^HY OF PmCBl^
^iOGfCAL SE>A^
^^t^
BR 270 .B49 1883 v.l
B eze, Th eodore de, Ibiy-
1605. , ,
Histoire eccl esiastique des ealises r elorm ees au
v.l
Digitized by the Internet Archive
in 2010 with funding from
Universityof Ottawa
http://www.archive.org/details/histoireecclsi01bz
LES CLASSIQUES
DU
PROTESTANTISME FRANÇAIS
XVI% XVI^ ET XVIII" SIÈCLES.
HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE
DES
ÉGLISES RÉFORMÉES
AU ROYAUME DE FRANCE.
Strasbourg, imprimerie de J. H. Ed. Heitz.
A M. EDOUARD RE US S.
Mon cher ami,
Tu as inscrit naguère mon nom en tête de ton Histoire de la Littérature de l'Ancien Testaj?ient, de cette oeuvre capitale que tu viens d'ajouter à tant d'autres hautement appréciées par les hommes de science de tous les pa3^s protestants. J'ai été heureux et fier de cette marque d'amitié. Quand, tout jeune encore, je voulus te dédier le premier essai par lequel je m'étais aventuré dans la carrière de nos mutuelles études, tu crus devoir décliner cet hommage. Permets-moi cependant de te donner un témoignage de la reconnaissante affection qui me lie à toi depuis plus d'un demi-siècle. Je n'ai à t'offrir que ces volumes, et encore ils ne m'appartiennent que pour une part. Notre ami commun, Baiim, le collègue et le collaborateur que nous ne cesserons de regretter, avait commencé à en préparer la publication. Il ne lui a pas été donné d'achever ce qu'il avait entrepris avec toute l'ardeur de la
VI
jeunesse, et quand la maladie est venue le paralyser, il restait encore beaucoup à faire avant de pouvoir livrer à l'impression cette nouvelle édition de ïHistoire Ecclésiastique, telle qu'il l'avait projetée. J'ai cru devoir alors mettre la main à l'œuvre pour réaliser son dessein, car je pense avec lui que c'est une dette qu'on a trop longtemps tardé à acquitter envers le Protestantisme français, de rendre plus accessible la source la plus importante pour la connaissance de ses origines, de ses luttes héroïques et de ses premières épreuves.
Je te serre la main avec l'expression d'une vive amitié et le sentiment profond de tout ce que je te dois.
Ed. CUNITZ.
Strasbourg, août 1882.
HISTOIRE
ECCLESIASTIQVE DES
E G L I s F: s REFORMEES A V R O Y A V M E
de France, en laquelle eft defcrite au vray la renaifrance & accroiflement d'icelles depuis l'an M. D. XX I. iufques en l'année M. D. LXIII. leur reiglement ou difcipline, Synodes, perfecutions tant générales que particulières, noms & labeurs de ceux qui ont heureufement trauaille', villes & lieux où elles ont efté drellees, auec le difcours des premiers troubles ou guerres ciuiles, defquelles la vraye caufe eft aulTi déclarée.
DIVISEE EN TROIS TOMES
ûvûus chafquc Tome leurs tables. s ' A M V S E , Tant p l v s de
De l' Imprimerie de lean Remy.
A ANVERS. 1580.
PREFACE.
Xl/STANT la vie des hommes û courte, & la plus part d'iceux tant parelîeux à cognoirtre & remarquer les choies plus requifes & mémorables, ce n'eil: pas fans trefgrande & trefiufle railbn que les hiftoriens ont elle loués entre tous ceux qui fe font meflés d'efcrire; attendu que l'hilloire ell le feul mo3^en par lequel la mémoire des chofes paffées eftant confervée, l'homme peut cognoiftre ce qu'il n'a onques veu ni ouy, voire fans aucun danger, & trop mieux, bien fouvent, que fi luy-mefme Tavoit ouy ou veu; les chofes paifées font comme remifes en eftre : le temps mefmes & la mort font comme vaincus & domptés.
Mais une trefgrande faute, entre autres, s'eft commife en ceft endroit, en tant qu'il y a long-temps qu'on a lailfé le principal pour l'accelToire. J'appelle acceffoire, l'eflat des affaires qui ne paffent les bornes de celle vie caduque & tranfitoire, defquels plufieurs nations ont efté affés foigneufes de conferver la mémoire. J'appelle le principal, le gouvernement fpirituel, auquel reluit Ibuveraine- ment & d'une façon particulière la providence, fageffe, puilfance & bonté infinie de Dieu, pour la contemplation defquelles chofes tout homme de bon jugement confeffera que les hommes ont efté principalement créés & formés.
I. I
Il Préface.
Or n'efl.-ce pas merveille que les peuples s'eftans peu à peu deftournés du vray Dieu (horfmis celuy que le Seigneur s'efloit refervé leulj fe Ibient du tout arreftés à leurs affaires, n'ayans peu aulli faire droite mention de ce qu'ils ignoroient; & s'il y en a eu n qui ayent travaillé à faire entendre l'ellat de leur faulfe religion, nous avons de quoy louer Dieu que la plus part de tout cela eil demeuré mort & cnfeveli avec le temps. Mais qui pourra suffifam- ment excufer tant d'excellens perfonnages qui ont elle en l'Eglise Chreftienne depuis le temps des Apoftres, & cependant nous ont fi peu lailie des tefmoignages bien couchés & bien digérés, par lefquels, fuivant le fil des années, l'ellat d'icelle fe puiffe entendre & bien cognoiflre ? Le peuple ancien n'a pas ainfi fait, l'eflat duquel, tant fpirituel que temporel, a eflé fi divinement enregiflré depuis la création du monde jufques au retour de la captivité de Babylone, & première année de Cyrus le premier, revenant ceft efpace de temps à trois mille quatre cens vingt-cinq ans. Mais depuis ce temps-là il nous faut confelfer que l'hifloire facrée eft entrecoupée, ne s'en pouvant qu'avec grande difficulté recueillir la fuite particulière des temps d'année en année, de ce qui efl efcrit es livres d'Efdras & Nehemie authentiques', & des Apo- cryphes appelés les Machabées, & de ce que depuis Jofephe en a ramalfé d'ailleurs, horfmis qu'en gênerai, tout ce temps c(l réduit par Daniel à feptante feptantaines d'années, montant quatre cens nonante ans jufques à la mort de noflre Seigneur Jefus Chrift. Iceluy donqucs venu au monde, S. Luc a cotté les temps depuis le commencement de la prédication d'iceluy, jufques à l'arrivée de S. Paul à Rome, & deux ans par deffus.
Mais icy finit, à la vérité, le cours de l'hiiloire Chreftienne, quant à la réduire en un corps; de forte qu'il pourroit fembler que l'Eglife, au lieu qu'elle eftoit enclofe dans les limites d'une feule nation, s'eftant defbordée par tout le monde, comme les Pro- phètes avoient prédit, il luy en a pris comme à une petite rivière cognue de pas en pas, laquelle ellant devenue une mer, n'a plus aucune marque de fa courfe & navigation. Or combien que cela ne foit advenu fans la providence de Dieu, voulant que les Chref-
I. Il existe encore, outre ces deux livres canoniques, une compilation apo- cryphe, connue sous le nom du troisième livre d'Esdras.
Préface. m
tiens s'arreftaffent à bien méditer les livres authentiques contenans entièrement la doclrine à laquelle il le faut tenir, pluftoft qu'à faire ni efcrire de grands regillres : & qu'à la vérité les premiers III & meilleurs Chreftiens fe foient pluftoft adonnés à bien faire qu'à efcrire, fi eft-ce que fi la mémoire d'infinies chofes, advenues en ces premiers temps-là, euft efté plus songneufement confervée, il faut confefter que elle euft merveilleufement fervi & ferviroit encores, coupant pour le moins le chemin à Satan, n'ayant pas dormi cependant, ni eu faute de faux notaires, nous ayans forgé des contes à plaifir, qui ont efté puis après recueillis & baillés de main en main pour véritables. Tels font les efcrits publiés fous le noni de certains Apoftres, d'un Hermas\ d'un Papias'"^ d'un Abdias-\ d'un Africa?ins*^ d'un Clément Romain'-^ & autres Evefques de Rome ; dont les uns n'ont peu eftre amortis, les autres font relfufcités de noftre temps, et publiés pour bons, quoyque de long-temps ils ayent efté defavoués et Juftement condamnés. Eiisebe de Cesarée^ ^ du temps de Conftantin le Grand, a tafché
1. L'édition originale, par suite d'une faute d'impression, donne le nom d'Hermès. L'auteur a voulu parler du livre connu sous le nom du Pasteur d'Hermas , que l'on a compté parmi les écrits des Pères apostoliques. Il est assez étonnant que l'auteur cite cet écrit apocalyptique comme prétendant à un caractère historique quelconque. Hermœ pastor grcece ., addita versione latina etc. , rec. et illustr. O. de Gebhardt et Ad. Harnack. Patr-um apostolicor. Opéra. Fasc. IIL Lips. 1877.
2. Évêque d'Hiérapolis, auteur d'un livre intitulé Xo^îwv xupiaxwv ^.^rff/;(j[ç , dont il n'existe plus que des fragments. Eiisebii Hist. ec^l. îll, 36. 3g.
3. Soi-disant disciple des apôtres et premier évêque de Babylone , sous le nom duquel il existe un écrit : Historia certaminis apostolici (Gesta apost.) , qui est un des produits les plus récents de la littérature apocryphe. Fcibricii codex apocryph. Nov. Test. T. II, p. 388.
4. Julius Africanus fut le premier chrétien qui , au 3" siècle , essaya de com- poser une espèce d'histoire universelle, Chronographia. Il n'en reste que des fragments.
5. Entre autres écrits attribués à cet auteur figure une espèce de roman, qui sous la forme d'un récit des luttes de l'apôtre Pierre contre Simon le magi- cien, expose un système particulier d'une doctrine judéo-chrétienne. Le livre s'est conservé sous deux diflerentes recensions : les Homélies Clémentines et les Recognitiones.
6. Il ne fut pas seulement l'auteur de la première Histoire ecclésiastique qui se soit conservée (en 10 livres), mais encore d'une Chronique en 2 livres et d'une Vie de l'empereur Constantin.
IV Préface.
de réduire en un corps d'hirtoire ce que les precedens en avoient efcrit, & feroit ingrat qui ne confelTeroit que la pofterité luy en eft grandement redevable; mais j'eftime que tous hommes clairvoyans m'advoueront que cefte hiftoire le relient par trop du peu de juge- ment & de fcience qu'avoient eu ceux delquels Eufebe s'eft lervi ; & me confelTeront que luy-mefme n'y a pas toufiours veu fi clair qu'il eull cfté de befoin. Car c'eftoit lors qu'il faloit amplement & bien au long déclarer les fondemens prétendus par les anciens hérétiques, qui ont esté la source des nouveaux, avec les argu- mens & pallages de l'Eicriture par lelquels ils ont elle rembarrés; ce que toutesfois nous y eft defcrit fort Ibmmairement & comme par efchantillons.
Après Eufebe font venus Socrates^ So:{ommus , Theodoret ', & après les autres Evagriiis- &. finalement Nicephore Calltste^ ayant ramaffé tout ce qui avoit efté dit devant luy, autant bon que mau- vais, & faux que vray, jufques en l'an de Jefus-Chrift fix cens vingt-cinq & la mort de Phocas ; n'ayant cependant fait aucune mention des dilferends advenus es Eglifes Occidentales par les Donatiftes & Pelagiens, qu'il faut bien recueillir d'ailleurs; n'eftant pas moins necelfaire la cognoiifance de ces combats concernans l'office de Jefus-Chrift, que ceux qui ont efté dreffés en Orient par les Samolateniens, Ariens, Neftoriens, EutNxhiens, Macédoniens, Monoph3^fites, Monothelctes, Tritheiftes & autres monftres, s'eftans drelfés contre la perfonne d'iceluy. Depuis ces temps-là il ny-? eu que barbarie & confufion horrible, durant laquelle fi quelques-uns fe font mis à efcrire , les uns le font amufés aux matières de l'eftat ci\i!, ne parlans de l'ecclefiaftique
1 . Les continuateurs d'Eusèbe. Socrate de Constantinople donna en sept livres l'histoire de l'Eglise de 3o6 à 439. Sozomène, également de Constanti- nople, écrivit l'histoire de 323 à 439. Théodorète , d'Antioche , évêque de Cyrus ; sa continuation de l'ouvrage d'Eusèbe embrasse le temps de 323 à 427.
2. Evagrius, d'Antioche, vécut au 6^ siècle, il continua l'œuvre de ses prédé- cesseurs en six livres, qui vont de43i à 594.
3. Nicephore Calliste , auteur byzantin du 14'^ siècle, résuma les auteurs antérieurs et y ajouta l'histoire des temps postérieurs jusqu'à la mort de Phocas (arrivée, non pas en 625, mais en 610), en 18 hvres. Il existe encore un tableau du contenu de cinq autres livres , mais le texte en est perdu et on ignore même s'il allait réellement aussi loin que ce tableau semble l'indiquer, c. à d. jusqu'en 911.
Préface. v
que par manière d'acquit, s'eftans auffi les Evefques, voire mefmes les moines, tantoll rendus courtifans, & fe contentans d'enrichir leurs reliques des threfors des Roys & Princes avec forces Profes, Antiphones & Légendes; de forte que pour avoir quelque vraye & utile cognoilfance de l'eftat de l'Eglise depuis mille ans & plus, il faut feuilleter & recueillir par pièces ce qu'on peut des livres des bons & anciens dodeurs du meilleur temps , avec grand jugement, & de ce qu'il nous refte des anciens & plus purs Conciles.
Et pourtant eft grandement à louer l'intention de ceux qui ont tafché depuis environ vingt ans, en Alemagne, de recueillir de toutes ces pièces un corps d'hilloire Ecclefiastique ' ; mais combien que leur labeur ne foit inutile, fi eil-ce qu'il s'en faut beaucoup qu'ils ayent atteint au but prétendu ; n'eftant aufli à la vérité une telle entreprife convenable à quelque peu d'hommes particuliers, mais digne pluftolt de quelque grand Monarque y employant gens de trefgrande fcience, & de trefbonne confcience tout enfemble. Mais ces chofes ellans ainfi palfées jufques à noftre temps, qu'eft-il maintenant de faire? Certainement puis qu'il a pieu à Dieu comme de renouveler le monde depuis environ soixante ans , faifant dere- chef fourdre la lumière de la vérité, belle & claire, hors des
i. Matthias Flacius Illyricus conçut, en i552, le plan d'une grande Histoire de l'Eglise, basée sur les documents et les sources, et écrite au point de vue du Protestantisme. Il s'adjoignit un nombre de savants comme collaborateurs, parmi lesquels Marcus Wagner fut un des plus actifs à recueillir les matériaux. Le conseiller Gaspard de Nydbruck, à Vienne, mit à leur disposition des fonds et sa bibliothèque , des princes tels que l'électeur palatin Othon Henri s'y intéressèrent, Jean Wigand et Matth. Judex, pasteurs à Magdebourg, entrèrent dans le comité directeur, d'autres savants, tels que Basil. Faber, Andr. Corvinus, Thom. Holzhuter, Nie. Gallus et un nombre d'autres aidèrent Flacius de leurs travaux et continuèrent l'œuvre après lui. Treize volumes parurent de i559 à 1574, in-fol. Ce fut une œuvre dont le mérite, qui revient essentiellement à l'esprit scientifique de la Réforme, ne saurait être estimé trop haut. L'arrangement des matières par siècles a occasionné la désignation des auteurs sous le nom des «Centiiriatores Magdeburgenses» et de leur ouvrage sous celui des aCenturice Magdebia-genses». Le pape, ému du succès de cette production, qui avait pour objet de démontrer par les documents authentiques de l'histoire la nouveauté du papisme, de ses doc- trines et de ses prétentions, chargea l'oratorien César Baronius (cardinal depuis 1596) d'en paralyser l'effet par un ouvrage semblable: les Annales ecclesiastici. Rom. 1588-1607. 12 T. fol.
VI Préface.
abyfmes de l'ignorance & luperftition elquelles elle avoit elle fi longtemps plongée, ce seroit une trop grande lafcheté de tomber en la mefme faute de nos anceftres, taifant à la pofterité les moyens plus qu'efmerveillables, par lefquels l'Eternel confiderant non pas ce que le monde meritoit, mais ce qu'il a promis à Ion Eglife, a fait un fi grand œuvre par les plus petits & contemptibles du monde; l'opiniaftreté de ceux qui f'y font oppoies et fy opposent encores, & au contraire la confiance invincible de ceux qui ont fi courageufement combattu pour la vérité, jufques à la v feeller par leur propre fang.
Et pourtant font dignes de trefgrande & perpétuelle louange, Jean Sleidan " , Alemand , Foxus - , Anglois , & Jean Cres-
i.Jean Sleidan (Philippson) était né à Sleida , dans le comté de Mander- scheid , compatriote et ami de Jean Sturm, qui le recommanda au cardinal du Bellay. Après un séjour de plusieurs années en France, il se fixa à Stras- bourg en i544, pour s'y occuper à recueillir les matériaux de son Histoire, dont il avait depuis longtemps conçu le plan. A cet effet ses amis de Stras- bourg et surtout le grand homme d'état de cette république, un des person- nages politiques les plus éminents du siècle , Jacques Sturm , lui procurèrent un subside de la part des Etats protestants de l'Allemagne , comme historio- graphe des alliés de Schmalcalde. La malheureuse fin de cette alliance apporta de sérieuses entraves aux travaux de Sleidan. Strasbourg l'employa à son service. Par son mariage il devint allié de Gasp. de Nydbruck, qui s'était déjà intéressé à l'œuvre des Centuriateurs. Ce ne fut qu'un an avant sa mort, après de nombreuses difficuhés, que Sleidan put enfin voir paraître son ouvrage: Jo. Sleidani, de statu religionis et reipiiblicœ , Carolo V. Cœsare, Commen- tarii. Libb. XXVI. Argentor. i555. fol. Le succès en fut extraordinaire, les éditions se suivirent de près, de même aussi les traductions en différentes langues. V. Herm. Baumgarten , Ueber Sleidans Leben iind Briefwechsel. Strassb. 1878. La traduction française, par Robert le Prévost, dédiée à Messieurs de Berne, parut en i556. Jean Crespin publia plus tard ses œuvres complètes en français. Une nouvelle édition de la traduction franc, de l'His- toire fut publiée par Le Courrayer. La Haye 1767. 3 vol. 4^
2. John Foxe étudia la théologie à Oxford, embrassa la Réforme et fut obligé, en iSSg, de se réfugier à Bâle, où il fut employé comme correcteur par Oporin et prépara, entre autres, son Martyrologhim en trois volumes in-fol. Il avait déjà publié antérieurement des Commentarii renim in ecclesia ges- tarum (Argent. i554. 8». Basil i559. fol.) et un ouvrage intitulé: Acts and monuments of the church. De même aussi : Christus triumphans, comœdia apocalyptica. Basil 1 556. 8». Locorum communium tituli CL ad sérient prcedi- camentorum descripti. Basil i557. 8». Après qu'il fut revenu en Angleterre, Elisabethlui donna une prébende à Salisbury. Il mourut en 1587.
Préface. vu
piîi ' , d'Arras, le premier defquels a fi diligemment elcrit l'hiiloire de la reftauration des Eglifes d'Alemagne depuis la venue de Luther, qui fut en l'an lôiy, jufques en Tan i556; eftant une chofe grandement déplorable qu'entre tant de gens dodes en un fi grand pays, il ne fe Ibit depuis trouvé pas un qui ait pouriuivi ceft ouvrage. Les deux autres nous ont laiile par elcrit l'hiftoire des Martyrs, & fur tout Crespin^ contenant plufieurs excellentes dif- putes & confeffions trefgrandement utiles. Mais encores n'eft pas cela fuffifant pour nous informer pleinement de la renaiffance & du gouvernement des Eglifes ainfi renouvelées.
Voyant donc ce deffaut, & defirant de monilrer pour le moins le chemin à ceux qui pourront trop mieux drelîer cy après un tel ouvrage, en ce qui concerne la nation Françoife, après une tref- diligente recherche des chofes les plus notables advenues au Royaume de France pour le faicl de la Religion, depuis l'an i52i qu'elle commença d'y élire remife fus, jufques à la fin de la pre- mière guerre civile terminée par l'Edidl du 1 3 de Mars i563, fous les Roys François premier, Henry deuxiefme, François deuxiefme & Charles neufiefme : j'ay finalement effayé de réduire toutes ces
1 . Fils d'un avocat, JeanCrespin étudia lui-même la jurisprudence à Louvain et à Paris, où il se lia d'amitié avec Théod. de Bèze et embrassa les idées de la Réforme. Ses nouvelles convictions l'engagèrent, en 1548, à se joindre à Th. de Bèze pour se réfugier à Genève. Là il établit une imprimerie dont les productions rivalisèrent bientôt avec celles des Etienne. Il choisit pour emblème une ancre en forme de croix, enlacée d'un serpent. Calvin lui confia l'impression d'un grand nombre de ses écrits, dès i55oet i55i. Homme de lettres qu'il était, il imprima aussi un nombre d'ouvrages sortis de sa plume, des études de droit, des éditions d'anciens auteurs classiques, un lexique de la langue grecque. Mais aucun n'eut un mérite plus durable que son Histoire des Martyrs. Il fut honoré du droit de bourgeoisie, en i555, en même temps que Laurent de Normandie, Germain Colladon , Claude Baduel et autres. Son gendre, Eustache Vignon , qui prit la succession de son imprimerie, se montra tout aussi actif que lui. Crespin mourut de la peste en 1572. La pre- mière édition de l'Histoire des Martyrs parut en français en i554, où en fut imprimée la traduction latine de Cl. Baduel , petit vol. in-S". Une nouvelle éd. parut dès i 555, d'autres, de plus en plus augmentées, suivirent, la dernière publiée par Crespin, fut de iSyo, in-fol. Une nouvelle édition publiée par Simon Goulart, date de i582, in-fol., réinipr. Gen. iSyy, in-fol. La dernière contient douze livres. Gen. 161 9, fol. C'est celle d'après laquelle nous citons. J. Bonnet.^ J. Crespin ou le mai'tyrologe i-éformé. Bulletin du Protes- tantisme français, 1880. Ch. Frossard, le Livre des Martyrs. Notice bibliographique. Ibid.
vui Préface.
pièces' en un corps, par le meilleur ordre que j'a3^peu; regardant tellement au but que je me fuis propofé (qui eft l'eftat de la Reli- gion) que je n'ay rien entremeflé de l'eftat politique, fmon autant que la neceffité m'y a contraint, furtout quand je fuis parvenu au miferable temps, auquel ont efté contraints ceux de la Religion de défendre leur droiil par la force des armes, comme auparavant par la feule patience. Telle a efté donc mon intention, laquelle toutesfois je prevoye ne pouvoir plaire à tous. Car, outre ceux qui s'oppofent directement à ce que nous appelons vérité & l'Eglife, il s'entend aftes qu'ils voudroient ou que cefte hiftoire fut enfevelie, ou bien qu'on en efcrivit félon leurs paifions, les uns me accufans comme menteur , les autres me chargeans comme partial ; sur quoy s'il leur plaift ouïr mes refponfes, comme je les en prie, vi voici ce que je réplique.
C'eft que je confelle que je parle en cefte hiftoire, non point comme neutre, ains comme eftant du cofté de la Religion, en quoy ni eux ni moy n'avons autre juge que Dieu. Mais, au refte, j'appelle le Dieu de vérité en tefmoin que je n'ay ici rien forgé du mien, je n'ay rien mis en avant que bien attelle, je n'ay apporté en ce faid ni haine contre les uns, ni amitié des autres, qui m'ait efbloui pour faire du noir le blanc, ou du blanc le noir, fuppor- tant les uns pour fouler les autres ; mais qu'au contraire j'ay fuivi la fimple vérité de mes mémoires, ioigneufement recherchés, & publiquement attelles, fans m'efcarter pour faire de longs difcours, & fans m'ellongner du ftile d'une fimple & nue narrative, ne cher- chant aucun embellissement de l'hilloire, ains comme préparant la matière à quiconque eftant plus éloquent que moy, pourra mettre le tout en telle forme qu'un fi faincl& digne fujet le mérite.
1 . Le grand nombre de documents et de mémoires réunis par l'auteur pour la composition de son ouvrage est hors de doute, seulement on peut se demander s'il entend aussi parler ici de publications depuis longtemps impri- mées et répandues , telles que les Commentaires de Y Estât de la religion et république^ par Pierre de la Place, imprimés en i565, et l'Histoire de l'Etat de France attribuée à Régnier de la Planche, qui avait paru en i 576, et dont on trouve une si grande partie insérée ici, sans qu'il en soit fait autrement mention. Peut-être l'auteur s'y croyait-il autorisé par la remarque qui suit, qu'il n'entend s'occuper que des choses delà religion, tandis que l'Histoire en question, comme le déclare déjà le titre, veut embrasser l'Etat de France, tant de la République que de la Religion.
Préface. ix
Je prefuppofe qu'il y en aura, outre ceux que delTus, qui aimeroient mieux (pour le moins en ce qui concerne la guerre civile) que tout cela fuit enfeveli fousoubliance, de peur de rafraif- chir les pla3'es, qu'il vaudroit mieux coniblider ; aufquels je refpond qu'auffi me fuis-je eftudié autant qu'il m'a efté poffible de ne rien enaigrir; & voudrois pouvoir racheter de plus d'une vie, fi plus j'en avois, plufieurs chofes trelmauvaifes & trefmalheu- reufes, advenues en ces guerres de part & d'autre ; mais fi pour tels refpects il faloit taire les merveilles de Dieu en la conlervation des fiens & en les julles jugemens exécutés fur fes adverfaires, & pour efpargner les mauvais priver les bons de leur louange, il faudroit par mefme raifon reprendre les hiftoires facrées du vieil & du nouveau Teftament, ou pluftoft vouloir eilre plus fage que que le Sainct Efprit qui les a dictées, en fpecifiant les temps, lieux, & perfonnes. Et de faid, nous voyons que la Loy, que les Grecs ont appelé d'amneftie, c'elt à dire d'oubliance, n'a point empefché que les guerres civiles des Grecs & des Romains n'ayent elté rédigées par efcrit bien au long, eltimans les plus fages à bon VII droicl, que cela ne pouvoit que grandement profiter à la pofterité, pour apprendre à fuir & detelter ce qu'ils auroient cognu avoir apporté tant de maux à leur patrie, par la faute de leurs anceftres.
Suivant donc ces erres, j'ay poursuivi le cours de cefte hiftoire, dépeignant mefmes quelques-uns ■ de leurs couleurs, fans toutes- fois aucune pafiion particulière, comme dit a elté, eftimant outre ce que delTus, quant à ceux qui persévèrent en la mefme volonté qu'eux ou leurs pères ont eue contre ceux de la Religion, qu'ils ne feront mal contens qu'on ait publié ce qu'ils eftiment leur tourner à gloire & louange ; & quant à ceux aufquels Dieu aura changé le cœur, ils ne trouveront mauvais aufii que celte occafion leur foit offerte de tant mieux recognoiltre la grâce du Seigneur envers eux, fuivant l'exemple de ce grand ferviteur de Dieu, S. Paul, lequel a bien voulu enregiltrer en fes Epiitres qu'il avoit elté blafphemateur & perfecuteur de l'Eglife, voire des premiers pécheurs, quoy qu'il n'eult failli que par ignorance; ce que je puis dire aulH de nos deux premiers R03AS, à lavoir de François
I . Il va sans dire que l'auteur songe avant tout à des personnages tels que le cardinal de Lorraine, le duc François de Guise, Antoine de Navarre, et tant d'autres.
X Préface.
premier & Henr}^ deuxiefme, inexcufables toutesfois en ce qu'ils ne fe font plus fongneufement enquis de ce qui touchoit de fi près & eux & leurs pauvres fujets. Et quant aux deux autres, à favoir François deuxiefme, mort au dix-feptiefme mois de son règne, après n'avoir jamais rien veu ni ouy que par les yeux & les aureilles de deux ou trois perfonnes, & Charles neufiefme, eftant encores au dedans du quatorziefme an de fon aage à la fin de la première guerre civile, leur aage les defcharge aifés devant les hommes, lailfant les choies cachées au jugement de Dieu.
En fomme, mon intention ell, quant à Dieu, de donner occa-
lion à chacun de recognoillrc les grandes œuvres qu'il a faites de
noilre temps pour luy en rendre l'honneur qui luy en appartient ;
& quant aux autres, de mettre devant les yeux de ceux aufquels
Dieu les a ouverts, ce qui les peut & doit infiniment encourager
à ne fe laifer point, pour aucune difficulté, de fuivre le bon chemin
auquel ils font entrés, & de refveiller ceux qui ont eu jufques ici les
yeux filliés & fermés pour ne voir une fi grande clarté, confi-
derant de plus près ce qu'ils ont tant mefprifé jufques ici,
ils penfent mieux à eux-mefmes, & à celuy contre
lequel ils fe drclfcnt ; ofant bien dire qu'en
celle hifioire fe trouvera autant d'exemples
finguliers &: trefmemorables pour l'un
& l'autre de ces deux effeds,
qu'en hiftoire qui ait jamais
elle mife en avant,
depuis l'Eglife
primitive.
HISTOIRE
ECCLESIASTIQUE DES EGLISES FRANÇOISES
reformées, sous F'rançois premier, Henry second, François second, & Charles neufviefme.
* *
PREMIER LIVRE contenant les choses advenues sous François premier.
JiLSTANT arrivé le temps que Dieu avoit ordonné, pour retirer L<-'s études fes eOeus hors des luperltitions furvenues peu à peu en l'Eglife ^^fcs'HwiT ^* Romaine, & comme pour ramener dereclief la fplendeur de la nistes. vérité, quoy que dés un fiecle auparavant & plus, elle eufl efté dechalfée par le fer & le feu , lors que Jean Wiclef\ &. après luy Jean Hus^ SiHierofme de Prague l'avoient apportée & présentée au monde : il fufcita premièrement en AUemaigne un grand per- fonnage nommé /e^/z /?e//c/z//;z, natif de la ville de Pforzen ' , au Reuchlin. Marquilatde Baden, pour redreiïer la cognoilfance de la langue Hebraique du tout abolie entre les Chreftiens, auquel f'oppoferent de toutes leurs forces les Théologiens de Cologne & de Lou-
I. C'est à dire Pforzheim. Reuchlin avait e'tudié le droit, mais ses connais- sances des langues classiques le firent considérer comme chef des Humanistes de l'Allemagne. Gagné aux idées du Néo-Platonisme, il voulait approfondir les mystères de la science cabalistique des Juifs et étudia à cet effet l'hébreu , dont il chercha ensuite à répandre la connaissance, en insistant sur l'impor- tance de la connaissance de cette langue pour l'étude de l'Ancien Testament. Pour en fournir les moyens, il publia sous le titre : De rudimentis hebraicis libri III. Phorcae i 5o6. fol., une grammaire et un lexique hébraïques. Il mourut en i52i. L. Geiger, Joli. Reuchlin, sein Leben und seine Werke. Leipz. 1S71.
2 Hijtoire Ecclejîafiique
vain '. Mais Dieu rompit tellement ce delfein que par fentence difi- nitive donnée à Rome, Reuchlin fut abfous, & l'eftude de la langue Hébraïque approuvée : monllrant en cela le Seigneur, que pour baftir Ion Eglife, il fe Içait bien lervir mefmes des principaux adverfaires d'icelle.
De celle efcole de Reuchlin font ylfus depuis ces grans
Pelhcan, personnages Allemans, Coiward Pellican'^ ^ Jean Oecolampade''\
etc ^ Sebajtian Miui/îev^^ Jean Capito^^ Paul Fagius^^ & une
1 . Un juif converti, Jean PJefferkorn, sous la protection des Dominicains de Cologne, avait entrepris en i 509 de provoquer une nouvelle agitation contre les Juifs, et proposa entre autres de brûler tous leurs livres, sous le prétexte qu'ils étaient remplis de blasphèmes contre le Christianisme. Reuchlin, dans un avis que l'empereur lui avait fait demander, s'opposa à une pareille mesure, comme attentatoire à la science. L'inquisiteur Hogstraten crut alors devoir s'en mêler, et Reuchlin se vit accusé d'un nombre d'hérésies tirées de ses écrits. L'évêque de Spire, en sa qualité de commissaire du pape, décida en faveur du savant, mais les Dominicains en appelèrent à Rome, où l'on n'osa se décider ni pour l'un ni pour les autres, quoi qu'en dise le texte. La même erreur se trouve répétée à l'article de Reuchlin dans les Icônes de Bèze.
2. Pellican [Knrschner] ^ de Ruffach, en Alsace, né en 1478, ancien Francis- cain, en dernier lieu professeur de théologie à Zurich, fut un des hébraïsants les plus distingués de son temps, auteur d'une série de commentaires sur les livres de l'Ancien Testament et sur les épîtres du Nouveau Testament, ainsi que d'une grammaire hébraïque. Il mourut en i555. Bernh. Riggenbach, das Chronikon des Konr. Pellikan. Bas. 1877.
3. Oecolampade, le réformateur de Bàle, mort en 1 53 1 ; parmi ses nombreux écrits se trouvent aussi des commentaires sur plusieurs livres de la Bible. Her^^og, das Leben Joh. Oekolampads. 2 Bd. Bas. 1843. Hagenbach, Joh. Oekolampad u. Osw. Myconiiis, die Reformatoren Basels. Elberf. i85y.
4. Séb. Miinster, professeur à Bâle, après avoir été moine, se distingua non- seulement par ses connaissances hébraïques, mais surtout aussi par la grande Cosmographie qu'il publia.
5. Capiton, non pas Jea», comme le dit, par suite d'une erreur typographique, le texte original, mais ]\^ol/gang, né à Haguenau, un des réformateurs de Strasbourg et collègue de AI. Bucer, mourut en 1542. Il fut, entre autres, auteur d'une grammaire hébraïque [Institutionum hebraicariim libri IL Argent. i525) et de commentaires sur quelques prophètes. Il avait aussi pris part à la querelle de Reuchlin et des Dominicains. Baum, Capito u. Butler, Strassburgs Reformatoren. Elberf. 1860.
G Paul Fagius {Buchlin), élève et plus tard collègue de Capiton à Strasbourg, d'où il suivit Bucer en Angleterre , chassé par l'introduction de l'Intérim, mourut à Cambridge en 1649. ^ ^^^^^ ^^ ^^^ pl"^ savants connaisseurs de l'hébreu à cette époque; aussi presque toutes ses publications se rapportent à cette étude.
sous François I. Livre L 3
infinité d'autres. D'autre part les eftudes commencèrent de fleurir à Louvain melmes, & de là, environ ce temps, vint à Paris Erafme àe. Roterdam, Holandois', qui remifl fus l'eftude de la Erasme langue Latine. Et à^iid. Jaques Fabri de Staples % en Picardie, ^J'^f^^^f^f Dodeur de Sorbonne, mais digne d'une meilleure compagnie, voyant l'Univerfité de Paris du tout confite en une horrible bar- barie & Sophifterie^, redrelîoit les vrayes eftudes des arts 4 : tra- vaillant mefmes à monftrer & corriger les fautes de la commune tranflation Latine du nouveau Teftament, fur le Grec original -'' : ce qui defpleut tellement aux barbares Docteurs de Sorbonne, & nommément à deux grolfes beftes, à favoir Beda^ ^ & de
\. Erasme, après avoir d'abord profité de l'instruction qu'il _ avait reçue à l'école des Frères de la vie commune, à Deventer, et séjourné pendant plusieurs années dans un couvent de Gouda , où il s'était livré avec passion à l'étude des auteurs classiques, accompagna l'évêque de Cambrai, pour aller à Rome. En 1496, celui-ci lui permit de se rendre à Paris, où il entra au collège de Montaigu. On connaît l'horrible peinture qu'il fit dans un de ses colloques (l'Ichthyophagie) de la vie qu'on menait dans ces murs imprégnés de théo- logie scolastique. En i5o4, quand déjà il avait acquis une grande réputation , il s'y arrêta pour la seconde fois.
2. Le Fèvre (c'est là son véritable nom) d'Etaples (Stapulœ), dans le Boulon- nais, ne paraît pas avoir été Docteur en Sorbonne ou en Théologie, tous ses contemporains lui donnent le titre de Magister ou Maître ès-arts. Graf, Essai sur la vie et les écrits de J. Lefèvi-e. Strasb. 1 542.
3. Quant à l'enseignement qui se faisait à l'université de Paris, on n'a qu'à lire la plaisante description qu'en donne Valentin Tschudi dans une lettre écrite de Paris, le 18 juin i5i8, à Zwingle : Zwinglii Opéra, VII, T. I, p. 46.
4. Ce fut comme professeur de mathématiques et de philosophie au collège Le Moine que Le Fèvre, le premier, s'éleva avec force contre les abus de la scolastique.
5 . En I 5 1 3 , Le Fèvre publia une nouvelle traduction latine avec commentaire des épîtres de Paul, en 1 522 il fit suivre un travail semblable sur les évangiles, et en 1527 sur les épîtres catholiques. Mais un service bien plus éminent rendu à la Réforme par Le Fèvre, ce fut la publication de la première traduc- tion littérale des livres de la Bible en langue française (en i52 3 les évangiles, en i525 tout le Nouveau Testament, et en i53o la Bible entière). Il est assez étonnant que ces travaux si importants ne soient pas mentionnés ici. Ils parurent sans le nom de l'auteur, mais on ne pouvait pas les ignorer à Genève.
6. Natalis Beda ou plutôt Noël Bédier, né à Mont-Saint-Michel, succéda à son maître Jean Standom comme Principal du collège de Montaigu et obtint le grade de Docteur en Sorbonne, en iSoy, et devint bientôt après Syndic de la Faculté. Il attaqua Le Fèvre surtout à propos de la dissertation de Maria
4 Hijioire Ecdejîqftique
Qiie7^cu\ qui eftoient lors les chefz de celle Faculté, que jamais ils ne cefferent, qu'ils ne l'eulfent contraint de leur quiter la place: comme aussi il fallut qxïErafme^ fy eftant tenu quelque temps, f en retirai!: 2. Ce neantmoins la barbarie receut un fi grand coup dellors en France, qu'elle fut grandement efbranlée, & depuis toufiours efl allée en décadence. Qui plus eft, le Pape Leon^ dixiefme de ce nom, authorifa la nouvelle tranflation Latine du nouveau Tella- ment faille pur E7\ifme^ ^ au lieu que noz Maiftres de Paris le condamnoient pour Hérétique, à caufe de certains Dialogues latins appelles ordinairement Co//o^z/e^,efquels il reprenoitplufieursabus & fuperflitions, les brocardant avec une merveilleufe dextérité*.
Magdalena^ iSiy. 4'% où celui-ci avait osé contredire l'opinion, admise dans l'Église, que Marie-Madeleine, Marie sœur de Lazare, et la femme pécheresse, Luc 7, étaient une seule et même personne. Un arrêt de la Sorbonne déclara hérétique quiconque douterait de leur identité. Traduit au parlement par Béda, Le Fèvre ne dut son salut qu'à la protection de François I'"'". Néanmoins il fut obligé de se retirer d'abord à Meaux et plus tard à Nérac, où Marguerite de Valois lui offrit un refuge.
i . De Qiiercu ^ \e père Du Chesne ^ curé de Saint-Jean-en-Grève à Paris. Calvin, Traité des reliques. (Calvini Opéra éd. Baum, Cunit^, Reuss.,vo\. VI, p. 43o.) Guill. Du Chesne^ docteur en Sorbonne, était l'allié de Béda dans ses querelles avec Erasme.
2. Les sources ne disent rien d'une pareille cause qui eût obligé Erasme de quitter Paris. La première fois il partit pour remettre sa santé qui y avait cruellement souffert ; la seconde fois il dut fuir la peste qui y régnait. Ses démêlés avec Béda ne commencèrent qu'en i 524.
3. Ce n'était pas seulement une nouvelle traduction, mais encore la première édition du texte grec du Nouveau Testament, avec des annotations. La pre- mière édition parut à Baie en i5i6, in-fol., imprimée ^b.v Jean Frobeniiis. Erasme la dédia à Léon X , qui l'en remercia dans un bref très-flatteur daté du 10 sept. i5i8, qui se trouve imprimé au verso du titre de la seconde édit. iSig. L'éloge, il est vrai, que le pape adressa à Erasme n'était pas très- mérité, du moins pour ce qui concerne le soin que celui-ci avait mis à la publication du texte original. V. Reiiss., Geschichte der h. Schriften N. T.
1874, §400-
4. Les Colloques d'Erasme avaient trouvé un immense succès, surtout à Paris, 24,000 exemplaires en avaient été rapidement vendus. Mais N. Béda, qui avait déjà obtenu de la Sorbonne un jugement contre la Paraphrase qu'Erasme avait donnée de l'évangile selon Saint-Luc , se prononça encore avec plus d'animosité contre les Colloques , dont Erasme venait de faire paraître une nouvelle édition, en i52G. La Sorbonne les condamna en i528. V. les lettres d'Erasme à Jérôme Emser., Epist. Erasm. Lugd. Bat. 1706. fol. n. 1923
sous François I. Livre I. 5
Or quelque temps auparavant , la maiibn de Medicis ' avoit receu Etude du à Florence, comme auffi avoient efté receus entre autres lieux Grec. d'Italie , certains grans perlbnnages fugitifs de Grèce , comme entre autres Arg/j^opyliis^- , Marcus MuJurus-\ Demetrius Chalcon- dilas^, & nommément un trefexcellent perfonnage, & de la famille des Empereurs de Conllantinople, nommé Jean Laf- caris ^ , qui avoient bien fort avancé la cognoilfance de la langue Grecque es Univerfitez d'Italie. Là fe trouvèrent auffi pour lors plufieurs François, lefquels retournés à Paris, encouragèrent un 3 chafcun à l'eftude de cefte langue. La Sorbonne foppofa à tout cela avec telle furie, que fi on eull voulu croire nos Maiftres, elfu- dier en Grec, & fe méfier tant foit peu de l'Hebrieu, eftoit une des plus grandes herefies du monde *". Mais Dieu leur oppofa des
p. io55 et à Jean Fabre ib. n. 1965 p. 1089. Après avoir montré à Béda une grande déférence, il le traita depuis avec la plus grande ironie. Erasmi in Nat. Beddœ censuras erroneas Elenchus. Erasmi supputatio errorum in censuris Beddœ. Erasmi responsio ad notulas Beddœ.
1 . Surtout Cosme et Laurent de Médicis.
2. Jean Aroyropylos de Constantinople, accueilli à Florence par Cosme, qui lui confia l'instruction de son fils Pierre et de son petit-fils Laurent. De même qu'à Florence, il fit plus tard aussi à Rome des leçons publiques sur les clas- siques grecs. Il publia une traduction de la Physique et de la Morale d'Aristote et mourut en i486. Paul Jovius donne s>s.\ied^ns sqs. Éloges des hommes célèbres.
3. Musurus de Crète enseigna vers 1453 à Padoue, et mourut à Rome en iSiy. Il publia la première édition du texte grec d'Aristophane et d'Athénée.
4. Paul Jove dit de Chalcondylas d'Athènes, qu'il fut (^ grammaticus dili- gens)) et avir utique lenis et probus». Il donna la première édition d'Homère et mourut octogénaire à Milan vers i 5i 3.
5. Jean ou Janus Lascaris., de Constantinople, fut employé par Laurent de Médicis à recueillir en Grèce un grand nombre de précieux manuscrits. Louis XII de France l'envoya comme ambassadeur à Venise, il en revint en i5i8 et devint conservateur de la bibliothèque que le roi fonda à Fontaine- bleau. Léon X le chargea de la direction d'un collège grec à Rome.
6. Henri Estienne dit à ce sujet dans son Apologie pour Hérodote : «Les langues grecque et latine de longtemps ont estes estimées lutheranifiques et heretifiques. Tesmoin nostre maistre Beda, qui en la présence du roy Françoys premier de ce nom, objecta à feu Guillaume Budé . . . que l'Hebrieu et le Grec seroyent la source de plusieurs hérésies.» (Ed. 1879 II, p. 149). Erasme raconta une anecdote semblable d'un prédicateur anglais (Epist. L. VI, ep. 2. éd. Londin.). Comp. Neseni epistola de niagistris nostris Lovaniensibus [Zwinglii Opéra VII, p. 36).
6 Hijioire Ecdefiqftique
perfonnages de telle authorité , que force leur fut de veoir tout le contraire de ce qu'ils defiroient. Ces perfonnages furent Eftieiine Po}icher\ Evefque de Paris, Loj^s Rii^é-^ Lieutenant civil, & François de Liiines ^ fous l'aide defquels les eftudes des langues commencèrent à fleurir, eftant mefnies la langue Grecque ensei- gnée publiquement ^àv Hierofme Aleandei\ Italien ^ qui depuis a efté Cardinal, Henry Glarcan^ Suilfe s & un François furnommé Cheradamus^ ^ homme bien verfé tant es letres Hébraïques que Grecques : combien qu'il fuft d'efprit fort léger & de petit sens. Mais entre tous les dodes de France es langues Grecque et Latine Guillaume Budé (iffu d'une des anciennes familles de Paris, & qui fut depuis Maiftre des Requeftes) reluifoit comme un soleil entre les eftoilles'% auquel perfonne de ces ennemis des bonnes letres ne
1 . Il avait en i Soy accompagné le duc de Valois, plus tard François I^ '", dans un voyage en Italie et avait pris là le goiàt des lettres. Erasme parle de lui avec une haute estime. Epistol. p. 170, 181, 193, 335 , etc. Il mourut arche- vêque de Sens, en 1624.
2. Louis de Rii^é fut nommé conseiHer au Parlement de Paris en i 5 1 1 et Lieu- tenant civil, c'est-à-dire juge des causes civiles. Il était, tout comme aussi François de Liiines (Deloimis)^ un des présidents du Parlement de Paris, lié d'amitié avec Guill. Budé , qui entre autres dit de lui : « natiira totiis ad literas amœniores fertiir, in quitus iauidiu tirociniuni posuit, in composi- tione facilis et elegans. » Ils étaient tous les deux en correspondance avec Erasme, dans les lettres duquel il est souvent parlé d'eux.
3. Savant helléniste et hébraïsant, il fut appelé par Louis XII comme pro- fesseur à l'université de Paris , mais il n'y resta pas longtemps. Léon X le créa bibliothécaire du Vatican. Il alla plusieurs fois en Allemagne, comme nonce et comme légat, pour y intervenir dans les affaires de la Réforme. C'est ainsi qu'il assista à la dicte de Worms , où il parla avec véhémence contre Luther. Il mourut cardinal en 1542.
4. Ou H. Loriti. Il vint à Paris en 1 5oo, à l'âge de 22 ans Très-lié d'amitié avec Erasme, il fut professeur à Bâle et plus tard à Fribourg. Homme de vastes connaissances, il publia un grand nombre de livres et annota un nombre d'auteurs classiques. Il fut grand adversaire de la Réforme.
5. Jean Cheradamus écrivit entre autres : Prœfationes in IX Aristophanis comœdias.
6. Calvini^ Senecœ de Clementia comment. i532 [Opéra Calv. vol. 5) p. 54 : « Gui. Budœus, primum rei literai-iœ decus et columen, cuius benejicio palmam eruditionis hodie sibi vendicat nostra Gallia. » Ses œuvres furent publiées à Bâle 1557, 4 vol- fol- Il mourut en 1540. Quant à ses convictions religieuses, il paraît avoir partagé la manière de voir d'Erasme. Il est vrai, que pour les
sous François I. Livre I. 7
fofa attacher : joint pour dire ce qui en eft, que ces gens doutes ne se mefloient aucunement de la Théologie : de forte qu'il fe peut dire à bondroid, qu'ils preparoient un chemin aux autres, auquel eux mefmes ne mettoient pas la plante de leur pied. Pour revenir à Budé^ il fut fi heureux en fon érudition, que de rencontrer un Roy d'excellemment bon efprit, & grandement amateur des bonnes letres, encores qu'il n'eullcognoiffance que de fa langue maternelle, à favoir François premier du nom, auquel aiant dédié ceft excel- lent livre, intitulé les Commentaires de la langue Grecque ^^ il lu}^ perfuada non feulement que les trois langues, & les bons livres efcrits en icelles, fe dévoient lire es Efcoles & Univerfités de fon Royaume, mais auffi d'eftablir certains excellens perfonnages, qui luy furent nommés, pour enfeigner à Paris, avec bons& honnefles gages; en intention de baftir un magnifique Collège de trois langues, avec bon revenu, pour y entretenir bon nombre de Regens et efcoliers 2. Ce neantmoins le baftiment de ce Collège ne peut jamais venir à effeci : mais bien furent eftablis plufîeurs Profeffeurs, 4 entre lefquels furent les plus renommés, pour la langue Hébraïque Agathius^ ^ & François Vatable'^^ aufquels fut adjoint puis après
caractériser, on cite ordinairement un passage de son livre : De transitu Hellenismi ad Christianismum^ qu'il de'dia en i535 à François !«'•, où il osa louer ce prince de l'horrible exécution faite à la suite des placards contre la la messe, affichés à Paris en i534. La veuve, touchée des principes évangé- liques, pour pouvoir les professer ouvertement, se retira à Genève en 1549, accompagnée d'une de ses filles et de trois de ses fils , Louis ^ qui se voua aux lettres, Matthieu, qui plus tard remplit la chaire de professeur d'hébreu, et Jean, seigneur de Vérace, qui devint membre des conseils de la république. i. Commentaj'ii linguœ grœcœ. Par. 1529 f. Basil i53o. recogn. et aucti. Par. 1548. fol.
2. L'ordonnance concernant la construction de ce collège en l'hôtel de Nesle (19 déc. 1539) n'eut pas de suite. La position des professeurs fut assurée par une autre ordonnance du mois de mars i545. [Gallandii Vita Castellani. Edit. Baluyii^ p. i5o s.) Ce furent là les commencements du Collège de France.
3. Napolitain d'origine, il enseigna d'abord à Rome avant d'occuper à Paris une chaire de grec et d'hébreu. Il laissa des commentaires sur le Cantique des Cantiques et sur les Psaumes, et mourut en i 542.
4. Naquit à Gamaches en Picardie. Robert Etienne profita, dans son édition de la Bible latine, des notes recueillies par des élèves du savant professeur. Quelques-uns rapportent que ce fut lui qui donna à Marot l'idée de traduire en vers le Psautier. Il paraît effectivement que Marot profita de la traduction
L 2
8 Hijîoire Ecclejîqftique
Paul Pat^adis \ juif de nation; pour la langue Grecque, Pierre Danés- ^ & Jaques Tujan^\ & pour les Mathématiques Oronce Finée^; de forte qu'en peu de temps tout le Ro3^aume de France fe fentit d'un tel bien : aiant rendu la mémoire du Roy Fî^ançois pre- mier (i recommandableà la pofterité en ceft elgard, que d'un tacite confentement de tous, le furnom de Grand'' luy en a efté attribué, pluftot que pour aucun autre exploict. La Ces chofes n'eftoient que preparatives de la grande bonté &
Réforme, mifericorde de Dieu, pour une grande œuvre, comme il apparut tantofl : non pas que la fapience de Dieu manifeftée par la faincte
littérale que Vatable lui fournit des Psaumes, Doiien, Clément Marot et le Psautier Huguenot, I, p. 282. Vatable mourut en 1547. ^- 1 éloge que fait de lui De Thou dans son Histoire. Trad. franc. Basle 1742, T. I , p. 274.
1 . Il était de Venise et s'appelait avant sa conversion Salil Canossa. Il tit imprimer en i 534 un : Dialogus de modo legendi hebraice. V. Wolfii Biblioth. hebraica.
2. Gomp. p. 48 et 852. Il était, comme tant d'autres humanistes, très-indif- férent en matière de religion. Quoique très-savant , il n'a presque rien publié.
3. Tusan^de Rheims, disciple de Budé, nommé professeur le même jour que Vatable, à ce que rapporte De Thou (1. c.) , il mourut aussi le même jour. De Bè^e^i dans ses Icônes^ rend un beau témoignage à sa science et à son caractère.
4. Né à Briançon en Dauphiné, Fine parvint, malgré sa pauvreté, à faire la carrière des sciences, et exceptionnellement doué, il réussit à relever les mathé- matiques de l'état d'enfance dans lequel elles se trouvaient alors. Il inventa un nombre de nouveaux instruments de physique et publia des ouvrages sur presque toutes les parties de la science. Néanmoins, il laissa en mourant (i555) sa famille dans la pauvreté.
5. Malgré certaines brillantes qualités que possédait François, la postérité ne confirma pas ce surnom. Paul Jovius le nomme bien , il est vrai, ina.vimus totius orbis re.r, mais il ne fait pas autorité, tout aussi peu que Brantôme, qui parle de lui comme du «grand roy François» et dit que ce nom de grand lui fut donné : « pour la grandeur de ses vertus, valeurs, beaux faids et hauts mérites. » Il cite, du reste, en même temps, un livre, dont il ne connaît pas l'auteur, qui en parlant de François, dit de lui : « vrayment grand, car il avoit de grandes vertus et de grands vices aussy. » [Hommes ill. et grands capit. franc.) Bèze, d'ailleurs, tout en lui consacrant une page dans ses Icônes, n'y maintient pas cette qualification. Bayle, pour ce surnom, ne connaît d'autre autorité que VHist. eccl. Gervinus (ûber historische Grosse : Gesammelte hist. Schriften) paraît même ignorer cet essai de conférer ce surnom à François I*"''.
sons Finançais T. Livre I. g
Parolle le ferve par neceffité des fciences humaines : mais pource que, la barbarie aiant du tout enleveli la cognoilfance des langues, elquelles les lecrets de Dieu font elcrits, il elloit requis ou que Dieu derechef envoiaft le don des langues fur les hommes miracu- leufement, comme au commencement de l'Eglife primitive fur les Apoftres, ou bien qu'il remift en ufage les moiens ordinaires d'ap- prendre les langues, & de pouvoir lire derechef l'efcriteau mis fur la tefte du Seigneur en la croix : Joint que ces elludes des fciences libérales réveillèrent les efprits au paravant du tout endormis.
Alors doncques furent fufcités de Dieu deux perfonnages d'efprit Luther vraiement héroïques, & en mefme temps : pour defcouvrir les abus „ ^} . & fuperllitions de l'Eglife Romaine; l'un au pays de Saxe, à favoir M^7'^zV/L//Mer, Théologien, de l'ordre des Auguftins, à Wittenberg, - ville capitale de l'Eleciorat de Saxe ; & Ulrich Zn'ingle ' , du Canton de Zurich en Suilfe; les faids & efcrits defquels, & princi- palement de Luther (qui fut le premier des deux efcrivant) - refveil- lerent en peu de temps tout le monde; les uns approuvans cefte
1 . Dans un remarquable passage, Zwin^le touche cette question, et tout en reconnaissant, sans le moindre sentiment de jalousie, la gloire et le mérite éminent de Luther, il affirme qu'indépendamment de celui-ci, et avant de connaître même son nom, il avait reconnu la vérité évangélique et avait com- mencé à l'annoncer dans ses prédications, dès i5i6. Zwingli, Auslegung der Schlussreden der ^fweiten Disputation. Ausfiihî'iing des 20. Art. Opéra I, 268. J. M. Schuler, Huldr. Zn'ingli, Gesch. seiner Bildung ^iim Reformator, p. i5o. /. J. Hottinger, Huldr. Zwingli u. seine Zeit.^ p. 82. Moriko/er, Ulr. Zwingli., I, p. 34. Il y avait été préparé depuis sa jeunesse par l'enseignement franchement éclairé de Thom. Wyttenbach de Bienne (i5o3). Mais Luther, par suite des luttes et des attaques qu'il eut à soutenir et par l'effet de son caractère plus ardent et plus passionné, fut amené plus tôt à des actes de rup- ture avec l'Eglise de Rome, comme en i520, quand il brilla les Décrétales des papes. Des événements indépendants de lui entraînèrent en i52i l'abolition de la messe. A Zurich ce ne fut qu'en i523 qu'on procéda à la réforme du culte extérieur. Hundeshagen, Beitrdge :;iir Kirchenverfassungsgcschichte, I, p. 141 ss., 180. H. Bullinger , Reformationsgesch. Frauenfeld i838. Bd. I, 160. 162. /. J. Hottinger, Gesch. der Eidgenossen waehrend der Kirchen- trennung I, 468 s. Ruchat, Hist. de la Réformation de la Suisse. Ed. Vullie- min I, 247.
2. Dès le commencement de son pontificat, Léon X, suivant l'exemple de Jules II, publia des bulles d'indulgence (10 janv. i5i4), soit pour une expédi- tion contre les Turcs, soit pour la reconstruction de la basilique deSt-Pierre; il les renouvela à plusieurs reprises. On savait combien il aimait le faste et les
10 Hijîoire Ecclejiajîiqiie
dodrine, les autres la condamnans; & eux au contraire fe defen- dans vaillamment avec le glaive de la parolle de Dieu , quoy que ce combat, aiant elgard au nombre & à la qualité des contredifans, fuft du tout inégal. Car outre ce que tout le Clergé de l'Eglife Romaine y reûftoit de toutes fes forces, les trois plus grans Monarques de l'Europe, à savoir Charles cinqiiiefme^ Empereur, François premier^ Roy de France, & Henry huitiefme^ Roy d'Angleterre, fe bandèrent tellement pour le Pape, qu'ils n'ou- blièrent rien qui fuft en leur puilfance, à exterminer Luther & fes 5 livres. Mais mon intention n'eft pas d'efcrire ce qui en advint en Allemaigne, Italie, Efpagne, ny Angleterre; ains feulement de faire entendre les combats fouftenus en France à cefte occafion par ceux qui lors furent appelles Luthériens, et pourfuivis à toute outrance comme hérétiques.
Luther donc aiant commencé d'efcrire contre les Indulgences de la Croifade , fous le Pape Léo// dixiefme^ en l'an lôiy, pourfuivit beaucoup plus outre, mettant en lumière fon traidé intitulé de la Captivité Babj'lonique \ Ce qui efmeut la Sorbonne de le condamner comme hérétique, l'an i52i% & d'efcrire finalement contre luy un livre intitulé Antiluther, duquel fut autheur un Docteur nommé Jojfe Clitoree^ difciple de Jaques Fabi^i^ mais non pas de l'opinion de son maiftre-^
prodigalités, on disait qu'une partie de ces sommes était destinée à sa sœur Madeleine, princesse de Cibo : Giticciai-dini, Storia d'Italia, éd. de Venise i 592, p. 395. Pallavicini [Concilii Tridentini Hist.^ P. I, L. I, c. 3, p. 5. Colon. Agr. ijig s.) cherche à le contester, mais ses preuves sont peu concluantes.
1 . Le livre de Luther : De Captivitate babylonica ecclesiœ Prœliidium, un des plus décisifs dans la cause de la réformation et contre les abus de l'Eglise de Rome, parut en octobre i52o.
2. Le i5 avril i52i la Sorbonne prononça cette condamnation, fondée sur 1 1 3 propositions de Luther (cinq en étaient tirées du livre de Captiv. babyl.) censurées par le Sorbonniste Clictou. {Berthier, Hist. de l'Egl. gallicane, T. 17, p. 5o2. Chevillier, Origine de l'imprimerie à Paris, p. 352, 420.
3. J. Clictou {Jodociis Clichtoveiis)., de Nieuport en Flandre, après avoir commencé ses études à Louvain, les avait continuées au collège Lemoine sous Lefèvre d'Etaples, auquel il s'était attaché avec zèle. Mais devenu docteur en Sorbonne, il embrassa avec non moins d'ardeur les vues de ce corps, tout en faisant preuve d'un esprit de science plus sérieux dans ses écrits polémiques. Il dirigea les études du jeune éveque de Tournay, Louis Guillard, au collège de Navarre et suivit en iSiy son élève dans son évêché de Chartres, où il
sous François I. Lwre I. 1 1
Alors eftoit Evefque de Meaux un bon personnage natif de Commence- Paris, nommé Guillaume Briconnet ', lequel nonobftant les Cen- '"^"^-^ ^^ ^^ fures de Sorbonne, fut eimeu de tel zèle, qu il n elpargna rien qui Meaux. fuft en fon pouvoir pour advancer la Dodrine de vérité en fon Briconnet. Diocefe, conjoingnant les œuvres de Charité avec la Dodrine de vérité ; & non feulement prefchant luy mefme (ce qui eftoit lors fort nouveau), mais auffi appellant à foy beaucoup de gens de bien
devint chanoine. Après avoir fait paraître une série d'autres écrits, il publia en I 524 son Anti-Liitherus dont parle le texte et dont voici le titre caractéris- tique : Anti-Luthenis Jiidoci Clichtovei Neoporttiensis, Doctoris Theologi Academice Parrhisiensis. Très libros complectens. Primus contra effreneni Vivendi licentiam, qiiam falso libertatem christianam ac evangelicam nominat Lutherus, ostendit ecclesiam sanctani et eiiis prœsides, constituendariim sanc- tionum (qiiœ obligent populwn christianum, et transgressores, peccati tnor- talis reos esse dejiniant) potestatem habere. Seciindiis contra abrogationem missce, quam inducere molitiis Lutherus, demonstrat distinctos officiorum sradus, ac ordines esse in ecclesia. Non omnes itidem Christianos esse sacer- dotes et sanctissinuni Eucharistice Sacramentuni, qiiod in niissa consecratur, esse vere sacrificium. Tertius contra enervationeni votorum monasticorum, quam invehere contendit Lutherus, déclarât religiosorum vota, etiam per- pétua, atque pro toto vitœ curriculo, recte fieri, idque vivendi in monastica disciplina institutum, summopere commendandum. Insunt et primo egregii liuius operis libro, dissolutiones qucedam contra Erasmum Roterodamum, de uno aut tribus Dionysiis, minus bene sentientem. Anno M. C. XXXIV fol.
I. G. Briconnet ^ fils du cardinal Briconnet, qui n'était entré dans les ordres qu'après la mort de sa femme, avait suivi les leçons de Clictou et de Le Fèvre, l'ami de son père. D'abord évêque de Lodève et, depuis i5i6, de Meaux. Homme pieux et sérieux, il reconnaissait qu'il existait dans l'Eglise un grand nombre d'abus dont la réforme lui paraissait urgente et avait cherché à y mettre la main dans son diocèse, autant qu'il en possédait les moyens, en forçant les curés à la résidence dans leurs paroisses, en opposant un frein à la dissolution des mœurs du clergé, en prenant des mesures -pour rendre l'instruction religieuse du peuple plus sérieuse et en visitant en personne les paroisses et les- couvents de son diocèse. Il entreprit même d'éloigner et de rernplacer un grand nombre de curés et de vicaires incapables ou indignes. Mais tous ses efforts finirent par se briser contre l'opposition qu'il rencontra de toutes parts. Il n'était, du reste, rien moins qu'un esprit énergique et s'abandonnait à un mysticisme nébuleux et doucereux, dont sa correspon- dance avec Marguerite, sœur de François I<"', contient les preuves. Génin, Lettres de Marguerite d'Angoulçme. Par. 1841, p. 124. Nouvelles Lettres. Par. 1842, p. 273. Herminjard, Correspondance des Réformateurs dans les pays de langue française. T. 1. Genève 1866. Baum, Origines Evangelii in Gallia l'estaurati. Argentor. i838. P. II, p. 36 ss.
1 2 Hiftoire Ecclejiajiiqiœ
Le Fèvre et de sçavoir, tant Dodeurs qu'autres, comme Jaques Fabri^ ^Etaples. (duquel avons parlé cy devant), Guillaume Farel - (eftant lors à Martial. Paris, régent au collège du Cardinal le Moine), MartiaP ^ & Gérard Girard Ruffi^^ tous deux Docteurs, qui luy alîifterent grande- ment : mais non pas tous avec telle perfeverance qu'il eftoit requis. Car eftant bien toft, à l'inllance des Cordeliers de Meaux, efmeuë la perfecution contre eux, Maî'tial^ au lieu d'affermir ceft Evefque, luy feit perdre courage. Et fut telle l'iffue de cefte perfecution, que l'Evefque se déporta de palfer outre ; Martial fe defdit publique- ment, & depuis eft mort Chanoine et Pénitencier de Paris 5; Fabri iux retiré à Blois, & de là finalement à Nerac, au Duché d'Albret*', par la faveur de la feur unique du Roy, depuis Royne de
1. /. Fabri, c'est-à-dire Le Fèvre, vint à Meaux vers la fin de 1320, il logea chez l'évêque et fut son commensal. Briçonnet le préposa d'abord (août 1 52 i) à la « Le'proserie » et en i52 3 le nomma vicaire-général.
2. G. Farel naquit près de Gap, 1489, d'une famille noble. Il vint à Paris vers I 5o9 et y devint disciple et ami de Le Fèvre. Il prit le grade de Maître-ès- arts et obtint, sur la recommandation de Le Fèvre, une place de régent au collège Le Moine. On ne possède aucune donnée sur le temps exact quand il vint à Meaux, probablement bientôt après son précepteur; de même qu'on n'a pas d'autres renseignements sur son séjour. Herminjard, 1. c, I, p. 178 s. Kirchhofer, Das Leben \V. Farcis., I, p. 12 s.
3. Martial Ma^iirier., natif de Limoges, docteur en Théologie depuis ôog. Il était principal du Collège St-Michel à Paris quand il fut appelé à Meaux. Mais notre auteur se trompe, en le faisant appeler conjointement avec Le Fèvre. Il ne le fut qu'à la tin de i523, lorsque Briçonnet commença déjà à s'effrayer du caractère d'opposition contre l'Eglise romaine qu'avait pris le mouvement religieux, et à être intimidé par l'accusation de Luthéranisme, que la Sorbonne et le Parlement avaient élevée contre lui et ses aides. Alors il fit venir d'autres prédicateurs moins suspects d'hérésie, quoique également appartenant à l'école de Le Fèvre.
4. Gérard Rufus (Rouf) , ou plutôt Roussel , était compatriote de Le Fèvre et natif de Vaquerie près d'Amiens. V. plus bas, p. 14 s., 22. II, p. 796. III, p. 456. Ch. Scivnidt, Gérard Roussel, prédicateur de la Reine Mar- guerite de Navarre. Strasb. 1845.
5. Il se lia même plus tard d'amitié avec Ignace Loyola. Néanmoins il eut à se justifier, en i 544, devant la Sorbonne, d'avoir prêché des propositions mal- sonnantes , et la même année son : Instruction et doctrine à se bien confesser et prier Dieu pour ses péchés, fut censurée. D' Argentré, Collectio judiciorum II, I 38, 174.
6. Probablement en i53o. V. Herminjard, II, p. 25o.
sons François I. Livre I. i3
Navarre, Princeffe d'excellent entendement • , & pour lors lufcitée de Dieu, pour rompre autant que faire fe pouvoit, les cruels def- 6 {Q.ins à' Aîitoine du Prat ^ Chancelier de France-, & des autres, incitans le Roy contre ceux qu'ils appelloient hérétiques. Quant à F^re/, après avoir fubfifté tant qu'il peut à Paris, il le retira en Suiffe^, où il a fait depuis un merveilleux fruid, aiant planté le premier l'Eglilede Genève, & plufieurs autres es pays circonvoi- fms. Touchant Riiffi^ il fut auffi lors garanti par la meime Royne de Navarre, & feit auffi depuis quelquel fruid, mais il ne feft jamais pleinement adjoint aux Eglises reformées +.
1. V. sur cette princesse distinguée, l'éloge de Bèze dans ses Icônes (Vrays pourtraicts) , et Génin, ouvr. cité. Née en 1492, également douée sous le rapport de l'esprit et du caractère, elle reçut une éducation soignée, par la sollicitude de Louis XII, son tuteur. On sait combien son frère François I'''' estimait ses conseils et lui était attaché. Il sera encore souvent question d'elle dans ce volume.
2. Ant. Du Prat, d'abord premier président du Parlement de Paris, avait, après la mort de sa femme, embrassé l'état ecclésiastique et avait su, par la faveur de François P'' et de Louise de Savoie, la mère du roi, se faire nommer chancelier de France et cardinal , tout en se faisant généralement mépriser et détester par son caractère et ses actes pendant vingt ans qu'il était à la tête des affaires. Il mourut en i535. L'épitaphe que Th. de Bèze lui composa est connue: Antonio Pratensi, Cancellario Galliarum, inter obesos obesissimo : Amplissimus vir hic iacet. Be^ce Pœniata, p. 94.
3. De même qu'on n'a que des renseignements peu précis sur le séjour de Fareî à Meaux, ce qu'on sait sur le temps qui s'écoula jusqu'à son arrivée à Bâle est tout aussi insuffisant. Notre texte lui fait passer tout ce temps à Paris. La chronique de Froment dit qu'il alla prêcher à Gap {Herminj., Correspond, des Ré/onn., I, p. 180). Cette notice est répétée par Fréd. Span- heim, dans son discours lors de la première fête séculaire de la Réformation à Genève [Geneva restitiita., i635, p. 39): Farellus hac sede eiectus (c'est-à- dire de Meaux) Vapincum redit, lit se civibus suis impenderet et agnitam patriœ veritatem. Cum vero illa nihil prceter odiuni et turbas, familiare sibi malmn, istic loci experiretur, nec Farelli ^elus suoriim civium stuporem et ingratitudineni ferret, Vapinco Basileam concessit. Mais une lettre de Canaye, du i3 juillet 1524 [Herminj., l. c. conf.., p. 240), contient encore la donnée positive, qu'il essaya aussi de prêcher l'évangile en Guyenne, mais que la persécution le força de chercher un refuge à Bàle. Ce ne fut qvi'après une série d'autres pérégrinations qu'il vint pour la première fois à Genève, au commencement d'octobre i532.
4. Roussel jouit encore de la protection de Briçonnet à Meaux jusqu'en i525, où le parlement prit des mesures plus énergiques contre les évangé- liques de Meaux. Le Fèvre, Roussel et quelques autres parvinrent à se sauver
14 Hijioire Ecdejîajtique
Il n'en advint pas de mefme aux brebis qu'aux Pafteurs : ains elles demeurèrent fi fermes qu'il fe peut dire, que la petite troupe de Meaux (compofée la plus part de gens de meflier cardeurs de laines, & drapiers drapans) non feulement a fervy d'exemple d'admirable confiance à toutes les Eglifes de France, mais auffi en a engendré plufieurs, voire des plus grandes au Seigneur. Qui plus eft, elle fe peut vanter d'avoir offert à Dieu comme les prémices des Martyrs, depuis cefle reftauration de l'Evangile en France. Les Le premier Martyr, duquel je parle, fut Jean le Clerc^ lequel
Martx7-s: arrefté prifonnier à Meaux, l'an 1 523, pour avoir attaché certain Clerc. cfcrit au grand temple du lieu, contre quelques pardons, fut très afprement fuftigé par trois divers jours, & finalement fleftri au front; la mère duquel, qui avoit auffi embraffé l'Evangile, non- obftant qu'elle eufl un mary fort adverfaire, voiant fuftiger & fleftrir fon fils, luy donna courage, f'efcriant tout haut & difant, « Vive Jefus Chrift & fes enfeignes » , fans que pas un des ennemis luy meifl la main delfus. Et depuis cela le Clerc eftant allé pre- mièrement à Rozay en Brie, & de là à Metz en Lorraine, travail- lant de fon meftierde cardeur, planta les premiers feps de l'Eglife de Metz ; & finalement l'arroufa de fon fang, un an après, à savoir
Pavannes. l'an 1624 '. Un autre nommé Jaques Pavannes^ du pays de Bou- lonnois, qui avoit auffi eflé attiré à Meaux par l'Evefque, jeune homme, mais letré, & de grande fyncerité, eftant emprifonné, fut tellement perfuadé par Martial^ qu'il feit amende honorable le lendemain de Noël ; de quoy fe repentant puis après avec grans regrets & foufpirs, il fut rempoigné &, comme relaps, bruflé vif à Paris en la place de Grève, l'an 1 525, avec une finguliere confiance-.
L'Hennite Pavannes fut J'iiivf , quelque temps après, par un Jurnommé 7
de Livry. /'Hermite de Livry, qui ejl une bourgade fur le chemin de Meaux, lequel fut brujlé vif au Parvis nojlre Dame, avec une grande cere-
et à se réfugier à Strasbourg. Ils y restèrent jusqu'à ce que Marguerite les rappela, vers le milieu de i526, et leur donna un asile à Blois. Après son mariage avec le roi de Navarre, en 1527, Marguerite attacha Roussel à sa cour comme son confesseur. En i53o, elle lui fit donner l'abbaye de Clairac et en i53b l'éveché d'Ole'ron. Schmidt, Géi-ard Roussel.
i.V. vol. III, p. 43i,comp. Hist. des Martyrs, édit. 1619, f. 92. Notre passage y a été presque littéralement puisé.
2. Hist. des Martyrs., fol. 99.
sons François I. Livre I. 1 5
manie, ejîant fonnée la grojfe cloche du temple nojire Dame à grand branjle^ pour efmouvoir le peuple de toute la ville, difans & affermans les Doéîeurs [qui le voyaient perfeverer avec telle conjiancé) que cejîoit un homme damné qu'on menait au feu d'Eîifer ' .
Ces choies fe failbient du temps de la prison du Roy Français en Efpagne, lequel eftant de retour, & entendant que la dodrine, qu'on appelloit Luthérienne & hérétique, favançoit de plus en plus (ce qu'on luy perfuadoit avoir attiré l'ire de Dieu fur luy et fur le Royaume), ordonna fuivant l'advis d'Antoine du Prat^ Chance- lier, que déformais la cognoilTance de l'accufation des Luthériens feroit attribuée en première inftance aux Juges & Magillrats fecu- liers, à caufe, dilbit le Chancelier, que le crime de blafpheme y eft entremeflé ^ Cela fut caufe que tous les Parlemens commen- cèrent à f efchauffer de plus en plus, & notamment celuy de Paris, . à la folicitation des Dodtms Beda & de Quercu avec leur fuitte; & lors fut auffi bruflé vif, en la ville de Meaux, un nommé Denis de Denis de Rieux, natif dudit lieu de Rieux en Mulcien^ pour avoir dit que ^"''^" la Meife eftoit un vray renoncement de la mort & paillon de Jefus Chrift : ce qu'il mainteint jufques au dernier Ibufpir, eftant exécuté le 3 de juillet i528+.
L'année d'après, à favoir l'an 1529, un gentilhomme du pays d'Artois, nommé Laj's de Berquin^^ homme de grandes letres, & Loys de d'efprit fort libre, s'eftant retiré à Paris, dès lors que ce pa\^s là Berqmn. eftoit encores refpondant à ce Parlement, après avoir longuement fait la guerre à ceux de Sorbonne, & mefme avoir efté délivré de prifon, non oblfant que la Sorbonne le pourfuivift à mort, à caufe
1. Ce récit est littéralement emprunté à YHist. des Mai-t.^ 1. c.
2. V. Mémoires de Condé^ éd. 1743. 4». T. I, p. Sgi : estant ennuyé des longues procédures tenues au procez de Berquin. Comp. Henry Estienne, Apologie d'Hérodote^ Edit. de 1879, ^^1 P- ^o*^ ^•
3. District des environs de Meaux, sur la rive droite de la Marne.
4. Hist. des Mart.^ fol. 102.
5. V. sur Berquin^ outre les livres indiqués dans la France prot.^ éd. Bor- dier, T. Il, 434, surtout les Lettres d'Erasme^ éd. Le Clerc, n»* 940, 1188, 1206 et autres. Be^ce, Icônes (Vrays pourtraids). D'Argentré, Collectio
jiidicior. II , p. 1 1 s. Biilœus, Hist. Univers. Parisiens. T. VI, f. 190, 217. Histor. Eccles. sœculi XVI. a Joh. Fechtio édita.., p. 874. Baum, Origines Evang. in Gallia restaiir., II, p. 67.
i6 Hijtoire Ecclefiajiiqiœ
de certains articles extraits de quelques fiens livres, finalement eflant accufé derechef par eux, fut condamné à fe defdire voiant bruller fes livres, & à tenir prifon perpétuelle, refervé le bon plaifir du Roy : à quoy n'aiant voulu obéir, quelques remonftrances que luy feiifent fes amys, il fut par autre Arrell condamné à eftre pendu & eftranglé, & puis brullé. Ce qu'il fouftrit en la place Maubert avec telle confiance, que le Docteur Merlin^ alors Péni- tencier de Paris, qui l'avoit conduit au fupplice, fut contraint de dire tout haut devant le peuple après fa mort, au grand regret de fes accufateurs et juges, qu'il y avoit peut eftre plus de cent ans, qu'homme n'eftoit mort meilleur Chreftien que Berquin. La nuid fuivante (qui fut la veille de fainct Martin) les bleds gelèrent en France, dont f'enfuivit famine & pefte en plufieurs endroits '. Nonnay Tandis que Satan jouait fes tragédies à Paris, Dieu besongnoit «?« quaji par tout le Royaume^ vérifiant ce qui a efté trefbien dit par ivive-,. ^^ ancien, à favoir que le fang des Martyrs fert comme de fumier à la vigne du Seigneur, pour la faire tant plus fructifier. Cela advint entre les autres villes, à celle de Nonnay , en Vivare'^, du Gouvernement de Languedoc , & de V Arcei>efché de Vienne. Une Juperfîition^ entre autres^ regnoit alors en cejîe ville là, digne d'e^ftre ramentue, pour monjlrer à la pojterité combien a de crédit la vanité en l'efprit de l'homme : & comme d'autre cojié la mi/ericorde de Dieu abonde principalement où le péché a le plus abondé. Il faut donq entendre, qu'il y avoit en cefte ville de Nonnay ~ ujieChaJJé appel lée communément «les Saincies vertus »\: estimant le peuple qu'elle fufi pleine de certaines treffainâes Reliques, que nul ne voioit jamais, pource que la Chaffe eftoit jufpendue ordinairement jufques aux voufies du temple, & don-
1. La date du lo novembre, indiquée dans le texte comme jour du martyre de Berquin, répétée aussi dans les Icônes de Bèze, d'après le Livre des Mar- tyrs de Crespin, 1619, fol. io3 verso., est sans doute inexacte. Erasme, dans sa lettre à Utenhove du i""'' juill. 1529 (n" 1206), donne le 22 avril, mais dans sa lettre à Wilib. Pirkheimer, du 9 mai 1629, où il donne la nouvelle comme toute fraîche, il désigne le 17 avril, d'accord avec le Journal d'un bourgeois de Paris^ p. 383 (comp. la pièce communiquée par Génin, Lettres de Mar- guerite, p. 219; la pièce de vers qu'il ajoute, donne, il est vrai, le 24 avrill, et c'est ce jour qui est sans doute exact (v. Herminj., II, i83).
2. Annonay, dép. Ardèche, cant. Tournon. Tout ce passage est emprunté littéralement de VHist. des Martyrs de Crespin., 1619, fol. 102 b.
sons François I. Livre I. i y
noient à entendre les Prestres, que quelqu'un aiant voulu une
fois regarder dedans, ejîoit devenu perclus & aveugle. Mais le
jour de l'AJcenfion cejte Chajfe ejîoit defcendue , & portée avec
grandes cérémonies & Juytte d'hommes , femmes & en fans , y
accourans de toutes parts en chemife, tejte nue et pieds nuds,
f'ejiimans bien-heureux ceux qui en pouvoient approcher pour la
baifer, ou pajfer par dejjous. Qui plus eft, un temps fut, que
pajfant cejîe Chajfe par le Chajteau, tous prijonniers ejloient
délivrés de quelque crime qu'ils fujjent attaints , excepté ceux
qu'on appelloit Luthériens. Eftant donc ceJte povre ville plongée
en telles ténèbres, Dieu y envoya, l'an i528, un certain Dotteur
en Théologie, Cordelier, qui avoit pris la peine d'ouir Martin
Luther en perjonne, au pays de Saxe, nommé Eftienne Macho- MachopoHs.
polis, lequel commença de prejcher librement en public & en
chambre contre cejl abus ,& plufieur s autres Juperftitions, qui Je
dejcouvroient de Jour en Jour. A cejîui-ci (qui fut tantojt
contraint de defloger) fucceda un autre du mejme ordre, nommé
Eftienne Renier, qui feit encores mieux : à raifon de quoy efant Estienne
emprijonné, il perjever a Jusqu'à la fin , Jeellant la vérité de Jon ^nartyr
propre Jang à Vienne, oit il fut brufié vif, avec une finguliere
confiance. Apres luy continua le maifire des EJcoles du lieu,
nommé Jonas, homme de grande érudition & pieté lequel aiant
fait en prijon bonne & entière confefjîon, en fut retiré par le
moien de quelques amis: Dequoy efiant irrité l'ArceveJque feit
Jaifir & conduire à J^ienne environ vingt-cinq perjonnes , oh
quelques uns moururent de langueur & mauvais traittement,
efians les autres finalement delivi^és par une manière de grâce
en paiant certaines amendes.
En cefte mefme faifon Dieu commença de faire retentir fa voix Commence-
à Orléans, Bourses & Tholofe, trois villes aians Univerfité, & des ^''-'J^ '^^ ^'^ T- 1 • r • r Reforme a
prmcipales de rrance : de lorte que ce furent trois fontaines, dont Orléans.
les eaus regorgèrent par tout le Royaume. Quant à Orléans ' (où
lors eftoit Dodeur Régent en droit CïyW Pierre de l'EfioUle^ avec
un trefgrand auditoire, pour eftre eftimé le plus aigu Jurifconfulte
de tous les Docteurs de France), il y avoit bien defia quelques per-
1. L'Université d'Orléans possédait le privilège d'enseigner seule le droit civil. Pierre Taisan de l'Estoile (f iSSy) y enseignait depuis i5i2. En i532 il fut nommé conseiller au Parlement de Paris.
Bourges. André
i8 Hijîoire Ecclejîajtiqiie
fonnages aians cognoiffance de la vérité, comme entre autres
François François Daniel^ advocat ' , & Nicolas Du Chemin - tenant efcoliers
Daniel et ^^ penfîon. Mais cela & rien eftoit tout un, julques à ce que Jean
Chemin. Calvin'^ ^ natif de Noyon en Picardie, bien jeune homme encores
Jean Calvin. (^^ favoir d'environ vingt-trois ans), mais choifi dès lors pour eftre
inftrument d'ellite en l'œuvre du Seigneur, eftant arrivée Orléans
pour eftudier en Droit, receut cefte grâce de Dieu qu'il employa
fcs meilleures heures à l'eftude de Théologie, en laquelle il profita
de telle forte en peu de temps, qu'eflant la fcience conjointe avec
fon zèle, il advança merveilleufement le Royaume de Dieu en plu-
fieurs familles, enfeignant la vérité non point avec un langage
affetté, dont il a toufiours eflé ennemy, mais avec telle profondeur
de favoir, & telle & fi folide gravité en fon langage, qu'il n'y avoit
dès lors homme l'efcoutant, qu'il n'en fufl ravi en admiration.
Au mefme temps eftoit aufli Dodeur Régent en l'Univerfité de
Âicïat. Bourges André Alciat ^ Milanois^, eftimé le plus docte & éloquent
i. François Daniel, natif d'Orléans, avait étudié à Bourges, sous Alciat ; s'étant lié d'amitié avec Calvin, il l'introduisit dans sa famille et la plupart des lettres qui ont été conservées du temps de la jeunesse du réformateur sont adressées à lui. Le cardinal Odet Coligny de Châtillon lui accorda sa confiance.
2. Nie. Diichemin., disciple et admirateur fervent de P. de l'Estoile, en faveur duquel il publia, en i53i, une Apologie pour repousser les attaques qu'un partisan d' Alciat avait dirigées contre lui. Calvin, qui s'était aussi inti- mement attaché à lui et qui appréciait également ses connaissances et son caractère, soigna la publication de cette dissertation, lors de son séjour à Paris. Il n'existe plus qu'une seule des lettres qu'ils échangèrent.
3. La date qui résulte des 23 ans de Calvin (né le lo juillet iSog) ne peut pas être exacte. Elle ne s'accorde pas avec celle que Bèze {Vita Calv. 0pp. Calv.., XXI, p. 122) indique, en disant qu'il fut rappelé de Bourges à Noyon par la mort de son père (26 mai i53i) et que: Inde paulo post Lutetiam transiens qinim anmnn ageret 24 egregiiim illum commentarium scripsit in Senecce lib. de Clementia. Il signa la préface de cet écrit : Pai-isiis pridie nonas apriles (4 avr.) i532. Il était donc alors seulement dans sa 23™<^ année. Aussi il ne peut pas être allé à Bourges pour suivre les cours d' Alciat avant le printemps i52g, puisque le célèbre professeur n'y commença à enseigner qu'en avril 1529. Calvin doit être venu à Orléans vers la fin de 1527 ou au commencement de i528 au plus tard, alors qu'il avait 18 à 19 ans.
4. Alciat, né à Milan, en 1492, fut appelé, après avoir enseigné avec le plus grand succès à Avignon, par François I'"' à Bourges, en 1529, d'où il alla cinq ans plus tard à Pavie, à Bologne et à Ferrare. Il mourut à Pavie en i55o.
sous François I. Livre I. lo
Jurifconfulte de fon temps, de forte que de toutes parts on
accouroit pour l'ouir. Cela fut caufe que Cahnii auffi y arriva • ,
y trouvant quelques perfonnages defia inftruits en la vérité, entre
lefquels y avoit quelques Moines, Dodeurs en Théologie, à favoir
un nommé Jean Chaponneair- ^ moine de l'Abbaye de faind Jean
Ambroife , & Jean Michel, de l'ordre faind Michel •' , prefchans alfez C^haponneau
ru ^ 1 11 r,^ ^ -, ■ Jean Michel.
librement pour le temps. Alors aulli refidoit à Bourges un Alle-
mant nommé Melchior Wolmar'^, homme de grandes letres , Melchior
lequel eftant venu de Paris à Orléans, avoit efté finalement choify ^^^olmar.
1. Calvin doit avoir séjourné à Bourges de 1529 à i53o (v. page précédente).
2 . Calvin raconte lui-même qu'il apprit à connaître Chaponneau (Capunculus) lors de son séjour à Bourges, mais il n'y reçut pas une impression favorable ni de son caractère remuant, ni de son savoir [Calv. ministris Neocomensibiis, 28 mai 1543. Opéra, XI, SSg). Il est à douter, d'après la manière dont il parle de ce temps, qu'alors déjcà Chaponneau ait montré des tendances évangéliques dans sa prédication. Il osa même attaquer Alciat, quand celui-ci eût parlé avec dédain des théologiens de Louvain et de leur scolastique. Notre Histoire, du reste, fixe l'époque où Chaponneau commença à accueillir les idées de réforme, à l'an i533 environ (v. p. 56). Il s'intéressa aussi à la poésie et prêta la main à l'arrangement d'un mystère des Actes des Apôtres., pour le faire représenter à Bourges, i536 (v. Em. Picot, Notice sur Jehan Chaponneau, metteur en scène du mistère des Actes d. Ap.^ Par. 1879). Il ne doit pas avoir quitté longtemps après l'ordre des Augustins. En i538, il était déjà pasteur à Neuchâtel, où plus tard il se brouilla aussi pour quelque temps avec Calvin sur des questions de théologie. II mourut le 22 oct. 1545. [Calv. 0pp., XII, 2o3.)
3. Le bénédictin Jean Michel aussi ne commença à prêcher la vérité qu'en i533 (v. p. 56 s.) ou en i534, d'après Crespin., f. 194, c'est-à-dire après que Calvin eût quitté Bourges. Après avoir plus tard visité les Eglises de la Suisse, où il s'affermit dans la foi évangélique, de retour en Berri, il fut arrêté et conduit à Paris, où il souffrit le martyre. Crespin, 161 9, f 194 b. et notre if. Eccl.., 59, comp. 19.
4. Th. de Bè^e avait été un de ces jeunes gens qui, admis dans la maison de M. Wolmar, i528, profitèrent de sa direction et de son enseignement, à Orléans dès 1 528 et ensuite à Bourges [Icônes). Wolmar, né à Rothweil en 1496, reçut son instruction chez son oncle à Berne, il y fut lui-même ensuite placé à la tête d'une école latine, i5i5,de même qu'à Fribourg, en Suisse. En i52i,ilalla étudier à Paris sous Glareanus et sous Nicolas Berauld. Vers 1527, il alla fonder un pensionnat à Orléans, qu'il transféra à Bourges, quand il y fut appelé comme professeur. En i535, le duc Ulric de Wurtem- berg l'appela à Tubingue, où il enseigna le Grec et le Droit civil. Il mourut à Isny en i56i. {Herminj., II, 280.)
20 Hijîoire Ecclejîaftique
par la Royne de Navarre & Duchelle de Berry, pour enfeigner les letres Grecques & Latines en fa ville : Ce qu'il faifoit avec fingu- liere dextérité, aiant auffi en charge quelque petit nombre de jeunes enfans de maifon qu'il enfeignoit tref heureusement, non feulement&en toutes les bonnes difciplines, mais auffi en la pieté, autant que le temps le pouvoit porter. Calvin ' donques conféra avec luy, & à fa folicitation fadonna à la congnoilfance de la langue Grecque : ce qui lu}^ a fervi depuis trefgrandement, & par confequent à toute TEglife de Dieu: auquel melme temps non feulement il fortifia le petit nombre des fidèles, qui efloient en la ville, mais auffi feit plufieurs fermons dehors, en quelques Chaf- teaux& Bourgades, où il estoit appelé, & nommément à Ligneres, eflant receu & ouy trefvolontiers du feigneur & de la dame du lieu. Thnlose. Quant à la ville de Tholofe, il y a toufiours eu deux choies qui l'ont rendue célèbre, à favoir le train de la marchandife, & l'eflude du Droicl ; mais le Parlement qui y eft, a toufiours eflé taxé d'eflre fanguinaire , & l'Univerfité d'autre coflé d'avoir efté long temps fans le foucier beaucoup de l'eftude des langues ny des bonnes letres; & en gênerai, toute la ville d'eftre fort fuperftitieufe , comme elle eft pleine auffi de reliques & autres inftruments d'ido- lâtrie : tellement que c'eftoit allez pour eftre condamné hérétique, de n'avoir point ofté le bonnet devant une Image, ou de n'avoir flefchy le genouil, fonnant la cloche qu'on appelle l'Ave Maria, ou d'avoir tafté un feul morceau de chair en un jour défendu. Et n'y u avoit homme prenant plaifir es langues, ny bonnes letres, qui ne fufl: elpié, & foupçonné d'herefie. La venue de ce grand perfonnage de l'Escale. Jules Cefar de l'Efcalle-^ ilfu de l'illuftre & ancienne maifon de
1 . Calvin^ tout comme Bè^e^ aima toujours reconnaître l'impulsion qu'il avait reçue de Wolmar pour ses études , surtout du Grec, v. sa dédicace de son Comment, de la deuxième ép. aux Corinthiens et ses lettres {0pp. ^ XII, 364; XIII, 4o3 et passïjn.). A Bourges, dans la maison de Wolmar, Bèze dut pour la première fois avoir l'occasion de voir son futur ami et collègue, âgé de dix ans de plus que lui. De là aussi il devait être à même de connaître ces détails des commencements de Calvin dans son activité religieuse. Baum, Beja, I, p. 11. Kampschiilte, Calvin., I, 2'ii.
2. Jules César Scaliger., né en 1484, après la carrière des armes, sous Maximilien I'^'' et sous François I<"', embrassa l'étude de la médecine et des classiques ; ses merveilleuses capacités, pour lesquelles il fut néanmoins encore surpassé par son fils Joseph, le poussèrent à prétendre à la première
sons François T. Livre I. 2 1
l'Efcalle (qui a long temps dominé à Vérone, Vincence & autres villes faifies depuis par les Vénitiens, & lequel aiant perdu toute efperance de recouvrer les biens de fes anceftres, f eftoit en ce temps là retiré avec Marc Antoine de la Romée, Italien & Evefque du lieu, en la ville d'Agen), fervit merveilleufement à refveiller les bons efpritsdupays, aiant véritablement ce perfonnage rendu la mailbn encores plus illuftre par l'excellence de Ion lavoir, qu'elle ne fut jamais durant les anceftres par Tadrelïe & grans exploits des armes. Avec Teftude des bonnes letres entra aulFi la cognoiffance de la vérité : telmoing entre tous autres un nommé Jean de Caturce ' , Jean de natif de Limon x , & licentier en Droid, chargé de denx poinâs , ^'^^"'"^^■ le premier d'avoir fait qnelqne exhortation Luthérienne , comme ils difoient, en la ville de Limoux , nn Jour de Toujfainds; l'antre, d'avoir une veille des Roy s fait en forte en une compagnie , qu'au lieu de crier « le Roj boit », on avait dit « Chrijt règne en nos cœurs », & qu'au lieu des danfes & dijfolutions accouftumées en ce jour là, on avoit propofé après fouper quelque chofe de la fainde EJcriture. Ce^ftui ci eftant emprifonné monjlra bien que Ja langue n'ejîoit pourtant prifonniere , refpondant pertinemment & avec grande véhémence à tout ce qu'on luy demanda. Ce neantmoins il avoit des amis , qui ta/cher eut de le faire fortir en fe retraâant feulement de trois poinds, en une leçon publique qu'il feroit aux Efcoles. Ce que n aiant voulu accepter , il récent fentence de mort, après avoir ejîé dégradé premièrement de la tonfure Clé- ricale, puis après du degré de Licence. Cela dura près de trois heures, durant lef quelles il eut tout loijir de défendre fa caufe, & d'inftruire la multitude des ajfiftans en tref grand nombre, en la place faind EJliene. Il advint en cefte dégradation un cas tref- notable, c'eft qu'un certain Jacopin qui devoit faire le sermon à la manière accoujiumée , print fon thème fur ces mots de l'ApoJire, de la première à Timothée quatriefme chapitre, (d'Efprit dit 12 notamment qu'es derniers temps quelques uns fe révolteront de la Fof , f ami fans aux efprits abifeurs, & aux Dodrines des
place dans le monde savant et à s'attaquer à Erasme et à Cardan. Il mourut à Agen en i558; v. sa biographie par son fils, /. C. Scaligeri Vita. Lngd. Bat. 1594. 4". De Thou, Hist.., e'd. de Bâle, II, 622.
I. Ce récit est le résumé, souvent littéral, de celui de Crespin, f. loG a. (Comp. Be^œ Icônes.)
22 Hijîoire Ecclejîajîiqiie
Diables»; & coiippa là fon texte fans pajfer outre. Ce qu'enten- dant Caturce cria tout haut, Suive^, fuire^ au texte; à laquelle poix le Jacopin demeura muet , & du tout ejîonné. Caturce adjoujîa, Si vous ne voule:{ achever^ je le feray ; & quant & quant pour fuivit , adjoujîant ces mots de l'ApoJlre, « enfeignans menfonge en hjpocrijie, aians leur confcience cauterifée, defen- dans de Je marier , & commandans de f'ahjîenir des viandes que Dieu a créées pour en ufer avec aéîion de grâces, aux Jideles & à ceux qui ont cogneu la vérité », le/quelles paroles il expo/a tout au long aux auditeurs. De là ejiant mené aux Palais, oii il receut fon Arrejl de mort, il dit ces mots en Latin tout haute- meîit, en fortant pour ejîre mené au fupplice , « o Palais d'ini- quité, & fiege d'injujiice»! Et ainji fouffrit la mort, ejiant bru fié vif, avec une admirable confiance jufques au dernier foufpir, au commencement du mois de Juin i532.
Alors faifoit quelque profellion de l'Evangile celuy qu'on nom- moit le Protenotaire d'A}vnignac\ favorifé pour cefte caufe & pour quelque favoir qu'il avoit, par la Royne de Navarre qui luy feit avoir rEvefché de Rhodez, eftant devenu depuis des grans Cardinaux, & plus capitaux ennemis de l'Evangile. Alors auffi efioit à Tholofe^ & prefchoit à la Dorade ~^ im Cordelier nommé De Nuptiis. de Nuptiis, favorifé auffi de la mefne Rojne, qui le feit fauver en fa inlle de Bourges, efiant recherché à Tholofe par le Parle- ment, & depuis ne feit rien qui vaille; comme feit encores pis beaucoup cefi enragé Capliard nominé Melchior Flavin, alors fugitif auffi, et compagnon de de Nuptiis, combien qu'il fufi beaucoup plus jeune d'aage. Quelques années après ceux-là, vint Mardi, aufjl un Cordelier nommé Marcii, qui feit merveilles de pre-
1 . C'était Georges d'Armagnac, fils de Pierre Bâtard d'Armagnac. Il était parent de la reine de Navarre, Jeanne d'Albret. V. leur correspondance de i563, Mém. de Condé., IV, 594 ss. Jeanne lui écrit entre autres : «Quand vous dites, que nous laissons l'ancienne doctrine pour suivre les apostats, prenez-vous par le nez, vous qui avez renoncé et rejeté le saint lait dont feue Roine, ma mère (Marguerite), vous avoit nourri avant que les honneurs de Rome vous eussent oppilé les veines de l'entendement. » Il fut créé cardinal en i544, ^t mourut en i585. V. De Thon, Hist.., VI, 543 s.
2. Ce passage est emprunté à Crespin, 1619, f. 106 t».
3. A l'église de la Daurade se trouve une statue de la Vierge, noire, et attri- buée par le peuple à St-Luc.
sous François I. Livre 1. 23
/cher à Caftres d'Albigeois, & en Ronergue ; & depuis fui 7nené prifonnier à Tholofe , ou il feella heureufenient de fon fang la doârine de vérité qu'il avoit annoncée.
L'an luivant, à lavoir i533, fut entre autres bruilé à Paris un i533. Chirurgien, natif de Manton près d'AnilTy en Savoye, nommé Jeaîi P'^f'is- i3 Pointet\ décelé & accule par certains Preflres, aufquels ainfi qu'il Pointet. les guairiffoit de la grolfe veroUe, il avoit remonflré que c'eftoit le fruid de leur malheureux Célibat. Il fut donques emprilbnné, & perfiftant en fa pure confeffion, condamné par Arreft de Parlement premièrement à eftre eftranglé , & puis bruilé ; & depuis encores, pource qu'il ne feftoit voulu confelfer, ny agenouiller devant une Image eftant en la chapelle de la Conciergerie, où l'on met les criminels, condamné d'abondant à avoir la langue couppée, & cas advenant qu'il ne le defdit, à eftre bruilé vif: ce qu'il endura en trefgrande conftance.
En ces entrefaites, Marguerite^ Royne de Navarre, leur unique Marguerite du Roy François, failbit tout ce qu'elle pouvoit pour adoucir le ^^ ^'^^'■^^'^^'''^■ Roy fon frère , en quo}^ elle ne perdoit du tout les peines, fe fer- vant de Guillaume Parvi^ Docteur de Sorbonne, Evefque de - Senlis, & confelleur du Roy-; lequel pour la gratifier, & non pour vra}' zèle, qu'il euft à la Religion, feit imprimer les heures en François -% après avoir rogné une partie de ce qui eftoit le plus luperftitieux. Apres cefte impreftîon, elle mefme mift en lumière un traidté de fon ouvrage en ryme Françoife, intitulé le Miroir de l'ame pecherejfe^ ^ où il y avoit plufieurs traits non accouftumez
1. Extrait de Crespin, f. 107b.
2. Guillaume Petit (ou Parvi), normand, dominicain, inquisiteur de la foi, confesseur du roi, depuis i5i8 évêque de Troyes, depuis i528évêquede Senlis, mourut en i 536. Ami de Budé et d'Erasme (v. les lettres de ce dernier, de i5i6). Grand amateur de livres. Il publia un nombre de chroniques, les oeuvres d'Origène, etc., il écrivit aussi entre autres écrits ascétiques «La formation de l'homme et son excellence et ce qu'il doibt accomplir pour avoir paradis^!» Paris 040, 8", où l'on trouve des poésies en l'honneur de la Vierge. Il montra son esprit de tolérance dans la cause de Le Fèvre d'Etaples.
3. Heures de la i-oyne Marguerite. Paris i533. C'était surtout un nombre de prières, adressées à la Vierge et aux saints, qu'elle en avait fait éliminer.
4. Il avait déjà paru sans opposition en i53i : uLe miroir de l'ame péche- resse auquel elle recongnoist ses faultes et peche^, aussi ses grâces et béné- fices à elle faite^ par Jesuchrist son espoux.» Alençon, chez maistre Simon
du Bois, i53i, 4". Une nouvelle édition, corrigée et augmentée par Margue- I. ' 3 '
24 Hijioire Ecclejîajîiqiie
en l'Eglife Romaine, n y eftant fait mention aucune de Saincts ny de Sainctes, ny de Mérites, ny d'autre Purgatoire que le fang de Jefus Chrift, & mefme la prière ordinairement appellée le Salve Regina^ y eftoit appliquée en François à la perfonne de Jefus Chrift. Ces chofes irritèrent extrêmement la Sorbonne, & notam- ment Beda & autres de fon humeur , de forte qu'ils ne fe pou- voient tenir de luy bailler des atteintes en leurs fermons. Et notamment fut jouée au Collège de Navarre une Comédie, en laquelle on la tranfformoit en Furie d'Enfer'; qui plus eft, ils condamnèrent fon livre ; dequoy feftant plainte au Roy fon frère, quelques uns des joueurs de cefte Comédie furent emprifonnés ;& voulant favoir le Roy fur quelles raifons eftoit fondée la condam- nation de ce livre, l'Univerlité de laquelle pour lors eftoit Recteur
Nicolas Cop. un nommé A^/co/<^5 Co/7 -, defadvoua exprelfement la cenfure de Sorbonne, ce qui ne rabattit aucunement la furie de nos Maiftres, & fortitia grandement le petit nombre des fidèles. Pour lors auiîi 14
Jean Calvin. Jean Calvin^ au retour de les eftudes de Droict^, fe trouva dedans
rite elle-même, parut à Paris en i333, chez Antoine Augereau, 8", sans nom d'auteur et sans qu'on eût demandé l'autorisation de la faculté {Schmidt, Géi'ard Roussel., p. 96). C'est un poème religieux dont le sujet consiste essentiellement dans l'expression du sentiment du péché et de l'espérance en Christ ; ne présentant d'ailleurs aucun trait particulièrement saillant ou caractéristique, tout en respirant une piété profonde.
1 . C'était plutôt l'aumônier de la reine, Gérard Roussel, qui était représenté comme Mégère, poussant Marguerite à se laisser aller à des actes de tyrannie et de persécution. Cette comédie fut représentée le i<"'' octobre i533, comme le rapporte Calvin dans une lettre qu'il écrivit comme témoin même de ces faits: Calvini Opéra., X, Part. II, p. 27. Herniinjard, Correspond, des Réfor- mateurs, III, p. 106. Comp. une lettre de Jean Sturm à Bucer de la même époque. Schmidt, Gér. Roussel^ p. 217.
2. Nicolas Cop., fils de Guillaume Cop de Bàle, premier médecin du roi et ami d'Erasme. Il venait d'être élu recteur de l'université sur ces entrefaites, le 10 octobre. La lettre citée de Calvin, son ami, donne un récit circonstancié de tout ces événements.
3. Voy. p. 9. La mort de son père (26 mai i53i) vint interrompre les études de Calvin à Bourges et le décida à quitter la jurisprudence (v. la dédicace du Commentaire de la 11^ aux Corinth. Be^a^ Vita Calvini, p. i23, et Colladon. Vie de Calvin, 0pp. Calv. XXI, p. 56). Bientôt après, il se rendit à Paris, où il entra au collège de Fortet. Les lettres de cette époque montrent qu'il pro- longea son séjour à Paris jusqu'en i533, s'y occupant surtout d'études clas- siques, comme le prouve la publication de son commentaire du traité de Sénèque de Clenientia, en i532.
sous François I. Livre I. 2 5
Paris, où il accreut grandement l'œuvre du Seigneur non feule- ment enfeignant la vérité • , mais auiïi s'oppoffant aux hérétiques , que le Diable fefforçoit dès lors de fourrer en l'Eglife, à favoir à ce malheureux monftre Michel Servet. niant, entre autres blaf- ^^^^^^^^ phemes, la fainéle Trinité, & l'Eternité du Fils de Dieu; lequel Serj^et aiant accordé de difputer avec Calvin^ à certain jour & heure, n'y ofa toutefois comparoir 2. C'eft lors auffi qu'il rembarra premièrement les Libertins^ ^ efquels de noflre temps feft renou- ui^ertins vellée l'abominable Sed:e des Carpocratiens, oftans toute différence entre bien & mal. Advint en ce mefme temps4, qu'eftant la couf- tume de l'Univerfité de Paris de f'affembler à la Touflfaincls au Temple des Mathurins , & d'ouir haranguer le Recleur : Cop duquel nous avons parlé, prononça une oraifon, qui luy avoit efté baftie par Calvin d'une façon tout autre que la couftume n'eftoit-\ Cela eftant raporté au Parlement, le Redeur y fut appelle en intention de le retenir, & furent auffi envoyés des fergens au Collège de
1 . L'époque décisive de la conversion de Calvin paraît devoir être assignée à l'année i532. Il dit dans sa Préface au Comment, sur les Psaumes : «Dieu par une conversion subite donta et rangea à docilité mon cœur. . . . Ayant doncques receu quelque goust et cognoissance de la vraye pieté, je fus incon- tinent enflambé d'un si grand désir de proufiter, qu'encores que ie ne quittasse pas du tout les autres estudes, ie m'y employoye toutesfois plus laschement. Or, ie fus tout esbahy que devant que l'an passast., tous ceux qui avoyent quelque désir de la pure doctrine, se rangeoyent à moy pour apprendre, combien ie ne feisse quasi que commencer moy mesme. «
2. C'est par erreur que ce fait est rapporté ici comme ayant eu lieu en i 533. Servet, il est vrai, se trouvait alors à Paris. Mais Calvin lui-même raconte qu'il fut prêt à accorder cette entrevue au danger de sa vie {Refutatio errorum Serveti. 0pp. VIII, p. 460, comp. p. 481, note i), ce qui ne peut se rapporter qu'à i534, quand il revint clandestinement à Paris avant de quitter la France. Aussi Bèje, Vita Calv. et Colladon assignent-ils le fait à l'an i534. Calvin, du reste, se trompe aussi en disant : ante annos se.vdecim., ce qui indiquerait l'an i538, où il était déjà à Genève.
3. C'étaient les Libertins Quintin et Bertrand des Moulins., en i 534. Calvin., Contre la secte des Libertins (0pp.., VII, p. 160, comp. ib. Prolegom. p. XX).
4. Le i"'' novembre i533. Ce fait se rattache étroitement aux événements rapportés plus haut. Nie. Cop venait d'être élu recteur, v. Bucerus Blaurero, 18 jan. 1534. (Schmidt., Gér. Roussel^ p. 221.) Beja, Vita Calv.., p. i23. Colladon., Vie de Calv.., p. 5j.
5. V. ce discours Calv. 0pp.., IX, p. 873; X, p. 3o. La première partie existe encore écrite de la main de Calvin.
26 H{fto{re Ecclejîqftique
Forteret ' , où Calvin demeuroit pour lors. Mais les advertiffemens de quelques amis garentirent l'un & l'autre. Cop fut contraint par ce moien de le retirer à Bafle^, & Calvin en Xaintonge-% où il ne fut oifif, attendant que la furie eflant palfée, il peufl: fe retirer à Paris : comme il feit auffi l'année fuivante, après avoir conféré à Nerac avec le honhoruraç. Jaques Fabri ^ que la Roynede Navarre y entretint en feurté jufques à la mort d'iceluy, qui advint l'an "15374.
Cependant la Royne de Navarre pourfuivant fa pointe, avoit fi bien fait que Paris eftoit garni de trois excellens prefcheurs, annon- çans la vérité un peu plus hardiment qu'on n'avoit accouftumé,
G. Roussel, à favoir Girard Riiffi -, Dodeur de Sorbonne% duquel nous avons
parlé cy dellus, & deux Moines de l'ordre des Auguftins, l'un
Bertault nommé Berlanlt^ & l'autre CoHraiilt'\ Mais cela ne dura gueres,
etCourault. ^[.^^^ ^^j-,^. £.^j|. ^^^^^ j^^ Sorbonne (& notamment le Docleur Beda ^ & un autre nommé Picard^ Parifien 7, jeune pour lors, mais d'un efprit tempeftatif, fil y en eut jamais, & qui depuis a efté tenu
1. Ou Fortet, rue des 7 Voyes, aux environs de Ste-Geneviève, v. A. Fran- klin, Etude sur le plan de Paris de 1S40., p. 106.
2. Bulceiis, Hist. universitatis Parisiens. W., 239. Crevier, Hist. de l'unir, de Paris, V, 275.
3. Be^a., Vita Calv.., a. i533, p. i23. Colladon, Vie de Calv.^ p. 56.
4. Ibid. L'anne'e i 537, indiquée ici, est ordinairement désignée comme écant celle de la mort de Le Fèvre d'Etaple. Il paraît cependant prouvé par une pièce de vers d'Etienne Dolet (De Eclipsi solis qiiœ anno a Virgine gravida i536 accidit quo Erasmus Roterodamus et Faber Stapulensis e vita excesse- runt. Ad. Merlinuni Sangelasium)., imprimée déjà en i538 {Stephani Doleti Gain Aurellii Carmininn libri quatuor. Lugd. a. 1538,4", p. i 56), qu'elle eut lieu en i536; v. A'. H. Graf, Jac. Faber Stapulensis: Zeitschrift fur die hist. Théologie., i852, p. 209.
5. Jean Sturm, dans une lettre écrite à l'évêque de Valence, Jean de Montluc, rapporte que Gérard Roussel prêchait déjà dès i533 et i534 les doctrines évangéliques à Paris : No\'i te anno trigesimo tertio et quarto, quo tempore Gerardus Ru/us Lutetiœ in aula concionabatur et tanietsi vox tua inter- quievit aliquot annis, tanien tum sonuit veritatem Domini. Msc. des Arch. de St-Thomas à Strasbourg. Comp. Sturm à Bucer, 23 août i533. Schmidt. Gér. Roussel, p. 21 3.
6. Courault prêchait dans l'église de Saint-Sauveur. Schmidt, p. 93.
7. François le Picart., « Licentiandus Theologus». Bulœus, H. Univ. Par. Schmidt., Roussel, p. 86.
sous François I. Livre I. 27
pour un des principaux pilliers de TEglife Romaine) que la chaire i5 leur fut interdite. Voyans cela ils convertirent leur prédication en leçons particulières K Ce que les Docteurs ne pouvans aucune- ment fouffrir, eurent fi grand crédit que Ruffi ////" mis prifonnier & Gourault détenu cJiCy l'Evefque de Paris-. Car quand à Ber- /^<2z///^, il le lauva quant au corps, & depuis le perdit quant à l'ame, eftant mort Apoftat &: Chanoine en l'Egliie de Belançon. L'iffue toutesfois du procès des deux prilbnniers fut toute autre que les Dodeurs n'attendoient, lefquels par leurs fermons turbulens irritèrent tellement le Ro3s que Beda par un jufte jugement plus tofl de Dieu que des hommes, fut confiné au mont fainct Michel , où il eil mort + , & Piccart chaffé de Paris pour quelque temps ; eftans délivrez les deux prilbnniers, avec defenfe toutesfois de prefcher ny de lire -\ Ruffi donc fut retiré par la Royne de Navarre, & fabatardit peu à peu, ne faifant confcience d'accepter TAbbaie de Clerac, & finalement l'Evefché d'Oleron*'. Mais Courault au contraire, fuivant l'exemple de Guillaume Farel^ fe retira es quar- tiers de Suille & de Savoie, où il eft mort depuis, eftant Miniftre de l'Eglife de Genève, & illuminant les âmes, combien qu'il fuft devenu aveugle quant au corps 7. L'ilTue de ceft affaire aiant ainfi
1 . Crespin, ï. ni.
2. Ibid.
3. Couraud et Bertaut subirent la censure de la Sorbonne le 26 nov. D'Argentré . Collectio iudicior. t. I, Index., p. VI, t. II, p. 102.
4. L'exil de Beda eut déjà lieu au mois de mai. Stiinn. Biicero., 2 3 août i 533 (Schmidt, Roussel, p. 21 3) : Beda septimo Kal. Jiinias ctim duobus siii ordinis theologis in exiliimi coactus est proficisci.
5. Biila'us, Hist. Univers. Paris.., VI, 247. Myconiiis Bnllingero. 8 avril 1534. Herjuinjard, III, iGo.
6. La reine Marguerite lui avait fait donner l'abbaye de Clairac dès i53o {Schmidt, p. 79), la nomination à l'évêché d'Oléron paraît avoir eu lieu en i536 (ibid., p. 11 3). A cette occasion, Calvin lui adressa la deuxième de ses Épîtres : De rébus hoc sœculo cognitu apprime necessariis. V. 0pp. Calv.., V, p. 279. Proleg., p. XXXIX.
7. Bè:;e, dans sa première esquisse de la vie de Calvin (1564), dit de cet Elie Courauld : « bon personnage . . . aveugle des yeux corporels, mais clair- voyant des yeux de l'esprit, lequel Calvin avoit attiré (à Genève) de Basle, là où il s'estoit retiré à cause des ardentes persécutions de France. » Pendant son séjour à Baie déjà, il devint aveugle. {Discours de Calv. aux ministres., 0pp.
28 H{ftoire Ecclejîajtiqiie
efté modérée, fi ceux aufquels Dieu avoit ouvert les yeux à Paris,
fe fuffent contenus en attendant mieux, il y a grande apparence,
que peu à peu le Roy mefmes euft commencé de goufter quelque
chofe de la vérité, aiant efté gaigné jufqu'à ce poinct, tant par la
Royne de Navarre fa leur, que par deux frères de la maifon du
Les frères ^e//^, à favoir le feigneur de Langey ^ renommé dès lors pour
Du Bellay. Jgs grans fervices par luy faits en diverfes Ambalfades", & fon
frère l'Evefque de Paris, tous deux grandement chéris du Roy,
pour la dextérité de leur efprit, & grande érudition ; aiant, di-je, le
Roy efté gaigné par eux jufques à ce poincl, qu'il délibéra de faire
venir en France, & d'ouir en prefence ce grand & renommé per-
fonnage Philippe Melanchthon ., eftant pour lors en Saxe, à Witten-
berg, compagnon de Martin Luther., mais d'un efprit beaucoup
plus paifible & modéré que Luther-.
Les Mais l'an i534, environ le mois de Novembre-^, tout cela fut
Placards, rompu par le zèle indifcret de quelques uns, lefquels aians fait
drelfer & imprimer certains articles d'un ftile fort aigre & violent 16
IX, p. 892.) Il paraît être arrivé à Genève bientôt après Calvin, encore avant la fin de i536 {Roget, Hist. de Genève. I, p. 40), pour y devenir pasteur; il s'y distingua par son zèle ardent et fut banni en même temps que Calvin et Farel, en avril i538. Il se retira à Lausanne et à Thonon, et à peine placé comme ministre à Orbe, il y mourut le 4 octobre i538 [0pp. Calvin.^ X, P. II, p. 239, 262, 268) «entièrement enviellyw, comme dit Pierrejleur dans ses Mémoires., Laus. i85G, p. 184.
1 . Guillaume du Bellay^ seigneur de Langey, habile diplomate, fut employé par François Z*^'' à des missions tant en Angleterre qu'à Rome, en Allemagne et en Suisse. Jean., son frère, évêque de Paris, fut depuis créé cardinal en i535. Les deux frères furent protecteurs de Jean Sturm et plus tard encore de Jean Sleidan^ pendant leur séjour à Paris.
2. Guillaume du Bellay., dans l'intention d'amener une réconciliation entre les protestants et les catholiques, engagea i^rtTWço/5 /«'' à demander à Me/a^c/z- thon et à Bucer leurs avis sur la réunion des deux Eglises. Un jeune savant d'Augsbourg, Ulrich Chélius., fut chargé de cette mission en i534. Il rapporta des mémoires des réformateurs sur ce sujet, mais depuis les dispositions pacifiques du roi avaient changé. W . Melanchthon. Opéra, dans Bretschneider^ Corpus Re/ormatorum., Il, 741. Hermityard^ III, 198 et passim. 5cA??2ii^ D/e Unions-Versuche Fran:; /, dans Zeitschrift fur hist. Theol. i85o, etle même, Melanchthons Leben., p. 268 s.
3. Ou plutôt en octobre, comme l'affirme Jean Sturm (à Mélanchthon le 6 mars i535. Herminjard, III, 266), qui alors se trouvait à Paris.
sous François I. Livra I. 29
contre la Mefle, en forme de Placart , à Neufchaflel en Suiffe, non feulement les plantèrent & femerent par les Carrefours, & autres endroits de la ville de Paris, contre Tadvisdes plus fages ; mais en affichèrent un à la porte de la chambre du Roy, eflant pour lors à Bloys '. Ce qui le meit en telle furie, ne lailfant aulîi palfer cefle occafion ceux qui Tefpioient de long temps, & qui avoient fon oreille (comme entre autres le grand Maiftre, depuis Connertable-, & le Cardinal de Tournon) qu'il fe délibéra de tout exterminer, ' fil euft efté en fa puilfance. Alors eftoit en office de Lieutenant criminel Jean Morin^ auiîi grand adverfaire de la Religion, & fort dilfolu en fa vie, & renommé entre tous les Juges de fon temps, pour la hardielfe qu'il avoit à faire les captures, avec la fubtilité à furprendre les criminels en leurs refponfes. Ceftuy-là donques aiant receu commandement du Roy de procéder à informer, & à mettre prifonniers tous ceux qu'il pouvoit attraper, ufa de toute dili- gence, de forte qu'en peu de temps il remplit les prifons d'hommes & de femmes de toute qualité, fe fervant d'un miferable appelle ordinairement /e G/mz'/nV/', à caufe de fon meftier ; lequel eflant preft d'eftre mis au feu, racheta fa malheureufe vie, par la pro- meffe qu'il feit& qu'il tint depuis, de mener les Sergens de maifon en maifon, pour avoir elté advertilfeur es alfemblées fecretes qui fe faifoient feulement pour lire quelques paffages de l'Efcriture, & pour prier Dieu -\ Ce neantmoins plufieurs lu}^ efchaperent, qui fefpandirent ça & là ; & nommément plufieurs Efcoliers bien inftruits, qui fe retirèrent aux Univerfités, entre lefquels vindrent Claude des à Bourges Claude des FoJJes^ duquel nous parlerons en l'hifloire jaques d'Iifoudun en Beny , Jaques Canaj'e^ depuis advocat fameux en la Canaye.
1. Ces placards contre la Messe se trouvent réimprimés dansCrespin, Hist. des Martyrs, 1619 f. iii s. Haag\ France protestante^ Pièces just. 2., G. Guiffrey, Chronique du Roy Françoys premier de ce nom. Par. i86o. p. 464, comp. p. iio s. Dès alors on soupçonna Farel d'en être l'auteur (Gessner. Bullingero 27 décb. 1534. Herminj., III, 236. Calv. 0pp., X, 6, II, 42). Mais il est plus probable que ce fut Ant. Marcourt, de Lyon, alors pasteur à Neuchâtel (v. Herminj.., III, 225).
2. Anne de Montmorency. Grand-Maître de France depuis i526.
3. V. les lettres de Conrad Gessner et de Sturm, Crespin, et le Bulletin du Protest, franc. X, 34, XI, 253.
4. Voy. p. 65.
3o Hijîoire Ecdejîajiiqiie
Jaques Court de Parlement de Paris, & Jaques Amyot^ homme de fort Amjrot. pg^^^ JJ^,^ , ^ 1-,-iqJs qui avoit dès lors fort efludié en la langue Grecque ; fi qu'eftant, par le moien de Mdchior Wolmar^ profelfeur en Grec à Bourges, fait Pédagogue des neveux de Jaques Colin^ alors Abbé de faincl: Ambroife, & depuis aiant fuccedé à Wolmar en la profelllon des bonnes letres-, finalement à la faveur de Bou- chetel^ Secrétaire d'Eftat, & du fieur de Morj'illier, qui avoient bon crédit envers le Roy, fait précepteur du Roy Charles neu- Jîefme^ a acquis à bon droit, grande louange par la tradudion des œuvres de Plutarque; mais a grandement fouillé tous les beaux dons, parce que non seulement il a oublié Jefus Chrift, mais qui plus eft, en eft devenu trefmalheureux perfecuteur, après avoir elle fait Abbé de Sainc1:e Corneille -\ & finalement Evefque d'Auxerre, ■^^^ Au paravant que ces chofes advinlfent à Paris, les Cordeliers
d'Orléans. d'Orléans jouèrent une tragédie quafi pareille à celle des Jacopins de Berne, dont les hiftioires font mention +, & paifa la chofe ainfi que fenfuit-^ Décédant en ce temps la femme du Prevofl d'Orléans'', de trefbonne & ancienne maifon, foit qu'elle euft quelque cognoilTance de la vérité, foit pour autre raifon, ordonna d'eftre enterrée au Couvent des Cordeliers, en la fepulture des anceflres de la maifon de fainct Mefmin, lans aucune pompe ny defpenfe accoutumée en tel cas ; ce qu'eftant exécuté par fon mary,
1. Comp. p. 84. Voy. aussi France protest. ., 2<' éd., I, 184.
2. Lorsque Ulric, duc de Wurtemberg, appela Wolmar comme professeur à Tubingue, en i5'35. Be'^œ., Icônes.
3. Dans le Bailliage de Dôle.
4. Arrivée en i Sog. Jo. Henr. Hottingeri, Hist. eccl. sœc. XV, Tig. i 655, P. V, ^. y}^. Riichat, Hist. de la Réf. de la S ni sse., éd. WvAWemin i835,T. i,p.49i.
5. Comp. Calvini 0pp., X, P. II, 3g.Sleidani Commentarii de Statu relig. éd. Am Ende. Franco/. 1785, I, 509.
6. M''<' François de St. Mesmin, Escuyer, Licentier es Lois, seigneur de la Cloye, garde de la prevosté d'Orléans, i523. En i538 il joint à ces qualités celle de Conseiller ordinaire du Roy en son grand Conseil. Duquel j'ai rap- porté, au petit volume des Antiquitéz, le procez criminel qu'il eut contre les Cordeliers d'Orléans au privé conseil du Roy, qui soustenoient que l'esprit de la Demoiselle de Mareau, sa femme, inhumée en l'Eglise des Cordeliers, revenoit et les troubloit. Le Maire, Hist. et Antiquité':; d'Orléans. Orl. 1648 fol., p. 2 58.
sons François I. Livre I. 3i
qui ne donna aux Cordeliers que fix efcuz, & depuis eftant requis par eux de leur départir de quelques boys, qu'il failbit coupper & vendre, les refufa ; ils en furent tellement indignés, que pour le venger ils délibérèrent de faire croire au monde, que la Prevofte eftoit damnée éternellement. Les principaux " conduéîcnrs des cejte befogne furent Frère Coliman, Provincial, & de grande réputation entre les Cordeliers, & Frère ElHene d'Arras, Dodeur en Théologie, & tenu pour grand pre/cheur. Cejîui-cy pour faire Ventrée^ feit quelques fermons d'une tref grande affeBion, parlant fort avant de Vejîat des âmes en Purgatoire, & n oubliant rien pour faire croire que les ejprits revenaient en ce monde. Peu après., ces deux aians attire' un Jeune novice, le cachent fur la voujîe du temple lequel lors qu'on disait matines, feit un grand tintamarre. Coliman comme le plus courageux, & bien armé de toutes les armes d'un exorcijte , le conjure, mais il ne dit mot ; commandemeiit lui ejî fait de faire quelque ftgne, fil ejl efprit muet, derechef il fe tempefte & fait grand bruit; c eftoit le figne. Cejîe entrée faite, ils s'adrefent à quelques citoiens d'apparence, qui leur portoient faveur , & leur rap- portent qu'il eft advenu un piteux cas en leur Couvent , fans i8 rien déclarer; ils les prient de fe trouver à leurs matines ; ce qu'ils font; & comme ces matines fe commejiçoient ^ l' efprit commença à rabajîer d'en haut. On inter rogne ce qu'il veut & qui il eft; il fait figne qu'il ne luy eftoit permis de parler . On luj commande donc de refpondre par fignes aux demandes. Or il j avoit un pertuis oii il mettoit l'aiireille, pour eîitendre la voix de l'exor- cifte qui faifoit les conjurations. Plus, il avoit en fa rnain un aix qu'il frappoit eftant interrogué, de forte qu'on le pouvoit oiiir d'embas. Premièrement on luy demande fil n eftoit point de ceux qui font là enterre y ; & les noms de plufieurs recite'{ par ordre, qui eftoient là inhumCy, finalement on vient à la femme du Prevoft; là il donna figne qu'il eftoit fou efprit. Interrogué fil eftoit damné , & pour quel démérite , fi c'efioit pour paillardife, ou orgueil, ou charité non exercée, ou pour la nouvelle lierefie de Luther; davantage, ce qu'il veut dire par ce tintamarre, fi
I . A partir d'ici le récit est reproduit littéralement d'après la traduction franc, de Sleidan de i557, p. 33 1.
32 Hijîoire Ecdejîajîique
cejî que fon corps foit déterré , & tranfporté hors de terre fainâte. A toutes ces demandes il refpond comme on Vapoit appris, par Jignes négatif'; ou affirmât if :{, félon qu'il frappoit fur fon petit aix deux ou trois fois. Entendu donc que la caufe de fa damna- tion ejîoit Vherefie Luthérienne , & qu'il fgnifioit que le corps fuft déterré, les Cordeliers requirent les Citoiens qu'ils ai^oieîit fait venir , de tefmoigner des chofes qu'ils avoient ouiës, et de foujjîgner aux aéîes faits les jours precedens. Ce qu'ils refuferent après avoir pris confeil, craignans d'offenfer le Prevojî, ou d'en avoir fâcherie. Les Cordeliers nonobfîant tranfportent leur hojîie [qu'ils appellent le Corpus Dominii avec toutes les Reliques des fainds, en autre lieu, oii ils chantoient leurs Mejfes : ce qui fe fait félon les Canons des Papes, quand quelque lieu ejlprofané, & fe doit reconcilier. Car il y en a quelques chapitres en leurs lii'res. L' Officiai adverti de ce,fe tranfporta fur le lieu avec quelques honnefes gens, pour f'informer plus certainement du faid & commanda les adjurations fe faire en fa prefence. Quant & quant il requit quelques uns efre députe y, pour monter fur la voufle , & veoir fi quelque efprit leur apparoiftroit . A cela Frère Efticnne d'Arras repugnoit fort & ferme, & difoit pour fes raifons, qu'il ne falloit troubler V efprit. Et combien que V Officiai infijîaji vive- ment pour faire faire les exorcifmes & adjurations, toutesjois il n'en peut efre le maiftre. Cependant le Prevoft après avoir j,^ admonneflé les autres Juges du lieu de ce qui e/loit à faire, alla par devers le Roj' & luy conta le faid. Et pource que les (k)rde- liers f'armoient de leurs privilèges & Immunitei, pour n'entrer en congnoijfance de caufe, le Roj' donna la commiffion à certains Confeillers du Parlement de Paris pour juger la caufe fans oppo- fition ou appellation quelquonque. Antoine du Prat, Chancel er & Légat du Pape par tout le Royaume de France , feit le pareil. Parquoy les Cordeliers 7ie pouvans plus reculer, n'y tendre afin de non refpondre , Jurent menés à Paris; mais il ne fut possible de rien tirer d'eux. On les avoit feparés en divers lieux, pour en faire bonne garde, & le Novice efioit au logis du Conseiller Fumée. Iceluy ejiant fouvent interrogué , ne voulait rien con- fejfer, craignant que les Cordeliers ne le tuajfent, J'il avoit dif- famé l'ordre. Mais après que les Juges l'eurent ajfeuré qu'il n' au- rait nid mal, & qu'il ne retournerait jamais en leur fubjedion, il
sous François I. Lwre I.
33
leur de/chiffra toute la menée, & ejiant depuis confronté devant les autres, ne varia nullement. Se voians convaincus & comme prins fur lefaiét, toutes/ois ils reçu/oient les Juges, & J'armoiejit de leurs privilèges; mais cela ne leur servit de rien. Car ils furent condamnés à ejire remenés à Orléans, & mis en prifon; puis à eftre menés devant la grande Eglife, & de là en la place, oit on exécute les malfaiteurs, pour y confejjer publiquement leur mefchanceté. Mais quoy qu'on feuft faire, encores trouvèrent ils tant de faveur, qu'il ne fut onques pollible d'exécuter l'arreft; tellement que quelques uns d'eux font morts en prifon, & les autres trouvèrent moyen d'efchapper.
Cefte mefme année ' la ville de Sancerre-, portant titre de Conté, & l'une des anciennes villes de France, encores qu'elle foit petite, receut la femence de la vraye religion, eftans vifitez & prefchez fouvent par Jean Michel., refident ordinairement à Bourges-% aians les habitans de ce lieu grande liberté, tant par ce que les Contes, leurs Seigneurs, n'y faifoient grande demeurance, qu'à caufe qu'il n'y a en cefte ville-là beaucoup de Preftres ny Moines & Cha- noines ; ains une feule Paroiife, dont le temple efl: fitué hors la ville, & un Prieuré fans Moines, dont le temple fervoit à mettre du vin. On ne lailibit toutesfois de les menacer ; mais combien que fouvent ils fuffent menacez, cela fe paifoit légèrement, mefmes nonobftant que l'un des Confeillers de la Court du Parlement de Paris, nommé Bourgoin^ qui eftoit natif de S. Pierre le Mouflier, ville prochaine, euft délibéré de les perfecuter, fi n'en peut il venir à bout. Depuis eflant venu à Sancerre Noftre Maiflre Oris S célèbre Inquifiteur de la Foy, il fe contenta fi fort du bon vin qu'on luy donna pour l'apaifer, qu'eftant de retour à Bourges, il affeura en pleine chaire, qu'il avoit trouvé les habitans de San-
1. 1534.
2. En Berri.
3. Comp. p. 10, 56 s. et Sg. Crespin, Martyrs, 194 1>.
4. Il ne paraît pas exact qu'Ory soit nommé ici, dès i534, inquisiteur, si ce n'est par anticipation. Les Lettres patentes du roi portant permission à Ory d'exercer en France la charge d'inquisiteur de la foi, sont donne'es à Lyon, le 3o mai i536. Il y est nomme' Matthieu Ory, docteur en the'ologie et prieur du couvent des frères prescheurs à Paris. Son prédécesseur en cette charge fut Valentin Lievin. Isambert, Recueil général des anciennes lois françaises., XII, 5o3.
Prédication
à
Sancerre.
Jean Michel.
34 Hijîoire Ecclejiajtique
cerre fort gens de bien. Il y eut aufïi un fubftitut d'Oris, nommé Rocheli^ Jacopin de Bourges , qui fut envoyé les perfecuter ; mais il f en retourna comme fon mailtre. Dequo}'^ fe plaignant le Lieu- tenant particulier de Bourges, nommé Y Abbé ^ homme ignorant & grand perfecuteur, difoit fouvent que le bon vin & un habit tout neuf ramenoit tous ces Inquifiteurs contens, fans luy rapporter aucune proye. Finalement ceRocheli^ qui avoit fait tant à Bourges qu'à Sancerre plufieurs prefches autant feditieux qu'il en fufl onques, pour efmouvoir le peuple à tuer Se bruller, par le moien d'un qui lu}- remonftra fa mefchante vie, changea de façon de prefcher, édifiant ce qu'il avoit voulu ruiner. Cela fut caufe, qu'à l'inftance & pourfuite de l'Archevefque de Bourges, & de Meiïire Jean Tranchant ^ Archepreftre de Sancerre, plufieurs habitans fe rendirent fugitifz, & entre autres furent faits trois pri- fonniers, deux defquels, après longue prifon, en furent quittes D. Brian pour une amende abitraire, & le troifieme nommé Denis Brion^
mary). {^^^^j^j^^p^^ aiant perfeveré conftamment, fut bruflé aux grans jours d'Angiers. Ce nonobftant l'Eglife f'entretint heureufement jufques aune meilleure faifon, comme il fera dit cy après.
Pour revenir à la perfecution de Paris ', à caufe des Placarts, le
Pans. j^Qy \)\q^ joieux de la diligence de Jean Morin. vint à Paris au
1 VOCCSSlOil ...
et supplices, niois de Janvier fuivant, commençant l'an i535, & ordonna le i535. 29 dudit mois 2 une proceffion générale, en laquelle il fe trouva en perfonne avec fes trois enfans, cheminans à pied, tefte nue, avec cierges de cire blanche ardens en la main ; pendant laquelle pro- ceffion es principales places de la ville furent trefcruellement 21 brufléz vifs fix perfonnages, avec merveilleufes huées du peuple tellement efmeu, que peu fen falloit, qu'ils ne les arrachalfent des mains des bourreaux pour les defchirer. Qui plus efl, a^^ant le Roy difné en la grande fale de l'Evefché, où fe trouva toute la Court de Parlement en robbes rouges, avec grande partie du
1. V. p. 16.
2. LeJoiii-ual d'un bourgeois de Paris sous François /'''', publié par Lalanne, p. 442-444, et la Chronique inédite du roi François F''., publ. par G. Guiffrej', p. ii3-i32, donnent la date du 21 janvier. Sturm à Mélanchthon, 6 mars i535. [Herminj. III, p. 266) et Sleidan (I, p. 527) qui alors aussi se trouvait à Paris (v. Jo. Wierii de prcestigiis dœmomnn. éd. Basil. i568, p. 52 5) ne précisent pas le jour. Comp. Bulletin du Protestantisme français, XI, p. 256.
sous François I. Livre I. 35
Clergé, & grande nobleffe, & avec les Ambaffadeurs de plufieurs nations eftranges, protefta devant tous avec extrême colère, que fil iiivoit un fien membre infeclé de cefte dodrine, il l'arracheroit, de peur que le refte n'en fuft corrompu. Mais fi fa fureur eftoit grande, la confiance des Martyrs fut encores plus grande. Entre lefquels font dignes de perpétuelle mémoire Barthelemi Milon, perclus de fon corps; Nicolas Valeton. receveur de Nantes en Bretaigne ; Jean du Bourg, marchant drapier de Paris demeurant en la rue faincl Denis à l'enfeigne du cheval noir ; EJîienne de la Forge, de Tournay, mais de long temps habitué à Paris, bien fort riche homme, & non moins charitable ; une maiftreffe d'efcole nommée la Catelle; Antoine Poille, povre maçon d'auprès de Meaux, mais benift de Dieu pour emporter le prix entre les Mar- tyrs, pour avoir efté le plus cruellement traitté, comme plus ample- ment il eft contenu au livre des Martyrs '.
Cefle année fut merveilleufement fanglante, non feulement en France, mais auffi es Pays bas, & en Angleterre, feftant le Roy Henrj huiaieme révolté % par defpit & non par dévotion, de la fubjection, & non pas de la doctrine de la Papauté; & grandement remarquable pour la refiftence que feirent les Anabaptiftes en la , ville de Munfter, au pays de Weftphale-\ Et outre ceux qui furent exécutés en France, plufieurs excellens perfonnages fen bannirent volontairement à cefte occafion, defquels im^m Jean Calvin a, & Calvin
1. Crespin, éd. 1619, fol. 112 b. Comp. Bulletin XI, p. 255. Ces supplices eurent heu en novembre i534 jusqu'en avril i535. Sur Est. de la Forge, l'ami de Farel et de Calvin, comp. Farel, 25 avr. i534 (Herminj., III, 166)! Calvim 0pp. VII, 160.
2. Par l'ëdit du 9 juin i 534, abolissant l'autorité du pape, et l'acte de supré- matie du 3 novembre, instituant le roi comme chef de l'Eglise d'Angleterre.
3. Depuis févr. i534 jusqu'au 24 juin i535.
4. Obligé de quitter Paris en i 533 (p. 14), Calvin s'était retiré à Angoulème et avait entrepris différents voyages en France [Préf. des Psaumes). Il revint à Pans vers la fin de i534, où il se rencontra avec les Libertins, probable- ment à l'époque des Placards (p. 14), pour quitter la France encore en i534, avant la publication de la liste de proscription (25 janvier i535). Il partit accompagné de son ami Louis du Tillet, traversa la Lorraine et arriva à Bâle au commencement de i535. Préf. des Psaumes. Beja, Vita Calv. 0pp. XXI, p. 124, et Colladon, Vie de Calv., ibid., p. i-j. Herminjard, III, p. 242. Kampschulte. 245-250.
36 Hijîoire Ecclefiajîique
et Olivetan avec luy un autre, trefdo6te en Hebrieu, nommé Pierre Robert
^"Fi-ance OUvetaii^ defquels Dieu fe vouloit bien fervir ailleurs, comme il
a monftré depuis en infinies fortes, & notamment en la tranflation
Traduction françoife de la Bible, premièrement imprimée à Neufchaftel en
de la i e. gjjjfj-g^ j^ laquelle la France eft redevable aufufdit Olivetan. Alors
Caroli. auffi fortit de France un des Docteurs de Sorbonne nommé Caroli - ,
traînant avec foy le mefme Efprit d'ambition, de contradiclion & 22
de paillardife; de forte que toute fa procédure monflra que l'efprit
de Dieu ne Tavoit pas envoie, mais que Satan Tavoit apofté pour
empefcher l'œuvre de Dieu, comme il fera defduit en l'hiftoire de
Mets 3. Ce mefme orage bannit aulli premièrement de France
Clément Clément Marot^ qui fe retira en Italie vers la Duché [fe de Ferrare +.
. aiot. jyj-^jg jg pj^g grand mal fut, que la plus part des grans commença
lors de f 'accommoder à l'humeur du Ro3% & peu à peu f'eflon-
gnerent tellement de l'eftude des faincles lettres, que finalement
Marguerite j|^ ç^^^^ devenus pires que tous les autres ; voire mefme la Roj'ue
Navarre, de Navarre commença de fe porter tout autrement, fe plongeant
1 . Olivetan était de Noyon et parent de Calvin, comme celui-ci l'affirme lui- même dans sa préface à la Bible d' Olivetan \ comp. Bèze (p. 12) et Colladon (p. 54), qui disent même qu'Olivetan, le premier, fit connaître à son cousin les idées évangéliques et l'engagea à la lecture des S. Ecritures. En i532 Olivetan visita avec Farel et Saunier les vallées Vaudoises [Herminj.., II, 449 s.) où il reçut la charge de traduire la Bible. L'impression de cette traduction par Pierre de Wingle, à Neuchâtel (Serrières), est datée du 4 juin i535. V. Reuss, la Bible d'Olivetan. Revue de Théol. S"" série, T. III, IV. Herminj. supra et III, 44, 290. 0pp. Calv. X, 5i, XII. Proleg. 24, 46. On ne connaît d'autres renseignements sur ce séjour d'Olivetan en France, ni sur sa fuite.
2. Pierre Caroli., chanoine de l'Eglise de Sens et curé de Frênes, etc. {Her- minjard., I, 172), commença dès ibib à lire l'évangile en français à S. Paul à Paris et fut expulsé de la Sorbonne à cause de ses prédications, rétracta et subit de nouvelles poursuites [ib. passim.]^ se retira à Alençon et fut nommé aumônier par Marguerite. Son nom fut mis en i534 sur la liste des suspects (Chronique de Franc. /<"'■, p. i3o. Bull, de l'hist. du Fret. XI, 253). Il arriva à Genève, en mai i535 {Herminj.. III, 295, 337. 0pp. Calvini, VII, 293, 3oi, 327, etc.).
3. Vol. III, 434 s.
4. Clétn. Marot figure sur les mêmes listes de proscription ; il s'enfuit à la cour de la reine de Navarre, qu'il dut quitter après peu de mois pour se retirer à Ferrare, sous la protection de la duchesse Renée, où il arriva vers septembre i535. Comp. Douen, Clém. Marot et le Psautier Huguenot. Par. 1878, I, 161-172.
sous François I. Livre I. 37
aux idolâtries comme les autres, non pas qu'elle approuvafl telles fuperftitions en fon cœur, mais d'autant que Riiffi^^ & autres femblables luy perfuadoyent que c'eftoient chofes indifférentes : dont l'iffue fut telle, que finalernent l'efprit d'erreur l'aveugla aucu- nement, aiant fourré en fa maifon deux malheureux libertins, l'un nommé Qiiintin & l'autre Pocqiies-^ les blafphemes & erreurs Quintin et defquels, avec une ample réfutation, fe trouvent es œuvres de Jean P^'^i^"^^- Cahnn.
Cefte perfecution efmeut les Princes Proteftans Allemans (de l'amitié defquels le Roy avoit lors à faire) de fen plaindre, d'au- tant qu'ils f'eflimoient condamnés es perfonnes qu'on perfecutoit ; envers lefquels le Roy, par le confeil du Seigneur de Langej'^ (devenu pluftoft ferviteur du Roy que de Dieu), fexcufa difant, que maugré foy, il avoit efté contraint d'ufer de cefte rigueur, feule- ment contre certains rebelles, voulans troubler l'eftat fous umbre de la Religion. Ce qui donna occafion à Jean Cali'in^ eftant pour Calvin écrit lors à Bafle, de dreifer ce livre incomparable intitulé VInftitiition ' ^"•^'''"'"^"• de la religion Chrejtienne ^ defdié au Roy mefmes, pour luy faire entendre que fauliement & calomnieufement fes plus loyaux subjeds eftoient chargés des crimes d'herefie, & de rébellion ; de forte que Dieu tira en ceft efgard une grande lumière de ces ténèbres tant efpelfes 1.
1. V. p. i5. Environ à cette époque, Gerari/^oz/^^e/ fut nommé par la reine Marguerite à l'évêché d'Oléron et Calvin lui adressa sa lettre : Sur le devoir de l'homme chrestien^ et l'accusa de transiger avec l'idolâtrie pour s'assurer la jouissance des bénéfices ecclésiastiques. Roussel n'abandonna pas les prin- cipes évangéliques, mais considérant les formes extérieures comme indiffé- rentes, il crut pouvoir en même temps rester dans la communion romaine. Un système mystique qu'il se forma devait excuser ou justifier ce que Calvin taxait de duplicité et de Nicodémitisme. Schmidt, Roussel^ p. 118 s.
2. V. p. 14 et p. 48. Les données les plus authenthiques sur ces chefs de la secte des Libertins nous sont fournies par Ca/vnz dans son Traité^ 0pp. ^Wll^ i^gpassim. Comp. les Prolégom.^ p. 20. Correspondance., 0pp., X, P. i . p. 2 i 5, XI, 712 et en général v. l'index de la Corresp. Sur leur accès à la cour de Marguerite, v. surtout la lettre de Calv. 0pp. XII, 64. Schmidt, Roussel, p. i 2 3.
3. Guillaume du Bellay, v. supra p. i5. Lettre de François L^' aux princes allem.., i'''' févr. i535. Corp. reform. II, 828. Envoi de G. du Bellay à Schmalcade, en Nov. et Dec. i535, ibid.., p. 1010.
4. U Institution de Calvin, publiée dans les premiers volumes des Opéra. Comp. Kôstlin, Calvins Instit. nach Form und Inhalt dans les Theol. Studien u. Krit.., i8b8, et Kampschulte. Joh. Calv. I, 25 1 ss.
Canus
et M.
Becaiidelle
viartyrs.
Cornon
martyr
à Mâcon.
Autres persécutions en i53f).
Les Vaudois du Piémont.
38 Hi/îoire Ecclejîaftique
Mais nonobftant toutes ces choies, on ne laiffoitde persécuter en plufieurs endroits. Entre autres Martyrs n'eft à oublier Alexandre Canus ^ autrement dit Laurent de la Croix ^ lequel de Jacopin eflant devenu Chreftien, & pris à Lyon, où il avoit prefché quelques 2 3 jours à quelques orfèvres, & autres de la ville, & de là mené à Paris, fut tellement torturé, qu'une des jambes luy fut rompue, & finalement fut bruflé, après avoir rendu confeffion de fa Foy '. Une femme auffi entre autres, nommée Marie Becaudelle ^ aiant efté inftruite en la vérité, en la ville de la Rochelle, pour avoir repris en particulier un certain Gordelier prefchant aux Eifarts, lieu de fa naiflfance, en Poitou, y fut bruilée avec une admirable conftance ^.
D'autre part en la ville de Mafcon fut auiïi bruflé Jean Cornon^ du Pays de Brelfe, Ample laboureur, & fans letres, mais telle- ment exercé en la parolle de Dieu, qu'il rendoit eftonnés tous les adverfaires, de la fentence defquels ne voulant appeller, il y souf- frit la mort avec admirable conftance -\
Es années suivantes, nonobftant la guerre tresforte avec l'Empe- reur Charles^ & généralement tout le temps du Règne du Roy François premier^ les perfecutions furent continuées par tous les Parlemens, quelque excufe qu'on en feift aux Allemans. Et feroit bien difficile de reciter par le menu les cruautés defquelles on usa, pource nommément qu'on bruûoit les Procès avec les perfonnes, & couppoit on les langues à plufieurs, afin qu'on ne peuft rien apprendre, ne enregiftrer de leurs affaires. Mais il fuffira de reciter quelques faicls des plus notables fommairement , renvoiant les ledeurs au livre des Martyrs. Ainfl donc l'an i5?>6\qs Fidèles des valées de Piémont^ qui de tout temps ont eu en horreur le fiege Romain, et toutesfois par fucceflion de temps avoient aucune- ment décliné de la pieté, & de la docl:rine, envolèrent à Genève
1. Hist. des Martyrs., p. io6 h. Icônes et Vrays pom-traicts, qui fixent i534 comme l'année de la mort de Canus. Toutes ces sources disent qu'il était d'Evreux, de même aussi le récit catholique de la mort de ce Jacobin, publié par M. Guiffrey, Chronique du Roy François /'''•, p. i i i . Par contre les Actiones et Monumenta Martyrum, i56o, fol. 62 b, l'appellent Abrincensis, c'est-à-dire d'Avranches, ce qui doit être une erreur.
2. Crespin, f. 1 14 a, qui là aussi donne l'année i534.
3. Crespin, 1619, fol. 114!', où l'année i534 est indiquée.
sous François I. Livre I. 39
vers Guillaume Farel^ renommé pour fa dodrine & pieté , deux j. Girard . perfonnages, l'un nommé Jean Girard^ qui depuis a efté impri- l'^npri- meur en ladite ville', & l'autre, appelle Mat^tin Gonin, lequel Martin aiant efté à fon retour emprifonné à Grenoble, y fut noyé le Gonin. 26 d'Avril fecretement & de nuid à la perfuafion de l'Inquifiteur, après avoir tellement refifté aux adverfaires de vérité, qu'ils ne l'oferent exécuter de jour 2.
Philibert Sarrafin vint à Agen ^, pour enfeigner les enfans, Ph. Sar- environ cefte année 1 53b, lequel pour eftre homme doéle, vertueux, ^ '''^^"^ 24 & craignant Dieu, fut des principaux amis du feigneur Jz//e5 cie ^ ^^"' /'E/c^/e, cy deffus mentionné 4, qui luy bailla fon fils aifné pour l'enfeigner es bonnes letres, avec d'autres enfans de bonne maifon. Mais dans peu de temps il fut foupçonné de Luthererie, comme ils appelloient, & en danger de fa perfonne, fil n'euft cédé par fon abfence à la furie d'un Inquifiteur de la Foy, Jacopin, nommé Rochet^ qui avoit efté envoyé audit Agen par le Roy, environ l'an i538, avec Geoffroy de la Chajfaigne , Confeiller au Parlement de Bordeaux, pour cognoiftre de ce faicl; en dernier reffort, lefquels aians conftitué prifonniers, un grand nombre de perfonnes pour légères caufes, les condamnoient à faire amande honorable devant le grand temple, en chemife, la torche au poing, où ledit Inquifiteur faifoit un lermon de grande parade, & leur faifoit figner leur abjuration, & fe trouvèrent mefmes en ce nombre d'efchaffaudez deux preftres. De VEfcale auffi prévenu /. de eftoit chargé de tenir quelques livres reprouvés, & d'eftre amy l'Escale^ dit familier de Sarrafin, & d'avoir dit le Carefme n'eftre de l'Inftitu- ' ^ ^' tion ny de Ghrift, ny des Apoftres, ny la Tranlîubftantiation article de foy, finon depuis le Concile de Latran, & finalement d'avoir mangé de la chair en temps prohibé. Sur quoy il monftra fon indifpofition eftant vexé de gouttes, & prouva le refte par les
1. Les premières impressions connues de Jean Gérard à Genève sont de iSSy. Il prit la succession de Pierre de Wingle et imprima la plupart des premières publications de Calvin à Genève. Gaullieur, Études sur la Typo- graphie Genevoise, Gen. i855, 120 s., 124.
2. Ibid., 118 a. Comp. Herminjard, IV, 129, et Arnaud, Hist. des Prot. du Dauphine\ I, 21.
3. E. Gaullieur, Hist. du collège de Guyenne, Paris 1874, p. i55.
4. P. 12.
I. 4
40 H{ftoire Ecclefiajîique
aftes de leurs Conciles. Bref, aiant la Chajfaigne favorable, & les principaux de la Court de Parlement, comme Briant, de la Valée » & Arnauld Fei^ron, gens do6tes & d'authorité, tant f'en falut
qu'on le faichafl davantage, qu'au contraire on receut fon tefmoi- gnage pour la juftification de Jaques Thoard^ Greffier de la Sene- chauffée, fort homme de bien, qui eftoit en grand danger de fa perfonne ; voire mefmes à fa folicitations on lailfa en paix le Thre- Godail. forier du Roy, nommé Godail^ les enfans duquel eftoient avec
R. du Luc. ledit Sarrafm fugitif. Pour lors auffi Remond du Luc^ Confeiller en la Senechauiiee d'Agen, par fentence defdits de la Chajfaigne^ & Inquifiteur, feit dé'Hui61: dedans le grand temple abjuration. Mais peu de jours après, ceft Inquifiteur eflant à Tholofe, fut conftitué prifonnier, & condamné par la Court de Parlement à eftre bruflé comme Sodomite '. Et pour mefme caufe, fon vicaire nommé Richard., fept ou huict jours après fut auffi bruflé. Voilà 2 5 en quelles mains tombe la caufe des enfans de Dieu.
Hier. Vin- L'année mefme fut mis prifonnier Hierofme Vindocin , Jacopin 2, docin. lequel long temps au paravant venu en Gajcongne avec un autre Jacopin Inquifiteur nommé Fenario, pour Jon bon efprit eut pe7^- mi£ion du Provincial de l'ordre, de régenter, ce qu il feit avec Pierre du Pont, natif de Tonneins en Agenois. Quelques années après leur vint en l'olonté d'aller veoir lepaj's de Suijfe, & Genève '^, auquel lieu du Pont, & quelques autres J'arreflerent. Mais luf J'en retourna en Gajcongne „ oii il fut appréhendé par le com- mandement de cefi Inquifiteur Rochet, & conduit aux prijons de l'EveJque d'Agen, là oii inter)^ogué de Ja foj-, par Arnaud de la
1. Arrest du Parlem. de Toulouse contre Louis de Rocheto, Inquisiteur, 9, 10 sept. i538, dans les Preuves des liberté^ de l'Eglise Gallicane, 1639, I, P- 799 s-
2. Ce passage est copié du Livre des Mart., i26t). On trouve à propos du martyre de Vindocin dans Florimond de Raemond, La Naissance, Progrès et Décadence de l'hérésie, édit. Rouen, 1623, in-4, p. 865, l'aveu naïf: «l'ay souvent ouy faire à un bon père que j'avois, bon s'il en fut jamais et homme fort catholique et craignant Dieu, qui, ayant veu brusler en sa jeunesse un Régent sur le bord de la rivière de la ville d'Agen, nommé Vindocin, et luy et plusieurs autres restèrent tous esperdus d'un tel spectacle non jamais veu en cette ville là : ne pouvant croire que cehiy qui mourant ne parloit que de Jesus-Christ, n'invoquoit que Jesus-Christ., ne fust condamné à tort.»
3. A Genève il fut régent au collège de Rive. Herminj.. V, 2o5.
soKS François I. Livre I. 41
Combe , Officiai, homme vraiement digne d'une telle charge, & propre à perfecuter VEglife, ejtant le plus grand blafphemateur du monde, & aiant le bruit de ne payer pas deux fois fes dettes, il rejpondit franchement , & fans fard. Parquoj il fut condamné à ejîre dégradé, dequof il fe porta pour appellant à la Court de Parlement. Et d'autant qu'il n'y ai'oit en tout le pays aucun Evejque Volant^, nommé communément Portatif, le mefme de la Combe comme minifîre & vicaire de l'Evefque obtint congé du Métropolitain {qui ejî V Arcevefque de Bordeaux) , avec l'au- thorité du Parlement , qu'il feroit la dégradation, nonobfîant l'appel. Cela fait, le quatriefme de Février, jour qu'on appelle vulgairenient le Samedy gras, iS3g, il fut livré félon la coujîume au bras feculier, & le }nef77ie Jour par JaquQsSeyin^ Juge Mage, Pierre Deflrades, Lieutenant criminel, Nicole Nadal, Lieute- nant particulier & autres, condamné à e/lre brujié : ce qui fut exécuté l'après dinée en une prairie près la rivière nommée le Gravier, hors la ville. A ce speâacle, comme chofe nouvelle, fe trouvèrent beaucoup de perfonnes de dehors, & n'y ai^oit homme en la compagnie, qui ne luy fouhaittafi encores pis, combien que fa confiance & patience ajfeurée les eftonnajî merveilleufement. Il fut donc bruflé tout vif, luy aiant efé baillés quatre Moines, à favoir un de chafque Ordre des Mendians, & un prefre Fla- ment, qui lifoit dans la ville la Philofophie, nommé Guillaume Lapidanus. Mais il les confondoit tous. C'efl le premier qui 26 fouifrit mort à Agen de noftre temps pour la parolle de Dieu 2. Ses livres & meubles furent donnés à Jean Valéry^ allez depuis congnu pour fa beftife et perfecution.
Ceux de Beaune, ville au Duché de Bourgogne, renommée Persécution pour les bons vins qui y croillent, furent perfecutés en ce mefme '^ Beaune. temps par le Parlement de Dijon, tellement que dix ou douze furent contraints de f'abfenter. Et de auftre cofté à Nonnay, ville de Vivarez, là où on avoit de long temps commencé de perfecuter, Berthehn comme il a efté dit-\ un nommé André Berthelin i\ithv\iM\\i^ Annonay.
1. Episcopi vagantes, portatiles., v. Du Gange, Glossarium. mediœ et infimœ latinitatis.
2. Calvin. Epist., II, 32. 0pp. Vol. XI.
3. Voy. supra p. 8.
42 Hiftoire Ecclejîqftique
feulement pour ne feflre voulu agenouiller devant une image, eftant fur le chemin, luy allant à la foire de Lyon '. i54o. L'an 1540, renommé en France pour le paffage de l'Empereur
^Bnm^ & pour l'extrême chaleur, un fimple laboureur du village de martyr' en Recortier, aux pays de Daulphiné, diocefe de Gap, nommé Dauphine. ^jUcniie Brun^^ n'aisint jamais fréquenté les efcoles, receut cefle grâce de Dieu, non feulement de favoir lire & efcrire en langue Françoife, à force de fe faire lire du nouveau Teftament, & tafchant de foy-mefmes à imiter les letres, mais qui plus eft, travailla tellement à conférer le Latin fur le François mot à mot, qu'il pouvoit entendre & alléguer le Latin des paffages du nouveau Teftament, faifant ordinairement remonftrances à fa famille, & confutant puiffamment les Preftres du village. Surquoy eftant emprifonné l'an i538 es prifons de l'Evefque d'Ambrun, il fut tellement induit qu'il figna une adjuration ^ cfcrite en Latin, qu'il n'entendoit qu'à dcmy. Mais deux ans après eftant repris, & jugé hérétique par un Cordelier Inquifiteur de la foy, nommé Domi- celli^ & de là condamné à eftre bruflé vif, (//) fouffrit la mort avec une invincible conftance, aiant efté fi longuement attaché au pofteau, fans que la flambe fe tournaft vers luy, comme eftant deftournée par l'impetuofité du vent, que le Bourreau luy donnant fur la tefte d'un crochet, il luy dit, puis que je fuis condamné à eftre bruflé vif, pourquoy me veux-tu affommer ? & fur cela tranf- percé, & abbattu de plufieurs coups trefcruellement, fut jette mort & confumé dans le feu, avec defenfes à cri public, que per- fonne n'euft à parler de fa mort, fous peine de pareille punition.
Paris: A Paris cefte mefme année Claude /e Pe/;//re4, natif du faux- ^Pei'mre''' bourg Sainft Marceau, orfèvre de fon meftier, fut aulTi bruflé vif
martyr, avec une conftance qui en édifia plufieurs, aiant enduré le feu jufques à la mort, fans fe remuer.
^^y[' L'an 1541 à Tonneins en Agenois fur la rivière de Garonne,
en Agénois. André Mdanthon^ Allemand, tenoit les Efcoles, & prefchoit,
1. Crespin, f. 126 t>.
2. Ibid. f. 124 a. Arnaud, Pt-ot. du Daiiph.., I, 22.
3. Il faut évidemment lire abjuration, quoique la même faute se trouve déjà dans l'Hist. des Martyrs.
4. Crespin. f. 126 b.
sous François I. Livre I. 43
comme auiïi faifoit Jean Carvin^ natif d'Artois, à Ville neufve d'Agenois, qui depuis a exercé le miniftere à Montauban. Le fem- blable auffi faifoit Ajmon de la Voje', natif de Picardie, en la Martyre ville de Sainde Foy, fur la rivière de Dourdongne, auffi en Age- d'Aymon nois, le martyre duquel eft remarquable en plufieurs fortes. En ^ ^^ ^^•^^' premier lieu eftant bien adverty d'une prife de corps décernée contre luy par le Parlement de Bordeaux à l'inftance du Curé du lieu & de quelques Preftres, & mefme de la venue d'un Huiffier pour le prendre, au lieu de f'en-fuir, voyant l'infirmité de fon trouppeau, il demeura ferme, attendant ce qui plairoit à Dieu : refpondant à quelques amis particuliers qui le preiïoient de fortir, que c'eftoit à faire à mercenaires, & faux Prophètes, & que fui- vant l'exemple de faind Paul, il eftoit preft d'eftre non feulement lié à Bordeaux, mais auffi de feeler par fon fang la doctrine qu'il avoit prefchée; & fur cela comme prevoiant qu'il ne verroit plus fon trouppeau, feit en trois fermons un fommaire de toute la dodrine qu'il avoit prefchée, exhortant chacun de perfeverer en la confeffion d'icelle; au dernier defquels fermons voulant l'Huiffiier exécuter fon mandement, ceux qui le vouloient ofter d'entre les mains de l'Huiffier, furent afp rement repris par luy, de forte qu'ils fen déportèrent. Ce neantmoins les Confuls ne permirent que l'Huiffier l'emmenaft, mais le prindrent en leur charge, & de fait le représentèrent à Bordeaux environ Noël. Eftant là, quel- ques recufations peremptoires qu'on alleguaft contre les Prefidens Belcier, premier, & Calvimont, fécond, & Alix, Confeiller; fi eft-ce qu'à la folicitation du feigneur de River ac, homme rioteux & grand plaideur, & qui, f eftant rendu comme fa partie , eftoit toutes- fois ouy comme tefmoing, combien qu'il conftaft qu'il avoit juré, qu'il luy coufteroit mille efcuz, ou il le feroit brufler; il fouftrit 28 toutes fortes d'indignitez, & de cruel traitement, jufqu'au 2 1 d'Aouft 1542, c'eft à dire environ neuf mois durant; auquel jour aiant efté condamné, & la queftion extraordinaire luy eftant baillée, fi cruelle, pour decellerfes compagnons, qu'il f'efvanouit; ils n'en peurent jamais tirer autre chofe, finon qu'il leur dit, que tous ceux, qui favoient & tafchoient de faire la volonté de Dieu fon père, eftoient fes compagnons, & qu'il prioit Dieu qu'il leur par-
I. Ibid.^ f. 128b. Comp. Gaiillieur, Hist. du coll. de Guyenne, p. 160.
44 Hijîoire Ecclejîajiiqiie
donnafl le mal qu'ils luy faifoient fans raifon. Plufieurs Moines fur cela luy furent amenés, lefquels il renvoia tous, ne les voulant aucunement ouir, hors mis un jeune Carme, qu'il apperceut de meilleure forte que les autres, avec lequel il demeura feul longue- ment, & feit fi bien que deflors il le gaigna à la congnoilfance de Dieu. Interrogué confequemment & comme de nouveau par les Prefidens, & quelques Confeillers fur quelques poinds de la Reli- gion, & nommément fur la Cène, il leur en parla clairement & magnifiquement, comme il eft amplement contenu en Xliijîoire des Alartyrs. Et finalement, fortant de la prifon, chanta le Pfeaume 114, à favoir. Quand Ifrael hors d'Egypte fortit, etc., continuant en cefle confiance admirable jufques à ce qu'il fut eftranglé, & puis bruflé.
Le lendemain de fon martyre quelques efcoliers demeurans au devant du lieu de l'exécution furent pris, eftans soupçonnés d'avoir faid; un placart, qui fut trouvé attaché au pofleau. Mais ce ne fut rien, à la fin, hors mis qu'un povre ferviteur fut baillé entre les mains du Principal du Collège, André de Gopea^ Por- tugais, Docleur de la Sorbonne (furnommé communément Sina- pivoriis^ c'eft à dire Avale mouftarde) ', pour eftre chaftié, & avoir, comme on dit, la Sale. And7'é André Melanton fut auffi pris & conduit aux prifons de l'Evefque
Mélanton. d'Agen, & depuis, à la requefte de la Royne de Navain^e^ amené à la Conciergerie du Palais à Bordeaux, & de là mis au Chafleau Trompette, où il endura beaucoup 2. Mais il fut délivré puis après par l'aide de quelque amy.
1 . Les plus amples renseignements sur André de Gouvéa se trouvent dans l'ouvrage cité de Gaullieur, p. 80 et passim. Le surnom de Sinapivorus paraît déjà avoir appartenu à Jacques de Gouvéa, directeur du collège de Sainte-Barbe à Paris, l'oncle d'André. Qtiicherat, Hist. de Sainte-Barbe^ T. I, p. 125.
2. «J'ai leu dans le registre secret de nostre Parlement, dit Florimond de Rœmond (la Naiss. de l'hérésie, p. 849), qu'estant entrée en la Cour comme gouvernante, en absence du Roy, son mari, elle (c'est-à-dire Marguerite de Navarre) fit une instante prière, afin que la cour voulust mettre en liberté un nommé André Melanchthon, accusé d'heresie et prisonnier en la Concier- gerie du Palais, dont Philippe Melanchthon, disoit-elle. Conseiller du duc de Saxe, l'avoit fort requise par ses lettres. Cet André fiit celuy qui, sous prétexte de régenter, vint annoncer la doctrine de son parent en l'Agenois,
sous François I. Livre I.
45
Pour lors, le Cardinal de Lorraine gardoit l'Evefché d'Agen pour un enfant du fieur Ce far Fregofe^^ & fe faifoit tout au nom du Cardinal. En ce temps auffi fut faid Suffragant de ceft Evefché un 29 nommé Jean Valeri^ les faits duquel font alîez cogneus en toute la Guienne. Car du commencement qu'il fut en cefle charge, il devint fi orgueilleux, pour fe veoir la tefte mittrée, qu'à tous pro- pos il vouloit faire quelque ade, pour fe faire cognoiftre tel; il excommunioit tout ce qu'il luy venoit à contre cœur; fi le vin qu'on luy donnoit, en faifant la vifite par le Diocefe, n'eftoit bon, il l'excommunioit, enfemble la vigne qui l'avoit produit, & le muy dans lequel il eftoit; s'il trouvoit une charrette qui l'empef- chaft de pafler, il luy donnoit fa maledidion; en faifant fa confir- mation, fi on luy prefentoit quelque belle fille, il oftoit fa Mittre de la tefte, & la mettoit fur celle de la fille, luy difant en riant qu'elle feroit belle Evefquefle, & puis la baifoit; au refte grand perfecuteur. Nous n'efcrivons rien qui ne foit notoire à tout le monde, & mefmes en a efté prévenu par ceux de l'Eglife Romaine, qui pour ces beaux ades luy ont voulu faire perdre fes bénéfices; mais en fin fe font accordés pour mieux tourmenter ceux de la Religion. Il eftoit Italien, & avoit un fils baftard, Confeiller au Siège prefidial d'Agen, affez modefte, mais auffi ignorant que fon père.
Belcier^ premier prefident à Bordeaux, mourut environ ce temps au mois de Décembre, & luy fucceda de Lage, homme fanguinaire & perfecuteur, & grand amy des Cordeliers.
Au paravant la Rojne de Navarre avoit fait fufpendre le Prefi- dent de Calvimont de fon eftat, lequel y fut réintégré depuis, après la mort du Roy François^ par la faveur du Conneftable.
L'année fuivante, à favoir 1642, le Parlement de Rouan, fui- vant l'exemple des autres, condamna au feu un nommé Conjîantin avec trois autres^, fes compagnons en confeffion & en martyre;
s'estant arresté en la ville de Tonneins. » — On trouve une épigramme sur la captivité d'André Mélanchthon dans Schelhorn ^ Amœnitates Hist. Eccles., II, 192. Elle est de Jules César Scaliger.
1. César Fregoso de Gènes, au service du roi de France, fut en 1541 assas- siné par des mercenaires du gouverneur impérial du Milanais, Alfonse d'Avalos, marquis de Pescara, en descendant le Pô pour se rendre à Cons- tantinople comme ambassadeur de François Ici-. Sleidan, II, 23^. Du Bellay, Alémoires, L. IX.
2. Crespin, f. i 34 a.
Les per- sécuteurs.
i54'2.
Constantin
et trois
autres,
martyrs
à Rouen.
46 Hijîoire Ecclefiajiique
lequel montant au tombereau acouflumé à mettre les immondices, félon leur façon de faire à l'endroit de ceux de la Religion qu'on mené au fupplice, prononça ces mots fort notables : « Vraiement, comme dit l'Apoftre, nous fommes la ballieure du monde, & puons maintenant aux hommes de ce monde, mais refjouiflbns nous. Car l'odeur de noftre mort fera plaifante à Dieu & fervira à nos frères.» Ce fut une parolle vraiement prophétique, comme depuis il apparut. Perse- Cefte mefme année, le Parlement de Paris feit trefeftroites 3o
^%^arù ^ defenfes de vendre les livres cenfurez par la Sorbonne, & nom- mément V Iiijlitiition Chrejiienne de Jean Calvin^. Il fut aufli enjoint à la requefle de l'Inquifiteur à tous Curez de f'infor- mer diligemment des fufpects, avec commandement à tous, de révéler tous ceux qu'ils cognoiflroient aucunement mal fentir de la foy, dans fix jours, à certains Dodeurs Théologiens, à favoir Henri Genmfi 2, Nicolas Clei^ici, Pierre Ricardi, Robert Buccin, Jean Benot &. François Picard^ ou bien à Jean Morin^ Lieute- nant, fous peine d'excommunication. Et furent faites procédions, & quelques uns bruflez parmy. Ce nonobftant, une tref belle & trefgrande occafion d'avancer le Royaume de Dieu fe prefenta lors, mais elle ne fut empoignée par celu}^ qui fembloit eftre choify de Dieu, pour faire un chef d'oeuvre. Ce perfonnage f'appelloit
F. Landry François Landrj^^^ Curé de Saincte Croix en la Cité, homme %-échent aiant plus de hardieffe que de fcience, & toutesfois pouffé de
librement, quelque zèle, lequel prefchant librement enfonprofne, eut une telle preffe, que fes profnes furent tantoft convertiz en fermons, et de fa paroilfe fort petite, il fut appelle à faind Barthelem}^ & en quelques autres paroiffes à certains jours de fefte, avec une merveilleufe fuite. Les Dodeurs de Sorbonne en eurent grand
1 . CalviniOpp. Xl.Epist. II, 5 i 3. T>'Argentré,Collect. denov. errorib..,!!., i 33.
2. Ce H. Gervasi paraît avoir été le même que Gervasius Waine., docteur en Sorbonne, natif de Memmingen en Souabe, qui jouissait de la confiance de François I^"". Voy. Schelhorn, Ergot^lichkeiten aus der Kirchenhistorie, I, 270 s. — François Picard.^ doct. en Sorbonne, ne doit pas être confondu avec le cordelier de même nom, dont il est question p. 730. Duchat dit qu'il mourut en iSb'j et cite de lui un long passage d'une Anatomie de la Messe: Ducatiana, I, p. 75.
3. Crespin, f. i34t>. Sleidan, Comment.., II, 274.
sous François I. Livre I. 47
mal au cœur, craingnans que leur crédit en diminuafl, & qu'à fon exemple ils eulTent tantofl plufieurs adverfes parties ; comme defaiâ; il y eut quelques Bacheliers en Théologie prefchans le Carefme, & les Ad vents, qui prindrent ce mefme ftyle, comme François Periicel^^ Cordelier & Inftrudeur des Novices au Cou- vent de Paris, & depuis renommé, & mort miniftre de l'Evangile; Beguetti^ Jacopin% depuis fait Dodeur aux defpens du Cardinal de Chajîillon^ duquel le beau commencement en la Paroiffe de faind Germain le viel eut une fin vraiement monachale; Boii- cherat^ moine de l'ordre de Gifleaux-\ lequel alors accufé d'herefie, f'en eft fi bien purgé, qu'il eft devenu chef de fon Ordre. Pour revenir à Landrjy, le bruit en vint tel jufques aux aureilles du Roy François^ qu'il conclud de l'ouir, quoy que ceux, qui au refte le poffedoient (& entre autres le Cardinal de Tournon) 3i meiffent toute peine de l'en defmouvoir, mettans en avant plu- fieurs poinds, que les Sorbonniftes avoient recueillis de fes fer- mons par divers efpions, dont ils fe fervoient ordinairement. Entre autres chofes, on le chargeoit de ce qu'il ne difoit point la Meffe, alléguant comme il eftoit vray, que naturellement il ne beuvoit point de vin. Mais outre cela, on l'accufoit d'avoir mal parlé du Purgatoire, lequel, à la vérité, eftant renverfé, la ruine de cefte religion Romaine f'enfuivroit par neceffité. Le Roy f'en eftoit touf- jours tenu à ce qui en efloit receu; mais comme il eftoit Prince de trefexcellent jugement, aiant apperceu pour en avoir fait difputer à fes repas, ainfi que de plufieurs autres chofes, que les fonde- mens, fur lefquels il eftoit appuyé, n'eftoient gueres fermes, il déclara tout hautement qu'il vouloit ouir Landrj fur ce poind, & qu'il en feroit puis après ce qu'il trouveroit eftre bien prouvé. Ceux de l'Eglife Romaine furent fort empefchez à pourvoir sur cefte tant eftrange refolution du Roy. Le remède fut d'intimider tellement Landiy par perfonnes interpofées, qu'il n'euft hardiefle de maintenir fa caufe. Et de faid ainfi qu'on le vouloit présenter au Roy, l'an 1548, eftant à fainél Germain en Laye, il fut adverty
1. Perucel ou Riveriiis^ plus tard ministre à Londres, àWesel,à Francfort et chapelain du prince de Condé, figure souvent dans la Correspondance de Calvin.
2. Comp. p. 34, II, 398.
3. Comp. p. 86.
48 Hijioire Ecdefiajîiqiie
comme en grand fecret, & par un ami (par la menée toutesfois du Cardinal de Toiirnon) que le Roy efloit tellement irrité contre luy, que fans autre figure de procès, il feroit jette au feuf fil entreprenoit de maintenir aucun erreur de Luther. Cela intimida tellement celt homme, aiant à la vérité trop plus de hardieffe que de favoir, & qui n'avoit accouftumé de porter la face des grans, qu'il fut entièrement muet devant le Roy, quelque alfeurance de parler qu'il luy donnaft, avec toute humanité & douceur. L'yffue donc en fut telle que le Roy, encore qu'il fuft indigné de ce qu'il n'avoit rien moins trouvé en ce perfonnage, que ce qu'on luy en avoit fait efperer, n'ufa toutefois de rigueur, mais fe contenta d'ordonner que s'il avoit mal prefché, on le feift defdire, & que déformais il fe contentaft de faire fon profne feulement en fa Paroilfe. Suivant cela, il fe defdit comme on voulut, en la pre- fence de la Court de Parlement, le 29 d'Avril audit an, n'eftant agréable aux uns ny aux autres'. Or, il advint une chofe en fa mort, qui eft bien remarquable, c'eft qu'environ quatorze ans 32 après ce temps là, comme defià il y avoit une Eglife fecrette à Paris, Landry eut envie de veoir quelque miniftre d'icelle, & de communiquer avec luy; ce qu'il obtint par le moien de quelques perfonnages fes amys, qui s'efloient rengez à l'Eglife. Partant, fe trouvant en fon logis propre pour ceft effed;!; avec un qui efloit lors miniflre en cefle Eglife là, furnommé la Roche -^ ils communi- quèrent d'un poind; qui eftoit pour lors merveilleufement agité, à favoir fil eftoit licite de temporifer, & f 'accommoder aux fuperfti- tions de l'Eglife Romaine; ce que Landry maintenoit tellement, que par mefme moien il excufoit lefdites fuperftitions le plus qu'il luy eftoit poffible. Après donc que la Roche lu}/^ eut remonftré, qu'il voioit bien par là, que le temporifement n'eftoit autre chofe, qu'une excufe de la Papauté, & comme il eft dit au Pfeaume, « que ceux qui vont par des chemins obliques, en tin font traînez avec ceux qui manifeftement font tenus pour ouvriers d'iniquité; « avec autres femblables difcours, par lefquels le jugement de Dieu eftoit reprefenté à Landry^ il fe defpart tout rechigné. Mais quelques mois après eftant tombé malade, & viftté de plufieursde fes amys,
1. Sleidan^ II, 3o6, donne de curieux de'tails sur cette rétractation.
2. Rochceus, de la Roche Chandieu, ministre de Paris vers i555.
sous François I. Lwre I. 49
entre autres d'une femme honorable, inflruite en la congnoiffance de Dieu, il luy dit, qu'avant que mourir il luy vouloit déclarer quelque chofe, qu'il n'avoit jamais dite à perfonne, & que fa maladie fe rengregeoit, pource qu'il ne f'eftoit hafté d'accomplir ce qu'il avoit promis. Finalement eftant requis de ce faire, il luy affigna une heure certaine pour ouir de luy ce que deffus. Mais lors comme il fe cuida mettre en propos, il perdit la parole, & mourut ainfi bien toft après. Voilà comment celuy qui n'avoit voulu parler devant les grans de ce monde quand il le devoit faire, ne peut parler devant une femme lors qu'il l'eufl bien voulu ; c'efl ce qui advint à Landiy à la fin de fes jours.
Claude De/pence ' , gentilhomme & Docleur de Sorbonne, homme Claude de trefgrande ledure , mais fort peu refolu , prefchoit auffi deflors d'Espence. . à Paris en grand auditoire un peu plus librement que les autres prefcheurs. Et pource qu'un jour il luy eftoit advenu, parlant de 33 la Légende dorée, qu'on appelle, de l'appeler la Légende ferrée, il en fut cenfuré fi avant par la Sorbonne, qu'il fut contraint de fen defdire bien amplement, & onques depuis ne feitgueres chofe qui vaille.
Cefte mefme année remarquable par le fiege de Perpignan ^ , fedition pour les falines, & par la guerre trefafpre renouvellée entre l'Empereur Chatoies & le Roy^, les Parlemens ne laiiferent pour cela procéder contre ceux de la Religion de toutes pars. Cela fut caufe que plufieurs fe retirèrent hors du Royaume ; l'un def- quels fut Clément Marot-^^ lequel depuis fon retour d'Italie à la clément Cour, eftoit fort mal voulu de la Sorbonne, pour avoir traduit Marot, trefheureufement en langue Françoife trente Pfeamnes de Dai'id^ ' de 5o dédiés au Roy, qui les trouva fi bons, qu'ils furent imprimez 5. Psaumes. Mais fi fut il contraint de fe faulver, & feit fa retraitte à Genève,
1. Comp. Crespin^ 134 b. Voy. la caractéristique de d'Espence dans la 43» des Épîtres de The'od. de Bèze: Tract. Theol..^ III, p. 253. Il mourut le 5 oct. iSyi.
2. Voy. sur ce siège Cliron. de François /«'", p. 386.
3. A cause de l'assassinat des ambassadeurs du roi, Frégose et Rincon., supr. p. 28.
4. Crespin, 134 b. Douen, Clém. Marot, I, 388. Sleidan, II, 307.
5. Douen, 1. c, I, 281 et 3oo.
6o Hijloire Ecdejîajîique
où il en traduit encores vingt'. Mais aiant efté toufiours nourry en une trefmauvaife efcole, & ne pouvant affubiedir fa vie à la reformation de l'Evangile, il f'en alla paffer le refte de fes jours en Piémont, alors poffedé par le Roy, où il ufa fa vie en quelque feureté fous la faveur des Gouverneurs 2. Calvin Ce fut auffi en cefte année , que ceux de Sorbonne par la conni-
conu-ela ^ence des Evefques (aufquels pluftoft faifans leur office apartien- Sorbonne. droit la cognoilfance de la dodrine en leurs Diocefes) ufurperent l'authorité de faire des Articles de foy , fur les controverfes efmeuës de noflre temps en la Religion ^ ; aufquels il fut refpondu en deux fortes par Jean Calvin^ à favoir l'une félon leur jargon, pour faire apparoir à tous leur beftife ; & puis après trefdoctement & par la parolle de Dieu; tellement qu'il n'y eut homme d'efprit qui ne fe mocquafl de leur afnerie +. Ce neantmoins le Roy ne lailfa de les authorifer par edit, à la pourfuite de Pievj^e Lifet^ premier Prefi- dent, ennemi capital de ceux de la Religion, & de toute vertu ■'';&; depuis ont efté lefdits Articles acceptez pour confeiïion de foy, comme il fera dit en l'hiftoire des premières guerres civiles fous le Roy Charles neufviefme ^.
1. Ibid.^ p. 394 et 447.
2. Ibid., 414 et 427.
3. Voy. Opp.Calv.^VW. Proles^.^p. g. Ces articles arrêtés le 10 mars i543, se trouvent inse'rés dans l'édit du 2 3 juillet, dont il est immédiatement ques- tion et qui fut enregistré le 3i juillet et proclamé le i""" août. Isambert. Recueil gén. des anc. lois franc. ^ XII, 820, comp. Sleidan., II, 320. Floquet, Hist. du Parlem. de Normandie. Rouen 1840, II, 270.
4. Articuli a Faciiltate theol. Paris, determinati. Cum Antidoto, 1544. 0pp. Calv., VII, I ss. Comp. Ci-espin, i35 a.
5. Il devint plus tard le principal promoteur de l'institution de la fameuse Chambre ardente, mais l'inimitié qu'il s'attira de la part du Cardinal de Lor- raine lui fit perdre sa dignité dans un âge avancé. Mais ce qui servit avant tout à transmettre son nom à la postérité, fut la fameuse satyre que Théod. de Bèze dirigea contre lui à propos de ses écrits polémiques publiés contre les protestants : Epistola Magistri Benedicti Passavantii responsiva ad com- missionem sibi datam a ven. D. Petro Li^eto, i553, réimpr. et trad. par Isid. Liseux. Par. 1875, et surtout la complainte de Messire P. Lizet sur le trespas de son feu Nez. V. Baum, Théod. Be^a., I, 192 s.
6. II, 63o.
sous François I. Livre I. 5 1
L'an i544, Pierre Bonpain de Meaiix^ cotîtraint de Je retirer à 1544. Aiibigny [là oii^ ainfi quà Meaux^ il y a grande manufadure de Bonpain^ 34 draperie)- advança grandeiiient le Rojaimie de Dieu, de forte que Aubigny. plujîeurs des plus riches marchans J'adjoingnirerit à l'ajfemblée, oii Je faijoient Jeidement quelques leéîures des fainâes EJcritures avec les prières. Mais il ne peut longuemejit continuer, aiant ejîé Jaify, puis mené' & brujlé vif à Paris, à la pourfuite dufieur (i'Au- bigny, Efcoffois, homme d' ef prit fort farouche , & ne demandant pas mieux, que de f enrichir de la coyififcation des plus riches de fa ville. Mais Dieu l'en punit bien tofî après, efiant advenu que le Conte de Lenos ^ ., f on frej^e aifné, aiant efîé envoie par le Roy en Efcoffe, pour affeurer l'eftat du pays après la mort du Roy Jaques cinquiefme 4-, au lieu de faire les affaires du Roy f on maifîre, f'eftoit laissé pratiquer par le Roy Henry huitiefme d'Angleterre, prenant la nièce d'iceluy ^ en mariage; de laquelle lafcheté enflant le Roy irrité, feifî mettre cefieur d' Aubigny , frère puif né d'iceluy, en pr if on, oii il demeura longuement , donnant maugréfoy autant de loifir aux habitans d'Aubigny de reprendi^e aleine, & de fe fortifier de jour en jour.
La mefme année, en la ville de Sens, ville archiepifcopale, un Beo-neti petit nombre de fidèles commencèrent à f'alfembler, qui furent persécuteur tantofl defcouvers, & furent les uns mis prifonniers, les autres contraints de fenfuir. Entre les prifonniers fe rencontra un Jacopin nommé Begueti^ ^ qui avoit efté efcolier en Sorbonne, & pris fon degré aux defpens du Cardinal de Chafillon^ & qui avoit acquis réputation de prefcher aflez purement en la paroiffe de fain6l Ger-
1. Tout ce passage est copié de V Histoire des Martyrs^ f. i85 a, seulement il paraît y avoir une erreur dans l'indication de l'année i 544, sous laquelle est rapportée ici la mort de Bonpain. h'Hist. des Alart.^ comme déjà les Actiones et Monimenta Martyrum, i5Go, f. 119 a, donnent l'année 1546 et rattachent le fait à la persécution de Meaux, qui eut lieu en sept. 1 546 ; voy. p. 49. Crespin, f. 182 b.
2. Aubigny sur la Nerre en Berri (dép. du Cher). Charles VII l'avait donné à Jean Stuart, connétable d'Ecosse, pour ses services rendus à la France.
3. Matthieu Stuart, comte de Lenox.
4. Le 14 décembre 1542.
5. Marguerite Douglas, sœur du roi Jacques et fille du comte d'Angus et de la sœur de Henri VIII d'Angleterre.
6. Comp. p. 3o.
Rouen : H II s son martyr.
Provence Les Vaudois.
52 Hijîoire Ecclejîajîiqiie
main le vieil à Paris, mais le ventre emporta la tefle. Car non feulement il abjura quelques propofitions qu'on difoit avoir efté par luy tenues en chaire, mais qui plus eft devint perfecuteur & des plus feditieux de fon ordre.
D'autre part par Arreft du Parlement de Rouan un apoticaire de Blois nommé Gui llaimie Hiijfon^ fut brullé vif, pour avoir femé quelques livrets à la levée de la Court de Parlement, mourant en telle confiance, qu'eftant guindé en l'air, & tenant toufiours fes yeux fichez au ciel, il ne fut veu fe remuer, horfmis que rendant l'efprit il baiffa la teite. Celle confiance fut caufe, que plufieurs furent efmeus de f'enquerir de la Religion, & par ce moyen furent gaignez à l'Eglife. Mais il eft temps que nous venions à une perfe- cution faide en ce temps des plus eftranges & cruelles qui foient 35 jamais advenues en l'Eglife de Dieu. Ce que nous reprendrons de bien haut, afin que le tout foit tant mieux entendu.
Les Vaudois ^'^ qu'on appelle, de temps immémorial feftans oppofez aux abus de l'Eglife Romaine, ont efté tellement pour- fuivis, non point par le glaive de la parole de Dieu, mais par toute efpece de violence & cruauté, jointes à un million de calomnies & fauffes accufations, que force leur a efté de f'efpandre par tout où ils ont peu, errans par les deferts comme pauvres beftes fauvages; aiant toutesfois le Seigneur tellement confervé les demeurans, que nonobftant la rage de tout le monde, ils fe font maintenus, comme ils fe maintienent encores en trois contrées bien efloignées les unes des autres, eftans les uns en Calabre, les autres en Boefme & pays circonvoifins, les autres es vallées de Piémont, dont ils fe font efpars es quartiers de Provence, depuis environ deux cens feptante ans, principalement à Merindol, Cabrieres, Lormarin & quartiers d'alentour. Et combien que les lieux où ils fe retirèrent, fufl^ent tous deferts tant à caufe des guerres, que pour l'afpreté du pays, fi eft-ce que Dieu 3^ a tellement bénit leur labeur aftiduel, qu'ils les ont rendus abondans en bleds, vins, huiles, miel, amandes, & grand beftail, jufques à en foulager tout le pays.
1. Crespin, f. i 55 b.
2. Crespin, f. 141 a, d'où le récit qui suit est extrait. Comp. Histoire mémo- rable de la persécution et saccagement du peuple de Merindol, Cabrieres et autres circonvoisins, i555, in-32. La Popelinière, VHist. de France, éd. I 58i, in-fol. T. I, 24 s.
sons François I. Lipre I. 53
Leur vie par l'atteflation & voix publique a toufiours efté paifible. Ce qui les a rendus agréables à leurs voifms, aians acquis la répu- tation d'eftre gens loyaux, charitables à merveilles, palans leurs debtes fans plaidoier, & en gênerai ennemis des vices. Quant à la Religion, ils n'ont jamais adhéré aux fuperftitions Papales, mais par longue fucceflion de temps la pureté de la dodrine f'eftoit grandement abaftardie entre leurs miniftres, qu'ils appellent en leur langage, Barbes^ qui vaut autant à dire que Oncles, ainfi comme en TEglife Romaine on appelle les Pères & Beauperes. A cefte occafion ils ont efté toufiours haraffez par les Evefques & inquifiteurs, abufans du bras de la juftice feculiere, de forte que c'eft un évident miracle de Dieu, qu'ils aient ainfi peu fubfifter. Ce qui eft fouvent apparu auffi par horribles jugemens de Dieu, exécutez fur leurs perfecuteurs , entre lefquels n'eft à oublier un 36 certain Jacopin Inquifiteur nommé De Roma^ lequel outre les De Ronia, extorfions & pilleries exercées contre ce pauvre peuple % vint «"^"'5'^^"''- jufques là, qu'il faifoit emplir des bottines de grailTe toute bouil- lante, qu'il faifoit chauffer à ceux qu'il vouloit tourmenter; dequoy adverti, le Roy, quelque adverfaire qu'il fuft de ceux qui tenoient autre religion que luy, commanda qu'en toute diligence il fuft appréhendé. Mais le moine advertyde bonne heure, fe fauva dans Avignon, là où aiant efchappé la main des hommes, il tomba entre les mains de Dieu vivant, qui en feit une terrible juftice au veu & fceu d'un chacun. Car toft après il fut privé de toutes fes pilleries par un autre larron, & frappé en fon corps d'une maladie fi horrible & fi puante, que nul ne pouvoit approcher de luy, & finalement mené à l'hofpital finit fes jours en une horrible deftreffe, eftant pourry tout vif en tous fes membres, grinçant les dents, & criant que quelqu'un le tuaft, après qu'en vain il eut effayé de fe tuer foymefmes.
Or, pour revenir maintenant à noftre hiftoire, aians les deffuf- Députation dits entendu la grâce que Dieu faifoit en quelques villes d'Aile- ^^^J^p^^l^ magne & de Suiffe, y envolèrent de leur part Georges Morel de mateurs. Freiffiniere en Dauphiné, miniftre, que eux mefmes avoient entre- tenu aux efcoles, & un nommé Pierre Majfon àtBouvgon^nç.^ lefquels conférèrent diligemment de tous les poinèls de la dodrine,
I . De i52i à I 532.
54 Hijîoire Ecclejîajîiqiie
tant à Bafle avec Jean Oecolampade^ qu'à Strafbourg avec Capito
& Martin Bucer^ & à Berne avec Berthold Haller^ premier
miniftre de ladite Eglife'. Par le rapport defquels, aians entendu
comme peu à peu la pureté de la dodrine n'eftoit demeurée entre
eux, ils donnèrent ordre, envoians jufques en Calabre vers leurs
frères, que tout fuft remis en meillieur eftat, & depuis l'an i635
feirent imprimer à leur defpens, à Neufchaflel en SuifTe, la pre-
Traduction miere Bible Françoije imprimée de noftre temps, traduite de
de la Bible p j^g^pigu p^r Pierre Robert Olivetan -^ avec l'aide de Jean Calvin^
Olivetan. qui l'a depuis Ibuventesfois amendée en quelques palfages. Car,
quant à la tradudion des Bibles Françoifes au paravant imprimées
durant les ténèbres de l'ignorance, ce n'eftoit que fausseté et
barbarie.
Ces chofes irritèrent merveilleufement leurs adverfaires tel- lement, que dès lors ils furent en extrême danger. Mais, aians 37 eu refuge à la Cour, le Roy feit celTer la pourfuite du Parlement par letres de l'an i535, le i(3 de Juillet^, & i536, dernier de May, leur faifant grâce, en abjurant, six mois après la publication def- dites letres, dont ils fe fervirent non pour abjurer, mais pour refréner la furie de leurs adverfaires. Et de faid combien que quelques uns, adjournez & comparoilfans au Parlement d'Aix, aient efté les uns exécutez à mort, les autres fleftris au front, autres privez de leurs biens ; fi eft ce que le corps du peuple en gênerai ne fut point affailli jufques en l'an 1640, auquel an les Persécution habitans de Merindol, aians efté adjournés en la perfonne de deMérmdol qy^^ze OU feize des principaux, à l'inftance du procureur du Roy Cabrières. au Parlement d'Aix, & folicitation de l'Arcevefque d'Arles, Evefque d'Aix, & autres Ecclefiaftiques, arreft fut donné contre eux le plus exorbitant, cruel & inhumain, qui fut jamais donné en aucun Parlement, & quand tout fera dit, femblable en tout & par tout à l'Edit du Roy Aifuerus, donné à l'inftance d'Aman contre le
1 . Cette mission des deux ministres Vaudois auprès des réformateurs de la Suisse et de Strasbourg eut lieu en i 53o. Voy. Herfo^, die romanischen Wal- denser. Halle i853, p. 335 ss. Maurel e'tait proprement de Chanteloube. Arnaud, H. des Prot. du Dauphiné, I, 18.
2. Voy. supra p. 2 i.
3. Voy. cet Edit à?ins Papon^ Recueil d'Arrests notables des Cours soiiv. de France. Pont-à-Mousson 1608, p. 19.
sous François I. Livre I. 55
peuple de Dieu, comme il eft recité en Thiftoire d'Efter. Car outre ce que par contumace les adjournez, hommes & femmes, font condamnés à eftre bruflés vifs par ledit arrefl, leurs enfans, fervi- teurs & famille défiées & profcrites, il eft dit, que le lieu de Merindol fera du tout rendu inhabitable, les bois couppés & abbattus deux cens pas à l'entour, le tout fans avoir jamais ouï les delfufdits". Ceft arreft fut trouvé fi eftrange, que le premier Prefi- dent mefmes, nommé Barthélémy Chajfanée^ & plufieurs Con- feillers n'en trouvèrent bonne l'exécution. Qui fut caufe finale- ment que lefdits Arcevefque d'Arles & Evefque d'Aix, avec quelques Abbés, Prieurs & Chanoines f eftans affemblez en Avi- gnon, feirent conclufion de folliciter à communs frais l'exécution de l'arreft envers les Prefîdens & Confeillers de la Cour, f offrans de foudoier gens de guerre, pour y aller avec enfeignes defployées & artillerie. Suivant cefte refolution, combien que le fufdit Prefi- dent remonftraft que ceft arreft n'eftoit proprement définitif, & que partant les lois & ordonnances du Royaume n'en permettoient 38 l'exécution fans autre procédure, joint qu'il pourroit advenir de grans maux d'une telle exécution, outre le mefcontentement qu'en auroit le Roy; ce neantmoins par authoritéde la Cour, le tabourin fonna en Provence, & furent ordonnés capitaines avec nombre de gens de pied & de cheval, qui commençoient à marcher tous armés & equippés, quand le fieur à.' Aliène^ muny de la cognoilTance du droict divin & humain, ufa de telles & fi vifves remonftrances envers ledit Prefident, que foudain il révoqua la commiftion, & fut cefte entreprise rompue-.
Ceux de Merindol cependant, fans fe préparer à aucune refiftence , hommes & femmes , enfans , maiftres & ferviteurs n'attendans que d'eftre menés comme brebis à la boucherie, crioient à Dieu, lequel toucha tellement le cœur du Roy, que aiant ouy le bruit de cefte affaire, au lieu de le trouver bon, il
1. Le texte de ce jugement du i8 nov. 1540 est donné par Crespin, f. 141b, comp. La Popelinière^ i58i, in-fol. I, 24b.
2. On raconte que Nicolas d'Allenc avait fait naître ces scrupules chez Chassanée à propos de ce jugement, en lui rappelant son plaidoyer en faveur des rats excommunie's par suite des dévastations des champs qu'ils avaient causées, comme il le rapporte lui-même dans son Catalogus gloriœ mundi, L. XII. Crespin, f. 145a. Popelinière^ f. 25a. De Thoii^ I, 536.
I. 5
56 Hijîoire Ecclefiajîiqiie
manda letres au fieur de Lange/^ fon Lieutenant , pour lors au pays de Piémont, de f enquérir diligemment & au vray de tout ce faièt, Obeïffant donc à ce commandement, le fieur de Langej^ après f'eftre diligemment informé des mœurs & façons de ce peuple, enfemble de la vérité de ce qui leur eftoit impofé par leurs ennemis, en feit tel rapport au Roy, que le 8 de F'evrier audit an 1640, il envoia letres de grâce non feulement pour les condamnez sur défauts & contumace, mais auffi pour tous autres du pays de Provence, mandant exprelfement au Parlement, que dorefenavant ils n'eulfent en tel cas à procéder fi rigoureufement qu'ils avoient fait par le pafTé, enjoignant toutesfois aux deffufdits de faire dans trois mois après l'infmuation desfufdites letres folenelle abjuration des erreurs, efquels ils feroient tombés'. Ces letres furent fuppri- mées jufques à ce que par importunité, & après plufieurs requeftes le Parlement en feift la publication, adjouflant que tous ceux, tant hommes, femmes, qu'enfans, qui feroient foufpeçonnés d'eftre Luthériens, eulfent à fe reprefenter par devers ladite Cour : excepté ceux contre lefquels le Procureur du Roy prendroit conclufion, & qui feroient fpecialement demandés pour refpondre fur les charges & informations contre eux faites. Ceux de Merindol fur cela aians remonftrépar requefle quel travail & coud ce leur feroit de venir tous en perfonne, obtindrent qu'ils feroient cela par pro- 3^ cureur ; & de faid huit jours après François Chay & Guillaume Armant^ faifans foy de leur procuration, comparurent, requerans qu'on leur feift apparoir de leurs erreurs & herefies, pour, après en eftre convaincus par la parole de Dieu, les abjurer félon l'inten- tion du Roy. Or, n'avoient jamais peu obtenir ces pauvres gens copie ny double d'aucun ade ny procédures faicles contre eux, mefmes avoient efté defenfes faicles à tous Greffiers, Notaires, Sergens & tous Officiers, de ne recevoir aucun acte, oppofition ou proteftation , ny de leur expédier doubles de leurs exécutions, de forte qu'ils furent contraints d'avoir recours au Roy, lequel com- manda leur eftre baillé le double de toutes les procédures, avec mandement à tous Notaires & Officiers d'exécuter tous actes, nonobftant l'arreft de la Cour donné au contraire, lequel en cefl
I . Les lettres de grâce du Roi provoque'es par l'enquête de Guillaume Du Bellay, alors Gouverneur du Piémont, se trouvent dans Cre^/'J», f. 1451». Popelinière^ f. 2 51^.
sous François I. Livre I. b-j
endroit eftoit révoqué. Suivant donc ce mandement, aians obtenu un Notaire au lieu de Mallemort, ils couchèrent par aéle publique en bonne forme la doctrine à eux enfeignée comme de père en fils, voire depuis l'an 120 après la Nativité de Jefus Christ, comme ils avoient toufiours entendu par leurs anciens & anceftres, dont s'en- fuit le fommaire.
«Treshonorés Seigneurs, les grandes fafcheries, travaux, pertes Confession & tormens, tant à nos biens, noftre honneur, qu'à nos perfonnes, de foi qu'avons enduré & fouffert depuis l'an i53i jufqu'en la prefente Vaudois de 40 année 1541, pour les faux rapports & accufations qu'on a fait à Mérmdol rencontre de nous, nous incitent & par necelîité contraignent Cabrières. derechef vous fupplier, combien que par plufieurs fois avons efté efconduits, que voftre bon plaifir foit, pour l'honneur de Dieu, benignement efcouter noftre humble & Chreftienne requefte , avec certain & véritable advertiifement que nous vous ferons en faine confcience, prenans Dieu, qui veoit & cognoifl toutes chofes, en tefmoin, à celle fin que dorefenavant vous nous mainteniez en droit & équité, comme ceux qui doivent adminiftrer Juflice tant à pauvres, qu'à riches, fans faveur.
Premièrement, pource que toutes les moleftes & perfecutions qu'on a faict à l'encontre de nous, viennent à caufe de la Religion, Nous confeflbns devant Dieu & devant vous, & tous Princes Chreftiens, en quelle foy & doctrine nous fommes & voulons vivre. Et premièrement en la fentence & opinion de la Religion & Eglife Chreftienne nous nous accordons totalement. Car pour la règle feule de noftre foy, nous avons les articles qui font contenus au Symbole des Apoftres. Nous ne fommes point enveloppés ny voudrions eftre d'aucuns erreurs, ou herefies condamnées par l'ancienne Eglife, & tenons les enfeignemens, qui ont efté approuvés par la vraye foy. Nous nous reputons eftre corrompus & perdus par le péché originel, & que de nous mefmes nous ne pouvons faire aucune chofe que péché. A quoy nous vous difons & confellons que le premier & principal fondement de tout bien en l'homme, eft régénération d'esprit, laquelle Dieu par fa bonté & grâce baille à fes elleus. Et à caufe que tous les hommes de leur nature font totalement pécheurs, nous les eftimons eftre en con- damnation & ire de Dieu, finon ceux que par fa mifericorde a refervés.
58 Hijîoire Ecclejîajiique
Or la manière de la délivrance eft telle. Il faut recevoir Jefus Christ en la façon qu'il nous eft prefché en l'Evangile, c'est à dire qu'il efl noftre rédemption, jurtice & fandification. Parquoy nous croions que par la feule foy ouvrante par charité nous fommes juflifiés, nous deffians de nos propres œuvres, nous ren- dans du tout à la justice de Chrift. De la régénération, nous tenons que l'homme de fa nativité eft aveugle d'intelligence, dépravé en volonté, & afin qu'il puille avoir vraie & falutaire cognoiifance de Dieu & de fon Fils Jefus Chrift, il eft illuminé du Saind Efprit, & après eft fancfifié en bonnes œuvres, afin que luy aiant la Loy de Dieu efcrite dedans fon cœur, il renonce à tous defirs charnels ; à caufe dequoy Remillion de péché nous eft touftours neceffaire, fans laquelle nul ne peut avoir Dieu propice.
Au nom feul de Jefus Chrift, feul Médiateur, nous invoquons Dieu le Père, & n'ufons d'autres oraifons, que celles qui font en l'Efcriture fainde ou à icelles concordantes en fentence. Nous ne retenons aucunes doClrines humaines contrevenantes à la parole de Dieu, comme fatisfadion des péchés par nos œuvres, les confti- 41 tutions commandées fans icelle parolle de Dieu, avec une mauvaife opinion d'obligation & mérite, & toutes couilumes fuperftitieufes, comme adoration d'images, pèlerinages & chofes femblables.
Nous avons les Sacremens en honneur, & croions qu'ils font tefmoignages & fignes, par lefquels la grâce de Dieu eft confermée & alfeurée en nos confciences: à caufe dequo3^nous croions que le Baptefme eft figne, par lequel la purgation qu'obtenons par le fang de Jefus Chrift eft en nous corroborée en telle façon], que c'eft le vray lavement de régénération & rénovation. La Cène du Seigneur Jefus eft le figne fous lequel la vraie communion du corps & du fang de Jefus Chrift nous eft baillée.
Touchant du Magiftrat, comme les Princes & Seigneurs, & toutes gens de Juftice, nous les tenons eftre ordonnés de Dieu, & voulons obéir à leurs loix & conftitutions, qui concernent les biens & corps, aufquels loyaument voulons payer tributs & impofts, difmes, cenfes, & toute chofe qui leur appartiendra, en leur por- tant honneur & obeilfance en toutes chofes qui ne font contre Dieu. »
Au refte de ceft efcrit, ils refpondent à quelques accufations par- ticulières, concluans qu'il leurplaife leur remonftrer amiablement, i'il fe trouve qu'ils foient errans en quelque chofe; & que cepen-
soîis François I. Livre I. 5q
dant ils ne fouffrenr, & foient moleftés ny empefchés de labourer, & qu'ils cultivent la terre pour nourrir leurs povres femmes &enfans. Le tout datte de Merindol le 6 d'Avril 1541. »
Sur tout cela ne fut reipondu autre chofe, fi non que les fup- plians pourroient venir en toute feureté jufques au nombre de dix, pour declairer fils veulent f'aider des letres du pardon du Roy, ou non. Cependant pource que le lieu de Cabrieres & fes dépen- dances, voifms de Merindol, & peuples de mesfmes gens, font du Conté de VenilTe", fous la fouveraineté du Pape, ces mefmes articles avec plus ample déclaration furent envoyés tant à VEvef- qiie de Cavailloîi qu'au Cardinal Sadolet, Evefque de Carpen- tras % lequel comme il eftoit homme de grandes letres, & contraint quelquefois par ûi confcience, de cognoiftre beaucoup de chofes en fon eftat, leur fit bonne refponfe ; tendant toutesfois par douces paroles, à les deftourner de la pure confeffion de vérité, pour avouer le Siège de Rome; dont il avoit conceu telle efperance, voiant la fimplicité & intégrité de ce peuple, que l'année fuivante, aiant le Vicelegat d'Avignon à la pourfuite dudit Evefque de Cavaillon affemblé gens de pied & de cheval, pour aller deflruire Cabrieres^ ledit Cardinal rompit toute cefle entreprife, & promit à ces pauvres gens, qu'eftant de retour à Rome, il feroit merveille pour la reformation de l'Eglife, ce que toutesfois il ne fit depuis. Cependant les fufdits Arcevefque d'Arles, & Evefque de Cavaillon pourfuivans à ce que ledit Arreft fuft exécuté, ou que toutes ces pauvres gens feiffent folennelle abjuration, la Cour ordonna qu'un Confeiller avec un greffier, l'Evefque de Cavaillon & un dodeur en Théologie fe tranfporteroient fur le lieu, pour les convertir. Mais l'Evefque & fon dodeur y eflans arrivés les pre- miers, ne guaignerent autre chofe, fmon que le Dodeur aiant veu les fufdits articles, au lieu de difputer au contraire, confeffa tout hautement, qu'il n avoit tant apris es faindes Efcritures tout le temps de fa vie, qu'il avoit fait en huit jours, conférant les fufdids
1 . C'est-à-dire Venaissin.
2. Le Cardinal Sadolet, connu particulièrement par la lettre qu'il adressa, en mars 1 539, aux Genevois, pour les engager à rentrer dans l'Eglise de Rome, et parla Re'ponse que Calvin, alors expulse' de Genève, lui e'crivit" Calvini 0pp. Vol. V. Comp. A. Joly, Etude sur J. Sadolet. Caen iSSy.
5o Hijîoire Ecclejîajliqiie
articles avec les paflages qui eftoient allégués en la fufdite déclara- tion. Le mefme Evefque y retourna encores une fois accompagné de quatre moines frefchement venus de l'Univerfité de Paris, l'un defquels aiant ouy rcfpondre les petis enfans fur les demandes de leur Catechifme, confelfa auffi publiquement qu'il n'avoit jamais tant appris de bien en toutes les difputes qu'il avoit faicles & ouies en Sorbonne, qu'il avoit appris en oiant ces petis enfans. Quelque temps après le Confeiller avec un Greffier de la Cour, & un Dodeur, en la prefence dudit Evefque, y arrivèrent, là où après plufieurs remonflrances des uns, & refponfe des autres, f'offrans d'abjurer les erreurs qui leur feroient remonftrées, & fur ce les articles de leur confeffion eftant leus, finalement, l' Evefque ne voulant parler qu'à l'oreille dudit fieur commiffaire, & le fuf- dit Docteur n'aiant jamais voulu parler que Latin, tous les com- miflaires s'en retournèrent confus. Qui plus efl, les trois Docl:eurs venus à diverfes fois, depuis ce temps là, quittèrent la religion 4^ Romaine, & depuis font devenus prefcheurs de la doctrine qu'ils avoient perfecutée.
Depuis ces chofes là, les habitans de Merindol furent quelque peu de temps en repos par une fingulicre grâce de Dieu, aiant eftonné leurs ennemis par la mort horrible de De Roma cy deffus recitée '. Et pareillement par le foudain décès du Prefident Chaf- Janée^ lequel toutefois leur avoit efté bien doux en comparaifon du Prefident Mcnyer^ dont nous avons maintenant à parler. Ce per- fonnage fut fils de Gz/zV/d-z/we Me/y^er, fi homme de bien, que pour racheter fa vie, outre la privation de fes Efl;ats & offices, il luy Jean coufl:a tout son bien. De forte qu'il ne lailfa pour tous biens à Je<7« Menier, Meuyer^ fon fils, que le tiltre de la feigneurie d'Opede, qui eftoit d'Ovède. pour lors fort peu de cas. Ce fils, vray fuccelfeur de l'ambition & trefmauvaife confcience de fon père, befongna fi bien que première- ment il fut fait viguier du Pape en la ville de Cavaillon, au Comté de Venifle, pour vérifier le proverbe. Tel maifi:re, tel valet. De là par certains moiens il devint Prefident du Parlement de Provence, voire mcfmes Gouverneur de Provence en l'abfence du fieur de Gri- gnan. Et pour accroifl:re fa feigneurie d'Opede, il ne faillit de fe fervir du crime d'herefie, pour ruiner les plus riches laboureurs qui y
I. P. 36.
sous François I. Lipre I. 6i
fulTent, retenant les uns en prilbn, en extrême mifere, & efpouvan- tant les autres, pour fe faiTir de leurs biens meubles & immeubles, fans avoir compaffion des femmes, & petis enfans ; & finalement pour parachever l'entière ruine tant deceuxde Cabrieres, lieu diflant d'une lieue d'Opede, que de Merindol, & en gênerai de tout ce pauvre peuple, fe délibéra, nonobftant tout ce que deffus, d'exécuter le cruel arreft cy deffus mentionné.
Ceux de Merindol, advertis d'une telle entreprife, fe retirèrent vers le Roy François, l'an i543, l'advertiffant des contraventions à fes letres de l'an 1640 & des miferes & dangers, où ils eftoient réduits. Le Roy continuant fa bénignité envers eux, évoqua à foy l'exécution dudit arrefl de contumace, caffant toutes les procé- dures du Parlement, auquel, & à fon procureur gênerai, il en 44 ofla la cognoiffance, jusques à ce que par l'un des maiftres des Requeftes de fon hoftel & un Dodeur en Théologie de rUniverfité de Paris, envoies fur les lieux neceffaires, il fut informé de la foy & converfation defdits de Meridol, & autres cir- convoifms. Mais nonobftant cefte évocation infmuée, & publiée au Parlement fur la fin du mois d'Octobre ', le Cardinal de Tournon^ ennemi capital de ceux de la Religion, feit tant, que fuivant les mémoires & treffaulfes inftructions envolées en Cour par Phi- lippes Court ain^ HuilFier dudit Parlement (par lefquelles il don- noit à entendre, que ceux de Merindol & autres leurs voifms jufques au nombre de quinze mil hommes f'eftoient mis aux champs à enfeignes defploj^ées, en délibération de prendre d'em- blée la ville de Marfeilles, & d'en faire comme un Canton de Suiffe), il y eut letres toutes contraires expédiées du mois de Jan- vier enfuivant, fous le nom du procureur gênerai du Roy au Con- feil privé, pour exécuter ledit arreft de contumace, avec comman- dement d'emploier Ban & Arriereban du pais, avec les vieilles bandes de Piémont, qui fe preparoient pour le voyage d'Angle- terre.
Ces lettres receues , d'Opede efpiant l'abfence du fieur de Entreprise Grignan^ les garda depuis le mois de Janvier jufques au douziefme de d'Opede d'Avril 1545, qu'il délibéra de l'exécuter en perfonne ; combien j^f^^^indol et qu'il n'y euft plus au lieu de Merindol que deux ou trois de ceux Cabrières.
I. Le 2 5 octobre 1544. Voy. plus bas p. 71.
62 Hijfoire Ecclejîajiiqiie
qui avoient efté condamnés. Mais le malheureux en vouloit à tous ceux dont il fouhaitoit le pillage, qui eftoient jufques au nombre de vingtdeux, que villes, que villages. Pour ce faire doncques, lefdides letres d'exécution aianseflé le 12 d'Avril leues, & interinées en un mefme jour au Parlement, furent députés pour Commiffaires de l'exécution, François delà Fo«, fécond Prefident, Honoré de Tribiitiis^ & Bernard Badet^ Confeiller, l'Advocat Giierin^ en l'abfence du procureur gênerai. Plufieurs commiffions furent auffi expédiées, & la guerre publiée à fon de trompe, tant à Aix, qu'à Marfeille, pour ladite exécution; de forte, qu'entre autres compagnies fe trouvèrent cinq ou fix enfeignes defdites vieilles bandes de Piémont, affiftant le Capitaine Poulain avec ledit Prefident, pour conduire le tout. Et par ainfi le i3 d'Avril arrivèrent les fufdits Commiffaires à Pertuis, au lieu d'aller droict 45 à Merindol où f'adreffoit leur commiffion, là où ils trouvèrent le Capitaine Volegitie^ qui defià un mois au paravant avoit commencé de piller le beftail de certains villages d'alentour. Le lendemain 14 ils arrivèrent à Cadenet, là où ceux qui venoient de Piémont feirent de grans fourragemens. D'autre coflé d'Opede accom- pagné de fes deux gendres, à favoir de Pouriei & de Lauris^ avec le Juge d'Aix, & Jean Mejran^ Capitaine des enfans de la ville, & Nicolas Thibault^ marchant de Cruffon, conducteur des pionniers, fortant de la ville feit aller une partie de fes gens par Per- tuis, & aux autres il feit palier la Durance au port de Cadenet, là où fut faicte la délibération de ce qui f'enfuivit puis après. Car le lendemain 16, Poulain commença à mettre le feu aux villages de Cabrierette, Papin, la Mothe, & Saind Martin, appartenans au fieur de Sental^ alors pupille, là où les pauvres laboureurs fans aucune refiftence furent tués, femmes & filles violées, femmes groffes & petis enfans meurtris fans aucune mifericorde ; les mammelles couppées à plufieurs femmes, auprès defquelles mortes furent veus mourans de faim les petis enfans, aiant fait crier ledit d'Opede fur peine de la hard, qu'on ne donnaft vivres ne foulage- ment quelconque à aucun d'iceux. Tout y fut pillé, bruflé & fac- cagé, & ne furent fauves que ceux que Poulain choifit pour fes Galères. Le 17 d'Opede feit approcher les vieilles bandes venues de Piémont, & le jour fuivant feit brufler les villages de Lormarin, Ville Laure, & Treizemines, où ne fe trouva perfonne. De l'autre
sous François I. Livre I. 63
>
coflé de la Durance le fieur de Rocqiie^ & autres de la ville d'Arles, bruflerent Genifon & la Rocque, efquels auiïi ne fe trouva perfonne. Le i8, d'Opede^ arrivé à Merindol fur les neuf heures du matin, n'y trouva qu'un jeune payfan nommé Morifi Blanc^ homme fort fimple, lequel f'eftant rendu prifonnier à un foldat avec promelie de deux efcus pour fa rançon, d'Opede ne trouvant aucun autre fur lequel il peuft exécuter fa rage, paya ces deux efcus au foldat, & l'ayant fait attacher à un arbre, le feit tuer à coups d'arque- boufes ; puis feit entièrement piller, brufler & rafer tout ledit 46 village, où il y avoit plus de deux cent maifons. Le 19 le camp fut planté devant Cabrieres, & le 20 eftant faite quelque brèche, il fut accordé à ceux de dedans, qu'ils auroient les biens & la vie fauves, & feroient pris en juftice. Or n'eftoient-ils dedans en refiftance, que foixante payfans, defquels eftoit chef EJtienne le Marroul^ aufquels affiftoient environ trente femmes, eftant le furplus des autres hommes cachés en leurs caves, & les femmes & petis enfans dedans le Temple. Ceux-cy doncques eflans fortis fans armes fui- vant ceft accord, foudain le Prerident,fesdeux gendres, & aultres fe ruèrent _ delfus , & y en eut de 25 à 3o liés, & menés en un pré, où ils furent cruellement & de froid ûmg hachés en pièces, prenans plaifir de Pouries, pour gratifier à fon beaupere, decoup- per teftes & bras à ces pauvres corps morts. Les autres furent menez à Marfeille , Aix & Avignon. D'Opede de fon cofté, aiant pris les femmes , dont aucunes eftoient enceintes , les enferma en une grange , faifant mettre le feu aux quatre coings. Surquoy un foldat efmeu de pitié, leur aiant fait ouverture , elles furent repoul- fées dedans le feu à coups de picques & hallebardes. Cependant les foldatz entrez dans la ville, tuèrent ceux qu'ils rencontrèrent, & plufieurs trouvés cachés aux caves furent liés deux à deux , & menés en la falle du Chafteau , où ils furent horriblement malfa- crez à la veue de d'Opede par les Capitaines Vallcron &. Jean de Gaj'e. En après les capitaines des ruffians d'Avignon , entrans de- dans le Temple , tuèrent femmes & enfans , fans aucun refpeél d'aage, ny de fexe, eftant eftimé ce meutre d'environ huit cens perfonnes. Sur la fin de cefte exécution , arriva le fieur de la Cofte , parent de d'Opede , lequel il fupplia de luy envoler aucunes gens de guerre audit lieu de la Cofte ; luy offrant de luy mener tous fes fubjeds dedans Aix , & de faire tant de brefches à la muraille ,
64 Hijioire Ecdejîajîiqiie
qu'il voudroit : ce qui luy fut accordé de bouche , mais non pas tenu. Car trois enfeignes de gens de pied y furent envoiées , qui pillèrent ce que bon leur fembla, bruflerent une partie du village , violèrent femmes & filles , & y tuèrent quelques payfans , fans y avoir trouvé aucune refiflance. Cependant le refte de ceux de Me- rindol & autres lieux eftoient par les montagnes & rochers en 47 terribles extrémités ; & sur cela aians prefenté à d'Opede^ qu'il luy pleuft leur ottroier paffage pour fe retirer en Allemagne , ne de- mandans pour tous biens, que leurs pauvres chemifes , & femmes & enfans , ne peurent toutesfois rien obtenir de ces beftes enragées. Ce que voians, ils fe refolurent par prières & mutuelles exhor- tations d'attendre tout ce qu'il plairroit à Dieu, pluftoft que flefchir en manière quelconque en la confeffion de la vérité de Dieu. Et de faiét les ennemis fe meirent à la retraitte. Ce neantmoins avant le partir d'iceux, plusieurs moururent de faim & de mifere en grand contentement toutefois de leurs confciences, & louans Dieu. Les autres peu à peu font retournés en leurs maifons , & terres defolées. Là où Dieu les a tellement bénits, qu'ils fe font depuis derechef habitués, perfeverans en leur mefme religion comme au paravant. Quant à l'armée, f en retournant. Dieu ne meift pas long temps à deploier fes jugemens fur quelques uns. Car Lojs de Vame, beaufrere du Prefident, & auffi le frère & le gendre de Pierre Durant, maiftre boucher d'Aix, fe noierent palfans la rivière de Durance.
Apres les fufdites cruautés ainfi commifes , cuidans ceux de la Cour couvrir leurs injuftices, envolèrent commiflaires pour infor- mer des fufpecls d'herefie , & fachans que la plainte en eftoit ve- nue jufques au Ro}^, y envolèrent ledit la Foji, lequel aiant donné à entendre , que tous les habitans ainfi traictés avoient efté ouis , cognus & jugés pour hérétiques , obtint letres du 23 Aoufti545 approuvant taifiblement toute cefte exécution. Mais on afferme, que depuis eftant le Roy à la mort , eut merveilleufement remords de ce faict, & chargea fon fils avec grandes proteftations, d'en faire faire juftice. Le Tandis qu'on procedoit ainfi par voie de faicl; contre ceux de la
co)icile de Religion , le Pape preparoit de la fumée pour efblouir les yeux à ceux qui les ouvroient de Jour à autre: j'appelle fumée ce qui a efté depuis appelle \q Concile Oecuménique de Trente, lequel après
Trente.
sons François I. Livre I. 65
avoir long temps traîné , à favoir depuis ces temps jufques en l'an i563 après avoir efté fouvent rompu & renoué, finalement a efclos 48 une confirmation de tous les abus. Le Roy aiant fait paix avec l'Empereur, combien qu'il euft fouventesfois promis aux Princes Proteflans , de ne faccorder à aucun Concile , qui ne fuft du tout libre & franc, toutesfois f 'accorda avec les autres. Mais adverti par Cajîellanus ' , fon ledeur & Evefque deMafcon,que fil faloit difputer contre les Luthériens qu'on appeloit, il faloit venir bien préparé, ou recevoir une honte ^, il voulut que certains Théolo- giens François des plus doctes f'affemblaiTent à Meliin pour con- férer enfemble préalablement des principaux points eftans en dif- férent 3 : non touteffois fans leur avoir fait prefter ferment de tenir Conférence leurs refolutions bien fecrettes, quelles qu'elles fuffent. Ils faliem- Melun.
blerent doncques. Mais il y eut telle divifion entr'eux , qu'il ny eut que paroles & injures , & vindrent quelquefois jufques aux mains, ne pouvans certains ignorans , qu'on avoit meilés parmi les au- tres , fouffrir que plus do(5tes qu'eux touchalTent tant foit peu aux abus: & n'a on peu rien favoir davantage de l'iilue de cefte déli- bération. Mais tant y a que le Roy envoya pour haranguer l'an fuyvant au Cqncile entre autres Pierre Danès, homme vrayement Pierre trefdocte en la langue Grecque, dont auffi il avoit efté fait profelïeur -Da;2è5. à Paris , comme nous avons dit en fon lieu 4 , & qui mefmes eftoit entré en quelque cognoilfance de la vérité; mais outre ce qu'il eftoit naturellement un peu débile de fon cerveau, aiant voulu veoir l'Italie à la fuite de l'Evefque de la Vaur , de lamaifon de Selva^, il fut deftourné du \.o\ii^d.v Pierre Biinel , eftant aufli au fervice dudict Evefque , & vray Pelagien , homme au refte fort bien efcri-
1 . Castellaniis ou Pierre Châtelain (Du Chastel) , disciple d'Erasme et d'Alciat, homme d'une probité reconnue, dont François I", après la mort de Budé, avait fait son bibliothe'caire à Fontainebleau. Y. De Thoii, I,p. 234, et surtout Gallandii Vita Pétri Castellani ex rec. Steph. Balupi. Paris 1674.
2. Voy. Correspond, de Calvin, 0pp. XII, p. 12. La lettre de Calvin à Me'- lanchthon, Janv. i545.
3. Sur cette assemblée voy. Sleidan., II, Syi. Gallandius, 1. 1. p. 83. Strobel Miscellan. literar. Inhalts, III, 221. Elle se réunit le i5 nov. 1544.
4. P. 4.
5. George de Selva, mort en 1541, ambassadeur français à Venise après
f.
66 Hijîoire Ecclejîq/îiqiie
vant en la langue Latine '. Et finalement Daiièsïaix précepteur du Roy François fécond , & fucceffeur de fon maiftre en rEvefché , eft devenu mefmes perfecuteur 2. Il fefmeut auffi lors une queftion Différend entre quelques uns de qualité aians cognoiffance de la vérité , à T.r'^^^j' Paris: à l'occafion de ce que Jean Calvin, fâchant combien il y en mites, avoit qui fe flatoient en leurs mnrmites , )ulques a le poluer es abominations manifeftes de l'Eglife Romaine , les avoit taxés en un certain efcrit trop aigrement à leur appétit -\ Les uns donc qu'on appella depuis Nicodemites , maintenoient qu'on pouvoit aller à la Meffe , pourveu que le cœur n'y confentift point , & avec je ne fay quelles conditions , les autres au contraire difoient , qu'il 49 faloit fervir à Dieu purement de cœur & de corps , & fe garder de toutes polutions+. Ce différent fut caufe qu'un homme exprès fut envoie non feulement à Genève & en Suilie , mais aulîi à Straf- bourg, & iufques en Saxe : & furent depuis toutes les refponfes im- primées enfemble - . Or combien que par icelles les Allemans accor- daffent quelque chofe davantage que les autres , il fut toutesfois arrefté d'un commun accord , qu'on ne peut fervir à deux maiftres : ce qui ferma la bouche pour lors à ceux qui f'eftoient voulu cou- vrir d'un fac mouillé: & fut caufe ce différent d'un trefgrand bien, plufieurs f'eftans refolus de fe dédier du tout à Dieu , qui f'endor- moient au paravant en l'ordure. Il y en eut d'autres en la mefme La Reine faifon , qui tafcherent d'efmouvoir la Royne de Navarre contre Navarre ^^^^ ^^ ^^ Religion , prenans occafion de ce que Jean Calvin réfu- tant les blafphemes & impieté des Libertins avec cefte faincle li- berté & efficace de l'efprit que Dieu avoit donné à ce grand per- fonnage entre tous ceux de noflre temps , avoit nommé Qiiiiitin -& Pâques , deux principaux Docl:eurs de cefle maudite fecle , &
1 . Voy. sur Pierre Biinel , le jugement qu'en porta Calvin , De Scandalis. Opéra VIII, 20, et surtout l'article de Bayle.
2. Voy. infra p. 852.
3. Petit Traicté monstrant que c'est que doit faire un homme fidèle quand il est entre les Papistes. 043. Calv. 0pp. VI, SSy.
4. Excuse de Jeh. Calvin à Messieurs les Nicodemites sur la complaincte qu'ils/ont de sa trop grand' rigueur. 1544. Ibid. p. 589.
5. Elles se trouvent dans VAppendix ad Libellum de vitandis superstitioni- bus, ibid. G 17. Comp. Be:;a Vita Calv. {0pp. XXI, p. i38). Colladon, Vie de Calvin (ibid. p. 67).
. sous François I. Lwre I. 67
qui avoient eu plus de crédit envers la dite Royne qu'il n'eftoit expédient'. Mais Cab'in luy en fatisfeit tellement , qu'onques de- puis elle ne fen plaignit -.
L'année 1 546, notable en plufieurs fortes, tant dedans le Royaume 1546. que dehors , f 'eflant efmeue en Allemagne la grande guerre d'entre l'Empereur & les Proteftans , fut d'abondant remarquable par la perfecution horrible de VEglife de \Ieaux, que nous avons Persécution dit avoir efté diiîipée dès l'an i523, nonobllant laquelle tempefte, ^^-'^ Eglise tant fen falut que la femence de la parole de Dieu y fuft alors Meaux. eftouftee;, qu'au contraire elle germa & frudifia toufiours peu à peu , de forte qu'en France on faifoit un commun proverbe , des Luthériens de Meaux. Qui plus eft , plufieurs d'entre eux , aians fongneufement vifité & confideré VEglife Françoije drelfée pre- Première
mierement à Strafbourgxi^vJean Calinn"^, encouragèrent tellement orgam- 1 '1 j' j 1-u • -1 j r sation d'une
les autres a leur retour, que a une commune délibération ils drel- Eglise en
ferent une forme d'Eglise entr'eux , à l'exemple de celle qu'ils France. 5o avoient veue, eflifant pour leur miniftre, après le jeufne & les
prières , un nommé Pierre de Clerc, cardeur de laine de fon me- Pierre ftier, mais, outre l'intégrité de vie, fort exercé es Efcritures , com- Le Clerc, bien qu'il n'euft cognoilfance que de la langue Françoife. Et de ' '^''
faict ce personnage fut tellement benift de Dieu en fon miniftere, prefchant & adminiftrant les Sacremens en l'affemblée, en la mai- son à'EJîiene Mangin , qu'en peu de temps y accourans plufieurs des villages , mefmes de cinq & fix lieues à la ronde , ils fe trou- vèrent de trois à quatre cens , qu'hommes que femmes : ce qui fut caufe qu'ils furent bien toft décèles. Aduint donc le 8 de Sep- tembre audit an 1546 (auquel jour ceux de l'Eglife Romaine cé- lèbrent la nativité de la vierge Marie) que le Lieutenant & le Prevoft de la ville avec leurs fergens , advertis par leurs efpions , furprindrent une affemblée defoixante personnes; aufquels eflant did, qu'on les faifoit prifonniers de parle Roy, tant fen falut qu'ils refiflalfent (ce qu'ils pouvoient faire, & efchapper aifément par force , fils en eulfent voulu ufer, attendu qu'ils n'euffent eu faute de fecours de plufieurs qui eftoient dehors, & commençoient d'entrer à la file) qu'au contraire ils fouffrirent tous jufques à un ,
1 . Voy. supra p. 22.
2. Calv. à la reine de Nav., 28 avr. i545. Correspond. III (Oj?/?. XII), p. 64.
3. Kampschulte., J. Calvin., I, 320.
68 Hijîoire Ecclejîa/îiqiie
d'eftre liés & menés comme on voulut , louans Dieu de l'honneur qu'il leurfaifoit; entre lefquels une jeune fille fe voyant ainfi lier, dit ces mots au Lieutenant : « Monfieur, fi vous m'euffiés trouvé « en un bordeau, comme vous me trouvés en une fi fainéte & honnefte « compagnie, vous ne m'eufliez pas ainfi liée. » Ils furent doncques ainfi tous menés en prifon , fans aucune refiftance : car tant f 'en falut, que ceux de la Religion efl:ans par les rues affemblés pour les voir paffer, efmeufl'ent quelque tumulte , ou bienfe cachaffent, qu'au contraire ils se meirent à chanter à haulte voix le Pfeaume 79, commençant. Les gens entrés font en &c. De là après les in- formations prifes , nommément fur ce qu'ils avoient célébré la Cène, ils furent garrotés sur des chariots , & traînés fi rudement jufques à Paris (à favoir quarante & un hommes , & dixneuf fem- mes) que plufieurs fe trouvèrent tous caffés , & derompus devant qu'efl;re mis sur la géhenne , qui toutesfois ne leur fut efpargnée. L'ilfue du procès, duquel fut raporteur Jean Tronjon^ Confeiller, 5i & ennemi capital de ceux de la Religion , fut telle , que le 4 d'Oc- tobre audit an, par Arrefi: de la Cour, quatorze furent condamnés à eftre queftionnés extraordinairement, puis bruflés vifs en un feu au grand marché de Meaux , près de la maison d'EJîiene Mangin, où ils avoient efté pris , avec confifcation de tous leurs biens , à favoir Pierre le Clerc Miniflire , François le Clerc , EJîiene Man- gin, Jaques Boîichebet , Jean Brijebarre , Henri Hutinot , Tho- mas Honoré, Jean Baudouin, Jean Flejche, Jean & Pierre Piquery Jean Matejlon, Philippes Petit , & Michel Caillou. Et quant aux autres, LofsPicquery fut condamné à eftre pendu fous les aiffelles durant l'exécution, puis fuftigé, & finalement reclus à jamais au Monaftere de Sainct Faron ; Lof s Coquemant , & Pajquier FouaJJé, à eftre fuftigés par trois divers jours , la corde au col , puis bannis; Adrian Grongnet , à eftre fuftigé une fois à Meaux, & une autre fois au village de Sacy; Jean Vincent^ à eftre fuftigé une fois cà Meaux , puis tous deux bannis. Le refte tant hommes que femmes , hormis cinq femmes aufquelles les prifons furent ou- vertes, furent condamnés à devoir affifter à l'exécution , puis faire amende honorable, les hommes en chemifes, & les femmes pieds nuds, & pareillement d'afiifter à une proceflion, prédication, & Meffe folennelle , la torche au poing : le tout avec rafement de la maison d'E^/îiene Mangin , pour y édifier une chapelle où fe diroit
sous François I. Livre I. 69
tous les jeudys une Meffe du facrement, prenant les deniers fur les biens confifqués. Ceft arreft eftant prononcé, les quatorze qui dé- voient eflre bruflés , furent feparés en divers Monafteres , pour ef- faier de les faire chanceler. Mais ce fut en vain. Parquoy ils furent livrés à Gilles Berthelot , Prevoft des Marefchaulx , & furent ainfi conduits à Meaux , eftans fans ceffe à leurs coflés & à leurs aureilles deux dodeurs , pilliers de Sorbonne , cà favoir Piccard & Mail- lard. Advint furie chemin un cas fort notable, c'eft que paffant par la forefl de Livry , un homme d'un petit village , nommé Couberon, tifferand de toiles de fon meftier , commença à fuivre les cha- riots , exhortant les prifonniers à haute voix. Et pource qu'il 52 ne les pouvoit fuivre alfez toft, levant les mains en haut, & leur criant, « mes frères, ayésfouvenance de celuy qui eft là haut au ciel.» Quoy voyans les Archers du Prevoft, le prindrent, lièrent, & jet- terent dans le chariot avec les autres, qui en receurent une tref- grande confolation. Arrivés à Meaux, ils receurent la queftion extraordinaire, & trefcruelle , qu'ils fouffrirent fi conftamment, qu'ils n'accuferent jamais personne de leurs frères; & mefmes y en eut un d'entre eux, qui cria aux bourreaux qui le tiroient, courage mes amis, n'efpargnés ce miferable corps qui a tant refifté à l'ef- prit, eftant contraire au vouloir de fon Créateur.
Le lendemain 7 dudit moys ils furent menés au fuplice, eftant premièrement la langue coupée à EJîiene Mangin, qui ne laiffa puis après de dire par trois fois bien haut & intelligiblement, «Le nom de Dieu foit bénit», puis fut trainésur une claye, comme aufti Guil- laume Le Clerc ^ & les autres en tombereaux jufques au grand marché, où ils furent guindés & bruflés en quatorze potences plantées en cercle, euxfe voians tous en face, & f'entredonnans courage, en louant Dieu à pleine voix jufques au dernier foufpir, quoy que leurs paroles fulfent empefchées par les preftres & par la populaffe, crians au contraire comme forcenés, O salutaris hojîia , & Sahe Regina. Cela fait, & le lendemain 8 du mois. Picard, pour achever son triomphe, venu avec une magnifique proceffion en la place où le feu ardoit encores, prefchant fous un poile de drap d'or', dit entre autres chofes, après f'eftre bien tempefté, qu'il eftoit ne- ceffaire à falut, de croire que ces quatorze exécutés eftoient damnés
I . Poile, c.-à-d. poêle, un dais, ou comme dit \q Livre des Martyrs : «ayant pour pavillon ».
La disper- sion à Senlis : Jean Goujon ;
à Orléans :
Faron Mangin ; à Fère : Estienne Poiiillot, martyr.
Annonay . François d'Augy, martyr.
70 Hijîoire Ecclejîajtique
au fond des enfers, & que fi un Ange du ciel venoit dire du con- traire il le faudroit rejetter, pource que Dieu ne feroit point Dieu, fil ne les damnoit éternellement. Si ne peut-il perfuader cela à ceux qui les avoient cognus trop gens de bien, & entiers en leur vie ; & ne fut pour cela efteinte la femence de vérité en la ville de Meaux'. Ce neantmoins la difperiion fut grande, mais au grand avancement de plufieurs autres Eglifes qui furent édifiées des pierres de cefte ruine.
Alors fe retira à Senlis un nommé Jean Gouion - avec plufieurs autres, en un quartier de la ville nomnié la Rue de Meaux, où 53 aucuns commencèrent de faflembler pour y faire les prières. Et quoy que deux de l'afiemblée, à favoir P<7/(/ & Chauvin^ fufient pris & bruflés-\ les fidèles toutesfois continuèrent depuis comme ils peurent jufques à un meilleur temps. Un autre, nommé /"a/'o/z Mangin^ fe retira à Orléans, où il feit un grand fruicl. Un autre nommé E^ftiene Ponillot^ natif de Normandie près de Caudebec, f'eftant retiré de Meaux à Fere en Tartenois, à quatre lieues de Soiifons, ne faillit d'y communiquer ce que Dieu luy avoit départi ; à raifon dequoy eftant pris & mené à Paris , après longue déten- tion, & finalement après avoir eu la langue coupée, fut bruflé vif d'une façon non acouftumée, à favoir, aiant fur les efpaules une charge de livres4.
Ceux de Nonnay en Vivarès, defquels nous avons parlé en l'hif- toire de l'an i539, eftoient demeurés en grande crainte, jufques environ ce temps, auquel un nommé François d'Augy- y fut faifi revenant de Genève, & par arreft du Parlement de Tholofe bruflé vif, avec telle ardeur de foy, qu'il fut ou}^ criant à haute voix au milieu des flambes: «courage mes frères, je voy les cieux ouvers & le Fils de Dieu qui f'aprefte pour me recevoir; » ce qui encouragea tellement plufieurs des afliftans , qu'ils luy refpondirent
1 . Tout ce récit concernant les commencements de l'Église de Meaux et les 14 martyrs, est tiré de Crespiu., f. 182b s. Comp. Du Plessis., Hist. de l'Eglise de Meaux, I, 348; II, 292.
2. Voy. Crespin., f. 640 a.
3. Le texte ajoutait : à Paris, mais les Errata du 3" vol. disent de rayer ces mots, de même ils changent la leçon primitive : Chamin en Chauvin.
4. Crespin, f. 191 a,
5. Ibid.
sous François I. Livre I. y i
tout haut ce que Dieu leur donnoit pour déclarer leur foy, & que par manière de dire, il ne tenoit à eux que deflors ils ne le fuivif- fent. Toutesfois pas un d'eux pour cela ne fut en plus grand danger. Mais cefte mefme année 1 546 un pauvre homme fut bruflé à cré- dit, quoy qu'il full cognu de petit entendement, nommé Antoine de S. Paul^ lequel aiant eflé autresfois marguiller, & ne pouvant eftre payé de quelque refte qui luy eftoit deu, aiant trouvé un jour l'armoire ouverte, où ils mettent la ai/lode qu'ils appellent, em- porta en fa maifon l'hoftie comme pour gages. Mais le payement qu'il en receut fut, que voiant que la ville en eftoit troublée, quoy qu'il l'eufl bien & dévotement reportée, comme il confeifa volon- tairement, il en fut brullé tout vif, luy faifant accroire qu'il eftoit de la religion.
Environ ce mefme temps unnommé Jean Chapot de Daiiphiné^, 54 i^uTpnsk Paris par Jean André^ libraire du Palais, avec quelques Jean André balles de livres qu'il avoit aportées de Genève, cuida ef branler T Paris tout le Parlement par une remonftrance trefdocle & treifaincte qu'il feit aux Conseillers, de forte que (ce qui n'avoit jamais efté ottroié à autre) trois Docleurs de Sorbonne, à favoir Nicolas Clerici , Doyen de la faculté de Théologie, Picard & Maillard furent appelles pour difputer avec luy tefte à tefte; ce que les Docteurs n'aians ofé refufer pour leur honneur, ne voulurent toutesfois jamais entrer en matière, requérant C/z^ji7c// que le diffé- rent fuft vuidé par l'authorité des fainctes Efcritures, & les Doc- teurs au contraire fe voulans tenir aux déterminations de leur Eglise Romaine, fans difputer fi elles eftoient conformes à l'Efcri- tureounon. Plufieursde fes Juges oians cela le voulurent abfoudre. Mais l'impudence des uns fut plus forte que la couardife des autres : tellement qu'il fut condamné à eftre brullé, luy refervant le béné- fice de n'avoir la langue coupée, & d'eftre eftranglé fil fe vouloit defdire. Cela fut caufe qu'eftant mené à la place Maubert, il luy fut permis de parler de bout, eftant fouftenu fur la charette par deux hommes, parce qu'il avoit efté prefque defmembré fur la géhenne extraordinaire, pour accufer ceux à qui il avoit vendu des livres. Et lors fit-il une excellente confeffion de fa foy jufques au
I. Crespin, f. 190 a, qui raconte au long son histoire, le nomme Pierre, comme l'appelle aussi Calvin^ Correspond.^ 11 août 154G, T. III. 0pp. XII, p. 370. Petriis librariiis.
I. 6
72 Hijioire Ecdefiajtiqiœ
point de la Cène, sur lequel eilant interrompu par Maillard, contre lequel fe dreifa quelque murmure, cela fut caufe qu'incontinent il fut defcendu de la charrette, & guindé à la potence, en laquelle pour faire acroire au peuple qu'il avoit dit Aj^e Mai^ia, il fut eftranglé & puis bruflé. Mais Maillard fe fouvenant de la honte qu'il avoit receue, allegant que ii on permettoit le mefme aux autres, tout feroit perdu, importuna tant la chambre ardente (qu'on appel- loit lors) qu'il fut conclud que déformais au fortir de la prifon on couperoit la langue à tous ceux qui ne fe voudroient defdire. Quant à Jean André^ c'efloit un petit libraire du Palais, l'un des grands fupofls de la challe faincte Geneviefve , lequel a fait long temps ce meflier d'efpionner & furprendre les pauvres fidèles pour avoir quelque part au butin, dont finalement il fut payé de Dieu, eftant frapé d'apoplexie en la prefence de tous, & mort fans la confeffion dont il avoit eflé fi jaloux.
Commence- Nonobstant ces perfecutions, la foy de plufieurs f'aiguifoit 55
"e "lise de pl'-^ftoft qu'elle ne rebouchoit, comme entre autres villes il advint
Lj^on : à Lion au mefme mois d'Octobre , auquel lieu un nommé Pierre
Foin-ndet Foumelet^ de Louan ^ en Normandie, commença de prefcher en une
maifon particulière à quatorze ou quinze perfonnes feulement,
tous bons marchans, & hommes d'apparence, auquel lieu ayant
JeanFabri. efté tantoft defcouvert & contrainct de fe retirer, Jean Fabri , depuis miniflre de Genève 2, fucceda, continuant jufques à Noël de l'année fui vante 1547. Langres : A Langres aiijfi ville Epifcopale & des plus ancieiines de France, Séraphin. ^ limitrophe de pliijieurs provinces , un bon perfonnage nommé Séraphin, aiant commeiicé de dreffer une belle ajfemblée , fut fur- pris, & avec quatre autres bruflé à Paris avec une admirable confiance, en laquelle exécution advint cela de notable, que Picard ejîant tout efperdu, au lieu de defpiter & tempefîer co7Jîme il avoit acouftumé défaire en tel cas, fe meifl à exhorter à patience l'un
1 . On n'a pas sans raison émis la conjecture, s'il ne fallait pas lire Rouen {Bull, du Prot.fr. XII, 481)? En effet, Louan est dans la Brie et si Fournelet était Normand, il faut supposer que c'est par erreur qu'on a écrit Louan. Fournelet figure assez souvent dans la Corresp. de Calvin.
2. Jean Fabri remplaça à Genève /. Ferron., déposé en 049; il fut à son tour destitué en mars i5S6.,propter attentatam cuiusdam matronce pudicitiam. Be^a Farello, 16 mars 1559. Corresp. de Calv. VII. 0pp. XVI, 74.
sous Fi^ançois I. Livre I. 73
des cinq, lequel d'un vijage riant luy dit ces mots^Ji haut, qu'ils furent entendus aijement, Monjîeur nqftre maijlre, loué Joit Dieu, que vous changés de langage, mais fi vous cfiiés en ma place, o/eriés-vous vous vanter d'avoir une fi. bonne patience que celle que Dieu me donne ? Et ainfi jnoururent ces cinq Martyrs^.
L'année fuivante, à favoir 1647, les prémices de l'Eglife de Sens i54j. furent offertes à Dieu en la perfonne de Jean V Anglois^ advocat, ^8^^^^' '^^ homme dode & de bonne vie, bruflé pour la vérité, à la pourfuite Jean & aux defpens de fon propre oncle. Archidiacre en l'Eglife Cathe- l' Anglais. drale de Sens, nommé Barville -.
D'autrepart à IJfoire en Auvergne triompha en son Martyre un hsoire : nommé Jean Brugere^, d'un village d'Auvergne nommé Formai, „'^<^''"?
, . '^ ^ . Bruyère.
qui rembarra tellement l'Inquiûteur Ory en fa mort, fur le poinct ^ de la Cène, qu'il le contraignit de dire à quelques uns de fes fami- liers, qu'on faifoit tortà Brugere, &quef'il eufteftépoffible, ileuft fait adoucir fa fentence. Mais nonobftant cela il fut bruflé vif tref- cruellement, ce qu'il fouffritfi patiemment, qu'eftant au milieu du feu pendant en l'air, tout de fon long attaché à une chaîne de fer, il 56 ne fut veu remuer ny ouy crier, & demeura ainfi jufques à ce qu'en baiffant la tefte il rendit paifiblement l'efprit, ce qui efmeut telle- ment le peuple, avec les faintes paroles qu'ils avoient ouies de luy à la mort, que les uns difoient, voilà un grand miracle de Dieu; les autres demeuroient tous eftonnez. Et d'autrepart les officiers du Roy, Ory, & le bourreau, qui laiffa le patient à demy bruflé, f 'enfuirent tellement effraies, que fans retourner au logis, ils prin- drent la route de Montferrant diftantd'Iflbire de lîx grandes lieues. Et fut dit depuis par le Curé d'Iffoire, interrogué quelle