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DEFENSE DE LA
DOCTRINE DE
CALVIN-
SVR LE SVIET DE
L ELECTION ET DE ,
LA REPROBATION.
P/tr M or SE ^MrRAVTiPaJleur& Prefefeur
en Théologie a Saumw.
A S A V M V R, Chés ISAAC DESBORDES Imprimeur & Li- braire , demeurant à l'Enfcigne de l'Imprimerie. M. DC, XL IF-
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A MESSIEVRS
DE L'EGLISE
EN LAQVELLE IE
SERS AV MINISTE- RE DE L'EVANGILE
A S A V M V R-
§£ ESSIEV RS& tres-honoreTJFieres]
Tour ce que la doctrine de la caufe qui fait que £ entre les hommes Us *vns crojent en l'Euangile de lefu* chri(i% au lieu que les autres le reiettent, n*eft pas des moins importantes en la religion^ceux que Dieu fufcita du temps de nos i^Aymlspour la reftau- ration de VEglife ,s 'employèrent auec vne ex- " treme diligence a la repurger des erreurs qui auectat d'autres, s'y efioyent aujsicoule^jn cet égard. De forte qu'il ri y en eut pas vn d'en* treux qui tant dans les Commentaires qu'ils ont faits dejfiu ÎEfcriture Sainte , que dans les ,
4 E S P I T R E.
Lieux comuns qu'ils ont cowpofez, , & dans les Traittez, des Cotrouerfes qu'ils ont eues auec les Aduerfaires, ri ait particulièrement expliqué la matière de £ Election de laquelle cette différence dépend. M aà pour ce aufii que pour future l'E- criture en l'explication de cette doctrine % il a falu qu'ils ayent cnfeïgné que Die® de toute éternité a dans Çon confcilfecretmà diffintiion entre les hommes yrefeluant d'en ap^eller quel- ques vns efficâcienfement a lafoy de Chnft% & laiffant les autres en leur naturelle corruption , fans leur faire fentir aucune vertu defon Effrit, ils ri ont peu euiter la contradiction ni les obte- nions aufqueliesl'Apo/lrs S. Paul me fine a esté fuiet de fon temps. Car ayans eu a fouflenir que V élection de Dieu efi ferme & immuable , & qu'elle amené très indubitablement ceux qu'il appelle ,afalut , on leur a reproché d'enfagner <vnedoc~lrine qui donne aux efletu toute licence de mal faire , puis que quelque chofe qu'ils fa" cent , ils ne peuuent manquer d'eftrefauue%^ Et dautant qu'il e/l ahfclument ïneuitable que ceux qae Dieu a voulu priuer de la grâce dcfonFffrit, /obftineront alencontre de l'Euagile, & demeu- reront en leur péché >on les a accu fez, d'enfeigner que Dieu eji l'A tueur de l'incrédulité des hom* -Jks , & quils font œffuicttis a pécher par vne necefîité infurmontable de fa volonté. Sur tout l'excellence desgraces que Dieu auoit faites a
ESPITRE. 5
Caluin entre tom les autres defon temps , & t affection particulière quil a témoignée a la defenfe de la vérité en cette matière y font elles plm qu'aucun autre exposé a la calomnie de la- quelle vous voyez, qu après luy on nota charge fi Jfouuentyde faire Dieu eau fe du péché. Or s* il n'y auoit que ceux qui fe font monslrez ouuerte- ment ennemis de la n formation , quife fujfent laijfe\ emporter a ces accu fat ion s y comme elles ne deurotentpas eftre trouuees fort e [h ange s en leur bouche 9 au fi nom en confolertons nom beaucoup plus aisément. M au il esl arriui de- puis quarante ans en çay que quelques- vns mef- mes de ceux qui se$oientfeparez> de la commu- nion de PEglife Romaine , ou nentendans pays, h faconde laquelle Caluin anoit explique cette âottrine , ou encore quils C entendijfent ne la gou fiant pas ,fe font ejleuez, alencontre , & ont causé beaucoup de trouble en CEglife de Dieu. C'eflpourquoy il fe tint enîan miljîx cens dix- huitl a Dordreff au Pays-bas yvn Synode aufi célèbre quil y en ait eu de bien long- temps \pour régler les confujions que ces gens y auoyent in- troduites', & décider par la parole de Dieu toutes les quefiions importantes qui concernoyent cette matière* Et par ce que d'vn cojlé les femences de la mauuaife dotlrine de ces gens s'eftoietprmi- gnées iufques en France dans les lieux qui leur ejloientplusvoijins }& que de l'autre ceux de
i E S P I T R E.
noftte profejîion trouuerent que ce qui en auoit eftêrefolu en ce Concile \ e/hit conforme a nofire créance & a la vérité de Dieu y Ces decifions fu- rent traduites en François , & par C autorité de V ordre qui tfi entre nous, rejpandues partout , comme chofes approuuées en nos ajfembléesfa- perieures. Et certes ce si oit a très bonne raifom car nouspouuons bien dire cela hardiment , que depuis (a naijfance de l'Eglife Une s'efi tenu au* cune ajfemblée de cette nature > ou la doctrine de V Election & de la Fredefiinationait efte fi dili- gemment examinée , ni décidée fi fagement & fi conformément a la règle qui nous a efié re- uelée des Cieux. Néant moins telle efiant la condition de la vérité yque pour clairement qu'el- le/oit enfeignée^fene trouue £ elle point de creace en t entendement humain , fi Dieu mefme ri y déployé l'efficace de fa puiffance , ni ces gens a Voccafion de f quels ce Synode a c fié tenu , ni ceux des Doreurs de la communion de Rome qui font de mefme fentiment aueceux , ne font point de* meures fâtis fait s de nofire doctrine 5 & ri ont rien relafchéde la violence de leurs accu fat ion s. De là viennent ces déclamations & ces inuetîi- ues fi véhémentes, qui fe font dans les chaires contre nos fentimens fur le point de la predefii- nation : de- là ces Ecrits fi virulens ou qui diffa- ment fi étrangement ce que nous croyons véri- tablement , ou qui nous imputent de croire cç
E S P 1 1 R S. t
qui efl extrêmement eflongne de noftre pensée. De cette forte efi vn certain Ecrit qui fat appar- ié en France il y a enuiron quatre ans , fans le nom defon auteur a la vérité \mais qui neant- moins fut attribué aï vn des grands perfonna- ges de cejiecleen matière de littérature , pour ce quileftoit auec des traitiez, qu on fçauoîi très- certainement & quil a depuis reconnus eflre fortà de fa main. Car on nefçauroit ajfe^bien reprefenter auec quelle ardeur ce libelle combat la docllrine que nous maintenons , ni auec quelle hardïejfe il nous en attribue qui nom iamais ejlédans noïlre créance. Pource donc que r Au- teur a qui on le donnoit efl des plus célèbres , à* que la façon dont il efl composé le Çembloit rendre périlleux , fvne des belles & grandes lumières de nos Eglifes m incita dés lors fort ajfeiïuenfement a en entreprendre la réfu- tation , en alléguant au rejle quelques autres rai/onsy quilnefïpœs befoin que ce papier icy vous r epre fente t C'eH pour quoy ^induit par tau* torité de fon iugement ^&perfuadé par la for- ce defes raifons , te me dtjpofay a y rcfpondre : et le fis damant plus volontairement , que ceux de ceparty s en glorifioyent é* en triomphojent en Angleterre & au Pays- bas , comme d'vne pièce entièrement inuincible. Je drejfay donc ma Rejponfe en Latin , & l'addrejfay a celuy qui m 'auoit porté à la faire , pour rendre au pu-
S E S P I T R E.
hlk quelque tefmoignage de l'honneur que te luy dois , & au refte>quoy que la renommée fem- blafl me monjher affèz* clairement qui eftoït VAduer faire auec lequel ientrois en ce combat \ taymay mieux h difimuler , & ne déclarer point fon nom, puis quiliauoit voulu taire. Ce - fie re(ponfe en laquelle ie ne me fuis pas tenté dans les termes de la de fenfiue feulement , mais ay pafîéiufques à attaquer l'aduerfairc dedans fon fort , ayant recev ï approbation deplufieurs des plus grands hommes de no (ire Prefefion en ce temps \ & dedans & dehors le Royanmejom - me ils mont fait V honneur eux mefmes de me le tefmoigner, vouspouuez, croire, MESSIEURS & très honore^Freres , quil m en ejl reuenu vne grande c on ( dation. Outre le fuie t que tous les feruiteurs de Dieu ont de fe refiouir quand il leur fait la grâce de pouuoir rendre quelque feruice vtile a fa vérité y tau ois des r ai fon s par- ticulières de receuoir du contentement de voir que ce tranail eujî donne vm fi pleine & fientie* re fatis faction a mes frères* Et véritablement ie naypasfuiet de me repentir de fauoir entre- pris , fuis que celuy a qui on imputoit le liuret que tay réfutera e/lé obligé de le defaduoiler^que l'Auteur iufques icy na osé fe defcôuurir , & qu aucun de ceux de l'opinion que ie combats , bien qu'ils m en eujfent menacé , & que ie les aye picquez, pour les exciter, n a pourtant oséfe
mettre
K PITRE. à
faettre en auantpour h défendre. De forte que te voy iufques a maintenant accompli , ce que deux ou trois très grands hommes m en auoyent prédite 'efl , qùilreduiroit les Aduerfaires aufe- lencedlejl vray que depuis peu vn des plm rerio* mez le fuite s de ce temps , en a parlé dans quel- ques- vns defes Ecrits œjftz dedaignenfement 9 é* auec le mefme fourcil auec lequel il traitte £vn merucilleux meffiris le plm fçauant homme qui vi&e maintenant , comme Ji cefloit le plm ignorant à! entre les hommes. Mais comme ic fçay bien que cefl contre fa confçience qu'il accu- le ce treforinépui fable d'érudition , iïeftreiiB ignorant ^pour ce qu il efl important a la commu- nion de Rome , de décrier ceux qui dans la no- ftre peuuent donner dedans les yeux des hom- mes par hfplendeur de leur réputation : ainji k ne doute pas que ce ne foi t vne rufe qu'il a. vou<> h pratiquer alendroït de mon "Ecrit , pour le dé- créditer s'il pouuoit, & confoler ainfi ceux qui ny peutèent pas n (pondre. Car fans doute pour en auoirpiccotédeux on trois pajfages mat apro» pos , iln a pas cenceu cette opinion , qnilait re- futé toutes lesraifons démon Hure. le feray moyennant la grâce de Dieu clatremet voir auec le temps que ce dot ie tauois accusé auparauant , & dont il a elle picqué au delà de tonte imagi~ nation y efl très 'véritable : cefl ou que luy &fe$ femklàbles ne Ufntpàé Us Ecrits de nos ^Au~
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?» E P I T R E.
ttm s 5 ou que s'ils Us lift m ils ne les entendent pas\ou qnç s'ils les entendent , de propos délibéré ils les détournent de leutfens , & tafehent au • tant qu'ils pennent , de rendre noflrs ducirikie çdieufe. Cependant fonree que la principale chofe dem il m1 accu ft ? - H de donner à Calniu d^s femimens qnH napas , afn de luy imputer quant a foy des opinions qu'il vent faire paffet pour horribles > ie fuis bien atfe que qmlque oc- cajion ifBani, cy-deuant prekntee de mettre mon Hure en François , u me refolm quant & quant de fortifier les allégations -que iy a&oà faites des Ecrits de Cafain %par quantité de té- moignages des plus ex ce Sens Auteurs qui ayent aueclny travaillé a F œmre de la Re formation* K^iinjitn attendant vm plm ample ref/onfe , ce ynien Aceufateur pourra voir que tout cesgrads hommes ont esté dans la me [me créance que tat* tribu e a ce bon feruiteur de Dieu , & que et fi a grand tort qu'il luy veut faire accroire , & a nous au/si maigre que nous en ayons , que nous tenons les dêttrines lefqueSes il nous impfe. Or ay- ie efvcré, MESS1EVRS & très ha- vorez frères , que vous anrk% agréable que ie vous addn ffaffè particulièrement cette Edition de mon Trahie, SifEgltfe de Dieu en peut re- cevoir quelque viihte , ceft a vous JinguUere- ent quelle appartient .Dieu vous ayant afiigné 'y a ujla qu^ji vingt ans le s fruit s de mon Mï?
E P I T R E. ït
mfiere. Vous m 'auez> Jeûnent ouy expliquera défendre de vint voix cette me fine vérité que ty maintiens coutre Us lefuttes & les ^Armi- niens , & voits y reconnot/lrez le me fine air , & la me (me façon de laquelle ie my fuis touiours pris* Et pour ce que vous ef espar la grâce de nojlre Seigneur continuellement imbus de la do* Urine de S. Paul \pour drff/cile qu'on ait qccou- séuméd'ejlimer la matière que ie traitte icy , ie ne crains pas que vous trouuiez, cette di/pute trop épineu/è. Ni vous ne deuez pas apporter moins de foin a l'intelligence des doctrines du falut , que f ai foknt vos Pères, qui lif oient con- tinuellement l'E friture Sainte & les labeurs de ces grands hommes , dont ie défends icy la créance. Ni la grâce de Dieu nefl faô moindre en ce temps icy quelle e fi oit alors , four vous fat» re recennoijlre dans les Ecrits de vos Patteurs , les me fine s veritez que vos pères reconnoijfoient dans les limes de ces grands hommes , qut l'on mettoit pour cet ejfeft en toutes langues. Ni celle cy particulièrement n' et) pat moins impor* tante qu autre fois , pour ta gloire de Dieu , pour la connoijfance de la mifere naturelle de P homme, four la certitude de voftre fcy , pour ïefperance du falut f four la fermeté de vofire perfeuerance. Ni t animent é des Aduerfaires de la doclnne de nos Eglifes nefi pœ* moins
grande qu elle e H oit en ces temps là , pour vous
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n I P I T R È.
obliger a appliquer attentiuement vos efpritsè la bien entendre. Ni la clarté des Ecrits ou nom la vous propofons , rieflpas moins grande que celle auec laquelle ces bons feruiteurs de Iefus Chrisl Font traittee. Bien que Dieu leur euft donne des grâces excellentes , & au/quelles ta ri aduienne que nous ayons la prefomption de nous vouloir accomparer , ce [croit pourtant vnc grande honte >fi nous ayanslaiflé dans leurs labeurs toutes le s lumières quils auoient> nous les obfcurcifions en les vous rapportant^ & mef mes fi nous ri y a diou fiions quelques fois quel' que s nouveaux rayons , ttreT^de l'attentiue me» ditation de la parole diuine. Car comme ceux qui jont portez* fur les ejpaules des Gcans , def couurent de leurs yeux quelque feu plus loin que les G e ans me [me 's: ainfi ceux qui fe fer uent des œuures de ces grands Héros , ejlans portez, def fus les connoijfances que Dieu lewattoit do nées, &fonftentis de leurs aydes , peuuent bien ap~ perçetmr quelque chofe quils riontpœs veuc\ ô* donner quelque peu plus de perj]?kuité a leur méthode & a leurs expr estons. Neantmoins ça eflè tres-prudtmnpcnt que nos Eglifes ont or» donné * que le pfas que faire fe pourroit y enfe tien droit en t explication de la Théologie a leurs façons déparier & a leurs fentimens. Non cet* tes pour ce quils f oient la règle de noflrefoy i car nous riauons de maifire que le fui Seigneur le»
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È P I T R E; sj
fus : mais pour ce que les grâces que Dieu leur a communiquées ettoient extraordinaires , que leurs labeurs pour le feruice de l'Eglije font tout a fait incomparable s, & quily a bien de la dif* ference entre ceux qui ont fait leurs Commen- taires fur la parole de Dieu, entre les feux & les tour mens f& les horreurs des perfections s d?- ceux en qui la douceur & la tranquillité de la paix ralentift vn peu l'ardeur de la méditation & du zèle. Ceftpourquoy ie me fuis attaché par- ticulièrement a leurs écrits \ comme voies verres dans toute la conte xture du mien , & riaypas pensé pouuoir plus auantageufement foufienir la dothine de nos Eglifes. Il relie feulement \ MESSIEVRS & très honorés Frères, que de voftre cofté votés apportiés autant d'attention i comprendre ces vérité s, comme nous ejfayons de contribuer de foin à les vous faire entendre. Nous ne vous parlons point tf autre langage que celuy qui vous efl naturel, tout Jimplejout populaire % fans affectation defubtilité ou d 'ornemens \dont il y an quelcun d'entre vous qui ne [oit pas ca- pable. Nous riajfeÏÏonspeinticy de fpeculations abflrufes, &pour l'intelligence de fqu elles ilfoit necejfaire à'e/lrepourueu de la connoijfance des difciplines humaines , dans lefquelles vous ri ayez, pas effée/leue^ Cerieftrkn que la pa- role de Dieu , a la lecture de laquelle nous vous exhortons tous Us iout 's , & que noustafchom
r4 EPITRE.
de vous expliquer en toutes occurrences* Nous n'y introduifons point lesfagesdnjiecle , pour vous éblouir de Cefclatde leur autorité , ou vous embarafftr en leurs conceptions efleuees au deffus de la capacité ordinaire des autres hommes. C'cftle Seigneur Iefm^ cefi S. Paul, ce fora les autres Apoffres , & les Prophètes qui y parknt a vos confciences. Si le nom dït^drifiote s y en - tend quelque fois , ceB en des chofes qui peu- uent ejlrecomprifesparlefens commun , & fur lefqîulles l'expérience des mouuemens de vos tf* prit s vom f eut faire de fort bons & fort am- ples Commentaires. En vn mot nous ne vom propojljns rien que ne (îre ejf rit riait e fié capable de conceuoir ; pourquoy donc e fi- ce que les vo- flres rien fer oient pa* capables an fi , puis que par la grâce de Dieu, en toute autre chofe ils nous égalent , ou me fine s nom fmpaffent en viuacité & en for ce ? Vom efles de ceux a qui C^pofire dit qu'ils doiuent ejlre maiHres , vcu le temps qntl y a que l'Eutngile leur esl prefché. Et le lias me. [me on vom habitez» , a qui le Seigneur le fus a fait tant de faneur député plus de cin* quant e ans> voxs oblige a auoir quelque chofe de particulie r en l'intelligece des wyferes de la re- ligion chrétienne. A Dieu ne plaife que l'on vous face ces reproches , que nonobfiant cela vous fo}/z> encore comme enfans, qui ont befoin de laicHé* non pas de viande ferme. Y eusJ il
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E PIT RE. i;
quelque chofe de haut & de releué dans le; rai- fonnemens de la parole de lujltce , qui fufl ca- pable de rebuter des petits en fansi quant a vous, & quant a vos frères qui font efpandus par tout le Royaume, vous efies paruenus a <une plus par- faite slature de connoifftnce , &par V accoutu- mance , & de lire y& d,oiiiri& de méditer, & de raifonner , vous aue\ acquis a vosfens inté- rieurs vne certaine habitude de difeerner & de reconnoislreen toutes fortes Jtobiets qui concer- nent U religion , la vérité d'auec le menfonge. ^Aurefle pour ce que la vie & la condition des hommes eflfuiette a vne infinité d 'accident & de changemes , & que les épreuues dupafiénous obligent touiours a penfer a l'aduenir , tay défi- ri , de quelque façon quilflaife a Die» dijpofer des euenemens futurs y que ce Hure icy vousfuB vne af/eurance de t affection très- entière que tay par la grâce de noftre Seigneur touiours eue, deferuiravofire auancement & confirmation enlafoy : Et que s'il peut viure quelque temps après moy9 ilrtnde témoignage, quand ma bou- che ne le pourra plus , de lafincerité que tay ap- portée a contribuer le feu qu il a pieu a Dieu met* tre en moy , a conferuer la vérité quil vous a donnée en depofl depuis vn fi long temps. Corn- me ie croy que Dieu veut eflre reconnu S au- ueur de tout le monde en la rédemption faite par fonFilslefus chriji no sire Seigneur ,& corn-
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|tf EPITRE.
me ie m'en glorifie deuant luy & deuantfes An» ces i iefut* aufi par fa grâce très -profondément perfhadé , que nul ne le connoift ht ne le peut connoiHrt four tel fnon celpy a qui il donne la grâce de k pouuotr faire : quil ne don&e cette grâce £non a ceux quil a éternellement ejleus pour cet ejfecl : quilnacfleu aucun pour cet ef- fet! , en qu i il ne la dépUye fi pmffk mrnent &fi efficacieufemmtqutl e(i abfblument impojîible quilyrejifte : qu'Une la déployé ainfi efficacieu' fement en aucun en qui il ne conjerue la foy quelle produit , iufques a la mort : quil ne la confier ue en aucun dont il ne couronne enfin la perfeuer amende la bien btureufe immortalité & de lagkire celejie. Dieu nous vueille a tous ïm • primer bien auant dans l'âme la créance de eesdiuines veritez, ,& les y faire fructifier a- bondamment en toutes fortes de vertus a fa grande gloire > a ^édification de fon Bgltfe , & a noftre propre falut* U accompliffement de ce njœu tirant toutes autres benedicïions en confe- q»ence,ie n'y&diouteray rienjinon que iefuis dz toutes mes affections y
MESSIEVRS & très honores Fçeres,
Voftre Très humble & Très obeif- fancSéruicçur , ^MYRAVT»
TABLE
DES CHAPITRES.
Auant-propos Pagc *•
Chapitre I. Efiat de la £j)nefiion. page 7.
Chap. I I. ^J«* la doctrine de Calutn n'efi point nouuelle. Page &
Chap. III. Jguela doclrine de Caluin ne doit point attirer de hatne & d'infamie far ceux qui la défendent. page 51,
Chap. IV. gué la doclrine de Caluin n'intro* duit point en la religion la necefitté Sto'ique ni Manichéens. Pagc $m
Chap. V. £hte la doclrine de Calnin n'efi point contraire à l'Ecriture* page 8j.
Çhap. V I. G)ue la doctrine de Calnin nefi point contaire a la nature diuinc* & premiè- rement qu'elle nefi point ennemie de la Sain ■ ttetéde Dieu, Page I37»
Chap. VII. £)ue U doctrine de Caluin nefi point contraire à la mifericorde de Dieu.
page 170;
Chap. VIII. £hte la doctrine de Caluin ne répu- gne point a la tuftice de Dieu, page 202.
Chap. I X. £)ue la doctrine de Caluin ne com- bat point la vérité & fincerite de Dieu*
page 2$z.
Chap. X. £2ue la doctrine de Caluin n'efi point contraire a la pratique de la pieté, pag. 274.
C hap. X I . Jj)uje la doiïrine de Caluin ne m ene
TABLE DES CHAPITRES. feint au defefpoir. Pagc J1}»
Chap. XII J^2* la doctrine de Caluin , tou- chant la uijper.j att^n de la prédication de (Euangile, eft fondée en la parole de Dut*.
P*g- HS Chap. XI IL £jhtc la do&rinc de Calum tou- chant la difptnjatwn de lEfprit , eft fondée enlaparole de Dieu. Et premièrement^ que la grâce du S Efpritna point eflécomm uni - quée à ceux a qui la parole n'a point efte an' noncée 9 & quainfiede n eft pas vniuerj el- le, page 401. Chap. XIV. JjHie ceft auec bonne raijon que Caluin a enjeigné , que la Grâce de C Efprit ne fe communique pas a tous ceux aquiÏE- nangilefe prefche» page 475. Chap. XV. Jgue la dottrine de Caluin eft fon- dée dans le chapitre neufiefme de lEpiftre aux Romains. Pa8c 5T2* Chap. XVI. G)t£e la doEirine de Caluin nefe contredit point a elle me 'J me. page 568.
Fin de la Table.
Fautes cPImpreflîon.
Pag- 50- ligû. X7« Hfez, digniré. p ??. Ugn, »?. Ufe\af* firmatif. p. $9 Hgn i8. effacez..* toutattflî toiV p. 4o, ^S^ ^^* /^^.^ en députant, p 4J. lig 10. Ufizt par. pag. 67. lig. 16, ///*x , bien fôuoc.nt- pag. 6?. kg. ->. li,ez, ics meut p 71* lig' 'fïule^j pour as, elles p 73. Ug( n /^^ noftre volonté, p 1^9. lig- i<S.*i<e^, playts p ïjc. Ho « S.ltfez, l'entendement p. x+i'lig.ii (iftjft co fiuoie ibjd. lig. i^lirezy a attiré p 2,53 lig. $t. /^{', a rendre notfre doctrine ©dieufe. p xj; lig. 54. /*/*£ , oécafion p. 1^4. lig. 14./*/^, intérieure ibid lig, 17 ///< ^, diffent pa<*. 2tfc. lig. 9 Ufe^, terminée cademlig. 2.0 ufez,ou quiis. p. t<S9 ;lig- *6"- #/*£> expediens. p. 2y , lig. ï8 lifez, pro- gnoftique. p. 5T3. ]ig z. ///^\ lequel p.531 %• 1 4 //>.£, laquelle, p 554 lig ig. ///*£, n'a fait, pag 4** lig. ai, /(/*£, fembloyent. p 4T6 lig- z$Jifez , température p. 415. lig. r?. /*/IÇi pénétré, p 450. lig. t; /ffr£, effacées, p 45 é. Hg B. Ufi\j. ce qui. p 467. lig, 8. life^J au, lieu de raifon , volonté, p 490 lig. r?. lïfez, , intérieure. p. 498. lig. 6* life^y alliance*, p. A99* ligne 4 lifez , Dieu , dit ce diuin Ecnuain,^««f/>. p. y 06. lig. 17. /*/£■£. s'ils venoyent- p. vi Hg. 7 #£.£» concerne, p. çi6\ lig 16: lifez , donne. ibïd- lig jr Ufez» l'vn* p Ç17. lig 31. /*/*£, refpondra. p f iS. lig 9. //'/^, oppofîtion. p. ftfjr.lig ji.^r^,vne. p.. 571 lig ?ï- &/ë£> renc^ P' 578* lig ^/?£ > ainfi propre, ment nommés, p fS8 lig. 2.8. lifez , contée, p. 605. lig. ij. #/&£, que Dieu n'aimait.
Le Lefteur équitable e(t priéd'exeufer ces fautes , & de corriger les aurres de luy melme, s'il .s'en rencontre encore quelques- vnes.
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POVK APPROBATION.
L'EDITION Launcdcccli- urc ayant cfté plcncmcnc ap- prouucc par Meilleurs Barbier, Pa- ftcurdcrEglifcdcPringé, &lcBloy, PaftcnrdcrHglifcd'Angcrs, laVcr- fionenaefte communiquée au mef- mcSicur Barbier , & a Monfîeur de laCantinayc,Paftcur de TEglifc de Baugé, qui n'ont rkn change aux ter- mes emphatiques de la précédente Approbation.
DEFENSE
DE LA DOCTRINE
L kJL
DE CALVIN.
SFR L E S V l ET DÉ
Réprobation*
AVANT-PROPOS,
L n'y à point encore long-tetàpi qu'il fut imprimé à Arofterdaro, vn Liuret intitulé , Du Èecret abfolti delà Réprobation > duquel la première page portoit qu'il eftoiî traduit de l'Anglois, mais ne difoit pas le nom de l'Auteur. Qui qu'il (bit » s'il cft permis de iuger de luy par cet échantillon, il cft personnage içàuant & verfé dans ces dif. putes qui ont cy-deu^nt tant tràUaillcle Pais- bas : mais il paroift qu'il s'eft entièrement donné aux opinions d'Arminius fur cette célèbre ma- dère de la Predeftinatiôn. Caren ce petit ouura- ge qu'il a CQmpofé ie ne fçay pas precifémenta queldefiTein, ilfemble qu*il n'ait eu àatre tafche entreprife que de diffamer de tout fon pôûuoir la doctrine que Caluin tenoit fur ce fujet , 8£ qu'on eftime qu'il a enféignée à nos Eghfes. ïf
t AVANT PROPOS.
dit premièrement quelle eft nouuelle & incônuë eni'Eglifede Dieudcuant le temps de S. Augu- ftin*, puis après qu'elle eft odieufe & pléne d'in- famie , qu'elle eft Stoïcienne & Manicheéne, qu'elle eft ennemie de l Ecriture & de la nature de Dieu , qu'elle eft contraire à la pieté , & per- nicieufe a la confolation Chreftienne , & s'il y a encore quelque chofe a dire après cela , il ne s'eft pas contenté de l'affirmer de cette doctrine, mais il aeftayé de prouuer par argumens qu'elle en eft coupable. De forte qu'en ce petit Ecrit il n'arien laide a dire qui peuftferuir à la décrier. Surtout ne s'eft il pas oublié de fuiui'c le chemin qui luy auoitefté frayé par tous ceux decetteSe6te,en déchirant tai t qu'il a peu la mémoire de Caluin & la réputation de l'Eçlife de Geneue. Lors queie vis la premiete fois cet Ecrit, bien que ce procédé me femblaft indigne d'vn homme Chre- ftien Ci eft ce qu'eu efgard au temps ie ne le trou- uay pas beaucoup eftrange. Car la plufparr des hommes font a cette heure ainfi faits, qu'a peine y a t'daucunquiait quelque diftentimenr d'auec vn autre en matière de Religion, qui n'eiîaye, ie ne diray pas de réfuter fon opinion par raifons, car cela fe peut fupporter , & mefmeseft quel- quesfois louable , mais qui a tort ou a droit ne la charge de toutes fortes d'iniures & de calomnies, & perfonne ne s'eft plus fignalé en ce bel exercice là, que ceux qui onrfuiuy la doctrine d'Armi- nùis& qui ont entrepris de changer l'eftatde la Religion en Holande. Certainement ie penfe auoir aftes témoigné par les autres eferits que i'ay défia faits , combien ie fuis ennemi de leurs er- reurs, & cette difpute le monftrera encore plus
îAVJNT-PROPO S j
clairement qu'aucun autre. I'ay toufiours ereti qu'en ce qui legarde l'ceuure de noftrefalut ils font grand tort a la gloire de Dieu , attribuent à l'homme plus que la vérité ne permet, de renuer- fent les fondemens delà pieté & delaconfola- tion Chreftienne. Tellement que i'oferay bien> prononcer hardiment que ceux là n'ont iàma.ié fenti la vertu de l'efprit de Chrirt,qui fe font bictx pro fondement periuadez les opinions de ces nouueaux defenfeurs de la pieté, ou au moins quife vantent de l'eflre. Mais pourec que c'erl vne chofe humaine de faillir 8c de fe tromper i ÔC epe d'entre ceux qui ont humé de l'air des (enti- mens d'Arnrinius,la plus part font profeflïondV ftre d'accord auec nous dans les autres points de la doctrine Chreflienne, & mefmes que quel- ques vns ont des grâces dans le fçauoir qui poud- roient eftre extrêmement vtiles à la vérité de no- ftreSauueur, fi elles eftoient employées à la dé- fendre , ie n'ay iamais fçeu gaigner fur moy ni de leur dire des iniures , ce qui eft contre mon natu- rel , ni moins dç m'empefeher d'aupir vn rner- ueilleufement grand regret de voir que par l'er- reur de leur entendement,& par lachaleurdèla controuerfe ils fe (oient laifTez emporter fi loin hors des termes de la vérité- Surtout nefçau- roit on dire combien ie vdudrois qu'il m'eufi coudé & que Mr Grotius , l'vn des plus beaux 01 nemens de Ton fiecle entre les fçauans» n'euft point engagé fi auant dans ce malheureux parti l'excellence de l'efprit qui le rend Ci recômanda- ble, Mais il faut qu'il arriue, non par la force de îadeftinée, corne ces gens ont accouftumé de le nous reprocher, mais par vne conduite certaine
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4 AVANTVRO?OS.
de la diuine promdence que d'entre les grands & comme incomparables perfonnages qui ionc bien loin efleuez au defTus du commun, il y en ait toufiours quelques vns qui tombent en des erreurs de pcrrnicieufe confequence. A ce que perfonne ne prefumequece ibitpar la force de fon franc arbitre , mais par la feule mifencorde de Dieu , qu'il a embraffé la vérité , qu'il retient ferme la doclnne du Sauueur, & qu'il ne per- met pas que ni ks amorces 8c hs allechcmens du monde, ni les tentations de l'ennemi commun de noftrefalut, ni les artifices des hereLiques ou les fubtilitez & les fophifteries des abueurs la luy arrachent de la pelée. Pour nous qui ne pou- uons fai^e dauantage , c'eflànousa ptier Dieu continuellement & du plus intime de nos cœurs qu'il luy plaife remplir de la lumière de fa vérité, 8c par la force de (on bon efptit deftournet de l'égarement de leurs mauuais fentimens des gens qu'il a rachetez par le fang de fon Fils & qui femblenc d'ailleurs auoir de l'affection à la Religion Chreftienne. Et cependant fi nous pouuons contribuer quelque chofe a leur amen- dement &conuer(ion, il nous y faut apporter toui e forte de diligence. C'efi ce qui ma induit a entreprendre l'examen de ce Liuret, pour ef- fayerde roonftrer, ce que i'efpere faite moyen- nant lagracede Dicuplus clair que leiour, (ans haine, fans outrage, fanspaiTîondela nature de celles qui ont accouftumé d'emporter & de troubler l'entendement des humains, que non feulement noftre doéhine eft entièrement exem- pte de cesblâmesdonconla veut attaquer , mais qu'elle cft eftabhe en la parole de Dieu fur de»
AFANT.PROPOS. 5
fondemensfohdes & inefbranlables. Er quand parla grâce de noftrc Seigneur ie feray venu a bouc de ce defTein , i'efpere que ceux a qui nous auons a faire, & qui iufques icy ont déclamé con- tre nos Eglifes auec tant d'effort & de véhémen- ce, ou changeront tout a fait d'opinion , ou au moins relafcheront beaucoup de la haine a la- quelle ils (e font laifTez emporter contre nous auec (î peu de modération & de retenue- Or ayje deux raifons pourquoy i'ay particulièrement en- trepris de défendre la doctrine de Caluin fur cette matière. La première eft que ceux de TE- glife Romaine, de ceux qu'on appelle commu- nément Arminiens eftiment eux mefmes qu'elle s'accorde entièrement auec la doctrine de nos Eglifes : & ils n'ont point accouftumé de harce- ler Caluin fur ce fu jet, finon afin de nous enue- loper vniuerfellement dans le diffame dont ils veulent couurir le nom & la mémoire de ce célè- bre perfonnage. Laquelle doc de ces deux créan- ces que nous defendions,oulanoflre ou celle de Caluin , nous les aurons toutes deux cnfemble garanties des attaques de leurs aduerfaires. La ieconde eft que les vertus de cet excellent per- fonnage, les labeurs incomparables qu'il a en- trepris & fouftenus pour la caufe de la vérité , 8c les ineftimables feruices qu'il a rendus a l'Eglifc du Seigneur Icfus il y a defîa tantoft cent ans , ne femblent pas tant requérir comme exiger de nous qu'auec vne affection fînguliere nous dé- fendions fa mémoire contre les calomnies defes ennemis. Certes ayant la diuine protection & la force de la vérité pour defenfe , elle n'a rien a craindre de la part du monde. Elle furmontera
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6 avant Propos.
toufiours les artifices de (es aduerfaires , Se tôUtç la Chreftientéla verra comme la lumière d'vn, bel affre iniques à la confommationdes fiecles. Mais neantmoins fi la cognoiffance de la vérité a mis dedans nos efprits quelque ve'ne de genero- fité,il ne faut pas qu'on nous reproche que ces bien heureufes âmes dont Dieu s'eft ferui pour la reformarion de Ton Eglife, ayent (ujet de fe plaindre de noftre affection en leur endroit. L3 confeience donc de noftre propre inflrmicé nous ordonne, & lacharitéde Chnlt nous commande abfolument de défendre l'innocence des grands perfonnages, de ne pafièr pas fans louage ni leurs bonsenfeignemens , ni leurs belles actions , & fi, comme ils fe font reconnus hommes auffi bien comme les autres, il leur eft quelquesfois ardue de manquer vn peu , les niefmes deuoirs nous obligent a expliquer autant que faire fe pourra betiignement & adoucir ou l'incommodité de leur penfées ou la dureté de leurs expreflîons , & en tout casa lesfuppôrtera caufe de leurs ver- tus excellences. Nous eftans préparez le chemin par ce petit Auant- propos, venons maintenant a îa choie , & premièrement, comme il eft entière- ment neeejTaire, pofons clairement l'eftat de la «^ueftion.
Defepfe de la doÛrine de Caluin 7
CHAPITRE I
Ejlatdela queflion.
Oie y donc comment l'Aduer- faire a commencé fa difpute. Ceux y dit-ihqui en feignent quil j a vn décret abfolu de la Réproba- tion y tiennent deux chofe s. L'vne% que la caufe par laquelle Dieu a efté émeu a faire ce décret de la Réprobation des hu- mains , eft, non le pèche" , foit originel foit aeluel , mais feulement fa volonté toute pure. L'autre^que par le moyen de ce décret abfolu de la volonté de DieUi la codamnation ^rlUmpenitence opiniaflre & finale des damneZ, dénient entièrement neceffaire & ineuitable. Pource donc que ces deux imputa- tions font ou faufTes, ou propoféespar l'Aduer- faire inuidieufèment , elles doluent eftre dili- gemment examinées. Et premièrement ce difpu- teura icy oublié de parler d'vne chofe , que s'il auoit eu intention de difputer (erieufement Se fînceremét, il ne deuoit ni ignorer ni pafTer foubs fîlence.C'eft que quelque chofe qui fernble auoir efté dite par les autres plus precifément qu'il ne faloit touchant Pobjet de la Predeftination & de la Réprobation, Caluin a efté de cette opinion pourtant, que Dieu, de la volonté duquel il s'a- git principalement icy , y a confideré la maiTe de tout le genre humain entant quelle cft corrom-
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$ fur lefubiet de la Réprobation.
Lue ?. Pu^ * ^âr ce^ ain^ V ^ Par*e cn ^on ïnftitorion«
ch. ij. Pourtant fi quelcun nom ajfautde ce propos ^pour-
J. 5. ^#0^ £>/? ^#* Z)/>« en a pre deft in é aucuns a damna- tion , lefquels ne l'auoyent point mérité , veu qu'ils n eftoientpas encore , nom luy demanderons d'autre fart en quoy cefi quilpenfe Dieu efire redeuable a l'homme s il l'eftime en fa nature. Puis que nom fommes tom Corrompm & contamine^de vices il ne Je peut faire que Dieu ne nous ait en haine : & 6e nonpai d'vne cruauté tyrannique , mais par vne tquité raifonnable* Si ainfi efl que tous hommes de leur condition naturelle foient coupables de damna- tion mortelle , de quelle iniquité te vous prie fe plain- dront ceux lefquels Dieu apredeflinez, à mortï £)ue tous les enfans d'Adam viennent en au At pour çon- tendre efr débattre contre leur Créateur , de ce que parfaprouidence éternelle auant leur natiuitéils ont eftédeuoûeZ a calamité perpétuelle ; quand Dieu au contraire les aura amené? a fe reconnoiflre , que pourront ils murmurer contre cela ? S'ils font tous fris d'vne mafle corrompue , ce nefl point de mer- Ueilles s'ils font ajfuiettis a damnation. Et au com- mencement de l'Epiftre dedicatoireduTraitté de la Predeftination. C efl l'efieElion gratuite de Dieu par laquelle il choifit du genre humain, qui efl en foy perdu & damné , ceux que bon luyfemble. Pans le traitté mefme fe trouuent diuers pafTa- ges fembiables : Au commentaire fur lechap. 9, de TEpiflre aux Romains , en llnftitution , liu. 3. c.li. §. 1.&7. & ailleurs. Et ie me difpenfe de les citer plus amplement, pour ce qu'ils ontefté ôc fort foigneufement recherchez éc fort fidèle- ment defents par Monfieur du Moulin a la fin defon Anacomie de rArminianifrne , & confit-
Defenfè de la doctrine de Caluin 5
fiiez encore par la Confeflîon de foy de nos Egh- Art, «. Tes. Nous croyons , y eft-il dit , que de cette corrn- ption& condamnation générale en laquelle tous hom- mes font plonge? , Dieu retire ceux lefquels en , fon con fe il éternel & immuable il a efleus car Ja feu- le bonté & mifericorde. A quoy il rapporte aufH le Synode de Dordreclh Can. vii. de l'Efle- &ion>& Can. xv de la Réprobation. Et les pa- roles de Monfîeur Riuetfonticy merueilleufe- mentconfiderables. Car ayant premièrement Difp.3. parlé en Ces difputes de la Grâce , de la façon de Th. ij» laquelle il (emble que Calui n a eftimé en quelque I+* endroir qu'on pouuoit difpoferles décrets de la volonté de Dieu , il pourfuit ainfi , Mais ça efti bienfait a Caluin d'efltmer qu'Une fe faut pas arre- fier à ce premier décret de la volonté de Dieu , ( qui a ordonné de ce qui deuoit arriuer de tout te genre humain & de chacun des hommes auant qu'Adam peehaft ) pource , dit ily que non feule- ment cette queftion eft profonde, & cachée de- dans le lieu le plus fecret du Sanctuaire de Dieu , mais pource qu'il ne faut pas entretenir vne cu- riofîtéoifîue, dont cette haute fpeculation eft la mère nourrice. /fy adioufle doc f autre partie du de- cretycefk que Dieu élit ceux qu'il luy plaift de la race damnée d'Adâ, &reprouuedemefme ceux que bon luy femble. Et cette façon de confide- rer la volonté de Dieu , comme elle eft beau- coup plus propre pour l'exercice de la Foy, auffi fe traitte telle auec beaucoup plus de fruit .• Il dit donc qu il fe tient beaucoup plus volontiers a cette dotlrine qui confidere la nature humaine en fa cor- ruption & en fa condamnation , comme eftant non feulement plus vtik a lapieti, mais encore beaucoup
Ip fur le fuiet de la Réprobation*
fins Theologique ce femble. D'où il appert, dit Monfîeur Riuet , que le Synode de DordreB qui A dit que cette dernière manière de conjiderer la vo- lonté de Dieu en ce qui efl de l'obietde la Predefiina- tion , efl moins fuiette a la chicanerie des Aduerfai- res , na rien ni ordonne ni enfeignéde contraire a l'o- pinion de Calutn , & de ceux qui lefuiuent en cette matière. Certainement fi en laiflant tout le genre humain en fa naturelle condamnation , il euft pieu a Dieu vfer enuers luy de la mefme feuerité qu'il a exercée enuers les Anges qui font decheus de leur origine, aufquels il a retranché toute ef- perance de reftablitfemcnt , nous n'auriops point pour cela de fuiet de nous plaindre de fa condui- te. Car de quel droit ou par quelle Loy eftoit-il obligé de retirer pluftoft des enfers les hommes qui fe font perdus eux mcfmes par leur propre faute, qu'il n'en a retiré les démons ? Or de cela s'enfuiuentnecefTairement deux chofes. L'vne3 que fi Dieu n'auoit point fait d'élection ni de ré- probation , ( & il n'en auroit point fait s'il nous auoitatous entièrement fermé l'entrée à fa rni- fericorde ) la condamnation des hommes deuroit cftre attribuée a leur péché , & non a la pure & fîmple volonté de Dieu. Car perfonne ne vou- droit dire que les mauuais Anges ont efté afluiet- tis aux pênes éternelles par la feule volonté de Dieu , fans confideration de leur ofFenfe. L'autre cft, ques'ilauoitpleuaDieuen faifant vne éle- ction de quelques vns d'encre les humains , les deliurer tellement de leur condamnation qu'il abandonnait les autres iufques à ce point que de ne leur monftter efperance aucune de (alut 8c de deliurance , les efleus auroient bien eu vn fuiet
t>efenfe de la doÛrine de Calvin ^ t î
qui ne fe pourroit exprimer de fc glorifier en l'in- finie mifericorde que Dieu leur auroit faite, mais ceux qu'il auroic laiiTez en arrière n'auroient pourtant point de raifon de fe plaindre de fa ri- gueur, ou d'imputer a fa volonté leur condam- nation & leur ruine. Car ce que les efleusau- roicnt obtenu fans aucun mérite de leur part? n'auroit apporte changement quelconque en la condition des autres. Comme fi d'vne grande multitude de criminels qu'vne mefme faute a en- ueloppcz en la neceflîté d'vne mefme pêne > le fouuerain Magifhat fe refoût d'vfer de clémence enuers quelques vns,il n'y a point de raifon d'ac- eufer pour cela d'iniuftice la punition de tous les autres. Et Caluin l'a ainfi enfeigné au lieu cy def- fus allégué du troifiefme Liurede l'Inftitution , chap. 13. &en beaucoup d'autres endroits fem- blables. Mais comme ainfi foitquela calamité du genre humain doiue eftre confiderée en deux chofes •, l'vne , que tous les hommes font afïuiet- tis a malédiction a caufe du péché \ l'autre que fi la deliurance leur vient de quejque part , ( or ne peut elle venir d'autre part que de la Croix de Chrift ) ils font tous naturellement compofez de forte , que fi Dieu ne leur en donne le moyen , il nyefiaaucunquilapuiffeembrafler, aucunqui par la dureté inuincible & la fuperbe de fon cœur ne la reiette , on demande quel a efté le fentiment de Caluin touchant la manière de 1* difpenfation de la volonté de Dieu en la guerifon de ces deux parties de la mifere de l'homme. Or quant a la malédiction , ceftvnedoarine con- fiante dans les eferits de ce grand homme , que îellcaeftéladifpofition de la bonne volonté do
1% fur le fuiet delà Réprobation.
Dîeaenuers le genre humain en cet égard,qu'il a refolu d'enuoyer Ton Fils vm que au monde afin que par fa more il rlft fatisfa&ion a la Iuftice ine- xorable de fon père , a cette condition, que fans exception d'aucun, quiconque croira (bit parti- cipant du fruit de cette propitiation. Atnfî félon fedo&rine , il n'y a perfonne au monde qui ne puifTe afpirer a Tefperance du falut , pouruea quanec vne vraye foy il embraffe le Seigneur le- fus vnique Rédempteur des hommes. Voicy Ces paroles fur celles du Sauueur , Dieu a tant aimé Ican 5. ]e monde, &c Tout ainfî y tt il ne faut point cher- cher toute la matière de noflre falut ailleurs quen Chrifl , auffi faut il voir dont Chrtft nous efl venuy & pourquoy il nous efl offert pour Sauueur , Icy nous eflenfeigné l'vn & l'autre4 diftinftement ; ££ue la fojen Chrifî apporte vie a tous; & que ce que Chrift nous a apporté la vie, c efl d'autant que Dieu atmant le genre humain ne veut point qutl periffc. Et en la grande Préface qu'il a mi(e deuant la Bible Françoife . £)uand la plénitude des temps efl venue &le terme preordonnè de Dieu efl efcheu , ce grand jMeffias tant promis & tant attendu efl venu y & a farfait & accomply tout ce qui eftoit neceffairepour mfïrt rédemption & falut. Et a efl : donné non feu- lement aux Ifraelites , mais a tous hommes de toutes gens & régions , afin que la nature humaine fuflparluy réconciliée 4 Dieu, Item : Omousfom- mes tous appeliez* a cet héritage, fans acception de perfonnesy mafle ou femelle , petit ou grand, feruiteur 0» Seigneur, M ai (Ire ou Difciplet Clerc ou Lay , Hebrieux ou Grec , François ou Latin : Nul nen efl reiette', quiconque par certaine fiance receura ce qui Itijefl enuojé>çmbrafferacequiluy efl pr e fente M^f
Defenfe de la doBrine de Calu'm ïj
qui reconnoiflra le fus Ckrift pour tei qu'il efi donné du Père. Et au Tramé de la Predcftmation. Cefi cbofe claire que tous indifféremment font appellera foy & repentancey quvnjeul & mefme Médiateur efi proposé a tous , afin quils foient réconcilie?* Dieu le Père. Et derechef ,• en fEuangile Dte& tendla main indifféremment a tous. Et ainlî en plu- fïeurs autres endroits. Et afin qu'aucun ne p'enfe que ce que le falut eft indifféremment offert* tous hommes en fEuangile , ce n'eftpas chofe qui fe face a intention que tous généralement ea puiffent côceuoir vne certaine confiance d'obte- nir la vie éternelle par la foy,luy mefme en quan- tité de lieux affirme que lefus-Chrift eft mort indifféremment pour*tous. Ces paroles font clai- res au Commentaire fur le chapitre cinquieimc de l'Epiftre aux Romains. L'Apofire fait la grâce commune a tous hommes , pour ce quelle e fi pre fen- te e a tous , non pas que par effet elle sefiendefur tous. Car combien que Chrifl ait fouffert pour les péchez, de tout le mondes ôrfoit offert par la bénigni- té de Dieu indifféremment a tous , fi efi- ce néant- moins que tous ne V appréhendent pas. Et au Com- mentaire fur S. Iean , tHifioire du ferpent d'airin dont il efi icy parlé eft- affe? notoire. Au refte elle efi c^aP !• icy alléguée par Chrifi pour monfir.r qu'il doit efire S u mis deuant les yeux de tous par la doctrine de CE- tl dt uangile : afin qwe tous ceux qui auront ietté la veut fur lUy par foy obtiennent falut. Dont il nous faut recueillir que Chrift nous efi clairement propojé en fEuangile, afin qu'il n 'y ait homme qui fe plaigne de fobfcurité, & que cefte manifeftation eft commu- ne a tous* Et, il a mis ce mot de généralité^ quicon- que , tant afin de conuier tous hommes a participa
14 furie fuiet delà Réprobation.
A la vie , qu'afin d'o fer toute excufe aux incrédules. A cela mefme le rapporte aujfi te mot de monde duquel tla vfêcy dejfus. Car taçoit quon ne trouue rien au monde qui fait digne de la faueur & grâce de Dieu ,Jtefi ce toutesfois qu'ilfe monfire propice a tout le monde , quand fans exception il exhorte fous hommes de venir à la foy de Chrift Jaquette riejl autre chofe quvne entrée a la vie. Car Chrifiefiof- fert^ comme mis en veut a tous. Ec au Liure de laPredeftinaUôn.. Ce fi fans contredit que Chrijt ejf mort pour tous tîcem , çr qu'il ett venu pour ex- fier les pecheZ de tout le monde. Ec de meimes £0 quantité daiicres lieux. Et afin qnel'aduer- iaîre ne penfe pas que Caluin ait cité feul de ce fenbmenr, Mufculus commente aiofi le mef- me paffage. Nul ne doit penfer que cette dilellion de Die fi & cette donation defon Fils qui en eu précé- dée » n-e le regardée pas en particulier , fous ombre qu'elle eH dejitnée généralement a tous. Car comme ïlriyaaucun d'entre les hommes qui ne face partie de ce monde lequel a eféaiméde Dieu , auffiny a- til aucun a qui cette dilellion diuine n'appartienne, Jlnon celuy qui s' ex clud luy m efm ede ce b enefice par fa propre incrédulité ! Item. // recommande cette générale dilellion & grâce de Dieu laquelle efxpr e« f entée au monde j en dtfant^ non pas , afin que les gens de bten J oient fauue? par luy , mais, afin quele mon- dcfoitfaftué par luy> Car fous le mot de monde , comme tenay aduerti cy- dejfus , /'/ comprend vni- uerfellèmenttout le genre humain. Car encore qu- vnitierfellement tout le monde nefoït pas fauuépar Chriftïfieft'CcqHe la volonté de Dieu mus eft e& CCS paroles proposée & recommandée comme telle > qu'elle n'eft pas pour perdre mais poHrfauuer toui
Defenfe de la doctrine de Caluin 15
hommes généralement. Ainfi 'S.Paul dit que Dieu *«Tîm. veut que tous hommes fotent fautiez* & viennent a *• lacognoijfancede la vérité; & Dieu me f mes dans le Prophète , te ne veux point la mort du pécheur 9 mais qu'il fe conuertijfe & qu'il viue. Et ailleurs. Qui font les pécheurs pour lefquels fauuer Iefus- çom, Chrtft efi venu au monde f car nom fommes tous pè- fur t, cheurs , tant que mus fommes qui habitons dans le i»Tioî# monde : & il y a diuerfe s fortes de péchez*. le ref- *** pons : Gfuandil dit fans jpectfierperfonne^que lefm- Chrtfl ejt venu au monde jauuer les pécheurs , il monfire affez> qu'aucun pécheur n'en efi excepte , mais que cette grâce de falut efi préparée a tous les hommes* Il efi donc venu pour fauuer tous les pé- cheurs. Et comment-, dira* tu , efi il venu pour fau- uer tous les pécheurs > veu que tous ne font pas f au ~ uez. f le refonds , comme vn Médecin vient en vn Hofpital plein de malades , non pour en guérir quel- ques vns , mais pour les guérir tous fans difiintlion » jïnon que par auanture il s' en rencontre quelques vns entreux->non feulement dont la maladie foit incura- ble ,mais qui reiettent opiniâtrement le fe cour s de famedecine. Ainfi Chrifi efi venu non ça* pour en fauuer quelques vns feulement , m aie fans difiin- Etion y tous les pécheurs , excepte feulement ceux* là qui reiettent par impenitence & par incrédulité la grâce du falut iufques à la fin. Et Bullinger ef- * crit ainfi fur le mefme lieu. C'efi vn grand & in- Bulim* faillible argument de la charité de Dieu , quil eficJPm , dit que Dieu a aimé le monde. Car cela efi beau- ïé coup plus effîcacieux & a plus grande emphafe qtiç s il eufl dit quil a aimé les hommes. Car s'il eufi dit , les hommes , nous eujfions peu entendre les iufies & les gens de bien ; & derechef on eufipsu entendre
t4 fur le fuiet de la Réprobation,
encordes hommes de tel on de teleftatoti aage. Afals il à dit, le monde» Or S. le an dit cpte le monde gifl enmaunaifiié. Il a donc par le mot de monde donné a entendre non les hommes de quelque fexe ou de quelque aage > ou de quelque ordre ou condition , mais tous les hommes de tout aage > & qui habi- tent dedans le monde & qui font fut et s a pèche'* Et derechef. Deux chofesfont icy a obferuer. Lïv- ne que le Seigneur le fus a e\îé incarné & ejleue en la Croix y afin qu aucun ne perijfe y c'ejt a fçauoir a caufe de fes péchez* , mais que tous ayent vie eter~ nelle , leurs péchez, e fiant expieTpar la fatnUe Ho- Hie de fon corps. L'autre , que lefouHerain bien & la vie éternelle font préparez* a tous les croyans par lefia ChrifL Et te dis a tous : Pource que Dieu qui e?l bon > & véritable, & équitable & iùHe, nen exclud aucun yfinon celuy qui s en fera exclus foy mefmeparfa propre perfidie» Et en fin fur ces mots» c'eft icy la condamnation &c. Ces mots font ad- iouieT par préoccupation. Qar que icun peut dire. Puis que le Fils de Dieu efi venu en ce mondepour fauuer tous les hommes y comment fe fait ■ il que tovit ne font pas faussez, pourtant ? Par la faute de qui ie vous prie voyons nous tant d'hommes perfeuerer en leur malice , 6r en leur impiété , & périr éternelle' ment? Noftre Seigneur refpond , ce fi efi point par la Nemo faute de Dieu , ni pource qu'il foit d'vne humeur Dcl r fafcheufe , quaucr<n périt ; ceux quiperijfent, perif
tate y\feyit Par ^eur v*ce & Par Ie **r faute propre. Qar culpa Dieu veut que tous hommes foient fauuez, & vien- £crit. nent a la cognoijfance de la vérité. Q'eftpourquoy il a enuoyl au monde la lumière de la vérité , la pré- dication de lEuangile & mefmes lefus-Chrifi fin Ftlsy afin quil inuitafitous les hommss a la participa- tion
fur le fitiet de la Réprobation. ij
tion de cette lumière , ce qu'il a fait excellemment* Du refte ,les hommes quiperijfent , refufentde rece- voir cette: lumière dedans le fecret de leur ejprit & de leurs cœurs\cefi pourquoy ils perijfentpar leur pro- pre faute & non par celle de Dieu» - ;■ . ; «.. £c Pellicanus fur le mefme pafTage encore. De Conra»] mefme s que le ferpent d'airin qui auott l'apparence Pellic. d'vne befie venimeufe , mais qui esloit tellement111 lo*io exempt de 'venin que mefmes il guerijfoit tous ceux qui en ef oient atteints 3 a eflé efleué au âefert & ex.- posc a la veue de tous pour leur guéri fon ; ainfifauu il que le Fils de C Homme foit exalté , afin que tous ceux qui leueront la les yeux par foy , j "oiem vàelir ftre^du venin mortel du pèche) de forte que non feu- lement les Ifraelites , mais vniuerfellement q fit que ce foit d'entre les hommes qui mette en luyfa confian- ce anec fincerité \neperijfe point mais ait la vie eter* nelle. Item, ^ui eu fi creuque DieueuH eu vne fi grande charité enuers le monde ->reb elle contre lui & ajfuïetti a tant depechss,que non fetdemet il nepunifi pas lespechc% défia commis , mais qu'il tnuoyaj} fon Fils vmque mefme des deux en la terre , & £ abats* donnai a la mort > voire la mort ïgnominieufe de la Croix y afin que quiconque J oit de* hommes, foit Juif, foit Grec -, foit Barbare , qui croje en luy ,n'& perijfe point , mais obtienne la vie éternelle par la Foy de l'Euangile ? Et derechef. Et afin qu'aucun de ceux qui perijfent volontairement neuf que prêté-* xer a fa malice, il a donné a tous vne facile entrée au falut par la grâce & . la mort de Qhrifl, Telle* ment que fi nous perijfons > ce n'efipa* la faute de Dieu , mais. là nofire* Suiuant cette doctrine qui eft coraràunè à MufculuSj aBullingei > a P-ellicâ* Sus j à Cilùin Sg s pïufie&ré autàes d& mefeas
i8 Defenfe de la doBrine de Caluin
temps , non feulement il faut que Caluin ne rc- iette pas la caufe de la damnation des reprouuez & des incrédules, qui fe doit faire au dernier îu- gement , fur la pure & (Impie volonté de Dieu, mais mefmes qu'il eitablilîe pour vraye Ôc pro- pre caufe de cette condamnation, outre le péché originel, duquel tous généralement font enta- chez, de le péché commis contre la Loy morale, dont il eft certain que nul n'eft exempt, l'incré- dulité & l'impenitence des homes. C'eft ce qu'il Ican 3. fait & ailleurs , & notament fur ces paroles , l'Ire !*• de Dieu demeure fur luy. Il fignifie , àit-i\> qu'il ny a -point d'autre remède par lequel homme quel quilfoit , putjje euiter la. mort : Comme s'tl difoit* au a tous ceux qui reiettent la vie donnée en Chrift ilneretteplus que la mort ->pourceque la vie ne con- fiée ailleurs au en la Foy. Ce qu'il a mis le mot en vn tempspajf tidifant, il eft ta condamné* emporte poids', car ça ejh notamment afin de tant mieux exprimer que ce fi fan de tons incrédules, O r il nous faut no- ter que ( hrift parle jbectalement de ceux qui auront monftrc leur tmpiet. en vn me /pris manifcfle de C E- uawrile-. Car combien qu'Ujoit vray qu'il ny ait ia - mais eu autre remède pour euiter la mortjîno que les hommei eujfent leur recours a Chrift : toutefois pour- ce que Chrift traitte icy de la prédication de l'E- uangde , laquelle deuoit eftre ejparfepar tout le mon- de , il addrejjefbn propos contre ceux qui de propos de' libéré & par malice éteignent la lumière que Dieux Marc allumce. Et plus clairement encore fur S. Marc ié.i*. en commentant ces paroles , qui croira & fera baptizéfera fauué, qui ne croira point fera con- damné. Cette promejfe, dit-il, a efte adioufteepour Attraire a la Foy tout le genre humain ; Au fécond
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furie fubiet delà Réprobation. . 1$
membre > ou Chrifl condamne ceux qui. n'auront point creu % il figntfie que les rebelles en reiettantlç falut qui leur eft prefente\ Attirent fur eux vfieplù* grieue punition : & lors ne font pas feulement entis* loppez, en la. condition commune du genre humain* maisfoùftieHnent U coulpe de leur 'propre ingratitu- de. Or cft il fans doute, que Iacaufepoiir la~ quelle Dieu condamnera les hommes au dernieç jour j fera celle mefme fur laquelle il a de toute éternité fondé le décret de les condamner. Il fau£ necefTairement que le confeilde Dieu , & l'eue?. nement de la chofe s'accordent enfembîe i Se n® fe peut faire que lacaufe quia émeu Dieu des auant la fondation du monde a vouloir quel- que iour condamner vne grande partie des hu> mains , foie entiererrent différente de la nature de celle pour laquelle il faudra quand le iugemens fera venu , qu'effe&juenient il l&s condamne. Partant ces deux chofes icy ontvn parfaitement beau rapport enfembîe. C'eft que comme fi oa demande , poqrquoy TApoftre S. Paul a eft© fauué, qui voudra retpondre pertinemment a la queftien, n'aura pas recours a la volonté de DieU toute pure & toute precife > pouf dire que ç'eft feulement poureeque Dieu Ta voulu, mais il di- ra que c'eft pour ce que par vne vraye Foy il a ém- brafTé TEuangiIe. Ainfl fi on demandé pourquoi ludasquiatrahi le Seigneur fera condamné, qui aura la tefte bien faite ne volera pas pour y ref- pondre fi haut qu'eft la pure & fimple volonté de Dieu : il dira que c'eft a caufedu péché &c de Fimpenisence de ludas mefme. Si doncl'Aduer- faire par ce mot de Réprobation entend îa refo- :ion de condamner à quelques vns, d'entre les;
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Ter cm ly 13.
îo Defenfe de la doEIrine de Caluin
hommes, ce qu'il affirme n'eft pas conforme a la vérité , que ceux qui tiennent le Décret abfolu de la Réprobation croyent que Dieu n'a point eu d'autre caufe de le faire que fa volonté toute pu- re. Caria volonté de Dieu y interuient bien à la vérité , pource que ce n'eft ni fans ni contre fa vo- lonté que Dieu condamne ceux qui le mentent. Mais ce qui a induit cette volonté de Dieu a en prendre la refolution ,ceft le péché & l'obftina- tioninuinciblequeles hommes y apportent. En quoy il n'y a du tout rien que les difciples d'Ar- miniuspuifTent reprendre.
Quant a l'autre partie de noftre calamité, Cal- uin enfeigne très con (tara ment qu'il eft abfolu- ment impoflible que nous en foyons deiiureZj (i- non par la toute puiffante vertu de Dieu , tant le mal eft naturellement enraciné en nous, & tan; il s'y eft fortifié par l'accouftumance dépêcher. Car c'elten ces deux chofes !à, à fçauoir la cor- ruption de la nature Se la couftume de mal faire qoe Caluin couftituÊ ordinairement cette partie de noftre malheur, l'en aliegueray feulement vn tefmoignage iliuftre entre les autres. Voicy donc comment il parle fur ces mots, le More changera- t'il fa peau ? Nous voyons maintenant que c eft que veut dire le Prophète > que les Lui f s fe font tellement corrompus de longue main & par gran- de accoutumance , quileftimpojfible cju ils s' amen- dent > voire pour autant qu ils fe font abandonne? an diable ^en forte qu'ils ont perdu l'entedemext,& qu'il n'y a plus aucun iugement en eux ni diferetion du bien & du mal. Il y a des gens dotles qui de noftre temps ont voulu amener cepaffage en leurs àiftutes^ poHYprouuer que l'homme n apas fon franc arbitre ,
fur lefaiet de la Réprobation, n
& que les hommes n ont pas la put ffance de fe confier- tir d'eux mefmes a Dieu ou de s amender &fe re~ pentir-.mais ils nont pas fi bien confideré cepaffage comme ils deuoient. Car il n efi pas icy quefiion fim- plementde la nature de l'homme , mais d'vne dijpofi- tion quilaacquifepar long vfage & accoutumance. Ariflote qui a fi bien -défendu le franc arbitre , con- fejfe bien toutefois quil n'ef} pas en lapuiffance de l homme de bien faire , depuis qu'ils efi vne fois telle- ment plongé en fes vices qu il s' efi défia priué de la li- berté de pouuoirchoifir. Et l'expérience aujfî monftre Ethic. cela» Pourtant nous voyons que l'on a abusé de ce pafi liu- 7« f âge pour prouuer vne opinion qui defoy efl vérita- ble y & fe prouue par plusieurs paffages de l'Efcriture tout clairement. Pourtant Ieremie ne confideré pas icy quelle efl la nature des hommes , ne ce qu'ils apportent du ventre de la mère ; mais il accufe les Juifs qu'ils auoient acquis cette habitude & dijpofi- tionpar s 'efire longuement accoufiumezi & vfitez, a mal faire* Carpource qu'ils efioient endurcis au maU il dit quils nepeuuent s amender & que la malice efi; tout atnfi attachée a leurs cœur s, corne le noir efi atta- ché a la peau d'vn More , & les macules & taches a la peau d'vn Léopard ou d'vne Panthère. Cependant nous pouuons recueillir vne doEirine bien vtiledece pajfage , afçauoir que les hommes je deprauent & peruertijfent en telle forte en s'accoufiumant a mal faire & en fe flattant , que le Diable leur ofie tout defir & affeflion de bien faire, enfomme , quils font du tout incurables , comme il en prend des maladies corporelles , car les maladies longues peruertijfent tel- lement & corrompent tout ce qui efioitfain au corps* quepetit a petit tout le corps s'en va en décadence» Depuis donc quvn corps efl infetié ainfi de\longm
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ift Defenfe de la doElrine de Caluin
tâaladie > il n'y a plus d'ejperance de guéri fon. Il efl tyfay que l'on pourra traîner quelque temps , mat s ce ne fera pas fans eflre continuellement en langueur. Aîais quant efl des maladies flirituelle s > depuis que la pourriture efl vnefois entrée au dedans , il efl im- foffible quvn homme fe reduife. Cependant néant- tyètns il faut noter quil n 'efl pas icy queflion de la puijfancede Dieu : mais que le Prophète remonflre fvmplement que tons ceux qui fe font endurcis en leurs ''Vices entant qu'en eux efl , font du tout incurables & (lefefperês. Ad ai s il efl en la puijfance de Dieu de retirer vn homme du plus profond ab fme du monde :, encore qu il eufl eflé cent fois defejperé. Or eft-ce là vnc doctrine telle que fi les Remonftrans ia Veulent reicttér, ils fe montreront non pas feu- lement entièrement ignorans de la vraye Philo - fophie (car Galuin a puisé de ce liure d'Arïftote qu'il allègue, tout ce qu'il dit & de la force de l'ac- coutumance & de la refTemblace qui eft entre les longues maladies du corps & les profondes habi- tudes de Pefprit ) mais il faudra qu'ils fe confef- fent ouuertement difciples non d' Arminius feule- ment, niais de Pelagius mefmc. Certes l'Apoftre dit fans referue que £ home animal ne peut copren- î. Cqt. ^re iesclJOjes qui font de Dieu ; & derechef , que la Rom*,, chair né fe peut a fuie ni râla loi de Dieu. Etcom- §,7.: bien y at'il d'autres pafTages qui le prouua ?Ily àdoncdeuxchofcs abfolument necefTaires pour guérir nos efprits de cette maladie, qui ayant fes racines en noltrc nature mefmc,fe va par l'accou- ftumficë confirmant & augmentant continuelle- ment. L'vheeft, queîefalut nous foit offert en la prédication extérieure de l'Euangile , comme vu objet propre &côuenable de fa nature a allécher
furlefuiet delà Réprobation* 2$
Se attirer nos entendemens. L'autre, que nos en- tendemens mefmes*pour ce qu'ils font naturelle- ment aueugles > & que nos volontez , pour ce qu'elles font profondement imbues & comme pénétrées de tous coftez du péché, foyent fi bien illuminez intérieurement , & fi puilfamment touchées de la vertu du Saint Efprit > quenous puiflîons'bien reconnoiilre l'excellence de cet obieéfc , Ôc que Tay ans bien reconnu nous le rece- uions effccViuement dedans nos âmes. Refte donc que nous voyions ce que Caluin a tenu de la dif- penfation de la volonté de Dieu en cette occur- rence.
Or pource qui eft de la propofition extérieure de Tobiet qui confifte en la prédication de la vé- rité de l'Euangile, il eft extrêmement clair quel en a efté le (entiment de ce perfonnage. Car il prétend, comme nous fanons défia veu , que la prédication extérieure fe face communément en- uers tout le monde. Ce que neantmoins il veut qu'on entende auec cette diftm&ion : C'eft qu'il fautdiftinguerhnftitution& l'ordre par lequel Dieu a donné leur commifîîon aux Miniftresde fon Euangile,d'auec la fecrete prouidence par la- quelle il fe referue toufiours de gouuerner les eue- nemens des chofes par des moyens qu'il ne dé- couure pas a la cognoiflance des humains. Car pour ce qui eft de ce't ordre & de cette inftitu- tiondiuine, il maintient qu'autant comme cela fe peut faire , il faut présenter le Rédempteur gé- néralement a tous, &n'eftimepasqu'ily ait au- cun reietté de Tefpcrancedufalut i pourueuque par foy il vueille reccuoir l'Euangile. Ainfi parle- t'il dans le Commentaire fur le z8. chap. de Saint
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Mathieu , verfet 19. Alle2 , enfeignez, toutes na- tions, hy Chrisî oftant la différence fait les Gentils égaux auxfuifs, & reçoit les vns & les autres in- . différemment a la -participation de £ alliance. A cjuoy éujfidott efire rapporte ce mot d'aller. Car les Prophè- tesfoubs la Loy auoient leurs bornes dedans le pais de Judée , mais maintenant la paroi eftant rommï ' , le Seigneur commande aux Miniftr&s deïEuangile qu'ils fortent loin ,pour efpandrela dotlrine du falut de touscofte7du monde. Car combien quelhonneur de taifneffe , pour les premiers commancemens foit demeuré aux luifs : toutefois l'héritage de vie a efte commun aux Gentils. Et il en rend luy mefme la ffaifon en ce paflage que i'ay défia allégué de la grande Préface fur les Bibles Françoiies , où il monftre commet I. C. eft la fin de la Loy. Jguand la pUmtude du temps eft venue ,ce grand Mefficu eft *venu0\Et aefté donné non feulement aux Ifraelites^ mais a. tous hommes dk toutes gens & régions , afin que la nature humaine fuft par luy reco ciliée a Dieu* Pour laquelle chofe déclarer le Seigneur le fu<s a or- donné fes Apoftrei au f quels il a donné la charge & le mandement de publier fa grâce par tout le monde. Et bien qu'il foit afTez aise' de recueillir de ces pa- roles qu'en cette affaire il n'y a point de feintife ni de faux femblant , mais qu'elle fe fait d'vne façon très- fincere & très- ferieufe , il l'enfeigne pourtant encore plus exprefTement & plus em- phatiquement fur ces paroles où l'Apoftre dit , que Dieu dénonce maintenant a tous hommes en Ait. 17. tous Jjeux qux\s fe repentent. Cependant, ait il, nous recueillons de ce paffage a quelle fin VEuangile efiprefché: affauoir afin que Dieu nous retirant de* fautes & erreurs de. noftre première vie , // nom re-
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cueille afoy. Toutes foi* & quantes donc que la voix de l'Euangile réforme a nos oreilles , /cachons que Dieu nom exhorte a repetance.il nom faut aujfi noter que S- Paul dit que ceft Dieu qui parle & dénonce , iaçoit qu'il face cela pas les hommes. Car VEuan- gile n'a point pleine autorité ', telle que mérite la vé- rité'celefte ,fînon alors que nofire Foy regarde a luy , 6r le reputant autheur du miniflere , deçendde fa, bouche. Et n'eft pasbefoinde plus de tçfmoigna- ges en ehole claire.
Cependant, encore que cette charge ait eflé ainfi donnée a tous les Miniftres de l'Euangile, le mefme Caluin pourtant enfeigne que c'eftpar la fecretce prouidence de Dieu qu'il fe fait que la prédication en eft fort diuerfernent difpensée. Et l'expérience monftre que quelque foin que les Predicareurs de la Parole ayent employé a porter ce flambeau de vie par les diuers quartiers du monde , fi eft-ce que Dieu a voulu que iufqu'a maintenant vne grande partie de la terre demeu- rait comme enfeuelie en de merueilleufement épaifles ténèbres d'ignorance. Que fi vous de- mandez a Caluin la raifon pour laquelle il en eft ainfi arriué , il vous accordera bien que ce qu'il y a eu iufqu'icy quantité de nations priuées de cet- te lumière, c'eft qu'elles fe font monftrées indi- gnes de la cognoiftance diuinc par leurs vices épouuantables. Mais fi vous pafïèzvn peu plus auant , & qu'en faifant comparaifon de tous les peuples enfemble , vous luy demandiez pour- quoyeftans tous indignes de cette grâce égale- ment j il l'a neantmoins communiquée aux vns Se ne Ta pas faite aux autres, il vous renuoyera in- continent a la libre volonté de Dieu & a fon cou-
16 D efenfe de la doctrine de Caluin
feiî infcrutable. C'eft ce qu'il fait fouuent, mais A& £ »"^e part plus clairement qu'en (on Commen- ê ' taire fur le 16 des A clés. Ce que fans aucune dif- férence j dit- il > les Apoflresfe preparoient a enfei- gneren quelque lieu qu ilsarriuajfent, tlslefaifoient félon leur vocation & par le commandement de Dieu, Car ils ejhient enuoyez, pour publier fans ex* ception VEuangile entre les Gentils. Afaù le Sei- gneur a toufiours manife^ié au befoin fon confetl en la conduite de leur courfe j lequel efioit caché aupa- rauant. Mais icy s'engendre vne quefrion difficile : fourquoy le Seigneur a défendu a S Paul de parler en Afie , & n'a point permis qutlalUften Btthynie. Carfionrejpondque ces nations la ont ef: indignes de la dotlrine dejalut , on pourra derechef répliquer ^ fourquoy ejloit Macedone plus digne ? Aucuns vou- lans trop fçauoirafjignent les caufes de cette différen- ce des hommes , afçauoir que le Seigneur fait ce bien a vn chacun , de le faire participant de fon Euangtley félon qu'il void les homme s prompt s & enclins al' o- beiffance de la Foy. Aiais luy mefme en prononce bien autrement \ ajfauoir qu'il s'e/l apertement ma- Si i xtfefté à ceux qui ne le cher choient pas , çr quil a parlé a ceux qui ne senqueroientpowt de luy Car don vient la docilité & la promptitude d'obéir >finon de l'ejpritde Dieu} Parquoy tl e^ï bien certain que le mérite ne fait point que les vnsfoientprefereTaux autres > vew que tout font détournez, de la Foy na- turellement autant les vns que les autres. Ainfiilny a rien meilleur que de latffer a Dieu faplene puif- fance >pour en faire félon fon bon platfir & conférer fa grâce a ceux que bon luy femhlera , ejf* en priuer ceux qu'il voudra. Et de fait tout ainfi que fon éle- ction éternelle efl gratuite, auffi faut il penfer que la vocation efi gratuite > Uquelle découle de fon
fur le fuiet de la Réprobation. 17
elettion. Et toute if ois Dieu nefl point defourueu de wîle raifin fottrcjHoy il offre fin Euangïlc a certains perfinnages, & laijfe là les autres : mais te di que cet- te raifon eft cachée enfin cofiil eji rott. Voila quelle efî l'opinion de Caluin, dont Arrnimus n'a point approuué la dernière partie. Quelles raifons il en a eu nous l'examinerons cy après.
Quant a ce quieftde la vertu intérieure de l'ef- pritdeDieu , qui feule peut reformer Ôc renou- ueler nos entendemens en telle forte qu'ils ne re- jettent pas l'Euangile de Chrift quand il leur eil offert, on en fait deux queilions, La première, fi Dieu amis en cet égard quelque différence en- tre les hommes , pour communiquer cette grâce aux vns , & ne la faire point fentir aux autres. La féconde s'ily a mis quelque différence, quelle caufe l'y peut auoiremeu. Pour la première de ces queflions ileftaiséde fçauoir ce que Caîuin en penfe. Il veut que Dieu en ait de toute éter- nité' mis a part quelques vns dans l'efprit def- quels il defployaft quelque iour Tefficacieule & inuinciblepuiiTancedufien : à ce qu'ayant parce moyen engendré la Foy en eux , il les amenaft en fin certainement & infailliblement a la iouyf- fance du falut. Pour les autres , il dit qu'ils ont eftélailTezlà, le bon piaifir de Dieu n'eitant pas de leur donner la mefme prerogatiue. Quant a la féconde, il pourroit fembler a quelques vns qu'il en parle tantoft d'vne façon & tantoft de l'autre. Car quelquesfois , comme il attribue Te • ledtion des vns a la mifericorde de Dieu, aufêi femble t'il faire la Réprobation des autres vn effeâ: de fa Iuftke. Comme en ces paroles qu'il cite de S, Auguilin. Fourquoy ne les enjei-
iZ Defenfe de la doctrine de Calvin
gne fil pat tous a ce quils viennent a Chrift,Jtnon p&urce que tom ceux qutl enfeigne , /'/ les enfeigne par mifericorde , & ceux qu'il n 'enfeigne pas ', ceft far iuftice qutl ne les enfeigne pas. Et en celles-cy du mefme Auteur, £)m efi-ce qui fera fi fol & fi impie tout enfemble que de dire que Dieu nepuijfe conuertir a bien des mauuaifes volontés des hom- mes , celles qutl veut> quandtl le veut 9& on il le veut. 2Hais quand il le fait > ceftpar mifericorde qu'il le fait , quand il ne le fait pas , ceftpar iu- gement quil ne /f/^'r^.Quelquesfoisilfemble en rapporter la caufe à la feule volonté de Dieu , fans y faire aucune confédération foit dupeché, loit de quelconque autre qualité qui fe puiîTê ren- contrer en l'homme. Mais il eft aisé d'accorder ces deux fentimens , fi nous nous reffbuuenons de ladiftinctionquei'ay cydeffus rapportée des pa- roles de Caluin , quand ie traittois de la Prédica- tion de l'Euangile. Car les reprouuez peuuent cftre icy confiderez en deux manières : ceft à fça- noir ou bien precifément en eux mefmes, fans les faire entrer en aucune côparaifou auec les Efleus; ou bien en comparant les Elleus & les Reprou- uez les vas auec les autres. Et véritablement fi on les confidere precifément en eux mefmes, Caluin affirmera fort volontiers qu'ils eftoient dignes que Dieu les abandonnait. Car de quel mal ne ingérons nous point dignes ceux, ôc qui font corrompus des le ventre, & qui fe font eux mef- mes volontairement précipitez dans le péché , & qui finalement font conftituez de telle façon en eux mefmes , que non feulement ils haifiTent Dieu furieufement v mais mefmes qu'il eft abfolument impofiible qu'ils ne le haïlTent de la forte ? Ils
fur lefuiet de la Réprobation. 19
n'ont donc rien foufFcrt en cela que tres-iuftcmët, & s'ils n'eufîent point efté tels , afïèurément Diea ne les euft point laiflTez en arrière. Su vous venés a les comparer auec les Efleus , ils eftoient tous également indignes queDieu leur fifl cette grâce de its illuminer , ils eftoient tous dignes égale- ment que Dieu les laiflaft éternellement gifans en leur corruption & malédiction naturelle. Puis donc qu'ils font tous égaux en cet égard , ni leur dignité ni leur indignité ne peut fournir de légiti- me raifon pour fonder cette différence. La feule raifon donc qui félon la doctrine de Caluin s'en peut rendre en cet endroit, c'eft qu'il a ainfî pieu au bon plaifïr de Dieu, lequel eft fouueraine- ment libre enluymefme .• félon cet oracle>/'^&- ray mercy de eeluy de qui tauray mercy > ÔCc. Et cela paroift de quantité d'endroits de Tes eferits; ie me contenteray d'en produire feulement les plus considérables. Dieu , dit-il en la nature cor* rompue de l'homme > comme elle a efié en Efau & en lacob , ne peut rien confier er par quoy ilpuijfee/lre induit a leur bienfa\re,Ainfidonc'qptànd H dit ^u ils nauoientlors ne Vvn ne l'autre fait ne bien ne maU il faut quant & quant adioufier ce qu'il prefuppofei Ghte l'vn & lautre eft oit enfant d'Adam , de nature pécheur , n'ayant vne feule goûte d; tuftice. Cepen- dant s combin que la feule corruption & peruerfiti qui 'ftejpandue par tout l genre humain, mefme de* uant qu'dl vienne a fi monftrcr actuellement > com~ me on dit >ft*ffif a damnation , dont s'enfuit qu'a bon droit Efaiï a efié 'reietté \pourc* qu'il c fiait naturelle* ment enfant d'ir ?, tout sf ois afin qui ine demeuraft 1 n cette matière , doute nifcrupuU aucun , comme fi fit condition <$tft efté pire que de lacob pour quelque yi* ce qfiifuft en luy , il eftoit bun requis d'exclurre les
Rora< 9. iï»
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$o Defenf&cle la doctrine de Calnin
peche^ auffl bien que les vertus. le confeffe bien quil cd vraj que la prochaine caufe de la Reprobatio eft ypource que nous fommes tous maudits en Adam *, Tout&fois afin que nous apprenions de nom arrefter nutment &fimplemet an bon platfir de Dieu, S. Paul nous retire mef me de cette confideration là pour quel' que peu. Certainement Efau,fi vous le considé- rez precifémét en luy mefme,a efté reietté pource qu'il l'aaoit aînû mérite. Mats fi vous le côparez auecîon frère qui Fauoit aufîi bië mérité que luy, Ôc que vous demandiez laraifon de i'e.flecîion de cettui-cy & de la réprobation de cettui là5Calum vous en rendra vne entièrement dsfte^ntc de la confédération deleur mérite. Ce témoignage %$iv il,
Rom. D|eua aimé îacob, & a hai Efau , cjlprù de Ma- lachtezou le Seigneur voulut reprocher aux luifs leur ingratitude reçue premièrement fa bonte entiers eux : le vcusayaimeT, dit-il , & puis tinter doit, procédait le commencement de cet amour ; Iacob , dxt-iUneftoit il pas père d'Efau ? Comme Hldifiity quelle plus gra- de excellece auoït il pour laquelle te le deujfe préférer kf on frère ? Certes point du tout : car la condition des deux efloit égale iflnon que par la Loy de nature cettui if qui eftoitpuifnay deuott e!j re au dejfbus de f autre. Et tôutesf ois t ay pris cettui cy çjr ay reietté Vautre : certes ejïœt a ce induit par ma feule m'fericorde,far,$ aucune dignité d'œuures- Inne/ur ces mots,il a doc
i.Yg mercy de celuy qu'il veut. &c. Il n'y apoint de doute que S. Paul en difant cecy parle en faperfonne , & fé- lon ce qu'il enpenfe comme nous au os defta aduerti vn peu auparauantt afcauotr que Dieu félon fin plaifir fait mifericorde a celuy que bon luyfemble , cjr drejfe la rigueur de fin iugemït contre celuy qu'il luy plaijl: Car il veut gaigner ce point enuers nous quen cetu
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furie fuiet de la Réprobation. $î
diuerfîté qui apparoifl entre Ut E fie m & les Réprou- ver noftre ejpritfe cotent e & s arrête Ik , qu'amfiil a pieu a Dieu £ illuminer les vns afalut^ & aueugler les autres a mort y & n'appete point de fcauoir autre ca%feplm haute que fa volonté. Car il nous faut at- refter fe*r ces mots* qu'il veut y outre lefquels il ne nous permet pas de pajfer plus auant. Quy peut-iï auoir de plus clair que ces paroles ? Ettouresfois celles-cy du hure de la Predeftination le femblent encore eftredauât âge. îeneniepat queceux aqui noftre Seigneur a parle enigmatiquemet fans profitons fujfent indigne s d'vne plus grande lumière : mais ie demande au fi d'autre coflépar quel mente on efiime- ra que les Apoftres en fujfent plus dignes , que noftre Se igneu r a infl ruits p lusfam tlierem entt Derechef. Ilconuient aujft reftondre àvne autre calomnie que Pighiusm'obiecte: le nie que Dieu difeerne les Re- prouuez, d'auecles Efleus , pour aucun regard qu'il ait a leur propre mérite ; Veu que la grâce de Dieu ne trouue nul homme digne d'efire adopté de luy } Ai ai s ce fi elle qui les fait tels , comme dit Saint Augvfttn. Cependant te dt que Dieu ne fait nulle iniure aux Reprouue? , pour ce qu ils font dignes de périr. A4ats la folutten e'i ajfiz, facile. Car i entens que la différence ne dépend point de la di- gnité ou indignité deshommes , que Dieu en élife Us vns & reprouue les autres. Or ce rieflpas a di- re que les ReprouueT ne fotent dignes de leur dam- nation. Car au premier membre les hommes font feulement compare? Vvn a l'autre > pour mon- trer que le loyer de vie éternelle ri est point fon- dé fur la dignité de cettui cy , pluftofl que de cet- tuy la. Au Jecond nous faifons la condition de tous égale*
ai Defenfe de la doEhrine de CaÎHÏn
Partant félon l'opinion de Caluin, la caufe qui a émeuDieu a reietterles Reprouuezfivous les confiderezprecifément & hors déroute compa- raifon auec les Efleus, eft en la corruption qui refide naturellement en eux mefrnes. Mais fi voés iesconfiderezen cette comparaifon > la caufe de la différence entre les vns & les autres eft la feule volonté de Dieu. Et voyla touchant le premier de ces deux points, dont l'Àduerfaire attribue la créance a ceux qui tiennent le Décret Abfolu dont il parle.
L'explication de l'autre ne ferait pas moins ne- ceflaire fi ce que nous venons de déduire ne Ta uoit entièrement éciaircy. Et premièrement il faut diftinguer deux choies que noftre difputeur femhle icy confondre, c'eft afiauoir la damnation & l'impenitence finale, comme on parle. Etquât a i'irn pénitence dans laquelle les repronuezs'opi- niaftrent iufquesàla fin, Caluin confidete en la aueftion dont il s'agit, la volonté de Dieu en deux manières. Car foitque Dieu elife, foit qu'il re- prouue, il ordonne bien quelque chofe à la vérité? mais ce qu'il ordonne quand il eflit » eft affimat/f> s'il faut ainii dire,& confifte en quelque chofe de reél qu'il veut exécuter luy mefme , car il veut luy mefme donner à (es Efleus de croire : & ce qu'il ordonne quand il reprouue eft négatifs 8c confifte feulement en ce qu'il refont de ne rien exécuter ; car il ne veut pas donner de croireaux ïteprouuez , mais il les LaifFe a eux mefrnes &c à* leur propre nature. D'où s'enfuit neceftàirement qu'ils ne croyentpas,& ne fe repentent iamais. Mais il n'y auroit pas plus de raifon d'attribuer la neceflité ineuitable de cette impenitenec ot>ftin es
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ptrlefuietde la Èeprohatïo?** #j
à la fin, a la volôté de Dieu qui reprouue,que dsâ.*> tribuer les ténèbres au Soleil, quand il eft hors dé noftre hemifphere- C'eft bié certeê vneUenëméÈ qui s'enfuit ineuitablemét,(i Dieu retient ï&dt\ô par laquelle feule les entendemens des hommes peuuent eftre changez en mieux, que de plusera plus ils s'endurciflent. Maisneantmoins ce quils s'endurcifTent , cela vient dé leur propre cûrrUp* tion naturelle qui eft la feule véritable caufe qui produit ce mauuais effecV, la volonté de Dieu nf concourt pas autrement finon en ce qu'elle n'f concourt point , 8c ne contribue du tout nëh\® la production de i'impenitence : tout ce qu'elle fait confîfte en ce qu'elle n'y interuient pas pour çropefcher par (on actio que la caufe dot l'irope-, nirencedépld veritablement,qui eft la cormptiorç de rhomme?ne la produife.Tout de mefmes quâ fi voyant tomber vue pierre de haut en bas , com- me naturellement toutes chofes pelâmes y ten- dent, ie m'abftenois de mettre.ma main au deuaas pouriafouftenir, & arrefter fonimpetuorné na-» turelle. Et décela paroift ce qu'il faux croire de la damnation mefme. Car comme ainfî (bit cju© robftination en I'impenitence fi vousregardes a la certitude de l'euenement, foit entièrement in- euitable, & quel'impenitencedoiue necelïàire- ment eftre fuiuie de la damnation, Une fepçue faire aucunement que la damnation ne foir ®n* tierement ineuitable de mefmes. Mais comme ie^ Ion cette do&rine I'impenitence des Keprouuës ne fe peut point autrement attribuer au Décret abfolu, 5c immuable de. la volonté diuine :èn !â Réprobation , que comme à. vxn* caufe quicny concourt dû tout point * il n'eft pas raifonnabl
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d'y rapporter la damnation non plus , finon de là mefme forte. Car comme noftre Aduerfaire nous dit en quelque lieu, que ce qui produit la caufe produit aufli neceiTaircment l'effet, aufîi eft il cer- tain qu'il ne produit point autrement l'effet , que de la mefme façon qu'il produit la caufe mefme. Gomme fi les ténèbres font caufe que quelcun tombe en cheminant & fe précipite en vn abyf- me , le Soleil n eft point autrement caufe de fa cheute que comme il eft caufe des ténèbres mef- mes. Ec que telle ait efté la doctrine de Caluin en cette matière, ie le pourroisprouuer par vne infinité de tefmoignages , où il repoufle cette vilaine calomnie défia toute moifie de vieilleffe dont on a chargé Tes fentimens , comme s'il faifoit Dieu autheur de péché , & où il monftre que l'homme feul eft coulpable defon împenttence, Ôc que la réprobation au regard de Dieu ne con- fiée pas en quelque action qu'il face Iuy mefme, mais feulement en ce qu'il ne fait point d'action; non encequ'iiaueugle les Repiouuez , mais en ce qu'il ne leur donne pas la grâce qui feule illu- mine. Voicyles paroles de ce grand homme au hure de l'éternelle predeftination. le voudrois hienfçauotrfi Efati & Iacob auoyent efié laifils en leur nature commune , quelles bonnes œuures Dieu eufi rencontré au fécond plus qu'au premier. Certai- nement tousdeux parla dureté de leur cœur de pier- re eujfent également reietté i falut qui leur eufi efle ojfert.ltcm, il tefmoigne que Dteu a ^repart les vaif- feaux de mifericorde à gloire .ficela efi/pecial aux efieus, il confie que les autres ont efte appareillas a per- dition, en ce qu'eftans LAISSEZ a leur nature, ils font défia dénoués a vne certaine ruine. Mais qu'eft
fur le fuiet de la, Réprobation. il befoin de beaucoup de preuues f Le titré du li- me qu'il a exprefTement eferit de cette matière, ôt ou par confequentil a apporté toute fon atten- tion, nous ofte tout fubiet d% douter' qu'elle eri peutauoir efté (a penfee. De la Prcdeftihatlm éternelle de Dieu, par laquelle les vns font efleks k falut, les autres LAISSE Zen leur condamnation* Voicy donc, pour le dire en peu de paroles ,'ch quoygirtlaqueftion dont nous difputons 5 fça- uoir, fi dans le décret éternel de la Predeiiinâ- don Dieu a refolu de rendre communes à tous les hommes du monde les chofes donts'engsn- dreneceiTairementla F07, ou bien s'il a voulu efe gratifier particulièrement quelques vns pour les amener ainfi a falut, lai/ïànt par vn iufte iugeniènt les autres en arrière. Ce que Caluin propofs brieuement en ces termes. Chrift appelle cettsy do«:P il a mer cy. Item; S'ileuft voulu y d'impies il les eufi rendus religieux. Mais Dieu appelle ceux qit il luj platft , gr rend pieux & religieux qui bon luy fsœ>- h le. £hii efl- ce qui ne void que toute la femme <i§ cette que f ton peut eflre comprife en ce peu de paroles ? Ce.- que tous ne viennent pas a Chrtft pour obtenir fa- lut , la caufe en efi en ce que Dieu ne touche pas effîca» cieufement leurs cœurs. Il faut conclure que la cèn- uerfion de f homme découle de VeleUion gratuité de. Dieu. Mais aujfi ne faut -il pas dijfimuler que IÀ caufe pour laquelle il en appelle lesjvnsen retenant les autres esl en fa feule volonté Nul qui f oit doué de médiocre iugement ne peut nier qu en ces trois points, ne foi t contenu & défini l'eftat de la queftion. Et ainfî en beaucoup d'autres lieux femblables. L'eftaç de la queftioneftant donc ainfi posé , examinons a €ette heure les raifsns; de n©ftre Aduerfaire.
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36 Defenfe de la doctrine de Calum
CHAPITRE II-
Que la doftrine de Çaluin nejl point
nouHclle.
LA première attaque que i'Aduerfairefaitala doctrine de Caluin elt telle. Contre cette opi- nion* à\x.-\\,femble combattre fa nouveauté: cartly en a qui dtfent qu'elle a eflé inouïe aux Chrétiens des premiers fie du de uant le temps de S. Augufiin , &Jc produit contre elle quantité de tefmoignages des an- ciens Ecriuains. Dans le Minuttm Félix, Qecilius Payen fait aux Qhre fi Hens cette reproche» Tout ce que nous faifonsvous l'attribuez a Dieuj demef- mes que les autres l'attribuent a la deftinée. Vous ùkcs donc Dieu iniufte , qui punit dans les hom- mes le hzzard & non la volonté. A quoy le Chre- ftienrejpond. Pource que Dieu precognoift la ma- tière vnluerfeile, il détermine a chacun fesdefti- nées félon Tes mérites & Tes qualitez, &c. S. Hie- rofme furlei Galates* ebap. i. iy C'eftdela pres- cience de Dieu qu'il vient qu'il aime celuy qu'il fçait deuoir eftre iufte , dés auant qu'il fortedu ventre, ôc qu'il hait celuy qu'il fçait deuoir eftre pécheur , dés auant qu'il ait péché. Le mefme,fur le premier chapitre de Malacbie, La diiection & la haine de Dieuenuers les hommes naift delaprcf- ciencedes chofes futures ou des œuures : autre- ment nous fçauons que Dieu aime toutes chofes ôc qu'il ne haït rien de ce qu'il a créé. Et an troi- fiefmt Hure contre Pelagm. Dieu élit cehiy <|u'il
furlefuietde la Réprobation» 37
voie! eftre bon. Ff*lgencey au premier Hure ad Mo '- nimurn. Ceux que Dieu a preueu deuoir finir cet- te vie en péché , il apredeftiné deles punir dVn fupplice qui ne finira point. Profiter luy mefme % 4 la trotfiefme obiettiondes Gaulois. Il ne leur eft pas impose neceflité de périr pource qu'ils ne font pas predeftinez: mais pour cela n'ont ils pas efté predeftinez , qu'ils ont efté preueus deuoir eftre tels par leur preuarication. Et peu après. Pource qu'il a preueu qu'ils tomberoient par leur propre volonté vvoyIa pourquoy en fa predefti- nation il ne lésa point feparez d'auecles enfans de perdition. Et en la rejponfe al'obietlion dou- uiefme. Ce n'eft pas pource qu'il ne i'euft pas predeftiné , qu'il ait fouftraitaquique ce foitia puiftance d'obeyr : mais pource qu'il a preueu qu'il fed'étourneroit lu y mefme de FobehTance, c'eft pour cela qu'il ne Tapas predeftiné. ïi fem- ble donc que ce foit a bon droit qu'an aceufe cet- te doârine de nouueauté.
RESPONSE.
Caîuin relpondoit ainfi luy mefme a l'accufa- . tion de la nouueauté. Pource que beaucoup de gens ja rc^ ameinent aVoppoftet authorite de VEglife ancienne , <}eft« auant quepajfer outre il fer a bon de monfirer combien cette accusation efi en partie fauffe en partie friuole: tellement que cefi contre raifon que la vérité de Dieu en foit opprim ée. Toutefois i 'aim e mieux en cet en - droit vfer des mots de S* Auguftin que des miens» Car les hérétiques qui font nommeTPelagtens , luy refrochoientde fon temps ce qu'on fait autour dhuy a nom : cefi que les amru Detteurs de l'Eghfe ef oient
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3$ Defenfe de la dottrine de Caluin
dïfcordans auec luy. Or tl excufe en premier lieu ce qu'ils n auoient pas tant clairement enfeïgnéce qnon doit tenir de la Predeflination de fiant que telle hère- fie semeufl. £h*el befotn eiï-tl , di r-il , que nom fueilletions les Uures de ceux qui n ont point eu necef Eté de déduire cette queflion laquelle efl difficile a fou- dre ? Ce que pour certain ils èuffent fait s'ils eujfent %U a refondre a tels hérétiques, Cejiefentenceeîi bien <uraye : car comme il le confejfe, luy mefme neufl ta- mais efl éfi attentif a confiderer l'efleblion de Dieu, fi l&x ennemis de la grâce de Iefm-<Zhrifl ne Ceuffent aiguisé. Car au Uurequ il a intitulé , du bien de la perfetterance > \voicy , dit- il , la predeflination des Saints toute certaine cjr patente, laquelle tay efté con- traint de maintenir plus diligemment , quand il m a faltt dijpttter contre cette nouuelle feble. Car nous auens appris par pratique que chacune herefie^en met- tant en doute quelque queflion, a eflé caufe que la vérité de l'Efcriture Saitjtefufl maintenue plus foi- qneufement en l'Eglife,8cc, C'eft ce qu'il refpond par S. Auguftin. Véritablement il ne faut pas te- nir pour fort nouuelle vne doctrine dont Saint Auguftin a de fon temps entrepris la defenfe. Et Caluin côfefTe bien en quelque lieu que les Théo- logiens qui auoient précédé ce faint perfonnage, auoient tellement parlé de cette matière que leurs paroles eftoientvn peu fuiettes a quelque mau- uaife interprétation. Mais on peut a mon aduis dire icy beaucoup de chofes confiderables pour repoulTer cette aceufation, & garentir la doctrine de Caluin de touteimputation de nouueauté. Ec premièrement encore que la do&rine que S. Au- guftin a défendue ne fuft p*s Ci clairement con- nue lors que l'herefie de Peîagius n'eftoit point
fur leftibiet de la Rebrobatton. 3 9
encore venue en auant , fi eft ce que depuis qu'il l'eut vne fois mifeen vneplus claire euidence , & qu'il l'eut folidement confirmée par les argu- mens qu'il tiroit de la parole de Dieu , elle fut fi généralement embrasée que qui ne la reçeuoit pas , eftoit tenu auoir abandonné la venté de l'E- glife. D'ouileft aisé de reconnoiftre que la do- ctrine de la nature & de la grâce , n'auoit point a la veriié eftc traittéc finon obfurement Se im- parfaitement dans les fieclesprecedens; mais que neantmoins les anciens Docteurs de l'Eglife la croioy ent confusément,& que s'il y auoit en leur façon de la traitter Se de la croire quelque hefita- tion, quelque perplexité, quelque doute , lors qu'on vint aendilputerlepartideîaventérern porta fans difficulté. Car tout aulîî toft qu'elle vint aeftre proposée plus clairement qu'elle n'a- uoit efté auparauant , elle s'infinua tout auffi toft dedans les efprits des Chrefliens fans peine ni difficultéquelconque. Et leur en arriua comme a ceux qui ayans eftc nourris en des lieux fombres & obfcurs , reconnoifTent incontinent & reçoi- uent Se contemplent auec vn fouuerain conten- tement vne lumière beaucoup plus claire , quand elle leur eft prefentée. Chofe dont l'ancienne Se la nouuelle Eghfe nous pourroyent fournir de beaux exemples. Puis après , veu qu'auant que les herefies foient venues au monde , les Théolo- giens, comme il a efté remarqué par S. Auguftin, parlent auec beaucoup moins de circonfpe&ion des articles de la Foy dont on ne difpute point en- core , il n'eft pas raisonnable que les témoignages qui fe tirent de leurs eferits , ou s'égalent ou l'em- portent a la balance fur l'autorité des labeurs de
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ceux , q'ii eilans harcelez par les ennemis dô }a vericé » fefont appliquez plus diligemment à la rechercher, & ont appottè a l'explication des myfteres de la parole de Pieu , & plus à attention d'efprit & plus de foin pour le re- gard des expreffions & du langage. Car pour exemple, quieft-ce qui voudroit dire qu'en la decifion de cette controuei fe qui a autrefois tra- uailîé l'Egl'ic de Dieu touchant les natures & la per faune de Chrift , il falùft faire plus de cas àcs ef rits d'Ongene & des autres qui ont vefeu auac qil'Arius enftefpandu fon venin, que des ouura- ges de S. A t banale, de S> H laire & généralement de ceux qui ont tant employé de pêne & d'^fTe- &ion a maintenir contre luy la. vérité Catholi- que? Oj fi maintenant il y ânoit quelque diffé- rend touchant la vertu & l'efficace de lafansfa- ûion de Chrift, qui troublaftle reposdela Chré- tienté , qui eft ce qui pour le côpofer voudroit pluftoft employer l'autorité de ceux qui ont eferit quelques fiecles auant nous, que de ceux qui de jioftre temps ont trauaiRé côntrefhërefie de So- çinauecvne fi exacte diligence? A ne point men- tir les Anciens ont dit beaucoup de belles chofes ladefïus. Mais i'eftimeplus le feul Traitté que Monfieur Grotius a fait de la fatïsfaclion, que tout ce que les T*** uiliens pu les Laitances ont iam^is eferit de la nature & de la vertu du facrifi- ce du Sauueur du monde. Pourquoy donc ne préférerons nousdemefmesS. Auguftin & Prof- per , & les autres, qui ont fuiuivne mefrne route en difpurant contre Pelagius , a tous ces autres Docteurs precedens, aqui ilaefté ineuitabîe en i&amantdu mefme fuiet , qu'il ne foit échappé
furie fuiet de la Réprobation» 4X
des chofcs vn peu mai digérées pource qu'ils nV àpportoient pas allez de précaution? En troifiel- mc lieu , bien que les difciples de Ptlagius fe glo- rifiafTènt tanc & plus des témoignages des An- ciens, fi cil ce que S. Auguitïn leur a très forte- ment nié qu'il les euft touv pour aduerfaires. Car il a fouftenu que S. Ambroife eftoit de Ton parti, & que quelques autres >comme S. Cyprian,Mar- tyr de noftre Sauueur , & Grégoire , homme re- commandablepourfa faintéré, ont eflé de mef- me (entimeni auec S. Ambroife. En effe6t , toute cette controueife , comme nous anonsveu cy- deiTus en la doctrine de Caluin , eft principale- ment couchant deux choies, LVne eft , d'où vient que TEuangile e(l annoncé aux vns , aux autres non. L'autre eft,fi Dieu par vn propos de» libère a refoîu de rendre la prédication de lEuan- gile efficacieufe en quelques vns iufques a tel point qu'elle y engendre infailliblement la foy , pour les amener de mefmes infailliblement au fa- lut, en laifTant les autres en arrière. Or quant a la premicrejS. Hierofme en parle en termes clairs S Hier* amerueilîes. Voftre compagnon Porphyre , dit il a Epiftad Ctefiphon , a de couftume de nous obicÏÏer comment ^"P* il a peu fe faire que Dieu , qui eft clément & mi- fericordieux , ait permis que depuis Adam tuf ques a Mo ?fe , & depuis Aioyfe iufques a Vaduene- tnentdeChrifty toutes nations perijfent en l'ignoran- ce de la Loy & des Commandemens de Dieu. Car Ado* fi ni les Prophètes n'ont point efle connus en la Bretagne , Prouince fertile en Tyrans , ni entre les peuples d' Ecojfe, ni parmi toutes ces Barbares nations qui font tout a l ' entour iufques fur les cofles de l'O- cean. £h£efoit il befoin qu'il vint aux derniers
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temps & non autant quilperijl vne innombrable mul- titude d'hommes t Laquelle que f ion le bien-heureux ^pofire tcriuant aux Romains , agite fort prudem- ment, faifantprofejfion d'ignorer ces chofes& les re- mettant a lafapieme de Dieu. Ignore les toy de mef- mes* Permets a Dieu quilvfe defapuijfance com- me il îuy plaifl- II n a point befoin que tu entreprennes fa defenfe* Refponfe qui s'accorde fort bien à la do&rine de Caluin. Quantàlafecondequeftion voicyce qu'ils en ont eftimé, comme le fçauant lib. 6. Voffius le remarque en fon hiftoirePelagienne. P3*6 C'eft qu'ils ont creu que les commencemens de la *4 Foy, & comme les premiers rudimens de la régé- nération , viennent de cette grâce de Dieu qui preuient en toute façon l'efpiit de l'homme, Ôc qui le prépare a receuoir de la mefme libéralité de Dieu les accroilTemens de ces vertus , fans quoy il feroit ineuitable que la Croix de Chrift ne fuft vniuerfelleraentreiettée de tout le monde. Et de cela auons nous vn extrêmement gtand argument en ce que quand Pelagius a commencé a enfei- gner le contraire , il a cfté condamné generalemét de tous , & tenu pour horamequi non feulement âbandonnoit la vérité de Chrift, mais encore le commun fentiment de tous les Do&eurs Catho- liques. En quoy il me femble qu'il y a deux cho- fès a remarquer. L'vne eft , qu'encore que la do- ctrine des Anciens Pères ne foit pas entièrement accôpîie en cet égard ( car ils deuoient dire quel- que chofe plus expteflement de la différence & de la caufe de la différence qui eft entre les Reprou- uez&des Efleus, ôc paffer plus auant en l'expli- cation de l'efficace de la grâce de Dieuenlacon- uerfion de l'homme, en la perfeuerance de la Foy,
fur le f met de la Réprobation, 4$
& au falut , qui font les effets qui en dépendent indubitablement,! fi eftce pourtant que ce qu'ils en ont ainfi dit imparfaitement ou ie ne fçay com- ment obfcurément , n'eft aucunement contraire a ce que S. Attguftin y a adioufté pour vn plus entier éclarciirement & confirmation de la cho- fe. D'où s'enfuit qu'aïs font d'accord auec Cal- uin , veu que par l'adueu de nos aduerfaires mel-' mes,Caluin& S. Auguftin s'accordent enfem- ble. Partant on ne doit pas aceufer cette doctri- ne de nouueauté, fous ombre qu'elle n'a pas efté plénement expliquée auant que S. Auguftin dif- putaft contre lesPelagienss non plus qu'on n'en aceufe pas la Philofophie & qu'on ne dit pas qu'elle a efté inconnue auant Anftote, fous om- bre qu'il a entendu plus exactement > & porté beaucoup plus auant > & traître auec beaucoup plus de foin & de iugement , ce que Platon , So- crate , Hippocrate & quelques autres auoient dit de la nature des chofes auec moins de connoiflan- ce &de méthode. CeparTage de S. Auguftin au liure du bien delaPerfeuerance mérite d'eftreleu & confideté zttenûuement. Ces Dotleur s fi grands ch«i95 &fi confiderables, (à fçauoir S. Cyprian , S. Am- broife,S. Grégoire & autres) difent quil n'y a rien du tout dont nom nom puiffions glorifie f corne de chofe qui nom Appartienne , que Dieu ne nom ait donne y & que noHre cœurmefmes & uos pensées ne font point ennoftrepuijfance, & rapportent ainfi tout a Dieu, & confeffent que nom auons receu de luy noftrecon* uerfion & fa perfencrance , & la grâce de reconnoi- ftre ce qui efi bon comme tel > & de le vouloir après fauoir connu , & que nom honorions Dieu & que nom rece nions Chriji , & que de profanes que nous
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tftions nom devenions deuotieux & Religieux , & que nom croyions en la Trinité ,<£• que nom confef- Jions mefmes débouche que nom y croyons : Ils attri- buent tout cela a la grâce de Dieuy ils reconnotjfent que ce font des dons de Dieu y ils luy rendent témoi- gnage que nom les auons de luy & non de nom mef- mes. Apres qu'ils ont ainficonfefe cette. grâce de Dieu , quelcun pourrait il bien dire qutls euffent osé nier fa prefcience , laquelle nonfeulementlesfçauans mais les tgvoransmefmes confejfent ? ^ue s'ils ont tellement cogyiu que cefi Dieu qui donne toutes ces chofes , que cependant ils n'aycnt point ignoré quil duoit vreueu quil les donnerait , & quil ne pouuoit ignorer luy mefme qui feraient ceux a qui il les don- nerait, fans doute ils ont covnu lapredeflination que les Apoflres ontprefchée, & que nom défendons a cet- te heure auecplm de labeur & de diligence que Von ne faifoit cy-deuant. L'autre chofefe recueille de la précédente. C'eft qu'on ne (çauroit iamais ex- eufer ceux d'em re les Pères , s'il y en a quelques vns , qui ont eftably la caufe de la Predeftination a la gloire & de i'eflecl:ion éternelle , fur la preui- fion des mérites des hommes. Car quels mé- rites les hommes peuuent-ils auoir ? Ou que fe peut on figurer de plus ellongné de la religion que de dire que Dieu ait efté preuenu de l'hom- me , & encore par fes mérites * Mais neantmoins s'il y en a eu quelques vns quiayentcreuquc la preuifion de la Joy ait efté la caufe de la Prcdefti - nation a la gloire , & que la preuifion de l'incre • dulité a efté le fondement du décret de la damna- tion des Reprouuez , on ne les doit pourtant pas incontinent aceufer d'auoir efté entachez de l'er- reur des Pelagiens ou des Scmipelagiens , qui
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qu'ils foient, on les en peut bien raefmespléne- ment iuftifîer , pourueu qu'ils ay ent creu , comme S. Auguftin , ainfi que nous auons veu , l'attri- bue a plufieurs , que la Foy fur la preuifion de la- quelle Dieu a fondé la Predeftination a la gloire , aiteftépreueué parluy pource qu'il auoit abfo- lumentreioludeia donner ; & qu'il a demefme très certainement preueu l'incrédulité , a raifort de laquelle il a ordonné de condamner, pource qu'il auoit auffi abfolument refolu de n'amollir pas le cœur de ceux qu'il reprouue. Car de quel- que façon que foit Caluin , foit S. Auguftin , foit quekôque autre orthodoxe , explique fa créance fur ce fuiet , la chofe en reuient tout a vn. Entre ces deux façons de reprefenter cette doctrine il n'y a nulle différence ; Soit que nous nous figu- rions que Dieu ait ainfi difposéfes incoroprehen- fibics penséesjle fauueray tous ceux qui croiront. Or Pierre croira, cari'ay abfolument refolu d'en- gédrer en luy la Foy pour vne grâce pléne d'effi- cace, & que nulle refiOace, nulempefchemétne pourra furmonter. Et partant très certainement ierendray Pierre participant de monfalut. Soit que nous nous imaginions qu'il leur ait pluftoft donné cet ordre; le veux très certainement fau- uer Pierre ; & partant ie luy veux donner la Foy, fans laquelle i'ay abfolument refolu denefauuer perfonne. Que fi cette dernière méthode n'eftoit pasaugouftdes Arminiens, & que d'ailleurs ils receurfent de bô coeur la premiere,il y a défia lôg- tempsqu'Amefius , perfonnage dont le nomeft de bonne odeur en l'Eglife, promettoit a Greuin- couius qu'il n'y auroit point de difputeentr'eux Refcrî- •& nous. l'a] , dit- il , eferit que la Predeftination pu ad
4^ Defenfe de la doElrine de Caln'm
Gre ♦ ne dépend pas de la Foy corne de fa caufe antécédente^ m • veu que nousfommes prcdeftinez, pour auotrla Foy, £ o. ^* quant a luy il nie cette confequece->pource qu'il y a deux Vre destination s , tvne qui e$ fondée fur la cog- noijfance que Dieu a eue que quelques vns croiroyent, & l'autre par laquelle Dieu a ordonn't de donner a quelques vns de croire» J^uoy donc > dije moy ? re- connais-tu quil y a vne fpeciale Predefiination de certaines perfonnes particulières par laquelle Dieu ait ordonné de leur donner la Foy ,? Ouy, rejpond Gre- uincouius , te fais & reconnois deux décrets tous deux particuliers : &foit que vous confiderieZla cho- fe en gênerai, j "oit que vous la eonfderieTen particu- lier , tien vatoufours de mefme ; nul ne peut auoir eftéefleupour laioï/ijfancedufalut , pour auoir efté preueu qutl croirait 5 que premièrement Dieu par vne autre ejlecïion neuf ordonné de luy donner de croire* Voila ,èéit Atnefius, de bonnes paroles , qui Ji elles eftoientprononcées en Jïncerité , termineraient noflre différend. Car quant a V ordre des décrets de Dieu , qui en Dieu ne font qu vne feule & mefme chofe , te ne voudrais point entrer en contefiation auec perfonne , pourueu que nous fujfios d'accord au fonds: ce fi a fçaueirqucl eflettion dépend en toute manière delà volonté de Dieu > & non d 'aucune condition quifoitlaifséea exécutera l homme. Car c'efi la le nœud de l'affaire 3 & par manière de dire, le gond fur lequel tourne la controuerfe dont nous difyutons auec tant d'ajfedion , & non pas ie ne fçay quel ordre que félon noflre façon de conceuoir nous donnons aux pen- sées de Dieu , pour foulager noflre propre infirmité à nousmefnes. Et cependant veu que Greuincouius a cette opinion que nous ne difputons que de cet ordre feulement y faut il pas qu'il aduouï qu tl a grands iri«
fur le fuiet de la Réprobation. 47
dination a la calomnie ,puis que pour fi peu de chefe quel l'ordre des décrets de Die a , il ne craint pas d'accufer tant de vénérables Théologiens d'eflre Ma- nichéens , Stoïciens , Libertins , Pelagiens, & de les charger £ autres femb labiés imputations criminelles? Certainement Caluin a eu très bonne railon de condamner Terreur de ceux des Anciens qui ont fondé la predeftination a la gloire fur la prefcicn- ced'vne foy, laquelle chacun d'euftauoir par ïcs forces de fon franc arbitre. Ainfi, àivil* en inter- pofant le voyle de la prefeience , non feulement ils obfcurcijfent l'efleEtton , mais ils s'imaginent quelle tire [on orivine d'ailleurs. Et ce rieft pas feulement le vulgaire qui a receu cette opinion. Car elle a eu 4c grads Auteurs en tous les fades. A quoy s'accorde cequeBcze cfcntfuriec. 9. dcTEpitrcauxEo» Verf.;. mains. Ce pajfage iey efi aujfi digne a'eîirefbigneU' j?. fement remarqua contre ceux quipenfent que la eau- fe del'ejleltion a eflt: la preufion de la Foy ou des œu~ ures. Vilain erreur dans lequel Origene a ieîtéplu~ fieursdes Ancies tant Grecs que Latins : iufques a es qu'enfin le Seigneur s'e II ferui des Pélagie s pour exci~ ter S. Awjuîtin a le recovoiiïre çr réfuter. Mais cô- Au wi. ment il&ut entendre ceb,Caluinluy metnielex- jjf ** plique par ces paroles de S. Auguilin. S. A ugufiiny ^Q^t dit-il,n'apas oublié cela,difant, que ce no de préfet ece tjott, fe prend pour le confeil de Dieu, par le quel il ordonne lesfiensafalut. Chacu cofeffe bien que Dieu prenait qui font ceux Uf quels douant paruenir a la 'Vie eter~ ftelle. La doute efi feulement en cela, h Dieu pieuoit cequMfera en eux. Au refte comme Chrift rendra aux f fie us la couronne de Iu\lire , aujfine nie \e pas que les reprouuez, ne portent a lors lapéne de leur im- pieté & de leurs péchez» Et de ce que nous enfeignos
4§ Defen/è de la doftrine de Caluin
que Dieu en fon confeil éternel a efleu a la vie ceupe que bon luy ajemblé s & a laifséles autres en leur co- damnation , on ne fcauroit rien recueillir detel>com~ me s'il n'y au oit point de pênes efiabltespour lesmau- uaifesœuures , ou de recompenfe ordonnée aux bon- nes. Noms comparotfironstous deuant le tribunal de Chrifi , afin que chacun remporte felcn qu'il aura, fait en [on corps , ou bien ou maL Mais d'eu vient aux gens de bien la lujltce & la fainteté qui fera, lors couronnée , fin on de ce que Dieu les a par [on ejprit regenereTen nouveauté de vte\ Et d'où vient ce don de régénération , fin on de V adoption gratuite ? Pigbius raïfonne comme fi quelqu vn nioit que le iour vint de la lumière que Dieu a creie , fous ombre que cefit la fplendtur du Soleil qui le fait* Encore, que ie confie ffe que cette fimilitu de la ne conuientpàs en tout & par tout. Caria lumière qui a eftéau com- mencement créée de Dieu » ta pour Auteur. Mais, la faute de noftre condamnation efi tellement en nom mefmes , qu'il ne nom e[l pas permis d 'aller chercher bien loin des couleurs pour la dé gui fer. Seulement ay ie voulu m onftrer brieuement combien cejî m al a propos que Pigbius ojle tout a fait la caufe efiongnee en mettant au deuantlaprochaine. Il fouftient qu'ils feront codamnez, pour se que par leurs propres péchés, ils ont prouoqué l'ire de Dieu contreux. EtHe la il concludque leur condamnation ne vient point du de~~ cretàe Dieu. £)uanta moy iedis qu'ils ont entafsf peche7 fur péchez, , pour ce queflans mefehans ils ne pouuoient fin on mal faire. Or encore que ce ne foit point par ce quilsy ont eflé pouJfeTde dehors, mais de leur bon gré & volonté ',& induits par V affection de leurs cœurs qu'ils ontpeché , il ne faut pourtant pas mer ïfmous ne voulons renuerfer Us premiers rudi- ments
fur le fuieî de la Réprobation* 49
mens de la pieté , que ta fontaine & l'origine de $ow maux ne fiit la corruption & le vice de la nature* Si donc vous venez duc a Caluin que ça efté fut la preuinon de la Foy & de l'incrédulité que Dieu a ordonné qui feroient ceux qui feroient fauii&Zj» & qui non, non feulement il ne le vous cornette*, ra pas , mais il l'affirmera de luy iraefme 5 pour- ueu que vous luy accordiez au réciproque > que ce que Dieu a preueu que quelques vns croi* royent & les autres non, cela n'eft point femx d'ailleurs linon de ce qu'il auoit refolu 4^.4oa- ner la foy a quelques vns , & de réfuter aux àià- tres la grâce qui feule l'engendre :.: non pas ppïj£> çe que les vns en fufTent plus dignèâque les au- tres , mais pource qu'il luy a ainfi pieu > félon I& fouueraine liberté de fa volonté, /Celaposqiln'jjr a rien de plus aisé que d'accorder Galuin àueç la plufpart des Anciens Pères* Car mettez a partie mot de merite3lequei bien que pluneurs s'en foiéc sutresfois feruis aflez innocemment >> eit pour- tant beaucoup eilongné de la pureté de la reli- gion Chreftienne , il ne conteftera pas à Minutius Félix, que les deftinces de chacun nsluy ayenç elle déterminées félon la nature de fes qualités 9 pource que Dieu auoit preueu qu'elle deùoit eftrc la matière de tous les hommes; poutueu que Minutius reconnoiffe auffi que la différence qui eftcntrcles qualités de la matière, 'ne vient pas de lamatierc mefme3 & que c'eft Dieu fèul qui difeerne & feparelesefîeus. Ilnedifputerapoinc vloû plus a rencontre deFulgentius, qui dit que Dieu a predefètné d'en punir qaclqucs.vns d'yn fupplicc qui ne fe finira point5 pource qu'il a p.te* Ùcu cju'ils Sairoièîiî Icjlr «fié hn £ccKé|'.poutiastt
to Defenfe deîdJoftrine Ae Cédmn
queFulgentius accorde de Ton cofté que Dieu a preueu que ceux la feuls fimroyent leur vie en pé- ché \ a qui il ne donneroit point la grâce de la foy & de la fanâiHcation. Il ottroyera volontiers a Profpe^quenuln'eftneceflTaireroentobl gé a pé- rir pource qu'il ne Toit pas prcdeftiné , mais pour- ce qu'il eft pécheur : & qu'ainfî plufieurs ont efté predeftineza condamnation , pource qu'ils ont efté preucus pécheurs par leur preuarication 5, moyennant que Profper confeiTe de fa part, que de ce que quelques vns ont eftédeliur' 2 le la er- uitude du péché v ils en ont entièrement l'obi ga- tion a la libre volonté de Dieu , & a f* mifencor- de toute pure. Quant aux autres chofes qui font peut eftre vn peu trop dures pour eftre amollies en les maniant ,Caiuinneles leur accordera pas, mais aufii ne prendra c'ilpas phifir a les critiquer ou cenfurerodieufement, & tafcheraplotëoft de les couurir &-enfeuelir dans fon fiienec. Q^e û neantrnoins quelcun en vouloit abu er pour com- battre la venté , il ne l'endurera iamai$} & ny au- ra refpeâni confiderauon d'homme mortel qui l'empefche d'attribuer la gloire de noftee filuc a Dieufeul , & de la luy garentir toute entière. Mais en fin , quelque chofe que les grands per- fonnages ayentoupensé ou enfergné de cette ma- tière, pour luger de l'antiquité delado&nne de Galurn , il ne faut pas s'arrefter ni a S. Auguftin ni a aucun autre, il faut monter iufqucs al'ApoOrc S. Paul,pour fçauoir certainement qu'el eft le dé- cret abiolu de la Réprobation , & ce que nous en deuôs croire. Car ce qui fe trouuera côforme aux efcritsde i'Apoftre S. Paul, doit eftre tenu pour le plus vray , & ce qui Te trouuera le oins
fur le fuiet de là Réprobation. $2
vray , doit eftre tenu pour le plus proche de la fourcc de l'amiquùé mefme,
CHAPITRE III-
O %e la doélrine de faluïn ne doit point
attirer de haine fty A injamiejur
ceux oui la défendent.
L'Aduerfaire pourfuit ainfi. Cette do&?mk- àt* tire de la haine & de l'infamie fur fiy , tant parmi les étrangers, que parmi lesfiensmefmes* Et parmi l& étrangers premièrement* Caria hwm- riens difent qu'ils embrajferoient phiftoiï . la doftrine de Rome, qu'ils ne receuroiet la piftefacramëtairs £$* predeftinatoire des Caluiniftes : comme enfeigne c& doïbe Chevalier dans le liure Angloù qutla intitulé* Relation de l'Eftat de la Religion dans les Eglif@ Occidentales, Parmi les fiens aujfi ycar du Hïpulm çonfejfe luy mefme au chap* .1-2. de V Anatomiedû VArminianifme >que çefllefaitd'vn home fage de celer les myfteres de la Predeflination , & de les igno- rer plu ïïoft. que de les publi r témérairement. Pour- Ce , dit il que fi on les publie ils iettent des f empale $ dans lesejprits, & donnent occ a fion aux Adutr fai- re s de diffamer la vraye religion . O r quelle petit eflrâ cette doÙrine la qui fuit la lumière î
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ji Defenfe de ta dcElrine de Caluin
duiugement de ceux qui ne Font pas encore en- tendue pource qu'ils ont l'efpiit préoccupé de mauuaispreiugez. Si c'eft a bon droit que la do- mine de Caluin attire de la haine Ôc de l'infamie defîusceux qui la défendent, pource que les Lu- thériens proteftent qu'ils cmbraiTeroient pluftoft la doctrine de Rome mefme , que deuiendront les , opinions d'Arminius contre lefquelles les Re- formez témoignent vne fi grande aduerfion ? No- flre difputeureftimera-t'il qu'il les faille reietter pource que nous auonsaccouftumédelesappel- ler ou Pelagiennes ou Semipelagiennes ? Véri- tablement encore que de noftrepart nous n'y foyons que trop bien fondez , & que les Luthé- riens , pour ne rien dire dauamage, fe laifTent em- porter par vu zèle Jans connoifîance , a parler fi outrageufement cîe la doctrine de Caluin , fi ne voudroyie pas requérir des difciples d'Arminius qu'ils abandonnaient leurs opinions pour la feu- le crainte de nos accufationsou de l'atrocité de nos paroles , s'il nous eft arriuéde prononcer quelque chofe de tel contre elles. le defireroy feuiement qu'en mettant a parc toute pafîion, & notamment en fe défaifant de cet amour de (by mefme donc l'efprït de l'homme elt natureîleméc erifié ils voulullent examiner le poids desraifons, & en fin ayant reconnue vérité 9 fe glorifier d'à- uoir e'fté vaincus d'elle. Car qui fe iaifle furmon- terparla vérité, triomphe. Puis après, qu'eft ce que cela qu'il iointenfemble la pelle predeftina- toire & facramentaire des Caluiniftes , comme il parle <*Eft ce donc aulB cela vne bonne & légi- time caufe pourquoy nous deuionseftimer no- ftre doc'uine des {àctemeos digne de haine Se
i
furlefuiet de la Réprobation* 5$
d'infamie, que les L utheriens l'ofent appeîler vue pefte? Faudra-t'il donc qu'a cecte occasion nous receuions rVbiquitifme ? Que fi quelque mauuais taon vient a picquer quelqu Vn des Remonftras, & luy fait venir en la fantaifîe de diffamer de ti- tres ignominieux & noftre doctrine & la doctri- ne des Luthériens en la matière des Sacremens, que faudra-t'il que nousfacions quand-ces inui- dieufes aceufations ne nous permettront pas ni de retenir nos propres fentimensni dereceuoir ceux des autres t Noftre efprit flottera t'il donc toufîours en doute, & n'oferous nous rien éta- blir de certain en cette partie de la religion? Mais, dit l'Aduerfaire, elle eft infâme & décriée mefme parmi les fiens. Car du Moulin dit qu'il vaut mieux taire ces myfteres que de les publier. Cer- tainement ie ne fçay ce que M onfieur du Moulin a eferit en cet endroit que noftre difputeur allè- gue. Car ces paroles la nefe trouuent point en fon Anatomiedei'Arminianifme au chapitre de la Predeftination, au moins en l'édition dont ie me fers. Vne chofe fçay ie bien : c'eft qu'a la véri- té ce célèbre perfonnage au premier chapitre de ce liure blafme ceux qui ou bien eiîaycat d'entrer trop auant & trop curieufement dans les fecrets de Dieu, ou bien par ie ne fçay qu'elle liberté de prophetifer lincentieufe & hors defaifon, font parade deuant le peuple de la fubtilité de leur efprit en l'explication de ces myfteres. D'ounaif- fent des troubles en TEglifc. Mais au chapitre fuiuant il témoigne qu'a fon aduis ceux là ne font pas moins areprendre qui par quelque importun fcrupule de religion voudroient bien défendre aux Pafteurs de parler iamais de cette matière.
E»3
54 Defenfe de ta doEtrine de Calttw
Car il dit qu'il n'y a pas moyen d'obtempérer & leur c-on'eil fînon qu'en mefme temps on retran- che vne parue de la parole de Dieu, qu'on efb a- lek fermeté de noftre Foy , qu'on diminue ex- trêmement U coniolation de nos confciences, 8c finalement qu'on permette que la venrémerme èh(biiff e du dommage tant & plus. Et ce feroit vne chôfe eftrange , de fouftenir fortement , com- me tytonfieur du Moulin fait là bien a propos » que la doctrine de la Réprobation eft a(Tez claire- ment 8é diftindfcement énfeignée en la parole de Dieu > de recômander au peuple Chreftien dç li- re de méditer , de fueil'eter lour & nuit cette pa- role , 8c néanmoins impofer fur cet article vn perpétuel fîlence aux Parleurs. Comment qu'il en loir , la dodri ne de Caluin n'a point fi fort re- doute la t jimere que nous ne la voyions encore a cette heure dans fes Commentaires , dans Ion institution , dans les Traittcz qu'il a particulière- ment efcrits fur ce (uiet,& dans fes ptedications qui courent entre les mains du peuple comme on les a recueillies de fa bouche en le pronoi çant , Voler de tous le» toftezde la V>hreftienté, habil- lées y s'il faut dite ainfi , & a l'ancienne Romaine & a laFrançoife Entffeél. pourquoy fuiroitelle la lumière puis qu'elle ê'ft route employée a rap- porter a Dieu feui la gloire de noftre falut î Ce- pehdannl eft pour anr vray qu'icy au'ffi bien co- rne en toutes autres chofes , il faut apporter de !& prudeace & prendre garde en renfeignant aux temps & aux occafîons. le vous prie qui eft ce qui ayant entrepris d'exhorter les hommes a la Foy, voudroit en fa prédication s'eftendre a mon- flrer que de toute éternité il y a eu refolution pri-
fur le fubiet de la Réprobation, 55
(g au confeil de Dieu d'abandonner la plufparc des hommes a leur malice naturelle , d'ounaili infailliblement leur obftinée incrédulité ? Ya-t'il perfonne qui fe priftde cet air là a exhorter les hommes a la repentance? Ce n'eft pas que cette doctrine craigne la lumière , mais c'eft que l'Es- prit de Dieu ne Ta pas deftinée a engendrer la re- pentance ni la Foy, Mats il y a d'autres occafions \ dans lefquelles elle eft non vtile feulement , mais ■ metmes absolument necetfaire. Car pourec qu'il eft quelquesfois a craindre que les hommes ne rcçoiuent quelque fcandale de ce que l'Euangiie re plcndilTàntd'vnefî grande lumière de venté, & eftantiéplide tantd'allechemens pour attirer les hommes âfoy, il eft neantmoms reietté par beaucoup degensauec mefpris,& mefmcs par ceux qui en autres chofes paroiftent auoir de très- beaux dons de nature & d'excellentes grâces de Dieu, il eft befoin de prémunir les ciprits de bon- nes instructions en cette occurrence. Car il n'y a rien, ce femble, de plus naturel que d'entrer alors en quelque doute de fa vérité. Or auons nous contre ce mal vn excellent remède en la doctrine de la Réprobation. Car qu'y a-t'il de merueil- leux en cela h* ceux la s'aheurtent centre Chrifta qui Dieu n'a point ouuert les yeux qui font na- turellement remplis d'aueuglement & de ténè- bres? Ainfî Chrift voulant au 6, de S. Iean dimi- nuer i'eftonnement que les difciples pouuoient receuoir des murmures & de i'cftrange opiniâ- treté des Iuifs , dit que nul ne peut venir à luy fi fon Père ne le tire. AinfiS. Paulauchap. 9. de l'Epiftre aux Romains, pour empefeher qu'aucun ne fe feanialifaft de ce qu vne fi grande multitude
§6 Defenfe de la doctrine de Calutn
de ïuifs ( nation que Dieu fembloit auoir eileuée fi haut au deflus de toutes les autres ) auoit reiec- té l'Euagile] raonftre fort particulièrement qu'en cela il n'eftoit rien arriué qui neuft efté ainfi pre- mièrement ordonné , & puis après prédit par des oracles, reprefentè par des figures, & en fin con- firmé par des exemples très illuftres dés la naif- fancé de TEglife. Car de fait qui s'eftonnera que de telles chofes arriuent ? Cefte doctrine nçft pas moins propre non plus pour oller le fcandale qui naift de l'apoftafie de quelques vns qui pa- roiflbyent auoir creu en noftre Seigneur, a ce que la confcience des vrais fidèles ne s'efpouuaa- te point de ces exemples. Car l'Apoftre no-us ad- t.Tîm. uertit que quelque chofe qui ardue de cette for- *• l9* te , le fondement de Dieu demeure ferme pourtant, a ce que pas vn des fidèles ne laiife par Ta efbran- ler faconfolation, comme fi nul n'eftoitalTeuré d'eftre exempt que telles chofes ne luy arriuaf- fent. Et a cela fe rapporte a peu prés la confoîa- tion qu'il tire de cette do&rine pour ceux qui font dans les combats des afEiclrions , que toutes chofes Rom. trauaillent enfemble en bien a ceux qui aiment Dieu & qui font appeliez, félon f on propos arrefté. Pource que ceux qu il aprecennut il les a aujjè predefttnez>t Ôcc. Tellement qu'après auoir fait vn dénombre- ment bien exaét de toutes les chofes les plus ca- pables d'efbranler la Foy , il en promet aux fidè- les vne belle 6V indubitable vifroire. Mais fur tout on ne fçauroit dire combien le fentiment de noftre eledion remplit nos confeiences d'vne in- croyable confolati6n,& combien viuementellc excite nos efprits a reconnoiftre auec gratitude l'infinie mifericorde de Dieu enuers nous, laquel-
8.
fur le f met de la Réprobation» fy
Je n'en remporte pas fa louange tout entière com- me elle doit, fi ce que nous croyons, ce que nous perfeuerons en la Foy , ce que nous afpirons au falut auec vne certaine a(Teurance,nous ne recon- noiiïbnsle tenir de Dieu feul,qui de toute éter- nité nous a feparez d'auec les autres. Or que Caluin n'ait ni ignoré ni teu tout cela , il en ap - pertquafi par vne infinité de paflfages. Envoicy yn fortconfiderabie du liure de ia Predeftination. Veuqud appert clairennt que de beaucoup que Dieu appelle extérieurement il y en apeu qui crojent ,fiie prouue que la beaucoup plm grade partie demeure in- crédule\ pour ce que Dieu n'illumine finon ceux qu il luy ylaift d 'illuminer ,i ' obtiédray pareillement cet autre point que Dieu offre indifféremment fa mifericorde aux vns & aux autre s>afin que ceux qui ne font point enfeigneTau dedans f oient feulement rendus inexcu- fables, Quelques vns diftinguent en difant que /'£- uangile eft falut aire a tous enpuiffance,mais non pas en effetl : mais ils ne refluent pas la difficulté, pour ce que nom retournerons toufiours a demander fi Dieu octroyé a tous également vne mefme faculté de croi- re* Mais S. Paul rend la raisopourquoy tous nobeif- fent pas a VEuangile xpource qu'Efaye dit, Seigneur, qui a creu a noftre prédication ? Et a qui a eflé reuelé le bras du Seigneur ? Le Prophète efionne de ce qu ïi y a fi peu de croyans , sefcrie que c'eB vne chofe in- digne que la parole de Dieu qui refonne aux oreiller de tous y touche fi peu de cœurs au dedans* Mais afin quvne fi grande mefchanceté du monde ne trouble perfonne , // adioute incontinent après que cela neft pas donné a tous. Mais il n cft pas befoin de plus grand nombre de témoignages en vne chofe eui- dente. Si quelcun a ou le loifir ou l'enuie d'en
5 8 Defenfe de U doUrine de Caluin
voir d'auantage qu'il life le commencement du liure qu'il a efcrit de la Predeftination, le Com- mentaire fur 2 Tim. 2. 19 le Commentaire fur Iean6. 44. 10. & autres lieux femblables.
CHAPITRE IV-
Que la doélrine de Caluin n'introduit
point en U religion la neceJJtteUtoïque
n'iManicheene.
DE S accufarions précédentes l'Aduerfaire pafie a celle de la fatalité ,ou s'il y a quelque chofe plus indigne de la religion Chreftienne que la fatale deftinée. Cette do&rine, dit-il ,femble in- troduire en la religion quelqne necejftté Stolcjne & JWanicheéne. Carie décret qui ordonne de la fin or ■- donne pareillement des moyens qui y tendent. Telle- ment que f par le décret de la Réprobation quelcun efl prédétermine a la condamnation , il efl tneuttable qu'tl faut qui! pèche. Ceflpourquoy Melanfthon en fis lieux communs appelle ce décret la fatale dejiinee ejne les Stoïciens ont en feigne e. Et en vne certaine Epiflre a Peucer voicy comment tl parle. Laclius m'efcnt qu'on difpute fi fort a Geneue de la fata- lité des Stoiques , qu'il y a eu quelcun mis en pri- fon pour ce qu'il n'eftoit pas des fenticnens de Zenon. O les miferables temps ou nous fommes / Ce font fis mots. Mais il y a plus, C'eft quefton exa- mine bien la do&rine de ceux qui tiennent le décret abfolu , ilfe trouuera qu'elle eH encore plus mauuaife que celle des Stoiques & des Manichéens* Car les
furie fuiet de la Réprobation* 59
Stotques attribuent cette necejjité a laquelle ils veu- lent entièrement ajfuiettir les actions humaines , a la puijfance des ail re$. L es Ma ntch en s a deux prjnci - tes y dont ïvn efiant bon efl l'auteur de tout les btensy '& l'autre eflant mauuais e l'auteur de tous les maux du moi de. Or vaut il beaucoup mieux attri- buer la necejfîte& la caufe d ou dépendent les maU' uaifesaclons, a la nature auec les Sto'iquts , ouavn mauuais principe auec les Manichéens, que non vas a Dieu qui efi [ouuerainement & infiniment bon,
RESPO NSE.
Tellement que fi noitre Aduerfaireeneftcreu, vn le ni Caiuin fe trouuera plus profane que Ze- non , & plus furieux que Manésenfembîe. Cer- tainement 1e ne rre mets pas beaucoup en pêne et voir attribuer a Caiuin hs fureurs de M,»nés. Ceftvre calomnie & trop euidente & trop hon~ teufe d'elle mefme pour eftre icy refutée auec quelque foin. L'Aduerfaire confefTe qu'il n'y a point de différence entre ladoânnc de Caiuin & celle dé S Auguftin furie point de la Predeftina- tion. De forte que fi Caiuin a rn é quelque chofe des prodigieufes erreurs des Manichéens, il faut neceflairement que S. Auguftin en foit pareille- ment coulpable. Comment donc eft ce qu'il s'eft fait que ïamais homme n'a ne plus ne mieux eferit queluy contre ces hérétiques? Pourquoy a1 t'il toujours efte tenu en l'Eglile pour celuy qui de tous auoit & le plus ardemment combattu , & le plus heureufement furmonté les monftres du Manicheifme? Luyqui a fi diligemment déue- loppé, & par la force de fon efprit fi profonde- ment pénétré ces abominables myfteres, n'a- t'il
Co Defenfe de la doctrine de Caluin
doncfçeu apperceuoir la conformité qui cftoitfi grande entre leurs fentimens? Ou s'il la apper- ceuc & reconnue & que neantmoins il l'ait vou- lu diffimuler,eft il poffible qu'il ait efté fi auda- cieux & Ci impudent qued'entrepredre de réfuter îe Manicheifme en difputât cotre les Manichéés cftant Manichéen luy mefrne ? Les a t'il creu eftre filourdaux& fi ftupidesque d'efperer de fe pou- uoir mocquer d'eux de la force ? Ou a-ul eu cette opinion de la poftertté qu'elle deuft auoir le fen- timent fi émoufsé que de ne iaraais rien flairer d'vne fraude Ci impudente/ Voicy comment Cal- uin luy mefme refuroit autrefois l'accufation de la fatalité. Afais tu dis (eu parlant a vn certain calomniateur) quil y en a beaucoup qui dijputent infembte contre moy defifus vn certain article de forte, qu'il ne fe trouuepas de quoy réfuter leurs argumens dans les Hures que ïay iufques icy publier. Et c'efi l article de la Predeftination ou du defiin. A la mien- ne volonté que çeufi plufioft efié ton intention ou de t enquérir de la venté mode fiement, ou au moins de dijputer candidement, qu'en dépouillant toute honte, méfier des chofe s de nature extrêmement différente , four efteindre toute lumière de vérité» Les Stoiques ent appelle deflinéevne necejfité qui rejulte dulaby- rinte de dïuerfes caufes enchaînées $aufqueSes Dieu tfi luy mefme en quelque façon ajfuietti. Ah lieu que ie définis la Predefiination , comme l'Ecriture l'en- feigne , vn libre confie il de Dieu par lequel il gouucr- ne & le genre humain & toutes les parties du monde, félon fa fapience immenfe &fa iuftice incoprehenfi- èle. Pour ce donc que i'eftime que cette déclara- tion de Caluin a deu contenter toutes fortes d'ef- prits modeftes & non querelleux > ie m'eftonne
fur Ufubht de la Rebrobation. Cl
comment vn homme fçauant tel que femble eftre noftre Aduerfaire , vient a rebouillir icy vne cho- fe tant de fois dite & tant de fois refutée. Or afin que s'il eft pollible nous facions vne bonne fois taire ces gens, qui ont vne fi grande pafiîon do diffamer par leurs iniures la doârine de Caluin , examinons icy ce dont eft queftion auec quelque diligence. Comme Ciccron, Aulugelle, S. Au- guftin &autrcsnous rapportent la do&rinc des f™^ Stoïciens touchant la fatalité , ceux qui ont fait fato# profefïîon de la croire s'en font expliquez en GcIÎ- deux manières. Car ou bien ils ont creu qu'elle lib. 6. confiftoit en vne certaine éternelle & naturelle «tap.i. fuite de chofes , que leur propre nature a telle- ■ ?j>« e ment coniointes, liées tk enchaînées les vnesauec rjci \{^t les autres,que tous les euenemés du mode en de- 5.chap. pédentficertainemé^queniladiuinitérnefmen'y 8. peut apporter de ehangemétjni la créature, qu'el- le qu'elle foit , n'é peut euiter la rencôtre. Et c'eft de cette façon qu'Homère décrit la force de la de- Hinée>de Finuincible neceflné de laquelle lupiter mefrae ne fe peut exempter. Car ils ne croyoyent pas , ni qu'il nafquift , ni qu'il fe fift , ni qu'il vint en auant rien au monde , qui ne dependift de cer- taines caufes antécédentes que la nature mefmc auoit attachées Se côpliquées les vnesauec îcs au- tres paf des liens & éternels & immuables tout enfemble. Ou bien ils ont creu que la deftinée do toutes créatures dependoit de laconftitution êC de l'influence des aftrcs , qui gouuernent toute* les chofes inférieures & fublunairesauec vne fi grarrde puiffance, qu'il n'y a rien du tout au mon- de qui ne foitineuitablement affuietti aleur em- pire. EtChryfippus , comme .le rapporte Aulu-
Si Defenfe de la doUrine de Caluin
gelle, definifïbit ainfi cette première forte cîe fa- talité. C eft que la defltnée e(l vne naturelle compo* Jttton & com^liçut ton de toutes chojes , qui de toute éternité s' entre Juïuent le s vne s les autres d'vne fui- te inmolable & d'vne ixfoluble concaténation. M aïs le Poète Manilius parle ainfî de la féconde : c'eft qu: les Preftres des Payens font ceux
Lefcjttels ont far leur art le s premiers appercet* > Des afires vagabonds pendre les deftint.es. Or comme il y a de deux fortes de cKofe* fur les- quelles onc&oyoït que la deftinée dominoir, les vnes qui font, deftituées de raifon & de volonté^ & les autres qui en ont elté doîices par la nature, ainfî quelle que fuft la force de cette fatalutvlelori l'opinion des Stoïciens elle fe déployoit aufli defr fus elles en deux manières. Car quant aux chofes brutes & deftituées d'intelligence , ils croyoyent que !e principe de leurs actions cftoit tellement extérieur , qu'elles ne contribuoyent rien a leurs mouuernens. Et en cette nature de chofes Chry- nppusfe vantoit de parfaitement bien entendre qu'elle eftoit la force de la deftinée. Mais quant aux autres , pource que leurs roouuemens pa- roifïbient élire volontaires, il s'y trouuoit mer- ueilleufemenr en peine, & ne pounoic pas bien rendre la raifon comment la neceflné pouuoit fubfîfter auecla liberté de la volonté de l'hom- me. Neantmoins il en venoit en fin là que les en- tendemens & les volontezdes hommes reçoiuem l'influence & l'action de la deftinée , feîon qu'el- les font bien ou mal conftituées par la nature, îi difoit donc que celles qui font blen& fauorable- ment formées à la vertu, & a qui la nature a don» né de louables inclinations aux chofes qui font
fur lefuiet as la Réprobation. 6}
honneftes, rcçoiucnt en elles cette force extérieu- re de la fatalité , de lorte que par manière de dire elle paiTe au trauers fans qu'elles en foyent fenû- blcment affectées. Maisquàhta celles quiiont malheureuiement composées, ôc de leur nature addonnée au mal , il diioitqueiadeftinéelesy encline a la vérité, mais en telle façon pourtant qu'elles s'y portent elles mefmes de leur propre inclination, & dvne propenfion volontaire. Et e'eftoitacela qu'il apphquoic cette comparaifon. du cylindre fi connue & li familière dans les Ef~ coles Stoïciennes. Car,difoit il, fi vous poufiez vne pièce de bois bien arrondie dans vn chemin qui aille en pendant , i'impulfion que vou|sluy donnerez fera bien la première caufe de Ion mou- lîemenc Mais ce qu'il continuera de touler vien- dra (ans doute d« Tuy mefme & de fa propre vo- lubihté.Ainiî croyoitilque la première inciinatiô que nous apportons a nos actions viét du branle que la deftinée nous a donné ; en ce qui fusuoic ii ne nioit pas que nos entendement & nos vo- lontés ne fuiuent leur propre conduite. C'efl pourquoy il eftimoit que les exeufes de ceux là n'elloient pas receuables qui pour eilongner; d'eux mefmes le blafme de leurs mauuaifesa&iôs en reiet'oyent iacaufefurlanecefîné du deftin, ou en accqfoyent mefmes les dieux, comme^'ils cltoienc auteurs des maux que les hommes com- mettent ;&loiioit extrêmement ces vers d'Ho- mère où il introduit Iupiter qui parle ainfi.
Or voyU , tes mortels aceufent les grands Dieux \ £)ue tous le s maux qu'ils ont leur de fondent des
deux, 0dy(T
Et ce font eux qui font,contrc la deftinU> u
^4 Defenfe de la doctrine de Caluïn
Par leurs propres péchez* > leur vie infortunée, 11 eft bien vray que Chryiîppus & les autres Stoï- ciens ont tant & plus difcoura de la Prouidence , &peu de gens ignorent le merueilleux propos, autant que les Payens enefloient capables , que Bilbus en tient dans ks liuresde Ciceron, où il prouae que toutes chofes font gouuernées par J'entremife& la volonté delà Diùinité. Mais ce- la ne fait rien a la queftion de maintenant. Car premièrement par cette Diùinité il ne fcmble pas qu'ils ayent entendu autre chofe linon vne certai- ne nature intelligente & participante de raifon, qui eft tellement refpandu*ë& comme écouléeen toutes les parties de i'vniuers, que la terré -, & le ciel, & chacun des aftresquiy font, en polTede en foy mefme quelque parcelle. De forte que Dieu ne leur eftoit rien autre chofe que le monde, qu'ils eitimoient vniuerfellement doiic d'intelli- - gence & de -raifon , & qui comme a leur aduis il apportoit toute forte de foin & d'affe&ion a la conferuation de fon tout ,auiîïprocedoit ii par ordre & par bonne rai-fon a l'adminiftration de chacune de les parties. Iuftement félon l'opinion de Virgile en ces vers qui font fi connus a tout le monde.
Ienefçay quel eftrit rejpandupar le monde , Nourrit les Ci eux la haut > ça bas la Terre &
l'Onde , Et là Lune lu y fan te , & les Afires ardens % Et cet entendement qui s'écoule dedans Les membres de ce tout , méfiant fon efficace Parmyfon vafle corps , en remue la majfc, ru » Et félon le îentiment encore de Thaïes & d'Ans-
IIP'»»- / • A /l
de mu xagoras, qui, comme témoigne Anitote , pea-
foiëns
• fîsrle f met de la Réprobation** €j
(oient qu'il y a- quelque ame & quelque intelli- gence épandue en 1 v muer s qui en pénètre tout taphyf, raiTcmbIage,qui donne a toutes chofes leur mou» Hb. i. uement , de. qui contient en foy lacaufe de la fub- fîftance de leur eftre ,- iufques là queThales efti- moit que toutes chofcs eftoient plénes de diui- nités. Erreur que Caluin a chaftié félon quille meriroit & condamné comme prophane & en* nemy de la gloire de Dieu * au chap. 5. dû liure premier de fonlnftitution Chreftienne» Puisa- près cette doctrine des Stoiques touchant la prb** uidence diuine, ne s'accorde pas, quelle quelle (bit, auec la necelîité du deftin. De manière qu'ils ne fe peuuent pas excufer qu'ils ne foyent tom- bés en des fentimensnon feulement faux, imper- tinens& impies,mais encoresrepugnans& niai-. accordans auec eux mefmes. Car iî cette force da la nece(ÎHé>qui a enchaifné toutes chofes les virés dedans Jes,autres,fe maintient de toute éternité, que refte-t'il plus que l'intelligence diuine puiîîe adminiftrer par fa prouidence 2 Et puis que c@ n'eft point par la conduite d'vne intelligence qui pouruoye par cognoifTance a l'auenir , mais pat la nature des .chofes mefmes qu'elles fe font ainfi çompltquéesjCpmme cette opinion le dit , qu'el- le part peut on donner en cette affaire à la Pro- uidence , & qui n'a point ainiî difpofé la cho- fe enfon commencement, de qui n'a pas îapuif- fance de rien changer en la difpofîtion que de toute éternité la nature des chofes Luy a don- née'C'çit pourquoy Iupiter mefmescomme iel'ay remarqué cy deflliSjfe plaint dans les eferits d'Ho • mere? que les liens de la deftinée te tiennent ferré <$e0 jpres^ qu'il dé J5eHt jpâs rèiKïEç h vie a fo^i
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66 Defenfe de la doÛrine dt Caluin
Sarpedon > qu'il aimoitd'vne affection fi vehe- méte. Que fi c'eft dedans les Aftres que refide la force de la deftinéc , veu qu'ils ont leurs raouue- mens fi conftans & C\ réglez que de tout temps ils conferuent toufiours vne mefme teneur en leurs courtes >& que d'ailleurs ils enuoycnt toufiours d'vne mefme façon leurs influances dâs les chofes d'icy bas,qu'elle place y peut tenir la côduite de la prouidence ? Mais foit bien foit mal qu'ils en ayét eftiroé , ce n'eft pas de quoy nous difputons a cet- te heure. Voicyqucl eU le point de noftreque- ftion, que c'eft qu'ils ont eftimé de la neceiîi édu deftin , & Ci la doctrine de Caluin a quelque cho- fe de commun auec elle. Or eit cette queftioa fans difficulté. Car quant a la puifTance des aftres il appert alTez de ce qu'il en a creu & de plufieurs autres endroits, & notamment par cet excellent Traitté qu'il a fait contre l'Aftrologie iudiciaire. Et ces Aftres dont nous parlons ne font pas plus eflongnez de la terre > que la do&nne de Caluin eft eflongne'e de la fatalité dont on leur attribue la puifTance. Pour l'autre façon de l'expliquer, qui eft ce qui peut auoir tellement perdu le front & la pudeur qui peuft fans rougir aceufer Caluin d'auoir creu cette éternelle enchainure des caufes de toutes chofes? Qui eft-cequiaiamais,ou plus fréquemment, ou plus clairement que luy> enfei- gné que toutes chofes font gouuernées par la vo- lonté diuinc , & qu'il n'y a rien , ni au Ciel ni ea la Terrc,non pas mefmes les plus petites chofes& qui ferraient le moins contribuer a la perfection de l'vniuers, qui ne foit iourncllement adminiftre par fa conduite * Car il a premièrement enfeigne qu'il y a diuerfes chofes que la prouidence de
fur le f met de la Reprohaiiekl ëj
Dieu exécute d'elle mefme Ôc fans rentremife des caufes fécondes , comme les miracles & fembla* blés. Et puis après il a enfeigné que celles met mes qui (emblent eftre produites par la force â& lacontexture des caufes inférieures , dépendent d'elle nonobftant , pource que c'eft elle qui pat vnefingulicrefapience a conioint enfcmble deâ chofes qui n'auoient entre elles aucune naturelle liaifon , & qui les a déterminées a vnc fin cotiue- nable. Et finalement il a dit en mille partages quô c'eft cette diuine prouidence qui prefide fur là nature mefme, qui dïfpenfe les accidens lefqueî$ femblent arriuer fortuitement , & qui fçait regif les mouuemens des créatures qui femblent auoir le principe de leurs actions en leur volôté mefméj par des voyes autant fages comme elles font bien fecrettes & inconnues. Mais c'eft cela mefme qttô noftre Aduerfaire blafme. H vaudroit , dit-il* beaucoup mieux que toutes chofes dépendirent du deftin que d'afïuiettir ainfi les efprits dQs horft- mes a la prouidence de Dieu. Arminius auoit aii- tresfois monftré plus de modeftie en la mefme occurrence. Car ayant ingenue'ment reconnu que la neceftïté que la doctrine de Caluin intro- duit en la religion , n'eft nullement la fatalité des Stoïques , il s'eft contenté d'y reprendre cela * qu'elle introduit , quoy qu'il «n foit , vne neceffi- téqui n'eft pas moins inuincible & déterminée que Ç\ elle eftoit fatale. Chofe qu'il n'a peu digé- rer : car il a creu qu'il faloit eflongner toute forte de neceffité bien loin des actions humaines. Mais fi n'a-t'il osé pourtant traitter û rigoureufemedf la do&rine quiiointla libertés la necef&té ef$- femble. Mais quant a rnoy te ne puis que ie ni
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6 8 Defenfe de la doElrine de Caluin
mire icy l'audace & l'outrecuidance de l'efprit humain, qui ne craint pas d'accufcr incontinent Dieu d'eftre l'auteur de Ton péché, h* on neluy accorde de produire (es actions libres de cette li- berté qui exclud toute neceffité quelle qu'elle puiffeeftre. Comme fila nature de Dieu n'eftoît point affez fainte d'elle me me , l'efficace de fa puiiTance alîez grande, & fa prouidence trempée cnaiTezdefapience pour pouuoir régir foubs fort, empire & gouuerner abfolument les facultez les plus corrompues de Tes créatures fans nearmoins auoir part au blafme de leur péché. Mais pefons vn pculesraifonsde noftre difputeur, & voyons qu'elle eft la force de la prouidence diuine en la matière dont nous parlons > pour fçauoir s'il Ce trouuera quelque chofe qui ait de l'affinité auec la nature de la deftinée. Et premièrement exami- nons ce qui concerne les efleus. La détermination de la fin , dit- il , emporte auec foy la détermina- tion des moyens qui y conduifent. le le veux : pour cela qu'en eft il? il s'enfuiura de là que Dieu aura certainement déterminé les moyens quicô- duifent au falut. Ileftvray : mais après cela que s'enfuiura t'il encore? Que les efleus croyroient neceiTairernent. le l'accorde volontiers. Quoy , plus: C'eft introduire vne neceffité fatale. Belle fubtilité certes. Premièrement c'eft a la proui- dence diuine, & a fon effic3ce,que la Foy eft attri- buée, & non a la fatalité. Puis après la Foy eft engédrée de telle façon dans les cœurs des efleus par la force de cette predeftinationjqu'auec l'in- faillible neceffité de 1 euenement qui en doit arri- uer , fe rrouuc iointe vne liberté toute entière. Car il y a de trois fortes de neceffité. L'vnc eft
fur le fuiet de la Réprobation. 69
celle qui conuient aux natures brutes, dont les -appétits & les inclinations font tellement déter- minées a vne feule forte d'a&ions , foit que cela vienne de leur matière , ou de leur forme , ou de toutes les deux enfemble , que Jamais elles ne va- rient en leurs mouuemens , & ne connoifTcnt au- cunement ni quelle eft la caufe qui l'efmeut , ni quelle eft la façon dont elles fe meuuent , ni a quelle ûci elles tendent, ou vers quel obiet elles font portées. C'eft aitifi queleschofes pefantes tombent necefïairement en bas , & que les légè- res montent en haut : c'eft ainfï que necefTaire- ment le feu brufle > & que le Soleil luit , & que le fer fuit l'aymant ou bien que l'aymant l'attire. Et faut rapporter a cette forte de neceflité celle quife voiddans les animaux deftituez delà rai- fon , qui font bien émeus parles obiers a la véri- té , ( en quoy ils différent de la nature de ces cho- fes purement naturelles qui font dépourueu'ës de fentiment) , &fe meuuent, s'il faut amfidre, de leur bon gré , & aucunes fois necefïairement: mais fi eft ce pourtant qu'ils necognoiftlnt point véritablement ni les conditions de leur obier , ni la façon de l'émotion qu'ils en fentent , mais font emportez a leurs actions par vne impetuofité té- méraire & fans délibération , fans confultation précédente, & fans aucun difeours-ou ratiocina- tion de leurs pensées» D'où vient que les obiets prefens les touchent a la vérité , mais ils ne lon- gent en façon quelconque a l'aduenir, & ne fe louuiennent point du pa(Té , ou s'ils s'en fouuicn- nent , c'eft peu , & encore d'vne fouuenance qui s'éuanoiiit incontinent. La féconde forte de ne- ceffité eft celle qui vient d'vn principe externe,
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7® Defenfe deladoftrine de Caluin
dont la force agit tellement fur ce qu'elle rencon- tre que quelque effort qu'il face pour y refifter, fi faut-il qu'il cède pourtant , pource que ce qui y *git eft beaucoup plus fort que ce qui refifte. Ec cette forte de necefîîté eft telle que quand les cho- fes qui l'expérimentent font douées d'intelligen- ce & de volonté , elles n'y font emportées qu'a contrecœur & auec marriffement : fi elles en font deftituées,onnepeut pas dire qu'elles y cèdent a regret & qu'elles en fuient marries , Ci ce n'eft métaphoriquement, corne on parle, (carquieft- ce qui a parler propremét diroit que c'eft a regret & auec marrifTement qu'vne pierre fourfre d'eftre iettée contremont ? ) mais Ci ett-ce pourtant qu'el- les n'obeifîent a l'effort de ce qui les pouffe finon en y refiftant tant qu'elles peuuent , & encore que leur refiftance foit furmontée Ci refiftent elles pourtant. Ainfi a parler métaphoriquement , le vent emporte le Nauire maigre qu'il en ait ; car d le vent ne loufloit pas , de fa nature le Nauire de- meureroit fans mouuement.*& le mefmevent, s'il eft contraire, emporte le Pilote malgré qu'il en ait aufïî , mais c'eft a parler proprement, pour- ce que defirant pe.ut eftre extrêmement de cingler vers l'Orient , il eft contraint d'aller en Occi- dent, ou la force delà tempefte l'emporte. La troifiefme forte de necefîîté eft celle qui dépend de certaine conuenance & de certain&propor- tion qui fe trouue naturellement entre les facul- tez douées de raifon & d'intelligence , & les ob- iers qui fe rapportent a leur nature. Ainfi l'en- tendement de l'homme, s'il eft convenablement Se fjuorablemenrconftituéapperçoit, &recon- aoift neceffairement la vérité fi on la luy propofe
fur lefubiet de la Réprobation» 7 1
clairement &diftin#ement, & nefe peut faire, fi on la luy prefente de cette façon bien a propos, qu'il ne la reconnoiiTe. Car ie vous prie qui eft- ce d'entre tous les hommes qui n'ont pas perdu l'vfage de la raifon , qui peuft refifter a la veri té de cette propofition , quejï de chofes égale* vota o/lez» chofes égales le refle demeurera égal } Ou fi de ce principe on vient par le raifonnement a former quelque claire & euidente demonftration , feroit il poflïble qu'vn entendement naturellement bien composé fe peuft empefeherd y donner fon acquiefeemenr ? Et c'eft de cette forte de necefïïté encore que la volonté fe porte a la recherche du fouuerain bien. Car tous les hommes du monde le défirent. Or a-t'il efté bien remarqué parAri- ftote que les chofes qui fe font par tout d'vne mef- me forte & en tout temps, ont fans doute vnc caufe toufiours vniforme & neceffàire. Mais cet- te caufe la n'eft point vne impetuofité brute Se deftituée de la connoilTance de foy mefme»ce n'eft point auftî vne violence qui vienne de quelque principe de dehors , qui tire la volonté par con- trainte & malgré qu'elle en ait a rechercher la félicité. C'eft ie ne fçay quelle certaine & ineui- table conuenance par le moyen de laquelle tel ob- ieâ: & telle faculté fe rapportent l'vn a l'autre; l'obiet eftant en foy mefme & de fa nature vne chofe fouuerainement defirable , & la faculté eftant de fa part vne inclination a defirer , qui procède d'vne nature douée d'intelligence & de raifon entant qu'elle eft telle. Ainfi finalement toutes ces deutf facultés enfemble , a fçauoir l'in- telligence & la volotué,chacune félon ce qui con- uient a fa nature, fi elles font bien conftituées en
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çlies mefmes, Ôc iugent fainement ôc raifonnable- ment des moyens qui conduifent au fouuerain bien , ôc après en auoir iugé raiionnablement , ils les rtçoiuent nécessairement & les embraf- fenc. Car il faut qne noftre Aduerfaire mefrae eonfeflfe qu'il eft abfolumem impoflibie que la neceffiré auec laquelle noftre volonté recherche laiouyiTancedu fouuerain bien,foit entièrement ineuitable > & que neantmoinsil n'y ait nulle ne- ccfïké en l'efle&ion des moyens qui peuuent fcr- uir a l'obtenir. Car comme on ne recherche les moyens finon autant qu'ils peuuent feruir a la iouyiTance de la Ru , auflî eiî il impofîible que nous defirions véritablement la fin que nous ne recherchions quand ôc quand a (on occafion les moyens qui nous y«:onduifcnt. De façon que fi entre plufieurs moyens qui nous feront propo- fez pour y paruenir il s'en prefente quelcun qui nous paroiife manifeftement beaucoup plus cô- mode , plus aisé , plus efficadeux,pïus certain ôc plus indubitable , nous le préférerons fans aucu- ne hefication, Ôc il attirera necelfairementa foy noftre volonté. Que fi le chois eftoit difficile a faireentre plufieurs moyens , qui peuuent feruir pour paruenir a vne fin, pource qu'ils paroitfent également commodes &n'auoit point dauanta- ge \ts vns par defius les autres , nous ne laifîeriôs pas d'en préférer vnpourtant, ôc ne permettrions pas que nos efprits demeurafTènt toufiours en fùfpens ôc balancez entre les diuerfes apparen- ces de leurs vfilitezfans fe refoudre a pas vne. Non que peut eftreily ait aucun de ces moyens meilleur que l'autre , mais pource que qui de- meureroit ainfi toufiours flottant entre diuers
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moyens fans fe déterminer a aucun , neparuieri- droitiamais a la fin a laquelle il tend. Or nos elprits rendent tellement a la iouyftance de leur fin, qu'ils ne fçauroyent retenir l'inclination qui les y porte. C'eft pourquoy il faut necefïairc- ment qu'ils fe refoluent a fuiure l'vn de ces moyens qui les en peuuent mettre en iouyflan- ce. Er fi finalement il ne fe trouue qu'vn moyen feulement pour paruenir a cette fin , ( comme fans doute la Foy en Chrift eft le fenl chemin par lequel on peut paruenir au falut & a la vie ) il at- tirera à foy & déterminera nos volontez, auec la mefmenecefTité qu'elle eft atrirée & déterminée par lafinmefme. Dieu donc illumine l'entende- ment, il fléchit la volonté, il fait qu'elle veut , il opère en elle fi efficacieufement qu'il eft abfo- lument impofiîble qu'elle ne vueille. Mais fi n'eft-elle point aueugle & ignorante de fon pro- pre mouuement , comme leschofes qui de leur pefanteur naturelle tendent vers le cenrre; & ne fe meut point par contrainte ni violence noa plus; car quieft-eequi peut contraindre la vo- lonté a ce qu'elle vueille ? Ce n'eft pas feulement de fon bon gré ÔC d'elle mefme qu'elle veut, com- me Ariftote parie, elle veut pource qu'elle eft portée a vouloir par l'attendue côiideration des raifons quifeprefentent de part & d'autre , fur lefquelles l'entendement ayant confulté , s'eft formée la refolution par qui lavolonréa efté dé- terminée. Elle a donc efté émeuë par vn obiet > duquel il ne fe pouuoit faire qu'elle ne fuft émeuë, elle y a efté attirée par des raifons qui bien qu'elles ayent en elles mefmes vnc très cer- . taine & très indubitable force deperfuader, onc
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pourtant vn merueilleux rapport,& vne propor- tion excellente, auec la nature de nottre intelli- gence & de nottre volonté. Et fi cette forte de neceiîité eft fatale , il faudra dire que la fainteté laquelle eft en Dieu eit fatale de mefmes > pource qu'il ne fe peut faire qu'il ne foit faint; & que c'eft par la force de la deftinée que les Anges font bons , pource qu'il eft impoflîble qu'ils fe corrompent ; & que le deftin nous gouuernera encore dedans le Royaume des Cieux , pource qu'il fera abfoluméc impoflîble qu'on y pèche; & fïnalemét que ça efté par la force de la fatalité en- core que noltre Seigneur Ielus a exercé la vertu & la fainteté , puis qu'il n'y a aucun, d'entre ceux qui font véritablement Chreltiens,quiofaft affir- merqu'il luy ait peu arriuer de commettre aucu- ne faute. Car il y en a bien eu quelques vns d'en- tre les difciples d'Arminius qui n'ont point eu d'horreur de prononcer cette abominable paro- le, que rien n'empefche que nous ne difions que Iefus- Chrift a peu pécher. Mais autant qu'il m'en peut fouuenir, Arminiusn'aiamais eferit cela , &la plus part de ceux qui d'ailleurs ne retien- nent fes erreurs que trop opiniaftemenr , n'ont pas la hardietTe de défendre cette opinion qu'on peut dire blafphematoire. Ceux qui l'ont osé affirmer le tenoient de lacommunication de So- cin , qui par l'impiété de fon erreur rauit a noftre Seigneur fa diuinite, & le réduit a la condition de ceux qui font fimplement hommes , que l'in- conftance de leur franc arbitre, & cette imagi- naire indifférence qui tient la volonté de l'hom- me comme balancée entre les fers, rend capables de pécher. Quant aux autres qui n'ont point hu-
fur leffiiet de la Réprobation. 7$
mé de fes peftilentes halénes, ils n'oftent point a noftre Seigneur cette louange,qu'il a eftc exempt non feulement de pèche', mais menues de la puil- fance de pécher > Ci poiflance fe doitappeller la plus grande foibieflc du monde. Tel eftoit don- ques l'cftat de la perfonne de noftre Seigneur, qu'il ne pouuoit en façon quelconque arriuer qu'il ne rendiftobeyflance a fonpeie entoures chofes , principalement qu'il n obeift au com- mandement qu'il luy auoit donné de mettre fa vie pour noftre falut. Tellement que fi tout ce qui cft necefîaire & infaillible doit a cette occa- fion eftre incontinent attribué au deftin , non {eulemcnt, comme icl'ay ditcy deflus, c'eft par la force du deftin que noftre Seigneur n'a point péché , mais mcfmes la rédemption que nous auons en Iefus-Chrift a efté fatale.
Lachofeneft pas moins claire en ce qui con- cerne les reprouuez. Carileft bien certain que la damnation fuit infailliblement l'impenitence finale. Mais cette infaillibilité là ne vient pas du deftin, elle vient de l'ordre delaiuftice. Ec les difciples mefmes d'Arminius ne nieront pas que ceux qu'ils nomment endurcis^ & qui demeurent opiniaftres en leur pèche iufques a la fin de leur vie, ne doiuenc eftre tres-iuftement punis au der- nier iour. Or ce qui fe fait par vn ordre de iufti- ce, qui eft- ce qui dira qu'il fe face par la force de la deftinée? Sice n'eftquenous vueilliqns auffi attribuer les pênes des diables au deftin , pour ce qu'elles leur font entièrement ineuitables. Mais» difent ils ,1'irapenitence finale fuit aufli necelTai- rement la Réprobation. Pourquoy non ? s'en- fuit-il donc aufli que ce foit d'vne confequence
7^ Defenfe de la doElrine de Calvin
fatale ? Par melme raifon nou» dirons que c'eft par fatalité que les mauuais Anges perfeuerent eiv leur mal , pource qu'a toute éternité ils feront entièrement incorrigibles. Car de la mefme fa- çon que Dieu par vu décret immuable a refolu non leulement de ne ramener iamais les diables arepentance , miis mefmesde ne les y conuier iamais, d'où fuit qu'ils font alTuiettis a vne necef- fîré ineuitable de pech r ; ainli bien qu'il ait re- fblu d'y conuier les reprouuez , lî a t'il arrefté pourtant de ne déployer point en eux cette ffi- cacedeia grâce qui leule peut faire qu'ils obeyf- fenr a fes îouitations , d'où s'enfuit qu'il eft pareil- lement-ineuitable qu'ils demeureront en leur pé- ché. Et partant ou toutes ces deux difpoiitions de la volonté de Dieu induifent la fatalité, on elle ne fe rencontre ni en l'vne ni en l'autre. Or n'eft- ce pas icy le lieu de s'enquérir pourquoy Dieu l'aainfî voulu. C'eft alTez que nous ayons mon- tré que cela n'a rien de commun auecîa fatale deftmée. Mais afin qu'il paroifîe encore plus clai- rement combien cette neceflité & la liberté s'ac- cordent bien enfemble , distinguons encore la li- berté. Ou bien nous fommes appeliez libres au regard de ces avions qui dépendent des facultez fur iefquelles la volonté commande, comme eft Ja puilfance de Ce mouuoir d'vn lieu en vn autre , & s'il y en a quelques autres femblables qui obeif- fent au commandement de la volonté, finonque quelque maladie , ou quelque force extérieure les enempefehe. Ou bien nous fommes appeliez libres au regard des actions de la volonté mefme, & qui ne dépendent point de quelque empire qui foit en elle, & qui neantmoins en foit diftinéL
furie fuitt de la Réprobation» 77
Car certes la volonté ne fe commande pas a elle mefme qu'elle vueille. De fait imaginons nous quelle fe commande a elle mefme de vouloir, il elt fans doute que cet acte par lequel elle fe le commande a elle mefme , fera de la mefme condi- tion que tous hs autres a&e$,de la volonté par lelqneis nous dilons qu'elle veut. Il faudra donc nécessairement que la volonrévueille afin de vou- loir , & qu'encore que ces deux a&cs fsient dV- fie mefme nature entièrement ,elle en produite pourtant i'vn afin de pouuoir produire l'autre. Ce quieftauflî abfurde comme qui diroit que pour îetter vne pierre a vn cerrain but } il faudtoit necefTairement remuer deux fois le bras d'vnc rneime façon > dont la première ne feruiroitfinon p )ur commander a la féconde qu'elle iette. Apres cela nous viendrons a demander fi la volonté a quelque empire defîus cet acle par lequel nous nous imaginons quelle fe commande a elle mef- me de vouloir. Car fi eîiea quelque empire de cette forte , elle ne le peut point autrement exer- cer (mon par quelque autre acte de la mefme na- ture encore , les actes de la volonté ne pouuans eftre autre chofe que fes volontez mefmes. Elle voudra donc 3fin qu'elle vueille qu'elle vueille > ou elle fe commandera de fe commander a elle mefme de vouloir. Or outre que, comme cha- cun void , il y aen cela vne impertinence inima- ginable , il tombera encore en cette abfurdité qu'Ariftote , le maiftre des bonsraifonnemens, fuit toufiours comme vrtécuciljc'eft que la chofo ira par ce moyen a l'infini. Ponrc e que 1e deman- deray encore fi la volonté a quelque empire fur fur ce premier acte quia produit le fécond & le
7 S Defenfe de la doftrine de Caîuin
troifiefme,& entireraylesmefmes concluions. Que fi la volonté n'a point d'empire de cette for- te defîus Tes propres actes a elle mefme , par le moyen duquel ils fe produifent les vns les autres, il s'enfuiura neceflairement qu'elle produit cer- tains actes fur lefquels elle n'a point de comman- dement. Or n'y at'il point d'apparence de nous aller imaginer qu'elle ait la puiflance de fe com- mander a elle mefme de vouloir, fi nous ne nous pouuons figurer qu'elle ait lapuifTancsdefecô- mander a elle mefme que fe le commande. Car d cet acte de la volonté lequel eft immediatemeru fuiuy de l'action dépend de quelque autre acte antécédent de la volonté mefme, cfou dépendra celuy que nous nous figurons antécédent > Car nous auons défia monftré qu'il ne peut pas dépen- dre de quelque autre acte de mefme n ature qui le précède encore» Ou donc a proprement parler cet acte de la volonté,dou procède immédiate- ment Talion, n'a point de caufe , oùîl faut que la caufe en foit ailleurs qu'en la volonté. Car il ne fe peut pas dire que la volonté foit elle mef- me la caufe de ce fien acte. Car la volonté doit cftreconfideréc ou bien entant que c'eftv ne fa- culté , & comme on parle dans les Efcoles vnc putfîance : ou bien entant qu'elle fe produit en acte & qu'elle exerce fes opérations. Si nous la confiderons en cette féconde manière, elle veut défia actuellement , or nous cherchons la raifon pourquoy elle veut actuellement. Si nous la con- fiderons en la première , veu que ce qui eft pure- ment ôcfimplement vne puiflance ne fe peut de foy mefme produire en acte , comment nous ima- ginerons nous quô la volonté le puiflè faire fans
fur Ufubiet de la Réprobation. 79
l'aide de quelque autre caufe que d'elle mefme? Il faut donc neceflairement qu'il y ait quelque autre chofe hors la volonté de laquelle la volon- té mefme dépende. La volonté donc aura auto- rité & domination fur les au ti es facuhez que la nature a mifes au deflbus d'elle pour releuerdc fon commandement; mais elle n'en aura du tout point.ni fur foy,ni fur les propres a&es a elle mef- me. En quoy donc confifte proprement noftre li- berté* Cerres pour le regard des actions qui pro- cèdent des facuhez qoiïontfoumfes a la volon- té , nous pourrons eftre appeliez libres quand nous ferons ce que nous voudrons. C'eft pour- quoy les Stoïciens définirent la liberté >la facul- té de faire ce que Ion vent. Car pour exemple cc- luy qui eft eftropié de Ces iambes , ou qui eft em- pefché par maladie , ne peut pas eftre eftimé libre eu égard a l'aclion qui confifte dans le marcher. Ni de mefmes celuy que l'on tient attaché, ou qui en quelque façon que ce foit n'eft point en cet égard maiftre de fes actions ni de foy mefme. Au contraire cettuy-ià ett libre qui ne rencontre point d'empefehercent a telles fortes d'actions quand il a enuie de les faire. Quant a ce qui eft des actions que la volonté mefme produit , noftre liberté ne peut eftre conftituce en la faculté de vouloir ce que nous voulons. Carqu'eft ce que cela pourroit eftre > Il faut doneneceflairement qu'elle confifte en ce que quoy que nous vueiî- lions nous le voulôs de noftre bon gré, & induits que nous y auons efté par des raifons confiderée* en vne confultation que nous auons nous mefme faite en noftre pensée. C'eft pourquoy Ariftote conjoint toujours ces chofes enfemble pour fair$
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So Defenfe de la doEtrine de Caluin
que lesa&ions qui procèdent de nous puifTene eftre véritablement appeliées noftres. C'eft qu'el- les ne procèdent point d'vn appétit nature^com- meeftlemouuementdes choies pefantes en bas, ou ledefirdela viande dedans l'eftomach, ou en vnmot ce qui dépend delà faculté par laquelle nos corps le nourri0ent;item, qu'elles ne pro- cèdent point d'aucune caufe externe & violente : mais que nous les produirons de noftre bon gré, & auec délibération & cognoilTance de caufe. De forte mefmes que ces actions que nous faifons partie de bon gré partie de force, & qu'Ariftote appelle mixtes a cette occafion ( comme eft le iecT: des marchandises en la mer, pourfoulagerleNa- uire a l'heure de la tempefte) font bien eftimées par Iuy inuolontaires & forcées, fi vous les confi- nerez en elles mefmes precifément; mais fi vous les regardez eu égard a ce moment de temps au- quel elles font produites , il croit quelles font libres & volontaires. Car comme il n'y a person- ne qui degayeté de cœur iette f^es marchandifes en la mer fila tempefte ne l'y contraint,* aufli ce que nous le faifons quand la necefîité le requiert pourconferuer &le Nauire & noftre vie, nous le faifons de noftre bon gré & après meure déli- bération , pource qu'il faut racheter fa vie a quel- que prix que ce puiiîe eftrc.
Or la necefîité peut fort bien compatir auec ces deux fortes de liberté. Àueç la première. Ca* posé que quelcun vueiile marcher Ôc qu'il fok pourueu des membres & des facultezque la na- ture nous a données pour cela , de qu'il n'en foit point empefché par maladie , & qu'on ne le tien- ne point attaché 3 & en vnmot > qu'on ne donne.
âacafl
, fur le fubiet de la Réprobation. .81
mYçunempefchementarexecutipndcfâpeméc,il marchera fans doute > ôc librement , & neant- moins necefîairementtoutenfemblc. Librement^ d'autant qu'il le fait de fon bon gré , ôc pour ce qu'il le veut, & fans contrainte. NecefTai rement > d'autant qu'on ne fc fçauroit imaginer qu'il le vueilleveritab!ement& fericufement, & qu'ille jhS#s puifTe, ôc que neanrrnoins il ne le face pas. Ce Eth/- qu'Ariftote mefme enfeigne difertement en ces Iib. ?*' paroles. // y a, dit- ilen (es Ethiques, vne certains c^* 5» opinion ^ou vn certain iugement qui efi des chofes. vnim uerfelles , & vn autre qui eft des chofes fingpdieres9fuf lefquelles les fens ont vne particulière domination* Or quand ces deux opinions feioignent enseblepmr n'en compofer qu vne feule , il faut NECESSAI- REMENT que l'ame vienne a affirmer & a pro- noncer ce quieft contenu en la conclu fon v& demef mes , quand il efi que ft ion de chofes qui tombent def- fom l'action, qu'incontinent elle agi ffe. Comme fi on vient a ioindre ces deux propojitims ensemble , Vvite générale , il faut manger de tout ce qui eff doux § Vautre comme d'vne chofe fïnguliere, or efi il que cela efi doux, il faut N E CESSA I REMENT que celuy qui ratfonne ainfi , s'il -le peut &. s'il n'en ett point empefthé , en mange. Ce qu'il conErme encore au chap. $. duliutedu mouuement des Animaux ; au îiure 9. delà Metaphyfiquechap. 5 & autres lieux femblables. Àuec la féconde suffi. Car puis que la liberté gift proprement en ce que nos actions procèdent de délibération auec cognoiflance de caufe , tout a£te de nos vd- lontexpourfï neceffaire qu'il foit , s'il proce4e d'vne délibération de Tentendement, deuta^fàe eftimé libre. Or que les a&es de nos volontés
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Si Defenfe de la doctrine de Caluin
procèdent neceflairement de conlultation cV de- libération, l'expérience le monftre cV Anftotel'a enfeigné au paffage que ie viens d'alléguer. Car certes perfonne ne mange de miel fmon pource qu'il le veut ainfi. Ainfi faut il que le manger fui- ue & que quelque aéte de la volonté précède. Or Anttote dit que celuy qui en mange ainfi , en mange necejfatrement. Il faur donc que l'acte c^e la volonté qui a précédé le manger (bit neceflaire. Cependant cet aftede la volonté procède de la conion&ion de ces deux proportions > // faut manger de tout ce cjhi efl donx ,&c>oreft tique cela efl doux , pour n'en compofer qu'vne. Or q>'eft- ce cela finon ce qu'Anftote appelle ©©£«§«».• qu'on nomme dans les Efco'es preéleb~ti9Ky & queie ne puis mieux tourner en François qu'en difant que c'eft vne refolution qui refulte d'vne délibéra- tion précédente? Partant cefte délibération, eu ce refultat de la délibération produit necefTaire- mét l'acte de la volonté. Ou donc il y a quelque neceffité qui n'a rien de commun auec celle de la fatalité , ou la recette qui v;ent de confuhanon & de délibération eft fatale. Ce que nul de ceux qui fçauenr que c'eft que deftin ou fataîi é , com- me ie l'ayreprefentéecy-deiTus, ne pourra iamais ni penfer ni dire. Certainement S. Auguftin té- moigne en quelque lieu qu'il n'a pas grande auerfion contre le mot de defiin , fi on ne luy fait rien fignifier autre chofe (înon la très fage & tres- certaine prouidence de Dieu. Et neantmoins fi les difciples d'Arminius faifoient , comme ils le doiuent , relener vniueriellemcnt toutes chofes de la conduite de cette prouidence, & que nota- ment ils fiflent dépendre de fon gouvernement
furie fuiet de la Réprobation, 8$
les entendemens & les volontez des Jîommes, nous n'aurions peut eftre point entre nous de conteftation pour les mots. Nous foufFririonsde bon cœur qu'ayant banni del'vfage des Chrçftiés le nom de fatalité, ils fe glorifiaient d'auoir de- ftruit la fatalité mefme. Mais de vouloir, comme ces Mefîïeurs le font trop clairement , fouftraire la volonté de l'homme a l'autorité de cette diuine prouidence, & d'appeller par reproche & contii» melie la doctrine qui enfeigne quelcconfeil de Dieu difpofe très- certainement de tout , de ce nom de Fatalité, c'eft ce que nulle douceur, nulle indulgence ne peut permettre. Car pour adioii- fter encore quelque chofe aux précédentes, que peut auoir de femblabie a la force du deftin celle de l'efprit de Dieu qui conuertit les hommes }Jfe deftin ,difent les Stoïciens, déployé fa puifïànce fauorablement furies âmes que les bonnes incli- nations de la nature. , ou l'exercice des bonnes aérions ont derla ployées a la vertu ;: au lieu que l'EfpritdeDieu quand il commence a opérer en nous, nous rencontre tous corrompus & enue- loppez de péché ,dot nous ne fçaurions nous dé- faire. Le deftin , difentils encore , ayde feule* ment les inclinations que nous auons au bien, de forte que des bonnes avions que nous faifons noftre franc arbitre en emporte la principale loiiangc : L'Efprit de Dieu au contraire & ac- quiert ôc donne a Dieu toute la gloire de noftrc conuerfion. L'opération du deltin , comme ils l'entendent , eft purement phyfiquè > & ne s'iràà» gine t'on pas qu'il touche nos entendemes autre- ment que comme l'application de la main poufïe le cylindre, qui quant aluy n a point deffentiânem
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8 4 Defenfe de ta doftrine de Calvin
ni de cognoifTance de ion propre mouuement: Au lieu que la grâce de l'Efprit fe refpand douce- ment dans nos entenderoens & les remplit de fa lumière, pour les rendre capables d'apperceuoir & dr reconnoiftreladiuine excellence & beauté de iobiet qui leur eft prefemé ; d'où naift vn mouuement & vne a&.on de Foy 6c qui fe fent très- bien elle mefme , & qui en la cognoifTance qu'elle a de foy poffede & fauoure vn contente- ment incroyable. Quant aux reprouuez , a quel- le occafïonfe phindi oient ils que Dieu leur euft imposé vne fatale necefîité de pec her ? Car enco- re que les StoïqucsefTayaiTentd'eflongnerdude- ûin le blafme des mauuaifes actions que les hom- mes commettent , fi confeffoient ils pourtant qu'elles prouenoient en quelque feçon de Tim- pulfîon du principe qui nous y poufle par dehors. MaisquantaDieu il ne pouffe point les reprou- uez au mal , il ne les endurcit point par aucune réelle action qui dépende de fon efficace , il luy fuffit de les abandonner a eux mefmes ; quant a euxc'cft leur propre nature qui les precipiteau péché. Finalement, puis qu'il a vsédvne fi g an- de bonté enuers les reprouuez , que de les appel- lcr arepentance , en leur prefentant l'efperance du pardon & de h bien heureufe immortalité, pourueu qu'ils vueillérferepénr&croirejqu'elle neceilité leur a efté imposée ou de périr, ou de no croire pas, qu'ils ne fe doiuent iuflement imputer a eux mefmes ? La feule Foy leur a efté neceiîàire pour obtenir le falut. Pourauoirla Foy ils n'ont eubefoin finon que d'vncofté la Croix de Chrift leur fuit prefentée pourobiet, & que de l'autre ils y apportafïènt vn entendement docile, non
fur le fuiet de la Réprobation. $5
refra&aire , non attaché a (es vices, non afferui a Tes affections corrompues. Quant a la Croix de Chrift Dieu a efté fi mifericordieux enuers eux que de la leur faire non feulement prefenter, mais reprefenter encore & inculquer par fes exploita- tions continuelles. Pour l'autre ebofe qui conlî- fle en vn entendement bien difposé , qu'eft cç qui les a empefehez de l'y apporter (înon leur feule maîice inuincible & dcfdperée ? Eft ce donc chofe excufable ou fupportable que ceux qui ont refîfté aux doucesinuitations de Dieu auecvne (î grande opiniaftreté , ou entreprennent d'accu- fer fa feuerité , ou prétendent qi>e leur malice dewienne excufable ioubs ombre qu'elle a efté in- euitable & fatale?
Ce que l'Aduerfaire dit de Melan&hon qu'il a d-uis fes lieux communs nommé la doctrine de Caluin , la fatalité des Stcïques , ne nous doit pas beaucoup émouuoir. Ou bien Melan&hon n'a pas la parlé de la doctrine de Caluin , lequel aufïi ne nomme- t'il point : ousMen a voulu parler il ne l'a pas entendue, ou s il l'a entendue , en cela s'eftil monftré iniurieux , quil n'a point eu de crainte de deshonorer autant corne il a peu vne do&rine véritable & conforme a la parole de Dieu, par des appellations infâmes. le ne diray rien de l'Epiftre eferite a Peucer, pourec que ie ne l'ay iamais veu'é. Ni Arminius , qui en a fî ie ne Fn ja me trompe , le premier fait mention : ni l'Aduer^ dccj. faire qui en cela comme en autre chofe fuit Ar <k fou minius, ne nous ont point marqué l'endroit ou ©pins- on la rencontre. Ou qu'elle foit, elle ne fc trou- ue point ni entre les œuures de ce perfonnage im- primées a Balle en cinq volumes il y a cent ans, ni
26 Defenfe de la doBrine de Caluin
dans Ces Opufculesadiouftez au corps de la do- ctrine Chreftienne , imprimé a Lipfic en Tan mil cinq cens foixante. Taduertiray leulement le Le- cteur de ce que Caluin a laiffé par tfcrtt en l'Epi- ftre'dedicatoire du traitté de la Predeftination aux Syndics & au confeil de Geneue. On a, dit-ii, femé le bruit en plufieurs lieux que ce brouillon dont il eft queftion maintenant , efloit tenu par vous en prifon fort étroit te & auftere, comme awjî f oit qu'il bty fuft permis d'aller tous les tours par la ville. Vous nous fouue^aujfi rendre bon témoignage quelle ma- lice ça efie a d'aucunes langues venimeuses de faire accroire que nom faifwns inflance qu il fuft me- né au gibet. Jouant a telles calomnies pour vertueu- sement & prudemment faire il ne s'en faut point fort émouuotr , mais les mejprifer iufques a ce qu'elles s'écoulent. De forte que ie ne doute nullement que Melanéfchon,perfonnagepeuteftre vn peu trop crédule, ne fe (oit laiffé abufer par de celles ca- lomnies. Et fi c'eft la mefme hiftoire qui eft rap- portée par Beze en la vie de Caluin fur Tan mil cinq cens cinquante & vn , f& c'eft fans doute elle mefme , eu égard a la rencontre des temps. Car l'Epiftrededicatoire du liure de la Predefti- nation eft datée du i. iour de Ianuier M. D. \A\.) onne peutimputer aucun blâmeace grand hom- me. Car il eft bien vray qu'en ce temps là on mit en prifon Hierofme Boliec, qui citant forn du. Monafteredes Carmes auoit fait femblant d'em- braffer la religion Reformée, & puisenfuiuantia légèreté trop ordinaire a telles fortes de gens , eftoit retourné en la communion de Rome. Il fut , di- je, mis en prifon, & quoy qu'il euft mérité Y^bien rigoureux chaftiment, fi eft-ce que le Ma-
furlefuiet de la Réprobation» 87
giftratdeG neuefë contenta de le bannir, auec dénonciation de plus grande pêne s'il le retrou- uoit dans la ville ou dans Ton territoire. Toutes- fois cela fe fie non pourec q »'il fuft d'autre lenti- rnentque Caluin , mais pource qu'eftant Pela- gientoutafaitils'eftoitlaifté eroponer a d'indo- lentes & publiquesinue&iues contre la vérité & auoitmisenhafardla tranquillité de la Republi- que. Et derechef il fe fit non a l'initigation des Théologiens du lieu , m lis du raouuement & par l'autorité du Magiftrat a qui il appartient de pouruoiraureposde l'Eftat. Et finalement il fe fît encore non fans l'aduis des Vides voifines & amies , mais après que le Magiftrat en eut conful- télesConfiftoires des Eglifes de SuiiTe. Or a le fuccez monftré qu'il y auoit quelque (met de fe re- pentir d'auoir vsé de tact d'indulgence entiers c« garnement: Car s'il euft efté traitté comme il le meritok, il n'eul* pas quelques années après mis en lumière vn libelle UifFamatoire , où il vomit contre Caluin toutes fortes de calomnies auec vne audace &vne impudence incroyable & fuis exemple.
CHAPITRE V-
Que la doéîrinede Caluin n'ejl point con- traire à ï Ecriture.
EN fin noftre Aduerfaire vient anx tefmoigna- jgesderEfcruure , à laquelle fi Caluin auoit
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«3 Defenfe de la doUrine de Calvin
efcrit quelq-je chofe de contraire, ils'endédirote luy mefme s'il eftoitviuant, & nous le laiderons fansdeffenfe. Pefonsdoncattentiuemeot ce qu'il ènallëgae A cette dsUrine , dit nofte difputeur, i'Efcriture femble eflre extrêmement contraire , (2r Cela en divers lieux Comme Ez,e hiel ?$. n. le fuis vivant dit le Seigneur, que ne veux point la mort du ■pécheur, mats qu'il fe converties de [on train & qu'il pive* Et afin que perfonne nepenfe quil eft là parle du pécheur confideré comme repentant, qu'on life aujjl dans le mefme Ez,erbiel chap. 18. verfi 52 le ne veux point la mort de celw qui meurt, dit le Set- gneur. En cet endroit la ceux en la perdition defqvels Die v ne prend point plaifir , font les mefchans qvi mevrentpoVvcë qv ils ont reiette la grâce, JPuefi me [mes Dieu ne prend pas plaifir en la mort de cevx ld> beaucoup moins en prendra t'ilen la mort de ceux qui font innocens , ou au moin s qvi ne font coupables que du péché originel feulement, Dieudeiue qu'on luy adiouftefoy,dit Tertullian. O que nousfom* mes heureux nous pour l'amour de qui Dieuiu- re'.O que nous fommes miferables (î mefme quâd il iure nous ne le croyons pas ! Certainement fi I)ieu ne prend point plaifir en la mort des mefchans mefmeSy comment fe f>ourroit-il faire qve de fa feule volonté y ovpar vn décret abfclv , fans avoir etrard a leurs mavvatfes œuvres qu il apreueues , */ rejer- uafi tant de militer s d'hommes, vtfœns dans le péché d'Adam ala neceffité ineuitable despénes éternelles?
RE SPO N SE.
Il eft a propos d'entendre Caluin luy mefme
en l'interprétation qu'il donne a ces paroles, afin
que (es aduerfaires voyent ce qu'il en a perisé. Et
pource qu'il n'a pas continué fon Commentaire
i ■ • .
furie fuietde la Réprobation» 89
furEzechieliufques au chapitre trente- troifief- me , il en faut tirer fon fentiroent du Commen- taire fur les lieux femblables Voicy c luy (ur le mefme Prophète chapitre 18 verfec^i. 52. letteZ arrière de vous vos forfaits par lefquels vous auez* forfait , & vous faites vn nouueau cœur & vn ejprit nouueau : & pourcjuoy mourriez* vous * maifon dl- fraèl ? Car te ne pren point plat fir a la mort de celuy qui meurt ( c'eft a dire , dit Caluin , de celuy qui petit > ) dit le Seigneur y V Etemel. Conuertijfe/^yous doncques & viueT, Derechef adioute til,£2echiel exhorte le peuple qu'en la^ffant fes plaintes il recon- noijfe quiln'y a nul remède afes maux ,finon qu'il fe reconcilie auec Dieu, Or cela ne fepounoit faire s'il ne fe repentoit Car ni Dieu neftoit pas courroucé pour néant , ni ce nefloitpas iniuftemen a la façon des hommes , qu'il les hayjfoit » comme s'ils eujfent efié tnnocens, 6r comme s'ils n eu jfent rien mérité de tel. Oricy Dieuprend la perfonne dH vn homme dolent ; Pourquoi mourriez, vous , dit- il * maifon dlfrael ? Nous voyons donc que Dieu repoujfe loin de foy ce faux reproche , duquel les en fans d'Ifraelle char- geoyent , quand ils dif oient qu'ils perijfoient par fa trop grande rigueur , & quils ne voyoient point la caufepourquoy il eftoitffeuere alencontre d'eux. Il prononce a toppofite qu'ils font caufe de leur propre mort ; & puis il leur monflrele remède , c'eft qu'ils changent leur vie en mieux , & non quant a l'appa- rence extérieure feulement , mais en telle façon que lafnceritédu cœur y corresponde. Et enfemble il té- moigne qu il ne fe monflrerapas inexorable ; mefmes ilvadefon bon gré au deuant à eux pour fe reconci- lier ipourueu que quant a eux ils Je repentent de bon cœur & nonparfeintife. Et fur le verf. l$. du mef«
$Q Defenfi de la doctrine de Caluin
me chapitre. Le Prophète confirme le mefme propos far antres paroles , a fiauo'tr que Dieu nedefire rten dauantage [mon que tous ceux qui periffotent & fi precipitoient en la mort , retournent au chemtn de falut. Et pour cette caufe aufft l' Euangtle eft il non feulement publié auiourd huy pour tout le monde , mais Dieu a voulu rendre aufft témoignage de tout temps & en tous aages combien il eft enclin a faire mifericorde. Car combien que les hommes profa- nes ri eujfcnt point deloy ni de Prophètes y fi eft ce tou- tefois qu'ils ont toufiours eu quelque gouft de cette do- Unne. Il eft v ray qu 'elle a e li e Jujfoq » ie de plu fie u r$ ohm & erreurs ; mais fi trounerons nous toufiours qu'ils ont eftépoufftzj a demander pardon par vn mou* ttementfecret & occulta a caufe qu'ils auoient ce fin' timent & perfuafion engrauée comme naturellement en eux mefme s , que Dieu eft preft de faire grâce a, tous ceux qui le cherchent. Mais Dieu a teftt fié cela plu* d tir émet par la Loy & parles Prophètes- £)vat a l Euangtle , nous fçauois comme il nous conuie doucement , en nous promettant pardon & grâce Et € eft aufft la fcience d,e faim , d embrajfer fa miferi- earde laquelle nous eft offerte en fefus Chrift. Dont il s* enfuit que ce que dit icy le Prophète efl très véri- table , que Dieu ne veut point la mort du pécheur. Tource quil preuient de fin bon grc , & ri eft point feulement preft de receuoir a mercy tous ceux qui ont leur refuge en fa mifericorde y mais il les rappelle a piéne voix pour retourner a lu y > quand il void qu ils font comme du tout aliène? de toute ejperance defa- iut. Mais il faut noter le moyen comment Dieu veut que tous hommes foient fauue7 , afçauoir après qutls fi feront conuertis de leurs vojet» Dieu donc ne veut fax que tous fiicnt fauueT en forte qu'il renuerfe ton-
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te difcretion & iugement entre le bien & le mat Ainsilfaut , comme il efticy dit , que la repentance précède la remijfion des péchez,. En quelle façon donc Dieu veut il que tous f oient fauueîQ A fçauoir pour- ce que le S. Ejprit condamne autonrd'huy le monde par VEuangtle, dépêche , de iuftice , & de iugement, tout ainfi que le temps paft tl le condamnoitpar la Loy &par les Prophètes. Dieu donc fait connoiftre aux hommes combien ils font miferables , afin que par ce moyen ils ayent occafion de fe retirer a luj , a faitvneplaye afin de la guérir, il tue pour viui fier. Nous entendons maintenant donc que Dieu ne de- mande point la mort du pécheur , pource qu'il appelle tout le monde indifféremment a repentance. Main- tenantfiquelcunalleguequilnya donc point d éle- tlion de Dieu , par laquelle il en apredeftinéun nom- bre certain a falut , la rejponfe eft facile : afçauoir que le Prophète ne parle pas icydufecret confeil de Dieu, ainsqu il rappelle les pour es pécheurs qui font au chemin de defejpoir , afin que saffeurans de la re - mijjion de leurs péchez, , ils embraffent le falut qui leur eft offert , & que par ce moyen ils fe changent. Or penfe-je qu'il eft maintenant clair par ces paroles ce que c'eft que Caluin acreude lacaufe de la perdition des hommes, & de l'inclination laquelle eft en Dieu a vfer de clémence enuers eux. Et quant a la manière de laquelle il fe prend pour accorder ces partages auec la doctrine du décret abfolu de laReprobation,nous l'explique- rons cy- après plus amplement. Pour le prefent ie n'ay voulu gaigner que ce point fur les refaites & les Arminiens, qu'ils n'ayent plus cette opinion de Caluin qu'il ait creu que Dieu prend plaifir en la mort des hommes. Car comme c'eft vne choie
$1 Defenfe de la. doBrine de Caluin
tref élongnéedela vérité , aufli cet incompara- ble Théologien Ta ni loufiours extrêmement eflongnée de Ta pensée. Certes nous ne ptenons pïaifir finon aux chofes que nous aimons. Or tout ce que nous aimons , nous l'aimons cnl'vne de ces deux manières : ou bien entant que c'eft la fin a laquelle nous tendons , foubs quoy il faut com- prendre tout ce qui eft beau & honnefte en foy meime 6V quant & quant tout ce qui eft délecta- ble : ou bien entant que c'eft le moyen par lequel Eehi- nous efperons paruenir a cette fin , comme eft au qoesa iugement d'Ariftotç , tout ce qui eftvtile. Et liu. « cPyant a ce °tue nous confiderons tomme fin, nous cK %, l'aymons a caufe de luy mefme ; pour le regard des moyens qui conduisent a la fin , nous les ay- mons a caufe d'elle. Pour donc appliquer cela a noftre propos , la mort du pécheur entant que c'eft vne mort, ne peut eftre contée ni entre les chofes qui font bonnes & honneftes d'elles mef- snes , ni entre les chofes qui lont délectables' Elle n'eft point entre les thofes belles & honneftes , pource qu'elle n'eft pas de la nature de ces biens que l'on appelle moraux, & qui font dignes de louange & de recômandation.Ëlle n eft point en- tre les chofes délectables non plus : car quelle dele&atiô ou contentement eft ce que Dieu peut feceuoir de la mort des hommes? Ceuxlafeuls tirent du piaille de la mort d'autruyaqui la co- lère & le defirde la vengeance a non feulement troublé la raifon, mais ofte l'humanité mefme. Or la nature de Dieu n'eft fufceptible ni d'aucun trouble de la pafîîon , ni d'aucun tranfport de la colère. Partant fî Dieu veut la mort du pécheur , ii ne la veut que comme vn moyen neceflaire
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pour paruenir a fa fin , & *'il y prend plaifir, c'eft, comme on parle, vue chofe acedentelie , entant que c'eft par ce moyen la que fa Loy & fa iuftice qui a efté oftensée par les péchez des hommes , eft conteniéc. Or faut fl icy le reffouuenir de ce que nous auons dît cy delus, que la damnation, ôc la réprobation font choies différentes. Caria damnation eft vne action de Dieu confideré com- me 'uge, qui prononce que ceux qu'il condamne font dignes de pêne a caufedeleur incrédulité ÔC de leur impenkence : prononciation que la pêne mefme fuit après actuellement. La Réprobation n'eftpas proprement vne action de Dieu entant qu'il eft luge , mais entant qu'il eft le fouuerain Seigneur de toutes choks > qui donne ou qui re- tient fes biens félon fon bon plaifir. De foi re que c'eft bien iuftement a la vern é que D;eu a refusé aux reprouuezîe don de la Foy. Car en cela il n'a rien fait iniuftement, pourcequMs eftoient dignes d'eftrclaiftèz en arrière. Miisfi ne le leur a ul pas refusé pourtant a ce que cela leur tienne lieu depeneacaufedeleur incrudeli?é & de leur impenitence ; l'incrédulité & l'impenitence de- uanreftreconfiderée comme vne luitte de laRe- p obation , & non pascomme fa caufe impulfiue 6c antécédente. Il ne fe peut fiire que Dieu laifle l'incrédulité & l'impenitence impunie fans faire torrafaluftice. Ce que les difciplesd'Arminius ne nieront fans doute pas, puis que les ennemis mefmes de la farisfaction d~ Chnft le confeiïènt. Mais il a peu ne reietrer pas les reprouuez fans of- fenfer fa Inftice aucunement , puisqu'il n'y a eu caufe quelconque ponrquoy il les reicttaftplu- ftoft que les efleus , firioo fon bon plaifir feule-
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ment. CarcommeMonfieurGrotiusa fort bien dit en quelque lieu, il y a des chofes lesquelles on fait iuftement , qu'on pouuoit pourtant laiffer de faire fans commettre iniuftice aucune. Qui punit vncoulpable, le fait iuftement; & neantraoinsil y a quelques fois des téps & des occafions efquel- les on peut vfer de clémence enuers vn coulpable & luy pardonner fans iniuftice. Qui redemande ce qu'on luy doit, fait iuftement encore : &tou- tesfoisfî bon luy (embleil le peut remettre libé- ralement fans iniuftice de mefmes. Etfînalemët qui donne l'aumofne la pouuoit peut eftreiufte- ment refufer s'il vouloit, 8c neantmoins il l'a peu aufîi donner mifericordieufement & fans faire in- iuftice non plus. Ces chofes ainfi expliquées il eftmanifefte que Dieu en l'acte de la Réproba- tion , non feulement n'a point pris de plaifir en la mort du pécheur coniideréeenelle mefrne: mais qu'a proprement parieril n'en a tiréaucune déle- ctation mefmes par accident. Car en la Répro- bation il ne s'agit pas de faire fentir la mort com- me pêne , mais feulement de ne donner pas la grâce de la Foy. Et partant c'eft inutilement que noftre Aduerfaire nous demande icy auec quel- que efpece d'admiration , comment il s'eftpeu faire que Dieu de fa fenle volonté & par fon dé- cret abfolu fans auoir egaidaux mauuaifesœu- ures qu'il preuoyoit qu'ils deuoient faire , ait rer feruétant de millaines d'hommes gifansdans le péché d'Adam a la nece(îîtéineuitable des pênes éternelles. Cela dit contre Caluin fe trouue en partie faux, en partie imputé d'vne façon odieu* le. Faux, pource que iamais il neluy eft armé de dire que Dieu de fa pure volonté aft referué les
fur lefubietde la Réprobation. 95
hommes a la perdition éternelles fans confïdera- tion de leur péché Imputé d'vne façon odieulc, pource que l'Ad jerfaire n'explique pas quel lieu félon l'opinion de Caluin ce péché d'Adam dans lequel font gifans ceux qui font condamnez, tient dansledectet de leur condamnation. Etc'eftce qu'd nous faudra plus diligemment examiner cj après- Cependant l'Aduerfaire pourfuir ainfi.
En S. Luc chap. 19. 10. // eft eferit, Le Fils de l'Homme eft venu pour chercher & iauuerce qui elioit perdu. Il eft donc venu pour fauuer tous les hommes , puis que tous les hommes font perdus. Ce qui ne petit confifierauecU décret abfolu d'en reprox~ uer vwe grande partie.
RESPONSE.
Sinon que ie me fuis feulement proposé de défendrek doctrine de Caluin, ie pourroisref- pondre que Chnft ne dit pas q ie le Fils de l'Hom- me eft venu pour fauuer tout ce qui eftoit perdu. Et (ans ce mot de tout le raifonnementde l'Ad- uedaire cloche Car quand nofire Seigneur n'au- roit racheté qu'vn homme feulement,ie vous prie n'euft il pas lauué ce qui eftoit perdu? Mais Cal- uin luy mefme fe defend d'vne autre forte. Car il eft bien vray qu'il a dn fort peudechofeen fon Commentaire fur ce lieu, fe contentant de ces paroles. Afin qu'il ne femble que la vie précédente de Zache'e ( car îlauoitefté chef de peagers ) luy ait ferme la porte au falut , Chrift monftre par fon office qutln'y a rien en ce changement dont onfe dôme fcandalifer, veu qu'il a efté enuoyê de parle Père four fauuer ceux qui font perdus. Mais il eft aisé do
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fuppleérd'vn autre endroit ce qu'il euftrefpondu s'il euft voulu expliquer la chofè plus amplement. Voicy donc comment il parle au hure de la Pi e- deftination. Ilfimble a beaucoup que puis que Iefusr Chrifl eft Rédempteur de tout le monde , & qu'il* commandé que fort Euangile fuft communzmet pre fi- che a tous ; que cela ne s'accorde point auec vne éle- ction Jpeciale de certain nombre* Car f Euangtle eft vn ambajfade de paix pour reconcilier le monde auec Dieu , témoin S* Paul ; &fieprefichë comme luy mefi- me dit afin que ceux qui croyent foient fiauuez,. le refton brieuement que Chrift a tellement efté ordonné afialut a tout le monde , quilfiauue ceux qui luy ont efté donneTdu Père ; qu'il eft la vie de ceux defiquels il eft le chef '; quil reçoit & accompagne auec foy en tous [es biens ceux que Dieu a voulu adopter par fin bon plaiftr , pour eftre fis héritiers. Caluin donc ne nie pas que Chrift ne (bit venu pour fcuuer tous les hommes pourueu qu'ils croyent nlniefeule- meutquede lail s'enfuiue qu'il n'y ait point ds prerogatiue particulière ottroyée a quelques vns & refusée aux auttes, laquelle coniifte en la grâ- ce de croire.
L'Aduerfairepourfuitainfi. En S feany chap. 15. 2i. Si ie n'eftois point venu & que ie n'cuiïe point parlé a eux ils n'auroient point de péché; mais maintenant ils n'ont point d'excufe de leur pcché. Et neantmoinsfe cette opinion du décret abfo- lu eftoit vert table , ïlsfimblerotent auotr vne excufie affez, valable , prifi d'vne tmpuiffance d'eflre fauuez* laquelle ils ne peuuent furmonter ; en ce que Chrift ne(t point venu pour eux » que Dieu n'a point agi efjicacieufiment en eux , cr que par vn décret abfilu de Dieutils ont efte prédéterminez, a la mort éternelle.
RESPONSÈ.
far le fuiet de la Réprobation, çj
RESTONS É.
L'Aduerfaire met donc l'excufe des reprouues en trois chofes. En ce que parvn décret abfoli* Dieu les a prédéterminez a la mort. En ce que Chrifl n'eft point venu pour eux: Et finalement en ce que Dieu n'agittpoint efficacieufement eri eux ; D'où vient qu'il eft impofîible qu'ils croyêt, & cela par vne impuiflance qui leur eft entière- ment infurmontable. Pour le premier nous auôns défia prouué que Caluin n'a iamais efent que la predeterminationalamort éternelle , qui eft proprement la damnation , ait eftë faite abfolu- ment ; fi ce mot abfolument fignifie que Dieu en cette predetermination , n'ait point eu d'égard au péché, ôc principalement a l'incredulité,com- me a fa caufe méritoire. Et cela eft clairemene confirmé par le Commentaire de Caluin fur ce pafïage. Car voicy ce qu'il dit fur ces mots. Ils ri auroient point dépêché» Ilfemble que lefus Chrifi Calma vieille dire par ces paroles qu'il ri y a point d'autre &r Isa péché que f incrédulité \ &y en a aucuns qui le pen~ *f • *V fent ainfi. Saint Auguftin parle plusfobrement) tou- tesfois il aproche de ce fens. Car pour ce que laFoy pardonne & efface les peche^j il dit qu'il ri y nqne le pèche d'incrédulité qui damne f homme. Cecy eft bieœ dit , veu que l'incrédulité non feulement empefche que les hommes foient exempts de la condamnation, de mort , mais aujfi eft la four ce & caufe de tous maux. Mais toute cette dijpute ne fertderien aà. prefent propos , &€- Partant (elon le fentiment de Caluin , & il y a punition ordonnée pour l'incré- dulité , & là bU l'incrédulité ne fë trouuè peint j
Au liu.
98 Defenfe de la doShrwe de Caluin
c'eft a dire , ou la Foy fe trouue,il n'y a point d'autre péché qui fepuniffe. Dieu donc a de tou- te éternité décrété de punir l'incrédulité : Car de tout Temps îuy font connue;» toutes les œuures. Pour le iecond , Galuin y refpondra enecre luy » , roefme. G- orge de Sicile penfe argumenter bien fub- pre, tilement quand il } dit , que thrifi efi la propitiation deft. pour les péchez, de tout le monde, l 'efi fans contredit queChrfi ej} venu pour expier la péchez, de tout le monde. Afais la folution vient incontinent en „ auant » afin que quiconque croid en luy ne penjfe point , mais qn il ait la vie éternelle» Item. Encore que la réconciliation foit offerte a tous par l'Euangi- le , c'efi pourtant vn bénéfice particulier aux eficusy qu'ils foient recueillis en la communion de vie. Toute exeufe eit donc oftée sux reprouurz par ce moyen. Ilsontaccez & entrée alamifencor- àede Dieu par Chriït , pourueu qu'ils croyenr. Pour le troifiefme, voyons encore comme Caluin s en demefîe. Siie nefiois point venu. Il attendit que les Iutfs auotent en haine l'Euangile , pource qu'ils ne cognoifibient point Dieu. Or afin que nul ne penfafi que cela fer uijt a amender leur faute , il adioufie que c efi par malice qiï\ls font aue-uqlez,; comme fi quelcunfermoit les yeux , afin qu'il ne fufi contraint de voir la lumière. Car autrement on eufi peu faire cette obieciion a lefus-Qhrifi , s'ils ne co~ gnoiffent point ton Pere,pourquoy efi- ce que tu ne re- médies a leur ignorance ? Pourcuoy n'as tu pour le moins cjfye s'ils efi oient du tout indociles ou non ? // rejpond qu \lafait office d'vn bon &fiiele Dotlcur; Muicu- mais il n'a rien profité, pource que leur malice les a tIS1'1 varditdes'amander. Iuftement comme Mufculus ij< 11. interprète auffi ce pafTage. Chrifi,âit- il, aadiou-
fur le [met de la Réprobation, $$
fie ces paroles , afin de donner a entendre que cette ig^ norancedes luifsn'eflpasfimple & ex eu fable ,j mais malicieufe j & telle quon.ne la peut ex eu fer d'aucun prétexte : pource qu'ils auoient & o'iiy & veu des çho- fes parlefquelles tls pounoient ai f ment efire induits a croire s'ils n'eufent eu les yeux aueuqlls & bouches d'vne malice incroyable. Noftre Aduerfaire void il donc pas que cette împuifTance qu'il appelle inuincible, eft inuinciblea la vérité, mais neantr moins volontaire ? Eft-il donc raifonnable que les incrédules pretédent auoir vne iufte & légiti- me exeufe en cela , qu'ils ont efté iî mefehans que no feuleqiétils ont volôtairement fermé les yeux à la venté, mais roefmes qu'il n'a peu autrement arriuer linon qu'ils les ferme royent auec vne opi- niafireté inuincible? Mais, dit il, Dieu n'agit pas en eux erficacieufement.Cela eft fans doute» S'il lefaifoit ils ne leroyent ni (î opiniâtres ni G ma- licieux. Mais auiîî qu'à fon tour l'Aduerfaire me refponde. C'etV vne chofe certaine que la plus grande partie des hommes ne croit pas. En ceux la donc qui ne croyent pas,Dieu a tMagigffica- cieufement, mefmes félon l'opinion d'Arminius H des lefuites ? il n'y a point d'apparence» S'il feuir fait ilseuifentcreiv Car fe peut on Fkgutet en l'entendement , que Dieu agifle effîcacieufe- ment dedans les efptics des hommes precifernent a cette intention d'y engendrer la Foy * Se que la Foy ne s'y engendre pas pourtant? Quelle peut titre cette opération efficaeieufe dont f efficace ne produit rien ? Et ne raut pas qu'il ait recours a dire que Dieu a effiçacieufement illuminé l'en- tendement de tous , mais que la volonté a reiirté ôc n'a pas voulu receuoir ce qui luy a efté prefeà-
I è 6 Defenfe de la doftr'tne de Caluin
té par l'illumination de l'intelleft. Carilyaplu- fieurs moyens deluy oftercétéchapatoire. Pre- mièrement c'eft vne chofe abfurde de dire que l'entendement ait eftéefficacieufement illuminé, &que neantmoins la volonté n'ait pas fenti cet- te efficace & n'en ait pas efté attirée. Car ou bien cette illumination contlfte en l'action de Dieu mefme qui chatte les ténèbres de l'entendement & y introduit !a connoifîancc de Chrift: Ou bien ellec#n(îfte en lacognoifTance melme de Chrift qui cft introduite en l'entendement par cette action de Dieu qui illumine. L'entendement donc eftant efficacieufement illuminé connoift que Chrift ell le Rédempteur , fans lequel il nous faudroit ineuitablement tomber en perdition éternelle. Que fi l'entendement connoift cela, ÔC que neantmoins la volonté le mcfprife,ils'en- fuiura que nous mefpriferons le fouuerain bien après l'auoir connu > & que noftre volonté ap- perera le (ouuerain mal après i'auoir connu de mefme. Or cela ne peut eftre dit par ceux la qui ont feulement (aîné de loin la Philofophie. Puis après posé le cas que l'entendement puilfe cftre efficacieufement illuminé de cette connoiiTance fans que la volonté en foit ni touchée ni efmeuë, puis que les Arminiens & les îefuites mettent la Foy,non pas en l'illumination de l'entendement, mais en ladeterminatiô de la volonté, Dieu aura bien a la vérité agi efficacieufement en l'intellect, quad il yarefplendi parrefpntquerEuagilecô- munique, mais il n'aura point agi efficacieufemët en la volonté. Or a quoy nous fert cela qu'il ait déployé cette fîenne ef c^ceen la partie de nos âmes dont les opérations ne font pas capables de
fur le f met de la Réprobation. loi
nous fauuer > s'il n'a rien opéré en l'autre , de la bonne ou mauuaife conftitution de laquelle dé- pend noftre falut ou noftre perdition ? Les incré- dules peuuent-ils donc pas auilï fe plaindre en cet endroit que Dieu les a abandonnez i Ne peuuét- ils pas alléguer cette exeufe de leur incrédulité que Dieu n'a pas déployé Ton efficace en leurs âmes 2 Imaginons nous encore , côtnc ces gens là le veulent, quoy que ce foie très impertinérnent, que Dieu ait déployé l'efficace de fa grâce dans leurs volontez iufques à ce point qu'elles ayent efté mifes en équilibre, côme on parle, pour eftrç comme balancées entre la Foy & l'incrédulité > fanseftreployées ni de cofté ni d'autre, tant y a que félon eux la grâce de Dieu ne les aura pas dé- terminées pourtant. Or de quelle importance cela eft il en appert alTez Se par l'expérience Se parla chofe meime. Et par la chofèraefme pre- mièrement. Car cette indifférence là qu'ils ont ainfî fongée en refuant, eft vn mal. Ceîuy qui demeure en fufpens s'il croira en Ïcfus-Chriftqui eft offert par l'Euangile, ou s'il le reiettera , ne croit pas encore. Or celuy qui ne croit pas eft dans les liens du péché. Comment fe pourra-t'il donc faire que celuy dont la volonté eft encore engagée foubsles liens du péché, foit porté p^r le feul mouueraent de cette volonté a croire ? Comment, di-je, cette volonté fe pourra t'elle défaire des liens~du péché qui la retirent Se l'em- pefchent de croire au Sauueur du monde 2 Par l'expérience aullî. Car de tant de gens qui font appeliez il y en a fort peu qui croyenr. De forte que quand ce qu'ils difent ferok vray , que Dieu illumine intérieurement les entendemens de tous
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loi Defenfe de lu dofàrine de Calu'm
Jeshorames indifféremment; cette incrédulité de tant de gens feroit pourtant vn grand argument que la force du peehéqui tient la volonté' en cet équilibre imaginaire > eftexrreme; puis qu'elle rend inutile en tant de gens cette opération di- uinepourefficacieufe qu'elle puiffe eitre. Ilspeu- uent donc encore icy Ce plaindre que Dieu n'a pas agi afTezefhcacieufemenreneux, & s'exeufer fur ce que c'eft choie ou entièrement impoffible, ou qui refTemble a vn miracle , fi quelcun de céc eftat d'indifférence 'e peut auancer iufques a U Foy , & crieront qu'a peine peut il iamais arriuer que la volonté qui e(t chargée de la pefanteur du péché demeure long-temps comme fufpendue & balancée entre Chrift &le monde. îl faudra ne- cefTairemenc qu'elle tombe tout incontinent du cofté ou le péché dont elle eft atteinte, l'emporte. Ils concluront donc que quelque chofe que Dieu ait faite pour noftre falut, il demeure pourtant toujours en nous vne impuifTanceinuincible qui laousempefche de croire , ou fi ellen'eit entière- ment inuincible , au moins certes approche t'elie fi prés de Tertre qu'il n'y arien de plus rare que delà voir furmonter : &adioufteront qu'il fisloic que Dieu agift encore en nous beaucoup plus effi- cacieufement, a ce qu'on ne luy peufi pas repro- cher qu'en matière de falut il nous a monftré de vaines efperances. Aînfi n'y aura* t'il iamais de fin a leurs plaintes. En fin figurons nous , ce qui eft pourtant extrêmement faux &c tout a fait hors des termes de la Théologie, que cette indifféren- ce là eiî fans péché , d'où vient ie vous prie que de cette infinie multitude d'hommes que -l'illumi- nation diûine a guéris de i'impuiilance de croire,
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il y en a fi peu qui croyent pourtant, & au con- traire qu'il y en a tant qui reliftent à la puiifance de Dieu qui les attire ? Car comme les chofes qui fe font toufiours d'vne mefrne façon , ont vue caufe neceffiire & déterminée , ainfi celles qui arriuentprefque toufiours de rnefaie$,en doiuent auoir vne qui approche fore de la necefiiré. Quelle peut elle donc eftre?Certainement ce n'eft pa^ cette indifférence meime. Car cette indiffé- rence n'enclme la volonté ni d'vn ni d'ancre co- llé, autrement elle ne feroit pas indifférence. Et puufi rlle pouuoit donner quelque inclination aumouuement , il feroit raifonnable, puis que c'eft vne indifférence, qu'elle encîinaft auiiilou- lient a la Foy comme au mefprisderEuangile» O, tout le contraire fe void. C'eft pourquoy il faut neceifairement qu'il y ait quelque mal natu- rellement empraint en la volonté, lequel l'effica- ce de l'opération diuine n'a point ofté , qui encli- ne pluftoft la volonté d'vn codé que d'autre. Que s'il en va ainfi, comme il faut neceffairemenc qu'il en aille ainfi, quand tout ce qu'ils difeni fi eflongné de la vérité feroit vray pourtant , a quoy faire cous ces deftours? Dans quels embarras eit- ce que ces Meilleurs îettent toute cette dodrine? Dieu illumine efficacieufement l'entendement , mais il n'opère rien en la volonté. Ou s'il agit en la volonté , c'eft pour la mettre feuleaient en équilibre, ace qu'elle puiffe croire ou ne croire pas fi elle veut. Mais au refte il ne luy donne point de le vouloir , & ne luy ofte point cet em- pêchement naturel quel qu'il foie, d'où procède ou qu'il ne puiffe iamais arriuer, ou qu'il arnue merueilleufement rarement qu'elle le vueille. De
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ïp4 JOefenfe de la doÛrine de Caluin
là vient, ou qu'il cftincuitable que la beaucoup plus grande partie des homes ne croira iamais,ou qu'ils ne peuuent trouuer aucune entrée a la Foy fînon embaraflee ou bouchée de tant de difficul- $cz que de mille il n'y en a pas feulement vn qui y entre, Eftoit il pas beaucoup plus aisé d'en ve- nir a ce que Caluin en croit par la parole de Dieu, c'eft que tous font bien appellezindifferemment par la vocation extérieure , mais qu'il n'y en a aucun qui vienne (mon ceux que le Père tire , ôc que cette attraction confifteence que ceux qui *.««, * viennent font enfeienez intérieurement par l'Ef- 44- 45' P - ^lcu • ^ar °iuant a cet auantage qu ils di- fent eftre en leur doctrine de dont ils fe glorifienr, que félon elle il fe trouue que les hommes font coulpables de leur propre perdition , pource qu'ils ont peu croire s'ils euflent voulu, certes la doclrine de Caluin s'en peut glorifier de mefmes. Selon elle ils ont peu croire s'ils euffent voulu; Car la Croix de Chrift leur a efté prefentée pour l'embrafler. S'ils ne l'ont pas voulu , voire mef- me s'ils ne l'ont pas peu vouloir , cela eft venu feulement de robftination de leur malice , que ceux qui tiennent le décret abfolu confeftent ne leur aooir pas efté oftée par l'Efprit de Dieu; cho- fe que les difciples d'Arminius & les Iefuites font contraints d'aduoiier de mefmes. Mais ni les vnsniles autres n'auroient pas bonne grâce de ai* re qu'en ceux qui ne croyent pas , leur malice ob- ftinée fuft vne légitime exeufe de leur incrédulité. Ou fi nos Àduerfaires difent que l'empefchement naturel qui eft dans la volonté , d'où procède qu'elle ne croid pas, eft quelque chofe exempte deblafine (cz qu'ils ne peuuent pas dire s'ils ne
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fe veulent monftrer abfurdes & ridicules : Cary peut- il auoir de vraye & de prochaine caufede l'incrédulité , qui (oit exempte de blafme 1) la do- éfcrine de Caluin eft fans comparaison meilleure, qui conftituë la caufe pour laquelle les reprou- uez ne croyent pas en la feule malice de leurs cœurs. Car de la malice du cœur de l'homme il n'y a que l'home feul qui puifle emporter le blaf- me : au Heu que quelle que (bit cette autre chofé en laquelle les Arminiens & les Iefuitcs mettront la caufe de l'incrédulité , fi elle eft de la nature de celles qui ne peuuent eftre fuiettes a blafme, & qui ne font pas contées entre les péchez, il faut neceflairement que ce foit Dieu qui en foit l'au- teur. Mais voicy principalement en quoy la do- ctrine de Caluin triomphe. C'eft que comme ainfifoit que de l'opinion des Arminiens de des Iefuites il s'enfume nécessairement , que ce que la plufpart des hommes ne croyans pas, il y en a quelques vns qui croyent > ( chofe en laquelle confifte vnemerueilleufe louange, & dont aufli tout noftre falut dépend ) il le faut imputer au franc arbitre de l'homme , & non pas a la grâce de Dieu. Au lieu que félon la doétrine de Caluin Dieu eft celuy qui feul commence , qui feul auan- ce , qui feul parfait Se accomplit 8c l'œuure de noftre Foy, & celuy de noftre falut encore.
Suit en TEfcrit de l'Aduerfaire. Nom trotti- nons Rom. 11. 32. Jfce Dieu a enclos tout foubs péché , afin qu'il fift mifericorde a tous. Dans le- quelverfet ilparoifl ajfeTqae ces deux mots , tout , &y tous, qui font oppofez, , font d'égale eftenduù
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RE S P O ArSE.
§m Caluin refpondra fans que perfonne luy ayde,
B.aro, Ceux là , dit il en Ton Commentaire , s'abufent & ta.$a. refuent par trop lourdement , qui recueillent de ce pajfage que tous feront jauuez*. Car S. Paul entend fimplement cjue tant les luifs que les Gentils n'ob- tiennent faltit d'ailleurs <$ue par la mifericorde de Dieux & c'eft afin qu'il ne latjfe a aucun matière de fe plaindre de Dieu Vray efi quileft bien certain que cette mifericorde efl ouuerte indifféremment a tous ; mais c'efi a toits ceux qui la cht rcheront var Foy. En efFeét qu'eft ce que les Arminiens pré- tendent? Car ce mot, afin , fignific ou le but au- quel Dieu a tendu , ou l'euenement de lachofe. S'il fignifie l'euenement, tous font- ils donc fau- tiez l Dieu donc fera-t'il enfin quelque lour mi- fericorde a tout le monde? Ny en aura t'il aucuns damnez? S'il fignifie la fin, puis qu'il eft certain cjuetous ne feront pas fauuez>Dieu n'aura pas atteint a la fin a laquelle il a tendu. Ileft décheu de (es intentions & de les pensées. Choie que ces Meilleurs qui fe vantent d'eftre fî gra js Théo- logiens , &qmfe glorifient d'auoir exterminé la defhnée 5 n'ont point honte de dire. Mais c'eft vn propos qui orrenfe les oreilles des Chreftiens , que Dieu ait voulu quelque chofed'vne volonté certaine & d'vn confeil déterminé > & qu'il ne l'ait feeu exécuter pourtant. Dieu donc a voulu faire mifericorde a tous > pourueU que tous re- chercharTent par Foy cette mifericorde. Mais d'où vient que les vus la recherchent par Foy j ôc les autres la reieuent opiniâtrement quand on la
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leur prefente , c'eft vne autre queftion. Et ïe ne puis que îe ne rapporte icy vne excellente anno- tation de Bcze fur ces paroles de S. Luc , Makks Phartfiens& les Dottcurs de la Loy, retetterent ou C7" abrogèrent le confeil de Dteu a V encontre d3e»x mefme*.