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HISTOIRE ‘ACADÉMIE
M ROYALE HES SCIE NCES.
ANNÉE MDEC CLXEXT.
. Avec PA Mémoires de Mathématique & de Phyfque,
P pour la même Année, Türés des Regifires de cette Académie.
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‘POUR L'HISTOIRE.
Bit d'un Projet de tranflation de l'Hôtel-Dieu de Paris, à d'une nouvelle conftruétion d'Hôpitaux pour les clan ah: à put; Page 1
Rapport fait à l’Académie, Jur la Navigation intérieure de la Bretagne. Par M." l'abbé Bossur, l'abbé RocHon : DE Fourcror & le Marquis DE CONDORCET. 111
Ouvrages préfentés à 1 Académie . te ae ee hote 128 Eloge de M. le Marquis de Courtivron. . :,..... 130 Eloge de M. le Duc de Praflin.s.:......... 137
178 5° * ij
POUR LES MÉMOIRES.
74 ÉMOIRE fur la quantité de l'aplatifement de la Terre. Par M. DE La LANDE......4hN0414,%4L Papeur
Mémoire [ur l'origine du Zodiaque, l'explication de fes douge Signes, de. Par M. LE GENTIL.......5....% 19
Comparaifon du Zodiaque Indien, des Tranfadions philo- fophiques, dc. Par le même................ 17
Mémoire fur l'emploi de l'écorce du Platane, pour tanner les Cuirs. Par M. FoucEroux DE BONDAROY.., 24.
Mémoire fur l'ufage qu'on pourroit faire des peaux de Vaches
marines: Par le ‘même. ...,. ES. An Théorie de Jupiter & de Saturne. Pax M. DE LA PLACE. 33 Obfervations fur le Loup marin. Par M. BROUSSONET. 161 Obfervatious fur les vaifeaux fpermatiques des Poiffons épineux. Par le même... A IPN SENS INRES Mémoire pour fervir à l'Hifloire de la refpiration des Poiffons. Par le mêmes. ., ee et CMS ET EN NONDRE Mémoire fur quelques particularités du Cupreflus difticha, dc. Par M. l'Abbé “TESSIER 0 ie 4 0 197 Mémoire [ur les propriétés éledriques de plufieurs Minéraux. Par M. l'Abbé HAür. MON ET TR ARIE
Olfervations fur la manière de faire les Herbiers. Pax le MÈME à. + + o setoele ne cos tele elle lie © 2 IEEE
Mémoire fur la flrulure de divers Criflaux métalliques. Pax
fe” même. 44... ALOS OT NTARNRNRI NE ‘1209
Obfervation de la Lune , lors de fon paffage par le méridien, dc. Par M. JEAURAT CON RCE LE RE ROUE CE CRC Cela Pi EU HN] 229;
TABLE. . Procédé pour extraire de L'Efprit-de-vin an ‘Acide concret, femblable à celui du Sucre. Pax M. SAGE...... 233 Analyfe du Mélange métallique, dc. Pax le même.. 235$ Manière de déterminer la pureté du Cuivre. Pax le même. 237 Analyfe d'un Spath pefant vert. Par le même...... 238 Examen comparéde l'intenfité de Chaleur,é c. Par lemême. 239 Aualyfe d'une mine d'Antimoine, dc. Par lemême.. 243 Analyfe d'une nouvelle efpêce de mine de Bifmuth terreufe,
folide , ec Par le mêmé:.4,..4..,4.... + 245 Mémoire Jur le mouvement de Vénus, Par M. DE LA LANDE- 248 Oifervations des Planètes, faites à l'École militaire, en MPz2 Ut: Par DL D MGELET ME UD, ANNE 267, Mémoire far! "Acide marin déphlogifliqué. Par M BERTHOLLET. 276 Obfervations Jur l'Eau régale à [ur quelques affinités de 1 J'Atide marin: Par Le mêmes. ........... 296 Memoire fur la décompofition dé l'Efprit-de-vin & de 1 Ether, * par le-moyen de l'Air vital, Par le mêmes... ... 308 Analyfe de l'Alkali volatil, Par le même......... 316 Obfervations Jur la combinalfon de FL “Air vital avec les Huiles. A Pardé mément. 311, ONU EAN. 01. 5 Stage à AT 327 Suite des reeherches fur la nature des (res animales , dc. Par lehinème tt. NON, Bb: phases 8 331 Mémoire fur les’ Clavicules à 6 les Os claviculairès. Par DM VECQ:D'AZER, SE EN, PL she mou 350 Obfervation ‘en / Cia du Tonnerre, dc. Par M. Fabbé DESSERT: 5 5 24 0, L - MONET 1364 Remarques far Gps de la aa ou feptième Planète, rc. Par M: LE MONNIER... 44 5 364
Extrait d'uné Lettre écrite de Bagdad, dc. Par le même, 366 Conjonéion de la Lune aux Pléiades, de, Pax Ie même. 367
TABLE. Aurres Olfervations de la conjonéfion de la Lune à Vénus, és Par: M; 1€ MONNIER. ....:......4.:..4, 370 Expériences fur une Huile de vitriol fumante de Saxe, dc. Par M. DE FourcROoY...,.......smssmssse 373 Mémoire pour fervir à l'Hifloire anatomique des Tendons, dc. Par de même, ,..,,., nee esseneses 392 Second Mémoire pour. fervir à l'Hifloire anatomique des Tendons, dre. Par le même........,,..,..,.. 414
Mémoire fur les claffes les plus convenables à établir parmi les Végétaux, dc. Pa M. le Chevalier DE LA MaARcCx.
437 Obfervations Jur la comparaifon de la nouvelle Laine Juperfine de France, &c. Par M. DAUBENTON- ..:... ». 454
Recherches d’Analyfe indéterminée. Pax M. LE GENDRE. 465! Defcription d'une Bouffole, rc. Px M. Couroms.. 560 Premier Mémoire fur l'Eledricité à le Magnétifne. Par de MÊME « eee. 2, oo, », » 0, 0, 0,0 ee féelle ofs 281808 serheneus el opel 15 0 9 Second Mémoire fur 1 ‘Électricité & le Magnétifme, dc. Par le mémeunhr 26 ent dati Gb dt ie ARRET Troifième Mémoire fur l'Élettricité à le Magnétifme, dc. Par le‘méme,. sets varie At e 4 eu ORRE Mémoire contenant les obfervations de la première Cométe de 1785 dc Par, M4 MESSIER... 1... 639 Mémoire .coutenant les obfervations de la feconde, Comète de 1785, de. Par le même............... 646 Occultations . de quelques étoiles des Pléiades, dc. Pax le NREL 2 e soû à son 6 MR RL AE. COR Occultation. de Véuus par la Lune, dc. Pax M. Messter. | 659, Suit: de l'Effai pour connoître la Population du Royaume, dc. Par M. pu Sésour, le Marquis DE CoNDorcEr ÉC DE LA PLACE... A de Vlebaimienir à ciut OU | FR Re
% A DD AT 1 OXNME T £"RÇR ALT, A Pour le Mémoire de M. de la Place.
Page 33, ligne 13, au lieu de moins rapide, ifez plus rapide. Page 37, après ces mots, les obfervations les plus précifes | où immédiatement avant Îa première Section, æoutez,
II reftoit cependant encore un phénomène célefte , l'accélération du moyen mouvement de la Lune, que l'on n'avoit pu jufqu'ici ramener aux loix de Ia pefanteur: les Géomètres qui s’en étoient occupés, avoient conclu de leurs recherches, qu'il ne peut être produit par La gravitation univerfelle , & pour l’expliquer , on avoit eu recours à différentes hypothèfes, telles que la réfiftance de l’éther, Ia tranfmiffion fucceffive de la gravité, l’aétion des comètes , &c. Mais aprés diverfes £eritatives, je fuis enfin parvenu à découvrir 1a méritable caufe de ce phénomène. J'ai trouvé que l'équation féculaire de: la Lune réfuite de - action du Soleil fur ce fatellite, combinée avec Ja variation de l’excentri- cité de l'orbite terreftre. Elle eft périodique, & dépend des mêmes argu- mens que le carré de cette excentricité : quand celle-ci diminue, comme celaa eu lieu conftamment, depuis les obfervations les plus anciennes jufqu'à nous, cette équation accélère Îe moyen mouvement de la Lune; clle le ralentit, quand lexcéntricité vient à croître. Cette théorie s'accorde auffi exactement qu'on peut le defirer , avec les obfervations les plus anciennes ; & par-là , elle complette le fyftème de la pefanteur univerfelle, dont tous les phénomènes céleftes, fans exception, concourent maintenant à démontrer la vérité.
Page 76, ligne 10 , au lieu de te T , lifez m'uT à 4 2 Ibidem , ligne 12, au lieu de 7 nr ; lifez LAS r ( 1) 30) Page 113, ligne añtipénultième , au lieu de + , Blez — + L a & Tbidem , ligne dernière, au lien de 2"T ce , lifez #50}
Page 114, ligne 2, au lieu de 3
Det = te + el 80 = 3600, lifez \ Doi = tree) 2 3e sy
Mémoire de M. Berthollet,
Page 304, ligne 26, au lieu de marin, lifez nitreux.
Page 309 , ligne 2 , au lieu de par l'efprit-de-yin, lifez fur l'efprit-de-vire
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HISTOIRE
HESTOÏRE
D'E
L’'ACADÉMIE ROYALE DS ©: SCT EN CES.
Année M. DCCLXX XV.
D'un Projet de tranflation de l'Hôtel- Dieu de Paris, à d'une nouvelle conftrutfion d’Hôpitaux pour les Malades.
amer uis plus d'un demi-fiècle la tranflation de ES l'Hôtel-Dieu eft l’objet des vœux de toutes st, “AI les perfonnes éclairées. La pofition de cet LÉRERSS hôpital au centre de la ville, le peu d'étendue du terrein qu'il occupe , le fpectacle que préfentent les
Hif. 1785.
2 Histoire DE L'ACADÉMIE ROYALE
falles où les malades font entaflés dans un même lit, le détail de tout ce que les vices du régime qui y eff établi, ajoutent aux douleurs & aux angoiffes du pauvre forcé d'y chercher un afyle, enfin une mortalité effrayante, & hors de toute proportion avec celle’ de la plupart des grands hôpitaux de Europe, tels font les maux fur lefquels il eft impofhible d'arrêter la vue, fans déchirement & fans indignation. Le temps où les établiflemens de ce genre deviendront inutiles, eft trop éloigné de nous, pour que le foin de les perfectionner ne foit pas encore long- temps un des objets les plus dignes des travaux des hommes éclairés, & de la vigilance de lAdminiftration. Trouver, pour adminiftrer des fecours à plufieurs mälliers de malades pauvres, les moyens les moins difpendieux, les plus propres à conferver un plus grand nombre d'hommes, les moins dangereux pour la falubrité de Fair, foit des habitations voilines , foit de la ville entière, tel eft donc le grand problème qu'il faut réfoudre , & fur la folution duquel le Rapport des Commiffaires de l'Académie eft deftiné à répandre quelque lumière.
ue A PT PORT
Des Commiffaires chargés , par l'Académie, de l'examen du Projet d'un nouvel Hôrel- Dieu.
Par M DE LAssonE, D'AUBENTON, TENON,
BaAILLY, LAVOISIER, LA PLACE, CouLoms, D'ARCET.
Pre ADÉMIE, en conféquence des ordres du Roi, nous a nommés, M.° de Laflone, Daubenton, Tenon, Bailly, Lavoifier, la Place, Coulomb, d’Arcet, pour examiner un Mémoire [ur la nécefité de transférer & de conftruire l'Hôtel
BrEis A SL.c /ILEAN. © F5. 3 Dieu de Paris, fuivi d'un Projet de tranflation de cet Hôpital, propolé par le Jieur POxET, Architeéte à Contrôleur des bätimens de la Ville.
Cet Ouvrage, envoyé par M. Ile Baron de Breteüil le 10 décembre 1785, & fur lequel le Roï confulte l’Académie, renferme, 1.” un Mémoire fur la néceffité detransférer l'Hôtel- Dieu dans un local fuffifant, commode & falubre; 2.° un Projet de conftruire cet Hôpital dans l'ile des Cygnes.
Les Commiffaires chargés de l'examen, qui doit mettre l'Académie en état de donner fon avis fur ce Mémoire & fur ce Projet, ont cru que leur premier devoir étoit de comparer Î’Hôtel-Dieu, tel qu'il eft aujourd'hui, à l'Hôpital qu'on propofe d'établir dans l'ile des Cygnes. En effet, fi l'Hôtel-Dieu eft fufAfant pour le nombre des pauvres malades qui s’y préfentent , s’il eft aflez commode pour que rien ne s’oppofe à la guérifon de leurs maux, & s’il ne renferme aucune caufe d’infalubrité qui puifle aggraver ces maux, il n'y a point de néceflité de transférer cet Hôpital; & on ne peut admettre ni le projet, ni la dépenfe d’en conftruire un autre. D'ailleurs l'examen des Hôpitaux en général doit fervir de préliminaire à l’examen du Projet de M. Poyet. Nous ne pouvons rien connoître que par compa- raifon ; ce font les Hôpitaux exiftans qui doivent eux-mêmes prononcer, pour ainfi dire, fur le mérite ou fur les défauts du nouvel Hôpital. Un Hôpital qu’on éleveroit aujourd’hui, doit être, dans un fiècle éclairé comme le nôtre, le réfultat des connoïffances acquifes; & il doit réunir tous les fecours que la phyfique perfeétionnée peut offrir pour le foulagement des malades. Maïs les progrès des Sciences, à cet égard, font dépolés dans les monumens de ce genre, comme dans les ouvrages qui ont été écrits fur cette matière. Nous n'avons pas dû nous borner à lire ces ouvrages, & à y joindre les réflexions que ce fujet important peut faire naître à des hommes guidés par amour de l'humanité, & infpirés par les vues bienfaifantes du Roi. I étoit néceffaire de voir les
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Le premier objet des Commiffaires aété d'examiner l'Hôtel - Dicu &
les Hôpitaux.
Js ont vifité une partie des} DER
n'ort pu vifiter i'riôtel-Dieu,
4 HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
monumens mêmes, où les règles ont dû être mifes en pra- tique, où les avantages du local & de ladminiftration font conftatés par des guérifons, & où les inconvéniens du local, les négligences, les préjugés, font mis à découvert par la mortalité. Nous nous fommes donc propolés de vifiter tous les Hôpitaux; d'en obferver avec foin & avec attention les détails; & de confulter les regiftres où font infcrits chaque jour les malades qui y font entrés, & ceux qui en font fortis, ou guéris, ou morts.
En conféquence nous avons vifité l'hôpital de a Charité, l'hofpice de Saint-Sulpice, les infirmeries de la Salpétrière & des Invalides. Nous nous difpenferons de dire pourquoi nous ne nous fommes pas préfentés à plufieurs autres hôpi- taux. Mais dans les maifons que nous venons de nommer, nous avons été parfaitement bien accueillis; par-tout on nous a montré tous les détails intérieurs, toutes les commodités que la difpofition du lieu offre au traitement des malades. Nous y avons obfervé les précautions que l'humanité infpire pour leur foulagement, & en général la bonne adminif- tration, l’ordre & la propreté qui font les fources de 1a falubrité. Mais l'objet le plus important de notre travail, ce qui intéreffoit plus particulièrement notre miflion, c’étoit la vifite de l'Hôtel-Dieu. Nous avons eu l’honneur de voir M. l'Archevèque & M. le Premier Préfident, qui nous ont reçus avec bonté, & ont bien voulu nous recommander au Bureau de l’adminiftration. Nous avons vu plufieurs de M." les Adminiftrateurs. Enfin nous avons demandé au Bureau de ladminiftration, qu’il nous fût permis de voir l'Hôtel- Dieu avec détail, & accompagnés de quelqu'un qui püt nous guider & nous inftruire. Nous avons defiré le plan du local occupé par l'Hôtel-Dieu, les dimenfions des falles, le nombre des lits qu’elles renferment, le nombre des malades reçus, & le nombre des morts, mois par mois depuis dix ans. Nous avions befoin de tous ces élémens; nous les avons demandés, & nous n'avons rien obtenu.
H auroit fallu abandonner le travail dont nous étions
Darts M ST1EUE Nc UE !s
chargés, & renoncer à la comparaïfon qui doit faire la bafe de ce Rapport, fi plufieurs Médecins, qui font au nombre des Commiflaires, n’avoient pas fuivi le traite- ment des malades à 1’Hôtel - Dieu ; fi l’un de nous, M. ‘Fenon, n’avoit pas été plufieurs années principal Chirur- ien d'un grand Hôpital /a). I a même demeuré trois ans à l'Hôtel- Dieu, en qualité d'Élève en Chirurgie ; & depuis qu'il en eft forti, il a continué de le vifiter & d'y faire des obfervations, H en réfulte qu’il connoît cette maifon à peu-près autant qu'on peut la connoitre. Ses obfervations nous ont été communiquées & ont fuppléé en partie aux connoïflances de détail que nous n'avons pu obtenir. Les mefures locales que nous avons employées, font celles que M. Poyet a fait prendre. Nous avons trouvé 1e nombre des malades entrés à l'Hôtel-Dieu, & le nombre des morts, dans les feuilles qu'on imprime chaque année, & qui font intitulées: Ætats des baptémes, des naiffances © des morts de la ville & des faubourgs de Paris, Nous avons
dans la bibliothèque de Académie une fuite de ces feuilles ,
depuis 1720 jufqu'en 1785. C’eft fur les extraits de ces états que nous avons fondé nos calculs. Nous nous croyons donc aflez inftruits pour rendre compte à l Académie de l’état actuel de l'Hôtel-Dieu; pour en apprécier devant elle les avantages & les inconvéniens. Si les données nous manquent quelquefois, s'il en réfulte quelqu'erreur, Îa contradiétion nous éclairera ; peut-être nous communi- quera-t-on les détails que nous avons demandés. Mais en attendant, nous établirons les faits dont nous nous croyons certains; ce qui ne fera pas contefté reftera démontré; & comme nous parlons par les ordres du Roi, comme l'Hôtel - Dieu eft adminiftré par les Magiftrats chargés de veïller aux intérêts du peuple, & par des citoyens vertueux qui aiment les pauvres, nous examinerons tout avec fcru- pule, & nous dirons la vérité fans réferve. LL BROSSE PS EL NOM EL FEES SN LEE (a) La Salpétrière.
Reflources qu'ils ont eues pour faire leur Examen
& leur Rapporg
6 HisTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE Examen de l'Hôtel- Dieu. L'Hôrez-Dieu eft-il un Hôpital fuffifant pour Ia ville
de Paris? eft-il commode, eft-il falubre, pour les pauvres malades dont il eft l’afyle? Voilà les trois queftions qu'il eft naturel de propofer, & que lexamen des Commif- faires de l Académie doit réfoudre,
L'Hôtel-Dieu Pour décider fi cet Hôpital eft fufhfant, il faut apprécier sfillufifänt Les befoins de la ville; il faut connoître le nombre des la ville de Parist malades qu’elle y envoie, ou qu'elle y peut journellement , envoyer. On a publié, contre le projet de M. Poyet, un petit ouvrage intitulé : Relevé des principales erreurs con- tenues dans le Mémoire relatif à la tranflation de l'Hôtel- Dieu, & dont l’auteur, qui a dû avoir tous les renfeigne- mens néceflaires, aflure que le nombre commun & jour- nalier des malades eft de 2300 à 2400 /b); les Lettres patentes du 22 avril 1781 établiflent 2400 à 2500; & un Mémoire manufcrit que nous avons fous les yeux, préfenté en 1775 à l'adminiftration de l'Hôtel - Dieu, par les Médecins de cet Hôpital, porte ce nombre moyen
à 3000 ou 3500 fc). Détermination La diverfité de ces réfultats ou de ces eftimations fait RÉ foupçonner que jufqu’ici l'on n’a pas eu de connoïffances Eee abfolument précifes fur ce point. Les états dont nous gel. avons parlé donnent le nombre des malades, exiftans à J'Hôtel-Dieu, le 1.” de chaque mois. Nous avons addi- tionné ces nombres de malades des 1. de chaque mois; & nous avons déterminé le nombre moyen & journalier de.2 $00, par un milieu pris en cinquante-huit ans, depuis
1720 jufqu'en 1772, & depuis 1779 jufqu'en 1785, fur
(b) Relevé des principales erreurs ,. &c. page 4.
(c) Mémoire préfenté au bureau de l’'Hôtel-Dieu, le 3 mars 1775 & qui nous a été communiqué par M. Cochu, également diftingué par fes lumières & par fon humanité,
DIE SIM SC IE" N1C Es 7
695 jours diflérens /d) ; & comme ces jours font très-nom- breux, comme ils font répandus également dans toutes les faifons de l'année, il ne manque rien à l'exactitude de notre détermination. On peut donc regarder ce nombre moyen des malades 2 $00 , comme un élément pofitif, fixé d’une manière précile; &yon voit que les Lettres patentes qui évaluoient ce nombre à 2500, étoient fondées fur une évaluation aflez exacte.
Il en réfulte que l'Hôtel-Dieu doit étre capable de recevoir au moins 2500 malades.
Cependant un hôpital conftruit dans une grande ville, dans la capitale d’une nation puiflante & fenfible, ne doit pas être réglé fur le nombre moyen, mais fur le plus grand nombre des malades qui peuvent s'y préfenter. Il faut fonger aux années, aux faifons où les maladies font fré- quentes, & où les malades abondent à l'hôpital. Ces faifons calamiteufes fe renouvellent dans des périodes aflez courtes; on doit avoir des reflources prètes lorfqu’elles arrivent, &
————__—_————
Nombre journalier à moyen des Malades,
(4) I72T à 173lees eue s ses siens 2159. 1731 à 174. .sseessoesssss 2388 IZ4T À 17$lensssssssssse. 2889. 17ST à 176P.sssseose see 25598
AOL Ez7 tee Nora emeiatiae 2549. > 1780 à 1786,...............,. 2300.
Les dix années font prifes depuis le 1.‘ Janvier 1721, par exemple, jufqu'au 1.‘ Décembre 1730 inclufivement. On n’a point fait ufage des fept années depuis 1772 jufqu'en 1770, parce qu'on a eu quelque incertitude fur ces années; & le dernier cafcul même ne commence qu’au 1.°° Février 1780. Il auroit été facile de lever cette incertitude, fr on avoit pu confulter les regiftres. Le nombre moyen entre ces fix détermi- nations eft 2490 ; maïs comme les intervalles ne: font pas égaux, on aura le véritable nombre moyen, en additionnant tous les nombres des malades exiftans au 1. de chaque mois dans ces cinquante-huit années, & divifant la fomme par 695$ qui eft le nombre de ces mois. Cette fomme eft 1737514; & divifée par 695$, elle donne 2500 pour Île nombre journalier & moyen des malades à l'Hôtel- Dieu,
L'Hôtel-Dieu doit être d’abord capable de recevoir ce nombre moyen,
Néceffité d'y recevoiraumoins 4000 malades.
8 HisTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
ne fe pas mettre volontairement dans la néceffité d’entafler les malades, d'introduire dans l'hôpital le mal-aife, 1a mal- propreté, l'infalubrité, lorfque la mort fait le plus de ra- vages; & de rendre les fecours plus difficiles lorfqw'ils font plus néceflaires. Le nombre des malades d’une vülle eft proportionné au nombre des habitans; & quoique le nombre des pauvres ne foit pas dans le même rapport, la population peut cependant donner une idée approchée de la grandeur de l'hôpital qu’on y veut conftruire. Nous comparerons Lyon à Paris : ce font deux grandes vilies, & où il y a beaucoup d'ouvriers de luxe. L'hôpital de Lyon peut recevoir 1200 malades, & on eftime que la population de cette ville eft de 150 à 160000 ames /e). On eftime également que la population de Paris eft de 640 à 680000 {f); & ïl paroit qu'on peut établir que les nombres des habitans de ces deux villes font comme 1 à 4. On peut donc croire, & par une première évaluation, que Paris a befoin d’un hôpital capable de recevoir 4800 malades, pour offrir à la misère des ref- fources pareilles à celles que lui offre la ville de Lyon. Cette détermination va être établie fur une bafe plus folide, & par des faits de lexpérience. Les mêmes états imprimés nous ont fourni les moyens de connoître le nombre des malades, dans les temps & dans les jours où il y a eu le plus d’afuence. Nous en donnons le détail dans une note /g). On y voit que, dans les premiers mois de 1740, 1741 »
(e) Le diétionnaire de la Martinière dit 150000; & M. Necker, dans
fon Ouvrage fur l’adminiftration des Finances, évalue cette population à 160000. Tome I, page 260,
(f) M. Necker, rome I, page 277. 1740: IT7ÆAT 1742 (g) 1" Janvier, .,,.,..2935...... 3258. ee + 35 09e
HET EEE SLOOLLI EUR 364$. +. 3826. 12 Mars. : 054 sel 1304 Tee ee 3393 s + : 3694» 10 Ari. «se np nr 33492 es 327 9e eee Te :
D Mais, 301$.,...31320s 0 + o o 3477
DIE SMOUNC'ITE NI C Es:
H741, 1742, les malades ont toujours été au-deflus de 3000; & que, le 1.” février 1742, {eur nombre a été jufqu'à 3826. On voit encore que, depuis le 1.” no- vembre 1750 jufqu'au 1.” novembre 1752, c'eft-à-dire, pendant deux ans entiers, ce nombre a toujours furpafté 3000; & a été, le 1.” mars 1752, jufqu'à 3906. Ü ne faut pas croire que ce foit un jour par hafard; c’eft pendant un temps confidérable, c’eft depuis le 1.” décembre 1751 jufqu'au 1.” juin 1752, c’'eft-à-dire, pendant fix mois révolus, qu'il s’eft maintenu entre 3609 & 3906 (h). Il en réfulte que les Médecins de l'Hôtel - Dieu ont eu égard à ces calamités , aflez longues & aflez répétées, quand
1740: 1741 1742:
D MU te ntete à 2e 220 6 97 » hate 3017... 29 57e NAS LU | AC ECC 2607..e 2893. .02581. MAO = ete DAT Ode ne ND OO Le Sale 2518. 1. MScptembre,. + PSG Déc me 2 Tenir 2555$° 1AOCEobre rt", #27 03e eee 2874......2601. 1." Novembre. ..,. 29 75e JÉR Se ele" 2637. 1° Décembre, ....3357.....e 3317 RER E 2777 °
(h) 1. Janvier: .. .., .3481.....,3459eue e « : 3673. ne MPEVrIER RER 131573 siaretete 35210, 9747 TeMars ea Un 372944003604. 0" 3906. TRAVEL A cotes 0 3718......3498...... 3860, mer Mae eat, LOU 3622 A4 SRE 3850 SE CT APR AE CAE 3267 .29:56/35" etats 3680. JUNE eee 3090... 3264 3407 RÉ AOHES SE prof LL 687 hiatlet Le 2OAU- ae ele 3325 x Septembre ler2 808 TE a, ce 3339 LPSMOCobre Msn des. LE 3204.%, : 3246: 1." Novembre. .... 30304 n «+ + 332400 s à + + 29 24
1, Décembre. .,.,3396...,.30609.....-291$e Hif. 1785.
Les malades peuvent furpaffer ce nombre
de 4000.
Malgré les fecours que les pauvres ont reçus,
il faut que l'Hôtel - Dieu foit capable de recevoir 4800 malades.
10 H1isTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
ils ont eflimé que le nombre journalier des malades étoit de 3000 à 3500; & en fe réglant fur le plus grand nombre, on doit en conclure la néceflité de placer à l'Hôtel-Dieu 4000 malades. C’eft dans cette vue, & fans doute en prenant pour bafe un calcul pareil au nôtre, que le Roi, dans fes Lettres patentes du 22 avril 178 1, ordonne de «difpofer l'Hôtel- Dieu de manière qu'il puiffe contenir au moirs trois mille malades, couchés feuls dans un lit; à de ménager un efpace qui puiffe contenir mille malades de plus, mais placés comme üls le font atfuellement. Les Lettres patentes ont donc ftatué fur une poflibilité de 4000 malades.
Cependant nous croyons que Îles malades peuvent fur- pafler le nombre de 4000, dans les temps de calamité. Nous le croyons d'abord, parce que lAuteur du relevé dit, & non fans y être fondé, qu'on n’à jamais vu plus de 4800 malades à l'Hôtel-Dieu; & il avoue qu’on y en a vu réellement une fois 4800. Ici nous regrettons de n'avoir pas eu la communication des regiftres; nous ne connoiflons da quantité des malades que pour Île premier de chaque mois; nous ignorons fi dans le cours de ces mois, le nombre des malades n’a pas furpaflé 4000, & approché 4800. Nous croyons encore que ce nombre doit furpafler 4000, parce que fi les malades étoient couchés feuls dans un lit, ft FHôtel-Dieu n'étoit plus un lieu d’effroi pour les pauvres qui n’y viennent qu'avec une extrême répugnance, on verroit augmenter le nombre des malades qui s'y font porter. Nous ne nous diffimulons pas, difent les Lettres patentes, que ce nombre pourra augmenter à mefure qu'on ne fera pas repouffé de ces lieux par le fentiment des maux qu'on y craint.
On objettera que l'Hôtel-Dieu a été foulagé par l'éta- bliflement de plufieurs hôpitaux, tels que celui des Gardes- françoifes, & les hofpices fondés dans différentes Paroifies. On dira que l'Hôpital général va retirer inceflamment fes malades de l'Hôtel - Dieu, que M. le Baron de Breteüil établità Popincourt un hôpital pour la Garde de Paris, &
»
DIF SHOACAME N GE S. YI que l'augmentation prévue dans les Lettres patentes peut être compenfée par ces fecours. Nous ne pouvons rien dire fur cette compenfation incertaine ; nous n'avons point de moyens pour calculer avant le temps l'effet des caufes morales : mais il y a un fait très-remarquable que nous devons citer ici: c’eft que la population de Lyon fournit à l'hôpital un nombre de malades qui, en prenant la moyenne de fix années, eft de 12847 (i). L'année moyenne des malades à l'Hôtel- Dieu de Paris, eft de 21322 (4). D'où il réfute que, dans une ville quatre fois plus peuplée, l'Hôtel-Dieu ne reçoit pas le double des malades que reçoit l’'Hôtel-Dieu de Lyon : ce qui vient fans doute en partie de ce que la ville de Paris a d’autres fecours, d’autres hôpitaux où dif férens malades font admis. Mais tous ces hôpitaux pris enfemble ne reçoivent pas aflez de malades pour produire cette différence //) : elle a une autre caufe: & cette caufe ne peut étre que la répugnance des pauvres pour 1’Hôtel-
(i) À l'hôpital de Lyon, malades reçus en T7 San mor csndeeeeesnsssensesee se, 108730 17$Zersssessesss see esse. 12104 17S3eeesecsser eee ses 12752 17 Sierre serres IIOBT. RAS RARE ne à Deraate ele ea PULL ce +. 13463. L7B Suviaie plan oivieo os oo oopeigessaterse 13821.
TOTAL. :..:..,.,........ 77084.
|
Année moyenne. .....:........... 12847.
(k) On trouvera dans la fuite de ce rapport la détermination de ce nombre moyen.
(1) Nombre des lits dans les différens Hôpitaux de Paris où on traite les malades,
a abs nas st 200 Les Convalefcens. ...,... NOR EE BOOT SR MER Maifon royale de Santé. ..,.,..,...,....... 16.
246, Bi
Secours que peut offrir f'Hôtel-Dieu
actuel,
32 Histoire DE L'ACADÉMIE ROYALE
Dieu de Paris. Lorfqu’elle fera ceffée, le nombre des malades: augmentera, & dans une proportion peut-être confidérable que nous ne pouvons pas apprécier.
H ny a rien au moins qui empêche que ce nombre n’aille à 4800, puifqu'on a vu 4800 malades à l'Hôtel- Dieu; & cette raifon nous détermine à croire qu’un hôpital conitruit pour la ville de Paris, dans un fiècle d'humanité & fous un règne de bienfaifance; un hôpital deftiné à fufire aux temps où les maladies abondent, comme en 1750, $r, 52 doit ètre capable de recevoir 4800 malades, & contenir 4800 lits.
Maintenant nous allons voir quelles font les reffources de l'Hôtel-Dieu, pour offrir un. afyle à cette quantité de malades. L'Hôtel-Dieu occupe aétuellement un efpace de 3600 toiles carrées environ (m). Comme nous n'avons pas eu les plans que nous avions demandés, nous donnons ce toifé tel que nous Île trouvons. Or on n’a réfervé dans cet efpace que ce qui eft abfolument néceflaire au fervice; tout
De l’autre part. . . . . . . . . NES MS dar +246. AlCharenton eee eee sys oh EME sHLRNTIRS Hôpital des Gardes-françoifes. ..,............ 264. Hofpitalières de Ia Place royale. . ..... M Be EN LT Hofpice de-Chirurgie....s...s...e...e.s..e 22. ‘dem de Saint Sulpice. ....... SUR Lane ALL ete =" V12)0E Tdem de Saint Jacques-du-Haut-pas. ........... 34. Jdem.de Saint Méderic........ 0 ao ETAT Teemnide Sant André ee ME IC ET EE RER 6. Hopital des iT'eigneuxe.t. "21 pr. CR ME SORTE Hofpice de Vaugirard pour le mal vénérien. . .... AL OTTÉ Hoteltdes Invalides. .,...: #1. RSR als à 71,51
TOTAL SN ET NOIRE
Voyez les Mémoires de M. Tenon. En) Suppl. au Mém. pour Ja conftr, d’un nouvel Hôtel-Dieu, p. 17e
DAS DAC ILE NC EU 13
le refte eft deftiné à des falles de malades. L'état que nous avons fous les yeux comprend vingt-cinq: falles, dont nous donnons les noms & les dimenfions dans la note /). 1219 Lits, favoir, 733 grands & 486 petits, font lacés dans ces falles. Les petits lits ont trois pieds de large, & font deftinés pour une feule perfonne; les grands
(n) La lettre R défigne les rangées de lits, le g marque les grands, k p les petits : ainfr 3 R, 32 g 20 P: fignifie trois rangées , trente-deux grands lits, vingt petits; fe chiffres qui fuivent font Jes dimenfions des falles,
MZ DUB. CELA US SE E
SAINT-DENYS Ar Le EURE & Fébricitans. . . ... 3R.$ 32 BU UOAT 27P pe SAINT-THOMAS.
SAINT-CÔME. Fébricitans. .....3R.$ Ca 2x AU Lx RosAïRE.…. Fébricitans. .....4R.$3:# 20. 35. 1. SAINT-CHARLES. Fébricitans. . - - .. 4R. 1. SOMIOMNERCMITE SAINT-ANTOINE: Fébricitans. .....4R. 12 1 CLS AEN 112 SAINT-Roc.. Fébricitans. En SSSR 19. 24 Tue. Ÿ Fébricitantes r..4R.$ RE 45. 34
MO ANT SU et ca ae eoloie e.c12 TO LME Or
PORMEM VE BTE TA C'E.
. Maladies chirurgicales se : 5 Sarxr-PauL..$ pour les Hommes, b4R 1 3 si USER: 14 SATNTELODIS.{ Fous. -..,7" -:4R: 7 25? 6. 20. 1.
Salle des opérations
SaixTJéRôME.) pour les Hommes, {2 NPA ri A 75 SAINT-YVES.. Lau D SPÈ 7219. We Les TAILLÉS.................3R.$ «pl 10. 24. we SAINT-NicoLas. jte Sert R.ÿ:5E} 18.34 on.
pour les Femmes,
PEU POSE PP PTE LT 98< /4 He
4 Histoire DE L'ACADÉMIE RoyaLr
ont quatre pieds quatre pouces, & femblent avoir été deitinés à deux malades. Un toifé de la longueur & du développement de ces falles, qui nous a été fourni & que nous n'avons pu vérifier, donne à la [longueur des {alles fuppofées bout à bout 450 toiles. Or 733 grands lits & 486 petits placés & efpacés convenablement , c’eft- à-dire, rangés fur deux files dans chaque falle, & féparés par des ruelles de trois pieds, occuperoient un dévelop-
D: E.U.xX LÉ MCE NEUTRANE NE
Lits. Long. Larg. Haut: SAINTE-MARTINE. Fébricitantes. ....4R.$ 5 À: 18° 34! ur, S."-GENEVIÈVE.. Folles..,.,...,.4R.$ 982 5. 30. ww, La CRÈCHE.. Enfans,..,...,.3R.$ 753 19. 24 on.
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SAINT-JOSEPH. Lesacconchées ART REC 36: 34: vw Les nourrices.....2R. ÿ É 5
Sainte-Marguerite. . 2 R.$ se 7219. 4.
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SAINT-FRANÇOIS. Les variolés.. .... 2R.$55) 19° 24? 48
SAINT-LANDRY. Fébricitantes.....4R.f 7 #7? 36. 24. 12.
Perit-S.-LANDRY. Fébricitantes. . . .. 2R.$ op 4218 ». Fiévreufes 1
S."-MoNIQUE.. & 4R.$ 5 n? 18 34 4e variolées.
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Convalefcentes, . . . 3 R.f Et $+26. ".
TOTAL GÉNÉRA RE. ee NES ASON tue
DES S CTE NCc'E Ss. 1$ ement de 691 toifes (0). H s'en faut bien que les lits à l'Hôtel-Dieu ne foient placés comme ils devroiént l'être; ils font fouvent fur quatre files; fouvent on voit quatre lits aflemblés autour d’un pilier; un très - grand nombre fe touchent par les pieds; & c’eft par cette difpofition qu'un nombre de lits qui exigeroit un développement de 6ot toifes, peut cependant tenir dans un développement de 450. Ce développement, en efpaçant les lits convena- blement, ne donneroit que 900 petits lits; mais nous prenons les chofes telles qu’elles font, & en plaçant deux malades dans les 733 grands lits, fuivant eur deftination naturelle, & un feui dans les 486 petits, les 1219 lits de l'Hôtel-Dieu peuvent recevoir 1952 malades.
.. En examinant l'état adtuel de cet Hôpital , il eft conve- nable de tenir compte de l'extenfion qu'on fe propofe de lui donner, & à laquelle on travaille aétuellement. Déjà trois falles font achevées, & offrent dans trois étages un développement de 84 toiles /p). Nous ignorons combien on a deflein d'y placer de lits; mais en fuppofant que ce foient de petits lits bien efpacés, elles n’en contien- dront que 168. Quant aux augmentations fur la Seine, du côté de Ia rue de la Bucherie » NOUS aurions eu befoin d'avoir connoiflance des projets & des plans. Le nombre des falles, leur dimenfion , le nombre des lits auroient été des données néceflaires, pour établir un calcul exact & détaillé; mais au défaut de ces données, on peut juger de l'Hôtel- Dieu futur par l’'Hôtel- Dieu actuel. L'auteur du Relevé dit que ces augmentations fe monteront à 1 800. pr
(0) 4 pieds 4 pouces pour Le lit, & 3 pieds pour la ruelle, font 7 pieds 4 pouces, qui multipliés par 733 donnent 5375 pieds. 6 pieds pour chaque lit de 3 pieds multipliés par 486, font 2916 pieds; en
tout 8291 pieds ou 1382 toifes, qui n’en font que 691 de dévelop- Pement, parce qu’on peut placer deux rangées de lits dans chaque Salle.
(p) Ces Salles ont 168 pieds ou 28 toifes de Jongueur; les trois S4 Releyé, page 5
Secours qu'on
peut en attendre quand
il fera augmentés
Ils fe réduilent
à 2000 lits
au plus,
L'Hôtel-Dieu n'a pas réellement le nombre de lits qu'il paroït avoir.
16 HisTOIRE DE L'ACADÉMIE RoYALE
toifes carrées /g). Nous fuppofons cette évaluation exacte; mais il en faut défalquer les cours, les pièces de fervice, les logemens des Oficiers & des Serviteurs, les prome- noirs, ordonnés par les Lettres patentes du 22 avril : on ne peut pas efpérer que ces 1800 toifes donnent plus de lits à proportion, que Îes 3600 actuellement occupées par l'Hôtel - Dieu ; & il faut compter pour cet article tout au plus Goo lits, ce qui, avec les 1219 lits actuels & les 168 des nouvelles falles, fera en tout 1996 lits. Les édifices aétuels de l'Hôtel-Dieu & ceux qu’on fe propofe d'y ajouter, ne femblent donc offrir qu'une poflibilité de 2000 lits.
H y a même ici une chofe importante à remarquer ; c'eft que cet Hôpital, avec fes 1219 lits, ne fournit pas aux malades toutes les reflources que ce nombre com: porte. Ces lits peuvent admettre 1952 malades, fans en coucher plus de deux enfemble : or le 12 janvier 1786, il y avoit à l'Hôtel-Dieu 1986 malades /r); c’eft-à-dire, 34 de plus feulement que ne peuvent admettre Îes lits à deux & à un malades. If ne devoit y avoir que 34 lits à trois perfonnes. Pourquoi donc a falle Saint-Paul avoit- elle 258 malades pour 111 lits! la falle Saint- Charles 304 pour 110 lits? Îa falle Saint-Landri 260 pour 113 lits! Pourquoi voyoit-on quatre malades & peut- être plus dans certains lits? Il en réfulte de deux chofes l'une, ou que l'on entafle les malades dans un même lit,
our que beaucoup d’autres foient couchés feuls; ou que f on couche Îes Infirmiers & les Infirmières dans les petits lits
(g) Relevé des principales erreurs, &c. page $. C'’eft en 1737, & après lincendie de l'Hôtel-Dieu, arrivé cette année, que la Ville, fous la Prévôté de M. Turgot, reconnoïflant les inconvéniens du peu d’étendue de PHôtel-Dieu, & la néceffité d’en augmenter le local, donna à cet Hôpital tous les terreins compris entre le pont-au-double & les grands degrés. Mémoires de l’Académie des Infcriptions 7 Belles-Lettres; Æloge de M, Turgot, tome X XV, page 271.
{r) Voyez la feuille du mouvement de ce jour,
des
DPEMS LES NCA LE VIN Ci ES. 17
des falles ; & que par-là on eft forcé de porter le refte ides malades fur les grands lits. Nous le croyons d’autant plus volontiers, que ces ferviteurs, qui font au nombre de 283, n'ont pour retraite que quelques petits cabinets, dans les environs des falles ; il faudroit des dortoirs & même des dortoirs confidérables, pour les loger : on n’en connoît aucun à l'Hôtel-Dieu //). H y a tout lieu de croire qu'une partie de ces 283 Infirmiers ou Infirmières couche dans les petits lits des falles /r). Hne refte donc qu’à peu- près 20 3 de ces petits lits pour les malades ; & fur le nombre de 1 98 6 malades du 1 2 janvier de cette année, 1700 à 1800 ont dû être placés dans 733 grands lits; & alors il n’eft pas étonnant qu'on en ait vu quatre, & peut-être plus, dans plufieurs de ces grands lits. Nous imaginons bien que c'eft la petitefle de l'emplacement & le défaut de lieu, qui forcent de mêler les Infirmiers avec les malades, & de priver les uns de leurs lits, pour coucher les autres; mais cet abus prouve que les reflources mêmes que paroit préfenter l'Hôtel-Dieu, font en partie illufoires, & qu’au lieu d'avoir 1219 lits, il n’en a réellement qu’à peu-près 1000 pour les malades. Encore ce nombre fera-t- il diminué lorfqu’on efpacera les lits convenablement , & lorfqu'on en retranchera les 76 lits du pont-du-Rofaire, dont les bâtimens doivent être détruits /u).
Mais, en nous en tenant à notre calcul, qui donne une pofhbilité de 2000 lits, il eft évident que non-feulement
(JS). I faudra bien prendre fur les 1800 toiles du terrein qu’on fe ropofe d’ajouter, de quoi former les dortoirs néceflaires à ces 283 nfirmiers, & à ceux qu’exigera J’augmentation du nombre des malades.
(£) Nous favons qu’il y a à l’Hôtel-Dieu deux efpèces de domeftiques ;
les uns à gages, les autres fans gages: leur nombre, tant hommes que
filles, paroît être de 283. II y en a une partie qui ont des chambres pour
coucher; nous ne prétendons pas fixer ici le nombre de ceux qui n’en
ont pas & qui peuvent coucher dans es Salles : il auroit fallu avoir les éclairciffemens que nous n’avons pas obtenus.
(u) Relevé des principales erreurs , page 6, .
Hit. 1785. C
L'Hôtel-Dieu ne pouvant donner
les 4800 lits dont
en a befoin,
ni les 3000 promis,
eft infuffifant,
18 HiSTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYAYE
l'Hôtel-Dieu ne peut pas recevoir les 4800 malades, que femblent demander dans certains temps les befoins de Paris : mais qu'il ne paroît pas qu'il puifle jamais fatisfaire aux intentions du Roï, offrir, comme l’annoncent les Lettres patentes, 3000 malades couchés feuls dans un lit; une réferve pour 1000 malades dans les cas de nécefité ; ainfi que les promenoirs & les falles particulières pour les convalefcens, ordonnés par les mêmes Lettres patentes. L'auteur du Æelereé affure que es additions projetées mettront en état de coucher 4000 malades feuls dans un lit /x). Une pareille aflertion ; une promefle fi flatteufe our l'humanité, demandoit à être prouvée par un détail des falles, de leur emplacement, de leur développement & du nombre des lits. Faute de ces éclaircifiemens , nous ne pouvons pas apprécier les promefles de l'auteur du Relevé ; & en nous bornant à la teneur des Lettrés patentes qu'on fe propofe d'exécuter, nous dirons que fi 3600 toifes de terrein actuel & 1800 toifes d’addition, ou 5400 toiles fufhfent pour placer 3000 Hits, on doit, {ur les 3600 toiles de l'Hôtel-Dieu aujourd’hui exiftant, en placer 2000, & ilnena que 1219; encore ces 1219 lits ne font-ils pas eflectifs & uniquement deftinés aux malades. Nous dirons qu'il faudroit placer dans le local actuel 2000 malades couchés feuls; & le 12 janvier de cette année, ce nombre de 2000 n'étant pas complet, on voyoit trois, quatre malades & peut-être plus dans le même lit. L'Hôtel-Dieu, tel qu'il eft, étoit donc infuffifant pour les 1986 malades qui s'y trouvoient le 12 janvier. Nous difons que l’'Hôtel- Dieu eft infuffifant pour ce nombre médiocre, parce qu'un hôpital ne fuffit pas aux malades, lorfqu'on eft obligé de les coucher trois, quatre & fix dans le même lit. L'infuffifance de l'Hôtel - Dieu fera encore plus cruelle & plus évidente dans les temps de calamité, tels que ceux de 1740 à 1742, de 1750 à 1752, où
(x) Page 5, ”
pis SNCALE, NC E S 19 on a vu 4000 pauvres & peut-être plus à l'Hôtei-Dieu. Comment fera-t-on pour les y recevoir lorfque ces cala- mités fe renouvelleront? On fera comme on a fait en 1752, où çes 4000 malades ont été reçus, traités dans le même efpace, qui aujourd'hui ne peut en recevoir con- venablement 1986 : on les a couchés 4 & 6 dans le même lit; on en a couché fur les ciels dé ces mêmes lits, fuivant le témoignage irréprochable d’un Médecin de l'Hôtel-Dieu, qui en a été le témoin /x'). Sans doute la
néceflité ne connoïît point de loi; on ne peut refufer les.
malades, & les laïfler périr à la porte de lhôpital ; mais les calamités font connues, il faut que les reflources foient pré- parées. Quand fhôpital d’une grande ville, d'une ville inf- niment peuplée, n'a que des fecours fi foibles , fi bornés, non-feulement dans les temps malheureux, mais même dans les temps ordinaires, la juflice permet de prononcer, & humanité oblige de dire que cet hôpital eft infufffant. Quant à la commodité & à la falubrité de l'Hôtel-Dieu, nous répondrons à la fois à ces deux queftions qui fe tien- nent de trop près pour être féparées. La véritable commodité des malades, du moins des pauvres, à qui la misère laiffe ignorer les recherches de Ia délicateffe & du luxe, c’eft Ja difpofition qui facilite le plus leur guérifon. Or la difpo- fition générale de l'Hôtel-Dieu, la difpofition forcée par le défaut d'emplacement, eft d'établir beaucoup de lits dans les falles, & beaucoup de malades dans les lits. Nous trou- vons que, fur les vingt-cinq falles de cet hôpital, il y en a fix feulement à deux rangées de lits; fix en ont trois files, & treize ont quatre files : de forte que plus de la moitié des falles eft furchargée de quatre rangs de lits. Quatre de ces falles contiennent 108 ou 110 lits Nous citerons en exemple la plus chargée, celle de Saint-Charles, quia loi grands lits & 9 petits. J1 faut obferver que ces grands lits ayant reçu quelquefois fix malades, cette falle a pu en
(x') M. Cochs. Ci
L'Hôtel-Diers eft-il commode & falubre ! Les malzdes trop rapprochés fe nuïfent. Beaucoup de lits dans les falles; plufieurs malades dans le même lit,
€ 20 HisSToOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
renfermer 61 5, & former à elle feule un hôpital entier, un hôpital affez confidérable, dans un efpace de moins de 200 toiles carrées. Or, que les lits ne contiennent quelquefois fix malades, c’eft ce dont il n’eft pas poflible de douter. Le fait a été avancé par Îes Adminïtrateurs même de l Hôtel-Dieu /y). Le 6 janvier de cette année, Saint-Charles avoit 340 malades /7); vingt-huit lits au moins contenoient chacun quatre perfonnes. Sans doute des gens en fanté, qui feroient au nombre de 340 dans une même falle & couchés quatre dans un lit, {e trouveroient fort mal à leur aife, Nous ne cherchons point à émouvoir; nous rendons un compte raifonné à l'Académie; nous ne voulons expofer que des faits & des calculs. Mais c’eft un fait que, fi des gens en fanté avoient droit de fe plaindre de cette affreufe difpofition, Îles malades doivent en être repouflés par la répugnance, & n'y être amenés que par le défefpoir. C'eft un fait que, quelle que foit l'infenfibilité des miférables que la néceflité y condamne, cependant le fpectacle des maux dont ils font de toutes parts environnés, & dans le lit qui les avoifine & dans leur propre lit, ajoute au fentiment de leurs maux; e’eft un fait que les morts y font mélés dans le même lit avec les vivans ; & quand cette affociation des malades dans un lit ne feroit que rendre plus fréquentes les méprifes des remèdes & des alimens, ce danÿer fufhroit pour en profcrire l’ufage. Mais à ces raïfons, & aux récla- mations de l'humanité fe joignent des raifons phyfiques qui dévoilent d’autres inconvéniens ; & nous demandons qu’il nous foit permis de les développer. Ici nous entrons dans une difcuflion importante, non-feulement pour l'Hôtel-Dieu de Paris, mais pour tous les Hôpitaux où on fe propoferoit
(y) Mémoire pour les Adminiftrateurs de l'Hôtel-Diea, contre ceux de l'Hôpital général, 1767, page 5.
(x) Voyez la feuille du mouvement de ce jour. I y a peut-être des jours où la Salle Saint- Charles eft plus chargée : nous n’avons pu nous procurer que quelques-unes de ces feuilles, & nous ne pouvons citer que celles que nous avons fous les yeux.
DéErs SCIE NC Es 21
d'admettre des lits à plufieurs malades; cette difcuffion doit être approfondie, & nous efpérons que l’Académie nous par- donnera des détails que l’importance du fujet rend néceffaires. Qu'eft-ce qu'un lit en général, & fur-tout un lit de malades?! c'eft un lieu de repos pour la nature fouffrante, & un moyen de fommeil pour la nature que les fouffrances ont fatiguée. L'homme n’a qu'une manière de repofer fon corps, c'eit de mettre tous les mufcles deftinés au mou- vement volontaire dans un état de relichement. Un homme debout ne fe repofe point, parce qu'il eft obligé de fe maintenir en équilibre, & que le poids de fon corps portant fur les pieds, il faut que prefque tous les mufcles {oient en ation; les mufcles fupérieurs pour foutenir ce poids, les mufcles inférieurs pour le fupporter /4). L'homme aflis eft en partie en aétion, en partie dans le repos; les mufcles inférieurs font dans le relichement, mais ceux du tronc & de la tête font en aétion. Pour que le repos foit com- plet & abfolu, il faut que toutes les parties du corps foient appuyées & fupportées de manière que les mufcles n’aient rien à faire pour les foutenir : c’eft pourquoi la fituation horizontale eft la plus favorable au repos; c’eft pourquoi un lit qui cède à la preflion du corps, & où le corps fe moule, repofe plus que le coucher d'un plan inflexible. Mais ce f’eft pas tout; il faut encore que les membres foient fléchis. Toute tenfion eft le réfultat d’une action; il n'y a point de véritable repos où il y a tenfion. Dans la flexion, les attaches des mufcles font rapprochées, & leur relâchement eft augmenté. 11 faut que le tronc & les extrémités foient alternativement dans cet état de flexion modérée, dans un état qui change de temps en temps, en variant les attitudes, pour repofer fucceflivement les différens mufcles. Nul homme n’eft couché droit dans fon
(a) Si cet homme debont s’évanomit, il tombe parce que les mufcles fe relächent tout-à-coup. Toute adion cefle, le poids du corps n’eft plus foutenu, & il perd équilibre. C’eft une preuve qu’il Re une action & un effort continu pour Je foutenir dans cette poftion.
Inconvéniens de Pufage de coucher plufieursmalades dans un lit. Pour que le corpsferépofe, il faut que lesmufclesfoient dans un état de relâchement.
II faur que les membres foient fléchis.
I faut changer de pofition pour éviter les effets de Ja compreflion,
>> HisToIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
lit; tous fes membres font fléchis & courbés. Le bœuf & le cheval, dans les herbages, le chat & le chien, dans nos maifons, ont en dormant le dos arqué, les jambes fléchies, raflemblées fous eux, & tous les mufcles dans un état de mollefle & de relächement. Ces vérités font d’obfervation; & puifque la nature a ménagé aux animaux ces moyens de réparer leurs forces, il faut du moins, quand lhomme a recours aux hôpitaux; quand il vient y réclamer nos foins & notre charité, que nous ne com- mencions pas, en le recevant, par contrevenir à des loix qui émanent de fa conformation; il faut que nous lui procurions un lit conforme à fes befoins, où il puifle fléchir fes membres pour les délafler. Mais s'il eft fouf- frant, cette flexion des mufcles eft encore plus néceflaire. Toute tenfion aggrave le mal des parties afHigées; l’homme s'incline du côté de la douleur, if cherche à y porter le relichement ; cette loi eft conftante chez les animaux. Ainfi un lit n’eft pas fimplement fait pour qu'un malade puifle s’y toucher & s'y étendre au befoin; il doit ofrir. la facilité de cet état de flexion indifpenfable à l'homme qui fe repofe, & encore plus à l’homme qui foufire. On doit y refpeéter l'inaction où la douleur foblige de fe tenir, en évitant de Île heurter par des mouvemens inconfidérés. Mais cette inaction n’eft que mômentanée ; il a befoin de changer de pofition, non-feulement pour relâcher fucceflivement fes différens mufcles, mais pour prévenir les effets d’une longue compreflion de Ja même partie. Un membre trop long-temps comprimé s’engourdit, perd le fentiment, fe gonfle, rougit, s’enflamme, & finit quelquefois par fe gangréner. I faut donc que le lit du malade lui permette & de s'étendre & de fléchir fes mem- bres, & de fe retourner pour porter la compreflion fur des parties repofées. Or un lit de trois pieds pour un feul homme, fuflit à ces deftinations; un lit de quatre pieds quatre pouces n'y fufht pas, lorfqu’il eft chargé de quatre ou fix perfonnes.
DES MSC HDNEL NIEC “EŸE: 23
Deux malades, dans un pareil lit, ont chacun un efpace de 26 pouces en largeur, tandis que e malade du petit dit en a 36, & n'a rien de trop. Mais lorfqu'il y a quatre ou fix malades, pn en place deux ou trois à la tête, & autant aux pieds; de forte que les pieds des uns répondent aux épaules des autres, & réciproquement. Or un homme de taille ordinaire, couché, les bras ap- puyés & ferrés le long du corps, les jambes étendues l'une contre l'autre, a 18 pouces de large à 1a hauteur des épaules, & 10 à la hauteur des genoux. I fuit de-fà que, dans le cas de fix malades par lit, il Ieur faudroit 84 pouces en largeur pour s'y tenir fur le dos, preflés & bien alongés; & que, dans le cas de quatre malades, il faudroit encore 56 pouces, & le Iit n'en a que 52. Comment donc repoler dans cette fituation génée; parer à la douleur par une flexion néceflaire; fe retourner pour éviter les eflets de la compreflion! N’eft-l pas évident que ces malades à l'étroit ne fauroient tenir dans le lit, qu'autant qu'ils feront fur le côté, dans une pofture con- tinuellement forcée, en contrariant fans cefle le vœu de la nature, qui demande le changement, Que de fentimens d'humanité, de charité, de patriotifme, réclameroient ici les droits de {homme fouffrant, abandonné à la févérité de quiconque fe permettroit de protéger cet ufage, & d’eg continuer l'abus! mais le tableau n’eft pas achevé.
La veile & le fommeil font à l'efprit ce que lation & le repos font au corps. Le relâchement des mufcles ne produit que le délaffement du corps; le fommeil amène le repos de l’efprit, l'oubli des maux & la confolation. Le fommeïl a cet avantage de plus, qu'en même temps qu'il repofe l'efprit, il repofe le corps: car les mufcles deftinés à exécuter les mouvemens de la volonté, font fans action dans le fommeil; & c'eft une raifon pour ne point négliger les moyens fimples & naturels de le pro- curer. Quand ïf ne ferviroit qu'à l'oubli momentané des maux, il feroit précieux au malheureux; il feroit pour lui
Un lit de quatre pieds quatre pouces ne peut pas fuffire a ces deftinations, quand on y place quatre ou\fix malades.
Ces malades ainfi entaflés ne peuvent pas dormir dans leur lit,
24 HisTOoIRE DE L'AGADÉMIE ROYALE
le premier des remèdes. Mais s’il fufpend le fentiment de la douleur, s'il favorife l’eflet des médieamens, s’il hâte le retour de la fanté, qui plus que l'indigent a droit de le réclamer? l'indigent preffé de guérir pour aller nourrir fa famille & fervir fa patrie. Quand ïl confie fa misère & fa vie à l'afliflance publique, il demande implicitement remèdes, alimens, foins de toute efpèce, fur-tout le repos & le fommeïl. Mais comment dormir dans ces lits à deux, ue l’on furcharge de quatre & fix malades; où tantôt chaque malade a 13 pouces, & tantôt 8 pouces & demi d’efpace en largeur; où il ne fauroit être que fur le côté; où il ne fauroit fe tourner fans heurter celui qui le ferre, fans réveiller en lui fe fentiment de la douleur! Eh! com- ment ne feroit-on pas fans cefle agité dans ces miférables. lits? [a gale, comme on fait, n’y eft-elle pas éternelle? la chaleur de quatre ou fix malades, n’y rend-elle pas les humeurs plus âcres & les démangeaifons plus infuppor- tables? cette chaleur d’ailleurs, n’y fait-elle pas éclore, n'y entretient-elle pas la vermine? cette chaleur ne développe- t-elle pas encore la fétidité qui ne peut manquer d’exifter dans ces lits, & qui devient plus infupportable dans la fituation oppofée des malades, couchés les uns au pied, les autres à la tête? le fommeil ne pénètre donc point, ou du moins il pénètre rarement, imparfaitement, dans ces lits d'amertume & de douleur. Que penfer d’un hôpital, où des malheureux ainfi entaflés dans le même lit, ne peuvent. obtenir ce fommeil defirable, que lorfqu’ils fe concertent pour que Îles uns fe lèvent & veillent une partie de la nuit, tandis que les autres dorment? & quand ils font dans l’impuiflance d’en fortir, ils gémiflent de la néceflité qui les y attache, & maudiffent {es fecours qu'on leur donne. Ces lits Mais ce n'eft pas aflez que ces grands lits foient une ner fource de dégoûts & de mal-aife, Ôôtent le repos & le coublelamarche fommeil; ils troublent encore la marche de Îa nature.
de la nature, Chaçun de ces lits peut être confidéré comme un foyer de
p'E sS3c T'EIN © E°s. 25
de chaleur. Il auroit été utile d’obferver, dans ces lits bien fermés, à quel degré, dans un temps donné, fe feroit élevé le thermomètre {b). Ce degré doit varier fuivant les individus, fuivant leur nombre, fuivant les maladies. Boërhaave a obfervé dans 14 chaleur animale, entre l'état de friflon & celui de la plus grande ardeur de Ia fièvre, une différence de 2 1 degrés de Farenheit, ou de 9 degrés + de Réaumur. De Haën a obfervé, entre l’état de fanté & celui de {a plus grande ardeur de la fièvre, une diffé- rence de 14 degrés de Farenheit, ou de 6 degrés + de
(2) Les Phyficiens & les Médecins varient un peu fur ce degré,auquel on doit fixer la chaleur animale. Boërhaave & Hales l’ont déterminée à 92 degrés du thermomètre de Farenheit. On doit fentir cependant qu'il ne faut pas prendre ce degré 92 tellement à la rigueur, qu’une infinité de circonftances tirées de la faifon, de l’état de l’athmofphère, & fur-tout de Ia difpôfition, de l’état de force & de fanté, ainfr que du tempéra- ment de celui qui a fait ces expériences, ne puiflent y apporter bien des variations. En effet, d’autres auteurs ont trouvé que le degré déterminé par Hales & Boërhaave étoit au-deflous de la réalité: aufi lui ont-ils donné pe de Jatitude, & ils le portent à 93, 94, 95 & 96. Il s’agit ici de
‘homme en fanté.
Quant à l’homme malade, Boërhaave a obfervé que, dans le temps du frifon de la fièvre, le thermomètre defcend à 87 degrés, & qu'il varie jufqu’à 94; tandis que, dans la chaleur qui fuit ce friflon, le mème ther- momètre monte depuis 96 jufqu'à 108: ainfi à partir du degré 92, qui eft T'étar de fanté, la variation eft bien moindre en RÉénagt jufqu’au friflon, qu’elle ne left en s’élevant jufqu’à la grande chaleur.
M. de Haën, qui paroït avoir fuivi ces expériences avec plus de foin & plus de précifion, a trouvé que Ia chaleur de fon corps faïfoit monter fe thermomètre placé fous fon aïiffelle, fucceffivement pendant une heure, depuis 95 jufqu’à 101 & 102 degrés. Dans l’état de maladie, le même M. de Haën a auf obfervé que, HE chaleur médiocre de la fièvre, il montoit à 100 degrés dans "U d’un demi- quart d’heure ; après un quart d’heure, à 101 & 102 ;"dans une demi-heure, à 103 & 104. If d’a vu monter, dans d’autres occafions, & dans l’efpace d’une demi- heure, à 104 & à 106; & même, après une heure entière, à 109. Il paroît que Swenke a fait la même obfervatien.
Aïnfr, fuivant Hales & Boërhaave, il fe trouve, entre les deux extrêmes de l’état de fanté & de maladie, déterminés par les degrés 92 & 108, une latitude de 16 degrés; au lieu que, d’après de Haën, qui fixe ces extrêmes à 95 pour l’état de fanté, & à 109 pour la maladie, cette Jati- tude n’eft que de 14 degrés; ce qui ne faille pas encore d’être très- confidérable,
Hif. 1785, D
Cette température commune n’eft celle d'aucun des malades du lit, & elle peut leur nuire à tous,
Elle échauffe les falles,
& les échauffe
d'une chaleur mal-faine,
26 Histoire DE L'ACADÉMIE Royarr
Réaumur. Ils n’ont obfervé que des individus féparés ; nous aurions defiré de connoître la chaleur qui, dans un fitcom- mun, réfulte de plufieurs malades réunis ; mais, pour faire ces expériences, il auroit fallu être autorifé par l’admi- niftration de l'Hôtel-Dieu, & nous ne favons pas été.
Cependant il y a des effets néceflaires que nous pou- vons prévoir & indiquer avant l'expérience; c'eft que, dans ces lits où font couchés quatre ou fix hommes différem- ment malades, différemment échauffés par eurs maladies, il fe forme une chaleur moyenne, réfultante des malades, & qui n’eft ni la chaleur des uns, ni celle des autres. Un. homme couché feul dans fon lit eft échauflé par fa propre chaleur, & celle-ci eft ce qu’elle doit être; la nature fa varie comme il convient, & la proportionne aux progrès de a maladie : un homme foible échauffe peu fon lit; l'homme fort & enflammé l’échaufle davantage. Mais, dans ces grands lits, l'homme qui a befoin d’une chaleur douce eft enflammé par la fièvre brülante de fon voifin; celui-ci J'arrofe & le refroidit de fa fueur: en même-temps la fueur critique de ce fiévreux eft troublée, & lui-même eft refroidi par l'attouchement de celui qui n’eft pas à fon degré de chaleur. Cet état de trouble mutuel dure juf- qu'à ce que la température moyenne foit établie, & que les malades aient pris un degré de chaleur qui ne leur eft point naturel, & qui leur eft contraire à tous.
On peut croire que la chaleur de ces lits pafle dans Ia falle & qu’elle y croit, fuivant le nombre de ces foyers ou de ces lits. On remarquera que cette chaleur doit s'élever à un aflez-haut degré, puifqu'il eft certaines falles à l'Hôtel- Dieu, telles que la falle Saint-Paul, qui contient 78 grands lits & 33 petits, où l’on fe pafle de poëles pendant l'hiver, & où les malades font échauflés par leur propre chaleur, ou plutôt par la chaleur commune. Mais cet air eft échauffé par des malades, il eft chargé de leurs émanations putrides; di a chaleur dure, c’eft que l'air ne fe renouvelle que dif£- cilement, c'eft que l'air intérieur & corrompu eft dans un
DES SCIENCES. 27.
état de flagnation. Cette chaleur doit nuire à tous Îes malades: elle ne peut profiter aux gens foibles, aux con- valefcens, aux vieillards, qu’une chaleur douce & faine ranime & fortifie; elle eft nuifible à quiconque eft attaqué de maladies inflammatoires, à ceux qui ont des pertes de fang, des hémorragies; elle fe complique avec tous les maux pour les aggraver. Cette chaleur utile jufqu'à un certain point en hiver, eft infupportable en été, fur-tout pendant Ja nuit; & en multipliant les dégoûts, elle eft encore un fupplice pour ceux qui ont le malheur de porter à J'Hôtel-Dieu quelque délicatefle, & d’y conferver quelque fenfibilité.
L'ufage de ces lits eft donc contraire à tout principe de Phyfique , de Médecine , comme à tout fentiment d'humanité, & ils doivent être à jamais profcrits. JL y a une autre efpèce de lits appelés lits à cloifon, & dont il eft queftion dans les Lettres patentes du 22 avril 1781, comme devant être employés à FHôtel-Dieu. Ces lits auront fans doufe 4 pieds 4 pouces de largeur, & feront partagés dans leur longueur par une cloifon de planches, de forte que les malades ne pourront ni fe tou- cher ni fe voir. Nous prenons la liberté d’obferver que ces lits doivent être également profcrits. 26 pouces réfervés à chaque malade, font d’abord un it bien étroit; la cloifon de planches placée au milieu recélera une vermine, qui en fortira pour tourmenter les malades. D'ailleurs ce lit ainfi coupé forme deux lits accouplés. Pourquoi ne les pas féparer? & que gagne-t-on à les laïffer unis! la fuppreffion de Ia ruelle & trois pieds de terrein. Mais c'eft précifé- ment cette ruelle qui eft néceflaire pour pouvoir fervir le malade des deux côtés dans une infmité de cas, pour Tentourer toujours d'un air plus libre, & pour éloigner l'un de l'autre deux foyers d’infeétion. Lorfque la bonté du Roï fe déterminera à établir un hôpital digne de fon huma- nité, il faut porter remède à tout; détruire, s’il eft poffible,
tous les inconvéniens, & extirper à la fois tous les abus. D ij
Ces lits
à quatre ou à fix,
même les lits à deux malades, doivent être pro{orife
La bonté du Roï a décidé qu'il »'yenauroitplus. H faut que cette bonté ait fon effet.
Four ménager le terrein, on accouple les falles.
28 Histoire DE L'ACADÉMIE ROYALE
Si nous nous fommes élevés contre les inconvéniens des lits à deux, & fur-tout contre l'abus des lits à quatre & à fix malades, ce n’eft pas que nous ne fachions qu'on eft réfolu d’en abandonner le funefte ufage, le parti eft pris à cet égard, la queftion eft décidée en faveur des pauvres; mais nous favons aufli que tout ce qui eft décidé n’a pas toujours fon exécution. Si la néceflité fert d’excufe,
cette néceflité nait du défaut de prévoyance. Quand on.
conftruit des hôpitaux, il faut fonger que la tiédeur fuccède
au zèle, il faut tellement enchaïîner la volonté des hommes,.
que les abus foient impofñlibles. On abandonne les grands lits, mais il faut les remplacer par un nombre fufhfant de
petits; & c’eft ce qui ne paroît pas poflible fur le terrein de.
l'Hôtel-Dieu, même en y comprenant l’extenfion projetée. On promet 4000 lits, mais lorfque les bâtimens nouveaux feront conftruits, & que le développement des falles n’y fuffira pas, lorfqu’on verra qu'on ne peut placer que 2000 lits, la néceflité de recevoir 4000 malades & plus, forcera d'introduire les lits à deux ;.& puis Iessrecommendations furviendront, qui, pour coucher un certain nombre de malades feuls dans un lit, feront entafler tous les autres, & l'abus des lits à quatre perfonnes renaïîtra. Les loix pré- viennent les abus plus facilement qu’elles ne les détruifent. I eft à fouhaiter qu’un règlement févère , fait d'avance & avant la conftruétion d’un nouvel Hôtel-Dieu, défende d'y introduire jamais aucun lit qui ait plus de 3 pieds de large; c'eft le feul moyen de remplir les vues bienfaifantes du Roi
. & de tenir fa parole facrée. Le Roi a promis aux malheureux
que l’afyle de l'Hôtel-Dieu contiendra 3000 lits, où les malades feront couchés feuls : il n’eft plus permis de rien changer à cette difpofition de bienfaifance ; quand la bonté du Roi s'eft expliquée & a fait le fort du pauvre, on peut y ajouter, on ne doit en rien Ôter.
Nous ignorons comment on imagine placer 3 à 4000 lits dans le local actuel de l'Hôtel-Dieu & dans les exten- fions. Mais ce que nous favons certainement , c'eft qu'on
DIE 451 SG TAËE NC Ex 29
wy placera les 2000 lits dont nous. avons aperçu la poflbilité , ou un plus grand nombre , que par des moyens abfolument contraires à la falubrité de l'hôpital & à la guérifon des malades; c’eft en aflociant les falles à côté les unes des autres, en les entaflant l’une fur l’autre & en accumulant les étages. Une falle de malades doit être ifolée de tout bâtiment, afin que les murs foient conti- nuellement expofés aux vents & aux courans d’air qui en éloignent l’humidité. H faut que ces falles foient ouvertes de tous les côtés, pour que tous les vents puiflent y entrer, pour qu’on puifle y admettre, fuivant le befoin, ou ceux qui échauflent ou ceux qui rafraïichiflent ; & qu'on y conferve toujours un courant néceflaire au renouvellement d'un air qui fe corrompt fans cefle. Ces conditions manquent abfolument & à toutes les falles de l'Hôtel-Dieu. Au rez-de-chauflée, les falles Saint-Antoine & Saint-Roch ; au premier étage la falle Saint-Paul & les falles Saint-Y ves, & des opérations, la falle Saint-Nicolas & celle des taillés font accouplées; & dans les étages fupérieurs , les falles font féparées par un mur de refend qui ne leur laifle de jour & d'air que d’un côté. La falle Saint-Charles, quoi- qu'elle ne foit aflociée à aucune autre, n’a également de jour que d’un côté; de l’autre elle eft appuyée à un bâti- ment. Au dehors, le pied des murs de, prefque toutes ces falles eft garni d’une fuite de cabinets, d’offices,. de petites chambres , dont le deflus eft difpofé en terrafle. La falle Saint-Charles ne tire fes jours qu’à la faveur de ces terraffes ; mais quel jour & quel air! Ces terrafles font deftinées à étendre le linge, parce qu’à l'Hôtel-Dieu, faute de terrein, il n'y a point d’étendoirs pour la leflive. Ces terrafles font
donc chargées de nombreux étendoirs en fer, qui s'élèvent: jufqu’au haut des croifées de Saint-Charles. Là pend fans. cefle un linge à moitié blanc & toujours mouillé; & c’eft à.
travers ces obftacles qu'arrive dans la falle Saint-Charles un jour trifte & un air continuellement humide. Auffi les gens en fanté, qui entrent dans ces falles du rez-de-chauflée, font:
Inconvéniens de cette aflociation:-
On multiplie les étages. Inconvéniens de cette difpofitien.
30 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE frappés de triftefle par cette demi-obfcurité; on fent qu'on ÿ
refpire avec peine, & l'on conçoit que l'air renouvelé y eft aufli rare que la lumière. S'il ÿ a moins d'humidité & plus de jour dans les étages fupérieurs, Vaflociation des falles, l'inconvénient de n'avoir des croifées que d’un côté, y met également obftacle au renouvellement de fair.
La reflource de multiplier les étages, pour placer plus de malades dans un terrein donné , eft un autre abus. L'Hôtel -D'ieu a trois étages de falles, élevés au-deffus de celles du rez-de-chaufiée. Il paroît même qu’on fe propofe d’en élever un quatrième , qui ef déjà commencé fur l'aile la plus voifine de l’Archevéché /c). Voilà donc quatre à cinq falles placées l’une fur l’autre. Les efcaliers n’étant pas aflez ouverts, aflez aérés, font dans toute leur hauteur l'effet d'une cheminée ; l'air corrompu & toujours plus léger, doit monter fans ceffe des falles inférieures dans les fupé- rieures. On fait que dans les fpectacles où il n'y a cepen- dant que des gens qui fe portent bien, Fair du dernier rang des loges eft fenfiblement malfaifant ; il donne des maux de tête, la refpiration y eft plus difficile. La raïfon en eft fimple, la refpiration dénature Fair : cet air vicié, plus léger que Fair ordinaire, monte & occupe particu- lièrement le dernier rang des loges des fpectacles. Ce n'eft pas à cette hauteur & dans cette atmofphère d’un air altéré qu’on doit imaginer de placer des malades, fur- tout quand on penfe que cet air vicié & moins refpirable ; eft encore chargé de miafmes morbifiques. Sans doute cet air ne tue pas, parce qu'il fe mêle par une circula- tion quelconque avec de Pair du dehors; mais il en réfulte
-un mélange toujours malfaifant. Cet air ne tue pas, mais
fait-on jufqu'à quel point il influe fur la mortalité, com- bien il retarde [a guérifon ; & au défaut des expériences fuffifantes, ne peut-on pas croire qu'il alonge les maladies & multiplie les morts. Ces étages accumulés rendent
(c) Supplément au Mémoire, page 27.
DES: SicorE Nc 5 3r
d'ailleurs le fervice-plus fatigant & plus difficile. Ce fervice eft plus géné fur un efcalier que de plein-pied. Ces étages ont encore un grand inconvénient pour {es malheureux convalefcens qui font fans force, qui auroient befoin & de marcher & de refpirer l'air du dehors, & qui font forcés de refter dans l'infeétion des falles de malades, parce qu'ils ne peuvent ni defcendre quatre étages ni les remonter. Un hôpital où on fe propofe de guérir, doit foigner fes convalefcens : ce font des viétimes arrachées en partie à la maladie; & c’eft un ouvrage d'humanité qu'il ne faut pas commencer fans le finir. Ces raifons fuffroient pour profcrire les étages accumulés ; mais il s'y joint le plus preflant & le plus terrible des dangers, celui du feu. Nous ne nous propolons point de peindre ici le fpeétacle d’un corps dé bâtiment livré aux flammes , {es efcaliers ou inter- ceptés par le feu, ou obftrués par la confufion, & cinq étages de falles dévouées au feu & à la mort ; nous dirons fimple- ment que cette multiplication d’étages eft un vice effentiel dans la eonftruction d’un édifice public, tel qu'un hôpital. Le danger eft fans doute le même dans les maifons élevées de Paris où habite le pauvre; le pauvre fe loge où il peut : mais quand la charité lui ouvre un afyle, elle à dû pourvoir à fa füreté, fur-tout dans le cas de maladie, où il n'a ni la force, ni l’agilité néceflaire pour fe fouftraire au danger. Ce nouveau motif doit donc faire profcrire les étages élevés; il doit les faire profcrire à l'Hôtel - Dieu aétuel, plus que dans tout autre hôpital. L'Hôtel -Dieu a un vice particulier & auquel on ne peut penfer fans eflroi. Cet hôpital eft compolé de deux grands corps de bâtimens, Tun fur la rive feptentrionale, l'autre fur la rive méridio- male dela Seine. Sous le bâtiment feptentrional & fous les falles des malades font placées les buanderies , les étuves , où le feu eft fans cefle employé; & ce qui eft pis encore, €e qui devient un voifmage dangereux & redoutable, om Y a placé le magafn aux huiles & a fabrique des chan-
Les falles accouplées, les étages accumulés, rendroiïent T'Hôtel-Dieu futur femblable à l'Hôtel-Dieu adtuel,
De-là naît confufion, mauyaife
3% HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE delles; & comme s’il falloit que la maïfon entière eût fa part du danger, le magafm au bois qui en contient. fix mille voies eft fous le bâtiment méridional du côté de la rue de la Bucherie. Sans doute c'eft le défaut d’emplaces ment, c’eft la néceflité qui a préfidé à cette mauvaife dif. pofition. En 1772, le feu qui brüla la falle du Légat, prit dans la fabrique des chandelles; le befoin y a fait replacer ; comme auparavant, cette fabrique. If n’en faut point blämer l'adminiftration qui n’a point été libre; mais il faut con- clure que l'emplacement qui oblige à de telles imprudences ; un emplacement qui force de s'expoler fans cefle à de pa- reils dangers, eft un emplacement qui ne convient point à un hôpital. Dans cette maifon où il y a toujours 3 à 4000 perfonnes, dans un efpace étroit qui néceflite la confufion, au milieu d’un fervice que le befoin rend très-actif, il eft impoflible que le feu ne prenne pas fouvent. Il eft fans doute bientôt éteint, maïs on n’eft pas toujours heureux, La falle du Légat a brûlé en 1772, celle du Rofaire eu 1737; voilà deux leçons en trente -cinq ans.
Mais, en fuppofant qu'on laïflät fubfifter les chofes telles qu’elles font, c'eft-à-dire, les falles accouplées & fans jour, où l'air circule difficilement; les étages entaffés les uns fur les autres, où les émanations des falles inférieures font portées dans les falles fupérieures; & tout cela pofé fur des amas de combuftibles, où le danger du feu eft terrible & perpétuel; quand on parviendroit, avec ces moyens dangereux, à obtenir un nombre confidérable de lits, on ne feroit que redoubler l’entaflement des malades, & en étendre les inconvéniens fur un plus grand local. Ce qui eft projeté fera une copie de ce qui exifte; & les édifices fubfiftans, les édifices qu’on fe propofe d'y ajouter fuffent-ils fufifans, non-feulement pour les 3000 lits ordonnés par les Lettres patentes, ou pour les 4000 annoncés par l'auteur du Relevé, mais encore pour les 48 00 que nous demandons, cet amas de falles accouplées & d’étages entaflés auroit
plufieurs
DES S CIE N CE 5! 37 plufieurs vices eflentiels, vices abfolument contraires à la falubrité; c’eft la confufion, la mauvaife difpofition des départemens & l'infection de l'air.
+ Il y a confufion dans les départemens , parce que pre- mièrement, il n'y a point de falles pour les convalefcens. Les Jiftes affichées chaque jour à la porte, ne font mention d’aucunes falles qui leur foient deftinées. On y voit feule- ment une falle dite des Convalefcentes. Mais les liftes ne difant jamais rien fur le nombre de ces convalefcentes, il y a lieu de croire qu’elle n'eft pas occupée. Et la raifon, c’eft d'abord que cette falle eft au troifième étage; ce feroit un trifte féjour pour des convalefcentes qui ont peine à defcendre & à remonter : c'eft enfuite qu'elle tient à la falle Sainte-Monique, qui lui fert d'entrée, & où font les petites véroles; ce voifnage & ce pañlage doivent en exclure néceflairement les convalefcentes. Il eft donc évident que les convalefcens font mélés dans toutes les falles avec les malades, par conféquent avec les morts & les mourans. Sans parler du malheur de ce fpeétacle, des idées douloureufes qui contraftent avec les efpérances des convalefcens, & de Yinfluence du moral pour retarder les progrès phyfiques & le retour vers la fanté, il eft évident qu’un convalefcent eft fans ceffe expolé, ou à des rechutes toujours ficheufes, ou à reprendre une nouvelle maladie à Îa place de celle dont il à été guéri; un convalefcent doit du moins, avant de retrouver fes forces, traîner & languir long-temps en refpirant le même: air que les malades, & en habitant ce féjour de dégoût, de mal-aife & de triftefle. Et comme on eftime que fur le nombre des malades d’un hôpital, il y ena le tiers en convalefcence, en évaluant à 2500 le nombre journalier & moyen des malades à l'Hôtel-Dieu, il a chaque jour 8 30 convalefcens dévoués à cette efpèce de fupplice.
. Obfervons que ces convalefcens, lorfqu'ils quittent leur lit, & vont refpirer au grand air fur le pont Saint-Charles, ont da plupart, même en hiver, les jambes nues. La maifon
Hif, 1785.
difpofition des départemens , infeétion de l'air,
Les convalefcens font confondus avec Les malades.
Abus de les laiffer fortir let jambes nues,
Les fous font plicés trop pres des autres malades,
34 Histoire DE L'ACADÉMIE RoyaLeE
ne leur fournit point de bas, & lorfqu'on ne leur en apporte pas du dehors, il faut refter au lit fans ofer exercer & développer fes forces naïflantes, ou fe promener les jambes nues. Ce grand abus nait d'une bien petite éco- nomie ; il prouve combien les anciens ufages ont de pouvoir pour {e faire conferver, & combien les préjugés font durables dans les Corps, méme fous une adminiftration vertueufe & charitable. Ÿ
il y a confufion dans les départemens, cela eft prouvé par l'emploi des falles. Les fous, que l’abfence dela raifon, leurs écarts & leur frénéfie féparent de la fociété des hommes, doivent être également éloignés de Ia fociété des malades. A l’Hôtel-Dieu, fur le pont du Rofaire au premier étage, eft placée la falle dite de Saint-Louis, où on reçoit les fous. Cette falle fait l’équerre, & communique avec la falle Saint-Paul, où il y a toujours près de 300 malades de maladies chirurgicales. Au deuxième étage, la {alle de Sainte-Geneviève ou des folles, eft à l'extrémité, & fait le prolongement de la falle Sainte-Martine on des femmes fébricitantes. Ces hommes qui ont foufiert ou des opérations ou des panfemens douloureux, ces femmes travaillées des retours de {a fièvre ou de fes redoublemens, : font tourmentés nuit & jour par les cris de ces infenfés; & ne doivent point avoir de repos; d'ailleurs l'Hôtel-Dieu, par le défaut d'emplacement, n’a pu même, en mélant ainfi ces fous avec Îles autres malades, leur attribuer aflez d’efpaces H faut obferver que cet hôpital eft le feul où lon entre- prenne de guérir la folie, & c’eft fans doute une très-belle inftitution; mais il ne faut pas croire que les pauvres foient les feuls qui viennent s'y faire traiter. Bien des gens aifés. n'ont cependant ni les moyens, ni un local fufhfant pour faire garder cette efpèce de malades, pour leur faire prendre les bains, & recevoir les douches néceffaires ; on les conduit à l'Hôtel-Dieu. Or il n'y a que 26 lits qui foient réfervés aux fous des deux fexes, & c’eft bien peu quand on con- fidère que les maifons de force de Paris en contiennent
peus ONG LÉ NC ES 35
pluside 800 /d). I réfulie de ce petit nombre de lits, qu'il en faut fouvent mettre deux & quelquefois plus dans le même dit. La falle Saint-Louis a 12 lits, 10 grands & 2 petits. Le 1.” janvier de cette année, on y comptoit 30 malades /e), c'eft-à-dire, 28 pour les grands lits, & par conféquent huit de ces lits avoient chacun trois malades. On conçoit ce qui doit arriver à des fous ainfi rapprochés, forcés de pafler les nuits & les jours dans Ia plus intime fociété, & d’être tour-à-tour les victimes de leurs écarts réciproques. Jis fe battent, peuvent s'eftropier, & ces def- ordres font une fuite déplorable du défaut d'emplacement.
Enfin, nous prouvons la confufion des départemens, par Ja difpofition d'où naît le plus grand inconvénient de J'Hôtel-Dieu ; & une des fources de fon infalubrité, c’eft le mélange dans une même maifon, fouvent dans les mêmes falles, des maladies contagieufes avec celles qui ne le font pas. On a toujours regardé comme un principe d’ad- miniftration & de police, de féparer de la focicté ceux que la contagion avoit infectés. Les malades font plus
fufceptibles que les gens en fanté; le temps où les pores font plus ouverts, où les humeurs font en fermentation, où la fièvre a rompu l'équilibre, n’eft pas celui où il feroit convenable de courir les rifques de Îa contagion; & la charité publique qui reçoit le pauvre ne doit pas lui dire: ou tu ne feras pas fecouru, ou tu courras ce danger.
Dans les fiècles où la lèpre régnoit en Europe , les léproferies ou les maladreries, étoient placées aux entrées des villes & des villages. Paris avoit trois léproferies : celle de Saint-Lazare, où eft aujourd’hui l'églife de ce nom; celle de Saint-Germain, qui occupoit Ja place où font les Petites- Mailons ; hôpital de Sainte-Valère étoit dans Le faubourg” Saint-Marcel. Mais tous trois étoient alors hors de Paris, Lorfqu’il fallut enfuite ouvrir des hôpitaux pour la pete, : à £ , EHESS" Ms - - {à) Mémoires de M. Tenon. -
- {2) Woyez la feuille du mouvement de çe jour.
E ij
Les maladies conragieules font mélées avec les
maladies ordinaires,
Les hôpitaux des maladies contagieufes ont toujours été hors des villes,
L'Hôtel-Dieu les reçoit prefque toutes, & Îles concentre alu
milieu de Paris,
Danger de la communication pour les habitans
de Îa ville,
36 HisTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
pour le mal vénérien, on les plaça hors de Paris ; la teigne eut auffi un hôpital hors de cette capitale. L'hôpital Saint- Louis & l'hôpital Sainte - Anne font encore deftinés aux épidémies contagieufes; ils ont été d'abord hors de Ia ville, & l’un au nord, l'autre au midi, pour que les malades puiflent sy rendre fans la traverfer. On à donc toujours eu intention parmi nous, de féparer les maladies contagieufes des maladies ordinaires, & de porter hors des villes celles qui pouvoient fe communiquer. Cette précaution de prudence & d'humanité, émanée d’une fage adminiftration , a diété la loi qui défend d’inoculer fa petite vérole dans Paris. Aïnfi l'emplacement des hôpitaux pour les maladies contagieufes, eft fubordonné à des règle- mens; le refpeét des loix & l'intérêt de la fociété en- joignént de ne s’en point écarter. De-là naïflent deux confidérations : celle des habitans de la ville, dont ïl faut conferver Îa fanté ; celle des pauvres malades, dont ül ne faut pas compliquer les maux.
Les quatre hôpitaux des Frères de Ja Charité, les quatre hôpitaux des Hofpitalières, Îles quatre hofpices particuliers établis depuis quelque temps, ces douze hôpitaux enfin n’admettent aucunes maladies contagieufes. Les malades de cette efpèce n’ont donc d'autre refuge que l'Hôtel - Dieu; & fi cet hôpital a l'avantage de donner des fecours à tous, & de ne refufer perfonne ; fi ceux qui les adminiftrent : ont le courage & {a générofité de fe dévouer à des foins périlleux , il faut convenir que l'Hôtel-Dieu eft au centre de Paris le réceptacle de ces maux contagieux.
Nous ne favons pas jufqu'à quel point ce foyer peut répandre les vapeurs de la contagion dans la ville; on ne fourroit s'en aflurer que par des recherches longues & difficiles, par des expériences dont les élémens compliqués rendent toujours les réfultats incertains. Mais le public fait qu'on lave tous les jours dans la Seine les linges de ces malades, & ïl penfe que les eaux peuvent en charier les
DES. S'CTE Nc E s. 37
“particules morbifiques; il en réfulte un objet d'inquiétude, ou tout au moins de dégoüt pour les citoyens.
Les habitans de la rue de a Bucherie, placés dans Ie voifmage de Ia falle où l'on tranfporte les morts, témoignent ue l'été les émanations de cette falle font très-fenfibles & très-infectes. Ces: émanations des falles paflent donc dans l'atmofphère, & peuvent être répandues dans la ville par les vents. Mais ce n'eft pas tout ; lorfqu'on vide les pail- ‘laffes pour les renouveler , il n’y a point de cour aflez vafte à l'Hôtel - Dieu, & qui permette de brûler cette quantité énorme de paille fans s’expofer à mettre le feu. I faut cependant s’en débarrafler ; on 1a tranfporte à Saint-Louis. Il en eft de même de la plume des lits, de cette plume imprégnée de miafmes morbifiques, Ia plupart contagieux ; on la tranfporte par charretées à Saint-Louis, où elle eft féchée, triée & battue, & où les coutils font trempés & avés dans la fontaine placée au milieu de la cour. Re- marquons en paflant que les lits de l'Hôtel-Dieu n'ont, avec la paillafle, d’autre garniture qu'un lit de plume. Cet hôpital eft le feul à Paris où on ait confervé cette mau- vaife pratique du vir.° fiècle /f/); il eft encore à cet égard comme au temps de fa fondation. L'ufage des matelas de laine eft plus fain, ïl a prévalu; mais les vieux ufages durent dans les corps, dans les établiffemens publics, lors même que la nation ne les connoît prefque plus. La laine fe nettoie plus facilement , plus complétement que Ja plume; linfetion & l'humidité fe retranchent dans les pores des tuyaux & dans les barbes des plumes, & après avoir été féchées & battues, ces plumes confervent en _ partie les principes morbifiques dont on a voulu les dé- pouiller. La contagion portée de l'Hôtel - Dieu à Saint- Louis, eft rapportée de Saint-Louis à lHôtel-Dieu, & —————" : (f) On croit que l’Hôtel-Dieu fut fondé par Saint-Landry , Évêque
de Paris, vers l'an 660. Piganiol de la Force. Defcription de Paris, tome 1} page 466,
Danger-de Ja communication pour les malades
de l'Hôtel-Dicu,
38 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE RoYALE en. revenant infecter de nouveau le lieu d’où elle eft partie, elle traverfe deux fois la ville avec un double danger pour les habitans. Les morts de l'Hôtel-Dieu font aufli tranf- portés les nuits, variolés, gangrénés & autres, à travers Paris. H fort donc de l’'Hôtel-Dieu des convois tantôt de paille infecte, tantôt de plume imprégnée de miafmes morbifiques, tantôt de cadavres; & ces inconvéniens font inévitables tant que l'Hôtel-Dieu reftera où ïäl eft. Si on ne peut dire quel eft l’eflet réel & l'étendue de ces in- fluences, fi la melure du danger eft inconnue, la prudence prefcrit de multiplier les précautions pour écarter même les rifques qu'on ne peut apprécier; & il femble:que le principe de police qui défend d'approcher des lieux où il y a de la contagion , doit défendre de garder cette contagion au centre de la capitale. Mais il n’y a nulle incertitude fur la communication des maladies contagieufes dans l'hôpital même, à l'égard des malades couchés dans le même lit, dans la même falle , & habitant dans le fein de Îa contagion ; une infinité de faits prouvent cette communication , il n'y a que le hafard qui puifle en préferver. En excluant les maladies, telles que la pefte, qui eft peu connue dans nos climats , {a lèpre, aujourd'hui prefque totalement éteinte en Europe , la teigne & le mal vénérien qui ont des hôpitaux particuliers, les principales maladies conta- gieufes font la gale, la petite vérole, la rougeole, certaines fièvres malignes & certaines dyflenteries. Ces maladies, du moins les premières qui font faciles à diftinguer par leurs fvmptômes, pourroient être reléguées dans un hôpital qui leur feroit fpécialement deftiné; mais dans aucun cas elles ne doivent être méêlées & traitées enfemble. Un hôpital bien ordonné doit avoir un quartier ou des falles éloignées pour chacune de ces maladies. On envoie dans ce moment à Saint-Louis les fcorbutiques, les fcrophuleux, les cancéreux; mais comme Saint-Louis eft réfervé pourles épidémies contagieufes, fi l'on fe conforme à fon ancienne
DES SCIENCE Ss 39,
deftination , tous ces malades rentreront à l’'Hôtel-Dieu lorfque le local en fera étendu. On n'y admet pas aujourd'hui les malades qui n'ont que la gale, & il femble qu’il faudroit les yrecevoir; la gale eftune maladie réelle, une maladie dont le pauvre a befcin d’être délivré: Mais un galeux eft toujours admis lorfqu’il a une maladie interne où une bleflure. On peut imaginer ce qu’au milieu de l'entaflement des étages, des falles & des malades, doit produire l'aflociation de toutes ces maladies dans le même lieu; tout ce qui réfulte pour répandre la contagion d’un air infecté par des fièvres contagieufes; des latrines communes, & à ceux qui ont des dyflenteries contagieufes, & à ceux qui n’en font pas attaqués ; de l'échange des draps, des chemifes le plus fouvent mal lefivés; des linges que l’on chauffe en grand nombre, & qui retirés d'un malade, font portés à un autre; des pots à boire rincés à fa hâte, & qui dans la difiribution pafflent d’un malade galeux à un qui ne left pas: Un malade arrivant efl fouvent placé dans le lit & dans les draps d’un galeux qui vient de mourir. On voit encore tout ce qui réfulte de la fociété que font tous ces malades {orfqu'ils commencent à fe lever; comme il n'y a point de failes pour les convalefcens, il n’y a point de promenoirs féparés pour les maux contagieux. À l'Hôtel- Dieu l'efpace manque à tous les befoins; & fi un malade devenu convalefcent, échappe à cette fuite de dangers , les hardes qu'on lui rend fortent d’un magafin commun où tout eft confondu comme dans les falles: ces hardes ont pu fe charger de la contagion, elles la Jui communi- queront au fortir de l'hôpital. La gale eft prefque générale & elle eft perpétuelle à f Hôtel - Dieu; les Chirurgiens, les Religieules, les Infirmiers & Infirmières la contractent ou en panfant les malades’, ou en maniant leurs linges. Les malades guéris qui l'ont contraétée, la portent dans Jeur famille , & l'Hôtel-Dieu eft une fource inépuifable d'où cette maladie fe répand dans Paris.
Quant à la petite vérole, une falle particulière, Îa
Les hommes
variolés, font
plufieurs dans un lit,
Les femmes variolées font mêlées avec les fébricitantes.
Les falles des maladies chirurgicales, font mal
dipoiées & mal
4o Histoire DE L'ACADÉMIE Rowarr falle Saint - François lui eft deftinée & eft réfervée aux hommes; ils y font féparés de tous autres malades. Mais ä faut obferver que l’on y a vu jufqu'à 6 hommes ou 8 enfans, dans le même lit, & on fent que cela doit être ainfi. Cette falle ne contient que 35 lits, 16 grands, 19 petits. Le 22 décembre 1782, il y avoit quarante-deux malades /g); 19 pour les petits & 23 pour les grands, dont 7 au moins avoient deux malades. Mais fi les petites véroles euflent été plus communes, on auroit pu y voix un plus grand nombre de malades, & il n'en faut fuppofer qu'à peu-près 80, pour que chaque grand lit ait quatre malades. Que l’on juge de l'infection de ces lits, & que l'on imagine les eflets qui peuvent réfulter des diflérentes efpèces de petite vérole, & de la contagion qui réagit contre elle-même. |
Les femmes attaquées de Ia petite vérole, font admifes dans la falle Sainte - Monique: mais elles y font mélées avec des fébricitantes, & c’eft une fuite bien déplorable du défaut d'emplacement, que d’expofer ainft à la con- tagion de la petite vérole des femmes malades, qui vien- nent demander des fecours & chercher la fanté à l'Hôtel- Dieu. Si le défaut d'emplacement excufe cette inconfé- quence inhumaine , la confervation de cet emplacement n’a point d'excufe. Le premier degré d'infalubrité d'un hôpital eft de retarder la guérifon des malades; Île dernier eft d'ajouter à leur maladie des maux qu'ils n’avoient pas. Les fous placés auprès de la falle des bleflés, les femmes variolées aflociées aux fébricitantes, les maladies conta- gieufes par-tout mélées-aux maladies ordinaires , prouvent évidemment la confufion des départemens dans cet: hôpital.
Mais fi la difpofition des falles fait que les départemens ou fe confondent ou fe touchent de trop près,fouvent ces falles ne font pas mieux difpofées, en les confidérant feules & en elles-mêmes, & elles font placées d'une manière
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(g) Voyez la feuille du mouvement de ce jour, nuifible
DES SCIENCES. 4T nuifible aux malades qui y font reçus. L'Académie en jugera par le compte que nous allons lui rendre des failles def tinées aux. maladies chirurgicales. Ces falles doivent être privilégiées. dans tous les hôpitaux ; c'eft-à que l’art vient au fecours de la nature par des moyens fouvent terribles. On eft refponfable de la vie des hommes, quand on ne prend pas des mefures pour aflurer le fuccès de ces moyens redoutables. A quoi fert de faire fouffrir un mal- heureux, ft on n’a pas la probabilité de le fauver, fi on n’augmente pas cette probabilité par toutes les précautions poflibles? Ces précautions font la tranquillité des malades, la propreté du local & la pureté de Fair. Mais quelle tranquillité peuvent avoir les bleffés à l'Hôtel-Dieu, dans la falle Saint-Paul ? cette falle a 111 lits, 78 grands, 33 petits. Le 6 janvier elle contenoit 272 malades; elle en pourroit contenir beaucoup davantage, fuivant l’ufage de l’'Hôtel-Dieu. Ce grand nombre d'hommes réunis & celui des hommes employés à les fervir, eft un premier obftacle à la tranquillité; mais cette falle eft le paffage qui conduit à l'office Saint-Paul, aux offices au pain & au vin, aux caveaux pour l'échangeage, pour le linge fale & pour le fable. C'eft par cette falle & en fuivant fa longueur, au milieu des bleflés, que l'on porte les charges de bois, de linges , de vivres & de tous les autres objets nécefaires à plufieurs falles / 4) ; c’eft dans cette falle que les pauvres du dehors s’aflemblent tous les après-midi, pour confulter le Chirurgien-major ; & la confuficn du bruit des pas & des voix augmente la rumeur. Comment dans cette agitation, parmi tous ces gens en mouvement, procurer aux malades, après un panfement douloureux, ces premiers momens de repos qui décident fouvent de leur confervation ?
La propreté exige plus de foin dans une falle de blefés que dans toute autre; la pureté de Fair y eft plus difficile à maintenir, à caufe du fang & du pus, qui entache fans
———_—_———ZZ
(h) La falle des opérations & celle des fous. Hi. 1785. F
placées. La falle d':s bleffés a trop de mouvement
& de bruit,
La propreté y eft impoflible,
L'air de Ia falle des opérations eft infecté. Danger du fpedacle des opérations pour ceux qui ont été opérés, ou pour ceux qui doivent l'être.
42 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
cefle le plancher. I eft impoflible de nettoyer ou de bien nettoyer ce plancher, au milieu de quatre rangs de lits, dans une largeur de 34 pieds. Ces lits en occupent 21, les deux files du milieu fe touchent, & il ne refte entre celles-ci & les autres, qu’un pañlage de 6 pieds & demi de chaque côté. IL eft difficile d'y maintenir la propreté, lorfqu'on accumule dans un échangeoiïr & dans un caveau de cette falle, tout le linge chargé de pus, de fang & d’autres matières fétides ; c’eft un foyer d’infeétion qu’on y conferve; d'ailleurs chaque lit en eft un. Le 12 janvier de cette année, il y avoit 258 bleflés, pour 111 lits {4). Il y en avoit donc un dans chacun des 33 petits lits, & 225 dans les grands: c’eft trois par lit. Tous les foins du monde ne peuvent tenir propre & fans odeur un lit où il fe fait tous les jours trois ou fix panfemens. Ajoutez à ce tableau les latrines, qui font trop près de Ia falle, trop petites pour le nombre des malades, & toujours falies dès l'entrée ; les lits des agonifans, & qui fouillés font un nouveau foyer d’infeétion ; les exhalaifons que fournit l’efcalier & qui montent de la falle Saint-Charles placée au-deffous, où font 3 à 400 fiévreux; & ce tableau eft celui de la falle des bleffés.
La falle, dite des operations, eft deflinée en effet aux opérations les plus graves & les plus délicates, & elle eit entourée de toutes parts de tout ce qui peut en in- feéter l'air. Elle communique à la falle Saint-Paul, dont nous venons de décrire la fétidité; placée prefque fur la falle des morts, elle en reçoit les émanations par Îles croifées ; à l'encoignure du mur extérieur eft un plomb qui, dans les chaleurs, répand une odeur infecte; & du côté du midi elle a des terrafles qui, placées au-deflous de plufieurs logemens & des falles des accouchées, en reçoivent les immondices & les vidanges. Mais un grand malheur pour ceux à qui on a fait ou à qui on doit faire
(i) Voyez la feuille du mouvement de ce jour.
DE BINS Nc PEINE E 6, 43
des opérations, pour ces infortunés qui ne doivent fouffrir que de leurs propres maux, & à qui toute émotion étran- gère eft dangereufe, c’eft que ces opérations s’y font au milieu de la falle même. On y voit les préparatifs du fupplice ; on y entend les cris du fupplicié: celui qui doit l'être le lendemain, a devant lui le tableau de fes fouffrances futures; & celui qui a paflé par cette terrible épreuve, doit être profondément remué & fentir renaître fes douleurs, à ces cris femblables aux fiens ; & ces ter- reurs, ces émotions, il les reçoit au milieu des accidens de l'inflammation ou de la fuppuration, au préjudice de fon rétabliffement & au hafard de fa vie. Voilà quels font dans cet hôpital es moyens de guérifon pour les opérés,
& les moyens de fuccès pour Îes habiles Chirurgiens
qui y déploient les reflources de leur art ! Beaucoup d'hôpitaux ne font pas exempts de ce défaut, & n’ont comme l'Hôtel-Dieu de Paris, de falles uniquement def- tinées aux opérations que celle de Îa taille. Il en faut cependant excepter quelques-uns , & fur-tout l'Hôtel- Dieu de Lyon. Mais un hôpital bien ordonné, ordonné par fhumanité, doit avoir trois falles pour les opérés: la première, où ils font préparés à l'opération ; la feconde, où ils la fubiflent, & la troifième, où on les place après qu'ils ont été opérés. Celle-ci doit être éloignée du bruit, pour leur procurer le repos & la tranquillité dont ils ont befoin.
Toutes ces précautions font néceffaires pour faciliter le fuccès des opérations, pour conferver les bleflés, que la mature n'a point condamnés, & que les accidens ont feuls approchés de Ia mort. Mais s’il eft important de rendre à la fociété un nombre d'hommes précieux à la patrie & à leur famille , il eft à l'Hôtel-Dieu une clafle nombreufe & inté- reflante, qu'il eft également important de conferver; c’eft celle des femmes enceintes qui vont y accoucher. Cin falles, placées au deuxième étage fur la rue de la Bucherie,
Fi
Les falles des femmes enceintes & des accouchées ne font pas mieux
difpofces,
Ces femmes
font trois à quatre dans un lit; elles refpirent un air corrompu
& humide.
44 Hi1sTOoIRE DE L'ÂCADÉMIE ROYALE
leur font deftinées : la falle Saint-Jofeph & la falle Sainte- Marguerite font pour les femmes enceintes ; il y a enfuite la falle des accouchemens & celle des accouchées ; puis 1a falle dite des nourrices, qui eft réfervée aux enfans alaités par leurs mères. On place à Sainte-Marguerite les femmes enceintes recommandées { 4), & on place à Saint-Jofeph toutes les autres femmes, légitimes ou de mauvaifes mœurs, ce qui eft un inconvénient moral; on les y place faines & malades, ce qui eft un grand inconvénient phyfique. A Londres, ces différentes efpèces de femmes ont des hôpitaux différens ou des falles féparées. Les trois falles de Saint-Jofeph, des accouchemens & des accouchées, ren- ferment 67 grands lits & 39 petits //), dont 15 font occupés par des perfonnes de fervice. Le 12 janvier de cette année, il y avoit dans ces falles 175 femmes; il y avoit donc ce jour-là 17 grands Hits qui contenoient chacun 3 femmes, & ce n'étoit pas Mn moment de furcharge. Il y a des jours où ces lits contiennent quatre femmes & davantage.
L'Académie fe rappelle ce que nous avons obfervé fur les grands lits, où l'on couche quatre & fix malades, & fur les maux qui en réfultent; mais la gène qu'on éprouve dans ces lits, eft plus grande pour les femmes grofles que
our les malades. Elles occupent plus de place; il y a de plus le danger de blefler feur enfant. La difficulté de dormir allume leur fang, & elles perdent de leur fanté, au moment où elles ont befoin de toutes les forces de la nature, tant pour mettre au jour & conferver leur enfant, que pour fe conferver elles-mêmes. Mais dans ces
(4): Cette falle n’a que onze lits.
(1) Le nombre des lits des falles peut varier, parce qu’on en tranf- porte quelquefois d’une falle dans une autre. Les nombres que nous donnons, font ceux qui avoient lieu dans le temps où l’on a reflé les Mémoires qui nous ont été fournis, Au refte, les variations ne peuvent pas être fort grandes, & les différences font néceffairement légères.
DE siMSüc rlEi NC Es:
lits les femmes faines font mélées avec les malades ; les faines incommodent les malades, & les malades altèrent la fanté des femmes faines; ainfi toutes fe nuifent réci- proquement : voilà pour les femmes enceintes, voici pour les accouchées.
Qu'on fe repréfente ces femmes réunies quatre ou plus dans un lit, à diverfes époques de leurs couches, avec des évacuations naturelles qui les inondent & les infeétent, le fein tendu , la tète & le ventre douloureux , au milieu de la fièvre & de la fueur de lait; quelle fanté tiendroit à cette fituation, fans fe déranger ? quelle maladie n’en feroit point accrue ? & que l'on entr'ouvre ces lits, il en fort des va- peurs chaudes & infeétes, des vapeurs qui font fenfibles à l'œil, & que l’on peut divifer & écarter avec la main. Ces vapeurs fe mêlent à l'air de la falle; elles paflent dans la falle des femmes enceintes, qui n’eft féparée de celle des accouchées que par une cloifon dont les portes font à jour. Nous avons dit que ces falles n’ont de jour & d'air que d’un côté ; & avec tant de moyens d’infeéter l'air, il y a peu de facilité pour le renouveler. L'air de ces falles eft d’ailleurs altéré par les émanations des falles inférieures , fur-tout de celles des bleffés & des opérations, qui font immédiate- ment au-deflous, & par toutes les fources de corruption dont ces falles des bleflés font entourées. Ainfi les femmes groffes , les accouchées , font environnées d'infection ; elles font nuit & jour dans un air corrompu. I n’eft pas feulement corrompu , il eft continuellement humide, L'étage fupérieur eft occupé par des féchoirs, où par conféquent on entafle du linge mouillé, qui communique fon humidité au plancher ; devant les fenêtres de ce départe- ment font d’autres linges fufpendus pour fécher. Ces falles font donc entretenues dans une humidité perpétuelle , tou- jours plus développée par la chaleur , toujours augmentée par les vapeurs de la tranfpiration. Or on fait que l’humi- dité eft mortelle aux femmes en couche. C’eft un fait d'obfervation qu'il en périt davantage dans les temps
La falle des opérés & celle des femmes en couche, font placées fur une rue fréquentée
par les voitures,
& les
ébranlemens
nuifent au fuccès des opérations des uns, & au rétabliflement
des autres.
Les repiftres pourroient montrer fi les opérations font heureufes
à l'Hôtel-Dieu.
46 HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
chauds & humides, que dans les temps chauds & fecs, & de même en hiver dans fes temps froids & humides, que dans les temps fecs & froids.
A ces inconvéniens, qui naiflent tous du défaut d'éfpace dans l'intérieur de l'Hôtel - Dieu, fe joignent d’autres in- convéniens qui tiennent à fa pofition. Le bâtiment méri- dional eft placé fur la rue de la Bucherie. C’eft par cette rue que débouche, & fans cefle, un nombre confidérable de voitures de pierres, de bois de charpente & de bois à brüler. On a fait compter ces voitures, & on en a vu pafler jufqu'à 168 en une heure /”). Le hafard ou l'inat- tention ont placé, dans ce bâtiment & fur cette rue, les falles deftinées aux maladies chirurgicales & aux opérations, celle des taillés, celle des femmes en couche. On fait que le bruit eft contraire aux femmes qui font dans cet état ; on fait que les ébranlemuns font nuifibles aux hommes & aux femmes qui ont fubi des opérations. Toutes ces falles font au premier & au fecond étage où les vibrations font plus fenfibles. Ces ébranlemens répétés portent des fecoufes terribles à la tête des malheureux trépanés, excitent des treffaillemens, donnent fouvent des convulfions à ceux à qui on a coupé la jambe ou la cuifle, irritent & préci- pitent au tombeau une foule d’infortunés, victimes de ces difpofitions mal entendues.
Nous avions demandé la communication des regiftres , & nous y aurions peut-être trouvé des détails fur les pertes particulières des falles, tant des opérés, que des femmes en couche; nous y aurions vu le nombre des opérations malheureufes, & le petit nombre de celles qui ont pu réuflir: & comme ces opérations font faites par des Chi- rurgiens habiles, à qui on ne peut imputer le manque de fuccès, nous aurions démontré par le fait, les funeftes effets de la difpofition intérieure des falles & de leur emplace- ment. Ces données nous manquent; mais un point de théorie
{m) Mémoires de M, Tenon,
Des Sc are: N''c Es 47 qu'on ne peut contefter, c’eft qu’un hôpital bien conftruit, & dont toutes les parties feront combinées pour le bien-être des malades & pour leur guérifon, ne placera pas les falles des opérations chirurgicales, celle des hommes taillés de la pierre, celle des femmes en couche, au premier & au fecond étage, fur une rue fréquentée, & fans ceffe ébranlée “ par des voitures pefantes.
Si nous ne pouvons pas conftater, par l’expérience, le danger de ces ébranlemens , nous avons un témoignage qui dépofe du danger de l'infection de l'air; c’eft celui de Dionis, Démonftrateur d'anatomie fous Louis XIV, & premier Chirurgien de Madame Ja Dauphine. « A Paris, dit-il, le trépan eft aflez heureux, & encore plus à « Verfailles, où l’on n’en meurt prefque point; mais les « trépanés périffent tous à l'Hôtel- Dieu de Paris, à caufe « de l'infeétion de l'air qui agit fur la dure-mére & qui y « porte la pourriture » /n).
Quant aux femmes en couche, la mauvaife difpofition des falles ne peut que leur être funefte; auffi voit-on qu'il en périt un grand nombre à l'Hôtel-Dieu , dans l’année 11664. M. de Lamoignon , Premier Préfident, l'un des chefs de l’adminiftration, voulut connoître les caufes de cette perte déplorable; Vefou, Médecin de cet hôpital, indiqua le défaut de Ia fituation des falles, & attribua cette grande mortalité aux vapeurs infectes qui s’élevoient de la falle des bleflés. Ces pertes n’avoient point lieu jadis, quand les falles des accouchées, par une autre difpofition, en étoient éloignées. Peu, Chirurgien à l'Hôtel- Dieu en 11664, a obfervé que l'épidémie étoit d’autant plus confi- dérable, qu'il y avoit plus de bleflés dans cette falle. En 1746 , au rapport de M. Malouin, il y eut une épidémie femblable fur les femmes en couche; elle fit les plus grands ravages à l'Hôtel-Dieu, & fur vingt femmes qui en étoient
(n) Cours d'opérations de Chirurgie, quatrième édition. Paris, 1740, page 512,
Le trépan y eft toujours mortel,
IH y à fouvent à l'Hôtel-Dieu des épidémies fur les femmes en couche,
48 HisToirE DE L'ACADÉMIE Royare
attaquées, à peine pouvoit-on en réchapper une. En 1774, ilyeut dans cet hôpital une épidémie qui a reparu tous les hivers jufqu'en 178 1, & qui règne encore plus ou moins chaque année dans les temps froids. Ces faits font tirés des Mémoires que M. Tenon nous a communiqués. On Y voit que toutes les femmes frappées de cette épidémie périfloient, & fur douze, fept étoient attaquées : l'Hôtel- Dieu perd donc quelquefois.plus de la moitié des femmes qui y vont accoucher. M. Tenon, dans les Mémoires que nous citons, développe toutes les caufes de mortalité que nous ne faifons qu'indiquer ici. Quelques extraits des regiftres de l'Hôtel-Dieu qu'il s'étoit précédemment pro- curés, lui ont fourni des réfultats que l’Académie fera bien aife de connoitre. Ces extraits, relatifs aux femmes en couche, embraflent une fuite de douze années: il en ré- fulte qu'il y a eu une opération céfarienne fur 2864 accou- chemens, un accouchement de force ou par le moyen du forceps fur 198; enfin, parmi les accouchemens naturels, il a trouvé que les plus faciles, ceux où l'enfant fe pré- fente par fa tête, font à ceux où il fe préfente par les pieds, comme 11 à 1. Îl eft confolant pour l’humanité de voir que les dangers & les accidens , auxquels les femmes en couche font expolées , ne font pas plus fréquens. Quant à la mortalité, les tables que l’on imprime tous les ans à Paris, ne nous apprennent rien fur le nombre des femmes qui meurent en couche ; mais M. Tenon s’eft procuré des renfeignemens utiles fur la ville & fur les hôpitaux de Londres; il montre qu’en cent ans, la mor- talité des accouchées , dans cette ville, a été d’une fur $9; mais avec cette circonftance remarquable , que a mortalité diminue graduellement, de manière que, dans les dix premières années, elle étoit d’une fur 35, & que dans les dix dernières, elle n’eft plus que d’une fur 77. La ville de Genève, où la perte eft d’une femme fur 90 accouchées , donne lieu à la même obfervation; d’où ïl réfulte évidemment que l'art fe perfectionne , & que le
progrès
DES: S.C-1E N CES. 49 progrès des connoiffances tourne au profit de l'humanité. La perte des femmes en couche eft encore plus foible à Dublin, où elle n’eft que d’une fur 110, & fur-tout à Manchefter, où elle eft feulement d'une fur 128. A l'égard des hôpitaux, on trouve que l'hôpital britannique à Londres, dans trente-deux années comparées , n’a perdu qu'une accouchée fur 51. Un autre hôpital de cette ville offre même une mortalité infiniment moindre, il ne perd qu’une accouchée fur 131.
C'eft à ces réfultats que l'on pourra comparer Îa perte de l'Hôtel - Dieu, lorfque les regiftres feront ouverts, & que cette perte fera connue. Mais ce que nous devons obferver, c’eft que le traitement des femmes en couche, à l'Hôtel-Dieu, mérite toute l'attention du Gouvernement. Ce n'eft point un objet de peu d'importance ; depuis 722, jufques & compris 1785, en foixante-treize ans, on a baptifé à l'Hôtel-Dieu 102355 enfans: c'eft 1402 par an. Le nombre des accouchées eft plus confidérable; il faut y ajouter toutes les femmes dont les enfans, morts en naïifflant, ne font point baptifés ; & ce nombre peut être aflez grand , parce que les travaux des femmes du a les expofent à être bleflées. M. Tenon a trouvé qu'à
ondres le nombre des enfans morts en naïiflant, eft à celui des naiflances, comme 1 eft à 3 1. On peut donc croire que, dans ces foixante-treize années, il y a eu 3302 enfans morts en naïffant à l'Hôtel - Dieu; & ce nombre doit être ajouté à celui des baptèmes. M. Tenon a trouvé auffi que fur 96 couches il y en avoit une double; il en réfulte qu’on a dû avoir à Hôtel-Dieu, dans le même in- tervalle de temps, 1066 de ces accouchemens. Ce nombre doit être retranché de celui des baptèmes ; & le nombre total des accouchemens a dû être, dans ces foixante-treize années, à très-peu-près, 104 s91, c'eft-à-dire, 1433 par an. Il s’agit donc tous les ans, à l'Hôtel-Dieu, de 1433 mères qui viennent donner des enfans à l'État, qui {a plupart font d’un âge à en faire efpérer d’autres, & qu'il
Hif, 1785.
La confervation des femmes enceintes mérite toute l'attention du Gouvernements
re de ces emmes en couche & des opérés eft en artie l'effet de l'infeétion de Fair; & cette infection eft la grande caufe de l'infalubrité de THôtel-Dieu.
L'homme altère Tair qu'ilrefpire. De-là naît la néceffité que l'air foit renouvelé,
$® Histoire DE L'ACADÉMIE ROYALE s'agit de conferver. On voit que les naïffances à Paris étant environ de 19500, celles de l'Hôtel-Dieu font, chaque année, plus que la quatorzième partie de la génération qui fe renouvelle à Paris, & une portion précieufe de 1a population de la France.
Les épidémies dont nous venons de parler, & qui ont fait périr tant de femmes en couche, étoient dûes la plu- part à la fièvre puerpérale ; & lorfqu’elle furvient à l'Hôtel- Dieu, au milieu de ces femmes affemblées en nombre , & dans es mêmes falles & dans les mêmes lits, on peut juger de fes ravages. Mais les mauvaifes odeurs dont elles font entourées , l'infection de Fair qu'elles refpirent, font des caufes conftantes de mortalité. Les femmes, dans cet état, font vivement afleélées des odeurs quelles qu'elles foient ; elles ont particulièrement befoin de refpirer un air pur. L'obfervation de Dionis prouve que l'infection de l'air de l'Hôtel - Dieu à des effets auflr évidens que funeftes, dans les maladies où les parties les plus délicates du corps humain font à découvert; & on peut juger que, dans une infinité d’autres cas, dans toutes les maladies, dans toutes les falles, l'influence de cette infection, pour être moins fenfible, n’en eft pas moins puiflante. L'air qui circule à l'Hôtel- Dieu, d’une extrémité des falles à l'autre, & du rez-de-chauflée au troifième ou au qua- trième étage, n’eft qu'une grande mafle d'air corrompu.
L'air extérieur n'y pénètre que difficilement & lentement;
il y a peu de croifées ; rarement elles font oppofées pour chaffer direétement l'air altéré des falles : il faut qu'il cir- cule, qu'il fafle de longs détours avant de fortir; & Pair du dehors, qui a le même chemin à faire, n'arrive dans certaines falles que chargé de la corruption de toutes Îles autres. C’eft ici {a grande caufe de l’infalubrité de 'Hôtel- Dieu : qu'il nous foit permis de la développer. L'homme refpire fans cefle l'air dont if eft entouré, il ne peut s'en pañler un inftant; c’eft cet air qui entretient la vie. Mais {a male entière de l'air n’eft pas confacrée à
Hift, de l'Acad. KR, des Sc, Année 178$, page 50,
firmeries des Hôpitaux de Paris.
6. 5- 7- 8. URIHAUTEUR gen NOMBRE | QUANTITÉ des des Tir. des d'air à refpirer s | Sazzes RO | MALADES.lpar MALADE.| d Grands. Petits. #5 e toifes, pieds, pouces, à 4. à 1. toiles, pieds, pouces. |f A 2. © ©: 87. 26. 374: 1 ; cube. E CEA CUT.) 78. ae 345 TE, ‘ 3e 5. 6. o. Co) 260 4 Te . 271.10 o. 10 10. 7 > Le 24 5: Os ©. 48. 48. 4 1ù 3 2. ©. o. 30. 30. 7 3 à-peu-près. |. TNA ID: us 34 34e 10.
le 2946199; o. 15: 1V 7. environ.
- ———n—
Hife, de l'Acad. R, des Sc, Année 178$, page 5e TABLE des Dimenfions des principales Tnfrmeries des Hôpitaux de Paris.
1.
24 3e de s- 6. 7 8. NOMS N O MS [LONGUEURILARGEURHAUTEUR| NOMBRE |KomrE| QUANTITÉ es des des des des des re des | d'air à refpirer HôpPiTau x, SALLES. SALLE S. SALLES | Sazrzes | | MALADES. lpar MALADE. Grands. Perits- toifes pieds, pouces. À roifes, pieds, poutes. | toifes, pieds. pouces, à 4 EF roifes, pieds, pouces 1. HÔTEL-DIEu.......... Saint-Landry.. 21 NO Or 87. 26. 374- 14 cube. 2. HôTEL-Dreu.. p- SAnienenR Saint-Paul . 2210) 78 33e 345- 1e 3: HÔPITAL SAINT- Louis. Saint - Jean... 3 5. 6. o. o. 200 43 Infirmerie des 4. HÔPITAL DE LA SALPÉTRIÈRE. Sœurs - gou- vernantes: . . 2 1. ©. ©. 10. 10. me Dans hôpital 5+ HÔPITAL DE LA SALPÉTRIÈRE. neuf, aurez de-chauffée à gauche..... 2 5. 0. ©. 48. 48. 4 Saint - Louis , CAEN URI LE l'une des huit JR ESSS falles neuves d'en bas.... 3 2. o. o. 30. 30. 7 2 à-peu-près. 7: HÔPITAL DE LA CHARITÉ. « La Vierge... 20450 9e o. 34r 34e 10. 8. HÔPITAL DE LA CHARITÉ. Saint-Raphaël. 2. 4+ 9, o. 15: 15e 7. environ. 9. HôrTez RoyAL pes INVALIDES. | Notre-Dame.. 2. 2 ©, o. 18, 18 63. 10. HôTez RoyAL DESINVALIDES. | Saint-Côme.. 2. 2. © o. 74 74 6. Saint-Jacques . Hosrice de S.'-SULPICE... j pour les bleffés. Fe dr FR 0. 16. 16, 23 12. Hospice pe SAINT-JACQUES Ç Infirmerie des DU HAUT-PAS.-r.e..... 5 femmes. . - 2 5 6: o 18. 18. 6. |
ND ES (SCA EMN:CE:S: s1
cet emploi: chaque portion d'air eft compofée, pour les trois quarts environ, d'un fluide nommé mofette atmo- fphérique, dans lequel les animaux ne pourroient vivre; & pour l'autre quart d'un air éminemment refpirable, deftiné principalement à entretenir la vie, & qui par cette railon a été nommé air vital {o). C'eft donc cette partie que nous refpirons réellement, Mais elle eft en partie dénaturée dans le poumon; l'expiration, en rendant à-peu-près les trois parties de mofette atmofphérique , ne rend pas tout l'air vital qui aété refpiré, & elle y fubftitue une partie d'air fixe. Nous confommons donc à chaque inftant une petite portion de d'air vital qui nous entoure ; & s’il n'étoit pas renouvelé, au moins au bout d'un temps,
nous péririons au milieu d'un fluide dénaturé & que nous- _
mêmes aurions rendu mortel. Les animaux ne vivent que peu d'inflans fous une cloche de verre hermétiquement fermée, & l'expérience permet d'avancer qu'un homme me wivroit pas plus de 24 heures, s'il n'avoit qu'une demi-toife cube d’air qui ne füt pas renouvelé /p}).
: Cela polé, on peut examiner la quantité d'air que des malades ont à refpirer dans les difiérens hôpitaux. On voit, par le Tableau ci-joint, que les falles de Saint-Paul & de Saint-Landry , à l'Hôtel-Dieu, font les plus baffes de toutes celles qui font ici comparées. Les falles de 1a Charité, par exemple, ont près de 17 pieds de haut pour 15 & 34 malades feulement, tandis que les ‘deux falles de l'Hôtel - Dieu n'ont que 12 à 14 pieds de haut pour 345 & 374 malades. La hauteur des jalles dans un hôpital, doit être réglée fur la nature des maladies qui y font traitées. La loi de Ia pefanteur des fluides fait que l'air échauffé
(0) La mofette atmofphérique eft pour 72. ou 73 parties, 4& l'air vital pour 28 ou 27 fur cent. M. Lavoifier, Mém. de la Sociés* Royale de Médecine, page 570.
(p)' Un homme paroït confommer $ pieds cubes d'air par heure, & par Frsant une demi-toife|cube où 108 pieds en’ vingt-une heures ++ M. Lavoifier, Mém. de la Société royale de Médecine , page S72i
Gi
Les falles de l'Hôtel-Dieu font trop baffes, Dimenfions des falles relatives aux différentes maladies,
2 HisTOiRE BE L'ACADÉMIE RoYALr
monte dans les couches fupérieures de la falle ; elle fait aufli que la: mofette atmofphérique , rejetée par: ! expiration, étant plus légère que l'air /g/, eft toujours portée dans les parties élevées. I y a tout lieu de croire que les miafmes putrides & morbifiques dont nous ne connoiflons ni {a mature, ni la pefanteur fpécifique , s'élèvent également dans la hauteur des falles. On en peut juger par la mauvaife edeur qui s’exhale du plancher des falles où lon a pra- tiqué des ventoufes fr). H s'enfuit. que les maladies inflam- matoires, la petite vérole, le fcorbut, la folie, enfin toutes les maladies où il y a & fièvre ardente & émanations putrides, doivent être traitées dans des falies dont les planchers foient élevés. Les maladies des perfonnes âgées, foibles, cacochymes, pituiteufes , les fièvres intermittentes d'automne, les afthmes humides, demandent un volume d’air moins confidérable, plus aifé à échauffer, & un. plancher plus bas: mais: il faut remarquer que nous appelons ici plancher élevé, celui.qui a de :7 à 20 pieds, & plancher bas, celui qui en.a 14 ou 1$; 12 pieds ne fufhfent, dans nos climats, à aucune efpèce d’infrmeries C’eft {a hauteur de plufieurs falles de l'Hôtel-Dieu , telles que celle de Saïnt- Landry, & toutes celles du troifième. étage dans le bâtiment méridional; il n’y a rien en ce genre de plus infe&t, de plus infalubre & de plus déraifonnablement conftruit, eu
égard aux objets auxquels elles font deftinées. | Sl n'y a pas affez : On remarquera d'autant plus le vice de cette conf Pre truétion, quand on confidérera ces falles relativement quantité des au nombre des malades qu'elles contiennent, & à a made. quantité d'air qu'ils ont à refpirere Les malades à: la Sal-
(g) Lorfque le baromètre eft à 28 pouces, & le thermomètre à 10
degrés, un pied cube d'a atmofphérique ‘once. gros. grains. pefeug ee. ina. A: CR VES, ALU, 1. 3: 512 Un pied cube de mofette, pèfe...... MENT SR FAX 2N 0048
M. Lavoïfier, Mém, de la Société Royale de Médecine, page 571.
* (r) Duhamel, Moyen de conferver la fanté laux Équipages des Vaifleaux, page 225, , a.
z mie ts n STONE A ic Es 5?
êtrière & aux Incurables, ont chacun 7 toifes 2 cubes; à la Charité, il y a telle falle où ils ont 7 toifes, & telle autre où ils en ont 10; tandis qu'à Hôtel - Dieu, dans la falle Saint - Paul, 344 malades n’ont chacun qu'une toile & demie; & dans la falle Saint-Landry, 374 malades n'ont qu'une toife & un quart. Ces dernières quantités approchent beaucoup de celle où un homme ne pourroit pas vivre 24 heures. Mais il faut remarquer que les expériences ont été faites fur des animaux fains, & qui avoient toutes leurs forces : ils ont été long-temps dans un état violent avant de périr (//) ; & il y a lieu de croire que des malades réfifteroient moins & fuccom- beroient plus tôt. On eft effrayé de penfer que fi tout- à-coup, à l'entrée d’une des longues nuits d'hiver, on fermoit hermétiquement une de ces falles ainfi rem- plies, on trouveroit peut-être tous les malades: morts le
lendemain matin! Nous parlons ici d’un cas impofñfble ;.
le lieu le mieux fermé conferve une circulation qui, à ‘a rigueur, prévient ce danger. Nous fuppofons un état forcé pour juger de lintenfité de la caufe, &. pour établir des limites. L'état oppofé eft celui d’un homme qui refpire, dans une cour ou dans un jardin, un air fans cefle & pleinement renouvelé, & qui confomme à chaque inftant de l'air vital, fans craindre de l’épuifer. La fituation: d’un malade à l'Hôtel- Dieu eft entre ces deux cas extrêmes. Sans doute il y a une circulation, fans doute air y eft renouvelé; mais à proportion de ce que Îa circulation fera plus gênée & rendue plus difficile, l’état des malades approchera davantage du cas extrème & dangereux.
Or, que la circulation, que le renouvellement de l'air, foit difficile à l'Hôtel - Dieu, c’eft ce dont il n’eft pas pofhible de douter, quand on confidère le petit nombre des croifées des falles ; quand on voit combien elles font
oo) (SJ) Mémoires de la Société de Médecine, déjà cités, page 572
Le renouvellement: de l'air y eñt difficile, & Vairr qui arrive eft fouvent en partie: corrompu -
On infecte encore cet air, en vidant Îles paillaffes dans les falles. L'Hôtel-Dieu doit être le plus infalubre de tous les hôpitaux.
ny HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE embarraffées par les linges qui sèchent fufpendus devant ces croilées; quand on fait attention que les falles font accouplées, & n'ont de jour & d'air que d'un côté; qu'elles s’enfilent les unes les autres, & que l'air cor- rompu d’une falle eft remplacé par l'air corrompu d'une autre falle; quand on penfe enfin que ces falles font en- taflées par étages, de forte que {ur les efcaliers, qui ne font point ouverts & qui font cheminée, l'air du dehors fe mêle fans cefle à l'air infeét d’un étage, avant de péné- trer dans un autre étage ; ce mélange impur eft l'air renouvelé, qui fert à la refpiration & entretient la vie des malades. Les efcaliers communs de Saint-Paul & de Saint- Nicolas partent de la falle Saint-Charles ; lorfque toutes les croifées des ces efcaliers font fermées, comme elles le font le plus fouvent, ils ne reçoivent de Fair que de la falle Saint-Charles. Cet air qui y monte, cet air qui les remplit eft infeét, on ne le refpire qu'avec peine & avec dégoût : il eft chargé des émanations de Saint-Charles, où il y avoit le 12 janvier de cette année 304 malades; de Saint-Paul au premier, où il y en avoit 258 ; de Saint-Jofeph au fecond, où il y en avoit 175» Et c'eft avec toutes ces modifications malfaifantes qu'il arrive au troifième à a falle Saint-Landry, où il y avoit le même jour 260 malades ft). ‘
Mais ce n’eft pas affez que l'air qui circule dans l'Hôtel- Dieu foit compolé en partie, & de l'air déjà altéré par la refpiration, & de l'air chargé des miafmes journaliers qui s’exhalent des corps malades; un ufage de l'Hôtel-Dieu fournit le moyen de furcharger encore cet air des miafmes accumulés pendant un temps. Lorfqu'il faut changer la paille des lits, il n’y a point de place particulière pour ce rechange, il fe fait au milieu des falles; & lorfqu'on ouvre ces paillaffes, où tant d’infirmités différentes fe font repofées, on conçoit l'odeur qui s'en exhale, & qui en
{t) Voyez la fetille du mouvement de ce jour.
DES ScirrNcESs.
annonce le danger. I y a plus : chaque falle contient un certain nombre de lits à la paille pour les agonifans; on appelle de ce nom à l'Hôtel- Dieu, non-feulement ceux qui font au moment de la mort, mais ceux qui gâtent leur lit On les réunit {ur cette paille quelquefois cinq ou fix; elle eft fimplement amoncelée fur la couchette, & bridée par un drap. Nous avons peine à dire que c'eft quel- quefois-à, au milieu de ces agonifans & de tout ce qui fuit cet état de défaillance, au milieu de ces malades falis , que l’on met pour un temps ceux qui arrivent de bonne-heure & qu'on ne fait encore où placer. Ces lits à la paille ont befoin d’être renouvelés fouvent. I] faudroit fe trouver à l'Hôtel- Dieu, fur les quatre heures du matin, au moment où on retire à braflée cette paille infeéte, où on la pofe fur le plancher que lon imprègne des miafmes, & que l'on charge des ordures qu’elle ren- ferme; c’eft à ce moment que l’on peut juger de l'infection qui fe répand, & dans les falles, & dans Îles efcaliers, & dans tous les étages. Ces caufes accidentelles & particu- lières fe joignent aux caufes générales & conftantes de la corruption de l'air, & on eft forcé de conclure que 'Hôtel-Dieu doit être Le plus infalubre de tous les hôpitaux.
Toutes les caufes d’infalubrité que nous venons d'établir, font déduites des principes d’une faine phyfique, & des connoiffances que la pratique de la Médecine a acquifes. On ne peut leur oppofer que l'expérience, dont les ré- fultats ont quelquefois contrarié des théories qui paroïffoient bien fondées ; l’expérience eff ici le degré de mortalité. Le pays le plus fain eft celui où on vit le plus long-temps ; l'hôpital le plus infalubre eft celui qui perd le plus de malades en proportion de ceux qu'il a reçus; il perd plus d'hommes, parce qu'il oppofe plus d’obftacles à leur gué- rifon, parce qu'il réunit plus de caufes d'infalubrité. Nous allons donc déterminer la mortalité de plufieurs hôpitaux, pour Ja comparer à celle de F'Hôtel-Dieu.
LS
Ï faut confulter l'expérience fur l'infalubrité qu'annoncent les difpofitions locales de
T'Hôtel-Dieu:-
56 HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE Tableau de Ia Hôpital d'Édimbourg. FA E +... 1 moit fur 2 En Re à Hôpital du Saint-Efprit à Rome.. 1..... fur rt
différens
Hégpeune 1 1... fur 11% Hôpital de Lyon. .... , 4 ME © : Hôpital de Saint-Denys....... 1..... fur 15% Hôpital de Verfailles.......... 17. Ve
Hofpice de Saint-Sulpice...... 1..... fur : Hôpital de la Charité à Parisien Te» cie AIDE Hôtel-Dieu, de Paris stortoinl anis OR 4
(*2.
Nous (“) A ÉprMBoOURG. I. Malades . .. Morts. Exiftans au 1." Janvier 1770... (UTS2: 1770... 1270 «ele A 1771 see 14S4r see 66. L 772 dev TAA7e sue $4e n
Entrés 9 1773... I17ODeus. 79° 1774oneee 1696..... 62° 177$eo..e. o 179$. 6r.
9403enove 379 Reftés pour 1776.,.+.: 184. Es ER 9219. On ajoute qu'en 1776 & 1777, les malades ont été au nombré de 1668 & 1593, & les morts au nombre de 57 & 52.
9219: eo d'atotole so cie ps 37 9° 1668...... si nisiels S7° 1593... $ 2e 12480... . 0 Na siete 488.
Ce qui fait un mort fur 25,574. (The hiffory and ftatutes of the Royal Infrmery of Edimbourg, 1778 ,p. 29 — 33),
11. Nous
LANDIE SN SEC AHÉEINC Es; L 57 Nous déclarons que, dans ce tableau comparé de {a- mortalité des différens hôpitaux , nous ne garantiflons que les rapports de mortalité établis fur nos calculs, & {ur les relevés que nous avons faits nous-mêmes. Nous ne s . - IL Nous trouvons dans des états imprimés de Fhôpital du Saint< Æfprit, à Rome. ‘ ù Nombre des malades, Morts,
LR UANVICLE T7 5 de eee 309.
; 12725 ep oelere CON ee. 787. Entrés en PAAO ee cles 22 Ai alete te lle 716. 17770. 8265.... 736 2HObDEES 2239.
597
24686.
Ce qui fait un mort fur 11,02 $.
IT. À L'HÔPITAL DE LYON, fuivant les états qui nous ont été fournis, Malades Mortse 1784... 13463... 1227 17 Se mr TROT ones. 13432
292 84e 25790«
Entrés en j
Ce qui fait r fur 11,394:
M. de Chamouffet cite le relevé de quatre années, fait fur le regiftre de cet hôpital, par les ordres de M. le Duc de Villeroy.
Malades Morts,
175 ie ee TOB 73e: sms à 0409e TITRE tonte DONC MMMNE DE 925. 175 Yruo.= se - + 127$2..s. 934»
se 47800...,... 3513. [Vues d'un Citoyen, Première Partie, page 19 o,) C'eft r fur 13,606:
if, 1785.
58 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE à
donnons donc comme conftatés par nous, que les rapports de mortalité des hôpitaux de l'Hôtel-Dieu, de la Charité de Paris, de l’hofpice de Saint-Sulpice, & de 'Hôtel-Dieu de Saint-Denys. Mais on voit que la perte de l'Hôtel-Dieu eft la plus forte de toutes, & dans une proportion confidé-
IV. À L'HÔPITAL DE SAINT-DENYS EN FRANCE, fuivant Îes états qui nous ont été fournis.
Malades entréss Sortis, Morts
17760 NS SO NME Me Er 17770 ANMNAICON AT MMPAO NT de 20: 1778.40 1399 eee DIT - +02 2e 177.9 de NL 202 else 20 Deal. Te 1780 V3 S0 er. 06332) --Rnee En 178124314303 es)... Mrs 1782..::, 385.41 3622... 2% DAO De iaiRe Es INOieie et 2I0 5 eee = Ne 17841 MIND 06 14300272 8e NU
178022 34840. MRILS. + ° A7
3237... 3023-00 214
C'eft un mort fur 15,126.
II faut obferver que cet hôpital a 36 lits, dont 8 font occupés par des incurables; mais ces 8 incurables ne changent rien à fa pro- portion que nous venons d'établir; il ne peut en être mort que quelques-uns dans Île cours de ces dix années ; on voit même que le nombre des fortis & des morts équivaut à celui des entrés: d’où il fuit qu'il n’eft point mort d'incurables pendant ce temps, ou qu'on n'en a pas tenu compte. C’eft comme fi l'hôpital m'avoit que 28 lits,
V. M. de Chamouffet rapporte la mortalité des trois falles de l'hôpital de Verfailles;snous ne parlerons ici que de celle des pauvres: 1 902 malades y ontété reçus dans les deux années 1753 & 1754, & il en eft mort 226. C'eft 1 fur 8,416. (Vue d'un. Citoyen, premiere partie, pâge 189) | |
.
DIE 61 Se TE N © ns 59 rable. Cette perte eft à peu-près double de celle des hôpi- taux de Verfailles & de la Charité de Paris; elle eft prefque triple de celle des hopitaux de Saint-Denys & de Lyon. Cette grande mortalité eft la fuite des caufes d’infalubrité que nous avons remarquées ; elle eft la démonitration complète de l’action de ces caufes, & des eflets funeftes qui en réfultent; & elle démontre que l’auteur du Mé- moire que nous examinons, a eu raifon de regarder comme indifpenfable la tranflation de l'Hôtel - Dieu.
Cette mortalité eft beaucoup plus forte que celle qui a été quelquefois déterminée par d’autres calculs. M." Îles
VI. HospiCE DE SAINT-SULPICE.
Malades entrés Mers 1, Janvier 1779....., 70:
177 Dioreis se ne ISÉdee reel 273
780 4 225 1S4oe ie 27e
1781 se. 1649... 245$.
Mes En Sala uen nzsauee « ose D7ZBgasee en L997Zeesesr | 293
1784-e.es: "2063..... HZ IE
178$... 202%... 307e
12727 eu... 1971:
KL
Reftés le 1.‘ Janvier 1786......
12616.
C'eft un mort fur 6,401.
Cette mortalité eft plus forte que celle de Ia Charité , déter- minée dans le paragraphe fuivant, Mais la Supérieure nous a fait obferver qu'il y à à la Charité un affez grand nombre de lits fondés par des particuliers, qui y font porter leurs domeftiques , pour des maladies très- légères: elle obferve fur-tout que l’hofpice de Saint- Sulpice reçoit plus de femmes que d'hommes; & que la mortalité des femmes eft beaucoup plus grande que celle des hommes.
H iïj
L'Hôtel-Dieu ef celui de tous les hôpitauxquiperd le plus de malades, en proportion de ceux qu'il reçoit, & fon infalubrité eft démontrée par le fait,
C’eft à tort que l'on fait entrer les enfans nés
à l'Hôtel-Dieu dans le nombre des malades reçus,
6o Hi1sToIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
Adminiftrateurs de l’'Hôtel-Dieu, dans le compte qu'ils ont rendu au Roi en 1773, ne l'ont porté qu'à un fur cinq & demi ; mais nous montrons dans une note Îa fource de leur erreur (7). On objeétera peut-être que nous ne faifons point entrer, comme eux, les enfans nés à l'Hôtel - Dieu dans le nombre des malades reçus, & que cependant quelques -uns de ces enfans y meurent & entrent dans la mortalité. Nous répondrons que les enfans qui naiffent & qui font baptifés à l'Hôtel - Dieu, font portés fur le champ aux Enfans-trouvés : if ne peut donc y avoir de mortalité que fur le petit nombre de ceux qui font nourris par leurs mères pendant qu’on les garde à l'Hôtel - Dieu ; mais la perte de ces enfans doit être infiniment petite. Nons ne voyons que 28 ou 29 enfans
VII. L'HÔPITAL DE LA CHARITÉ , fuivant Îes états qui nous ont été fournis par les Religieux de cet hôpital.
Les années font comptées du 1° Janvier 1720, par exemple, an dernier Décembre 1729 ; & ainfi de fuite,
Malades reçus, Mortss
17204. 1730 257$$-e.e: + 3204 17730 0% sie 1740... 25022 see à 2 2983. 17401. 1750 . 21906 . 2921e 1750. 05 T7 Oelsiele 25 5 BIT 3378 17000 1770-2707 ME 1770 « ose DPI AEES 443
TA Ne ele 3066....., 538.
17720 3103 Fe PRET 131312. 11725 3e
C'eft un mort fur 7,611.
VIII HÔTEL-DIEU DE PARIS.
Nous avons pris le nombre des malades reçus & celui des morts; dans les états imprimés que nous avons déjà cités plufieurs fois, & voici la méthode que nous avons fuivie.
a —— ———————
(4) Voyez la NotÀ, pages 63 à7 64
D'E su SCT E! N € Es Gr!
fur les lifles du mouvement de l'Hôtel - Dieu, 1e 25 décembre 1785 & le 12 janvier 1786. Au refte, nous nous propolions d'y avoir égard, fi nous avions pu çon- fulter les regiftres; mais ne Îes ayant pas obtenus, nous n'avons pu tenir compte de la légère diflérence qui en réfulte ; & il auroit été très - inexaét, fous prétexte de cette foible mortalité des enfans, de les faire entrer tous dans le nombre des malades reçus, eux qui ne font point
Nous avons négligé les huit premières années, depuis 1712 jufqu’en 1720, parce que les états ne donnent point le nombre des malades reçus.
Nous avons pris le nombre des malades exiftans à 1’Hôtel-Dieu Ie 1." Janvier 1721, puis mois par mois, le nombre des malades entrés, & cela jufqu'àa la fin de la période dont nous voulions déter- miner la mortalité. À a fin de cetre période, le dernier Décembre 1730, les états donnent le nombre des malades qui reftoient alors ‘dans l’hôpital ; nous avons retranché ce nombre de la fomme des malades entrés pendant ces dix années; nous avons comparé le refle de cette fomme à la fomme des morts dans cet intervalle; & en faifant un çalcul femblable fur chaque période d'années, nous avons trouvé
Malades, Morts. Mortalité, 1721 à 1731. 201919.. 44861.. 1 fur 4,sor. 1731 à 1741. 214533. 47901.. I fur 4,479 De 1741 à 1751... 197964.. 46372.. 1 fur 4,269. 1751 à 1761... 215484... 46796.. 1 fur 4,605. 1761 411773... 4278841... 58;700.. 1 {ur 4,730.
1108741. 244720.
Nous n'avons point fait ufage des années depuis 1773 jufqu'en 1779 & fuivantes, parce que nous avons cru apercevoir quelques omiflions dans les états imprimés : nous avons craint qu’il n'y eût des malades de Saint-Louis qui ne fuflent pas compris dans les entrées à l'Hôtel- Dieu. Si nous euflions eu fa communication des regiftres, il nous auroit été facile de nous éclaircir à cet égard ; mais ne les ayant pas, & étant en doute, nous avons pris le parti de rejeter ces années: nous les avons rejetées également dans les lifles de la Charité, afin de pouvoir établir une exacte comparaifon entre la mortalité de ces deux hôpitaux.
1108741 Malades & 244720 morts donnent Ja mortalité commune de l'Hôtel-Dieu, en cinquante-deux ans, de 1 fur .... 4,530.
Les femmes enceintes ne devroient pas non plus y être compriles. Elles font paroitre trop petite Ja mortalité moyenne.
62 HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
malades, & qui vont, dès leur naïflance, vivre ou mourir loin de l'Hôtel - Dieu.
Mais la manière, dont les chofes s'y pañlent, peut offrir des compenfations. Il ne faut pas croire que tout ce qui fort de l’'Hôtel-Dieu, foit guéri. On y vient avec répu- gnance: un pauvre preflé par fa maladie s’y fait porter; mais on follicite un lit ou à [a Charité ou aux Hofpi- talières; & ce pauvre qui va guérir ou mourir ailleurs, a groffi la lifté des malades reçus, fans influer fur la mors talité. If ne faut pas croire encore que tout ce qui entre à l'Hôtel-Dieu foit malade ; la parefle y amène des vaga- bonds fans afyle & fans pain: ïls y font en aflez grand nombre, & la falle Saint-Charles leur eft particulièrement affectée; ils en fortent, ils y reviennent, dans le cours de Yannée. L’admiflion & la circulation de ces vagabonds augmentent le nombre des malades reçus, fans influer fur la mortalité.
Une autre confidération plus importante fait connoître que la mortalité des malades doit être plus grande que nous ne l'avons déterminée. On enregiitre tout ce qui entre à l'Hôtel-Dieu; nous ne pouvons pas douter que les femmes enceintes qui viennent pour y accoucher, ne foient enregiftrées comme les autres, & que par conféquent toutes
Le nombre annuel & moyen des malades. ..,........ 21322. . Ériceluisdesimorts. "T0 RE ET eEE ONCE ON CN ao
Au refle, fi nous avions pris les treize années, depuis 1773 jufqu'en 1786 , nous aurions eu 272566 malades & 61052 morts de plus, ge qui eft à peu-près dans la même proportion. La mortalité de ces treize années eft 1 fur 4,464, & la mortalité moyenne qui rélulteroit. des foïxante-cinq années prifes enfemble, feroit de 1 fur 4,517, uw peu plus grande que celle qui réfulte des cinquante - deux premières années; nous ne faifons donc point tort à l’Hôtel-Dieu, en nous eu tenant à notre réfultat, 1 fur 4,530.
M. les Adminiftrateurs ont donné en 1773 un état des malades entrés & des morts, pendant les dix années de 1762 à 1772 : üls établiffent la mortalité de 1 fur $ +, qui eft beaucoup plus foible que celle que nous établiffons ; mais ils fe font trompés dans la manière dont ils ont déterminé cette mortalité,
pD'iElsP SIC TE N'C'E 63
tes femmes ne foient comprifes au nombre des malades entrés. Cependant des femmes en couche ne font point
Voici leur Tableau. Années. | MALA DES. TOTAL, SORITIS
FAN T e E re, 24843. reftés 251 25157: |reftés "[reflés 2756.
29289. reflés 3090.
26505. lreftés 2769. 28182. |reftés 2912.
2/'T 30299. /{reftés 28
À 29766. once 2892
28140. lreftés 2454.
278931. 229724.149207.
D'où réfulte en effet la mortalité de 2 fur 11 » Ou plus exactement, de 1 fur 5,668.
64 Histoire DE L'ACADÉMIE RoYaALr
malades, il en meurt très-peu dans la fociété. Nous avons vu que, dans plufieurs villes d'Angleterre, la perte n’eft que d'une fur 110 ou fur 128; & qu'à Londres, qui peut être comparée à Paris, la perte n'eft que d’une fur 77. Et fi, comme on Îe dit, il en meurt beaucou à l'Hôtel -Dieu, cette perte très-regrettable eft düe aux vices de l'Hôtel-Dieu même.
À Londres, l'hôpital britannique ne perd qu’une femme fur cinquante-une accouchées. Un autre hôpital de Ia même
Mais 1° on a fait entrer les nouveaux-nés dans le compte des malades reçus, & cela ne doit pas être. Ces enfans ne reflent point à l’Hotel- Dieu, ils paffent aux Enfans-trouvés, & leur mortalité n'efl pas far Je compte de l'Hôpital : le nombre de ces enfans monte ici à 1 5644
2.° On compte parmi les malades fortis & guéris, ceux qui reftent à la fin de l’année, & on les emploie l’année fuivante comme entrés: c'eft un double emploi ; en voici deux exemples pour le faire comprendre. La table donne le nombre des malades entrés en 176$, de 23677. Cependant le relevé exact fait par nous, fur les états imprimés, ne nous a donné que 21209 ; fi on y ajoute les 2512 reflans en 1764, on aura 23721, qui diffère très-peu du nombre de la table. Nous avons trouvé qu'il étoit entré en 1766, 24030 malades ; fi on y ajoute les 2643 reftans en 176$, on aura 26673, & la table donne 26627. Mais les malades reftans à la fin d'une année , ayant été compris dans Îes entrées de l'année, ne doivent pas d’être dans les entrées de l'année fuivante. II y a donc double emploi de toute la colonne des malades reflans, qui font une fomme de 27710; & en y ajoutant les enfans, on a une fomme de 433543 dont on a chargé mal-à-propos le nombre des malades entrés.
La table donne 278931 pour le nombre total des malades reçus: nous en avons fait le relevé fur les états imprimés , & nous n'avons trouvé que 235522; la différence 43409 eft à très-peu- près la fomme des deux nombres précédens. C'eft fa différence des deux méthodes; mais la nôtre eft la feule exacte, & la feule qui donne la vraie relation des morts aux malades.
A l'égard de Ia petite différence que l'on peut remarquer entre es nombres 43409 & 43354, elle vient fans doute de ce que les états imprimés ne font pas parfaitement conformes aux regiftres. Ce n'eft pas fa feule occafion que nous ayons eue de nous en aper- cevoir ; mais ces différences nous ont paru éoères, & il y a lieu de croire qu'elles s'évanouiffent dans un réfuitat total, établi fur le gelcui d'un grand nombre d'années,
ville
SErs SCireNcCEs. 65
ville a encore unie mortalité infiniment moindre, c’eft une
- femme fur 131. Quelle que foit à l'Hôtel-Dieu une perte qui nous eft inconnue , il n'eft pas croyable, on ne peut pas
fuppofer que, hors les temps d'épidémie, cet hôpital perde
- le quart ou le cmquième des accouchées; en les confondant avec tous les malades, ce qu’il perd de moins dans cette
clafle, diminue la mortalité moyenne /x/. Si nous avions
eu la communication des regiftres, nous aurions entière-
ment féparé les femmes en couche des malades, & nous
aurions fans doute trouvé une mortalité plus grande. Cette
confidération nous permet donc de conclure affirmative-
ment que la mortalité de l'Hôtel-Dieu elt au moins d'un
fur quatre & demi; & en létabliflant ainfr, nous ne pre- nons rien à la rigueur; ce n'eft point exagérer les pertes de cet hôpital, c’eft partir des données qui fui font le
moins contraires, puifque la mortalité qui en réfulte
eft probablement au-deflous de la véritable.
Une obfervation particulière prouve que la mortalité de l'Hôtel-Dieu eft dûe à fa mauvaife conftitution & à fon infalubrité, plus qu’à toute autre caufe. L'année 1740 a été remarquable par un hiver rigoureux, hiver cité
(x) On peut eftimer jufqu’à un certain point ce qui en réfulte. Nous trouvons que, dans les cinquante-deux années dont nous avons calculé Ja mortalité, il eft né & on a baptifé à l’'Hôtel- Dieu 72508 enfans. Il faut obferver qu’il doit y avoir un plus grand nombre d’accouchées; beaucoup de femmes du peuple , expofées à des travaux rudes, y arrivent bleflées ; leurs enfans font morts en naïflant ; fs ne font pas baptifés, & on ne les compte pas fur les liftes. Le nombre 72508, en le prenant pour celui des accouchées , eft donc trop foible. Si on le retranchoit du nombre des malades reçus, on auroit la mor- talité d’un fur quatre & un quart, au lieu d'un fur quatre & demi. 11 périt fans doute des femmes en couche, il faudroit en connoître le nombre pour le retrancher de la fomme des morts. Maïs n’ayant point les données de ce calcul, on voit toujours que moins il périra de femmes en couche, plus la mortalité moyenne augmentera & sélotgrers d’un fur quatre & demi, pour s’approcher d’un fur quatre & un quart. Ce quart qui refte ici dans l'incertitude, n’eft pas peu de chofe, car le nombre annuel & moyen des morts, à l’Hôtel-Dieu , étant 4706, il s’agit de près dé 300 morts de plus ou de moins par an.
Hifl 1785. £
La mortalité moyenne ici déterminée eft donc au-defus de la véritable,
L'infalubrité de l'Hôtel- Dieu eft une caufe confiante de dépopulation
qui s'ajoute à
l'intempérie des faifons fâcheufes,
66 HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
moins pour l'intenfité du froid que pour fa durée. L'Hôtel- Dieu reçut & traita cette année 26705 malades, & ilen périt7894.; ce qui fait un fur trois & untiers. Nous avons. été curieux d'examiner la mortalité totale de Paris, dans la même année, & de la comparer à la mortalité de l’année précédente 1739. [1 y a eu à Paris en 1739, 21986 morts; la même année, l’'Hôtel-Dieu en a eu 5837. En 1740, il y a eu à Paris 25284 morts; & l'Hôtel-Dieu en a eu 7894 Comme les morts de F'Hôtel-Dieu font compris dans la mortalité totale de Paris, on voit que, fi cette mortalité a augmenté dans la raifon de 21986 à 25284, la mortalité particulière de l'Hôtel-Dieu eft pour beaucoup: dans cette augmentation. En retranchant la mortalité de J'Hôtel-Dieu, de la mortalité de ces deux années, nous: aurons la mortalité des habitans de la ville, & Ia perte qui eft indépendante de celle de cet hôpital. Alors on trouve que Paris a perdu 16149 de fes habitans en 1739, & 17390 en 1740. Une année calamiteufe n’a augmenté la mortalité qu'à peu-près dans le rapport de 16 à 17. ne paroït donc pas qu'on puifle attribuer la quantité des malades à aucun vice de l'atmofphère. H n’y avoit point de contagion; la longue rigueur du froid a caufé tout le mal. Les gens aifés, qui s’en font garantis, n'ont pas fait plus de pertes qu'à lordinaire, les pauvres, les néceffiteux à qui le bois a manqué, ont été feuls accablés de ce fléau; le froid les a frappés de maladie & ils font venus en foule aux hôpitaux. 1 faut donc comparer un hôpital à un autre. La Charité en 1740 a reçu 2372 malades, & a eu 374 morts; il en a donc perdu un fur fix & un tiers, tandis que F'Hôtel-Dieu en a perdu un fur trois & un tiers. Tous ces pauvres furabon- dans, qui avoient également fouffert du froid, devoient avoir des maladies à peu-près de la même efpèce; & cependant lHôtel-Dieu a perdu, comme dans fa mortalité moyenne, à peu-près le double de la Charité. Cette proportion qui demeure la même entre ces deux hôpitaux dans les faifons
DES SCIENCES. 67 ficheufes , comme dans les faifons ordinaires , prouve qu'en 1740 la mortalité a été augmentée à l'Hôtel-Dieu, non-feulement en raifon des caufes qui ont multiplié les maladies, mais en raifon de fon infalubrité.
Nous ne comparerons pas l'Hôtel-Dieu aux hôpitaux étrangers & même à ceux du royaume, où des caufes particulières peuvent influer; nous comparerons cet hôpital à l'hôpital de la Charité de Paris, à l'hofpice de Saint- Sulpice, établis dans {a même ville, traitant les pau- vres qui refpirent les mêmes influences, & qui vivent de la même manière. Les regifires de 1a Charité nous ont offert le relevé d’un grand nombre d'années fur fefquelles on peut établir un réfultat de mortalité exact; nous avons eu foin de prendre les mêmes années qui nous ont fait connoître la mortalité de l'Hôtel-Dieu. À l'égard de lhof- pice de Saint-Sulpice, comme il n'eft établi que depuis 1779, nous ne l'avons comparé à F'Hôtel-Dieu que dans les années écoulées jufqu’en 1786; ainfi nous rapprochons les trois hôpitaux dans les mêmes circonftances.
Les raifons qu’on allègue pour éloigner ces compa- raïifons ne nous ont pas paru valables; on objecte que l'Hôtel-Dieu reçoit toutes les maladies, & que les autres hôpitaux ne reçoivent pas les maladies contagieufes. Nous répondons qu'on ne peut refufer nulle part les fièvres & les dyflenteries contagieufes, dont on ne reconnoît pas le caractère à la première infpeétion; nous difons que les maladies , telles que la gale, le fcorbut & les écrouelles, qui ne font pas reçues dans les autres hôpitaux, ne pa- roiflent pas plus mortelles que plufieurs des maladies ordinaires. I] n'y auroit donc que la petite vérole qui pût faire une différence réelle ; mais elle ne peut entrer que pour une petite partie dans la mortalité de 1'Hôtel- Dieu. D'ailleurs une confidération bien fimple & fem- blable à celle que nous avons faite pour les femmes en couche, doit faire difparoître cette difficulté. C’eft un
T6
On peut comparer l'Hôtel - Dieu à la Charité & à l'hofpice de Saint-Sulpice.
Les maladies contagieufes reçues à l'Hôtel-Dieu, n’empêchent
point cette comparaifon,
On apporte toujours beaucoup de mourans aux hôpitaux. S'il en vient plus a l'Hôtel-Dieu, c'eft fa faute,
68 HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
fait de l'expérience que, dans la fociété, on perd à peu près un malade de la petite vérole fur fept : cette proba- bilité ne peut donc pas augmenter Îa probabilité générale de l'Hôtel-Dieu. .
Mäis fi l’on objeétoit que les malades y viennent fouvent au moment de mourir, & furchargent Ia lifte des morts d'un nombre d'individus qui n’avoient aucune probabilité de vivre, nous dirons que cette circonftance a plus ou moins lieu à l’égard de tous les hôpitaux. La Sœur fupé- rieure de lhofpice de Saint-Sulpice nous a dit qu’on lui amenoit quelquefois des malades, qui mouroient dans Îa cour avant d'entrer (y). Les Religieux de la Charité nous ont déclaré que fouvent les maîtres, voyant leurs domef- tiques fans reflource , les envoyoient à la Charité pour n'avoir pas la mort dans leurs maifons; d’autres caufes peuvent concourir à faire prendre le même parti, & Îles malades arrivés périflent ou le jour même, ou le lende- main. Ces Religieux, qui fe font prêtés avec la plus grande complaifance à toutes nos recherches, ont bien voulu faire fur leurs regiftres le relevé des malades qui font morts dans les quarante-huit heures de leur arrivée ; ils en: ont trouvé 143 dans les années 1784 & 1785. y a eu en tout 987 morts, & le nombre des mourans qui leur ont été apportés en fait plus de la feptième partie. On peut croire qu'iln’y en a pas davantage à proportion à l'Hôtel-Dieu ; & fi le nombre en étoit plus confidérable, nous aurions droit de répondre que cette caufe qui aug- mente la mortalité eft direétement contre F'Hôtel-Dieu. C'eft parce que les malades y font entaflés; c’eft parce l'air y circule mal & sy corrompt; c’eft par tous les maux du refferrement de l’efpace, qu'il y périt plus de monde; & c’eft par les mêmes raifons qu'on y vient plus tard. |
(y). On voit, par les comptes imprimés de l’hofpice, qu’on y a reçu 129 agonifans depuis le 1.°* janvier 1780, jufqu'au 1.‘ janvier 1786; fur 1678 morts; ce qui fait un quatorzième.
DES SCrENTESs. 69
Nous dirons enfm que nous aurions pu établir une com- paraïfon plus défavorable à l'Hôtel-Dieu. La mortalité de l'hôpital de Saint-Denys n’eft que de 1 fur 1 s; celle de l'hôpital de Lyon n’eft que d'un fur douze & demi (z?° Mais ces hôpitaux ne font point dans la ville de Paris. Nous voyons que les malades meurent en grand nombre à-l'Hôtel-Dieu ; nous confidérons que l'hôpital de Ja Cha- rité & l’hofpice de Saint-Sulpice, où les malades font feuts dans leur lit, parfaitement bien traités, ont tous deux à peu-près la même mortalité; mais une mortalité plus forte que celle de beaucoup d’autres hôpitaux. Nous penfons qu'il peut y avoir à Paris des caufes & phyfiques & morales qui contribuent à augmenter cette mortalité. Notre réfultat auroit été compliqué de l'effet de ces caules, & nous aurions rifqué d’être inexacts en faifant cette comparaifon. Il a donc fallu comparer l'Hôtel-Dieu de Paris à des hôpitaux de Paris, & l’Hôtel-Dieu doit y avoir gagné.
Nous n'avions point eu d’abord le deffein de comparer FHôtel-Dieu à l'hofpice de Saint-Sulpice , parce que cet hofpice n’eft établi que dépuis fept ou huit ans; nous ne pouvions pas y déterminer la mortalité fur un grand inter- Valle de temps, & dans un petit nombre d’années la mor- talité peut être augmentée ou diminuée par des caufes accidentelles. En effet la mortalité comparée de l'Hôtel- Dieu & de la Charité eft un peu plus grande dans les fept années écoulées depuis 1 779» jufques & compris 1 785: Mais une confidération nous a déterminés à établir une double comparaifon entre l'Hôtel-Dieu & es deux hôpitaux de la Charité & de Saint-Sufpice, c’eft que fa Charité ne reçoit que des hommes, & que les regiftres de lhofpice nous ont fait connoître que Îa perte des femmes y eft beaucoup plus grande que celle des hommes. Ce fait eft nouveau & fmgulier; nous ignorons fi cette plus grande
.(t) Nous avons trouvé Ïa mortalité de 1 fur 11,394, & 13,606, en différentes fommes d’années, Le milieu eft 1 fur 12,5 ou fur r2 :.
On awroït pu faire des comparaifons
plus défavorables à l'Hôtel - Diew.
L'Hôtel-Dieu enlève, en cinquante-deux ans , 99044 citoyens, & 1906 par an, que la Charité auroit confervés,
Ou 81318 en £inquante-deux ans, & 1564 par an, que l'hofpice de Saint-Sulpice &uroit confervés.
’
7o Histoire DE L'ACADÉMIE ROYALE
mortalité des femmes eft un fait particulier ou un fait général. Nous n'avons pu découvrir ce qui arrive à cet égard à l'Hôtel-Dieu, parce que le nombre des hommes & des femmes reçus n’eft pas diftingué fur les états impri- més; mais ce fait de l'obfervation nous a expliqué pourquoi les malades étant aufli-bien traités à l'hofpice qu’à la Cha- rité, la mortalité y eft cependant un peu plus grande, & 1
x
dans le rapport de == à
7ro11i* La mortalité des hommes à l'Hofpice eft 1 fur 7,244, celle des femmes... ee eee fur:5,541 (a).
Nous avons d’abord comparé l'Hôtel-Dieu & 1a Charité, relativement à leur mortalité. L'Hôtel-Dieu, en cinquante- deux ans, fur 1108741 malades, en a perdu 244720, à raifon d’un fur quatre & demi. La Charité, qui n’a qu'un mort fur fept & demi /b), n'en auroit perdu que 168700; d'où réfulte le tableau effrayant que l’'Hôtel-Dieu, en cinquante - deux années, a enlevé à Ja France 99044 citoyens qui lui auroient été confervés, f1 l’'Hôtel-Dieu avoit un emplacement proportionnellement auflr étendu que celui de la Charité, & fi les malades y avoient été traités comme ils le font dans cet hôpital. La perte de ces cin- quante - deux années répond à 1 906 morts par an, & c’eft environ la dixième partie de la perte totale & annuelle de Paris.
Quant à l'hofpice de Saint-Sulpice, il a fallu, pour le comparer à l’'Hôtel- Dieu , établir le rapport de mortalité des deux hôpitaux , dans les fept années depuis 1779 jufques & compris 1785.
La mortalité de l'Hôtel-Dieu a été... 1 fur 4,356 (c).
(a) À lhofpice. ..,...."7383 hommes.......... 1019 morts. 5275 femmes...,...... «952 mortes.
(b) Le rapport exact eft celui de 4,530 à 7,611. (c) AlHGtel-Dieu, 155887 malades reçus, 35784 morts.
DES SCIENCES. 7i Celle de FHofpice............ 1 fur 6,401 (d).
. Cela polé, la mortalité de l'Hôtel - Dieu, depuis 1779 jufqu’en 1786, a été de 1 fur 4,3 56. Si cette mortalité moyenne avoit eu lieu dans les cinquante - deux années pendant lefquelles FHôtel-Dieu a reçu 1108741 malades, il en auroit perdu 254532 ; l'hofpice, fur ce nombre de malades, & à raifon d’un mort fur 6,401 malades, n’en auroit perdu que 173214 ; il auroit donc fauvé 81318 malades, que l’Hôtel- Dieu a perdus dans ces cinquante- deux années. C’eft 1564 par an; c’eft environ le trei- zième de la perte annuelle de Paris. Il réfulte donc de ces deux comparaifons, que l’hofpice de Saint - Sulpice ou l'hôpital de la Charité conferveroient ou 81318 ou 99044 malades, fur le nombre de ceux que l'Hôtel-Dieu perd en cinquante-deux ans, & que la perte annuelle de Paris feroit moins grande ou d’un treizième ou d’un dixième. La confervation de cet hopital, ou du moins de l'emplacement qu’il occupe, produit donc le même eflet qu'une forte de pefte qui défoleroit conflamment a Capitale. C’eft une caufe de dépopulation que l'on peut détruire, & nous croyons que l’Académie doit en mettre les réfultats fous les yeux du Gouvernement.
Nous avons enfuite comparé ces trois hôpitaux relati- vement à la durée des maladies. On ne peut douter que le mal-aife, le dégoût, la corruption de l'air, le défaut de fa circulation , l’entafflement des malades dans les mêmes falles & dans les mêmes lits, ne contribuent à retarder la guérifon des maux. Cette vérité de théorie eft ici confirmée par le fait. On peut déterminer la durée moyenne des ma- ladies dans un hôpital, en prenant le nombre commun &
(4) Supra, page 59.
Si le nombre des malades, dans la note 4, page 70, diffère un peu du
* nombre des malades 12616 donné page 59, c’eft que là on a eu égard, comme on Je doit, à la petite différence des malades exiftans au 1.‘ jan-
vier 1779 , & des malades reftans au 1.‘ janvier 1786, &.que cette différence a été négligée ici,
Les maladies y durent à peu-près le da la Charité & à l'hofpice de Saint-Sulpice.
Le traitement des maladies y gft plus cher.
72 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE RoYyaALr
Journalier des malades, en le multipliant par 365$, pour avoir le nombre annuel des journées, & en divifant cette fomme de journées par le nombre moyen des malades qui entrent chaque année dans l’hôpital. C’eft par cette méthode que nous avons trouvé la durée moyenne des maladies à la Charité, de 23 jours; à l'hofpice de Saint-Sulpice, de 23 jours +; & à l'Hôtel - Dieu, de 42 jours + fe), ds À
Cette différence fur la durée des maladies eft énorme, & il en faut conclure que non-feulement l'infalubrité de l'Hôtel-Dieu y rend la mortalité beaucoup plus grande; mais qu'elle y rend aufff le recouvrement de Ia fanté beaucoup plus difficile.
I fuit de cette longue durée des maladies, que le nombre des agonifans reçus à l'Hôtel-Dieu n'eft pas fi grand qu'o peut le croire , car ces agonifans ne reftent que peu de jours dans cet hôpital, ils y meurent; & s'ils étoient en grand nombre , ces courtes maladies abrégeroïent & feroient paroître plus courte a durée monte des maladies.
H faut encore obferver que, f1 'Hôtel-Dieu étoit rendu
lus falubre; fi les maladies n’y étoient pas plus longues qu'à l'hôpital de la Charité & à lhofpice de Saint-Sulpice ; c'eft-à-dire, ft ces maladies étoient à peu-près de moitié plus courtes, il en réfulteroit une grande économie pour cet hôpital. Les malades y reftant beaucoup moins long- temps, l'Hôtel-Dieu, fans faire plus de dépenfe, pourroit traiter prefque une fois plus de malades qu'il n'en reçoit aujourd’hui, ou il'dépenferoit beaucoup moins en traitant le même nombre de malades.
Une autre confidération qui ne doit pas être négligée, c'eft que le même vice d'emplacement, qui eft la principale
(e) Nous fuppofons les lits toujours pleins à Ja Charité, ce qui s’éloïgne peu de Ia vérité; & par conféquent 208 malades par jour & 75920 journées par an. Par un autre état que nous ont fourni les Religieux de cette maïfon, on voit que, dans les onze dernières années, ils ont reçu 36331 malades; le nombre moyen annuel eft donc 3303. On trouve en çon équence qne, la durée moyenne des maladies eft de 22,985 jours.
caufe
DE S SCTENCES F4 caufe de l’infalubrité de l'Hôtel-Dieu, y rend le traitement des maladies plus cher. On voit, dans un état préfenté au Roi en 1773, pat M." les Adminiftrateurs , que le revenu de l'Hôtel-Dieu étoit alors de 1360995 livres. IL faut retrancher de cette fomme les charges qui font portées dans le même état, & le revenu net ne paroît être que 1022520 livres /f). Il ne s’agit plus que de divifer cette
Les états imprimés de l’hofpice de Saint-Sulpice, donnent direétement le nombre des journées de malades pendant chaque année, Les voici: 1779 «tete ee ee se toto ae eee à ete» 2e 30249 1780,%,%44 406 00e ae se oo + 42880. 27 Bree ple lies tete oioétehe ee 0116042873: + re here een ethte.44200 RAGE CE sado cesse .44.0;72- SO APE DCE STORE PATATE XD ele sine eh Pt etes ejeleleioielale : A ANLI75e
299781.
je nombre total des malades, dans ces fept années, eft 12616. (Voyez Supra, page 50). . La durée moyenne des maladies réfulte de!23/,76.
À l’Hôtel-Dieu, le nombre journalier moyen des malades, eft 2500.
(Supra, page 6). Le nombre moyen & annuel, 21322. (Sipra, page 62), Le nombre annuel des journées , eft de 912500. La durée moyenne des maladies en réfulte de 42i,706. (f) Récit de ce qui s’eft paflé, tendant à la conftruction d’un nouvel Hôtel-Dieu, 1773, page 16. Honda On I EMI NA TO. live Charges des biens’, , . . . . . .. 4341.
Réparations tete td rtite 203986. Rent ui te 4 be, 28233. Ipeurablese ee tn de.) fe 60000.
330475-
AMI REVEnR 0 LL 0 0... . : 1360995.
re 1022520.
. Les aumônes faites à l'Hôtel-Dieu ne font point comprifes dans l’état de recette; c’eft un article cafuel qui doit augmenter plus ou moins le revenu de cet hôpital,
Hif. 1785 K
L'Hôtel-Dieu, le plus ancien des hôpitaux , a le plus befoin de réforme, & doit être le plus imparfait.
74 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
fomme par le nombre moyen & annuel des journées 912500, & l'on trouvera que le prix de chaque journée eft de 22 fous $ deniers. Les comptes de l’hofpice de Saint-Sulpice font foi que la journée de chaque malade ne monte, dans une année commune, prife fur fept, qu'à17 fous 1 denier (g). Sans doute un grand hôpital entraîne plus de dépenfe ; les abus y font plus grands, plus difficiles à réformer. Les frais de toute efpèce doivent être plus con- fidérables dans une maifon qui entretient 3071 perfonnes, que dans une maiïfon où il n'y en a que 151 /4). Mais quand on voit que le prix des journées à l'Hôtel-Dieu eft près d’un tiers en fus de celui de l’hofpice de Saint-Sulpice, on ne peut s'empêcher de croire que, dans un autre em- placement, où chaque diftriét auroit fon département, où le fervice feroit plus aifé, la furveillance deviendroit plus facile, & Ia dépenfe feroit moins grande.
Nous rendons une pleine juftice aux citoyens vertueux qui régiffent cet hôpital. C’eft amour de l'humanité, c’eft le zèle de la piété qui les conduifent dans cette bonne œuvre difficile & entièrement défintéreffée. Si dans ce Rapport nous avons relevé quelques abus, qui ne tiennent point à l'emplacement reflerré de l'Hôtel-Dieu, nous n'avons point prétendu blimer ladminiftration ; nous avons eu l'intention de l’éclairer ; nous avons encore eu le motif de prévenir la répétition de ces abus dans la conftruétion projetée d’un nouvel hôpital. L'Hôtel - Dieu exifte peut-être depuis le vir.* fiècle ; & fi cet hôpital eft le plus imparfait de tous, c’eft parce qu’il eft le plus ancien. Dès les premiers temps de ce grand établifiement, on a cherché le bien, on a defiré de s’y tenir, & la conftance eft
(g) Voyez les Comptes de cet hofpice, imprimés tous les ans à YImprimerie Royale. ST A SES 3 ;
(4) Le nombre moyen & journalier des malades , à l’'Hôtel-Dieu, eft 2500. La feuille du mouvement, du 12 janvier 1786, porte s7x perfonnes employées. Total 3071. À l’hofpice,-128 malades. 23 Per- fonnes employées. Total 151. (Voyez le Compte de 1779);
Deus Sie TE Nc,
devenue un devoir. De-là toute nouveauté utile a de {a peine à s'y introduire; toute réforme y eft difficile. C’eft une mafle énorme qu'il faut remuer ; c’eft une adminif- tration nombreufe qu’il faut convaincre. L'Académie lui offre des lumières qui ne peuvent lui être fufpectes; c'eft à elle à dénoncer au Bureau de l’Hôtel-Dieu les connoif- fances nouvelles qui peuvent lui être utiles, & les réformes avantageufes auxquelles fon amour du bien peut fe prêter. Quant au défaut de l'emplacement aétuel, nous avons l'avantage d'être du même avis que M.” les Adminiftrateurs. Us ont relevé eux-mêmes, en 1773, tous les inconvéniens de cet emplacement , & la néceflité de le changer. « Le peu d'étendue du terrein, difent-ils, la corruption de l'air, « celle de l’eau ; le tort que cette maifon caufe par fon in- « feétion à tout ce qui l'environñe, le danger du feu & mille « autres inconvéniens, femblent avoir réuni fur ce point « tous les fufirages , fr l'on veut en excepter, ajoutent-ils, « quelques intérêts perfonnels toujours à écarter dans un « établiflement de cette nature /i).» Ces inconvéniens font précifément ceux qui ont été relevés dans ce Rapport. M.° les Adminiftrateurs ont indiqué également les moyens d'y remédier. [ls ont arrêté, dans le même temps, que M. les Chefs de l’adminiftration fe retireroient près Eh Miniftre du département de Paris, pour obtenir une audiencé du Roi, & lui repréfenter la néceffité de rétablir cet hôpital dans un endroit plus falubre & plus éémmode /4), Nous adoptons les obfervations & les moyens de M.° les Adminiftrateurs, & confidérant que quand l’emplace- ment de J'Hôtel-Dieu feroit augmenté d’une moitié en fus, il paroît impoñlible que le nombre des lits foit porté au nombre de 4800, qui femble néceffaire pour {a population de Paris, & même au nombre de 3000 & plus, promis
(1) Récit de ce qui s’eft pallé, tendant à la conftruction d'un nouvel Hôtel-Dieu, 1773, page 5, (k) “Ibid. page ro Ki
Les Commiffaires de l'Académie en jugent comme
Meffieurs les Adminiftrateurs,
Conclufons des Commiffaires, L'Hôtel-Dieu eft infuffifant , incommode,
infalubre. T1 fui faut un emplacement
plus vafte; & Ja
nécefité de fa tranflation eft démontrée.
8o HiIsToiIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
par les Lettres patentes du 22 avril 1781; qu'il eft bien évident qu'on ne pourroit obtenir cette grande augmen- tation de lits, qu’en plaçant les falles les unes à côté des autres, & en les accumulant par étages fur étages ; tandis que le bien de l'humanité exigeroit qu’au lieu de conftruire les nouveaux bâtimens de l'Hôtel - Dieu dans cette difpo- fition vicieufe, on abattit les édifices aétuels, pour les dif pofer d'une manière plus falubre; obfervant d’ailleurs que ces bâtimens, tant ceux du nord que ceux du midi de Ja Seine, font pofés fur des magafins de matières combufibles, qui font craindre à chaque inftant un incendie pareil à celui de 1772; que les falles deftinées aux opérations & aux femmes en couche y font continuellement expofées au bruit & à l'ébranlement des voitures; qu'il n’y a pas de lieu féparé pour les fous, ni de bâtiment particulier pour les maladies contagieufes ; obfervant que les convalefcens y font mélés avec les malades, & que le défaut d’efpace y a réfervé fi peu de promenoirs, que les convalefcens des maladies ordinaires y font encore confondus avec ceux des maladies contagieufes ; obfervant que les règlemens d’une fage police ont toujours relégué les maux contagieux hors de la capitale; que lHôtel- Dieu au contraire les y con- centre tous, & qu'on tranfporte tous les jours à travers Paris tout ce qui a été infecté du venin de ces maladies, c'eft-à-dire, les paillaffes, les lits de plume & les cadavres; obfervant encore que les falles font bafles, que la circu- lation, le renouvellement de l'air y eft difhcile, & que dans cet entafflement de falles, de lits & de malades, chaque malade n’a qu’une petite portion d’un air en partie corrompu à refpirer ; obfervant enfin que les maladies font prefque du double plus longues à l’'Hôtel-Dieu qu'à la Charité; que la mortalité y eft aufi prefque du double plus grande, & que cette mortalité eft l'effet inévitable du défaut d'emplacement, des vices de conftruétion, comme le prouvent & les principes phyfiques que nous avons établis, & les faits que l'expérience nous a fournis ; nous croyons
DIE: SCIE N CE 5. 77
ouvoir conclure que cette conftruétion a befoin d’être ré- formée, établie fur de meilleurs principes, dans un empla- cement beaucoup plus vafte; que l'Hôtel-Dieu, tel qu'il eft, eft infuffifant, commode, éminemment infalubre, & que Ja néceflité de fa tranflation dans un lieu plus convenable eft invinciblement démontrée.
Nous n'avons que notre avis à donner fur cette tranflation; nous ignorons ft elle fera exécutée. Mais les preuves qui démontrent la néceflité de cette tranflation font {1 évidentes, que l’on peut prévoir d'avance que l'Hôtel-Dieu ne reftera pas toujours où il eft; & s’il eft permis d’efpérer un heu- reux changement à cet égard, c’eft fur-tout dans un règne de bienfaifance, fous un Roi qui aime fon peuple, &
ui regarde les pauvres comme une portion précieufe de fes fujets,
Expolé du projet de M. Poyet.
78 HisToikE DE L'ACADÉMIE RoYALE
EX CAN ME MENN du Projet de M. PoyeET.
M ainrenanr que la néceflité de Îa tranflation de l'Hôtel - Dieu nous paroît indifpenfable , nous pouvons examiner le Projet de M. Poyet, & en rendre compte à l’Académie.
M. Poyet propole de placer le nouvel Hôtel-Dieu à l'ile des Cygnes; il y élève un vafle bâtiment circulaire, dont la circonférence extérieure a 136 toifes de diamètre, & dont la circonférence intérieure renferme une grande cour de 45 toifes de diamètre. Seïze rayons dirigés au centre commun, vont d’une circonférence à l’autre, & forment feize falles qui recevront chacune 84 lits; chaque lit aura trois pieds de largeur, & en occupera fix avec fa ruelle. Trente-deux petites falles ménagées du côté de la circonférence extérieure, auront encore chacune 12 lits, Ces quarante-huit falles compoferont enfemble 1728 lits; & comme M. Poyet fe propofe de placer trois étages de falles, fon hôpital offrira 5184 lits.
Les falles feront hautes de 26 pieds & larges de 30; le paffage du milieu aura 12 pieds. Au chevet de ces lits régnera un corridor de trois pieds de large, formé par une cloifon à la hauteur de-ces lits, fervant à les ifoler, à en dégager le fervice, à mafquer les garde-robes placées derrière chaque lit dans l’épaifleur des murs. Le fervice particulier de ces gardes-robes , fans être aperçu de l’inté- rieur, fe fera dans des lieux d’aifance ifolés du corps de la falle, & placés aux deux extrémités de ces corridors.
Les deux circonférences extérieures & intérieures font formées par deux galeries en arcades, qui fervent de communication aux {alles & en même temps de pro-
DES U SAC IIÉEUNTE ES 79
menoirs aux convalefcens. Entre les falles difpofées en rayons, font des .cours particulières; ces cours font def- tinées à donner de l'air & du jour aux falles, & elles offrent des promenoirs en plein air aux convalefcens. Enfin chaque falle étant ouverte à fes extrémités, fur les deux galeries, & par leur moyen, fur les deux cours extérieure & intérieure , on a fa facilité de faire pafler un courant d'air dans la longueur de ces falles.
Le rez-de-chauflée eft employé aux offices, cuifine, pharmacie, chambre de bains & autres accefloires. Des entrefols pratiqués fur la hauteur de cet étage, feront le logement des Sœurs, des Officiers & des gens de fervice. Les trois étages fupérieurs feront confacrés aux malades ; & comme les deux premiers en contiendront 3456, ce nombre fufhra aux temps ordinaires ; & le troifième étage fera réfervé aux temps de calamité, où les maladies font augmentées dans une proportion rare & extraordinaire. M. Poyet a ménagé, dans les entrefols du rez-de-chauffée, ‘$00 chambres à lit & à cheminée, qui pourront être louées par jour à des voyageurs, à des gens fans domicile fixe. Les étrangers, qui tombent malades à Paris, trou- veroient dans cet hôpital un afyle für, tandis que l’hôpital en tireroit une augmentation de revenu. M. Poyet élève à quelque diftance du corps principal, quatre corps de bâtimens, où font placés les pompes pour le fervice, & des Jazarets pour les maladies contagieufes. H établit un conduit fouterrain, dans lequel pafle l’eau même de la rivière. Ce conduit continuellement lavé par une eau cou- rante, fert d'égout & va porter les immondices loin de tous les bâtimens de Paris, & même 300 toifes au-
deflous de 1a pompe à feu.
Cet expolé fuffit pour faire connoître à l'Académie le projet du nouvel hôpital propofé par M. Poyet. Nous devons dire d’abord que ce projet, pris dans fon en- femble, n’eft pas nouveau. Après l'incendie de lHôtel-
Ce projet neft pas nouveau,
If faut le juger relativement à fon utilité.
L'ile des Cygnes doit être fouvent Mmondée. Eft-il convenable d'y placer un hopital !
76 HisToiRE DE L'ACADÈMIE ROôyaLeE Dieu en 1737, M. Turgot, Prévôt des Marchands « con-
» fidérant la fituation incommode & ferrée de cet édifice » au centre de Paris, fa mauvaife conftruction, le peu > de proportion de fon étendue, avec l'objet auquel il » eft deftiné, conçut le projet de tranfporter cet établif- fement dans l'ile des Cygnes » fa). Après l'incendie de 1772, ce projet a été renouvelé par M.° Caqué, Regnier, Panferon. Le bureau de l'Hôtel-Dieu a lui-même indiqué ce local, dans un écrit qu'il publia Ja même année /4).
Quant à la forme circulaire du bâtiment & à la difpofi- tion des falles en étoile, elle a été propofée par M. A. Petit, de cette Académie, dans le Mémoire qu’il donna en 1774, fur la meilleure manière de confiruire un hpital de malades. M. Prunneau de Monlouis, Architette, eut auf cette idée dans le même temps fc).
. Mais nous devons juger le projet de M. Poyet plutôt] relativement à fon utilité qu’à fa nouveauté. Tous les moyens.
ui. pourront foulager les malades & hâter leur guérifon, ti également intéreflans. I s’agit d’abord d'examiner fr l'Hôtel-Dieu doit ou peut être placé dans l'ile des Cygnes. Cette île eft en grande partie inondée dans les débordemens; & fi elle n’eft pas au milieu de l’eau, parce qu'un des bras de la rivière eft maintenant à fec, elle y tient, elle y avance. de manière qu’elle eft pleinement expofée aux brouillards & à l'humidité. È
I eft certain, par le nivellement que M. Poyet nous a fourni lui-même, que l'ile eft dans toute fon étendue au- deflous du niveau des grandes eaux de 1740, & que dans le plus grand nombre de {es parties elle eft de quatre à cinq pieds au-deflous de ce niveau. De-fà réfulte la nécefité d’en exhauffer le fol. Ce débordement eft le plus grand dont
——
(a) Mém. Acad. Infcript. tome XXV,page221, Éloge de M. Turgot. (b) Récit de ce qui s’eft paflé, tendant à a conftruétion d’un nouvel Hôtel-Dieu, 1773, pege 5. ; È (e) Mémoire de M. Petit, page $; ROUS
BI STESNCUMIEUNNCE E 5 8x
nous, ayons connoiflance dans ce fiècle ; & lorfque fe fol en excédera le niveau, on peut être prefque afluré que les plus hautes eaux ne l'atteindront pas. Maïs cet exhauf- fement s’étendra fur une grande furface & à une profondeur moyenne de 12 pieds. Ce fera peut-être un volume de 150000 toiles cubes à remblayer, & par conféquent un objet de dépenfe. Les fondations auront 27 ou 29 pieds, s ou 7 au-deflus /4), 22 au-deflous des grandes eaux. Le fol des fouterrains fera de 2 pieds plus bas que le niveau de ces eaux; c’eft la même profondeur que certaines caves de l'Hôtel-Dieu. Ces caves doivent avoir rarement de l'eau, & celles de File des Cygnes jouiront du même avantage. Mais il n’en eft pas moins vrai que, dans les débordemens, le nouvel Hôtel-Dieu fera comme une île, que l’abord
en deviendra plus ou moins difhcile, en proportion de- l'étendue & de la hauteur du débordement, & qu'il faudra.
conftruire une chauflée pour y conferver une avenue, qui foit toujours libre & hors de la portée des eaux.
Quang à la falubrité, & à la queftion fi des malades peuvent être placés dans l'ile des Cygnes, c’eft-à- dire, non-feulement au bord, mais prefque au milieu de la rivière, il n'y a point de doute que les lieux élevés & fecs ne foient plus fains ; le bord des fleuves a l'avantage de procurer de l’eau en abondance, & de faciliter les appro- vifionnemens. Un petit hôpital qu'il eft aifé d'approvi- fionner , fera donc mieux fitué dans un lieu élevé : un grand hôpital à qui il faut beaucoup d’eau & de grands approvi- fionnemens, fera moins difpendieux au bord d’une rivière.
Nous pañfons aux détails du projet. La difpofition des falles terminées aux deux galeries circulaires, qui font une communication générale, nous a paru aflez bien en- tendue. Cette difpofition eft infmiment préférable à celle
ns
(d) Nous difons cinq ou fept, parce que certaines parties plus élevées, telles que la chapelle du centre, en auront fept, tandis que le bâtiment circulaire en aura cinq ou fix.
Hif. 1785. L
La difpofition des falles, eft affez bien entenduc.
C’eft trop de trois étages de falles,
Les falles font op élevées.
ÿ2 HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
de l'Hôtel - Dieu actuel, où les falles font accouplées , à celle même de la plupart des hôpitaux, dont les falles s'enfilent réciproquement, & où Vair en circulant peut porter dans l'une ce qui fort de l’autre.
Nous penfons cependant que l’on ne doit point placer trois étages de falles les uns, fur les autres. C’eft un des défauts que nous avons reprochés à l'Hôtel-Dieu. On s'élève ainfi pour épargner fur la fuperficie; mais le fervice eft plus gèné, mais les convalefcens font plus fatigués, quand il s'agit de monter & de defcendre, mais il y a l'inconvé- nient du feu, & du danger des malades à cette hauteur.
Nous croyons que M. Poyet a trop exhauffé fes falles, en leur donnant vingt-fix pieds d'élévation. Cette éléva- tion eft exceflive ; elle conviendroit à peine aux maladies inflammatoires , aux petites véroles, aux fous, qui de- mandent un grand volume d'air. Chaque malade auroit ici environ onze toifes cubes à refpirer. Mais ces failes feroient difficilement échauffées, & leur hauteur feroit nuifible à toutes les autres maladies, qui ont befoin d'un air tempéré. Ce défaut eft aifé à corriger; & M. Poyet eft lui-même difpofé à diminuer cette hauteur /e). Nous ne croyons pas que l’on doive admettre le corridor placé entre les lits & les murs, & deftiné au fervice des garde-robes. Dès que les cloifons ne s'élèvent pas jufqu'au plancher, elles ne peuvent préferver l’intérieur des falles de toute infection; & cés couloirs donneront lieu à un courant rapide & glacial, qui fera nuïfible aux malades lorfqu'ils iront à la garde-robe. D'ailleurs ces couloirs forcent de donner trente pieds de longueur aux falles, & ïil en réfulte deux inconvéniens; le premier, que la. longueur des bois employés dans cette portée, augmen- téroit infiniment les frais de conftruction; le fecond, que
ces larges galeries feroient ou trop froides ou trop difh- cilement échauffées.
{«) Supplément au premier Mémoire, page s 8.
BEUSMISNO H'E:NC E 5. 83
. Nous approuvons le conduit fouterrain, que M Poyet fait pafler {ous l'édifice de fon hôpital, & qui, à la faveur du courant de la rivière, fert à balayer les fofles d’aifance, & à emporter toutes les immondices de l'hôpital. Ce courant que M. Poyet fe procure, eft un des grands avan- tages de la pofition au bord de Ia rivière.
Mais nous ne pouvons approuver Îes chambres Qu'il 1 ne faut pas deftine à des malades payans. Nous favons que l'Hôtel- a Dieu de Lyon a des chambres de cette efpèce. Ce feroit peut-être une augmentation de revenu pour l'Hôtel-Dieu, mais ce feroit certainement une grande fource d'abus. Un hôpital eft l'afyle de fa pauvreté ; il ne faut pas que l'argent y paroïfle, ou bien ïl corrompt tout. Les foins qu'on vendroit aux payans feroient toujours aux dépens de ceux qui ne payeroient pas.
IL y à lieu de croire que cet hôpital deftiné à contenir Lédsicel près de 5200 malades, feroit fuffifant pour les befoins Rpee de la Capitale; mais fa pofition auroit une grande incom- ar ne modité, c’eft l'éloignement d’un nombre de quartiers de ER sè Paris, du faubourg Saint-Antoine, par exemple, & de la à feroir trop paroifle Sainte - Marguerite, où il y a plus d'ouvriers & FRE de misère que dans tout autre. Le tranfport feroit long Éartiers* dans un chemin fi confidérable. La paroïfle de Sainte. dk ville, Marguerite eft diftante de l'île des Cygnes à peu- près de 3000 toifes en ligne droite & fans compter les détours;
& de 800 toifes du bord de 1a rivière le plus prochain. Dans les temps où cette voie feroit ouverte » Ï y auroit donc 800 toifes à faire par terre & 3000 par eau; mais lorfque la rivière feroit fermée par les glaces, ou rendue innavigable ‘par les débordemens, il faudroit que les ma- lades fuffent portés dans un trajet de 3000 toifes, cell- à-dire, de plus d’une lieue, fans compter les détours & à travers tous les embarras de Paris. Cette difficulté eft très-forte contre le projet d’un hôpital unique placé dans lie des Cygnes.
E 1j
faconvénient du projet.
M. Poyet mérite des éloges.
Avantages du projet. Cet Fépttal eft infiniment fupérieur à l'Hôtel-Dieu. S'il étoit conftruit, il mériteroit d’être approuvé. Comme il eft encore en projct, il faut chercher à faire mieux.
84 Histoire DE L'ACADÉMIE ROYALE
Il réfulte de tout ce que nous venons de dire, que Îes objections qu'on peut faire au projet de M. Poyet ont principalement pour objet, 1° la pofition ; elle eft fans doute avantageufe aux approvifionnemens, mais moins falubre que les lieux élevés. 2.° La dépenfe qu'exigeroit l'exhauffement du fol, les pilotis fur lefquels il faudroit peut-être bâtir, les quais, le canal qui enfermeroit l’h6- pital du côté du nord, les ponteaux fur ce canal, a chauffée néceffaire pour conferver une avenue dans les grandes eaux; dépenfes qui font étrangères à la conftruétion d'un hôpital. 3.° La diftance où feroit cet hôpital de plu- fieurs quartiers de Paris, & la difficulté du tranfport d’une partie des malades. 4.” L'étendue , a grandeur de -cet hôpital, qui raflembleroit un fi grand nombre d'individus. Ces objections font du plus grand poids.
Mais nous louerons M. Poyet d’avoir attiré les regards du Roi & du Miniftère, & réveillé l'attention publique fur un objet important. Nous fouerons l’auteur du Mémoire, qui a fi bien plaidé Ia caufe de l'humanité, & nous dirons encore que Île projet même de cet hôpital mérite des éloges, que fa difpofition eft bien entendue & remplit fon objet à beaucoup d’égards, que cette conftruttion auroit une grande ‘fupériorité pour fa falubrité, pour la commodité des malades & Ia facilité du fervice, fur l'Hôtel-Dieu.
Si l'hôpital de M. Poyet étoit conftruit, nous conclurions à l'approuver dans fon entier, à y tranfporter fur le champ les malades ; la nation & fur-tout les pauvres béniroient le Roi de cet heureux changement. Mais cet hôpital eft encore en projet; le Roï a fait l'honneur à l’Académie de la con- fulter; elle doit donner fon avis, non-feulement fur ce qui eft bien, mais fur ce qui feroit mieux. Nous penfons que le Gouvernement faura gré à l’Académie de lui indiquer les meilleurs moyens de foulager les pauvres malades ; & de déterminer ici quelle eft la difpofition qu’il convient de donner aux bâtimens qui doivent leur être confacrés.
BPEPSAISNCIT'E Nc E si 8s L'intérêt que cette grande queftion infpire, & dans ’Aca- démie & dans le public, a engagé plufieurs perfonnes à nous aider dans notre travail. M. le marquis de Condorcet, M. l'abbé Teflier, parmi nos confrères; M. Dupont, M. Regnier & plufieurs hommes éclairés, nous ont fait pafer des Mémoires ; nous les avons reçus avec reconnoiflance, & nous avons profité de leurs lumières. Nous allons ex- pofer à l’Académie nos réflexions fur les fecours que lon doit donner aux pauvres; nous allons lui foumettre 1e plan d’un nouvel hôpital, & les moyens d'y réunir tout ce qu'on peut attendre des connoiffances actuelles pour la falubrité du lieu, la facilité du fervice, la commodité des “habitans de la ville, & le foulagement des pauvres.
RÉFLEXIONS
Sur les moyens de fecourir les pauvres malades, à Jur la meilleure difpofirion des bâtimens deftinés à les recevoir,
Le projét de M. Poyet, le nouvel Hôtel-Dieu qu'il propofe de conftruire à l'ile des Cygnes pour 5184 ma- lades, malgré tous fes avantages, a un inconvénient qui lui eft commun avec cet ancien hôpital, c’eft celui de raf- fembler un nombre énorme de malades dans un même lieu; de les concentrer, pour ainfi dire, dans un point, eux & tout l'appareil, tout l'embarras qu’entraînent le fervice, les approvifionnemens , les boulangeries, boucheries, buan- deries, &c. Un hôpital de $coo malades eft une ville, & une ville plus peuplée que les trois quarts des villes de France. C'eft déjà un grand inconvénient de reflerrer tant d’habitans dans un efpace difproportionné; mais un hôpital, quel que bien tenu qu'il foit, eft toujours un réceptacle de maux & de misère. C’eft un tableau effrayant de confidérer ces maux accumulés au nombre de 5000; de penfer
On doit éviter
de faire un feul hôpital pour 5000 malades,
On fe propofe que les malades foient bien, & que leur traitement ne foit pas cher. I} faut par conféquent les réunir en nombre, mais non pas en nombre trop grand,
Trois moyens de traiter les malades. Le premier eft de les traiter chez eux, & on ne peut l'employer pour tous les malades,
86 Histoire DE L'ACADÉMIE ROYALE "
qu'on charge ainfi fans celle un même volume d'air, non- feulement des émanations de $ooo individus, mais des miafmes & de l'infection de ces corps malades, dont le lieu le plus aéré & une propreté toujours vigilante, ne peuvent entièrement les dépouiller. Eh! quelle complica- tion que celle qui naît des mouvemens de cette grande machine ! quel fardeau pour fadminiftration qui doit y préfider! que d'embarras dans le fervice! que d’abus dans les détails! que de méprifes inévitables dans la diftribu- tion des alimens & des remèdes! Si cette machine vafte & compliquée étoit abfolument néceffaire , ce feroit un malheur de plus à compter dans les misères humaines qui naïflent de l’état de fociété ; mais cette néceflité eft une queftion.
Quel eft le but qu’on fe propofe en conftruifant un hôpital? c’eft de foulager le pauvre malade; c’eft de le traiter avec le plus de foin & en même temps avec le plus d'économie poflibles. Ces deux objets prefque contraires femblent impofer des obligations différentes ; le befoin, le bien-être du malade, exigeroïent qu’il fût traité chez lui, dans fa famille, s’il en a une, ou confié à une garde, s’il vit feul & ifolé, & à un Médecin, à un Chirurgien qui le vifiteroient. Ces fecours que fe procurent les gens aifés, ne font-ils pas trop difpendieux, pour que la fociété s’en charge en faveur de tous les pauvres? On ne peut leur procurer ces fecours, quand ïls font malades, qu’en les réuniffant; & cette économie eft le principe qui femble établir la néceffité des hôpitaux.
Nous ne voyons que trois moyens de foigner les pauvres malades. Le premier eft de les traiter chez eux-mêmes; le fecond eft de les recevoir dans un hofpice où ils feront traités en commun; le troifième eft de les réunir en nombre dans un ou plufieurs grands hôpitaux.
Le premier moyen, celui de faire traiter les malades chez eux, demanderoit un partage des revenus de l’'Hôtel-
DE S/NSkC, IE N°G: ES 87,
Dieu entre les différentes paroifles de Paris. Nous ignorons fice partage feroit praticable; nous croyons qu’il auroit des inconvéniens. Ces malades feroient-ils défrayés felon leurs befoins? alors la diftribution des remèdes & des alimens feroit fujetie à une infinité d'abus. Comment feroit-on für que les remèdes payés ont été fournis, & que les alimens diftribués n’ont pas été détournés? S'il y avoit un prix fixé pour la journée des malades, ce prix feroit trop fort pour les uns, ou trop foible pour les autres; le prix moyen ne peut s'établir que fur un grand nombre & par la com- penfation. Ici la compenfation feroit au détriment d’une partie des malades. Tous les pauvres malades de Paris font foulagés par les fecours réunis & des revenus de l'Hôtel- Dieu & des charités des paroïfles. Si on verfoit dans ces paroilles les revenus de l'Hôtel-Dieu, la charité particulière fe repoleroit peut-être fur la charité publique; & il y a lieu ‘de craindre qu'on ne diminuit, fi on ne tarifloit pas la fource des aumônes. Mais en fuppofant que l’on pût remédier à une partie de ces inconvéniens, & que les autres n’euffent pas lieu, on ne peut traiter les malades chez eux que lorfqu'ils ont un domicile; beaucoup de pauvres habitent en chambre commune & dans des lieux où ils ne pourroient refter malades. H faut des hôpitaux pour cette efpèce de pauvres. Le foin de les foulager malades dans leur propre afyle appartient à M.” les Curés; ils s’en acquittent avec un zèle exemplaire; ils follicitent les aumônes & les répandent avec autant d'économie que de fidélité. Ces aumônes fufffent dans un nombre de paroifies ; il y en a plufieurs qui n’envoient point de malades à l'Hôtel-Dieu : la charité publique ne doit faire que ce que ne fait point la charité païticulière. I paroît donc naturel de laifler les chofes comme elles font à cet égard, & de réferver les fonds publics pour les hôpitaux. Mais doit-on divifer les fecours de la charité publique, & fubftituer un nombre d’hofpices établis dans les paroïfles, à un hôpital unique! C’eft le fecond moyen de foulager les
Le fecond moyen, eft de fubftituer à l'Hôtel-Dieu
des hofpices fondés dans chaque Paroiffe,
Ces hofpices ne pourroient être ni placés ni conftruits, fuivarit de bons principes.
88 HiSToiRE DE L'ÂACADÉMIE ROYALE malades /f). L'hofpice de Saint-Sulpice, où règnent l’ordre, la propreté, l’économie, où l'humanité veille aux befoins' des pauvres, & où les mêmes foins guériffent à peu-près autant de malades qu'à la Charité, a fait naître l’idée des hofpices. Il eft naturel de vouloir procurer des fecours femblables à toutes les paroïfles, & de répéter par-tout une inftitution qu'on admire avec juftice. Il eft certain que moins il y a de malades réunis, plus il eft aifé de les bien foigner; mais fi un hôpital unique a de grands incon- véniens , les hofpices en ont aufli qui ne font pas moins importans, & qui fufhfent pour les exclure quand on les propofe comme moyen unique.
Comment pourroit-on conftruire ces hofpices fuivant les principes que nous avons établis dans ce Rapport? Le terrein manqueroit dans la plupart des paroiïfles de l’inté- rieur de Paris; on y retrouveroit en petit les vices qui tiennent au défaut d'emplacement, & tout ce qui rend THôtel-Dieu infalubre. Ces hofpices fervient refferrés ,. abrités; la circulation de Fair y feroit gènée par les édifices voifins. Il faudroit ou accoupler les falles, ou les élever par étages. Où placeroit-on les convalefcens pour
(f) Un Citoyen zélé, M. Dupont, nous a fait pafler un Mémoire manufcrit rempli de vues intéreffantes, & imprimé depuis fous le titre, Îdée fur Les fecours à donner aux malades d’une grande ville. 1 y propofe: entr’autres moyens, celui d’établir des maïfons où des Entrepreneurs foigneroïient les malades pour un prix modique. Ce moyen eft excellent fans doute; il convient aux indigens qui ne font pas en état de fe faire traiter chez eux, & dont la délicate e fe refufe aux foins gratuits des hôpitaux. I[ convient aux domeftiques des gens peu riches. 1] faudroit, s’il étoit poffible, interdire aux maîtres la reflource de les envoyer à J’hôpi- tal. C'eft bien le moins de faire foigner malades ceux qui, en fanté, nous ont fervis. Ces maïfons feroïent encore l’occafion d’une bienfaifance facile, & le pauyre accueilli par cette générofité, laïfferoit une place à l'Hôtel Dieu. Nous penfons donc, comme ce zélé Citoyen, que ces maifons feroïent utiles, & que le Gouvernement pourroïit en protéger, en provoquer même l’établiffement. If y a déjà des maïfons de cette efpèce, & entr’autres , la Maïlon de Santé, deflervie par les Religieux de la Charité, près la barrière d’Enfer, & celle des Dames Hofpitalières, de la rue Moufetard, & du faubourg Saint-Antoine.
les
DIRE OIE-TE D © ES. 839
les féparer des malades? Où feroient les promenoirs de ces hofpices! Chaque quartier auroit donc dans fon fein un foyer de maux & un fpeétacle de misère; il en ré- fulteroit que, par une trifte réciprocité , les habitans de la ville incommoderoient par - tout les malades, & les malades incommoderoient par-tout les habitans.
Mais fi nous examinons la deftination des hôpitaux, qui eft de foulager tous les malades, fans en excepter aucun, nous verrons que les hofpices n’y fufhroient pas, & que cet objet ne peut être rempli dans fon entier, que par un ou plufieurs hôpitaux communs à tous.
Ces hofpices n'auroient qu'un nombre borné, un petit nombre de lits. Ils feroient fans reflources dans les mau- vailes années, où le nombre des malades eft confidérablement augmenté. Le calcul des probabilités enfeigne que les petites caufes inconnues, auxquelles on eft convenu de donner Île nom de hafard, ne fe compenfent que dans les grandes combinaïfons, & ont une influence très-marquée dans les petites. Lorfque ces caufes augmentent d’un quart ou d'un cinquième le nombre des malades à l'Hôtel-Dieu, il n'y a point de doute qu'elles ne puiflent doubler ou tripler les malades de telle ou telle paroifle. Les lits étant pleins, il faudra refufer les malades; que deviendront-ils? Alors on aura befoin de protection pour étre admis, & bientôt les indigens feront préférés à des nécefliteux fans recom- mandation. Dans une ville immenfe comme Paris, où tout eft confondu, où arrive tous les jours, où vit une
_ multitude d'hommes inconnus, qui n’ont que des befoins & point de reflources , il faut un hôpital où on ne refufe perfonne. Première raifon qui néceflite un hôpital commun. -
L'hôtel-Dieu n’eft point pour Paris feul; les pauvres des campagnes voifines ont befoin de cet afyle. Dans quels hofpices des paroilles feroient-ils reçus? il faut cependant qu'ils le foient. La ville, le chef-lieu des habitations, doit avoir des fecours pour toutes fes dépendances. Il faut donc
Hif 1785.
Les hofpices ne rempliroïient pas les deftinations de l'Hôtel-Dieu. JI faut un hôpital commun pour la ville de Paris, Le
Raïlow,
À] Raiïton,
111.° Raïlon,
Nr? Raïfvn,
\
90 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
que Paris ait d’autres fecours que ceux des paroïfles, & um hôpital ouvert pour les pauvres des campagnes. Seconde raifon qui néceflite un hôpital commun.
Suivant le témoignage de M. les Curés, il eft des hommes humiliés de leur pauvreté, des hommes que des revers ont conduits à la misère, qui vont comme inconnus à l'Hôtel-Dieu, & qui rougiroient d’être vus à lhofpice.. Une malheureufe fille, honteufe de fa foiblefle, iroit-elle à l’hofpice de fa paroïfle? I faut, fur-tout dans ce dernier cas, favorifer le defir de fe cacher, qui eft un-refle de mœurs; il faut tendre une main fecourable à la foibleffe, pour empêcher les crimes. Cette confidération appartient à la politique comme à la morale. Toutes les naïflances à l'Hôtel-Dieu ne font pas fans doute illégitimes ; mais ül s’agit, année commune, de 1402 enfans qui naïflent pour Etat /g), & de 1433 mères qu'on doit ou cacher ou conferver /4). H faut donc'un hôpital pour les femmes en couche, où les filles devenues mères puiflent être con- fondues. Troifième raifon qui néceflite un hôpital commun.
Il y a des traitemens à Paris, tels que celui des fous ; il y a des opérations chirurgicales, telles que la taille, fe trépan, l'opération céfarienne, l'extraction de la cataracte, l'amputation des membres, qui demandent ou un local vafle, ou des mains habiles, exercées & furveillées par un Chirurgien confommé. C’eft ce qu’on ne peut réunir: que dans un grand hôpital; il offre gratuitement aux plus. pauvres les mêmes avantages que l'or procure aux plus. riches. I faut donc un hôpital où l'on traite les fous, & où fe faflent les grandes opérations chirurgicales. Quatrième. raifon qui néceflite un hôpital commun. ;
Enfin {a dernière raifon qui néceffite un hôpital commun, eft celle des maladies contagieufes. Ces maladies feront-elles:
(g) Depuis 1712 jufqu'en 1785, il a été baptifé à l’Hôtel.- Dieu 12355 enfans. Ce relevé a été fait fur les états de baptème de la ville de Paris.
(4) Supra, page 49.
DES SCIENCES. ox!
reçues dans les hofpices! on y fera forcé lorfqu'il n'y aura pas d'autre hôpital. Mais alors il faudra des falles particu- lières pour les maladies contagieules; il en faudra pour féparer les différentes maladies ; il en faudra pour les hommes & pour les femmes. Ces difpofitions exigeront une certaine étendue; & comme il arrivera fouvent que le Iocal dont on pourra difpofer, n'aura point aflez d’étendue, il faudra accoupler les falles, multiplier les étages, re- nouveler tous les inconvéniens de l'Hôtel- Dieu; & ces maladies étant mêlées , traitées avec les autres, on re- produira tous les maux qui réfultent à l'Hôtel-Dieu de ce mélange. Si ces maladies ne font pas reçues dans les hefpices, il faut donc encore un hôpitaf pour les maladies contagieules.
Ces confidérations nous conduifent à préférer le troi- fième moyen, celui d’un ou de plufieurs hôpitaux ouverts à tous les malades; mais nous ne renonçons pas au bien que peuvent faire les hofpices; nous favons que les malades y font plus fuivis, mieux traités, mieux confolés. Un avantage ineftimable de ces établiffemens, quand ils ne font pas un moyen unique, quand ils nexiftent que pour aider & foulager les hôpitaux, c’eft que fans injuftice les malades peuvent y être choifis. L'humanité, qui refufe un infortuné, fait qu'il trouvera d’autres fecours; elle s'attache d’autant plus à fes adoptions, & le petit hôpital reffemble à une famille, où des enfans feroient traités par leurs parens. Le Gouvernement doit donc encourager, [a fociété doit payer de fon eftime les perfonnes. vertueufes qui établifient des hofpices, comme ceux de Saint-Sulpice, de Saint-Jacques- du-haut-pas, de Saint-Médéric, de Saint-André. Mais ce font toujours des charités particulières , elles ne doivent rien Ôter à la charité publique. Ii ne faut rien de borné, il faut un grand hôpital commun dans une ville confidé- rable, oùla misère foumet tant d'individus à une deftinée commune. Elle à befoin d’un hôpital où on ne refufe
perfonne, où les pauvres de la campagne foient admis ; elle M ij
I faut encourager fes établiffemens des hofpices où les malades font mieux traités, mais comme fecours de l'hôpital commun, & non comme moyen uniques
92 HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
a befoin d’un hôpital où fe faffent les opérations difficiles, difpendieufes ; d'un hôpital qui, par fon étendue & fa dif- pofition, permette de féparer & d’éloïgner les maladies contagieufes des maladies ordinaires. 4 Les grands On peut encore obferver qu’en multipliant trop les Me ue hôpitaux, on les fouftrairoit en quelque forte aux regards. à l'Etat. Ils font de la nation; l'attention publique, à force d'être partagée, duxables jeviendroit prefque nulle. Dans un grand Etat, les grands établiflemens femblent feuls lui appartenir; feuls ils ont une mafle qui réfifte au temps, & une importance qui fe fait toujours refpecter. L'Etat qui les a élevés doit les foutenir; leux confervation devient un devoir facré , un devoir d'autant plus indifpenfable , que tout fe pafle au grand jour. Si l'hôpital manquoit de fonds pour foulager les malades, l'édifice, en partie défert, recevroit les malédiétions du pauvre; & l’homme dur qui Fauroït ainfr fermé à la misère, n'échapperoit pas aux reproches de fa Nation. Cet avantage des grands hôpitaux eft précieux, car fi les vertus privées font d’autant plus eftimables qu’elles font plus libres, if eft bon, il eft néceflaire que les vertus publiques foient commandées par les circonftances, & que les hommes foient enchaïnés par ces circonftances mêmes aux devoirs de pre: mière néceflité. C’eft encore un avantage de ces hôpitaux, que f’adminiftration en eft plus facilement éclairée; cette lumière encourage les hommes qui fe dévouent à des fonc- tions pénibles & gratuites; & c'eff pour leur ménager le tribut d'opinion qui efl leur récompenfe, que les Lettres patentes du 22 avril 1781, ordonnent que les comptes de recette & de dépenfe de l'Hôtel - Dieu feront annuellement im-
primés. ile. S'il ne paroît pas convenable de conflruire pour 5000 pen d'u individus un grand hôpital, qui feroit une ville de ma- conftruire lades, on voit qu'il y auroit des inconvéniens à trop fub- Te divifer cet hôpital, & à Îe diftribuer dans Paris en petites parties. I y a donc un milieu à prendre entre un hôpital
unique qui feroit trop grand, & vingt ou trente hofpices
DESSIN CITE Nic É'S$ 93 qui feroient trop petits. Il femble que fa néceffité de retirer FHôtel-Dieu du centre de Paris, & celle de le placer aux extrémités, jointe à la confidération de Ia diftance trop grande, où cet hôpital placé à une extrémité feroit de toutes les autres, doit conduire à établir quatre hôpitaux dans quatre points choiïfis de fa circonférence de Paris. Et ce qu'il y a de fmgulier, c’eft que l’état des chofes rameneroit le fyflème des hofpices à celui de ces quatre hôpitaux.
Toutes les paroïfles de Paris ne fourniflent pas des malades à l'Hôtel - Dieu proportionnellement à leur éten- due.*La médiocrité a fes quartiers comme Ia richeffe, & la grande misère eft reléguée aux extrémités & dans les faubourgs. Les claffes qui fourniffent le plus à cet hôpital, font celle des maçons & des manœuvres, qui abondent dans une ville où on bâtit fans cefle & de toutes parts; celle des Savoyards, des Auvergnats, qui font ramoneurs & Porte-faix; enfin celle des artifans & des ouvriers gagnant journées, & qui font fans reflources, lorfque {a maladie interrompt le travail: La plupart de ces individus habitent en bandes dans des chambres communes, & dans des quartiers où ces chambres font moins chères, c’eft- à-dire, dans les faubourgs. Ces claffes, qui fournifient tant de pauvres malades, obligeroient donc d'agrandir en conféquence les hofpices des faubourgs. On ne peut guère avoir une idée de la population des paroïfles , qu'en comparant leur mortalité à la mortalité totale de Paris. Ainfi, par exemple, cette mortalité totale a été en 1785 de 20365 perlonnes; & en retranchant de cette quantité les Proteftans, & tout ce qui eft mort en religion & dans les hôpitaux, il en reftera 13345 pour la mortalité des paroifles /i). Sur cette quantité, Saint-Euftache a eu
(2): Nombre: total des morts .. ... . , . . . . . + 20365. Morts en religion & Proteftans , . . . .. ns 2,20 Morts dans les ét e CNE RME 6792.
Morts des Paroifles
Dans l'exécution, le fyftème des hofpices reviendroit à
peu-près à celui
de ces quatre hôpitaux;
94 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
1224 morts, & Sainte Marguerite 1097 /4); de forte que la mortalité de ces paroifles eft à la mortalité générale, comme un à onze, & comme un à douze. Nous la fuppo- ferons égale, pour l'une & l'autre de ces paroifles, & comme un à douze. Or nous avons établi que le nombre commun & journalier des malades de l'Hôtel - Dieu eft de 2500, & que ce nombre, dans les mauvaifes années, peut aller jufqu'à 4800. On pourroit donc croire que les hofpices de ces deux paroïfles recevroient, dans Îa raifon d'un à douze, 200 malades dans les temps ordi- naires, & 400 dans les temps de calamité. Il faudroit donc un local difpofé pour 400, puifque, fans égard aux temps, c'eft le plus grand nombre des malades qui doit régler la capacité des hôpitaux. Un hofpice de 400 malades eft déjà un véritable hôpital. Mais fi l'on confi- dère que les paroifles de Saint Euftache & de Sainte Marguerite renferment les faubourgs Montmartre & Saint-Antoine , peuplés de pauvres & où habitent en grande partie les clafles ouvrières & indigentes, dont nous avons parlé; on verra que ces paroïfles doivent en- voyer à l'Hôtel-Dieu, relativement aux autres, un nombre bien plus grand de malades, que celui qui réfulteroit de leur. étendue comparée. Ce n'eft pas trop de doubler le nombre 400 que cette étendue nous a indiqué, & de les porter à 800 ; fur-tout en obfervant que nous avons fuppolé les variations du nombre des malades, dens ces hofpices, proportionnelles à celles de l'Hôtel-Dieu, tandis que les règles de la probabilité font connoîïtre que ces variations y peuvent être beaucoup plus grandes. H en réfulte que certaines paroifles des faubourgs auront befoin de femblables hofpices , placés dans cette circonférence où la misère habite; & ces hofpices de 800 malades font précifément les grands hôpitaux, dont nous croyons avoir montré la néceflité. Nous penfons feulement que quatre hôpitaux fufhront, & qu'il convient de les porter de 8.
(k) Voyez les états imprimés.
D'Es Se FE N CE S 9$ à 1200, pour embrafler le nombre de 4800 malades, , que paroît demander , dans les cas extrêmes, la population de Paris.
Nous croyons donc que FAcadémie doit propofer au Gouvernement de partager le nouvel hôpital, qui doit fuffire à 4800 malades, en quatre hôpitaux de 1200 malades chacun, & qui pourront être placés aux quatre extrémités de la ville de Paris. Nous fuppofons que les bâtimens de ces hôpitaux feront compofés d’un rez-de- chauffée & de deux étages, avec caves voûtées & greniers. Nos defirerions que les malades n’occupañlent que le pre- mier étage; mais comme une pareille difpofition produiroit un grand développement, & prendroit trop de terrein , nous propofons de placer les Officiers au fecond étage, les ma- . Jades au premier & au rez-de-chauffée. Le rez-de-chauffée fufffamment élevé au-deflus du fol, fera particulièrement réfervé aux convalefcens qui font à peu-près un tiers des malades. Ï1 n'y aura donc jamais qu'un petit nombre de malades proprement dits, dans le rez-de-chauflée ; & cet arrangement facilitera aux convalefcens la promenade & exercice de leurs premières forces en plein air.
Quant à la difpofition générale des bâtimens, nous croyons que la forme circulaire, adoptée par M. Poyet, n’eft pas la meilleure. La forme carrée a l'inconvénient que les falles rentrent les unes dans les autres, & que les croifées des angles font trop voifines; lorfqu'elles font ouvertes l'air infecté peut pañler facilement d’une falle dans l'autre. La direction des falles en rayons eft dans le même cas; les croifées font trop voifimes en approchant du centre, & la forme circulaire des galeries où elles aboutiflent, n’eft pas la phus favorable au renouvellement de air vicié. D'ailleurs ces rayons dirigés à tous les points de la bouflole ont tous des expofitions différentes; or, parmi ces expofitions il y en a une meilleure qui, dans un édifice conftruit pour un hôpital, doit être la feule employée. Les falles affemblées.en croix ont les mêmes:
Difpofition intérieure de ces hôpitaux.
Difpofition:
extérieures
Difpofition intérieure
des falles,
96 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
inconvéniens que les formes carrées; ces falles s’enfilent & communiquent trop directement. On peut fans doute en renouveler l'air au moyen d'un dôme placé au centre, qui fert de ventilateur, comme l’a propofé M. Petit en 1774, & rendre, comme lui, ce ventilateur plus actif par le feu; mais quelque utilité que puifle avoir le ven- tilateur, il vaut encore mieux n’en avoir pas befoin. Nous croyons que Îa difpofition la plus falubre pour {es hôpi- taux feroit celle où chaque falle, fr cela étoit poffible, formeroit un hôpital particulier & ifolé ; mais ce qui n’eft pas praticable fans une grande dépenfe quant aux falles, le devient quant aux bâtimens. Au lieu d'enfermer une cour par trois ou quatre corps-de-logis, on peut les déve- lopper, les ifoler, les efpacer. Nous propofons que ces bâtimens foient des parallèles, auxquelles on donnera Ia longueur qu'on voudra, & que nous fuppofons ici de 110 à 120 toiles: ces parallèles feront féparées par des cours de la même longueur, & larges de 20 à 30 toiles, qui formeront de vaftes promenoirs. Nous devons dire que l'idée de cette forme d’hôpital appartient à M. Leroy, de cette Académie, qui l'a expofée dans un Manufcrit {ù en 1777, non encore imprimé, & dont nous regrettons de n'avoir pas eu connoiffance. Nous propofons de diriger ces bâtimens de l’eft à l’oueft, afin que les croifées donnant du nord au midi, le vent du nord puifle rafraichir les falles pendant d'été, & fournir un moyen de fécher les planchers quand on les a Javés; & que l’expofition au midi, en offrant d’autres moyens de fécher, procure aux malades un jour qui leur eft toujours agréable, & une chaleur qui leur eft fouvent néceffaire. L’excès de cette chaleur eft rare dans nos climats, & il eft par conféquent d'autant plus facile d'y remédier.
Nous infiftons pour que Îes malades foient à jamais couchés feuis, conformément aux principes phyfiques que nous avons expolés, & fuivant ce qui a été décidé & arrêté par la bonté du Roi. Nous infifons pour que les lits,
chacun
DPELSIMSACLIMENN de Et 97
chacun de trois pieds, foient féparés par des ruelles de même largeur, & qu'il n'y ait jamais que deux rangs de lits. Ces falles ayant 24 pieds de large, on aura dans le milieu un paflage de 12 pieds. Nous confeillons de faire les couchettes en fer, & nous infiftons fur la néceflité de garnir ces lits de matelas de laine & non de matelas de plume; de ne jamais vider les paillafies dans les falles, mais de les vider & d'en brüler la paille dans es cours, à une diftance fufhfante des bâtimens de l'hôpital.
Il fera convenable que les planchers des falles foient dallés en pierres, autant que cela fera poflible. Les joints dégradés des carreaux forment néceflairement des creux où fe logent toutes fortes de faletés & de matières fétides qui y fermentent; ces planchers ne peuvent jamais être bien lavés: il faut au moins qu'il y ait des dalles fous les lits, dans les ruelles, .& que le refte de la falle foit carrelé en carreaux de grand échantillon. Mais nous croyons que, fans trop charger le plancher, on pourra le earreler en entier de dalles, pourvu qu'elles n'aient que deux pouces d'épaïfleur. Alors, en inclinant ces dalles vers le milieu de la falle, on y ménagera une rigole pour l'écoulement de l'eau, & pour difiper plus facilement l'humidité après le lavage du plancher //). Ces dalles feront fimplement fciées; fr elles étoient polies, elles feroient gliffantes; & comme elles peuvent le devenir par l'ufage, on en préviendra le danger en y repandant du fable.
Quant au plancher fupérieur, nous n'avons pas propofé des voütes qui exigeroient des murs trop forts & une dépenfe trop confidérable ; mais il faudra plafonner ce plancher, pour que les intervalles des folives n'offrent point à l'air infecté une retraite d'où il eft difficile de le chaffer. Les croifées monteront à la hauteur du plafond & s’ouvriront jufqu'à cette hauteur, afin que la couche fupé- rieure de l'air, qui eft toujours la plus infeéte, ait une libre
(1) M: Tenon. Mém. Acad. des Sc. 1780, page 440, Hif. 1785. N
Département des maladies contagieufes.
08 Histoire DE L' ACADÉMIE RoyaLe
iflue. Les efcaliers doivent être ouverts de manière que l'air du dehors circule librement