Google

This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project

to make the world's bocks discoverablc online.

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover.

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the

publisher to a library and finally to you.

Usage guidelines

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. We also ask that you:

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for Personal, non-commercial purposes.

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help.

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find additional materials through Google Book Search. Please do not remove it.

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe.

About Google Book Search

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web

at|http: //books. google .com/l

Google

A propos de ce livre

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en

ligne.

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont

trop souvent difficilement accessibles au public.

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.

Consignes d'utilisation

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. Nous vous demandons également de:

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un quelconque but commercial.

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile.

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en aucun cas.

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère.

A propos du service Google Recherche de Livres

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adressefhttp: //book s .google . coïrïl

JOURNAL ASIATIQUE

HUITIÈME SÉRIE

TOME XVIII

JOURNAL ASIATIQUE

RECUEIL DE MÉMOIRES

D'EXTRAITS ET DE NOTICES

RELATIFS À L'HISTOIRE, À LA PHILOSOPHIE. AU\ LANGUES

ET À LA LITTÉBATUBE DES PEUPLES OBIENTAUX

ET PUBLIÉ PAE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE

HUITIÈME SÉRIE TOME XVIII

PARIS

IMPRIMERIE NATIONALE

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR

I DCCC AGI

JOURNAL ASIATIQUE

JUILLET-AOÛT 1891.

PROCES-VERBAL

DE LA SÉANCE GÉNÉRALE DU 26 JUIN 189L

La séance est ouverte à 3 heures et demie, par M. Ernest Renan , président.

Le procès-verbal de la précédente séance géné- rale est lu et la rédaction en est adoptée.

Sont nommés membres de la Société :

MM. Maunoir (Charies), secrétaire général de la Société de géographie, présenté par MM. Ernest Renan et Barbier de Mey- nard;

Georges Bi^nédite, attaché au Musée du Louvre, présenté par MM. Barbier de Meynard et Rubens Duval.

La parole est donnée à M. Rubens Duval, qui lit, au nom de la Commission des censeurs, son rapport sur Tétat des finances de la Société. Sur la proposition du rapporteur, la Société vote des re- merciements à la Commission des fonds.

6 JUILLET-AOÛT I8gi.

M. Berger, en présentant le Choix de lettres d'Eu- gène Bumoaf, s^exprime en ces termes :

Je suis chargé par les éditeurs d'offrir à la Société asia- tique le présent volume, intitulé : Choix de lettres d'Eugène Burnouf, 1826-1852 ^ Ces lettres, recueillies et publiées par sa fille aînée , M"' Léopold Delisle , sont accompagnées d'une précieuse bibliographie des travaux d'Eugène Burnouf, qui est l'œuvre de M. Delisle.

11 ne m'appartient pas de parler d'Eugène Bumouf , en présence de tant d'hommes éminents bien mieux qualifiés que moi pour le faire.

Il est un fait pourtant que je ne puis me dispenser de re- lever, c'est la place considérable que tient dans ses lettres et que tenait dans sa vie et dans ses constantes préoccupations la Société asiatique , dont il a été l'un des fondateurs et dont il est resté l'un des inspirateurs.

Les lettres d'Eugène Burnouf nous font assister au magni- fique épanouissement des études orientales auquel les savants français, allemands, anglais, danois, de la première partie de notre siècle, ont travaillé d'un commun accord, et d'où est sortie notre Société. A côté du Commentaire sur le Yaçna , de l'Introduction au bouddhisme indien, des études sur le pâli et sur le zend et de ces magistrales introductions au Bhâgavata Purâna, qui portent au plus haut degré ce carac- tère impersonnel qui est la marque souveraine de la science , la correspondance d'Eugène Burnouf nous le fait voir vivant , travaillant et luttant pour les idées qu'il croyait justes et saines.

On y admirera sa grande simplicité, la vivacité de son esprit, l'ardeur de ses sentiments et de ses convictions scien- tifiques , la aûreté de sa méthode , et surtout cette suite dans le travail et dans les idées qpi lui a pernus de faire de si

' Choix de lettres d'Eugène Barnouf, 1 8 2 6- 1 85 2 , suivi dVnc bibliographie avec portrait et fac-similé. Paris, Champion, 1891, iIl-8^

PROCÈS-VERBAU 7

grandes choses et d'exercer une action si salutaire sur les destinées des études orientales.

M. Maspero donne lecture d un mémoire sur le rôle des forgerons dans le culte d*Horus. La légende locale d'Edfou assurait que le dieu de la ville, un Horus, avait autour de lui pour le servir une troupe de forgerons qui tenaient une place importante dans la domesticité du temple. Ces forgerons formaient une classe à part dont les membres, armés de la pique et du ciseau , accompagnaient le dieu dans ses cam- pagnes, et dont le chef était le second prêtre du temple. Ils forgeaient ou ne forgeaient plus, mais leur ancien nom de forgerons leur était resté et indi- quait leur origine. Il y a une situation analogue à celle qu*on obsei*ve encore chez les peuples de ÏAfrique équatoriale, les forgerons forment un des corps de Tétat et fournissent aux chefs de tribus des compagnons et des conseillers. Peut-être faut-il voir dans la légende égyptienne la trace d une ori- gine africaine du culte de THorus d'Edfou, lequel ne ressemble en rien à celui de THorus fils d'Isis qu on adorait dans la Basse-Egypte.

M. Philippe Berger fait une lecture sur Imscrip- tion de la statue du roi Panêmou» Cette inscription a été trouvée à Singerii, dans la région de TAmanus, au cours des fouilles exécutées par le Comité oriental de Beriin. Elle est longue de 2 3 lignes et gravée en relief sur la robe d'ime statue. Au bout de quatre ans elle na pas encore été livrée au public savant,

8 JUILLET-AOÛT 18QL

et l'on est réduit à en attendre la publication. M. Ber- ger met sous les yeux de la Société une petite pho- tographie de Tinscription que M. Renan doit à la libéralité de S. E. Hamdy-bey. Cette photographie, insuffisante pour l'étude , parce quelle ne laisse voir que le tiers ou le quart de la longueur des lignes, permet de se rendre compte du caractère de lal- phabet et, jusqu'à un certain point, de la langue de l'inscription. L'écriture est celle des anciennes in- scriptions araméennes ; la langue aussi est araméenne , avec certaines particularités par lesquelles elle se rapproche soit de l'hébreu, soit du phénicien. M. Berger termine en donnant , avec de grandes ré- serves , la traduction des quelques mots qu'il a pu déchiffrer. Il en résulte que cette statue est celle d'un roi Panêmou fils de Bodçid, à qui elle a été élevée par son fils. L'inscription est mise dans la bouche du fils, qui prend la parole, après un pro- tocole de trois ou quatre lignes contenant sa généa- logie et sans doute la date, pour raconter les exploits de son père et les siens, et notamment leurs rela- tions avec les rois d'Assyrie.

M. HaléAry communique une série d'observations sur l'inscription phénicienne de Sidon et sur l'in- scription de Panêmou. (Voir ci-après, p. i3.)

M. Oppert annonce qu'il est chargé par le Con- grès des orientalistes qui se réunira, cette année, à Londres de faire connaître que les membres sous- cripteurs au Congrès et les élèves des écoles orien- tées obtiendront des compagnies de chemins de fer

PROCÈS-VERBAL. 9

une réduction de moitié sur le prix du voyage. M. le Président donne acte à M. Oppert de cette information et rappelle que la Société , tout en lais- sant à chacun de ses membres le droit d'assister au futur Congrès, ny sera pas représentée par im dé- légué officiel.

Il est procédé au dépouillement du scrutin. Tous les membres sortants sont réélus.

La séance est levée à 5 heures.

OUVRAGES OFFERTS X LA SOCIETlÊ.

Par rindia Office : Bibliotheca Indica, old séries 265; new séries n°* 262, 776, 786, 788. Cal- cutta, 1891, in-8°.

Indian Antiquary, May 1891. Bombay, in-4^

Par la Société : Proceedings of the Royal Geogra- phical Society. June 1871. London, in-8^

Journal of ihe Royal Asiatic Society. Jan.-oc- tober 1889 et jan.-oct. 1890 (tomes XXI et XXII). London, in-8°.

Balletin de l'Institut égyptien, 3* série, I, an- née 1890. Le Caire, 1891, in-8°.

Zeitschrift der deutschen morgenlandischen Ge- sellschaft, t. XLV, 1 Heft 1891. Leipzig, in-8°.

Transactions of the Asiatic Society of Japan. Vol. XIX, part L March 1891, in-8°.

Société de géographie, comptes rendus, n°' 11- 1 3. Paris , 1891, in-8°.

Bulletin, 1" trimestre i89i,in-8°.

10 JUILLET-AOÛT 1891.

Par la Société : The American Journal of Philo- logy, Baltimore. April 1891, in-8*.

Transactions of the American Association, 1891, vol. XXI, iii-8°.

Par TAcadémie de Saint-Pétersbourg : Mémoires , t. XXXVIII, 2, 1891, in-4°; t. UI, livraison 1.

Mélanges asiatiques. Saint-Pétersbourg.

Par le Ministère de Tinstruction publique : Mé- moires publiés par les membres de la Mission archéolo- gique française au Caire, X, I, fasc. II; Cinq tombeaux thébains de la xviii^ dynastie, par Ph. Virey, 1891, in-4^ T. VII, 2* fasc. : J. Bourgoin, Précis de l'art arabe, Paris, 1891, in- 4°. 4* fasc. : P. Ra- vaisse, Essai sur l'histoire et la topographie du Caire, partie , 1891, in-4°.

Publications de TEcole des langues orientales vi- vantes : Histoire du sultan Djelal-ed-Din Mankobirti, prince du Kharezm, par Mohammed en-Nesawî, texte arabe publié par 0. Houdas. Paris, 1891, in-4°.

Par les éditeurs : Revue critique, n°' 19-25. Paris, 1891, in-8^

Bolletino, 29-31. Firenze, 1891, in-8°.

Choix de lettres d'Eugène Burnouf, 1 8 2 5- 1 8 5 2 , suivi d'une biographie avec portrait et fac-similé. Paris, 1891, in-4°.

Journal des Savants, mars et avril 1891,. in-/^^

Revue archéologique, mars-avril 1891, in-8°.

PROCÈS-VERBAL. 11

Par les éditeurs : Polybiblion, parties technique et littéraire, mai et juin 1891, in-8^

Comité de conservation de Vart arabe. Le Caire, 1891, in-/^^

The orientaUst Vol. TV, parts III and IV. Kandy, 1891, in-4°.

-— Par les auteurs : L. Lapatinsky, Dictionnaire rasse-kabardien, Tiflis, 1890, in-8®.

Aliotte de la Fuye, Le trésor de Sainte-BUm- dine. Grenoble, 1891, in-8^

' Gaur Das, Kalighat and Calcutta, 1891, in-8^

bouffi , Sapplément n" I an Catalogue de mon- naies arabes publié en 1879. Mossoul, 1891, in-8^

*— Habib , Berg-i'Sebz (en persan). Constantinople, l89o,in-8^

Destourtché, 3* édition. Constantinople ,1890, in-8°.

Mumâresati-farsyé. Constantinople, 1890, in-8^

MunifPaichaL, Medjmoua-i funoun. Constanti- nople, 1890, in-8°.

Kemal Effendi , Muntakhibâti-Schahnâmé. Con- stantinople , 1891, in-8°.

A. Bergaigne et V. Henry, Manuel pour étu- dier le sanscrit védique, Paris, 1890, in-8°.

Consens, The caves of Nadsur and Karsambla. Bombay, i89i,in-8°.

Francisque Mège, Un registre d'état civil de Vannée 1793, Clermont-Ferrand , 1891, in-8°.

12 JUILLET-AOUT 1891.

Par les éditeurs : Schefer, Etat de la Perse en 1 660 , par le P. Raphaël da Mans. Paris, 1890, in-8**.

Auguste Mouliéras , Les fourberies de Si Djéha , contes habyleSy t. I, texte. Oran, 1891, in-8°.

J.-D. Luciani, Traité des successions musulmanes (ab intestat). Paris, 1891, in-8°.

G. Deiphin, Recueil de textes pour l'étude de l'arabe parlé. Paris-Alger, 1891, in-8°.

J. Lippert, De epistula pseudaristotelica zfspl (SoŒiXeias commentatio. Berolini, 1891, in-8°.

J. Bachmann , Secundi philosophi taciturni vita ac sententiœ, Berolini, 1888, in-8°.

J. Bachmann , Die Philosophie des Pythagorœers S^candiw. Beriin , 1888, in-8^

A. Bloch, Phônicisches Glossar. Beriin , 1 89 1 , in.8^

PROCES-VERBAL. 13

ANNEXE AU PROCÈS-VERBAL DE LA SEANCE DU 26 JUIN 1 89 1 .

COMMUNICATION DE M. J. HAL^VY.

I

L'inscription phénicienne de Sidon que M. Renan a ré- cemment publiée dans la Revue d'assyriologle et d'archéologie orientale, 2* volume, n* 3, p. ']^rl7^ contient un certain nombre d'expressions sur lesquelles Téminent orientaliste ne s^est pas prononcé d*une manière définitive. Je demande la permission de présenter à la Société le résultat de mes efforts en vue de résoudre ce petit problème.

Le texte transcrit en caractères hébreux se compose de deux lignes ; la séparation des mots ne souffre de doute que pour quatorze lettres dont neuf terminent la première ligne et quatre conunencent la deuxième ligne.

La traduction des mots séparés est ainsi donnée par M. Renan, et il ne saiu*ait y en avoir d'autre :

Offrande faite par Abdmiskar. . . . .JiU de Baalsilleh, à son seigneur Salman, Quil le bénisse.

Il reste à expliquer les deux groupes obscurs 1100*713^31 et ^3îS?31 . Examinons d'abord le premier, en nous aidant de quelques considérations préliminaires.

Le nom propre Abdmiskar n'étant suivi d'aucune indica- tion de parenté ou de servage , telle que p « fds » , riN « frère » ,

14 JUILLET-AOOT 1891.

^H «homme, mari», nay «serviteur», il est évident que le mot suivant représente répilhèle du personnage , et , en effet , le mot 31 «grand, chef, préposé», ainsi que l'a vu M. Cler- mont-Ganncau , répond au grec Ap^œv, Or comme le titre 21 n*est pas particulier aux chefs de corporations ouvrières, mais s*applique indifféremment à tout préposé ou fonction- naire supérieur, on n'est pas obligé de voir dans 13y un coi'ps de métier exclusivement à toute autre classe d'individus. Le sens exact de ce terme me semble résulter d'Isaïe, xxiii,

2 , qui donne aux commerçants sidoniens p^2 "inb le qua- lificatif de D^ "IDy «traversant la mer». Les nombreux vova-

geurs qui s'embarquaient sur des navires sidoniens pour se rendre dans les colonies phéniciennes ont certainement s'adresser à une administration particulièrement créée dans rintérèt de la navigation; il parait donc assez probable que le personnage nommé Abdmiskar était le chef de bureau de cette administration.

Séparé des cinq lettres queje viens d'expliquer, le groupe DDD^ ne peut former qu'un seul mot, et notamment un mot qui est déjà connu par l'inscription de Mêscha^ (1. a i) et suffi- samment commenté par la phrase y")î(n b^ ^riDP^ ll^iC de la même inscription et par l'expression DiiDD^I de l'inscrip- tion d'Ëschmunazar; c'est l'infinitif du verbe ï|0> «ajouter, augmenter», précédé de la préposition ^ «à, pour»; com- parez l'hébreu n2vb, m"iS, nyi^ de 2V\ n")\ yr.

Cette explication, en somme satisfaisante, du premier groupe, semble de nature à jeter un jour nouveau sur le groupe qui figure au début de la seconde ligne. Le verbe transitif V]D^ exige impérieusement un complément direct, seul ou suivi d'un complément indirect, comme c'est le cas des exemples précédemment cités. Ce second complément qu'in- diquent les prépositions 7, '?y, 3 et d'autres encore n'a na- turellement pas de place dans les cinq lettres >3^31 ; il ne faut donc y chercher que le seul complément direct , lequel ne saurait être autre que le bilitère 3*7 «abondance, gran-

PROCÈS-VERBAL. 15

deur, gloire , prospérité t. On Ht dans le livre d'Esther, V, 11, Haman fit sa femme et à ses amis) le récit de 1133 V22 3^1 llC^Sf «sa grande richesse et de la haute position de ses fils». Le reste ne présente plus de sérieuse difficulté. L'idée qui vient d*abord à T esprit d'envisager ^W comme l'état construit, de D^C^ cannées», n'ahoutit point à un sens qui convienne au contexte ; elle doit être définitivement aban- donnée, et il ne reste qu'à voir dans ce mot, soit un nom d*homme **ZV = Secundus, soit Tétat construit du nom de nombre DW , héb. D^3Ç? « deux » , auquel cas on prendra le mot suivant p pour Tétat construit du pluriel DZ2 , prononcé benê = héb. >J3; la composition ]2 \V7 «les deux fils de» fi- gure notoirement dans Tinscriplion de Malle.

Le texte que nous étudions peut donc se traduire de la manière suivante :

Offrande faite par Abd-Miskar, chef (de l'administration) des voyageurs, pour augmenter la prospérité de Sênî, Jils (ou des deuxjîls) de Ba^alsillêh, à son seigneur Salman, Qu'il le bénisse!

II

Un hasard des plus inattendus ayant mis sous mes yeux la petite photographie malheureusement si imparfaite de l'inscription dite de Panêmou que M. Berger publie dans son ouvrage sur Talphabet sémitique , j*en ai reçu certaines im- pressions qui ne sont peut-être pas sans quelque intérêt pour la question relative à la langue de la Syrie septentrionale.

Si mon sentiment ne me trompe , le texte de Panêmou est rédigé dans un dialecte franchement phénicien qui était fort, probablement celui des peuplades hétéennes. D'abord le père de Panêmou s'appelle 1213 «membre du dieu Çadw, nom purement phénicien et inusité chez les peuples araméens ; puis la forme dédicatoire IT 3^S^ « cette stèle » a un air non araméen assez sensible; en araméen archaïque, ce serait

16 JUILLETAOÛT 1891.

NT Î(ri323 ; enfin le pronom de la première personne est claire- ment écrit "^iSK , forme inconnue à Taraméen , ainsi qu'à foutes les langues sémitiques du sud. Ceci suffit pour classer Tbé- téen dans la famille phénicienne, ainsi que je Tai soutenu dans plusieurs de mes écrits, contrairement à la tradition qui place rhabitat primitif des Araméens dans la Haute-Syrie et dans la Mésopotamie septentrionale.

J'ajoute un mot : Celte inscription ne m'a pas fait TefTet d'un texte très ancien ; l'écriture est passablement dégénérée; le monument ne semble pas être antérieur au vu* siècle. Il se peut donc que le Panémou de ce texte ne soit pas le roi de Sam^al vaincu par Tiglathphalasar II. Cela, sous toutes ré- serves.

TABLEAU DU CONSEIL D'ADMINISTRATION. 17

TABLEAU

DU CONSEIL D'ADMINISTRATION

CONFOaHÉUENT AUX NOMINATIONS FAITES DANS L'ASSEMBLEE GENERALE

DU a6 JUIN 1891.

PRESIDENT HONORAIRE.

M. Barthélemy-Saint Hilaire.

PRESIDENT.

M. Ernest Renan.

VICE-PRÉSIDENTS.

MM. Barbier de Meynard. E. Senart.

SECRÉTAIRE.

M. James Darmesteter.

SECRÉTAIRE ADJOINT ET BIBLIOTHECAIRE.

M. Rubens Duval.

TRÉSORIER.

M. le marquis Melchior de Vogué.

COMMISSION DES PONDS.

MM. Drouin. Specht. Clermont-Ganneau.

XTin. 3

iHraiiiRKi* ■ATioaAi.a.

18 JUILLET-AOÛT 1801

GENSBURS. MM. ZOTENBERG.

Rubens Duval.

MEMBRES DU CONSEIL.

MM. Oppert. J. Halévï. Michel Breal. Berger.

HoUDAS.

CoRDIER.

DE ROCHEMONTEIX.

DiEULAFOY.

labbé Barges.

FOUCAUX.

J. Derenbourg.

D Hervey de Saint-Denys.

Ch. Sghefer.

Feer.

Lancereau.

Spiro.

le D' Leclerc.

A. Barth.

Maspero.

H. Derenbourg,

Sylvain LÉvi.

Clément Huart.

RODET.

Zotenberg.

UAPPORT DE LA COMMISSION DES FONDS. 19

RAPPORT DE M. SPECHT,

AU NOM DE LA COMMISSION DES FONDS,

ET COMPTES DE L'ANNÉE 1890.

Messieurs ,

Cette année , la Société a eu à payer les frais d*impression des Chants populaires des Afghans; aussi les dépenses se 'sont-elies élevées à ig^Siofr. 5o; les recettes ont été de a 3,34 1 fr. 58, donnant un excédent de 4«o3 1 fr. 08. Si Ton a atteint ce chiffre , c*est grâce à M. le Ministre de Tinstruction publique et des beaux-arts qui a bien voulu nous allouer, outre la souscrip- tion ordinaire annuelle, une somme de 3,ooo francs pour payer une grande partie des frais du nouveau volume de la Collection des auteurs orientaux et encourager nos travaux par cette mesure libérale.

Vous remarquerez dans les comptes un nouveau chapitre qui comprend toutes les dépenses pour la réorganisation de la bibliothèque; on a acheté, en 1890, des fiches et re^ gistres pour 1 90 fr. ao. Une obligation du chemin de fer de TEst a été remboursée et nous avons acheté vingt obligations noniinatives de la même compagnie. Le compte courant avec la Société générale se montait au 3i décembre dernier à 1 1,853 fr. 55, au lieu qu en ^889 à la même époque, il était de 15,914 fr. 10. Votre Commission des fonds, tout en assu- rant le fonctionnement régulier de la caisse, étudie les moyens de réduire le plus possible ]es fonds disponibles du compte courant qui rapportent seulement 1 demi p. 0/0.

20 JUILLET-AOÛT 1891.

DEPENSES.

COMPTES

Honoraires du libraire pour le recouvre- ment des cotisations 6^9' 00*

Frais d'envoi du Journal asiatique 366 00

Ports de lettres et de paquets reçus. ... 75 3 5

Frais de bureau du libraire 101 76 ' '

Dépenses diverses soldées par le libraire , dont 34 o francs pour le Journal asia- tique 396 00

Honoraires du sous-bibliothécaire 1^200 00

Service, étrennes 343 00

Chauffage, éclairage, etc 1 30 55

Reliure et frais de bureau 117 00 \ ^. -

' ) 1,964 iS

Contribution mobilière. 76 o5

Contribution des portes et fenêtres. ... 18 35

Réorganisation de la bibliothèque (achat

de fiches et de registres] 190 30

Frais d'impression du Journal asiatique

en 1890 7,543 35

Indemnité au rédacteur du Journal asia- tique 600 00 } 15,763 85

Frais d'impression des Chants populaires

des Afghans 7,6 1 9 5o

Société générale. Droits de garde, timbres, frais de

conversion 'sur 20 obligations de TEst, etc. 95 5o

Total des dépenses de 1890 i9,3io 00

Achat de 30 obligations de l'Ouest (nouv.) 8,736 5o

Espèces en compte courant à la Société générale au

3i décembre 1890 1 1,853 55

Ensemble 39,900' 55*

RAPPORT DE LA COMMISSION DES FONDS. 21

VNÉE 1890.

.484 39

873 00 796 34 873 00

RECETTES.

116 cotisations de 1890 3,48o' oc**

37 cotisations arriérées 1,1 10 00

3 cotisations à vie 900 00

94 abonnements au Journal asiatique

de 1890.. 1,860 00

Vente des publications de la Société. . . 666 90

Intérêts des fonds placés :

i' Rente sur l'Etat 3 p. 0/0 1,800 00

I 4 1/2 p. 0/0. . . . 45o 00

Legs Sanguinetti ( en rente 4 1 /2 p. 0/0] . . 4 1 o 00 a" 65 obligations de l'Est, 1" se- mestre (5 p. 0/0). 747^96' 64 obligations de l'Est, 2* se- mestre (5 p. 0/0).. 736^44° 3' 60 obligations d'Oriéans (3 p. 0/0). 4* 58 obligat. Lyon-fusion (3 p. 0/0). 5* 60 obligat. de l'Ouest (3 p. 0/0). 6** 3o obligat. Crédit foncier i883

(3 p. 0/0) 436 5o

7" 20 obligations de l'Est (nouveau)

(3 p. 0/0) 137 5o

Intérêts des fonds disponibles déposés à

la Société générale 63 95 /

Souscription du Ministère de l'instruc- tion publique 2,000 00

Crédit idloué par l'Imprimerie nationale en dégrèvement des frais d'impression

du Journal asiatique 3, 000 00

Allocation du Ministère de l'instruction publique pour l'impression des Chants populaires des Afghans ....

f «^«

8,016 90

7,324 68

5,000 00

3,000 00

Total des recettes de 1890

Remboursement d'une obligation de l'Est (5 p. 0/0).

Espèces en compte courant à la Société générale au

3i décembre de l'année précédente (1889)

Total égsd aux dépenses et à l'encaisse au 3 1 dé- cembre 1890

23,34i 58 644 87

i5,9i4 10 39,900' 55*

22 JUILLET-AOÛT 1891.

RAPPORT

DE LA COMMISSION DES CENSEURS SUR LES COMPTES

DE L'EXERCICE 189O,

LU DANS LA SEANCE GENERALE DU 24 JUIN 189I.

Messieurs ,

Le rapport de votre Commission des fonds pour l'an- née 1890, comparé avec celui de rexercice précédent, pré^ sente peu de différences notables. Les recettes ordinaires forment un total de ao,34i fr. 58; les recettes correspon- dantes de 1889 étaient un peu plus élevées, grâce à une rentrée abondante des cotisations arriérées , dont le nombre est aujourd'hui plus restreint. Eln sens inverse, le revenu de notre fonds de réserve , qui , chaque année , s'accroit par de nouvelles entrées', est en augmentation. Pendant l'exer- cice 1890, il a été fait l'acquisition de 20 obligations nomi- natives de la Compagnie de l'Est; si l'on déduit une obli- gation de la même compagnie sortie au tirage, il en résulte pour notre fonds de réserve un accroissement de 1 9 obliga- tions de l'Est.

Les dépenses ordinaires sont les mêmes que celles des an- nées précédentes et leur total varie peu. Mais le chapitre des dépenses extraordinaires s'est trouvé grossi d'une somme de 7*619 fr. 5o payée pour l'impression des Chants populaires des Afghans, comme nous vous l'avions annoncé dans notre dernier rapport. Cette dépense à laquelle était destinée une partie des fonds déposés à la Société générale a été diminuée de 3,000 francs, montant de l'allocation accordée par le Mi- nistère de l'instruction publique pour cette publication. Grâce à cette libéralité, notre compte courant à la Société générale se soldait encore au3i décembre 1889 par un crédit

RAPPORT DES CENSEURS. 23

de 1 5,9 14 fr. 10, somme largement suffisante pour faire face à de nouvelles publications, même en réservant la part de l'imprévu. Il résulte de cet examen que Tétat de notre So- ciété continue à être prospère. Si» en effet, la mort ou des défections laissent des vides dans nos rangs, de nouveaux membres viennent sans relâche occuper la place des man- quants. Nous constatons cependant une légère différence en moins dans le chiffre des cotisations ordinaires, qui, de ia4 en 1 889 , est descendu en 1 890 à 1 1 6 ; les abonnements au journal de la Société ne s'élèvent plus qu*à au lieu de 1 2Â* Mais le chiffre de la vente des publications a presque doublé . 666 fr. 9Q 9}x lieu de 38? francs.

H, Zk^miBiKa, R. DuvAL.

24 JUILLET-AOÛT 1891.

SOCIÉTÉ ASIATIQUE.

a«4

I

LISTE DES MEMBRES SOUSCRIPTEURS,

PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE. Nota, Les noms marqués d*un * sont ceux des Membres à vie.

L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

MM.*Abbadie (Antoine d') , membre de l'Institut , rue

du Bac, 1 20 , à Paris. Adda Fredj, instituteur, rue dlsraël, 27, à

Constantine. Allaoua BEN Yahia, professeur au Collège, à

Mostaganem. Allotte de la Fuye, chef de bataillon du

génie, à Grenoble. Alrig, drogman de l'ambassade de France, à

Constantinople. Amélineau (E.), maître de conférences à l'École

des hautes études, rue Saint- André-des- Arts,

33, à Paris.

LISTE DES MEMBRES. 25

M. * Aymonjer (E.), chef de bataillon d'infanterie de marine , rue du Général-Foy , 38 , à Paris.

BiBLioTûÈQUE Ambrosienne , à Milan. Bibliothèque de l Université, à Utrecht. Bibliothèque ORIENTALE , Université Saint-Joseph, à

Beyrouth. Bibliothèque universitaire, à Alger. MM. Bachmann (le D' Johannes), W. Behrenstrasse , 28, à Berlin. Bang (Wilheim), professeur au Collège, à

Melle-lès-Gand (Belgique). Barbier de Meynard , membre dellnstitut , pro- fesseur au Collège de France et à TEcole des langues orientales vivantes, boulevard de Magenta , 1 8 , à Paris. Barges (Tabbé), professeur honoraire de la Faculté de théologie de Paris, rue Male- branche , 1 1 , à Paris. Barre de Lancy, premier secrétaire-interprète du Gouvernement pour les langues orien- tales, rue Caumartin, 82 , à Paris. Barth (Auguste), rue du Vieux-Colombier, 6,

à Paris. Barthélémy, rue Jacob, 5o, à Paris. Barthélemy-Saint Hilaire , ancien Ministre des Affaires étrangères, membre de Tlnstitut, boulevard Flandrin , 4 , à Paris. Basset (René), professeur d arabe à TEcole des lettres, rue Michelet, iig, à TAgha (Alger).

26 JUILLET-AOÛT 1801.

MM. Beauregard (OUivier), rue Jacob, 3, à Paris. Beck (l'abbé Franz-Seignac), rue Duranteau, 3 1 , à Bordeaux.

Bekermann (Joseph), à Firiej, par Radom (Po- logne russe).

Belkassem BEN Sedira , pTofesseto* à f École des

lettres, à Alger. Bénédite {Georges), attaché au Musée du

Louvre, à Paris. Bensley, professeur d'arabe à TUniversité de

Cambridge.

*Berchem (Max van), professeur à TUniversité de Genève.

Berger (Philippe), sous-bibliothécaire de l'In- stitut , au palais de l'Institut , rue de Seine , i , à Paris.

Besthorn (G.), Guldbergsgade , 9, à Copen- hague.

Binger (le capitaine), officier d'ordonnance du grand chancelier de la Légion d'honneur, à Paris.

Blonây (Godefroy de), rue de l'Université, 4o , à Paris.

Bœll (Paul) , élève titulaire de l'Ecole des hautes études, rue de Saint-Quentin, a5, au Havre.

Boncompagni (le priixce Bakhasar), à Home.

BoNzoN (Jacques), rue Spontini, i3., à Paris.

BossouTROT, interprète militaire, détaché à

LISTE DES MEMBRES. 27

rAdministration centrais de Tarmée tuni- sienne , à Tunis. MM.*BouRQuiN (ie Rév. A.), à Lausanne.

Bréal (Michel), membre de Tlnstitut, profes- seur au Collège de France , rue SoulQot , 1 5, à Paris. BuDGE (E. A. Wallis), litt. D. F. S. A., au Bri-

tish Muséum , à Londres. BiJuLER (George), professeur à Tlnstitut orien tal, à rUniversité , à Vienne. * Bureau (Léon), rue Gresset, 1 5 , à Nantes. *BuRGESs (James), à Bombay.

Calassanti-Motylinski (de), à la Direction des affaires indigènes, à Constantine.

Casanova, membre de la Mission archéolo- gique, au Caire.

Castries (le comte Henri de) , capitaine attaché à rÉtat-major général du Ministre de la Guerre, rue de Grenelle, yS, à Paris.

Cernuschi (Henri), avenue Velasquez, y, parc Monceaux, à Paris.

Challamel (Pierre), rue des Boulangers-Saint- Victor, 3o, à Paris.

Chanche (Eugène), rue de Mézières, i3, à Paris.

Charencey (ie comte de) , me de ia Chaise, 2 d, à Paris. *Chavannes (Emmanuel-Edouard), attaché à la Légation de France, à Pékin.

28 JUILLET-AOÛT 1891.

MM. Chwolson , professeur à TUniversité de Saint- Pétersbourg.

GiLLiÈRE (Alph.), 'consul suppléant de France, à Constantinople.

Clercq (L. de), rue Masseran, 5, à Paris.

Clermont-Ganneau , membre de l'Institut , se- crétaire-interprète du Gouvernement, pro- fesseur au Collège de France, rue Newton, 5 , à Paris.

GoHEN SoLAL, profcsscur d'arabe au Lycée, à Oran.

GoLiN (Gabriel), licencié en droit, breveté de î' Ecole des langues orientales , rue de Rennes , iSy, à Paris.

GoLiNET (Philippe), professeur à l'Université, à Louvain. *GoRDiER (Henri), professeur à l'Ecole des langues orientales vivantes, place Vintimille, 3 , à Paris.

GouLBER, capitaine au 2* de ligne belge, rue de la Prairie, 67, à Gand.

Gourant (Maurice), élève-interprète, attaché au Gonsulat de Séoul (Gorée). *Groizier (le marquis de), boulevard de la Saussaye , 1 o , à Neuilly.

GusA (le commandeur), professeur d'arabe à l'Université de Palerme.

*Danon (Abraham), à Andrinople.

LISTE DES MEMBRES. 29

MM.*Darmesteter (James), professeur au Collège

de France , rue Bara, 9 , à Paris. Débat (Léon), boulevard de Magenta, i45, à

Paris. Decourdemanche (Jean -Adolphe), rue Taille- pied, 4, à Sarcelles (Seine-et-Oise). Delattre (labbé), rue des Récollets, 11, à

Louvain. Delondre, rue Mouton-Duvemet, 1 6, à Paris. *Delphin (G.), professeur à la chaire publique

d*aràbe , à Oran. *Derenbourg (Hartwig), professeur à TÉcole

des langues orientales vivantes, rue de la

Victoire, 56, à Paris. Derenbourg (Joseph), membre de Tlnstitut,

rue de Dunkerque, 27, à Paris. Devéria ( Gabriel ) , secrétaire d'ambassade ,

interprète du Gouvernement, boulevard

Pereire , 1 5 , à Paris. DiEULAFOY (M.), ingénieur en chef, impasse

Gonti , 2 , à Paris. DiLLBiANN , professeur à TUniversité de Beriin ,

Schill Strasse, 1 1 a, à Beriin. Donner , professeur de sanscrit et de philologie

comparée à TUniversité de Helsingfors. Drouin, avocat, rue de VemeuU, 1 1 , à Paris. DuKAS (Jules), rue des Petits-Hôtels, 9, à

Paris. DuRiGHELLO ( Joseph-Augc) , antiquaire , à Sidon

(Syrie).

30 JUILLET-AOÛT 1891.

MM. DoTKEuiL DE Rhins , voyageuF et géographe , rue de Toumon , 4 , à Paris.

DuvAL (Rubens), rue de Sontay, 1 1, à Paris.

*pARGUEs(F.),àTéhéran.

* Favre (Léopold) , rue des Granges , 6 , à Genève, Feer (Léon), attaché au département des ma- nuscrits de la Bibliothèque nationale, rue Félicien-David , 6 , à Auteuil-Paris.

Fell (Winand), professeur à l'Académie de -Munster.

Ferraud (Gabriel), attaché à la vice-résidence de France, à Tamatave (Madagascar).

Ferte (Henri), drogman-chancelier du Con- sulat de France , à Alep.

FiNOT (Louis), archiviste paléographe, attaché à la Bibliothèque nationale, rue Monge, 68 , à Paris.

Flach, professeur au Collège de France, rue de Berlin, 3 y, à Paris.

FoucAux (Edouard), professeur au Collège de France, rue de Sèvres, aS, à Paris.

* Fryer (le major George), Madras Staff Corps ,

Deputy Commissioner, British Burmah. FtjjiYÉDA (Takutsu), élève de TEcole des hautes études, avenue Bosquet, 36, à Paris.

Gaignière (H.), substitut du procureur de la République , à Châlons-sur-Marne.

LISTE DES MEMBRES. 31

MM. Gantin , ingénieur, élève diplômé de TÉcole des langues orientales rivanted, rue de la Pépinière , i , à Paris. GASdELtN (Ed.), consul de France, à Trébi-

zonde. Gaudot (Octave), géomètre, rue d*Isly« i5, à Alger.

* Gautier (Lucien), professeur d'hébreu à la Fa-

culté libre de théologie, à Lausanne. Grappin (l'abbé), professeur de syriaque à

rUûiversîté catholique, rue d'Âssas, 47, à

Paris. Greppier , professeur au lycée de Ben-Aknoun

(Algérie).

* Gropp (William N. ) , rue Darwin , 1 , Mustapha ,

à Alger. Grosset, licencié es lettres, à la Facidté des

lettres , à Lyon. Grossi (Vinoenzo), à Pollone, Biella (Italie). *GuiEyssE (Paul), ingénieur hydrographe de la

marine, rue des Écoles, 42, à Paris.

* GuiBfET (Emile) , au Musée Guimet , place dléna,

à Paris.

*Halévy (J.), rue Aumaire, 26, à Paris.

HAMt (le D'y, membre de l'Institut conserva- teur du Musée d'ethnographie, au Troca- déro, à Paris.

Hanoteau (le général) , boulevard Raspail , 1 33, à Paris.

32 JUILLET-AOÛT 1891.

MM/Harkavy (Albert), bibliothécaire de la Biblio- thèque impériale publique, à Saint-Péters- bourg.

Harlez (G. de), professeur à l'Université, à Louvain.

Hebbelynigk (Adolphe), professeur à l'Univer- sité, à Louvain.

Hélouis, consul, attaché à la Légation de France, à Tanger.

Henry (Victor), professeur à la Faculté des lettres de Paris, rue Notre -Dame -des - Champs, 10 5, à Paris.

Herbed Meherjibhai Palan ji Madan , Old So- naporeLane, Dhobitaias, Bombay.

*Hériot (labbé Étienne-Eugène-Louis), à Jéru- sdem.

Hjérold (Ferdinand), licencié es lettres, an- cien élève de TEcole des chartes, boulevard Saint-Germain, 182, à Paris.

*Hervey de Saint-Denys (le marquis d'), mem- bre de l'Institut, professeur au Collège de France , avenue Bosquet , 9 , à Paris.

HoRST (L.), rue des Veaux, 20, à Strasbourg.

HouDAs , professeur à l'Ecole des langues orien- tales vivantes, avenue de Wagram, 29, à Paris.

HuART (Clément), drogman de l'ambassade de France , à Constantinople.

LISTE DES MEMBRES. 33

MM. Imbault-Huart (Camille), consul de France, à Canton (Chine).

Jeànnier (A.) , chancelier du Consulat de France,

à Bagdad. Jéquier (Gustave), rue de Médicis, 5, à Paris.

*M"**Kerr (Alexandre), à Londres. MM. Kesseler (Charles), place Saint -Charles, à Tunis. KooLiROVSKi, professeur de sanscrit à ITJniver-

sité de Kharkov. KÙNOS (Ignace), docteur de TUniversité de Buda-Pesth, à Constantinople.

Lambert (Mayer), rue Lafayette, 198, à Paris. Lambin (Emile), rue Saint-Didier, 68, à Paris. Lancereau (Edouard), licencié es lettres, rue de Poitou , 3 , à Paris.

* Landberg (Carlo , comte de) , docteur es lettres ,

Gœthestrasse , i o , à Stuttgart. Landes (A.), administrateur des afFaires indi- gènes, à Saigon (Cochinchine).

* Lanman (Charles) , professeur de sanscrit k Har-

vard Collège, à Cambridge (Massachusetts). Lavallée Poussin (Gaston de), élève de TEcole

des hautes études , place Vendôme , 1 2 , à

Paris. Leclerc (le D""), médecin-major de i"* classe,

à Ville-sur-Ulon (Vosges).

XTIU. 3

IVNUMF.KIR II4TI0!I/I1.V>

J4 JUILLET-AOÛT 1891.

M1V!L Ledain, rue du Calvaire, 35, à Saint-Gioud. l.EDOULX (Alphonse ), drogman de T Ambassade

de France, à Constantinople. Lefevrk (André), licencié es lettres, nie Haute- feuille , 2 1 , à Paris. Lefevre Pontalis, rue Montalivet, 5, à Paris. Leriche (Louis), drogman au Consulat de

France , à Tanger. Leroux (Ernest), éditeur, rue Bonaparte, 28,

à Paris. * Lestrange (Guy), piazza Indipendenza, 22, à

Florence. Levé (Ferdinand), rue Cassette, 17, à Paris. LÉvi (Sylvain), maître de conférences à TEcole

des hautes études, place Saint-Michel, 1, à

Paris. LiÉTARD (le D*^), médecin inspecteur des eaux,

à Plombières. LoiSY (l'abbé), professeur d'hébreu à TUniver-

sité catholique, rue d'Assas, /i/i, à Paris. LoRGEOu (Edouard), interprète du Consulat de

France, à Bangkok. LiiciANi, sous-chef de bureau au Gouvernement

général, à Alger.

*Machanoff, professeur au Séminaire religieux,

à Kazan. Mallet (Dominique), rue Mazarine, 19, à

Paris. Marrache , rue Laffon , 1 o , à Marseille.

LISTE DÉS MEMBRES. 35

MM. Marïie (Aristide), chargé du Cours de malais et de javanais à TÉcole des langues orien- tales, avenue de la Grande-Armée, 4 9, à Paris.

Maunoir (Charies), secrétaire général de la Société de géographie, à Paris. * Maspero , membre de Flnstitut , professeur au Collège de France , ancien directeur général des Musées d'Egypte, avenue de l'Obser- vatoire , 2ti, h. Paris.

Masqueray (Emile), directeur de TEcole des lettres, nue Colbert, 1, à Alger.

Massieu de Clerval (Henri), rue Mademoi- selle , à Versailles.

Méchineau (Tabbé), rue de Sèvres, 35, à Paris.

Mehren (le D""), professeur de langues orien- tales, à Copenhague.

Meillet (Antoine) , agrégé de grârtimaire , élève l'Ecole des hautes études, boulevard Saint-Michel, 2 4, à Paris.

Mercier (E.) , interprète-traducteur assermenté, membre associé de l'Ecole des lettres d'Alger, rue Desmoyen , 1 9 , à Constantine.

Merx (A.), professeur de langues orientales, à Heidelberg;

Michel (Charles) , professeur à l'Université, rue de Nassau , 2 , à Gand.

MiCHKLEt, colonel du génie en retraite, rue de l'Orangerie, 38, à Versailles.

3.

36 JUILLET-AOÛT 1891.

MM. MiLLOuÉ (L. de), conservateur au Musée Giii- met, place dléna, à Paris.

* Mission archéologique française, au Caire. *MocATTA (Frédéric D.), Connaught Place, à

Londres.

MoHN (Christian), vico Nettuno, 28, Chiaja, à

Naples. MoNTET (Edouard), professeur de langues

orientales à TOniversité de Genève , villa des

Grottes.

MouLiÉRAS, professeur d'arabe au Lycée, à

Oran (Algérie). MuiR (Sir William), membre du Conseil de

rinde, India Office, à Londres. *MûLLER (Max), professeur à Oxford.

Neubauer (Adolphe), à la Bibliothèque Bod- léienne, à Oxford.

Nouet (labbé René), curé à Roëzé, par la Suze (Sarthe).

Oppert (Jules), membre de flnstitut, profes- seur au Collège de France, rue de Sfax, 2, à Paris.

Ottavi (Paul) , drogman-chancelier du Consulat général de France, à Zanzibar.

* Parrot-Laboissière (Ed.-F.-R.), Barrière S**-

Catherine , par Moulins.

LISTE DES MEMBRES. 37

MM. Patorni, interprète principal à la division, à Oran.

Pereira (Estèves), lieutenant du génie, Poço do Borratem , 4 , à Lisbonne.

Pertsch (W.)^ bibliothécaire, à Gotha.

Petit (Tabbé), àRomescamps, par Abancourt (Oise). *Philastre (P.), lieutenant de vaisseau, inspec- teur des affaires indigènes en Cochinchine, à Cannes.

PiAT, vice-consul de France à Bouchir (golfe Persiqne).

PiEHL (le D"" Kari) , docent d*égyptologiç à fUni- versité, à Upsal. ^

* PiJNAPPEL , docteur et professeur de langues orientales, à Middelbourg.

PiNART (Alphonse), à San-Francisco.

Platt (William) , Callis Court, Saint-Peters , île de Thanet (Kent).

Pognon, consul de France, à Bagdad.

PoPELiN (Claudius), rue de Téhéran 7, à

Paris. PoussiÉ (le D'), rue de Valois, 2, à Paris.

PRiETORius (Franz) , Kaiser Wilhelmstrasse, 59 » à Breslau.

Priaulx (O. de Beauvoir), The Mount, Guoi'-

. nesev. Prym (le professeur E.)» à Bonn.

«

38 JUILLET-AOÛT 189L

MM. QvENTiN (labbé), aumônier au lycée Louis-le- Grand , rue Saint-Jacques , 1 2 3 , à Paris.

Raboisson, (Val^bé) , rue de Villiers, 8a, à Paris.

Rat (G.), secrétaire de la Chambre de com- merce, à Toulon.

Ravaisse (P.), chargé de cours à TEcole des langues orientales vivantes, avenue Kléber, 3 9 , à Paris.

Regnaud (Paul), maître de conférences, pour le sanscrit, à la Faculté des lettres, à Lyon.

* Régnier (Adolphe), rue de Grenelle, 35, à

Paris. *Rehatsek (Edward), M. G. E. , à Bombay. Remzi Bey (le colonel Hussein), professeur à rÉcole impériale de médecine , à Constanti- nople. Renan (Ernest), membre de l'Institut, admi- nistrateur du Collège de France , à Paris. Reuter (J. N.), licencié es lettres, à Abo (Fin- lande). *Revillout (E.), conservateur adjoint au Musée égyptien, professeur à TÉcole du Louvre, à Paris. ^Reynoso (Alvaro), docteur de la Faculté des sciences de Paris, à la Havane.

* Rimbaud, rue de Versailles, Sg, au Chesnay,

près Versailles. RiviÉ (l'abbé), curé de Saint-François-Xavier, boulevard des Invalides, 39, à Paris.

LISTE DES MEMBRES. 3^

lVIM.*RoBERTsoN Smith (W.), Christ's Collège, à Cambridge.

* RocHEMONTEix (le ixiarcjuis de), rue des Beaux-

Arts , 1 1 , à Paris. RoDET (Léon), ingénieur des tabacs, rue de la Collégiale, i, à Paris.

* Rolland (E. ), rue des Fossés-Saint-Bernai'd , 6 ,

à Paris. RoNDOT (Natalis), ex-délégué du commerce en

Chine, rue Saint-Joseph, 20, à Lyon. Roque -Ferrier, chancelier du Consulat de

France, à Tauris (Perse). RosNY (L. de), professeur à TEcole des langues

orientales vivantes, avenue Duquesne, 4 7, à

Paris. RosT (Reinhold), bibliothécaire de ITndia Of- fice, à Londres. RoTH (le professeur), bibliothécaire en chef de

rUniversité, à Tubingue. Roussel (Tabbé) , rue des Dames , 1 2 , à Rennes. *RuDY (Ch.), professeur, rue Royade, 7, à

Paris. Rylands (W. F. S. A.), secrétaire de la Société

d'archéologie biblique, Hart Street, 11,

Bloomsbury, à Londres.

Sabbathier, agrégé de TUniversité, rue du Cardinal-Lemoine , 1 5 , à Paris.

Sauvaire (Henri), consul honoraire, à Rober- nier, par Montfort-sur-Argens (Var).

40 JUILLET-AOÛT 18QI.

MM. ScHEER (Eugène), inspecteur des écoles indi- gènes de TAlgérie , rue Dupuch , i o , à Alger. ScHEFER (Charies), membre de l'Institut, pro- fesseur de persan et administrateur de l'Ecole des langues orientales vivantes, rue de Lille, 2 , à Paris.

ScHMiDT (Valdemar), professeur, à Copen- hague.

Schwab (M.), bibliothécaire à la Bibliothèque nationale , rue de Trévise , 1 4 , à Paris.

Senarï (Emile), membre de l'Institut, rue François I*^, 1 8 , à Paris. *SiMONSEN, rabbin, à Copenhague.

SiouFFi, consul de France, à Mossoul.

SociN, professeur à fUniversité, Querstrasse, 5 , à Leipzig.

SoiNûJECK (de) , interprète principal à l'état-major

de Ja division , à Alger. jSpECHT (Edouard), rue du Faubourg-Saint-

Honoré, 196, à Paris. Spiro (Jean), à Vufflens-la-Ville, près Lausanne. Steinnordh (J. h, W.), docteur en théologie

et en philosophie, à Linkôping., Strehly, professeur au lycée Louis-le-Grand ,

rue de Vaugirard, 16, à Paris.

Taillefer, docteur en droit, ancien élève de l'Ecole spéciale des langues orientales, bou- levard Saint-Michel , 8 1 , à Paris.

LISTE DES MEMBRES. 41

MM. Teutsch (Alfred), au Consulat général de France , à Bangkok (Siam).

Textor de Ravisi (le baron), rue Treilhart, 8, à Paris.

TouHAMi BEN Larbi, interprète judiciaire asser- menté à Ksar et-Tir, Se tif (Algérie).

*TuRRETTiNi (François), rue de THôtel-de-Ville, 8 , à Genève. TuRRiNi (Giuseppe), professeur de sanscrit à l'Université de Bologne.

Vasconcellos-Abreu (de), professeur de sanscrit, rua Barata Salgueiro, 1 5 , à Lisbonne.

Vaux (Bernard de), rue Saint-Guillaume , i4,

à Paris. Vernes (Maurice), directeur adjoint à TEcole

des hautes études , boulevard Saint-Germain ,

76, à Paris. ViLBERT (Marcel) , drogman de l'Ambassade de

France, à Gonstantinople. ViNSON (Julien), professeur à l'Ecole des

langues orientales vivantes , rue de Beaune ,

3 , à Paris.

VissiÈRE (Arnold), premier interprète de la Légation de France, à Pékin.

ViTTO (Errico), consul d'Italie, à Alep.

Vogué (le marquis Melchior de), membre de rinstitut, ancien ambassadeur de France à Vienne, rue Fabert, 2, à Paris.

Zi2 JUILLET-AOÛT 1891.

MM. Wadi>ington (W.-V.), membre de Tlnstitut, ambassadeur de France à Londres, rue de la Trémouille, 28, à Paris. *Wade (Sir Thomas), Cleveland Square, Ixi, Hyde-Park, à Londres.

WiLHELM (Eug.), professeur,^ à léna.

WoRMS (René), agrégé de philosophie, élève de l'École des hautes éludes , rue Quincam- poix, 35 , à Paris. *Wyse (L.-N.-B.), lieutenant de vaisseau, bou- levard Malesherbes , 1 i 7, à Paris.

ZoEROS Pacha, général de brigade, profes- seur de clinique à la Faculté de médecine de Constantinople, rue Agha Haman, à Péra: *ZoGUAPHOS (S. Exc. Ghristaki Effendi), avenue lloche, 22 , ?i Paris.

ZoTENBERG (H.-Th.), bibliothécaire au dépar- tement des maimscrits de la Bibliothèque nationale, avenue des Ternes, 96, à Paris.

II

r t

LISTE DES MEMBRES ASSOCIES ETRANGERS

SUrVANT L^ORDRE DES NOMINATIONS.

MM. Rawlinson (Sir IL C), à Londres.

Weber, professeur à FUniversité de Berlin.

LISTE DES MEMBRES. 43

M. Salisbury (E.), secrétaire de la Société orien- tale américaine, à Worcester (Massachu- setts).

m

LISTE DES OUVRAGES

PUBLIÉS PAA LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE.

Ed vente chez Ernest Leroux , éditeur, rue Bonaparte , 2 8 , à Paris.

Journal asiatique, publié depuis 1822. Colleclion com-

plèle 1 ,000 fr.

Chaque année 2 5 fr.

Choix de fables arméniennes du docteur Vartan, en armé- nien et ea français, par J. Saint-Martin et Zolu'ab. 1826, in.8'' 3fr.

Eléments de la grammaire japonaise, par le P. Rodrlguez, traduits du portugais par M. C. Landresse, elc. Paris, 1825 , in-8°. Supplément à la grammaire japonaise , etc. Paris, 1826 , in-8* . 7 fr. 5o

Essai sur le Pâli, ou langue sacrée de la presqu'île au delà du Gange, par MM. E. Burnouf et Lassen. Paris, 1826, in-8'. (Épuisé.) 1 5 fr.

Meng-tsed vel Mbncium, latina interpretatione ad interpre- tationem tartaricam utramque recensita instruxit , et per- petuo commentario e Sinicis deprompto illustravit Stanis- las Julien. Lutetiœ Paris iorum , 182^, 1 vol. in-8°. . . 9 fr.

Yadjnadattabadha , ou LA Mort dTadjnadatta, épisode extrait du Ràmâyana, poème épique sanscrit, donné avec le texte gravé, une analyse grammaticale très détaillée, une traduction française et des notes, par A.-L. Chézy, et suivi d'une traduction latine littérale, par J.-L. Burnouf. Paris, 1826, in-4°, avec quinze planches 7 fr. 5o

44 JUILLET-AOÛT 1891.

Vocabulaire de la langue géorgienne, par J. Klaprotli. Paris j 1827, in-8° 7 fr. 5o

Elégie sur la Prise d'Édesse par les Musulmans , par Ner- sès Klaietsi, patriarche d* Arménie, publiée pour la pre- mière fois en arménien, revue par le docteur Zohrab. Paris, 1828, in-8" 4 Tr. 5o

La Reconnaissance de Sagountalâ , drame sanscrit et prâ- crit de Gâlidâsa , publié pour la première fois sur un ma- nuscrit unique de la Bibliothèque du Roi, accompagné d'une traduction française, de notes philologiques, cri- tiques et littéraires, et suivi d'un appendice, par A.-L. Chézy. Paris, i83o, in-A", avec une planche lO fr.

Chronique géorgienne, traduite par M. Brosset. Paris, Im- primerie royale, i83o, grand in-8" 9 fr.

Ghrestomathie chinoise (publiée par Klaproth). Paris, i833, in-8" 7 fr. 5o

Eléments de la langue géorgienne, par M. Brosset. Paris j Imprimerie royale, 1837, 10-8° 9 fr.

Géographie d'Abou'lféda , texte arabe publié par Reinaud et le baron de Slane. Paris, Imprimerie royale, i84o, in-4". . *. 24 fr.

Râdjataranginî, ou Histoire des rois du Kachmîr, publié en sanscrit et traduit en français, par M. Troyer. Paris, Imprimerie nationale, 3 forts vol. in-8'* 20 fr.

Précis de législation musulmane , suivant le rite malékite , par Sidi Khalil, publié sous les auspices du Ministre de la guerre, 5' édition. Paris, Imp. nat. , i883 , in^". ... 6 fr.

OUVRAGES PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 45

COLLECTION D'AUTEURS ORIENTAUX.

Les Voyages d*Ibn Batodtah , texte arabe et traduction par MM. G. Defrémery et Sanguinetti. Paris , Imprimerie na- tionale, 4 vol. in-8°. Chaque volume 7 fr. 5o

Table alphabétique des Voyages d'Ibn Batoutah. Paris , 1859, in.8» 2 fr.

Les Prairies d*or de Maçoudi, texte arabe et traduction par M. ^rbier de Meynard (les trois premiers volumes en collaboration avec M. Pavet de Courteille). 9 vol. in-8'*. (Le tome IX comprenant Tlndex. ) Chaque vol. . . 7 fr. 5o

Le Mahâvasto , texte sanscrit, publié pour la première fois, avec des Introductions et un Commentaire , par M. Em. Se- riarl. Volumes I et II. 2 forls volimies in-8''. Chaque vo- lume 2 5 fr.

Chants populaires des Afghans , recueillis , publiés et tra- duits par James Darmesteter. Précédés d'une Introduction sur la langue, l'histoire et la littérature des Afghans. 1 fort vol. in-8'' 20 fr.

Nota. Les membres de la Société qui s'adresseront directement au libraire de la Société, M. Ernest Leroux, rue Bonaparte, 28, à Paris, auront droit à une remise de 33 p. 0/0 sur les prix de tous les ouvrages ci-dessus , à l'exception du Jonrnal asiatique.

46 JUILLET-AOÛT 1891.

NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE.

MONUMENTS ET INSCRIPTIONS FATIMITES,

PAR

M. MAX VAN BERCHEM.

(suite.)

ABU 'ali el-mansûr el-amir (AgS-Sa^)-

Mosquée El-Aqmat\ Cette petite mosquée fournit sa part d'inscriptions et de documents ar- chéologiques au groupe fatimite.

Mîiqrîzi,ll, 290 : « Ibn^Abd ez-Zâhir dit : « Lem- « placement de cette Mosquée était occupé par des « marchands de fourrage , et le bassin de la cour se « trouve à l'endroit était le Belvédère^. Le calife « El-Amir et le vizir El-Ma'mûn el-Batâ*îhi ^ en- « treprirent d'y construire une Mosquée . . . elle fut « achevée du vivant du calife , en 5 1 9 . » On dit que les noms d'El-Àmir et d'El-Ma'mûn y étaient in- scrits. . . Ces deux noms sont encore gravés sur une plaque au-dessus du mihrâb, qui mentionne

^ Sur la topographie de cette partie de ia ville sous les Fati- mites, voir Ravaisse, loc. cit., t. I, p. \']2 , t. III, p. 33 et suiv.

^ Le texte porte ici ^^Lk>Jl ^^ ^^^Ul; sur ce personnage voir surtout Maq., 1, 462.

NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 47

la restauration de la Mosquée par El-Malik ez-Zâhir Barqûq^ Cette Mosquée porte le nom de Gânu, quoiqu'on n'y fasse pas le sermon du vendredi.

«En Regeb 799, l'émir Yalbogha ibn 'Abdallah es-Sâlimi, vizir, conseiller et astâdâr^, un des mam- louks d'El-Malik ez-Zâhir, la restaura et construisit à l'extérieur de la porte ouest ^ des boutiques avec

^ Le texte de Roulaq porte par erreur Bîbars au lieu de Barqûq ; tous deux portaient le même surnom d'El-Malik ez-Zâhir. La date donnée par Maqrîzi et les inscriptions de la mosquée , qui portent le nom de Barqûq , rendent cette correction parfaitement certaine.

^ Sur ce mot, voir Quatremère, Hist. des sultans Mamlouks, ' t. I a, p. 25, n. 25; Maqrîzi, II, 222.

' <^>feJl désigne ici l'ouest, on va voir pourquoi. On sait que Maqrîzi appelle les quatre points cardinaux c^^ « nord » , ^La c est s , J4* «sud» et oXé «ouest». Pour éviter toute confusion, j'ai suivi l'usage de Maqrîzi, quoique ces termes appliqués aux quatre fa- çades d'une mosquée ne soient pas parfaitement exacts. La mos- quée s'oriente toujours vers la Mecque; on a admis pour cette loi générale une certaine tolérance exigée par des nécessités pratiques d'emplacement, de plan général, etc. Maïs cette tolérance dans l'orientation des façades n'existe pas pour la qibla, qui regarde autant que possible directement vers la Mecque, et qui prend par- fois une position oblique dans la muraille si celle-ci n'est pas orientée exactement. Pour le Caire, la Mecque est à l'est-sud-est , et de fait les mosquées du Caire sont presque toutes orientées dans cette direction, de sorte que la qihla se trouve dans une façade orientée plutôt à l'est qu'au sud. Le sens de sud donné au mot qihll vient probablement de la Syrie, la qibla est constamment orientée vers le sud, et ce sens s'est conservé en Egypte pour désigner la direction générale du midi. Ainsi la façade appelée qihli par Ma- qrîzi n'est pas celle qui porte la qihla, mais celle qui regarde le sud-sud-ouest. Cependant Maqrîzi lui-même n'est pas toujours con- séquent dans l'emploi de ces termes. Chez lui , <^^ désigne quel- quefois l'ouest, parce que le Nil, qui coule à V ouest du Caire, porte, comme la Méditerranée, le nom de hahr. Tel est le cas ici; en effet.

48 JUILLET-AOÛT 1891.

des chambres au-dessus. li établit dans fei cour de la Mosquée un beau bassin alimenté par une roue à eau; il le fit élevé, de sorte que Teau coidait par des robinets de bronze sur les fidèles qui faisaient leurs ablutions. Il dressa une chaire dans le sanc- tuaire et le culte y fut fait pour la première fois le

vendredi k Ramadan de la même année Il

bâtit un minaret à droite du mihrâb septentrional (?), blanchit toute la Mosquée à la chaux et en fit peindre les parements (^*>^-») en bleu et en or ^. . . Au-dessus du mihrâb, il fit mettre une plaque qui reproduit Tinscription primitive et mentionne la, restauration de la Mosquée, avec la liste des titres et surnoms de Témir^. . .

« Le minaret et le bassin construits par Témir Es- Sâlimi subsistèrent jusquen 81 5. En cette année, un Jiqih qui avait la surveillance de la Moscipiée dé- la façade ouest (O. N.'O.) est la seule qui possède une porte et qui soit masquée par des boutiques. De même JJ!* désigne parfois la façade de la qibla, c'est-à-dire la façade est (E. S. E.). Voir à ce sujet Ravaisse, op. cit.,loc. cit., 1. 1, p. 432, n. 1, et Corbett Bey, History of the mosque of Âmr (J. R. A. Soc, t. XXII, p. 759).

* ^ù^ ne peut guère s'appliquer aux façades extérieures, qui n'offrent aucune trace de peinture. Il s'agit plutôt du mur de fond du sanctuaire , ou en général des parements à l'intérieur, se con- centre la décoration polychrome dans les mosquées des Mamlouks.

* Maqrîzi place ici la description de l'abreuvoir et du puits de la mosquée. Ce dernier faisait partie d'un ancien couvent copte ap- pelé le Couvent des ossements, détruit par Gauhar lors de la con- struction des palais fatimites. Je saute ce passage sans intérêt pour l'histoire de la mosquée même , en renvoyant au texte de Maqrîti (TI, 290, 1. 23) et au travail de M. Ravaisse (loc. cit., t. I, p. 417, 476 et suiv.).

V

NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 49

cida de détruire le minaret parce qu'il s était in- cliné. Il fut démoli, et le bassin fut desséché parce que Teau se corrompait en passant près du mur méridional de la Mosquée ^. Le sermon s'y fait en- core de nos jours. »

L'examen de cet édifice prouve une fois de plus l'exactitude de Maqrîzi; presque tous les détails de sa description se trouvent confirmés. La mosquée El-Aqmar, loin d'être un « monceau de décombres^ », est au contraire assez bien conservée. Elle est située dans la grande artère qui traverse le Caire de la Porte de Zuwêle à la Porte des Conquêtes , dans le . prolongement du Marché au cuivre (Siiq en-Nah- hasîn), du côté de cette dernière porte, à l'est de la rue et à peu près en face de la mosquée moderne de Silahdâr. Les boutiques et les logements observés par Maqrîzi existent encore ; ils donnent sur la rue et masquent entièrement la façade primitive. Seul un petit minaret moderne signale l'édifice, dans lequel on pénètre par une porte étroite entre deux bou- tiques. Les façades primitives des mosquées fati- mites se trouvent souvent en retrait de quelques mètres sur l'alignement actuel de la rue; de même, les façades de plusieurs monuments mamlouks sont

* C*est-à-dire sans doute : « en traversant le vieux cimetière du Couvent des ossements ». Qibli désigne probablement ici le mur sud (S. S. 0.). Voir à ce sujet une note précédente, p. A 7.

* Ravaisse, Essai, loc» cit,, p. 477; cf. 2" partie , /oc. cit. , t. III, p. 38.

XTIII. 4

IHMIIMBBiB «ATIUXALS.

50 JUILLET-AOÛT 1891.

déjà cachées à leur base par des boutiques qui s'ou- vrent sur ia rue. Ce fait dénote qu'à l'époque fati- mite les rues principales du Caire étaient plus larges qu'elles ne le sont aujourd'hui, et qu'elles se sont progressivement rétrécies. Dans sa description du Caire fatimite, Nâsir-i Khosrau remarque que les maisons sont largement séparées les unes des au- tres, et entourées de jardins, ce qui prouve encore que la ville d'alors était moins resserrée que la ville actuelle ^

La mosquée a subi des restaurations divises, mais le plan général est primitif ainsi qu'une bonne partie des matériaux, car k présence d'arcs à profil persan trahit dès l'abord la construction fatimite. C'est un petit échantillon du plan classique des mos- quées : cour centrale, bordée à l'est par un sanc- tuaire à trois rangs de colonnes et d'arcs à tympans portant une toiture plate, et par des portiques à un rang sur les autres côtés. Les colonnes et les chapiteaux sont gréco-romains ; ces derniers portent des abaques reliés par des chaînages de solives. Les tympans des arcs sont en briques , les murs de clô- ture en pierres de taille de dimensions moyennes^ comme dans la plupart des mosquées fatimites. Ainsi les restaurations du vin' siècle se sont bornées à peu de chose dans l'édifice même. Les tympans des arcs sur les quatre faces de la cour présentent les traces d'une restauration à l'époque turque.

^ Ed. Schefer, p. iSa, i33; cependant Tauteur remarque déjà l 'élroitesse des rues.

NOTES P^ARCHÉOLQGIE ARABE. 51

Au-dessus de la qibla, qui est décorée danç le style du vnf siècle de Thégire, se trouve Tinscrip- tion de Téinir Yalbogfaa. Ecrite en grands caractères arrondis, elle est tellement badigeonnée qu'on ne peut la déchiffrer qu'à grand peine :

Après le bismillâh et Coran, i^, q6i : Jj^ yi\

yJu)1 <Xa«]| Kk93 jM ^j^s^ (ij^^ «XAJUy J;l jOAiai] éSX\ ^^ ^ kXjl^^ t^^p'*^' «^ *^ '^^ "-^ «M^'

La cpnstiTbction de la cjiaire, du minaret ^t des autres par- ties détruites a été ordonnée sous le règne de notre maitre le 5ukan E^-Ma^ ez-Zâblr Ai)u Sa^id Barqûq, qu'Ailâh yeâie sur «on boniieur, par ie pauvre serviteur en Â&âfb l^'A^ia, Alm^m^^âli ^b|D 'A^daliàk Y^^gb^ çsrSMiniî , b ^a- pé^pte^ S9^Ç . .... gçl'AJIMi fcj 3oJt prppijce i^s ce

monde et fiaxis Tautre, et qu il le place |iu :mois vénéré

de Bamadan de fan 799. Cette Mosquée avait été construite MUS 4e céMe El-Àmirbfàhkâmi-Uâh, fils dEH-Mosta^H Mlâb , «a Tan 6 1 9 de i*bégire eu Propliète.

La chaire porte Tinsiçrjjptipn suiya,nte :

52 JUILLETAOÛT 1891.

^L^l ui; aW! Jcîx [ jLo- ^1 jy\ ^! .XajJ!

A ordonné la construction de cette chaire sous le règne de

notre maitre le sultan £1-Malîk ez-Zâhir Barqûq le

pauvre serviteur [en Allah Ta'âla] ^AbdaUâh Yalbogha es- Sâlimi , le hanéfite , le soufi , le serviteur d*El-Malik ez-Zâhir,

qu'Allah lui soit propice dans ce monde et dans f autre

au mois vénéré de Ramadan de Tan 799.

Telles sont les seules restaurations apparentes de Témir Yalbogha. Le bassin de la cour et ie minaret ont en effet disparu, et ie petit minaret moderne qui s'élève au-dessus de la porte est insignifiant.

Le principal intérêt de la mosquée se concentre sur la façade ouest. En pénétrant dans la maison adossée contre le mur extérieur à Tangle nord-ouest, on se trouve dans un pauvre logement dont le mur de fond est formé par la façade primitive. Son ap- pareil se compose de grandes pierres dun calcaire à grain serré, à parements lisses et jointes à mor- tier, trahissant les méthodes de l'époque fatimite. Le centre de la façade est occupé par une belle rosace en pierre avec des inscriptions et des ornements délicats découpés en claire-voie ^ La rosace est en-

^ Au centre de la rosace, on lit les noms Jg^ oC».^, sculptés à jour dans la pierre « et tout autour une légende coranique (IX , 55 , ou XXXIII, 33).

NOTES D^ARCHÉOLOGIE ARABE. 53

cadrée par une niche en forme de coquille et à profil persan, sillonnée de grosses côtes rayonnantes ^ A droite et à gauche, la façade est décorée de niches à fond plat dont larchivolte présente le même profil persan; ce motif de décoration des façades, qu'on retrouve à la mosquée d*Es-Sâlih (voir plus bas, p. 63) et sous les Ayoubites à la medrese Es-SMihîye, disparait à Tépoque des Mam- louks.

Sur toute la longueur de la façade courent deux bandeaux de marbre portant des inscriptions : Tun , à mi-hauteur, divise les niches par le milieu ; Tautre , plus large, se développe au son>met de la façade, sous le couronnement. Ces inscriptions sont fort endommagées; plusieurs pierres en sont tombées, dautres ont été cassées ou replacées en sens in- verse; la plupart sont recouvertes d'une épaisse couche de plâtre durci qui cache entièrement les caractères. Enfin la façade est coupée en plusieurs endroits par des murs de refend qui séparent les misérables constructions appuyées contre elle. Après un long travail, j'ai pu en lire assez pour reconsti- tuer le texte dans ses parties essentielles, en compa-

' La niche à grosses côtes , caractéristique de l'époque fatimite , se retrouve dans le mausolée de Sitta Nafîsa au sud du Caire, et dans celui de Sitta Rukaiya , décrit par M. Ravaisse (Sur trois mih- râbs en bois sculpté, dans les Mérn. de l'Inst. é^pt., t. II, p. 32 du tir. à part). Pour les origines de ce motif, soit dans les mihrâbs, soit sur les façades , voir les curieux édicules coptes du musée de Boulaq dansGayet, Monuments copies du mnscc de Boulaq , pi. XVI- XX.

54 JUILLET-AOÛT 1891.

rant ces deux inscriptions l'une avec l*tftltre ott àrëc les autres textes fatimites.

Bandeau supérieur. Lès lettfes taiUéès en fdid' ont environ 28 centimètres de hauteur. Beau àtjlé coufique ; peu de rinceatix. Pont justifief là. fé^li- tution du texte, je donne d'abord dartd âon état actuel :

(Le début est caché dans les maisons).

environ] I>1 JJLl! M Jl Uyu ^yy^/:3^\ U^U»!^ (j^^U^I Qjuut^JLt ^t ^1 J^ [ ]^\ À^\ ijéy,^ y*a>] [ 1 niëtf e

M I Liftât iuU 51 l^lt »Us i^:>U3 ^ I (ànglé N. O.)

cette pierre est re-) ^1 j-^^ | I «>wifr c^y^l I <j>»^l ^

4^t yKÀ\ iuikj ^^ ^\ I I «Lsj >l^ I (tournée

.X>Uu«^3 tfjM^ XmU Aaaw i^ Aa^ J^'^ ^^«x» j»!^!^

Voici la restitution certaine pour les parties con- servées, approximative pour le début de Tinsorip- tion :

u^j^ ^ . . . aa^^i u ; -. ^^\ (^yi AMI ^]

\

NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 55

^^U) ?:>!^] ^iUUl AMt dl^p y**/î)| UySLoî,

p p p

A-X4^ Ji^l^ A3;4X* pl^l^ (;)^iil ^1 *5Ub ^laj

[ ... La conslniction de cet édifice a été ordonnée par le serviteur de notre seigneur et maître rimàm El-Amir brah- kàmi-liàh, fils de rimâm £l'Mu3ta4i] bUlàii, prince des croyants que les bénédictions divines reposent sur eux, sur leurs purs ancêtres et leurs nobles descendante pour recliercher la faveur d'Allah, le roi généreux (?) (ou tout- puissant ? ?) [ Allah!] prête secours aux armées de

rimâm El-Amir bi^a^kâmi-llâh , le prince des croyants , pour

établir la preuve évidente (de ta puissance?) [ (a été

ordonnée) par le très noble seigneur, commandant des ar- mées, glaive de l'islam et] protecteur de l'imam, garant des mi^trats musulmans et guide des apôtres de la foi , Abu 'Abdallah Muhammed le serviteur d'El-Àmir, qu'Allah fasse de lui le soutien de la religion, qu'il prolonge ses jours pour le plus grand bien du calife, qu'il donne la durée à son pouvoir et l'élévation à sa parole, en l'an 5 1 g.

Cette restitution , comme on le voit, permet d'uti- liser tous les fragments de Tinscription en les remet- tant à leur place. On ne trouve guère de place, il est vrai, pour les mots manquants . . . cX^^t ^xLJI

NOTES D'ARCHEOLOGIE ARABE. 57

bi *ahkàmi-llâh] fils de l'imam El-Musta^li billàh, le prince des croyants, que les bénédictions d'Allah soient sur lui, [sur ses saints ancêtres, etc. le très noble seigneur]... Ma'mûn (?), le général des armées [le glaive de rislam,etc. Abu ^Abdallah Muhammed , etc . . qu'il prolonge ses jours pour le bien] du calife, qu'il donne la durée à son pouvoir et l'élévation à sa parole, (en l'an) [5] 19.

Les deux inscriptions se complètent lune par l'autre, et dans la seconde, les mots manquants rem- plissent assez exactement les intervalles mesurés. Le seul point obscur de ce dernier texte est le groupe y\ à la 4* ligne, qui peut s'expliquer de la manière suivante :

Le vizir nommé dans la première inscription est Abu ^Abdallah Muhammed, surnommé El-Ma'mûn el-Batâ'ihi. On sait qii'il remplaça le vizir El- Afdal, le fils de Bedr el-Gamâli , mis à mort par El-Âmir en 5 1 5 , et qu'il exerça ses fonctions jusqu'en 619, année il fut exécuté à son tour par l'ombrageux calife. C'est de lui que parle Maqrîzi dans la descrip- tion que nous avons traduite plus haut. Comme ses deux prédécesseurs, le vizir El-Mamûn fut un grand constructeur ; on lui doit , outre la mosquée El-Aq- mar, plusieurs monuments aujourd'hui disparus et décrits par Maqrîzi ^

On pourrait donc songer à lire ici : (j)>-«t(-lt)

^ Voir à ce sujet Ravaisse, Sur trois mihrâbs en bois sculpté, p. 16. Sur le vizir lui-même, voir ibid.; Maqrîzi, I, 462; Wûsteufeid, Gesch, der Fatimidenckalifen , p. 291 et suiv.; Ibn Khaiiikân, trad. de Siane, 1. 11, p. 427, n. 2 ; t. III, p. 455 et suiv.

58 JUILLET-AOÛT 1801.

^^UbJt); cependant cette restitution se heurte à quelques difficultés. D*abord, dans la première in- scription, le vizir est mentionné seulement par son surnom (feanya) et son nom propre (Abu ^Abdallah Muhammed); en outre, dans cette même inscription comme dans tous les textes fatimites le nom du vizir est donné, ce nom se trouve ojprh tous les titres honorifiques; enfin il n'y a aucune place pour resti-

tuer le mot ^^IkJI, et Tordre des pierres ne paraît pas avoir été changé.

Quoi qu'il en soit de ce point de détail , il reste prouvé que la mosquée a été construite en 5 1 g de l'hégire par El-Ma'mûn , comme le dit Maqrîzi ^ et que la description de cet auteur est confirmée en tout point par l'examen que nous avons entrepris.

A cette époque appartiennent encore deux des tnihirâbs décrits et publiés par M. Ravaisse. Celui d'El-Azhar est daté de la même année 5 1 g ; celui du mausolée de Sitta Rukaiya paraît être contem- porain 2.

abuVmansur isma^îl ez-zafir (54g-556).

Mosquée EUFakahâni, Maqrîzi, II, 2g3 : « Cette Mosqiiée est situé au Caire, au milieu de l'ancien Marché des Selliers, qu'on appelle aujourd'hui le

^ Et non en 5 1 5 « suivant Ibn Khallikân , trad. de Slane , t. III , p. 467.

* Ravaisse, op, cit. Il en sera question plus loin, à propos de la décoration sous les Fatimites.

NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. ÎW

Marché des Rôtisseurs. Elle se nommait antrefois la Mosquée très glorieuse (el-gâmr el-afkhar); on lap- pelle aujourd'hui la Mosquée des Fruitier» (gânû^ el^fakihiyin) ^. C'est une mosquée fatimite, qui a

été construite par le calife Ez-Zâfir en 543,

suivant Ibn 'Abd ez-Zâhir. »

Cette mosquée est située dans la partie méridio- nale de la rue Ghûrîye, près du 5^61/ de Méhémet- Ali. Elle a été entièrement restaurée à Tépoque turque et n'offre d'autre intérêt archéologique que la date de sa fondation '. Parmi les inscriptions mo- derne» qui décorent, il su£Git de mentionner celle du sebtl situé à l'angle nord-ouest de Tédifice :

j^l ($UL jLu M Jl jjJuUI d;L4t J*A^I tô^ uJÎ

J0<

Le mot persan l*xiïo désigne un fonctionnaire public à l'époque turque, une sorte de sous-vizir. La forme arabe moderne est aa^I^, qui se prononce

ï y^S^SLiJI, plur. de <^U nisha de iC«5'U. A côté de cette fônâe régulière, oh trouve aussi iL^Sli (Lane, Dictionnaire); la fonne plus moderne à^^ (Do2y, Supplément) se retrouve dans le tiôA actud de la m<ys([tuée , qui se prononce d-Jaqàkâni.

* Sur cet emplacement, voir Baedeker, Vnter-M^ypUn.^ P- ^7^ et 393. -^ La mosquée fut déjà réparée après le tremS^ement de terre de 703 (Quatfémèrè, Hist, des saltixtis 3l«miofi^i t. U b, p. 216).

60 JUILLET-AOÛT 189L

kihya au Caire ^ làiSèJLi, qui désigne une autre

charge du régime ottoman (gouverneur ou comman- dant), se rencontre souvent dans les inscriptions de cette époque sous la forme ^Uâi^L**^, et accompagné

dun déterminatif (^L^, gouverneur en fonction;

^l^ ou UjUm, ex-gouverneur)^. Jisj^^, de Khar- put , avec la nisba turque.

ABU MUHAMMED ^ABDALLAH EL-^ApiD (SSG-SÔy).

Mosquée d'Es'Sâlih. Maqrîzi, H, 298 : « Cette Mosquée est une création fatimite; elle est située en dehors de la Porte de Zuwêle. Ibn ^Abd ez-Zâhir ra- conte les faits suivants : Le tombeau de Hosain se trouvait à Ascalon ; comme on craignait que les Francs ne s'en emparassent , il fut décidé de lui donner un autre asile. Es-Sâlih Talai* ibn Ruzzîk^ bâtit alors cette Mosqiiée pour en faire la sépulture du saint. Mais quand il leut terminée , le calife ne lui permit pas de donner suite à son projet, prétendant que le

^ La forme féminine, produite par contraction et d'abord pu- rement extérieure, semble avoir réagi sur le sens du mot, qui désigne aujourd'hui une dame de compagnie,

* La terminaison ^J\ est le pluriel persan, qu'on trouve qud- quefois dans l'arabe vulgaire. Il est probable que le titre original était (jjUâJL^m! j^^^ (ou une expression analogue], c'est-à-dire gouverneur en chef; le premier mot a disparu. Cf. yî^L,», aide de camp ; (^jl^jJ^i^^) ( iûw>«x« ] , école primmre , etc.

^ Sur ce personnage , voir Ibn Khallikân , trad. de Slane , t. IV, p. 667, son nom est transcrit Ruzzik; ailleurs on trouve Ru- zaik.

NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 61

saint ne pouvait être enterré que dans les palais des califes. On construisit alors le sanctuaire [mechhed) qui existe encore aujourd'hui, et c'est quîl fut

enterré^. TalâT termina sa Mosquée ; il

construisit à Tintérieur une vaste citerne, et il établit une roue à eau sur le canal du Khalig, près de Bâb el-Kiarq. Ainsi la citerne se remplissait pendant la crue du Nil, par des canaux qui la reliaient au fleuve.

«On y fit la prière du vendredi vers Tan 65 o^, sous le règne d'El-Malik el-Mu^izz Aïbek , en présence de l'envoyé de Bagdad, le chêkh Negm ed-dîn 'Abd- allah el-Bâdirâni , et Asîl ed-dîn Abu Bekr el-As*ardi y fit le sermon. La prière s y fait encore. La Mosquée fiit détruite par le tremblement de terre de Tan 702 et restaurée par les soins («Xj J^) de Témir Seif ed- dîn Bektimur el-Gûkendâr. » Suit la biographie du fondateur.

Cette mosquée est située , comme le dit Maqrîzi ,

^ D s'agit de ia chapelle de Hosain ^jj>.»ma. CKqi'ft», construite dans l'enceinte du grand palais oriental (Ravaisse, loc, ciu, t. I, p. 433). Cet édifice, entièrement restauré il y a qudque temps, s*ap- pdie aujourd'hui Garni' Hasanén.

' Litt. : c en l'an 65o et quelques ». La mosquée ayant été con- struite en 555, suivant l'inscription qu'on verra plus loin, j'ai pensé d'abord qu'il y avait une erreur dans le premier chiffre de Maqrîzi; cependant le texte est bien correct. En effet, les mots igym plS^! i ne peuvent se rapporter qu'à £1-Malik el-Mu'izz Aï- bek, le premier sultan mamlouk, qui régna de 648 à 655. Ainsi la mosquée , négligée sous les Ayoubites , n'aurait été inaugurée dé- finitivement qu'un siècle après sa construction.

62 JUII^LET-AOÛT 1891.

en dehors , c estnà-dim au sud de la Porte de Zuwêb , dans langle formé par la Qasabet-Rodwân ou jBaisar des Cordonniers avec le Derb ei-Akhmar ou Rue de ]a Citadelle. Elle est un peu n^ieux çoiinue que la mosquée El-Aqmar, grâce à Touvrage dLe Pris^ d* Avenues ^ mais Tarehéologue y trouve une ample moîssoa de documents nouveaux. L*édifice pri^ente le plan habitud des mosquées avec une cour centrale ornée du bassin aux ablutions, un sanctuaire cmfin^ tal à trois rangs de colonnes portant de» ancs à tympans, et des portiques sur les trois autr«6 côtés; c^iXrci .sonit démolis en grande partie. De la uk>s^ quée primitive il reste aneore., comilie i Ël^Aq^QAT, les quajtre murs denoeinte et le sanctuaire presque tout ecitier. Ce £ait pamîl prouva par la nature et lemplcH des mattériaux^ ia prés6^i<ce dos aros pèrsiois dans le sanctuaire, la décoratioa gén)éni|e<e|; le style des inscriptions qxd entourent Tar^dûv^lte des arcs. Les colonnes et les chapiteaux sont antiques. Ces derniers , d u n style corinthien de diécadi^Pe ,

» Voir pi. y, XC, Xa , Xai, XCV. La planche V àome la res- tauration du plan et de l'âévation Au. suictuaire sur ki oour, .et quelques détails «qui paraissent empraotés à la déc(»iaitioa piiffii- tive (les deux claires-voies de fenêtre). Les pianckc» suiiYMMtas 4wAr nent les détails de la chaire , qui remonte au début du xnF* mhde et non à la fin du xv* siècle , comme on va le «oir. I^a porte , i^spis^ éoite sur la Meunière planche , paraît être de la ménae époque. Jl^ MMai, «ous plusieurs réserves, le vol. de texte, p. .9^. j^e plA» la mos^inbée a ,é^é ireprodd^t p>ar Mmiy,^ J^r^chMftwik des ii^am- ined» II. roman. iSitils, p. as. Il n'est pAs irès ei»qt;.iânsi 1^ {ipiçi^^? ouest prinûtive forme à son /extrémité nord une ^Uie .çATii^ée tournée vers l'ouest.

NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 63

portent des tailloirs revêtus de bois sculpté et sont reliés par des chaînages de solives sculptées. Les tailloirs portent la retombée des arcs , qui sont k profil persan et fortement suiiiaussés. Les arcs et les tympans sont en briques, revêtus d'une décoration de plâtre qui remonte à la construc- tion primitive , comme celle des tailloirs et des chaî- nages ^. Les murs extérieurs sont en pierres de taille. La façade ouest, qui donne sur le Bazar des Cordonniers , et la façade nord , tournée vers la Rue de la Citadelle , sont entièrement masquées par des constructions modernes, boutiques et logements. Au milieu de chaque façade se trouve une porte d entrée, décorée de fragments d'inscriptions cou- fiques de Tépoque; on remarque aussi, à l'intérieur de la porte ouest , qui forme la principale entrée , des fragments d'inscriptions encastrés sans aucun ordre dans la muraille. Ces débris épigraphiques me donnèrent l'idée de pénétrer dans les maisons mo- dernes pour examiner les parements des deux façades. Elles offrent une grande analogie avec la façade ouest de la mosquée El-Aqmar; on y retrouve les mêmes matériaux, la même -décoration de fausses fenêtres à archivolte persane. Ici encore, deux longues inscriptions courent sur la façade ouest, l'une à mi-hauteur des niches et l'autre au-dessous ; eiies contournent l'angle nord-ouest, pour se prolon-

^ Ces détails sont empruntés à mes notes et aux photographies que j'ai fkites sur place. On trouvera plus loin des vues générales sur la décoration fatimite.

64 JUILLET-AOÛT 1891.

ger sur la façade nord jusqu'à la porte qui s ouvre de ce côté. Ces inscriptions étant cachées en grande partie dans les constructions, je n'ai pu en copier que quelques fragments. Elles sont taillées en relief dans le marbre et forment un bandeau encadré dans une double moulure; on jugera de Jeur st^e en examinant la planche ci-jointe, n** VI.

Le texte supérieur ne contient que des fragments du Coran, au moins dans les parties visibles^.

L'inscription inférieure cachée sur toute la façade ouest n'est visible que sur une partie de la façade nord, sur la terrasse d'une boutique entre l'angle de la mosquée et la porte ; en voici la dernière partie :

^^^M^^l j^« aSUL Jj^ ^J^ ^^jJI ^ aWI

(?) XjyA-)) ^^^-A->3 AXjyl yM3j^ ^Ot^ Jl^I^ A5;<Xj «bt^

fi

Il est inutile de chercher à restituer la première partie de l'inscription , qui renferme probablenient les noms de TalâY et du caUfe El-ldid. Elle pré- sente, comme on le voit, les mêmes invocations et

^ La planche (n** VI] donne un fragment de l'inscription sapé- rieure, sur la façade nord; il contient les mots JLls &^{ [!il Jt . . jiiJJ ^^ aXj^ J^^^^ y^ {^ ^^ ^^ [Coran, m, igS). La façade ouest présente plusieurs versets, entre autres ix, 129.

NOTES D^ARCHKOLOGIE ARABE. 65

sans doute aussi les mêmes titres honorifiques qiie les autres inscriptions fatimites. Eln comparant entre eux tous les textes de cette époque connus jusquà ce jour (je crois les avoir tous mentionnés) , et quel- ques passages de Maqrîzi, on pourra se faire une idée fort exacte de la terminologie monotone des inscriptions fatimites et des titres portés par les vizirs des califes ^ La date fixe en Tannée 555 la construction de la mosquée, et remplit ainsi une lacune de Maqrîzi.

Le culte du vendredi , supprimé sous les Ayou- bites, ne fut repris qu'un siècle plus tard sous le premier sultan mamlouk. Ce fait, rapporté par Maqrizi comme on Ta vu , s'explique aisément. Sous les Fatimites, le calife présidait au culte du ven- dredi dans les principales mosquées du Caire, faisant lui-même le sermon ou khotba (Maq., Il, 276, 1. 4 den bas). Selon le rite chaféite suivi par Saladin et ses successeurs, ce culte ne pouvait être fait que dans une seule mosquée, et celle d'El-Hâkim fut choisie à cet effet ^. Les premiers sultans mamlouks restaurèrent le culte du vendredi dans plusieurs

* Pour ces litres , on peut comparer les passages suivants de Ma- qrîzi : pour Bedr el-Gamâ]i, II, 4/12 la ligne 21, il faut lire -Uîll y4o\J au lieu de -Uill ; celte lecture est confirmée par les in- scriptions], I, 382; pour El-Afdal, I, 442 (même remarquée pro- pos de j»L5i)ï, 1. 12); pour son frère Ga'far, U, 48; enfin pour le vizir Ël-Ma'mûn, le successeur d'El-Afdal, I, 442 et 463 (même remarque sur pU^f ,1. i3].

* Maqrîzi, II, 276 « dern. ligne; ce passage n'est pas tout à fait d'accord avec Maqrîzi, II, 245, 1. 4.

XVIII. 5

iMPaiMBmiB ■4Tta«*Li.

60 JUILLKT-AOÛT 1891.

mosquées fatimites , entre autres à Ei-Aï:har (Maq., II , ûyS, 1. 17; 276, 1. 2).

Les restaurations de l'émir Bektimur ne présen- tent rien d'intéressant , à part la chaire du sanctuaire , qui porte l'inscription suivante :

^.yj^ 0-,jJI V.XX-*- Jhh-J' ^^*4Jt <^^^' JWt yiU

•<-^^*-^' ^l5 0^ aWI aù^^ i^>l^^

A ordonné la construction de cette chaire bénie, sur sa propre fortune et pour plaire au généreux AUâfa , son Altesse éminente ei-emiri ei-kebîri es-seifi , le coninjandant des armées Seif ed-Din Bektimur, le gâkendâr d^Fàl-Malik ei-Mansûr Seif ed-Din (Qalêiwan) S cmîr gendâr d'Fl-Msi^li en-Nàsir ( Muham- med ibn Qalâwun), en Gumâdall, 679 (699?). Qu'Allah ait pitié de Fauteur de ce travail ' 1

Les titres el-emîri el-kebiri es-seifi indiquent que le titulaire était le serviteur ou l'affranchi d'un émir portant le titre de emîr kebîr et le surnom de Seif ed-Dîn (ou Seif ed-DaaUiy etc.). De même, les titres el-mansûri es-seifi font allusion au sultan Qa- lâwun el-Mansûr, qui portait lui-même le surnom

^ Publiée par M. Mehren, Câkirah og Kerâfati II « p. 21; Aoire copie est plus complète. J'écris Bektimur avec de Slane (Ibn Khal- iikân, passim).

NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 67

de es-sâlijii pour avoir appartenu à El-Malik es- Sâlih. Celui de en-nâsiri se rapporte au sultan Mu- hammed en-Nâsir. Les adjectifs de relation [nisba) formés sur des titres honorifiques, des noms de charge ou des surnoms sont très fréquents dans les inscriptions de cette époque. L'émir qui les porte se désigne ainsi comme lesclave, le serviteur, Taffranchi ou le client d un prince qui porte le titre ou le sur- nom formant la base de la nisba; celle-ci constitue donc un sm'nom au deuxième degré. Cette termi- nologie particulière , si différente de celle des Fati- mttes, apparaît avec les Ayoubites et se développe sous les Mamlouks. Dans les inscriptions duxv® siècle, eUe devient une véritable manie et disparaît après Tinvasion ottomane. A partir de cette époque, les inscriptions, conçues dans un style beaucoup plus sobre, présentent de nouveaux titres , tels que mas- takfizân, ketkhodâ, aghâ, etc. Dans un article sur les inscriptions des Mamlouks au Caire, je revien- drai plus longuement sur ces nisba, qui forment un curieux chapitre de l'histoire des mœurs, et qui n'ont pas toujours été exactement comprises ^

' Quatremère [Hist. des suit. Manil., t. lia, p, 3i) traduit yUt ^^Mta4^l J.>LsJ{ ^LxJt c^oCL^i (^yifX\ jUJt par «Altesse noble, éminente, seigneuriale, savante, Adeli-Schemsi v. Il s'agit de lemir Chems ëd-din Sonkor Achkar, un compagnon de Qalâwun, qui avait été nommé gouverneur de Damas sous le prédécesseur de ce pHnce (Quatremère, op. ciu, t. 16, p. 161 et 173). <s^y» ne signi- fie pas « éminent » ; ce mot indiqué que le titulaire est lui-même le protégé ou le serviteur d'un mAu /a, c'est-à-dire d'un affranchi occu- pant une haute position , peut-être du sultan lui-même. La^ nisha

5.

08 JUILLET-AOÛT 189L

I^ date de rinscription parait être dyg plutôt que 699; d'ailleurs le titre de <i gûkendâr d'El-MaUli el-Mansûr » porté par le fondateur fait supposer que le travail fut exécuté du vivant de ce sultan ; or, en 699, il était déjà mort. Maqrîzi prétend, il est vrai, que la mosquée na été restaurée par Betkimur qu après le tremblement de terre de Tan 702; mais il dit ailleurs quà ce moment elle fut relevée aux dépens du trésor sous la surveillance de Témir ^Aiam ed-Dîn Sangar (Quatremère, Sait maml.^ t. II fr, p. 216). On pourrait donc admettre quici Maqrîzi a raison , et que dans sa Topographie il confond les restaurations de 702 avec des travaux exécutés an- térieurement par Bektimur. Je n ai pas pu recueillir de renseignements bien précis sur ce *personnage , car plusieurs émirs de cette époque ont porté le même nom , et il importe de ne pas les confondre ^.

suivantes sont formées sur les titres et surnoms de J>aJ\ «x^mJI , ^Lxj), J«>LxJ{, ^.oJ) j««:câ; cependant aucun des sultans de cette époque n'ayant porté le surnom de Chems ed-din, je ne sais à qui elles font allusion. Une même nisba peut se rapporter à plusieurs titres; ainsi es-seiji peut être formé sur seif ed-dtn , on seif ed-danya wa-ddtn, ou seif ed-daula, etc. Sur gûkendâr, voir Quatremère, op, cit, i.l a, ^, 121, Sur emir gendar, ibid,, p. i4; Maqrîzi, II, 222.

^ Voir Quatremère, Sultans Mandouks, t. II a, p. 7 et 3^; II b, p. i49« i53, 16/i, 168, 188, 210, 2^0, etc.; Maqrîzi, II,6à« 68, go, 4^4, etc. Un des plus connus est Seif ed-dîn Bektimur l'échanson , grand dignitaire du sultan Muhammed ; sa biographie est donnée dans Maqrîzi, II, àih (cf. ibid,^ 68, 90). Un autre échanson du même nom mourut à la bataille de Hôms en 679 de l'hégire (Sultans Mamloaks, t. II a, p. Sg). Dans les passages cités, on trouve vers 700 de l'iiégire un Bektimur gûkendâr et un Bek-

NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 69

Le style des inscriptions et des ornements des fa- çades donne lieu à quelques observations générales qui termineront le présent travail.

Inscriptions historiques. Au point de vue paléo- graphiqiie, ces textes présentent une certaine impor- tance ; ils montrent que le caractère coufique appelé improprement carmatiqœ ^ fut employé pour les in- scriptions historiques jusqu à la fin de la dynastie fatimite. Les monnaies offrent à cet égard un témoi- gnage irrécusable; leur série continue permet de suivre l'évolution du style épigraphique depuis les ori- gines de rislam jusqu'aux dernières époques, et cette évolution se rattache étroitement à celle des carac-

timur émir gendàr; il s'agit probablement du nôtre. Signalons en- core un Bektimur silâhdàr, mort en 708, qui avait appartenu à Bîbars, comme l'indique son surnom de Zâhiri (ibU., t. II b, p. 2^0) et un Bektimur hâgib,\e conquérant de l'île d'Aradus, mort à Damas en 714 (Maqrîzi, II, 64)* On pourrait multiplier ces exemples.

' Voir sur ce mot le travail déjà ancien de Fraphn , Journ. asiat. , 2* sér., t. I, p. 379. L*auteur montre que l'application du terme carmatiqne au coufique fleuri repose sur une erreur de mot laite par Golius dans un passage du Qâmûs, et consacrée par d'Herbelot et Adler. H prouve que S^li désigne une manière d'écrire à traits serrés, et non une écriture spéciale; que I^^Ja^y» signifie un homme qui écrit ainsi, et non un prétendu genns carmaticnm. Même en supposant à ce mot le sens d'un genre d'écriture, rien n'autori- serait à l'attribuer au coufique fleuri. Enfin rien ne fait supposer que les Qarmates aient eu une écriture particulière. Suivant Fraehn , le nom de cette secte, qui dérive de la même racine, n'a pas de rapport avec les significations données par le Qâmûs et Gauhari. Sur l'origine un peu obscure du nom des Qarmates, on consultera surtout de Goeje, Mémoire sur les Carmathes du Bahreïn, 2* édit. , p. 199 et suiv.

70 JUILLET-AOÛT 18Q1.

tères des inscriptions monumentales. L'étude paléo- graphique des inscriptions et des monnaies arabes étant encore à faire, on me permettra d'empnm^ter quelques détails à un travail que je prépare depuis plusieurs années. Je laisse de côté la paléographe des manuscrits qui suit une évolution entièrement distincte.

Les premières monnaies arabes frappées en Syrie au type byzantin présentent des caractères qui rappel^ lent beaucoup ceux des inscriptions^ proto^rabes de Zebed et de Harrân en Syrie , toutes deux du vi* nècle de notre ère. C'est un type moitié carré, mcMtié ar- rondi, qui semble indiquer la recherche d'un carucr- tère monumental distinct du caractère manuscrit. On sait qu'à cette époque ce âemier était franchement cursif et arrondi ; les beaux travaux de Sacy sur ce sujet ont été pleinement confirmés par les récentes décou- vertes du Fayyoum. A l'époque du calife *Abd al- Malik, le caractère des inscriptions et des monnaies se fixe définitivement; il prend cette forme r^^ère et carrée qu'on a appelée, improprement aussi, le caractère coufique^. Ce caractère carré ou angn^ire

^ Les mots kûji et neskhi désigaent en arabe de sim|de8 va^ riétés d'écriture , ou plutôt de calligraphie; nous leur avons donné un sens beaucoup trop étendu. De vient en partie robscorité qui règne encore dans la question de l'origine de l'écriture arabe. Ce problème exige un long travail que j'espère entreprendre ail- leurs ; il comporte une double méthode : l'observation directe des manuscrits et des inscriptions , et la critique comparée des sources arabes. Les principtdes sont le Kitâb al-Fihrist, introduction; Hadji Khalfa au mot Là.; Ibn Khallikân, édit. de Slane* vol. Il,

NOTES DARCHÉOLOÇUE ARABE. 71

dassiqae apparaît simultanément sur les premières monnaies de la réforme, vers Tan ^li de Thégire, et sur les dexix inscriptions connues de ^Abd al- Malik, celle de la mosquée d'Omar à Jérusalem et celie de la borne milliaire publiée récemment par M. Clermont-Ganneau ^ Ce caractère persiste jus- qu'au commencement du iv" siècle de Thégire ; on le retrouve, avec des variantes de détail, sur les mon- naies des Omayades depuis *Abd al-Malik , sm' celles desÂkbasides, des Toulounides , des Omayades d'Es- p^ne et des premiers Fatimites, sur les pierres tom- bales égyptiennes du iit*' siècle, dans les inscriptions d'Ascalon (i55 H.), de la mosquée d'Ahroted et du Miqiâs de Rauda au Caire (iif s. H.), de Sousse et de Kaîrouan en Tunisie (2 45 et 285 H.), sur quelques épitaphes du lu*' siècle publiées par Lanci , enfin dans les plus vieilles inscriptions du Caucase 2.

p. 282, 33 1; vol. m, p. 266; Ibn Coteiba, Kitâb al-ma'ârij; Ibn Khaldûn, Prolégomènes: les dictionnaires classiques, etc. On con- fultera encoire les travaux de Marcel , Lanci , de Sacy, etc. , le chapitre mallieureuseinent incomplet de Lenormant dans son Essai sur la propagation de l'alphabet phénicien, i. Il y p. i3o, et les récents tra- vaux de M. Karabacek. Voir aussi Nôldeke, Geschichte des Qorâns, p. 3oo; de KhanikbfF, Inscript, musulm, du Caucase [Journ, asiat., 5' série, t. XX, passim)^ et les sources citées par Lenormant.

Les mots coajùfue et neskhi, qui désignent des variétés de calli- graphie, ne sauraient s'appliquer correctement aux caractères lapi- daires, et j'ai introduire dans les pages suivantes quelques expressions nouvelles.

* De Vogué, Le temple de Jérusalem., p. 8^ et pi. XXI; Cler- mont-Ganneau , Journal asiatique, 8* série, t. IX , p. 472 , et Recueil d'arckéelogie orientale, p. 201 et pi. XI.

* Pour les monnaies , voir les ouvrages spéciaux et les collections ;

, I

72 JUILLET-AOÛT 1891.

Vers le début du iv' siècle apparaissent certains symptômes qui font pressentir la naissance dun style plus fleuri , les lignes droites se brisent ou s'incurvent, les extrémités des lettres s'épanouis- sent en rinceaux. Ce nouveau caractère (dit carma- tique) ne diffère du précédent que par l'introduction d'un élément décoratif; il en dérive directement et on ne saurait* le considérer comme un caractère à part. On pourrait l'appeler le carré ou angulaire fleuri, par opposition au carré classique. Il apparaît nettement pour la première fois sur les monnaies du calife fâtimite El-Mansûr, frappées en Tunisie ; il se développe sur celles des Fatimites d'Egypte, des Ab- basides, des derniers Omayades d'Espagne et des autres dynasties musulmanes jusqu'à l'introduction du caractère arrondi. On le retrouve dans tous les textes fatimites de l'Egypte , dans un grand nombre d'inscriptions de la Syrie, du Caucase, de la Perse et de la Mésopotamie , de la Sicile , de l'Afrique du Nord et de l'Espagne. La première en date est celle de Kairouan , de l'an 3 4 1 ; il est curieux de la com- parer avec les monnaies frappées à la même époque

pour les pierres tombales égyptiennes, divers articles dans le Bal- letin de r Institut égyptien , dsins les Proceedings of the Soc. oJBiblical Archœology, 1887-1 888 , etc. Pour l'inscription d'Ascalon , Qermont- Ganneau, Recueil, p. 214 et pi. XI, et Journal asiatique, 8* série» t. IX, p. 485. Pour les inscriptions tunisiennes, Houdas et Basset, Epigraphie tunisienne, pi. I. Pour les inscriptions du Caire, les travaux de Marcel et les planches épi graphiques de l'atlas de la Description, et. niod. , vol. II. Voir aussi Lanci, Trattato délie sepolcrali iscrizioni; KhanikolF, Insaipt, mus. du Caucase, etc.

NOTES I>'ARCHÉOLOGIE ARABE. 73

par les Fatimites de Tunisie ^ Ce caractère , qui règne en maître sur les inscriptions et les monnaies pen- dant plus de deux siècles, présente également plu- sieurs variétés ; une des plus intéressantes est celle des inscriptions décoratives sur plâtre, dont il sera question plus loin.

Ainsi le caractère dit carmatiqae , simple variété décorative du coufîque pur, senaible avoir pris nais- sance en Tunisie ou en Egypte. Il en est autrement de la révolution qui va s'opérer dans l'écriture mo- numentale en Egypte et en Syrie au vi* siècle; en effet, c'est en Orient qu'il faut chercher les pre- miers caractères arrondis sur les inscriptions et les monnaies^. Pour résoudre ce problème encore ob- scur, il faudrait comparer avec soin les séries mo- nétaires des dynasties musulmanes orientales. 11 suffit de dire ici que le caractère arrondi se montre déjà isolément en concurrence avec le carré , dans la série des Samanides à la fin du nf siècle et sur les monnaies de Mahmûd de Gazna, un siècle plus tard. Ainsi, tandis que le carré classique ou fleuri régnait en maître dans l'Asie antérieure et en Afrique , il semble qu'en Orient il n'ait jamais entièrement

* Houdas et Basset, op. cit., pi. 111, Outre Jes ouvrages déjà cités , on consultera spécialement pour la Sicile et pour TËspagne les planches qui accompagnent les beaux travaux d'Amari et de M. Amador de los Rios.

* J'ai dit plus haut pourquoi j'évite d'employer le mot neskhi ; ne pouvant développer ici ces raisons, je renvoie à la note de Slane dans Ibn Khallikân, t. II, p. 33 1.

74 JUILLET-AOUT 1891.

supplanté dans 1 epigraphie monumentale le vieux caractère arrondi.

Le VI* siècle assiste à lenvahissement progresâf du nouveau type monumental. La série monétaire des Ortokides de Mardin présente un curieux mé- lange des deux caractères. Vers la même époque, l'arrondi se montre en Occident, sur les monnaies de 'Abd el-Mumin, le i*' Aimohade (5a/i-558) K D apparaît nettement sur les monnaies ayoubites à la fin du vil* siècle, d'abord en Syrie, puis en Egypte. Dès lors il règne en maître sur les monnaies et ne subit plus que des modifications de détail jusqu'à l'invasion ottomane.

Cette lutte entre les deux caractères, on la re- trouve dans les inscriptions. J'ai signalé naguère une inscription de Bâniâs, datée du vi* siècle, et dont les caractères maladroits semblent hésiter entre les deux types ^. La grande inscription de Bosra (56 1 H.) révèle le même style de transition, tandis qu'une autre inscription de cette ville, sans date et proba- blement contemporaine, présente encore le caractère carré, mais très fleuri^. Enfin l'inscription de la chaire de Nûr ed-dîn à la mosquée El-Aqsa à Jéru- salem (564 H.) et une inscription de la medrese de

^ Cf. Codera y Zaidin , Tratado de nwnismàtica arébigO'espandla . pi. XXU.

^ Journal asiatique, 8' série, t. XII, p. 469. La date paraît être 567 plutôt que 527.

' Voir Rey, Voyage dans le Haurân, p. 196, 1 9 7, et atlas, jd. XIV et XV. Karabacek dans Z, D. M. G,, t. XXXI, p. i35; Clermont- Ganneau, dans Journal asiatique, 7* série, t. X, p. 5i8.

NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. ^5

ce sultan à Damas (Sây H.) appartiennent déjà au nouveau type *.

En résumé, le caractère arrondi semble avoir subsisté en Orient, à côté du caractèi'e carré. G est de qu'il pénètre en Syrie, sans doute avec les premières invasions mongoles. Il y lutte avec le carré fleuri, et cette lutte fait naître une série de types bâtards. Il lemporte dans la deuxième moitié du VI* siècle, d'abord sur les inscriptions, un peu plus tard sur les monnaies , et pénètre en Egypte à la fin du siècle. Le carré fleuri se montre encore timi- dement au vil'' siècle sur quelques monnaies ayoubites et jusqu'à l'époque du sultan Bibars. Mais son rôle dans l'épigraphie historique est achevé; dès lors il est relégué dans la décoration monumentale. Ainsi le caractère dit carmatique, introduit en Egypte quel- ques années avant la conquête de Gauhar et détrôné par Saladin , pourrait s'appeler ici le caractère fati- mite.

Cette dynastie ayoubite trahit d'ailleurs des signes de transition, on pourrait dire de révolu- tion , dans toutes les branches de l'atchéologie , dans tous les domaines de la civilisation. Dans les insti- tutions religieuses, par le triomphe de l'orthodoxie sur l'hérésie fatimite, et dans l'architecture reli-

^ U en est de même , je pense , pour l'inscription de Saladin à la citadelle du Caire, publiée par M. Mehren, et que je n'ai pu retrouver. Les textes de cette époque étant fort rares en Lgypte , c'est surtout en Syrie qu'il faut chercher les traces de la grande évolution du caractère épigraphique.

7(f JUILLET-AOÛT 1891.

gieuse, par Tintroduction de la medrese et de son plan central ; dans les institutions militaires , par le régime de la féodalité et de la noblesse des armes , et dans Tarchitecture militaire, par la transforma- tion des châteaux forts et des enceintes sous Im- fluence des Croisés ; dans la décoration , par la nais- sance d'un nouveau style sur le revêtement des édifices ; dans Tépigraphie enfin , par lapparition du caractère arrondi. Il serait curieux d'étudier toutes les faces de cette révolution et d'en chercher les causes dans les deux grands mouvements de cette époque : les croisades et les invasions mongoles. Nous y reviendrons à propos de la medrese dans un prochain article.

Inscriptions décoratives. Le sanctuaire de la mosquée d'Es-Sâlih contient une longue série d'in- scriptions décoratives moulées en plâtre sur les ar- chivoltes des arcs. Leur style rappelle beaucoup celui des inscriptions sur plâtre qu'on voit encore dans les sanctuaires des mosquées El-Azhar et d'El-Hâkim. A l'époque fatimite, les inscriptions sur plâtre des sanctuaires se distinguent déjà des inscriptions lapi- daires des façades par un style plus orné, plus fleuri. Le trait général est plus ferme, les arêtes sont plus vives, la surface des lettres est plus plate que dans les caractères gravés sur la pierre. Les rinceaux, em- ployés sobrement dans les textes lapidaires, rem- plissent ici tous les intervalles.

Ainsi, dès l'époque fatimite, il existe deux types

NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 77

de caractères monumentaux, celui des inscriptions sur plâtre , qui sont généralement décoratives et cora- niques, et celui des inscriptions lapidaires, histo- riques ou coraniques. Ce double style est à des nécessités techniques, beaucoup plus qu'au désû' de créer une distinction entre les textes historiques et les textes purement décoratifs. On comprend que les procédés de la taille des lettres dans la pierre fussent bien différents de ceux qui consistaient à les mouler dans le plâtre. Aussi les inscriptions pure- ment décoratives sur pierre ont généralement le même style que les autres textes lapidaires contem- porains.

A Tépoque des Ayoubites, la scission s accentue naturellement; dès lors les inscriptions lapidaires sont toujours en caractères arrondis. Le style des inscriptions sur plâtre s altère également par une sorte de réaction; il semble que la concurrence du caractère arrondi produise une rivalité entre les deux types. Le type purement décoratif reste angu- laire, mais il prend des formes plus tourmentées, plus recherchées. C'est Técole du maniérisme dans Tépigraphie décorative; elle subsistera tant qu'il y aura une décoration arabe, c'est-à-dire jusque sous les Ottomans. En effet, c'est à l'époque des Ayou- bites qu'une nouvelle décoration de revêtement en- vahit les monuments arabes, pour se développer gra- duellement et atteindre au xrv* siècle un degré de perfection qu'elle conservera jusqu'à l'invasion otto- mane. L'écriture décorative subit l'influence de cette

78 JUILLET-AOÛT 1891.

nouvelle école, celle du style arabe proprement dit^ Elle est confiée dès lors non seulement au plâtre , mais à la mosaïque de marbre , aux enduits , à la céramique émaillée, quelquefois au bois et au bronze; cependant les inscriptions sur bois et sur bronze, qui sont d'ailleurs sourent historiques, sui- vent presque toujours les destinées des inscriptions lapidaires.

L'épigraphie décorative prend alors les allures les plus capricieuses, pour se plier aux exigences des matériaux délicats qui la composent; car c est sintout dans lés nécessités techniques qu'il faut chercher la cause des déformations de l'écriture décorative, comme de la décoration en général. C'est ainsi que l'emploi de la mosaïque de marbre avec ses bandes taillées en rectangles allongés développa ce genre particulier d'écriture décorative qu'on a appelé le coafique carré ou qaadrangulaire ^ et qu'on trouve sur les lambris des mosquées à l'époque des Mam- louks^.

Cette altération du caractère décoratif à partir du XII* siècle est si évidente qu'on peut facilement reconnaître si ime inscription décorative appartient

^ J'ai défini plus haut l'art arabe; j'entends ici par style arabe celui de la belle époque de l'art arabe et spécisdement du groupe syro-égyptien , du xii* au xvi* siècle.

* Voir entre autres, Marcd, L'E^pte, pi. XXI; Méwié sur le cottjique gRodrangulaire , dans Journ. asiat., 2' série, t. XII, p. 226; Hogers Bey, Mémoire sur certaines inscriptions en caractères coufiqnês cttrris, dans Bulletin de l'Institut égyptien, 1881, p. 100.

NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 79

à une époque antérieure ou postérieure à Imtro- duction du caractère arrondi. Le plus ancien exemple de texte décoratif postérieur à cette intro- duction se trouve, je crois, à la mosquée El-Aqsa à Jérusalem, dans les inscriptions de Saladin (583 de l'hégire)^. Ici la nouvelle école est formée; elle est si distincte de la précédente que le fragment repro- duit par M. de Vogué se rapproche plus, par son style, des inscriptions décoratives du xv* siècle (par exemple celles de la medrese du sultan Ghûri au Caire) que de celles de la mosquée d*Es-Sâlih, qui ne lui sont antérieures que d'une trentaine d'années. Pour expliquer l'apparence archaïque des inscrip- tions de Saladin à El-Aqsa alors qu^ le caractère arrondi envahissait Tépig^'aphie, M. de Vogué re- marque avec raison que le coulique s'est conservé fort tard dans Tornementation monumentale. On pourrait aller plus loin en affirmant que ces inscrip- tions ne sauraient être antérieures à Saladin , puis- qu elles présentent les caractères de l'école décora- tive qui prend naissance à cette époque.

Décoration. Il reste à dire im mot de la décora- tion sxu* pierre pendant la période fatimite. Jusqu'à présent on n'en savait pas grand'chose. Les restes décoratifs de cette époque se trouvent surtout dans les sanctuaires des mosquées, sur les tympans des arcs; or ces tympans étant toujours en briques, leur

* De Vogué, Le temple de Jérusalem, p. loi et pi. XXXIII.

80 JUILLET-AOÛT .1891.

décoration est confiée au plâtre ^ La décoration lapi- daire la plus importante est celle des portes con- struites par Bedr el-Gamàli ; mais leur style remar- quable est si franchement byzantin qu*on ne peut les considérer comme des types de Tornementation égyptienne sous les Fatimites. La décoration lapi- daire indigène n'est donc connue que par quelques exemples isolés , tels que le mihiâb du mausolée de Sitta Rukaiya décrit par M. Ravaisse. J'ai retrouvé de nombreux vestiges d ornements lapidaires sur trois monuments fatimites encore inconnus : les minarets de la mosquée d'El-Hâkim et les façades des mos- quées El-Aqmar et d'Es-Sâlih. Ces restes fournissent les éléments dune ample étude sur le style fetimite; elle ne saurait trouver place ici, et je laisse de côté tout ce qui concerne les profils et les moulures pour m'arrêter un instant sur la décoration proprement dite.

La décoration arabe, ou, pour parier plus exac- tement, la décoration musulmane du groupe syro- égyptien se compose de trois éléments principaux qui constituent larabesque : les entrelacs (décor géo- métrique), le rinceau (décor floral) et le décor épi- graphique. J'ai déjà parlé de ce dernier; je passe également sur le rinceau, dont on possède d'assez

* Lès restes de l'époque fatimite ne présentent que la décoration sur pierre, sur plâtre ou surbois. Cependant si la décoration poly- chrome (mosaïque, briques émailiées, enduits, verres colorés, etc.) n'apparaît au Caire que sous les Ayoubites , on ne saurait en con- clure qu'elle n'a pas existé plus tôt.

NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 81

nombreux spécimens sur plâtre soit à la mosquée d'Ahmed , soit dans les mosquées fatimites. Consta- tons seulement en passant que les trois monuments qui font le sujet de ces lignes fournissent des do- cuments nouveaux pour Tétude du rinceau arabe lapidaire. Les rinceaux d'El-Hâkim, d'El-Aqmar et

dEs-Sâlih dérivent directement du rinceau byzantin

j

oriental , et représentent la dernière évolution de la grande école décorative qui a fouillé les linteaux et les entablements des monuments de la Syrie centrale, les palais de Machitta et de ^Ammân et les curieux monuments coptes du musée de Boulaq ^

Restent les entrelacs , qui forment le point le plus obscur et le plus discuté de la décoration arabe. La question des origines n'est éclairée que par quel- ques documents isolés, encore insuffisants : les en- trelacs byzantins en claire-voie des monuments de la Syrie centrale, les décors géométriques persans de l'époque parthe et quelques monuments coptes; pour l'époque musulmane, les claires-voies des fe- nêtres aux mosquées d'Ahmed et d'El-Hâkim , enfin les mihrâbs en bois sculpté publiés par M.Ravaisse^.

^ Voir de Vogué, Syrie centrale; Tristram, The land of Moab; Dieulafoy, L'art antique de la Perse, t. V, p. ^% et io4; Gayet, Monuments coptes du musée de Boulaq, surtout pi. XXVII, XXX, LXXIV, LXXV, LXXIX , etc. Pour les rinceaux sur plâtre de la mosquée d'El-Guyûchi , cf. ibid. , pi. X , XI , XVI , XX , etc.

* De Vogué, op, cit., passim; Dieulafoy, op, cit., t. V, p. 3o et i53; Gayet, op. cit., pi. III, XXVI, XLIX, LXXVI[, LXXXIIÏ, LXXXVII ; Bourgoin , Les arts arabes , pi. 8 1 à 87 ; Prisse d'Avenues , Atlas, vol. I,pl. ïll; Ravaissc, Sur trois mihrâbs, pi. II-V.

XVIII. 6

IMrilI«F.aill *ATIO!<âLI.

82 JUILLET-AOÛT 1891.

Les entrelacs arabes diffèrent essentiellement des décors géométriques byzantins ou persans qui sem- blent leur avoir servi de modèle. Ceux-ci ne sont que des fantaisies isolées, telles qu'on en trouve dans tous les styles décoratifs, et l'élément géométrique ne joue encore qu'un rôle effacé. Ceux-là s'érigent en système et se déduisent logiquement comme un théorème de géométrie ; ils reposent sur l'emploi des polygones suivant une série de tracés dont M. Bour- goin a donné la clef dans ses beaux ouvrages. Main- tenant si l'on cherche non plus les origines géné- rales, mais le point de départ précis des entrelacs arabes, la question s'obscurcit singulièrement. On remarque, en effet, que la décoration géométrique byzantine contient déjà en germe ce qui fait le propre des entrelacs , les diagrammes polygonaux. D'autre part, les claires-voies des fenêtres aux mos- quées d'Ahmed et d'El-Hâkim présentent dans ^leur style des analogies étroites avec les claires-voies syro- byzantines, et M. Bourgoin n'hésite pas à les classer, avec les monuments eux-mêmes, dans une période de formation de l'art arabe, dite période byzantine. Cependant on y trouve déjà les caractères distinctifs des entrelacs arabes, en particidier les polygones étoiles. Or, comme ces mosquées ont été restaurées à différentes reprises , comme elles ont souffert toutes les deux du grand tremblement de terre de l'année 702 de l'hégire, dont les effets destructeurs ont se faire sentir avant tout sur des constructions aussi fragiles que ces dentelles de plâtre , il n'est pas du

NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 83

tout certain que les clairesr-voies actuelles datent de Tépoque primitive 1.

Ainsi le décor polygonsd arabe se présente pour la première fois entièrement constitué et d'une faiçon certaine sur le mihrâh en bois de Sitta Rukaiya, con- servé au musée arabe du Caire; la date de ce mo- nument est péremptoire. M* Ravaisse y voit ie terme initial du nouveau style, le style arabe proprement dît. On ne saurait admettre cette concluaioa dans» toute sa rigueur. Les changements de style suivent uaae évolution trop lente et trop continue pour quW puisse fixer des jalons aussi précis» Pas ptus que la nature , le style ne fait de sauts , et les classifications plus ou moins justes qu*on a faites du style arabe s*appliquent bien plus aux caractères généraux qu'à des périodes de temps nettement limitées. D'ailleurs le travail artistique de ce mihrâh est si parfait, on peut dire si raffiné, qu'il suppose une longue pé- riode de formation, soît dans le goût et la concep- tion des formes, soit dans les procédés technique* et rhabUeté manuelle de lartisan. Si les ancêtres de ce moniunent nont pas laissé de traces,^ on peut 5^ firmer a priori qu'ils ont existé, et que le décor poly- gonal s'est lentement développé pendant la période fatimite, peut-être avant déjà.

Les entrelacs lapidaires des monuments fattmitea, sans résoudre le problème des origines, jettent un

* Cette remarque a déjà été faite par M. Stanley Lane-Poole, op, du, p. 67.

6

84 JUILLET-AOÛT 1891.

jour nouveau sur ses obscurités. Ce sont des ban- deaux ou des bordures encadrant les fenêtres carrées et les niches à fond plat ménagées dans les minarets d'El-Hâkim et dans les façades des deux autres mos- quées. On en trouvera un spécimen sur la planche ci-jointe , accompagnant l'inscription de la mosquée d'Es-Sâlih ( VI ) ; ceux qu'on voit au minaret sud d'El-Hâkim forment un dessin analogue. Ailleurs ces entrelacs présentent des combinaisons plus com- pliquées de lignes brisées ou de lignes courbes en forme de nattes. La façade de la mosquée d'Es-Sâ- lih en ofiPre une grande variété.

Je n'entreprendrai pas de tirer aucune conclusion de ces découvertes. L'étude de ces ornements doit être accompagnée de figures et demande à être traitée à part. Je fais seulement à leur propos les deux remarques suivantes :

i"* Ces entrelacs ayant la forme de bandes longues et étroites , il ne faut pas y chercher les données du décor polygonal , qui exige une certaine surface pour développer ses diagrammes. Pour que ce der- nier produise tout son effet, il faut que son tracé primitif puisse être broché, c'est-à-dire répété un certain nombre de fois en longueur et en largeur. D'ailleurs les entrelacs arabes polygonaux sont nés de la décoration sur bois bien plus que de la dé- coration lapidaire; on se figure aisément combien le travail manuel de l'artisan était simplifié par la faculté de découper à l'infini ces petits panneaux

NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 85

de bois sur un nombre restreint de patrons. Les entre- lacs lapidaires fatimites se rapprochent donc beau- coup plus des entrelacs coptes ou byzantins que de ceux du mihrâb de Sitta Rukaiya; comme les rin- ceaux lapidaires des mêmes monuments , ils appar- tiennent à ce style de transition qui n*est plus by- zantin ni persan , et qui n'est pas encore le style classique des siècles postérieurs.

L analogie étroite qui existe entre les entrelacs d'El-Hâkim et d'Es-Sâlih prouve que ce genre de dé- coration a persisté, comme le caractère dit carma- tique, durasiit toute Tépoque fatimite; peut-être s est- elle prolongée au delà.

C'est plus tard seulement que le véritable décor polygonal, sortant du domaine de la menuiserie, se répand sur les parements de pierre pour produire des chefs-d'œuvre comme la chaire de Qâit-Bây dans le tombeau du sultan Barquq.

En terminant ici la revue des inscriptions et des monuments fatimites du Caire connus jusqu'à ce jour, je ne puis que signaler les documents numis- matiques de cette époque. Les monnaies fatimites ont été fort bien étudiées, grâce aux catalogues des collections et à de nombreuses monographies. Les jetons de verre à légendes arabes, qui semblent avoir servi à des usages divers, sont moins bien connus. Ceux de l'époque fatimite sont fort nom- breux, et j'en possède moi-même un certain nombre, mais leur étude ne saurait trouver place ici. Je suis

86 iUlLLËT-AO^T 1891.

heureux Àe potavoir citer encore 4e travail tout récent ffae M. Casanova a consaM^ré à >ces curieux docu- ments iii^toiiques , «et dont publication , e^érons- le, ne se fera pas longtemps «ttendre^.

^ liu devant l'Institut égyptien au Caire; compte rendu en arabe dans ^,h>hU L^U^t; -9 février et 11 mars 1891. Ce travail a paru en ^nçais dans le Jottmaro^cîcZ, ^•^91» P- 7*5 Ct sutv.

HISTOIRE D'EDESSE. 87

HISTOIRE

POLITIQUE, RELIGIEUSE ET LITTÉRAIRE

D'EDESSE

JUSQU'À LA PREMIÈRE CROISADE,

PAR M. RUBENS DUVAL.

PRÉFACE.

Ta vUle sera bénie et md ennemi ne prévaudra plus contre elle.

[Lettre de Jésus à Ahgar. )

Elle fut vraiment bénie cette viUe qui, pendant tant de siècles, rayonna sur la Syrie et la Mésopotamie par son génie religieux et littéraire encore plus que par sa puissance militaire. La légende qui la déclarait inexpugnable devint une tradition qui se maintint longtemps et à laquelle furent obligés de croire les plus puissants rois sassanides, Sapor II, Cawad et Chosroes Anoschirwan, qui Tassiégèrent en vain.

Si la conquête romaine amoindrit son importance poli- tique, eUe lui ouvrit de nouvesfux horizons dans le domaine scientifique en lui apportant les livres grecs. Foyer lumineux de la culture syrienne, elle eut Tinsigne honneur de voir l'idiome qu'elle parlait devenir la langue classique de tous les Syriens des bords de la Méditerranée aux rives du Tigre.

Ëdesse occupa la première place dans les annales de la Syrie. Eïle eut ses historiens nationaux : la Chronique d'Edesse

88 JDILLET-AOUT 1891.

et la Chronique de Josué le Stylite sont de précieux monu- ments des temps anciens, qu'une bonne fortune nous a con- servés. Plût à Dieu qu'on possédât beaucoup de documents du genre de cette dernière chronique, un modèle d'exacti- tude et de précision !

Au commencement du siècle dernier, Bayer écrivit une histoire d'Edesse qui met en relief le rôle politique et mili- taire de cette ville , mais qui est muette sur son activité reli- gieuse et littéraire. Les nombreuses publications syriaques qui ont paru dans le cours de ces dernières années et les savants mémoires qu'elles ont suscités permettent de mieux envisager aujourd'hui dans leur ensemble les grands traits de cette histoire.

C'est dans cette pensée que l'Académie des inscriptions et belles-lettres a mis au concours pour le prix Bordin , en 1 89 1 , Y Histoire politique, religieuse et littéraire d'Edesse jusqu'à la première croisade. Le mémoire que nous avons rédigé pour ce concours a eu l'honneur d'être couronné par l'Académie. La Commission de rédaction du Journal asiatique l'a jugé digne de figurer parmi ses publications. Nous l'avons laissé im- primer tel qu'il avait été présenté à l'Académie, tout en ayant conscience des développements qu'il était susceptible de recevoir dans quelques-unes de ses parties et que le temps restreint dont nous disposions en l'écrivant ne nous avait pas permis de lui donner. Nous avons seulement ajouté : ï* le texte syriaque de l'hymne relatif à l'exil de lévêque Barsès, que nous avions fait connaître par une traduction; 2* les conditions de la paix conclue entre les Ëdesséniens et les Musulmans après la prise d'Edesse par ces derniers. C'est à l'obligeance de M. Barbier tle Meynard, l'un des membres de la Commission chargée de décerner le prix Bordin , que nous devons la communication des fragments de l'historien Béladhori relatifs à cet événement.

HISTOIRE D'ÉDESSE. 89

CHAPITRE l^.

TOPOGRAPHIE D'^ESSE.

Territoire d'Edesse sous les Rois; pendant l'occupation ro- maine ; après la conquête arabe. Cours d'eau d'Edesse : l'étang d'Abraham, la fontaine Zilka, le Daiçan. Le Daiçan est détourné de son lit par Justinien. Situation privilégiée d'Edesse. Sa citadelle et ses portes. Prin- cipaux monuments d'Edesse. Eglises à l'intérieur. Eglises et monastères hors les murs. Aqueducs. Avantages et inconvénients de la situation géographique de la vilie.

Edesse dut moins à Fétendue de son territoire, qu'à sa situation privilégiée et à sa culture scienti- fique et littéraire, le rôle important qu'elle joua dans rhistoire. Il est difficile de fixer dune manière pré- cise les limites de son domaine à Tépoque des rois. Sa fi:*ontière naturelle était à Touest TEuphrate, et au nord les montagnes de TArménie. Au sud ce do- maine s'étendait vraisemblablement jusqu'au désert ^ ; à l'est il était borné par Nisibe. Suivant Pline *^, le Tigre aurait formé la limite orientale des Arabes Orœi. Cet auteur s'en tient aux grandes lignes et place l'Os- rhoène entre laCommagène à l'ouest de l'Euphrate et l'Adiabène à l'est du Tigre. Vraie pour les premiers

* La Chronique d'Edesse, en mentionnant la construction de Caliinice ou Léontopolis (Rakka) par Léon, en 469, dit que cette ville faisait partie de l'Osrhoène. (Voir Assémani, Bibl, orient., I, p. 4o5.)

* Hist, nat,, VI, 9, 1.

90 JUILLET-AOÛT 1891.

temps de l'occupation romaine , cette délimitation est inexacte pour Tépoque antérieure. Nisibe faisait partie de TArménie, dont elle fut détachée par ArtabanlII, qui la donna à Izate d'Adiabène ^. L'occupation de Nisibe et d'Edesse par des Parthes de rArménie peut avoir aussi prêté à la confusion. La légende arménienne fait d'Abgar V un prince arménien qui aurait eu pour capitale d^abord Nisibe et ensuite Edesse. Pline ^ dit encore que les Arates Orœi étaient séparés à l'ouest par l'Eaphrate dans un espace de 3 sdiènes, et qu'ils possédaient les villes d'Edesse et de Carrhes. La ville de Carrhes ou Harran était en effet englobée dans le territoire d'Édesse, mais elle^tait indépendante et jouissait d'ime constitution autonome lors de i e3q)édition de Crassus et du traité de paix de Lucius Verus avec les Parthes '. li en était de même pour Singar à lest, -commandait un prince MaWu, Mdwosy qui s enfuit devant Trajan, auqud il avait refusé de se soumettre ^.

^ Josèphe, Ant. jud,, XX, 3, 2.

^ HisL nat., V, 20, a : «Arabiam inde laeva OrrhcBon dictam regionem, trischœna mensura, dextraque Gommagenem dister- minât, pontis tamen etiam ubî Tanrum expugnat patiens. » (Ibid., V, 21, 1^ voir jdus loÎQ, p. 92 , note 1.) Suivant le lexique syriaque de fiar Bahloul, coL 101, 1. 18 , les villes principales de l'Osrhoène étaient Edesse, Harran et Batnan (ou Batnée).

^ Voir Gutschmid, Untersnchungen ueber die Geschichte des Kœ- nigsreichs Osrkoene, dans les Mémoires de VAcadérme de Saint-Péters- bourg, 1887, p. 24. Cet auteur pense que les Harraniens ont perdre leur hégémonie, lorsqu'ils brûlèrent vivant Andromaque qui leur avait été imposé par les Parthes en 53 avant J.-C.

* Dion, LXVllI, 21, 22; Suidas sous Se^iàs et évip^sipffaeii;.

HISTOIRE D'ÉDESSE, 91

La configuration du territoire d'Edesse ne varia pas pendant les premiers siècles de Toccupatian ro- maine. En 349, Constance construisit Amidet en fit une place forte de premier ordre. La Mésopo- tamie est alors divisée en deux provinces : au nord- est la Mésopotamie proprement dite avec Amîd pour capitale; et au sod-ouest, rOsrhoène ayant Edesse pour ville principale. ( Voir ci-après , chap. îx. ) Édesse se trouvait protégée contre les invasions des Sassanudes : au nord par Amid, à Test par TeUa et Nisibe ^t, jiprès la reddition de Nisibe aux Perses par lovien, par Dso^a; au sud par CaUinice et Hairan. Chacune de ces vflles a un gouvemem et un évêque; sauf Aairid, elles appaitiennent à i*Os- rèioène , ainsi qne Sibabaroha ( ou Suwarek) au iiord- ouest et Rescfaaina à lest; mais «fles demeurent ind^endantes dEdesse. La province de TOsrhoène est Je création romaine. Le nom d'Osrhoène lui- même est rarem^it usité par les auteurs syriaques et D apparaît qu après le rv* siècle de notre ère.

La conquête arabe laissa subsister Tor^nisation politique qu avaient créée les Romains en Mésqpo- tamie. Le siège des califes ommeyades à Damas et surtout celui des califes abbassides à Bagdad étaient trop Soignés de cette contrée pour qu'^e

C'est vraisemblablement ce prince et non un roi d'Edesse qui fonda la vâle Mannakerta^ HLavvéxapreL, à Touest de Nisibe et à l'est de Reschaina. (Ltienne de Byzance, sous MoirvoUcapra; Saint- Martin, Mémoire sur laCharacene, p. 182 et 2^1 ; Outschmid, loc, cit. , p. 2 5.)

92 JUILLET-AOÛT 1891.

eût à profiter des nouvelles constructions des Arabes. Du reste la Mésopotamie n avait plus l'importance que lui avaient donnée les rivdités des Romains et des Perses.

La fertile campagne qui se déroulait aux pieds d'Edesse, à Test et au sud, fut la source de ses richesses autant que le commerce et l'industrie , qui ne semblent pas y avoir plus prospéré que dans les villes voisines. Cette campagne est fertilisée par de nombreux cours deau. A Tintérieur de la ville, du côté de la citadelle, se trouve le célèbre étang ali- menté par les eaux souterraines du plateau environ- nant la ville du côté sud-ouest. Cet étang avait valu à Édesse le nom de Callirhoé « la ville aux belles eaux», selon Pline ^ Il jouit dune vénération qui remonte certainement aux temps les plus reculés ; ses nombreux poissons sont sacrés aux yeux des musul- mans actuels. Il est probable qu'il était autrefois consacré à la déesse Athargatis^. Plus tard, lorsque le paganisme disparut et que ses traditions se per* dirent, il devint, sans doute par la littérature apo- cryphe judéo-chrétienne, rÉtang d'Abraham, Birket Ibrahim, nom sous lequel il est désigné aujourd'hui. Le ruisseau qui , à travers la ville , porte ses eaux au fleuve du Daiçan , est appelé la Source d'Abraham , ^Aïn al-KhaliL

^ HisL nat, , V, 2 1 , i : « Arabia supra dicta habet oppida Ëdessam , quae quoudam Antiochia dicebatur, Callirbœn a fonte nominatam » Garrhas Crassi clade nobiles. »

* Voir ci-après, chap. iv, fin.

HISTOIRE D^ÉDESSE. 93

Sur cet étang se dressait ie palais d'été des rois , entouré des propriétés des nobles de la ville. Sur le côté nord se trouvait Téglise Ancienne, tout près de la mosquée actuelle de Khalil Errahman^ Sur le côté sud de la voie qui longe Tétang, on remarque une maison privée avec une tour; cest que la tradition place la célèbre école des Perses ^, convertie plus tard en une basilique sous le vocable de Marie Mère de Dieu.

Un autre étang, de moindre dimension, est situé au sud du premier. Il porte le nom de ^Aïn Zilka, la Source de ZeUkha,\dL femme de Putiphar, et verse son trop-plein dans le Daiçan par un ruisseau paral- lèle à celui de TAïn al-Khalil.

Le récipient de tous les cours d'eau d'Edesse qui, au rapport de la chronique d'Edesse^, étaient au nombre de vingt-cinq , c'était le Daiçan , le ^xiprSs des auteurs grecs, aujourd'hui appelé Gara Koyoun. Ce fleuve traversait la ville du nord-ouest au sud- est, puis coulait presque perpendiculairement dans la direction du sud jusqu'à la rencontre du Goulâb , qui passe à Harran et se jette dans le Balikh. Le Daiçan, c'est-à-dire le sauteur, b crxipTÔs, devait son nom aux brusques changements dont il était cou- tumier. Descendant à un niveau très bas pendant les

* Voir Badger, The Nestorians , I, 34 1; Sachau, Reise in Syrien and Mesopotamien , p. 196.

* Voir Sachau, loc. oit,, p. 198.

^ Chronicon Edessenum, dans la Bibliotheca Orientalis d'Assé* tnani, I, p. 39;^.

94 JUILLET-AOÛT 1891.

chaleurs de Tété, il se chai^eadt subitement, pen- dant les saisons pluvieuses de 1 automne et de l'hiver, de masses énormes d*eau qui inondai^it la plaine et la yiUe , et renversaient ks murs de Tenceinte for* tifiée. La chronique d'Ëdesse compte jusqu^à Justi- nien quatre inondations principales qui causèrent de terribles ravages en 201, ào3, di3 et Sa5» Pour conjurer le fléau, Justinien changea le coors du fleuve et le fit contourner la viUe au nord. C'est la direction qu'il suit encore aujourd'hui et on accède à la ville de ce côté par trois ponts *.

S'il fallait en croire la pèlerine franque qui vbita Édesse soi-disant à la fin du ly* siède^ Édesse n'aurait pas eu, à l'intérieur, d'autres eaux quec^es des étangs ; par conséquent le fleuve n'aurait pas tra- versé la ville : « Nam ipsa civitas aliam aquam penitus non habet nunc, nisi eam, quae de palatio exit, quœ est ac si fluvius ingens argenteus. » Le nunc de cette phrase fait allusion à ime légende que cette voya- geuse rapporte et d'après laquelle les Perses qui assiégeaient la ville, ne pouvant forcer les remparts, auraient cherché à la réduire en la privant d'eau. Hs détournèrent donc les eaux extérieures qui ali- mentaient la ville ; mais aussitôt , par la volonté de Dieu, surgirent les fontaines intérieures, tandis que les eaux que les Perses avaient détournées à leur

* Voir Badger, The Nestor ions, I, p. 34 1.

* Voir Gamurrini, S. Hilarii tractatus de Mysteriis et Hymni et S, SilvUe Aifoitanœ peregrinatio ad loca sancta, dans le h* volume de Y Académie historique-juridique de Rome, 1887, p. 65-66.

HISTOIRE D'ÉDESSE. 95

profit tarirent entièrement. Ce témoignage est dé- menti de la façon la plus catégorique non seole- ment par le récit, que la chronique d'Edesse^ nous a conservé, de l'inondation de 201, mais par Pro- cope dans son livre De ^dificùs ^. On est donc tenté de croire que le voyage de la pèlerine est postérieur à Justinien et doit être placé an moins deux sièdes plus bas que ne le pensait son savant éditeur.

Nous rapportons ici le passage de Procope qui fournit des détails circonstanciés sur le cour* du Daiçan et les travaux exécutés par Justinien : « Edesse est traversée par un fleuve peu important, nommé 2x/pT(5f (sauteur), qui porte au milieu de la ville ses eaux rassemblées de divers endroits. Sortant de la ville ^, il continue sa marche, après avoir pourra aux besoins de celle-ci. A son entrée et à sa sortie, un pas- sage a été ménagé dans la muraille par les anciens habitants. Un jour ce fleuve, gonflé par des pluies tombées en abondance, monta à une grande hau- teur et menaça de détruire la ville. Renversant le premier rempart et ensuite le mur d'enceinte, il inonda la ville presque tout entière et causa des pertes irrémédiables. Il jeta à terre dun seul coup

^ Voir ce récit ci-après , sous Je chap. m.

* Procope, De JEdificiis, éd. Dindorf (dans la collection byzan- tine de Bonn), lU, p. 228. La Chronique de Josué le Stylite men- tionne à Tannée 49 3 des fêtes célébrées le long des bords du Daiçan dans la ville. (Voir ci-après, chap. x.)

' Bayer, Historia Osrhoena et Edessena (Saint-Pétersbourg, 1784 , p. 248), a mal expliqué ce passage de Procope et l'a rendu inin- telligible; il corrige à tort èiteikv en Sériés.

96 JUILLET-AOÛT I89L

les plus beaux édifices et fit périr le tiers des habi- tants. L'empereur Justinien, non seulement s'em- pressa de reconstruire les monuments endommagés , parmi lesquels étaient Tég^se des Chrétiens et le bâtiment appelé Antiphore [AvriÇ^opos) , mais il tra- vailla avec une grande sollicitude à ce que ce mal- heur ne se renouvelât plus. Il sut par un art habile imprimer au fleuve im autre cours devant le rem- part. A droite du fleuve, le pays était plat et de ni- veau; mais à gauche une montagne à pic ne per- mettait pas au courant de dévier ni de prendre une direction autre que celle qu'il suivait; de toute né- cessité, il devait passer par la ville. A droite en effet, il ne rencontrait aucun obstacle, qui l'em- pêchât de se porter directement sur la ville. Justi- nien coupa la montagne dans toute son épaisseur et fit à la gauche du fleuve un passage au moyen d'un fossé creusé et taillé dans le roc. Sur la droite il éleva un mur très haut, formé de blocs énormes, de sorte que , si le fleuve coulait d'une manière nor- male et ordinaire , la ville ne fût pas privée de l'uti- lité qu'elle en retirait ; et que , si accidentellement il s'élevait au-dessus de son niveau et débordait, la ville reçût encore son contingent ordinaire, l'excé- dent étant déversé dans le canal de Justinien. Ce canal, qui avait triomphé de la nature par un art admirable et une science au-dessus de tout éloge, contournait le mur derrière l'hippodrome. A l'inté- rieur le fleuve fut contraint de couler dans son lit, sans en pouvoir sortir, au moyen de parapets élevés

HISTOIRE D'ÉDESSE. 97

de chaque côté. De cette manière la ville conserva ies avantages que lui procurait le fleuve , et elle fut débarrassée de la crainte des inondations ^ » Justi- men , continue Procope , fit aussi surélever et conso- lider le mur de la citadelle, qui, dominé par la montagne sur la pente de laqueîle il s'élevait, pré- sentait à Tennemi un point vulnérable et facile à attaquer.

C'est par sa situation topographique qu Edesse devint une place forte de premier ordre. Adossée à i ouest à un massif rocheux, elle commandait les passes du nord donnant accès à TArménie, et gar- dait à Touest et à Test les routes de la Mésopotamie. En dehors des contreforts escarpés qui formaient une défense naturelle, elle était protégée par un double mur d'enceinte crénelé et flanqué de nom- breuses tours. Elle passait pour inexpugnable et cette conviction donna naissance à la légende que le Christ aurait, en bénissant Edesse^, déclaré que nul ennemi ne prévaudrait contre elle.

La citadelle s'élève sur une montagne à l'angle sud- ouest du rempart qui l'entoure. A l'extrémité occidentale se dressent deux colonnes faites de plu- sieurs morceaux et couronnées de chapiteaux corin- thiens. L'une de ces colonnes porte une inscription à demi efiacée et difficile à lire, mais qui permet

^ Cependant la Chronique de Denys de Téllmahrê (voir Assémani, B. O,, U, -p. 107) rapporte «ncore one inondation du Daiçan à l'année 743.

* Voir ci-aprèg , chap. v.

XVII. 1

!•

••• ••• •,

•••:• i

98 JUILLET-AOÛT 1891.

de constater que leur construction remonte à l*épo- que des rois d'Édesse. On y déchiffre les mots de colonne y statue et Schalmat, la reine, fille de Manoa^. H s agit sans doute de Tépouse d'AbgarOukhama qui portait ce nom. Les Musulmans de nos jours dési- gnent ces colonnes sous le nom de Korsi Nimroud « le trône de Nemrod » , et la montagne sur laquelle se trouve la citadelle , Nimwud dagh « la montagne de Nemrod ».

A Imtérieur de la citadelle, sur une grande place appelée Beith-Tebhârâ, le roi Abgar VIII se fit con- struire, après l'inondation de 201, un palais d'hiver à l'abri des crues du Daiçan -. Les grands d'Ëdesse , imitant son exemple , transportèrent leurs résidences auprès de ce palais sur la place du marché supé- rieur, appelée BeithSalchrâyé^. Avant la construc- tion du palais d'Abgar, la place de.Beith-Tebhârâ avec les vastes dépendances de la propriété d'Avida^ fils d'Abdnakhad, servait pour les assemblées du

* Badgep (The Nestorîans) I, p. 32 3, a le premier fait connaître cette inscription. Elle a été publiée en second lieu par M. Sadiau, dans la Zeitschr, der dent, morgenl, GeselL, XXXVI, p. i53 et suiv.

^ La pèlerine franque mentionnée plus haut visita le palais d*ëté et le palais d'hiver des Abgar. Elle remarqua deux belles statues de marbre que l'on disait être celles d' Abgar Oukhâmâ et de son fils Ma'nou.

* Cette dénomination aurait été donnée à cette place après la construction des nouveaux palais, si l'on dérive avec Bar Bahloiid le mot sakhrâyé de sakharta «palais». Beith-Sakhrâyé est connu comme nom de lieu. (Voir Barhebrseus, Ckron, syr,, 464» 9; ^Sg, 9; Hoffmann, Auszûge ans syr, Acten Pers. Màrtyrer, p. 212.)

w C \, c o

HISTOIRE D'ÉDESSE. 99

peuple ^ se trouvait aussi le grand autel, Ton immolait aux génies et qui subsista quelque temps encore après la destruction des autels par- ticuliers des dieux, comme nous le verrons sous le chapitre iv. La Doctrine d^Addcd ^ place cet autei simplement au miliea de la citadelle, itu^mca t^-S^. Les Actes de Scharbil, publiés dans les An- cient Syriac docaments de Cureton ^, disent qu il était i^tv^. ^tVica Ai3.nci.\ , ce que Cureton traduit : en face le Bureau des archives; mais le bureau des ar- chives était appelé Beith-Oahdânâ, r^^cno^i. VvjC3 ou Archeion^, ipx^aiov. Peut-être faut-il lire A.rxna\ r^n^o^i. ^(\jC3 , en face de la propriété d'Avida , dont nous avons parlé plus haut.

La ville même renfermait les Portiques ou forum auprès du Daiçan, YAntiphoros ou hôtel de ville ^, restauré par Justinien apiès une inondation du fleuve, comme nous lavons vu plus haut. En Agy, Alexandre, gouverneur d'Edesse, fit construire une galerie couverte [TSephaTo^) auprès de la porte des Grottes, et des bains publics [SrjyJiaiov) auprès du Grenier d'abondance ^. On distinguait les bains d'été et les bains d'hiver; tous deux étaient entourés d'une double colonnade. Un autre établissement de

* The Doctrine of Addai ihe Apostle, éd. Philipps, p. 18, 3. Voir The Doctrine of Addai the Apostle, p. 34, 7.

' Voir p. 42, 2 .

* Gomp. Chronicon Edtssennm, dans Assémani, B. 0.,ly 393.

* Voir Chronique de Josaé le Stylite, éditée par Wright, cha- pitre xxvn.

* Voir Chronique de Josué, chap. xxix.

100 JUILLET-AOÛT J891.

bains se trouvait au sud auprès de ia Grande porte ^. Le théâtre^ était situé près de la porte de ce nom. Un hôpital dans la ville et un hospice en dehors» près de la porte de Beith-Schemesch , étaient con- sacrés aux malades et aux vieillards '.

Au nord de la ville , près du mur d enceinte , était rhippodrome qui , suivant Procope *, avait été con- struit par Abgar (Abgar IX), à son retour de Rome, grâce à la libéralité de rempereiu*^.

On pénétrait dans la ville par six portes, savoir : au nord , la porte de Beith-Schemesch ^ et la porte de Barlaha; à l'ouest, la porte des kappé ou des Grottes , conduisant sans doute aux grottes creusées dans le roc pour la sépulture des morts''; au sud- ouest, près de la citadelle, la porte de schaé ou des heures^; au sud, la Grande porte®; et à Test, près de la sortie du Daiçan , la porte du Théâtre ^^, Ces

^ Voir Chronique de Josué, chap. xxx et XLiu.

* Voir Chronique de Josué, chap. xxx. ^ Voir Chronique de Josué, chap. XLii.

* De Bello persico, II, 12; comp. le passage De JEdiJiciis, rap- porté plus haut.

^ Comp. Gutschmid, Untersuchujigen . p. i4. ® Voir Assémani, B. 0., I, 267 et /io5.

^ Voir Ane. syr. Documents, p. 83, 22; Chronique de Josué, chap. XXVII.

* Barhebraeus, Chron. syr., 32 6, 7. Cet auteur mentioane dans un autre passage, p. 332 , 18, une porte des eaux, JLÂof I^^L; mais c'est sans doute une faute du copiste pour i:^} ll^fL, porte des heures,

* Chron. de Josué, chap. xxxvi et xltïi. Chron. de Josué, chap. xxvii.

HISTOIRE D'EDESSE. 101

portes existent encore aujourd'hui, mais portent des noms différents^.

Les documents syriaques que nous possédons de ïère chrétienne ne font pas mention des temples, mais seulement des autels des dieux; nous réunirons sous le chapitre iv les renseignements que nous possédons sur ce sujet. Souvent, au contraire, ils parlent des églises.

Jusquen 201, lors de la grande inondation, les chrétiens d'Edesse ne possédaient qu'une seule ég^se, située près du grand étang et connue depuis sous le nom de ï Église ancienne. Elle fut détruite par cette inondation et eut sans doute aussi à souffrir de l'inondation de 3o3 , car elle fut reconstruite de fond en comble en 3i3 par Côna, évêque d'Edesse, et son successeur SaM^. En 39/i , elle reçut les reliques de saint Thomas , Tapôtre^; elle est quelquefois dé- signée sous ce nom , quoique plus souvent elle soit appelée simplement l'Eglise^, c'est-à-dire la cathé- drale. Vers la fin du iv* siècle (?), elle est visitée par la pèlerine franque qui en admire l'architecture et la trouve digne d'être la demeure de Dieu : « Ecclesia autem ibi quae ingens et valde pulchra et nova dis- positione est vere digna est esse domus Dei^. » Après

^ Voir Sachau, Heise, p. igS.

* Voir Chron. d'Edesse; Assémani, fî. O., I, 394.

** Voir Chron, d'Edesse: B. 0., I, 3 99; Barhebrœus, Ckron.eccl., 1,66.

* Comp. Chron. de Josné, chap. xxxi, xlu, xliu, lxxxix.

* Silviœ Aqaitanœ peregrinalio , p. 64. Ce passage semble nous reporter après Justinien. Comp. ce qui suit et ci-dessus, p. gS. -

102 JUILLET-AOÛT 189L

Tinondalion de 5 25, qui la renversa, elle fut recon- struite par Justinien avec un si grand luxe qu elle passait pour une des merveilles du raonde^. M. Sa- chant estime que Téglise reconstruite par Justinien se trouvait sur remplacement occupé actuellement par la Grande mosquée, Oalou-djami^ à peu près au centre de la ville, à égale distance de la porte Bâb- Esserai, au nord, et de Tétang des poissons, au sud. Nous croyons, au contraire, qu'il s'agit de Y Église ancienne f située tout près de l'étang et de la mosquée Khalil Errahman. Barhebraeus nous apprend dans sa Chronique ecclésidsticiae^ que Mohammed ibn Tahir vers 826 construisit une mosquée dans le Tetra- pylani situé devant l'Eglise ancienne et qui était appelé autrefois le Temple cla sabbat ou la syna- gogue. L'Eglise ancienne fut encore renversée par un tremblement de terre le 3 avril 679 , et une autre fois en 718*.

Après l'Eglise ancienne furent construites les églises suivantes : l'église de Saint-Daniel, consacrée ensuite à saint Domitius, par Vologèse, évêque, en 379; l'église de Saint-Bariâhâ , par Diogène, évêque, en 409; l'église de Saint-Etienne, autrefois une synagogue juive , par Rabboula , évêque , en 4 1 2 ;

^ Voir Maçoudi , Les Prairies d'or, éd. Barbier de Meynard , II , 33 1; Ibnal-Fakîh, p. 106 et i34; Istakhri, ai-Mokaddasi , Tha'alibi el Yacout, sous pL^fJl

* Heise in Syrien, p. 194.

^ Édition Abbeioos et Lamy, I , p. 369.

* Chronique de Denys de Tellmahré , dans Assëmani, B. O., II, |). io4 et io5.

HISTOIRE D'ÉDESSE. 103

Téglise des Apôtres, auprès de la Grande porte, par Hibhas, évêqne, en /i35; Téglise de Saint-Jean-Bap- tiste et de Saint-Addée, par Nonnus, successeur d'Hibhas, à qui on devait encore la chapelle (mar- tyrium) de Saint -Cosmas et Saint-Damien, élevée dans rhospice des pauvres malades , hors les murs , près de la porte de Beith-Schemesch ; Téglise de Mar Cônâ (ancien évêque d'Edesse); Téglise de Marie mère de Dieu, érigée sur l'emplacement de l'école des Perses, après la destruction de cette école en ^89^ Cette dernière église doit être dis- tinguée du martyrium de la Bienheurease Marie , con- struit par Tévêque Pierre au commencement du VI* siècle 2.

Les églises hors les murs étaient : au nord, la chapelle de Saint-Cosmas et Saint-Daiîiien , dont nous avons déjà parlé; à Test, l'église de Saint-Serge et de Saint-Siméon ^ ; à l'ouest et au sud-ouest sur la montagne, l'église des Confesseurs, construite en 3^6 par Abraham, évêque, et faisant face à la porte des Heures, près de la citadelle^, et l'église ancienne des Moines ^.

* Comp. pour ces églises, Chronicon Edessenum, Assémani, B. 0,, I, 399-406; Lettre de Siméon de Beilh-Arscham , ibid., I, p. 353; Chron, de Josné le Stjlite, chap. xxix, XLni, Lx.

* Voir Chron. de Josué, chap. lxxxth.

' Chron. d'Edesse; Assémani, B. 0., I, 407; Chronique de Josué, chap. XXXI, Lix, Lx, Lxn.

* Chron, d'Edesse; B. 0,, I, 396; Chron. de Josué, chap. lx et Lxn; Barhebrasus, Chron. syr., 326, 7.

* Wright, Catal. oj the Syr. ms., p. 768-769; Sachau, Zeit. der deut. morg. GeselL, XXXVI, i43.

104 JUILLET-AOCT 1891.

Les roches à fouest avaient été dès les temps anciens creusées pour y ensevelir les morts. Au mi- lieu des tombeaux s'élevaient les mausolées de la famille d'Abgar, notamment celui d'Abschelama , fds d'Abgar^ C'est à cet endroit qu'avaient lieu les exécutions des criminels et des martyrs. Les ana- chorètes s y étaient taillé de nombreuses cellules et saint Ephrem sy consacra à la vie ascétique. Cette montagne reçut Tépithète de sainte et se couvrit de monastères. On trouve mentionnés les couvents sui- vants : des Moines orientaux, de Saint-Thomas, de Saint-David, de Saint-Jean, de Sainte-Barbara, de Saint-Cyriaque , de Phesilta, de Maria Deipara, des Tours, de Sévèrç, de Sanin, de Kouba, de Saint- Jacques 2.

La colline dite Hauteur du temple du dieu du fumier (jVof» oi!^ J^.A3f ) J(s^9 ^) avait du être un lieu de culte au temps du paganisme. Cette désignation iro- nique est sans doute postérieure à l'introduction du

^ Ckren. d'Edesser B. 0., I, p. 32g; Ane. Syr. doc, 326, 7. Comp. aussi le mausolée d'*Amatschemesch, femme de Saredou» fils de Ma*nou, Zeit. der deut. morg. GaelL, XXXVI, p. i45.

^ Voir Assémani, B. 0., 11, p. 45, 67, 110, 111, 112, SSg, 4ia , 437, 56 1, 562 , 607, 611, 612. Comp. aussi 109 h; Barbe- braeus , Chron, eccles. , Il , 53 2 ; III , 36o ; Sachau , ZeiL der deai. morg» GeselL, XXXVI, i52. Les auteurs arabes mentionnent pkis de 3oo couvents autour d'Ëdesse. Le célèbre couvent de Phesilta (la pierre de taille) se trouvait près du village de Goumeiha sur \& mont Izale (Tour *Abdin), et il n'est pas probable qu'il y eut un autre couvent du même nom à Edesse.

^ Ànc. Syr. doc, 84, 22. Métaphrastc dans Migne, Pair, gr., CXVI, p. i/ii, BtdsXaxtxXâ'^ Sirius, ibid., p. i/in, Bethelabicla.

HISTOIRE D'EDESSË. 105

christianisme à Edesse; elle rappelle lexplication qiie les Juifs donnaient du nom du dieu Baal-Zeboul, dont ils avaient fait un dieu du fumier. Mais elle peut aussi se rapporter à lusage de souiller un temple païen en y établissant un dépôt d'ordures; ainsi Josias fit souiller les lieux de cultes étrangers à Jérusalem et en Judée ^

La plaine d'Edesse était peuplée de villages au nord, à Test et au sud. La Chronique de Josaé le Stylite mentionne les bourgs de Bokhein, de Çerrin , de Coubbé et de Kefar-Çelem ou Negbat -.

Deux aqueducs, partant des villages de Tell- Zema et Maudad, au nord d'Edesse, amenaient dans la ville les eaux de source. Ces aqueducs furent restaurés en Tan 5o5 par le gouverneur Eu- logius^.

La situation privilégiée qui fit la puissance d'E- desse fut aussi la cause des calamités qu elle endura. Placée sur la ligne de bataille des armées perse et romaine , elle souffrit les horreurs des sièges et vit souvent ses récoltes détruites par Tennemi. Elle fut encore en proie aux inavsions des sauterelles qui ravageaient les plantes avant qu'elles aient donné leurs fruits. Ce fléau en engendrait deux autres : la famine et la peste qui marchent de pair. Edesse ne jouit pas toujours en paix de la gloire que lui valut sa haute culture intellectuelle.

* Voir Renan, Histoire du peaple d'hraél, III , i85.

* Voir Chronique de Josué le Sljlite, chap. MX, LX, LXii. ' Chronique de Josué , chap. i.vwvii.

100 JUILLET-AOÛT 1891.

CHAPITRE IL

FONDATION D'EDESSE ; ORIGINE DU ROYAUME D'EDESSE.

Légendes relatives à la fondation d*Edesse. Ëtymologies des noms Orrhâi et Edessa. Édesse fondée par Se- leucus Nicator. Origine nabatéenne du royaume d'Edesse. Les Nabatéens, mêlés d'abord aux Arabes, s'allient aux Parthes après leurs migrations vers le Nord.

On sait peu de chose des origines d'Edesse. A vrai dire, l'histoire de cette ville ne commence qu'avec le petit royaume de i'Osrhoène fondé en 182 avant l'ère chrétienne; pour les temps antérieurs, on ne possède que des récits fabuleux. Suivant une légende juive adoptée par les chrétiens, mais à laquelle on ne sausait s'arrêter, Edesse est l'Erekh de la Bible fondée par Nemrod^. Barhebraeus, dans un passage de sa chronique^, attribue la fondation d'Edesse à Enoch, l'Hermès Trismégiste des Orientaux; mais, dans un autre endroit^, il identifie cette ville avec Chaîné bâtie par Nemrod.

* Voir Josèphe, Ant., I, 7; Targ. Seras, in Gen., X, 10; Neu- bauer, Géog. da Talmud sous ^*1ÎC; S. Ephrem, Comm. in Gc/i.,X, 10; Die Schaizhôlile , éd. Bedzold, p. i54 « 1 2 ; Salomoii de Bassora, The Bee, éd. Budge, p. 87, 10; Opuscula Nesior., éd. Hoffmann, I 27, 20; Bar Bahloul, i63, 20. C'est à cette légende que la mon- tagne d'Edesse doit son nom actuel de Nimrond dagh, et les deux colonnes de la citadelle, celui de Kor$i Nimroad. ( Voir ci-dessus , p. 98.)

^ Chron. syr., 5,17.

^ Chron. •'ijr.j i4.

HISTOIRE D'ÉDESSE. 107

Un procédé familier aux anciens historiens pour suppléer aux documents historiques qui faisaient défaut, c était de créer des rois éponymes et d'en faille les fondateurs des empires. C'est ainsi quM- gyptus est le premier roi d'Egypte; Syrus donne son nom à la Syrie; Parsus, à la Perse; de même, le nom syriaque d'Edesse, Oarhâi ou Orrhâi, vient de Onrhâiy fils de Hévya, lancêtre d'Abgar et le pre- mier roi d'Edesse, suivant la Chronique de Denys de Tellmahré^. Mais la Chronique d'hdesse, qui puise à des sources officielles , ne connaît pas ce personnage ^. Procope ^ donne une étymologie du même genre pour le nom de TOsrhoène, qui viendrait d'Osroes, prince des temps anciens, quand les Perses étaient les maîtres du pays. Bayer * rapproche cet Osroes du nom perse Chosroes. M. G. Hoffmann a accepté ce rapprochement et pense que le nom syriaque Orrhâi ou Ourhâi peut également être dérivé de Chosroes^. Mais ses raisons sont plus spécieuses que probantes. La forme ancienne est certainement Orrhâi et non Osrhâi^. La dénomination de TOsrhoène, Ùaporfvt!,

^ Ed. Tullberg, p. 56, i.

' Chez les Arabes , qui prononcent ar-Rolia le nom d'Ourhâi , c'est ar-Roha qui est le roi éponyme. Ses ancêtres portent des noms différents selon les auteurs. Il est indiqué parfois comme un petit- fils de Sem, fils de Noé. (Voir Yacout, sous pLiiJ!.)

* De Bello persico, I, 17. Cf. Suidas, sous ùapot^vn.

* Historia Osrhoena et Edessena, p. 33.

* Voir Zeit. der deut. morg. GeselL, XXXII, p. 742. Le nom de Chosroes est écrit ôfypàrjç dans Dion Cassius, Excerpia, LXVIII, 23.

' Gutschmid {Untersnch., p. 10, note 1) donne les formes : Oppa, chez Isidore de Charax (Muelier, Geogr. Minoivs, I, 2^6);

108 JUILLET-AOÛT 1891.

est purement grecque et ne renaonte guère avant ie iv' siècle, lorsque lempereur Constance divisa la Mé- sopotamie en Mésopotamie proprement dite et en Os- rhoène ^ C est à cette époque seulement que ce nom paraît dans les documents syriaques*^.

Une autre étymologie proposée par Assémani^ Golius, RosenmuUer et Michaelis ne paraît guère plus acceptable. Suivant ces savants, le nom d'Ott- rhâi (arabe, ar-Roha, ^liçjl ), aujourd'hui Oarfah ou Orfah, \iendrait de ^6v par abréviation de KaXhpSity épithète qu Edesse devait à 1 abondance des eaux de son territoire^. A défaut de meilleure explication, on doit considérer le nom d'Orrhâi comme un eth- nique dont Torigine se perd dans la nuit des temps.

Les Grecs ne firent pas usage de ce nom national; ils en déduisirent seulement le terme d'Osrhôène appliqué à une partie de la Mésopotamie. Ils dési- gnaient la ville par le mot ÈSscrcra, Edesse, dont les Syriens ne se servirent guère*. C'était en effet une coutume bien connue des Séleucides de donner aux villes de Palestine et de Syrie des noms grecs qui

Orrheni, dans une inscription, Muratori, II, 665, n" i; ùppoi^pn^ chez Etienne de Byzance, sous Bàrvat; Arabes Oroei, dans Pline. (Voir ci-dessus, p. 90.) ^ Voir ci-dessus, p. 91.

* Voir Chron. (T Edesse; B. 0., l, p. 899 : i**f f J = Ôffpoi^v»; ; mais Beith-Orrhâyé dans le Spicilegium syr. de Cureton, p. 20.

^ Voir ci-dessus, p. 92.

* En dehors des ouvrages traduits du grec, on le trouve dans S. Ephrem et dans les Actes de Scharbil {Ane. Syr. documents de Cureton, p. 4 1 ).

HISTOIRE D'ÉDESSE. 109

avaient cours dans les actes de ladministration , mais qui ne furent jamais acceptés par les popula- tions indigènes. Le mot ESsa-cra est donc propre- ment grec, et cette origine réfute par elle-même Tétymologie qu'on a proposée en rapprochant la ra- cine l^.*» « être nouveau », comme si Ton avait voulu désigner une ville nouvelle ^ Il est donc plus ra- tionnel de s'en tenir à l'explication d'Appien et d'Etienne de Byzance^, d'après laquelle la ville de Mésopotamie aXirait reçu le nom de l'ancienne capi- tale de la Macédoine , ÈSecrcrot , soit à raison de l'ana^ logie que présentait la situation topographique des deux villes , soit par suite du transport d'une colonie macédonienne dans la ville transeuphratésienne au temps des Séleucides.

Suivant une tradition ancienne ^, qui semble his- torique, Edesse fut construite ou reconstruite et fortifiée par Séleucus Nicator en iok avant J.-C. C'est peut-être cette tradition qui a porté Pline à croire qu'Edesse s'appelait autrefois Antiochia'^. La confusion de la capitale de l'Osrhoène avec la capir taie de la Syrie était d'autant plus facile à faire

^ Des raisons de grammaire et de phonétique s'opposeraient éga- lement à cette étymologie. Le Targoum Jeruschcdmi écrit ce nom Din » mot qui signifie « myrte». On trouve encore la forme Aïèecfaa qui semble viser un rapprochement avec kïSrjs ou aSijs.

* Appien , p. 2 o3 ; Etienne de Byzance , sous Èêeaaa.

^ Admise par Eusèbe, Excerpta, p. 179; Gedrenus, p. 292; George le Synceile, p. 620; Denys de Tellmahré, éd. Tullberg, p. 61; Barhebrœus, Chron. sjr. , p. 4o; Yacout, sous L»*t5! .

* Voir le passage cité p. 9? , note i .

110 JUILLET-AOÛT 189L

qu'Antioche de Syrie était dite iffphg xaXktpônVj comme on lit sur une monnaie d'Ântiochus IV; dans le passage auquel nous nous référons, Hine dit justement quEdesse était surnommée Gsdlirhoé.

Nous ne connaissons aucun fait historique tou- chant Edesse depuis sa fondation par Séleucus Ni- cator jusqu'à 1 époque des rois. Cette ville ne semble pas avoir joué pendant cette période un rôle qui lait distinguée des autres villes voisines.

Lorsque les Séleucides, épuisés par les luttes in- testines, renoncèrent à défendre contre les Parthes leurs possessions situées au delà defEuphrate, il se forma en Babylonie et en Mésopotamie des petites souverainetés, parmi lesquelles figurent, observe saint Martin', TOsrhoène, TAdiabène, TAnthému- siade, TAtrène et la Characène.

Les tribus conquérantes qui fondèrent ces prin* cipautés étaient composées en majeure partie de Nabatéens. Cette nation , adonnée au commerce par caravanes, faisait le transit en Occident et dans les provinces du Nord des marchandises qui arrivaient dellnde et du Yémen. Leur empire en deçà de VEuphrate formait une longue bande , qui s'étendait du nord du Hedjaz, à partir d'El-Œla, jusqu'à Da- mas, en passant par le Hauran. Leurs principaux comptoirs étaient, de ce côté -là, Hegra, Tèima, Pétra et Boçra. Du côté du golfe Persique, ils avaient créé un grand entrepôt à Charax. Leurs caravanes

^ Recherches sur la Mésène et la Characène, p. 182.

HISTOIRE D'ÉDESSE. 111

suivaient ies'routes de Pétra et de Gaza ou remon- taient au nord jusque vers Paimyre, qui était le grand centre commercial de TAsie antérieure. C'est par ces débouchés que les produits si recherchés de rinde et du Yémen parvenaient en Egypte et dans tout Tempire romain.

Le royaume nabatéen fut à son apogée au com- mencement de Tère chrétienne et dura jusqu'en i i5 après J.-C, époque il fut détruit par Trajan; mais Tinscription de Teima, qui est probablement du VI* siècle avant notre ère, permet d'en poursuivre les traces beaucoup plus haut ^.

Sur le Tigre, le commerce ne devait pas être moins actif, à en juger par les petites principautés de TAdiabène, de l'Atrène et de la Sittacène. L'in- scription de Teima porte d ailleurs des traces évi- dentes de la civilisation assyrienne et témoigne d'un échange de relations entre l'Arabie nabatéenne et l'Assyrie. Pour protéger leurs villes et leurs cara- vanes , les Nabatéens étaient organisés militairement et prenaient souvent une part importante dans les luttes entre les Parthes et les Grecs ou les Romains. Lorsque leur puissance militaire et leur commerce furent anéantis par Trajan , ils se retirèrent dans les contrées fertiles du bas Euphrate, ils s'adon- nèrent à l'agriculture 2 ; les auteurs arabes ne les connurent que comme cultivateurs. Le Sawâd aux

* Voir Corpus inscript, semiticarum, pars II, p. 107, et les ou- vrages qui sont cités à cet endroit.

* Comp. Nœldeke, Z. D. M. G., XXV, 124.

112 JUILLET-AOÛT 1891.

environs de Goufa, ils habitaient, est appelé dans la littérature syriaque contrée des Araméens [Beith-

Arâmâyé, JLT^^) J6s*-o). C'est sous le nom d'Araméens qu'ils sont connus des Syriens.

Les Grecs et les Romains confondaient les Naba- téens avec les Arabes. On lit dans Diodore de Sicile ^ : èir) Triv xdy^OLV tôjv Apdëcjv tcjv xakovfÂéuûJv Naêa- Ta/(wv ; et dans Strabon ^ : Tsrphs riiv Tlérpav t))v tcjp NaSajatœv xakovfxévcjv Apdëcov, Ils connaissaient sur- tout les Nàbatéens du royaume de Pétra : NaSararoi S'elah oi ïSovfxaîot , dit Strabon ^. Tacite * considère les rois d'Edesse comme des Arabes. Pour Pîine les Osrhoéniens sont également des Arabes, Arabes Orœi^. Cependant la plupart des rois d'Edesse por- taient des noms nàbatéens caractérisés par la dési- nence ou, tels sont : Ma^nou, Bakrou, ^Abdou, Sahrou, Gebar'ou. Ces noms, à Texception du der- nier, se trouvent dans les inscriptions nabatéennes du Hauran, du Sinaï, de Pétra et du Hedjâz. L'an- cêtre de la famille d'Abgar était Aryou^, nom émi- nemment nabatéen qui nous est connu par une in- scription nabatéenne^. Aryoa signifie dans Tidîome

* Lib. III, A3; comp. XIX, 94.

* Strabon, 776, 18.

^ Strabon, 760, 34; cf. Plii.e, Hist. nalur., V, 11; VI, 28; XU, 17.

* Ann., XI, 10; XII, 13, i4. Josèphe place egaleirent les Nàba- téens en Arabie, comp. Ant. Jnd., XIII, v, 10.

* Voir ci-dessus, p. 90.

* Voir Tke Doctrine of Addai, 49; Anr. Syr. doc, 11, ' VoirZ. D. 3f. G./xVn,G28.

HISTOIRE D*ÉDESSE. 113

de ce peuple « le lion » ^, mais n'est pas Usité en ce sens en arabe. D autres noms, Abgar, Maz^our, Wael, sont arabes. Ce mélange de noms arabes et nabatéens se rencontre constamment dans les généa- logies que fournissent les textes épigraphiques naba- téens. H remonte au temps les Nabatéens, établis au nord de l'Arabie, vivaient en contact avec les Arabes et contractaient des unions avec eux.

Les tribus nabatéennes qui remontèrent au nord de la Mésopotamie se mêlèrent aux Parthes et il se produisit des familles mixtes portant des noms na- batéens et parthes. Le deuxième roi d'Edesse est Phradascht, fils de Gebar ou.

A la fin du i** siècle de notre ère arrive à Edesse une branche collatérale des Parthes d'Arménie , qui commence avec un Abgar, fils dlzate, est continuée par Phamataspat ou Parthamaspat, et finit avec Ma^nou, fils d'Izate. Cette branche sortait d'Izate, fils d'Hélène , la célèbre reine d'Adiabène , qui pratiquait la religion juive ^. Moyse de Khorène^, confondant ensemble les familles régnantes de l'Osrhoène et de l'Adiabène, fait de cette reine la femme d'Abgar Oukhâma, et de ce roi un prince arménien, qui

* Voir Quatremëre , Mémoire sur les Nabatéens. Gutschmid ( Un- tersuch. , p. 19) cherche à ce nom une origine iranienne et rapproche le zend Airjava. Mais cette hypothèse, à cause de la terminaison, nous semble invraisemblable.

' Josèphe, Ant., XX, 11, 2. M. Renan {Marc-ÀurUe, p. 438, note 3 ) a très bien vu les liens de parenté qui rattachent la dy- nastie des Abgar et des Ma'nou à la famille d'Izate d'Adiabène.

* Liv. II, chap. xn.

XYIII. 8

tMraiiiBBia ii4ti*xal«.

/.

m JUILLET-AOOT 1801.

^vait pour père Arscham et non p^s lM(a'nçi\i. Pl^- sieurs personnages nobles : Âbdoyi , Sennaq i M^h^- date, Bar-Zati, cités par \^ Doctrine diAddf^i^ coi^ioe des Édessénians, sont dans Tacite ^ dea prj^^çe^ da TAdiabène. Il est digne de reinarque que rin^cf ip^ tion du sarcophage de la reine Çaddan, retrouvé dans le mausolée de la reine Hélène aup:rès de 34' rusalem, porte une inscription syriaque wd^us de Tinscription palestinienne. Ne doit*oi^ pas con- clure de que la langue parlée à Éde$3e ét^it Çyw* lière aux Adiabéniens? Qu'on se rappelle aiU£^i cet Adiabénien d origine nabatéenne, appelé ^b^girfi^, c est-à-dire le boiteux Qvu-i^i), dont parte Jo- sèphe^ : ÂStaèvvég tis vibç ^aêaraiov, 7oiivo}4i9k uXij- 6$U «Trà Ttis Tjyris Xnysipas, inep aniia(v9$ x^^" Izate d'Adiabène* lutta avec un roi des Ar9^3 (Nabatéens) qui était de la citadelle d'Ar^hfUPn prèfl de Séleucie du Tigre. Pendant sa minorité, I^itte avait été envoyé par son père Monobaze aiifunèçi d'Abennerigus , roi de la citadelle de Spaiiiioii Charax, qui lui donna en mariage sa fille SumACJbo. Avant de succéder à son père à Khedayab, il gou- verne pendant quelques mois la Charaoène*^, Al>gAr> de son côté, se serait allié avec Arétas, roi de Pétra,

^ The Doctrine of Addai , p- 17.

* Ànn.,W\, 3i, 3 2; XII, 12, 1^1. Comp. NesUe, Tbeol. Litii- raturz., 1876, p. 644.

5 De Bello jvd, , V, n, 5.

* Voir Josèphe, Ant., X\, iv, i.

* Josèphe, Ant., XX, ir, 2 et 3.

HISTOIRE D'ÉDESSE. 115

contre Hérode. Quelque doute que puissent sou- lever ces notices historiques, elles contribuent à éclairer les origines des principautés qui se for- mèrent dans lempire patthe, en Babylonie et en Mésopotamie, peu de temps avant lere chrétienne.

L'influence parthe pénétï»a les institutions mêmes d'Edesse. Oubliant l«ur origine nabatéenne, les Edesséniens aimaient à appeler leur ville la cité des Partîtes ou la Fille des Parthes^. Les Parthes, les Edesséniens et les Arméniens étaient parfois con- fondus entre eux : « Parthes ou Perses , Parthes ou Edesséniens , Parthes ou Arméniens , c'est tout un » , dît Barhebraeus ^. C'est par une confusion analogue que les Arméniens considèrent Abgar Oukhâma comme un de leurs nationaux et exagèrent l'ancien- neté de leur église, en en faisant remonter les ori- gines à ce roi soi*-disant chrétien^.

Sur les monnaies d'Edesse les figures portent la tiare. Mais cette tiare diffère de celles qu'on remarque sur les anciens monuments de l'Assyrie et de la Perse; au lieu d'être pointue comme celle des souvBrainf', ou tronquée comme celle des personnages secon- daires , elle est arrondie au sommet.

* Ane. Syr.doc, ài ult.; 97, 7; io6, 12.

* Âssémani , B. 0. ^ IIl , 11 , 4 a 5.

* Cf. Renan, Marc-A'nrèle, p'. 46'i, note 5.

8

116 JUILLET-AOÛT 18gi.

CHAPITRE m.

LE ROYAUME D'EDESSE.

Liste des rois; cette liste provenant d*ane source unique renferme des erreurs et des omissions. Dynastie fabu- leuse du Serpent. Le royaume d'Edesse commence en 3 1 2 avant J.-C. Premiers rois. Défaite des Ëdes- séniens par le général de Lucullus. Abgar II et Crassos.

Interrègne. Abgar V n*est pas le premier roi chré- tien. — Abgar VII et Trajan. Nouvel interrègne. Premières monnaies d*Edesse. Abgar IX. La grande inondation de 201. Jules Africain et Bardesane à la cour d* Abgar IX. Fin du royaume d*£desse en 216.

Renaissance éphémère sous Gordien III. Liste rec- tifiée des rois.

La chronologie des princes^ qui, pendant trois siècles et demi, gouvernèrent TOsrhoène, ne nous est connue que par la chronique de Denys de Tell- mahrê rédigée en 776 de notre ère. Malheureuse- ment elle ne forme pas lobjet d'un chapitre spécial de la chronique ; mais , suivant la méthode synchro- nologique, les dates et les faits concernant chaque roi sont insérés au milieu de notices diverses grou- pées sous une même année et puisées à des sources diflFérentes. Il en résulte des erreurs regrettables. En outre , cette chronique ne nous étant parvenue que

^ Les auteurs grecs les nomment phylarqnes (Plutarque, Cross,, XXI; Suidas, sous ^^àpyitç) ou toparques (Eusèbe, Cedrenus, Constantin Porphyrogénète). Épiphane les appelle des dynastes; Dion , des archontes ; Tacite et Procope , des rois.

HISTOIRE D'ÉDESSE. 117

dans un manuscrit unique du Vatican , ii est impos- sible de déterminer la part à la charge des copistes dans ces erreurs.

La liste des rois a été extraite de la chronicjue de Denys par Assémani, qui la publia dans sa Biblio- iheca orientalis avec un savant commentaire ^ TuU- berg édita en i85i la première partie de la chro- nique renfermant les notices sur les rois. Les différences notables que présentent ces deux édi- tions rendaient nécessaire une nouvelle collation du manuscrit du Vatican. A la demande de A. von Gulschmid, M. Guidi se chargea de ce travail et M. Nœldeke fit une traduction allemande de la liste, que Gutschmid inséra dans son mémoire in- titudé ; Untersuchungen ûber die Geschichte des Kœ- nigsreichs Osrhoene.

Nous reproduisons cette liste d après l'édition de TuUberg et la traduction de M. Nœldeke. Les chiffres au commencement des paragraphes indiquent les pages et les lignes de l'édition de TuUberg.

LISTE DES ROIS D'EDESSE.

65, 16. L*an 1880 d'Abraham régna à Ëdesse le premier

roi, Orhâi, fils de Hévya, 5 ans. De son nom (Edesse) fut appelée Orhâi. (Les rois) commen- cèrent à r Olympiade 1 6 1 et finirent à l'Olym- piade 3^9*

66, 8. En la même année (i884 d'Abraham) régna à

Edesse *Abdou , fils de Maz^our, 7 ans.

» B. O.J. 417-423.

118 JUILLET-AOCT 1891.

66, la. -^ L an 1894 mourut ie roi d*Ëdesse et régna Phra-

dascht, fils de Gebar^ou, 5 ans.

66, 17. L*an 1900 régna à Eldesse (Bakrou, fils de Phra-

dascht^), 3 ans. Après lui, Bakrou, fils de Bakrou, ao ans.

67^ 3. L'an 1938*. . . régna à Edesse Ma*nou, 4 mois.

Après lui, Abgar Péqa, a 5 ans et 9 mois.

67 , 1 A. L'an 1 987 * . . . Abgar tua Bakrou et régna seul ,

a 3 ans et 5 mois.

68, 4. (Régnai à Ëdesse, Abgar, fils d'Abgar, i5 ans*).

L*an i960 mourut le roi d'Ëdesse et les Ëdes^ séniens furent sans maître pendant une année à cause des rivalités engendrées par f ambition du pouvoir. Ensuite régna sur eux Ma^nou , qui fut appelé Alâba, 18 an» et 5t mois.

^ Ces mots sont à la marge dans le mannscril. Il résuite de la coiiatioa de M. Guidi que le manuscrit renferme plusieurs omis- sions qui ont été comblées par une main récente au moyen d'adJi- iions marginales. D'après Gutschmid, ces additions proviennent d'une liste plus complète d'un autre manuscrit et il y a lieu d'en tenir compte au même titre que des notices du texte même.

^ Assémani lit 1918 et Tullberg 1928. Celui-ci remarque que cette date est celle donnée par Eusèbe pour Ptolémée VllI, men- tionné à cette place dans la Chronique. La collation de M. Guidi a confirmé la lecture de Tullberg. (Voir Gutschmid, loc. cit., p. 5, uota 1.)

* Assémani lit 1934. M. Guidi confirme la lecture de Tullberg qui concorde avec Eusèbe pour l'année de l'avènement de Pto- lémée X, mentionné a cette place dans la Chronique de Denys. (Voir Gutschmid, loc. cit., p. 5, note 2.)

* Ces mots sont à la marge. Assémani les rapporte à l'an 1944- Noter que cette addition est contradictoire avec le calcul de Denys , puisque, en ajoutant à l'année 1937 les 23 ans et 5 mois du para- graphe précédent, on atteint l'année i960, date de l'interrègne mentionné ensuite.

HlSTOtftE D'ÊDESSE. Ui

68, 12. L'an igSo mourut le roi d*Edesse et régna Pa-

qouri, 5 ans. En cette année, Paqouri et Bar Zaphron , le général , marehèrent contre la Syrie et emmenèrent en captivité Hyrcan et Phasael, le frère d'Hérode» Alors la royauté des Juifs prit fin ; ils furent gouvernés d'abord {)ar Hérode le Palestinien *.

69, 3. L'an 1986 mourut Paqouri et régna Abgar, 3 ans.

Après lui régna Abgar Soumâkba , 3 ans.

71 , 8. L'an 1990 régna sur Edessé Ma^nou, qui fut appelé

Sapliloul, 18 ans et 7 mois '.

114,11. (Ma^nou, fils de Ma^nou, 6 ans*). (Ma^nou,

fils [d' Abgar], 7 ans*).

117, 7. L'an 2oa4t régna à Edesse Abgar Oukhâma, qui

avait été banni *, 37 ans et 1 mois.

^ Voir Josèphe, Aiit., XlV, i3, 3 et suiv.; De Bello jud., I, cha pitre xm.

* Assémani 328 ans et 7 mois. La lecture de Tullberg est con- firmée par M. Guidi. (Voir Gutschmid, loc. cit., p. 5, note à.)

^ Ces mots , comme l'a constaté M. Guidi , sont à la marge du manuscrit avec renvoi marqué après le passage relatif aux Sages de l'Orient Assémani avait complété ainsi le passage : «En l'an 2018 régna à Edesse Ma^nou, fils de Ma'nôu, 6 ans.» Tullberg s'étonnait de ne pas avoir rencontré ces mots dans le manuscrit. Gutschmid [loc. cit., p. 5, note 5) remarque que cette addition marginale est placée avant l'année 2019, mais qu'elle se rapporte à l'année 2016 mentionnée précédemment.

* Ces mots également à la marge. Gutschmid ( loc. cit. , p. 5 , note 6) remarque qu'il manque dans le manuscrit à cet endroit au moins un feuillet qui relatait les événements des années 2060- 2o65 d'Abraham. Assémani a restitué: «L'an 2061 mourut Abgar, roi d'Édesse et régna son fils, Ma*nou, 7 ans.» Ce passage, que Tullberg n'a pas retrouvé , avait été rétabli par Assémani , d'après la note marginale : « Ma'nou, fils de. . . 7 ans » , qui doit être placée entre Archelaus et Jehouda le Galiléen.

kL| contracté de «A«*?lJ « il fut banni ». Assémani , qui n'avait

120 JUTLLET-AOÛT 1891.

120, 4. L*an aod6, Abgar, roi d'Édesse, adressa une lettre à Jésus-Christ, dans le pays de Jéru- salem.

122,11. L*an 2067 mourut Ma^nou, fils d* Abgar, roi

d'Edesse, et régna Ma^nou, son frère, ans.

129, i3. L'an ao8i mourut MaWu, roi d'Edesse. Abgar,

fils de Ma^nou, occupa le trône, 20 ans.

1^8, 5. L'an 3106, mourut Abgar, roi d'Edesse. A cause des rivalités pour le pouvoir, on ne tomba pas d'accord sur (le choix d' )un chef. Ils restèrent ainsi en discorde , 2 ans. Ensuite Ilour * Phar- nataspat occupa le trône , 3 ans et 1 o mois.

151, 16. L'an 2ii3, régna à Edesse Phamataspat,

10 mois, et après lui Ma^nou, fils d'Izate, 1 6 ans et 8 mois.

153, 9. L'an 2i3o, régna à Edesse Ma* non, fils de

Ma^nou, 24 ans; et il se rendit chez les Ro- mains.

156, 9. L'an 2 1 54 > régna à Edesse Wâël,filsde Sahrou,

2 ans. Après lui régna Ma^nou, fils d'Izate*, à son retour de chez les Romains, 12 ans. La durée totale de son règne entier est de 36 ans , sans compter les années qu'il passa chez les Romains.

pas compris ce mot, lui avait substitué )F^**»U «il fut guéri ». (Voir Gutschmid , loc. cit. > p. 6 , note 1 . ]

^ La dernière lettre de ce nom est incertaine, remarque Tull- berg. Assémani lisait »*«foJj «d'Edesse». M. Guidi note que l'état du manuscrit ne permet pas de confirmer l'une ou l'autre leçon, quoiqu'il ait vu des traces des lettres d^^. (Voir Gutschmid, loc. cit., p. 9, note 3.)

* Comme le remarque Gutschmid , il faut lire : « Ma nou , fils de Ma'nou , fils d'Izate. »

HISTOIRE D'EDESSE. 121

1 56 , 17. L'an a 1 69 , régna à Ëdesse Abgar, fils de Ma^nou ,

35 ans.

159, 11. L'an 2208. . . régna à Edesse Abgar Sévère,

avec son fils , 1 an et 7 mois. Après lui régna Ma^nou, son fils, 26 ans.

162, 11. En 2282 eut lieu à fldesse une inondation du

fleuve.

163 ult, Ici aussi (en 2233) finit le royaume d'Edesse,

dont la durée fut de 352 ans. Edesse fut sou- mise aux Romains à partir de cette époque-là.

Un coup d'œil jeté sur cette liste rend manifeste le peu de concordance qui existe entre la durée assignée à quelques règnes et les dates de Tère d'Abraham indiquées pour chaque roi. Il est évi- dent que Denys avait sous les yeux une liste des rois , classés par ordre de succession avec la mention de la durée de leur règne , mais sans référence à une ère quelconque. Denys, en insérant cette hste dans ses synchronismes , s est trompé à plusieurs reprises dans ses calculs, basés sur Tère d'Abraham. Sa chro- nologie est souvent en désaccord avec les dates four- nies par rhistoire et les monnaies de TOsrhoène. Elle doit donc être redressée d'après les dociunents authentiques ou dignes de foi que Ton possède.

Assemani, dans sa Bihliotheca orientalis^, a eu le tort de modifier le nombre des années des règnes pour les faire concorder avec les dates de Tère d'Abraham. Bayer, dans son Historia Osrhjoena et

» B. O., I, p. 417-423.

122 JtlîLLÈt-AOÛT 1891.

Edéèsena , n^est pas arrivé à tin résultat plus satisfâi* sant. Son livre n a guère d autre mérite que de ren-' fei*mer, dutie Ètianlèl*e dSSéz coriiplète, les passage» aes auteurs grecs et latins concernant l'histoire d'Édesse. Lanriois, dans sa Numismatique de r Ar- ménie, a attacné trop d'importance à Ttiistoire Moyse de Khorène et a tourné la plupart des diffi- cultés en supposant que les Grecs et les Latins avaient confondu entre eux les noms d'Abgar et de Ma^nou qui reviennent le plus souvent dans les dy- nasties édessénienties. Batyer était âfyk tombé dans k Éttême erreùf . Il appattenaît à Gutàchmid de fixef , en suivant uhe méthode vràimeitit èritique, lés da^tei^ les plus imptDrtàÉrtès dans soft ïïiéiïloirè itrtitulé : Untersnehun^en ûëhèr die Oeschichte dès Kcèftigréiàhs Osrhoène , que notri éiVOiW déjà èîf é pîtis hâtrt. DàWs un précédent travail , partit dâtid îe Rhèinisches Masèunt f&r Philologie, i $64 , jf)*. i -^ i , il avait déjà fait la lu- tftfèi^e sur le i^èj^ne tfAbgar Oukhânla, et le corfi- méhtiemeht et la fih du i^ôyaunié d'Édesse; tttiais se)^ reôhérches n aVàîêht pa^ le ôai*actère général qu'il leur a dôniVé diftris soh second mémoire.

Si Toh feit le total des années et dés mois indiqués par DiBtiyg pour châqiié règne, on ttouvé 336 ans et -^4 mois, autrement dit 342 ans et 2 ihôis. 11 manque donc 10 ans pôUr atteindt*e le total de 352 années, durée du royaume d'Édesse suiVarit Dehys. M. Gutschmid remarque que, par suite d'une omission , la première partie du règne d'Abgar Ou- khàma, antérieure à son exil, n'est pas mentionnée.

HISTOIRE D'EDESSE. ISS

Si i on évalue à i o ans cette période , la lacune est comblée et le nombre 3b i est atteint.

Le point de départ de Denys est Tan i 88d d'A- braham et la GLXi* olympiade. D'après Eusèbe, qui calcule 2017 ans depuis Abraham jusqu'à l'ère chré* tienne, l'année 1880 tombe en l'an 13*7 avant J*-C. La première année de la clxi* olympiade répond à l'année 1 36. La concordance est exacte : les Syriens commençant l'année à l'automne, 1880 d'Abraham répond à 1 3 7-1 36 avant notre ère. Cependant la chronique d'Edesse^ rédigée sur des docum^fits oCB' ciels pour la partie relative à l'histoire de la ville, nous apprend que c'est en i3a-i3i avant J.-C. que commença le royaume d'Ëdesse : « En l'année 1 80 (des Séleucides) les rois commencèrent à s'établir à Edesse», dit-elle ^ Denys fait donc remonter cinq ans trop haut l'origine de ce royaume. B en résuke, observe Gutschmid , qu'il faut tenir compte de cette erreur et descendre de cinq ans les rois d'Ëdesse*.

Le premier roi de la liste , Orhâi , fils de Hévya , c'est-à-dire « fils du serpent » , est fictif, comme nous l'avons dit plus haut; l'ancêtre des Abgar était Aryou ^. Le nom de Hévya est également mythique et rappelle la dynastie fabuleuse d'Arti;^ ou « du ^v-

* Voir Assémani, B. 0;, I, 388.

* Voir Rhein. Muséum, i8Ô4, XIX, 171; Vntersacli., p. ig. Dans son premier travail, Gutschmid prenait aoi6, au lieu de 2017, pour le nombre des années écoulées depuis Abraham jusqu'à l'ère chrétienne. 11 considérait donc l'erreur de Denys comme J)or- tant sur quatre ans et non pas sUr cinq.

^ Voir ci-dessus, p. 107 et 112.

124 JUILLET-AOÛT 1891.

pent » , que les chroniques font régner en Ethiopie de lioo à 200 avant J.-G. ^. Selon Gutschmid, Orhâi a été facilement confondu avec Aryou et a fait ou- blier ce dernier. Aryou est donc le premier roi d'Edesse; il règne de 1 Sa à 1 27 avant J.-C.

Au premier abord, il semble plus simple de rayer les cinq années attribuées à Orhâi, prince fabu- leux, et de conserver la date de iSa avant J.-C. pour lavènement d'^Abdou, fils de Maz^our. Denys, dans cette hypothèse, aurait pensé que le royaume d'Edesse avait commencer avec la conquête de la Mésopotamie par les Parthes , aucjuel la tradition rattache les Edesséniens ^. C est pourquoi il en au- rait fixé le commencement cinq ans plus haut que la date réelle, à Tannée 187 avant J.-C, épocjue à laquelle la Mésopotamie fut détachée de Tempire des Séleucides et tomba en la puissance des Arsa- cides^. Mais ce raisonnement ne tient pas devant un examen plus approfondi. Si Denys a placé en 37 avant J.-C. (1980 d'Abraham) lavènement de Paqouri, cest qu'il a confondu le roi d'Edesse de ce nom avec son homonyme, le prince parthe qui, d'après Josèphe, fit une expédition en Syrie, accompagné de Bar Zaphron et emmena prison-

* Gomp. Z. D. M. G., VII, 34; Journal asiatique, 1881, XVU, 4ii et 4i4; Wellhausen, Skizzen, III, 199, note 2.

* Voir ci-dessus , p. 11 5.

' Gutschmid, Unters., p. 19, observe qu'en 189 la Mésopo- tamie n'était pas encore complètement afiranchie de la domination des Séleucides, mais qu'elle était le théâtre des troubles suscités par des chefs insoumis. (Gomp. Diodore de Sicile, Exe, Esc, a5.)

HISTOIRE D'ÉDESSE. 125

niers Hyrcan et Phasael, le frère tfHérode ^ li

w

savait par Josèphe que ce Paqouri mourut vers 32 avant J.-C. H fit donc remonter le commence- ment de son règne à Tannée 3 7 avant J.-C; il en résulte un recul de cinq années qui changea d autant les dates des règnes antérieurs et postérieurs. En descendant ces règnes de cinq ans, on les remet à leur véritable place et il y a concordance parfaite avec les notices que les Grecs et les Latins nous ont transmises relativement au royaume d'Edesse^.

CHRONOLOGIE ET HISTOIRE DES ROIS.

Aryou, 5 ans, 132-127 ^^^^t J-'C

Le premier roi d'Edesse est Aryou, qui a régné 5 ans, de 1 32 à 127 avant J.-C. Son nom est naba- téen et signifie « le lion » ^.

*Abdou, fils de Maz'our, 7 ans, 127-120 avant J.-C.

Le second roi est ^'Abdou, fils de MazWr, qui règne 7 ans, de 1 27 à 120 avant J.-C. La première dynastie est sémitique à en juger par c^s noms, car ^Abdou est nabatéen et Maz^our est une forme arabe, ji^'y . Elle n a pas un cachet parthe ^.

* Voir ci-dessus , p. 119.

* Voir Gutschmid , Untersuch. , p. 22. ' Voir ci-dessus, p. 1 1 2-1 1 3.

* Suivant Gutschmid, Untersach., p. 22, l'avènement d'*Abdou coïnciderait avec Tinvasion des Scythes en Mésopotamie et l'ébran- lement du royaume parfhe. Il serait le point de départ d une nou-

128 JUILLET-AOÛT 1891.

Abgar l, ait le Bègue, seul, 23 ans et 5 mois,

ga-GS avant J.-C.

Abgar le Bègue ou Abgar I" tue alors Bakrou et règne seul 2 3 ans et 5 mois, de 92 à 68 avant J.-C. Abgar, associé au trône par Bakrou, appartenait à la même dynastie que les princes précédents. Cette dynastie était celle des Aryou, comme nous lavons rappelé plus haut. L'origine sémitique du nom Abgar est confirmée de ce côté. L'étymologie n y contredit

point : S^l se dit en arabe d'un homme qui soufire

d'une hernie ombilicale ou qui a un abdomen trop développé. Les Syriens prenaient ce mot dans le sens de «boiteux». Au x* siècle, un patriarche nestorien était appelé Sean^Jils des Abgars oujib des Boiteux, Le nom d' Abgar était porté par des Arabes à Tépoque des Sassanides etàTépoque musulmane^. A cette époque se rapporte la défaite des Osrhoé- niens par Sextilius, le légat de LucuUus, pendant son expédition contre Tigrane, roi d'Arménie, au secours duquel les phylarques d'Édesse s'étaient portés en 69^.

* Wûstenfeld , Register,^. 37; Hoffmann,^. D. M. G., XXXII, 7^6 ; Payne-Smith , Thésaurus syr. , sous u^^J. Le rapprochement fait par M. de Lagarde (Gesammelte Abhandlungen, p. 6) avec le persan (tfgâr «boiteux» est fort douteux. On ne doit tenir aucun compte de l'étymologie arménienne de Moyse de Khorène , avak-aîr « homme brave •.

* Voir Gutschmid, loc. cit., p. 33.

HISTOIRE DEDESSE. 129

Abgar II, fils d'Abgar I", i5 ans, 68-53 avant J.-C.

Abgar II, fils d' Abgar V\ règne i5 ans, de 68 à 53 avant J.-C. Pendant Thiver 65-64, i armée d'Afranius, le lieutenant' de Pompée, souffrit en Mésopotamie du froid et de la faim , et dut son salut aux habitants de Carrhes/. C'est à cet Abgar que Gutschmid rapporte les marques de bienveillance témoignées par Pompée au roi d'Edesse qui devint lallié des Romains^. Cest le même qui, au prin- temps 53, accompagna Crassus en Mésopotamie. Selon les auteurs grecs , il lui fit prendre une fausse route et fut, par cette ruse, l'auteur de la défaite des Romains près de Carrhes. Plutarque dit ^ qu'il se retira peu de temps avant la bataille sous un pré- texte quelconque. D'après une autre version, re- cueillie par Dion Cassius^, il serait tombé sur le dos des Romains pendant l'action et aurait pris part à leur écrasement. Gutschmid remarque que

* Dion Cassius, XXXVII, 5.

' Plutarque, Crass,, 21; Dion, XL, 20. Dans deux manuscrits de Plutarque, il est appelé Aiiyapos et Ay^apos 0 ùcrponvàs; mais dans les autres manuscrits : ^t;Aap;^o$ ÀpdSav kptdftvvs 6vo(ia. Dans d'autres sources, chez Florus, III, 11, 7, et Rufus Festus, Brev., 17, il est nommé Mazzares , Mazares, Mazzarius et Mazorus. Gutschmid [loc. cit., p. 21] concilie ces diverses orthographes en supposant que cet Abgar s'appelait aussi Ariamnes et qu'il appar- tenait à la famille de Maz'our; mais il attache peut-être trop d'im- portance à ces noms altérés.

' Crassus, 21-22.

* Dion, XL, 20-23.

XVIII. 9

130 JUILLET-AOÛT 1891.

ia chronique de Denys place après Abgar II un in- terrègne d'un an. Il en déduit avec beaucoup de sagacité qu' Abgar a perdre son trône après ia victoire des Parthes, qui lui firent payer cher son alliance avec les Romains. Ceux-ci nauraient donc pas été trahis par le roi d'Edesse, qui leur conseiUa, à la vérité , d abandonner la voie de TEuphrate pour suivre la route de la Mésopotamie , mais son conseil n'avait rien de perfide. Du reste l'armée battue près de Carrhes n'était pas dans une plaine aride et dé- serte, comme on le prétendit à Rome. La défaite fit naître l'idée de trahison dans l'esprit du vaincu , et Abgar fijt à ses yeux le traître de Carrhes.

Interrègne de i an, 53-53 avant J.-C.

Un interrègne de i an, de 53 à Sa avant J.-C, suit la mort d' Abgar. Suivant Denys , cet interrègne fut occasionné par les luttes intestines des partis qui se disputaient le pouvoir. Gutschmîd suppose qu'Edesse fut au pouvoir des Parthes pendant cette année. Le nom parthe de Paqouri, qui, en Tan 34, inaugure une nouvelle dynastie, semble favoriser cette hypothèse. On observera cependant que, avant Paqouri, Ma^nou Alâhâ régna pendant i8 ans et 5 mois, et que ce roi continue la dynastie naba- téenne. Les dissensions dont parle Denys peuvent avoir été engendrées par le discrédit dans lequel les partisans des Romains à Edesse tombèrent après la défaite de Crassus. Après une année d'anarchie, l'ancienne dynastie aura ressaisi le pouvoir.

HISTOIRE D'EDESSE. m

Ma^nou II, dit Alâhâ, 18 ans et 5 mois, 53-34 avant J.-C.

Manou If, surnommé Alâhâ «le dieu», règne 18 ans et 5 mois, de 52-34 avant J,-G. Peut-être avait-il pris le titre de dieu à l'exemple de Phra- hate m, roi des Parthes, et de Tigrane II, roi d'Ar- ménie, décédés peu de temps avant lui^ H est éga- lement possible que ce Ma^nou ait été divinisé après sa mort suivant un usage répandu à cette époque, même chez les Nabatéens *.

Paqouri, 5 ans, 34-29 avant J.-C.

Après Ma^nou II, Paqouri règne 5 ans, de 34 à 29 avant J.-C. Ce nom parthe semble indiquer que, pendant le règne de ce prince, Edesse aurait été au pouvoir des Parthes. Denys place lavène- ment de ce roi à l'année 1 890 (Sy ans avant J.-C). Il a été conduit à prendre cette date par la confu- sion qu'il a faite du monarque d'Edesse avec son homonyme dont parle Josèphe, ainsi que nous l'avons vu plus haut (p. 124).

* Voir Gutschmid [loc. cit., p. 26) , qui suppose que ce titre cor- respond à une extension du royaume de l'Osrhoène sous ce prince. Cf. aussi Saint-Martin, Mémoire sur la Méshne et la Characène, p. 169, 161 et 172.

* Voir Euting, Nabatœische Inschr. , p. 33; Ciermont-Ganneau , Revue d'archéol. orientale, fasc. I. Sur une monnaie, le roi Wâél porte peut-être aussi le nom d* Alâhâ. Voir Scott , Numismalic Ckro- niele, XVIII, i; cf. Land, Anecdota syr., I, p. 64» 7; Lévy,. Z. D. M. G., XII, p. 209. Il ne faut donc pas voir, avec Wdi- iuiusen, Skizzen, III, 3 « note 4, dans Ma'nou AUhâ, un nom com- posé répondant au nom arabe Mdnallak.

131 JUILLET-AOOT 1891.

Abgar III, 3 ans, 39-26 avant J.-C.

Abgar III régna 3 ans, de 29 à 26 avant J.-C. Son avènement marque un retour du pouvoir à l'ancienne dynastie nabatéenne.

Abgar IV le Rouge, 3 ans, 26-23 avant J.-C.

Il a pour successeur Abgar IV, dit Soiimâqa, ou « le Rouge », qui règne 3 ans, de 26 a 2 3 avant J.-C.

Ma^nou III TAristoloche , 18 ans et 7 mois,

2 3-4 avant J.-C.

Ma'nou III, surnommé Saphloal, c est -à- dire Ta Aristoloche » , règne 18 ans et y mois, de 2 3 à 4 avant J.-C. Gutschmid pense qu'il s agit de ce prince dans un passage d'Isidore de Charax^ qui mentionne, à droite de xopaia H èv BaTûfvjt ^ et en amont du fleuve Balikh, une place forte et une source désignées par les mots : Mavovooppa AvvprfO (var. : Mawovoppa Avvprfp). Gutschmid restitue : Mûfc- vov Oppoalov Avvp. D'après cette restitution , la place en question aurait appartenu à Ma^nou III; mais ce n'est qu'une hypothèse ^.

^ Dans Mudler, Geogr. minores, I, a 4 6. (Cf. Cutschmid, loc, cit., p. 33.)

' Suivant Ncddeke, dans Gutschmid, loc. cit., p. 33, note 1, p«ut-étre en syriaque qritkâ de Batnân.

^ Voir une autre explication proposée par Halëvy dans le Journal asiatique, iSSS.Wl, Si

HISTOIRE D'ÉDESSE. 133

Abgar V le Noir, pour la première fois , lo ans, 4 avant J.-C.

à 7 après J.-C.

Après Ma'nou III, la liste de Denys fait régner Ma'nou IV, son fils. Mais on doit placer ici' avec Gutschmid la première période du règne d' Abgar V, surnommé Oakhâma « le Noir » , également fils de Ma'^nou III. Ce n'est quaprès le bannissement d' Ab- gar V que son frère Ma'^nou occupe le trône. Cette première période du règne d' Abgar Oukhâma, cal- culée par Gutschmid d'après la durée totale du royaume d'Edesse, est de lo ans^ Elle commence à Tan 4 avant J.-C. et finit à Tan j après J.-C. La première date est confirmée par un synchronisme fourni par la version arménienne de la légende de la conversion de ce prince au christianisme. Cette ver- sion place en effet l'envoi de la lettre d' Abgar à Jésus en fan ilio des Séleùcides, sous l'empereur Tibère et le roi Abgar, fils de Ma^nou, la trente- deuxième année du règne de celui-ci, le 12 de Tischri P. Par conséquent Abgar serait monté sur le trône en l'année 3o8 des Séleùcides, c'est-à-dire en Tan 4-3 avant l'ère chrétienne. Moyse de Khorène^ place également l'avènement d' Abgar trois ans avant la naissance de Jésus.

* Voir plus haut, p. i2 2-ia3.

* Langlois, Histor. wrmén,, I, 317. (Cf. Gutschmid, loc. cit., p. 12.)

' Livre II, a.

{La suite <iu prochain cahier.)

134 JCILLET-AOCT 1891.

LA CORRESPONDANCE

D^ÂMÉNOPHIS III ET D'AMÉNOPHIS IV,

TRANSCRITE ET TRADUITE

PAR

M. J. HALÉVY.

(suite.)

72

TRENTE-DEUXIÈME LETTRE DE RIB-ADDI AU ROI (?).

Recto.

[i] ha-ya-pa [2] ma. . . ri-ib-an-im

[3] a-na gïr-mes-ka am-ku-[ut] [4] an-a-ma-na

an sa-i(?) [5] ti-di nu-ur-ka i-na [6] pa-ni sâr be-li- ka ?) [7] a-mur at-ta lu im(?) ku [8] i-di sàr ù i-na im- ii-ka [9] is-ta-bar-ka sàr-ru [10] i-na lu pa-kà(?) a-na mi- nim [11] qa-la-ta (ab?)ûlaia [12] ti-ik-bu a-na sàr-ri [ 1 3 ] ù ï-ï-si-ru-na [ 1 4 ] sab mes qas-ta-ti û [ 1 5 ] ti-lï-ti-ku- na [16] er su-mu-ra mi-nu [17] J nît a-si-ir-ta nït

Verso.

[18] ur-ku û lï-lï-ku [19] mat sar a-na sa-a-su [20] mi-nu ti-la-ki-su [21] ù ag-ga i-na lii gaz ga-ag'

' Interyersion pour ag-ga.

CORRESPONDANCE D'AMENOPHIS. 135

[21] be-la-at-su û [22] us-si-ru-na-ni l ta-bal [3 3] ïb- kur-ra une sab-mes gir-mes [26] û i-zi-za i-na erïr-ga-ta [26] i-di pa-ni-su a-di [37] a-zi sab-mes kas-ta-ti [28] u- ul ï-pa-hi-ra ka-li [39] lù-mes gaz-mei^ û [3o] ï-lï-qa er

ïr-ga-ta [3i] . . . er am-bi ù [33] . . . um ù sa

[33] mina i [34] ya-nu a-li

[35] bu-a nït

TRADUCTION.

Recto.

Rib-Addi , je me jette à tes pieds. Le dieu

Aman , dieu de donne ta grâce devant la face du

roi, ton seigneur; regarde, toi, homme intelligent, bras du roi; par ta sagesse, le roi t'envoie comme /û-pa-Ârâ(?). Pour- quoi as-tu parlé (d'autres choses?) et n'as-tu rien dit au roi? Il aurait envoyé des troupes d'arcliers et vous auriez pris la ville de Sumura ; Abd-Asirta , serviteur

Verso.

du chien, a pris le pays du roi pour lui. Comment (?) le prendras-tu (? ) puisque son armée se compose de forts com- battants ? Envoie-moi 5o tabal de chevaux et 300 piétons, et je m'arrêterai près de la ville de Irgata à côté de lui jusqu'à la sortie (?) des troupes d'archers; il n'a pas réuni tous les com- battants et il a pris la ville de Irgata, la ville de Ambi

.... et quoi il n'y a pas de ville

136 JUILLET-AOÛT 1891.

73 TRENTE-TROISIEME LETTRE DE RIB-ADDI AU ROL

Recto.

[i] ..... Sâr be-ya. . . ](?) mat-ki tar-zun(?) [a] [ki]- bi-ma [3] um-ma ri-ib-ad-di nït-ka [4] a-na gïr du gïr- mes-ka a-na gïr-mes an-par [5] be-ya vii-id su ù vu ta-a-an [6] am-ku-ut sa ab da-mi-ik-mi [7] a-na pa-ni sâr be-ya i- bi-is [8] I nït an asi-ir-ti ur-ku i-nu-ma [9] en-ni-ib-sa- at mat-ki-zun sàr be-ya [10] a-na sa-su ù qa-da a-na sad(?) na-su [11] û a-nu-um-nja i-na-an-na [12] en-ni-ib-sa-at er su-mur-ur [i3] tar-ba-as be-ya ù ib(?)-si [i4] ù i-za-

lu-ul a-na ib [i5] ù i-bi-ti a-sar ni-zi

[16] . . . ya ù qa-da-mi-ya [17] îu egir(?)

ù ur-ku [18] da an sa ab i-nu-ma [19]

bu-nim lû-mes a-na-pa [20] ad mi er gub-

la [21] ga-sum di

Verso,

[22] ti-ku er gub-la [28] ki-ib-tum

[24] û ma-ri-is-ma [26] ki-zuo

be-li-ya [26] sa ab lu ï-si-ra-am sàr. . . [27] lu pa-kâ(?)- su sa da-an-qa . . . [28] û li-iz-kip er-ki be-ya [29] ù ip- ni ul(?) a-na-ku [3o] ù lu(?) hai(?) la be-ya an pai* [3i] mat-ki-zun ù lu(?) i-si-ra be-li-ya [32] lû-mes u ti-lï-ku mi-im-mi-mes [33] an da-mu-ya a-na ma-har-be-ya [34] û u-ul lï(?)-ti-qa mi-im-ma mes [35] sa an-mes-ka lû- ur-ku su-tam [36] ... si sab mi-i-nu ma is-bat er gub-la

[37] mi er gub-la ki-ma er hi-ku-kut-ta [38]

ba-sa-at a-na sàr-ri sa-ab [39] a-mur ] nit nin-ib lu sa

ni(?) nït(?) kam-ti [Ho] du(?) ti ] bu-hi-pi lii lil

[4i] û us-si-ra-su a-na nït. ... .

CORRESPONDANCE D'AMENOPUIS. 137

5ttr le bord.

[a] mur is ma pu(P) an [b] lu mu.

. . . is mat [c] um sar sà-ab-si. . , ? du

TRADUCTION.

Recto.

Au roi , mon seigneur pays

il est dit ainsi : Moi, Rib-Addi, ton serviteur, je me

jette sept et sept fois à la plante de tes pieds , aux pieds de mon

soleil , mon seigneur bon a fait devant le roi ; Abd-

Asirti, le chien, lorsqu'il s'est emparé des pays du roi, mon seigneur, a aussi menacé ^ la montagne et voici maintenant il s'emparera de la ville de Sumur, vassale de mon seigneur. . . .

et s'est reposé sur et il a ruiné (?) le

lieu de et devant ( ?) moi et le chien

lorsque les hommes pour

la ville de Gubla

Verso.

la ville de Gubla malade

pays de mon seigneur que le roi expédie

ses puissantes troupes de marche et que

la ville de mon seigneur moi et mon

seigneur, soleil du monde et que le roi expédie

des hommes quoi que ce soit. Le Dieu

devant mon seigneur et cet homme de chien ne s'empare pas de tout ce qui appartient à tes dieux bon ,

' Mot à mot : «levé la main contre».

138 JUILLET-AOÛT 1891.

quoi , il a pris la ville de Gubla , la ville de Gubla ,

comme la ville de Hikukutta appartient au roi ,

regarde Arad-Ninip , homme Buhipi , homme

expédie-le vers ton serviteur ...;....

Ik

TRENTE-QUATRIÈME LETTRE DE RIB-ADDI AU ROI.

Recto,

[i] [|] ri-ib-an-im ik-bi a-na [2] sàr mat mat-ki-mes sar- ri gai [3] sàr ta-am-ha-ra an nin sa [4] er gub-la ti-di- en ag-ga [5] a-na sar-ri be-li-ya a-na gïr-mes [6] en-ya an par ya vu su vu a-an am-ku-ut [-7] lu-ni-i-di sài^ru en- 11 i-nu-ma [8] ag-ga nu-kur-tum sa-a [ nït a-si-ir-ta [ 9 ] muh -ya a-nu qa ( ? ) -a er sa ir-ti-hu [10] a-[ na ] ya-si . . .

ba(?) u-la-qa [11] sa-ni-tam mi-nu su-tam [13] .

.... si. . ta ur-ku û ï-ba-u [1 3] ka-li er mes sar

ri an par [i4] a-na sâr mat mi-ta-na [i5] sàr

mat ka-as-se su-tam i-nu-ma [16] ... ba(?) u(?) la-qa

mat sâr a-na sa-a- su [1-7] i-na-an-na bu-hi-ir

[18] [ka]-li lû-mes-gaz-ka er ir-gata [19] ku(?)

er am-bi û la-ku-ma [20] ... ud a er a-ni-ta ii [21] ...

bi(?) ya-nu a-sar ir-ri-bu [22] tum a-na sa-a-su za-

bat [23] ku(?) ù âa-ni me bar-za [2^]

si-ra-ni sà-me [26] la-si

Verso,

[26] ïb-kur-ra-mes [27] bi-ma(?) [28] .

.... sa(?) a me di(?) pa(?) la-a [29] na(?)

a-na ya-si [3o] su-nu ka mat mat mes [3i]

ri-mes kan(?)-mes tu-za-na [32] [lu] mes kas-ta-ti

a-na da-gal [33] mes û an-nu-us [34] i-na-an-na

CORRESPONDANCE DAMÉNOPHIS. 139

en-ni-ib-sa-at [35] mat ki sâr ù er su-mu-ra [36] er ma- za-ar-ti-ku-nu a-na lû-gaz-mes û qa-la-ta [37] us-si-ra sab meskas-ta-ti [38] ra-ba û tu-sa-bi-ir [4.o] a-ya-bisâris-tu [4i] gab-bi mat-su ù [4^2 ] ti-ni-ib-su ka-li [43] mat mat mes a-na sâr- ri sa-ni-tam [44] at-ta en gai u-ul [45] ta- qa-da-mi es-tu [46] si-ip-ri an-nu-u

TRADUCTION.

Recto,

Rib-Addi dit au seigneur du monde, roi grand, roi guer- rier : Que la dame de Gubla donne la puissance au roi , mon seigneur; je me jette sept et sept fois aux pieds de mon sei- gneur, mon soleil. Le roi est informé que la puissance hostile d' Abd-Asirta contre moi la ville qu'ils ont soule- vée (?) contre moi puisque lui (Abd-Asirta) le

chien , il est entré dans toutes les villes du roi , mon soleil. . .

au roi du pays de Mitana et au roi du pays de

Kasse, lui qui a pris les pays du roi pour lui; maintenant réunis tous tes guerriers pour reprendre la ville de Irgata , la

ville de Ambi cette ville le lieu

il est entré reprends-le-lui

Verso,

des chevaux à moi des pays

des troupes d'archers pour confier (?) mainte- nant il s'est emparé du pays du roi, de la ville de Sumura et de vos villes fortes. Et tu as dit : J'enverrai des troupes d*ar- chers en grand nombre et tu briseras les ennemis du roi (en les chassant) de ce pays et tu ramèneras tous ces paysan roi. Enfin toi, grand soigneur, ne te formalise pas de cette lettre.

140 JUILLET-AOÛT 1801.

75 TRENTE-CINQUIÈME LETTRE DE RIB-ADDI AU ROI.

Recto.

[i] [J] an-im ik-bi. . . [2] na sàr mat mat

ki-am(?) [3] [sàr ta]-am-ha-ra an nin [4] sa(?)

er gub-la ti-di-in [5] [ag-ga] a-na sàr-ri en-ya [6] [a-

na] gïr-mes en-ya an-par-ya [7] vu su vu a-an am-ku-ut

li-ma-ad [8] i-nu-ma is-tu ka-sa-ad [9] [ a-ma(?)-an ap-

>a a-na muh-ya [10] ka-li lû-mes gaz-mes na-at-nu

11] pa-ni-su-nu a-na ya-si a-na [12] ka ù bi-i | nït a-si-ir-

[ta] [i3] ù ï-es-me en-li [i4] a-mâ-te-mes nit-su

ù [i5] lû-mes ma-za-ar-ta a [16] na-za-arer

sâr a [17] a-za sab-mes kas-ta-ti [18] smn-

ma ya-nu sab-mes bi [19] ù en-ni lu(?) sii ka

[20] mat-mes a-na lû-mes gaz-mes si-me

Verso,

[21] is-tu za-bat er ba(?)-ar(?) [22] a-ua bi-i [ nït a-si-ip- ta [28] û ki-na-na tu-ba-u-na(?) [2^] i-bi sa er gub-la û [26] er be-ru-na-ki û en [26] ka-ii mat-mat-mes a-na lû- mes gaz-mes [27] 11 er-ki-mes ir-ti-hu a-na ?

[28] ù tu-ba-u-na la qa-na(?) [29] es-tu qa-at sàr-ri ï-ï-

si ? [3o] en-li lûmes ma-za-ar-ta [3i] a-na 11 er-

ni-su a-di a-zi [32] qas(?)-ta-ti û mi-im-ma [33] ï-

da-na-ni a-na a-ka-li mat [ 34 ] ya-nu mi-im-ma a-na ma .. . . si-na-nu [35] ki-ma hu sa i-na lib-bi [36] bu-ha-ri ù ki-

lu-bi sa-ak-na [37] ma a-na pa-ni-su [38] .....

da(?)-la-ki sa-ni-tam [39] ia-a i-li-e [ào]

la-qa-ya es-tu [ài] na-ak-ri-su [42] en-ni-

ib-sa-at [43] mat-ki-mes [44] tur-J [nït]-a-si-

ir-ta

CORRESPONDANCE D^AMÉNOPHIS. 141

Sur le bord,

[45] [nït] ur-ku ù [46] ma mat-mat-mes sàr-ri a-

na [A'j] su. ... .

TRADUCTION.

Recto.

Rib-Addi dit au seigneur du monde roi guer- rier : Que la dame de Gubla donne la puissance au roi , mon seigneur. Je me jette sept et sept fois aux pieds de mon sei- gneur, mon soleil. Apprends que depuis qu*Aman-Appa est venu près de moi , tous les combattants se sont tournés contre moi(?) ^ pour se ranger avec obéissance du côté d* Abd-Asirta ;

que mon seigneur écoute les paroles de son serviteur

et (envoie) des troupes de garnison pour garder la ville. . .

... de fortes troupes d'archers S'il n*y a pas

d'archers et le seigneur les pays

aux combattants (rebelles) Écoute

Verso et bord.

de la prise de la ville de Baar(?) par ordre d'Abd-Asirta;

et certes tu viendras de la ville de Gubla et de

la ville de Beruna. Et tous les pays aux

soldats (rebelles) qui ont troublé ces deux villes et tu

viendras (?) par(?) la main du roi; qu'il expédie

des chefs de garnisons à ses deux villes, avec de fortes [troupes] d'archers et qu'il nous donne quelque chose pour

' Littéralement : «ont donné leur face à moi»; comparez lexpressioii hébraïque KlilH ^""K^ '>2^'nH înK (Lévilique, xx, 3).

142 JUILLET-AOÛT 1891.

la subsistance du pays. Il n y a rien pour nous

sommes comme un oiseau qui est enfermé dans un fdet ou

dans une cage devant lui Puis

il ne montera pas de(?) cet ennemi. . . .

les pays ont été pris par les fds d*Abd-

Asirta, serviteur du chien, les pays du roi sont à lui.

76

TRENTE-SIXIÈME LETTRE DE RIB-ADDI AU ROI.

Recto.

[i] I ri-ib-id-di ki-bi-ma [2] a-na sàr be-li-ya a-na ki-ta [3] gïr-mes be-ya vu ù vu am-ku-ut [4] i-nu-ma sa-bar be-li a-na is-ku-ma (?) [ 5 ] is-tu mat mes za-Iah ( .►^j-bi û is-tu [6] er-ki u(?)-ga-ri-te tu-lï(?)-ku-na [7] la-a-mi-i li-u us-sar [8] is-rit-mes-ya a-na as-ra-nu [9] i-nu-ma nu kur-tum ] a-zi-ri [10] it-ti-ya ù gab-bi lû-mes ha-za-nu-tum [11] sal- mu-su ki lib-bi-su-nu [12] ti-la-ku-na is-rit-mes-su-nu [i3] il te-lï-ku-na hi-si-ih ta-su-nu [i4] sa-ta mi-nu-um ya-di-nu [i5] [ga(?)]-am-ri-ma ii ba-la-lam [16] sàr a-na lû-mes ha-za-nu-ti ib-ri-ya [17] û a-na ya-si la-a-mi [18] ya-di-nu mi-im-ma û pa-na-nu [19] a-na lu a-bu-ti- ya i-sa-ru [20] is-tu è-gal-mes kû-par mes [21] û mi- im-mu a-na ba-la-ti-su [22] ii ï-si-ru be-li sab-mes [28] a-na sa-a-su-nu il a-nu-ma [2^] a -na-ku . as-bu-ru a-na be-li-ya [26] a-na sab-mes ù sab-mes ma-za-ar-tu [26] la-

a tu ù [27] mi-im-mu mi [28] ï-da-

nu [ya]-a-si [29] ya am [3o] a-

na-ku tar [3i] sàr be-li u

Sur le bord. a\ sar a-na iu-mes mi-si gab-bi ia(.^)-na u ya(t*)is mes sar

CORRESPONDANCE D'AMENOPHIS. 143

[b] ta-di-nu-ni a-na tur-mes nït a-si-ir-ti [c] u ma-a-ti ta- di-nu-ni tur-mes J nït a-si-ir-ti [d] a-na sàr-ri da-an-ni û ki-na na-darnu.

Verso,

[3i hi$] il u-iz(?) [^2] ki a-na-za-ar [33] sa-

bar-ti [34] la-ku-mi ma [35] tur J nït a-si-ir-

ta su-nu [ 36 ] er ki gu-ub ni [ 3^ ] a-na ya-a-si

ù ti [38] lu tur si-ri-ya a-na .... li-ya [39] sab-

mes la-a ï-sa [4o] ù lu tur si-ip-ri [/|.i] la-a

tu-sa-zu-na [4^] û us-si-ra-su qa. . . mi [43] sab-

mes ri-zu-ti sum-ma sàr [44] za-ir er-ki-ma û i-zi-

ba-si [45] il sum-ma ya-ti-ya u [46] i-pa-ta-ra-ni

mi-si [47] us-si-ra lii-ka pi(?) si [48] mi- nu-mi la-a ï-da-nu [49] is-tu è(?) gai mi-im

[5o] a-na ya-si la sab-mes ha-[za]-nu [5i] ii i-sa-ra-

bu mat-mes [i-na] bil [52] as-ta-bar as-ta-ni la

[53] ya-tu-ru-na a-mà-tu [54] a-na ya-a-si za-ba-tu [55] ka-li mat-mes sâr be-ya [56] ii qa-da be-li tu-tu-su- nu [57] il a-nu-ma i-na na-tu [58] lu-na

sab-mes mat-mes ha-ti [59] ... ha-za-nu-ti er-ki gub-[la] {60] il mi-lik a-na er [61] ii la-a-mi ï-is-mi, « . . .?

TRADUCTION.

Recto,

(Moi) Rib-Iddi, je dis au roi, mon seigneur ; Je me jette «ept et sept fois sous les pieds de mon seigneur. Mon seigneur me fait dire : Envoie les forces des pays de Zalahhi(?) et de la

ville de Ugarit ; qu elles viennent renouvelle nos

approvisionnements. Voici Aziri est mon ennemi (?) et tous les liommes de garde (?) lui veulent du bien. Tu prendras

144 JUILLET-AOÛT 1891.

leur approvisionnement et tu prendras leur fourniture

Pourquoi a-t-ii donné et le roi n'a donné de

vivres ni aux hommes de garde , mes amis , ni à moi. Et der- nièrement le roi a envoyé à mes ennemis de T argent et tout ce qui leur était nécessaire pour leur subsistance , ainsi que les troupes dont ils avaient besoin , et voici , moi , j'ai demandé à mon seigneur des troupes et il ne m'a pas même accordé

des hommes de garde ; il ne m'a rien donné moi

le roi , mon seigneur.

Sur le bord.

Le roi aux hommes du roi

.... tu as donné aux fils d'Abd-Asirti et quand tu as donné

aux fils d'Abd-Asirti au roi puissant

donné.

Verso.

pour que je garde le fils d'Abd-Asirta

eux la ville de Gubla

à moi mon propre fils , n'a pas envoyé

de troupes et tu n'as pas laissé partir le messager

expédie-le. Si le roi envoie des troupes auxi- liaires, l'ennemi abandonnera la ville et s'il vainc

expédie tes hommes il ne m'a rien donné du palais

à moi les troupes de garde brûleront

les pays par le feu. J'envoie demander et s'ils ne me

donnent pas des nouvelles et la prise de tous les pays du roi ,

mon seigneur et seigneur l'apprendra et

voici les troupes du pays de Hati , les gardiens de

Gubla, et un ordre à la ville et on n'a pas écouté.

CORRESPONDANCE D AMENOPHIS. 145

77

TRENTE-SEPTIÈME LETTRE DE RIB-ADDI AU ROI.

Recto.

[i] [a-na] sâr-ri en-y a [2] an par-ya um-ma | ri-ib-an-im [3] nït-ka-ma a-na gïr-mes en-ya [à] an par-ya vu su vir ta-an [5] am-ku-ut ï-es-me sâr-ru [6] en-H a-mà-te nït [ 7 ] ki-ti-su ma-ri-is ma-gal [ 8 ] a-na ya-si ga-ag kur-nu-tum ^ [9] y tur-mes nït a-si-ir-ta i-ri-bu [10] i-na mat a-bar-ra a-sa-su-nu [11] ka-li mat-ki er su-mu-ra [12] û er ir-qa- ta ir-ti-bu [i3] a-na lû-gal ù a-nu-ma i-na [là] er su-mu- ra i-zi-za-ti [i5] i-nu-ma ma-ri-is lû-gal [16] mub nu-

kur-ti i-ti-zi-[ib] [17] er gub-la ù ya [18] | zi-im-

ri-da [19] J ya-pa-an-im ti-ya [20] a-nu-ma

ki a. . . . . ï-es-ta-pa-ru [21] lû-gal a-na sa-su-nu û. . .

[22] ..... ti-es ma na a-na sa-su [2 3] i-es-mi sàr-

ru en-li-ya [2/1.] [a] -mà-te nït ki-ti-su [26] us-si-ra be-la- ta [26] ki-ma ar-bi-es a-na [27] er su-mu-ra a-na na-za-ri

Verso.

[28] ka-sa-ad sab-mes [29] qas-ta-at sâr-ri an-par

[3o] û ï-sa-am-ri-ni sâr-ru [3i] an-par lû-mes sa-ru-ta es- tu [32] lib-bi mat-su sa-ni-tam ï-es-mi [33] sâr-ru en a-mà-te nït-su [34] û-us-si lûmes ma-za-ar-ta [35] a-na er su-mu-ra ù [36] a-na er ir-qa-ta sum-ma [37] en-na... tu ka-li [38] lû-mes ma-[za]-ar-ti is-tu [39] er su-mu-ra

...au [4o] ï-it-ru-uz-za me-ni(?) [lu] en an par

mat-zun ù [^2] id-na-ni xx ta-bal [43] ïb-kur-ra-mes a- na ya-si [/|4] û us-si-ra be-la-ta [45] ki-ma ar-bî-es

' Interversion pour ag-ga nu-hur-tam.

XVIII. 1 o

iir«iui.>iE .\4riu\«Lr..

146 JUILLET-AOÛT 189L

[46] a-na er su-mu-ra a-na [^7] na-za-ri se ka-li [48] lu mes ma-za-ar-ti [49] sa-a ir-ti-hu mar-za [5o] û zi-mu-ru lîi-mes [5i] i-na lib-bi cr sum-ma [5a] la -a sab-mes qas-ta la-a [ 53 ] at ( ? ) ma ( ? )-ru-na û

Sar le bord.

[54] ya-nu er sa-a-ti îr-ti-hu [55] a-na ka. . . û ial-nin(?)

sab-mes qas-ta [56] i-ba-&a-at ka-li mat-meà [57] ni-

lï-ka a-na âar-rî

TRADUCTION.

Recto,

Au roi, mon seigneur, mon soleil, il est dit ceci : Moi, Rib- Addi, ton serviteur, je me jette sept et sept fois aux pieds de mon seigneur, mon soleil. Que le roi écoute la parole de son serri- teur fidèle; je suis dans une profonde douleur. La puissance hostile des enfants d'Abd-Asirta est entrée dans la Phénicie ; ils ont soulevé en leur faveur toute la région de Sumura et de Irqata contre le chef. Et maintenant la résistance (?) est orga- nisée dans la ville de Sumura. Et le chef attristé résiste (?) à

TennemL La ville de Gubla » Zimrida

Yapa-Addi, mon maintenant j*ai envoyé le

chef chez eux. Ils ne Tout pas écouté que le rôi ,

mon seigneur, écoute les paroles de son serviteur fidèle ; qu'U expédie des mercenaires (?) aussitôt que possible pour âecounr la ville de Sumura.

Verso. [J'attends] l'arrivée des troupes d'archers du roi soleil et

CORRESPONDANCE D'AMENOPHIS. 147

que le roi chasse les hommes du désordre (?) de son pays. De nouveau je prie le roi d'écouter les paroles de son serviteur et d'envoyer des troupes de garde à la ville de Suniura et à la ville

de Jrqata. Si toutes les troupes de garde de la ville

de Sumura a dirigé (?) seigneur, soleil

des pays, qu*il me donne ao attelages de clievaux et qui! dirige des mercenaires aussitôt que possible iur la ville de Sumura pour garder tout le pays. Et les hommes de garde

qui se sont soulevés, punis-les (?) et des honmies

dans la ville. Si les troupes d'archers ne

Sur le bord,

il n'y a pas ; cette ville s'est soulevée contre toi et les

.... les troupes d'archers . . . . envahit tous les pays

nous irons près du roi*

78

TRENTE-HUITIÈME LETTRE DE RIB-ADDI AU ROI.

Recto*

(Il ne reste que le tiers inférieur de la tablette.)

[i] um(?J [a] lû-meà ma*a-ru. .....

3^] »a-ad in-si [4] û da-lu si. . . . . [5] ù da-

i ma-a-ri [6] àu-ut ï-di ni^sa-su [7] û armi

kal(?) i-na na-nu-ma [8] su»ut-pi(?) be«la^at*&u-iti|

[g] i-nu-ma i-ka-si^is a-na^ku [10] lii-mes »àr(?) nu-si-tu i- na ya-si [11] ù-»u*ut te-ela-at-sumu-ma [13] û li-im-lik

sàr nit-su [i3] li-si-ra ààr lii ra-bi-a-su [i4] wr

i-na aà-ri4u[-nu (?)] [i5] mi-tam is^ta-hi^d [16] . .

. . . ma ib mes i-ik-bi [17] èâr ni o-i

na nit

10.

J48 JUILLET-AOÛT 1891.

Verso.

[18] ad qa(?)a-na [19] si... su [26] .

....a-si [21] su... ï-is-mi-nu [32]. a nït

ma-â-di be-ni i-nu-ma [28] a-nu-mi li-im-na ï su

[24] a. . . tam sa-ru im-ma [26] a-na. sâr

en-ya a-mà te ï. . . mar [26] û a-mâ-te da-mi-ik sàr be-nî [27] qa-be-te a-na sâr be-ni-ya us(?)-si-ra-mi [28] sab- mes qas-ta-ti û ti. . .. . . as-ra-la [29] mi-kal(?) mi ï-ma-

lik ab-zi da-ni [3o] sab-mes qas-ta-at sâr be-ni-ya

[3i] te-ik-bu ab-ru-um [82] be-ni-ya

[33] sab-mes qas-ta-ti [34] ad

Sur le bord.

[35] ya-nu-mi-su a-na qa [36] si-i-

na na-[da]-ni a-na [37] lu

TRADUCTION.