quelques tillo, « Cañada, ! Carlos M. Moyano, même recucil, tome VIII. 2 Rogers und Ibar, Petermann's Geographische Milteilungen. 1880, Heft II. 3 François P. Moreno, Viaje à la Patagonia austral. temples : c'est ans éleints où rnes des Tres partie de cette cente', Sur la des scories el alignés, d'an- (300 mètres), jointe les nids à mille inden- environnants, | méandre du elques mètres arois du cap onts superbes içais, puis, se nest à l’est, va s d’un millier le long hémi- ans Ja mer des probablement re de l’Argen- t sierra de los tautres lerres San Luis, fut par le temps, croupes Infé- cristalline et k deui thasses nt pas mème rtie du me ner, Quelques MONTAGNES CENTRALES DE L'ARGENTINE, 609 buttes isolées, qui percent çà et là les couches alluviales de la plaine, ont nçu des indigènes le nom pittoresque de reventazones de la sierra ou «rejets de la montagne" ». Le système Central, qui oceupe un espace de plus de 500 kilomètres du nord au sud, parallèlement à la grande Cordillère, se compose de plusieurs chaines distinctes, toutes disposées suivant la même orientation normale, mais également situées sur un socle de plaines ayant plus de 500 mètres en hauteur. Dans l'ensemble, ces montagnes, de formation cristalline, présentent, comme le système andin, leur face abrupte du côté de l'ouest : «ur leur versant oriental, de mème qu'aux deux extrémités du nord et du «d, elles s'inclinent doucement vers la pampa. Un premier chaînon, que taversent les rivières descendues du système Central, se développe sur la fice de l'est, n’atteignant un millier de mètres que par de rares sommets : «eime Ja plus haute, la eumbre de la Cal, au nord-ouest du Cérdoba, “élève à 1570 mètres, La chaine centrale, l'axe du système cordovais, dépasse 2500 mètres par son morne culminant, le Champaqui : ce n’est qu'un simple cône posé sur des plateaux pierreux, enfermant quelques allons de pâturages. Au nord-ouest, le système s’élargit en un plateau qui fait face à la sierra de los Llanos. Ce plateau se distingue des monts cordo- ais par une ligne d'anciens volcans, qui se dirige de l’est à l'ouest et se ermine brusquement au-dessus des plaines occidentales par le cerro tachytique de Yerba Buena (1645 mètres). Il n'a point de cratère appa- rent et, de mémoire d'homme, n'a lancé de vapeurs ni vomi de laves; mais dans les alentours on ressent quelquefois de légers tremble-terre; on aurait aussi entendu des grondements souterrains au pied de ces montagnes. La sierra de San Luis, appelée aussi de la Punta, d’après son promon- wire sud-oceidental, peut être considérée comme faisant partie du système Central ou cordovais et date du même âge planétaire ; mais elle en est assez nettement séparée par une longue dépression dans laquelle coule la rivière Conlara, qui va se perdre au nord dans les salines. Les hauteurs de San Luis ont l’aspect de fières montagnes sur leur pourtour de l’ouest et du nord, côtés par lesquels elles se présentent de la base au sommet; mais ce wbord cache un plateau mamelonné ayant en maints endroits l'aspect d'une véritable plaine. L'une des plus hautes cimes, le Monigote (1966 mètres), est un de ces mornes du rempart extérieur; de même le Gigan- lillo, « petit Géant », qui fait face, par delà la profonde dépression de la Cañada, au Gigante de l’extrème chaiînon des Andes. Les gneiss de la sierra ! wetin de Moussy, ouvrage cité. xIX. 610 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. se distinguent de ceux du système cordovais par leur extrême abondance en quartz et en mica. Les ruisseaux de la plaine semblent couler sur des paillettes d'argent, et les masses de quartz pur se dressent au sommet des collines comme des propylées de marbre. A l'est du Monigote une petite rangée de mornes volcaniques s’aligne transversalement à l'axe du système comme dans les montagnes cordovaises : un de ces mornes est le Tomo- lasta, sommet culminant du plateau et de tout le massif (2117 mètres): N° 133. — SIERRA DE SAN LUIS. Quest de Greenwic 1: 1 000 0n0 mme af 0 50 kil. des gisements aurifères lui ont fait donner le nom de cerro de las Minas. En dehors des montagnes de San Luis, le cerro Morro, au nord de Vila Mercedes, constitue un autre massif insulaire, dépassant 1500 mètres, et le promontoire de la Punta se continue au sud, vers les déserts de Pata- gonie, par une succession d’ilots, ancienne chaîne dont les vallées et les brèches sont comblées par les alluvions et les poussières, ne laissant surgir que les po:ntes rocheuses. De l’autre côté du Paranä, entre ce fleuve et l'Uruguay, dans la mésopo- lamie argentine, il n’y a que de légères ondulations ou des berges fluviales, désignées parfois sous le nom de collines à cause du contraste que présen- tent avec ces hauteurs les marécages et les fleuves ; mais dans le territoire des Missions, qui se continue à l'est dans l’État brésilien de Santa Catha- ina, au-de deux se d « V/ Irouv les co brési De h pr ment Parai Corri sieur lon, fubl lle ainsi wine chai mais Rocl les ane prol lrag mél la \ rocl act n'es En ême abondance couler sur des au sommet des jote une petite axe du système s est le Tomo- 2117 mètres) ; de las Minas. nord de Vil!a 00 mètres, et erts de Pata- vallées et les aissant surgir ns la mésopo- rges fluviales, e que présen- s le territoire Santa Catha- SIERRAS DE SAN LUIS, DEL IMAN, DE LA VENTANA. 611 ina, une véritable chaîne se redresse en croupes de 300 ou 400 mètres u-dessus des campos. Dans l’isthme formé par le rapprochement des deux fleuves,, au sud-est de Posadas, une première rangée d’élévations & dessine du sud-ouest au nord-est : c’est la sierra del Iman ou de «J'Aimant », ainsi nommée sans doute par les Jésuites, qui avaient trouvé du fer magnétique dans ses assises. Plus loin, vers le nord et l’est, les couches de grès et les roches primitives, qui vont se rattacher au système brésilien, se relèvent par degrés dans la direction de la serra do Mar. Des chaînes distinctes s'élèvent aussi à l’est des Andes patagones, dans h province de Buenos Aires et les territoires du sud. Un premier aligne- ment de crêtes se profile du nord-ouest au sud-est parallèlement au bas Paranä, continué par le rio de la Plata, et se termine aux pointes du cap Wrrientes. Les mornes les plus élevés de cette crête, décomposée en plu- sieurs fragments, atteignent 340 mètres dans la sierra de Tandil; plus loin, au sud-est, la sierra del Vulcan se dresse abruptement, quoique à une hible élévation (275 mètres) : comme les autres massifs de la contrée, le est formée de granits, gneiss, de roches archaïques, non de laves, ainsi que pourrait le faire supposer cette appellation de Vulcan, mot d’ori- gne pampéenne qui aurait le sens de « brèche » et qui s’appliquerait au hrge passage ouvert entre cette chaîne et la sierra de Tandil'. Plus au sud, les divers massifs qui s’élèvent au nord de Bahia Blanca, et que l’on désigne d'ordinaire sous le nom de montagnes de la Ventana, se décomposent en chaînons parallèles, d’une direction analogue à celle du Tandil et des voleans. Les sommets les plus fiers, situés dans la chaîne proprement dite de la Ventana, dépassent l'altitude de 1160 mètres”: mais ils atteignirent autrefois à des hauteurs beaucoup plus grandes. Roches de quartzites blanchâtres, rayées de rouge en maints endroits par les oxydes ferrugineux, ces montagnes appartiennent aux âges les plus anciens de la Terre : elles existaient bien avant l'apparition des Andes, et probablement furent alors parmi les colosses du continent; ce sont les lragments de masses énormes presque entièrement désagrégées par les météores, La vallée du ruisseau Sauce Grande, qui sépare la chaîne de h Ventana et celle du Pillahuinco, fut jadis emplie par les glaces : des roches moutonnées indiquent le passage de l’ancien fleuve cristallin”; actuellement la Ventana se revêt d’un peu de neige tous les ans. La sierra n'est que très faiblement boisée, et de plusieurs endroits parait com- ! Martin de Moussy, ouvrage cité, * 1250 mètres, d'après Aguirre, # Rodolfo Hauthal, Revista del Museo de La Plata, tome NII, 1892, 612 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. plètement nue. Son nom, Ventana ou « Fenêtre », lui vient d’une ouverture qui se montre près de la cime, laissant voir un coin du ciel bleu. L'intérieur de la Patagonie, dans la région que traversent les rios Colo- ado et Negro, se hérisse de crêtes rocheuses, granits et porphyres roses, qui semblent des vapeurs légères au soleil du matin. Ces diverses chaines, connues sous le nom générique de mahuida, qui signifie « montagne » dans la langue des indigènes, ont une hauteur moyenne de 400 à 500 mètres, N° 139. — POINTE MÉRIDIONALE DE LA VENTANA. Ouest de faris TI n £ 4 0 20 kil. el presque loutes sont orientées dans le sens du nord-ouest au sud-est, comme les chaînes de collines situées entre Buenos Aires et Bahia Blanca. Entre leurs arêtes, le sol est recouvert d’une erau de cailloux arrondis, granits, gneiss, porphyres, déposés en couches horizontales alternant avec des dunes. Les plaines d'origine tertiaire qui constituent tout le socle de la Patagonie à l'est de la cordillère andine, et dans lesquelles se trouvent des fossiles en surabondance, ont pour manteau ces lits de graviers roulés. Darwin estimait la prodigieuse masse des galets pata- goniens à une longueur d’un millier de kilomètres du nord au sud, à une largeur moyenne de 520 kilomètres et à 15 mètres d'épaisseur; des mont caille ajout eaux ont 1 insul Ces anciel contt nes, Taux ment de | fond. Patag de 5 sol pi le lit sives le vo marit leurs table: aux f étend des h suece se Pt du » teur détre d'alt: VoIsi cor fit-il géol ‘F sk l’une ouverture bleu. t les rios Colo- orphyres roses, verses chaines, « montagne » 0 à 500 mètres, st au sud-est, Bahia Blanca, loux arrondis, ales alternant ituent tout le lesquelles se au ces lits de s galets pata- rd au sud, à paisseur; des HAUTEURS, PLATEAUX DE LA PATAGONIE. 613 montagnes, des chaînes entières ont dû être triturées pour fournir un ailloutis de cette puissance et de cette étendue. Encore faudrait-il y ajouter tous les débris de même nature que recouvrent maintenant les aux de la mer : tels les porphyres roulés que les sondages des marins ont retrouvés dans les parages des îles Falkland, loin de tout massif insulaire contenant des roches analogues. Ces cailloux proviennent évidemment des Andes et des montagnes plus anciennes qui s'élevaient dans les régions centrales et orientales de la contrée et dont il ne reste plus actuellement que les noyaux. Des morai- nes, poussées par les glaces, ont certainement livré les premiers maté- riaux que les eaux marines ont distribués en lits horizontaux ou très faible- ment inclinés. Puis s'est produit le phénomène d’émersion, provenant soit de l’exhaussement du sol, soit du retrait de la mer, et les anciens fonds, les anciennes grèves sont devenus les eraus desséchées de la Patagonie, où se montrent en quantités si prodigieuses les huîtres géantes, de 30 à 50 centimètres de tour, qui caractérisent de si vastes étendues du sol patagonien. La forme même du relief, dans l’intérieur des terres et sur le littoral, montre avec une netteté parfaite ce travail d'émersions succes- sves : en maints endroits, le plateau pierreux finit brusquement dans le voisinage des fleuves ou des coulées et se découpe comme une côte maritime en golfes et en baies, contrastant avec les massifs rocheux par leurs herbages et leurs bosquets* : ces dépressions, les seuls lieux habi- tables de la contrée, sont d'anciennes plages où la mer venait se heurter aux falaises. La côte actuelle se présente aussi dans presque toute son étendue en une brusque muraille que sape le flot; mais sur le pourtour des hauteurs se montrent les différentes terrasses qui indiquent les niveaux successifs du socle continental : dans le voisinage du Chubut, ces gradins se poursuivent à 2», à 60 et à 105 mètres d'élévation; à la bouche du rio Santa Cruz, on voit des paliers de formation maritime à une hau- leur plus grande encore. Près de Possession Bay, à l'entrée orientale du détroit de Magellan, de Pourtalès a découvert un étang situé à 50 mètres d'altitude et contenant des coquilles toutes identiques à celles de la mer voisine. Ce mouvement d'émersion se fit-il par de brusques poussées, correspondant à chacune des terrasses, ou, ce qui est plus probable, se fitil avec lenteur, mais suivant un certain rythme d'oscillations? Les gologues le diront un jour. { Francisco P. Moreno, Viaje à la Patagonia Austral. ® Josef Siemiradzki, Petermann's Mitteilungen, 1893, Heft III. 614 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, : Pendant la période contemporaine, d'autres formations se superposent au lit de cailloux roulés de la Patagonie, aux argiles de l'Argentine cen- trale. Sur de vastes étendues, des sables couvrent le sol, se déroulant en dunes analogues à celles qui se forment en maint pays au bord de la mer, sous le souffle des vents du large. Mais dans les régions platéennes ces monticules changeants ne sont pas d'origine océanique : ils proviennent de la région des avant-monts où se trouvent en masses énormes les débris morainiques abandonnés à l'entrée des plaines par les anciens glaciers, Les matières ténues que le vent soulève en poussière sont portées au loin et se déposent en couches de sable fin analogue aux « terres jaunes » de la Chine centrale; mais les sables plus grossiers constituent de véritables dunes, vagues terrestres qui se forment et se déforment sous la pression des courants atmosphériques : c'est principalement dans la région du Colorado et du rio Negro qu'ils occupent des espaces considérables, pres- que sur toute la largeur du continent. Présentant les mêmes phénomènes que les dunes de formation maritime, ils s'arrêtent sous l’action des pluies et reprennent leur lente progression pendant les périodes de sécheresse, Des plantes, aux longues radicelles rampantes et aux coulants en réseaux, les consolident fréquemment et les transforment en collines qui se recou- vrent peu à peu de terre végétale. Certaines espèces d’arbres aux puissantes acines continuent de croître dans les dunes mouvantes qui les surpren- nent : tels les algarrobos, que le voyageur s'étonne de voir prospérer en plein sable”, Les cratères éruptifs de la cordillère des Andes contribuent aussi à changer l'aspect du sol patagonien. Toute la région du Chubut, toute celle du Santa Cruz sont recouvertes de cendres multicolores, déposées en couches régulières, évidemment des poussières d’origine éruptive qui furent rejetées par les volcans de la cordillère andine et transportées par le vent d'ouest ou de nord-ouest. Ces phénomènes, qui ont dà se renouveler des milliers de fois, se continuent dans les âges contemporains. En 1886, une poussière s'abattit dans toute la vallée du Santa Cruz, sur les hauteurs environnantes et jusqu'à Punta Arenas. Sur les côtes de l'Atlantique la pluie pulvérulente fut à peine sensible ; mais à quelques journées de mar- che dans l’intérieur on n’apercevait pas les objets à dix mètres de distance et on respirail très difficilement, Nombre d'animaux périrent à cause du manque d'eau et de fourrage : les sources, les herbes disparaissaient sous la nappe de cendres. De quel volcan était sorti ce nuage de matière ténue, 1 Ludwig Brackebusch, mémoire cité, avaie élaier Le: line nord, Par: répul épine plain Côrdo élince rivièr histoi cordo la Pat des di du Pé de ba par d Le: lréqu des £ 1 Cà sp. 3W Superposent rgentine cen- déroulant en rd de la mer, latéennes ces | proviennent nes les débris ens glaciers, rtées au loin S Jaunes » de de véritables S la pression a région du rables, pres- phénomènes on des pluies e sécheresse, s en réseaux, qui se recou- ux puissantes les surpren- prospérer en uent aussi à hubut, toute res, déposées éruplive qui isportées par se renouveler s. En 1886, les hauteurs Atlantique la nées de mar- s de distance t à cause du hissaient sous atière ténue, VOLCANS DE LA PATAGONIE, PAMPAS ARGENTINES. 615 projetée à une distance d'au moins 200 ou 250 kilomètres? On ne sait : mais il devait se trouver vers les sources du rio Santa: Cruz ou de ses hauts affluents, car le fleuve cessa de couler pendant quelque temps, puis ses eaux s'élevèrent soudain à une grande hauteur, quoique à cette saison, en mai, les courants patagoniens ne se trouvent pas en crue. Depuis cet événement, dit-on, le débit fluvial aurait été moindre qu'avant l'éruption. Sans doute, des amas de cendres avaient retenu le fleuve et formé un lac qui, lors de l'inondation, rompit partiellement sa digue. En 1895, une éruption du Calbuco, volcan chilien que l’on croyait éteint, projeta ses poussières jusqu'à l'embouchure du Chubut et au golfo Nuevo. Toutes les plantes semblaient recouvertes de neige. Les nuées de cendres avaient mis peu de temps à parcourir l'immense espace aérien, car_elles “aient encore chaudes”. Les plaines parfaitement unies ne se trouvent guère que dans l’Argen- üine proprement dite, au nord du Colorado. Ces étendues horizontales occupent différents niveaux au-dessus de l'estuaire de la Plata, et présen- tent d’autres contrastes provenant de la nature du sol et du climat. Aussi ne les embrassa-t-on point sous le même nom géographique. La région du nord, comprise entre les avant-monts et la ligne d’eau du Paraguay et du Paranä, constitue le Chaco, dont la moitié septentrionale appartient à la république paraguayenne et qui doit son aspect particulier à des brousses épineuses, à des palmeraies, à des bois clairsemés ou touffus. D’autres plaines, situées plus au sud dans l'intérieur, des deux côtés du massif de Cérdoba, sont au contraire complètement nues et des nappes salines y étincellent sous les rayons solaires : anciens bassins lacustres ou lits de rivières desséchées, elles offrent des phénomènes qui rattachent leur histoire à l’hydrologie. Enfin les savanes qui s'étendent des montagnes cordovaises au bas Paranä et de l'estuaire de la Plata aux avant-monts de là Patagonie sont désignées sous le nom de pampas, emprunté à la langue des dominateurs quichua et servant sur les hauts plateaux et dans les Andes du Pérou et de la Bolivie à indiquer les espaces plainiers, terrasses ou fonds de bassins. Puis au sud, dans la Patagonie, la région des herbes se modifie par degrés pour se transformer en steppe rocheuse recouverte de brousse’. Les pampas sont, de toute la république Argentine, la région la plus fréquemment décrite, parce qu'elle commence immédiatement au sortir des grandes villes, Buenos Aires, Rosario, Santa Fé, que la plupart des 1 Càrlos V. Burmeister, Revista del Museo de la Plata, tomo II, 1891. * F. Machon, Bibliothèque Universelle, nov. 1893, 1 3 W. II, Hudson, The Naturalist in la Plata. 616 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. colons.s'y sont établis et qu'il faut les traverser pour se rendre dans les provinces de l’intérieur. D'ailleurs la pampa ne se montre pas uniforme; elle se compose en réalité d'une terrasse qui s'incline doucement de 1000 à 200 mètres entre la base des montagnes cordovaises ei le rio Salado de Buenos Aires, et d’une plaine basse, s'abaissant de KO à 40 mètres, qui forme une zone en hémicyele le long du Paranä et de l'estuaire platéen jusqu'à la mer. La terrasse d'en haut est la steppe, la pampa centrale, qui resta toujours au-dessus du niveau des grandes inon- dations; la plaine d'en bas fut jadis recouverte par les crues fluviales : il faut y voir une nappe d’alluvions qu'apporta la large mer mouvante du Paranä, et que les vents ont graduellement desséchée en y déposant une couche de poussière analogue au læss, aux « terres jaunes » de la Chine. Aucune pierre re se mêle à ces lits superficiels de la pampa. Le fond rocheux qui se trouve au-dessous consiste en un grès très fin, d'origine miocène comme les assises tertiaires de la Patagonie. III Le système fluvial de la Plata, le plus vaste du Nouveau Monde après celui de l’Amazone, appartient à la fois à la Bolivie, au Brésil, au Para- guay, à l'Uruguay et à la république qui a reçu de l'estuaire ses noms d'Argentine ou la Plata. Ce dernier État possède à peu près la moitié du bassin, mais les États limitrophes fournissent de beaucoup la plus grosse part de la masse liquide. Au confluent des deux grands fleuves, Paraguay et Paranä, où les eaux unies, cessant de baigner une rive paraguayenne, pénètrent dans une région appartenant sur les deux bords à l'Argentine, le débit fluvial représente déjà une quantité plus considérable qu'à l'issue de son delta dans l'estuaire : en aval, les faibles apports des tributaires ne suffisent pas à compenser l'évaporation?. Aux Tres Bocas, nom du delta intérieur que les deux fleuves forment en s’unissant, le rio Bermejo, — Vermejo ou le « Rouge », — le plus fort tributaire coulant en territoire argentin, a déjà rejoint l’axe fluvial. Cette rivière, remarquablement parallèle au Pilcomayo, grâce à l’inclinaison uniforme des plaines traversées, naît dans les massifs andins qui bastion- nent à l’est le plateau de Jujuy : une des branches maîtresses, le Bermejo 1 Ch. Darwin, ouvrage cité; — Josef Siemiradzki, Petermann's Mitleilungen, Heft I. 3 J. J. Revy, Hydraulics of the Great Rivers. prop très igale Au-d sont { yuay, en 17 ant « armée réguli march ne pe dre dans les as uniforme: oucement de ises et le rio nt de NO à Paranä et de la steppe, la zrandes inon- es fluviales : mouvante du déposant une de la Chine. npa. Le fond lin, d'origine Monde après sil, au Para- ire ses noms la moitié du à plus grosse es, Paraguay araguayenne, l'Argentine, e qu'à l'issue ributaires ne uves forment le plus fort fluvial. Cette l'inclinaison qui bastion- , le Bermejo eft III. PLAINES, FLEUVES DE L'ARGENTINE. 617 proprement dit, coule dans la vallée bolivienne de Tarija et, déjà fleuve très abondant, rejoint en aval d'Oran un cours d’eau de puissance igale, le San Francisco, qui lui apporte les eaux de la province de Jujuy. Au-dessus du confluent, — en espagnol las Juntas, — les deux courants ont également navigables, et plus bas jusqu'à l'embouchure dans le Para- N° 155. — TRES BOCAS EN 1860, . | Va Talaverae MAUR LENS À SE COR AC : : is tn 4e AREA ENT $ |: d'nd0 d 0 - Milare. DR EN CCD Gonialezg : geo spedes & ti de C. Perron 1: 500 000 en opo eme an nca page een arme genre | 20 kil. guay, de nombreux voyageurs ont suivi l'exemple du prêtre Morillo qui, en 1780, descendit le cours entier du fleuve; mais le voyage comporte lnt de dangers d’échouage, sans compter le péril d'attaques à main armée, que les expériences heureuses n'ont suscité aucune entreprise régulière de navigation : des bateaux à fond plat, transportant quelques marchandises et mettant des mois entiers à faire le voyage d'aller et retour, ne peuvent entrer en concurrence commerciale avec le chemin de fer qui xix. 78 018 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, pénètre de Buenos Aires dans la province de Jujuy par une ligne continue de rails, En échappant aux montagnes pour descendre au sud-est par la pente naturelle de la plaine vers le Paraguay, le Bermejo se trouve presque brusquement arrêté par le manque de déelivité, Il se bifurque, se divise en nombreux rameaux à droite et à gauche, cherche à se creuser un lit, à se frayer une voie normale, et s'épand çà et là en bassins d'évaporation, Sur la largeur d'une centaine de kilomètres, on constate l'existence de tout un écheveau de rivières vives ou mortes, ici des eaux courantes encore, ailleurs des lacs, des marécages, des fosses d'eau stagnante, En presque toute cette étendue, les anciennes forêts, ont disparu, tuées par la surabondance des eaux d'inondation’. Encore au milieu du sivele, [a fosse la plus méridionale, conservant le nom de Bermejo, ramassait ces coulées en un courant unique pour les porter au Paraguay: mais h formation d'un barrage d'arbres et autres débris fit refluer le flot vers le nord, et maintenant le fleuve continu, qui se développe parallèlement à l'ancien cours, à une vingtaine de kilomètres en moyenne, est le Teuco ou Teuchtach, — mot de langue mataco qui signifie le « Coulant »?, — Depuis la formation du nouveau lit régulier, les inondations latérales ont diminué de part et d'autre, et les alluvions déposées dans les fausses rivières les colmatent peu à peu; l'ancien lit du Bermejo est mème presque à see, sauf dans sa partie inférieure, remplie maintenant d'une eau saumâtre. Peul- être en un petit nombre d'années ou de décades le Bermejo aura-t-il repris sa continuité normale, comme le Pilecomayo actuel qui, lui aussi, eut ses balancements à la recherche de la pente la plus favorable; toutefois on à employé des centaines de Matacos pendant plusieurs mois pour régler le courant actuel. Dans son cours inférieur, le fleuve, barré de distance en distance par des bancs d'argile blanche, comme ceux du Pileomayo, auquel son régime ressemble d'une manière si remarquable, roule les eaux rou- gedtres qui lui ont valu son nom. La longueur totale de son cours, en \ comprenant les méandres, dépasse 1800 kilomètres, dont près de 1500 navigables pendant six mois de l'année. La rivière dite del Juramento n'a pas d'affluents boliviens comme le Bermejo : ses premières eaux viennent des nevados de Cachi, à l'ouest de montagnes de Salta. Foreée à de brusques détours par les remparts des sierras qu'il lui faut traverser, elle change de nom en même temps que de 1 Amadeo Baldrich, Boletin del Instituto Geogräfico Argentino, 1884. 3 Giovanni Pelleschi, Otto Mesi nel Gran Ciaco. one continue par la pente Juve presque ue, se divise iser un lit, à 'évaporation, "existence de ux courantes tagnante, En ru, tuées par du sivele, [a l'amassait ces uay; mais la le flot vers le rallèlement à t le Teuco ou »?, — Depuis ont diminué ‘s rivivres les ue à sec, sauf imâtre. Peult- ira-t-1l repris aussi, Cut ses outefois on à our régler le e distance en mayo, auquel les eaux rou- 1 COUPS, EN \ ès de 100 is comme le , à l'ouest de remparts des temps que de SON EMBOUCHURE. VUE PRISE PRES DE BAS PILCOMAYO. SUR LE LAS PALMAS Dessin de Th. Weber, LAGUNES DE it nn retion i franchi Ynomina Wgrano, wlions ar verser wrd-oues user SO noues » hvégétati pur se pe k l'anné L sans pi lux rives ales devie urieur, bsrivières prdent le à l'épanc xison plu lès consié ‘lé vers wste du la un 1800 | nombreux dns tout creuser ui nt expéd hplaine, A l'exce du Juramce mule; ce] pranien, qu'elles di pluies et \ée dans “nt par s quija, pui serra de | JURAMENTO. 621 ction : on l'appelle rio Guachipas, puis rio del Pasaje, à l'endroit où \franchit la grande route de Tucuman à Salta; en aval, elle prend la fnomination de Juramento, en souvenir du serment que jura l’armée de kyrano, en remontant vers le haut Pérou, de conquérir la liberté des Buions américaines. Une fois sorti des monts, le Juramento n'a plus qu'à merser le Gran Chaco, d'abord dans la direction du nord au sud, puis du wd-ouest au sud-est. Mais, sur ce sol presque horizontal, il a peine à user son lit. Sous la latitude de Tucuman, il s'étale en bañados, marais, nues » où « noyelles », aux lits fluviaux incertains, à demi obstrués par hvégétation. Par le travers de Santiago del Estero, le fleuve se reforme, pur se perdre encore en de nouveaux bañados, datant, dit la chronique, k l'année 1760, Les eaux se réunissent une deuxième fois, mais lentes {sans profondeur; pendant les crues, elles débordent au loin sur les kux rives. Alors elles sont presque douces, mais, lors des sécheresses, les deviennent légèrement salines, et c’est à bon droit que, dans son cours uérieur, le fleuve reçoit le nom de Salado. De même que le Nil égyptien, krivières lentes et sinueuses du Chaco, Pilcomayo, Bermejo, Juramento, prdent leur flot à mesure qu'elles s'éloignent des monts : l'évaporation à l'épanchement des eaux de crue appauvrissent le courant. Pendant la ion pluvieuse, le Juramento, qui reçoit des montagnes une masse liquide is considérable, la déverse à droite et à gauche dans la pampa, d’un até vers le Paranä, en un labyrinthe de bayous, de l’autre vers le ste du lac appelé mar Chiquita. La reconnaissance du Juramento, faite u 1805 par l'Américain Page, sur le Water Witch, et depuis par de nmbreux explorateurs, a mis hors de doute que le fleuve est navigable dns toute la partie continue de son courant, et qu'il serait facile de user un canal dans le sol meuble des bañados; mais les colons préfè- rt expédier leurs produits par la voie ferrée tracée directement à travers hpline, de Rosario à Tucuman. A l'exception d’une seule, les rivières qui parcourent la pampa, au sud lu Juramento, n’apportent pas leurs eaux au Paranä, car elles tarissent en nute; cependant on doit les considérer comme appartenant au système mranien, puisqu'elles se déversèrent autrefois dans le grand fleuve et quelles dirigent leur cours vers sa vallée, avançant ou reculant suivant les fluies et les sécheresses. Le rio Dulce est une de ces rivières inachevées. \ée dans les hautes montagnes de Salta, elle coule du nord au sud, rece- tnt par sa rive droite les gaves nombreux que lui verse la sierra d'Acon- quija, puis elle décrit une grande courbe au sud-est pour contourner la serra de Guazayan, et se développe parallèlement au Juramento, mais en 622 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, hésitant dans son cours à travers les plaines presque horizontales, Arrivé au nord des promontoires septentrionaux de la sterra cordovaise, le rio Dulce, déjà salin malgré son nom, commence à se ramifier, à s'eflilocher dans la campagne presque déserte : on constate l'existence d'au moins six lits différents, tous emplis pendant les crues, servant où ayant servi en diverses époques à l'écoulement de la rivière principale pendant {a saison des sécheresses, Avant 18925, le lit majeur, le plus oriental, arro- sait les plantations de Loreto, d'Atamisqui, de Salavina; une obstruction rejeta le courant vers l'ouest, dans une série de lagunes dite le Kaladillo, dont les eaux sont tellement saturées de sel, que les nageurs y flottent comme dans la mer Morte ou le lac d'Ourmiah. Sans nul doute, les vastes salines qui se prolongent au sud-ouest entre le massif cordovais et la sierra de los Llanos, et dont la cuvette terminale sert encore d'égouttoir à toute la dépression d'entre-montagnes, reçurent à une époque antérieure les apports aqueux du rio Dulce; maintenant, le Saladillo se rejette vers l'est pour rejoindre le lit d'avant 1825, puis, graduellement affaibli, va se perdre dans un marais, dit de los Porrongos ou des « Citrouilles » d'après les cucurbitacées sauvages qui croissent sur ses bords. Des laguets d'eau libre, mais très salée, — environ 6 centièmes, — s'ouvrent çà et Là dans le marécage, qui se termine au sud, à 82 mètres d'altitude, par un véritable lac, la mar Chiquita ou la « Petite Mer », diversement dessinée sur les cartes et changeant en effet de forme suivant la quantité d’eau que lui apporte l'affluent, On ne peut guère y accéder que par ses rives du nord et de l’est que forment des dunes consolidées; à l'ouest, on se perdrait en des vasières avant d'arriver à la nappe d'eau continue". Sa plus grande profondeur, sur un lit d'argile dure, est de 54 mètres*. Les rivières qui s'écoulent du massif de Côrdoba pour descendre à l'est dans la pampa ont été désignées par des numéros d'ordre. Le rio Primero ou le « Premier », qu'un réservoir transforme en lac au-dessus de Cr- doba, tarit déjà presque en entier à son entrée dans la pampa; cepen- dant, après les grandes pluies, son flot jaunâtre finit par atteindre li mar Chiquita. Le rio Segundo, qui coule au sud, parallèlement au Primero, disparait aussi en flaques bues par le soleil, Plus abondant, le rio Tercero maintient son cours à travers la pampa, mais en se transformant de gave d’eau pure en rivière salée. Vers le milieu du cours, il se trouve déjà for- tement diminué lorsqu'il reçoit le flot d’un de ces égouts salins qui por- 1 Bodenbender, Petermann's Mitteilungen, 1895, Heft XI, 2 Jorge B. de Grumbkow, Boletin del Instituto Geogräfico Argentino, 1890. orizontales, Arrivé cordovaise, le rio fier, à S'eflilocher tence d'au moins nt ou ayant serv ipale pendant {y us oriental, 1rro- une obstruction dite le Saladillo, ageurs V flottent | doute, les vastes Ê cordovais et la ore d'égouttoir à poque antérieure lo se rejette vers ent affaibli, va se ouilles » d'après es Jaguets d'eau nt çà et là dans dtitude, par un sement dessinée quantité d'eau 16 par ses rives à l'ouest, on se itinue!, Sa plus res ?, escendre à l'est Le rio Primero lessus de Cér- MPa; Cepen- teindre la mar t au Primero, le rio Tercero rmant de gave ouve déjà for- alins qui por- MAR CHIQUITA, LES CINQ FLEUVES, 625 ent le nom de Saladillo, si fréquents dans la géographie argentine, Cette « salinette » paraît être le résidu des eaux qui suintent dans le sol en aval des canaux d'irrigation formés par le rio Cuarto ou la « Quatrième » rivière du massif cordovais, Avant d'atteindre le Paranä, le rio Tercero, connu dans cette partie de son cours sous le nom de Carcaraña ou Car- arañal, d'après la tribu d'Indiens Guarani qu'y rencontra Gaboto', reçoit un autre ruisseau, l'arroyo de las Tortugas, qui peut-être fut le déversoir de la mar Chiquita et de toute la ramure de rivières qui s'y déversent. On à fait souvent des essais de navigation sur le Carcaraña, mais ils n'ont réussi qu'avee des bateaux ayant au plus 70 centimètres de tirant. Le rio Quinto, — le « Cinquième », — ne naît pas dans le massif de Crdoba, mais plus à l'ouest dans les montagnes de San Luis, et les ruis- saux qui découlent des hauteurs cordovaises n'atteignent pas son cours. Il descend au sud-est, mais, épuisé déjà à 500 kilomètres de ses sources, ilse perd dans l'Amarga, la lagune « Amère », dont le flot salé se heurte au pied d'anciennes dunes consolidées, Son apport liquide s'évapore-t-1l en entier dans ce bassin, ou bien, comme le croient les indigènes, l'eau filtrerait-elle dans les sables pour reparaître dans les nombreuses lagunes éparses au sud-ouest de la province de Buenos Aires? Donne-t-elle nais- sance à un Salado et à un Saladillo, tributaires unis de la baie de Sam- borombon, au sud de l'estuaire platéen*? On ne sait, et le problème ne pourra se résoudre tant qu'on n'aura pas mesuré le débit et l'évaporation des rivières pampéennes. Ces espaces marécageux, où se perd le rio Quinto, sont fort dangereux pour le voyageur, à cause des « blouses » ou quadales dans lesquelles un faux pas peut précipiter cheval et cavalier : le sable cède et le malheureux qui s'enlize se débat en vain; il disparaît bientôt. On raconte que, pendant les guerres de frontières entre les Indiens et les blancs, ceux-ci ont été fréquemment entraînés vers les guadales et engloutis, tandis que les sauvages, connaissant parfaitement la topographie locale, chevauchaient à leur aise, sur les étroites rastrilladas, au milieu du marais. Ces terrains mouvants, ainsi que la zone environnante des forêts, ont longtemps protégé les Indiens Ranqueles contre les envahisseurs. Sur sa rive gauche, du côté de la mésopotamie argentine, le Paranä ne reçoit que de courts affluents, le versant n'ayant pas une largeur suffisante pour donner un grand développement aux cours d'eau. D'ailleurs, comme dans la pampa, le sol conserve en certains endroits une telle horizontalité, ! Félix de Azara, ouvrage cité, * Martin de Moussy, ouvrage cité. 5 Émile Daireaux, Buenos Aires, la Pampa et la Patagonie. 624 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. que les eaux, sans pente, S'élalent en marécages : un lac, l'Ibera, — « Eau Brillante », — marque peut-être la coulière de l'ancien Parana, dont le cours était alors parallèle à celui de lUruguay. Le sol est Si éyal dans cette partie de l’entre-fleuves platéen, que l'on a pu essayer de vider partiellement la lagune Ibera, du eôté d’amont, par le ereusement de fosses emportant le trop-plein dans le Paranä supérieur, et, du côté d'aval, par l’approfondissement et la canalisation des rivières Batel et Corrientes, où se déverse, par de lentes coulées, l'excédent du bassin lacustre, La lagune se développe sur une longueur de plus de 40 kilomètres, affleurant la rive occidentale, mais limitée nettement à l'est par des berges et des montieules qui s'élèvent de 10 à 15 mètres au-dessus du flot. La nappe se compose d'une succession d'esteros, dont la plupar' sont envahis par les jones, landis que d’autres ont assez de profondeur pour les bateaux: mais on ne s'y hasarde guère, à cause des cousins tournoyant en nuages’, On dit que dans ces dernières années ces lagunes du Corrientes ont envahi les terres avoisinantes. Au sud du rio Corrientes, qui égoutte les baies méridionales de l'ibera, se succèdent quelques petites rivières dont les apports ne compensent pas la masse liquide que perd le Paranä par l'évaporation. Le plus grand »0 de la région d'Entre-Rios où « Entre les Eaux », le Gualeguay, serpente sur une longueur développée d'environ 400 kilomètres, parallèlement au bas Uruguay : il se déverse non dans le Paranä, mais dans le Pavon, une des coulées latérales qui laccompagnert, un de ces lits que le courant prend, délaisse, puis reprer { encore, et qui tantôt sont parcourus par des rivières et tantôt parsemés d'étangs. Du confluent de Tres Bocas à ses embouchures dans la Plata, le courant majeur du Paranä se décuple en largeur de tout un cortège d'autres rivières serpentant dans la vaste dé- pression fluviale. Même des cours d'eau qui coulent maintenant dans là pampa, tout à fait en dehors du labyrinthe des courants paraniens, furent autrefois des rameaux du Paranä : telles sont, dans la province de Santa F6, les deux coulées d'environ 400 kilomètres en longueur qui suivent à distance les eaux du fleuve majeur, le Saladillo Dulee et le Saladillo Amargo, ainsi nommés du contraste que présente leur salinité, el depuis assez longtemps détachés du courant principal pour en différer par la masse liquide. Ces courants latéraux limitent à l'ouest d'anciennes éten- dues lacustres que les alluvions fluviales ont graduellement comblées : il n'en reste que des bayous et des îles marécageuses. 1 Juan Queirel, Comptes rendus des séances de la Société de Géographie, 1895, p. 503. Le de Dia l dird w? prolo de C alluv uccu ac, l'Ibera, = neien Parand, Sol est si Goal ssayer de vider reusement de du côté d'aval, et Corrientes, 1 lacustre, La res, alfleurant berges et des flot. La nappe tenvahis par les bateaux: 1 en nuages! tes ont envahi es de l'Ibera, mpensent pas lus grand rio uay, Serpente Hèlement au » Pavon, une e le courant urus par des Bocas à ses décuple en la vaste dé- ant dans là iens, furent de Santa F6, i suivent À le Saladillo 5, el depuis érer par la ennes élen- comblées : D. 209, AFFLUENTS, DELTA DU PARANA. 625 Le delta proprement dit du Paranä commence en aval du promontoire de Diamante, à l'endroit où le fleuve, se reployant vers le sud-est, prend h direction de l'estuaire, C'était autrefois la tête du golfe maritime, se wf N° 156, — DELTA DU PARANÉ ET DE L'URCGUAY. ) . Quest de Paris 60 72 RU 1 k TT EN Concordia { > End alto "1 n Quest de Greenwich ES) Zone «inondation 1: 5500 000 1=— a — 0 120 kil. prolongeant sur un espace de 600 kilomètres, Toute la partie supérieure de celle coupure dans la masse continentale à été colmatée par les iluvions sur une longueur de 570 kilomètres, et les îles allongées qui weupent la large zone des terrains meubles entre les berges latérales ont XIX, 79 626 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. été déposées par le fleuve. Dans ce grand delta comblé, le courant prinerpal dt: Paranä longe la rive droite, eelle de la pampa, jusqu'en amont de à ville de San Pedro, où presque toute la masse fluviale se trouve réunie en un seul lit : au passage le plus rapproché d'Obligadoe, le lit Majeur à 636 mètres seulement, avec 50 mètres de profondeur, Les rivières latée rales qui longent la côte de l'Entre-Rios prennent différents noms : Vie- loria, Paranacito, Pavon, Ibicuy'; mais lors des grandes crues, comme en 18958 et en 1868, tout se confond d'un bord à l'autre de l'ancien estuaire, les îles intermédiaires disparaissent sous la nappe continue qui sépare les deux rives; les bateaux à vapeur einglent directement de Vie- toria à Rosario à travers l'énorme détroit de 60 kilomètres, En aval de San Pedro, le grand Paranä, où Paranä Guazt, cesse de longer la rive occidentale et se porte vers la rive opposée, celle de l'Entre-Rios, laissant du côté de Buenos Aires une petite coulée, Le Baradero, que sui- vent d'ordiraire les goélettes pour éviter les vents et lt houle du courant principal, Une autre branche, le rio de las Palmas, se détache du Parant Guazü, roulant moins d'eau, mais se maintenant avec la mème largeur jusqu'à l'estuaire, tandis que le Guazü se ramifie en de nombreuses rire latérales, dont quelques-unes, se dirigeant vers lest et le nord-e, vont même se déverser dans l'Uruguay. La bouche principale, d'environ 800 mètres, s'ouvre au nord du delta, non dans l'axe de l'estuaire pla- téen, mais dans la partie du golfe où vient déboucher FUruguay, immé- diatement en aval du détroit d'Higueritas. Le front du delta, sur les deux fleuves, présente une longueur de 60 kilomètres à vol d'oiscau, percée en 1860 de onze graus; mais le nombre de ces ouvertures flu- viales varie suivant les oscillations de la masse d'eau et les progrès du delta. Le flot qui se déverse dans l'estuaire est déjà soutenu par Peau de mer aux embouchures, car la marée remonte de part et d'autre dans le Parani et l'Uruguay à plus de 150 kilomètres; il a fallu caleuler le débit du fleuve en amont du delta, aux endroits où le courant d'eau douce passe en un seul lit, À cet égard les deux fleuves contrastent : même aux plus basses eaux, le Paranä se maintient puissant et majestueux; à son étiage Il roule autant d'eau que le Mississippi à sa portée moyenne et représente le volume de trente ou quarante fois la Seine à Rouen, Alimenté par des rivières qui viennent de contrées soumises à différents climats, il com- pense les pertes d'un bassin partiel par les excédents d'un autres en 1}, 3. Revy, ouvrage cité. outre ainsi son D {em p que d très dans | roulat sexpl (ll par Al ajoute deurs \u-de i une Lette Bueno muni ét se aussi comm Le ( della : de la séparé \ions, une aval lUrug D .: td ? (oi urant prineipul n amont de |à e trouve réunie le lit Majeur à s Fivicres latte nts noms : Vic. crues, comme re de l'ancien 6 Continue qu lement de Vic- cesse de longe le l'Entre-Rios, adero, que sui- ule du courant che du Parani mème largeur breuses rivière + Le nord-ea, pale, d'environ l'estuaire pla- ruguay, inmé- delta, sur les À vol d'oiseau, ouvertures flu- les progres du r l'eau de mer dans le Parani débit du fleuve ‘€ passe en ul ux plus basses son étage 1 sel représente imenté pur des mats, 1] com- ‘un autre; en DELTAS DU PARANA ET DE L'URUGUAY. 627 tre, les lacs et les marais qui bordent une grande partie de son cours, unsi que le Paraguay, le Pilcomayo, le Bermejo, contribuent à régulariser un régime, recevant le trop-plein en temps de crue et le rendant en lmps de sécheresse, Le volume d'étiage du Paranä n'est jamais inférieur que de moitié au volume moyen‘. En comparaison, l'Uruguay présente de ms grands écarts : lors de ses fortes erues, 11 égale presque le Paranà ; dans la saison des maigres, ce n'est plus qu'un cours d'eau secondaire, ne roulant plus que la soixantième partie de son flot d'inondation. On ‘axplique ces oscillations par la région à elimat uniforme qu'il traverse «par le manque de réservoirs compensateurs sur ses rivages”. A l'eau contenue dans les lits du Paranä et de FUruguay, il faut ajouter les nappes souterraines qui S'écoulent lentement dans les profon- deurs et qui proviennent aussi des pluies tombées dans le bassin fluvial, lu-dessous des couches supérieures s'étend un lit de sables fluides mêlés i une nappe d'eau douce et renfermant de petits coquillages fluviatiles. tete mer souterraine, que la sonde à découverte dans le sous-sol de Buerus Aires à la profondeur d'au moins 25 mètres, se trouve en com- munication directe avec le courant du Paranä entre Rosario et San Pedro, 4 se renouvelle non seulement par Les apports directs du fleuve, mais aussi par les suintements du sol : pratiquement on peut la considérer comme inépuisable”. Le delta visible du Paranä et de l'Uruguay se continue em mer par un della sous-marin qui finira par émerger si le niveau relatif de la terre et de la mer se maintient sans changement dans ces parages. Des banes, séparés par des fosses profondes, S'avancent en dehors des îles d'allu- vions, rattachant au continent l'ilot de Martin Gareia. Les alluvions d'ori- sine fluviale, qui ont déjà fait émerger des plaines en si vastes étendues, tavullent activement à combler le vaste estuaire de la Plata. Le Parand, lCruguay apportent sans cesse des troubles qui se déposent en bancs et qui, à marée basse, changent l'ensemble du golfe en un labyrinthe de 1], J, Revy, ouvrage cité, ? Comparaison du Parant et de l'Uruguay, d'après Aguirre, Revy et Bateman : Paranä. Uruguay. 2 850 000 kil, carrés: 588 500 kil, carrés, #700 kilomètres; 1 500 kilomètres, 11110 méèt. cubes; 590 mèt, cubes, ) moyen h Wat 2 0050 ) # 000 h 15955 » Étendue du bassin, Longueur du cours principal. Débit minimal par seconde. CA UT .* ) extrème h Æse 169% } ! sur 10 000, Ecoulement : 0%,60 d'eau sur toute la superficie des deux bassins, Part des alluvions dans les deux fleuves : > Emilio Godoy, Bolelin del Instituto Geogrdfico Argentino, tome V, 1884, A, à nt de ss de 628 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. chenaux, où les navires s'aventurent avec précaution. L: profondeur moyenne de l'estuaire, mesurée entre Montevideo et Punta de las Picdras, — ligne qui indique la véritable entre, — atteint seulement 4 mètres: elle doit avoir beaucoup diminué depuis une époque géologiquement récente, puisque de grandes baleines s’échouaient autrefois en amont de Buenos Aires, en des parages où elles auraient actuellement trop peu d’eau pour flotter'. L'épaisseur moyenne des eaux dans l'estuaire propre- ment dit ne dépasse pas 6 mètres, et les creux les plus profonds dans le chenal atteignent le double environ. Naguère, lorsqu'on n'avait pas encore excavé de ports artificiels ni dragué les chenaux, tous les navires se tenaient au large des rives et le débarquement des passagers et des mar- chandises devait se faire par des lanches à fond plat qui s'avançaient au loin vers le mouillage, et, par un temps calme, au moyen de charrettes qui roulaient sur le sol ferme du fond en ayant de l’eau jusqu'aux essieux, Malgré les phares et les bouées, le long entonnoir de la Plata est fort dangereux pour la navigation : les vagues courtes et chargées de sable, les courants rapides et changeants, les vents furieux, à brusques écarts, ont souvent jeté les embarcations sur les banes, l'Ortiz, l'Anglais, l'Archi- mède, ou telle île en voie de formation. La superficie totale de l'espace triangulaire recouvert par les eaux de l'estuaire proprement dit, entre Montevideo et la Punta Piedras, est évaiuée à 13 000 kilomètres carrés : l'ouverture présente 98 kilomètres de rive à rive. Le large golfe d'entrée, que limitent au nord le cap de Maldonado, au sud le cap San Antonio, et qui sert de parvis au rio de la Plata, occupe une étendue plus considérable, D'après les observations de température marine faites à bord de la Gazelle, les eaux platéennes descendent au sud jusqu'au cap Corrientes, où elles s'unissent avec deux autres masses liquides, l'une venant des parages tropicaux et l'autre du Grand Océan, par le détour du cap Hoorn*, Du Juramento-Salado au rio Colorado des frontières de Patagonie, aucune des rivières nées entre le versant oriental des Andes et le massif de Cérdoba n'atteint l'Océan par l'estuaire platéen. Les cuvettes sans écou- lement que comprend cette région nord-oceidentale de l'Argentine, et qui sont presque toutes orientées dans le sens du nord au sud, suivant l'axe de la cordillère elle-même, paraissent de formation glaciaire : leur fond est parsemé de blocs anguleux, qui n'ont pas été entrainés au loi, mais que l’action des vents chargés de sable à légèrement usés et qui 1H, Burmeister, ouvrage cité, 8 Annalen der Hydrographie, n° IX, 1876. n'ont des el et si | étang fond € se dé] couche marin de |’ salitra point consis{ des pl des to ration slitra Au monta{ dans | plus é plus fa fleuve plus se pas un d'autre plane rivière. complè avec ce mètres sud, et couran lent en l'endro (de la | et qui ltérau ! Ludy à profondeur de las Piedras, ent # mètres: éologiquement en amont de nent trop peu tuaire propre- fonds dans le n n'avail pas les navires se s et des mar- ‘avançaient au | de charrettes qu'aux essieux, Plata est fort rées de sable, usques écarts, glais, l'Archi- ile de l'espace ent dit, entre iètres carrés : rolfe d'entrée, in Antonio, et considérable, de la Gazelle, bntes, où elles t des parages Hoorn*, oonie, aucune le massif de es sans écou- ‘ntine, et qui want l'axe de : leur fond nés au loin, usés el qui ESTUAIRE DE LA PLATA, BASSINS FERMÉS. 62y n'ont pas gardé leurs stries primitives. Quelques petits cours d'eau, issue des cirques environnants, déposent à leur sortie une couche de débris, a si leur flot ne tarit pas en entier, il forme au centre de la cuvette un élang salin presque toujours intermittent. Le vent enlève les poussières du fond et les accumule en hautes dunes aux endroits abrités. Le sel qui & dépose dans les dépressions des plaines provient sans aucun doute des couches salifères contenues dans les formations mésozoïques d'origine marine que renferme la cordillère occidentale, sur la frontière commune de l'Argentine et du Chili. Quant aux salines désignées sous le nom de shitrales, elles sont improprement nommées, car elles ne contiennent point de salpêtre : les efflorescences qu'on y trouve à côté du sel marin consistent en gypse et sulfate de potasse". Elles disparaissent sous l'action des pluies et se recouvrent alors d'une épaisse végétation, formée surtout des touffes du jumen, de la famille des salicornes; mais après l'évapo- ration de lhumidité, les sels blanchissent de nouveau à la surface du alitral. À une époque géologique récente, toutes les eaux qui descendent des montagnes andines à l'ouest et au sud de l’Aconquija durent s'écouler dans l'Atlantique par le lit du Colorado, dont le bassin était beaucoup plus étendu qu'il ne l'est de nos jours : à la vue des terrains, rien de plus facile que de reconstituer par la pensée l’ancienne ramure du grand leuve maintenant décomposé en bassins fragmentaires. Les rivières les plus septentrionales de l'immense bassin à demi desséché ne fournissent pas un cours bien considérable : le Chaschuil, uni au Fiambala, puis à d'autres coulées issues des hauteurs du plateau, se perd à demi dans une plaine de sables salins qui fut autrefois un lac, puis, se reformant en rivière, pénètre par un défilé dans les plaines de la Rioja, où le flot tarit complètement, De ce point jusqu'à la jonction de sa vallée première avec celle du San Juan, la distance en ligne droite est d'environ 450 kilo- mètres du nord au sud; mais la plaine sinueuse s'étend librement au sud, et si le fleuve recommençait à couler, nul obstacle n'arrêterait son courant ; les affluents qui se déversaient dans le cours d’eau majeur cou- lent encore jusqu'à l'issue des montagnes, puis disparaissent, indiqués à l'endroit où ils tarissent par une petite nappe de verdure, Le rio Vermejo (de la Rioja) et le Jachal, qui descendent à l’ouest du massif de Famatina et qui sont plus rapprochés de la cordillère neigeuse, ont assez d'apports htéraux pour maintenir leur courant vif sur une plus grande longueur ! Ludwig Brackebusch, Petermann's Mitteilungen, 1895, Heft VII, 630 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. que le fleuve oriental; saignés à droite et à gauche par des canaux d'irri- gation, ils n'arrivent pas toujours à se rejoindre, et leur cours inférieur, le Zanjon, s’allonge ou décroît suivant les saisons, sans jamais atteindre le bassin marécageux dans lequel il pourrait s’unir aux eaux du San Juan, Ce dernier cours d'eau, à la ramure de gaves très étendue, sort des montagnes en un courant furieux, capté par des canaux d’arrosement qui se ramifient en tous sens. Cependant la masse liquide restée dans le lit majeur suffit à former une petite rivière navigable, que rejoignent plus bas les égouts des terres irriguées et qui s’épanche dans un ensemble changeant de lagunes marécageuses, le Huanacache. Une autre rivière, celle du rio de Mendoza, descendue du seuil de la Cumbre et portant dans son flot la neige fondue de l'Aconcagua et du Tupungato, déverse dans la même dépression le restant de son eau, et, grâce à cet apport, un faible courant se produit de lagune en lagune à travers les jones. Un canal de « vidange », le Desaguadero, presque à sec pendant une partie de l’année, emporte le trop-plein de ces lagunes salines et descend au sud-est, proje- tant un bras latéral vers un autre lac, le Bebedero, « boit-tout », où venait aboutir autrefois le grand fleuve alimenté par les neiges de l'Aconquija. “al Du haut des collines qui dominent le Bebedero, à l’est et à l’ouest, on voit “Al dans la plaine le large lit ou cañada par lequel s'épanchaient les eaux venues du nord'. Suivant les années, le lac tantôt se réduit à un fable bassin, tantôt s'étale largement, projetant au loin ses vastes bañados. L'eau du Bebedero, très salée, laisse pendant les années sèches des banes de sel sur les rivages et les gens des alentours viennent :’ÿ approvisionner. Dans l'ensemble, il paraît que le bassin se dessèche : il finira par se changer en une saline, semblable aux dépressions situées plus au nord sur le parcours de la cañada. Des fontaines d'eau douce jaillissent dans le voisi- nage immédiat de sources salées. Le Bebedero reçoit à la fois des affluents saturés de sels et des ruisseaux de l’eau la plus pure. Il est même arrivé qu'en perçant au-dessous d’un banc d'argiles salifères, des estancieros ont fait surgir des jets d'eau excellente : une strate de quelques mètres en épaisseur sépare les deux nappes. Ges faits s'expliquent par la ramure | souterraine des ruisseaux qui descendent des monts environnants el qui s'épanchent avec lenteur après avoir disparu dans le sable. Ces petits affluents apportent de l’eau douce, tandis que le courant principal des profondeurs est formé d’une eau saline. Les éleveurs de bétail sont habiles à reconnaître, surtout aux confluents de vallées, les points bas où 1 G, Avé-Lallemant, Boletin del Instituto Geogräfico Argeñtino, tomo V, 1884 S Canaux d'irri- ours inférieur, ais atteindre le lu San Juan. ndue, sort des arrosement qui stée dans le li ejoignent plus un ensemble autre rivière, t portant dans éverse dans ln Jort, un faible s. Un canal de tie de l'année, sud-est, proje- it », Où venail e l'Aconquija. ouest, on voit ent les eaux it à un faible añados. L'eau S banes de sel sionner, Dans ar se changer nord sur le dans le voisi- des affluents même arrivé Slancieros ont es mètres en ur la ramure anants el qui e. Ces petits principal des bétail sont Joints bas où VUE PRISE DEVANT LE COLLONX-CURA. PAYSAGE DE L'ARGENTINE Dessin de Th. Weber, d’après une photographie de M. Siemiradzki. DASSINS FERMÉS DE L'ARGENTINE. 630 ils ont chance de trouver des lits souterrains d'eau douce; ils y ereusent des yagüales pour abrenver leurs troupeaux". Au delà du Bebedero, un bras du Desaguadero, gonflé par la rivière N° 497 — LE DÉDEDERO ET LA CANADA: Quest de Faris Pozo Escondido . / e 3.Bernard: fFezo Avestrurëh Poz Molle Cernit cotetaf C. Perron Tunuyan, continue de couler vers le sud, mais dans cette plaine presque unie, où le vent promène le sable, de fortes dunes barrent fréquemment et déplacent le courant. La rivière, qui prend ici le nom bien justifié de ! Martin de Moussy, ouvrage cité. XIX. sa errnnsiearerrcernrtne areas tente nero 634 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Salado, erre, pour ainsi dire, sous la pression des vents, Le Diamante, qui vient le rejoindre et que l'on dit partiellement navigable, s'est également déplacé pour les mêmes causes : autrefois il se déversait dans une rivière N° 134, —— ANCIEN UASSIN DU COLORADO, a D Ouest de Paris BUENOS AIRESY- : la PlatàS t cé & Sy re \ 0 Cratn Uuest de Lreenwich C Perron fofondeurs LÉR ae Os /Omètres celaz0 des 507 des0 etau été 1 : 15000 000 EE —— —————————————— 0 500 kil. plus méridionale, l’Atuel; mais, des monticules de sable l'ayant rejeté vers l’est, il coule directement vers le Salado : ainsi se forme une grande ile triangulaire ayant pour côtés le Diamante, le Salado, l'Atuel. En aval de ce dernier affluent, issu des montagnes neigeuses, le fleuve, graduelle- rieu rio des luc bie la € sut un pa pl de la hamante, (qui st également 1S une rivière erron jeté Vers ande île | aval de raduelle- 650 RIOS COLORADO ET NEGRO, ment amaigri, incertain dans son cours, se trouve arrêté par une rangée de dunes et s'étale en un grand bassin d'évaporation, l'Urre-Lafquen ou la- guna Amarga, ainsi nommé de ses eaux « amères », mais poissonneuses, Au delà on distingue encore le lit, dit Cura-c6, par lequel le courant des- cendait au Colorado. On peut se demander si, dans les oscillations du cours fluvial, les eaux de l’an- N° 439, — URNE-LAFQUEN. cien courant n'ont pas dé- bouché dans le large estuaire Dueit de Paris de Bahia Blanca, qui présente l'aspect d'une embouchure fluviale et que des lacs, des marécages, des bassins des- séchés semblent rattacher à l'Urre-Lafquen. Ce fleuve, maintenant sé- paré de tout son bassin du nord, de sept à huit fois plus considérable, est d'une sin- gulière uniformité en dehors des contrées andines où se forment ses branches supé- rieures, le rio Grande et le rio de Barrancas. Au sortir des monts, il n'a plus d'af- fluent et, creusant un sillon bien encaissé, descend dans la direction du nord-ouest au sud-est. Quoique traversant une contrée où des années se dapresSemradh C'Parron ,. 1 : 1200000 passent sans qu'il tombe de fonte 0 50 kil. pluie, le rio Colorado! reçoit des montagnes une eau suffisante pour se montrer, du moins pendant l\ fonte des neiges, fleuve imposant, à la fois profond et rapide, avec une largeur de 500 à 400 mètres; mais en hiver ce n’est plus qu'une fible rivière, facile à franchir : les Chiliens marchands de bestiaux qui cheminent par la vallée rectiligne du Colorado, empruntent souvent le É Longueur du Colorado, . . . . , . . . .. 1600 kilomètres. Superficie de son bassin . , . . . . . . . . 45500 kilomètres carrés. Superficie de l'ancien bassin d'écoulement, . . 357 700 » Z O rs « æ — « > LU [EE (©) < Æ TEST TARGET (MT-3) 16 14 1.25 N ÿ S < Ki 656 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. lit sableux délaissé par le courant. Cependant la rivière « Rouge », ainsi nommée des molécules d'argile qu’entraîne le flot, atteint la mer en toute saison et même se divise en un delta, dont les deux branches sont acces- sibles aux petites embarcations. Le rio Negro, le plus grand fleuve de la Patagonie et ligne de division N° 140. — DAS RIO COLORADO ET IMMO NEGRO her fl ra Paso Alsina à Ne $ ; _ Psinêles TER a 2 SFunrdia Nueva à Invencible een ie dmré de Fatafones dE p é Quest de Greenwich C.Perron Frofonaeurs = = F3 ce Da 20niètres de SOa Or ee SO et au ae à 1 : 3000000 —1 130 kil. entre deux régions naturelles, deux flores et deux faunes, coule paral- lèlement au rio Colorado dans toute sa partie orientale, dépourvue d'affluents; mais par son haut bassin il embrasse une zone de montagnes beaucoup plus considérable : toutes les eaux du versant oriental des Andes, entre le 56° et le 41° degré de latitude méridionale, se déversent dans le Neuquen et le Limay, ses deux branches maîtresses qui limitent une vaste « Rouge », ainsi tla mer en toute ches sont acces- ligne de division C.Perron s, coule paral- alle, dépourvue e de montagnes ental des Andes, éversent dans le nitent une vaste VUE PRISE SUR LES BORDS DU RIO NEUQUEN\. Lessin de A. Päris, d’après une photographie de M. Siemiradzki NAHUEL-HUAPI, LIMAY. 059 dendue triangulaire des avant-monts et de la pampa. Le Neuquen, né non loin du volcan de Chillan, dans le laguet de Malbarco, à 2131 mètres d'altitude, reçoit des affluents nombreux avant de s'engager par un défilé dans la chaine des avant-monts, dont il suit la base orientale jusqu’au confluent avec l'Agrio, son principal tributaire, issu d'une vallée longitu- dinale entre deux cordillères parallèles. À une petite distance en aval aboutissent presque tous les sentiers descendus des seuils de la mon- agne, entre l'Antuco et le Quetrupillan : là était le gué principal, le Paso de los Indios, gardé maintenant par un fort. En aval, le Neuquen, «ontournant le plateau, n'a plus de tributaires, De nombreux torrents qui naissent dans la cordillère du faite argentino- chilien, sur un espace de 500 kilomètres environ du nord au sud, for- ment le Limay, la deuxième branche supérieure du rio Negro. Plusieurs hes, emplissant d'anciennes vallées glaciaires, déversent leurs gaves dans l'impétueux Limay, issu lui-même d’un lac fameux, le Nahuel-Huapi, nommé « Île du Tigre », d'après une longue terre couverte de roseaux qui occupe le milieu du bassin. Le Nahuel-Huapi, emplissant une dépres- son des Andes, très importante comme futur passage d’une voie trans- continentale entre Valdivia et Bahia Blanca, est connu depuis plus de deux siècles : dès 1670 les missionnaires jésuites s’y établirent au milieu des Indiens Araucans, et au commencement du dix-huitième siècle y fondèrent un village, près de l'endroit où commence le Limay. Mais une incursion d'indiens hostiles détruisit la station, et quoiqu'elle ait été visitée par d'autres missionnaires, la reconnaissance définitive du Nahuel-Huapi ne « fit qu'en 1855. Depuis cette époque, de nombreux voyageurs ont vu les bords de ce beau lac et, depuis une quinzaine d'années, les soldats ar- gntins en ont pris possession. Cependant la forme n'en est pas bien fixée et les explorateurs la dessinent diversement. D'après Siemiradzki, cette mer alpine, beaucoup moins grande qu'on ne la représentait d'ordinaire’, n'aurait que 45 kilomètres de long, au lieu de 80 que lui donnaient les voyageurs précédents, et sa plus grande largeur serait de 15 kilomètres seulement. Mais, quelles que soient ses dimensions, tous vantent l’admi- able bassin d’eau cristalline, reflétant ici des parois de trachyte, ailleurs des escarpements de granit, revêtus de hêtres et de pins, et dominés dans l'éloignement par des pyramides neigeuses. L’altitude du lac est üaluée par les divers explorateurs de 537 à 620 mètres. À peine sorti du Nahuel-Huapi, le Limay se rejette brusquement au ! Petermann's Mitteilungen, 1893, Heoft Il, 640 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, nord dans une vallée longitudinale qui sépare la grande cordillère de la chaine parallèle appelée cordillera de los Cipreses, puis, après avoir reçu l'effluent du lac Treful, il perce ce rempart pour aller rejoindre une autre rivière, le Collon-Cura, non moins abondante et plus longue, qui descend d'environ 250 kilomètres plus au nord en serpentant dans une vallée ouverte entre la deuxième et la troisième cordillère, Un des lacs qui alimentent le torrent, la laguna Aluminé, est situé près du faite de partage entre le bassin du Biobio et celui du rio Negro, et peut- être les eaux du seuil à peine perceptible se divisent-elles pour s'épan- cher d'un côté vers le Pacifique, de l’autre vers l'Atlantique. Gonflé de tous les gaves andins, le Limay coule rapidement dans h direction du nord-est, bordé çà et là de falaises rougeñtres et s'étalant ailleurs en de larges bassins, parsemés de lagunes qui furent autrefois des méandres du fleuve et que peuplent des oiseaux aquatiques volant par nuées. Le courant, très incliné, est partout violent, mais sans rapides : un bateau à vapeur à forte machine pourrait le remonter jusqu'au lac Nahuel-Huapi et pénétrer mème dans l'affluent latéral, le Collon-Cura, À Ja jonction, les deux cours d'eau, Neuquen et Limay, sont presque égaux par la masse liquide annuelle, mais le Neuquen, traversant une région plus sèche, présente des écarts beaucoup plus considérables dans ses maigres et ses crues; le Limay, réglé à ses multiples origines par des réservoirs lacustres, maintient son flot sensiblement égal. Par la forme de sa vallée, il semble être la branche maîtresse du Cura Leofü ou rio Negro. Les eaux unies du Neuquen et du Limay ne forment pourtant pas une « rivière noire » comme le puissant affluent de l’Amazone : peut- être cette appellation lui a-t-elle été donnée par les Indiens non pour h nuance des eaux, mais à cause de ses rapides et du danger de sa navi- gation. Ne coulant pendant presque toute l'année que sur des lits de cailloux et des seuils de rocher, le fleuve est d'une pureté cristalline. Après les grandes crues seulement, quand les eaux gonflées du Neuquen ont érodé les bords et raviné les plaines, le courant tient en suspension des matières argileuses, mais cette coloration dure au plus deux ou trois jours". Courant dans sa large vallée d’une inclinaison régulière, orientée d'abord vers l’est, puis vers le sud-est, le rio Negro ne reçoit plus un seul tribu- laire : sous ce climat sec, il diminue peu à peu en descendant vers la mer: cependant sa profondeur moyenne dépasse 4 mètres. À moitié chemin il 4 W. Il. Hudson, Idle Days in Patagonia. E. nde cordillère de Ja is, après avoir reçu aller rejoindre une et plus longue, qui serpentant dans une cordillère, Un des , est situé près du rio Negro, et peut- elles pour s'épan- ntique. rapidement dans la igeâtres et s'étalant qui furent autrefois x aquatiques volant , Mais sans rapides : nonter jusqu'au lac ral, le Collon-Cura. imay, Sont presque en, traversant une considérables dans les origines par des gal. Par la forme de Cura Leofü ou ri rment pourtant pas » J'Amazone : peut- Indiens non pour là danger de sa navi- ue sur des lits de * pureté cristalline. onflées du Neuquen tient en suspension * au plus deux où re, orientée d'abord plus un seul tribu- endant vers la mer: À moitié chemin il RIO NEGRO, CHUBUT. 641 se divise en deux bras, qui se ramifient en formant diverses îles, consi- dérées comme une seule terre aux limites changeantes : c’est le Choele Choel, bien connu dans l'histoire de la Patagonie comme lieu de traversée des guerriers qui se ruaient au pillage des colonies argentines. Le Choele Choel, long d’une centaine de kilomètres sur une dizaine de kilomètres en hrgeur moyenne, se compose de terres alluviales, parfaitement unies, œuvertes d'herbes et de brousses. À droite et à gauche s'étendent des plaines basses, que limitent les escarpements du plateau, hauts de 950 mètres en moyenne, et souvent recouverts par les eaux de crue qu'apporte le Neuquen, en été lors de la fonte des neiges, en hiver lors de la chute des pluies. Le rio Negro se jette dans la mer par une embouchure unique sans modifier la courbe du littoral". Le rio Chubut, encore inconnu en 1835, à moins qu'il ne faille l'iden- iifier avec le rio Camerones des anciennes cartes”, roule beaucoup moins d'eau que le rio Negro. Les premiers affluents naissent dans la cordil- ère au sud du Nahuel-Huapi, et la rivière, une fois formée, coule sans grandes inflexions à travers un « pays maudit » de rochers et de ailloux, où les affluents sont rares, même nuls du côté septentrional. Son principal tributaire, qui lui vient du sud-ouest, le Senguer (Singerr, Senguel}, prend son origine, comme le courant majeur, dans la partie des Andes voisine du Pacifique, près des sources de l'Aysen, et, d’après le dire des indigènes, que rapporte Moreno, constituerait même avec cette rivière une ligne d’eau continue de l'Atlantique au Pacifique, à travers tout le continent. Il traverse d’abord une admirable région de forêts et de pâturages, une oasis de la Patagonie; puis, rejeté vers le nard-est par un barrage de rochers et rencontrant de nouveaux obstacles, il s'étale, déjà chargé d'argile, en un vaste bassin d'évaporation, qui change en étendue suivant les saisons et dont l'altitude moyenne serait de 510 inètres, d'après Fontana. Ce bassin, composé de deux laes, le Colhué et le Musters, que sépare presque complètement une chaîne méridienne de pitons volea- niques”, est bordé au sud de terres marécageuses où s'épanchent les eaux d'écoulement. Diminué d’un tiers dans son volume’, le Senger se reforme à l'ouest du maréeage et va rejoindre le Chubut, mais sans lui porter 9925 kilomètres. 122 000 kil. carrés, 395 mèt. cub, à la sec, Longueur du rio Negro, du Nahuel-Huapi à la mer. Superficie du bassin fluvial. . Débit probable du fleuve, d'après Guerrico , ? Francisco P. Moreno, Viaje d la Patagonia Austral. 3 L, J, Fontana, Boletin del Instituto Geogräfico Argentino, 1886-87. 4 Cârlos M, Moyano, Boletin del Instituto Geogrdfico Argentino, tomo II, 1881. 81 x!x, 642 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, assez d'eau pour en faire un fleuve considérable : autrefois la maso liquide, plus abondante, se déversait au nord entre des parois abruptes, dans un autre lit où se voient encore de distance en distance des élangs salins, restes de l'ancien courant', Les bateaux ne peuvent entrer qu'à marée montante, et ne trouvent qu'un à deux mètres de fond, swf pendant la fonte des neiges. Le Chubut ronge ses rivages du eûté sep tentrional et dépose ses alluvions sur la rive méridionale : de ce côté Ja plaine basse a plus de 30 kilomètres en largeur”. Le Deseado, que découvrit Cavendish en 1586, se déverse dans l'estuaire du même nom, au sud du golfe de San Jorge; il roule encore moins d'eau que le Chubut, quoiqu'il traverse aussi presque toute la largeur de la péninsule patagonienne. Le lac Buenos Aires, qui fut probablement le bassin d'alimentation du Deseado, a perdu tout canal de sortie et dont au fond de sa cavité circulaire, comparable à un cratère de volcan; dans ces régions de la Patagonie, qui fut autrefois beaucoup plus humide, les voyageurs ont remarqué beaucoup d’autres bassins, vidés maintenant, mais ayant été jadis emplis par les eaux et renfermant des couches de dépôts laeustres. À son embouchure, le Deseado n'est d'ordinaire qu'un ruisseau, roulant parfois moins de 250 litres à la seconde, mais, après les pluies, un vrai fleuve. 11 se déverse dans un golfe allongé de forme très pittoresque, qui se développe sur un espace d'environ 37 kilomètres de l'ouest à l’est, en présentant une ligne de rivages très variés, avec iles et ilots, écueils et promontoires, baies, ravins et vallons : toutes ces buttes sont des voleans éteints, ayant brûlé probablement pendant l'époque plio- cène, vers la fin de la période glaciaire” : les roches du littoral sont des trachytes et des tufs. Le port Deseado, le « Désiré », reçoit dans «a partie orientale les navires de forte calaison, et pendant les marées, hautes de # à 6 mètres, les bâtiments moyens peuvent remonter jusque vers le fond du golfe; mais les courants y sont très forts et l'entrée est parfois périlleuse en hiver, lors des vents contraires. Deux faibles cours d'eau, qui se déversent au sud du Deseado, paraissent aussi avoir traversé toute la région patagonienne depuis les avant-monts andins, en se développant suivant un cours parallèle : les explorateurs les désignent sous différents noms; mais une de ces appellations, rio Salade, appliquée au fleuve méridional, prouve que la masse liquide n'est pas assez abondante pour se maintenir pure et que l’évaporation y concentre 1 W. IL Hudson, ouvrage cité, #* Antonio Oneto, Boletin del Instituto Geografico Argentino, tomn V, 1884 3 Musters, Journal of the R. Geographical Society, 1871. utrefois la maso s parois abruptes, listance des élangs uvent entrer qu'à res de fond, «nf ages du côté sep- le : de ce côté Ja rse dans l'estuaire ncore moins d'eau > Ja largeur de la probablement le de sortie et dort re de volcan: dans > plus humide, les vidés maintenant, nt des couches de d'ordinaire qu'un e, mais, après les gé de forme très 57 kilomètres de ariés, avec iles el : toutes ces buttes ant l'époque plio- 1 littoral sont des >, reçoit dans les marées, hautes ter jusque vers le entrée est parfois eseado, paraissent s les avant-monts s explorateurs les ions, rio Salado, liquide n'est pas ation y concentre 84 R10 DESEADO, LACS SAN MARTIN ET VIEDMA. 645 ks particules salines'. Le bassin fluvial qui succède à ces courants dans l'espace rétréci de la Patagonie méridionale, celui du rio Santa Cruz, mule une masse liquide proportionnellement très forte, grâce à la largeur de son haut bassin dans le sens du nord au sud, et à l'abondance des pluies tombées dans ces régions. Dans sa partie supérieure, quatre lacs «nsidérables longent la base orientale des Andes sur un espace d'environ 200 kilomètres, comme pour correspondre aux fjords du versant opposé. [n premier lae, découvert par Moreno en 1877 et nommé par lui San Mutin en mémoire du vainqueur de Chacabuco, se développe en ovale irégulier entre de fières montagnes, d'origine voleanique, d’où tombent ls glaces et les avalanches : à l'est de ce bassin, des mares et des hguets oceupent le fond d'une avenue profonde, que dominent d'autres wleans, notamment le Kochait ou 1 « Oiseau », à la pyramide aiguë. La bre volcanique agite encore cette région lacustre des Andes; Moreno vit même une colonne d'eau s'élancer en vapeur du lac San Martin, et ce phé- aomène lui parut être le jaillissement d'un geysir*. Du côté de l'ouest, un œurant emporte le trop-plein des eaux lacustres où flottent constamment des glaçons, et l'épanche dans un autre lac, encore inexploré, qui s'ouvre à la base orientale du volcan Fitzroy et s'écoule à son tour dans le lac Viedma, nommé d'après Antonio de Viedma qui, le premier, en 1N72, atteignit ses grèves. Ce lac, le plus grand de tous dans ces régions sous-andines, déve- loppe ses rivages en forme d'ovale sur une longueur d'environ 80 kilo- mètres, dans la direction du nord-ouest au sud-est. Le vent furieux, qui d'ordinaire descend des montagnes de l'ouest en suivant l'axe du bassin heustre, soulève des vagues énormes comme celles de l'Océan. Un puis- «nt fleuve de glace, s'épanchant sur la rive occidentale, laisse tomber des blocs eristallins, qui flottent en longues processions comme un convoi de “ires et viennent s'échouer sur la rive orientale, où ils fondent en dépo- «nt sables et pierres sur le lit du glacier. Des blocs erratiques sont épars sur les grèves et même une de ces roches se dresse au milieu du lac en un superbe îlot, Des traces d'anciennes plages, sur le pourtour des rochers, prouvent que le niveau du lac était autrefois notablement supé- rieur, Il a pu s’abaisser, grâce à la rivière Orr ou Leona qui serpente dans la direction du nord au sud dans une eluse de montagnes, puis va Sunir au lac Argentino vers son extrémité orientale. A l’est du bassin, ! Cârlos Ameghino, Boletin del Instituto Geogrdfico Argentino, tomo XI, 1890. ? Viaje à la Patagonia Austral. 644 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, un lit, resté à see, portait autrefois les eaux du rio Leona directement dans le rio Santa-Cruz!, Le lac « Argentin », que Gardiner* découvrit en 1868 et que Feilberg visita cinq années plus tard, suivi en 1878 par Moreno, le premier naviga- N9 44, — LAC ARGENTINO, D'APRÈS MORENO. Duest de laris b un 072 pr sud palen/ 1 Li | Quest ra C'aores kkreno L. rerre (0 50 kil, teur du réservoir andin, occupe cette région à laquelle Fitzroy et Darwin, sondant l’espace dans la direction de l’ouest, donnèrent le nom de « Plane Mystérieuse » : ils baptisèrent même deux des montagnes qui baignent dans le flot les rochers de leur base, Hobler Hill et Castle Hill. L'alti- tude actuelle du lac est de 350 mètres d'après Cârlos Burmeister; mais, ! Francisco Moreno, ouvrage cité; — Cârlos Burmeister, Revista del Museo de La Plata, =N5. + Bolelin del Instituto Geogréfico Argentino, 1879. \ directement dans 8 et que Feilberg le premier naviga- itzroy et Darwin, > nom de « Plaine nes qui baignent astle Hill. L'alui- Burmeister; mais, eo de La Plata, 815. LAC ARGENTINO, RIO SANTA CRUZ, 645 comme le Viedma, il fut autrefois beaucoup plus élevé, et sur le pour- our du bassin on distingue nettement deux anciennes rives : la plus haute, rocheuse et couverte de blocs erratiques; l'autre, bordée de dunes, que le vent d'ouest éleva en poussant le sable des plages. De mème que les lacs des Alpes suisses, ceux des Alpes argentines, cuvettes de plissement parallèles aux crêtes voisines, paraissent d'une grande pro- lundeur. Moreno, disposant d'une sonde de 37 mètres, ne trouva pas le fond du lac Argentino à 3 kilomètres de la rive occidentale, la moins abrupte du pourtour, De même que dans les fjords, — et ces les furent peut-être des fjords comme ceux du versant opposé des Andes, — l'extré- nmité tournée vers la haute mer est la moins profonde et les abimes se eusent vers la base des monts, à l'endroit où le bassin lacustre se ramifie en canaux tortueux entourant des roches péninsulaires, Là, chaque branche du lac reçoit son affluent de glaces, dont les débris flottent lentement vers la sortie du fleuve, Le rio Santa Cruz, émissaire de la chaîne des lacs qui commence au Viedma, s'échappe de la baie orientale du lac Argentino, à quelques kilo- mètres de la bouche du rio Leona : les deux cours d'eau se continuent comme les moitiés d'une mème rivière. Le courant est interrompu de apides que les embarcations ne peuvent franchir à la montée, à moins d'être trainces à la cordelle et soulevées à bras d'hommes; à la descente, lors des crues, les esquifs sont emportés par-dessus les obstacles avec une vitesse de 20, même de 25 kilomètres à l'heure; la masse liquide qui s'épanche par ce canal représente, d'après Moyano, l'énorme débit de S5o mètres cubes par seconde : certainement le Santa Cruz est le plus abondant des fleuves de Patagonie. En admettant que la chute d'eau moyenne dans le haut bassin de Santa Cruz représente une couche de 119 millimètres par an, — chiffre qui parait très rapproché de la vérité, — la surface de terrain nécessaire à la formation d'une rivière de celte force dépasse 35 000 kilomètres carrés; telle doit étre au moins l'étendue du bassin qui alimente les lacs Viedma et Argentino. L'eau du Santa Cruz, moins froide que l'air ambiant, provient certainement de régions plus chaudes, notablement plus rapprochées de l'équateur. Toute l'eau que roule le fleuve s'échappe des lacs : déjà Fitzroy avait reconnu à sa transparence parfaite qu'elle devait sortir de grands réservoirs lacus- tres; les rares pluies qui tombent à l'est dans le bassin fluvial se per- dent dans les cendres volcaniques. Le fond du lit, de mème que les rives et les terrasses des roches latérales, est recouvert de blocs errati- ques, masses énormes ayant jusqu'à 500 mètres cubes. La profonde vallée 646 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. du rio Santa Cruz fut autrefois le déversoir des roches andines, soit parce qu'un glacier les poussait vers la mer, soit parce qu'elles descendaient sur les eaux d'un fjord, poussées par le vent d'ouest, Des masses bisal- tiques, couvertes de scories, rétrécissent le cours fluvial, À son extrémité orientale, la vallée du fleuve, dominée par des hauteurs de 50 à 120 mètres, a tout à fait l'aspect d'un ancien détroit marin, et Darwin suggéra l'idée que cette coupure du plateau aurait été un passage entre N° 409, — DOUCHES DES RIOS CHICO ET SANTA CRUZ, Duest, de laris Po Fe d'apres les cartes marines et l'Atlas de D MF Fax Soldän C ofondeius 3 ES ES coOa/Ormetres 1020" area 1: ttouann (0 0 kil les deux Océans, un autre détroit de Magellan. Toutefois l'aspect des monts, à l'ouest du lae Argentino, ne justifie pas cette hypothèse!. * Dans l'estuaire d'entrée un autre fleuve que l'on considère souvent comme un affluent du Santa Cruz, vient mêler ses eaux à celles de la marée montante : c'est le rio Chico, exploré par Musters dans son cours inférieur, et par Moyano jusque dans la région des sources. De même que le Santa Cruz, il coule dans un fossé profond, taillé dans le plateau basaltique, mais il n'a pas assez d'eau pour servir à la navigation : lors ! Cârlos M. Moyano, Boletin del Instituto Geogräfico Argentino, 1879. 647 RO SANTA CRUZ, RIO CHICO, dines, soit parce des maigres, ce n'est guère qu'un ruisseau de 40 mètres, que l'on les descendaient waverse facilement en se mouillant jusqu'à la ceinture. Dans la pitto- resque contrée des avant-monts se voit au fond d'un vaste bassin un petit lac ovale, « misérable reste de la mer intérieure qui l'emplissait jadis». ès masses busal- À son extrémité auteurs de 50 à arin, et Darwin Là aussi se montrent les témoignages d'un NO ie = DU LAC ANGENTINO AUX FIORDS DU SUD, D'APRÈS MOYANO, Ni passage entre desstchement du eli- : Dans de lors mat, Le débit actuel #5, rh laut du Chico n'ajoute que peu de chose à celui du Santa Cruz pro- prement dit : ensem- ble ils roulent un flot de SSO mètres cubes à la seconde, mais que sont ces quatités d'eau en comparaison de celle que la marée pousse dans l'estuaire commun? À marée basse, la sonde ne trouve pas 9 mètres sur la barre; à l'heure du flux, la profondeur atteint 16 ou mème 18 mètres, suivant les marées. Les courants de flux et de jusant sont d'une grande violence dans l’es- luaire’. Le lac Argentino se ds . 0 100 kil. continue au sud par , , DT is l'aspect des 2 73° Quest de Greenwich pothèse!. d'aprés À Seclstrang 4 : 2500 000 sidère souvent à celles de la dans son cours un deuxième qui, d’après les uns, aurait la même altitude, — soit une ces. De même centaine de mètres, — d’après les autres, dépasserait de quelques mètres à peine le niveau de la mer. Existe-t-il unc communication par détroit, cascade ou rapides entre les deux lacs? Moyano le croit, mais sans pouvoir ans le plateau vigation : lors ! Fremont and Orr, The East Coast of South America. 648 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. l'affirrocr, Plus au sud, une longue manche d’eau douce, à demi fleuve, à demi fjord, se développe à la base des monts comme pour se réunir aux fjords glaciaires qui contournent la cordillère andine et forment les golfes ramifiés de Skyring Water. Au sud de l'estuaire de Santa Cruz, la côte présente d'autres brèches en forme de fjords à demi comblés, recevant de petites rivières descendues non de la cordillère andine, mais du versant oriental de la chaîne volea- nique : aussi sont-elles presque sans eau. Le Coy Inlet, une de ces décou- pures du rivage dans lequel Darwin voyait le reste d'un ancien détroit comme celui de Magellan, ne reçoit qu'un ruisseau, — nommé Coyle par corruption du nom anglais de l'estuaire! —. Il était à see lorsque Moreno le visita; mais, plus au sud, le rio Gallegos, né dans les fertiles plaines dites Llanuras de Diana, roule entre des murs de lave, hérissés de cônes volcaniques, un flot permanent, navigable pendant quelque. semaines de l'année. Les eaux courantes de la Patagonie extrème déposent des pail- lettes d’or dans les sables de leur lit. Les côtes de la Patagonie et de la Fuëgie ne présentent pas dans leur profil un caractère d'unité. De Buenos Aires à Bahia Blanca, le contour semi-cireulaire du littoral se développe suivant une courbe rythmique où l'on reconnait une action géologique lente et continue; de même, à la pointe du continent, le taillant de cimeterre qui se dessine de l'ile des États au Coy Inlet, et qu'interrompent les deux détroits de Lemaire et de Magellan, témoigne d'un mouvement égal dans la formation des rivages. Mais l'espace intermédiaire, de Bahia Blanca à l'estuaire de Santa Cruz, se découpe d'une façon très irrégulière. Au sud de Bahia Blanea, estuaire en entonnoir qui pénètre au loin dans le corps continental, plusieurs indentations parallèles se succédant sur la côte paraissent indiquer l'existence d'un ancien delta, mais le fleuve qu'on s’attendrait à voir déboucher au fond de ce golfe a cessé d'exister, Par un singulier contraste, le rio Colorado et le rio Negro, au lieu de s'écouler par des vallées prolongeant des golfes ou des échancrures du littoral, suivent un faite du sol et se déversent dans l'Océan à l'extrème convexité d'une terre avancée. Immédiatement au sud, le golfe de San Matias pénètre si profondément dans l'intérieur, qu'on lui donna le nom de Bahia Sin Fondo ou « Baie Sans Fond », tandis qu'au sud la péninsule Valdes ou San José se rattache au continent par ! Cärlos M. Moyano, Boletin del Instituto Geogräfico Argentino, 1887. L là 2 est « géog cor de | ltit argt (rar ten! pro mai bru du chi sut aél des e, à demi fleuve, le pour se réunir ne et forment les autres brèches en ières descendues la chaîne volea- ine de ces décou- in ancien détroit nommé Coyle par e lorsque Moreno s fertiles plaines hérissés de cônes elque… semaines éposent des pail- nt pas dans leur anca, le contour be rythmique où nème, à la pointe ‘île des États au et de Magellan, es. Mais l'espace l'UZ, se découpe ire en entonnoir rs indentations l'existence d'un cher au fond de o Colorado et le t des golfes ou déversent dans nédiatement au ans l'intérieur, Fond », tandis à continent par FLEUVES, RIVAGES, CLIMAT DE L'ARGENTINE. 649 un isthme étroit, recourbant sa masse à droite et à gauche en forme de marteau pour enfermer deux baies latérales. Au sud du grand hémicyele régulier du golfe de San Jorge, le Deseado descend, de même que le riv Colorado et le rio Negro, non vers l’anse qui l'invite, mais au milieu d'un hite péninsulaire. Les ports sont rares sur cette côte patagonienne exposée aux grands vents polaires. Dans les parages méridionaux, les marins préfèrent ceux de San Julian et de Santa Cruz, l'un et l’autre fermés à marée basse par des barres où l’on ne trouve que 2 à 3 mètres d'eau; mais le flux, qui vélève sur ces rivages à 10 et mème à 15 mètres, permet l'entrée aux plus forts navires presque à toute heure. On redoute surtout les appro- ches de la côte dans le golfe de San Matias, près de la péninsule de Valdes : ls vagues, entreheurtées, se croisent avec violence et les courants s’y ren- contrent en décrivant des remous dangereux; on ne peut même jeter la snde dans ces tourbillons qui font dévier le plomb. IV La république Argentine n'a qu'une petite bande de territoire dans h zone tropicale. Une seule de ses villes, et l’une des moindres, Oran, est située dans cette zone, dont l'altitude compense en partie la position géographique relativement à l'équateur. On peut dire que l'Argentine correspond pour le climat aux régions tempérées de l'Europe occidentale, de l'Espagne aux Orkney et aux Ferôüer. Mais du 22° au 50° degré de htitude méridionale, lignes entre lesquelles se trouve compris le territoire argentin, quelle succession de elimats, entremèlés par les vents! Aux tansitions qui s'opèrent du nord au sud s'ajoutent celles qui se présen- ent de l'est à l'ouest, à mesure qu'on s'éloigne de la mer pour se rap. procher des montagnes. La diversité des elir :ts locaux est done infinie, mais Lous ont pour caractère de présenter des écarts considérables et des brusques sauts dans la température. Le relief orographique, des plaines du Chaco aux îlots rocheux de la Fuégie, laisse le champ libre aux vents chauds qui soufflent du nord équatorial, aux vents froids qui refluent du sud polaire : aucun écran de montagnes n'arrête au passage ces courants aériens qui portent ou l'atmosphère embrasée de l'équateur ou le froid des glaces antarctiques. ! Francisco P, Moreno, Viaje à la Patagonia Austral. xx, 82 650 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. Dans la région mésopotamienne, et d’une manière générale dans toute la partie du nord argentin, les vents normaux s'orientent dans la même direction que les montagnes et les fleuves, c’est-à-dire dans le sens du nord au sud ou dans celui du sud au nord, parallèlement aux Andes et à ses avant-monts, Famatina et Aconquija, parallèlement aussi à l'Uruguay et au *arand. Mais on observe un certain balancement entre les régions fluviales de l’est et les régions andines de l'ouest. Dans les premières le vent du nord à une forte prépondérance, tandis qu'à la base des Andes le vent du sud l'emporte, Un autre contraste consiste dans la déviation du vent du nord, qui descend fréquemment du haut des montagnes dans la plaine : c'est la zonda redoutée, qui souffle en tempête, surtout pendant les mois d'hiver, de juillet en septembre. Vent du nord et zonda apportent une température élevée, et plus d'une fois on a vu le thermomètre dépasser 40 degrés. Qu’une saute des airs se produise alors et la différence de chaleur peut comporter dans une journée plus de 50 degrés centigrades, En hiver et sous l'action prolongée des vents du sud qui nettoient l'atmo- sphère et facilitent le rayonnement, la température tombe au-dessous du point de glace, et les rivières de la Patagonie, à partir du Chubut, vèlent brusquement. On dit qu'à San Juan, au pied des Andes, la transparence de l'air permet de voir les étoiles à l'œil nu en plein jour, même dans le voisinage du soleil. Le littoral de Buenos Aires, sur l'estuaire de la Plata et le long de l'Atlantique, se distingue, au point de vue du climat, par des traits parti- culiers. Les riverains jouissent de l'alternance des brises ou virazones, les brises de terre qui soufflent pendant le jour, et les brises de mer qui refluent pendant la nuit. En outre, les vents généraux, c'est-à-dire les alizés du sud-est, prévalent sur cette partie de la côte, non seulement en été, mais aussi durant une grande partie de l'hiver; parfois même des troubles atmosphériques, surtout en mai et en octobre, font régner l'alié en tempête : sous le nom de su-estada, il bouleverse l'estuaire, refoule et fait déborder les eaux de l'Uruguay et du Paranä; la plupart des naufrages dans la rade de Buenos Aires sont dus à ces coups de vent du sud-est, presque toujours accompagnés de fortes pluies. Un autre courant aérien, qui souffle avec non moins de violence, mais que sa direction rend beau- coup moins dangereux pour la rade, caractérise le climat du littoral pla- téen : c’est le pampero, ou « vent de la pampa », qui traverse les plaines de la pampa centrale dans le sens du sud-ouest au nord-est et longe la côte de l’Uruguay et du Brésil méridional, parfois jusqu'au delà de Santos et du cap Frio. Ce vent, très sec, très pur, très salubre, souffle en inérale dans toute ent dans la même > dans le sens du aux Andes et à ses à l'Uruguay et au es régions fluviales mières le vent du les Andes le vent léviation du vent es dans la plaine : “tout pendant les zonda apportent le thermomètre rs et la différence egrés centigrades, nelloient l'atmo- Je au-dessous du u Chubut, gèlent , la transparence ur, même dans le la et le long de des traits parti Ju virazones, les ‘ises de mer qui , C'est-à-dire les on seulement en fois même des nt régner l'alizé taire, refoule et rt des naufrages ent du sud-est, courant aérien, tion rend heau- du littoral pla- erse les plaines est et longe la delà de Santos re, Souffle en CEN VUE PRISE DANS LA VALLÉE D'ACHA, PAMPA = £ à £ eo Ë È À e ë g È L £ Ë PA « £ = ‘& É SEE Sun CLIMAT DE L'ARGENTINE. 653 moyenne seize fois par an’, lantôt pour durer quelques heures seulement, untôt pour sévir avec violence pendant plusieurs jours. Malgré ces brus- ques changements de l'atmosphère, le climat du littoral a moins d'am- plitude dans ses écarts : la température est plus égale et l'on ne souffre guère des chaleurs intolérables qui se font sentir, surtout par un temps alme, dans les « saharas » de l’intérieur. L'aire des vents alizés du sud-est a des limites incertaines et flottantes sur les côtes de l'Atlantique ; mais dans le conflit entre les courants d’ori- gine polaire et les courants opposés, ceux-ci l’emportent presque toujours dans la Patagonie proprement dite. Les vents du nord-ouest y prédo- minent pendant une partie du printemps et pendant tout l'été. La cause en est due au contraste des températures à l'ouest et à l'est du triangle lrminal de la Patagonie. Dans les parages des archipels magellaniques coulent les froides eaux polaires, tandis que dans l'Atlantique, le courant se porte en sens inverse, dirigeant vers le pôle les effluves de la chaleur tropicale. Il se produit de l'un à l’autre littoral un écart moyen de 6 degrés «ntigrades sous la même latitude, et cet écart considérable exerce un ippel continu de la zone relativement chaude de l’est sur l'atmosphère plus froide de la zone occidentale. D'une extrème violence, les vents pata- gniens du nord-ouest empèchent parfois les voyageurs de se tenir à cheval : il leur faut descendre de monture et s’abriter dans quelque ravin, à l'abri du formidable souffle qui rase la plaine. Une végétation arborescente, assez touffue en quelques endroits, peut se maintenir dans ls creux ou cañadones, mais partout ailleurs la terre, desséchée par le vent furieux, ne produit que des plantes basses et des broussailles. On constate que celte couche aérienne est de mince épaisseur : à une faible dislance au-dessus du sol on voit souvent des nuages marcher en sens inverse du courant inférieur. La brise violente commence d'ordinaire avec le lever du soleil, pour atteindre sa plus grande force vers une heure de l'après-midi, puis elle diminue et pendant la nuit le calme est souvent absolu*. Plus au sud, dans la Terre de Feu, les vents ont beaucoup moins de régularité dans le dédale des fjords, des baies et des canaux étroits. Ainsi que le navigateur Anson l’a constaté, il y a un siècle et demi, le beau temps n’a jamais qu’une courte durée sous ces latitudes méri- dionales, et la pureté même du ciel présage la tempête. D'une manière générale, les pluies diminuent graduellement du nord ! Martin de Moussy, ouvrage cité. * Cärlos V. Burmeister, Revista del Museo de La Plata, tome II, 1891. 654 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, au sud dans l'Argentine, des régions sub-trobicales vers les péninsules e les archipels sub-polaires. Dans la plaine de Tucuman la part d'humidité versée par l'air est plus forte que dans la mésopotamie platéenne, dans celle-ci plus forte qu'à N° 446. — DASSINS FERMÉS DE L'ANGENTINE. Buenos Aires, el dans cette ville bien supé- rieure à la part de la Patagonie. On constate aussi une diminution dans la quantité des pluies à mesure qu'on s'éloigne de l'estuaire vers la base des Andes, La sécheresse s'accroit loin de la mer, et en même temps changent 4 les phénomènes qui accompagnent la chute de l'humidité. Ainsi sur le littoral la rosée est abondante, et sou- vent il tombe de petites dans | pluies fines comme en que t Europe; dans l'int- afllue: rieur de l'Argentine, wnl au contraire, à San qu'en Juan notamment, les au SU brouillards sont pres- d'eau que inconnus et des en m années se passent sans douci qu'on en observe un À rien CFerron seul; mais l'eau tombe aim: 4 : 20000000 x , , Here sous forme d'averses, D'api parfois accompagnées pren: d’orages et mème de grêle. La pluie, toujours très violente, paraît un évé- and nement anormal dû au conflit des airs; à Buenos Aires, la neige es fjord d’une extrême rareté: cependant Hermann Burmeister en vit tomber : , quelques flocons en 1871. L'Argentine, prise dans son ensemble, n’a pas, même dans le voisinage CLIMAT DE L'ARGENTINE, 's les péninsules @ la part d'humidité e platéenne, dans h littoral, l'humidité nécessaire pour son agriculture. On se rappelle acore à Buenos Aires la longue sécheresse de 1827 à 1831, connue sous k nom de gran seca : pendant ces trois années, à peine quelques pluies nssagères tombèrent sur les campagnes. Les pâturages se changèrent en Miésert; les bètes sauvages, réunies aux animaux domestiques, errant nsemble à la recherche de l'herbe et de l'eau, périssaient dans les nèmes fondrières'. Dans les provinces de l’intérieur, les sécheresses durent encore plus longtemps que sur le littoral; mais on n'y compte ms sur les pluies du ciel : les récoltes dépendent des neiges de la mon- -ci plus forte qu'à 10 Aires, et dans » ville bien Supé- re à Ja part de |a gonie. On constate i une diminution la quantité des *s à mesure qu'on à igne de l'estuaire la base des Andes, agne, qui alimentent les réseaux d'irrigation, On a dà creuser des yagüeles i l'issue des vallées, et plus loin dans la plaine, forer en maints endroits ks puits artésiens, à 100 mètres de profondeur et davantage pour reueillir toute l’eau qui descend des sommets. Toutefois on se demande ile climat n’est pas devenu plus sec et si les neiges tombent en aussi gande abondance qu'à une époque encore récente. Ainsi l'on dit qu’au milieu du siècle la quebrada descendue de la Sierra de Velasco pouvait arroser autour de la Rioja une superficie de jardins et de vignobles cinq his supérieure à celle qui profite actuellement de l'irrigation. L'accrois- cheresse s'accroi de la mer, et en e temps changent f jhénomènes qui npagnent la chute ‘humidité. Ainsi e littoral la rosée ment du nombre des habitants, et, par suite, de la consommation d’eau, ne suffit pas à expliquer cette diminution des cultures. C'est le manque ondante, et sou- l'humidité, sous forme de neiges ou de pluies, qui tarit tant de rivières dns les plaines du nord et en Patagonie. Dans les « terres maudites » que traversent les rios Colorado et Negro, simples fossés sans un seul ifluent, les pluies sont extrêmement rares, el parfois des années se pas- «nl sans qu'il tombe une goutte d'eau; un peu d'humidité ne se fait sentir qu'en hiver. Les stations des chemins de fer qui parcourent les solitudes a sud de Buenos Aires reçoivent à chaque train leur approvisionnement l'eau. Les voyageurs doivent s’habituer à boire le liquide saumâtre qui en maints endroits suinte du sol : on apprend à considérer comme « eau douce » des breuvages amers que partout ailleurs bêtes et gens refuse- ment; dans ces régions les pumas meurent de soif et les moutons de him”. La végétation ne peut subsister que grâce à la rosée du matin. D'après Moreno, la zone la plus aride de la Patagonie est celle qui com- 1 tombe de petites s fines comme en Je; dans l'inté- de l'Argentine, ontraire, à San notamment, les lards sont pres- nconnus et des S se passent sans en observe un mais l'eau tombe forme d’averses, accompagnées prend le bassin du Deseado, longue rivière née dans la région des neiges andines et réduite à l’état de maigre filet quand elle aboutit à son vaste ford. Mais si les plaines et les plateaux du versant atlantique sont >, paraît un évé- s, la neige esl en vit tomber ‘ Émile Daireaux, Revue des Deux Mondes, 15 avril 1877. ? Machon, Bibliothèque Universelle, décembre 1893. Josef Siemiradzki, Petermann's Mitteilungen, 1893, Heft LIT. ans le voisinage 656 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, dépourvus de pluies, les Andes les reçoivent en abondance. Les vents du nord-ouest qui soufflent avec une si grande violence, jetant leurs averses sur le côté du Pacifique, trouvent de nombreuses brèches leur permettant de passer sur les pentes opposées et d’épancher dans le voisi- nage des monts une large part d'humidité. Les autres courants atmosphé- riques, arrêtés au passage, laissent aussi tomber leur fardeau de pluies ou de neiges, formant çà et là quelques glaciers. Une chaine de lacs longe le pied des monts du côté argentin, et de nombreux bassins, dont l'eau s'est évaporée', paraissent avoir formé jadis une ligne d’eau presque continue, du Nahuel-Huapi au détroit de Magellan. La Fuëgie est sufti- samment arrosée, même dans ses plaines orientales”. Y La forêt des essences tropicales, analogue à la selve du Brésil et à cer- taines parties des forêts paraguayennes, ne se présente que dans la zone étroite de l'Argentine où le climat offre une chaleur et une humidité suffisantes. Ces conditions ne se trouvent remplies que dans les provinces de Salta, de Jujuy, de Tucuman, à la base des montagnes bordières du plateau et dans le Chaco, le long des fleuves nourriciers, Pilcomayo et Ber- mejo. Sur son pourtour cette région forestière se change par transitions graduelles en pares naturels où les bois, s’entremélant aux prairies, constituent l'aire la plus belle et la plus fertile de l'Argentine. Toutes 1 Francisco P. Moreno, ouvrage cité. 2 Conditions météorologiques de diverses villes de l'Argentine : Ainécs Températures d'obs. Latitude, Altitude, ; maximale, moyenne, minimale. Écart. Pluie, SAR ts ire 16 24046 1200" 450 170,6 — 20,8 480,8 Ov,070 Tucuman , . +: . . » 260 50° 450" 400 200 — 00,9 400,9 0m,971 Santiago del Estero. » 27048" 210% 450 219,5 — 20,6 470,6 Ur,4ss Catamarca, , . . . ) 28028" D20" 430 200,8 — 00,4 430,4 (n,280 La Rioja . . . . . » 290 26” 510% 45,5 190,9 — 00 430,5 Ur,509 Chilecito.. . . . . » 29042” 1070" 400 170,9 — 00 40° 0,275 Côrdoba, . . . . . » 31025" 438" 440 160,8 — 80,9 520,9 0",660 San Juan . . . . . » 31° 32’ 650" 42,5 180,7 — 5,4 450,9 Ov,060 Mendoza. . . . . . » 320 59" 760" 380 150,9 — 2,5 400,5 0,160 San Luis. . . . . » 33018" 720" 390,4 160,9 — 40,6 440 (m,082 Rosario, . . . . . » 52° 56” 7e 380,7 170,5 — 20,8 410,3 (Ur,)82 Buenos Aires. . . . 52 34036’ 49" 570,75 A70,11 —10,9 390,6» 0,846 Bahia Blanca. . . 20 38045” 45" 400,5 150,8 — 50,5 460 Uw,484 Rawson. . . . . . 5 43017’ 30" 370,6 120,6 — 100,2 470,8 0,205 Ushuia . . . . . . 3 D4053/ 40" 270,5 D0,3 — 100,6 (?) (?) ler. ombr celte ainsi liago le La igale ferré d'un mun feuill des c: doit cr: arbre men! mor Chac fera en 6 de 4 lh n d'Er don idance. Les vents nee, jetant leurs ises brèches leur her dans le voisi. urants atmosphé- fardeau de pluies P chaîne de lacs eux bassins, dont ne d'eau presque Fuëgie est suffi- ü Brésil et à cer- que dans la zone el une humidité ans les provinces 1es bordières du ileomayo et Ber- e par transitions nt aux prairies, rgentine. Toutes Écart, Pluie, 8 4808 0,575 ,9 400,9 0,971 ,6 470,6 Un,4ss ,4 430,4 (m,280 459,5 0",505 ) 400 0,975 ,9 592,9 0,660 ,4 450,9 0,06 > 400,5 0,160 6 440 0,082 ,S 410,5 Uv,)82 9 390,6» 0,846 > 460 0v,484 0,2 470,8 0,995 0,6 (?) (?) FLORE DE L'ARGENTINE 657 ks essences de la forèt se retrouvent parmi les bouquets d’abres, où l'on wit en outre de nombreuses espèces auxquelles la lumière et la crois- gnce à l’air libre sont nécessaires'. Bois et bosquets occupent une assez gande étendue dans la partie septentrionale de la République, mais l'ex- «wllence même des matériaux de construction, d'ébénisterie et de teinture que les botanistes ÿ ont signalés et la pauvreté du reste de la contrée en richesses sylvaines font craindre que le déboisement à outrance ne ruine bientôt ce « paradis » de l'Argentine. Déjà, dans le voisinage des villes, la dévastation a commencé. Le manque d'humidité et d'humus végétal, de même que la présence de particules salines dans le sol, donne à la végétation un aspect particu- lier. Sous ce climat et sur ces terrains ne peuvent vivre que des arbres wpacés, à feuilles minces, à aiguilles ou à épines, ne répandant qu'une ombre rare. Les botanistes sous-divisent, suivant les espèces dominantes, elte aire des forêts maigres, qui ressemblent aux catingas du Brésil; c'est ainsi que sur les pentes des montagnes bordières de Catamarca et de San- ago del Estero se rencontrent le cabil, espèce d’acacia, très utile pour le tannage des cuirs, et le quebracho colorado (loxopterygium Lorentz), également riche en tannin et très apprécié par les constructeurs de voies lrrées pour sa force de résistance et son élasticité. Sur les dunes et, d'une manière générale, dans les terrains sableux, l'arbre le plus com- mun est l’algarrobo (prosopis) ou caroubier, à l’élégante ombelle de minces luilles découpées ; ailleurs, sur les terrains très secs, s'élèvent les colonnes des cactus ligneux et les disques ramifiés des figuiers de Barbarie. Le Chaco doit être également considéré comme appartenant à cette aire des bois chirsemés, du moins dans les parties éloignées des cours d’eau. Certains arbres épineux, entre autres la gleditschia amorphoides, entremélent telle- ment leurs pointes, qu’un animal pris dans leur trappe peut y trouver la mort’. Des jasmins y embaument l'air de leurs parfums. C'est dans le Chaco que les palmeraies, composées principalement du copernicia ceri- fera, occupent le plus d’espace. Dans la direction du sud, elles diminuent en étendue et ne constituent plus que de faibles groupes, formés surtout de trithinax campestris. Le yatai (cocos yatai) appartient spécialement à h mésopotamie argentine, c'est-à-dire aux provinces de Corrientes et d'Entre-Rios. On compte une dizaine de palmiers dans la flore platéenne, dont quatre dans cette région d’entre-fleuves que l’on peut considérer 1 P. G. Lorentz, Die Argentinische Republik, von Richard Napp. ? Ludwig Brackebusch, Petermann's Mitteilungen, 1893, Heft NII. XIX, 85 658 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. comme une aire florale distincte, grâce à ses forêts et à la variété de sos espèces. A l'ouest du Paranä la végétation arborescente présente de lorient à l'occident un contraste remarquable, Les montagnes les plus rapprochées de la mer ont des arbres sur leurs pentes inférieures, du moins dans les régions que la hache n'a pas encore dévastées, alors que les contreforts des Andes, dépourvus de l'humidité nécessaire, ont leurs flanes absolu- ment dénudés et que sur les plateaux élevés, mème là où le sol serait favorable, on ne trouve que des lichens et la [lareta (azerola madreporica), collée sur des pierres comme une moisissure. Les plaines présentent un phénomène contraire à celui des monts. Celles de l'ouest sont en partie couvertes de brousses et même de forêts, bien différentes en cela des pampas absolument nues que limite à l'orient le cours du Paranä. Cepen- dant celles-ci reçoivent une quantité de pluie de beaucoup supérieure à celle qui tombe sur les plaines occidentales". Correspondant aux prairies de l'hémisphère septentrional, le sol des pampas contient aussi l'eau indis- pensable au développement de la végétation arborescente, et pourtant ne produit spontanément que des herbes. IL est probable que le contraste des forêts et des savanes correspond à l’ancienne distribution des eaux dor- mantes. Les surfaces naguère inondées sont celles où, toutes choses égales d’ailleurs, prédominent les herbes; les terres émergées depuis de longues époques paraissent plus propres à devenir des régions forestières. La forêt ne s'arrête pas brusquement aux limites de la pampa. Des péninsules et des îlots d'arbres se projettent en dehors de la lisière du bois, et, d'autre part, des clairières herbeuses se montrent au milieu des arbres. Aux herbes diverses qui composaient la flore des pampas se mêlent, depuis l'arrivée des Européens, de nombreuses plantes apportées de l'Ancien Monde, qui se sont rapidement propagées du littoral jusqu'au pied des Andes en modifiant la physionomie de la contrée : ainsi plusieurs chardons ont envahi la plaine et pendant les sécheresses se pressent en impénétrable fourré. Il paraît que ces espèces européennes ont contribué à l'amélioration du pâturage par l'accroissement du pasto blando ou pasto tierno, bon pour les brebis, aux dépens du pasto duro, que paissent surtout les chevaux’. La flore des pampas ne comprend, en proportion des autres aires végétales, qu'un petit nombre d'espèces, mais remar- quables par le nombre prodigieux des individus associés : graminées, ! Griesebach, Vegetation der Erde; — Lorentz, mémoire cité. * P. G. Lorentz, mémoire cité, la variété de ses ite de l'orient à plus r'approchées u moins dans les le les contreforts rs flancs absolu- où le sol serait la madreporica), s présentent un t sont en partie tes en cela des Paranä. Cepen- up supérieure à ant aux prairies ussi l’eau indis- et pourtant ne le contraste des \ des eaux dor- es choses égales puis de longues tières. la pampa. Des de la lisière du it au milieu des pas se mêlent, s apportées de al jusqu’au pied ainsi plusieurs se pressent en s ont contribué asto blando ou ‘0, que paissent en proportion S, Mais remar- s : graminées, LL TT TT y | Li | {ll I de. mi CZ VUE PRISE DANS LA PAMPA. Lessiu de Y. Pranishuikoff, d'aprés une photographie FLORE DES PAMPAS. 661 unposites, papilionacées. Le gynerium argenteum, que l'on appelle en furope « herbe des pampas », manque précisément dans la pampa pro- pement dite : on ne le voit que sur les pentes des montagnes, loin de hplaine, et dans les barranques humides, sur les confins de la Patagonie. Welques parties de la pampa, d'un sol légèrement salin, et que recher- dent les bestiaux pour en lécher les suintements, produisent des espèces prticulières et forment la transition avec les salines, où croissent prin- NO 408, —— CONTRASTE DE LA VÉGÉTATION SUR LES PLATEAUX ET DANS LES RAVINS, si a ne ot f QUE Ouest de Greenwich dapres Siemi-adzki ; 4 : 4 000 090 üpalement les chénopodiées. La vraie pampa n'a pas un seul arbre, et bus ceux qu'on y voit, eucalyptus, peupliers, pêchers, même loin des habitations, ont été plantés par l'homme. Parmi ces apports de l’homme, on remarque surtout, au milieu de la plaine sans bornes, faiblement ondulée, l'ombü (phytolacca ou pircunia dioica), à l'énorme tronc spon- geux; aux noueuses racines rampant sur le sol, au feuillage sombre disposé en forme de boule. Les navigateurs du Paranä qui l’aperçoivent de loin l'utilisent comme point de repère, et c’est toujours à côté que passent les chemins et les sentiers frayés à travers la campagne, tous les 662 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, voyageurs le prenant pour signal à travers les solitudes. Les cabanes du pron Nursq sous son épaisse ramure. qurs La flore pampéenne, limitée au nord par le rio Salado, à l'ouest pur la rancho s'élèvent dans le voisinage et les troupeaux se mettent à l'ombre mar Chiquita et par les premières parties du massif de Cérdoba, s'élargit graduellement vers le sud, et jadis comprenait toute la province de Buenos Aïres, maintenant conquise en grande partie par les cultures. Au sud, elle ne dépasse guère Bahia Blanca, mais se montre encore en amont, dans la vallée du Colorado, que l'on peut considérer d’une manière générale comme la limite de la flore patagonienne, caractérisée par les broussailles : des enelaves de pampas apparaissent dans les creux humides. Le gazon pro- prement dit manque complètement dans l'aire patagonienne, mais quel-ÆS\nt ques touffes d'herbes, graminées et synanthérées, eroissent entre les trones gtret des arbustes épineux et tortus; en 1884, Lorentz et Niederlein n'énumi- RUX < rent que 500 espèces comme appartenant à la flore de l'immense Pat pe gonie'. Des cactus aux fortes pointes barrent en maints endroits le past sage aux hommes et aux chevaux. Des ravins sont remplis de totorales uns groupes de gynerium et autres plantes superbes à la tige flexible, à la toufle éclatante et d’un blanc soyeux. Dans la région patagonienne du rio Negro, le seul grand arbre est une espèce de saule (salix humbold-Æ vice liana), qui peut-être serait d'origine européenne”. Mais bientôt il n'en restera plus que de faibles rejetons, car les riverains n’ont pas d'autre hois de construction, et ils remontent toujours plus haut dans la vallée pour y couper les arbres de belle venue et les attacher en radeaux de flottage. Ai Sur les terrasses qui dominent la vallée, l'arbre le plus commun, simple broussaille en apparence, est le chañar (qourliæa decorticans), qui sert revêt en octobre de bouquets jaunes ressemblant aux fleurs du genèt. En de l'A certaines régions désertes, on voyage pendant des journées entières sans que d voir un seul arbre : ceux que l’on rencontre enfin sont tenus pour des gua-fitpr lich, les « génies du lieu »°. Parmi les plantes patagoniennes, quelques- ü de unes ont trouvé leur emploi dans l’industrie ou l'alimentation : telles iclue l'« encens » épineux (duvaua magellanica), qui produit une excellente par résine, et le « thé » de Santa Cruz (micromeria Darwinii), très petit plupe arbuste aux fortes racines, que l'on emploie avec les feuilles pour obtenir mis 4 par infusion un thé très aromatique à goût de menthe. Le calafate (berbe- h te ris buxifolia) revêt en si grande abondance certaines dunes de l'intérieur Se but 1 Informe oficial de la Comision cientifica de la Expedicion alrio Negro. Fr # W.H. Hudson, Jdle Days in Patagonia. ‘W 5 Fr, Machon, mémoire cité, if es. Les cabanes du mettent à l'ombre do, à l'ouest par la » Cordoba, S'élargit province de Buenos ltures. Au sud, elle en amont, dans |a manière générale ir les broussailles : ides. Le gazon pro nienne, mais quel: ent entre les troncs iederlein n'énumi- le l'immense Pata- ts endroits le pas nplis de totorales, tige flexible, à la A palagonienne du le (salix humbold- ais bientôt il n'en nt pas d'autre bois ns la vallée pour y deaux de flottage. s commun, simple corticans), qui se eurs du genèt, En nées entières sans nus pour des qua- diennes, quelques- mentation : telles ut une excellente “winit), très pelil illes pour obtenir Le calafate (berbe- nes de l'intérieur FLORE, FAUNE DE L'ARGENTINE. 663 gon en remarque la couleur bleuâtre à des kilomètres de distance : Nhsque les Indiens vont couper du bois dans la montagne pour soutenir kurs tentes, ils se nourrissent uniquement des baies du berberis à défaut Mi la chair du huanaco'. Une espèce de genièvre leur fournit le maken, isine qu'ils malaxent et traitent par l'eau pour en faire une gomme kntifrice qui enlève le besoin de fumer, nettoie ies dents et leur donne u brillant remarquable. Tous les Patagons chiquent le maken. Les fucus merocystes bordent les rochers de la côte de k Fuégie au Deseado. la flore du versant arrosé des Andes contraste pour la végétation amme pour le elimat avee les étendues arides des plateaux et des plaines k Patagonie. Les pentes des montagnes où jaillissent les sources du haut knta Cruz sont recouvertes de « hêtres antarctiques » en forêt continue, utremélant leurs branchages au-dessus des ravins où se cachent les che- aux sauvages”. Plus au nord, les « chènes », les « cyprès » recouvrent k pentes des montagnes, et les vallées où les gaves du rio Negro pren- mnt leur source étaient naguère le rendez-vous pour ces milliers de Pai» . pns pendant la saison des fruits, Les Espagnols avaient fait aux Araucans un présent involontaire : le passage des missionnaires jésuites dans les igions andines valut aux guerriers indiens un fruit excellent, la pomme, gice à l'acclimatation rapide des planis comme arbres forestiers. VI À une époque géologiquement récente, c'est-à-dire pendant Îles âges krliaires et même dans la période quaternaire, les régions méridionales k l'Amérique avaient une faune de grands animaux beaucoup plus riche que de nos jours. Le gisement de mammifères fossiles que Darwin décou- mitprès de Bahia Bianca était contenu dans une couché de gravier stratifié de boue rougeâtre, semblable aux dépôts que la mer pourrait former iluellement sur une côte peu profonde; les coquillages qu'on y trouva ppartenaient en majorité à des espèces récentes ou contemporaines”. La fupart des glyptodons ou gigantesques armadillos que les fouilles ont ni au jour dans la formation pampéenne, immédiatement au-dessous de h terre végétale, se montrent non moins complets que les. squelettes des buts et des chevaux tombés dans la pampa. Les conditions du monde Francisco P, Moreno, Viaje d la Patagonia Austral. W, 11 Hudson, ouvrage cité. * Ch, Darwin, Voyage d'un Naturaliste autour du Monde, traduit par Ed. Barbier. 664 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. 4 animal étaient donc à cette époque ce qu'elles sont aujourd'hni : | pampa n’a pas de grands carnassiers qui brisent les squelettes et en dis persent les fragments, mais seulement des vautours et autres oisex voraces qui dévorent les chairs et nettoient les os des charognes'. D'aprè le naturaliste Ameghino, l’homme aurait vécu à l'époque où se formère les terrains de la pampa et il aurait eu pour demeure le sol creusé à dessous de la carapace des glyptodons. Roth a trouvé un squelette d'hom sous un de ces toits naturels. D’après les Indiens, le glyptodon aurait vée à une période très récente. Les naturalistes qui ont mis à découvert les ossements de l’ancien faune tertiaire platéenne et palagonienne s’étonnent de l'abondance ( de la variété des espèces trouvées dans un étroit espace. L'ossuaire Bahia Blanca, couvrant une superficie d'environ 200 mètres carrés, cor tenait : des crânes de mégathérium; un mégalonyx ; un squelette presq complet de scélidothérium, quadrupède de la mème famille, se rappr chant du fourmilier par certains caractères et. de l’armadillo par d'autres trois espèces gigantesques appartenant au groupe des édentés ; un cheva une dent de macrauchénia, parent du chameau et du lama : enfin toxodon, étrange animal qui se rapprochait de l'éléphant par la taille, rat par ses dents de rongeur, du lamentin par ses mœurs aquatique sauf la taille, il ressemblait au capivara paranien. Sur les bords du r Santa Cruz et autres rivières de la Patagonie méridionale, les chercheu ont trouvé des ossements très nombreux de mammifères inconnus jusqu présent et non tous encore parfaitement classés. Parmi ces découverte une des plus précieuses est celle d'oiseaux gigantesques, plus grands qi les dinornis de la Nouvelle-Zélande. Les gisements de la faune patag nienne égalent en nombre et en valeur ceux des Mauvaises Terres ( Grand Ouest nord-américain et ont fait du musée de La Plata le lieu | excellence pour l'étude de l'ancienne faune australe”. Des animaux de t d'espèces et de si grande taille font supposer que la pointe terminale l'Amérique serait le reste d’un continent très vaste, qui comprenait | îles actuellement éparses de l'Atlantique méridional. L'énorme aceum lation d'ossements que l'on trouve sous les tufs volcaniques permet supposer qu'à cette époque le monde animal était représenté par des n riades d'individus” : de nos jours, si une catastrophe engloutissait soudi toutes les bêtes de la plaine, les squelettes en seraient très clairsemé ! Càrlos M, Moyano, Bolelin del Instituto Geogräfico Argentino, 1888, 4 Francisco P. Moreno, Revista del Museo de La Plata. 5 Josef Siemiradzki, Petermann's Milteilungen, 1893, Heft IT, quf h re certa ns | qu'el Mèm espèc le No Pa des 1 l'Ame dns ( leurs liques les foi rique que Si ne rel soient h vol: au SUc rivage Le gentir entrer rlea d mème celui lunes l'autre lrontit de Mag un pe , qu'en lermir !Felis ? [en 3 Jose! ‘Ch, FAUNE DES PAMPAS ET DE LA PATAGONIE. 665 & aujourd'hui : | quf pour les animaux associés qui vivent en troupeaux. Quoi qu'il en soit, uelettes et en did h remarque de Buffon, que la taille des animaux correspond dans une wrtaine mesure aux dimensions des continents qu'ils habitent, ne paraît ms justifiée par l'ancienne faune tertiaire de la Patagonie; si grande qu'elle fût, cette péninsule n'était probablement pas une autre Afrique. Nème dans la période géologique contemporaine, la plupart des genres, espèce pour espèce, ont des représentants de plus fortes proportions dans ke Nouveau Monde que dans l'Ancien’. et autres oisear charognes'. D'apri ue où se formère > Je sol creusé à squelette d'hom yptodon aurait véc Par un remarquable phénomène de correspondance, la faune actuelle sents de l’ancien des régions tempérées de l'Amérique méridionale ressemble à celle de l'Amérique du Nord. L'Argentine et la Patagonie rappellent les États voi- sns des grands lacs canadiens, sinon par leurs espèces, du moins par de l'abondance ( pace. L'ossuaire kurs genres : on dirait en certains endroits que tous les types sont iden- iques. Mais on constate pour les invertébrés de la faune maritime que ls formes animales correspondantes se montrent sur les rivages de l'Amé- mètres carrés, co in squelette presq famille, se rappré rique méridionale à une distance de l'équateur beaucoup plus considérable que sur le littoral nord-américain. Ainsi les olives et les volutes, que l’on ne rencontre aux États-Unis que jusqu'au trentième degré de latitude, se soient en abondance à Bahia Blanca, sous le trente-neuvième degré; même h volute est commune dans le détroit de Magellan, à 1600 kilomètres plus a sud, phénomène analogue à celui que présente la faune marine sur les rivages méridionaux du continent africain”. aadillo par d'autres édentés ; un cheva du lama : enfin ant par la taille, mœurs aquatiques ur les bords du t nale, les chercheu res inconnus jusqu Le rio Negro constitue à peu près la limite entre les deux aires ae l'Ar- "mi ces découvertéii gentine et de la Patagonie: certaines espèces ne le franchissent pas pour entrer dans le domaine qui commence à l’autre rive. L'autruche ñandu, lea americana, fait place à une espèce plus petite, rhea Darwini. De même le jaguar de Patagonie est de dimensions beaucoup moindres que «lui du Chaco*. La muraille des Andes détermine une autre division des hunes : d'un côté le versant chilien avec ses espèces particulières, de ues, plus grands qi de la faune patag fauvaises Terres ( La Plata le lieu | Des animaux de t pointe terminale ( l'autre le versant argentin. Cependant quelques animaux ignorent ces , qui comprenait fontières. Le puma (/elis concolor) parcourt la Patagonie jusqu'au détroit . L'énorme accum@ de Magellan ; deux espèces de chats sauvages, des chiens, une moufette, caniques permet QE in petit armadillo (dasypus minutus), et des souris, plus nombreuses présenté par des n qu'en aucune autre partie de la Terre‘, vivent aussi dans la péninsule engloutissait soudi krminale. Le condor, qui dans l'Ecuador ne descend mème pas sur les jent très clairsemé ! Felix de Azara, Essai sur l'histoire naturelle des quadrupèdes du Paraguay. ? Henry À, Ward, Revista del Museo de La Plata, tomo 1, 1890-1891, Ÿ Josef Siemiradzki, Petermann's Mitteilungen, 1893, Heft NT. * Ch, Darwin, ouvrage cité, AIX s4 8. 666 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, avant-monts des Andes, abaisse son vol en Patagonie jusqu'aux plages de l'Atlantique. Les reptiles sont rares vers la péninsule terminale du con- tinent, et plus rares encore en proportion les mollusques terrestres et lacustres. Quant aux formes maritimes, oiseaux, célacés, poissons, organe nismes inférieurs, elles foisonnent, surtout dans l'archipel magellanique: mais l'homme menace déjà de destruction certaines espèces : les pin- gouins, que l’on rencontrait autrefois par milliards, alignés comme des soldats sur les corniches de rochers, sans même fuir le bâton du chasseur, ont déjà disparu de maint archipel”. Les limites des espèces animales appartenant à la zone tropicale sèche s’échelonnent dans la partie septentrionale de l'Argentine. Des singes, de lrois familles différentes, se rencontrent encore dans les régions forestières des Missions et de Corrientes, voisines du Brésil, et près de la frontière bolivienne, sur les pentes des montagnes de Jujuy et de Salta. Les chauves- souris sont beaucoup plus rares dans les contrées platéennes que dans les provinces du Brésil, et le phyllostome vampire, d’ailleurs moins dangereux que sous les tropiques, ne se voit plus au sud du Tucuman*. Les fauves carnivores sont représentés par de nombreuses espèces au nord de la Pata- gonie, mais les grands félins, tels le jaguar et l’ocelot, disparaissent, refoulés par les cultivateurs et les bergers. Le puma, habitant la région des montagnes, est moins menacé: dans les régions platéennes, il n'at- laque jamais l'homme et, quand le berger l’atteint, pleure même sans oser se défendre. Le tapir, habitant les forêts humides et chaudes, et le pécari, qui appartient à la même aire géologique, ne dépassent pas au sud les provinces de Corrientes et de Santiago del Estero. Le paresseux, que les Argentins appellent ironiquement perico ligero ou « saute-paillasse », ne descend pas vers le pôle au delà du Chaco, et le fourmilier, très com- mun dans les solitudes du nord, est rare dans les provinces argentines. Quant au genre tatou, il a de nombreux représentants, au moins huil espèces dans la Plata : ce sont les armadillos des Argentins. Toutefois le tatou géant, celui qui rappelle le mieux l’ancien glyptodon, avec sa carapace d'un mètre de longueur, se fait déjà fort rare dans le pays des Toba, au nord du Bermejo. Un tatou nain ou quirquincho, que l'on lrouve dans la province de Mendoza, a les dimensions d’une taupe. L'ar- madillo velu (dasypus villosus) s'accommode au nouveau milieu que lui fait la culture du sol en devenant un animal nocturne”. ? Ed, Whymper, Travels amongst the great Andes of the Equator. * Vincigucrra, Bolletino della Societ Geografica Italiana, oct. 1884. 3 I. W. Hudson, The Naturalist in la Plata. rong sur dans lions de el dans se ti vipèr relra chas afin dent intére petits ment tourl ches n'a « rio € « hè on le les re on al incer Le a b les p qu'aux plages de erminale du con- ques terrestres et , poissons, Orge el magellanique: spèces : les pin- ynés comme des ton du chasseur, e tropicale sèche e. Des singes, de égions forestières *s de la frontière ta. Les chauves- nes que dans les moins dangereux nan’. Les fauves nord de la Pata- t, disparaissent, ibitant la région téennes, il n'at- ‘ure mème sans t chaudes, et le ssent pas au sud paresseux, que aute-paillasse », nilier, très com- nces argentines. , au moins huit ntins. Toutefois plodon, avec sa re dans le pays incho, que l'on ine taupe. L'ar- milieu que lui FAUNE DE LA PATAGONIE ET DES MONTAGNES. 667 L'habitant des pampas par excellence est la viscacha (lagostomus tricho- dactylus), qui rappelle le « chien des prairies » du continent septentrional, e,comme lui, se creuse des cités souterraine : : ins le sol sablonneux. Ce rongeur ressemble à la marmotte, mais n'a pas de sommeil hibernal. Ses trriers, larges de 2 à 20 mètres, suivant l'importance de la famille, sont lisposés en spirale et s’élargissent avec la profondeur. Le jour, on recon- nait les viscacheras d’assez loin, l'herbe étant rongée à ras de terre vers l'entrée, tandis qu’au-dessus du terrier elle croît en hautes touffes; mais h nuit, le cavalier doit prendre garde, de peur que sa monture, passant «ur une voûte des galeries cachées, ne se brise les jambes en tombant dans l'édifice effondré'; mais le cheval indien, accoutumé aux expédi- lions nocturnes, garde sa tête penchée, flairant le sol comme un chien de chasse, et son instinet l'avertit toujours à temps du danger’. Comme dns les prairies des États-Unis, les hiboux et autres oiseaux nocturnes s tiennent fréquemment en sentinelle à l'ouverture des terriers. Les pères, les couleuvres, les araignées venimeuses se glissent dans ces retraites sûres; aussi les voyageurs qui traversent les régions où les visca- chas vivent en grand nombre, ne manquent-ils jamais de se munir d'ail, afin d'écarter les serpents par une odeur que tous les Argentins s'accor- dent à regarder comme un préservatif absolu. D'ailleurs les caravanes ont intérêt à camper à côté des viscacheras, grâce à l'habitude qu'ont les petits animaux d’orner le devant de leurs portes; on y trouve des osse- ments blanchis, des objets égarés dans la pampa, pièces de vêtement, courroies, souliers et, chose plus importante pour le voyageur, des bran- ches sèches et des racines. Ce sont des fagots tout faits, et le passant n'a qu'à se donner la peine de les allumer pour cuire son repas. Entre le rio Colorado et le rio Negro, l'animal le plus commun est le marra ou «lièvre de Patagonie » (dolichotis patagonica) ; en traversant la brousse, on les voit détaler par vingtaines à droite et à gauche de la piste’. Dans ls régions cultivées de la pampa, le gibier, au lieu de diminuer, comme on aurait pu s’y attendre, a beaucoup augmenté, grâce à la cessation des incendies qui détruisaient autrefois les petits et les nichées*. Les montagnes ont aussi leur faune. Le chinchilla (callomys), que a belle fourrure expose à une extermination prochaine, n'habite ni ks plaines ni les sommets neigeux et ne descend pas des Andes dans les ! Martin de Moussy, ouvrage cité, ? W. H, Hudson, The Naturalist in la Plata. * Càrlos Burmeister, Anales del Museo de Buenos Aires. * Alexis Peyret, Une Visite aux colonies de la République Argentine. 668 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. régions patagoniennes. Le huanaco se rencontre au contraire dans les | hautes Andes argentines, et, sous les latitudes australes, descend dans les étendues pierreuses de la Patagonie jusqu'au bord de l'Atlantique, Les chasseurs ont exterminé le huanaco dans une grande partie des donal avant-monts argentins. On ne Île trouve plus que très rarement dans les pré-cordillères de Ja Rioja et de Catamarca; mais dans la province de Jujuy, où la population des campagnes se compose encore de Quichua, huanacos et vigognes sont respectés par les indigènes et parfois c'est par centaines que le voyageur les voit paître autour de soi'. Comme le 4 chameau, son congénère de l'Ancien Monde, le huanaco peut rester long- temps sans boire et même s'accommode au besoin d’eau salée’. Dans la Patagonie méridionale, entre le lac Argentino et la cordillère Latorre, s'étend une plaine où Rogers et Ibar virent plus de cinq mille bêtes «t qui reçut d'eux le nom de valle de los Huanacos. Ils évaluaient le nombre de ces animaux dans la région à 1200 000 : les Tehuel-che en tuent de pel parler partie ÿ VOI qaire {ours 500 000 par an, sans qu'on s'aperçoive de la moindre diminution dans pm pi les troupeaux”. Les huanacos mâles, solitaires et très agiles à la course, rfoul sont difficiles à tirer, tandis que les femelles, plus rapidement fatiguées et toujours groupées, offrent aux chasseurs une proie moins incertaine. Dans la Patagonie méridionale, sur les bords du Gallegos et du Santa Cruz, les huanacos blessés ou mourants se trainent vers une brousse volant écartée, où ils finissent en paix : des milliers de squelettes recouvrent ces st ul ossuaires de la tribu‘. Les peaux de jeunes huanacos, cousues avec des œuse tendons d’autruche, fournissent des manteaux très appréciés et qui se lui do vendent fort cher sur le marché de Buenos Aires. On emploie la laine de alter l'animal pour en tisser des ponchos et des couvertures. Vers l'extrémité Ka co du continent, il a pour congénère le huemul ou cervus chilensis, qui un appartient aussi à la faune des Andes péruviennes. Dans ia Fuégie, les singu renards (canis magellanicus) sont assez communs, mais très menacés 1% ment par les chasseurs à cause de leurs fourrures. Des myriades d'individus ui lo représentent les tribus des rongeurs, et l’une des espèces, la tuco-tuco JE paiss (ctenomys magellanica) ou le « caché » (oculto) pullule au point de rendre Co l'agriculture des plaines presque impossible, le sol étant en quelques d'un endroits miné dans tous les sens”. diver lienn * Luis Brackebusch, Boletin del Instituto Geogräfico Argentino, tome IV, 1882. du C 2 Fr. Machon, recueil cité. 3 Petermann's Mitteilungen, 1880, Heft II. 1M 4 Ch. Darwin, W. Hudson, ouvrages cités. tA 5 Pelermann's Mitteilungen, 1887, ef I. SK ntraire dans les ! es, descend dans de l'Atlantique, ande partie des rarement dans ns la province de core de Quichua, parfois c’est par soi'. Comme le peut rester long- u salée*, Dans la rdillère Latorre, iq mille bêtes «t aaient le nombre el-che en tuent diminution dans iles à la course, lement fatiguées oins incertaine. gos et du Santa ‘rs une brousse S recouvrent ces ousues avec des éciés et qui se ploie la laine de Vers l'extrémité s chilensis, qui s ia Fuégie, les Is très menacés ades d'individus es, la tuco-tuco point de rendre nt en quelques 1882. FAUNE DE L'ARGENTINE,. 669 L'ornis argentine est très variée, depuis les puissants vautours jusqu'à hiseau-mouche, « fleur volante ». Presque tous les échassiers que pos- gdent le Brésil tropical et les Guyanes pénètrent dans les régions méri- lonales jusqu'au Tucuman et au Corrientes. De nombreuses espèces de perruches et de perroquets, entre autres le perroquet amazone, l'oiseau prieur par excellence, font aussi partie de la faune argentine. Une variété grticulière de colibri (trochilus) vit dans la sierra de Cérdoba", et d'autres e voient jusque dans la Magellanie. L'oiseau-mouche antaretique, origi- ire de la Bolivie et du Chili, où il revient tous les hivers, visite en dé les rives de la Terre de Feu : on l’a vu butiner dans les fleurs de lchsia pendant une tempête de neige*. Le condor, le géant des oiseaux du Nouveau Monde, est très commun dns les sierras de San Luis et de Cérdoba, posées comme d'énormes burs de guet au milieu des plaines parsemées de troupeaux. Quant à lautruche ou fandu, coureuse des plaines, elle habitait jadis toute la mmpa et les régions herbeuses de la Patagonie; mais le cultivateur la nfoule et le chasseur la détruit avant que l’éleveur l'ait transformée en animal de basse-cour. Les oiseaux auxquels la venue du blane à été le moins funeste sont les espèces aquatiques des marais, des estuaires, des risants. Les archipels magellaniques ont encore leurs nuées d'oiseaux wlant au-dessus des rochers. Parmi tous ces palmipèdes, le plus grand st un canard que les marins anglais appelaient le race horse duck à ause de la rapidité de sa marche, à la fois natation, course et vol : on lui donne plus communément le nom de steamer duck, lant le mouvement iternatif de ses ailes ressemble à celui des aubes d'un bateau à vapeur. Ki course sur l’eau est d’une vitesse considérable, et derrière lui se creuse un long sillage. Ses ailes, à pennes raides, fouettent le flot avec une dngulière vigueur et contribuent plus que le choc des pattes au mouve- ment de propulsion. Quelques-uns des canards mâles ont plus d’un mètre ci longueur du bec à la queue; ils se nourrissent surtout de moules et passent les prairies d'algues sous-marines”, Comme les autres divisions de la faune, le monde des reptiles témoigne d'un affaiblissement de l'énergie vitale au sud de la zone torride. Les diverses tortues argentines sont plus petites que leurs congénères brési- lennes; les crocodiles jacarés, qui pullulent dans les marécages et lacs du Corrientes, n’ont en moyenne que 2 mètres en longueur et rarement ! Martin de Moussy, ouvrage cité. * Alfred R. Wallace, Humming-birds, Fortnightly Review, 1° déc. 1877. 5 King; — D. R. O'Sullivan, Fortnightly Review, January 1895. 670 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. atteignent 3 mètres : on ne les voit plus au sud de Santa F6, Les bons ne dépassent pas vers les pampas la région de Santiago del Estero, und des limites géologiques les mieux indiquées, et le serpent à sonnettes not dat se montre plus par delà le massif de Cérdoba. Les eaux de l'Argentine tel marines, laeustres et fluviales, sont presque toutes riches en poissons, et l'estuaire de la Plata, au flot mélangé jusqu'en amont de Montevideo, possède des espèces propres, outre celles de la mer et des fleuves, Unelk truite de forte taille et d’excellent goût peuple aussi bien l'eau douce que l’eau salée; on la rencontre dans le Bebedero.et la lagune de Hu A: nacache aussi bien que dans le rio San Juan, descendu des glaciers, Len €: célacés, grands ou petits, étaient autrefois très nombreux dans ces mers :MRbrdée une espèce de phoque ou lobo à donné son nom à une ile de l'estuaire platéen, et sur les côtes de la Patagonie les chasseurs poursuivent à outrance les « lions de mer », les « éléphants marins » et autres phoques dont on utilise l'huile et le cuir. Les baleines, presque détruites dans les eaux tempérées de l'Atlantique méridional, ne se voient plus guère nes que dans le voisinage de la Fuégie et dans les mers australes où flottent lirectq les glaçons. his, quels VII st d'o Liu La préhistoire de l’Argentine sera très difficile à déchiffrer, à cause ! Le 1 même de la variété des types humains et des objets de toute espèce que est duc conservent les hypogées. Ainsi l’on trouve dans les pampas de Buenos pierres Aires des poteries impossibles à distinguer des vases recueillis dans les mule nécropoles aztèques. Ont-elles été apportées du continent septentrional, ou Pérou bien un développement parallèle des civilisations locales a-t-il fait naitre À contr'é de part et d'autre une industrie analogue? Sur les rives du rio Dulce, tonton près de Santiago del Estero, on a retiré du sol des urnes contenant des lsus, restes humains mêlés à des coquilles d'espèces qui vivent actuellement poterie dans l'océan Pacifique. Les contours des rivages ont-ils changé depuis popula cette époque, ou le mouvement des navigations se faisait-il de l'Océan ment occidental vers l'Atlantique? Bien plus, certaines masses de pierre ou de ancien bois sont absolument identiques à celles que maniaient les Maori de à onde Nouvelle-Zélande et les Kanakes des Nouvelles-Hébrides'. Y eut-il des Jus relations de commerce et d'amitié entre les populations australiennes et nest p celles de l'Amérique méridionale”? lenant !Frar 1 Francisco P. Moreno, Revista del Museo de la Plata, tomo I, 1890-91, PRÉHISTOIRE DE L'ARGENTINE. 671 ta Fé, Les bons ne Dans toute la partie montagneuse de l'Argentine nord-occidentale, de la 0 del Estero, un dent à sonnettes ne ux de l'Argentine, ches en poissons, nt de Montevideo, L des fleuves, Une bien l'eau douce a lagune de Hua- 1 des glaciers, Les province de Jujuy à celle de Mendoza, on remarque sur les promontoires # dans les vallées des ruines nombreuses, remparts, forteresses et villes, Quelques-uns de ces débris se montrent jusqu'à plus de 4000 mètres en ditude, parfois sur des pitons abrupts où mème des parois verticales. ombre de ces anciennes fortifications ressemblent à celles des « Falai- ders » de l’Arizona et du Nouveau-Mexique. La plupart n'ont point d'ou- wrtures extérieures qui communiquent avec les réduits de la forteresse : i fallait y pénétrer au moyen d'échelles, et les murs, très épais, offraient me espèce de trottoir quadrilatéral, d'où l'on descendait dans la cour, brdée d'habitations en forme de grottes. Ce genre de bâtisses témoigne de ix dans ces mers : > île de l'estuaire Mléat d'inquiétude et de guerre dans lequel vivaient les populations ; mais rs poursuivent à iles avaient hérité de peuples ayant pu se développer à une époque anté- et autres phoques & ieure en de vastes communautés, car leur civilisation industrielle était ue détruites dans voient plus guère strales où flottent isez avancée. Et le chemin, dit des « Incas », que l'on suit sur des cen- hines de lieues à l’est des Andes et qui parcourt les plaines en ligne directe, lançant à droite et à gauche des rameaux vers les lieux habités ndis, et se dirigeant vers la brèche d'Uspallata pour traverser les Andes, quels en furent les constructeurs? Moreno croit que, malgré son nom, il NS st d'origine « pré-incasique » : à cette époque coulaient de grands cours d'eau et s'étalaient de vastes bassins lacustres qui ont maintenant disparu. chiflrer, à cause | Le nom traditionnel de cette voie maitresse semblerait indiquer qu'elle toute espèce que Mt due aux Quichua, serviteurs des Incas ; mais les roches « écrites », les impas de Buenos cueillis dans les pierres à glyphes qui se succèdent en grand nombre le long de cette mute où dans le voisinage ne sont pas les mêmes que celles du haut septentrional, ou Pérou : elles paraissent appartenir à une civilisation différente. Dans ces at-il fait naître «ntrées aujourd'hui désertes, des fossés qui furent des canaux d'irrigation es du rio Dulce, antournent des montagnes dont les ravins sont maintenant à sec. Des es contenant des issus, des instruments de pierre, de cuivre, de bronze et d'argent, des ent actuellement Mtries peintes racontent le haut degré de culture qu'avaient atteint ces s changé depuis Wpulations disparues. Des guerres antérieures à l’histoire, mais certaine- ait-1l de l'Océan de pierre où de ment aussi le desséchement général de la contrée, ont supprimé ces anciens représentants de la culture américaine. C’est ainsi que dans l'Ancien les Maori de la s', Y eut-il des australiennes el Honde se sont éteints tant de peuples puissants de l'Asie intérieure. Jusque dans la Patagonie, le pays semble avoir été jadis très populeux. Il dest presque pas d'endroits, si peu hospitaliers qu'ils paraissent main- nant, où l’archéologue ne retrouve les traces du passage ou du séjour de ! Francisco P, Moreno, Notes manuscrites. 672 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. l'homme. Et ce séjour dura longtemps, car certaines couches de terrain, lentement déposées, renferment des restes de l'industrie humaine sur de fortes épaisseurs : à la Ensenada, on à recueilli des fragments de poteries à plus de soixante mètres de la surface. En outre, les grandes différences que présentent les crânes, les instruments, les inscriptions des rochers, prouvent que ces populations appartenaient à des souches diverses, Le continent qui se termine en une longue péninsule formait comme une sorte de nasse dans laquelle les peuples refoulés des contrées du nor venaient se prendre les uns après les autres, et souvent s’entre-exterminer, L'Argentine est une vaste nécropole de races perdues'. Peut-être les Yahgan, les Alakalouf de la Fuégie sont-ils les misérables restes de popu- lations graduellement poussées vers les régions du Sud et jadis beaucoup plus avancées en civilisation. Dans le bassin du Samborombon, au sud-est de Buenos Aires, le naturaliste Carles a découvert, près d’un mégathérium, un squelette humain très remarquable à treize vertèbres dorsales”, Les âges successifs de la préhistoire sont bien représentés dans l’Argen- tine, mais les Indiens n'étaient pas encore arrivés à fabriquer des instru- ments en fer lorsque les cavaliers européens débarquèrent sur leurs riva- ges : ils ne connaissaient que l'usage du euivre, et encore les nations policées du nord-ouest avaient-elles été les seules à faire cette conquête: plupart des tribus en étaient restées aux ossements, aux coquillages et aux pierres. Les sites les plus riches en fragments archéologiques sont dési- gnés sous le nom de paraderos : Moreno en a trouvé un très grand nombre dans la vallée du rio Negro. Les archéologues y recueillent des têtes de flèches appartenant aux deux époques, paléolithique et néolithique, dont la dernière persista jusqu'à l'arrivée des Européens. Rarement ces objets se trouvent entremèlés. Les armes des âges anciens ne se rencontrent que sur les pentes supérieures des hautes berges et sur les terrasses, tandis que les flèches néolithiques, de beaucoup plus abondantes, parsèment le fond de la vallée. On distingue nettement dans l’état d'avancement des flèches non terminées que les artisans préhistoriques du rio Negro prati- quaient la division du travail et que certains recherchaient la beauté des malériaux et finissaient leur œuvre avec amour. Non loin de Carmen, le naturaliste Hudson a découvert un atelier renfermant seulement des têtes de flèches longues d’un à deux centimètres, et toutes fabriquées en pierres dures transparentes ou translucides, cristaux de roche, agates ou corna- 1 Francisco P. Moreno, recueil cité; — Patagonia, resto de un antiguo continente. 3 Vilanova, Congrès international des Américanistes, 1892. E,. couches de terrain, rie humaine sur de agments de poteries grandes différences ptions des rochers, ouches diverses, Le formait comme une s contrées du nor , s'entre-exterminer, ues', Peut-être les bles restes de popu- det jadis beaucoup rombon, au sud-est d’un mégathérium, :s dorsales?. sentés dans l’Argen- abriquer des instru- erent sur leurs riva- encore les nations re cette conquête : la ix coquillages et aux ologiques sont dési- très grand nombre eillent des têtes de t néolithique, dont Rarement ces objets > se rencontrent que les terrasses, tandis antes, parsèment le t d'avancement des du rio Negro prati- aient la beauté des loin de Carmen, le seulement des têtes tbriquées en pierres e, agales ou corni- 10 conlinente. PRÉHISTOIRE, POPULATIONS INDIGÈNES DE L'ARGENTINE, 67 lines. Il semble que les chasseurs indigènes aient voulu chasser les petits oiseaux aux couleurs gaies avec des flèches ayant le coloris et la beauté de leurs victimes", Au commencement du seizième sièele, lors de l’arrivée des conquérants espagnols, la vaste contrée qui constitue aujourd'hui la république Argen- ine, des plateaux de la Bolivie à l'océan Austral, était peuplée d’une multitude de tribus se désignant elles-mêmes et désignées par d’autres sous différents noms, mais ne formant en réalité qu'un petit nombre de groupes ethniques. La région nord-occidentale appartenait aux Calchaqui, associés à la civilisation des Quichua, parlant la même langue et proba- blement de même origine. La mésopotamie d'entre Paranä et Uruguay était terre des Guaräni, et les nations de cette race, prépondérante dans toute la partie orientale du continent, débordaient au delà de ces fleuves dans les pampas : au sud de Campana, Estanislao Zeballos à trouvé un vaste tumulus guarani, contenant 27 squelettes. Les noms de lieux prouvent que des populations guarani vécurent sur le bas Paranä et même au sud de l'estuaire jusqu’au rio Salado et à la baie de Samborombon : il est même probable que les Querandi, qui firent subir une désastreuse défaite aux Espagnols près de l'endroit où se trouve aujourd’hui Buenos Aires, étaient d'origine guarani, car leur nom paraît le même que celui de caranday, mot purement guarani donné au palmier qui domine dans la mésopotamie platéenne*. Cependant des écrivains, Moreno entre autres, pensent que ls Querandi pourraient être les ancêtres des Puel-che, refoulés depuis dans l'intérieur de la pampa. Entre les Calchaqui policés et les Guarani, auxquels la communauté de langue donnait une certaine cohésion, des peuplades éparses parcourant librement les plaines ne présentaient aucun caractère d'unité, mais se ressemblaient par les mœurs guerrières, le genre de vie, et plusieurs de ces tribus étaient certainement parentes par le langage et par la communauté d'origine. En l'absence d’une déno- mination générique, on pourrait les désigner d'après la nation la plus puissante qui les représente aujourd'hui, celle des Toba. Au sud de ces tibus la péninsule terminale de l'Amérique était occupée par les Arau- ns et les Patagons, qui constituent une sous-race bien distinete des Indiens du nord; enfin, une partie de la Fuégie appartenait à des naturels refoulés du continent et représentés encore de nos jours par quelques individus, ! Idle Days in Patagonia. ? Estanislao S, Zeballos, Boletin del Instituto Geogräfico Argentino, 1879. XIX, so 674 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Dès l'arrivée des Européens les massacres commencèrent, et l'on peut dire qu'ils se continuent loujours, des prétextes ou des raisons futiles don- nant lieu à maintes guerres d'extermination, Ainsi disparurent nombre de peuplades détruites par le fer et par le feu; le régime auquel les con- quérants soumirent les vaineus et les alliés aboutit fréquemment au mème résultat, Apres au gain, les Espagnols se partagèrent les indigènes en encomiendas, sous promesse de vaquer au salut des âmes qu'ils se distri- buaient, les uns comme purs esclaves, les autres eomme mitayos où « mélayers ». Sous celle dure autorité, qualifiée de tutelle, mainte peuplade indienne péril d'épuisement, soit au travail des mines, soit à celui du labour; quant aux indigènes que les Jésuites groupèrent dans leurs réductions. sis s'acerurent en nombre pendant les périodes de paix et pendant les années salubres, mais pour succomber par communautés entières aux attaques des mamelucos et à l'invasion des épidémies, La plupart des missions ont disparu, peuplades aussi bien que villages. Mais trois siècles de cohabitation ont graduellement modifié la race, et telle population qui par ses ascendants se rattache certainement à des ancêtres américains se dit maintenant d'origine espagnole : la langue, les mœurs, la vie politique l'ont peu à peu assimilée aux autres Argentins, D'autre part, les Indiens sauvages, qui n'ont cessé de voler des femmes et des enfants à leurs voisins les blanes, appartiennent pour une bonne part, du moins par le sang, à la race des envahisseurs. Chez les Quichua, les Calchaqui du nord-ouest de l'Argentine, les Guarani de Corrientes, la fusion parait définitive. Elle l'est aussi chez les Indiens agriculteurs de Tucuman, de Santiago del Estero, de San Luis, de Côrdoba. Les Coma- chigones de cette province centrale, de même que les Michilengues de San Luis, les Giyones et les Calingasta de Mendoza, ayant perdu leurs noms indiens, se croient de pure race espagnole; mais la lutte ethnique, même brutale et sanglante, dure entre les Argentins et les races guer- rières du nord, les Toba. Au sud, la diminution rapide des Pampéens à mis un terme à la guerre ; rnais réceminent encore elle était sans merci. Peut-être même l'influence espagnole avait-elle rendu ces indigènes plus sauvages qu'ils ne l’étaient, en asservissant les tribus policées qui savaient initier les nomades à la culture, et en développant les instincts de pillage par l'introduction"du cheval et des armes à feu. Les descendants des Quichua qui habitent la province de drjuy sont généralement désignés sous le nom de Coyos ou Coyas. Ils ont conservé leur idiome, quoiqu'ils sachent tous parler espagnol et tiennent à leurs habitudes avec une singulière ténacité. Presque seuls parmi les Indiens de rent, et l'on peut aisons futiles don- sparurent nombre ne auquel les Con iemment au môme les indigènes en es qu'ils se distri- omme milayos ou 8 tutelle, mainte des mines, soil l s groupèrent dans périodes de paix par communautés es épidémies, La ien que villages, odifié la race, et rlainement à des le : la langue, les autres Argentins. voler des femmes pour une bonne hez les Quichua, de Corrientes, la s agriculteurs de doba. Les Coma- Michilengues de ant perdu leurs a lutte ethnique, t les races guer- des Pampéens à “tail sans merci, 1 ces indigènes bus policées qui ant les instincts 1. e de djuy sont Ils ont conservé tiennent à leurs ni les Indiens de INDIGÈNES DE L'ARGENTINE, QUICHUA, CALCHAQUE, 67 l'Argentine, ils n'ont point appris à monter le cheval, et, quoique très voyageurs, cheminent pédestrement à côté de leurs bourriquots. Ils émigrent volontiers, pour commercer dans les villes de la plaine, mais bujours avec esprit de retour, et plusieurs pratiquent la même industrie que les Collahuayas boliviens d'Apolobamba : ils vendent des pierres aiman- és, des amulettes, des remèdes, et guérissent les maladies, Les Coyas restés dans leurs montagnes se mélient des étrangers, et à bon droit : dès qu'ils aperçoivent un voyageur blane, ils se hâtent de quitter leurs masures. À grand'peine peut-on les rejoindre et faire avec eux quelque marché ; ils se refusent à guider les visiteurs vers les sommets : « la mon- hgne se fcherait et se voilerait de nuages! ». Comme les Indiens du lérou et de la Bolivie, ils ont le culte des « hauts lieux » et dressent sur ks cols des tas de pierres, des apachelas, consacrés à Pachacamae, le ceréateur du monde »; en sacrifice ils lui offrent leur acullico ou chique de coca, Les Calchaqui, constitués en une nation puissante, habitaient l’espace compris entre la frontière actuelle du Chili septentrional et les montagnes de Cérdoba; mais dans la plus grande étendue de ce territoire ils n'ont guère laissé d'autres traces de leur séjour que des poteries de toutes lormes, noires ou rouges, avec des dessins géométriques en lignes droites, auf les urnes funéraires où des courbes s'entremélaient avec des figures symboliques et des représentations d'animaux : plats, vases, jarres, pipes, amulettes, poupées, idoles, toutes ces poteries calchaqui jonchaient la terre par myriades. Pendant plus d'un sièele ces Indiens résistèrent avec succès aux bandes espagnoles; ils essayèrent même de restaurer la dynastie des Incas et acclamèrent comme leur souverain un aventurier qui se disait «fils du Soleil »; mais, en 1664, ils succombèrent et la plupart des com- battants préférèrent périr plutôt que de se rendre : on dit que pour éviter k servitude aux enfants ils leur brisaient la tête contre des rochers. Les (alchaqui capturés dans la guerre, les Quilmes, furent transportés en 1677 près de Buenos Aires, à l'endroit suburbain qui porte aujourd'hui leur nom et où le dernier individu de leur race mourut en 1869. Mais la descendance métissée des Calchaqui constitue le fond de la population hborieuse dans les provinces de Jujuy, Salta, Catamarca, la Rioja, et la plupart des noms de villes et de villages, surtout dans les hautes vallées, sont ceux des tribus assimilées : Andalgalä, Tolombon, Cafayate, Fiambala, Tinogasta, Famatina; Tucuman, sous une forme modifiée, porte aussi une ! Luis Brackebusch, Boletin del Instituto Geogräfico Arge tino, tomo IV, 1882. 676 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. appellation calchaqui. Les Indiens Lulé, qui vivaient autrefois dans | contrée et d'après lesquels on désigne encore un village, — Lules, — allèrent, dit une légende que rapporte Gareilaso de la Vega, s'offrir comme sujets à l’Inca Huiracocha. Leur nom, qui a le sens de « Dentus », semble indiquer que leurs dents, comme celles des Botocudos, étaient mises à nu par l’usage du barbote". Dans quelques hautes vallées, la race est encore presque pure et l'usage du quichua n’a pas tout à fait disparu devant le langage des vainqueurs. Mainte coutume rappelle à l'ethnologiste la survivance de l'antique civi- lisation. Les natifs regardent avec un certain orgueil les ruines des forte- resses que dressèrent leurs aïeux ou peut-être même quelque nation plus ancienne; ils vénèrent aussi les hwacas ou nécropoles, desquelles les cher- cheurs profanes extraient des jarres remplies de restes humains. Les squelettes appartenant presque tous à des enfants, il faudrait y voir, d'après Lafone Quevedo, des victimes propitiatoires, sacrifiées pour le bonheur de la tribu et la prospérité des moissons. Cette superstition parait s'être maintenue jusqu'à un certain point, car les paysans de Salta et de Jujuy voient avec déplaisir la profanation de ces anciens cime- üères : ils croient que la destruction des huacas aura pour conséquence des gelées tardives*. Les Guarani de race incontestée occupent encore toute la partie septen- trionale de la mésopotamie argentine, mais les noms de peuplades ont disparu et partout la population est métissée. Au milieu du siècle, l'usage de la langue guarani, qui prédominait au Paraguay et dans tout le Brésil central jusqu'aux bords de !’Amazone, éfait encore général ; mais autour de chaque ville, centre propagateur de la civilisation nouvelle, l'idiome des conquérants agrandit incessamment son domaine. D'autres Guarani, restés à l'état presque pur, parcourent le Chaco et se loueat comme travailleurs dans les plantations suerières des vallées du Bermejo et du Juramento. Ce sont les Chirihuana ou Chiriguanos, essaim de la nation considérable qui vit en Bolivie duns la province de Tarija, surtout dans les plaines d'entre Pileomayo et Bermejo. Ces Indiens, appelés aussi Cambes par les Boliviens, sont restés indépendants des deux côtés de la frontière : bien peu nombreux furent ceux qui se laissèrent catéchiser par les Jésuites; cependant tous les Chiriguanos ont appris à répéter, de proche en proche, quelque chose de cet enseignement. Dits « sauvages » ! Pablo Groussac, Memoria historica y descriptiva de la provincia de Tucuman. % J, A. Lafone Quevedo, Revista del Museo de La Plata, tomo IN, 1892. autrefois dans ln je, — Lules, — a, S'Offrir comme Dentus », semble laient mises à nu 10 pure et l'usage e des vainqueurs. de l'antique civi- ruines des forte- que nation plus quelles les cher- es humains. Les faudrait y voir, icrifiées pour le elte superstition les paysans de es anciens Cime- our conséquence la partie septen- e peuplades ont ilieu du siècle, uay et dans tout re général ; mais sation nouvelle, maine. D'autres co et se loueat lées du Bermejo s, essaim de la Tarija, surtout , appelés aussi eux côtés de fa t catéchiser par s à répéter, de its « sauvages » nan. GUARANI, CHIRIGUANOS. 677 par le fait même de leur indépendance, ces Guarani de l'ouest n'en sont us moins parmi les plus civilisés de l'Argentine. Ils vivent presque nus is parmi les plu | le l’Arg INDIENNES DU GRAND CHACO. Gravure de Thiriat, d’après une photographie communiquée par M, Ch, Cadiut. — à l'exception des femmes, vêlues d'une toge bleue, — et se percent encore la lèvre inférieure, non pout ÿ antettre le berbcce où disque de bois, comme leurs ancètres, mais pour y insèver v: bouton de verre : cela 678 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. suffit pour que des gens « de raison », ayant dans les veines le « sang bleu » des conquérants, considèrent les Chiriguanos comme n'étant pas même des hommes; toutefois ils l'emportent sur la plupart des Argentins par la parfaite propreté du corps, par la sobriété, le goût du travail, l'intelligence dans le labeur : ils excellent aux besognes qui demandent de l'initiative et de l'adresse. Ils sont fort soigneux agriculteurs et éleveurs de bétail; même loin des blanes ils possèdent des jardins bien eul- tivés où ils ont introduit des plantes d’origine européenne, et se corstrui- sent des villages proprement tenus, pourvus d’une place centrale qui ferait honte à celles de la plupart des cités argentines. Ils pratiquent aussi divers métiers et savent préparer des manteaux en cuir tanné avec lesquels le voyageur s'engage sans crainte dans la brousse épineuse. Sans nul doute, le travail régulier des Chiriguanos dans les plantations des Argentins, de Tarija jusqu’à Tucuman, finira par les assimiler au reste de la population et leur fera perdre l'indépendance politique, d'autant plus qu'ils se fixent au sol, et que leurs femmes, Indiennes belles et gracieuses, sont fort recherchées par les blancs. La plupart des Chiriguanos parlent espagnol et leur guarani diffère assez peu de celui du Paraguay et du Corrientes pour que l’on se comprenne de part et d'autre. Les Matacos ou Mataguayos, — ce dernier nom est surtout réservé aux Indiens de la nation restés libres, — travaillent à côté des Chiriguanos dans les plantations des chrétiens ou sigüelos, et, comme leurs frères de race, tendent à se transformer en prolétaires. Ils paraissent appartenir au groupe ethnique des Toba, et même quelques-unes de leurs tribus, sur les bords du Bermejo, se sont associées à ces Indiens redoutés. Les Mata- cos, que Baldrich dit être environ 14000, contrastent d'ordinaire avec leurs camarades Chiriguanos par les traiis et le caractère : plus petits, plus trapus, plus forts, mais inférieurs en adresse, plus dociles, mai: d'initiative moindre, ils se tiennent moins proprement et gitent en des cabanes immondes. La plupart sont toujours restés en paix avec les Espa- gnols et même les ont eus pour alliés dans les guerres avec d'autres Indiens : de là le nom de Mansos, — « Doux » ou « Domestiqués », — par lequel on les désigna longtemps et que l’on emploierait aussi, disent quelques étymologistes, pour ceux des terres riveraines du haut Pileo- mayo, les Llanos de los Mansos; cependant le. vrai nom est Llanos de Manzo, d'après un voyageur du dernier siècle qui y trouva la mort. Naguère, les ouvriers matacos que l’on embauchait dans leurs brousses natales ne travaillaient aux sucreries que pendant la culture et la roulai- son. Îls revenaient passer l'été au pays; maintenant pour nombre de o # à veines le « sang mme n'étant pas art des Argentins goût du travail, S qui demandent lteurs el éleveurs ardins bien cul- e, et se corstrui- centrale qui ferail quent£ aussi divers : avec lesquels le Sans nul doute, s des Argentins, au reste de a e, d'autant plus les et gracieuces, riguanos parlent : Paraguay et du tout réservé aux des Chiriguanos > leurs frères de ssent appartenir leurs tribus, sur outés, Les Mata- d'ordinaire avec : plus petits, s dociles, mai: et gitent en des x avec es Espa- s avec d'autres mestiqués », — ait aussi, disent du haut Pileo- est Llanos de rouva la mort. leurs brousses ire et la roulai- ur nombre de © MATACOS, ABIPON. 679 fmilles l’émigration est devenue définitive. Chaque Mataco sauvage porte suspendu à l'épaule un sachet dans lequel se trouvent beaucoup de petits objets, cheveux, pointes de flèches, écailles de poisson, plumes d'oiseaux, | feuilles sèches, chiffons souillés de sang, qui composent son « histoire » : chacun de ces brimborions lui rappelle un événement de sa vie, et il le garde jusqu’à sa mort comme une partie de soi-même. Comme les autres peuples naturistes, les Matacos attribuent les maladies à l'invasion d'ahots ou esprits mauvais ; mais, pour les chasser, ils ne se contentent pas des incantations du sorcier : au magicien se joignent les amis du malade, qui poussent des cris pcur ellrayer l’ahot. Les Matacos pratiquent la couvade”. Les Abipon, qui guerroyèrent des deux côtés du Paranä et qui, après avoir fait si longtemps trembler les Espagnols, finirent par s’entre-déchirer avec d’autres guerriers indiens, ne sont plus représentés que par un petil nombre de familles métissées et parlant espagnol, confondues maintenant avec les campagnards argentins de Santa Fé. Les Mocovi ou Mbocowi, frères des Abipon du Paraguay, et tantôt leurs alliés, tantôt leurs ennemis acharnés, existent encore à l’état de tribu distincte, quoique bien réduits en nombre, peut-être par la variole plus encore que par la guerre; mais ils ont recruté des gens de toute race, voleurs de chevaux, bri- gands, meurtriers, obligés de fuir les contrées habitées par les blancs. En lutte avec la plupart de leurs voisins, surtout avec les Toba, ils furent également redoutables pour les colons de Tucuman et des provinces ils rasèrent plusieurs villages, détruisirent des plantations et . fermèrent aux 5lancs sous le nom d’Indio; Montaraces ou « Indiens des Bois ». Leur langue, «nasale 2 gutturale », est un dialecte de l’abipon, lui-même « rameau de la grode famille caribe », dit Lafone y Quevedo, qui en a rédigé la grammaire”. Ainsi cette race puissante que les premiers navigateurs euro- péens ’auvèrent dans les Antilles, et dont la vraie patrie serait le Brésil central, aurait aussi ses représentants au pied des Andes argentines. Au sud des provinces colonisées dans lesquelles tout élément indigène est devenu indistinet, les régions méridionales de la pampa et toute la atagonie appartenaient encore récemment à l’Indien libre. Pampas ou voisines : les passages du Chaco. On les désignait en général Le) Le) « Pampéens », Araucans et Patagons, tels étaient les noms collectifs donnés à ces populations peu connues. Après les premiers conflits des Espagnols avec les indigènes qui leur barraient la route du Pérou, les ! Anuadeo Baldrich, Boletin del Instituto Geogräfico Argentino, tomo X, 1889. # Giovanni Pelleschi, Olto mesi nel Gran Ciaco, $ Revista del Museo de La Plata, 1890-91. 6K0 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. naturels refoulés vers le sud restèrent longtemps en paix avec les blancs, Ils ne possédaient ni métaux précieux ni produits agricoles d'une grande valeur : on les laissa tranquilles dans leurs solitudes d'herbes où de rochers. D'autre part, les Indiens avaient reçu des nouveaux venus un allié des plus utiles, le cheval : à leur gibier ordinaire, autruches, huanacos, armadillos, ils ajoutaient comme nourriture le sang et la chair de ka jument. Ils savaient apprécier la valeur du cheval pour les transports, la vitesse du déplacement pendant la guerre : peut-être même étaient-ils arrivés à dépasser les blanes comme hardis cavaliers. Pendant leurs voyages et leurs expéditions guerrières, les Ranqueles, Pampéens du voisinage de Buenos Aires, ne descendaient jamais de leur bête. Quand ils étaient accablés de fatigue, ils s'étendaient sur l'animal comme sur un lit: le cou servait c: coussin et leurs jambes se croisaient sur la eroupe : ils dor- maient de cu1es entières dans cette position sans que la conscience de l'équilibre ie: abandonnât un instant. Même en plein délire de l'ivresse, l'Indien restait allongé sur sa monture sans danger de chute : d'ailleurs le cheval était assez intelligent pour accorder ses mouvements avec ceux du corps inerte dont il était chargé, et, marchant avec précaution, se rapprochait de la tente, où la famille le débarrassait du fardeau. Souvent pendant les guerres de frontières, les soldats argentins ont capturé des chevaux sur lesquels se tenaient encore des cadavres d'Indiens embrassant de leurs mains erispées le cou de d'animal”. Devenus riches en chevaux sauvages, les indigènes de la pampa et des plateaux patagoniens apprirent à faire le commerce avec les Chiliens du versant opposé; ils amenaient des convois de bêtes à travers li mon- lagne, demandant en échange des instruments et des armes. Quand ils ne possédaient pas de troupeaux assez nombreux, ils allaient en chercher chez les blancs, prenant des animaux à ceux qui avaient pris la terre, De là ces incursions, — malon où maloca, — que les colons de la frontière redoutaient à bon droit et qui se renouvelaient chaque année pendant toute la première moitié de ee siècle, sur un ou plusieurs points du front des colonies entre Buenos Aires et Mendoza. Peu à peu ces expéditions de pillage amenèrent une guerre sans merei : blanes et rouges se poursui- vaient comme gibier. Dans un village, dans un campement surpris, on mas- sacrait tous les hommes, parfois même on les torturait ; les femmes avaient la vie sauve comme esclaves ou conecubines; les enfants étaient passés au couteau, à moins qu'il ne parût utile de les garder comme serviteurs 1 WU. Hudson, The Naturalist in la Plata “avec les blancs, oles d'une grande d'herbes où de ux venus un allié uches, huanacos, Ula chair de la r les transports, même étaient-ils ant leurs voyages ns du voisinage Juand ils étaient ur un lit: le con roupe : ils dor- la conscience de ire de l'ivresse, hute : d'ailleurs ments avec ceux ® précaution, se ardeau, Souvent ont capturé des tiens embrassant à pampa et des les Chiliens du avers 1 mon- nes. Quand ils nt en chercher ris la terre, De de la frontière année pendant joints du front es expéditions res se poursui- irpris, on mas- emmes avaient ient passés au me serviteurs INDIENS DE LA PAMPA. 681 où comme recrues futures. Pour amoindrir le danger des iscursions indiennes, il fallut tracer successivement diverses lignes de frontières, défendues par des campements et des forteresses. À la fin du sièele der- nier, la limite du territoire de colonisation était marquée au sud de ge * 7 N° 446, — POPULATIONS INDIENNES DU NORD DE L ARGENTINE. Quest de Raris 1 ê&, mpe£rf pa { Buenos Aires par la vallée du rio Saltdo et se prolongeait vers l'ouest, à peu près suivant le 54° degré de latitude, jusqu'à San Rafael, au pied des Andes. Mais les Indiens profitèrent de la guerre d’Indépendance entre Espagnols et créoles pour franchir la frontière. En 1855, un retour offen- if des troupes argentines rejeta les Indiens au sud du rio Une la XIX, 682 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. 'atagonie proprement dite, et plusieurs tribus implorèrent la paix, Mais les guerres civiles donnèrent aux Pampéens un nouveau répit et leûr permirent même de renouveler leurs incursions comme alliés de l'un ou l'autre des partis en lutte : c'est ainsi qu'ils entrèrent plusieurs fois dans la ville de San Luis et coupèrent la grande route du Chili entre Buenos Aires et Mendoza. Le retour de la paix intérieure devait avoir pour conséquence de refouler à nouveau les Indiens vers le sud, d'autant plus que ceux-ci diminuaient rapidement en nombre, à mesure que croissaient les Argentins. La ligne N° 407. — LIGNES DES FORTS CONTRE LES INDIENS, Quest de faris PFampéens + ‘°*. LE < Que st de Greenw ich d apres divers documents CEPRArEn (] 500 kil. de frontière, gardée par des fortins, était alors fort sinueuse : partant du rio Colorado, au sud de Bahia Blanca sur l'Atlantique, elle se dirigeait au nord de manière à couvrir les régions cultivées de la province de Buenos Aires, puis, de poste en poste, elle gagnait au nord-ouest la ville de San Luis, qui restait presque en vue des plaines menacées, et se recourbait au sud-ouest vers San Rafael et le col del Planchon. Cette frontière était divisée en neuf secteurs, défendus chacun au centre par un camp fortifié qu'oceu- pait une garnison assez nombreuse pour détacher des troupes volantes vers tous les points menacés. Les fortins intermédiaires surveillaient lt limite, indiquée même en certains endroits par des fossés et des chevaux L de frise : à la moindre alerte, le canon, avertissant et répondant de l'un rent la paix, Mai au répit et Jeûr Ie alliés de l'un trèrent plusieurs te du Chili entre 1ence de refouler iX-Ci diminuaient gentins. La ligne LU se : partant du se dirigeail au ce de Buenos a ville de San recourbait au e était divisée rlifié qu'occu- pupes volantes irveillaient la t des chevaux dant de l’un PAMPÉENS ET PATAGONS. 683 i l'autre poste, désignait le point attaqué; souvent les Indiens passaient, allant saccager quelque ferme, mais, au retour, se heurtaient contre l'en- nemi. Cependant ils ne se décourageaient point, et chaque année faisaient de nouvelles tentatives. En 1876, un mouvement offensif des Argentins sur tout le front des postes reporta la ligne plus avant, de manière à supprimer ses courbes et à la diminuer notablement en longueur, tout en anexant les points d'eau et les régions de pâture où les Indiens prépa- aient leurs expéditions. Par d'autres opérations militaires ils occupèrent successivement, sur le versant oriental des Andes, les chemins suivis de tout temps au débouché des cols dans les vallées fertiles. Cette nouvelle chaine de forts rendait toute résistance, tout ravitaillement impossibles aux indigènes : il ne leur restait plus qu'à se soumettre’. Mais combien sont-ils encore ? Les Pampéens ont péri; les Patagons, c'est-à-dire les indigènes de races diverses qui peuplaient la longue péninsule de Pata- vonie, sont aussi en voie de disparition. On les évaluait à une trentaine de pnt aussi en V le disparition. On le luait à une trenta l mille avant que ne commençât la colonisation ; actuellement ils ne dépas- seraient pas deux mille individus, même en comptant ceux qui vivent dans le voisinage immédiat et la dépendance des blanes. Le classement ethnique et géographique des diverses tribus du sud argentin n'a donc qu'un intérêt d'histoire. Les Ranqueles ou Ranqual- che étaient les plus rapprochés des colons de Buenos Aires; puis venaient les Puel-che du Colorado. Plus à l’ouest, dans la province de Mendoza, vivaient des Araucans, les Pehuen-che ou « Gens des Araucanas », les Huilli-che ou « Gens du Sud » et diverses autres peuplades ou « che » : Payu-che, Tami-che, Pilma-che, Teghul-che, se succédaient le long de la chaîne des Andes. Les Molu-che parcouraient les régions centrales, tan- dis que les Tehuel-che, c'est-à-dire les « Gens de l'Est », habitaient le littoral atlantique, du détroit de Magellan au rio Chubut; les Ona de la Fuégie sont également des Tehuel-che. Toutes ces peuplades avaient conservé un langage différent et les traditions d'une origine distincte. Les Tehuel-che descendent probablement des Patagons décrits par Piga- letta, Ce sont encore les plus nombreux et ils maintiennent leur cohésion comme tribu distincte. Le nom de Patagones ou « Pattus » que Magellan leur donna, est un terme malheureux, car ces hommes de si grande taille ont les pieds petits, soit en moyenne de 27 centimètres pour une stature de { mètre 90, et chez la femme de 26 centimètres pour une taille à ! Estanislao Zeballos, La Conquista de Quince Mil Leguas ; — Benj. V. Markenne, La Conquista del Rio Negro; — Olascoaga, La conquête de la Pampa, trad, par Simonnet, à TT F4 4 4 4 HE Ï À } | 1 1 1 l üN4 NOUVELLE GÉOGRAPIE UNIVERSELLE, peine inférieure‘. Lorsqu'il fait très froid, les Patagons mettent volontiers par-dessus leurs bottes des guêtres en peau de huanaco: probablement cette double chaussure donna naissance à la légende des grands pieds’: du reste, Pigafetta, le compagnon de Magellan, semble le dire : « La peau du huanaco donnait à leurs pieds l'apparence de pattes d'ours ». Mais les premiers voyageurs ne se sont point trompés en parlant de Ja haute taille de ces Indiens, quoiqu'ils l'aient singulièrement exagérée : ces géants de « dix ou douze pieds » qu'auraient vus Byron et Sarmiento n'étaient probablement pas plus grands que les Patagons de nos jours. A Carmen de Patagones, où les Tehuel-che, déjà croisés avec des Pam- péens, n'atteignent pas la stature normale de leur race, d'Orbigny constata que les hommes avaient en moyenne 1 mètre 75. Depuis cette époque, presque tous les voyageurs qui ont parcouru le pays ou seulement visité son littoral ont également soumis les Patagons à des mensurations régu- lières, et les chiffres comparés prouvent que les Indiens purs de l'inté- rieur sont les plus grands : Ÿ mètre 95 dans la vallée du haut rio Chico. Les femmes ont aussi la taille très élevée, et la robe en peau de huanaco qui constitue le vêtement ordinaire des Patagons contribue à leur donner un aspect majestueux. Les Tehuel-che sont également remar- quables par la largeur des épaules, la beauté des muscles pectoraux, la vigueur des membres, la noble attitude du corps. Ils ont les veux petits, le nez court, la figure ronde, la physionomie ordinairement sympathique’. En général, leur crâne est arrondi; dans les tombeaux anciens explorés par Moreno, les squelettes de cette race offrent en majorité des têtes déformées par une compression artificielle. Le travail incombe surtout aux jeunes filles, les matrones se faisant servir et passant quelquefois des journées entières sous la tente, mollement étendues et gardées par des cuscos, chiens qui jappent pour les avertir de l'approche des visiteurs. La langue tehuel-che est très dure, gutturale, et fort difficile à repro- duire par des lettres européennes, ainsi que le prouvent les diflérences extraordinaires présentées par les recueils de mots dus aux voyageurs; elle change aussi très vite par l'obligation que les mœurs imposent aux amis d’un Tehuel-che défunt d'abandonner les termes qui rappelaient son nom et à les remplacer par des expressions nouvelles. Les trois dia- lectes patagoniens, tehuel-che, araucan et pampéen, diffèrent tellement, que les frères de race n'arrivent pas à se comprendre; cependant les uns 1 Luis Jorge Fontana, El Gran Chaco. ? F, Machon, Bibliothèque Universelle, octobre 1895, 5 Florence Dixie, Across Patagonia. nellent volontiers 0: probablement grands pieds’; dire : « la peau s d'ours Mais à parlant de Ja nt exagéré : ces on et Narmiento 1S de nos Jours. avec des Pam- Orbigny constata is celle époque, seulement visité nsuralions régu- purs de l'inté- ‘e du haut rio à robe en peau ons contribue à alement remar- S pecloraux, la les Veux petits, sympathique’, hNeiens explorés orité des têtes combhe surtout quelquefois des wdées par des visiteurs, fhicile à l'epro- les différences UX VOVALOUTS ; imposent aux appelaient son es trois dia- nt tellement, ndant les uns par la Société de Géographie. LE PATAG GROUPE les € ls À piert poul Ou d ont délu TuËS des men quel L hp libre port cu NU tn à TEHUEL-CHE. 687 les autres possèdent un système de numération décimale, simple et très wmplet, parfaitement identique dans les divers langages. Ce trait rattache k parler des Patagons aux langues de souche péruvienne, Ne faut-il pas a attribuer la cause à l'influence civilisatrice que les Quichua exerçaient jdis bien au delà des frontières politiques de l'empire Inca'? Du reste, ils vont point de traditions historiques : ils ne peuvent s'imaginer que leurs meôtres aient vécu sans chevaux. La guerre a contribué pour une grande part à l'amoindrissement des htagons, quoiqu'ils se soient presque loujours maintenus en dehors des ttes qui ont amené l’extermination des Pampéens; parfaitement soumis depuis plusieurs années, ils sont même censés chrétiens et se font bap- ser. Malgré leur force apparente, les maladies les déciment ; les sources mêmes de la vie semblent atteintes. Ils sont d'ordinaire très sobres, et quand on leur confie un message, ils chevauchent quelquefois deux et mème trois jours sans manger? ; mais dans les fêtes ils boivent sans mesure; lrognerie complète l’œuvre commencée par les balles des Argentins. Quand arrive la saison des pommes et baies sauvages et que les Indiens Juea-che, qui vendent l'eau-de-vie chilienne, ont fait leur tournée dans ls campements, on ne songe qu'aux buveries. Sous prétexte de se concilier ks faveurs des « bons esprits », on donne à boire et à manger aux pierres sacrées, on verse de la boisson sur les victimes, taureaux, juments, poulains et brebis; mais on a bientôt oublié les génies d'en haut, et l'orgie « déchaîne; elle dure parfois des semaines entières. Alors les étrangers ut de sérieux dangers à courir s'ils se présentent devant ces gens en délire, qui, pour un mot, saisissent leurs armes; souvent aussi ils se sont més sur des femmes pour les brûler comme sorcières”. Dans la plupart des tribus, les épouses prudentes ramassent avant la fête tous les instru- ments dangereux, couteaux, épieux, lazos, massues, et les cachent dans quelque ravin écarté, où elles se réfugient avec les enfants. Les Indiens de la Patagonie périssent pour la plupart sans passer par h période de servitude : ce sont encore les hommes fiers, parcourant librement les solitudes, de la montagne à la mer et du nord au midi. Il: portent la chevelure touffue, soutenue par un large bandeau, semblable à alui qui, après la naissance, leur avait comprimé le crâne. Ils s’épilent «iygneusement la barbe et se servaient naguère à cet effet de petites pinces on argent, identiques à celles qu'on a trouvées dans les anciens tombeaux ! Francisco P, Moreno; — Cârlos V. Burmeister, Revista del Museo de La Plata, tomo HE, 1891. ? Carlos V. Burmeister, mémoire cité, * Musters, At Home with the Patagonians [LE] NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, des Calchaqui de Catamarea!; devenus pauvres maintenant, ils emploient généralement de simples couteaux, avec lesquels ils rasent leurs soure cils”, La guerre leur étant in- N° 448, — POPULATIONS INDIENNES DU SUD DE L'ARGENTINE, terdite, ils ne portent plus de lance, ni la cuirasse en peau Quest de Paris IA ; = TS — … | & er EN de vache garnie de métal: ss rt À &i [l il Ê D leur seule arme Lola perdida ou la « voule per-# due », qu'ils recouvrent de cuir et tiennent attachée ne tour de leur taille’, Quelques ’atagons ont encore des clo- chettes d'argent à la ceinture: tous se peignent en rouge, en blanc, en bleu noir, à h fois par coquetterie et pour se protéger contre l'action du vent et des moustiques. Leur seul instrument de mu- sique est une sort: füte faite d'un os de wo, l'aut L'ancien culte se maintient toute sous le masque moderne d'in- 1e différence : le soleil, la lune uk représentent toujours des yé- Et nies favorables; des influences L funestes se dégageraient de pre certains animaux, tels que le a lézard, et l'on n'a pas encore ee cessé de le conjurer par le “ C. Perron a on k 5 sacrifice d'êtres vivants, sur-ÙS | 1 : 16000000 1 è tout de chevaux‘: c'est pro- PE © 500 kil. k AV bablement aussi par crainte He de quelque maléfice que plusieurs tribus tehuel-che ne mangent point de pér poisson. Les femmes cachent des figurines, qui sont probablement des L. ni de 1 Francisco P. Moreno, Viaje à la Patagonia Austral. * Musters, ouvrage cité. 5 F. Machon, recueil cité. * W. IL. Hudson, Idle Days in Patagonia. ant, ils emploient asent leurs soupe erre leur étant ine 1e portent plus de | cuirassé en peau garnie de métal: arme Lula la « poule per-. IS recouvrent de nent altachée ame " taille, Quelques L'encore des clo- sent à la ceinture: ent en rouge, en bleu noir, à la uetterie el pour * contre l'action des moustiques, strument ‘le mu- ne sort: flûte os de it, lle se maintient ue moderne d'in- le soleil, la lune loujours des gé- »s; des influences dégageraient de aux, tels que le ina pas encore ‘onjurer par le es vivants, sur- ux‘: c'est pro- ssi par crainte dangent point de obablement des TEHUEL-CUE (HA) imulettes ou des lares, et des voreiers médecins continuent d'exorciser les maladies, d'appeler ou de chasser les démons. Une antique croyance, appuyée sur mainte aventure interprétée au gré de «s magiciens, — désignés sous le nom de payé, bien peu différent de l'appellation usitée dans l'Amazonie et les Guyanes, — donne pour demeure aux démons ou gualichi le corps des vieilles femmes : aussi cheaun a le droit de tuer les matrones âgées, et naguère ce droit s'exerçail très sauvent, Afin de conjurer ce péril, la plupart des vieilles essayaient de rendre des services comme diseuses de bonne aventure; mais malheur telles si leurs prophéties occasionnaient quelque événement fâcheux ! Eu œrtains cas même, la coutume forçait le Tehuel-che à sacrifier une aïeule, «cave où maîtresse; quand une personne jeune mourait dans la tente on bldo, le chef de famille devait entrainer en secret, loin de la demeure, h victime désignée et la dépêcher d'un coup de couteau. Ce devoir était commandé surtout quand il s'agissait des belles-mères. Aussi, en prévi- son d'un meurtre possible, les parents de l'épousée prenaient grand soin de vivre à part du gendre, ne le touchaient jamais, ne s'entretenaient pint avec lui. On sait que chez les Papoua, les Australiens et les Cafres de l'Afrique méridionale se retrouvait la même coutume : quand la belle- mère apercevait de loin son gendre, ou le gendre sa belle-mère, l'un ou l'autre se cachait dans les broussailles, Les orphelins sont les pupilles de bute la tribu et l'on gère leurs biens avec un dévouement parfait. Souvent ls époux qui n'ont pas d'enfant adoptent solennellement un petit chien lui constituent un douaire de chevaux comme ils l'eussent fait pour leur fils*, Les mariages, — toujours librement consentis sans intervention des prents, — sont, comme les enterrements, prétextes à sacrifices : on abat aors plusieurs juments et on en boit le sang au sortir de la blessure; mais ks sacrifices humains ne se font plus dans ln génération contempo- ane. L'homme en deuil de sa femme brûle tout ce qu'il possède’. Un enterre les morts, cousus en un poncho, soit dans la fissure d’une averne, soit sous une pyramide de pierres, cairn semblable à eelui des chefs gaulois. Les morts sont toujours assis, comme autrefois les momies péruviennes et comme les corps des habitants préhistoriques de la Pata- gnie*. Encore vers 1860 les Puel-che cousaient les cadavres dans un sac de cuir frais ; lorsque le mourant était un vicillard, on n'attendait ! Hall, Notes of a Naturalist. ? Musters, ouvrage cité, * Francisco P, Moreno, Bulletin de la Société d'Anthropologie, janvier 1883, XIX, # 690 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, point sa mort, dans la crainte que la raideur des articulations ne rendit À l'opération impossible. Une vicille femme, chargée de l’ensevelissement, s’asseyait sur la poitrine du malheureux, ramenait de force les jambes sur le tronc, au risque de les briser, puis attachait les mains sur les tibins. Le paquet, dûment ficelé, était ensuite exposé au soleil, puis, suffisam- ment racorni, enfoui sous le sable de la dune. Telle était la force de ha tradition, transformée en devoir pieux, que, pour ensevelir les morts sui- vant les formes voulues, on les tuait en leur brisant les os". Récemment l’Argentin des campagnes, « fils du pays » et certainement descendant par les femmes des aborigènes américains, ne différait guère par les mœurs de l'Indien qu'il avait combattu. Même physiquement, il lui ressemblait par la haute taille, la vigueur des membres, le teint bistré, les traits forts, les cheveux noirs et durs. L’habitude du cheval avait fini par lui arquer les jambes, par lui faire tourner les pieds en dedans : il se balançait lourdement en marchant. Araucan par le genre de vie, le gaucho élait, comme le sauvage, intrépide, d’une prodigieuse endurance, indifférent à la mort ; il méprisait le travail physique, le laissant volon- tiers aux femmes; s'il consentait à faire quelque labeur, il s'y prenait d'une façon fière et méprisante, comme il convient à un gentilhomme; il s’arrangeait même à faire travailler son cheval à sa place : il utilisait l'animal pour fouler le grain, pétrir l'argile, baratter le beurre; le cheval, ché dans l'aire, séparait le blé de la paille, mêlait la terre et l'eau sous le choc répété de ses sabots, faisait cailler le lait en traînant l'outre rebondissante. Sale, habitant une case sordide, le gaucho aimait à faire admirer des étrangers la richesse de son costume, mante en laine de huanaco, pantalon brodé, bottes fines avec éperons d'argent, chapeau emplumé; non moins superbement harnaché était son cheval, dont pour- ant il n'avait pas fait son ami, et qu'il allait peut-être perdre un instanti après, sur quelques coups de dés; les combats de coqs, les courses, lesi orgies de cabaret et la guerre, telles étaient ses passions. Aussi, dans la lutte pour l'existence, est-il graduellement évincé. De même qu’il refoula l’Indien, le gringo, — c'est-à-dire l'immigrant qui parle « grec » (griego), — le travailleur étranger le refoule à son tour. Les derniers purs gauchos furent les Llanistas de la Rioja, d'abord clients de deux grandes familles ennemies, puis, durant les guerres civiles de l'Argentine, tous groupés autour d’un terrible chef, Facundo Quiroga, et brandissant leur drapeau redouté : « Religion ou Mort! » ! Francisco P. Moreno, ouvrage cité. lations ne rendit l’ensevelissement, ce les jambes sur ns sur les tibins, Il, puis, suffisam- ait Ja force de ln ir les morts sui- os", » el certainement ne différait guère siquement, il lui le teint bistré, les eval avait fini par en dedans : il se genre de vie, le ieuse endurance, le laissant volon- ur, il s’y prenait | gentilhomme: il lace : il utilisait urre; le cheval, la terre et l'eau à traînant loutre ho aimait à faire inte en laine de ‘argent, chapeau eval, dont pour- erdre un instant les courses, lesi S,. Aussi, dans la ème qu'il veroula e grec » (griego), ers purs gauchos grandes familles ne, tous groupés nt leur drapeau GROUPE DE GAUCHOS. Dessin de A. Päris, d'après une photographie. POPULATIONS DE L'ARGENTINE. 693 Déjà, lors des premières migrations, les envahisseurs blanes des régions platéennes étaient de race fort mélangée, et maintenant les croisements augmentent plus qu’en tout autre pays. Certains mots arabes qu'a perdus l'espagnol se retrouvent dans le langage des Argeatins et se rapportent pour la plupart à la vie du désert : par exemple jaguel (puits sans margelle) et guadal (fondrière). Quelques noms de famille disparues, tel que celui des Albarracin, qui n'existe plus en Espagne, se retrouvent dans les plaines de l’Argentine. Il est probable qu'aux temps de la colonisation pre- mière, les chrétiens convertis de race mauresque, fuyant les espions des inquisiteurs, émigrèrent en plus grand nombre que les chrétiens de veille souche’. Quoi qu'il en soit, tout élément d'origine étrangère à l'Espagne, à l'exception des nègres esclaves achetés aux traitants, fut strictement exclu avant la guerre d'indépendance, et c'est en 1821 seule- ment que le gouvernement argentin commença de favoriser l’immi- gration : un traité avec l'Angleterre, conclu en 1825, proclama formel- lement la libre admission des Européens non castillans. Les premiers qui en prolitèrent furent les Basques, ceux des Basses- Pyrénées françaises, aussi bien que ceux des provinces Vascongades et de la Navarre. À Montevideo, à Buenos Aires et dans toutes les villes de l’inté- rieur situées sur les bords de l’Uruguay et du Paranä, les Basques s'em- ployérent au chargement des navires, au jardinage, à la fabrication des briques, à la surveillance des estancias, au service des abattoirs, à la salai- son des peaux, à tous les travaux qui demandent de l'adresse, de la force et de la persévérance. En muints endroits de l'Argentine, ils s'étaient groupés en colonies assez compactes pour maintenir l’usage de leur langue ; mais l’activité industrielle du nouveau milieu à trop d'intensité et la popu- htion argentine est trop mèlée pour qu'ils n'aient pas été entrainés rapi- dement en dehors des coutumes antérieures et ne soient pas devenus Argentins par les mœurs et le langage : du moins ont-ils conservé leur jeu national de la paume. La multitude des noms de famille euskara que l'on rencontre dans toutes les parties de l’Argentine, plus encore que dans les autres républiques hispano-américaines, témoigne de l'importance prise par cet élément ethnique dans la formation du peuple argentin. Mème des chefs indiens portent des noms basques : la légende raconte encore les hauts faits du pampéen Baigorrita. Les progrès de l'Argentine se mesurent à ceux de l'immigration, Pas une nation, pas une race d'Europe qui n'ait ses représentants dans la vaste ! Alfred Ebelot, Revue des Deux Mondes, 15 décembre 1877. 694 NOUVELLE GÉOGRA HIE UNIVERSELLE. Babel du Nouveau Monde. Français, Anglais, Allemands se sont rendus surtout dans les grandes villes pour y diriger l'industrie et prendre par! aux spéculations diverses; les Italiens se sont emparés de la navigation fluviale et, se pressant en foules de plus en plus nombreuses, se poussent aux premiers rangs dans toutes les branches de l’activité nationale: les Irlandais, — courant d'immigration maintenant presque tari, — débar- quèrent jadis par milliers et se mêlèrent plus intimement que les Anglais à la population par le travail dans les champs et dans les chantiers. Les colonies agricoles de Santa Fé ont été fondées principalement par des Suisses, des Allemands, des Français, tandis que dans l'Entre-Rios, sur les rives du Paranä, la majorité des cultivateurs se compose de Russes et de Germains russifiés. Les Gallois se sont groupés à part, sur les bords du rio Chubut. Les Australiens eux-mêmes sont entraînés par le vertige de l’émigration, et, poursuivant vers l’est le voyage de cireumnavisation commencé par leurs ancêtres, quittent leur continent, qui offre pourtant de si grands avantages aux colons, et vont s'établir dans la république Argentine. En 1895, des centaines d’Australiens ont obtenu des conces- sions sur les bords du rio Negro. Enfin, depuis 1891, des milliers de Juifs, expulsés ou réfugiés de Russie, émigrés de Syrie et de Palestine, ont trouvé un asile sur les terres argentines, sans se mêler encore aux autres éléments de la population. Les Chiliens émigrent en masse dans les provinces occidentales, dites de Cuyo, et peuplent les nouveaux terri- toires andins. Enfin, Boliviens, Paraguayens, Brésiliens entrent pour une part considérable dans les communautés septentrionales et orientales. On ne retrouve que rarement en Argentine des types indiquant par les traits et la nuance de la peau la persistance du sang africain. En 1778, les hommes de couleur représentaient environ le tiers de la population. VII La république Argentine, pays de peuplement rapide et de grand com- merce, se distingue, comme l'Australie et les États-Unis du Nord, par une forte prépondérance des agglomérations urbaines et par la concentration des habitants dans les capitales. Le chef-lieu des régions platéennes con- tient plus du huitième de la population du pays entier ; mais, loin des ports d'arrivée, de vastes territoires dans l’intérieur sont encore presque déserts, Dans le territoire des « Missions » argentines, les anciennes réductions des Indiens convertis se sont transformées en villages de travailleurs aux s se sont rendus e el prendre part de la navigation uses, Se poussent ité nationale; les e tari, — déhar- que les Anglais à es chantiers, Les palement par des ntre-Rios, sur les > de Russes et de sur les bords du par le vertige de circumnavigation qui offre pourtant ans la république btenu des conces- , des milliers de e et de Palestine, mêler encore aux t en masse dans s nouveaux lerri- entrent pour une iles et orientales. indiquant par les fricain. En 1778, le la population. et de grand com- du Nord, par une k la concentration às platéennes con- ais, loin des ports e presque déserts, iennes réductions e travailleurs aux POPULATIONS, VILLES DE L'ARGENTINE. 695 maisonnettes éparses, et la plupart des églises ruinées ont servi à la con- struction d'édifices modernes. Au passage des rivières on utilise encore les pavés que les missionnaires avaient fait établir sur le lit fluvial pour fciliter la traction des charrettes. Des Brésiliens, qui sont numériquement les principaux colons de la contrée, ont établi des usines à sucre et des moulins pour la préparation du manioc et du maté. Sur la rive droite de l'Uruguay, le bourg de Concepcion, où récemment encore les ruines des missions couvraient un espace de 56 hectares planté de palmiers et d'orangers, est devenu un centre agricole actif, et des champs de tabac «noir » l'entourent d’une large ceinture. Plus loin, toujours sur la rive argentine, une autre fondation des Jésuites, le village de Santo Tomé, exporte beaucoup de riz. San Martin, la Yapeyü des Guarani, où naquit le héros de l'indépendance qui porte ce nom, n'est plus qu’un hameau : ce fut pendant quelques années le chef-lieu des Missions, la « Rome » de la grande république Chrétienne. Libres — Paso de los Libres, l’ancienne Restauracion, — où Îles « hommes libres » qui allaient affranchir leur pays de la tyrannie de Rosas traversèrent le fleuve, ne formerait qu'une seule ville avec celle d'Uruguayana, sur la rive opposée de l’Uruguay, si l’une et l’autre n'ap- partenaient à des États distincts, et si les deux douanes, les deux garni- sons ne se surveillaient jalousement : près de là, sur territoire argentin et plus au sud, se trouve l’ancienne mission de Santa Ana où Aimé Bonpland passa les vingt dernières années de sa vie, dans une riche campagne dont l'avait fait un jardin d'acclimatation : il y mourut en 1857. Plus bas, la ville uruguayenne de Santa Rosa à pour cité jumelle, sur la rive argen- tine, Monte Caseros, important marché de bétail pour les acheteurs bré- siliens. Le voisinage de deux États, le Brésil et l'Uruguay, en fait aussi un poste stratégique. En cet endroit, le chemin de fer construit sur la rive occidentale de l'Uruguay projette au nord-ouest un embranchement qui doit atteindre bientôt Corrientes, la capitale de l'État de même nom, en pas- sant par Mercedes, le chef-lieu des campagnes riveraines de la lagune Ibera. \u sud, le long du fleuve, on voit se succéder quelques villettes mo- dernes, Mocoretä, Libertad, fondée par des paysans tiroliens, Federacion, Concordia. Cette dernière fait face à la ville uruguayenne de Salto, beau- coup plus populeuse, l'une des fortes agglomérations urbaines de l'Ar- gentine et l’un de ses ports les plus animés. Cependant les grands bateaux à vapeur ne peuvent y remonter que lors des hautes crues. Le port de Colon, situé à plus d’une centaine de kilomètres au sud, sur la même rive, ne présente pas non plus un accès facile pendant les basses eaux. 696 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Fondée en 1865, cette escale fait face à la cité uruguayenne de Paysandu, et sert d'embareadère à la colonie agricole de San José, qui fut le point de départ de la révolution pacifique accomplie dans la mésopotamie argen- line par l’arrivée des laboureurs d'Europe. San José, établie en 1857 par des Suisses et des Savoyards sur un coin de l’immense domaine accaparé par Urquiza, le potentat de l'Entre-Rios, à magnifiquement prospéré, et de cette « ruche-mère » sont sortis de nombreux essaims, qui ont peu à peu transformé l'aspect de la contrée. La première culture fut celle du froment, que l'on remplace graduellement par des arbres fruitiers et par des vignobles, qui donnent en abondance un vin grossier, mais infi- niment préférable aux horribles mixtures vendues dans l'Argentine sous le nom de « bordeaux ». On s’adonne aussi dans la colonie de San José à l'élève des poules, prolifiques pondeuses sous cet heureux elimat'. Les navires ealant plus de 6 mètres s'arrêtent, en aval de Colon, au débarcadère de Concepcion del Uruguay. La ci-devant capitale de la pro- vince est située à quelque distance de la rive, sur un bras latéral du fleuve; mais les trains du chemin de fer travers entla coulée et l’île inter- médiaire, pour s’avancer jusque dans le lit principal par une large jetée, où viennent accoster les bateaux chargeurs de bétail. A l’ouest de Con- cepeion, près d'un palais entouré de jardins et de vergers qui fut la rési- dence d'Urquiza, se trouve une des plus riches « colonies filles » de Son José, appelée Caseros en souvenir de la victoire gagnée en 1852 par l’ancien propriétaire de la contrée. Gualeguaychü est bâtie sur la rive droite d'une rivière de ce nom, dont les eaux lentes arrivent de l'intérieur d’Entre-Rios. Le port n'a pas une grande profondeur d'eau, mais de nombreuses goélettes viennent y charger des denrées agricoles, surtout du bétail, des viandes et des cuirs : les habitants ont pour industrie l’abatage des bœufs, comme les résidents de Fray Bentos, la ville uruguayenne la plus rapprochée. De vastes patu- rages s'étendent entre l’Uruguay et le Paranä, au nord de la région maré- cageuse où se ramifient les coulées en un dédale connu des seuls chas- seurs et coupeurs de bois. Fondée à la fin du dix-huitième sièele, sur le premier terrain ferme qui de ce côté du Paranä se présente en amont de Buenos Aires, Gualeguaychü est devenue le troisième port de la Républi- que et la cité la plus populeuse et la plus riche de la province d'Entre- Rios*; elle a de beaucoup dépassé son ancienne rivale Gualeguay, qui se ! Alexis Peyret, Une visile aux colonies de la République Argentine. * Mouvement des échanges à Gualeguaychü en moyenne : 15 000 000 francs. » de la navigation en 1899 : 520 000 tonnes. enne de Paysandi, , qui fut le point ÉsOpolamie argen- ablie en 1857 par domaine accaparé ment prospéré, el ims, qui on peu culture fut celle arbres fruitiers et ‘ossier, mais infi- l'Argentine sous onie de San José eux climat! val de Colon, au ipitale de la pro- n bras latéral du ulée et l’île inter- rune large jetée, | l’ouest de Con- rs qui fut la rési- es filles » de Son ée en 1852 par de ce nom, dont jort n'a pas une ennent y charger des cuirs : les les résidents de De vastes pitu- la région maré- des seuls chas- e siècle, sur le ite en amont de t de la Républi- ovince d'Entre- ileguay, qui se GUALEGUAYCHÜ, POSADAS, CORRIENTES. 697 trouve à une centaine de kilomètres plus à l'ouest, sur la rivière du même nom, Un chemin de fer rattache Gualeguay à Tala, station centrale de la province, et à Villaguay, entourée de colonies très laborieuses où prédo- minent les Belges. Un embranchement relie Nogoya, centre d’estancias à bétail, au port de Victoria, situé sur un des bayous latéraux du Paranä. Sur le Paranä, en amont de Corrientes, les bourgs argentins sont pour h plupart des villages que fondèrent les missionnaires. Candelaria fut pendant un temps la résidence des directeurs jésuites. Posadas, un de kurs établissements, a succédé à Yapeyü comme capitale du territoire, désormais civil, des Missions. On lui donna jadis le nom d’Itapuä, comme la ville d’outre-fleuve située sur la rive paraguayenne : un bac à vapeur x et vient de l’un à l'autre bord. Posadas, qui fut à partir de 1822 et jus- qu'à la mort de Francia, la seule porte d'entrée du trafic paraguayen avec l'Argentine, a développé son commerce, bien qu'elle n'en ait plus le monopole; les bateaux à vapeur du Paranä y ont leur escale, la plus aimée en amont des rapides d’Apipé et de Yaciretä; là se trouver: bientôt la principale station intermédiaire sur la voie ferrée d’Asuneion au rio de la Plata. Presque toutes les stations qui se succèdent jusqu’au «wnfluent du Paraguay rappellent des faits de guerre ou de brigandage. la tranquera où « tranchée » de San Miguel, et plus bas celle de Loreto, avaient été creusées pour défendre le territoire des Jésuites contre les incursions des Correntinos, et en 1822 Francia fit construire sur la pre- mère de ces tranchées un fort, que vinrent occuper quatre cents cava- lus paraguayens'". Non loin de la jonction des deux fleuves, le village Flati, l’un des établissements les plus anciens de l'Argentine, datant ls premières années du dix-septième sièele, se trouve près des passages que les Paraguayens disputèrent aux Alliés avee tant d'acharnement, Tati à pour habitants des Guarani de race presque pure, mais à demi hispa- niliés par la langue, et pratiquant encore leurs industries traditionnelles de poterie et de lissage. Lorrientes, capitale de la province du même nom, et la ville principale entre Buenos Aires et Asuncion, peut être considérée géographiquement comme la cité du confluent fluvial, quoiqu'elle ait été construite à kilomètres en aval de Tres Bocas; elle doit son appellation de Cor- rentes, — San Juan de los Siete Corrientes, — aux remous qui se pro- dusent sur la rive gauche du fleuve, devant les pointes rocheuses de h berge : son ancien nom indien, Taragüy, signifie, dit-on, la « Lézar- !Rengger et Longchamp, Essai historique sur la révolution du Paraguay. AIX, 698 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, dière ». On pourrait l'appeler la « cité des Orangers », tant elle possède de ces arbres aux fruits d’or : naguère, avant que de hautes et somp- lueuses maisons ne se fussent élevées en façade sur le quai, la ville dispa- raissait presque en entier sous la verdure : le palais du gouvernement esl N° 149. — CONNIENTES ET LE CONFLUENT DHS FLEUVES, Ouest de Paris A CORRIENTES 7} [Quest de Greenwich 1 : 800 000 NN Re kil. l’ancien collège des Jésuites. Fondée en 1588, Corrientes est située sur une berge de sept à huit mètres de hauteur au-dessus du flot moyen, à à cote de 66 mètres, d'après Gould. Quoique à 1359 kilomètres de Buenos { Aires, les goélettes calant 5 mètres y ont accès, et pendant six mois les bâtiments de # mètres peuvent s'amarrer aux quais. Les bateaux à vapeur du Paraguay et du Paranä en ont fait leur principal entrepil h, CORRIENTES, FORMOSA. 009 , lant elle possède le hautes et somp- quai, la ville dispa- A gouvernement esl 4 y possèdent des usines et des chantiers de construction. Pendant h guerre du Paraguay, Corrientes, quartier général des Alliés, fut le «entre de leurs approvisionnements : une bataille navale acharnée, dite du Riachuelo, avait dû être livrée en aval pour la conquête de la cité. Si bien pourvue que soit Corrientes en communications fluviales, sa voie krrée ne la rattache pas encore (1895) aux villes méridionales de la mésopotamie platéenne; pendant les pluies, elle se trouve presque blo- quée par une ceinture de lacs et de marais qui la sépare de Caacati, Faso de la Patra k bourg de l’intérieur le plus riche en bétail et en productions agri- les. En face de Corrientes, sur la rive droite du Parant, se montre k village de San Fernando, qui remplace un ancien campement de Toba Guaycur policés : tous les matins, ils apportaient aux Correntinos l'herbe, le bois et d’autres menues denrées. Maintenant, la forêt du Chaco à reculé devant la hache du bûcheron, et des colonies agricoles se succèdent le long du rivage. Des deux territoires du Chaco, celui du nord, Formosa, longue bande S? Cosmee comprise entre le Pileomayo et le Bermejo, reste presque désert : en 1892, n'avait que 5000 habitants d'origine européenne, en majorité Italiens et Slaves, et 2000 hectares en culture; cependant tout le terrain qui se trouve en bordure sur le Paraguay est déjà vendu à des planteurs de annes, à des éleveurs de bétail ou à des spéculateurs; on dit que là anne à sucre de cette contrée donne des produits supérieurs à ceux de Tucuman; en outre, elle présente le grand avantage de n'avoir pas besoin d'irrigation : la rosée lui suffit’. Le chef-lieu, Formosa, qui existe depuis 1879, a été bâti sur une berge isolée, en face de la paraguayenne Villa Franca : il remplace comme résidence administrative Villa Occidental, que les Argentins durent évacuer après l'arbitrage des États-Unis qui res- lituait le Chaco du nord à la république du Paraguay. Dans l'espérance d'en faire une escale commerçante, on l’a placé exactement à moitié che- min de Corrientes et d’Asuncion, à 225 kilomètres de l’une et de l’autre: mais on à aussi fait choix de cet emplacement comme position straté- sique : en cet endroit le fleuve est très profond et assez étroit; des canons ommanderaient bien le passage. les est située sur À Le Chaco méridional, plus grand et plus rapproché des centres de a flot moyen, à la commerce et de civilisation, se peuple beaucoup plus rapidement que le mètres de Buenos ! Chaco du nord. Toutes ses terres riveraines ont été cédées ou vendues par endant Six mois le gouvernement, et déjà quelques usines à sucre qui s'élèvent dans ce ais. Les bateaux rincipal entrepôt Vehleals Poyiob ouvrage cité, 700 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, nouveau territoire sont au nombre des établissements les mieux aménagés, Un village naissant, Timbé ou Puerto Bermejo, domine le confluent de cette rivière avec le Paraguay et projette le long du Bermejo la route qui va rejoindre le poste ou « fort » Roca, à 200 kilomètres en amont, Une colonie suédoise occupe au sud de Timb6 les bords du rio de Oro, petil affluent du Paraguay, navigable pour des barques, et, plus bas, à moins de 20 kilomètres au-dessous de Corrientes, la capitale du territoire, Ress. lencia, ainsi nommée en souvenir d'un fait de guerre, a surgi en peu d'années à la bouche du rio Negro; la colonie agricole des alentours a été fondée aux frais du gouvernement central et dirigée par ses fonctionnaires, On n'a pas encore frayé à travers les solitudes de route directe entre Resistencia et les campagnes de Salta. | En aval de Resistencia, les villes se montrent à de longs intervalles sur la rive orientale : Bella Vista, fondée en 1826 comme établissement pénal: Goya, ainsi nommée d’une femme qui possédait un immense domaine dans celle partie du Corrientes; Esquina ou le « Coin », au confluent du Parani et de la rivière Corrientes; La Paz, l'ancien Cavallu-Cuatia, ou « Chexal Peint », des Guarani, station médiane entre Asuncion et Buenos Aires et l’une des escales les plus actives du fleuve’; Hernandarias, sur sa haute berge boisée; Paranä, que jadis on appelait simplement Bajada où ke « Débarcadère ». Cette ville, la première qui se soit élevée dans l'Entre- Rios, passa par de grandes vicissitudes : elle fut la capitale de l'État, puis, de 18952 à 1861, celle de toute la république Argentine; découronnée maintenant, elle à pourtant augmenté en population, tout en perdant de son importance relative. La cité proprement dite est bâtie sur la haute berge, à 2 kilomètres du port, où se fait un commerce actif, Elle à pour industrie spéciale la fabrication de la chaux, des carreaux, des poteries; mais les centres principaux de travail sont les diverses colo- nies fondées dans le voisinage, surtout le long du fleuve. Villa Urquiza, li plus ancienne de ces colonies, est l'une des moins prospères; celle du Cerrito à mieux réussi, La plupart des colons sont italiens, mais on \ trouve aussi des représentants de toutes les nations d'Europe, même des Roumains, qui des bords du Danube ont amené leurs buflles”. Une colonie dite « russe », qu'habitent des Allemands émigrés des bords de la Volga, constitue un mir, commune à propriété collective : les bois, les pâturages restent indivis et chaque famille tire au sort st 1 Tonnage des bateaux de passage à La Paz : 555 000 tonnes. # Alexis Peyret, ouvrage cité, LE, les mieux aménagés, nine le confluent du Jermejo la route qui ‘res en amont, Une du rio de Oro, peti 1, plus bas, à moin * du territoire, Ress rre, à Surgi en pen le des alentours a ét ar ses fonctionnaires, route directe entre longs intervalles sur établissement pénal; mense domaine dans confluent du Parani -Cuatia, où « Cheval n et Buenos Aires el darias, sur sa haute ment Bajada où le élevée dans l'Entre- itale de l'État, puis, ntine; découronnée tout en perdant de bâtie sur la haute nerce actif, Elle à des carreaux, des t les diverses colo- e. Villa Urquiza, rospères:; celle du taliens, mais on * s d'Europe, même 6 leurs buffles”. nands émigrés des ropriété collective : Ile tire au sort RESISTENCIA, LA PAZ, PARANA, SANTA FÉ. 701 part des terrains à labourer et à semer en commun. La première colonie russo-allemande fondée au sud de Paranä, non loin de Diamante, a formé de nombreux essaims sur tout le littoral du fleuve, au nombre d'environ dix mille individus. Très unis, habiles agriculteurs, surtout pour la pro- duction du blé, excellents éleveurs de chevaux, les émigrés de la Volga prospèrent, et chaque année ils achètent de nouvelles terres pour étendre leurs communes, administrées par l'assemblée générale de tous les chefs de famille, y compris les femmes. Le gouvernement ayant voulu leur imposer la même organisation que celle des autres colonies, ils se révol- lèrent et on se résigna à les laisser s'administrer à leur guise. Quelques groupes de colons positivistes et des disciples de Tolstoï se sont aussi établis dans cette région de l'Entre-Rios pour essayer d'y vivre en sociétés harmoniques, Des berges de Paranä, on aperçoit par les beaux soirs, à une vingtaine de kilomètres, les tours et les coupoles de Santa Fé briller au soleil cou- chant. Cette ville, trois fois séculaire, que Juan de Garay fonda en 1575 et que les Jésuites choisirent pour centre de leurs missions chez les Mocovi et autres Indiens du Chaco, n'est pas située sur la rive même du Parant, mais sur un bras latéral, le riacho de Santa Fé où Coronda, qui s'élargit en lagune et se ramifie en bayous; la rivière Salado vient sy unir dans la ville, Le port, auquel on accède par ce labyrinthe, peut recevoir des goé- lettes calant 2 mètres, mais le grand trafic se fait par une voie ferrée de 12 kilomètres qui va rejoindre le fleuve à l'escale de Colastiné, où se trouve un creux de 7 à 8 mètres lors des basses eaux. Ville de couvents et d'églises, métropole vénérable où s'assemblaient parfois les congrès pour la diseussion des intérêts communs de la République, Santa Fé fut longtemps délaissée par le commerce et même décelina jusqu'à l'ouverture des voies ferrées et l’arrivée des colons étrangers qui ont mis en culture les campagnes environnantes. Elle se transforme rapidement en eité mo- derne, grandit en commerce et en population; cependant, malgré son rang de capitale de la province, elle n'égale point la ville de Rosario, mieux située pour le trafic. Les colonies agricoles qui ont fait la richesse de Santa Fé ont pour chef- lieu le bourg auquel on donna, en 1856, le nom modeste d'Esperanza el qui se montre dans la plaine rase, à 50 kilomètres au nord-ouest de Santa Fé, Les « espérances » ont été réalisées. Aux deux cents familles suisses qui arrivèrent, sans trouver même une cabane‘, se sont ajoutés 1 Carl Beck Bernard, Die Argentinische Republik. 702 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, des milliers et des milliers d'autres familles, françaises, allemandes, it. liennes surtout; des villes, des villages, des moulins à vapeur, des usines ont surgi de la pampa; les chemins de fer se ramifient dans tous les sens, La gracieuse Esperanza, aux rues ombragées de paraisos, l'arbre du «pe radis » ou melia azedarach, porte sur son hôtel de ville l'inscription en espagnol : « Subdivision de la Propriété ». Ce sont en effet la petite et ln moyenne propriété qui, sur ces terres, très inférieures en fertilité natu- elle à celles d'autres provinces appartenant à quelques grands propric- N° 190, = SANTA FÉ ET SES PREMIÈRES COLONIES, le Ureenwi 1: 1 250 000 —————t 1 40 kil, aires, obtiennent des moissons cent fois supérieures. À quelques lieues au nord de Santa F6, on montre encore les vestiges du fossé creusé hdi pour arrêter les cavaliers indiens : les agriculteurs l'ont depuis longtemps franchi; sur toutes les lignes ferrées, les colonies à chaque station, et d'étape en élape transforment le désert er pagne cultivée ils rejoindront bientôt les plantations de Santiago del L.wro. En aval de Santa Fé et de Paranä, Diamante oceupe un: position superbe, à la tête du delta, sur une falaise de la rive gauche haute de 80 mètres et dominant un immense panorama d’eau courante, de marais et de campagnes émergées. Le fleuve, rétréei en cet endroit, offre un emandes, it eur, des usines IS tous les sons, arbre du « pu l'inscription en 4 la petite et la à fertilité natu- erands proprice uelques lieues sé cronmé éiés ui tonglerips U à chaque agne cullivée um position uche haute de ile, de marais boit, offre un DIAMANTE, ROSARIO, 703 passage plus facile qu'en amont et en aval; aussi, dans toutes les guerres civiles les belligérants ont-ils ehereché à s'emparer de ce poste : Urquiza y lit passer à la nage son armée de vingt mille cavaliers, Diamante prépare de la chaux, et, comme Paranä, s'entoure de colonies « russes », Plus bas, sur un bayou latéral du Parant, en communication directe avec le grand fleuve pendant les erues, se montre le bourg de Victoria, ainsi nommé d'une « victoire » remportée en 17928 sur les Minuan, qui furent obligés de quitter l'entre-fleuve pour se réfugier de l'autre côté de l'Uruguay, à côté de Charma, Ramon Lista a trouvé dans les environs des tombelles remplies d'ossements de ces Indiens. Rosario, la principale cité de la province de Santa F6 et la deuxième agglomération urbaine de la République, ne fut qu'un simple village pen- dant le premier siècle de son existence; les caboteurs y avaient une petite escale. Mais les dissensions civiles firent la fortune de Rosario : Buenos Aires s'étant séparée du reste de l'Argentine en 1854, le gouver- nement installé à Parand décréta l'établissement d'un chemin de fer de Rosario à Cérdoba, et, sans attendre que cette œuvre fût commencée, accorda des exemptions de droits, — 18 pour 100, — aux navires étran- gers qui remonteraient directement le fleuve Paranä, sans avoir touché à Buenos Aires ou à quelque autre port de la Plata, Rosario profita aussitôt de cette faveur, En toute saison, les navires calant 5 mètres peuvent y remonter et mouiller à proximité du rivage, tandis qu'à Buenos Aires les bâtiments devaient, il y a peu d'années, anerer à une grande distance au large; en outre, Rosario à l'avantage de se trouver au coude du fleuve, à l'endroit où, cessant de couler du nord au sud, il descend au sud-est, suivant l'axe de l'estuaire : c'est done le lieu de débarquement indiqué d'avance pour les voyages dans l'intérieur. Le commerce fluvial y a son escale la plus active", Le chemin de fer de Rosario à Cordoba, tronc de la ramure qui se développe vers les extrémités de la République, à fait de Rosario un port rival de Buenos Aires pour le commerce direct avec l'étranger, et même depuis que la capitale possède un chemin de ler côtier l'unissant à toutes les cités de l'Argentine, une grande partie de la navigation au long cours garde Rosario comme point d'attache; quatorze lignes de vapeurs transatlantiques l'ont pris pour port d'arrivée el viennent y charger du blé pour l'Europe, de l'alfalfa ou luzerne pour ls ports brésiliens, des métaux et des cuirs. L'aspect de la ville est essentiellement commercial : jetées bordées de navires, quais sillonnés 1 Commerce fluvial en 1892 : 562 295 600 francs. 704 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, de voies ferrées, magasins débordant de marchandises, omnibus sur rails dans chaque rue, rangées de poteaux télégraphiques et téléphoniques aux réseaux entre-croisés. Plus encore qu'à Buenos Aires la population 4 des origines cosmopolites”. La voie ferrée de Santa Fé à Cérdoba ayant été construite par une com- pagnie anglaise, celle-ci reçut gratuitement les terres bordant le chemin sur une largeur de cinq kilomètres, à la condition de les peupler de colons, Elle ne se hâta point de remplir ses engagements; cependant en 1870 elle avait commencé la colonisation par l'établissement de vingl-cin( familles. Bernstadt, Carcaraña, Cañada de Gomez, Tortugas, d'autres stations encore, se sont entourées de cultures, peuplées comme celles d'Esperanza de paysans italiens, français, suisses, allemands. La compa- gnie anglaise avait à cœur de faire prospérer surtout la colonie Cañada de Gomez, où elle avait installé des compatriotes ; mais ses protégés se disper- sèrent et des Européens du continent les ont remplacés. San Nicolas, escale rincipale du fleuve entre Rosario et Buenos Aires, est aussi l'une des grandes villes de la République et son port s'emplit de navires. Située à # ou 5 kilomètres en aval d’un ruisseau, l'arroyo del Medio, qui forme la frontière entre les deux provinces de Buenos Aires et de Santa Fé, San Nicolas fut proposée comme capitale de la Con- fédération*. Plus bas se succèdent d'autres escales importantes : Obligado, où, en 1845, le dictateur Rosas essaya de défendre le cours du Parani contre une escadre frauco-anglaise ; San Pedro, qui possède un bon port, bassin naturel d'environ 120 hectares, formé par une lagune profonde, latérale au fleuve, Baradero, qu'une colonie suisse, arrivée en 1856, à graduellement enrichie par la culture des pommes de terre et autres légu- mes pour le marché de Buenos Aires; Zarate, centre des colonies du della paranien, composé de centaines d'îles; des jardiniers italiens les habitent en des maisonnettes haut perchées sur pilotis. Campana, l'un des ports actifs du Paranä de las Palnias, possède un très grand établisse- ment pour la préparation et l'expédition des viandes congelées, L'ilot rocheux de Martin Garcia, où se trouvent les établissements du lawaret et de la quarantaine, garde en sentinelle l'entrée du delta, au delà duquel 1 Mouvement commercial moyen de Rosario de ISSG6 à 1892 : 200 000 000 francs. Exportation en 1892 : 79 580 000 francs. Navigation à Rosario de 1886 à 1892, année moyenne : 5 000 navires, jaugeant 1 500 000 tonnes, # Mouvement de la navigation à San Nicolas en 1892 : 425 000 tonnes. Valeur de l'exportation : 24805 890 francs, inibus sur rails L téléphoniques la population à le par une com- dant le chemin ipler de colons. endant en 1870 L de vingt-cinq ‘tugas, d'autres S comme celles nds, La compa- lonie Cañada de tégés se disper- | Buenos Aires, à port s'emplit Isseau, l'arroyo ices de Buenos ilale de la Con- ites : Obligado, urs du Parani > un bon port, une profonde, ée en 1896, à el autres lévu- *s colonies du rs italiens les ampana, l'un rand établisse- ngelées. L'ilot s du lazaret el u dela duquel — VUE GÉNÉRALE. JUIUY. Gravure de Bocher, d'après une photographie. PROVINCES DU PARANÀ ET DES PLATEAUN. 707 souvre le large estuaire parcouru par le chenal sinueux qui mène à la capitale de l'Argentine. Si le Paranä est la grande voie fluviale qui met Buenos Aires et l’es- tuaire platéen en communication avec l'intérieur du continent, la voie terrestre par excellence est celle qui, sous le régime espagnol, rattachait ls deux littoraux du Pérou et de la Plata par les provinces argentines du nord, Jujuy, Salta, Tucuman. Dans la province de Jujuy, limitrophe de la Bolivie, la première ville que l'on rencontre, en descendant de la République voisine par l’abra ou «col » de Cortaderas (3952 mètres), est une antique cité quichua, Humahuaca, construite à plus de 3000 mètres d'altitude sur le rio San Francisco naissant, au milieu de maigres champs plantés en pommes de krre, en orge, en quinoa; après la conquête, ses habitants, qui s'étaient très courageusement défendus, furent transportés en masse dans la Rioja. où ils perdirent toute individualité nationale, et remplacés par des Indiens soumis amenés de Famatina. En aval d'Humahuaca, le sentier qui suit là rive droite du courant, à la base des montagnes neigeuses de Chañi, tra- verse plusieurs rivières, puis dévale les pentes d’un énorme « volcan », cest-à-dire d'un talus d’éjection produit par une succession d’avalanches. En bas, s'ouvre la large plaine (1250 mètres), abondamment arrosée, où Sétale la ville de Jujuy, chef-lieu de la province du même nom. Bâtir par Velaseo en 1599, et conservant encore son aspect de vieille cité espa- gnole, elle s'entoure de jardins et de campagnes cultivées qui pénètrent dans les vallées latérales parcourues par les yaves affluents du rio Grande, l'une des branches maîtresses du Bermejo. Riche en productions agricoles sub-tropicales et tempérées, Jujuy doit sa principale importance au transit ! Villes principales et historiques des territoires des Missions et du Chaco et des trois provinces de Corrientes, Entre-Rios et Santa Fé, avec leur population approximative en 1893 : Tennirome nes Missions (Mistoxes). Province n'Enrne-Rios Mens, 4 44 4,0, 6 5600 Mb, | Dirant, , , . , , : . , : 90000 In. Tenrirome pk Formosa. Gualeguayehü. . , , , . , . 15 000 » LATTES CRE RIRE 1000 hab. | Concordin, , . . . . , ,, 11500 » Gualeguay. . , . , , ,,, 11000 » Concepcion del Uruguay... . . 10000 » NORD an ven pu 8000 » TerniTomE pu CHaco, Resistencia. . , , , . , ,. 3 900 lab. ProviNce DE COoRRIENTES. Lorrientes, , , , , , . ., 19 000 hab. Province DE Santa Fé, (OR Re D 4150 » Rosario, . , , , . , , , , 75000 lab, DA po uv 35500 » Santa Fé,, , ,, Fist 18000 » DID pen 2500 » Esperanza (2652 hab, en 1887). 3500 » 108 NOUVELLE GÉOGRAPHIE !'NIVERSELLE. vers la Bolivie : elle lui envoie, par des caravanes de mules et de lamas, des fruits, du maïs, de la chicha et surtout du sel, extrait du haut lac dessé- ché de Casabinda. Ses foires sont très fréquentées, et nombre de Boliviens s’y établissent pour commercer avec leurs compatriotes. Cette immigra- lion conserve à la ville le nombre de ses habitants, décimés par les pneumonies, les rhumatismes, les fièvres ou chuchu et autres maladies que causent les vents froids en hiver, et en été les émanations des canaux mal entretenus. Des sources thermales salines, dans un vallon rapproché. la quebrada de los Reyes, sont très fréquentées par les rhumatisants, On exploite aussi des puits de pétrole dans les environs. En aval de Jujuy, la rivière, très inclinée, coupée de rapides, ne porte point bateau. Elle ne se calme qu'en aval de son grand coude, près de Ledesma, bourgade enrichie par la canne à sucre, comme son chef-lieu, la ville d'Oran, située à l’altitude de 310 mètres sur un gave voisin du confluent où le San Francisco, uni au Tarija, forme le Bermejo. De riches plantations entourent la cité, celle de l'Argentine dont les campagnes, ombragées de palmiers, présentent l'aspect le plus tropical; mais immé- diatement au-dessus s'ouvrent des vallons tempérés où croissent les plantes de l’Europe, et plus haut, sur les pentes du Zenta, les pâturages s'élèvent jusqu'à la ligne des neiges. Les immigrants sont encore peu nombreux et les planteurs emploient toujours, pour cultiver la canne et fabriquer le sucre, des Indiens Matacos et Chiriguanos : en quelques usines, on les compte par centaines. La ville d'Oran dispose, pour le transport de ses denrées jusqu’à Buenos Aires, d’une voie navigable de 3000 kilo- mètres; néanmoins son trafic se fait par terre jusqu’à la ligne ferrée de Jujuy, en attendant qu’elle possède un embranchement. Le bourg de Riva- davia, situé au sud-est, sur le Teuco, au milieu du lacis des rivières et fausses rivières du Bermejo, est peuplé de nombreux Boliviens auxquels on à concédé des terrains — 500 hectares par propriétaire, — trop vastes pour que l'agriculture proprement dite ait pu acquérir une importance réelle : l'industrie est encore pastorale. Une route stratégique carrossable relie Rivadavia au poste de Puerto Bermeis sur le Paraguay. La ville de Salta, chef-lieu de la province de ce nom, s'étale dans la plaine de Lerma, qu'arrosent la rivière Arias et de nombreux tayareles : c’est ainsi qu’on désigne les canaux d'irrigation. Située à 30 ou #0 mètres au-dessous de Jujuy, mais plus au sud, Salta cultive les plantes de la zone tempérée et ses champs présentent un aspect européen. De mème ï SALTA, TUCUMAN. 709 que Jujuy, Salta doit son activité au commerce avec le Chili, et nombre les et de lamas, des de ses habitants, un dixième environ, sont d'origine bolivienne. Près du haut lac dessé- ombre de Boliviens es. Cette immigra- de la cité, Belgrano remporta en 1812 une première victoire sur les Espa- gnols, et c’est en l'honneur de ce triomphe que le pays, voué à la Vierge dans la principale église de Salta, prit les couleurs, blanc et bleu, qui s'unissent dans le drapeau argentin. L'agriculture prospère dans la s, décimés par les et autres maladies contrée, mais surtout à l’ouest et au sud, dans la haute vallée du Jura- mento, qu'habitent les Calchaqui christianisés, en maints endroits pres- que purs de race. Plusieurs gros villages se succèdent du nord au sud; Cachi, d’après lequel on désigne les plateaux et les nevados voisins; San José, Molinos, San Cärlos, Cafayate, qui utilisent avec économie les eaux pures de leurs gaves et produisent d'excellents vins et des blés très appré- ciés, el trigo de los Valles. Les mules, les bêtes à cornes calchaqui ont une grande réputation en Argentine et au Chili, et les gens du pays en font commerce avec Copiapé par-dessus les plateaux andins. La ville dite Rosario de la Frontera, sur un affluent du Juramento, est la station principale du chemin de fer entre Salta et Tucuman. Elle a des nations des canaux | vallon rapproché. rhumatisants. On rapides, ne porte nd coude, près de ime son chef-lieu, un gave voisin du ermejo. De riches À it les campagnes, pical; mais immé- plantations de cannes à sucre et de tabac et produit une espèce de fromage, oissent les plantes le tafi, connu dans toute l'Argentine. Dans la saison d’été les malades âturages s'élèvent re peu nombreux accourent à Rosario, attirés par des sources minérales que l’on dit très ne et fabriquer le efficaces : leur température dépasse 75 degrés centigrades. Les eaux ther- males, sulfureuses et autres, abondent dans la contrée, mais les habitants es usines, on les ne les utilisent encore que partiellement. D'après Brackebusch", la chaleur des sources n’est point due à la volcanicité du sol, mais à l’action des F le transport de le de 3000 kilo- la ligne ferrée de pyrites de fer contenues en grande quantité dans les calcaires schisteux des Le bourg de Riva- | montagnes environnantes et dégageant une très forte chaleur au contact de l'eau; en outre, ces formations sont imprégnées de pétrole qui se dis- tille dans les profondeurs et dont les gaz inflammables peuvent expliquer les tremblements de terre et même les jaillissements de flammes qui ont lacis des rivières Boliviens auxquels re, — trop vastes eu lieu. une importance dique carrossable \Y. Tucuman, la métropole du Nord, qui garde sous une forme légèrement modifiée l'ancien nom de Tuema donné à la province sous le régime des Incas, à cependant une origine espagnole; elle date de 1585, époque à laquelle les habitants d'une ville fondée à 50 kilomètres plus bas sur le Sali vinrent choisir un emplacement moins exposé aux inondations. Fort bien 1, s'étale dans la breux tayareles : 50 ou 40 mètres es plantes de là bpéen. De mème ! Boletin del Instituto Geogräfico Argentino, 1881 710 NOUVELLE GÉOGRAPIE UNIVERSELLE, située, à 450 mètres d'altitude, dans une campagne fertile et richement cultivée qui descend en pente douce vers le Sali et se relève à l'ouest vers les pies superbes de lAconquija, Tucuman est une des cités historiques de l'Argentine : Belgrano y battit les Espagnols, et le Congrès national y proelama, en 1816, l'indépendance de la contrée ; on montre encore la salle du serment. Depuis, la ville eut aussi fréquemment son rôle dans les guerres civiles qui désolèrent le pays. Néanmoins elle à prospéré, et par sa population oceupe le quatrième rang dans la République; une immi- N° 151, — TUCUMAN. Colalao 1 1500000 dates 1 50 kil eralion assez forte, comprenant des étrangers de toutes les nations euro- péennes, à développé son industrie, Tueuman est le centre des plantations suerières de l'Argentine; trente grandes usines s'élèvent dans sa banlieue, La culture de la canne, importée du Pérou en 182%, à si bien réussi, qu'en 1890 on comptait dans le distriet sept mille travailleurs occupés à l'industrie suerière et retirant d'une superlicie de 8000 hectares 20 000 tonnes de sucre et 90000 hectolitres de rhum’. La campagne, parsemée de fermes et de hameaux, produit aussi du café, du chanvre, du blé el-autres denrées: le fromage tafi vient de la vallée de mème nom, # M. Gand E. T. Mulhall, Handbook of the river Plate. le et richement ve à l'ouest vers .,, , : AU AA HA tes historiques ip A ngrès national y ontre encore la son rôle dans les 4 prospéré, el par que ; une immi- GRAND'PLACF. LA FUCUMAN. œ dans sa banlieue. si bien réussi, ailleurs occupés S000 hectares . La campagne, | | | | | | Paloma 55 CRE les nations euro- » des plantations | du chanvre, du de mème nom, TUCUMAN, SANTIAGO DEL ESTEROU. 715 qui appartenait aux Jésuites. Tucuman à quelque célébrité comme centre intellectuel : un de ses collèges passe pour l’un des meilleurs parmi les établissements scolaires de la République. Les deux bourgs les plus ani- més de la province après Tucuman, Monteros et Medinas, également situés sur des affluents du rio Dulce, participent aux industries agricoles du chef-lieu. Santiago del Estero, « Saint-Jacques du Marais », fut le centre de l’an- denne province de Tuema ou Tucuman, qui se soumit au pouvoir des Incas dès le commencement du quatorzième siècle. En cet endroit les con- quérants espagnols établirent (1553) la première ville permanente de leurs possessions platéennes, qui fut longtemps connue sous le nom de Tueuman, transféré maintenant à une cité plus prospère. Bâtie sur la rive droite du rio Dulce, dans une plaine d’environ 200 mètres en altitude, Santiago est, comme l'indique le surnom del Estero, environnée de lacs et de marécages, lits encore humides que laissa le fleuve errant. En 1635, une crue renversa la moitié des maisons; une partie de la population émigra vers Tucuman; l’autre se dirigea vers Cérdoba. La ville délaissée, souvent exposée aux attaques des Indiens, resta sous le gouvernement des Jésuites, qui firent de la contrée un autre Paraguay pour la discipline des indigènes policés, travailleurs de leurs propriétés. Les populations se ressemblent beaucoup de part et d'autre : même propreté, même aimentation presque exelusivement végétale, même usage du maté comme boisson stimulante, même goût pour le jeu de la harpe, instrument national‘. Après la proclamation de l'indépendance argentine, Ibarra, dictateur et maître absolu pendant trente années, fit tous ses efforts pour maintenir son domaine en dehors des agitations, mais par cela même en dehors du progrès ambiant. Santiago n’était plus guère qu’une ruine aux maisonnettes d’adobes rongées par le salpêtre. Cependant la ville, qu'un embranchement de voie ferrée rattache à la grande ligne de Cér- doba à Tucuman et qu'un autre chemin de fer relie directement aux colonies de Santa Fé, a vu cesser son isolement et reprend quelque acivité par l'exportation de la luzerne, du iroment et autres denrées; elle s'adonne aussi à l’industrie sucrière, mais avec un moindre succès que Tucuman. Loreto, Atamisqui, Salavina, qui eurent, comme Santiago, à souffrir des ! Martin de Moussy, ouvrage cité. XIX, 714 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, crues du rio Dulce et de ses changements de lit, sont d'autres centres agricoles. Sur le Juramento, Matarä, également entourée de cultures, près des lieux de gué choisis autrefois par les Mocovi et les Abipon pour leurs incursions, se trouvait très exposée : c'était l'un des points faibles du territoire de colonisation". Là commençait un chemin facile qui « dirigeait vers Corrientes à travers les solitudes du Chaco, désignées vers le milieu du parcours sous le nom de campo del Cielo ou « champ du Ciel ». À une petite distance au nord de cette plaine fertile, ouverte main- tenant à la colonisation, se trouve un bloc de fer météorique, célèbre dans les annales de la science. Encore au milieu du sièele dernier on ne le con- naissait que par les rapports des Indiens et de quelques blanes, chasseurs ou chercheurs de miel sauvage. En 1788, le gouvernement de Buenos Aires envoya une commission étudier ce bloc, qui avait alors une conte- nance d'environ 7 mètres cubes et pesait #5 tonnes. Depuis on en a déta- ché de nombreux fragments, notamment pour en fabriquer des fusils, au commencement de la Révolution, et divers musées en possèdent des mor- ceaux : les analyses chimiques y ont reconnu un dixième de nickel, D'autres méléorites de moindres dimensions parsemaient le sol aux alentours, La province de Catamarca, au sud-ouest de Tucuman, se trouve déjà dans le cœur des montagnes; elle ne touche à la région basse que par ses frontières du sud-ouest, où s'étendent les salines jadis pareourues par les lits errants du rio Dulce : le rempart de l’Aconquija et ses prolongements limitent à l’est le reste de la province. Catamarea, le chef-lieu, est située à 572 mètres d'altitude, entre deux chaînes de montagnes, à l’est la sierra de Ancaste, à l’ouest celle d'Ambato : un gave, le rio del Valle, la tra- verse et se divise en canaux d'irrigation dans ses jardins. Lorsque la ville fut fondée, en 1680, elle eut tellement à souffrir des inondations, qu'il fallut la reporter à quelques kilomètres en amont. Catamarcea est faci- lement accessible : une voie ferrée qui se dirige au sud-ouest, puis se bifurque à Chumbicha, la met en communication, d’une part avec Rioja, Mendoza, la route du Chili, de l’autre avec Cérdoba, Rosario, Buenos Aires. Ces chemins expédient les oranges, les figues sèches et le bétail des provinces environnantes. Andalgalä, ainsi nommée d’une vaillante peuplade de Calchaqui depuis longtemps mélangée avec la population espagnole, s'appelle aussi le 4 M. G. and E. T. Mulhall, Handbook of the river Plate. d'autres centres rée de cultures, les Abipon pour es points faibles ain facile qui se désignées vers le où « champ du e, ouverte main- que, célèbre dans hier on ne le con- blancs, chasseurs ment de Buenos alors une conte- uis on en à déta- er des fusils, au ssèdent des mor- » nickel, D'autres x alentours, , se trouve déjà asse que par ses rcourues par les s prolongements ieu, est située à à l’est la sierra el Valle, la tra- Lorsque la ville ondations, qu'il imarca est faci- ouest, puis se ie part avec la ‘doba, Rosario, es sèches et le lchaqui depuis pelle aussi le CATAMARCA, ANDALGALA, { ù Fuerte, d'après un fort maintenant abandonné. La ville est située dans une plaine unie, à 1010 mètres d'altitude, à la base méridionale du massif grandiose d’Aconquija. Cette colonie, perdue au milieu des montagnes, doit toute son importance à ses mines d'argent, les plus productives de la république Argentine. La plus riche, que les Cachalqui exploitaient déjà avant la conquête, mais dont ils gardèrent l'existence cachée, fut découverte à nouveau en 1849, grâce à la confidence d'un vieil Indien. N°9 459. — ANDALGALA ET L'ACONQUIJA. Campo TIR le les lozueles Y V S Montero: EE rreble Prejo Ouest de Paris Î | Î Roi VE S Campo Ÿ© def fucan Quest de Greenw ich C Perron 1 100 000 ! 40 kil, Située à plus de 5000 mètres d'élévation, elle produit en moyenne par mois 200 tonnes de minerai, contenant 55 tonnes de métal pur : trois mille mules sont constamment employées aux transports entre les mines el l'usine de Pileiaio, établissement remarquable, fourni des meilleures machines anglaises. Très industrieux, les habitants d'Andalgalä exploi- tent aussi du kaolin pour fabriquer des briques réfractaires; ils cultivent des vignobles qui fournissent d’excellent vin, et des vergers riches en fruits, qu'ils exportent à Tucuman; ils envoient des mules et des ânes au Chili, et Côrdoba reçoit leurs cuirs et leurs étoffes en laine de huanaco. 76 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, Des puits artésiens creusés dans la plaine suppléent à l'insuffisance des LT torrents, Le col qui fait communiquer Andalgalf avec Tucuman et Cnta- marca, entre la chaine neigeuse de l'Aconquija au nord et celle de Manchao au sud, est très fréquenté : des convois de mules chargées \ passent constamment, portant les vins, les euirs, les fruits secs d'Andal- gali, ou le sucre, le tabac, le riz de Tucuman. Autrefois le mouvement devait être beaucoup plus considérable, car la région des hauteurs, presque dépeuplée de nos jours, était avant la conquête couverte de vil- lages et de cultures : les anciens canaux d'irrigation, dont on voit partout les traces, en sont le témoignage évident. Pucarä, misérable hameau, HE A groupe ses cabanes sur le plateau du passage, où s'élevait jadis une | t La La LA U La © Là U | cité défendue par une véritable pucard ou « forteresse », dont les remparts cireulaires se développent encore sur une longueur de trois kilomètres". Encore plus avant dans les montagnes, les vallées occidentales du Cata- marea sont peuplées de sobres et industrieux Calchaqui que la rigueur du climat n'empêche pas de contribuer à la richesse de l'Argentine. L'antique Belen et sa voisine Londres, sur un gave qui va se perdre dans les salines d'un ancien lac, s'entourent de vignobles, de roseraies, de vergers: les femmes y tissent des ponchos très appréciés jusqu'au Chili. Plus à l'ouest, la vallée de Tinogasta, la dernière de l'Argentine à la base des grands plateaux neigeux, fait avee Copiapé un commerce de mules et de bêtes à cornes. Dans la haute vallée jaillissent les eaux thermales de Fiambala, visitées pendant la belle saison. La province de la Rioja, comme celle de Catamarca, est formée de a hautes vallées andines, s’inelinant au sud et au sud-ouest vers la zone de jurd plaines salées que limitent à l'est les massifs de Cérdoba. Peuplée égale- lorr ment de laborieux Calchaqui, auxquels se sont joints des mineurs chi- desc liens, elle ajoute les produits du tissage domestique aux ressources que (hi lui procurent l'élève du bétail et, dans les fonds, la culture des terrains \érl por de | sIeI irrigables. La fertilité de la Rioja a passé en proverbe, et en aucune partie de l'Argentine on ne moissonne meilleur froment, on ne cueille meil- leures oranges, on ne fabrique meilleur vin; le sol poreux et léger des champs arrosés de la Rioja semble l'emporter sur les terres profondes d'a des bords du Paranä pour donner un goût savoureux et délicat aux grains el 1 Gunardo Lange, Anales del Museo de la Plata, 1892. insuffisance dus ucuman et Catn- ord et celle du ules chargées | ts secs d'Andal- s le mouvement des hauteurs, couverte de vil- On Voil partout érable hameau, levait jadis une e », dont les gueur de trois ntales du Cata- e la rigueur du iine, L'antique lans les salines le vergers: les Plus à l'ouest, ise des grands les et de bêtes s de Fiambala, est formée de rs la zone de ’euplée égale- mineurs chi- 'essources que re des terrains aucune partie cueille meil- et léger des res profondes at aux grains ANDALGALA, LA RIOJA, CHILECITO, 717 aux fruits', Tout ce qui se peut irriguer dans les vallées et les plaines wt cultivé : pour accroître les terrains de labour, il faudrait établir des nservoirs dans les cirques supérieurs des vallées. La ville de la Rioja, fondée en 1591 à la base orientale des montagnes de Velasco, regarde du haut de sa terrasse, située à 510 mètres, la vaste éten- due des plaines inelinées. Rattachée maintenant au réseau des chemins de kr argentins, elle n'a qu'un faible commerce, la population étant assez Le] dairsemée : où tarissent les ruisseaux, commence le désert, Le travail est HU La . L «“ L . plus actif dans la vallée qui s'ouvre plus à l'ouest, entre la sierra de \elasco et les monts neigeux de Famatina, Le bourg qui donne son nom £ (.) N° 183, —— CHILECITO ET LE FAMATINA, ni rs Uuest de laris ee Chilecito _u Quest de Greenwich dapres Brackebusch 1 : 1000000 1 25 kil. au superbe massif, forme une rangée continue de maisonnettes et de judins se prolongeant sur une quinzaine de kilomètres, le long d’un brrent, et s’arrêtant à l'endroit où s'épuisent les eaux. Un autre gave, descendu du nevado de Famatina, fait surgir en aval un deuxième bourg, Chilecito ou Villa Argentina, plus important que le premier, et devenu le véritable chef-lieu industriel et commercial de la province : le nom qu'il porte, — « Petit Chili », — dit les origines de sa population. C'est le centre de la région minière de la Rioja. Les deux versants de la vallée, dans la era de Velasco et dans celle de Famatina, renferment des gisements d’or, d'argent, de cuivre, de fer, de nickel; tous les ruisseaux sont métallifères, il quelques-uns tellement chargés de métal, qu’on ne peut les utiliser ! Martin de Moussy, ouvrage cité. 718 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, pour l'irrigation. En certains endroits se rencontrent des amas de scories et les ruines de fours grossiers qui témoignent des exploitations de cuivre faites jadis par les Calchaqui pour la fabrication d'armes et d'instruments agricoles. Les premiers travaux sérieux des blancs datent de 104; ik furent maintes fois interrompus par la guerre civile où par les malversa- tions de quelque chef militaire. Le grand mineral, c'est-à-dire la région minière par excellence, occupe la partie méridionale de la sierra de Famatina; les gisements les plus riches se trouvent sur les crêtes mêmes qui avoisinent le piton central, à 4000, 4500 et même 5 000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Celles de la Mejicana furent découvertes, dit-on, par des Mexicains quisuivirent jusqu'à sa source un ruisseau chargé d’ocre, puis elles furent exploitées par des « Aragonais » dont la légende à fait des êtres à demi mythiques. Outre les excavations suivies avec méthode par des compa- gnies minières, il existe des milliers de trous, de puits, de galeries sur tous les escarpements : des centaines de pilquineros où mineurs erranis, accompagnés d'un chien et coupant à la hache leur nourriture gelée, parcourent les crêtes neigeuses à la recherche des gisements de métal, et dès qu'ils ont fini d'exploiter un filon superficiel, vont en découvrir un nouveau. La roche caleaire qui compose ces montagnes est traversée d'in- nombrables filons métalliques, pyrites de cuivre, argent et or, mélées au chlore, à l'iode, à l’arsenie, au soufre. De 1820 à 1860, le rendement l'ÉgL de ces mines, en or et en ar cent, s’éleva à 30 millions de franes, utilisé us en partie à la Rioja pour la frappe de là monnaie. Actuellement on pol exploite aussi des minerais de cuivre ayant en métal pur la teneur d'un : Tupi sixième environ, La ville de Chilecito ou du « Petit Chili », à laquelle ki viennent aboutir les périlleuses sentes de la montagne, se relie à Buenos cord Aires et à toute l'Argentine par un embranchement de voie ferrée : Vin- 6 china lui sert d'étape pour les relations très actives qu'elle entretient par née] la haute vallée du Vermejo avec le centre minier de Copiapé, sur Fautre LE versant des montagnes argentino-chiliennes. PA aux des La province de San Juan, autre région minière, appartient en entier, jh comme Catamarea et la Rioja, au domaine des bassins fluviaux sans écou- d Li lement. San Juan, la capitale, est fort bien située à 690 mètres d'allitude, misl dans une plaine fertile que la rivière du même nom arrose par mille canaux divergents, mais celte eau se perd à peu de distance, au sud, dans CSP les marais de Huanacache. San Juan, fondée en 1561, à 6 kilomètres plus pla amas de scories tations de cuivre et d'instruments nt de INSO4: ik ar les malversa- par excellence, S gisements les siment le piton EE au niveau de |a r des Mexicains juis elles furent les êtres à demi par des compa- de galeries sur nineurs erranis, urriture gelée, lents de métal, en découvrir un traversée d'in- Lor, mêlées au , le rendement francs, utilisé ctuellement on la teneur d'un L», à laquelle relie à Buenos e ferrée : Vin- entretient par pô, sur l'autre ent en entier, aux sans éCou- res d'alitude, rose par mille , au sud, dans lomètres plus _» CHILECITO, SAN JUAN, JACHAL. 719 au nord, puis reportée à l'endroit qu'elle occupe aujourd’hur, s'entoure d'un magnifique boulevard planté de peupliers et d'une zone de belles «ultures. Elle possède un jardin botanique. Dite San Juan de la Frontera à cause du voisinage des Andes qui séparent l'Argentine du Chili, la ville fut avec le versant du Pacifique un assez grand commerce de bétail, de fruits secs et autres denrées agricoles. Le village de Zonda, qui s'élève à l'ouest dans un vallon de plus d'un millier de mètres d'altitude, est un lieu de plaisance et de bains très apprécié par les habitants de San Juan. A l'est, le bourg de Caucete — officiellement Independencia —, com- mande un réseau de canaux d'i rigation creusés dans un désert reconquis et bordés maintenant de riches campagnes. Quelques gisements métalli- res et des lignites que l’on trouve dans les montagnes environnantes expliquent la fondation à San luan d'une école des mines, d’ailleurs peu fréquentée. Le bourg de Jachal, situé à 200 kilomètres au nord, sur une rière abondante, grossie d'un gave à chaque issue de vallée, concentre k trafñie de la province dans toute sa partie septentrionale et dirige de nombreux convois muletiers vers les deux ports chiliens de Huasco et de Coquimbo. Le distriet de Jachal abonde en mines et sn eaux thermales. La province de Mendoza, après celle de Tucuman la plus peuplée des régions andines, doit son importance exceptionnelle à sa situation sur la voie maîtresse de l'Amérique du Sud, entre Buenos Aires et Valparaiso : cest entre les deux plus hauts colosses de la chaîne, l'Aconcagua et le Tupungato, que s'ouvre le col de la Cumibre, choisi pour la route et le futur chemin de ter. Au sud, des seuils plus bas interrompent la crdillère; mais, se trouvant fort éloignés en dehors du chemin qui réunit ks deux points vi‘aux de l'Argentine et du Chili, ils restent encore négligés par le commerce. Comme les autres provinees andines, Mendoza possède des veines de métal assez riches, quoique faiblement exploitées pendant ce siècle; mais elle doit ses principales ressources aux vignobles, aux champs de céréales, aux luzernières qu'arrosent les torrents descendus des Andes : la sériciculture, essayée avec enthousiasme vers le milieu du siècle, est maintenant abandonnée, Avec les provinces de San Juan et de Nan Luis, Mendoza appartient à la région du Cuyo, jadis associée admi- nistrativement au Chili, sous le régime colonial de l'Espagne. Mendoza, la capitale, qui fut aussi chef-lieu de toute la vice-royauté espagnole de la Plata, éleva ses premières maisons en 1560, dans une plaine que parcourent des ruisseaux transformés en canaux d'irrigation. PERRET RT RS ar PE 720 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. Mais la ville actuelle n’est pas celle que fondèrent les conquérants : elle se trouvait plus à l’est. La première Mendoza, presque aussi étendue que la nouvelle, était bâtie de maisons plus hautes, édifiées en maté- riaux plus lourds. En quelques minutes elle fut renversée. C'était en 861, le soir d’un merecredi des Cendres, à l'heure où presque toute ln N° 154. — MENDOZA Ouest de Paris C. Perron population de Mendoza se prosternait dans les églises. Toutes les nefs s’écroulèrent, à peine quelques pans de mur restèrent-ils dressés «u-dessus de l'immense ruine. Sur moins de quinze mille habitants, treize mille, disent les uns, dix mille, disent les autres, gisaient écrasés sous les décombres : le géologue Bravard, qui, d’après la légende, aurait prédit le tremble-terre à brève échéance, se trouvait parmi les morts. N'étant point située dans un pays volcanique, et aucune montagne à cratère ne s'élevant dans les Andes voisines, il n’est pas probable que Mendoza Onquérants : elle ue aussi étendue difiées en maté- ersée, C'était en Presque toute | VILLE. A DE INTÉRIEUR DANS ee] n Gravure de Bazin, d': — AXEL ME XDOZA. C. Perron 'outes les nefs essés au-dessus , treize mille, rasés sous les urail prédit le . N'élant point à cratère ne que Mendoza ail laves. bitun nt | de pe les b Nouv sous avec Yalpa ques. ordre unes rable S'exp{ cuirs expéc de la ie des a à Mend | un nant A Chall à vallée À uité, fe immi comn lon D lu d | | | ! 1 Î ! | Î des | OA active avale souff La ment ls e MENDOZA. 29 at été secouée et renversée par le bouillonnement intérieur des hves. Brackebusch explique l'événement par la combustion des couches hitumineuses que recouvre le sol et par l'explosion des gaz. En reconstrui- ant la ville, les habitants prirent pour rue centrale l'Alameda, avenue de peupliers et d’ormes qui altirait la foule des promeneurs pendant ks belles soirées d'été. Gaiement peintes de couleurs vives, les maisons muvelles, élevées en adobes où « toubes », qui vibrent élastiquement us le choc, s'alignent le long des arbres rangés au bord d'un canal see fontaines et cascatelles. Située sur la grand'route de Buenos Aires à Yalparaiso, Mendoza est le principal lieu d'étape entre les deux républi- ques. Comme centre agricole, elle a aussi une importance de premier wdre, et une école d'agriculture y à été fondée à bon droit. Les campa- mes environnantes, les mieux arrosées de l’Argentine, possèdent d'admi- bles invernadas, prairies artificielles d'embouche dont les luzernes D dexportent au Chili. La ville expédie sur l’autre versant des Andes des cuirs, des laines et du bétail sur pied. En 1887, 48000 hôtes à cornes, xpédiées de Mendoza, traversèrent le col de la Cumbre. Les viticulteurs de la contrée envoient leurs vins à Buenos Aires. A l'ouest de Mendoza, la route et le chemin de fer, partis d’une altitude de 805 mètres, se dirigent au sud-ouest pour s'engager dans une brèche des avant-monts et gagnent les hauteurs en remontant la vallée du rio de Mendoza. On contourne le massif de los Paramillos, où se trouve, domi- nant la ville, à une dizaine de kilomètres au nord-ouest, le bourg de Challao, lieu de villégiature et de bains; puis on pénètre dans la haute vallée d'Uspallata, bien disposée en apparence pour la fondation d'une dté. Mais l'altitude, déjà élevée, — 1900 mètres environ, — effraye les immigrants, et le poste d'Uspallata n'a d'importance que pour la douane, comme bureau d'exportation; les établissements miniers pour l'exploita- lion du cuivre et autres métaux n'ont pas donné lieu à des travaux suivis. Au dernier sièele, les mines du Paramillo, dont les galeries s'ouvrent à des hauteurs diverses, de 2700 à 5184 mètres, étaient exploitées très activement : les captifs araucans, qu'on y envoyait mourir par milliers, y avaient fait d'énormes travaux d'exeavation', Le vent dit paramillero souffle sur ces hautes terres, avec une terrible violence. : La voie ferrée dépasse Uspallata de 25 kilomètres et s'arrête provisoire- ment (1893) à 2000 mètres, en aval de Punta Vaeas, où cemmencent ks escarpements difficiles. Des casuchas, ou cases de refuge contre les 1 G. Avé-Lallemant, El Paramillo de Uspallata. 724 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, lourmentes et les avalanches, se succèdent de distance en distance sur la pente de la Gumbre : Fune d'elles se blottit au pied de Ta roche, non loin du « pont de linea », arche naturelle de conglomérat cimenté pr les dépôts calcaires de sources thermales (56* centigrades) qui bouillon: nent au fond d'une grotte et tombent en cascades dans le ruisseau de las Cuevas. La superbe arcade du pont, dont un -pied-droit laisse échapper l'eau jaillissante, se développe au-dessus du ravin à 20 mètres de hauteur, et de la voûte, d'une portée de 50 mètres, pendent de longues stalactites, Quoique li station n'ait pas encore d'établissement, quelques malades, surtout des Chiliens, viennent en été se baigner aux sources de Fnea, que l'on dit efficaces dans les cas de rhumatismes et de maladies du sang, Au sud de Mendoza, la route qui longe à distance la base des avant- monts, traverse San Vicente, que lon peut considérer comme un fau- bourg de la capitale, puis franchit la rivière du Lujan, que borde ville, riche aussi en eaux thermales fréquentées. Quelques plantations d'oliviers et de vignobles contrastent avec les prairies environnantes, À une centaine de kilomètres au sud, dans une vallée longitudinale que domine à l'ouest la pré-cordillère et que la Sierra de Tunuyan sépare à l'est des plaines basses, se montre San Cârlos, Quoique fort bien située, cette ville, principal lieu d'étape entre Mendoza et San Rafael, S'aceroit lente- ment. En 1868, les Indiens de la montagne, contournant le poste de San Rafael, tombèrent à limproviste sur San Carles, en massacrèrent li garnison, enlevèrent les femmes, pillèrent les maisons, puis disparurent, La ville ne s'est pas relevée de ce coup, et les colons, presque tous Chiliens, “ivent en des maisons éparses au milieu des champs et des prairies! Quant au bourg de San Rafael, placé à l'issue de la montagne, près des rives du rio Diamante, il sera probablement, dans un avenir peu éloigné, lune des principales cités de l'Argentine, grâce à la fécondité de ses cum pagnes, à ses rivières, aux passages relativement faeiles qui le font com- muniquer avec le Chili, La plupart de ses fondateurs étaient des fagitils d'autres provinces, bannis où criminels, que lon connaissait sous le nom à demi indien de quatyqueros où « chasseurs d'autruclres », et qui servirenl de guides aux expéditions militaires entreprises dans les Andes?, En IN72, Nan Rafael était assiégé, pour ainsi dire, par les fndiens. Les soldats de la garnison n'osuient pas S'éloigner du fortin et gardaient leurs bes- aux en deux enelos bien surveillés, Maintenant les prairies artificielles 1 Cârlos À, Villanneva, Bolelin del Instituto Geogräfico Argentino, tomo V, 1884. 2 Francisco tlost, Bolelin del Instituto Geogräfico Argentino, tomo 1H, 1881 nu distance sur | le la roche, non éral Cimenté pri es) qui bouillon: e ruisseau de ns laisse échapper elres de hauteur, neuces Stalactites, elques malades, ‘es de line, que dies du sang, base des avant: comme un fau- l, que borde la ques plantations nvironnantes, À meitudinale que an sépare à l'est Het située, celte s'accroît lente- ant le poste de massacrorent Ja uis disparurent, ie tous Chiliens, U des prairies". Magne, près des mir peu éloigné, dité de ses cam- qui le font com- ient des lugitifs it sous le nom el qui servirent ides?, En IN72, ns. Les soldats dent leurs bes- ries artificielles 1884. USPALLATA, SAN RAFAEL. To “tendent loin de La ville et les convois de mulets, chargés de four- age pour les marchés du Chili, traversent les Andes aux cols Plan- chon et Cruz de Piedra, La culture de la vigne à déjà commencé près de sn Rafael. A l'ouest, les avant-monts argentins renferment des couches de charbon qui appartiennent certainement à la formation carbonifère, et non pas au sstème triasique, comme les divers combustibles trouvés dans les districts de San Juan et de Mendoza : seul de l'Argentine, le petit bassin du Reta- PONT DE L'INC\. Dessin de Gotorbe, d'aprés une photographie mio, dans le Nan Juan, oceupe un étagement analogue, Un chasseur de huanacos, parcourant les Andes, vers les sourees du Diamante, trouva quelques morceaux de charbon qu'il remit à un spéculateur de Mendoza, Une compagnie financière se forma aussitôt, et Pon fit appel aux géologues et aux chimistes de Buenos Aires pour connaitre la valeur de cette trou- ville, Le combustible de San Rafael, vraie houille brûlant avec une lamme pure, égale les charbons anglais de qualité moyenne, Les couches explorées déjà sont nombreuses et Fune d'elles, dans la mine « Eloisa », na pas moins de quatre mètres d'épaisseur, Tout semble indiquer que les 726 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, gisements se poursuivent plus au sud jusque dans le territoire de Neuquen, au-dessous des assises jurassiques. La même région contient des pétroles, des albâtres et des calcaires exploitables; en outre, les cendres du char- bon fossile de San Rafael renferment une forte proportion de vanadium, dont les sels sont les meilleurs mordants pour la teinture d'aniline! Mais les belles couches houillères se trouvent à une grande altitude, de 2500 à 5200 mètres, et pendant l'hiver des lits de neige recouvrent les strates supérieures". Il serait done bien difficile d'exploiter ces charbons avee profit et on les garde en réserve, en attendant que le rio Diamante soit rendu navigable et que des chemins de fer aient escaladé ces mon- lagnes”. La province de San Luis, séparée de celle de Mendoza par le cours du Desaguadero et du Salado, occupe une partie du massif central et s'étend au loin dans les déserts du sud. C'est une des régions les moins peuplées de l’Argentine, quoique riche en gisements miniers et très fertile dans tous ses terrains irrigables, La province à l'avantage de se trouver, entre Cérdoba et Mendoza, sur le parcours de la voie maîtresse de l'Atlantique au Pacifique; mais, de tous les Argentins, ceux de San Luis ont eu le plus à souffrir de la guerre. Depuis la fin du seizième siècle jusqu'au milieu du dix-neuvième, pendant plus de 250 années, la ville fut le poste avancé des Espagnols contre les Pampéens, et avec de pareils ennemis la lutte, toute d'embûches et de surprises, était incessante : plus d’une Lois les 1 Juan Kyle, Revista del Museo de La Plata, 1895. 2 Rodolfo Hauthal, méme recueil, 5 Villes et bourgs historiques des provinces nord-occidentales de l'Argentine, avec leur population approximative, d'après Latzina : Juur. Atamisqui … . . . . , . . . 1200 lab, AIN CS er EE ren AUS en 5 000 6 Caramanca. Dedesma,: : : 4 à , …., , à 4 500 Catamarcn, , , . . . . . . 7 000 hab. Humahuaca, . . . . . . .. 600 Fuerte de Andalgalà . . . . . 3 000 SALTA, RO RE re 9 000 Salta . . . . . . . . . . . 18000 + | Tinogasta,, , , . . . . . . 2 000 (UT OMR er recu 2 500 La Kio. Rivadavia.. . . . . . . . . 2 000 DARIDR mn ere 6 000 Tucumax. Chilecito, . . TO 4 000 Tucuman,,. . . . . . . . . 25000 hab. Sax Juax. MONLENOSs- 4 Le ut 4000 » San Juan,. . . . . . . . . 12000 SANTIAGO DEL EstEno. ODA TN rene à 1 600 Santiago. . . . . . . . . . 10000 hab, Mexvoza. HOPOLONEES nent 1500 » Mendoza. . . ,. . . . . . . 18000 hab. SaaViNA Ge 5 en eut 1500 » San Rafael. . . . . . . . . 3000 » pire de Neuquen, ent des P'étroles, endres du char- n de Vanadium, ilure d'aniline!, nde altitude, de e recouvrent les ler ces charbons le rio Diamant caladé ces mon- par le cours du ntral et s'étend moins peuplées rès fertile dans trouver, entre de l'Atlantique s ont eu le plus usqu'au milieu le poste avancé nemis Ja lutte, d'une Lois les avec leur population 1200 Hub, 7 000 hab, 3000 » 3000 » 2000 » 6000 hab, 4000 » 12 000 hab, 1600 » 18 000 hab. 8000 » SAN-LUIS, VILLA MERCEDES. 727 avaliers indiens dépassèrent même San Luis dans leurs incursions sur le krritoire colonisé; ils y pénétrèrent en conquérants ou en alliés de l’un ou l'autre des partis aux prises dans les guerres civiles. Parmi les Hispano- Américains, nulle population ne s'est jetée avec plus de passion dans les «nflits militaires et les révolutions locales, et dans ces batailles la jeu- nesse à été plus que décimée. Aussi la proportion des femmes l'emporte de beaucoup sur celle des hommes. Normalement, la proportion devrait ire renversée, puisque la province reçoit des colons étrangers, parmi lesquels le sexe masculin se trouve toujours en majorité. Fondée en 1997 par Martin de Loyola, un neveu du célèbre Ignace, San Luis fut longtemps connue sous le nom de Punta de los Venados ou «Pointe des Chevreuils », d’après le promontoire sur lequel se dressèrent ls premières constructions; de là cette appellation de Puntanos que l'on donne aux habitants. La ville est située à 762 mètres d'altitude sur les pentes de la Punta, dont la cime se dresse à 7 kilomètres de distance : de ce belvédère, on jouit sur les plaines et sur les montagnes d'une vue dreulaire très étendue, limitée à l'ouest, au delà des campagnes de Men- deza, par les montagnes neigeuses que domine le Tupungato; l'Aconcagua reste caché par un autre géant des Cordillères, le cerro de Plata’, Le ruis- seau du Chorillo alimente en amont un vaste réservoir contenant 12 mil- lions de mètres cubes, qui répartit ses eaux dans les vergers et les vignes , ; ; des alentours. Les lavages d’or que l’on exploite au nord, dans les ravins les plus élevés de la montagne, près du pie de Tomolasta, ne donnent plus qu'une faible quantité de métal. Villa Mercedes, fondée en 1856, sous le nom de Fuerte Constitucional, {pris une importance imprévue, grâce à sa position dans une plaine fer- lle qu'arrose le rio Quinto, à l'endroit où le chemin de fer interocéamique contourne au sud la sierra de Cérdoba. Étape centrale entre le Paranä et les Andes, Villa Mercedes est heureusement placée comme futur point de convergence pour les voies ferrées majeures de Côrdoba, de Rosario, de Buenos Aires, de Bahia Blanca, de San Rafael, de Mendoza. Bâtie sur un krriloire récemment conquis sur les Indiens de la pampa, entourée de luernières, la ville grandit aux dépens des bourgs situés plus au nord, «ur l’ancienne « route du Chili », Achiras et San José del Morro. Rio Cuarto, autre station très active du réseau argentin, est située, comme son nom l'indique, sur la « quatrième » des rivières qui descendent du versant oriental des monts cordovais; elle appartient à la province de 1 Hermann Burmeister, Reise durch la Plata. 728 NOUVELLE GÉOGRAPITE UNIVERSELLE, Cérdoba, De mème que San Luis, elle défendait contre les Pampéens l'extrême frontière de l'Argentine colonisée; maintes fois elle fut assiégée : les femmes et les enfants s'enfermaient dans l'église fortitiée, tandis que les hommes combattaient dans les rues, La paix, qui à permis de creuser des canaux d'irrigation, à fait de Rio Cuarto la deuxième cité de la province. Les villes jumelles de Villa Maria et Villa Nueva, la pre mière sur la rive gauche, la seconde sur la rive droite du rio Tercero, que traverse un pont de fer, constituent un autre centre de commerce pour les colonies agricoles. La principale, dite Frayle Muerto, fondée par des Anglais en 1868, ne réussit pas, et les premiers colons se dispersèrent, Depuis, des cullivateurs d'autres nationalités y sont venus en grand nombre, et la contrée qui entoure Bell-ville, nom actuel de Frayle Muerto, est devenue une riche campagne où les prairies de luzerne alternent avec les champs de blé. Cordoba, la capitale de la province et la deuxième cité de la République à l’ouest du Paranä, est une des villes anciennes de l'Amérique méridio- nale. Cabrera la fonda en 1573, sept années avant que ne s'élevàt Buenos Aires. Située sur la rive droite du rio Primero, à 400 mètres d'altitude moyenne, elle occupe le fond d'une vallée d'érosion entre de hautes berges latérales : à l'ouest, on aperçoit la brèche d'où s'échappent les eaux, entre deux escarpements. Siège de la domination des Jésuites pendant deux siècles, Cérdoba avait encore à une époque récente la physionomie morose d'une ville ecclésiastique ; mais depuis 1870 elle se rattache au réseau des chemins de fer, et, redevenue centre de commerce et d'industrie, rivalise d'influence avec Buenos Aires pour le progrès scientifique. L'université, qui s'était reconstituée après l'expulsion des Jésuites en 1767, et qui, dépourvue de livres, d'instruments, de collections, de professeurs, n'en- seignait plus guère que le latin rituel et la philosophie scolastique, se renouvela en 1870, grâce à l'introduction d'études sérieuses et à l'arrivée de vrais savants, naturalistes allemands pour la plupart. Un observatoire astronomique, fondé à la mème époque, occupe un rang honorable parmi les établissements analogues, et, par la publication d'une urano- métrie de l'hémisphère méridional, à déjà donné une œuvre capitale. Cordoba possède aussi un institut météorologique et diverses autres insti- tutions utiles; elle est en outre le siège d’une académie des sciences. La carte dite de Scelstrang se prépare au bureau géographique de Gérdoba. La ville était autrefois très exposée au ravage des torrents débordés. Un ruisseau latéral du Primero, issu d’un ravin presque toujours à sec, des- cendait parfois en avalanche de boue; un murallon, construit en 1671, re les Pampéens elle fut issiégée : lortiliée, tandis Qui à permis de a deuxième cité la Nucva, la pre rio Tercero, que commerce pour fondée par des se dispersrent, enus en grand e Frayle Muerto, ne allernent avec de la République nérique méridio- * s'élevàt Buenos mètres d'altitude de hautes berges L les eaux, entre S pendant deux sionomie morose 1e au réseau des idustrie, rivalise te. L'université, 1767, el qui, ofesseurs, n'en- scolaslique, se es et à l'arrivée Un observatoire rang honorable n d'une urano- uvre capitale. ses autres insti- es sciences, La ue de Cordoba, s débordés. Un Jurs à sec, des- ruit en 1671, BELL-VILLE, CORDOBA. 7 29 retient les eaux d'orage, Récemment on avait fait un travail de même mature, en proportions colossales, pour endiguer le rio Primero, Un bar- rage construit à la sortie de la montagne, près de San Roque, arrètait les eaux en temps d'inondation et réglait l'alimentation de la cité et l'irri- N9 15%, — CONDONA, EX 4 Sarmiento | Mar \ 1à à + [ Des « .e | es À Duest de Greenwich C.Perron gation des campagnes. En amont de la digue, qui n’a pas moins de 2%) mètres et demi de largeur à la base, sur plus de 5 mètres au sommet et 115 mètres de longueur, la masse liquide retenue aurait pu former un lac navigable de 35 mètres en profondeur sur un espace de 159 kilomètres carrés, et sa contenance aurait été de 260 millions de mètres cubes. C'était le plus grand lac artificiel qu'il y eût au monde. Mais, comme en tant d’autres endroits, les entrepreneurs avaient fait des 92 NIX, 730 NOUVELLE GÉOGRAPINE UNIVERSELLE, économies sur la qualité du ciment de ces murs babyloniens, et des fissures menaçantes se produisirent : il fallut limiter le niveau lacustre à 20 mètres, ce qui correspond à une quantité de 6 millions de mètres eubes, suffisant à l'irrigation d'au moins #1000 hectares ; en 1890, une seule pluie de six heures versa les trois quarts de cette masse liquide; par suite de la rupture d'un canal, la eité fut submergée et plusieurs centaines de maisons détruites; la plupart des habitants avaient pu s'enfuir avant le désastre. Aux alentours, on visite le village de Pueblito, habité par des Indiens aujourd'hui métissés qui depuis la fondation sont toujours restés sous la dépendance immédiate de Cérdoba. Plus haut, dans l'intérieur de là mon- lagne, se trouve un autre village, Cosquin, fréquenté pendant là belle saison par des valétudinaires, phtisiques et autres : c'est'un lieu de villégia- ture et de traitement. D'autres bourgades sont également réputées comme sanatoires. Un chemin de fer qui, au sortir de Cérdoba, remonte par San Roque et Cosquin jusqu'aux sources du rio Primero, puis redescend à l'ouest vers les salines de la Rioja, traverse une région minière jadis importante, mais n'ayant plus qu'une valeur très amoindrie ; l'hôtel des monnaies de Côrdoba, où se frappaient les monnaies d’or avec le métal des montagnes voisines, est depuis longtemps fermé. Mème dans ce district minier, la principale agglomération urbaine, formée par San Pedro et Dolores, villes jumelles que sépare un ruisseau, dans le large détroit ouvert entre les deux massifs de Cérdoba et de San Luis, ne doit sa pros- périté qu'à la culture des campagnes environnantes”, La province de Buenos Aires, dans laquelle se trouve la capitale, ne représente pas même la dixième partie du territoire de la République: mais sa situation privilégiée lui donne une part de beaucoup supérieure en population et en richesse. Pour l'excellence des terres et même pour la bonté du climat,' elle ne peut rivaliser avec d’autres provinces; mais elle possède l’avantage par excellence, celui d’un facile accès au 1 Ludwig Brackebusch, Petermann's Mitteilungen, 1893, Heft VII. * Villes principales des provinces de San Luis et de Cérdoba, avec leur population approximative, d'après Latzina : Sax Luis, * Rio Cuarto, , ". , , ,°, , , 12000 lab. Villa Mercedes. . . . . . . : 7000 hab. | Bell-ville (Frayle Muerto), . . 5000 » San Luis, . . . . . . . . . 6000 » Villa Nueva et Villa Maria, . . 4000 » 4 Coupon, San Pedro et Dolores. . 4 . 3300 » Côrdoba (municipe) en 1887.. 66247 hab. abyloniens, et des le niveau lacustre millions de mètres res ; en 1890, une le masse liquide! ergée et plusieurs avaient pu s'enfuir té par des Indiens ours restés sous Ja térieur de la mon- ë pendant la belle un lieu de villégia- it réputées comme , remonte par San puis redescend à ion minière jadis indrie ; l'hôtel des d'or avec le métal me dans ce district par San Pedro et 1s le large détroit s, ne doit sa pros- ve la capitale, ne de la République; aucoup supérieure s terres et même ‘autres provinces ; n facile accès au opulation approximative, 12000 hab, 0). . . 5000 » la. . . 4000 » LE dar 9300 » CORDOBA, BUENOS ARES. 751 commerce et à l'immigration. C'est par l'Europe que se fit l'Argen- line et qu'elle continue de se faire : tôt ou tard, quand la nation sera devenue réellement indépendante, l'équilibre s'établira entre ses diverses parties. D'ailleurs Buenos Aires, non satisfaite de sa prépondé- ance économique, a longtemps essayé de s’attribuer la domination poli- tique : en secouant l'autorité de Madrid, elle avait cru devenir son héri- tière, et à son tour envoyait des ordres à la partie de l'empire colonial qui s'était détachée de la mère patrie. Telle fut la cause des guerres civiles, entre « unitaires » et « fédéralistes », qui ensanglantèrent le sol de l’Ar- gentine et même, pendant un temps, la maintinrent divisée en deux États distincts. La cité à laquelle Mendoza, qui en désigna l'emplacement, donna le nom de Puerto Santa Maria de Buenos Aires, n’est point un « port » naturel, malgré son appellation et celle de Porteños ou « Gens du Port » qui désigne ses habitants. Les indentations profondes manquent sur la longue plage basse de l'estuaire, et l'endroit choisi n'offrait aux nouveaux venus qu'une berge de débarquement pour les canots des navires restés au large. Même de nos jours, malgré le port artificiel, avec bassins, musoirs et brise-lames, qu'elle s’est fait construire, Buenos Aires se distingue à peine du pourtour uniforme de l'horizon : ses mâtures, ses lours, ses fumées apparaissent comme au-dessus d'une île flottante. Sans collines, sans renflements du sol s'élevant à plus de 19 mètres, Buenos Aires ne peut avoir rien d'imposant dans l'aspect. Les rues, découpant la ville en damier, se prolongent à perte de vue, sans rencontrer d’obsta- cle qui change leur direction rectiligne : seulement, au sud, les berges d'une terrasse qui descendent brusquement vers le « ruisseau » ou Ria- chuelo, interrompent un peu la régularité du plan géométrique: en outre, les gares, les édifices et les voies ferrées pointant dans toutes les direc- lions ont introduit quelque variété dans le quadrillé des rues. Buenos Aires n’est pas la ville la plus ancienne de la République, bien que son emplacement ait été choisi l’un des premiers pour une colonie espagnole. En 1535, huit années après la fondation du fort d'Espiritu Santo, près de l'embouchure du Carcaraña, Diego de Mendoza pénétra dans le Riachuelo et construisit quelques chaumières sur la terrasse qui domine ce ruisseau. Mais il ne sut pas rester l'ami des Indiens Querandi et bientôt se trouva bloqué avec ses soldats et les colons dans l'étroit campement. Des batailles, des assauts eurent lieu avec des succès divers; toutefois la petite colonie espagnole ne parvint pas à se dégager com- plètement, et, en 1542, Alvar Nuñez « Tète de Vache » donna l'ordre 102 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, d'évacuer Buenos Aires : le pays était rendu aux Indiens, Repoussés de ve côté, les Européens reportèrent leurs forces vers les rives du Parani et du Paraguay où les indigènes s'étaient soumis sans grande résistance, mais leurs progrès mêmes dans l'intérieur rendirent indispensable la fondation d'une cité commerciale sur les rives de l'estuaire, Il semblait téméraire de s'établir dans le voisinage des belliqueux Charrua de la Bande Orientale, et l’on décida la reconquête de la position perdue sur le Riachuelo, En 1580, Juan de Garay, accompagné de soixante soldats et d'une troupe d'Indiens auxiliaires, reprit possession de la berge de Buenos Aires, d'où les Querandi s'étaient alors éloignés, et la répartition du terrain com- mença. La naissance d'un entrepôt commercial à la porte de immense bassin des fleuves platéens était un événement trop considérable pour que l'ancien équilibre ne se trouvât pas changé. Les négociants de Séville et de Cadiz, qui possédaient le monopole du commerce dans le Nouveau Monde par la Nouvelle-Grenade et le Pérou, exigèrent du gouvernement cette mesure absurde, que l'importation des objets d'Europe à la Plata se fit par la voie du Pérou et du haut Paraguay". Cependant Buenos Aires réussit à obtenir quelques facilités de trafic, et l'établissement d'une colonie portugaise à Sacramento, en face même de la ville espagnole, développa rapidement le commerce de contrebande. Buenos Aires et sa banlieue n'avaient encore que 20 000 habitants en 1744, plus d'un siècle et demi après sa fonda- tion. La ville ne prit d'importance qu'en 1776, lorsque les territoires platéens se détachèrent de la tutelle politique et commerciale du Pérou, pour constituer la vice-royauté de la Plata et nouer des relations directes avec la mère patrie. Dès le commencement du dix-neuvième sièele, Buenos Aires devint une grande ville de 50 000 habitants; la campagne environ- nante possédait un nombre égal de résidents. Avec la période de l'indépendance commençèrent les guerres et les dissensions civiles; néanmoins Buenos Aires ne cessa de grandir, et, depuis que le mouvement d'émigration européenne a pris le caractère d'un exode, la capitale de la Plata, naguère inférieure à beaucoup d’autres cités sud-américaines et aux deux cités principales de l'Austra- lasié, a pris le premier rang comme centre populeux dans tout l'hémisphère méridional*, Parfois des révolutions locales, des épidémies, des crises d'argent ont occasionné un recul temporaire, mais le mouvement normal ® Martin de Moussy, ouvrage cité. * Population de Buenos Aires, le 31 juillet 1893 : 569 122 habitants, + Repoussés de ce es du Parani et du le résistance, mais nsable la fondation semblait téméraire la Bande Orientale, le Riachuelo. En s et d'une troupe de Buenos Aires, on du terrain com- mmense bassin des pour que l’ancien Séville et de Cadiz, suveau Monde par ment cette mesure a se fit par la voie s réussit à obtenir lonie portugaise à loppa rapidement Le n'avaient encore mi après sa fonda- que les territoires nerciale du Pérou, relations directes ème siècle, Buenos ampagne environ- es guerres et les à de grandir, et, pris le caractère eure à beaucoup pales de l'Austra- tout l'hémisphère émies, des crises ouvement normal BUENOS AIRES. 130 comporte une augmentation annuelle de 10 à 14000 individus par l'excé- dent des naissances sur les morts, et à cet accroissement vient s'ajouter d'ordinaire une partie de l'immigration totale, évaluée à un cinquième des passagers débarqués', La ville, occupant une superficie très considé- able en proportion de ses habitants, se développe de Belgrano à Barracas «ur un espace d'environ seize kilomètres et demi le long du fleuve, et sur une distance à peu près égale de la rive vers les campagnes de l'inté- rieur, Au nord-ouest, elle projette un long faubourg dans la direction du Paranä; à l’ouest, elle se continue par des quartiers avancés vers San José de Flores; au sud, elle annexe par des rangées continues de maisons les villes de la Boca et de Barracas, sur les bords du Riachuelo. Le municipe s'étend sur un espace de 182 kilomètres carrés; toutefois la superficie réellement couverte par les constructions est seulement de 5 kilomètres carrés, soit environ la moitié de la surface de Paris. Mais Buenos Aires, de même que Rio, Montevideo et toutes les autres grandes cités sud-américaines, est depuis 1870 très amplement pourvue d'omnibus sur rails, qui font un service proportionnellement beaucoup plus actif que les véhicules des cités européennes”. En outre, il faut tenir compte des six chemins de fer qui rayonnent des quais et qui desservent plusieurs slations urbaines. Avant que le commerce et la spéculation eussent fait naître de très grosses fortunes, toutes les rues, toutes les maisons de Buenos Aires se ressemblaient. Réglées jadis par une loi formelle du conseil des Indes, les rues avaient une largeur uniforme de !6 vares (15 mètres 76) et limi- aient des îlets ou manzanas ayant 129 mètres de côté; des trottoirs d'un mètre environ bordaient la chaussée. Le type normal de la demeure, copié sur les maisons de Séville et de Cadiz, présente le long de la rue un salon à deux fenêtres et un vestibule fermé d'une grille, à travers laquelle on aperçoit les arbustes et les fleurs du patio, qu’entourent les appartements intérieurs. Autrefois les maisons n'avaient qu'un étage ou mème un simple rez-de-chaussée. Mais la cherté croissante des terrains“, ! Nacion, Agosto 28, 1893. # Voies pour omnibus sur rails dans la ville de Buenos Aires en 1892 : 287 kilomètres. 406 voitures, 3300 employés, 6227 chevaux et mules. Voyageurs transportés : 60 650 000. (Prensa, 1° janvier 1893.) 5 Mouvement commercial des gares de Buenos Aires en 1891 : Voyageurs... . . . * . . . . . . 6550 009 Marchandises . . . . . . . . . . 1 370 000 tonnes. # Valeur moyenne des terrains dans le municipe de Buenos Aires, en 1890 : 142500 francs en or par hectare; 14 fr, 25 par mètre carré, 134 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, qui, dans les quartiers du centre atteint les mêmes prix que dans les capitales de l'Europe, incite les propriétaires à surélever les murs de leurs immeubles, et les parties populeuses de la cité, à l'est dans le voisinage du port, au nord près du pare de Palermo et des quartiers élégants de Belgrano, se reconstruisent peu à peu de maisons plus hautes, plus somptueuses, et ne se modelant plus sur le type primitif des demeures Le 2 Aie DE BA ER RAT APR andalouses. Livrée aux architectes, Buenos Aires prend l'aspect composite et banal de la plupart des autres capitales. Les banques cherchent à e distinguer par le luxe des marbres et des métaux. Sauf la brique et le sable, le sol de Buenos Aires ne fournit aucun des matériaux qui servent à sa construction et à son embellissement. Le granit, les schistes micacés viennent de l'île Martin Garcia ; les marbres sont de provenance italienne; les dalles des trottoirs et des cours sont apportées par les navires anglais: la chaux a été préparée sur les bords des fleuves Uruguay et Paranä; les bois ordinaires ont été coupés en Norvège, au Canada; le Brésil et le Paraguay expédient les bois précieux d'ébénisterie; la France envoie les meubles, les bronzes, les cristaux. Les principaux monuments se groupent non loin du rivage, à l'endroit même où Juan de Garay éleva les premières constructions. Le palais du gouvernement, la Casa Rosada, séparé de la douane par une promenade et un chemin de fer, est l'ancien fort des vice-rois, souvent restauré, puis entièrement reconstruit depuis la fin du seizième sièele. À côté, sur le pourtour de la place Mayo ou Victoria, se profilent les principaux édi- fices, palais du Congrès, hôtel de ville, Bourse, théâtre Colon et la cathé- drale, précédée d’un grandiose péristyle à colonnes corinthiennes. Pen- dant le jour, la vie urbaine converge par ses lignes de véhicules vers ce point central. Là commence le large boulevard de Mayo, non encore ter- miné, qui doit se croiser au centre de la ville avec le boulevard Callao et tracer une grande croix à travers tout Buenos Aires, C’est aussi dans le voisinage immédiat de la place Mayo que se trouve la station où vien- nent aboutir la plupart des trains du réseau platéen; la rue, d'ailleurs aussi étroite que les autres, où se porte la foule des promeneurs et des oisifs, errant de magasin en magasin et de café en café, commence loul près de la place pour se diriger au nord vers la plaza San Martin : ce rendez-vous du « tout Buenos Aires », qui rappelle la rua do Ouvidor à Rio, est la calle Florida. Toutes les nationalités ont leurs représentants à Buenos Aires, le grand creuset où se triture et se forme la nation argentine. Dans cette Babel de races et de langues, les natifs sont loin d’avoir la majorité, et, même eu prix que dans les les murs de leurs dans le voisinage irtiers élégants de lus hautes, plus itif des demeures l'aspect composite es cherchent à se uf la brique et le AUX qui servent à schistes micacés ‘enance italienne: s navires anglais: ay et Paranä: les le Brésil et le ‘ance envoie les ivage, à l'endroit ns. Le palais du une promenade souvent restauré, ècle. À côté, sur s principaux édi- olon et la cathé- inthiennes. Pen- éhicules vers ce non encore ter- boulevard Callao C’est aussi dans station où vien- rue, d'ailleurs >meneurs et des commence loul San Martin : ce ua do Ouvidor à Aires, le grand s cette Babel de é, et, même eu BUENOS AIRES. 70ù 1892, ils ne constituaient pas la cinquième partie de la population : les laliens étaient deux fois plus nombreux; en certains quartiers on n'en- tend parler, pour ainsi dire, que le génois ou le napolitain', Ce sont des étrangers qui se pressent dans les conventillos ou maisons renfermant un grand nombre de petites chambres pauvrement meublées, manquant d'espace et de lumière. D'ailleurs la ville, même dans ses quartiers les mieux construits, n'est pas salubre. La natalité y dépasse celle des grandes cités d'Europe, mais sa mortalité prend aussi un des premiers rangs parmi les fortes agglomérations urbaines*, Le système des égouts n'avait pas encore été commmencé lors des deux urandes épidémies de 1867 et de 1871, — choléra et fièvre jaune, — qui firent la première 15 000, la deuxième 26 000 victimes. Des spécula- lions diverses ont arrêté l'achèvement de l'œuvre, qui a déjà coûté plus de 150 millions de franes à la cité; plus des quatre cinquièmes des ‘analisation souterraine, maisons ne sont pas encore rattachées à la dont le grand égout collecteur, long de 26 kilomètres, se déverse dans l'estuaire à l'est de la cité, près du bourg de Quilmes. Quant i l'eau pure, des machines la prennent de l'autre côté de Buenos Aires, à 1600 mètres de la côte de Belgrano, dans un parage de l'estuaire où l'eau est tout à fait douce, mais chargée de sédiments, Un tunnel de 6 kilomètres environ porte cette eau aux bassins de la Recoleta, situés immédiatement au nord de la ville: mais l'apport journalier, — 679000 hectolitres, —- ne suffit pas, puisque 10 000 maisons sur 40 000 sont encore dépourvues d'eau en 1895. Outre son aqueduc souterrain”, dérivé directement de l'estuaire, Buenos Aires possède des puits qu'ali- mentent des nappes profondes. Vers 1860, on fit les premiers forages artésiens, et l’on poussa mème jusqu'à la profondeur de 280 mètres ; mais l’eau fortement salée que fit surgir la sonde ne peut servir aux usages domestiques*. Depuis cette époque on se borne à rechercher la nappe 29 mètres d'eau en communication avec le Paranä, qui se trouve de 95 à ! Population de Buenos Aires, par nationalités, en 1892 : liens er Re ee TOOL ETAMIS Ste 23 000 \rgentins. . , . . . . 99 500 | Anglais . + . . . . . , , . , , 9 100 Espagnols... , . . . . , . . 68500 | Allemands. . . . . . , . . . . 7 500 Divers ou sans nationalité inscrite. . . + . . . 102 700 3 État civil de Buenos Aires, 1891 : NAN Pa homer es A MOI ne led digue 25 591, soit 46,5 pour 4000. 15014 » 94,3 » 3 Débit journalier de l'aquedue en 1895 : 62000 mètres cubes, * Emilio Godoy, Boletin del nstitulo Geogréfico Argentino, tomo Y, 1884. 75 NOUVELLE GÉOGRAPITE UNIVERSELLE. de profondeur moyenne et se mêle aux sables fluides sur une épaisseur de 25 mètres, En 1884, il existait déjà 190 de ces puits d'eau semi jaillissante, dont les plus abondants fournissaient 40 mètres eubes d'eau par heure et qui ne se nuisaient nullement les uns aux autres : la nappe parait inépuisable! Ville de commerce où passent les trois quarts du trafie de la Répu- blique, Buenos Aires a dù chercher à se donner un port, On à d'abord repris l'embouchure du Riachuelo dans laquelle Mendoza avait mouillé ses navires, et l'on à dragué le chenal d'entrée, en le protégeant par des digues latérales. Une profondeur d'eau suffisante pour des navires d'une calaison de à mètres à été ainsi obtenue, et l'approfondis- sement projeté atteindra 6 mètres 40, Une autre œuvre plus considé- rable, commencée en ASS7, consiste à creuser devant tout le front de ln cité quatre bassins de 7 mètres, défendus par un brise-lames en granit et pourvus de hangars, de grues, de voies ferrées, Cet ensemble de travaux, qui a déjà coûté près de 200 millions, fera de Buenos Aires un port incomparablement supérieur à celui de Montevideo, pourtant beaucoup plus favorisé par a nature’, Au lieu de mouiller en plein estuaire, à 26 kilomètres de la ville, amarrés à des bouées, la plupart des gros navires entrent maintenant dans les trois bassins de Buenos Aires déjà terminés (1895) ou dans le port du Riachuelo, dit de la Boca ou « Embouchure », le « Gênes » de la Plata, à en juger par l'origine et le dialecte de la plupart des marins. Au sièele dernier, le ehenal n'ayant pas encore été balisé, les navires ne voguaient que de jour, précédés par Maisons de Buenos Aires en mars 1892, » » reliées à l'égout. . . , * Mouvement de la navigation dans les ports et la rade de Buenos Aires en 1892 : Entrées , . , 3471 navires, jaugeant 2206950 tonnes. Sorties. , . , 2694 » Ù 1745400 » Ensemble . 6165 navires, jaugeant 3952350 tonnes. Valeur des échanges en 1890 : Importations, . . . . . . . . 258 000 000 francs. Exportations, . . . . . . . . . 222 000000 » Ensemble, . . . . . . . ., 480 000 000 francs. Exportation de Buenos Aires en 1892 : 389 175 000 francs. Lainess » . … , + à 327 289 balles. Froment et maïs. . . . . 6411 000 sacs, Carcasses de moutons. , . 958 875 5 M. G. and E. T. Mulhall, Handbook of the river Plate. t ur une épaisseur uits d'eau semi- ètres cubes d'eau utres : la nappe afie de la Répu- un port. On à Le Mendoza avait en le protégeant sante pour des et l'approfondis- re plus considé- ut Le front de In unes en granit el mble de travaux, S Aires un port urtant beancou plein estuaire, plupart des gros uenos Aires déjà de la Boca ou ar l'origine et le * chenal n'ayant ll’, précédés par AA 5 — VUE PRISE DEVANT LE PALAIS DL CONGRE-. BUENOS AIRE. Dessin de A. Slom, d'après une pho [LUE con elle lier app Isid une ma l'Ur tom neu | | due 1 Air de mai pre: PALERMO, BELGRANO, LA PLATA. 707 deux chaloupes de sondeurs « comme des chiens de chasse courant devant leur maître"? » Les importations ne servent pas uniquement à la consom- mation de la cité et de l'arrière-pays : elles alimentent aussi une indus- trie considérable, fonderies, minoteries, distilleries, tanneries et autres, qu'a fait surgir un tarif de « protection », aux dépens des consom- mateurs, L'exportation comprend surtout les lainés, les viandes, le fro- ment, le maïs. Peu de villes sont mieux pourvues de théâtres, de salles de plaisir, de mails, de jeux de paume que le chef-lieu de l'Argentine; mais, sans compter quelques petits jardins, plusieurs promenades plantées d'arbres, elle n'a qu'un seul pare, Palermo, situé au bord de la mer, près des quar- tiers élégants, sur la route des villettes qui, même en dehors du municipe, appartiennent réellement à la banlieue buenos-airienne : Belgrano, San Iidro, San Fernando, las Conehas. Ce magnifique jardin publie, que décore une avenue de palmiers, possède de belles collections de plantes et d’ani- maux. C'est l’un des rares lieux d'étude existant à Buenos Aires, avec l'Université : celle-ci occupe l'emplacement de l'ancien collège des Jésuites. là se trouvent la Bibliothèque nationale, comprenant 60000 volumes, et le musée que fonda Rivadavia, en 1823, et que dirigea longtemps le naturaliste Hermann Burmeister : naguère les richesses n'étaient qu'en- lassées dans un local trop exigu. On y remarque une très précieuse collec- ion paléontologique, et, entre autres objets remarquables, un météorite tombé en 1880 dans l’Entre-Rios et renfermant des matières charbon- nc ? neuses , La Plata, chef-lieu de la province de Buenos Aires, n'est pas une cité due à l'initiative individuelle. La loi ayant fédéralisé le municipe de Buenos Aires, le siège de l'administration provinciale devait être reporté en dehors de ses limites. On eût pu faire choix d’une agglomération déjà existante, mais on préféra créer en pleine zone de pâture une ville dotée dès son premier jour des avantages de confort, de luxe et d'hygiène indiqués par les hommes de l’art. La décision fut heureuse, car la région est salubre et près de là s'ouvre la « baie » ou ensenada de Barragan, la meilleure de tout le littoral. Les Espagnols avaient utilisé ce mouillage pendant deux siècles, et à diverses reprises on y fit des travaux d'aménagement ! Muratori, Paraguai. ? Henry A. Ward, Revista del Museo de La Plata, 1890-M,. 740 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, pour faciliter l'atterrissage des navires, Des voyageurs ont souvent di que La Plata avait surgi de terre comme une cité nord-américaine, en ajoutant qu'aux États-Unis les villes ne naissent pasen vertu de lois où de décrets, C'est une erreur : Washington, Indianapolis, naquirent, comme La Plata, par ordre du Congrès où d'une législature d'État ; quant aux cités industrielles, Pullman, Middlesborough, Birmingham, que fonda tel ou tel capitaliste, glles ne sont pas davantage le produit d'un groupes ment spontané des hommes, Le municipe dont La Plata occupe le centre, et qui comprend une étendue de 150 kilomètres carrés, possédait déjà deux bourgs : Tolosa, centre d'ateliers pour les chemins de fer, et Ense- nada, sur le port de Barragan: ensemble la population du municipe atteignait près de 8000 habitants. La croissance de La Plata fut très rapide, On en posa la première pierre en 882, et, dix-huit mois après, les principales administrations provin- ciales s'installaient en des palais resplendissants de boiseries, marbres et dorures., Les recensements, se succédant d'année en année, indiquaient un accroissement extraordinaire, quelquefois plus d'un millier d'habitants par mois, Puis vint la période de réaction; après l'achèvement des con- structions officielles, quand les escouades d'ouvriers, les entrepreneurs et fournisseurs eurent à quitter les chantiers, et qu'une crise financière vint coïncider avec la cessation des travaux, on constala que l'état économi- que de l'Argentine ne comportait pas la coexistence de deux grandes cités à 50 kilomètres l'une de l’autre. Les fonctionnaires, tenus à la résidence auprès de leurs ministères respectifs, regrettèrent la capitale voisine, où le Lravail eût été plus facile et surtout plus agréable. Buenos Aires avec ses théâtres, ses lieux de plaisir, sa vie politique et sociale, exerce une forte attraction sur les habitants de la jeune cité, sans racines dans le sol, sans attaches dans le passé. On préfère l'imprévu, l'animation commerciale, la variété relative de Buenos Aires au carré géométrique de La Plata, à ses rues uniformes de 18 mètres, à ses avenues de 350 mètres, à ses allées diagonales, à son boulevard d'enceinte, à ses places quadrangulaires se suivant à intervalles égaux, à cette immense épure reportée de la planche de l'ingénieur sur le terrain. Néanmoins, des industries locales ne manqueront pas de naître, et la facilité croissante des communications finira par faire de Buenos Aires et de La Plata une seule et même cité comme un orbe elliptique à deux foyers. La Plata a pris une certaine importance par ses écoles. Les principaux monuments consacrés à la science et à l’enseignement s'élèvent au milieu des ombrages du pare ou dans les alentours : la Faculté d'agronomie et souvent dit que aine, en ajoutant is où de décrets, ‘ent, comme {a Etat: quant aux am, que fonda uit d'un groupe ecupe le centre, » possédait déjà de fer, et Ense- in du municipe première pierre trations provin- ries, marbres et née, indiquaient lier d'habitants ement des con- "ntrepreneurs el financière vint l'état économi- ix grandes cités s à la résidence le voisine, où le JS Aires avec ses xerce une forte ans le sol, sans h commerciale, de La Plata, à mètres, à ses quadrangulaires reportée de la tries locales ne ommunications et même cité Les principaux vent au milieu l'agronomie el LA PLATA, ENSENADA. 741 d'art vétérinaire, l'École des arts et métiers, l'Observatoire, très riche en instruments de premier ordre, le Musée, Ce dernier établissement, indé en 1SS#4 par le voyageur et naturaliste Francisco Moreno, hérita out d'abord des précieuses collections et de la bibliothèque du fonda- teur, et depuis s'enrichit avec une étonnante rapidité, grâce à l'enthou- sasme d'une pléiade de chercheurs, Toute la série des formations géolo- giques, les couches étagées si abondantes en fossiles, les nécropoles de ent tribus diverses, ont fourni au Musée un ensemble d'objets rares et méthodiquement classés, qui, pour certaines branches de la paléontologie 2 — ——— —— —————_—— — ——— MUSÉE DE LA PLATA: Dessin de Boudier, d'après une photographie. et de la préhistoire, mettent au premier rang l'établissement de La Plata. Le sol même sur lequel se dresse la ville renfermait des squelettes d’indi- gènes avec des pierres taillées et des os aiguisés en javelots!. Le port de La Plata, — l'ancienne Ensenada, — à 7500 mètres du centre de la ville, a réalisé les espérances de ses fondateurs. Son principal bassin, long de 1145 mètres sur 140 mètres de largeur, a 6 mètres 40 de profon- deur au-dessous des basses mers, etles plus grands navires, communiquant avec les eaux profondes de l'estuaire par un chenal de 7 à 8 kilomètres, entrent dans le port avec la marée pour débarquer à quai passagers et marchandises; mais ce mouvement se fait presque en entier à destination de Buenos Aires : à ee point de vue, Ensenada dépend beaucoup plus de la 1 Francisco P. Moreno, le Musée de La Plata. 742 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. capitale de l'État que du chef-lieu provincial. De plus en plus apprécié par les expéditeurs, ce port a doublé son commerce de 4891 à 1892. Le gouvernement possède à La Plata de grands établissements militaires, une cale flottante et une escadrille de torpilleurs". Le principal inconvénient du port d’Ensenada et de la ville voisine provient des égouts de Buenos Aires, qui se déversent dans la mer près de Quilmes, à l’ouest et en amont, par la direction normale du courant. Ces trente ou quarante mille mètres cubes d'eaux impures qui se mêlent chaque jour au flot de l'estuaire et qui doubleront, tripleront par décade, menacent le port de leurs alluvions pestifères et forcent les habitants à ne demander leur eau d'alimentation qu’à la nappe profonde des eaux mêlées aux sables du sous-sol. A l’est de La Plata, il n’y a plus de ville proprement dite dans le voisi- nage de l’estuaire : le bourg le plus important, Magdalena, se trouve à 5 kilomètres dans l’intérieur, au milieu des marais, et possède quelques saladeros sur le bord de la mer, à l’escale d’Atalaya. De ce côté Buenos Aires a de petites stations de bains; mais les malades, les oisifs et les joueurs de la capitale apprécient surtout les grèves de Mar del Plata, situées pourtant à 400 kilomètres de distance par chemin de fer, près du cap Corrientes. Le pays, âpre, montueux, sauvage, contraste avec les plaines monotones des pampas platéennes, et l'air, renouvelé par les vents du large, y est d’uue pureté parfaite ; mais la mer, parcourue de courants trompeurs, y roule de puissantes vagues et se meut en tourbillons. D’autres stations de bains se fondent sur le littoral, au nord, près de Mar Chiquita, et sur la côte méridionale, à l'embouchure de la rivière Quequen, où s'élève le bourg de Necochea : on y construit une ville pour les baigneurs. Le chemin de fer qui rattache Mar del Plata à Buenos Aires traverse Chascomus, ou « Ville des Lagunes », ainsi nommée des laguets environ- nants, puis Dolores, entourée de petits étangs et riche en bétail. Une voie ferrée s’embranche à Maipu et passe à Tandil, ville pittoresque située à 198 mètres d'altitude, à l’entrée d’une large brèche dans la chaîne de montagnes qui se dirige vers le cap Corrientes. Le passage de Tandil était la porte par laquelle les Indiens se ruaient au pillage sur les cam- pagnes de Buenos Aires : aussi, dès 1822, construisit-on un fort sur ce = A ee à 0 À le me de 1 Mouvement de navigation du port de La Plata en 1892 : 480 vapeurs, jaugeant. . . 838 250 tonnes. 432 voiliers, Manu 430150 » 1 611 navires de cabotage » . . . , 100480 » Ensemble, 22953 navires, jaugeant. . . 1 068 880 tonnes. Valeur de l'exportation : 25 485 000 francs. LE. us en plus apprécié de 1891 à 18992. Le nents militaires, une ipal inconvénient du uts de Buenos Aires, est el en amont, par arante mille mètres flot de l'estuaire et rt de leurs alluvions r eau d'alimentation sous-sol. at dite dans le voisi- dalena, se trouve à et possède quelques De ce côté Buenos s oisifs et les joueurs r del Plata, situées le fer, près du cap ste avec les plaines lé par les vents du courue de courants ourbillons. D’autres ès de Mar Chiquita, vière Quequen, où pour les baigneurs. enos Aires traverse les laguets environ- en bétail. Une voie pittoresque située dans la chaîne de passage de Tandil illage sur les cam- -0n un fort sur ce nnes, ) ) nnes, BUENOS-AIRES Nouvelle Géographie Universelle, T. XIX. PI. IV. Pacheco > SMartin” Rodriguez MHoedo Ituzaino Hornos Las Herds 59° C.Perron, d'éarès Le énete cle la , Nouvelle Ocographie Universelle ‘st 4 autres documents «fe Di Smètre p——— 0 =NOS-AIRES A ET L'ESTUAIRE Hachette et Cie. Paris, 60°30° PÉMartin Cia | “ TT Phare ZMartin Garcia = À S ÿ BASS ne = = SMartin Bonfield \ | Temperley > 1 »Marmol #Claypole ; L > S.Juan TN | share \ Varela 4 Typ. A. Lahure 30 kil. LA PLATA, MAR DEL PLATA, TANDIL. 745 point stratégique. À quelques kilomètres de Tandil s'élève la fameuse piedra movediza où « roche branlante », bloc erratique de 270 tonnes, ne touchant que par un seul point de sa très vaste base une paroi de gra- nit très inclinée : le vent suffit à faire mouvoir cette pierre; cependant, d'après la légende, trente bœufs accouplés n'auraient pu la renverser. tette pierre était sacrée pour les Indiens, elle l'est aussi pour les gauchos. Le L* janvier 1875, une centaine de ces natifs s’y donnèrent rendez-vous ROCHES ERRATIQUES DE TANDIL. Dessin de Gotorbe, d'après une photographie, pour aller massacrer les Européens : ils en tuèrent une quarantaine. Tandil fournit Buenos Aires de marbres et d’autres matériaux de con- struction. Au nord, la ville d’Azul, -— autrefois Calufü, mot indien qui signifie également « bleu », — est la station de mi-voie entre Buenos Aires et Bahia Blanca; par sa population et son commerce elle à pris le pre- mier rang parmi les agglomérations urbaines de l’intérieur. Toute l’éten- due de la pampa, de l'estuaire platéen à Bahia Blanca, est maintenant divisée en domaines que séparent des barrières en fil de fer : partout le sol a son possesseur; mais en dehors des villes on ne rencontre que de rares habitants : on ne voit que des troupeaux et des bergers. Cepen- 744 NOUVELLE GÉOGRAPIHE UNIVERSELLE. dant Azul et sa voisine Olavarria, à l'ouest, sont entourées de colonies, cultivées par des paysans de toute race, surtout par des Danois et jar des mennonites russes. Les districts de la province situés à l’ouest de Buenos Aires, dans le voi- sinage du Paranä ou du chemin de fer interocéanique, sont les plus popu- N° 156, —— MONTAGNE DE TANDIL AU CAP CORRIENTES, Quest de Fans 37 Quest de Greenwich d'apres Seelstrang Pohonadeurs ce0a mètres del0aS0m. de Sn etaudl 1: 2 000 000 LE ——— ————_—_—_—_—_—_— 80 kil. leux de la région des pâturages. Plusieurs villes importantes se succèdent le long des voies ferrées : Lobos. Veinte y Cinco de Mayo, Mercedes, Chi- vilcoy, Chacabuco, Junin, Pergamino, Arrecifes, où l’on reeueillit en 1766 les premiers ossements des grands animaux préhistoriques de la Plata : un megathérium envoyé à Madrid et que Cuvier ne connut que par une description, permit de classer cette espèce gigantesque dans la série animale". 1 Émile Daireaux, Buenos Ayres, la Pampa et la Patagonie. urées de colonies, Danois et pur des Aires, dans le voi- ont les plus Popu- ntes se succèdent , Mercedes, Chi- cueillit en 1766 es de la Plata : ut que par une dans la série AZUL, ARRECIFES, BAHIA BLANCA. 745 Au sud de Trenque Lauquen, qui fut jadis un des postes stratégiques les mieux fortifiés de la frontière indienne, et de la chaîne des fortins qui le rattachaient au fossé naturel formé par les lacs de Guamini, la région des collines et des lagunes, qui constitue l'aigue-verse entre le Salado et les rivières de Patagonie, n'a que des habitants encore très clairsemés. La population se groupe en communautés plus denses aux approches de Bahia Blanca, cité de grand avenir. En 1828, un fort de N° 45%, — LIGNES DES LACS ET DES FORTS. Quest de Paris - no A F = 0l.Critème, + Be , d'apres Seelstranf . C.Perron 4 ; 1400 000 —————— | 0 60 kil. la « Baie Blanche » s'éleva, non sur la plage sableuse, mais à une dizaine de kilomètres, près du marais où se perd la rivière de Napostä. Les premiers qui se présentèrent, trois Suisses, arrivèrent en 1865, et bientôt après vinrent des immigrants de toute nationalité ; mais avant 1882 aucun bateau à vapeur européen n'était entré dans le port, et à cette époque le mouvement de la navigation par voiliers ne dépassait pas 6000 tonnes. Bahia Blanca jouit d'avantages exceptionnels. Situé à 7 kilomètres de la ville et parfaitement abrité par une chaîne d’ilots, le havre donne aux navires 10 mètres de profondeur à marée basse : à l’embarcadère même, xIX, 94 TAG NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, l'épaisseur d'eau est de à mètres el demi. Entourée de vignobles qui produisent le vin très apprécié de chocoli, Bahia Blanca jouit d'un climat analogue à celui de l'Europe occidentale et correspond pour la latitude à la partie du Chili, entre Concepeion et Valdivia, où prospèrent le mieux les plantes de la zone tempérée médiane. Rattachée à Buenos Aires par deux voies ferrées et un service hebdomadaire de vapeurs, N° 158, — BAMIA BLANCA, - Quest, de Paris En | Cuntrero Nb | = = ee 1Komero Grande ESS uest de Lresnwich Frelondeurs ce O0 lOméètres ce /0"'et au deals 1 : 1400000 Û — Û (nl 50 kil Bahia Blanca trafique directement avec les pays d'outre-mer et possède les amorces du réseau qui la reliera aux vallées andines du haut Colorado et au havre chilien de Valdivia. Le mouvement du port s'accroit chaque année’. La ville s'alimente d'eau par un canal dérivé du rio Napostä et par des puits artésiens creusés entre la ville et l'estuaire, l'un à 240, l’autre à 268 mètres de profondeur. L'eau de ces puits, quoique potable, arrive chargée d’une certaine quantité de sel, dont on espère la débarrasser en rendant les parois plus étanches. De vastes ! Mouvement de la navigation à Bahia Blanca, en 1892 : 390 navires, portant 74645 tonnes. Valeur des échanges : 42 800 000 francs. de vignobles qui jouit d'un climat pour la latitude ù prospèrent Je tachée à Buenos ire de vapeurs, _ Ouest de Fans Me “ha C Perron mer et possède ines du haut u port s'accroil dérivé du rio »e et l'estuaire, de ces puits, e sel, dont on hes. De vastes 74 645 tonnes. GÉNÉRAL ACHNA. RUE. — VUE PRISE DANS UNE £ £ É À em Hi & < = 3 £ ä mal mel par hon rem un les mil soi) se 1 la \ sou riv ré le | s'o BAHIA BLANCA, PATAGONES. 74 marécages, notamment autour de Cuatrero, ont été drainés jusqu'à la mer et les eaux vaseuses remplacées par le flot pur des canaux d'irri- ation : des jardins, des cultures recouvrent maintenant ces étendues naguère stériles, La grande division territoriale dite de la Pampa, que traverse le Salado pour se perdre dans l'Urre Lafquen avant d'atteindre le Colorado, a le port de Bahia Blanca pour havre indispensable et pour métropole naturelle. On lui a donné pour chef-lieu, au milieu des laguets et des pâturages, un site dénommé General Acha, d'après un des chefs militaires de l'Argentine. Une diligence, qui traverse le Colorado au fort General Paz, parcourt le désert entre Bahia Blanca et Carmen de Patagones, — ou simplement l'atagones, — que Viedma fonda en 1779 et qui fut pendant longtemps le poste d'avant-garde dans les redoutables solitudes du Midi. Cette ville est située sur la rive gauche du fleuve, à 54 kilomètres de la mer, à la base des escarpements en falaise qui limitent le plateau. Un fort construit au-dessus de la ville servait naguère de refuge, en cas d'alerte, aux rares familles de colons qui s'étaient aventurées dans le pays des Tehuel-che. Dans les premières années de l'indépendance, durant la gucrre qui sévit entre l'Argentine et le Brésil, trois navires montés par des Impériaux se présentèrent devant la barre de Patagones. Les hommes débarquèrent pour s'emparer du fortin, tandis que les vaisseaux remontaient le fleuve. Mais un bâtiment s'échoua sur l'ilot de l'entrée, un autre à moitié roule, et quand le troisième arriva en vue du fort, les cinq cents fantassins, mourant de soif et surpris par le choc d'un millier de chevaux à demi sauvages que poussaient devant eux les soixante-dix défenseurs de Carmen, avaient déjà demandé grâce. Le navire se rendit à son tour, et les riverains s'empressèrent de le dépecer'. Depuis, la ville s’est entourée de cultures, et les restes de la population tehuel-che, soumise désormais, sont venus s'établir en face, près de Viedma, sur la rive droite du fleuve. Des bateaux à vapeur de Buenos Aires touchent régulièrement à l’escale de Patagones, malgré ses dangers. Heureusement le port de San Blas, étudié en 1883 par une commission hydrographique, s'ouvre à moitié distance des deux embouchures, rio Negro et rio Colorado, ‘et paraît devoir suppléer un jour à l'insuffisance nautique de ces entrées. Si la contrée se peuple, San Blas deviendra le débouché naturel des deux vallées : le chenal balisé du port a 7 mètres de profondeur à marée basse et le flot y ajoute À mètre et demi à # mètres d'eau. Viedma, ainsi ‘ E, Aguirre, Petermann's Mitteilungen, Litteratur-Bericht, 1892, 750 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, nommée en mémoire du fondateur de Patagones, est aussi grande que Carmen et plus agréable à habiter : le gouvernement en à fait choix pour capitale du territoire de Rio Negro. Entre les deux villes, le fleuve, rapide et dangereux, a 250 mètres de largeur. Le territoire du Neuquen, que le haut Colorado sépare de la provinee de Mendoza et dans lequel le courant du rio Negro reçoit presque toute sa masse liquide, ne peut guère se peupler que par les seuils chiliens de la cordillère Andine; car du côté des plaines désertes les communications sont trop longues et trop pénibles, tant que routes où chemins de fer ne seront pas construits du littoral aux montagnes. Pour aller de Buenos Aires au Neuquen, il faut se .‘ndre par chemin de fer jusqu'à Mendoza, au pied des Andes, puis gagner San Rafael par la diligence et cheminer ou chevaucher par monts, vallées, torrents et forêts, sur un espace d'environ 000 kilomètres. Ou bien, en quittant la station de Hucal, poste du désert qui communique avec Bahia Blanca par voie ferrée, on s'engage dans les solitudes pour rejoindre la vallée du rio Negro, jusqu’à ses affluents des Andes. Quelques petits postes militaires fondés dans le haut bassin du Neuquen ont servi de noyaux au peuplement, et des éleveurs de bestiaux se sont établis dans les alentours. De même, dans le bassin du Limay, la zone des pâturages a déjà ses habitants, et des officiers de l'expédition et militaire qui la première occupa le pays, en 1865, s'y sont fait concéder pal de vastes domaines”. Le chef-lieu du territoire, Chos-Malal, groupe ses de: quelques maisonnettes au confluent du Neuquen et du Leubü, à l'endroit où le gave commence à porter barques. À une trentaine de kilomètres au du Q NA Q ‘ sud-ouest, une autre villette, Norquin, se montre sur les bords du rio di Agrio, issu d'un cratère échancré, et dans le voisinage immédiat les (it sources thermales et minérales de Copahué jaillissent à 5000 mètres 4 pi d'altitude, avec une température qui varie, suivant les sources, de 40 à se la 1 Buenos Aires et villes principales de la province, avec la population approximative ou recensée, p Buenos Aires. . . . . . . . . . . 80000 habitants. |: Province pk BuENos AEs. G La Plata (Ensenada et Tolosa). . 66000 hab. | Dolores, . . . . . . . . . . 71700 lab. San Nicolas. . . . . . . . . 15000 » Barracas (banlieue de B.-Aires.). 7000 » n Chivilcoy. . . . . . . . . . 12000 » Bahia Blanca... . . . . . . . 6500 » n Mercedes. . . . . . . . . . 10000 » Tandil. ,.......... 6300 » NO ER RP 8000 » |} Chascomus, . . . . . . . . 400 » Pergamino . . . . . . . . 7800 » | Carmen de Patagones, : . . . 2500 » © # Bolelin del Instituto Geogräfico Argentino. umo VI, 1886, Aussi grande que à fait choix pour illes, le louve, le la province de resque toute «y S chiliens de la *oMMunications ‘mins de fer ne ler de Buenos isqu'à Mendoza, et cheminer ou Space d'environ poste du désert "ngage dans les affluents des laut bassin du urs de bestiaux sin du Limay, de l'expédition {fait concéder al, groupe ses bü, à l'endroit kilomètres au bords du rio immédiat les 9000 mètres rces, de 40 à ative ou recensée, à 7 700 hab. ). 7000 » 6500 » 6300 » à 400 h 2500 » JUNIN DE LOS ANDES, ROCA, CHUBUT, 751 07 degrés centigrades, Plus au sud, Junin de los Andes, la Huinea Melleu des Indiens, a surgi à l'altitude de GO mètres, dans la vallée du Chemen Huin, en vue de magnifiques forêts, eyprès et hètres, que les bûcherons abattent, puis assemblent en radeaux pour les expédier à Carmen de Pata- gones, Junin a l'avantage de se trouver en vue d'un seuil peu élesé de la grande cordillère, d'où l'on peut redescendre directement à l'ouest vers Yaldivia, marché principal des colonies andines. Toute la région de San Rafael au Nahuel-Huapi est la Suisse de l'Argentine, à la fois par la majesté de ses monts, l'éclat et la fraîcheur de sa végétation, la pureté de ses eaux courantes, Près du volcan de Lonquimay, qui domine un des cols fréquentés entre les bassins du Neuquen et du Biobio, un geysir d'eau bleue, haut d'une quinzaine de mètres, s'élance hors d'un eratère, entouré, sur la margelle du puits, par une frange de glaçons. ln aval de ce haut bassin, on ne trouve sur le Limay et, plus bas, sur le 10 Negro proprement dit, jusque dans le voisinage de l'embouchure, que des stations d'origine militaire : la colonisation libre n'a pu guère s'y porter, à cause du manque de pluies. Le village de Roca, fondé en aval du confluent, — Neuquen et Limay, — est situé dans une plaine alluviale, très féconde dès qu'elle reçoit l'humidité suffisante ; mais les canaux d'ar- rosage se dessèchent en été : on n'a pas encore pris dans le Neuquen une veine d’eau assez abondante pour entretenir la végétation toute l'année, et les sauterelles ravagent souvent les cultures’. Un bateau à vapeur, partant de Patagones, remonte le fleuve jusqu'à Roca pendant la saison des hautes eaux, de juillet en février. La vallée du Chubut, qui succède à celle du rio Negro dans la direction du sud, n’a guère d'habitants policés que près de son embouchure. Cepen- dant, depuis 1888, quelques éleveurs de bétail, Anglais, Chiliens, Argen- ins, se sont établis au pied des Andes dans la vallée du Corcovado, près de laquelle se trouvent des gisements aurifères. La colonie qui lance ses éclaireurs dans cette région presque déserte, quoique très fertile, de la cordillère Andine, se trouve à l’autre extrémité du bassin fluvial, tout près de l'Atlantique. En 1865, sur la foi d’un compatriote qui avait visité la Patagonie, 132 Gallois débarquèrent dans le vaste bassin circulaire de Golfo Nuevo, où se prolonge l'embarcadère de Port Madryn, puis, chemi- nant à travers les solitudes, atteignirent les bords du Chubut. Ils se mirent aussitôt à l’œuvre, bâtissant des cabanes, défonçant le sol, semant 1 Host, Boletin del Instituto Geogräfico Argentino, 1880-81. * Josef Siemiradzki, Petermann's Mitteilungen, 1893, Hett NT, NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. le grain. Tous étaient carriers ou mineurs de charbon, encore inhabiles aux travaux de la campagne. Les récoltes furent misérables; à peine | tombait-il quelques averses dans ces régions patagonienues, et parfois deux, trois années se passaient sans qu'une goutte d'eau mouillât le sol, Heureu- sement, ces travailleurs tenaces étaient aussi des hommes bons, et dès la première rencontre avec les Tehuel-che ils lièrent amitié avec les Indiens, N° 459, — COLONIF GALLOISE DU CHUBUT. de Oz Eimètres de L5m.etaudeli 1 : 1500 000 0 50 kil, qui les nourrirent, leur apportant du gibier, du poisson, les fruits de la montagne, en échange de pain et de quelques petits objets de manufacture anglaise". Cependant la colonie galloise aurait fini par succomber, si quelques-uns de ces agriculteurs inexpérimentés n'avaient eu l'idée de barrer le courant du Chubut, gonflé par la fonte des neiges, et de distri- buer cette eau par des canaux d'irrigation : la « Nouvelle Galles » était sauvée. La plaine, formant un long triangle de 77 kilomètres de l'est à l'ouest et de 8 kilomètres en largeur moyenne, comprend une superficie 1 F, Machon, Bibliothèque universelle, novembre 1893, , encore Inhabiles isérables; à peine À 8, EU parfois deux, itle sol, Heureu- es bons, et dis la : avec les Indiens, les fruits de la de manufacture succomber, si it eu l'idée de s, et de distri- à Galles » était dtres de l’est à une superficie COLONIE DU CHUBUT, 709 d'environ 40 000 hectares, dont un tiers cultivé en froment : les con- cessions varient de 100 à 150 hectare: en superficie, Le sol, compost | en grande partie de cendres volcaniques, où serpentent des canaux d'une longueur totale de N° 100, —— COLONIES ANCIENNES ET MODERNES DE LA PATAGONIE, 578 kilomètres, creusés par Îles Quest de faris propriétaires rive- rains proportion- nellement à lé- tendue de leurs champs, donne, malgré les eygnes etles canards sau- vages, d'admira- bles récoltes, sep- tuples des an- ciennes pour une mème étendue de sol cultivé : elles nourrissent les quatre mille ha- bitants de la colo- nie et subviennent à une exportation de 4500 à 2000 tonnes vers Tiver- pool. Le froment du Chubut est ré- put le meilleur de l'Amérique du Sud, Un chemin DueendeGreenvien Ù * Perri de fer, long de PE 19 kilomètres, 1 : 16 000 000 a 0 500 kil. met les rives du rio Chubut en communication directe avec Port Madryn à travers le pla- leau parsemé de dunes, Le cheptel, chevaux, vaches, moutons, comprend 30000 têtes. Composé d'émigrants faméliques à son départ d'Angleterre, le groupe expatrié des Gallois, qui comprend aujourd'hui plus de trois mille personnes et que renforcent des Anglais, des Italiens et des « fils du XIX, 9ù 1o4 NOUVELLE GÉOGRAPIIE UNIVERSELLE, pays », n'a plus un seul malheureux ni un seul homme de police!, 4t trouve le loisir nécessaire pour étudier la vieille langue des Welshmen et cultiver les arts : les recensements du Chubut énumèrent les pianos, les harpes et les violons aussi bien que les charrues et les herses, Los colons sont restés, comme dans la mère patrie, de fervents observateurs du « sabbat ». Chaque secte a son église, La capitale du territoire, la villette de Rawson, située sur les deux rives du Chubut, que traverse un pont de bois, est très mal placée depuis qu'on ne cherche plus à utiliser l'embouchure fluviale et qu'un chemin de fer rattache la colonie au golfe Nuevo. Trelew, à une quinzaine de kilomètres en amont, entrepose les denrées de Rawson, et là se trouve le siège de la société coopérative qui groupe les Gallois de la colonie «t leur fournit les marchandises d'Europe presque au prix coûtant ?, fe long de la côte, jusqu'au détroit de Magellan, se succèdent quelques “umpements, noyaux de villes futures : San Julian, Santa Cruz, humble chef-lieu de territoire, Gallegos, Cabo de las Virgenes, avec ses gise- ments aurifères. Puerto Deseado, qui offrirait de très grands avantages à cause de son mouillage et de sa position près d’une forte saillie du littoral, à moitié chemin du Chubut et du détroit de Magellan, à fini par lasser les colonisateurs, tant le climat est défavorable et le sol rebelle à la culture. Dès 1586, Cavendish y avait établi quelques familles anglaises; en 1669, la Grande-Bretagne y envoya de nouveaux colons et en fit le chef-lieu de la Patagonie, proclamée province britannique. A la fin du siècle dernier Viedma éleva un fort sur ses rivages au nom du roi d'Espagne. Puis la république Argentine y transporta quelques malheureux colons : on évalue à 575 000 francs la somme dépensée par le trésor pour l'entretien de chaque famille domiciliée naguère sur ces plages arides; il y restait encore en 1890 une famille fran- çaise. Mais l'Argentine possède maintenant d'autres régions d'avenir sur lesquelles elle ne comptait pas : le littoral des fjords qui se ramifient au sud de la cordillère de los Baguales vers les campagnes du haut Gallegos, riches en lignite*. Un hameau de chercheurs d'or surgit dans la Fuégie, sur les bords du golfe de San Sebastian, à l'entrée d’une région de pâturages, beaucoup moins infertile qu'on ne le suppose d'ordinaire et facile à cultiver, malgré ies galeries que le tuco-tuco creuse dans le sol, Plus au sud, sur le canal 1 Informe oficial, Bolelin del Instituto Geogräfico Argentino, 1880, ? Carlos Burmeister, Annales del Museo de Buenos Aires, 1888. 5 Carlos Moyano, mémoire cité, me de police!, ot ue des We/shmen ièrent les pianos, t les herses, Les 'ents observateurs uée sur les deux mal placée depuis et qu'un chemin une quinzaine de , ©t là se trouve de la colonie « Mix coûtant?, Le cèdent quelques la Cruz, humble 5, AVEC Ses vise- grands avantages > forte saillie du Magellan, à fini orable et le sol uelques familles nouveaux colons nce britannique. rivages au nom sporta quelques omme dépensée niciliée naguère e famille fran- ms d'avenir sur qui se ramifient pagnes du haut , sur les bords rages, beaucoup cultiver, malgré id, sur le canal RAWSON, USHUIA, 59 du Beagle, se montrent les quelques maisonnettes d'Ushuia (Ouchouaya), autre chef-lieu de territoire, qui, d'après le dernier recensement, renferme ‘ j FRITES 16 habitants, « tous fonctionnaires ». Cette « ville », la plus méridionale de la surface terrestre, est un triste séjour de pluie, de vent, d'orage et N° 161 — DANIA SAN SEBASTIAN. Ouest de laris 1: 500000 ! 0 20 kit. d'ennui. L'ile des États, crête de montagnes (900 mètres) perdue au milieu des vagues et des tempêtes, avait été concédée à un éleveur de bétail, mais l'entreprise a échoué. L'ile n’a d'habitants que les gardiens du phare érigé sur le cap San Juan’, à l'est; mais on prête au gouvernement l'intention d'en faire un grand pénitentier, un Sakhalin platéen. ! Principaux groupes urbains des territoires du sud : Viedma, . . . . . . 1 500 habitants, Roca . s RTE sul habitants, Rawson, , . . . . . 1000 », Norquin. ... . . . . 500 » NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, IX Depuis la guerre de l'Indépendance la population de l'Argentine n'a cessé de grandir, malgré les révolutions qui ont mis aux prises fédéra- listes et centralistes, et malgré les conflits de brigandage, honorés du nom de « guerres civiles », qui ont si longtemps désolé certaines provinces et ont tant de fois repris comme un feu mal éteint. À la fin du régime espagnol, la vaste étendue de pays qui est devenue la république Argentine n'avait probablement pas plus de 400000 habitants. Déjà le premier recensement, celui de 1857, indiquait un nombre près de trois fois plus élevé, 1161000. En 1869, après un laps de douze années, une autre énumération donna le total de 1857 500 individus, non compris une cen- laine de mille Indiens. Depuis cette époque, il n° a pas eu de cens vénéral, mais les statistiques locales permettent d'évaluer à plus de # millions d'hommes le nombre des Argentins'. C'est une population presque insigni- fiante en comparaison de l'immense territoire. Sans doute les régions très hautes des plateaux andins, les salines des provinces centrales et les craus arides de la Patagonie ne peuvent recevoir que des habitants clair- semés; mais la mésopotamie paranä-uruguayenne, les Missions, les vallées et les plaines du nord-ouest, le massif de Cérdoba et les pâturages de la pampa, enfin les hauts bassins de toutes les rivières qui s'écoulent vers l'Atlantique, formant une longue bande de terrain parallèle à la cordillère, constituent un domaine d'au moins un million de kilomètres carrés, où une population de cent millions d'hommes serait encore peu de chose eu égard aux ressources de la contrée. Par le croît naturel des familles, ce peuplement normal mettrait au moins quatre sièeles à s'ac- complir, car, d'après les données partielles de la démographie argentine, la mortalité moyenne s'élève aux deux tiers de la natalité, et cet excédent vaut à la République une augmentation annuelle de 50 000 personnes. Mais depuis le milieu du siècle l'immigration contribue en de fortes proportions à augmenter l'accroissement : elle le double et le triple en des années prospères. En 1889, plus de 289 000 immigrants ont débarqué à Buenos Aires et sur ce nombre 250 000 sont restés dans le pays. Plus largement comprise qu'au Brésil, naguère pays d’esclavage, où les plan- teurs ne voient dans l'arrivée de l'étranger qu'une augmentation de h * D'après Latzina (Estadistica del Comercio, 1895), 4 531 000 habitants, rede de | T im hom Buei de p les I tout dans seul les À ait pays de l: l'Argentine n'a x prises fédéra- we, honorés du rtaines provinces la fin du régime à » la république bitants. Déjà le près de trois fois nnées, une autre :ompris une cen- de cens général, s de # millions | presque insigni- oute les régions s centrales et les $s habitants clair- sions, les vallées s pâturages de la qui s'écoulent 1 parallèle à la on de kilomètres ait encore peu eroit naturel des re siècles à s'ac- hie argentine, la et cet excédent 000 personnes. bue en de fortes t le triple en des ont débarqué à ns le pays. Plus ge, où les plan- mentation de la POPULATION DE L'ARGENTINE,. 707 «main-d'œuvre », l'immigration est considérée dans l'Argentine, malgré les jalousies locales, comme le recrutement de concitoyens futurs. Dès l'année 1814, un an avant qu‘ l'introduction d'esclaves fût prohibée à Buenos Aires, Rivadavia parla ‘attirer l'immigration étrangère, « non ulement comme addition de travailleurs, mais comme élément de civi- lisation »'. Dans les premières décades, on ne compta pas le nombre des étrangers qui débarquaient sur les rives platéennes pour s'y faire une patrie nouvelle, mais depuis 1857 on énumère les immigrants entrés à Buenos Aires, soit directement, soit par la voie de Montevideo. En défal- quant le chiffre de lémigration et la mortalité probable des nouveaux venus non mariés, pendant les premières années de leur séjour’, on constate que la République s'est enrichie d'un million d'habitants faisant souche en Argentine. En outre, des milliers et des milliers de voyageurs arrivés par” voies coûteuses à bord des transatlantiques, et non classés parmi les immigrants, se sont établis à demeure, et l'on ne devrait pas non plus oublier les colons chiliens qui traversent les cols des Andes, pour redescendre sur le versant oriental, et qui constituent la grande majorité de la population cis-andine. Tout en augmentant soudain le nombre des résidents, les étrangers immigrés font par contre-coup baisser la natalité proportionnelle, les hommes débarquant beaucoup plus nombreux que les femmes® : dans Buenos Aires, Santa Fé, l'Entre-Rios, on compte 20 pour 100 en plus de population masculine. Mais ceux qui viennent en masses plus épaisses, les Italiens, sont précisément ceux dont les familles multiplient plus que toutes les autres : 60 pour 1000, tel serait le chiffre de leur natalité dans les provinces platéennes, tandis qu'elle est de 40 pour 1000 seulement dans les familles françaises immigrées, et moindre encore chez les Argentins. En certaines années, la mortalité de ces derniers dépasse- ait même à Buenos Aires le chiffre des naissances*, Ainsi les « fils du pays » auraient déjà perdu de leur force virile, et l'accroissement annuel de la nation serait compromis si le mélange avec le sang de l'étranger ne ! Alexis Peyret, ouvrage cité. ; Immigrants de 5° classe débarqués à Buenos Aires de 1857 à 1891. 1 801 807 émigrants partis de » » 420 000 Morts probables d'immigrants sans familles . Jus Fo 400 000 Accroissement présumé des habitants par l'immigration, . . . . 1 000 000 5 Proportion des hommes et des femmes pour les 65 655 immigrants à Buenos Aires en 1886 : Hommes . . . . . . . . . . . 71,25 pour 100 Femmes . . . . . . . . . . . . . 28,70 » 4 Latzina; — M. G. and E. T. Mulhall, ouvrages cités. 1758 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, renouvelait la race', C'estun phénomène analogue à celui que l'on observe dans la Nouvelle-Angleterve et les autres pays anciennement colonisé des États-Unis. On dit que dans là république Argentine, comme dans le Paraguay, les naissances féminines prévalent chez les familles créoles?, De mème qu'au Brésil, la nationalité dominante parmi les nouveaux venus est celle des Italiens : à eux seuls ils constituent le tiers de l'immi- gration. Puis viennent les Espagnols et les Français, sans que la statis- tique distingue l'élément basque ou euskarien, naguère le plus important, Les Anglais, les Suisses, les Allemands, parmi lesquels beaucoup de Slaves des provinces orientales, se suivent par ordre numérique, Les premiers Juifs de Russie, d’Austro-Hongrie, de Palestine, importés par bandes, arrivèrent en 1891 au nombre de 2850. La plupart des arrivants parlant une langue d'origine latine, l'accoutumance au langage national ne présente aucune difficulté. On à constaté également que plus des neuf dixièmes des immigrants sont nés catholiques et qu'un tiers environ ignorent la lecture et l'écriture. Quant aux professions, les agriculteurs, journaliers et ouvriers de toute espèce l'emportent de beaucoup sur les gens sans métier défini, et la plupart des jeunes gens, venus dans le vague espoir de faire fortune en vertu de parchemins ou de diplômes, ont à se mettre bravement au travail manuel pour obtenir un gagne-pain. Naturellement la grande majorité des étrangers reste au lieu d'arrivée ou dans les environs, à Buenos Aires, à Rosario, dans l'Entre-Rios ou le Santa F6 : l'immigration se raréfie en s'éloignant de l'estuaire platéen, Mais dans presque toute l'étendue de la République les Européens trou- vent un elimat qui leur convient et n'ont à éviter comme lieux de séjour que des régions analogues à celles qui seraient dangereuses dans l'Ancien Monde, telles les contrées marécageuses où naissent les fièvres, et les pays parcourus par des eaux malsaines, développant le goitre chez les riverains. Le tétanos cause une grande mortalité. Le ver solitaire est très commun dans l'Argentine : les paysans ayant pris l'habitude de manger la viande crue où à peine cuite, le parasite passe sans peine du quadrupède à l'homme. À cet égard il y a similitude parfaite entre l'hygiène et les maladies sur les plateaux abyssins et dans les campagnes platéennes”. La lèpre fait quelques rares victimes et Buenos Aires a reçu la visite de la fièvre jaune, importée du Brésil; mais depuis plusieurs années cette maladie ne se propage plus des navires dans la cité, grâce à des précau- t Latzina; — Alberto B. Martinez, Boletin del Instituto Geogrdfico Argentino, 1888. 3 Ernest van Bruyssel, la République Argentine. 3 B. Dupont, Endemia de tenia solium en la repüblica Argentina. LE. celui que l'on observe ciennement colonisés rentine, comme dans les familles créoles?, parmi les nouveaux nt le tiers de l'immi- S, Sans que la statis- re le plus important, 2squels beaucoup de dre numérique, Les ‘stine, importés par plupart des arrivants au langage national ‘ment que plus des qu'un tiers environ ns, les agriculteurs, de beaucoup sur les rens, venus dans le ns où de diplômes, tenir un gagne-pain. au lieu d'arrivée ou S l'Entre-Rios ou le » l'estuaire platéen, les Européens trou- mme lieux de séjour ‘euses dans l'Ancien s fièvres, et les pays e chez les riverains. e est très commun è manger Ja viande du quadrupède à re l'hygiène et les nes platéennes®. La a reçu la visite de sieurs années celle râce à des précau- gentino, 1888. IMMIGRATION, AGRICULTURE DE L'ARGENTINE, 101) ions sanitaires très rigoureuses. Parmi les violentes épidémies, la variole est la plus redoutable, comme jadis en Europe avant l'introduction de la vaceine, et la plus meurtrière des maladies lentes, la phtisie, fait autant de ravages à Buenos Aires que dans les capitales de l'Europe. Mais on cite des régions encore faiblement habitées où l'air, d'une pureté parfaite, ne laisse pas développer les maladies de poitrine : tels sont les plateaux dans l'État de San Juan et la vallée du Chubut. Un proverbe, qui n'a peut-être son pareil dans aucune partie du monde, dit qu'en Patagonie «il meurt seulement un homme tous les cent ans! » L'agriculture proprement dite est d'origine récente dans l'Argentine. Peu nombreux sur une terre d'immense étendue, où se maultipliaient les bestiaux par milliers et par millions, les habitants n'avaient qu'à vivre de l'abatage des troupeaux. À cette époque, la culture du sol ne répon- dait à aucun besoin. Les Argentins de la campagne, se nourrissant presque exelusivement de viande, avaient en abondance tout leur néces- sure. On abattait un bœuf pour en manger la langue, et l'on ne se donnait même pas la fatigue d'écorcher l'animal pour en vendre la peau : tout au plus, afin d'éviter la puanteur, trainait-on la bête dans quelque briqueterie pour en alimenter la flamme. L'entretien des estancias élait des plus simples. Les animaux restaient en plein air toute l'année et les propriétaires se faisaient un revenu suffisant par la vente des peaux, des viandes séchées ou tasajo et du noir animal, produit de la combustion des os. Après le cheval, que débarqua Solis sur les rives de la Plata, c'est par la voie du Paraguay que le premier bétail fut importé dans Île territoire platéen. En 1550, un envoyé d'Irala, revenant du Pérou, amena des chè- vres et des brebis et, trois années plus tard, les frères Gôes, partis de Säo Vicente, introduisirent au Paraguay un taureau et huit vaches. De ces bêtes, originaires du midi de l'Espagne, descendent les millions d’ani- maux qui peuplent actuellement les savanes des républiques platéennes. En devenant indigène, le bœuf européen n'a perdu aucune de ses qua- tés natives et paraît avoir à peine changé : son nouveau milieu lui con- vient aussi bien que le sol et le climat d'origine; 1l se montre le même au nord comme au sud de l’Argentine, sur un espace de 2000 kilomè- tres, dans le Chaco septentrional et dans les campagnes de Bahia Blanca. 1 W. I. Hudson, Idle Days in Patagonia. 760 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, La taille dépend uniquement de la qualité des pâturages : le bœuf el plus petit dans les champs secs el arides de Catamarea, plus grand dans les riches prairies de l'Entre-Rios"; la plus belle race est celle de Miranda, venue du Matto Grosso. Le terrain le plus apprécié est celui qui comprend à la fois un campo où pâturage, un monte où bosquet dans lequel les animaux peuvent se mettre à l'abri, un bañado où marais dans lequel ils puissent se rafraichir®, Lâchées dans les plaines, les bêtes à cornes multiplièrent prodigieusement, On estime que dans les pampas et la mésopotamie un troupeau bien aménagé double tous les trois ans, L'aceroissement était plus rapide encore pour les troupeaux alzados ou vivant à l'état sauvage dans la plaine libre. Les Indiens ne les chassaient pas pour s'en nourrir, Îs ne s'occupaient que du cheval, qu'ils avaient promptement appris à monter; ils sacrifiatent aussi des juments à leurs dieux et en mangeaient la chair; mais les Pehuen-che des Andes ne S'ha- bituèrent, dit-on, à se nourrir du bœuf que vers le milieu de ce siècle, 1 Les Espagnols de la pampa ne chassaient les alzados que pour leur cuir. Des cavaliers, tenant à la main une latte terminée par un croissant aigu, poursuivaient les animaux au galop et leur tranchaient le jarret, puis, après en avoir abattu un certain nombre, les achevaient pour enlever: le cuir, qu'ils étendaient sur le sol en le retenant par des piquets. Le peuplement de la contrée à supprimé cette industrie barbare : presque tous les animaux, devenus domestiques, sont soumis aux praliques de l'élevage régulier, Gà et là, dans les vallons écartés des montagnes ou dans les prairies défendues par un cercle de marécages, se voient encore quelques bœufs sauvages formant une « heureuse famille » avec d'autres bêtes ayant fui l'autorité de l'homme, Près de l'embouchure du rio Negro se prolonge une île basse couverte de roseaux, au milieu desquels gitent des pores sauvages : ces animaux, sans augmenter en nombre, se perpé- Luent et se maintiennent malgré les marées qui parfois recouvrent l'ile entière, el les oiseaux de proie, toujours aux aguets sur les rochers voi- sins. Pendant un temps ces pores eurent comme protecteur contre les , aigles une vache égarée, autour de laquelle se pressait la bande : les l gens des alentours l'appelaient la « mère aux cochons® ». Les chevaux sauvages ou baguales sont encore beaucoup plus rares que les bœufs alzados, et l'on n'en voit guère que dans la Patagonie méridionale, où on ne les poursuit guère que par amour de la chasse : comme mon- 1 Martin de Moussy, ouvrage cité, 3 E. de Bourgade la Dardye, Le Paraguay. 5 W. IL Hudson, Zdle Days in Patagonia. S:le bœuf est plus grand dans ‘ee est celle de précié est celui ou bosquet dans OÙ Marais dans es, les bêtes à ans Îles papas IS les trois ans, Faux alzados ou e les chassaient , qu'ils avaient uments à leurs Andes ne S'ha- u de ce siècle, pour leur cuir. croissant aigu, le jarret, puis, IL pour enlever les piquets. Le bare : presque X praliques de montagnes ou : voient encore b» avec d'autres e du rio Negro desquels gitent ibre, se perpé- recouvrent l'ile es rochers voi- eur contre Îles a bande : les plus rares que ie méridionale, comme mon- A y an TR ps 4 4:23 PFATAGONES. DE PROVINCE AL DANS LA Dessin de A. ALU ture lousi fatig est d \rge men mule expo ‘om un SC résis le l'i ires andi Le anim le rég tout l'éCUC mang bôtes chien des r ne ft Mais toMP croise ‘om brebi quali mêle l'Arg le tra To con ls € Re ÉLÈVE DU BÉTAIL EN ARGENTINE, 70 ture ils n’ont guère de valeur', D'origine arabe par la variété d'Anda- busie, le cheval argentin est d'ordinaire fort docile, sobre, dur à la itigue; mais naguère on s’occupait peu de la beauté de ses formes : il st de petite taille et sa tête est fort grosse, La vanité des cavaliers aidant, \rgentins et étrangers rivalisent maintenant d'ardeur pour l'embellisse- ment de la race par un mélange avec le sang arabe. On élève aussi des mules, surtout dans la province de Côrdoba; autrefois ces animaux étaient portés au Pérou pour le service des mines; actuellement on en fait le “ommerce avec la Bolivie et le Chili. Dans toute la région des montagnes un se sert presque exclusivement du mulet, qui a le pas sûr et plus de résistance que le cheval. Mais on s’est encore peu intéressé à l'amélioration de l'animal par le choix des baudets. Les mules qu’on expédie de Buenos \ires aux Mascareignes et aux Indes, et de l'autre côté vers les provinces andines, sont élevées dans les contrées du littoral. Le mouton constitue, avec le cheval et le bœuf, la principale richesse nimale de l'Argentine et tend même à prendre le premier rang. Sous le régime colonial, la race s'était énormément accrue, quoique les ovidés, out en restant groupés autour de l'homme, n'eussent pour ainsi dire jaucune valeur marchande. Dans l'intérieur, quelques femmes calchaqui rweueillaient la laine pour en tisser de grossières étoffes; mais on ne mangeait même pas la chair du mouton: des industriels sacrifiaient les hètes pour faire de la chaux avec leurs os, abandonnant la viande aux chiens et aux vautours. L'Espagne jalouse avait interdit l'exportation des mérinos dans ses possessions d'outre-mer : cette variété précieuse ne fut introduite que longtemps après la déclaration d'indépendance. Nais depuis 1850 un grand nombre d'éleveurs, parmi lesquels on compte surtout des Anglais, ont amélioré les variétés indigènes et, par le roisement avec les diverses races d'Europe, ont obtenu de nouveaux types “mme pour le bœuf et le cheval. Les meilleures laines sont celles des brebis qui paissent le gazon court des provinces nord-occidentales : les qualités supérieures proviennent de la puna de Jujuy, où le mouton se mêle au Jama, animal qu’on ne trouve en aucune autre partie de l'Argentine. Nul berger, sauf le Quichua, ne réussirait à l’assouplir pour le transport des fardeaux. Toutes les autres espèces domestiques de l'Europe ont été introduites “ont prospéré dans l'Argentine, même sans aucun soin : les chiens et ls chats, qui par milliers sont revenus à l’état sauvage, les pores, les L ! Rogers und Ibar, Petermann's Mitteilungen, 1880, Heft IT. 104 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, chèvres, qui là aussi ne sont guère que le bétail du pauvre, les lapins, leg gallinacés de toute espèce, L'autruche indigène et celle de l'Afrique ont réussi dans quelques fermes, mais ne donnent pas lieu à une grande exploi-f tation industrielle comme au cap de Bonne-Espérance, Le coq, d'une grande beauté, combat dans les reñideros de tous les villages : on le soigne avec amour; on croise les variétés pour obtenir les meilleurs champions, avee la crête la plus audacieuse, l'œil le plus vif, le plumage le plus éclatant, l'ergot Île plus acéré, auquel on ajoute un tranchant d'acier. Des oiseaux chanteurs, tels l'alouette, ont été lâchés dans les ampos. Les abeilles d'Europe ont réussi, notamment dans l'Entre-Rios ; mais ne serait-il pas préférable d'utiliser les espèces indigènes”? Diverses mouches à miel foisonnent dans le Chaco et dans la province de Santiago À del Estero, donnant encore lieu à une industrie assez active : des chasseurs ou meleros indiens font des voyages de plusieurs jours, et même de plusieurs semaines, pour découvrir les gâteaux que les abeilles et les bourdons melliféères construisent en des trous où attachent aux branches des arbres, Is abattent parfois des bois entiers. Les précieux insectes, pourchassés à outrance, disparaîtront peut-être avant qu'on ait appris à discipliner leur travail et à préparer des ruches. Les progrès de l'Argentine, entraînant l'utilisation croissante du sol, ont fait reculer l'élève du gros bétail devant celle des moutons, qui rasent l'herbe de plus près. Les estancias de bêtes à cornes appartiennent surtout à des Argentins qui suivent les anciennes pratiques, tandis que l'élève des moutons à pris le caractère d'une industrie plus moderne, dirigée par des étrangers et des novateurs. De même l'agriculture, succédant à la vie pastorale, représente un nouveau progrès et refoule le mouton, suivie à son tour par le jardinage ou culture intensive’. Cependant l'évolution qui s'accomplit n'empêche pas que la mésopotamie argentine, unie à la province de Buenss Aires et à la république de l'Uruguay, soit la contrée du monde qui possède le plus de bœufs et de chevaux en proportion du 1 Cheptel de l'Argentine en 1888 : QUE AL ER EN RE E RE 2eTAT 4 400 000 Bétes à cornes . . . . . , , . . . . . . 29 050 000 Moutons. . . . . . ... . . . . . . . 70450000 Proportion des animaux par 1000 habitants en 1890 : Uruguay. . . . . 10284 bœufs; 29959 brebis; 1 081 chevaux, cte. Entre-Rios. . . . 10869 » 18116 » L449 » Buenos Aires, . . 9029 » 109 851 » 4 003 » Australie, . . . . 1955 pp 49702 » 286 » France... , . . . 543 p) 592 » 76 » mel plu luzc qui tati n'o Bu e, les lapins, les de l'Afrique ont Le co, d'une r les meilleurs vif, le plumage le un tranchant lâchés dans Jos ns l'EntreHios : M “ ‘ . gènes”? Diverses e : des chasseurs S, el même de s abeilles et los nt aux branches cieux insectes, , ., se | on ait appris (ll issante du sol, (ons, qui rasent iennent surtout que l'élève des ne, dirigée par cédant à la vie mouton, suivie lant l'évolution tine, unie à Ja soit la contrée proportion du vaux, ele, 1e grande exploi- villages i ot lu ince de Santiago @ AGRICULTURE DE L'ARGENTINE, 765 nombre des habitants; pour le nombre des brebis elle rivalise avec l'Aus- ralie. Les débuts de l'agriculture furent difficiles. C'est presque de force, pour obéir à l'implacable volonté du tout-puissant Urquisa, que les habitants de l'Entre-Rios firent leurs premières plantations. Ces ordres meurent pas grand effet; les indigènes profitaient des moindres trou- bles politiques pour abandonner leurs champs, leurs vergers, et reprendre la vie nomade des pasteurs. Mais la révolution que la volonté d'un seul n'avait pu réaliser, les nouvelles conditions économiques de l'Europe et du Nouveau Monde l'accomplirent, Quand la chair des ani- maux, devenue rare sur les marchés lointains, acquit de la valeur, même dans la mésopotamie argentine, on reconnut le prix du sol nourricier, on le elassa suivant ses produits, et l’agriculture, progressant autour des villes, s'empara graduellement des meilleurs terrains de labour, L'arrivée de eultivateurs étrangers, débarquant par milliers et dizaines de milliers, cwineide avec les transformations économiques de l'Argentine et en pré- cipite le mouvement. La superficie des terres cultivées dans la république Argentine était évaluée par Braekebuseh en 1891 à près de 30000 kilomètres carrés, un peu plus de la centième partie du territoire. Les deux céréales, fro- ment et maïs, sont de beaucoup les principales cultures, et recouvrent plus des deux tiers de l'espace soumis au labour; puis vient l'alfalfa ou luzerne, que l'on cultive surtout dans les terrains arrosés de l'ouest et qui fournit au commerce une de ses plus fructueuses denrées d'expor- lation. Les autres productions végétales obtenues par le travail de l'homme n'oceupent qu'une très faible partie du domaine agricole. La province de Buenos Aires, qui nourrit la capitale, est la plus riche : elle contient le tiers des terres cultivées dans toute la République’. La province de Santa Fé, que se sont distribuée en grande partie les colons étrangers, prend le deuxième rang pour la superficie des terrains labourés. Côr- 1 Terres cultivées de la république Argentine en hectares (1891) : Ensemble, 962 457 Froment, Maïs. Luzerne, Autres, 323 662 470 586 82 560 85 649 Provinces, Buenos Aires. . Santa Fé., , . 598 093 57 073 20 772 50 419 656 287 Cordoba.. . . 174 053 111 683 188 466 49 886 0924 068 Entre-Rios . . 199 780 48 912 95 195 31 879 241 696 Mendoza... . . 12 000 30 000 495 260 23 699 490 959 Autres, , . . 54 730 407 240 159 672 118 930 420 572 Ensemble. . 1 202 228 825 495 601 85 566 462 2 996 040 (Ludwig Brackebusch, Petermann's Mitteilungen, 1893.) 766 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, doba est la troisième dans la série, mais, sauf la pomme de terre, elle ne cultive guère que le blé : il en résulte que, si cette récolle vient à man- quer, la ruine est générale. Entre-Rios, si admirablement située dans la mésopotamie argentine, n'a que la quatrième place pour l'étendue des champs cultivés, et l’autre province mésopotamienne, Corrientes, vient presque à la fin de la liste, après Mendoza, San Juan, Tueuman et San Luis. Presque partout, sauf dans les Missions, les agriculteurs ont à redouter la sauterelle volante, qui se présente parfois en bandes serrées sur une largeur de cent kilomètres. Le rendement est beaucoup plus faible que dans la plupart des autres pays agricoles : ainsi, dans la province de Santa Fé, la plus fertile de la pampa, il ne dépasse pas quatre où cinq hectolitres par hectare, récolte que l’on sonsidérerait comme misérable en France ou en Angleterre. L'Argentine donne beaucoup de froment, non en raison de sa fertilité, mais en raison de son étendue". L: première des cultures après les céréales, la canne à sucre, appartient exclusivement à la zone sub-tropicale : on ne la voit que dans les fonds de vallée, formant une bande étroite, d'Oran, près de la frontière bolivienne, à Tucumar et à Santiago del Estero. La culture du cotonnier, qui don- nait de bonnes récoltes, a été presque abandonnée ; mais dans cette même zone on cultive la vigne, jusqu’à la hauteur de 2000 mètres. Les régions principales des vignobles sont les environs de San Juan et de Mendoza : l'industrie viticole y a pris une véritable importance. La production annuelle du vin est évaluée à 600000 hectolitres, quantité à peu près égale à celle qu'on importe de l'étranger”, mais représentant seulement le cinguième des boissons de toute origine que l'on consomme sous le nom de vin. Les raisins servent aussi, de même que la canne, le maïs et autres produits du sol, à fabriquer des eaux-de-vie. Les provinces à vignobles possèdent également quelques olivettes, mais les baies ne servent guère à la préparation de l'huile, que l’on retire plutôt des arachides, autre culture de l'Argentine. Le Corrientes fournit des tabacs d’une qualité analogue aux bonnes variétés du Paraguay. Un peu de quinoa, dans les provinces du nord où s'était répandue la civilisation des Quichua, et des pommes de terre, des légumes, des fruits d'Europe dans les colonies modernes, telles sont les autres productions notables dans les champs et les jardins. On a souvent fait de la sériciculture, sans résultat fructueux, le travail des magnaneries paraissant trop méticuleux à des gens accou- 1 De Bourgade la Dardye, Le Paraguay. 3 Importation des vins et liqueurs dans l'Argentine en 18992 : 510 000 hectolitres. 5 Nacion, 5 de setiembre 1893. L de dan lor l end con elle Ti 1 me d'u que Ce cro dfl e terre, elle ne le vient à man- L située dans la r l'étendue des rrientes, vien! acuman el San culteurs ont à bandes serrées oup plus faible la province de quatre où cinq nme misérable le froment, non ere, appartient ins les fonds de ère bolivienne, nier, qui don- ins celte même es. Les régions t de Mendoza : La production ité à peu près tant seulement somme sous le anne, le mais es provinces à aies ne servent des arachides, s d’une qualité inoa, dans les uichua, et des s les colonies ltat fructueux, s gens accou- l'OS, is les champs AGRICULTURE DE L'ARGENTINE. 767 tumés aux gros labeurs. Quant à l'apiculture, on possède bien çà et là quelques ruches, mais en certaines provinces, l'introduction de l'abeille aurait été prohibée comme nuisible aux arbres fruitiers". De même que les hommes d'origine europé:ane ont refoulé ou même exterminé les indigènes, très elairsemés de nos jours, de même que le bétail de l'Ancien Monde se substitue dans les pâturages aux bêtes pri- mitives des pampas et de la montagne, de mème les plantes cultivées sont pour la plupart de provenance européenne : jusqu'au maïs, espèce américaine, que représentent maintes variétés d'outre-mer. La flore arbo- rescente exotique a déjà modifié la physionomie des campagnes : les pêchers, les peupliers, les saules, les eucalyptus ont transformé les landes «ses, et des bordures d'arbres ont assaini les rivages des marais. Jusqu'en Patagonie, sur les versants des Andes, la flore silvestre à changé d’aspeet. Les missionnaires jésuites qui s'étaient avancés au milieu des indigènes bien avant les autres Européens, avaient apporté des instruments d'agri- culture, des graines et les semences des prineipales espèces alimentaires de l'Ancien Monde. Les pommiers qu'ils avaient plantés leur survécurent et trouvèrent un milieu si favorable qu'ils se propagèrent spontanément, couvrant de vastes étendues. Dans la saison, la région sous-andine des € Manzanas » se peuple d'Indiens accourus des plaines environnantes : ils trouvent là nourriture et la boisson, ayant appris à fabriquer une espèce de cidre ou chicha. Cependant les forêts de pommiers n'existent que dans le voisinage des routes indiennes, jamais au cœur des grandes lorèts primitives”. La teneur de la propriété varie dans l’Argentine. Tandis qu'en certains endroits l'ancien régime prévaut toujours, la propriété moyenne s'est constituée dans les vrovitres de l'est, où affluent les colons étrangers; elle existait déjx dans le Tucuman, où l’on comptait en 1882 plus de 1150 proprittairs chefs de famille sur une population totale de 190 000 habitants, En certains districts éloignés de Bu nos Aires, d’im- menses domaines appartiennent collectivement au: abres dispersés d'une seule et mème famille, qui peuvent s'établir dans n'importe quelle partie de la propriété commune et y faire paître leur bétail. Ce maintien de l'indivision ne prouve pas, comme on pourrait le croire, la cordiale union entre parents : 1! témoigne sculement des grandes difficultés que l'esprit processif d£s associés oppose à un partage ! Ludwig Brickebusch, mémoire cité. * Josef Siemiradzki, Petermann's Mitleicngen, 18C5, Heît IN, 5 Pablo Croussard, Tucuman. 168 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, amiable’. Dans la province de Jujuy se maintient un reste des enco- k emp miendas, c'est-à-dire, sous un autre nom, la servitude des Indiens. die Quelques familles de ees Coyas esclaves ont réussi, après de san- des é rivald breu réuss] glantes rébellions, à reconquérir leurs terres et leur liberté, mais tous ne se sont pas encore affranchis, et tel grand propriétaire peut se dire Je maître de domaines immenses embrassant les montagnes, les vallées les habitants de lun à l'autre horizon”. Souvent les prétendues révolutions les. c politiques de l’intérieur ne sont autre chose que des couflits entre estan- centa cieros qui lancent l’une contre l’autre leurs bandes de vassaux ou inqui- l'on linos; ces malheureux, tolérés sur les domaines, mais sans espoir d'en const obtenir un lopin en propriété personnelle, toujours endettés envers le De suzerain, vivent dans une extrême misère, à laquelle les hasards d'une naiss guerre civile font une diversion, quelquefois bienvenue. kel Même dans les provinces orientales, notamment dans celle de Buenos hit a Aires, la plus grande partie du sol se partage en de très vastes propriétés, de 50 ainsi qu'en témoignent les plans eadastraux, où se trouvent inscrits les on: lo noms des différents possesseurs. On évalue d'ordinaire ces étendues par affich « lieues carrées », qui varient un peu suivant les provinces, mais À villes comprennent un espace moyen de 27 kilomètres earrés*. Un seul acheteur nv s’est acquis d'un coup pour onze millions de francs un domaine de qui « 360 000 hectares dans la pampa. Des propriétés de pareilles dimensions Ne étaient trop grandes pour avoir des limites précises : les troupeaux ent vaguaient à une certaine distance de leur querencia ou lieu de repos édit nocturne, mais à quelques hectomètres près le berger ne regardait pas aux Lnière bornes du terrain de pâture. Le libre parcours des bestiaux, tel fu le 4: I grand obstacle à l'initiative agricole : les colons devaient veiller constx;1- ÿ geant ment aux abords des cultures, et souvent n’arrivaient à chasser le bétail d pass a qu'après la dévastation complète de leurs champs. De R de somunuelles Qi Lt discussions, suivies parfois de luttes à main armée entre les estancieros qu ol et les colons. Ceux-ci ont fini par l'emporter; des clôtures en fil de fer à Re à entourent les pâturages. dèle Les premières colonies, très péniblement créées, ont été fondées par nord- des concessionnaires qui s'engageaient à peupler leur territoire dans un les te sectio 1 Brackebusch, Bolelin del Instituto Geogräfico Argentino, tomo IV, 1882, de 2 Prix moyen de la lieue carrée dans l’Argentine en 1899 : 400 1 Terres AYPICOIER, 5 4 + à 6 400 000 francs, wctio PARTAGER EE, 4 1, + 12500 » à Brousses. . . . SR 5700 » (Mulhall.) son | 5 Ludwig Brackcbusch, Petermann's Mitteilungen, 1899, Heft NI, empèt reste des enco- e des Indiens, après de san- erté, mais lous peut se dire le , les vallées el lues révolutions its entre estan- SAUX OÙ énqui- ans espoir d'en lettés envers le _hasards d'une elle de Buenos stes propriétés, ent inscrits les s étendues par rovinces, mais n seul acheteur n domaine de Îles dimensions les troupeaux | lieu de repos gardait pas aux aux, lel lui le eiller constr;u- asser le bétail de sonunuaelles les estancieros s en fil de fer té fondées par AGRICULTURE DE L'ARGENTINE. 769 Remps donné et moyennant certains avantages financiers ou autres. La D des éleveurs, les jalousies rivales causèrent de nom- breux insuccès, mais les réussites encouragèrent ls colons, et c'est par centaines maintenant que lon comnte les groupes constitués en communes. De nouvelles colonies naissent tous les jours : el grand propriétaire hit arpenter une partie de son domaine, la divise en lots de vente, en fait afficher le plan dans les rilles et les gares, donne au village futur un nom qui «sonne bien », fonde une boutique pour ali- menter les travailleurs à edit pendant la pre- mière année, et les colons & présentent, s'enga- Ageant à payer leurs lots pa annuités, d’un quart à la fois. Une loi, dite de « colonisation », votée en 1876, d’après le mo- dèle du homestead-bill Ldfficulté des communications, l’inexpérience des cultivateurs, l'hostilité N° 102. — TERRAINS ET CULTURES DE L'ANGENTINE 60° Len nord-américain, divisait ZZA Montagnes Prêts etbrousses Jarmpe ‘toire dans un ls terrains nationaux en &ctions de 20 kilomètres de côté, comprenant ° ; 400 lots de 100 hectares chacun : les cent premiers colons de chaque action, chefs de famille et agriculteurs, recevaient gratuitement chacun (Mulhall.) | son lot, et le reste était vendu à raison de 2 piastres l'hectare; pour empêcher la constitution de la grande propriété, on avait décidé que nul 4 : 52000000 1000 kil. xix, 97 770 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. ne pourrait acheter plus de quatre lots. Des compagnies colonisatrice® devaient se charger du peuplement; mais après quelques essais, malheu reux pour la plupart, ce système a été abandonné. Dans la province dé Buenos Aires on constitue, depuis 1887, des « centres agricoles » autou des gares situées à 100 kilomètres au moins de la capitale, et l'ont applique la loi d’expropriation, quand les propriétaires ne prennen pas l'initiative de la colonie. En trois années, on à ainsi formé plus de 250 villages, contenant une surface à cultiver de 2210 000 hectares La province de Santa Fé, la plus riche en colons, en comptait à la firé de 1888 plus de 190, embrassant plus de 2600000 hectares'. Dan presque toutes ces colonies, la propriété est strictement personnelle chacun peut accaparer autant de lots ou chacras que lui permet si jortune. La forme collective de propriété n’existe que chez les Allemands « russifiés », mennonites ou autres, de la rive orientale du Paranä. Lé mir russe s’y est maintenu, et même aurait pris un caractère plus r'a[ proché du communisme pur*. La production des mines ne constitue au pays de l’« Argent » qu'uné faible partie du revenu national; dans les meilleures années, elle n6 dépasse guère sept millions de francs, quoique certains gisements d'or d'argent, de cuivre, de plomb, soient fort riches; mais ils sont presqué tous situés en des montagnes d'accès difficile; telle mine, dans les pro vinces andines du nord-ouest, est souvent bloquée par les neiges. Les charbons de San Rafael et des avant-monts voisins paraissent constituet la principale richesse de la République, mais l'exploitation commence à peine. L'industrie platéenne, prise dans son ensemble, n’a qu’un bien faiblé développement. Naguère les Argentins se contentaient des petits métiers nécessaires aux travaux courants de l'alimentation, de la construction du vêtement et de l'entretien : pour tout le reste, ils s’adressaient l'Europe et aux États-Unis du Nord. Leur seule industrie importante déri vait de l'élève du bétail : le traitement des viandes, des cuirs, des poils des sabots. L'utilisation des végétaux pour le tissage, par exemple, étail presque nulle, et l’on peut dire que le travail des textiles avait rétrograd depuis que les vieilles Indiennes avaient cessé de tisser leurs solide étoffes. Mais la pauvreté soudaine causée par les crises financières e les banqueroutes a forcé les Afgentins à créer nombre de manufactures 4 Gabriel Carrasco; — Alexis Peyret, Une Visile aux Colonies de la République Argentine. 2 Thomachot, Notes manuscrites. mer déca cons 11) S colonisatrice® essais, malheu S la province dé ricoles » autou apitale, et l'on ?S ne pr'ennen insi formé plus 0000 hectares omplait à la firé hectares', Dan nt personnelle à lui permet : 4 les Allemands > du Parani. Lé ractère plus rap rgent » qu'uné années, elle né gisements d'or ls sont presqué >, dans les pro les neiges. Le ssent constituel tion commencé un bien faiblé s petits métiers a construction s'adressaient à mportante déri uirs, des poils exemple, étail wait rétrograd * Jeurs solide s financières e » manufactureg que Argentine, AGRICULTURE, INDUSTRIE, COMMERCE DE L'ARGENTINE. 771 qui leur étaient inutiles quand ils pouvaient acheter en Europe tout ce qui leur était nécessaire : c'est ainsi qu'ont surgi récemment des bras- æries, des raffineries, des papeteries et d’autres usines, munies des machines perfectionnées et servies par des ouvriers expérimentés. Favorisé par la facilité des transports sur les plaines unies, le com- merce argentin s’est accru d’une manière étonnante dans les dernières décades, mais non pas autant que le prétendent maintes statistiques « offi- celles », fixant des chiffres beaucoup trop élevés pour la valeur des articles. D’après Mulhall, le mouvement réel des échanges, dans les der- L'nières années, marquées par une grande crise commerciale, aurait été d'environ 800 millions de franes, et dans l’année la plus prospère, 1889, aurait atteint 950 millions! : par tête d’Argentin, les achats et les ventes à l’étranger représentent une somme de 200 à 250 francs. Dans ce commerce, la Grande-Bretagne a la plus grosse part, puis vient la France. La Belgique occupait naguère le troisième rang avant l'Allemagne, mais elle l’a perdu en 1892; le Brésil, acheteur des « viandes sèches », précède les États-Unis et l'Italie, qui a pourtant envoyé dans l'Argentine un si grand nombre de ses enfants?. Presque tous les objets d’exportation sont des pro- duits animaux et des denrées agricoles”; quant aux importations, elles consistent surtout en étoffes, en vins et substances alimentaires, en ma- ! Moyenne du commerce des cinq années 1887 à 1891 : Importations . . . . . . . . . . 414 000 000 franes. Exportations. . . . . . . . . . . 393 500 000 » Ensemble. . . . . . . . . . 807 500 000 francs. Année du plus grand commerce, 1890 (chiffres officiels) : 1 312 800 000 francs. Année 1852 (chiffres officiels) : 1 106 200 000 franes. ? Commerce de l'Argentine par ordre de pays : de 1 a 18901. 1892. Grande-Bretagne. . . . . . . . . 215 500 000 francs. 98,3 pour 100 le TT PNR A RSS PER EE rer 158 000 000 » 21,3 » BeMAUBs + 7. 5, 0 + 115 500000 » 1045 » Allemagne . . . . . . . . . . . 88 000000 » 11,7 » 115 AB NET TEE Er 53 000 000 » 5,75 » LÉPTPA TT RSR EE 58000000 » 5,2 » 5 Valeur de l'exportation argentine en 1892 : ini Produits du pâturage. . . . . . 336 000 000 francs. 414 750 000 francs. » de la culture.. . . . . 109 500 000 » 1844450000 » ARR EE rl 58 000 000 » 55 620 000 Ensemble. . . . . . . . 483 500 000 francs. 6121 980 000 francs. 772 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. chines et quincaillerie, en charbons et pétroles. Buenos Aires à elle seul accapare les deux tiers du commerce extérieur. Le mouvement de la navigation avec l'étranger, y compris le cabotage d’outre-estuaire avec Montevideo, Paysandü et les autres ports de la Bande Orientale, s’est très rapidement accru : il a presque quintuplé dans la der- nière décade!, et il faut y ajouter le trafic considérable qui se fait le long des rivages et sur les rivières’. La vapeur a eu de beaucoup la plus grosse part dans ces accroissements. La Grande-Bretagne se présente la première pour le nombre des navires comme pour le commerce dans les ports argentins; le pavillon national suit par ordre d'importance : il couvre surtout des embarcations à voile et à vapeur qui traversent non l'Océan, mais l'estuaire, de Buenos Aires à Montevideo, et s’accroit rapidement, nombre d’armateurs, anglais ou autres, hissant le drapeau argentin pour éviter les frais de port qui pèsent sur les bâtiments étrangers. Le cours de l'Uruguay lui-même, de Concordia à Salto, est considéré comme un océan dans les fictions administratives. Du reste, grâce aux chemins de fer. la rive orientale de l’Entre-Rios se trouve transformée en un immense quai de commerce maritime. Une compagnie de navigation possède sur les fleuves une flotte de 120 bateaux. L'ère des voies ferrées commença dans l'Argentine en 1857 par la construction d'une ligne de banlieue entre Buenos Aires et le faubourg sud-occidental de Flores. Les progrès du nouveau mode de transport furent Mouvement de la navigation avec l'étranger dans les ports de la république Argentine en 1881 et en 1892 : 1881, Entrées. . . . . . . . . . . . . 1 320 000 tonnes. Sorties . . . . . . . . . . . . . 1170000 » Ensemble . . . . . . . . . . . 2490 000 tonnes. 1892. Entrées 9948 navires, jaugeant. . . 6046 825 tonnes. Sorties 9184 » »n ,. .. Db8400% » Ensemble 19132 navires, jaugeant. . . 11 886 850 tonnes. # Mouvement du cabotage dans les ports de la république Argentine en 1881 et 1892 : 1881. Entrées. . . . . . . . . . . . . 1 790 000 tonnes. Sorties . . . . . . . . . . , . . 1770000 » Ensemble . , . . . . . . . . . 3 560 000 tonnes. 1892. Entrées 24758 navires, jaugeant. . . 2 827 100 tonnes. Sorties 24146 » » ... 2549600 » Ensemble 48 904 navires, jaugeant. . . 5 376 000 tonnes. lire, troiss main! nellei l'Ane l\ su dont Le: contr paux tone Parar dans des Bahic sud « le pr ense) 1 es à elle seule ris le cabotage ts de la Bande 16 dans la der- se fait le long la plus grosse te la première dans les ports ce : il couvre non l'Océan, t rapidement, argentin pour rers. Le cours ré comme un ix chemins de 1 un immense ossède sur les 1857 par la t le faubourg nsport furent rgentine en 1881 18992 : COMMERCE, NAVIGATION, VOIES FERRÉES. 713 lents dans les régions platéennes, et d’ailleurs ils y étaient moins urgents qu'en d'autres contrées de l'Amérique, grâce aux chemins naturels que présentent les étendues horizontales de la pampa. Avant l'introduction des voitures, les voyageurs pressés parcouraient les solitudes accompagnés de boute une tropilla de chevaux, suivant à la course une jument « marraiue » dont la sonnette ralliait la bande au lieu d'étape. Dès que sa monture était fatiguée, le cavalier en prenait une autre. et la bête en sueur qu'il venait de quitter se reposait en galopant avec le reste de la troupe. De cette manière À on parcourait 120, même 150 kilomètres par jour‘. Mais pour le transport des marchandises, à dos de mulets ou sur de lourdes charrettes, on pou- ait rarement franchir plus de 40 kilomètres, et la nuit il fallait gîter en plein air, en formant avec les bagages et les chars une sorte de camp retranché pour se défendre contre les Indiens. Puis vint l'ère des voitures upides : alors on lançait hardiment dans la plaine les diligences attelées de toute une bande de chevaux, et la voiture cahotée passait à toute vitesse à travers les herbes et les chardons, descendant brusquement dans les lits des rivières, qu'elle traversait en ayant de l’eau jusqu’à l’essieu des normes roues. Mais si les routes naturelles suffisaient pour un commerce rudimen- hire, un grand trafic ne pouvait se faire qu’à l’aide de la vapeur, et l’ac- croissement du réseau ferré a correspondu aux autres progrès matériels : maintenant il égale celui de plusieurs États européens et, proportion- nellement à la population, il l'emporte même sur toutes les contrées de l'Ancien Monde, y compris la Belgique. D'autre part, en comparaison avec kh superficie du pays, la proportion est moins favorable à l'Argentine, dont les habitants sont dispersés sur un très vaste territoire. Les chemins de fer se répartissent d’une manière fort inégale dans la contrée. Ils rayonnent en lignes très nombreuses autour des deux prinei- aux centres, Buenos Aires et Rosario, et forment un faisceau de voies concurrentes, parallèlement à la grande artère de navigation, qui est le Paranä; mais ils ne traversent pas en entier les provinces du nord jusque dans la Bolivie, et du côté de l’ouest ils n’atteignent pas (1895) le seuil des Andes. Au sud, dans ce qui fut la Patagonie, ils ne dépassent pas Bahia Blanca, et dans le vaste espace péninsulaire qui se prolonge au sud du rio Colorado, il n’existe qu’une seule courte ligne de rails, entre lk port et le principal village de la colonie du Chubut. Pris dans son ensemble, le trafic des voies ferrées argentines est fort considérable, ! Martin de Moussy; Burmeister ; Daireaux ; Alexis Peyret, ete. 774 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, puisqu'il déplace plus de deux fois et demie toute la population! ; mais le coût de la construction, d'environ 163000 francs par kilomètre, semble fort élevé pour une contrée où l’on n'a guère qu'à poser les rails sans rem- blais ni déblais. Les spéculations, les emprunts onéreux, les frais causés par des conseils dirigeants qui fonctionnent à plus de dix mille kilomèu de leur entreprise, expliquent ces dépenses, couvertes d’ailleurs, pour liers des voies ferrées, par des garanties de l'État. Dans la provine "es un e de N° 1053. — TRAGÉ DU CHEMIN DE FER TRANSANDIN, 50 kil. Santa Fé, où le peuplement rapide et la mise en culture de la contrée assuraient le rendement des voies, le gouvernement local a fait construirel les premiers chemins de fer sans dépenser un sou : il lui suffisait d'émettre! des bons remboursables sur les bénéfices futurs du transport. La largeur de la voie diffère suivant les compagnies : la plupart des chemins ont des rails écartés de { mètre 67, et ceux de Santa Fé d’un mètre seulement, On a projeté le creusement d’un tunnel sous l’Uruguay et le Paranä pour | viad ! Longueur des chemins de fer argentins en 1893 : 13454 kilomètres. L Coût d'établissement en 1892 : 1 890 000 000 francs. Mouvement des voyageurs en 1891.. . 11 310 000 » marchandises » . . 4810 000 tonnes ‘5 Recettes. . . . . , . , . . . . . 55195 000 francs. Dépenses, . . . . , . . . , . . . 39500000 » enco VOIES FERRÉES DE L'ARGENTINE. 77% ation; mais le l'établiss ment d'une voie ferrée entre Buenos Aires et Montevideo. Actuellement le travail d'art le plus considérable du réseau est un pont- mètre, semble rails sans rem- es frais causés N° 164. — VOIES DE COMMUNICATION. ille kilomètres leurs, pour un Ouest de Paris _ ne / ol la province de LL LASASIA LIL D C Ferron : de la contrée fait construire! 217772 «Georgie Es Quest de Greenwich 10° isait d'émettre C.Perron rt. La largeur emins ont des Services hebdomadaires Services de quinzaine Services mensuels penses | tre seulement. ï 2000 kil. e Paranä pour} 1 viaduc de plus de 2000 mètres jeté sur la rivière Salado, au Molino de Balas. Le réseau télégraphique s’est accru dans une proportion plus rapide encore que celui des chemins'. De même pour le mouvement postal, l’Ar- ! Service des télégraphes dans l'Argentine : 1871. 5471 kilomètres; 61 000 télégrammes transmis 1891, 32 748 » 2 340 000 » 776 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, gentine marche presque de pair avec les pays les plus commerçants do l'Europe’; mais l’ensemble de la correspondance se cor pose surtout de lettres d'affaires et les étrangers y ont une part proportionnelle beaucoup plus grande que les Argentins. La ville de Buenos Aires en a la moitié : en 1871, les deux tiers des correspondances partaient de cette capitale, L'instruction publique, tout en ayant beaucoup progressé dans la dernière décade, est encore loin d’embrasser toute la population enfantine*. La part de l’État dans l’enseignement représente à peu près les trois quarts des écoles et des professeurs”. Les désastres financiers qui se sont succédé depuis l’année 1890 ont entrainé la fermeture de nombreux établissements, et dans plusieurs provinces les instituteurs ont été licenciés par dizaines: du tiers des enfants en âge de suivre les cours, la proportion des éco- liers s’est abaissée au quart. Chaque province à son collège national et la capitale en possède deux; en outre, il existe des écoles normales, deux écoles d'agriculture et deux universités, — Buenos Aires et Cérdoba, — une école des mines à San Juan. La presse, non compris les feuilles que font naître les rivalités politiques et qui disparaissent après les élections, se composait en 1892 de 170 journaux, dont 24 quotidiens : de ceux-ci 15 paraissaient à Buenos Aires dans les cinq langues principales du pays, espagnol, italien, français, anglais et allemand. X La constitution de la république Argentine, Yotée depuis un tiers de siècle par une Convention réunie à Santa Fé, donne à l'État une forme représentative fédérale. Chacune des quatorze provinces de la confédération a son propre statut, comportant dans six communautés politiques l'exis- tence de deux Chambres, — députés et sénateurs, — et dans les huit autres une législature unique; mais chaque province à son gouverneur ou président, élu pour une certaine période et assisté suivant quelques 1 Mouvement postal dans l'Argentine en 1891 : se 126 534 000 lettres et journaux, soit 32 articles par habitant * Nombre des écoles et des élèves dans l'Argentine : 1883. 1746 écoles, fréquentées par. . 124 900 ‘élèves, 1891. 39233 D . + 249700 » Écoles publiques. . . . 2400; 5399 professeurs; 194 700 élèves. » particulières... , 833 1656 » 55000 » (M. G. and E, T. Mulhall.) sn Fe an vif mimerçants de se surtout de elle beaucoup a la moitié : cette capitale, ns la dernivre itine*, La part ois quarts des sont succédé tablissements, par dizaines: rtion des éco- ge national et ormales, deux t Cordoba, — es feuilles que à È les élections, : * ns : de ceux-ci ; pales du pays, 5 o l'E : È PTE: s un tiers de at une forme confédération itiques l’exis- dans les huit gouverneur ant quelques ulhall.) 98 XX, (ures reste lions tester confor lois : al ibligés naliser le con tes €) les ‘obtier innées plus t dessert rendus nue. Q d'étran lenus d iationa in ans teuiller \rgenti Le C tonfédé tmpos ions du municipe et juissent de tous les droits civils des na- ifs, peuvent exercer Llur industrie et leur profession, se livrer ii commerce, pos- «der des immeubles, ks acheter et Îles diéner, naviguer sur ks fleuves, exercer leur culte en liberté, kster et se marier wnformément is : ils ne sont point natio- nliser, ni de payer de contributions for- aux obligés de se wées extraordinaires. les naturalisations “obtiennent par deux nées de séjour ou plus tôt encore par desservices éminents rendus à la Républi- Que. Quant aux fils d'étrangers, ils sont nus de choisir leur nationalité à vingt et in ans, soit qu’ils \rgentins. GOUVERNEMENT DE L'ARGENTINE, chartes locales par un vice-gouverneur. Le droit de vote appartient à 770 bus les citoyens mâles pour l'élection des corps municipaux, des législa- ures provinciales et du Congrès. Les titres, les prérogatives de naissance restent abolis. Les étrangers non naturalisés sont admissibles aux fonc- N° 106, =—— DIVISIONS TERRITORIALES DE L'ANGENTINE, p—- Ouest de Par “ AILCUE AAROIESERIEES \ BOLIVIA) S \ Pomme parement ne, dd es 1° \ i ‘ “PARAGUAY , _ L + ) uman ds PS. Losadeg go. proentee A ( ù ci. ! :. D LOL « URUGUAY Î ) H . ei 0 ! General Acha BUENOS "AYRES" | ROLL ARC PET — “tour à Te on … [= œ ce + Quest de Creenwich C Perron, 1 : 51 000 000 a — 2 ——— ———— ——— | 0 000 kil. wuillent garder l'état politique du père, soit qu'ils préfèrent devenir Le Congrès national, siégeant à Buenos Aires, capitale officielle de la lonfédération, comprend deux corps élus. La Chambre des députés se wmpose de représentants nommés directement par le peuple des pro- 780 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. vinces et de la capitale, à raison d'un mandataire pour 20000 habitants ow d'une fraction supériente à 10 000, Faite d’après le recensement de 1869, la répartition des sièges attribue 9 députés à la ville et à la province de Buenos Aires; les 61 autres membres de la législature sont délégués par les provinces ; un nouveau cens augmente ait la proportion au profit de la capitale et de Santa Fé. Les députés, nommés pour quatre ans, sont rééligibles et rétribués. Seuls ils ont l'initiative des lois relatives aux impôts et au recrutement des troupes; seuls ils ont, devant le Sénat constitué en tribunal, le droit d'accusation contre ie président, le vice- président, les ministres et les membres de la Cour suprême. Le Sénat, modelé sur celui des États-Unis, se compose de deux sénateurs par pro- vince et de deux sénateurs buenos-airiens, désignés pour neuf années et rétribués. Dans les provinces, ces membres sont nommés par les légis- latures à la majorité des suffrages ; à Buenos Aires, par une junte d'élec- teurs choisis au second degré. Le vice-président de la confédération est de droit président du Sénat. Les sessions normales durent du 1% mai au 90 septembre. Il est rare que les élections soient l'expression sincère de la volonté des citoyens : d'ordinaire les notables réunissent leurs clients, leur distribuent des bulletins et les mènent en rang à la salle du vote'. D'après les fictions constitutionnelles si fréquemment mises à néant par les intrigues, les machinations politiques et les révolutions, le président et le vice-président de la République sont élus par une assemblée d’élec2 teurs choisis en nombre double des mandataires au Congrès, députés et sénateurs. La majorité absolue des voix décide de l'élection, valable pour six années. Le président, qui possède les mêmes pouvoirs royaux qu'aux États-Unis, est assisté de cinq ministres, préposés ‘à l’intérieur, aux relations extéricures, aux finances, au culte et à l'instruction publique, à la guerre et à la marine. Ces personnages peuvent assister aux débat du Congrès, y prendre part, mais sans émettre de votes. Le pouvoir judiciaire de la Confédération s'exerce par une Cour suprèmé de justice, composée de neuf juges et de deux procureurs fiseaux domi ciliés dans la capitale : en principe ils sont inamovibles, « sauf en cas d'indignité constatée ». Quoique tous les cultes soient libres, le gouvernement rétribue le clerg et fait au nom de la nation profession de foi catholique : la hiérarchi ecclésiastique présente un caractère officiel. Le territoire de l'Argentine sé divise en cinq diocèses : l’archevêché de Buenos Aires, oceupé par ur Thomachot. Notes manuscrites, 000 habitants out sement de 1869, à la province de ‘ee sont délégués portion au profit quatre ans, sont ois relatives aux devant le Sénat résident, le vice- rêème. Le Sénat, nateurs par pro- ir neuf années et és par les légis- ine junte d’'élec- fédération est de t du {% mai au session sincère de ent leurs clients, alle du vote'. nises à néant par ons, le président ssemblée d'élec grès, députés el élection, valable pouvoirs royaux és à l’intérieur, uction publique ister aux débats a! A ie Cour suprèmd s fiscaux domi4 , « sauf en ca étribue le clerg : la hiérarchi e l'Argentine sé occupé par ut GOUVERNEMENT DE L'ARGENTINE. 181 Argentin natif, et les évèchés du Littoral, — avec siège épiscopal à Paranä, — de Cérdoba, du Cuyo, — avec San Juan pour chef-lieu, — et de Salta. Le corps ecclésiastique se compose d'environ 650 prêtres, et de 200 moi- nes de diverses dénominations, employés dans l’enseignement; les prêtres ont le droit de se présenter aux suffrages des électeurs politiques. L'armée, sur le pied de paix, se compose de huit à dix mille hommes et de 1700 officiers; en 1895, on a décidé de constituer une force de 15600 soldats. Comparée à celle du Chili, puissance rivale, elle est notablement plus forte, mais beaucoup moins bien encadrée, moins solide pour l'offensive; elle surabonde en officiers à fort traitement, tandis que les sous-officiers et les soldats ont une paye très inférieure’. Mais la garde nationale, dans laquelle les gouverneurs puisent librement en cas de dissensions civiles, comprend plus de 400 000 hommes, c'est-à-dire tous les citoyens valides de 17 à 45 ans: au delà de cet âge, jusqu'à 60 ans, on entre dans la réserve. La flotte, d'environ 24 450 tonnes, consiste en cuirassés, canonnières, torpilleurs, avisos et transports, portant 150 canons et montés par environ 1500 marins. Les finances de la République sont en un triste état, les dépenses l’em- portant régulièrement sur les recettes et le service des intérêts dus représentant une somme déjà supérieure à celle des recettes annuelles". En conséquence la dette s’est vite accrue, et, proportionnellement au nombre des habitants, atteint un chiffre très élevé; divers arrangements, c'est-à-dire des banqueroutes partielles, des réductions d'intérêt, la diminution des pensions et retraites, l'émission constante de bons du 1 Officiers de l'armée argentine en 1895 : Généraux de division et de brigade, . . . . . . . 42 Colonels et lieutenants-colonels. . 424 Majors et capitaines. . . . . . . . . . 653 Lieutenants, sous-lieutenants et enseignes. . 685 Ensemble. Fo en TER ? Budgets successifs de l'Argentine, de 1866 à 1891 : 9 945 000 000 francs 4 450 000 000 » 4 505 000 000 francs. Roceltos, + ,., 4, 44 5 + + + + Dépenses, 04 4 4 à 0 5,16 à Déficit, . , , . . Budget de l'Argentine en 1891 : 971 800 000 francs. 447 230 000 » 175 430 000 francs. Recettes, à 4 , 4, 4 0 0 6 « » Dépenses, 4, , 4 4 4 0 4 4 0 0 0 « « RD un en Nes # ne M AURA DE PAR EN € LIST FETE 782 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. trésor, n’empêchent pas le déficit de grandir d'année en année’, En outre, il faudrait y ajouter des obligations que l’on considère habituelle- ment comme faisant partie de la dette publique, les garanties des voies ferrées et le papier-monnaie, le tout pour plus d’un milliard; on a vu le gouvernement incapable pendant des mois de payer le gaz d'éclairage pour le palais de la nation et finalement menacé de la suppression des con- duites. Quant aux finances provinciales, elles sont alourdies par la dette, et la plupart des grandes villes, à commencer par Buenos Aires, ont aussi leurs ressources obérées. L’Entre-Rios, qui devrait payer chaque année 17 millions d'intérêts, n’a qu’une recette annuelle de 15 millions. L'ensemble de la dette nationale, pr \aciale el municipale dépasse trois milliards de francs*; les diverses entreprises dites nationales sont également très endettées envers l'étranger; on évalue déjà à 90 pour 100, soit à 1700 millions de francs, la valeur totale des actions que les Anglais possèdent sur les chemins de fer argentins. Mais il faut compter à l'actif de l'Argentine les vastes étendues de territoire non encore vendues. Chacune des provinces se divise en départements et se subdivise en partidos. Les « territoires » sont censés appartenir à l’ensemble de la nation. Les autorités provinciales sont directement élues sans intervention du gouvernement fédéral; mais le président de la République, d'accord avec le Sénat, donne aux territoires un gouverneur pour trois années, et celui-ci nomme les juges de paix dans les districts. Chacune de ces divi- sions ayant plus de 1000 habitants a le droit d’élire son conseil munici- pal; quand le territoire a 30 000 habitants, il élit sa législature ; arrivé à une population de 60 000, il demande son entrée dans la République à titre de « province argentine ». 1 Dette de l'Argentine en 1899 : Dette nationale , . . . . . . . . 640 500 000 francs. Dette extérieure . + 8771500000 » En$emble.. , . . . . . . . . 1518 000 000 francs. Dette nationale, avec le papier-monnaie, les bons du trésor et les garanties d'intérêts... . . . , . . . 2500 000 000 francs. Dette provinciale, . , . . . . . . . . . . . .. 700 000 000 D MUMIOIpAles ten 4 he nues 220 000 000 » de Buenos Aires., . . , , . . . . . . . 230 000 000 Ensemble, . , , . . . . . ÿ 3 650 000 000 francs. en annéc', En idère habituelle- anties des voies ard; on a vu le d'éclairage pour ression des con- es par la dette, lenos Aires, ont it payer chaque de 15 millions. icipale dépasse nationales sont déjà à 90 pour des actions que is. Mais il faut territoire non se subdivise en ensemble de la ns intervention lique, d’accord rois années, el ne de ces divi- ‘onseil munici- slature ; arrivé la République francs. GOUVERNEMENT DE L'ARGENTINE. 785 Le tableau suivant donne les provinces et territoires de l'Argentine, avec leur superficie d’après Latzina, leur population estimée en 1895 et le nombre de leurs départements : TERRITOIRE ou PROVINCE, Territoire. . Province . . » Territoire . . » Province. . . Distr. fédéral. Province. . . Territoire. . NOMS DES TERRITOIRES ou PROVINCES. Misiones. . . . . Corrientes. . Entre-Rios. . . Formosa. . . . . Chaco. Santa Fé. . . Tucuman,. . . . Santiago del Estero. Catamarca . . La Rioja San Juan. . . . . Mendoza San Luis. . . . Cordoba Capitale Buenos Aires. . Neuquen. . . . . Rio Negro.. . . Chubut Santa Cruz. . Ticrra del Fuego. . Ensemble SUPERFICIE 415 671 124 834 131 582 45 286 128 266 24199 102 355 90 644 89 030 97 805 160 813 75 917 174 767 182 311 162 144 919 109 081 212 163 247 331 276 910 21 048 2 894 257 POPULATION. 240 000 255 000 6 000 40 000 300 000 70 000 175 000 210 000 215 000 115 000 100 000 100 000 160 000 105 000 340 000 580 000 900 000 40 000 20 000 25 000 5 000 2 000 4 000 4 020 000 DENSITÉ kilométrique. Départements. CHEFS-LIEUX, Posadas Corrientes. Paranà. Formosa. Resistencia. Santa Fé, Jujuy. Salta. Tucuman. Santiago del Estero. Catamarca. La Rioja. San Juan. Mendoza. San Luis. Cordoba. Buenos Aires. La Plata. General Acha. Chos Malal. Viedma. Rawson. Santa Cruz. Ushuia. espa dom: E: lch: men d'Es sion gouv 176: sans préc baie line, trop cessi CHAPITRE VI ILES FALKLAND ET GEORGIE DU SUD (FALKLAND ISLANDS ET SOUTH GEORGIA) Cet archipel, qu s'élève du fond de l'Atlantique, à la distance de 550 kilomètres à l’est du détroit de Magellan, porte un nom anglais, mais { non celui du marin qui le découvrit. Davis, le premier, aperçut les îles en 1592; deux années après, le pirate Hawkins y toucha dans son expédition de pillage sur le littoral du Chili, et les baptisa Maiden Islands, — « Iles de la Vierge, » — en l'honneur de la reine Élisabeth, Puis le Hollandais Sebald de Wert, en 1598, leur donna son nom. Près d’un siècle plus tard, en 1689, le navigateur Strong les dédia à son ami Falkland et cette dénomination a fini par prévaloir, quoique l'appellation de Malouines, due à un marin de Saint-Malo, ait longtemps figuré sur les cartes françaises et espagnoles, et que les Argentins, revendiquant l'archipel comme leur domaine, gardent officiellement le nom de Malvinas. | En 1764, Bougainville fit les premières tentatives d'appropriation en lâchant du bétail dans l'archipel, mais ne fonda point de colonie propre- ment dite. Comprenant alors la valeur de ces terres océaniques, le roi d'Espagne voulut y établir une station militaire; mais la prise de posses- sion ayant été accompagnée de voies de fait contre des sujets anglais, le | gouvernement britannique protesta aussitôt, et l’amiral Byron vint en 1765 formellement réinstaller ses compatriotes au nom de l’Angleterre, sans contester du reste les droits supérieurs de l'Espagne; toutefois le précédent était grave, le poste anglais d'Egmont ayant été construit sur la baie du même nom. Après la guerre d'indépendance, la république Argen- tine, héritière dé l'Espagne, profita de ce que le poste militaire des Anglais, trop coûtenx à entretenir, avait été abandonné, et en 1828 donna la con- cession des iles Falkland à un éleveur de bétail, Louis Vernet; celui-ci xx, 99 186 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. s’y maintint pendant trois années, jusqu’au jour où, s'étant permis de récla mer un droit fiscal à des navires baleiniers appartenant à l'Amérique d Nord, il s’attira la visite d’une corvette qui bombarda son village et | réduisit en cendres. Deux années plus tard, la Grande-Bretagne reprenai possession définitive des îles Falkland, et c’est en vain que l'Argentine protesta contre cette annexion : quoique dépendance naturelle du conti- N° 166. — ARCHIPEL DES FALKLAND. ——— = a Ce C: Dr jee a VA — EE Frofondeurs de0z/007#3 de 008 2007 1 : 3300 000 100 kil. nent sud-américain, l'archipel est devenu colonie anglaise, comme, à l’autre extrémité, une partie des Guyanes et les îles Trinidad et Tobago. L'une des moins importantes dans l’immense empire colonial de l'An- gleterre, cette possession des parages antarctiques a pourtant une valeur! comme ferme à bestiaux; mais ses détenteurs l’apprécient surtout comme poste commercial stratégique, surveillant la porte de communication entre les deux Océans. Les îles Falkland, situées sous le 52° degré de latitude, c’est-à-dire à la même distance de l'équateur que l'Angleterre méri-4 dionale et la Néerlande, sembleraient par leur climat beaucoup plus: rapprochées du pôle, et les montagnes, qui en occupent la partie septen-{ tric l'as les ilot évi mag nord ag sen viole mo mên mes et S auto vers d'éc n'a Port AI les t des : mon trace des ( auto parn s’ali que « roi pout et at nue: permis de récla | l'Amérique d on village et | elagne reprenai que l'Argentine arelle du conti- C. Perron ise, comme, à d et Tobago. onial de l’An- nt une valeur surtout comme nication entre ré de latitude, leterre méri-! eaucoup plusg partie septen- ILES FALKLAND. 187 trionale, et dont l’une, le mont Adam, atteint 706 mètres, ajoutent à l'aspect polaire de ces terres océaniques. Par la découpure des côtes, par les détroits profonds qui séparent les deux îles principales et les cent lots environnants, par les traces d'anciens glaciers, les Falkland sont évidemment le reste d’une côte découpée en fjords comme les terres magellaniques, et l'alignement général consiste en arêtes orientées du nord-ouest au sud-est. En hiver, ies neiges qui séjournent sur la mon- iagne et qui blanchissent les plaines pendant quelques heures accrois- sent la ressemblance; mais les Falkland, exposées à des vents d’une violence extrême, n'ont point de végétation arborescente comme les monts de la Terre de Feu, entourés de forêts à leur base : on prétend mème que dans les jardins des colons le vent arracha parfois les légu- mes du sol, les emportant comme des pailles. Les pluies sont fréquentes et souvent des brouillards baignent l'archipel, surtout au printemps et en automne, comme dans la mère patrie; mais ils se dissipent ordinairement vers le milieu du jour. Le climat, essentiellement maritime, n'offre pas d'écarts très amples de la chaleur au froid, et, sauf la violence des vents, n'a rien d'extraordinaire pour des colons venus de la Grande-Bretagne : Port Stanley est encore plus humide que Londres". Après l'herbe savoureuse dite tussock (dactylis cespitosa) qui nourrit les troupeaux, la végétation la plus abondante est celle des mousses et des sphaignes : une grande partie de la contrée, même sur les pentes des montagnes, se tapisse de tourbe au sol tremblant, où l’on a peine à tracer le moindre sentier. Seuls quelques renards représentent le monde des quadrupèdes. Les oiseaux aquatiques tourbillonnent en multitudes autour des îlots, dans les baies et les étangs de l’intérieur des terres, et parmi ces espèces plusieurs s'apprivoisent facilement : les pingouins s'alignent comme des soldats sur les corniches de rochers, si nombreux que le gouverneur de l’île est ironiquement désigné sous le nom de «roi des Pingouins » ; on les massacre chaque année par centaines de mille pour en retirer de l’huile. Les pêcheurs capturent des espèces de saumons et autres poissons, et naguère poursuivaient les baleines, maintenant deve- nues rares. Les animaux introduits dans l'archipel par Bougainville ont prospéré, mais, par un étonnant contraste qui témoigne de l'influence du milieu 1 Conditions météorologiques des Falkland et de la Georgie du Sud, d'après Mosthaff : Années ; Températures _ d'obs. Latitude. maximale, moyenne. minimale. Port Stanley (Falkland). D 519 41’ 240,4 60 —119,2 Baie Royale (S. Georgia). 1 540 31° 190,7 10,4 —150,2 788 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, sur la transformation graduelle des races, les chevaux sont de génération mai en génération devenus plus petits, tandis que les bœufs ont grandi. Tou 3 kil tefois l’industrie pastorale néglige le gros bétail pour s'occuper de l'élève men des brebis. En 1852, un syndicat de propriétaires uruguayens fit choix frigo d'une péninsule de l’île orientale pour établir une estancia et y parquer Pe abrit N° 407, —= PORT STANLEY, mari épro pour du p le n: L’4 teme égald une Ce Æ ; si \ Re ee ni So carré land rarer cont( la su côtes d'après Fitz-oy et Sullivan inter Æofondeurs expé l'ext entr expl ceOs/Omètres de/02£207T Te£O& HT F flerbes marines 1: 148 000 ——_——————————————— | 0 5 kil. que une centaine de mille moutons. Le succès de la première entreprise en Me fit naître de nouvelles, et en 1867 on introduisit les premiers troupeaux argi dans l’île occidentale, déserte jusque-là. En 1891, on évaluait à 676 000 fonc le nombre des moutons appartenant aux éleveurs des Falkland et la tonte pito produisit plus de 1000 tonnes de laine, évaluées à 2675 000 francs; en outre, les négociants de l’archipel entreposent les toisons importées #5 se de la Fuégie. L’herbe des Falkland a des qualités si nutritives, que s$ 1 Ch. Darwin, ouvrage cité. ILES FALKLAND, GEORGIE DU SUD. 189 it de génération it grandi!. Tou ccuper de l'élève aayens fit choix cia et y parquer maint troupeau se compose de bêtes dont la toison pèse en moyenne 3 kilogrammes et demi, de laine assez grossière, Récemment on a com- mencé d'expédier en Angleterre des viandes conservées par le procédé frigorifique. Port Stanley, le chef-lieu, possède un port « idéal », bassin naturel abrité de tous les vents et bordé sur ses rivages par des couches d'herbes marines qui amortissent le choc des navires. Nombre d’embarcations éprouvées par le passage autour du cap Hoorn font relâche à Port Stanley . pour réparer leurs avaries et s'approvisionner de vivres frais'. Une anse du port est remplie de bâtiments informes et démâtés, trop détériorés par le naufrage pour qu'il vaille la peine de les radouber*. L'administration de l'archipel est confiée à un gouverneur nommé direc- tement par la reine et assisté de deux conseils, législatif et exécutif, également au choix de la couronne. Les colons ont depuis l’année 1892 une faible part au gouvernement de leur île *. South Georgia, — la « Georgie du Sud », — terre de 4060 kilomètres carrés, appartient officiellement au domaine administratif des îles Falk- land, quoiqu’elle ne soit pas habitée et que pêcheurs et marins la visitent rarement. On ne connaît même pas exactement la forme de tous. ses contours, bien que la statistique des possessions anglaises en indique la surface approximative : les marins anglais et russes qui ont relevé les côtes n’ont pas pénétré jusqu'au fond des criques et en laissent le tracé interrompu; le relief de l’intérieur était ignoré en 1882, lorsqu'une expédition scientifique allemande vint s'établir dans la baie Royale, à l'extrémité orientale de l’île, pour prendre part aux études cireumpolaires entreprises alors par les principales puissances maritimes; mais ses explorations ne dépassèrent pas les environs immédiats de la baie. L’ile, que dominent des sommets neigeux de 2000 à 2500 mètres, consiste entièrement en roches anciennes dépourvues de fossiles, gneiss et schistes argileux d'escalade très difficile, que les glaciers ont usés, creusant pro- fondément les masses d'argiles sans consistance et laissant en saillie les entreprise en ers troupeaux ail à 676000 nd et la tonte 5 000 francs: ns importées itrilives, que pitons et les promontoires de gneiss : des moraines, poussées autrefois ! Mouvement des échanges en 1891 : 4243 800 francs. ? Julio Popper, Boletin del Instituto Geogrdfico Argentino, tomo 1, 1879. 5 Superficie et population des îles Falkland en 1891 : 16 835 kilomètres carrés; 1 890 habitants; 0,11 hab. par kil. carré. Budget annuel : 235 000 francs. 790 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. par les glaces, se montrent à l'issue des vallées. Le glacier de Ross, dont les fragments brisés flottent au loin dans la baie Royale, se forme dans un bassin de réception d’au moins 150 kilomètres carrés. La limite infé- ricure des neiges persistantes est d'environ 600 mètres. Les brouillards rampent presque constamment sur les rochers et les glaces de South Georgia, et même en février, le mois le plus chaud, la neige tombe fréquemment. Aucun arbre ne croît dans l'île, et les natura- N° 168. = GEORGIE DU SUD, Quest de Greenwich d'après Vincendon - Dumoulin C Perron, 60 kil. listes allemands n'y ont recueilli que treize espèces de phanérogames, { dont douze se retrouvent dans l'archipel voisin et dans la Fuëégie : laf treizième appartient à la flore de la Nouvelle-Zélande. Des mousses recou- vrent les plateaux de l’intérieur et toutes les pentes tournées vers le soleil du nord, tandis que les escarpements des roches regardant l'Antarctie! restent stériles. Cette partie de la flore insulaire, qui se rapproche des formes arctiques, donne à South Georgia un caractère bien distinct des autres terres sud-américaines'. La faune de l’ile comprend, à côté de! diverses espèces de pingouins, un oiseau chanteur de la famille des alouettes. 1 G. Neumayer, Die Deulschen Expeditionen und ihre Ergebnisse. GEORGIE DU SUD. 791 La Georgie méridionale se trouve sous la même latitude que la Terre de Feu, c'est-à-dire plus au sud que les îles Falkland et dans une posi- tion beaucoup plus isolée au milieu de la vaste mer, loin de toutes les grandes voies de la navigation, à 2000 kilomètres à l’est du détroit de Magellan et sous l’action directe du courant polaire antarctique : la tem- pérature moyenne } est de plusieurs degrés plus basse que celle d'Ushuia, sur le canal de Beagle. Le climat, venteux et humide, mais assez égal, conviendrait, pense-t-on, à l'élève des bêtes ovines, comme celui des Falkland; l'herbe nourricière, le tussock, y croît jusqu'à l'altitude de 900 mètres. Toutefois qui n’hésiterait à demeurer, au milieu des pluies et des orages, dans une prison rocheuse perdue à l’extrémité du monde? Au delà, vers le pôle antarctique, les mers parsemées de glaces flot- lantes recourbent leur surface sur l'immense rondeur planétaire, atten- dant toujours les Scoresby et les Nansen qui diront les mystères de ces étendues inexplorées. r de Ross, dont forme dans un La limite infé- rochers et les plus chaud, la et les naturn- C Perron, hanérogames, { | Fuégie : la ousses recou- vers le soleil : il l’Antarctie! approche des à distinct des! 1, à côté def famille des enver mon si des leurs Mo à tou noles eritiq auxqt vois | souve vers € Sur ce publie me ch Cet homn rempl DERNIER MOT En achevant ce long travail, commencé au temps de ma jeunesse, je me félicite de la chance heureuse qui m'a permis de ne pas manquer une seule fois, dans le cours d’une vie pourtant mouve- mentée, aux engagements de publication régulière que j'avais pris envers mes lecteurs. Je reconnais toutefois que ma bonne volonté et mon labeur consciencieux n'auraient pas suffi dans cette entreprise si des collaborateurs dévoués ne m'avaient constamment soutenu de | leurs recherches et de leurs conseils. Mon premier sentiment est donc celui de la gratitude. Je l'adresse à tous les amis qui m'ont aidé directement ou indirectement, par notes, lectures, correspondances, corrections, encouragements ou critiques. Mais ce témoignage de ma reconnaissance, tous ceux auxquels je la dois ne l’entendront point! Regardant en arrière, je vois le chemin marqué pour moi de distance en distance par le souvenir des compagnons de travail que la mort a recueillis. C’est vers eux surtout que se dirige ma pensée à la fin de mon œuvre. Sur cette dernière feuille j'inscris le nom d'Émile Templier, qui pour publier la Terre et les Hommes, depuis longtemps à l'étude, vint me chercher sur les pontons de Brest. Cette période de vingt années, longue relativement à la vie d’un homme, n’est qu’un rien pour la Terre, mais qu’elle a été bien remplie! Que de découvertes et d’explorations se sont succédé, xIX. 100 194 DERNIER MOT. ajoutant à nos connaissances premières et nous forçant à modifie ait notre exposition du monde! Le mystère des pôles est encore les y inconnu, mais Nansen a su accomplir son merveilleux voyage del soci rive à rive à travers le glacier continu du Groenland. Dans l'inté- les t rieur de l'Asie, le « Sanctuaire Éternel » où réside le divin Dalaï- l'hu Lama reste depuis la visite de Huc inabordable aux profanes Euro-Æ trou péens, mais le cercle des itinéraires se resserre chaque année ne © autour du lieu sacré. Dans le « Continent noir », le problème du pas Nil, ceux du Zambèze, du Congo, du Niger sont résolus. Partout le la gr réseau des voyages couvre la planète comme un filet aux mailles! grail L L] rétrécies. On à même commencé d'explorer avec méthode le monde sent souterrain, des cavernes, des catavothres de la Grèce, aux avens et M; aux puits de Vaucluse et des Causses. La carte des profondeurs ma- il m rines, avec leur température, leurs organismes vivants, leurs dépôts par | géologiques, se poursuit et se complète comme celle des continents. essa Par des connaissances nouvelles l’homme se transforme, pour: ï tel ainsi dire, renaissant chaque jour. qui En même temps, le rapprochement entre les terres lointaines se@ Lu fait plus étroit. L'Atlantique, si large avant les vikings de Norvège | 8 et les marins génois, est devenu dans le langage des matelots un D simple « fussé » que l'on traverse en cent heures. Chaque année, | Vi se raccourcit la durée du tour du Monde, devenu maintenant pour @S# à la quelques blasés une fantaisie banale. Tellement rapetissée est la ligne planète entre les mains de l’homme qu’elle se donne partout un prés mème outillage d'industrie, que par le réseau continu des services celui postaux et des télégraphes elle s’est enrichie d’un système nerveux @N beau pour l'échange des pensées, qu'elle cherche un méridien commun, { l'œu une heure commune, et que de toutes parts surgissent les inven- et ne teurs d’un langage universel. Malgré les rancunes de là guerre, À préh malgré l'hérédité des haines, l'humanité se fait une. Que nos comi origines aient été multiples ou non, cette unité grandit, elle Et devient une réalité vivante. D de Devant ce monde qui se modifie tous les jours et dont je ne puis @S dits suivre les changements que de loin, j'ai cependant tâché de voir sans DERNIER MOT. 795 int à modifier clairement les terres décrites comme si je les avais réellement sous S est encore es yeux et d'étudier les hommes comme si je me trouvais dans leur eux voyage del 1. Dans l'inté- le divin Dalai- rofanes Euro- société. J'ai voulu vivre mes récits, en montrant pour chaque pays ls traits qui le caractérisent, en signalant pour chaque groupe de l'humanité le génie qui lui est propre. Partout, dirai-je, je me suis Lirouvé chez moi, dans mon pays, chez des hommes mes frères. Je chaque année ne crois ‘point m'être laissé entraîner par un sentiment qui ne fût : problème du pas celui de la sympathie et du respect pour tous les habitants de us. Partout le à grande patrie. Sur cette boule qui tourne si vite dans l’espace, taux mailles! grain de sable au milieu de l'inimensité, vaudrait-il la peine de iode le monde s’'entre-haïîr? , aux avens ct Mais, en me plaçant à ce point de vue de la solidarité humaine, fondeurs ma-@ | me semble que mon œuvre n'est pas achevée. Avant d'étudier , leurs dépôts par le détail la surface planétaire et les peuples qui l'habitent, j'avais es continents. D essayé dans un ouvrage, la Terre, d'étudier la vie propre du globe sforme, pour tel qu'il se présente isolément, préparé pour recevoir l'humanité qui anime ce grand corps. C'était une sorte de préface à la série de lointaines se volumes que je termine aujourd’hui. Mais ne faut-il pas conclure? s de Norvège matelots un JS L'Homme a ses lois comme la Terre. haque année, 4 Vue de haut et de loin, la diversité des traits qui s’entremélent ntenant pour à la surface du globe — crêtes et vallées, serpentines des eaux, tissée est la lignes des rivages, sommets et profondeurs, roches superposées — e parlout un présente une image qui n’est pas le chaos, mais au contraire, pour des services celui qui comprend, un ensemble merveilleux de rythme et de ème nerveux DS beauté. L'homme qui contemple et serute cet univers assiste à en commun, À l'œuvre immense de la création incessante qui commence toujours it les inven- et ne finit jamais, et, participant lui-même par l'ampleur de la com- * a guerre À préhension à l'éternité des choses, il peut arriver, comme Newton, e. Que nos comme Darwin, à les résumer d’un mot. randit, cle Et si la Terre paraît logique et simple dans l’infinie complexité de ses formes, l’humanüé qui l'habite ne serait-elle, comme on le je ne PUS dit souvent, qu'une masse aveugle et chaotique, s’agitant au hasard, ché de voirf sans but, sans idéal réalisable, sans la conscience de son destin”? 796 DERNIER MOT. Les migrations en sens divers, les peuplements et les exodes, 1 croissance et la décroissance des nations, les civilisations et le décadences, la formation et le déplacement des centres vitaux né sont-ils, comme il semble au premier abord, que des faits et encoré des faits juxtaposés dans le temps, sans qu’un rythme en règle les | oscillations infinies et leur donne un sens général exprimable paf une loi : c’est là ce qu'il importe de savoir. Le développement de l’homme est-il en harmonie parfaite avec les lois de la Terre Comment change-t-il sous les mille influences du milieu changeant Les vibrations sont-elles simultanées et de siècle en siècle modi fient-elles incessamment leurs accords? Peut-être le peu que nous savons déjà nous permettra de voi plus avant dans les ténèbres de l'avenir et d'assister aux événements qui ne sont pas encore. Peut-être arriverons-nous à contempler pa la pensée le spectacle de l’histoire humaine, jusque par delà les temps mauvais de la lutte et de l'ignorance, et y retrouverons-nous le tableau de grandeur et de beauté que nous présente déjà la Terre C'est là ce que je voudrais étudier dans la mesure de mes forces. Du million de faits que j'ai dû énumérer de chapitre en chapitre, je voudrais extraire une idée générale et justifier ainsi en un court volume, écrit à loisir, la longue série de livres sans conclusion! apparente que je viens de terminer. ÉLISÉE RECLUS. effic: répu tion: auss dut préc bor d'in gra] gra les exodes, ] lisations et lei ntres vitaux nd faits et encore ne en règle led xprimable pañ eloppement dé de la Terre? eu changeant. n siècle modid à nettra de voi UX événements ontempler pa e par delà les Juverons-nous déjà la Terre e mes forces en chapitre, i en un court S conclusion! LUS. Pour ce dix-neuvième et dernier volume de la Nouvelle Géographie Universelle j'a eu le bon- heur d’avoir, comme pour les précédents, de très nombreux collaborateurs. Mon ami Henri Coudreau a eu la bonté de relire et d'annoter les épreuves du chapitre sur les Guyanes. Les éléments utilisés pour le chapitre sur le Brésil m'ont été fournis avec cette obligeance et ce charme qui semblent être le privilège de tous les citoyens appartenant à ce merveilleux pays. Je citerai surtout : M. Eduardo Prado, qui a eu la gracieuseté de me piloter dans mon voyage sur le Mogy Guassû et dans les cafezales de Säo Paulo; M. Botelho, qui nous accompagna dans cette exploration instructive; M. Fran- cisco Leite Guimaräes, qui nous fit étudier sa plantation en détail et me procura de très précieux renseignements ; M. de Taunay, qui m'accueillit avec tant de grâce, m'ouvrit les trésors de son expérience des hommes et des choses, et me permit mème de consulter ses mémoires personnels ; M. Charles Morel, l'éditeur de l'Étoile du Sud, qui connaît admirablement sa nouvelle patrie et me mit en relations avec d'autres perso”nes de savoir. Un de mes amis personnels, M. Fleuret, me fit étudier de près la vie de Rio. Je dois une reconnaissance toute spéciale au botaniste vétéran, M. Gla- ziou, ainsi qu'aux membres de la Société de Géographie et de l'Institut historique, notamment à MM. de Paranagua, Homem de Mello, Raffard, Barbosa Rodriguez. À Paris, M. de Rio Branco a mis à ma disposition les cartes, les documents, les albums qu'il possédait. Pour l'Argentine pouvais-je avoir de meilleur guide que M. Francisco Moreno qui a tant contribué, comme géographe et archéo- logue, à l'étude approfondie de sa terre natale? M. Albert Hans a eu aussi la bonté de contrôler efficacement mes épreuves relatives au Paraguay et M. Simonnet a revu celles de l'Uruguay et de la république Argentine, Un ami de vieille date, M. Thomachot, m'avait envoyé d'amples descrip- tions, M. de Bourgade la Dardye, auteur d'un excellent ouvrage sur le Paraguay, a bien voulu aussi me signaler quelques erreurs et omissions de mon travail. M. Polguère a revu les épreuves du dix-neuvième volume avec la même conscience et la même sagacité que les dix-huit volumes précédents. Enfin comment remercier M. Charles Schiffer du dévouement avec lequel il a colla- boré à l'œuvre commune, y consacrant ses veilles, ec faisant l'impossible pour que nul accident d'impression, de gravure ou autre n'arrétàt le cours égulier de la publication! À tous, carto- graphes, dessinateurs, graveurs, compositeurs, correcieurs et imprimeurs, le témoignage de ma gratitude profonde! Aconc: 719 Aconq; 098 714 Acoqu Adam Agrio Agua ! Lag Aguap: Aguape Aguas Aguas 567. Aimor 405. Aimore 295, Akawo 42. 1 Le complè INDEX ALPHABÉTIQUE" A Abacatuara, 286. ï Akroa, 210, 298. | Amazonas, 14, 16, 292, 118, Abacaxis (rio), 133. | Alagôa Grande, 239. 123, *147, 260, 418, 431. Abaété, 285. Alagôas (État), 115, 218, 248- | Ambato (monts d'), 596, 714. Abipon, “021, 522, 587, 679, *251, 286, 488, 495. Amuku (lac), 11, 16. 714. Alagôas (ville), 250. Anajas (rio), 137. Abrolhos (récifs et archipels), | Albina, 74. Ancaste (monts), 597, 714, 268, “269, 270, 294, 295. Albuquerque, 437. Anchieta, Benevente, 296. Acaracü (rio), 235. Alcantara, 930, 250. Andalgalä, 675. Acarahy (port), 292. Alegre (rivière), 424, 458. Andalgalä (Fuerte de), 714, Acay, 507, 595. Alegrete (ville), 414, 415. «719, 716, 726. Acha, *651. Alemquer (campo et ville), | Andes (cordillère Andine), 748, Achiras, 727. 150, 195. 751, 767, *774. Aconcagua, 599, 600, 630, | Alexandra, 588, Angailes, 518, 519. 719, 727. Alfredo Chavez, 296. Angicos-Assu, 258. Aconquija (mont), 596, 597, | Almas (serra das), 256, 300. Anglais (banc des), 628. 598, 620, 621, 650, 710, | Almeida, 295. Angostura, 540. 714 et suiv. Almeirim (serra et ville), 137, | Angosturas (sierra de las), 605. Acoqua, 417. | 196. Angra dos Reis (ville), 335. Adam (mont), 787. | Altos (cordillera de), 509, 556, | Anhambahy (serra de), 421. Agrio (rio), 639. | 547, 597. Anhambuhy (rio), 416. Agua Negra (col d’}, ou de la | Aluminé (volcan et lagune), 605, | Animas (sierra de las), 557. Laguna, 600. 640. Antisiens ou Chunchos, 176. Aguapehy (rio), 424. | Amacuru (rio), 22. Antonina (port), 387. Aguapey (rio), 414. | Amambahy (morne), 426. Antonio Vaz (île), 245. Aguas Bellas, 286. | Amambay (sierra), 506. Antuco (mont), 639. Aguas Virtuosas (serra das), | Amarante, 254. Aoua, Lawa (rio), 22, 23, 71. 367. Amarga, 623. Aourriaoua (mont), 19, 15. Aimores ou Botocudos, 309, | Amaripa, 59. Apa (rio), 417, 429, 505, 506, 405. Amarraçäo, 255, 250. 008, 018, Aimores (serra dos), 256, 266, | Amazonus, Amazonie, 114, 117- | Apapuris (rio), 123, 127. 295, 419. 202, 460, 488, 493, 495. Apiaca, Apiaba, 171. Akawoi, Waiïka ou Kapohu, | Amazone, Marañon, Solimôes ou | Apiahy (mine), 382. 42, | Alto Amazonas, rio de las | Apinagés, 210. ! Les numéros précédés d'un astérisque indiquent la page où se trouve la description la plus complète des lieux ou des peuples désignés. 800 Apini (coulée), 15. Apipe (rapides d'), 507, 534, 697. Apilare, 511. Approuague (rivière), 23, 27, 28, 80. Approuague (village), 84. Apurema (ville et district), 88. Aquiandana (rio), 426. Aquidaban (rio), 508. Aquiri, Aquiry (rio), 125, 184, 480 Aracä (rio), 125. Aracaji, 196. Aracajü (ville), 286, 297, 495. Aracaty, 237, 250. Aracoyaba, 382. Araguari (fleuve), 14, 24, 27, 98, 72. Araguay, Araaquay-Guazû (rio), 515. Araguaya (rio Grande), 115, 165, 181, 204, 206, 207, 210, 216, 217, 251, 337. Avamina, Hermina ou Saut du Gymnote, 23. Arara, Yuma, 178, 180. Araracoara (rapide), 123. Araras (ville), 380. Arary (lac), 162. Arataï (rivière), 80. Araucans, 675, 679, 685, 684, 690. Arawak, Araouaques, Araoua- ges, Lokono, Lukkunu, *39, 40, 165, 175, 176. Araxà (plateau), 421, 422, 429. Archimède (banc), 628. Arecuna, 42. Aregua, 536, Argentine, 505, 504, 553, 575, 583 et suiv. Argentino, Ü45, *Ü44, 645, 646, *647, 668. Arias (rio), 708. Arinos (rio), 134, 425. Aroua, 88. Arrecifes, 744, Arroyo Pintado, 566. Artigas, 572, 581. Aruka (rio), 39. Assuruä (serra do), 285. Asuncion, 499, 504, 505, 507, 513, 515, 534, *555, 537, 542, 546, 547, 548, 551, b84. Atabapo (isthme), 127. Atajo (ile del), 514. Atajo (sicrra del), 596. Atalaia, 250, INDEX ALPHABÉTIQUE. | Atalaya, 742, Atamisqui, 622, 713, 796. Alorai, Atoradi, 39, 40, A, 170. Atuel (rio), 603, 634. Auca-che, 6817. Aucans, Auca, Djoeka, Youka, 49, 50, 52, 55. Avanhadava, Avanhandava (ca- taracte), 351, 380, Avati Parana (furo), 193. Aysen (rio), 607, 641. | Azul, Calufà, 743, 744, 748. Baependy (ville), 367. Bagagem, 368. Bagé (ville), 414, 415. Baguales (cordillera de los), 607. Bahia (État), 115, 259, 972, 288-295, 447, 458, 460, 488, 495. Bahia (San Salvador de Bahia), 94, 95, 97, 98, 116, 253, 271, 277, *288, 289, 990, 291, 297, 360, 410, 445, 446, 448, 457, 458, 480, 485, 491, 494, 495, 595. Bahia Blanca (estuaire), 635, 659, 656, 662, 663, 664, 665, 745, 745, 746, 748, 7115. Bahia Negra (confluent de l'Otu- quis), 429, Baie Royale, 787, 789, 790. Bailique (île), 89. Bakaïri, 179, 180. Ballena (mont), 605. Balnearia, 374, Bananal (ile), 206, 215. Bananeiras, 239. Baradero (rio), 626, 704. Baramanni (lagune), 57. Barbacena (nœud de), 254, 278, 364, 365; — (ville), 595. Barcellos, 187. Bareirinhas, 234. Baria (rio), 128. Bariloche (passage), 605. Barima (rio), 29, 57, 59, 65. Barra (Conceicäo da), 216, 285, 295. Barra do Norte, 594. Barra do Pirahy, 510, 511,327, 335. Barra do Rio Grande, 297. Barra do Sul, 394. Barra Mansa, 310, 535. Barracas, 733, 748. Barragan, 759, 740. Barrancas (rio de las), 603, 635. Bartica, Bartica Grove, 58, 59, 4 61; — (serra), 357. Batataes (ville), 380. Batavia, 67. Batel (rio), 624. Baturité, 236, 250. Beagle (canal de), 791, Bebedero (lac), 630, *633, 670. 4 Beberibe (rio), 244, Becoes, AY, Belem. Voir Para. Belen (Argentine), 716, 726. Belgrano, 733, 739, 739, Bella Vista, 700. Bellaco (marais), 541. Bello Horisonte, 284. Belmonte, 267, 293. Bendego, 292. Beni, Veni (rio), 131, 132, 184. Berbice (rio), 20, 21, 27, 55, 40, 62, Go. Bermejo, 505, 514, 540, 595, 616, 618, 621, 627, 656, 676, 678, 107, 708. Bernstadt, 704. Bezerros, 247. Biguassü (rio et ville), 594. Biobio (rio), 605, 640, 751. Blanco (rio), 599. Blanco (cap), 607. Blumenau, 357, 392, 595, 39. Boñ Virgem, 532. Boû Vista (serra de), 188, 286, 994. Boäs Mortes (serra), 256. Boca (la), 735, 756. Bocaina (serra), 300, 340. Boch, Nègres des Bois, Bush- negroes, Bosch Negers, 48, 50, 51, 52. Bohan, 562. Bois (rio dos), 549. Bom Abrigo (ilot), 385. Bomfim (presqu'ile), 278, 291. Bom Jardim, 246. Bonete (mont), 599. Boni, 52. Borba, 186. Borord, 452, 455. Botocudos, Burung, Aimores, 180, 210, 253, 275, 274, 27, Botucati (ville), 382, Bragança, 202. Branco (rio Branco, ancien rio Buce Buen 67 | Duen ri 50 D8l 65 69 75 11 Buen Bugr Burit Burr: Burro Buta- Caaca Cabac Cabi. Cabo, Cabo Cabr Caçal Cace Cach , 294, 810, 555. 3, 748, 9, 740. ) de las), 603, 635, ica Grove, 58, 59, rra), 357. >), 380. 24. , 250. de), 791. }, 630, *633, 670. ! , 244, 'ara, ine), 716, 796. , 735, 759, DO. )), 131, 132,184. 20, 21, 27, 55, » 914, 540, 595, 621, 627, 656, 107, 708. . t ville), 594. D, 640, 751. LA 07. , 392, 595, 595, 2, ra), 256. 756. 300, 340, es Bois, Bush- h Negers, 48, 49. t), 585. 'ile), 278, 291. 5, 599. 5, "ung, Aimores, 5, 275, 274, 582, co, ancien rio de), 188, 286, | Parima), 16, 85, 126, 127, 129, *130, 171, 172, Brava (sierra), 608. Brazo da Madre de Deus, 247. Brejo d'Arcia, 259. Brésil, 91-495, 500, 503, 504, Breves, 197, Brilhante (rio), 419. Buceo (baie), 571. Buenos Aires (province), 6692, 670, 748, 765, 767, 768, 170, 780, 785. Ducnos Aires, Puerto Santa Ma- ria de Buenos Aires), 418, D0ù, 28, 534, 535, 584, 587, 589, 615, 627, 600, 654, 65b, 656, 675, 680, 693, 694, 703, 730 et suiv., 757, 165, 764, 772, 775, 776, 7179, 780, 782, 783. Buenos Aires (lac), 642. Bugres, Bougres, 361. Burityzal, 439. Burras (rio de las), 595. Burroburro (rio), 16. Buta-c6 (col), 603. Caacati, 699, 707. Cabaçal (rio), 432, 459. Cabixi, 176. Cabo, 247. Cabo de las Virgines, 754, Cabrob6, 286, 297. Cagapava, 568, Câceres (lac, baie), 425, 441. Cachi (nevados de), 595, 618, Cachi (ville), 709. Cachinili, 176. Cachipour (rivière), 14, 24, 27, 28, 29, 88. Cachocira (rio), 391 ; — (ville), 407. Cachocira et Säo Felix, 291, 297. Cachoeira du Para Guasst, 477, Cachociro, 296, Caethé, 228. Caethé (village), 284, Cafayate, 675, 709. Cahy (rio), 402, Caicé Principe, 238. Cairrit, Cairrid Dekenou (mont), 11, 12; — (gave), 129. Cajazciras, 258, NIX, INDEX ALPHABÉTIQUE Cal (cumbre de la), 609. Calbuco (voleun), 615. Calchaqui, 673, 674, *675, 688, 709,714, 715, 716,718. Caldas (Ouro Fino), 568. Calina, 62. Calingasta, 674. Camacan, 2174. Camacuam (rio), 398, 402. Camamu, 292. Camerones (rio), 641. Cametà, 202. Canocin, 235. Campana, 704. Campanario (mont), 604. Campanha, 367. Campina Grande, 240. Campinas (ville), 357, 370, 578, *319, 580, 395. Campo do Meio, 396. Campo Grande, 193. Campo Largo, 588, 389. Campos de Boû Vista, 545. Campos de Jordäo, 343. Campos du Paraguay, 516. Campos du Parahyba, 311, *312, 359, 471. Campos (Rio de Janeiro), 547. Camuta, 202. Canaburv (rio), 128. Cañada (rio), 609, 633. Cañada de Gomez, 704. Cananea (port), 346, 318, 989. Canastra (serra da), 254, 258; — (rio de la), 550. Canavieiras, 293, 297, 458. Candelaria, 697. Canelones (ville etdépartement), 571, 581. Canguaretama, 239. Caninde (rio), 234. Cantagallo (ville), 311, 395. Cantarcira (serra), 344, 572. 918. Canuet (monts), FL. Canuma (rio), 155. Capazäo (serra), 256. Capella, 286. Capibaribe (rio), 244, 246. Capiguary (rio), 509. Capim, 2, 198. Capivary (rio), 399; — (baic), 408. Caraça, 205, 283, 484, Caracarà (morne), 426. Carcaruña (rio et fortin), 84, 704, 751. Carapaporis (détroit et bassin), 28, 87, 89. Carauma (mont), 130, KO! Cavavellas, 295, 294, 297. Caraya, 165, 181, 211, 213. Carbougres, Karboegers, 50. Caribana, 2. Caribes, Caraïbes, 42, 45, 47, 169, 166, 171, 179, 180, 679. Civihuairazo (volcan), 123. Carijo, 5, 360, 405. Carijonas, 166. Carinhanha (rio), 260 ; — (ville), 260, 285, 297. Cariôca (mont et source), 518, 925. Caripuna, 176. Carmelo (Las Vacas), 565. Carmen (Paraguay), 935. Carmen de Patagones, 588, 672, 684, 747, 748, T1. Carolina, 219, 253. Carsevenne (rivière), 24. Caruarû, 247, 250, Casa Branca (ville), 579. Casabinda (ancien lac), 708. Caseros, 405, 696. Cassiquiare (rio), 127, 128. Castello (morro do), 3529. Castillo (mont), 605. Castle Hill (mont), 644. Calaguär, 276. Catalin (sierra de), 605. Catamarca (province et ville), 656, 657, 668, 679, 688, *714, 716, 726, 760, 783. Catanixi, 174. Cattas Altas, 283. Caucete, Independencia, 719. Caux, Kaw (monts), 14. Caviana (île), 137, 143, 14, 197. Caxambü 09. Caxias, 221, 253, 234, 250. Cayapé, 209, 210, 228, 568. Cayapé (serra), 206. Cayeiras, 572, Cayenne, 6,31, 73, *76 et suiv., 84, 151. Cayua, Cayova, 561, 362, Ceara (État), 115, 218, 227, 2929, 235-258, 272, 457, 460, 463, 495. Cearà (ville), 97. Voir Fortaleza, Cearà (rio), 256. Cearà Mirim, 238, 290. Ccbolaty, Cebollati (rio), 402, 009, Central (système montagneux de l'Argentine), 609. Gerrito (Entre-Rios), 700. (ville), 567, 368, 101 802 Cerrito (Montevideo), 571. Cerrito (Paraguay), 533. Cerro (le), de Montevideo, 569, 570, 571. Cerro Largo, 581. Cerro Leon, 536. Chacabuco, 744. Chaco (Gran) (territoire), 257, 503, 505, 506, 508, 515, 017, 518, 521, 522, 523, 534, 544, 548, 554, 587, 588, 591, 615, 621, 656, 607, 665, 676, 677, 679, 699, 707, 764, 783. Challao (bourg), 725. Chalten, 607, 608. Chamboa, 213. Champaqui (mont), 609. Chana, 562, 56, Chandless (rio), 125, Chañi (nevada de), 596, 707. Chapada, 421. Chapada Diamantina, 292. Chapecé (rio), 340, 402. Chapel-cé (mont), 605. Charma, 705. Charrua, 405, *562, 565, 792. Chaschuil (rio), 629. Chascomus, 742, 748. Chavantes, Akué Curuton, 210, 215, 561. Chaves (sierra de), 598, Chemen Huin (rio), 751. Cherentes, 210, 213. Chichi (ou Cataractes du Soleil), 93. Chico (rio), *646, 647, 684. Chikriabà, 210. Chilecito, Villa Argentina, 656, 717, 718, 726. Chillan (volcan), 639. Chinchipe (rio), 118. Chiquita, Mar Chiquita, 621, 622, 662, 742. Chiquitos, 176, 526. Chiquitos (pays des), 419, 426. Chirihuana, Chiriguanos, Cam- bes, 176, *676 et suiv. Chiriou, 15. Chivilcoy, 744, 748. Choele Choel, 641. Chorillo (ruisseau du), 727. Chos Malal ou Bum Mahuida, 605. Chos-Malal (ville), 748, 783. Chubut (rio), *641, 642, 694, 702. Chubut (territoire du), la Nou- velle-Galles, 613, 614, 615, 650, *7ô1, 759, 755, 754, 159, 775, 7185. INDEX ALPHABÉTIQUE. Chumbicha, 714. Chuy (rio), 398, 556. Cielo (campo del), 714, Cinta (serra du), 298. Cipreses (cordillère de los), 605, 640. Claro (rio), 206, Clavijo, 596. Coagua, Coyagua, 511. Coary (rio), 124, 195. Coary, Alvellos, 184. Cobras (île), 324. Codajuz, 184. Cocrmoeribo, Cormontibo (ri- vière), 22, Coesewijne (rivière), 21. Coimbra, 442. Colastiné, 701. Colhué (lac), GA, Collon-cura (rio), 605, *630. 640. Colon, 563, 695, 696. Colonia del Sacramento, 555, 565, 581. Colorado (rio de l'Argentine), Do8, 095, 604, 612, 614, 620, *628, 634, 655, 648, 649, 655, 662, 682, 683, 747, 748. Comachigones, 674. Commevwijne (rivière), 22, 69. Conceiçäo, 285. Concepcion (Paraguay), D42. Concepcion de l'Argentine, 746. Concepcion del Uruguay, 695, *696, 707. Conchas (las), 739. Concordia de l'Uruguay, 563; — de l'Argentine, 695, 707, 772. Confluencia, 554. Confuso (rio), 15, 534. Congonhas de Campo, 279. Congonhas de Sabarà, 271. Conlara (rio), 609. Contas (rio de), 266, 268. Contas (Barra do rio do), 292. Contendas (station thermale), 368. Contendas (Santa Anna de). 446. Copahué, 748. Coppename (rivière), 21, 67. Coralitos, 557. Coratamung (monts), 11. Corcovado du Brésil (rio et morne), 316, 318, 351. Corcovado de l'Argentine (vol- can), 606; — (rio) 607, 751. 554, Cordillère des Andes de l'Argen- tine, 595 et suiv. Cérdoba (massif de), *609, 615, 622, 628, 662, 669, 716, 130. Cordoba (ville et province), 50, 589, 591, 656, 674, 704, 715, 715, *798, 750, 765, 169, 776, 781, 785. Coreahu (rio), 255, Corentyne, Corentijn (rivière), 12, 20, 21, 27, 40. Coroados, Bugres, 510, 311, *361, 362, 390, 405, 454. Corona (chutes), 129, Coronda, ou riacho de Santa Fé, 701. Corrientes (cap), 611, 628, 742. Corrientes (province), 509, 530, 547, 588, 591, 657, 666, 669, *697, 707, 766, 783. Cormentes (ville), 514, 695, *697, 698, 699, 707, 783. Cortaderas (col), 707. Corumbä (rio), 349. Corumbä, Albuquerque, 437, 440, 441, 442. Cosmopolita, 565. Cosquin, 730. Costa (serra da), 405, 407. Cotinga (ile), 388. Cotinguiba (rio), 286. Cottica (rivière), 22, 69. Cotuntuba (ilha de), 516. Counani (rivière et district), 24, 27, 86, 88. Couripi (village), 88. Coxim (rio), 426, 441. Coxim, Herculanco (ville), 441. Coy Inlet, Coyle (estuaire), 648. Coyos, Coyas, 674, 675, 768. Crato, 187, 236. Crevaux (colonie), 594. Crichand, 172. Cruz de Piedra, 725. Cruzeiro, 368. Cuarto (rio), 623. Cuatrero, 747. Cubatäo (port et serra), 540, 515, 374. Cuchilla Grande, 557. Cuevas (ruisseau de las}, 724. Cumbra (col de la), 600, 630, 719, 725, 724. Cumbres de Calchaqui (monts), 596. Cumucumu (monts), 11. Cuñapirü (rio), 564. Cura-cé (rio), 635. Cura Cokalio, 605. Curi Curin Curil 38 42 Curr Curu Curu Curu Cuyc Cuyal Darwi Daymi Demer (Île 62, Desag Desagi Desead {uai Descad 659 Dester (dét 395 Deux ( Diama 102 Diama 266 *A6 Diama tina Diama Diana Didi, Distric Distric 183 Divisô Dûce 27: Dolort ndes de l'Argen- suiv, de), *609, 615, 662, 669, 716, L province), 05, 656, 674, 704, "128, 750, 765, 31, 785. 235, rentijn (rivière), 27, 40, gres, 510, 511, 390, 405, 434. |, 129. riacho de Santa ), 611, 628, 742. vince), 500, 530, 591, 657, 666, 707, 766, 785. lle), 514, 695, 699, 707, 785. ), 707. 349. uquerque, 457, 42. 65, ), 405, 407. 188. ), 286. ), 22, 69. de), 516. e et district), 24, ), 88. 26, 441. eo (ville), 441. (estuaire), 648. 674, 675, 768. :), 004, 725. C2 d. et serra), 940, 4 097. de las), 724. la), 600, 630, haqui (monts), Curicuriari (morne), 129. Curimatahü (rio), 239. Curitibä, Curitybä, Coritvbà, 585, “284, 589, 591, 395, 421, 495. Curralinho, 234. Curupaity, 541. Cururupü, 230. Curuzü, d41. Cuyabd, 459. Cuyabä (rio et mines), 416, 423, 425, 426, 432, Cuyabà (ville), 417, 418, 419, 420, 430, 439, *440, 442, 49ù. Cuyo (région du), 694, 719, 181. Cuyuni (rio), 20, 58, 65. Cuyuwini (rio), 16. Darwin (mont), 608. Dayman (rio), 563. Demcrara, Demerari, Lemdrare (fleuve et district), 20, 27, 62, Go. Desaguadero (canal), 630. Desaguedero (rio), 726. Deseado, Puerto Deseado (es- tuaire et port), 642, 754. Descado (rio), 607, 642, 649, Goo. Desterro (Nossa Senhora de), (détroit et ville), 393, 394, 595, 448, 480, 495. Deux Connétables (île des), 15. Diamante (rio), 505, 634, 701, 102, 705, 724, 725, 726. Diamantina, Tijuco (seuil), 256, 266, 278, 283, 297, 467, *469. Diamantina, Chapada Dianan- tina, 488. Diamantino, 459. Diana (Llanuras de), 648. Didi, 46. District fédéral (Brésil), 495. District fédéral (Argentine), 183. Divisôes (serra das), 256. Dôce (rio), *267, 268, 271, 279, 211. Doigt de Dieu (piton), 299. Dois frimäos (serra et rio), 219, 291. Dolores, 730, 742, 748, INDEX ALPHABÉTIQUE, Domeyko (morne), 608. Dona Francisca (ville), 393, Dourada (serra), 216. Dourados (serra de), 435. Douro (serra de), 204. Dous Rios (rio Negro et rio Grande), 300, Dulce (rio), 621, 622, 670, 713, 714. Durazno, 564, 581. Emerillons, 45, 46. Encarnacion, Itapuñ, 531, “52, 536, 42, bo1. Enchadas (ilha das), 329. Enfant Perdu (ilot), 14, 79. Ensenada, 672, 740, 741, 748, Entre-Rios, mésopotamie d'entre Paran et Uruguay, 510, 311, 415, 500, 624, 657, 673, 694, 696, 701, 707, 739, 157, 761, 764, 764, 766, 179, 182, 785. Ere, Campo Ere, 540. Erere (collines), 138. Esperanza, 701, 702, 704, 707. Espinhago (serra do), 254, 25, 259, 272, 419, 466, 476. Espirito Santo (État), 115, 259, 295-207, 447, 460, 495, 525, 791. Esquina, 700. Essequibo, Essequebo, Aranau- ma, Chip Oua (rivière), 11, 12,*15, 20, 27, 57, 58,171. Estancia, 288. Estivado (ruisseau), 425. Estrella (serra da), 316. États (île des), 608, 648. Falkland (iles), Malouines, Mal- vinas, 613, 85-789, 791. Famatina (nevado de), 598, 599, 650, 675, 707, 717, 718; — (ville), 717. Faro, 193. Faxina (ville), 381, 395. Fecho dos Morros (le), 425, 442. Federacion, 695. Feira ou Foire de Santa Anna, 291, Dee eme rmee 2 —me 803 Fernando ou Fernäo de Noronha (ile), 223, *224, 225, 227, 250, 251. Ferreira Gomes (colonie), 88. Fiambala, 675. Fiambala (rio), 629. Fiscal (ile), 493. Fitzroy (volcan), 607, 645. Flores, Cajazeiras, 234. Flores de Uruguay, 581, Flores (ilha das), 332, 451. Flores (isla das), 571. Florida, 566, 581. Fonte Boä, 182. Formosa (lac), 204. Forinosa (territoire et ville), 690, 707, 783. Formosa, Villa dos Couros, 215, 217. Fortaleza, Cearä (ville), 226, 235, 236, 250, 480, 495. Foz de Iguazü (colonie), 390, Frade de Macahé (mont), 300, 315. Frade Lesparde (mont), 295. Franca (ville), 380; — (serra), 301. Français (mont), 608. Fray Bentos (Independencia), 564, 572, 696. Frayle Muerto, Bell-Ville, 798, 730, Frechal (rivière), 24. Frio (cap), *305, 650 ; — (ville), 315, 339. Froward (cap), 608. Fructal, 368. Fuégie (lierra del Fuego, ter- ritoire), 704, 183, 188, 790. G Gaiba (lac), 429. Galibi, 42, 453, 45, 46, 62, *63, 69. Gallegos (rio), 648, 668,754. Gallina Muerta, 599. Gamellas, 228. Garanhuns, 248, 286. Gâvia (mont), 516, 529, 330, Gay (morne), 608 General Acha, 747, *749, 783. General Paz, 747. Georgetown, 30, 51, 60, 61, 62, 65, 67, 69. Georgie du Sud. Voir South Georgia, 804 Gès, 209, 228, 275. Gigante (mont), 609, Gigantillo (mont), 609. Giyones, 674. Golfo Nuevo, 615, 751, 754, Goya, 591, 700, 707. Goyana (sera), 208, 240, 243, 250. Goyanazes, 560, Goyaninha, 258. Goyaz (État), 202-217, 417, 437, 446, 458, 460, 465, 488, 493, 495. Goyaz, Villa Boa, 98, 216, 217, A95. Goyazes, Guayaies, 209. Goycacheas, 551, Goycocheas (hameau), 531. Graciosa (serra), 543. Graciosa (ville), 384. Grajahü (rio), 221, 228, 230, Granadas (cerro de las), 595, Grande ou Rio Colorado, 603, 635, 707. Grande (cachoeira), 351. Grande, ha Grande, 306, 335. Grande, Rio Grande, 219, 238, 260, 356, 350, 380, 477. Grande do Norte, Rio Grande (État), 115, 218, Grande do Sul, 111, 116, 117. Granja, 235. Gräo Mogol (serra), 256, 285. Gravatä, 247. Groningen, 67. Guachipas (rio), 621. Guahyba (estuaire), 407. Guaicuhy (port), 285, 293. Guainia (rio), 22, 127. Guajajara, 298. Guajara Guassu (chute), 132, Gualeguay (rio), 624, 696, 697, 707. Gualeguaychü, 696, 707. Gualeguaychü (rio), 564. Guames, Guamnes (rio), 122, Guané, 433, 434, 431. Guanhanari, 560, Guaporé, 422. Guaporé (rio Itenez), 131, 134, 176,418, 419,499, 424, 438. Guarahü (serra de), 343. Guarani, 561, 414, 517, 518, 0950, 035, 536, 547, 548, 002, 625, 675, 674, 676, 677, 697, 700. Guarapuava (ville), 380. Guaratiba (ville), 333. Guaratinguetà (ville), 368, 395, Guaraunos, Warrau, 1, 41. INDEX ALPHABÉTIQUE, Guarayos, 176. Guaté, 432, 453. Guaviare (rio), 127. Guayanos, Guayanas, Guaya- nases, À. Guayarros, 531. Guaycurû, Mbaya, Lengoas, Cadinéos, Beaquéos, Cabal- leros, Cavalleiros, 433, 434, 455, 457, 521, 587, 699, Guayra, 526. Guayra (la), mission, 390, Guayra (saut de), 506, 517. Guazayan (sierra), 621. Guiari (rio), 126. Guimaräes, 230, Guineo (rio), 129, Gurgucia (serra), 219, 221, Gurgueira (bec), 234. Gurupä, 196. Gurupy (rio), 220, 250, Guyane anglaise, 4, 55-66. Guyane contestée (franco-brési- lienne), 4, 85-90, Guyane française, 4, 72-84. Guyane hollandaise, 4, 66-72. Guyanes, 1-90, Ilaedo (cuchilla de), 557. Hernandarias, 585. Herval (serra do), 398, 404. Hervidero, 557. Iigueritas, Nueva Palmira, 558, 565, 626. Hobler Hill (mont), 644. Huallaga (rio), 118, 139. Huanacache (lagunes), 630, 718, 670. Huanocos (valle de los), 668, Hucal, 748. Huemules (rio), 607. Huilliche, 683. Humahuaca, 596, 707, 726. Humaita, 501, 514, 540, 541, *542, Hyanuary (laguet), 160. Hyuacu (rio), 125. Hyutanaham, 185. Ibera (lac), 624, 695. Ibicuy Grande (rio), 396, 398, 402, 407, 414, 626. lcamiaba, 172, Iça-Putumayo (rio), 199, 147, 165, 166, 181, Ico, 237. Igatü, 257. Iguapé (port), 374, 583. Iguapé (Ribeira de), 345, Iguarassü, 246. Iguayü, Rio Grande de Curiviba, 309, *359, 555, 388, 389, 390, 544. Île Royale, 76. {lheos, Süo Jorge dos Ihcos, 292, 293, 297. Iman, Sierra de l'Aimant, 611, Imbetiba, 312. Imbituba (port), 394, Independencia, 239, Inferno (cachocira do), 266, 267. Inficionado, 283. Inga, 240, Ipacaray (lac), 536, Ipané (rio), 508. Ipanema (bourg etrio), 581, 469. Ipiranga, 575. Ipoa (lagune), 509, Ipojuca (rio), 247. Ipurina, 173, 174. Iracouba (rio), 42, 84. Ita, 536, 542, Itabira do Campo (mont), 469, Itabira do Matto Dentro, 469, Itabôca, 207, 217. Itaboraby (ville), 535. Itacoatiära, Serpa, 192, 193. ltacolumi (récifs), 255, 268: — (mont), 285, 294. Jtagua, 536. Itaipü (Pico de Fôra), 515, 516. Ituituba, 195. Itajahy (rio), 345, 345 ; — (ville), 392, 295. Itamaracä (ile), 245. Itamaricä (grau), 315. Itambé (piton), 255, 283. Itambé d'Espinhaço (morne), 422. Itanguaymi (défilé), 355. Itani (rivière), 23, 45, Itapagipe, 291. Itaparicä (île), 291, 292, 297. Itape Mirim, 296. Itapeninga, 357. Itapicurü (mont et rio), 221, 230, 266, 268. ltapiringa (rio), 337. Itapirü, 541, 542. Itapuñ, Encarnacion, 697. Itipucurü (rio), 233, 234. Itapucurû Grande, Rosario, 233. linhei 2 Jabotici Jac (lac! Jacarép l: k Jaguaräo AM Jaguaribe Jaguarip Januaria, Japti, À lpurä, 129, ( 147, ! Jaquipa laraguä ( 250; - lardim, Jary (rio latobà, Jauapiry kurû (r 451, / à Javary (1 kjuy (r vof. Jequtinl Franci 966, 2 lesus, 5e loäo Aire 476. loazeiro, Joeden $ 9. (rio), 1929, 125 166, 181. 574, 585. a de), 545, ande de Curivib, 360, 588, 389, orge dos Ilheos, 207. de l'Aimant, 611. ), 594 , 239, tira do), 266, 267. 9. b36. )8. zetrio), 581,469, 509, 247. 174. , 42, 84. 1po (mont), 469, to Dentro, 469, )17. +), 530. pa, 192, 195. fs), 255, 268: 835, 204. Fôra), 515, 516, 5, 545 ; — (ville), 245. ), 510. 255, 285. haço (morne), lé), 305. 3, 4ù, 91, 292, 297. . et rio), 221, 357. ue ion, 697. 255, 254. , Rosario, 253. ltapueurû Mirim, 953, lapura (cataracte), 551, 380. ltaquy (ville), 414, 415, lati, 697. latiaya (serra), 298, 299, 300, 145, 350, latins (serra dos), 343, 360, lû (ville), 380, 595, 484, ltuberé (rio), 387. lluzaingo, 566. lahy (rio), 352, 390, 419, linheima (rio), 351, 383,419. Jaboatäo, 247. à Jaboticabal (ville), 580, luc (lac), 27. lacarépagua (ville), 333. à Jacaréuara, Morcegos, 171. 2 lachal (rio de), 599, 600, 629, 719, 726. Jacu (rio), 239, hicuhy, Guahyba (rio), 398, 401, 402, 403, 407, 561. lacupiranga (rio), 345. Jaguaräo (ville), 409, laguaräo (rio), 396, 398, 402, ÿ72, Jaguaräo (mine), 407 ; -— (ville), Mo: Jaguaribé (rio), 227, 236, 237, Jaguaripe (rio), 292, Januaria, Salgado, 285, 297. Japii, 171, hpurä, Hyapura (rio), 118, 122, 125, *194, 1927, 139, 147, 165, 166. liquipa (rio), Jacuhype, 266. Jaraguä (serra), 344; — (ville), 260; — (mines), 372, 378. à ludim, 236, 258. lary (rio), 133. latob4, 286, lauapiry (rio), 130, 172. hurû (rio), 423, 424, 495, 451, 452, 459. à Javary (rio), 118, 147, 175. kejuy (rio), 508, 517, 554, do. lequtinhonha (rio), le Petit Säo Francisco, Rio Belmonte, 256, 266, 267, 268, 271,274, 293. lesus, 533. Joïo Aires, Ayres (seuil), 299, 476. Joazeiro, 285, 299, Joeden Savane, 69. INDEX ALPHABÉTIQUE, Joinville (estuaire et ville), 348, 391, 295, Juaurvité, 187. Juiz de Fora, 278, 363, 304, 099, 468, 475, Jujuy (mont), 616, Jujuy (province), GIN, 690, 666, 674, 675, 677, *70, 707, 726, 769, 768, 783; — (ville), 707, 726, Jujuy (rio), 096, Jundiahy (ville), 305, 478, Junin de los Andes, Huinca Mel- leu, 744, 7ô1, Juntas (las), (confluent), 509, 617, Juquia (rio), 345, Juramento (rio), 595, 596, 618, 628, 676, 709, 714. Juruà (rio), 124, 1925, *147, 173, 480. Juruena (rio), 134, 418. Jurû Mirim (ile), 391. Jurupari (cataracte), 127. Jurupensen, 217. Jutahy, Hyutaï (rio), 124, 195, *147, 181, 480. 378, 980, K Kaïeteur (chute), 16, 18, 129, Kaw (village et rivière), 80, 84. King William's the Fourth Fall (chute), 15, 21. Kochait (volcan), 643. Koffi, 49. Kourou (rivière), 74, 76, 84. Krou, 48. L Labrea, 184, 185, La Cecilia (colonie), 389. Ladario (arsenal), 441, 492, Lafayette, 278. Lagarto Cocha, 159. Lage (ilot et fortin), 317. Lages, 395. Lago Grande de Villa Franca, 156. Lago Novo, 27, 88. Lagôa de Sumidouro, 259. Lagôa dos Patos, 400, 401, 409, 408, 409, 410. Lagôa Feia, 304, 505. 442, S0ÿ Lagôa Mirim, 396, 400, 401, 402, 559, 559, Lagôa Santa, 257, 259, 272, 279, 284, 360, Laguna (port), 394, 395, Laguna Mirvim, 579, 579, Laianos, 453. Lambaré, Lambari (promon- toire), 013, 539, 540, Lambary (station thermale), 567. Lapa (Bom Jesus de), (ville), 9285, 390. La Par, 591, La Plata (ville), 589, 664, 759, 740, *741, 749, TAR, 771, 783. Larangeiras (pont-viaduc), 286, 394. La Torre (cordillère), GO8, 668. Lavras, 236, 414, Leblond (mont), 14. Ledesma (ville), 726, Lemaire (détroit de), 648, Lençoes, 292, Lenguas, 18. Leon (monte), 608. Leona (rio), 643. Leopoldina, 217, 364, Lerma (plaine), 708. Leubü, 748. Libertad, 605, Libres, Paso de los Libres, 695, 707. Limay (rio), 605, 636, 639, 640, 748, 751, Limeira (ville), 380. Limoeiro, 246, Llaima (volcan), 605. Llanos (sierra de los), 608, 609, 622. Lipantipucü, 534. Lobos (ile), 572; — (ville). 744, Londres, de l'Argentine, 716, Lonquimai (volcan), 605, 751. Lopo (morro do), 343. Lorena (ville), 368, 395, Loreto, 622, 697, 715, 726. Lujan (rio de), 724, Lulé, 676, Lules (village), 676. Luque, 536, 542. Macacü (rio et ville), 304, 535. Macaguajès, 181. #06 Macahé (rio et ville), 30b, 512, 330, Macapa, 85, 88, 133, 135, 143, 145, 196, 197, 202. Macat, 238, 250, Maceid, 248, 249, 250, 480, 495. Machiati (piton), 129, Macourira, 84, Mac, 169, Macusi, 114, 49, 45, 46, 58, 171, 172, 295, Madeiva, Cayari, (IS, 125, 126, 151, 139, 159, *147, 152, 162, 175, 176, 184, 185, A18, 421, 422, 480. Madre de Dios (rio), 131, Mafra, 252, Magdalena, 742, Magé (ville), 355, Magellan (détroit de), 648. Mahaica (ville et rivière), 20, 60, 61, Mahü, Irang (rio), 129, 171. Mahuri (rivière), 80, Maïnas, 118. Mainrique (mont), 599. Maipo (mont), 603. Maipu, 742. Malali, 275. Malargüe, Malalhué (volcans), 603. Malbarco (laguet), 639. Maldonado (cap), 628. Maldonado (ville), 557, 561, 562, 572, 581, Mamanguapé (rio), 239, 250, Mamoré, Rio Grande, Guapay, 131,132, 154, 422, Mana (rivière), 25, 74, 84. Manaos, Barra, Fortalezza da Barra do Rio Negro, 131, 166, 176, 188, 189, 191, 192, 202, 495, 495. Manchao (mont), 716. Mandioré (lac), 425. Manga, 234. Mangabeiras (rio et serra de), 204, 219, 221. Mangaratiba (port), 335. Manguaba (lac), 249, Manso (rio), 430. Mansos, Llanos de los Mansos, Llanos de Manzo, 678. Mantiqueira, Serra do Mar, 254, 254, 298, 299, 329,340, 345, 544, 545, 356, 419, 476. Manzanas (région), 767. Mapa (lac de), 86. Mapa Grande, Amapa (rivière), 24, 87; — (fortin), 89, INDEX ALPHABÉTIQUE, Mapouerro, Urubt (rio), 171, Mar, Sevra do Mar, 370, 971, 301, 502, 402, 403, 446, 476. Mar de Hespanha, 364, Mar del Plata, 742, Mar Pequeno (marigot), 383. Maracà (ile et dütroit), 27, 98, 29, 47, 88, 145. Maracajü, Serra de Mbaracayu, 552, 421, 503, 506, 54ù, Mavacassumé (rio), 230, Maracaua, 171. Maragogipe, 291, Marajo (île), 137, 151, 161, Maranguapé, 236, 250, Marvanhäo (État), 115, 218, 250-254, 495. Maranhäo (ile), 97, 227, 465, 492, Marvianna, 278, 283, 470, Maribondo (saut du), 350, 368. Maroim, 286, Maroni, Maroweiju, Saint-Lau- rent (fleuve), 13, 22, 27, AU, 42, 75, *75,84, Marouini (rivière), 923, Martin Vaz (ilots), 270, Martin Chico (ruisseau), 565, Martin Garcia (île de), 597, 558, 565, 091, *592, 627, 704, 154. Matacos, Mataguayos, Mansos, 618, 678, 679, 708. Matara, 714. Matheus (pics), 300, Mathoury, 84. Matouri (mont), 14. Mlatrocanes où Masinga, A9, 50, Matta de Corda (rio de la), 350. Matto Castelhano, 396, Matto Grosso (État), 591, 415- 442, 460, 468, 488, 491, 495, 505, 508, 544, 547, D84. Matto Grosso (ville), 425, 424, 458, 440, 442. Matto Portuguez, 596. Mauhé, 175, 176, 177, 178, 179, 418. Mauhé Assu (rio), 153. Mauricea, Mauritsstad, 243. Mayu-Tata ou Amaru-May6, 131. Mazagào, 197. Mazaruni (rivière), 8, 20, 42, 58, 59. Mbarancaya, 308. Mbaya, 518. Mbuarapey (rio), 507, Mearim (ro), 224, 930, Medinas, 713. Medio (arroyo del), 704, Moia Ponte, Pyrenopolis, 215, Meia Ponte (rio da), 349, Mejicana, 718. Mellimoya (volcan), 606, Melo, Cerro Largo, 579, Mendoza (rio de), 630, Mendoza (province), 666, 683, 719, 726, 765, 766, 785, Mendoza (ville), 591, 600, 656, 680, 682, 719, 720, 766, "721, 7925, 795, 726, 785, Mercedes, 565, 572, 695, 744, 748. Mesa (volcan de la), 605, Mestre Alvarez, Mestialvé (mont), 295, 206, Mexiana (île), 137, 145, 197, Michilengues, 674. Miguel Burnier, 279, Minas, 271. Minas de l'Uruguay, 561, 572, 581. 285, 506, 999, 457, 444, 446, 450, 453, 458, 460, 463, 465, 466, 467, 468- 469, 470, 477, 488, 492, 495. Minas Novas, 278, 295. Minchin Mahuida (volcan), 606, Minuan, Minuanos, 405, 569, 703. Miranda (rio et bourgade), 359, 416, 417, 419, 421, 496, 455, 440, 441, 760. Miranhas, 165, 166, Misiones (Territoire des Mis: sions), 21, 505, 521, *526, 505, 610, 666, 694, 69, 697, 707, 166, 785. Mitaraca (mont), 13. Mocoretä, 695, races, D21, 587, 701, 714. Moeda (serra de), 279. Moesinga, 51. Mogy das Cruzes, 370. 380, 471. Mogy Mirim (ville), 368. * Mojos, 176, 526. Molino de Balas, 775. Molinos, 709. Molu-che, 683. Moncäo, 230, Monday (rio), 556. Mondego (rio), 426, \ Minas Geracs (État), 115, 251, Mocovi, Mbocavi, 679, Montai Mogy Guassü (rio), 349, 550% Monig Monta Montag Monta Mont A Monte 695 Monte Monter Montes Montes Montes 285. à llontev D 057, +506 579, os, 136, à \orawh | \oreno \lorona D \orretes À Morro, € ! \orro V4 L \ortes … 210, » 417. Moruka à llorumb à llosetené à \lossoro, | Moura (h: \ousiner à Mari, 4 Mucuim 2 \lucuripe D llucury n 271,2 % \lundahü à Mundurt à 178. N Hura, 1 n \lusters 1 ( { js, . 2 BEA \ac-ne-N À \ahuel-E | 639, € à Nahuque D \apo (rio à \apostà | 2 \assau ( Di \atal, 2 = Nauas, 1 Nazareth 221, 250, Monigote (mont), 609, Montagne d'Argent, 14, 80, 81, Montagne Française, 14 Montagne Magnétique, 14, Qi Mont Alegre, 139, 196, Monte Caseros, 539, 5603, 566, 695, Monte Santo, 2992, Monteros, 713, 726, Montes (Cordillera de los), 506, Montes Aurcos, 250, Nontes Claros das Formigas, 1 285, à \lontevideo, 424, 528, 535, bb, … 557, 560, 561, 62, 563, +566, 567, 569, 570, 571, 079, 078, 575, 576, 579, ù81, 628, 670, 693, 739, 150, Morawhanna (rivière), d7, Moreno (mont), 20o. 2 \orona (rio), 118. D \orretes (ville), 384, 385. à Morro, Cerro Morro, 610, à Morro Velho, 285, 297. Mortes (rio das), Roncador, del), 704, yrenopolis, 215, o da), 349, , lcan), 606, nrgo, 79, de), 630, vince), 666, 683, 165, 766, 785, ), 591, 600, 666, 719, 720, 766, , 725, 726, 783, 3, 072, 695, 744, de la), 605, , Mestialvé (mont), 137, 143, 197. le 674, { er, 279, uguay, 5061, 572, (État), 115, 951,1 , 099, 457, 444 à Pr < 453, 458, 460, sh 276, 550, 365, 3609, | HH re ie | Voruka (rio), 39, 42, 56. à llorumby (mont), 384. à llosetenes, 176. M \lossoro, Santa Luzia, 258, 250. | Moura (hameau), 129, } \ousinery, 84. à \rari, 122. Mucuim (rio), 125, Mucuripe (péninsule), 256. Mucury (rio), 111, 180, 267, n 271, 275, 277, 278. 2 \lundahü (rio), 248, 249, 250. 2 Munduruct, 175, 176, *177, … 178. D Mura, 174, 175. D \lusters (lac), 641. 278, 205. uda (volcan), 606. auanos, 405, 562, et bourgade), 352, A19, 421, 426, A4, 760, 55, 166, vritoire des Mis- , D05, 521, *526, 666, 694, 695, 66, 785. ht), 13. ui, 679, Montai 587, 701, 714. le), 279. es, 370. (rio), 549, 5504 à \ac-ne-Nuc, 274. 2 \ahuel-Huapi (lac), 605, 606, à 639, 640, 656, 751. » Nahuqua, 179. D \apo (rio), 118, 122. De \apostà (rio), 745, 746. \assau (cap), 22. DE \atal, 238, 250, 495. M Nauas, 124. à Nazareth, 246, 250, 292, 297. ille), 368. * b26. s, 179, 56. 426, INDEX ALPHABÉTIQUE, Necochen, 742, Negro (rio), 118, 126, 127, 198, 129, 191, 150, *147, 162, 186, 480, Negro (rio) de l'Uruguay, 389, 414, 558, 564, Negro (rio) de la Plata, 587, 005, 004, 612, 614, “636, 639, 640, 641, GAN, 649, 655, 662, 663, 665, 672, 681, 694, 748, 751, 760, Negro (serra do), 228, Nembuct (rio), 540, Nembuet (ville), 540, Neuquen (rio), 604, 605, 636, *037, 009, 640, 641, 726, 751. Neuquen (territoire), 748, 783. Nhundiaquära (rio), 387. Nickerie (rivière), 21, 66. Nico Perez, 572. Nictheroy, 298, 305, 515, 320, 385, 495, Nieuw Amsterdam, 61, 67, 68, 69, Nioac, Levergera, 441. Nogoya, 697, 707. Nogueira, 184, Norquin, 748, 755. Noruega, A4, Nouragues, 41. Nova Cruz, 239, Nova Friburgo, 311, 534, 350, AA. Nova Hamburgo, 407. Nova Trento, 393. Nueva Helvetia, 565. [0 Obidos (défilé), 156, 193, Obligado, 626, 704, Oeiras, 234, 260. Olavarria, 744. Olimpo (fort), 442. Olinda, 243, 250. Oliva, 540. Omaguas, 166, 175. Omaua, 169. Ona, 683. Onverwacht, 74. Oran, 596, 617, 649, 708, 726, 166. Orange (cap d’), 24. Orejones, 181, 182. Orénoque (fleuve), 22, 26, 127. Orgäos, 299, 300, *301. #07 Oro (rio de), 700, Orr (rio), 643, 644, Ortis (banc), 028. Otuquis (rio), 429, 505, Ouana, Wane creck (rivière), 22, Ouapichianes, Wapisiana, 39, Ouaraoun, À, Ouassa (rivière et village), 88. Ouatara, Ouateca, Goytacases, 309, 311, 320. Ouayana, À, Ouayéoué, 42, D8, 171, 172, Ouitola, 166, 169, Ouro (rio et serra do), 279, 323. Ouro Branco (mont), 279, 466, Ouro Preto (monts ct ville), 278, 279, 20, 281, 283, 206, 9207, 365, 465, 466, 476, 485, 495. Overo (volcan), 600, Oyampi, 45, 46, 47. Oyapok (commune), 14, 23, 24, 27, 28, 29, 84. Oyaricouletis, 4b. Pacaraima (monts), 8, 11, 16, 20, 90, 51, 40. Palena (rio), 606. Palicour, 59, 88. Palmares de Pernambuco (Qui- lombo dos), 229, 248, 250. Palmas (rio et lagune de las), *619, 626. Palmeira, 588, 589. Pampa (territoire), 785. Pampas, Pampéens, 619, 682, 683, 684, 687, 693, 726, 128. Pando, 571. Panoré, 187. Panos, 175, 116. Püo d'Alho, 246. Päo d'Assucar (mont), 516, 517, 442. Paquetà (île), 332. Parä (rio), 144, Parà (État), 117 et suiv., 194- 202, 474, 495. Para, Santa Maria de Nazareth de Belem, Belem, 97, 118, 149, 150, 151, 160, 162, 163, *197, 198, 199, 201, 202, 218, 424, 448, 454, 460, 476, 480, 495. SUR Paracatü ou Piracati, 260, 285. Paraguari, 556, 542, 501. Paraguassû, 266, 268, 291,477. Paraguay (fleuve), 134, 176. 257, 349, 416, 420, 423, 425, 426, 439, 500, 505, 504, 505, 506, 508, 510, 015, 049, oô1, 616, 617, 618, 627. Paraguay (État), 497-554, 758, 00. Parahyba, Parahybuna (rio),369, Parahyba de Manguaba, 249. Parahyba de Rio de Janeiro, 297, o11. Parahyba do Norte (État), 115, 218, 239, 240, 495, 400. Parahyha do Norte (rio), 240, 951,477, 479. Parahyba do Norte (ville), 240, 250, 495. Parahyba do Sul (rio), 501-505, *504, 510, Parahyba do Sul (ville), 555. Parahybuna (rivière), 300, 365 ; — (ville), 564, 369. Paramacca, 49. Paramaribo, 51, 67, *68, 69, Paranillo (massif), 600, Paramillos (mines de los), 7 Paranà (fleuve), 204, 205, 297, 349, 500, 501, 082, 590, 416, 000, d05, 506, 507, 9508, 14. 025, 026, 551, 042, à Dd8, 259, 064, 560, n8o, Glo, 616, 621, 62, 626, 627, 650, 707, 75ù, 7179. Paränä (campos de), 446, Paranâ (État), 006-395, 495. l'aranà où Bajada, 700, 707, 781, 785. l'avanà de las Palmas (rio), Parvanë Mivim, 195, 195. Paranacito (rio), 626, Paranäcoara, 157. Paranaguë (baie et port), 388, 295, 480, Dof, Paranahyba ou San Marcos (rio), 549, Paranan (serra de), 204. Paranapanema, 537, 551, 259, 300, 309, 569, 582, 383, 419, 454. Paranapiacaba, 544, Paranàä-Pixuna (rio), 126. Paraopeba, 256, 259, 278. Paraty (ville), 555, Paratñna (rio et ville), 284. INDEX ALPHABÉTIQUE. Paravilhana, 172. Parcel (récif), 268. Pardo, Rio l'ardo, 266, 268, 274,293, 500, 501, 416,477. Parcai (région), 134. Parentintin, 176. Parexi, Parvcis, 451, 452. Parexi (plateau des), 420, 506. Parima (lac), 16. Parima (serra), 129. Parintins, 193. Parnahyba (fleuve), 115, 291, 299, 934. Parnahyba [(port fluvial}, 235, 250. Partamona, 49, 62. Paschoal (mont), 94, 26%. Paso de los Libres (gué), 414. Paso del Rey, Paso de la Patria, d14, 541. Paso Molino, 571, Passagem (mine), 283, 466. Pussé, 166, 169, Pastaza (rio), 118, 195. Pasto Grande (mont), 595. Patachos. 274. Patagonie, 89, 612, 615, 615, 616, G41, 603, 655, 662, 665, 671, 682, 756, 799, 761, 767. Patagons, Patagones, 665,675, 679, 683, 68, 687, 688, 689. Palos, 400, 405. Patos (col de los), 600. Paulo Affonso (cataracte), 258, 259, 261, *262, 265, 266. Paumari, Pama-Ouri, 174. Paute (rio), 118. Pauyarim (rio), 125. Pavon (rio), 624, 626. Payagua, 518. Payen (serro), 603, 604. Payné (mont), 607. Paysandü, 597, 058, 563, 572, o81, 696. Payu-che, 683. Paz, La Paz, 700, Pebas, 139, Pedra Assü, 500. Pedro Affonso, 216. Pedro Segundo (colonie de), 86, 88. Pehuen-che, 683, 760 Pelado (cerro), 600. Pelotas (ville), 403, 408, 409, 410, 414, 415. Penedo, 286, 297. Penedo de Säo Pedro, 295, 176, 177, 290 PAU Pirayu Pitang Piluru Plaine Planchd GR2, Plata (C Plata (| *009 670. Pocitus, Poconé Pocos d 345, Poligou lombal, | lomerur lonta 370, : Porrong Porrudol Port Mad » Port Star | Portal (il : Porto Ale «408, : Porto de Porto do ) Porto Fe | lorto Nac Porto Se: : 517, d : Porto Uni Posadas, ! : Possession Penha (mont), 295: — (ville) 229; — (pélerinage), 575, Pepiry Guussü, 409, lerez Rosalez, 605, Pergamino, 744, 748, Pernambuco (mont), 985. Pernambuco (État), 115, 218, 245, 248, 286, 495. Pernambuco où Olinda, 98, 100, 115, 218, 295, “241, 250. 360, 410, 447, 448, 457, 417, ARO, 481, 485) 491, 495. Pessanha, 275, 295. Petrolina, 286, , Petropolis, 511, 529, 084, 359, 475, 476. Philadelphia, 293, 297. Philippi (morne), 608. Piabanha (rio). 334. Pianagoto, 195. Piassabussü, 286. Piauhy (État), 115, 218, 255, 272, «05, 46, 495. Piauhy (rio et serra do), 221, 234, 287. Picaullu (lac), 605. Pié de Palo (mont), 598. Piedade (serra de), 255, 284 4 — (pointe), 394. a Piedras, 71. + Piläo Arcado, 285. Pilar, 240, 250, Pilcinio, 715. == À 909, 954 495, 219) 8 e Pilcomayo (rivière), 503, 505 Potaro (ri 506, 509, 510, *515, 51 | l'oty (rio) 2292, 054, 99, 616. GIN 2 l'oxim (ric 619, 6921, 627, 656, 676488 l'rcguicias Preto, Rio lrimero, 729, lropria, 2 l'ucarä (fo Pueblito, | Puel-che, 4 l'uclo (rio ) Puerto B 708. Punta, 60! Pilla huinco (chaine), 611. Pilma-che, 683. Pimenteiras, 228. Pinagoto, 172. Pindamonhangäba (ville), 5 68, 390, Pindaré (rio), 221, 228, 25048 Pipiry Guazu (rio), 539. Ÿ Piquiry (rio), 552, 390, Piracicäba (rivière et ville), 309, 477. Pirahy (rio et ville), 510, 5554888 l'unta de | Piranhas (Rio das), 258, 26288 l'untas Va 286. 4 Puri, 511 Pirapôra (chutes), 271, 285. D lurus (ri Pirara (mont et rivière), 11, 16, 151, *{ bN, 129, LU 184,48 Diussununga (ville), 580. D Puris, Fo Piratinim (rio), 405. D. l'ireneos Piratininga (Santo Andres de) ‘3 215, 34 04, 356, 597, 579, D. … l'irenopoli 4 90 £ Fe. » 295; — (ville) ilevinage), 375. , 409. à 605. “e 44, TR. 0 mont), 285. (État), 115, 218,8 286, 495, fi. où Olinda, 98,0 218, 2925, *241, À MO, 447, 418% 480, 481, 485 5, 295, Fe 6, ae 11, 522, “55,8 415, 476. 4 995, 297. 5e ne), 608. ce ). 354. aa 95. 286. }, 115, 2IR, 254, 468, 465, 493, et serra do), 219, 287. ! , 605. mont), 598. ra de), 259, 284; ), 594. Pirayu, 599, 096. À Pitanguy, 278, 297, 365. Pituruna, 560. laine Mystérieuse, 644. Plinchon (passage du), GR2, 725. 609, M Plata (Cerro de), 727. Plata (estuaire de la), bo, *509, 083, 61, 627, 628, 670. D hocitus, 571. À Poconé (ville), 440. locos de Caldas (ville thermale), 545, 368. Poligoudoux, Poregoedoe, 4. Pombal, 238, Pomerun (rivière), 22, 56. Ponta Grossa (promontoire’, 510, 588, 589. : Porrongos (marais), 622. Porrudos, 426. Port Madryn, 7o1. Port Stanley, 787, *788, 789. Portal (île), 74. … lorto Alegre (ville), 397, 407, "408, 415, 438, 495, Porto de Moz, 196, lorto do Amazonas, 390, Porto Feliz, 380. Vorto Nacional, 216. à lorto Seguro, 94, 294, 297, 517, 5925, & l'orto Uniäo, 589. Posadas, D32, 697, 707, 785. 2 l'ossession Bay, 615. DT #n= Ene Fa ivière), 909, o0 4 510, *515, 519 F 505, 616, GISERNN | (rio), : 2 l'reguicias (rio), 20%. 627, 606, 6764 chaine), 641. 28 Pre \ lrimero, Rio 85. ) cäba (ville), 5454 228, 73 D l'ropria, 280, 297. : l'ucarä (fort), 716. Potaro (rio), 16, 42, 2 l'oty (rio), 234. Poxim (rio), 266, Preto, Rio Preio, 260, 00, briviero, 6929, 729, à lucblito, 730, 221, 228, 2504 rio), 599, ‘oi 992, 990, ière et ville}, 580 ville), 310, 5557488 das), 258, 262% Ù lucrto Bermejo, 540, } “4 pe D Puel-che, 679, 685, 689, 4 l'uelo (rio), 605. 700, 708. Punta, 609, l'unta de las Piedras, 628. l'untas Vacas, 725. 0 Puri, 511. es), 211, 28. Lrivière), 11, 164 ville), 3N0. ), 405. into Andres de} n, 375, 595. D luvus (rio), 118, 1925, 196, 151, *147, 192, 160, 175, 184, 480. … Purüs, Foveiros, 174. Pyreneos (monts), 204, 210, 349. « l'yrenopolis, 217. XIX, INDEX ALPHABÉTIQUE, a Quaraim (rio), 596, 556. Quatata (village), DS, Queluz (nœud de), (ville), 278, 279. Quequen (rio), 742. Querandi, 675, 151, 752. Quetrupillan (volcan), 659. Quichua, 671, 643, 674, 676 687, 707, 765, 766, Quilmes, 67. Quilmes, 735, 7492, Quinto, Rio Quinto, 625, 727. Quissanan, 512, Quixada, 237. Quixeramobim (rio), 227; — (uille), 237. 259: — 605, Ramada (massif), 600, Ranqueles, Ranqual-che, 680, G83. Ratas (île de las), 571, Rawson (ville), 656, 754, 75, 183. Real, Rio Real, 287. Recoleta (la), 755. Reconcavo, 291, Reloncavi (fjord), 605. Remire, 84, Resistencia, 700, 707, 783. Restauracion (ville), 414. Retamito, 725, Rewa (rio), 16, Reyes (source thermale), 7OK. Rezende (ville), 510, 555. Riacho, 295. Riachuelo, de Buenos 791, 759, 735, 756, Riachuelo, de Corrientes, 699, Ribeiras (chute), 132; — (rio), 385. : Riberäo Preto (ville), 379, 395, Ricardo Franco (monts de), 158. Rincon de las Gallinas, 558, Riñihue (volcan), 605, Rio Bonito (ville), 355, Rio Claro (ville), 380, 395. Rio Cuurto (bourg), 591, 727, 728, 750. Aires, sou Rio de Janeiro (État), 115, 297- 390, 445, 454, 484, 485, A8G, 494, 495. Rio de Janeiro (ville), 97, 98, 100, 109, 115, 416, 208, 505, 306, 307, *319, 616, 517, 595, 410, 418, M9, 446, 448, 449, 0, ho, 454, 474, #75, 417, 419, 480, 485, ANG, 488, 191, 493, 494, 493, 753. Rio Grande do Norte (État). 238-259, 405, Rio Grande do Sul (État), 091, 990-410, 448, 458, 160, 465, 469, 470, 47, 477, ANT, 405, 070, Rio Grande do Sul (ville), 397, 405, 408, 410, *411, 415, 414, 415, 480, Rio Negro (département de l'U- ruguay), 81. Rio Negro (territoire de l’Ar- gentine), 785. Rio Negro (ville), 391. Rio Pardo (ville), 407. Rioja (rio), 596, 599, Rioja (province), 608, 675, 726, 783. Rioja (ville). 629, 655, 656, 668, 690, 707, 716, 717, 726, 750, 785. Rivadavia, 708, 726. Rivera, 564, 981. Roca, 700, 751, 70h, Rocaoua (village), 88. Rocha, 572, 581. Roncador (rio), 206, Roraima (mont), 8, 11, 35, 36; (gave), 129, Rosario, 65, 991, 615, 621. 627, 656, 701, 705, 704, 707, 775, Rosario de la Frontera, 709. Rosario du Matto Grosso, 440, 442. Ross (glacier de), 790. Roucouyennes, Ouayana, 42, 45, 46, 47, 166, 179. Roura, 84. Rupununi (rivière), 11, 16, 58, 129. Sabarä, 283, 297, 565, 466, Sacramento, 105, *106, 752, Saint-Jean, 74. Saint-Joseph, 76. 102 ee 810 Saint-Laurent, 74. Saladillo (lagunes du), 622, 023. Saladillo (rio) de Samborom- bon, 695. Saladillo Dulce et Saladillo Amargo, 624. Salado (rio) de Buenos Aires, 616, Salado (rio) de l'Ipacaray, 509. Salado (rio) de Samborombon. 625, 6954, 662, 675, 681, 701; — de San Luis, 726, Salaviña, 622, 713, 726. Sali (rio), 709, 710. Salinas, 202, Salinas (pointe des), 145. Salitre (rio), 286. Salobro, 295. Salta (monts de), 621, 666. Salta (province), 991, 292, 606, 675, 707, 726, TN. Salta (ville), 606, 676, 708, 709, 726, 781. Salto, ville de la Banda Orien- tal, 403, 69, 572, 979, 074, 577, 81, 695, 772, Salto (pic), 599. Salto Augusto (rapide), 134. Salto d'Itû (cataracte et village), 580. Sallo Grande (cascade) du Jequi- tinhonha, 267, 268; — de l'Uruguay, 402, 507. Salut (iles du), 14, 76, 84. Samborombon (baie), 625, 672, 679, San Antonio, affluent de l'Igua- mn, 399. San Antonio (cap), 628. San Bernardino, 556, 947, San Blas (port), 747. San Cärlos, 709, 724, San Cosme, 099. Sangradouro (canal), 402. San Felix, 216, San Fernando, 699, 739, San Francisco (rio), 446, G17, 707, 708. San Ignacio Guazü, 555, San Isidro, 739, San Jorge (golfe), 607, 649, San José (Uruguay), 566, 572, Dsl. San José, port de l'Argentine, 87, 696, 709, San José de Flores, 799. San José del Morro, 727. San Juan (cap), Too, | INDEX ALPHABÉTIQUE. San Juan (rio), 629, 630, San Juan, mission du Paraguay, 535. San Juan (Argentine), 591, 598, 600, 60, 654, 656, TIS, 726, 709, 766, 776, 781, T5. San Julian (port), 649, 754, San Luis (massif), 610, 623, 727, 750, San Luis (province), 719, 726 et suiv., 730, 766, 7N3. San Luis (ville), 591, GO, 606, 674, 6892, 750, 7S5. San Martin, 695, San Martin (lac), 643. San Matias, D87, GAS, 649, San Miguel, 697. San Nicolas, 704, 748. San Pedro d'Argentine, 696, 627, 704, 750. San Pedro (du Jejuy), 253, 534, 42, San Rafael (nevado de), 603, +604, San Rafael (rio de Polivie), 426, San Rafael (ville), 525, 681, 682, 724, 726, 748, dl: — (mines), 770. San Roque, 729, an Salvador de Paraguay, 34. an Salvador (Uruguay), 585. San Sebastian (golfe), 754, 755. San Valentin (mont), 607. San Vicente, 724, Santa Ana (de Bonpland), 695. Santa Anna (île) (estuaire de l'Amazone, 145. Santa Anna de Contendas, 446. Santa Anna do Livramento, 414, 415, 564. Santa Barbara de Campinas (bourg), 378; — serra, 416. | Santa Barbara de l'Espinhago, * 285. Santa Catharina (Etat), 111, 556-595, 449, 458, 465, 410, 475, 495, 991. Santa Catharina de Desterro (ile), 595, 594. | Santa Catharina de Paranaguà (ile), 548. Santa Cruz (rio), 608, 613, 614, 615, 645, 644, 645, *646, 647, 663, 664, 668. | Santa Cruz (territoire et ville de l'Argentine), G49, 754, 789. Santa Cruz (ville, rivière, pres- qu'ile), 94, 517, 522, 533; — ville du Rio Grande do 2 Sul, 405, 415, D “1 Santa Fé (province), 707, 7:7, 888 97 765, 766, 770, 774, 780, 41 183. d FRE Säo F Santa F6 (ville), 521, 591, 615, Kio 670, 679, 694, 701, *702. 707, 776, 785. Santa Izabel, 151, 296. Santa Lucia (rio de l'Uruguav), 566, 071, d72, Santa Luzia (ville du Brésil), 284. Santa Maria de Paraguay, 553. Santa Maria (cap de l'Uruguay) ÿ72. Sant'Anna (colon‘e du Si Paulo), 572. Sant'Antonia de Cuyabä, 440. Sant'Antonio du Matto Grosso, 442, Santarem (ville), 137, 139, 145, 165, 194, 195, 202. Santa Rosa de l'Argentine, 695. Santa Rosa de Paraguay, 555, D69. Santa Rosa de l'!rugu:, 65. Santa Tecla (ville), 4! Santiago del Estero (province), 666, 726, 764, 785. Santiago del Estero (ville), 621, 606, 697, 670, 674, 70, por Sio G4 Säo G Sio lg Säo Je Sio Jo Säo Jo Säo Jo Süo Jo: Sio Jos Ho. Säo Jos Sio Jos 114. Säo Le 415, Säo Lou 440. Säo Lui Säo Lu 291, HR io Mar Säo Matt Säo Paul HN 421, nié HAN 10e 2 115, 726, 785. D 456 Santiago de Paraguay, 333. & 507. $ Santo Agosti ap), 247. _ rent Santo Agostinho (cap), 247 D io Paul Santo Amaro de Bahia, 291, 297. 4 : dx LE DL, « Santo Amaro (village), 370, “4 50 374 . Ur : ù io Paul Santo Antonio (chute du Man= 4 é | d = io Pedr coré), 132. À io Roqu Santo Antonio (bourg), sur les Sio Seb Madeira, 186, 418. “(uile), Santo Tomé, 69. ” Sim Santos, Todos os Santos, 557, io Thon 310, 515, 574, 315, 31% So Yiver 578,905, 417,446, 448, 50, Sio Vice 475, 477, 478, 480, 600. dr: l'O » 7 = + { Säo Bento, 391. sanfo val + Sapac rl Sîäo Bernardo du Parnahyha, AD: 954 k Napucahy 234, x dé de = Kracuro Säo Bernardo de Säo Paulo, 3724 ne Saramac Säo Borja (ville), 414, #15. Säo Caetano, 372, 470. Säo Christoväo (ville et baie), 287, 297, 518, 329. Säo Felix de Paraguassü, 477. Säo Fidelis (gorge), 300, 511} — (ville), 355. Säo Francisco ou Parà (fleuve) : Naramacc: Sarmientc » Kuce, 7 Sauce Gr Segundo | Senguer, à 641, à Rio Grande do 15, ince), 7 770, 7 07, 757, 74, 780, ), 21, 591, G15, 694, 701, *702, 185. 131, 296. ‘0 de l'Uruguay), 72, ville du Brésil), e Paraguay, 533. ap de l'Uruguav, colon'e du Ni ñ } de Cuyabä, 440. du Matto Grosso, lle), 137, 159, 194, 195, 202. l'Argentine, 69. le Paraguay, 055, ville), 4! Estero (province), 164, 785. Estero (ville), 621, 670, 674, 702, 785. 'araguay, D99. ho (cap), 247. de Bahia, 291, Û (village), 3170, » (chute du Man: b (bourg), sur le 6, 418. 39. os Santos, 901, 574, 519, 9511, 7,446, 448, 150, 78, 480, Go0, ( du Parnahybas e Säo Paulo, 5724 ), 414, #19, 72, 470. (ville et baie), 8, 329. iraguassü, 477. rge), 300, 5114 55. ou Parà (fleuve)# ! So Luiz de Maranhäo, 91, À Sio Paulo (État de), 556-595, | Säo Paulo (ville), 97,98, 356, > Säo Thomé (cap), 504, 511. Sio Vicente de Santos, 375, 2 io Vicente de Säo Paulo, 94, > Niracuro (rio), 370. À Saramacca, 92, 115, 216, 217, 254, *251, 256, 258, 260, 261, 26%, *965, 270, 271, 272, 977, 278, 279, 287.538, 471, 479, 480, 525. Säo Francisco (île), 348, 469. Säo Francisco Xavier (île et port), 391, 592, Säo Geraldo (serra), 364. So Gonçalo (rio), 409, 559. Säo Ignacio Mayor, 382. Säo Jeronymo (mine),407, 421. Sio Joño da Barra, 512, 317. Säo Joäo das duas Barras, 217. Säo Joño de Cariry, 240. Säo Joäo del Rey, 278, 395. Säo José de Destero (ville), 394, Ho. Säo José do Mipibu, 258. Säo José do Norte (ville), 410, 414. ! io Leopoldo (ville), 397, 407, 415, 447. Säo Lourenco, 423, 426, 4392, 440. Säo Luiz de Câceres, 439, 442, 2921, 230, *253, 250, 480, 499. Kio Marcos (baie), 230. Säo Matheus, 299. 121, 444, 490, 455, 454, 456, 457, 458, 470, 49, 507, 52, 357, 507, 569, 570, *571, 372, 515, 918, 980, 59, 450, 477, 485, 495, 498. io Paulo de Olivença, 181. Säo Pedro d'Aldeia (ville), 535. Mio Roque (cap), 94, 225, 23%. Säo Sebastido (île), 347; — (ville), 370, 374, io Simäo (ville), 379, 157, 759. Sapäo (rio), 260. Napucahy (rio), 350, 568. wamacca (rivière), 21, 67. armiento (mont), 608. uce, 71, Nauce Grande (ruisseau), 611, Segundo (rio), 622, Senguer, Singerr, Senguel (rio), 641, INDEX ALPHABÉTIQUE. Sepotuba (rio), 425, 439, Sept-Chutes, MIA Sergipe (État et rio), 11, 259, 286-288, 488, 409. Serra Abaixo, 515, 345, 395. Serra Acima, 549. Serro (Cidade do), 278, 285, 297, 466, Serro de Frio, 255. Sete Lagôas, 259, Sete Quedas, 35, Simäo Diaz, 286. Sinnamari, Sinnamary (rivière), 25, 42; — (village), 74, 84 Sinos (rio dos), 402. Skyring Water, GUN, 648. Sobral, 259, 200, Sommelsdijk, 69. Somno (rio do}, 205, 210, 216, 219, 260. Soriano, 060, 984. Sorocaba (rio et ville), 381, 395. Soure, 197. South Georgia, 789-791. Souza, 258. Souzel, 196. Stabroek (ville), 59. Siokes (mont), 607. Sucuryü (rio), 501. Sulina, #2, Sumidouro (ville), 359. Suriname (fleuve), 21, 27, 42, 69 ; — (ville), 55, 68. Suya, 180. Tabajara, 228$. Tabatinga (ville), IS, 19, 121, 155, 181. Tabatinga (serra de), 204. Tacuarembo (rio), 396, Tacuarembé (ville), 564, 981. Tacuari (rio), 599, Tacuru Pucu, 551, 5ô1, Taira, 42, 47. Takutu (rivière), 12, 51, 92, 129, 171, INK. Tala, 697. Tamanduà, 278. Tamanduatehy, 570, Tami-che, GN5. Tamoyos, Tamoï, Ain, SU, 509, 515, 960, Tandil (sierra de), 611. Tandil (ville), 742, *745, 744, T4, sit Tapanahon (rivière), 29, 25. Tapajocos, 134. Tapajoz ou Rio Preto, LAS, * 155, 154, 455, 147, 162, 176, 177, 194, 537, HRK, 420, 421, 425, 458, 459, 4NO, Tapauä (rio), 12. Taperoa, 292, Tapes, A. Tapes (serra dos), 598, 404. Tapuya, Tapouyos, Tapouyes, 88, *162, 165, 164, 166, 172,176,178,182,275,509, Taquaretinga, 246. Taquary (rio), 402, 407, 425, 426, 455, 44. Taragüy, 697, 698. Taraquä, IN7. Tariana, 169, Tarija (rio), TOK. Tarija (ville), 991, 592, 676, 678, Tartarugal (rivière), 24. Taruma, Taroumans, 15, 39, o7, 08. Taubaté, Itaboaté, 368, 3569, 510, 595, 465. Tavi, 042. Taytao (péninsule), 607. Tetlé (rio, 124, 1925. Teflé (ville), 182, *IS85, 184, 202. Teghul-che, 685. Tehuel-che, 668, 6835, 684, GNS, 689, To? Temo Mairem (mont), 13. | Tercero (rio), 622, 625, 728. | Teuco (rio), 618, 708. Thereza Christina, 452. Therezina, 234, 250, 495. Thevezopolis, 299, 344, 355, 4u0. Tibagy (rio), 501, 588, 589. Tibicuary (rio), 507, 509, 515, 256, 259, 540, 5o1. Ticunas, 166, 167, 181. Tieté (rio) 344, 349, 350, 551, 310, 571, 9178, 9580, 581, 382, 416. Tigre (cordillera del), 599. Tijuca (mont), 516. Timbira, 228. Timbo, 700, Timb6, de l'Itapicuré, 292, Timotakem (mont), 12, 13. Tinguà (serra), 500, Tinogosta, 675. Tinogasta, 716, 726, Tiradentes, 278, 565, 366, 507, 99), 812 Toba, Oregudos, Oreillards, Orejones, 509, 510, 522, . 523, 524, 588, 666, 675, 674, 678, 679, 699. Tocantins (fleuve), 22, 115, 144, 151, 181, 197, 203, 204, 205, 206, 207, 208, 214, 216, 251, 260, 421, 480. Todos os Santos (baie), 94, 253, 276. Voir Santos. Tolombon, 675. Tolosa, 740, 748. Tombador (ruisseau), 425. Tomolasta, 610, 727. Tonnegrande, 84. Torres (port), 409. Tortugas, 704. Totora (mont), 599. Toucanes, 171. Trahiry (rio), 258. Treful (lac), 640. Treinta y Tres, 572, 581, Trelew, 754. Trenque Lauquen, 745. Tres Rocas (las), 014, 616, *617, 624, 697. Tres Cruces (mont), 596. Tres Sabios, 608, Trindade (pilier volcanique), 270. Trinidad, 055. Trois Sauts (chute des), 24. Trombetas (rio), 15, 133, 134, 156, *147, 172. Tromen (lac), 605. Tronador (mont), 605. Tubaräo (monts), 343; — (rio), 394; — (lagune), 399, 408 ; — (houillère), 407, 477. Tucabaca ou rio Oliden, 496. Tucuman (province), 656, 707, 796, 766, 767, 785. Tucuman, Tucma (ville), 505, 091, 621, 604, 66, 666, 674, 675, 678, 679, 709, * 710, 711, 715, 715, 716, 126, 785. Tucumbü (cerro), 507, Tumuc-Humac (monts), 12,*15, 29, 51. Tunantins, Tunati, 181. Tunuyan (serra et rio), 655, 724, Tupi, 45, 163, 165, 175,176, 179, 180, 508, 562, 454, 480. Tupinaes, 286, Tupinamba, Topinamboulx, Tupinambara, Tupinamba- INDEX ALPHABÉTIQUE. ranas, 228, 243, 508, 309. Tupinambaramas (ile), 133. Tupungato (mont), 600, 630, 719, 727. Turyassü (rio et ville), 230, Tuyuti et Tuvucué, 541. Uainuma, Juri Pixuna, Boca Preitos, 169. Uatumä (rio), 133. Uaupès ou Ucuyaris (rio), 127, *128, 129, 169, 170, 171, 172, 187. Ubà (ville), 364. Ubatüba (mont et port), 540, 360, 569, 374, Uberabà (ville et lagune), 568, 995, 417, 495, 435, 459, 471. Ucayali (rio), 118, 125, 159, 176. Uniäo, 234, 250. Union (Montevideo), 571. Uraricuera, Uraricoera (rio), 129, 171, 188. Urré-Lafquenu ou laguna Amar- ga, 600. Urubü, 289. Urubupungä, 551. Urueuia, rio de la Terre Fertile, 260. Uruguay (État), 500, 504, D29, 550-581. Uruguay (fleuve), 598-405, 514, 026, 009, 007, 058, 999, 064, *625, 626, 627, 690, Uruguay Mirim, 402. Uruguayana (ville), 414, 415, 695. Uruhü (rio), 216. Ushuia (ville), 606. Uspallata (brèche de), 671. V Vacacahy (rio), 398, 401. Vaccaria (campos de), 416. Vaimaré, 176. Valde, ou San José (péninsule), G48, 649. Valdense, 565. Valdivia, 639, Valença, 292, 311, 559. Valle (rio del), 714. Vasa Barris (rio), 266, 287. | Warramuri, 42. Vassouras, 311, 335. Veladero (mont), 599, Velasco (sierra de), 65, 717, Velha Pobre, 137. Velhas (rio das), 255,256, 259, 283, 538, 949, 446, 466, 471. Ventana (mont de la),611,*612. Verde (rio), du Brésil, 260, 351 ; 4 — rio de l'Argentine, 558, Re 176 Vermejo (rio), 558, 629. è L Vermelho (rio), Bahia, 9216, : 21 991. À Xiriric Xaray \ingü Yermelho (rio), aux confins de Le Santa Catharina, 389, Vianna, 230, 250. Victoria, 295, 247, 250, 9295, 296, 297. Victoria (chutes de), 355. À Victoria (rio), 626. Victoria (Argentine), 697, 705. Victoria (Brésil), 448, 475, 480, 495. à Viedma (lac), 87, 645, 645. Sn Vigia, 202, “4 Villa Bella do Matto Grosso, pu 458, 459. 1 Villa Concepcion, d18. c. Villa del Pilar, 542. Ë Villafranca (du Brésil), 196; 1 — du Paraguay, 540; — de MS l'Argentine, 699, re Villafranca (lac de), 154, Villaguay, 697. Villa Hayes, 534. Villa Maria, 591. Villa Mercedes, 991. Villa Nova da Rainha, 292, * Villa Nova de Lima, 285, 284.4 Villa Occidental, 699. Villa Rica, 515, 536, 542, 551, DD. Villa Rica d'ivahy, 390. Villa Urquiza, 700. Villa Velha, 295, Villa Velha (roche), 389 Villa Vicosa, 250. Villegagnon (ilot), 517. Villeta, 540, 5492, D46. Vinchina, 718. Vulean (sierra del), 587, GI. RTE TES Wapisiana, 40, ds, 171. — on à TS ART 11, 335. ont), 599, ri de), 655, 717, 137. as), 255, 256, 259, » 049, 446, 466, it de la),611,*619. Lu Brésil, 260, 351 : ‘Argentine, 558, , 558, 699. 10), Bahia, 916, 0), aux confins de arina, 589. 250. , 247, 950, 25, es de), 55. 626. ntine), 697, 705. 1), 448, 475, 480, M 087, 643, 645, D Matto Grosso, on, o18, , 42, lu Brésil), 196: ruav, 040: — de 699, : de), 134. 54. 1. , 91. Rainha, 292, Lima, 285, 294. 4 il, 699, » 006, 542, 5bl, 1hy, 390, 100. 5, che), 389 0, ot), 317. 19, D46. del}, 587, G11, William Frederick { ville}, 60. Wonotobo (chutes), 24. \arayes (lac), 425, 426. \ingä (rio), 135, *147, 179, 180, 181, 196, . 421, 480. \iririca (marbrière), 382. INDEX ALPHABÉTIQUE. Y Yaciretà (rapide), 697, Yagueron (rio), 536, 556, 559, Yamunda (rio), 179, 175. Yapeyü, [lapua, 697. Yaro, 569, | Yate ou Yebcan (volcan), 606. Yerba Buena (cerro), 609. Ygatimi (rio), 545, Yi (rio), 564, Ypacaray (lac), 509, Z Zarate, 704, Zaujon (rio), 630. Zeballos (pic), 607. Leelandia, 67. Lenta (col), 596, 708. Zonda (station thermale) D Ce QI D 3 15. 16, Il 17. C 18. B 19. M 20, M: 21, Di 22, Te 25. M 24. Br 25. Co 26, Re 27. Co 28. Co 29, Co PI. I. M 50, Dé 31, Gol 32, Ter 59, Sel 54. Po] 99, Tef 56, Ch TABLE DES CARTES . Ile des Guyanes, . , , . RSR nb ie, urs de la Guyane . Itinéraires des principaux explorate Monts Tumuc-Humac . MNT Bassin de l'Essequibo et du haut Rio Branco. + Sources de l'Oyapok. . . . . , , . .. EU le ee + Rivières de la zone littorale contestée entre la France et le Brésil . Savanes de Takutu . . . , + Forêts et saranes guyanaises . + Indiens des Guyanes. . Populations de la Guyane. « District du Nord-Ouest . Georgetown . Re nd + Paramaribo et bouche du Suriname. 14. Zone cultivée de la Guyane hollandaise . 15. Établissements pénitentiaires du Maroni. 16. Je de Cayenne . . 17. Cayenne, . . . .. 18. Bouche de l'Oyapok. . 19. Mines d'or des Guyanes . ; 20. Mapa et baie de Carapaporis. . 21. Division politique des Guyanes. Re EC de + 22. Terre de Vera Cruz, premier littoral brésilien découvert . 25. Anciennes divisions politiques et frontières du Brésil . 24. Brésil et Portugal, 25. Colonia del Sacramento . 26. Relief du territoire brésilien . 27. Confluent du Solimôes et du Japurà . : 28. Confluent du Uaupès et cataractes du Rio Negro . 29. Cours inférieur du Rio Branco. . LATTES ne Pl. IL. Manaos et la croisée des fleuves amazoniens . 30, Dépression amazonienne et zone extérieure des cataractes, 51, Golfe amazonien . DR Re be er 52, Températures diurnes de Parä comparées à celles de Londres , 55. Selve amazonienne , ner 34, Populations indiennes de l’Amazonie | 39, Teffé et le confluent du Jdapurä . . . .. 56, Chutes du Madcira et projet de voie terrée. C1 Qi 19 > > rt RO Cr à Cr à 816 97. 58. 59. 40. Al. 42. 45. 44. L'HR 46, 47. 48. 49. 50, ÿ1. 52. 53. d4. BEA 56. 57. 58. BL 60. 61. 62. 65. 64. 65. 66. 67. 68. 69. 71. 70. Itacoatiära et confluent du Madeira. Obidos . Alemquer, Santarem. . Parâ et sa rade, VI. II. Bouches de l'Amasone et du Débaotine: k Principaux voyages d'exploration dans les bassins de l' Amatonio et du Tocantins. Goyaz méridional et futur territoire fédéral du Brésil . Fernando de Noronha . . Säo Luiz de Maranhäo . . Delta du Parnahyba . Cearû . : Cap Säo Roque. Natal. Parahyba et Cabedalo A Pernambuco. La côte des récifs, scti Puratyb et 1 fétohe du So Pate 1 Côte de l'Alagôas . Maceié et sa rade, Seuil du Sapäo et du Somno . Cataracte du Paulo Affonso. . Bouche du Säo Francisco. Cours inférieur du rio Dôce . Abrolhos . Anciennes populations “ndiaties il Éloenul Nœud de Queluz et haut bassin du rio Sîo Francisco. . Ouro Preto. Bassin du rio Säo bo . Bahia. Caravellas et les tuile, Victoria. Chaine de l'tatiaya : Littoral océanique de Rio. Ë Bouche du Parahyba et cap Sûo Thoné. Pointe du cap Frio, Campos et bas Parahyba. Rio de Janeiro . PI. IIT, Rio de Janeiro et ses environs. 72. 15. 74. 7ù. 76. x 71. É Et 78. f 19. 80. . Barbacena. Säo Joûo dei Rey en me “1 dos Marcal, . Région des sources thermales dans les Minas Gerucs. . Ubatuba et son port, . d, Säo Paula , . : 5. Do Santos à Säo Paulo. Fes : . Région des caféteries au nord de Säo Al: . Sorocaba et les mines de fer d’Ipanema. Baie de Rio . Rio de Janeiro, Niclhtoy di teurs e environs . Petropolis. Territoire disputé sue le Brésil “4 l'Ar gontiho: Marigot de Cananea Säo Sebastiïo et son ile . Baic de Paranagui. Sauts du Paranapanema à son eee Sdaie li { zone inconnue » . Juiz de Fôra . . LE DES CARTES, 192 194 195 198 198 905 215 294 235 254 239 PHY 259 240 245 247 248 249 260 262 265 267 269 270 279 280 287 289 294 296 299 305 304 305 512 319 320 921 361 099 4 399 346 547 548 À 052 4 564 4 36 566 4 367 369 371 5171 1 3179 4 88! A 0 TABLE DES CARTES, 817 192 89. De Curitibà à Paranaguä , . , . ,.,,,,..,,,. EN AURA NT ES 384 1 SN GET IT RO TE A A RC LT NE AN On Enter ” RS ON: UR de AE Fran olagn cn RE a a de OU 108 NOT Sn CALNANM ie EN de RC AT AR ET Es 393 ait 905 A COS DR OT OS ADR TE alert crade totale 400 ne 91h à 94, Lagôa Mirim. , . .. TRE en Eva re ne Er, (1 994 1 05, CAT allemandes du Brésil vtt Fret NE a ie AUD se D 96. Porto Alegre et le Guahyba, . . . . . RE RE NU UE EU is % 97. Canal projeté du Rio Capivary à Torres et à à ques, Monte na Prune EAU Et D O8 Pelotas, : : . , . . . A Tab VE: HV RE EEE te CR LE #9 M 99. Rio Grande do Sul et sa let ets D D ET NE NT TEE TATA ci i ÿ 100. Région des faîtes entre le Tapajoz et le Parogtey noie Tete No hetun et ne AU 200 ME 101. Sources de l'Alegre et de l'Aguapahy. . 4 4. 4. . . . . . . . . . . , . . A9 4 102. Matto Grosso et le haut Guaporé : : . . . . . . . . , , , , , , , , . . , .. 458 Fe 2, 105. Guyabà ct le Paraguay. . . . NN PT ren A TU AM “ E. 104. Densité de la population au Br dail AS TTL E P ARE I De DD 21 CU AO LEO (0 AO LL 949 2! 105. Colonies principales d'immigrants au Brésil... . . . . . . . . . . . . . . . 449 se 106. Principales productions forestitres ou agricoles du Brésil. . . . . . . . , . . . . 459 260 + 969 107. Région aurifère au centre du Brésil . . . . , ; Ten innet . A67 965 108. Limite d'interdit minier autour de Diamantina, au dix- huitième FES A Ur CRU 17 AOÛ 967 109. Mines principales du Brésil. . . . . . , . . , . . . . . . . . . . . . . . . 470 969 110. Chemins de fer au Brésil, . . . . . ‘ DR ne ee mer tr or, MAS AT 111. Réseau des voies ferrées de Rio, Minas ( Sio Paulo RE 1 TN TE I OUTRE 479 de 412, Voies navigables du Brésil . . . . . . . . . . . . . . PANTIN 483 980 113. Divisions politiques HART Er e in Lee are nu NU PT TR ANA Ut 987 4 114. Municipes de l'État de Rio de Janciro. . . . . RS Tue en LL NRA QU re 494 7 4 Fe 7 MU 115. Anciennes limites A UAIee et limites astuolles RO te OT CC IC PL RS TO ET 504 280 D de 994 # 116. Pilcomayo. . . . . . . ea Mn nt ete Le AT BE ee re 513 996 117. Régions des forèts et des campos . . . . . . . . . . . . . . . , . . . . . . 16 999 118. Missions des PÉAUHO ST AUr 2 rer a LE Ne eee s D te ER nt ere 526 303 Ra te se RAS SAS: 504 120. Asuncion . . . . . MER de I ee Ole Le Le MR TU Lu te 555 305 ADD A EMOIOn ANINATIEREe n rne denee n r oe 1us DOD, 512 122 Paraguay -sudeoCoiden tal RL A 0 ia 41 519 193. Humaita. . . . . PE ET re RP TS 0). 390 124. Région des yerbales de lé Parobuey “ lé Brésil. À Utd on ee Me SE D AD 50] 195. Eilaire de La Plalas 4 . . , , . . … . , ER ed TU ADD | 351 196. Montevideo . . . . SAR RE EE A RUN ES SEP EE RE 569 | 555 127. Divisions politiques de l' Ur: NE Dre UE ES EE 580 | 50 À 128. Principaux itinéraires de découverte dans ik BARS tt nn ir 590 35! 546 À OMAN INA Le der mem enioirer et A0 Re reel LV 547 130. Plateaux et nevados dans là paris hordsocot déniale 1 l'Argéliine tte QUI 548 1814 NOTONS SARA ROME se ee tu nn de nr + es 0 1004 559 À 132. Montagnes voisines du Nahudléluopi is mere Tate time lente tm OU 564 © 153. Sierra de San Luis . . . . . en nie te TE ti as mas OI0 56 154. Pointe méridionale de la Vonitha Re M NES ON sn ne ennui UN 566 À AD USE DORA ONE TS OU ne nan eu ei demie to no MON 567 À 136. Della du Paranà et de L'Uruguay . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 625 569 AOTALB RADEON AIN CANNES 0 0 se ct un a 0 4100000000 571 158. Ancien bassin du Colorado . . . . (634 159. Urre-Lafquen . . . . . et er re ei ar en tee (il) 140. Dati Cadbiel io Nosto. EM nee A ne le es en MENT A0 OD 511 4 5179 EN 581 © 141. Lac Argentino, d'après Moreno . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64 149, Bouches des rios Chico et Santa Cruz. . . . . . , . . . . ar CU, XIX. 103 SIN 145. 144, 145, 146, 147. 148. 449. 150. 151. 152. 153, 154, 15, 156. 457. 458. 159, 160. 161. 1692, 163. 164, 165. 166. 167. 168, TABLE DES CARTES, Du lac Argentino aux fjords du sud, d'après mL Bassins fermés de l'Argentine, . . Contraste de la végétation sur les plateaux el dans te ravins, Populations indiennes du nord de l'Argentine. Lignes des forts contre les Indiens. Populations indiennes du sud de l'Argentine. Corrientes et le confluent des fleuves. Santa Fé et ses RUES colonies. Tucuman Andalgalà et l'évonuulju. Chilecito et le Famatina Mendoza, Cordobä,. Montagne de Tandil au cap Corrientes. Lignes des lacs et des forts . Bahia Blanca. . : Colonie galloise du Chubut, Bahia San Sebastian, . . . dr Terrains et cultures de l'Argentine É Tracé du chemin de fer Transandin. Voies de communication, . . , . . Divisions territoriales de l'Argentine . Archipel des Falkland, . Port Stanley. . Georgie du Sud, , . . . . . ‘ CARTE D'ENSEMBLE, — dti ‘au re Colonies anciennes et modernes de la Patugonte, PI. IV. Buenos Aires, La Plata « et dnuité, TABLE DES GRAVURES 1. — Mont Roraima, — Dessin de Taylor, d'après, un croquis de M, G, B, Brown, extrait du Canoe and Camp Life in British Guiana. . . . . . . , .. I, — Chute de Kaieteur, — Dessin de Th. Weber, d'après M. CG. B. Brown, Canoc and Camp Life in British Guiana. . ..,,.....,,,,,,,,. Homme et femme galibi, — Gravure de Thiriat, d'après une photographie communiquée par M. F, Laveau . 4... 4, .., - Habitation d'Indiens galibi sur les bords du Maroni, — Dessin de A. Pris, d'après une photographie de M. Ganifet, communiquée par la Société de COORTE NOR D ae ennuis Ge ion Cayenne. Vue prise du Céperou, — Dessin de Th, Weber, d'après une pho- tographie de M. Fournereau, communiquée par la Société de Géographie. . — Bahia, Vue générale de la baie, — Dessin de Taylor, d'après une photogra- phie communiquée par M. de Rio-Branco . . . . . . . . . . . . , . Entrée de la baie de Rio de Janeiro, — Dessin de Taylor, d'après une photo- DTANAIOE ner a one een in dr Ca Le Marañon à Tabatinga, — Dessin de Th. Weber, d'après une photographie de M. Marcel Monnier, communiquée par la Société de Géographie, , . . . Rives de l'Amazone. Paysage d'inondation, — Dessin de G. Vuillier, d'après une photographie communiquée par la Société de Géographie, . . . . . . — Paysage de la région amazonienne, Cachocira, près de Manaos. — Gravure de Bocher, d'après une photographie communiquée par la Société de Géogra- ME HR ni ee dc do oi — Intérieur d’une hutte ticuna, — Dessin de J, Lavée, d'après une photographie communiquée par la Bibliothèque du Muséum, .: , . . . . . , ,.,, — Cases d'Indiens Orejones de l'Iça. — Dessin de Riou, d'après une photographie ONE CROVA RE na Manaos, Vue prise dans les faubourgs. — Dessin de Taylor, d'après une pho- tographie communiquée par la Société de Géographie. . . . . . . . . . — Cafusa, — Dessin de J. Lavée, d'après une photographie . . . , , . . . — larà. Vue prise sur le fleuve. — Dessin de Taylor, d'après une photographie . — Indiens Caraya, — Gravure de Thiriat, d'après une photographie communiquée DRE M COUUT EAU 0 nn en à ee da dar us oi » 4 lg 7 _ à 4 IMAGE EVALUATION K TEST TARGET (MT-3) I] to à né 125 = : À y ] IL © ° le — ILLS IlL25 112 mé F à NS | PORAORSSS Photographic 23 WEST MAIN STREET ee eo SCIENCES nas" Corporation #20 TABLE DES GRAVURES. XVII. — Récolle de la canne à sucre, — Dessin de G. Vuillier, d'après une photographie XVII, — Pernambuco, Vue prise dans l'intérieur de la ville, au Pateo do Terco. - Dessin de Taylor, d'après une photographie de M. Lindermann. XIX. — Chute de Paulo Affonso, — D'après une photographie de M. Monnier, commu- niquée par la Société de Géographie. . . . . . . . . . . . . XX. — Ouro Preto, Vue générale. — Dessin de Taylor, d'après une photographie . XXI. — Pics de la chaîne des Orgues, près de Therezopolis, — Dessin de Boudier, d'après une photographie... 4... . , . . . . . XXII. — Plantation de cafiers. — Dessin de G, Vuillier, d'après une photographie. ANUITR Rio de Janeiro, Vue générale prise de l'île Cobras, — Dessin de Taylor, d'après une photographie . : . . . . . . . . XXIV. — Groupe d'araucarias, dans le Säo Paulo. — Dessin de Boudier, d'après une Of A RE NE A RE XXV. — Chutes de l'Iguazü. Le salto Victoria. — Dessin de Th, Weber, d'après une photographie de M. Storm, communiquée par la Société de Géographie. . . XXVI. Port de Santos, vue prise en 1891. — Gravure de Bocher, d'après une photo- PO A OR EE A nat ne en ec XXVIT. — Chemin de fer de Paranaguñ à Curitiba. Vue prise au Morro de Marumbv. — Dessin de Th. Weber, d'après une photographie communiquée par la Société de Géographie . . . . . . re tte XXL, — Rio Grande. Vue générale, — Dessin de Taylor, d'après une photographie . XXIX. *aysage du Matto Grosso, Vue prise des bords de l'Aquidauana. — Dessin de A. Slom, d'après un croquis communiqué par M. de Taunay. . NXX. — Indiens Lengoas en marche, — Gravure de Thiriat, d'après une photographie communiquée par M. Ch. Cadiot. . . . . . . . . . . . . . . NXXI, — Établissement des immigrants dans l'Ilha das Flores, baie de Rio, — Dessin de À. Slom, d’après une photographie. . . . . . . . XNA. — Palmiers carnaüba, — Gravure de Bocher, d'après une photographie. . XXXI, — Mulets transportant du minerai. — Dessin de A. Paris, d'après une photo- ÉTOIIOEn vee ileen padiee eenee TRUT erbeiit XXXIV. — Port de Recife, Vue prise sur la digue. — Dessin de Th. Weber, d'après une photographie communiquée par M. Fournier... . . . . . . XXXV. alais de l'île Fiscal, dépendance de la douane, dans la baie de Rio. — Dessin de Boudier, d'après une photographie, . . . . . . XXXVI. Humaita, Vue prise des bords du Paraguay. — Dessin de G. Vuillier, d'après une photographie communiquée par M. Ch, Cadiot . , . . . . . . . NXXVIT, Vue prise sur le Pilcomayo, — Dessin de G. Vuillier, d'après une photographie communiquée par M. Ch, Cadiot. . . . . . . XXXVIIL, Groupe d'Indiens Angaïtes dans le Chaco septentrional. — Gravure de Thiriat, d'après une photographie communiquée par M. Ch, Cadiot, . , . . . . . XXXIX. Ancienne église des Jésuites de Pirayü. — Dessin de A. Slom, d'après une DAOIDBTA DIE 605 à eo ae cond rome + ot XL, — Asuncion. Vue prise dans la Calle Palmas. — Dessin de Taylor, d'après une photographie communiquée par M. Ch, Cadiot, . . . . . . . . . . . XLL — Convoi de charrettes, — Dessin de A. Pâris, d'après une photographie commu- niquée par M. Ch. Cadiot, . . . . ................ Ju) in] 495 oû| oll 1e photographie 95 » do Terco, - Mere une: SU nnier, Commu- De NET Er |: olographie . . 98 n de Boudier, OUR 1olographie. . 313 Taylor, d'après , d'après une : . ot , d'après une graphie, . . du) ès une photo- ous se 0 de Marumbv. niquée par la EH) ographie . . #11 a. — Dessin Yes 5, 107 photographie D Gi) — Dessin de phie. . . . 461 s une photo- te er , d'après une a AB 0. — Dessin tu AU) lier, d'après derenser se D photographie peter DD » de Thiriat, + D) d'après une es ss DD d'après une er ee eh hie commu- CR PEU TABLE DES GRAVURES. LIL — Montevideo. Vue générale prise du Cerra. — Dessin de Taylor, d'après une ON un Eree A pont ns 2e eur LUI, — Vue prise dans un saladero, au Salto, — Dessin de A. Slom, d’après une photo- graphie communiquée par M. Harriague. . . . . . . RU XLIV. — Le rio Paranñ, Vue prise à Hernandarias. Dessin de Th. Weber, d'après une photographie . 4 4 + +++ tt ere AS XLV, — Convoi de muletiers au pied de la Cordillère, — Gravure de Rocher, d'après uno. pholographie ; «+ + + + +. «4 rerre tt tt XLNI, — Lagunes de las Palinas sur le bas Pilcomayo, Vue prise près de son embou- chure, — Dessin de Th. Weber, d'après une photographie de M. Storm, communiquée par la Société de Géographie . . «+ + + + + + + + + + XLVIL — Paysage de l'Argentine. Vue prise devant le Collon-Cura. — Dessin de Th. We- ber, d'après une photographie de M. Siemiradzki. , . . . . . + + + . XLVII, — Vue prise sur les bords du rio Neuquen. — Dessin de À. Paris, d'après une photographie de M. Siemir: Muret ne De tou au XLIX, — Vue prise dans la vallée d'Acha, Pampa centrale, — Dessin de A. Slom, d'après une photographie de M. Siemiradzki, . 4 + 4 +. + «+ + + . + L. — Vue prise dans la Pampa. — Dessin de Y. Pranishnikof, d'après une photographie. LI, — Indiennes du Grand Chaco. — Gravure de Thiriat, d'après une photographie communiquée par M. Ch. Cadiot . 44e LU. — Groupe de Patagons. — Gravure de Devos. d'après une photographie communi- quée par la Société de Géographie, . 4 4. + + + + + + + + LT, — Groupe de gauchos. — Dessin de A. Päris, d'après une photographie. . . : . LV. — Jujuy. Vue générale, — Gravure de Bocher, d'après une photographie. . . . LV. — Tucuman, Vue prise sur la Grand'place, — Gravure de Privat, d'après une pho- OMR rit creer rs penr ; LVL. -— Mendoza. Vue prise dans l'intérieur de la ville. — Gravure de Bwin, d’après une photographie. . . . . . . . . +. st tt: LVIL —— Pont de l'Inca. — Dessin de Gotorbe, d'après une photographie. . . . . + . LVL — Buenos Aires. Vue prise devant le palais du Congrès. — Dessin de A. Slom, d'après une photographie . . + + + +. + +++ +++": LIN, — Musée de la Plata. — Dessin de Boudier, d'après une photographie . . . . LX. — Rocher de Tandil. — Dessin de Gotorbe, d'après une photographie . . . . . LI — Gencral Acha. Vue prise dans une rue. — Dessin de A. Pâris, d'après une photographie de M. Siemiradzki. . . . + + + + + + + +": LXII. -- Corral dans la province de Patagones. — Dessin de A. Päris, d'après une A LES ; LAUL, — La Plata, Vue panoramique. — Dessin de Taylor, d'après une photographie. . 821 580 (HU 619 651 637 659 PARA RAME PAU7 “ ve \ imp. Dufrenoy, 4g.rue du Montparnasse Paris Nouvelle Géographie Universelle T.NIN. 70° ; Ouest 60° de Paris Ouest 609 de Greenwich Soledad TEL anrae ans 2: Machsa ts Ÿ KN 2 frère “juré dr € 1 @ { l'abuvare e. À AN ‘A À ce è à She À, |, Ve ; Serra Pacat LS IpAGCUSr A Le 7 Si Parka VEN + # DO CPR ND C7 g — 7 + # a Pd—e ane" Ÿ logquinr f 6, NI LT @ RE remit gr FR ; % HéaVista UT = \ £ are HMigu ä , DER A ) Un7 SE PA pr $# & 3 ” çw! S.Ca ne a QUE nd $£ L s , #/ 8, nd) la 1 Crenhye ( [ & i j 2e. à Mar pitinson ë : ÿ , A et rs un Va RTE à Me deu Sn. * pe MR Harroara "1 À 1 4 “dArasars 2 éd. D Le ? D LA O R: > à AUIPT: @\ | AN Nauta Cm F o\ \m ACT Ÿ tt R dé Siquiton 4 FT. tie < Frbmor, oiu/ Lagunu 4 .w/ Qu Rire $ oŸ pote RUE | 4 yo WT av x LD À S.Autenio à ï \ Æ À j { AK ALERT & ” eu va « 4 / $ cute: s Us ss B es LÉ El es mme se PR ERREE en 2H D __7% oral Pre AA ES / à | amet JS « KE À t 5 À 4 T T 9- \ SG R+ | À ES M { f\ LAN } à t K. \ À É \ / es ù / \ \ V7 | É Lo = En # Moj eg ' À ske los Hope, at DAS PAR ENT À * “dan Pate i Dianiantino À a tto Grosso) < FU 0 s An los Génfavos VA “ts } \ Le re io fs Che] \ 0 ) NL na LS e are . S.Ignadio \ pe LA? LE UT} Llanos de ( ‘hiquitos à % Santingo* : Hachette et . Ouest 60° de Paris 609 de Greenwich YANE BRÉSILIENN 4 troube j AN me fs, : cit )] \ | @ ; ATEN TT e H ds i 4. Lee rl Santargm . g'ù \. Nauta Crus f d tu Ve À APsE. (à 48 Mopae Drapicuni tuirimn 4 Hi ? ü, À \ sÙ æ ) ; 11 , \SBernaugf À Auot ES Lg CP éttnindee | 5 , JT À Yi. r 4 TT ÿ L ra A LP 1 ltaitéba ” É \ | ÆSousa À Ë \ -b. * {ndép AÇiA-® VV h Frailie de ɰ] AA 1e [à | PARAHYÉA \ Sr Hdinoire NTUNTIN é ne à ï : p À NET | ÈR ” W d [4 LA + \à 4 DES ut “; Pirafit À Plan ape VE J À us ; 7% 4, TR, Le Grosses. NEO s Ï 2 S# pen 7 Le pe AE Pr propris | En À (4 $ / 2° { | Re. ù ÉEN À de è ; _ 7 Quaimhsfahan Simde\ at£ 9"! À Ke si A nn € 2, mn À [Lu \ Itapieur Là Li % | <. 1° “\k D L Le -< \ { J + gs 4 } 4 À 6 \ $ / \E > \() | \. À \ | ww” CAMPOS DOS PARENT . tn YpSR éDiamentien \ ù Tr 0 ee er À roi Chapada PRET RAR Ë , G/U AT 0% LS hCuyaba 0 AT Ce ’ WA 4 madio EN " À / 8 / ok | ao N ' Mont: 17] PS DRE | > À purés \, antingo* ; A SUROON Par aŒuari fa Ric. pit San | + nait Santjage Jui TA y 4. Cor fonte ac 20. 4 te 4 À NL Mercedes #. bn æ" Olävarrin L.Epecuet = j ei Gore Lertquee { : LS Paso de: #4. los indios Ouest 609 de Paris f Ouest 60 de Greenwich LOTTAITIETTER us y QU pa à ’ , Late Salvador M \ F & Feng 4 AC. Motue ve “og AIR Es « AS TER AM É d'aprés letexte de la. Jouvelle Geagraphie Universelle et d'autres documents récents. 1894 Echelle 1:15.000.000 Carte dressée par C.Perron sous la direction d'Elisée Reclus L'importance relative des villes dans Plus de 100.000 habitants les différentes régions est indiquée Plus de 50.000 ” autant que possible par la grandeur Plus de 25,000 » de la lettre Plus de 10.000 » Moins de 10,000 ” Le Hauteurs Profondeurs pie du Sud # BRoyale | 0 à 1.000 Métres dhde 0 à 1000 Métres » 1000 à 2.000 RE. » LO00 à 2000 » 2000 à 4000 # 3 » 2.000 à 4.000 »#900 à 6.000 » 4.000 à 6000 16.000 et au-delà 600 de Paris 0 Ouest 60 de de Greenwich 50° Imp. Dufrenoy, 4g.rue du Montparnasse Paris Cuarrrne L. 1. Vue générale I, — Guyane anglaise [LLR Guyane hollandaise , IV, Guyane française . . . , V. — Territoire contesté Maioce brésilien : ; Cuavrrne I. — Érars-Uus no Bnésis, . 1, — Vue générale, . , , . . dCi ; : IL, — Amazomie, Etats d' Amesdtss: et de Para ' | [ITR Versant du Tocantins, État de Govaz IV. Côte équatoriale, Etats de Maranhäo, Piauhy, Cearà, Norte, Parahyba, Pernambuco, Alagôas, . ; Et V, — Bassin du rio No Francisco et versant oriental dés plateaux, États de Minas Geraes, Bahia, Sergipe, Espirito Santo . VI, Bassin du Parahyba. État de Rio de Janeiro et municipe neutre . VII, Versant du Paranà et contre-versant uni ie États de Süo Paulo, de Paranà, de Santa Catharina VI, — Versant de l'Uruguay et littoral adjacent. “(État de ‘Säo Pedro ou Rio Grande do Sul), . .. RS NRA IN, — Matto Grosso . . . . Fe N. — État matériel et social de la population brésilien. XI, — Gouvernement et administration , . . . . Cuarirag I. ParaGuay Cuarrrag IV, Uaucvar. Cuanrre V. Cuavrrnr NI. — Ds Dennisr mor Note. . , Index alphobétique Table des cartes Table des gravures Errata. . . TABLE DES MATIÈRES — Les Guyanxes ARGENTINE, . . . 4 FaukLaND gr a E DU Su nl Rio Grande do 91 117 202 951 297 296 395 A5 142 486 497 HR] Page Page Page Page Page Page Page Page Page 115, ligne 117, ligne LIX, derniere hyne de la note, ss) I. ERR ATA Au lieu de : serläos, lire : serldes. Au lieu de 2 Jardin et sa Bou Vista, dire : Jardin et sa Büx Vista. lu lieu de : 0,04, lire 5 0,4. 159, ligne 6, du lieu dé : Yopinambaramas, lire : Tupinamboranas. 154, ligne K, du dieu de : Pare, lire : Pareu. 149, ligne 29, Au lieu de : trovèudos, lire : trorôadus. 251, subdivision du chapitre, Au lieu de : AN, bre : \, O7, échelle de la carte, #14, ligne -), Au dieu de : 4400 000, re : 14000 000. Au dieu de : Aimé de Bonpland, fire : Aimé Bonpland. 26 319. - Imprimerie Lauunk, vue de Fleurus, 1, à Paris.