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LA BIBLIOTHÈaUE DE FULVIO ORShM
ANLiERS, IMPRIMERIE BURUJN ET C'^, RUE U ARMER, 4.
LA BIBLIOTHÈQUE
DE
FULVIO ORSINI
CONTRIBUTIONS A L HISTOIRE DES COLLECTIONS D'ITALIE ET A LETLDE DE LA RENAISSANCE
PAR
PIERBE DE NOLHAC
Ancien membre d-^ l'Ecole française de Rome. Maître de conférences à lEcole pratique des Hautes-Etudes
AVEC UNE PLANCHE EN PHOTOGRAVURE
PARIS
F. VIEWEG, LIBRAIRE-ÉDITEUR
E. BOUILLON & E. VIEWEG, SUCCESSEURS
67, RCE DE RICHELIEU, 67
1887
//f^3
JUN 16 1959^
A Monsieur Léopold Delisle,
Membre de l'Institut, Administrateur général de la Bibliothèque Nationale
de Pa7ns.
Monsieur,
Permettez-moi de vous adresser la préface de ce livre. Vous en avez approuvé le dessein dès 1883, et, depuis, vos encou- ragements m'ont aidé à le poursuivre. -Vous avez représenté pour moi le lecteur idéal que tout écrivain a devant les yeux quand il tient la plume et dont le suffrage désiré semble devoir le récompenser de sa peine. Depuis bien des années, en effet, tous ceux qui, chez nous, s'occupent de manuscrits, reconnaissent en vous leur premier juge. Vous êtes en même temps leur conseiller et leur guide, car vos travaux multipliés de paléographie et de bibliographie sont regardés par tous comme des modèles.
Dans votre beau livre. Le Cabinet des manuscrits de la Biblio- thèque Nationale, vous avez montré tout ce que l'étude métho- dique de la formation d'un fonds de manuscrits peut apporter de renseignements d'intérêt général, sur les mœurs, les usages, les arts, la vie intellectuelle du passé. Votre exemple, partout fécond pour la science, a fait naître plusieurs œuvres analogues, parmi les plus modestes desquelles celle-ci demande à être placée.
Vous trouverez ici l'histoire et la restitution d'un fonds bien moins étendu et bien moins varié que la plupart de ceux qui ont formé notre grande collection nationale. 11 ne saurait soutenir la comparaison pour le nombre des volumes avec les séries de manuscrits des Séguier ou des Colbert; mais il a un caractère très tranché et une valeur de choix qui lui méritent à bon droit l'estime des érudits. Formé par un grand huma- niste italien du xvi® siècle avec les débris des bibliothèques de
VIII LETTRE-PREFACE
ses prédécesseurs, il offre, au point de vue des études clas- siques, un intérêt depuis longtemps deviné. Notre dépouille- ment permettra d'en juger exactement ; il apportera en même temps des détails nouveaux sur les bibliophiles du xv® et du xvi*" siècle; il révélera l'existence d'anciennes collections dis- persées et servira à compléter l'histoire de celles qui sont déjà connues.
La plupart des volumes de Fulvio Orsini appartiennent, vous le savez, à la Bibliothèque Vaticane. Nous ne possédons encore qu'une faible partie des catalogues de cet important dépôt, et il faudra bien des années avant que la publication, reprise sous les auspices de S. S. Léon XIIL soit parvenue à la région de la Bibliothèque que j'ai de préférence étudiée. En attendant, le travail que je vous présente servira à rensei- gner les savants avec précision sur une intéressante portion de Fancien fonds Vatican. Il contient, en effet, une sorte de cata- logue abrégé déplus de quatre cents volumes, dont beaucoup comptent plusieurs manuscrits et dont la plupart n'ont jamais été décrits. — Voici comment on pourra se servir du livre à titre d'inventaire provisoire : on rencontrera, pp. 125 sqq., des tables de concordance entre les numéros actuels de la Vaticane et ceux de l'Inventaire d'Orsini ; en se reportant au texte même de cet Inventaire, publié pp. 333 sqq., on trouvera en note soit la description du manuscrit, soit le ren- voi au passage du livre où ce manuscrit a été examiné. — Les renseignements qui sont les plus utiles aux travailleurs sur le contenu, l'âge et l'état des volumes figurent dans ce travail. J'aurais pu adopter une forme plus voisine d'un catalogue proprement dit ; mais je tenais à ne pas empiéter sur la publi- cation des catalogues généraux de la Vaticane, qui est pour- suivie avec tant de zèle et de science par les érudits romains groupés autour de S. E. le cardinal Pitra. J'ai porté surtout mes soins sur les questions de provenance et d'écriture, qui ne peuvent être étudiées avec le détail nécessaire par les rédacteurs des grands catalogues, et j'ose espérer que mes conclusions, dans ce domaine, ne seront pas pour eux sans utilité.
M. le comm. de Rossi, qui a une si haute part dans lapubli-
A M. LEOPOLD DELISLE ÎX
cation, a bien voulu en juger ainsi, lorsqu'il m'a invité, à plu- sieurs reprises, à poursuivre le dépouillement du fonds Orsini, et qu'il m''a fait l'honneur d'annoncer ce travail dans sa grande préface historique des catalogues de la Bibliothèque Vati- cane. Vous me permettrez de remercier ici de tant de marques de bienveillance l'illustre savant qui continue si dignement les traditions de la Rome du temps d'Orsini.
Il est un autre département des immenses collections ponti- ficales où j'ai dû pousser mes investigations ; c'est la belle série des incunables et des livres rares ou annotés par des savants^ quelque chose d'analogue à notre Réserve de Paris. J'ai pénétré dans ces trésors, absolument ignorés des étran- gers, et j'en ai tiré d'utiles indications. Là, comme parmi les manuscrits, j'ai vérifié bien des fois le Jiivat î7îtegros accedere fontes du poète. Sans doute, ma visite à ces livres vénérables a été trop rapide et trop superficielle; mais je crois pouvoir revendiquer le mérite d'avoir le premier cherché à faire pro- fiter le public de ces fonds précieux. Toute ma reconnais- sance est due à l'administration de la Vaticancy qui ne m'a refusé aucune facilité de travail, de 1883 à 1885, Je remer- cie particulièrement Mgr Ciccolini, préfet de la Bibliothèque, qui comprend toutes les exigences de l'érudition et dont la libéralité est inépuisable.
Cet ensemble de recherches a été dirigé surtout au point de vue bibliographique : je n'ai jamais laissé passer l'occasion d'identifier un manuscrit, de donner sur une bibliothèque un renseignement inédit ou peu connu. Mais j'ai tenté aussi de rendre quelques services aux études sur la Renaissance et sur l'humanisme. Les érudits, très nombreux hors de France, qui s'occupent de ces études, trouveront ici soit des faits nou- veaux, soit des indications de sources. Le livre fait mention, dans le texte et dans les notes, d'une foule de personnages du xiv^ au XVI' siècle, qui ont marqué leur place dans l'his- toire littéraire de la Renaissance ou mériteraient d'en avoir une ; s'il m'avait fallu donner sur chacun d'eux une notice, même succincte, le volume aurait été chargé outre mesure; j'ai préféré supposer le lecteur muni des ouvrages d'ensemble, tels que la Storia délia letteratiira italiana de Tiraboschi. la
X LETTRE-PREFACE
Wiederbelebung des classischen Alterthums de M. G. Voigt, la Bibliographie hellénique de M. E. Legrand, etc. J'ai cherché surtout à fournir des renseignements inédits sur les huma- nistes et les bibliothèques d'humanistes, et à éclaircir quelques points douteux se rattachant à l'histoire de la philologie. J'ai passé brièvement sur ce qu'on pouvait trouver dans les livres déjà parus, me bornant de temps en temps à y renvoyer ; mon ambition aurait été de réunir le plus possible de faits nou- veaux dans le plus petit nombre possible de pages.
La Bibliothèque de Fulvio Orsini peut donc être regardée comme un recueil de matériaux propres à servir à l'étude de la Renaissance. Ces matériaux, il est vrai, pris isolément, sont extrêmement menus et de médiocre importance ; c'est de la poussière d'érudition, si on peut dire, et on me reprochera peut-être d'avoir dépensé un long travail et de sérieux efforts de critique à des questions aussi infimes. Je suis certain, Monsieur, que vous ne partagerez point cet avis. Vous nous avez appris que rien n'est inutile en matière de bibliogra- phie et d'histoire littéraire. Un détail insignifiant pour tel lecteui' rendra peut-être un jour service à tel autre. Nous n'avons le droit de rien négliger, car, suivant la belle parole d'un de nos humanistes (p. 145), il n'y a rien de méprisable dans le domaine de la science, cùSàv twv à-o tyjç 1iyyr^^ oxjkz^.
Le plan du livre a eu Tinconvénient de disperser en plusieurs chapitres les renseignements sur le même sujet. Par exemple, au chapitre ni, vous trouverez des détails historiques sur la bibliothèque des Bembo; au chapitre v, l'étude des manus- crits grecs de la même collection ; au chapitre vu, Fétude des manuscrits latins ; au chapitre vni, Tétude des manuscrits en langues modernes. Pour cette bibliothèque illustre^ la plus importante de celles qui ont enrichi le fonds d'Orsini, j'ai pu réunir en un tableau d'ensemble une partie de ces résultats épars ; mais, pour plusieurs autres bibliothèques qui pourront vous intéresser, vous voudrez bien consulter successivement les différents chapitres.
Il en va de même pour les renseignements relatifs à chaque érudit. Prenons pour exemple Théodore Gaza : pp. 145-146, sont décrits des autographes de lui ; p. 166 (en note), est rapporté
A M. LEOPOLD DELISLE XI
un témoignage iconographique ; p. 2*23 (en note), sont signa- lées des lettres inédites, p. 230, un opuscule demeuré inconnu; enfin, les notes au bas du texte de l'Inventaire contiennent encore des particularités intéressant le même personnage. Ces mentions pourront être groupées, sur le point spécial des recherches de chacun, au moyen de l'Index des noms, qui ser- vira de lien aux diverses parties du volume. On a évité de faire cet Index trop riche, en le surchargeant de renvois insi- gnifiants ; cependant il a paru utile, dans la plupart des cas, d'y laisser figurer le plus de chiffres possible, l'excès sur ce point pouvant rendre à plus d'un lecteur des services inatten- dus. On y a fait entrer aussi des indications, prénoms, titres, etc., qui aideront à identifier des personnages mentionnés au cours du livre sans précision suffisante.
Les Appendices comprennent les documents les plus impor- tants auxquels on est renvoyé dans le cours du texte ; ce sont presque tous des lettres intimes d^Orsini ou de ses amis. Il n'y a là qu'une petite partie des correspondances que j'ai utilisées ou citées. Vous remarquerez sans doute, en effet, le rôle que jouent, dans tout l'ensemble du livre, les lettres originales du XYf siècle. J'en ai dépouillé plus d'un millier, conservées en divers dépôts d'Europe. J'y ai pris plusieurs détails pour la biographie d'Orsini ; l'histoire de ses acquisitions en est même exclusivement tirée ; je m'en suis servi aussi pour identifier beaucoup de manuscrits ou reconnaître leur provenance. Les renvois aux bibliothèques et aux volumes qui contiennent ces correspondances sont donnés partout avec soin ; le lecteur pourra y recourir facilement, soit pour compléter mes cita- tions, soit pour recueillir les renseignements étrangers à la bibliographie que je n'ai pas mis en œuvre.
Veuillez me permettre encore, Monsieur, une remarque sur la façon dont le livre a été composé. Après avoir employé près de trois années d'études et de voyages à en réunir les matériaux, je l'ai rédigé loin des manuscrits sur lesquels j'avais pris des notes. J'aurais eu besoin, cette rédaction ter- minée^ de retourner en Italie et de revoiries volumes les uns après les autres, pour contrôler tous les détails de mon expo- sition et y ajouter les observations qu'un premier examen ne
-y
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XII LETTRE-PREFACE
m'avait pas permises. La chose s'est trouvée impossible. Mais j'ai eu recours, sur tous les points essentiels, au dévouement de mes confrères de l'École française de Rome, MM. Paul Fabre, André Pératé, A. -M. Desrousseaux. Ces excellents amis ont trouvé le temps, au milieu d'importants travaux per- sonnels, de vérifier beaucoup de mes notes et d'éclaircir mes derniers doutes. La description de la bibliothèque d'Orsini leur doit de se présenter à vous avec un peu moins d'inexacti- tudes.
J^ai fait de mon mieux pour fournir aux travailleurs des renseignements sûrs. J'aurais voulu les apporter plus com- plets et ne rien laisser d'inachevé. Mais, comme cet ouvrage s'adresse à un public varié, et qu'il touche à la fois aux études grecques, latines, provençales et italiennes, il aurait fallu un érudit spécial pour traiter convenablement chacune de ces parties. Il s'est donc trouvé que, faute de temps et souvent de compétence, j'ai posé plus de questions que je n'en ai réso- lues. Je crois, du moins, avoir partout nettement marqué ce qui reste à faire. Mes successeurs pourront ainsi reprendre les sujets qui n'ont été qu'effleurés et leur donner les déve- loppements qu'ils comportent; je souhaite, en même temps, qu'ils rectifient les erreurs que j'ai pu commettre.
Telles sont. Monsieur, les observations qui me sont venues à l'esprit avant de vous offrir mon travail. Je serai heureux de l'avoir publié, si vous daignez le trouver utile.
Paris, août 1887.
TABLE DES MATIÈRES
CHAPITRE PREMIER. — Esquisse biographique
Sources de la biographie de Fulvio Orsini, 1. — Sa famille et son éducation, 2, — Influence exercée sur lui par Gentils Delfini et Angelo Colocci, 4. — Jeunes savants romains contemporains d'Or- sini. Premières traces de son activité littéraire, 6. — 11 devient cha- noine de Saint-Jean-de-Lateran, 7. — Orsini chez les Farnèse, bibliothécaire du cardinal S. Angelo, 8. — Voyage d'Oisini à Flo- rence, à Bologne et à Parme. Mort du cardinal S. Angelo. 10. — Le cardinal Alessandro Farnèse. Ses goûts de collectionneur sont servis par Orsini, 11, — Sa cour de lettrés. Le palais Farnèse à Rome. La résidence d'été de Caprarola, 14. — Rapports d'Orsini avec les artistes, 15. — Ses relations avec les cardinaux Sirleto, Caraffa, Colonna, Borromeo, Granvelle, etc., 17. — Granvelle et les érudits romains, 19. — Vieillesse d'Orsini, 21. — Il voit mourir le car- dinal Farnèse. Odoardo Farnèse le garde au palais, 22. — Testa- ment d'Orsini, 25. — Sa mort, 26. — Jugement sur son caractère, 27. — Son genre de vie et ses occupations diverses ; ses fonctions de correcteur grec à la Bibliothèque Vaticane, 29. — Orsini collec- tionneur. Ses collections d'antiquités, 30. — Sa collection de por- traits, 32. — Sa compétence de numismatiste, 34. — Services qu'il a rendus à l'épigraphie, 35.
CHAPITRE II. — Travaux et amitiés de Fulvio Orsini 37
Grande production d'Orsini. Analyse sommaire de ses ouvrages, 37. — Ses premiers livres chez Planlin. Le VirgiliusillustratuSy 38. — Les Carmina IX illustrium feminarum. Édition de César, 39. — Les Imagines et elogia. Orsini créateur de l'iconographie, 40. — Les Familiae i^omanae, 42. — Edition de Festus, 44. — Notes sur Cicéron. Édition princeps du De legationibus, 46. — Édition d'Ar- nobe, 48. — Collaboration d'Orsini aux travaux des commissions pontificales ei à la revision de la Bible grecque de 1587, 49. — Notes au De legibus et senatusconsultis d'Antonio Agustin, 50. — Notes sur Caton, Varron, Collumeile, etc., 51. — Publication du De tri- clinio de Pedro Chacon, 52. — Notes sur les historiens romains, avec édition des fragments des historiens perdus, 53. — Examen de raccusation de plagiat portée contre Orsini, 54. — Sa renommée
XIV TABLE DES MATIERES
européenne. Ses visiteurs à Rome, 55. — Ses principales liaisons. Orsini et les Pays-Bas. Juste-Lipse, Charles Lange, L. van der Becke, 57. — Plantin, Falkenburg, A. Schott, etc., 58. — Orsini et l'Espagne. Son amitié pour Agustin, 60. — Orsini et l'Allemagne. Gruter, Sambucus, Sylburg, etc., 62 — Orsmi et la France. Fran- çais résidant à Rome : Muret, Pierre Morin, Dupérac, etc., 64. — Voyageurs français à Rome : Claude Dupuy, les Audebert, l'ambassa- deur Louis d'Abain, Montaigne, Paul de Foix, De Thou, etc., 65. — Correspondance avec la France au sujet du Servius de Pierre Daniel, 69.
— Principaux amis d'Orsini en Italie. Piero Vettori, à Florence, 70.
— Carlo Sigonio, à Bologne, 72. — Gianvincenzo Pinelli, à Padoue, 74.
CHAPITRE III, — Principales acquisitions d'Orsini 79
Histoire de la formation de la bibliothèque d'après les correspondances du temps. Acquisition d'une partie des papiers de Colocci, 79. — La bibliothèque de Cartéromachos, 81. — État de la collection d'Orsini en 1570, 84. — Claude Dupuy lui envoie son fragment de Virgile [Augusteus de Virgile), 85, — Provenance de ce manuscrit, 85.
— Négociations pour obtenir de Dupuy sa Décade de Tite-Live (Putea- neus de Tite-Live), 88. — Petits travers d'Orsini comme biblio- phile, 90. — Question de la bibliothèque du cardinal Bembo, 91.
— Elle n'a pas été dispersée à sa mort, 92. — Caractère de son héritier, Torquato Bembo, 92. — Orsini négocie avec lui l'achat de son Virgile et de son Térence {Vaticanus de Virgile, Bemhinus de Térence), 94. — Pinelli et Mercuriale aident Orsini et le renseignent sur la collection de Bembo à Padoue, 95. — Ruse pour obtenir les Lusi de Virgile, 97. — Arrivée à Rome du Virgile et du Térence, 98.
— Autres acquisitions importantes, 99. — Voyage de Torquato Bembo à Rome, 100. — Orsini réunit peu à peu tous les autographes de Pétrarque que possédait le cardinal, 101. — Manuscrits achetés en 1582, 103. — Dernières acquisitions chez Bembo, en 1583 et i584, 106. — Achat du chansonnier provençal d'Alvise Moce- nigo, 107. — Description de la bibliothèque d'Orsini par Angelo Rocca, 109.
CHAPITRE IV. — État ACTUEL DE LA bibliothèque d'Orsini H2
Orsini songe à offrir sa bibliothèque à Philippe II, pour l'Escurial, 112.
— 11 l'offre à Grégoire XIII, 113. — Intervention de Granvelle, de Sirleto et de Caraffa, 114. — Orsini lègue par testament sa biblio- thèque à la Vaticane, 115. — Rédaction originale de son Inven- taire, 116. — Intérêt et défauts de ce document, 117. — Erreurs et fausses attributions, 118. — Remise des livres d'Orsini aux fonc- tionnaires de la Vaticane, en 1602. Listes de récolement dressées par D. Rainaldi, 120. — Manuscrits manquants, 121. — Classement
TABLE DES MATIERES XV
dans les fonds de la Vaticane, 123. — Tables de concordance entre
LES COTES ACTUELLES BU VATICAN ET LES NUMEROS DE l'InVENTAIRE d"Or-
siNi, 125. — Fonds grec, 125. — Fonds latin, 126. — Manus- crits d'Orsini emportés à Paris en 1797 et rendus en 1815, 128. -- Etat matériel des volumes provenant d'Orsini; reliure, ex-libris, etc., 129.
— Méthode de nos recherches, 130. — Imprimés précieux de la \aticane, 131. — Papyrus, 131. — Papiers modernes : corres- pondances autographes d'Aide Manuce, de Cartéromachos, de Co- iocci, etc., 132. — Correspondance personnelle d'Orsini, 135. — Seconde bibliothèque d'Orsini, formée après l'engagement pris envers la Vaticane, 1.36. — Inventaire des manuscrits qu'elle contenait, 137.
— Caractère de la collection d'Orsini : exclusion de l'élément théolo- gique, provenance d'anciennes bibliothèques d'humanistes, 137. — Respect d'Orsini pour les humanistes du xiv® et du xve siècles, 138.
— Intérêt des manuscrits transcrits et annotés par eux, 139.
CHAPITRE V. — Description de la bibliothèque. Le fonds grec . . . 143
Manuscrits grecs provenant de collections du xive siècle. Ciriaco d'An- cona et Manuel Chrysoloras, 144. — Collections du xve siècle. Bibliothèques de Grecs établis en Italie. Théodore (iaza, 145. — Copies de Démétrius Rhallès Cabacès, 146. — Michel Apostolios, 148.
— Marc Musurus, Georges Moschus, etc., 150. — Bibliothèque de Constantin Lascaris, 151. — Manuscrits transcrits de sa main, 152.
— Bibliothèque de Jean Lascaris, 154. — Papiers personnels, 155.
— Livres annotés par J. Lascaris, 157. — Mathieu Devaris, 159.
— Autres Grecs du xvie siècle, 161. — Le copiste Giovanni Onorio, d'Otrante. Ses travaux pour Orsini, 162. — Bibliothèques d'huma- nistes italiens. Ermolao Barbaro l'ancien, 166. — Giorgio Valla, 167.
— Manuscrit de Ptolémée possédé par Domenico Domenici, 168. — Noms nouveaux de copistes grecs : Giorgio Crivelli, Lianori de Bologne, Giglio Archilibelli, 170. — Niccolô Leonico Tomeo, 171. — Manus- crits isolés rappelant le souvenir d'hellénistes, 172. — Collection d'Arnold Arlenius dispersée à Rome, 174. — Imprimés grecs annotés par des humanistes, 175. — Note sur la bibliothèque de Sirleto achetée par le cardinal Colonna, 177. — Bibliothèque grecque de Cartéromachos. Manuscrits, 178. — Imprimés annotés, 181. — Manuscrits grecs de Colocci, 182. — Manuscrits grecs du cardinal Bembo, 183. — Copies grecques de la main d'Orsini, 186. — Imprimés annotés par lui, 187. — Liste des plus anciens manuscrits grecs de la collection, 189.
CHAPITRE VL — Le fonds latin. Bibliothèmues antérieures au seizième siècle 191
Attributions à la collection de Nicolas III, 191. — Benvenuto Ram- baldi, 192. — Autographes de Poggio Bracciolini, 193. — Manus-
XVI TABLE DES MATIERES
crits de la bibliothèque de Philelphe chez Orsini, 194. — Manuscrits de Niccolô Perotli, Giovanni Tortelli, Platina, et d'humanistes du même temps, 196. — Bibliothèque de Pomponius Laetus, 198. — Manus- crits de luxe, écrits et annotés par lui, 199. — Manuscrits de tra- vail, 202. — Notions qu'ils fournissent sur l'enseignement de Pomponius, 205. — Manuscrits et imprimés annotés par Pompo- nius, 206. — Bibliothèque d'Ange Politien. Manuscrits autogra- phes, 208. — Virgile imprimé couvert des notes de Politien, 210.
— Fragment de Festus transcrit par lui, 212. — Bibliothèque des Gaddi, 216. — Manuscrits d'Aurispa, 218. — Bibliothèque de Panormita, 218. — Manuscrits exécutés pour lui, 219. — Manus- crits anciens possédés par lui, 222. — Autographes de Panor- mita, 222. — Manuscrits de ses correspondants : Giovanni Lamola, Georges de Trébizonde, Toscanella, etc., 224. — Pontano et le Virgile du Vatican, 225. — Manuscrits provenant de prélats et savants divers, 226. — Giovanni Lorenzi et Andréa d'Aleria, biblio- thécaires du Vatican, 228. — Autres bibliophiles : Ridolfmi, Guc- ciardini, Ugoleti, Maffei, etc., 230. — Question des manuscrits de Properce. Histoire du Neapolitanus, 233.
CHAPITRE VH. — Le fonds latin. Bibliothèques du seizième siècle. 236
Bibliothèque de Bernardo et de Pietro Bembo, 236. — Le Bembinus de Térence, 237. — Les Lusi de Virgile, 239. — Manuscrits autographes de Bernardo Bembo, 240. — Manuscrits ajoutés par le cardinal Bembo à la collection de son père, 241. — Bibliothèque des Manuce, 243. — Imprimés latins annotés par Cartéromachos, 245.
— Érudits du même temps : Bombasio, Inghirami, etc., 247. — Prélats du xvi^ siècle : Marcello Cervini, Pomponio Cecio. etc., 248.
— Bibliothèque d'Angelo Colocci, 249. — Collection de vers latins modernes et d'autographes réunie par Colocci, 254. — Imprimés annotés par Colocci, 257. — Basilio Zanchi et Michèle Silvio, 258.
— Livres provenant des amis d'Orsini : Faerno, Bagatto, Agustin, Chacon, 260. — Manuscrits de Panvinio, 262. — Manuscrits de Ligorio, 263. — Bibliothèque d'Achille Estaço acq.uise en partie par Orsini, 263. — Manuscrits provenant de collections françaises, 266.
— Fabio Farnèse, 267. — Manuscrits latins exécutés pour Orsini ou par lui-même, 268. — Imprimés annotés par Orsini, 271. — Contributions à l'histoire du Mcdiceus de Virgile, 272. — ■ Précieuse collection de manuscrits lombards, 274. — Incertitude des connais- sances paléographiques d'Orsini, 275. — Liste des manuscrits latins antérieurs au xii^ siècle, 276.
CHAPITRE Vni. — Manuscrits en langues modernes 278
Intérêt que portail Orsini à la littérature nationale, 278. — Le Canzo- niere en partie autographe de Pétrarque, 279. — Les fragments
TABLE DES MATIERES XVII
autographes du Vatican, 281. — Question de l'écriture de Pé- trarque, 282. — Autographe du Bucolicum Carmen, 285. — Auto- graphe du De ignorantia, 289. — Faux autographes de Pétrarque provenant des Bembo, 291. — Notes de Bernardo Bembo relatives à Pétrarque, 292. — Manuscrits provenant de la bibliothèque de Pétrarque, 295. — Contributions à l'histoire du Virgile de i'Ambro- sienne. Il n'a jamais appartenu à Orsini, 295. — Manuscrit du Trésor de Brunetto Latini, 301. — Texte de Dante offert à Pétrarque par Boccace, 303. — Consolatio de Boèce écrite de la main de Boccace, 305. — Autographes de Pietro Bembo, 307. — Manus- crits italiens de Bembo, 309. — Manuscrit français, 311. — Essai de reconstitution de la collection provençale de Bembo, 312. — Pro- venance des chansonniers provençaux de Paris et de Rome, 313. — Identification du chansonnier de Colocci, 318. — Autres chanson- niers de Bembo. 321. — Tableau résumé des recherches sur la BIBLIOTHÈQUE DE Bembo, 325. — Manuscrits de provenance isolée, 326.
— Manuscrits florentins, 327. — Autographes de Sannazar, 328.
— Autographes de Michel-Ange, 329.
INVENTAIRE DE LA BIBLIOTHÈQUE 333
Manuscrits grecs, 334. — Imprimés grecs, 350. — Manuscrits latins, 358. — Imprimés latins, 381. — Manuscrits en langues modernes, 391. — Papiers divers, 395.
APPENDICES 397
Appendice I. — Inventaire de livres trouvés chez Orsini après sa mort 397
Appendice II. — Correspondances relatives à la bibliothèque d'Or- sini (1565-1585) 402
Appendice III. — Lettres écrites de France à Orsini (^1584-1585)... 431
Appendice IV. — Choix de lettres latines adressées à Orsini (1567- 1594) 436
Appendice V. — Lettre d'Orsini à Odoardo Farnèse (1590) 445
Addenda 447
Corrigenda 455
Index des noms cités 459
Table de renseignements sur divers sujets 487
Note sur la planche , 491
Planche.
LA
BIBLIOTHÈQUE de FULVIO OBSINI
CHAPITRE PREMIER
E s Q l^ I s s E BIOGRAPHIQUE
J'essaye dans ce livre de faire riiistoire et de reconstituer les éléments d'une bibliothèque célèbre, la plus intéressante peut- être des collections privées du xvi^ siècle. Bien que je m'occupe surtout, dans Fulvio Orsini, du collectionneur et du bibliophile, il a paru naturel de faire connaître d'abord les principales dates de sa vie, de déterminer son caractère, de le montrer dans son milieu, parmi ses éludes et ses amitiés. Je vais donc raconter brièvement cette carrière laborieuse, telle que je l'ai trouvée dans les œuvres du savant romain, dans les témoignages de ses contemporains, et surtout dans ses correspondances intimes. Cette introduction est d'autant plus nécessaire qu'une biogra- phie raisonnée d'Orsini, malgré l'intérêt sérieux qui s'y atta- cherait, n'a pas encore été écrite ^
Fulvio Orsini appartient à la grande famille romaine dont il porte le nom. On a remarqué que c'est un honneur pour les Orsini d'avoir, grâce à lui, les lettres représentées chez eux
1. La seule vie d'Orsini qu'on ait donnée a la valeur d'un témoignag-e contemporain, mais elle compte à peine quelques pages; elle est due à un philologue et juriste assez distingué, Giuseppe Cssùglione (Castalio), d'An- cone, qui était plus jeune qu'Orsini et avait reçu ses conseils. Ce travail a paru longtemps après sa mort sous ce titre : Fulvii Ursmi vita.auctore losepho Castallone. Romae, typis Yaresii MDCLVII, 14 (39) pp. La plaquette étant assez rare hors de Rome, je cite toujours la réimpression la plus répandue, celle de Breslau en 1739, dans Vitae selectae XVII eruditiss. virorum a clariss. viris quibusdam acriptae et... collectae a D. Christ. Gryphio gymn. Magd. rect. (La première éd. est de 17H ; en 1739, Tœuvre de Castigiione occupe les pp. 555-563; les appendices, les pp. 563-580.)
La liste des auteurs qui ont consacré une notice à Orsini ou parié de lui
DE NOLHAC, FLLVIO OBSI.N'I 1
2 ESQUISSE BIOGRAPHIQUE
comme dans les autres illustres familles italiennes ^ Cependant Fulvio, enfant naturel, ne fut jamais reconnu officiellement par les siens.
Le nom de son père n'est même pas certain. Les généalo- gistes, sachant par des témoignages assez sûrs qu'il était fils d'un Orsini de la branche de Mugnano, commandeur de l'ordre de Malte, lui donnent pour père un Maerbale. Cette hypothèse est très vraisemblable*. Maerbale Orsini, fils du condottiere Giancorrado, condottiere lui-même et l'un de ceux qui vinrent en 1552 au secours de Sienne, satisfait seul aux conditions de- mandées. Il vivait encore en 1579. On ne sait rien sur la mère de Fulvio, qui devait être d'humble naissance. La respectueuse affection dont elle fut entourée par son fils et l'excellente édu-
serait assez longue et n'offrirait qnun intérêt de curiosité. Sauf Giovanni- Vittore Rossi {Erythraeus)^ qui a pu connaître Orsini, la plupart n'ont fait que délayer ou résumer Castiglione; ceux qui ont apporté un fait nouveau seront cités à l'occasion. Je dois rappeler que Tiraboschi n'a peut-être pas marqué assez dignement la place d'Orsini dans son beau tableau de l'histoire intellectuelle de l'Italie. {Storia délia letl. ital., éd. de Milan, t. VII, pp. 357- 360.) En ces dernières années il a été fait des publications utiles pour certains détails du sujet; ce sont : Lettere di Fulvio Orsini ai Farnesi annotate da... [A. Honchini e Vitt.Poggi], Modène, 1879 (Extrait des Atti e memorie délie deputazioni di storia patria deW Emilia, nouv. série, vol. IV, part. II) ; Lettere inédite del card. de Granvelle a Fulvio Orsini e al card. Sirleto^ rac • coite da P. de Nolhac, Rome, 1884 (extrait des Studi e documenti di storia e diritto, publiés par rAccaticm. d. conferenze storico-Qiuridiche,d.nnéey} \ P. de Nolhac, Les collections d'antiquités de Fulvio Orsini. Rome, 1884. (Extrait des Mélanges d'archéologie et d'histoire publ, par l'École française de Rome, année IV.) D'autres travaux en préparation sont indiqués au cours du livre.
Si les sources imprimées sont peu considérables, les sources manuscrites sont en revanche fort abondantes. Les recueils manuscrits qu'on trouvera cités le plus souvent et qui contiennent des correspondances autographes considérables d'Orsini et de ses amis sont : à la bibliothèque Vaticane, les Vat. lat. 4103, 4104, 4105; à la bibl. Ambrosienne, les Ambros. D. 422 et D. 423 inf.; au British Muséum, YAdditionalms. 10270. Beaucoup d'autres manuscrits et livres oubliés du xvi*^ siècle m'ont fourni des renseignements ; je les ai soigneusement indiqués dans l'espoir d'être utile au futur biographe d'Orsini. Je me suis arrêté sur certains détails, qui ont paru particulièrement caractéristiques, ou qui pouvaient éclairer d'autres parties de l'ouvrage et m'éviter de les surcharger. Mais l'ensemble des deux premiers chapitres a surtout pour but d'orienter le lecteur dans l'histoire d'Orsini et dans le milieu où il a vécu.
1. Pompeo Litta, Le famiglie celebriltaliane, vol. V, Orsini di Roma, t. XIV.
2. Ces détails ne sont pas, comme le croit Litta, postérieurs de 57 ans à la mort d'Orsini : Castiglione, qui avait lui-même connu Orsini, les tenait d'Achille Estaço et de Fulvio Arcangeli, tous deux contemporains de notre savant. Les détails sur la jeunesse d'Orsini, que Castiglione a recueillis de la bouche de Properzia Micinelli, femme de Mario Delfini, n'ont pas moins d'autorité.
EDUCATION b ORSINI O
cation première qu'elle lui donna font penser d'elle quelque bien. Certaines lettres intimes de I008 témoignent des tendres inquiétudes de Fulvio pour sa mère malade ^
Né le 11 décembre lo29', il fut élevé d'abord par son père et entouré de tout le luxe qu'un jeune Romain de son rang pou- vait avoir sous le pontificat de Clément Vil et de Paul III. On le voyait tout enfant, à cheval dans les rues, et on le reconnais- sait à la suite nombreuse qui l'accompagnait. Soudain cette fortune change : une rupture survient entre les parents, et Fulvio ne revoit plus son père. Sa mère est réduite à vivre de
1. Voici deux lettres de Gentile Delfini, qui mentionnent la mère d'Orsini (Vat. 4105, ff. 340 et 239); les documents sur ce savant personnage étant fort rares, on m'excusera de les donner ici :
Al R<^° M. Vincenzo Thomassino Beneficiato Lateranense. Reverendo signor, Son stato hoggi dalla madré di messer Fulvio, quale in vero sta bene; pero usate ogni diligentia chequeila ietlera non vada, 0 vero che in un tempo habbia quella et qut^sta, nella quale scrivo di commissione di sua madré: non venga perche e megliorata assai, anzi sta bene et serria bono che V. S.giiene scrivesse anchora, et li bacio le mani. Da casa, alli 27 di ottobre 1558.
Al servitio di V. S. Gentil Delphino.
Al R^° et corne figliolo amantissimo Messer Fulvio Orsino Beneficiato Lateranense. {In cor te dellolll^^ et IV^'^ cardinale di Santo Angelo.)
Carissino messer Fulvio, La présente solo serra per darvi buona nova di vostra madré, con laquale son stato hoggi un pezzo, et vi trovai m° Gio. di Oricola. Sta fuor di letto et bene, siche state di buona voglia, che, corne sapete, non son bugiardo; mi ha chiesti dinari et dimane li mandaro doi scudi. — Son stato anchora da messer Horatio et Tho trovato fuor di letto. — Altro non so che dirvi, se non che è una compassione veder quel po- veri nostri Beneflciati et Clerici gire in questi tempi ad San Giovanni con le veste lunghe, et, anchor che ne potessero far di manco con portare un mantelio alla prelatesca, son tanto impauriti che penso non lassino li gabani manco per casa, che Dio il perdoni al nostra Vicario, che è stato causa di cio. Et con questo farro fine. Da Roma, alli 30 di ottobre del 1558.
Al servitio vostro, Gentile Delphino.
Le (( messer Horatio », dont il est ici question, est à mon avis Orazio Orsini, qui devint chevalier de Saint-Etienne en 1562 et fut enterré à Pise, le 3 novembre 1571. Il était l'ami de Panvinio, d'Agustin, de Sigonio, etc. (C. Sigonii opéra omnia, t. VI, col. 999 sqq.) Si l'on s'en rapporte aux tables généalogiques de Litta, il aurait été le cousin germain de Fulvio Orsini. Il y aurait peut-être là unecontirmation de la paternité de Maerbale ; en tout cas la liaison intime de Fulvio avec cet Orazio paraît attestée par la possession de deux portraits peints par Daniele da Volterra (no^ 6 et 31 de l'inventaire des tableaux de Fulvio, Gazette des Beaux-Arts, 1884, vol. I, p. 4311. Il y avait encore un jeune Lodovico Orsini, dont Fulvio partageait la direction morale et intellectuelle avec Annibal Caro (v. deux lettres de 1560 et 1561 dans le recueil cité à la page suiv., t. II, pp. 79 et 93),
2. Cette date est fournie par l'épitaphe funéraire d'Orsini, qui mourut âgé de 70 ans 4 mois 27 jours. Le jour de sa mort est le 18 mai 1600 (c'est par une erreur du graveur, comme le prouve Castiglione, p. 562, que la
4 ESQUISSE BIOORVPHIQl'E
la charité publique ^ Dès que son fils a neuf ans, elle obtient qu'il soit admis parmi les enfants de chœur entretenus par le cha- pitre de Saint-Jean-de-Lateran'. C'est alors qu un chanoine de la basilique, frappé de son intelligence précoce et de son heu- reux caractère, s'intéresse à lui et se charge entièrement de son éducation.
L'homme charitable et savant, qui devait servir de père a Orsini et abréger pour lui toutes les difficultés de la carrière, était Gentile Delfini. 11 était chanoine depuis 1525 et Tun des membres les plus érudits du clergé romain". Sa famille lui don- nait une influence et une autorité que sa valeur personnelle aurait suffi à lui mériter. On s'accorde k nous le représenter comme un homme modeste, pieux, ami des livres et des anti- quités, les collectionnant volontiers et en connaisseur. Les ren- seignements encore inédits, recueillis par Galletti dans les ar- chives capitulaires de Lateran, montrent l'estime dont il jouissait dans le chapitre et les missions de confiance qu'on lui donnait. Ranuccio Farnèse, cardinal-archiprètre de Lateran, Pavait choisi en 1553 pour son vicaire aux applaudissements de tous.
pierre portait XVIII Kcd. lun. au lieu de XV Kal. hui.) Le 18 mai(i)ouv. style) répondant au 8 mai du calendrier julien, cette date reporte au il décembre la naissance d'Orsini. (Voir la note de Weiss, dans la Biogr.
Uyiiv.)
i. il est curieux detrouver une histoireassez semblable racontée parAnnibal Caro pour un Orsini du même temps et de la même branche : <( Del sig. Gabriele Orsino di Mugnano, zio del sig. Carlo Orsino, nacque un figliuolo Settimio Orsino, il quale per sei o sette anni fu tenuto e allevato a Mugnano con ogni servimento e diligenza msieme colla madré, quale è Ro- mana e donna di buona fama e di buona casa; poi per alcune discordie essendo rimaso appresso délia madré, passalo molto tempo lu ripigliato dal si'^ Gabriele, a tenuto in casa in Roma pubblicamente corne figliuolo per molt'anni. Ma essendosi poi ritirato il padre in Viterbo senza costui, mori finalmente in questa terra senza fare alcuna menzionedilui nel testamento... » {Leltere del comin. Aiin. Caro, Milan, 1807, t. I, p. 82; lettre de 1555 à Ben. Yarchi). Nous retrouverons Settimio Orsini dans la bibliothèque.
2. Je n'ai pu faire moi-même dans les archives capitulaires les re- cherches nécessaires sur Orsini; on sait que ce dépôt est absolument inac- cessible. Mais je dois à M. de Rossi l'indication des dépouillements que Gallelli y a faits au siècle dernier, et qui sont conservés à la Vaticane. Les principaux renseignements relatifs à Orsini sont au Vat, 8037, partie II (année 1554); l'admission de l'enfant «■ al chericato benefiziato » d'après les documents vus par Galletti, est du 20 septembre 1539.
3. Les renseignements résumés ici sont empruntés à Mandosi, Blhlioth. rom., Rome, 1692, cent. VII, n" 95, et surtout aux manuscrits de Galletti cités dans la note précédente. Sur (jentile et ses collections, v. Anto7iii Augustini opéra omnia, Lucques, 1765-1794, in-fol. t. VII, pp. 231 et 233; Blume, lier Uaiicum, t. III, Halle, ISdO, p. 193.
DELFINI ET COLOCCI 5
Mais celte charge importante ne tarda pas à fatiguer le bon Del- fini; dès le 2 juin 15o4, il adressait au cardinal une requête pu- blique pour obtenir un successeur plus apte que lui à ces fonc- tions; il était, disait-il, trop occupé par ses études pour être un bon administrateur, et préférait retourner à ses livres.
Aux côtés d'un tel maître et avec de tels exemples sous les yeux, on comprend que l'esprit de Fulvio, naturellement vif et précis, se soit porté vers la science. Une intluence ana- logue fut exercée sur lui par un prélat, fort célèbre au xvi« siècle et fort oublié aujourd'hui, Angelo Colocci, évêque de Nocera. Le jeune homme allait lui rendre visite dans sa maison du Qui- rinal, aux orti Colotiani, si fréquentés des érudits du temps'. Colocci mourut en lo49, mais Orsini conserva le plus grand respect pour la mémoire de ce savant homme, qui avait donné à ses premières études de précieux encouragements '.
De bonne heure Orsini montra du goût pour les inscriptions, les monuments, les médailles, pour tout ce qui rappelait aux générations enthousiastes de la Renaissance, Thistoire de la capitale du monde. Les collections de Delfini et de Colocci lui fournirent ses premiers sujets de recherches archéologiques. La connaissance des textes ne l'intéressait pas moins que celle des documents; il commença jeune, on peut le croire, à dépouiller méthodiquement les auteurs anciens et à réunir cette masse considérable de matériaux qu'il devait plus tard mettre en œuvre.
1. Sur Colocci voir l'index du présent volume. Voici de plus un lémoi- gnaye personnel d'Orsini, qui a en même temps un intérêt bibliographique; il écrit à Gianvincenzo Pinelli, le 2 février 1572, à propos d'auteurs grecs qu'il a recherchés pour lui à la Vaticane. Il a retrouvé l'un d'eux, Mauricios, dans un recueil d'écrivains militaires, « di 500 anni, in perg... Questo libro fù del Colotio et io me ricordo, che essendo giovinelto andava da quel ga'antuomo, et ben spet>so H trovava con questo libro in mano, perche egii ne faceva aU'hora tradurre l'Atheneo De machinis bellicis che è nel mede- simo libro, da messer Gulielmo, che hoggi è il cardinale Sirleto. » Après la mort de Colocci, le volume avec d'autres fut porté dans la garde-robe du Pape, et Orsini Ta rencontré par hasard dans une caisse d'antiquailles. Quant à la traduction d'Athénée par Sirleto, Orsini croyait posséder la copie même qui lut donnée à Colocci. iBibl. Ambros. D. 422, inf. f. 1.)
2. Dans une lettre du 19 juillet 1585, Orsini dit qu'il enverra prochaine- ment un manuscrit de la jSotitvi promncinrum à un ami de Pinelli qui désire en prendre connaissance : mais ce sera par voie sure, « perché à questo libro io porto qualche aiïettione, non per altro che per essere stato rive- duto dal Colotio, il quale io conobbi nelli primi miei anni, et porto à quella memoria moita devotione, » L'exemplaire d'Orsini était colorié et avait, croyait-il, pour original le bel exemplaire sur parchemin conservé chez les Matîei. (Cf. lettre du 16 mars 1585; Ambros. T) . 422.)
<> ESQUISSE BIOGRAPHIQUE
Les études d'Orsini firent au grec une 1res large place * et précisément le plus ancien témoignage public de son activité littéraire est une pièce en distiques grecs, mise en tète de l'édi- tion princeps de la Bibliothèque d'ApoUodore. Cette édition, paru 3 à Rome en 1535, est due à Benedetto Egio, de Spolèle*. Elle est dédiée au juriste Jean Métellus; mais il y a aussi une assez longue épitre à Orsini, datée de Rome le 27 juillet 1o55. Tout en justifiant ses idées sur la personne d'Apollodore, le titre et la division de son ouvrage, Egio cite des noms et donne des détails qui nous permettent de savoir dans quel milieu vivait Orsini et quels étaient alors les savants qu'il fréquentait. Les deux principaux étaient Gulielmo Sirleto et Basilio Zanchi, « rei- publicae litterariae sidéra fulgentissima >. Zanchi était chanoine régulier de Lateran, poète distingué et fort occupé, comme nous le verrons, de lexicographie; il mourut en 1558. Sirleto prélu- dait par de laborieuses études à la carrière brillante qu'il devait parcourir et qui allait faire de lui un cardinal et un bibliothé- caire de l'Église romaine. Giovanni Cesari [Janus Caesarius) e^l nommé après eux. Scipione Tetti, étroitement lié avec Orsini et Egio, avait rédigé un commentaire sur Apollodore^; enfin deux érudits étrangers à Rome, Viviano Brunori {Corinaltensis) etGiordano Giordani d'Urbin, complétaient le petit cercle et pa- raissent avoir été des amis particuliers d'Orsini; nous ne les re- trouvons pas plus tard dans sa correspondance. Antonio Posse- vino, de Mantoue, Gabriel Faerno, de Crémone, Latino Latini, de Viterbe, etc., ont été liés dès cette époque avec le jeune sa- vant *.
1. V. un travail de lui daté de 1554 dans le Vat. gr. 1347.
2. Apollodorus Atheniensis gramm. Bibliotheces. libri très. Benedicto Egio Spolelino interprète... Romae, inaed. Ant. Bladii Pont. Max. excusoris de Campo Florae, 1555. La pièce liminaire à la louange d'Egio porte en tête i^o'Afj'.oj Oupaîvo'j. Dans Botfield, Praefationes et epist. ed.princ. Cambridge, 1861, pp. 475-481.
3. Ce Napolitain, qui pensait trop librement, eut une fin malheureuse, sur les galères pontificales. (Tiraboschi, Vil, 3^ part. p. 1511.) Dans un livre comme celui-ci, on ne doit pas oublier les services que Tetti a rendus à la bibliographie; il avait noté les manuscrits inédits vus dans ses voyages en diverses bibliothèques; ce petit index vint aux mains de Claude Dupuy, dont les fils le donnèrent au P, Labbe pour l'imprimer. 11 y en a. du reste, des copies partout.
4. Cf. l'index pour ces noms. Je n'ai pas la prétention de retrouver tous les savants liés à cette époque avec Orsini. Les documents du temps en fournissent beaucoup d'autres; cf. par exemple la lettre de Latini à Jean Métellus, où il cite comme compagnons de leurs doctes conversations, outre Orsini, Ricinus et Antonio Vacca. (Lat. Lat. Viterb. epist..., t. II, Viterbe, 1667, p. 175.)
PREMIÈRES ÉTUDES d'oRSINI 7
C'est certainement au même temps que se rattache une pu- blication d'ordre moins grave et à laquelle Orsini a collaboré. Il s'agit des Centons virgiliens de Lelio Capilupi ; elle fut faite à Rome par un compatriote de l'auteur, Possevino, et à la fin on trouve une petite note intitulée : Z. Fulvius Ursinus lectoris. En voici la substance : Le jeune Antonio Possevino faisait imprimer les centons tirés de Virgile par Lelio Capilupi; Lelio, très bien- veillant envers tous les gens d'étude, en avait confié un certain nombre à Orsini pour les montrer à qui il le jugerait convenable; celui-ci les communique à Benedelto Egio ; Egio fait aussitôt un distique laudatif; Orsini le transmet à Capilupi qui compose en une heure et demie un nouveau centon à la louange d'Egio. Notre Fulvio dit avoir donné volontiers le distique et le centon à son ami Possevino, pour remplir la dernière page de son re- cueil et pour aider en même temps à l'immortalité des deux amis. Ce centon est le onzième; l'édition qu'il termine est une singulière rareté bibliographique, et je ne crois pas qu'on en ait signalé la dédicace adressée par Possevino à notre compatriote, Joachim du Bellay, alors à Rome K
Orsini était déjà bénéficier de Saint-Jean-de-Lateran et allait en devenir chanoine. La date de ce canonicat, importante dans
1. J'ai tiré ces renseignements de la réimpression des centons de Lelio Capilupi faite beaucoup plus tard par G. Castiglionedans Capiluporum (Hip' polyti. Laelii, Camilli, Alphonsi, Iiilii) Carmina et Centones, Rome, 1590, in-4. Je n'ai pas vu l'édition qui aurait été faite à Rome par Possevino, et je ne la trouve indiquée ni dans Brunet, ni dans Graesse. Cependant à la p. 154 du recueil de Castiglione se trouve en fac-similé le titre évident de l'ancien opuscule : Laelii Capilupi Centones ex Virgilio. Romae, Perm. sup. (sans date). Le distique d'Egio et le centon XI sont à la p. 189, la note d'Orsini, à la p. 191. La publication de la plaquette primitive ne peut être postérieure à 1556, car c'est très probablement cette année-là que Joachim du Bellay quitta la cour du cardinal son oncle, et revint en France. — Vu la rareté du témoignage et l'intérêt qui s'attache au séjour si peu connu à Rome du grand poète français, je citerai un passage de la dédicace: « loachimo Bellaio Antoniiis Posseviniis Mantuanus s. p. d... Tu enim is es qui et summa virtute praeditus et omnibus litterarum studiis ornatissimus, Laelii Capilupi scripto es adeo admiratus, ut cum ne illum quidem virum de facie cognosceres, miriflce tamen amares et colères, quod cum illius ingenio, tum tuae humanitati et animo ad studia propenso tribuitur... Quibus rationibus adductus statui hune librum ad te mittere, quod scirem apud neminem in loco meliore aut honestiore esse posse... » (p. 156 de la réimpression de 1590). Cette dédicace paraît inconnue au biographe et à l'éditeur de Du Bel- lay, M. Marty-Laveaux ((JEwi;re5 françaises ciel, du Bellay, Paris, 1866-67); elle a cependant été reproduite avec les centons dans les Cai^mina illustrium poet. ital. de Giov.-Matteo Toscani, collection dédiée à Jean Dorât (t. II, Paris, 1577, p. 308).
8 ESQUISSE BIOGRAPHIQUE
la vie d'Orsini, est fixée par Galletti au 24 décembre loo4^ En lo62, il intervenait dans le chapitre en faveur d'Onofrio Panvinio pour demander une rémunération des travaux historiques que celui-ci avait exécutés aux archives'. Il remplissait en 1566 les lonctions de secrétaire'. C'est à Gentile Delâni et à sa famille qu'it devait de faire partie du premier chapitre de Rome, et cette situation avait l'avantage de donner au jeune savant une indé- pendance assez grande pour lui permettre de continuer à loisir ses études.
Gentile mourut le 2 janvier ioo9. Il avait eu soin de prépa- rer à Orsini une protection précieuse, en le faisant entrer au service des Farnèse. De moins ancienne noblesse que les Delfini, les Farnèse, au milieu du xvi' siècle, étaient cependant mieux en mesure de faire la fortune d'un jeune homme. L'élévation rapide de cette famille, surtout à partir du règne de Paul III, avait fait d'elle la plus puissante de Rome et l'une des plus importantes d'Italie. Ottavio Farnèse régnait à Parme, et deux grands cardi- naux, Alessandro et Ranuccio, représentaient le nom à Rome avec un éclat incomparable. Delfini avait été dans l'intimité de Paul III; il avait conservé avec les cardinaux des relations étroites. Lorsqu'après la découverte au Forum des fragments des fastes consulaires, Alessandro Farnèse les fit placer à ses frais au palais des Conservateurs au Capitole, la confiance du cardinal, non moins que sa compétence archéologique, dési- gnèrent Delfini pour diriger Finstallation \ On s'explique facile- ment que les Farnèse aient reçu avec empressement le jeune Orsini, dès que le chanoine leur proposa de le prendre à leur
1. Celte date me Jaisse quelques doutes, non pas tant pour la jeunesse de titulaire que pour ce que dit Castiglione de ce canonicut (p. 557) : « Ad ea quae commemoravi Delphiuoruin in Fulvium bénéficia Canouicatus quoque Lateranensis, qui Gentilis Delpiiini fueral, per eius Gentilis studium acces- sit. » Est résigna-t
-ce seulement après ia mort de Gentile qu'il l'obtint ou celui-ci le -il en sa faveur dès 1554 ? 11 lui adresse la lettre ci- dessus eu 1558
seulement comme bénéficie?'. Les renseignements de Galletti ne m'ont pas
paru clairs et demanderaient à être contrôlés.
2. La lettre, non moins intéressante pour Panvinio que pour Orsini, est au Vnt. 4104, f. 336 ; l'arclievèque Matfei l'adresse à Orsini le 26 juillet I5G2.
3. Lettre du chanoine Lorenzo Nucula, du 3 août 1566 ; il suppléait Orsini dans ses fonctions pendant une de ces absences d'été. {Vat. 4105, f. 262.)
4. Cf. -Maudosi, /. c, et surtout Henzen, dans le Corpus insc. lat., t. I, p. 416 (la découverte est de 1546-47). On a vu que Ranuccio Farnèse prit Gentile pour vicaire à Lateran.
ORSINI CHEZ LES FARNÈ^E 9
service. Orsini s'était d'ailleurs fait remarquer par ses qualités personnelles ^ En I008, nous constatons qu^il élait à la cour du cardinal Sanl'Angelo^ , c'est ainsi qu'on appelait généralement Ranuccio pour le distinguer de son frère aine, Alessandro, à qui on réservait le nom de cardinal Farnèse. Mais il était déjà de- puis quelque temps attaché à la maison et en relation avec les familiers^ puisque, dès looT, nous le trouvons en corres- pondance active avec l'un des plus illustres, Annibal Caro; Or- sini lui procure des médailles ; il le tient au courant, pendant une absence de Rome, de tout ce qui s'y passe, des livres nouveaux qui s'y publient'. La même année, Orsini accompagne à Parme le cardinal Farnèse, et fait pour lui le voyage de Parme à Rome et celui de Rome à Parme : il avait été chargé d'une mission délicate auprès de Paul IV et du cardinal Carafta, neveu du pape^- Ce fait atteste la place que le jeune savant avait déjà chez les Farnèse et la confiance dont il était honoré.
Orsini fut spécialement attaché au cardinal Ranuccio, en qua- lité de bibliolhéc:^ire; il lui servait aussi de secrétaire. 11 l'ac- compagnait rété dans sa résidence de Capranica-di-Sutri, à peu de distance de Caprarcla, où était le cardinal Alessandro ^ Dans
1. CasLig'.ione, p. 557.
2. V. la suscriplion de la lettre ci-dessus de Gentile à Fulvio.
3. Cf. les Prose inédite del comm. Ann. CarOj publiées parGius. Cugnoni, Imola, 1872. Les lettres à Orsini ont été tirées des Vat. 4104 et 4105 par Gius. Spezi; la première qui est à la p. 159, et qui avait été publiée déjà deux fois, porte une date inexacte; l'original donne (c 18 naai 1557 » au lieu de <c 8 mai ». Caro s'y recommande aux amis communs, Alessandro Cer- vini, V mons. Gugliemo >> "Sirleto], Fabio Benvoglienli et Mncenzo Cotti (ou Cotta).
4. Belle lett. del comm. A. Caro scritte a nome del card. Aless. Farnèse, Milan, 1807, t. III, pp. 213-215. Lettre qui est, je crois, du l*^"" nov. 1557, au cardinal de Tournon ; il s'agissait d'un voyage que le cardinal vou- lait faire à Venise; le pape lui fit enjoindre par Fulvio Orsini de rester à Parme.
^ 5. V. les billets de Vincenzo Cotti {Vat. 4104, f. 362, 4105, f. 341; de Caprarola, sept. 1562); cf. les suscriplions de la correspondance d'Orsini antérieure à 1565, par exemple dans les Lettres inédites de Paul Manuee, p. p. P. de Noliiac, Rome, 1883. (Extr. des Mplanges d'arch. et d'hist.) Au Vat. 4105, f. 358, est une lettre de rarclievéque de Sienne, Francesco Ban- dini, alors à Viterbe; il invite Orsini le 16 août 1559 à venir passer chez lui une partie de l'été; on voit par cette lettre et par une du t. 9 qu'Alessaadro Cervmi, frère du cardinal, attendait Orsini le même été à sa maison de campagne : « Preparatevi insieme eon M. Federico [peut-être F. Coman- dini^, ad avezzare tutti li sensi aile cose heremitiche e pastorali, e venite a piacer vostro, et si mi farete sapere il giorno che potrete arivare al Ponte a Centena, mandaro gente fm li, che vi condurano perquesta montagna per bona strada. » (Dal Vivo, 12 juin 1559.) Cervini procurait aussi des nv'-
10 ESQUISSE BIOGRAPHIQUE
un long séjour que je cardinal Ranuccio fit à Bologne en 1565, Orsini était également avec lui ainsi que Latino Lalini et plu- sieurs autres lettrés ^ Ce voyage, resté inaperçu dans la vie d'Orsini, a exercé une grande influence sur la suite de sa car- rière parles relations qu'il lui a procurées. Après avoir fait à Flo- rence quelques recherches dans la Bibliothèque Laurentienne ", il alla saluer Piero Vettori à la campagne; il lui avait déjà rendu quelques services d'érudition et acheva de lier avec le grand Florentin cette amitié dont nous reparlerons bientôt. A Bologne, il fit la connaissance du génois Gianvincenzo Pi- nelli, alors établi à Padoue, que nous retrouverons aussi. Malgré cette rencontre heureuse, il eut à se plaindre de Bologne dont le climat ne lui convenait pas et le rendit longtemps malade '\
dailles k Fuivioet paraît avoir été très lié aveclui. (Cf. Vat., 4105, ff. 7,9,11, 15, lettres de 1557 et 1559.)
1 . Sur le voyage de Bologne, cf. les lettres de Bagatto, citées plus bas, celles de Guido Lolgi {Vat. 4105, ff. 207, 509, 258), la lettre VIII de Paul Manuce dans le recueil ci-dessus, et Domenico Magri {Vita Lat.) dans Latini Latinii Viterbiensis episiolae, coniecturaey et obs. t. II, Viterbe, 1667, pp. 3, 4.
2. Sur la visite à la Laurentienne, cf. lettre de Vettori du 15 mars 1566 (Vat. 4105, f. 265); sur les études qu'y fit Orsini, cf. son livre Car mina IX m. femin., p. 352.
3. Voici deux extraits de lettres écrites de Rome par Ottavio Bagatto pendant le voyage de Bologne; comme elles peignent assez bien la carac- tère de leur auteur, un des personnages les plus intéressants et les moins connus de notre milieu, on les trouvera peut-être avec plaisir : — u Ho hauto gran'piacere che l'aria novo di costi non habbia fatto novità alcuna. ne nella persona di Mons"" R™*^, ne delà compagnia sua e massime di voi altri s"^^ miei... De trattenimenti di quella nobil città verso i forestieri, e massime pari vos- tri, non mi è stalo punto novo; anzi mi sarebbe paruto contra natura sua; e parlo per prattica non per udita, che non conobbi mai gioventù ne maggior età meglio creata delà Bolognese; e no sempre detto burlando che come si dice di qualche altro paese esser il paradiso terrestre habitato da diavoli, cosi cotesto ali' incontro esser Tinferno habitato da angeli. Ne dubito punto che Vostre S"^ non rendano a loro pan' per focaccia [proverbe romain]. Messer Carlo Sigone è come una buona Africa e partorisce sempre buone opère come quella partoriva di continuo pestiferi animali: non di meno harei hauto caro abbocarmi con S. S^* prima che partorisce, overo per chia- rirmi meglio del suo parto, overo per emendarlo inanzi usisse. Ha deliberato per quel che veggo, non lasciar particella alcuna del Imperio Romano, che non ne faccia anatomia, e la dia in publica utilità. Delà rhetorica d'Aris- tolele tradutta da quello, son tutto di altro parère, ne mi posso recar in mente di laudar il giudicio di tradultori in lanta divitia et abondantia di lingua greca. Ne credo che alcun' nobil ingenio, havendo bevuto ben bene nel fonte greco, si curl molto ne hal>bia molta sete di lacune latine... Faro Tofficio con messer Paulo [Manutio] e con messer Guido [Lolgi]. . » (Rome, 26 mai 4565; Vat. 4105, f. 73). — « lo sapeva molto bene che Taria e l'acqua e i vini di costi erano puoco satist'attivi a forestieri... diro ben questo à V. S. che sconsigliai una volta ad uno amico mio, e di
VOYAGE A BOLOGNE ET A PARME 11
En revanche, la société élait très intelligente et très aimable et Orsini eut le plus vif plaisir à fréquenter Carlo Sigonio K Après quelques mois de séjour, la petite cour partit pour Parme, où Orsini put connaître le vieux lexicographe Mario Nizoho qu'il admirait beaucoup *. Mais une douleur très vive y attendait notre érudit ; son protecteur, le cardinal S. Angelo y mourait le 29 octobre 1565.
Orsini était alors entré dans l'intimité de la famille Farnèse. Il correspondait avec Giulia d'Acquaviva, femme de Bertoldo Farnèse, seigneur de Latere '. Le cardinal Alessandro ne désirait pas se séparer d'Orsini dont il avait déjà utilisé pour lui-même le dévouement; il voulut hériter de lui comme des autres biens de son frère \ et lui conserva ses fonctions de bibliothécaire. Sous ce titre ^, Orsini était chargé non seulement des manus- crits et des imprimés, mais encore des antiquités et des objets d'art, qui allaient former le noyau des admirables collections en tout genre auxquelles reste attaché le nom des Farnèse. Les plus importantes de leurs acquisitions remontent précisément au temps d'Alessandro Farnèse et de Fulvio Orsini. Les lettres de celui-ci conservées aux archives de Parme nous permettent de voir avec quel zèle, quel désintéressement et quelle inteUigence, il s'occupait de tout ce qui lui semblait digne de son maître.
quella, eleggere ferma habitatione in cotesta città, e mi fu creduto, che tengo per certo se fusse venuto costi non sarebbe hora vivo ch'è e sano, del resto sla come gli aUri homini subietto alla varietà del mondo... S'io fussi certo ch'accetlasle il parer mio, io direi ch'io fussi di parère che V. S. ritornassi a Roma ne'.a aria sua nativa, che questo sarebbe il vero modo e presto da liberarsi dala indespositione sua; ma non mi basta Fanimo perche non sono medico. Solo Ja prego che per qualunque terra passera faccia opéra di vedere se ce sono librio marmi antichi ». (Rome, 8 sept. i565: Vat. 4105, f. 180.)
1. Cf. Car. Sigonii Mutin, op. oirtnia, t. VI, Milan, 1737, col. 1025 (18 juin 1565). A Bologne, les savants romains firent connaissance d'Ulisse Aldobrandi. (Magri, Vit. Lat. l. c.)
2. Orsini lui avait écrit en 1560 une lettre portée à Parme par Lodovico Orsini; il lui exprimait son désir d'entrer en relations. Nous le savons par la réponse de Nizolio. (2 déc. ; Vat. 4105, f. 17.)
3. Cf. Vat. 4104, f. 294 et 4105, f. 249, billets de 1567 signés: Julia Acqiiaviva de Farnèse di V, S. come sorella.
4. Le mot est de Sigonio. (Bologne, l^'' déc. 1565; Vat. 4105, f. 235.)
5. Sur le type idéal du bibliothécaire à la Renaissance on consulterait avec profit un curieux traité du xv^ siècle intitulé Ordine et offici délia cortc del serenissimo sig. Diica d'Urbino. Le manuscrit qui est au Vatican, Urb. 1248, a été décrit par M. Enea Piccolomini dans ÏArchivio storico ital. 3^ sér. t. XIX (1874), dans une note à son travail sur la bibliothèque des Médicis.
12 FSQUISSE BIOGRAPHIQUE
Les boutiques du Campo de' Fiori, les échoppes du Ghetto, les ventes après décès alimentaient alors comme aujourd'hui le marché des curiosités romaines. Quand Orsini y rencontrait un buste antique, une pierre gravée, un tableau de valeur, il en faisait part au cardinal, lui donnait son avis sur le prix qu'on pouvait y mettre ou l'échange qu'il y aurait à proposer; il le tenait au courant des compétitions d'amateurs qui surgissaient. Celles-ci étaient rares devant la bourse royale des Farnèse; mais la perspicacité, le goût, l'expérience d Orsini étaient de précieux auxiliaires à la richesse. Un jour, il signalait un ta- bleau de Giorgione, chez le cardinal Lcmellino : « plus je le pratique, écrivait-il, plus il me plaît; il a assez de valeur pour satisfaire Votre lUustrii^sime Seigneurie. » Une autre fois, c'é- taient deux belles cornalines antiques d'un travail achevé, qui venaient du cardinal Giovanni Salviati, ou bien un magnifique camée qu'un marchand flamand apportait à Rome; Orsini ju- geait qu'après la Tassa Farnese, il n'avait rien vu de plus beau que ce camée, qu'on estimait cinq cents écus; il envoyait le mar- chand à Caprarola, pour qu'Alessandro pût admirer lui-même ce chef-d'œuvre et se décider après l'avoir vu K
Non content de diriger les achats du cardinal, il lui faisait part des pièces qu'il avait acquises pour son compte et qui figu- raient dans sa propre collection. C'est ainsi qu'il offrit à son maître une médaille d'Agrigente qu'un ami lui avait donnée, et deux beaux jaspes gravés se faisant pendant et représentant, l'un le port de Trajan, l'autre le Grand Cirque ; celui-ci venait de Maffei, celui-là des Salviati, qui l'avaient eu de Jean Lascaris ". On peut supposer que de pareils cadeaux étaient largement rendus et que la générosité du donataire n'était point en reste.
Fulvio Orsini rendait des services de toute espèce : tantôt il procurait les devis du tombeau du cardinal Ranuccio à Saint- Jean-de-Latran, tantôt il s'entendait avec des menuisiers pour leur faire faire un cabinet que désirait Alessandro '. Celui-ci l'employait surtout dans la direction des travaux d'art qu'il faisait exécuter, à Rome d'abord, au palais presque achevé par
1 . Tous ces détails sont empruntés aux Lcttcre ai Farnesi publ. p. A. Ron ■ rhini et V. Poggi, pp. 28, 32 (lettres XIV, XIX} : le lecteur curieux pourra y en chercher d'autres.
2. Lett. ai Fam. pp. 26. 28 (lettres XIl, XV). Orsini tient les objets des frères « Aniello et Gioseppe Turbolo », et de l'abbé Pucci.
3. Id., pp. 26, 30 (lettres XIII, XVII).
ALESSANDRO FARNÈSE 13
son frère, puis dans la somptueuse résidence de Caprarola, que lui bâtissait Vignole, aux environs de Viterbe. On consultait Orsini pour le choix des artistes. C'est lui qui proposa Pyrrlio Ligorio pour continuer les travaux de Yignole aussi bien à Caprarola qu'à Saint-Pierre '. Dans la décoration du palais Far- nèse, Orsini joua un rôle considérable; il donnait des sujets à Taddeo Zuccari et lui indiquait la manière de les disposer '. A la Renaissance, la direction des peintres était fréquemment donnée à des littérateurs; les artistes, Raphaël tout le premier, s'y soumettaient docilement, et on ne voit pas qu'ils s'en soient mal trouvés. On sait la part considérable qu'eut Annibal Caro dans les travaux de peinture exécutés pour les Farnèse ; il n'est que juste de rappeler qu'Orsini prit aussi la sienne et qu'on eut souvent recours à son érudition historique et mythologique. Il y avait plaisir du reste à servir un homme aussi intelligent, aussi généreux au sens complel du mot, que le cardinal Far- nèse. Ce grand homme d'État était, en même temps, l'un des prélats les plus instruits de son siècle, les plus curieux des choses de la science et de Fart. Sa cour rappelait celle des cardi- naux de LéonX. Il avait eu la bonne fortune d'être élevé par un Piero Vettori et un Romolo Amaseo. 11 s'était entouré de bonne heure d'hommes éminents : Fun de ses secrétaires était devenu le cardinal Bernardino Maffei, Fautre avait été le pape Marcel II ''. Quand il était k Rome, c'est autour de lui que se groupaient le plus d'artistes et de savants. Rien ne lui coûtait pour en- richir d'objets rares ses collections, et nous savons par Orsini
1. l'L, pp. 22-23. La recommandation n'eut pas de suite, au moins pour Caprarola, où le cardinal trouva la construction assez avancée pour se passer d'architecte. Ligorio était encore appuyé par l'antiquaire Ganiraberti. ami d'Orsini. Sur les rapports de Lif^^orio avec Orsmi, cf. ma contribution aux Mélanges Léon Rt'nicr, Paris, 1886, intitulée : Notes sur Pijrrho Ligorio.
2. Cf. par exemple les Prose inédite del Comm. Annibal Caro pp. Gius. Cui,^noni, pp. 165-167. (Lettres de Caro à Orsini. du 9 et du 30 juin 1565, et surtout la première, du 5 oct. 1564 : « Un lolletto mi ha levata dinanzi quella nota che V. S. mi lasciô délie istorie délia Sala... ») Dans le Yai. 9064 (ff. 335-338), j'ai trouvé trois minutes de lettres adressées beau- coup plus tard de Parme à Orsini par Odoardo Farnèse: celui-ci v ap- prouve ses avis sur les stucs et les peintures (ju'on exécutait à ce moment au palais.
_ 3. Ne pouvant réunir ici les innombrables témoif^nages relatifs au r(Me littéraire et artistique du cardinal Farnèse, travail qui (soit dit en passant ne manquerait pas d'un vif intérêt, je me borne à signaler la lettre d'Or- sini dans les Lett. ai Farnesi, et celles de Paul Manuce. {Epistolae, liv. II, 3; éd. d'Aide le jeune, 1580, p. 63; Lettres inédites de P. Manuce, lettre IV.)
14 ESQUISSE BIOGRAPHIQUE
qu'il considérait sa bibliothèque comme devant être une < école publique » pour les travailleurs K J'avoue avoir songé souvent au palais Farnèse, dans les salles que l'École française occupe aujourd'hui, à leur noble destinée d'autrefois ; Fulvio Orsini les habitait et c'est là que le cardinal Farnèse venait se reposer des fatigues de la politique '; c'est là que les étrangers tenaient à honneur d'être reçus et que les savants de Rome aimaient de préférence à se réunir. Au-dessus des appartements d'apparat, la bibliothèque était installée dans une de ces grandes pièces recueillies et claires, aux plafonds sculptés, orientées les unes sur le Janicule, les autres sur Saint-Pierre en construction. On se plait à penser que cette partie du palais, remplie de si graves souvenirs, n'a pas cessé d'être un lieu d'étude et de travail '.
A Gaprarola, la bibliothèque est une petite pièce dans une aile écartée, qui prend jour sur des jardins calmes, étages, au- dessus desquels s'élève à peu de distance Télégant casino de Vignole. Elle a conservé sa destination primitive, et il est facile d'évoquer le passé devant les rayons chargés de livres *. Le cardinal passait à Gaprarola tous les étés, et Orsini, pendant bien des années, l'accompagna. La petite cour n'était pas pauvre en gens d'esprit ; aux amis personnels du cardinal étaient venus se joindre ceux de son frère, et aucun prélat n'aurait pu montrer à ses côtés une pareille réunion d'hommes de science et de talent. Jusqu'en 1566 on y vit son secrétaire, le vieil Annibal Caro ; on écoutait avec respect ce maître du style, ce cicéronien en langue itahenne. Le grave Onofrio Panvinio se délassait à Gaprarola de ses travaux sur la chronologie romaine, en com-
1. Lett ai Farn. XXT, p. 33. C'est le terme dont se serv^ait Granvellepour Rome elle-même : (( Saria la scola publica del mondo. » {Lett. ined. del Granv., p. p. P. de Nolhac, p. 11 (lettre V).
2. Cf. la dédicace des Familiae Romanae.
3. Ce n'est point là une simple supposition ; la lettre d'Orsini du 7 mars 1578 ne laisse aucun doute. Orsini a reçu en dépôt de Pinelli des caisses de livres; il va les placer, dit-il, dans une sulle à la Tramontane, qui est la libreria du cardinal; mais elle est actuellement vide de livres , parce qu^iny fait un plafond. On voit par la même lettre que cette pièce communique avec les chambres d'Orsini. Or tout le nord du second étage et même la partie attenante des pièces du couchant appartiennent à l'Ecole française, — Sur le logement d'Orsini au palais Farnèse, cf. Fr. Schott (à l'index) et la lettre du 19 avril 1578 : « La casa mia cioè del Cardinale » (à Pinelli, Ambras. D. 423).
4. Je dois d'avoir pu visiter en détail l'ancienne résidence des Farnèse à obligeance des habitants actuels, M. et Aime Ohlsen.
capharola 45
posant les inscriptions qu'on mettait sur les fresques ; Lorenzo Gambara, de Brescia, l'auteur du poème sur Christophe Colomb, décrivait en vers latins le palais et ses peintures; Latino Latini y aiguisait ses épigrammcs ; le médecin Girolamo Mercuriale apportait des nouvelles de Venise et de Padoue ; Guido Lolgi y racontait son séjour en France, Antonio Agustin ses voyages en Espagne et en Sicile; le frère servite, Ottavio Bagalto égayait le cercle par ses saillies et par sa bonne humeur ^ ; et, le soir, toute la savante compagnie, présidée par le cardinal, prenait le frais sur les terrasses, devant le plus magnifique ho- rizon. On dissertait d'un passage deTite-Live ou d'une inscrip- tion découverte sur l'Esquilin ; on récitait des sonnets et des distiques, et l'on avait de grandes plaintes pour les amis restés dans les chaleurs étouffantes de Rome '.
Les détails si abondants, si pittoresques, contenus dans les lettres de Fulvio et de ses amis, nous font connaître et aimer chacun de ces hommes dont plusieurs sont restés illustres et dont pas un ne fut un médiocre esprit. Ce sont eux qu'Orsini fréquenta le plus pendant cette période de sa vie. Mais si Alessandro Farnèse aimait les savants et les poètes, nous voyons qu il recevait volontiers les artistes. Déjà, chez Ranuccio, Orsini avait connu Michel-Ange ; le cardinal employait le vieil artiste pour l'achèvement du palais et la construction de la célèbre corniche. Orsini l'admirait, même dans ses fresques de décadence de la chapelle Pauline ; il recueillait pieusement les cartons de son atelier; c'est à lui, par exemple, qu'on doit la conservation du groupe de l'Amour et Vénus et du fragment de l'histoire de Saint-Pierre, qui ont fait partie de sa collection
i. Tous ces détails sont empranlés aux correspondances manuscrites du temps. Ajoutons que ces hommes éminents ont pu rarement se trouver tous ensemble. En revanche d'autres érudits, attachés ou non à des cardinaux ont dû figurer dans les réunions du palais Farnèse : Pedro Chacon, Achille Estaço, Muret, Pierre Morin, Manuce, Giambattista Gamozzi. Giuseppe Panflli, Giulio Monaco, Silvio Antoniano, Flaminio Nobili, etc. On vient de lire la Hste des principaux érudits qui vivaient à Rome dans le troisième quart du xvi° siècle et fréquentaient notre Orsini. Gabriele Faerno, que je ne cite pas, était mort en 1561. Panvinio mourut dès 1568. Sur tous ces noms, voir l'index du livre de M. Gh. Dejob, De rinfluence du concile de Trente sur la littérature et les beaux-arts chez les peuples catholiques, Paris, 1884, et celui de notre volume.
2. « Piacemi che siati sani tutti et che i signori Mercuriale e Gambara rallegrino la compagnia con le muse al fresco », écrivait Latini un jour qu'il n'était pas de la réunion. {Vat. 4104, f. 267.)
16 ESQUISSE BIOGRAPHIQUE
privée et qui sont aujourd'hui au musée de Naples *. Le peintre Giulio Clovio, « le Raphaël des miniaturistes, » a été intimement lié avec Orsini et l'on s'explique le grand nombre de ses travaux qui sont restés entre les mains de l'archéologue '. Clovio habi" tait le palais Farnèse, où il mourut le 4 janvier 1578, et Orsini fut un des témoins qui l'assistèrent dans son testament ". Les artistes qui décoraient les palais de Caprarola et de Rome étaient Taddeo Zuccari et son frère Federico, Daniele da Volterra, Francesco Salviati, en général l'école de Michel-Ange*. Orsini servait souvent d'intermédiaire entre eux et leurs pa- trons ; ses bons offices ont pu être récompensés plus d'une fois par le don d'un dessin ou d'un tableau, et les peintres ont dû chercher à gagner les bonnes grâces d'un homme si bien placé auprès de leurs protecteurs communs. Aussi l'on trouve dans sa collection beaucoup d'œuvres des artistes employés par les Farnèse, et l'un d'eux, Girolamo da Sermoneta, a fait son portrait ^
Bien qu'Orsini fût attaché au service des Farnèse, il entrete- nait avec plusieurs autres cardinaux considérables des relations
1. Cf. mon article de la Gazette des Beaux-Arts, l. c, p. 430. Ces deux cartons sont les no** 59 et 60 de la collection d'Orsini; les autres nos se rap- portant à Michel-Ange sont 14,58, 62 à 76, 98. Le n» 88, œuvre de Clovio, provient peut-être de Michel-Ange.
2. Sur Clovio, cf. l'article indiqué ci-dessous. Visitant depuis le musée de Naples, il m'a été facile de reconnaître, dans le n° 48 de la salle de l'Ecole Vénitienne, le n° 42 d'Orsini qui est le portrait de Clovio par Domenico Teoscopoli (délie Greche).
3. Dans la confirmation du testament datée du 3 janvier et publiée avec le testament lui-même par M. A. Bertolotti, je trouve parmi les témoins « D. hil'io Orsini canonico lateranense ». La faute de copie est ^évidente. Disons en passant que le légataire universel de Clovio fut le cardinal Alessandro : Orsini suivit plus tard son exemple en léguant ses biens au cardinal Odoardo. (V. Atti e îïiem. délie RR. deputaz. di storiapatr. per rEmilia, nouv. sér., vol. VII, part. Il, Modène, 1882, p. 27:^; l'art, de M. Bertolotti est intitulé: Don Gmlio Clovio principe del miniatori.)
4. Comme sculpteur, Giacomo délia Porta, quia travaillé pour les Farnèse, était lié avec Orsini. (Cf. Lett. ai Farn., p. 30, 1. XVII.)
.0. N° 55 de l'Inventaire. Je ne connais en fait de portrait peint de Fulvio Orsini que celui des Uffizi de Florence (n° 739, dans la galerie du Ponte Vecchio); il est très postérieur à Tépoque d'Orsini. Sur les gravures qu'on en a, v. p. 28, note 2. Le portrait dû à Girolamo, contemporain d'Orsini, doit être cherché dans les collections des Farnèse, à Naples ou à Parme, parmi les innombrables portraits d'inconnus de ces collections. Peut-être cependant est-ce le même que celui qui se trouvait au palais Altieri, et dont Prospero Mandosi signalait l'existence : » Fulvii Ursini effigiem miram omnique ex parte perfectam vidl apud Gasparem principem Alterium. » [Biblioth. Rom., Rome, 1692, vol. II, p. 79.)
ORSINI ET LES CARDINAUX 47
fort suivies. Son rang dans la hiérarchie ecclésiastique lui ouvrait toutes les portes ; son incomparable érudition le faisait recher- cher dans un monde où il était de bon goût de s'intéresser aux choses de la science. Parmi les cardinaux chez lesquels cet intérêt était le plus sincère, il faut compter au premier rang Gulielmo Sirleto K Lié depuis sa jeunesse avec Orsini, son ami- tié pour lui ne se démentit jamais, et notre savant eut souvent l'occasion de l'éprouver. Il en fut de même des cardinaux Antonio Caraffa ', et Ascanio Colonna \ deux lettrés, comme on sait, et deux bibliophiles. Le neveu de Sixle-Quinf, le car- dinal Alessandro Peretti, et Sixte-Quint lui-même, témoignèrent une estime particulière à Orsini '*. Federico Borromeo prit peut- être dans ses conversations ce goût des livres qui allait faire de lui le fondateur de TAmbrosienne ^.
Il est un autre cardinal qui a beaucoup aimé Orsini, et nous devons à ses longues absences de Rome une intéressante cor- respondance qui en témoigne ^. Granvelle a connu Fulvio avant I060, puisqu'il se rappelle avoir visité, avec Orsini pour guide, les collections du cardinal Ranuccio et la bibliothèque du palais Farnèse. En io66, le séjour de Granvelle à Kome rend leur liaison tout à fait intime ; la similitude de leurs goûts d'art
1. Sur l'important cardinal bibliothécaire, on ne peut se passer de consul- ter un riche appendice du livre de ^I. Ch. Dejob, De l'influence du Concile de Trente. (Cf. p. 5 et passim, et les Docum. tirés des papiers du card. Sirleto... sur les Juifs des Etats pontif. dans la Revue des et. juives (1884), par le même.) J'ai essayé de compléter ces recherches dans la Revue critique, 1884, vol. Il, p. 460, et dans les Lettere inédite del card. de Granvelle, Rome, 1884. Pour les rapports de Sirleto avec Orsini, et pour sa biblio- thèque, V. l'index du présent volume.
2. V. l'index. Dans une lettre du 7 janvier 1576 à Pinelli, Orsini raconte que le cardinal Caraffa vient d'acheter du cardinal Farnèse un manuscrit grec provenant d'Annibal Caro et antérieurement de Constantinople. Orsini a été l'intermédiaire et Caraffa lui a donné pour sa peine, dit-il, « un greco di Po- silippo che m'ha restituito quasi lo stomacho». (Ambros. D. 422.)
.3. Après la mort du cardinal Farnèse, Orsini songea un instant à aller habiter chez Colonna : « Potrebbe essere che io mi avvicinasse al cardinale Ascanio, non per mangiare il pane suo, ma per corrisponderli in qualche parte ail' affettione che mi mostra. » (Lettre à Pinelli du 28 avril 1389.)
4. V. la dédicace du De triclinio de Chacon, analysée plus loin.
5. «Il cardinale Borromeo, il quale fù hieri due horein caméra mia, ©«"ni giorno mostra più desiderio délie buone lettere. » (Lettre à Pinelli du^24 août 1590; cl. lettre du 26 avril 1.591 et l'index.) Il y a des notes sur Orsini dans la petite compilation de l'Ambros. Gr- 285 inf. Le cardinal Mon- talto fut aussi bienveillant pour Orsini. (Castigl., Vit. Urs.)
6. Lettere inédite del card. de Granvelle a Fulvio Orsini e al card. Sirleto raccofte da P. de Nolhac. (Extr. des Studi e doc. di storia e diritto .) Je fais quelques emprunts à mon introduction.
DE NOLHAC. FULVIO ORSINI 9
18 ESQUISSE BIOGRAPHIQUE
et d'érudition, et l'estime que ressent Granvelle pour les con- naissances d'Orsini effacent la différence des rangs sociaux entre le cardinal et le savant. Celui-ci s'emploie à tous les services qu'un antiquaire habile peut rendre à un amateur, distingué sans doute, mais qui a plus d'ardeur que d'expérience, plus d'enthousiasme que de savoir. On le voit tenant Granvelle au courant des découvertes qui se font à Rome, le guidant dans ses achats et lui envoyant des empreintes de médailles. Gran- velle à son tour lui procure des antiquités, met ses agents en mouvement pour lui faire restituer des objets volés ou obtenir des inscriptions qui sont aux mains des Fûgger d'Augsbourg '. Ce qui est plus important encore pour Orsini, c'est l'interven- tion dans ses affaires romaines du ministre du roi d'Espagne qui écrit de Madrid les recommandations les plus chaudes aux cardinaux en faveur de son ami '. Granvelle servait d'intermé ■ diaire à Orsini pour ses publications chez Christophe Plantin, d'Anvers ; on le trouve sans cesse occupé à transmettre par voie diplomatique les manuscrits de Fauteur à l'éditeur, d'activer leur impression, de donner son avis sur les préfaces, etc. Ce fut un vrai service que Granvelle rendit à Orsini en faisant imprimer chez Plantin son premier ouvrage, cette illustration de Virgile par les textes antiques, que l'érudit romain préparait depuis de longues années en relevant sur les marges le résultat de ses lectures. Le livre était destiné d'abord à l'imprimerie de Paul Manuce, alors installé à Rome et lié personnellement avec Orsini ; nos correspondances parlent de ce projet dès 1565 '. Mais, dans l'intérêt de Plantin comme dans celui d'Orsini, le cardinal fit son affaire personnelle de l'impression à Anvers. Il
1. Sur les négociations avec les Fuccari en 1581-82, v. lettres Vil (p. 13), VIII (p. 15), IX (p. 17), XI (p. 19), et la lettre d'Orsini à Pinellidu 26 nov. 1580 : « Scrivo solamente per rinchiudere questa leLtera del cardinale Gran- vela al Fuccaro per havere almeno la copia di quel bronzo, poiche l'originale vedo che non si puo da quelli Germani. » Sur les médailles volées, v. la fin du chapitre. Divers autres détails attestent Tintimité d'Orsini et de Granvelle, comme ce miel d'Espagne qu'envoie celui-ci en 1585 (pp. 23, 26, 29).
2. V. particulièrement les lettres XV et X\ II, et la lettre X\ 1 à Sirleto, de 1582 (p. 23).
3. Au mois de juin 1565, pendant qu'Orsini était à Bologne, Manuce demandait un privilège pour le Virgile. Cf. lettres de Guido Lolgi du 9 juin et du 22 août, de Bagatto du 26 mai et du 21 août {Vat. 4105, ff. 209, 258: 73, 68). Au mois d'août, Manuce craignait que l'impression ne fût pas pos- sible; cf. Lettres inédites de P. Manuce recueillies à la Bibl. Vatic. par P. de Nolhac, Rome, 1883 (extrait des Mélanges d'arch, et d'hist.), lettre Vlll.p. 20.
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avait, paraît-il, envoyé à des amis de Flandre une copie du travail d'Orsini ; on pressa Plantin de publier ce recueil, d'une utilité si grande pour les lecteurs de Virgile, c'est-à-dire pour tous les lettrés. Orsini, si l'on en croyait la dédicace de Plantin à Granvelle, rf aurait même pas été consulté ; cependant le 20 avril I066, c'est-à-dire avant que la publication fût com- mencée, Granvelle écrivait à Orsini qu'il prenait la chose à cœur et voulait lui enlever toute inquiétude sur ce sujet \ Le cardinal, occupé à ce moment d'affaires si graves, s'employa pour Orsini comme il l'avait fait déjà pour Panvinio; il est curieux de retrouver à chaque instant dans sa correspon- dance politique une note prouvant qu'il ne perd pas de vue l'impression du Virgile '.
Personne en revanche n'a mieux parlé qu'Orsini du rôle de pro- tecteur des lettrés et des artistes que s'attribuait Granvelle quand il était à Rome ; sa maison était, dit-il, le refuge commun de tous les gens d'étude : « Testis sum ego, qui, Romae cum esses et pro tua humanitatecomitateque tecumuna essem fere quotidie, vidi quammultus ad le, tanquam ad artium honestarum patro- num, doctorum hominum fieret concursus, quamque tu eorum certis horis consuetudine delectareris. Quin et artifices etiam ipsos, qui modo in aliquo génère excellèrent, ita interdum admiltebas, ut pro tua rerum istiusmodi cognitione ex eorum operibus voluptatem caperes nonmediocrem. Quae cum recordor, recordor autem quotidie... non possum non aegro animo ferre te diutius a nobis abesse '. * Si Granvelle est regretté par les
1. Lettere ined., p. 7 (lettre I).
2. Dès le printemps de 1566, par son agent, le prévôt Morillon, Granvelle avait poussé Plantin à impiimer le Virgilius illustratiis, et Morillon le tenait au courant des réponses de Plantin et d'Etienne Pighius (cf. Lettere ined. p. 8 et la note). Au mois de novembre 1567 on imprime la dernière feuille: la dédicace de Plantin est du 17 octobre. Cf. Corresp. politique du card. de Granvelle, p. p. E. Poullet, Bruxelles, 1877 et sqq. t. I, p. 444: t. II, pp. 6, 582, 391 : t. III, pp. 12, 60 (réimpr. de la dédicace).
3. Le regret d'Orsini est augmenté, dit-il, par les grandes choses qui vont se faire à Rome sur l'ordre de Grégoire Xlll, les publications ecclésias- tiques, la réorganisation de la Vaticane, etc., toutes choses auxquelles la présence de Granvelle serait fort utile. (Dédicace des fragments De legatio- nibiis, publiés chez Plantin en 1582, et dont le cardinal s'était activement occupé.) — Orsini parle souvent du séjour de Granvelle à Rome ; voici par exemple deux passages de ses lettres à Pinelli (Ambros. D. 422. D. 423) : « Il cardinale Granvela... con il quale desino questa matLina et in casa del quale io scrivo questo... » (21 janv. 1576.) u Hoggi il s"" cardinale Gran- vela è stato due bore in caméra mia et vedendo su' mia tavola le lettere di V. S. mi dim.andô di lei et dissemi : Che 4à il s^ Pinello che non viene a Roma? » (22 nov. 1577.)
20 ESQUISSE BIOGRAPHIQUE
lettres romains, il a pour eux de son côté les mêmes sentiments. Le souvenir des années heureuses qu'il a passées à Rome au milieu de tels amis raccompagne parmi les Espagnols si gros - siers, écrit-il, et si peu occupés des choses deTesprit. Son devoir le retient dans cet exil, mais il s'en plaint quelquefois ; il exprime son espoir de revenir à Rome, quand Philippe II n'aura plus besoin de lui ; il voudrait reprendre sa vie d'humaniste, revoir ses amis, leurs livres, leurs belles collections, retrouver enfin cette ville aimée, « la patria commune ! » L'amour et l'admiration pour Rome reviennent à chaque instant dans les lettres intimes de Granvelle. Il sent mieux que personne le caractère nouveau que prend la ville à ce moment du xvi^ siècle ; elle devient vraiment le centre intellectuel du monde catholique, et ce sont les savants comme notre Fulvio qui lui assurent cette suprématie K
Dans cette Rome savante et laborieuse, moins raffinée, mais aussi moins corrompue que celle de l'âge précédent, les hommes de haute valeur, comme on le voit, n'étaient pas rares. C'est dans ce miUeu qu'Orsini acheva sa vie, partagé entre ses fonc- tions au chapitre de Lateran", au palais Farnèse et dans les commissions vaticanes. En 1577, Etienne Batory, roi de Pologne, voulant fonder une grande université à Wilna et une académie à Cracovie, envoya en Italie son secrétaire, Jean Zamoyski, pour recueillir des professeurs et des savants. Il voulait les plus illustres de la Péninsule et leur faisait de brillantes pro- messes ; son choix s'était particulièrement porté sur Muret, Sic^onio et Orsini^ Aucun d'eux n'accepta. Orsini, pour son
1. Pour les ombres au tableau, voir le livre de M. Dejob cité plus haut.
2. En 1580, Orsini, alors employé dans les commissions ecclésiastiques, c'est-à-dire en service public, obtint du pape dispense d'une partie de son service de chanoine, celui du chœur. (Lettre à Pinelii, 28 octobre.)
3. Muret fut sur le point de partir : cf. Dejob, Marc-Antoine Muret, Paris, 1881, pp. 306 sqq. et Pépître 66 du livre 1 de iMuret. J'ai trouvé dans les papiers d'Orsini l'original de la lettre que le secrétaire royal, « Joannes Zamoscius Grymala », était chargé de lui remettre; c'est une lettre d'éloges avec prière d'écouter les propositions du secrétaire, « cui ut in omnibus quae tibi nomine meo nuntiabit fidem adhibeas rogo ». La lettre est signée Joan . Zamoscie liegni Poloniae vicecancellarius, etc . , et datée du camp devant Dantzig, le 29 juin 1577. {Vat. 4103, f. 47. Cf. Muret, liv. l, lettre 80.) — Il n'est pas sans intérêt de signaler qu'un Zamoyski au moins, « Jo. Sarius Zamoscius », avait étudié à Padoue : on le voit par les deux lettres latines qu'il adresse de cette ville à Paul Manuce, l'une de 1562, l'autre de 1563; la première exprimait à Manuce son regret d'avoir appris en arrivant à Venise qu'il était parti pour Rome. (Vat 3434, ff. 62 et 40.)
MORT DES AMIS d'oRSINI 21
compte, n'aurait jamais consenti à quitter sa ville natale et l'existence paisible autant que studieuse qu'il s'était faite.
Les événements de sa vie furent l'apparition de ses livres, dont il sera parlé plus loin, les acquisitions de sa bibliothèque et la mort de ses amis. Orsini a vu mourir tous les savants ro- mains de sa génération. Les plus âgés avaient disparu les premiers, Faerno en I06I, Égio en 1o67, Panvinio en 'I068, Bagatto en 1578 ; Paul Manuce, qui était à moitié romain, en 1574. L'année 1581 fut particulièrement cruelle, elle lui enleva son ami Pedro Ctiacon (Ciacconius), le célèbre Espagnol, ami de Granvelle, puis Achille Estaço (Statius), Giambattista Camozzi {Camotiiis), Giulio Monaco ^ En 1585, disparaissaient Muret et Sirleto, et Tannée suivante arrivait d'Espagne la nouvelle de la mort de deux grands hommes que Rome avait possédés long- temps, Granvelle et Agustin. 11 s'élevait alors dans la ville pon- tificale, un groupe déjeunes savants, qui saluaient dans Orsini un maître % mais dont les préoccupations étaient fort différentes des siennes. Orsini et ses amis, sans dédaigner l'érudition ecclésiastique, avaient donné une part prépondérante aux études classiques ; un courant nouveau se produisait à la fin du siècle; il est vrai que le grand Baronius le représentait assez brillam- ment pour diminuer les regrets que pouvaient avoir les hommes comme Orsini \ Le vieux Latino Latini survivait encore. Orsini
1. V. la lettre XI de Granvelle, de Madrid, le 14 janvier {582 (Lettere ined. p. 19) « l'assicuro che sento queste perdite comme se mi fussero stati fratelli. »
2. V. le témoignage de Giuseppe Castiglione dans ses diverses œuvres, par exemple dans I05. Castnlionis variae lectiones, Rome, 1594, p. 60 (du P"* opusc), p. 19 (du 2^) ; los. Cast. observât, in criticos dec. [Genève] Sam. Crispin, 1608, pasi>im. On trouve indiqué assez exactement le milieu litté- raire qui entoure Orsini vers la fin de sa vie, dans la correspondance de Bonciario. Celui-ci lui adresse une lettre, p. 112 (cf. p. 75), par Alessandro Bontempio, pour lui demander des renseignements sur les auteurs anciens, qu'il ne peut trouver à Pérouse, sa patrie: il le salue delà part dWgostino Angelelli. Dans une autre lettre adressée à Baldassare Ansidei, le même pérugin s'exprime ainsi: u Te felicem, Ansidaee..., viventem in ista luce et quod tibi iucundissimum esse oportet, utentem Aldo, -Maffeo [Matîeo Bar- berini,plus tard cardmal], Ursino, Bencio Francesco Benci, l'élève de Mu- ret], ceterisque eximie litterattis viris, qiiibuscum ego libentius unam horam ponerem, quam cum quolibet nostro totos dies...)) (M. Antonii Bonciarîi Perusini academici insensati epistolae, Pérobse, 1605, p. 105.)
3. Baronius a toujours parlé avec un grand respect de Fulvio Orsini. Voici au reste un billet adressé à celui-ci qui témoigne de leurs bonnes rela- tions [Yat. Rey., 2023, f. 31) :
« Molto Illustre et R'i'' s'* mio, Ho cercato e fînalmente ho trovato quai che V. S. ricerca. Nel missale quai descrive si legano queste instesse parole con questi instessi caratteri : Dominica sëcda statio ad sanctam Mariam in
22 ESQUISSE BIOGRAPHIQUE
raconte à Pinelli, sur son vénérable confrère, un trait bien romain : « Il y a deux jours j'ai rencontré au Corso notre Latino, dans le carrosse du cardinal Colonna son patron ; j'ai salué le cardinal, qui m'a répondu textuellement ceci : « Je le mène à la promenade {lo lomeno unpoco aspasso). » Sûrement vous vous seriez réjoui de voir le bon vieil octogénaire prendre ce plaisir en habit philosophique, la barbe plus prolixe que d'habitude, et la vue seulement un peu affaiblie. Que Dieu nous le conserve longtemps, et bénissons le cardinal qui a soin de lui ^ » Latini mourait en 1593, et Fulvio Orsini vieillissait à son tour sans un seul des compagnons de ses études, sans un témoin de la première partie de sa vie.
Une perte qu'il ressentit vivement fut celle du cardinal Far- nèse, mort le ± mars lo89. « Cette mort atteint toute la ville, écrivait-il, et moi, je regrette le cardinal et le regretterai tou- jours pour le bien public, car les princes aujourd'hui ont perdu le peu de goût qu'ils avaient pour les bonnes choses". » La mort de son protecteur changeait pour lui les conditions de Texistence ; cependant le nouveau possesseur du palais, le jeune Odoardo Farnèse, fils du duc de Parme, traita tout de suite le savant avec les mêmes égards que son oncle, et calma ses inquiétudes. Le ^8 avril, Orsini écrivait à Pinelli qui lui de- mandait ce qu'il allait devenir : « Le cardinal Farnèse a institué pour héritier le duc de Parme, et Don Odoardo [don Duarte) usufruitier de certaines choses ; il y a quelques legs peu consi- dérables pour les serviteurs, entr'autres pour moi (je le dis pour ne pas vous laisser de doute sur cette vétille). Don Odoardo a voulu me garder au palais avec toutes les commodités que j'y avais ; je l'ai accepté, ne fût-ce que pour éviter d'aller ailleurs. Mais je crois que je n'y resterai pas, désirant beaucoup ne rien
Donnica. QaesLo è quanlo occorre-. del resto olîeriamo tutti noiquaiito è iii nostra libraria, et ci ricommandiamo et otî'eriamo tutti in quei che possiaiiio. Gli bascio le mani. Di casa li 2 di apriie 1583.
u Di V. S. Ill^ et Rd* Servitore, Cesarc Barone. >>
1. Lettre du 26 août 1589 [Ambras. D. 422). Les lettres de Latini à Orsini n'ont pas été recueillies dans la publication de Rome-Viterbe; j'en puis indiquer trois : Vat. 4105, f. 211 (Viterbe, 8 oct. L564), 4104,1". 272 (Rome, 15 juillet 1569) ;f. 267 (id., 29 juillet). Cf. le Vat. 6201 et les Anecdota litt. ex manuscr. cod. eruta, Rome, 1773 sqq. vol. 11. Dans la correspondance de Sirleto, consulter: Vat. 6189, f. 122 (1562): 6191, f. 435 (1573); 6193, I, i\ 255 (1582).
2. Lettre à Pinelli du 25 mars 1589; il le remercie d'une lettre de conso- lation et lui fait part des dispositions prises par le cardinal pour que ni ses collections, ni sa bibliothèque ne soient dispersées.
VIEILLESSE d'oRSTNI 23
devoir à autrui. Toutefois je ne me déciderai à partir qu'après une lettre du duc et, s'il me libère, comme j'y compte, j'irai peut-être chez le cardinal Colonna*. »
Orsini ne tenait guère en réalité à quitter la maison où il avait pris ses habitudes et les collections dont il avait la garde depuis tant d'années. Il avait fait, dès le 8 avril, ses offres de ser- vice au prince et au duc de Parme : < Je continuerai à prendre soin du Cabinet avec tout le dévouement que je lui dois, tant pour le respect mérité par des collections si précieuses, que dans l'intérêt des gens d'études ; ceux-ci en effet doivent y trouver une école publique, selon la pensée du cardinal Farnèse -. » Orsini resta donc au palais Farnèse, comme par le passé, et devint même le directeur des études d"Odoardo. Ses lettres au père et au fils sont pleines de conseils sur ce sujet. Il s'était précédemment occupé de lui trouver un bon précepteur et avait employé à cette recherche ses meilleurs amis d'Italie '. En 1589, il conseillait de l'envoyer dans une université, à Padoue par exemple, où avait étudié le cardinal Ranuccio ; l'enseignement de Riccoboni et la fréquentation de Pinelli devaient, à son avis, développer dans le jeune homme les qualités naturelles de sa race K Celui-ci justifiait l'intérêt d'Orsini, qui nous apprend les détails de son caractère : il n'avait pas cette vivacité qui fait briller l'esprit de bonne heure, mais son jugement était droit, il était intelligent et modeste, et Orsini espérait beaucoup « de la généreuse taciturnité de cette nature, j Quand il séjournait à Rome, Odoardo montait à l'appartement d'Orsini et passait avec lui la soirée entière, à causer d'histoire et de lettres an- ciennes. Cette amabilité du jeune patricien touchait à la fois le vieillard et lerudit \
A vingt-six ans, le 6 mars 1591, Odoardo reçut le chapeau qui semblait héréditaire dans la maison Farnèse. Il s'en montra digne et n'écouta pas avec moins de déférence les
1. Lettre du 28 avril. {Ambras. D, 422, f. 2.59.)
2. Lett. ai Farn. XXI (au prince de Parme, p. 33). Cf. la lettre du même jour au duc de Parme, qui était accompagnée d'une note sur l'état des collections.
3. Lettres de Sigonio à Orsini, écrites de Bologne le 25 juin et le 15 juillet 1583. (Vat. 4104, ff. 149, 124.) Lettres d'Orsini à Pinelli du 11 juin et du 30 juillet 1583. {Ambros. D. 422.) La pension du précepteur était de dix écus par mois, avec la chambre et la nourriture pour le précepteur et un domestique.
4. Lett. aiFurn. XXII (p. 35'.
5. Lett. ai Farn. XXIV (au duc de Parme, p. 39).
24 ESQUISSE BIOGRAPHIQUE
conseils de son maître. Quand il allait passer quelques temps à Parme, il promettait à Orsini de réserver toujours dans ses journées quelques heures à l'étude et il tenait parole au milieu des occupations de la cour^ Orsini, qui aimait à penser qu'il serait un jour, comme son oncle, le membre le plus distingué du Sacré-Collège, écrivait souvent au jeune cardinal. Comme en tout Romain, il y avait en notre savant l'étoffe d'un diplom^ate ; ses lettres à Odoardo à l'occasion du second conclave de 1590 en sont la preuve. Il s'agissait de remplacer le successeur de treize jours de Sixte-Quint, Urbain VIL Jamais conclave ne fut plus prolongé ni complique par des passions plus diverses. Orsini écrivait presque chaque jour à son élève pour le tenir au courant des mouvements de l'opinion, de l'action de Philippe II, du groupement des partis. Ces dépèches étaient mises sous les yeux du prince de Parme et lui rendaient certainement services Après rélection de Grégoire XIV, Orsini vit encore celle d'In- nocent IX et de Clément VIII. Il ne cessait pas d'être appelé et consulté au Vatican. Au chapitre de Lateran, pendant que le cardinal Ascanio Colonna était archiprétre, il fut élu vicaire le 30 novembre 1593 ; il était encore en charge en 1595 et dans l'intervalle son nom figure sur plusieurs intéressants documents des archives du chapitre '. Déjà sous Sixte-Quint, à l'époque des travaux exécutés pour le nouveau palais, Orsini se Irouve mêlé au transfert de la statue de Boniface VIII et de la fresque de Giotto, qu'on voit encore à Saint-Jean-de-Lateran * ; c'est lui qui présida à ces délicates opérations, et l'on apprend, par les témoignages rendus plus tard sur ce sujet, qu'il n'ap-
1. Lett. aiFarn. XXIIl (à Odoardo, p. 36).
2. Vat. 9U64. V. Fappendice V.
3. Parmi les documents où figure Orsini, qui ont été transcrits par Galletti, dans les manuscrits ci-dessus désignés, je me borne à signaler celui du 28 mars 1593 ; il présente au chapitre de la part de Lucio Sasso, Napolitain, évêque de Riva et dataire de Clément VllI, une croix d'or avec onze diamants de la valeur de 300 ducats que Philippe II avait donnée au cardinal Castagna quand il était nonce à Naples ; Sasso, héritier du cardinal et chanoine de Lateran, en faisait hommage à la Basilique. Plus tard, créé lui-même cardinal, il faisait d'autres dons, comme en témoigne un document du 29 juillet 1595 où figure encore Orsini. — Cf. une lettre un peu anté- rieure adressée par Orsini au cardinal Ludovicode Torres junior, imprimée dans les Aiiecdola liiter. de Rome, t. 111, p. 417.
4. Je dois ces indications à mon ami et confrère, M. Georges Digard : il les a tirées des Archives de la maison Caetani {cassa 34, n° 50). Les docu- ments sont seulement de 1631 ; mais ce sont des attestations écrites par les plus anciens chanoines et bénéficiers de la Basilique, qui- affirment les faits comme témoins oculaires.
TESTAMENT d'ORSINI 25
porlait pas moins d'intérêt aux monuments de l'antiquité ecclé- siastique qu'aux monuments classiques eux-mêmes.
Le 21 janvier 1600, il rédigea un assez long testament, qui fut déposé chez le notaire capitolin Quintiliano Gargari ^ Cette pièce nous a conservé de précieux renseignements sur Fulvio Orsini. 11 fondait à Saint-Jean-de-Lateran une chapelle où il voulait être enterré % et consacrait certains immeubles à en- tretenir deux chapelains ^ Il léguait la partie inventoriée de sa bibliothèque à la Vaticane % ses autres collections à Odoardo Farnèse % institué par surplus le légataire universel et chargé de satisfaire aux legs d'argent. Les legs d'Orsini à ses amis étaient les suivants : il laissait deux mille écus d'or à Tévêque de Camerino, Gentile Delfini, qui faisait revivre un nom cher à son souvenir; quatre mille écus au jeune Mario Delfini^ ; à Pro- perzia Delfini, un tableau de Lucas de Leyde, et une écritoire d'ébène et d"ivoire : au cardinal Alessandro Peretti, deux mé- dailles de bronze et un tableau de Clovio. Des deux exécuteurs testamentaires, le premier, Orazio Lancelotti, neveu de Properzia
1 . Collationné sur l'original et reproduit dans le travail de Castiglione (pp. 5o3-578 de l'éd. Gryphius;.
2. Castigl. p. 565. 11 institue des messes, où sa mère n'est pas oubliée ; à St-André-delle-Fralte,où Colocci est enterré, il lègue 25 écus pour qu'on dise une messe mensuelle à l'intention d'un honnme oui a bien mérité de lui.
3. Us devaient être choisis par la famille Delfini: « Quibus cappellanis alendis et èusterjtandis assigno duo miliia aureorum quae habeo ad meam dispositionem in viginti locis non vacantibus ]\Iontis Sanitatis Populi Romani... »
4. \ . le chapit. iv.
5. Le passage du testament d'Orsini sur les collections demande à être transcrit en entier: — « In reliquis autem bonis meis quibuscumque mobilibus et immobilibus... et praecipue in rébus de quibus extat inventa- rium manu mea subscriptuin meoque sigillo consignatum sub titulo Inventarium renim insigniorum Fuliu Ursini ; in eo enim habentur omnia nuraismata mea tam aurea argentea quam aerea, nec non gemmae variae et camei magnae aestimationig»et valoris, praeterea signa aerea et imagines illustrium vivorum exmarmore; itemque tabellacaerc-aeetlapideacinscriptae literis Graecis et Latinis, nec non picturae multae excellentium pictorum magni pretii ; horum inquam bonorum omnium, aiiarumque rerum mearu:a qualescumque i^Jae sint, quas inteiligo quam sunt tenues, universalem haeredem meum instituo et ore meo nomino lllustriss. D. meum D. Odoar- dum Farnesium Gard. S. Eustachij, quem ob summam in Deum pietatem, et singularem erga me benevolentiam iam inde a teneris eius annis mihi perspectam et prubatam, dignum iudicavi et elegi, qui ob eius rerum quae habentur in supradicto biventario. cognitionem et intelligentiam gratus mihi succédât haeres, earumque sit integerrimus conservalor l'uturus. »
6. Dans les deux cas : u Ex quibus volo emi loca montium non vacantium quae post obitum eius... spectent perpetuo ad domum et familiam Delphi- norum, »
26 ESQUISSE BIOGRAPHIQUE
Delfini, alors auditeur de Rote el plus tard cardinal, recevait tous ceux des livres d'Orsini, grecs et latins, brochés et reliés, qui n'avaient pas été inventoriés pour la Vaticane * ; le second, Flaminio Delfini, père de Mario, avait Panneau d'Orsini portant une topaze'. Le pape Clément VIII était prié d'accepter quatre précieuses médailles, qui seraient déposées après sa mort dans la bibliothèque Vaticane. Le musée du Capitole devait avoir un buste de marbre et une inscription sur bronze ", et le chapitre de Laleran un tableau d'ivoire qui paraît avoir été de travail byzantin*. Malgré ces legs de détail, Orsini était préoccupé avant tout d'éviter la mutilation de ses collections. Cependant il fallait prévoir le cas où, pour une raison quelconque, le car- dinal Farnèse n'accepterait pas la succession ; Orsini émettait alors le vœu que ses antiquités fussent vendues dans le délai de deux ou trois mois, et autant que possible en bloc, afin que des objets si rares et recueillis avec tant de peine ne fussent pas dispersés. Le soin de la vente était confié aux deux exécu- teurs testamentaires; le produit devait être employé à satisfaire sans retard aux legs d'argent. Dans ce cas le cardinal devait gar- der au moins, comme un souvenir personnel de Fulvio Orsini, le portrait de Paul III par Titien. Odoardo accepta entièrement l'héritage du vieux serviteur de sa famille ; non seulement les collections ne se dispersèrent pas, mais encore le vœu le plus cher d'Orsini fut rempli, puisqu'elles allèrent accroître celles qu'il avait aidé à recueillir au palais Farnèse.
Au mois de mai suivant, se voyant plus faible qu'il n'avait jamais été et sachant d'expérience que la saison était mauvaise à sa santé débile, Fulvio alla habiter au palais Delfini, pour mourir dans une maison amie. Le palais existe encore sur la place
i. « Et praeterea... duo musica instrumenta, quorum allerum vul^o Graviorganum vocatur, alterum vero Cymbalum,opus utrumque excellentium artificium... »
2. Sur ce Flaminio existe une brochure assez curieuse: Laudatio Ber- nardini Stephanii Soc, Jes. ad S. P. Q. R. habita in funere Flaminii Delphinii Ferrariensium equitum magistri, Rome, Zannetti, 1606.
3. « Senatui populoque Romano lego caput marmoreum L. Cornelii Praetoris, » etc. (Castigl., p. 569.)
4. J'ai*réimprimé les passages du testament relatif à tous ces objets dans les Collections d\intiq. de F. Orsini : on les trouvera aux pages 42, 43, 74, 85, 91. Orsini n'oublie pas ses domestiques, notamment son cocher qu'il iiomme[ Georges Barzin, de Savoie. A la suite des legs, il ordonne la resti- tution de divers objets qui lui avaient été confiés sa vie durant: deux camées à Giov. Ant. Orsini, deux manuscrits à Fabrizio Caraffa, de Naples, des médailles d'argent aux Delfini.
MORT d'oRSINI ^T
Campitelli, et une rue conserve le nom de la famille qu'Orsini avait toujours considérée comme la sienne. Malgré les soins dont on l'entoura, il mourut le 18 mai 1600 ^ Il fut enterré à Lateran au ])ied de l'autel de la chapelle qu'il avait fondée et qui se trouve à l'entrée de la sacristie. Un des érudits romains du temps composa l'épitaphe de la pierre tombale, et se fit l'in- terprète des sentiments de la ville dans ce style épigrapliique un peu déclamatoire qui n'a pas toujours été aussi sincère -.
Orsini était un noble esprit, et la meilleure preuve en est dans les vives sympatliies qu"il sut inspirer et dans Tamitié profonde que lui vouèrent tant de personnes d'un caractère différent. Sa correspondance nous le montre extrêmement ser- viable pour ses amis: il l'était un peu moins pour les étrangers, ce qui s'explique, mais ce qui a peut-être donné lieu à certaines attaques formulées contre lui. On lui a reproché de ne pas com- muniquer libéralement sa science, de ne pas découvrir ses secrets pour connaître l'âge oul'authenticite des monuments et des ma- nuscrits ^ ; Orsini aurait peut-être pu répondre que les secrets de ce genre ne se transmettent pas en quelques minutes et que ce n'est pas trop pour les acquérir entièrement d'y passer sa vie. Quant au plagiat, Orsini était assez riche de son fonds propre pour s'en passer, et on verra plus loin ce qu'il faut penser de cette accusation. Reconnaissons qu'il était jaloux de ses trésors comme tout bon collectionneur : il refusait de céder ses
1. Cf. Castiglione, pp. 562-563, et notre note 2, p. 3.
2. Je ne reproduis pas ceUeépltaphe; elle a été donnéepartout,mème dans Millin. Magasin encyclop. an. 1811, t. ïll, p. 100. L'auteur est le biographe d'Orsini, Castiglione ; on la trouve reproduite à la suite de son travail (p. 579. L'inscription fLit placée, par les soins du cardinal Farnèse,_de Lancelotti et de Fiaminio Deltini, darjs laciiapelle de Sainte-Marie-Madeleine qu'il avait fondée. Cresc.rnbeni [Stato délia SS. Ch. Later., pp. 125-120) et Galletti [Inscr. Rom., t. I. p. ccccxlix) la lurent encore sur le pavé^ à l'entrée de la sacrist;e ; M. Forceila {Iscr. delk cJtiesp, vol. VIII, 1876, p. 49) ne dit pas l'avoir retrouvée. Comme elle était devenue illisible, on l'a enlevée il y a quelques années, en renouvelant le dallage ; on m'a assuré qu'on la faisait graver à nouveau, et que le chapitre de Lateran ne voulait pas laisser disparaître un des souvenirs qui lui font le plus d'honneur. E le est, sans doute, à cette heure replacée dans la chapelle.
3. C'est le cardinal Federico Boiromeo qui a répandu cette opinion; il rapporte {De fugienda. ostentatione,\. I, ch.i) qu'étant un jour avec Orsini, il ie pria de lui enseigner les principes par lesquels il distinguait les manuscrits anciens des modernes ; le savant ferma le volume qu'il tenait en mains et changea de conversation. Le cardinal en concluait qu'en fait de vieux manuscrus il ne fallait pas se fier à Fulvio, qui en était trop avide lui-même pour en dévoiler la valeur aux autres. (^Tiraboschi, Stur. delhi l^tt. It., t. VII, p. 358.)
28 ESQUISSE BIOGRAPHIQUE
bustes de marbre au duc de Ferrare, son Canzoniere autographe de Pétrarque au grand duc de Toscane : « Je ne les ai pas achetés pour les revendre, * disait-il fièrement K II n'aurait pas consenti à perdre des objets qu'il aimait, fût-ce pour acquérir l'amitié d'un prince.
II était de grande taille ; son portrait nous montre un visage grave, plein de dignité, aux traits assez réguliers et fermes-. Sa distinction extérieure, comme aussi sa générosité et son amour des belles choses, décelaient sa race. Son caractère intellectuel nous est peint d'un trait : Orsini ne s'occupait que d'une seule étude dans la même journée ^; nous sentons quelle puissance de travail devait lui donner cette habitude de concentrer ses forces. On loue avec insistance sa modestie, sa sobriété et la régularité de ses mœurs'*; ce sont des quahtés qui valent d'être rappelées en passant et auxquelles la figure de l'érudit n'a rien à perdre.
Il habitait le palais Farnèse, et occupait, comme nous l'avons montré, une partie des appartements où se trouve aujourd'hui l'École française. Mais, son service de chanoine l'obligeant à se rendre souvent à Lateran, il eut l'idée d'acheter en 1578 un jardin dans le voisinage de la Basilique. Archéologue au palais, il devenait botaniste ou tout au moins jardinier à Saint-Jean.
1. Cf. chap. m et Lett. ai Fnrnesi., p. 18 (lettre III): « Il sr duca cli Ferrara per disegno di Pirro [Ligorio] mette insieme la sua libraria di scritti a mano, talta de' libri del Manutio, del [Achille] Statio ed d'altri ; et sopra i pilastri che porteno ii armari mette teste antiche di philosophi et letterati... lo sono stato richiesto darti alcune che ne ho di philosophi et poeti, che sono forse le più rare che si vedano; ma ho risposto che non Fho comprate per rivenderle... -»
2. Le lecteur peut connaître Orsini par des gravures. Je ne crois pas qu'il y ait plus de cinq portraits gravés de notre savant. Le plus ancien, d'un burin qui pourrait être contemporain, porte au-dessous : Fnlvius Ur^sinus Romcmus et deux distiques (ïu quoque qui fulvo Fulvi...). Il reproduit les mêmes traits que le portrait des Uffizi, qu'il a peut-être inspiré. La seconde gravure est celle de la collection d'isaac Bullart (Paris, 1682), qui est de médiocre valeur iconographique; il est signé De l'Aiinessin, sculp.; le bonnet carré a disparu, Orsini est tête nue et en costume de gentdhomme. Le troisième portrait appartient à une collection du commencement de notre siècle; il a cette importante mention : Olim. Bandinelli dis. et la signature : Gius. Marcucci inc. ; au-dessous : Fulvio Orsino. 11 est vêtu en ecclésias- tique, avec une calotte ; c'est le seul portrait où il soit rasé et les traits sont assez dit'Hérents des autres. (Douteux.) Litta a inséré une quatrième gra- vure dans les planches qui accompagnent son travail généalogique sur les Orsini. La ùazelte des Beaux- Arts d.Aonx^& la cinquième, sur bois (1884, t II, p. 145) ; ces deux dernières sont d'après le portrait de Florence.
3. Hossi, lani Nicii ErythraeiPinacotJiecaimag. ill, virorumqui auctore superstile diem suum obienint, Cologne. 1643, p. 10.
4. Castiglione, Vita ÏJrs., p. 559.
CARACTÈRE d'oRSINI 29
il demandait des graines à Pinelli, grand amateur de plantes lui aussi, et faisait des échanges avec son ami de Padoue. On lui avait promis un pot de jasmin de Catalogne, et il s'en ré- jouissait autant que d'une pierre gravée ou d'une inscription*. Outre cette petite propriété, Orsini devait fréquenter les orti Farnesiani du Palatin visités par Montaigne, et les villas déco- rées d'antiques des cardinaux ses amis. Il avait aussi, du vivant et en l'absence de Granvelle, la jouissance de la « vigna » que celui-ci possédait dans le voisinage de Lateran. Quand Gran- velle était à Rome, il y réunissait ses amis ; il rappelle complai- samment dans une lettre ses causeries dans la « loggia » avec Orsini et Pedro Cliacon, et un certain nid de chardonnerets, qui s'était placé sur un jeune arbre tout contre la maison, et qui donna lieu à de longs raisonnements '. Ces détails, si minimes qu'ils soient, doivent arrêter l'historien, quand il s'agit d'hommes comme Orsini ou Granvelle ; ils nous font connaître assez bien le fond de simplicité de leur nature.
Les moyens d'existence d'Orsini étaient assez multipliés. Son logis lui était assuré ; outre son canonicat de Lateran, il tou- chait à partir de 1582 une pension de deux cents ducats de chambre sur Tévêché d'Aversa '' ; elle lui avait été accordée par Grégoire XUl ; Sixte-Quint, en lo87, lui en donna une autre de deux cents écus d'or sur une abbaye du cardinal Montalto^ Celle-ci était évidemment une récompense des services que rendait Orsini dans les commissions et pour la préparation des grandes publications ecclésiastiques dont il sera parlé au cha- pitre suivant. Notre savant fut de plus attaché à la biblio- thèque Vaticane : on Fy nomma correcteur grec au mois de juillet loSl, sur les vives recommandations des cardinaux Sir- leto et Farnèse ^. Cette fonction assez laborieuse était en même temps assez lucrative : à côté des deux correcteurs latins insti-
1 . Lettres à Pinelli du 19 avril et d'aoùL 1578 : (( L'acquisto d'un giardino vicino a S. Giovanni et alla vigna di Granvella m'ha fatto mezzo sempli- cista pèro di flori et d'odori. » {Ambras. B . 423.)
2. Cf. Lett. inecl. del card. deGianvelle, Rome, 18S4, pp. 4 et 14 (lettre VII).
3. Castiglione, p. 557, parle de la pension sans donner la véritable raison de cette faveur du pape; on la trouvera au début de notre cha- pitre IV.
4. Cf. Lett, ai Farn., p. p. A. Roncliini, p. 32 lettre XX) ; Orsini prie le cardinal Farnèse d'en écrire au cardinal Save^li pour i'au'e remercier le pape.
5. Cf. Lett. ined. del Granv., p. 16 (lettre IX, Madrid, 27 sept. 1581) ; cf. en note les remerciements du cardinal Farnèse à Sirleto (Caprarola, 19 juillet).
30 ESQUISSE BIOGRAPHIQUE
tués pendant le bibliotliécariatdeCervini, Pie IV, en 1562, avait rétabli un correcteur grec aux appointements de dix ducats d'or par mois ^ ; cette somme, il est vrai^ fut enlevée à Orsini en 'I080, en un moment où le pape avait le plus grand besom d'économies de toutes sortes '. On lui avait promis un canonicat à Saint-Pierre, apparemment plus avantageux que celui de Late- ran ; ce furent des promesses.
En réalité, les besoins matériels de notre savant se rédui- saient à peu de chose. Sans négliger les côtés extérieurs de la vie, il n'y donnait pas plus que de raison '. Mais ses grandes dépenses regardaient sa bibliothèque et ses collections. Bien qu'une partie lui soit venue par des dons d'amis, Orsini a con- sacré presque tout son revenu à l'accroissement de ses richesses littéraires, artistiques ou archéologiques. Ses collections d'art et d'antiquité étaient, à elles seules, estimées par Finventaire treize mille cinq cent soixante dix-neuf écus*. J'ai déjà abordé le sujet en publiant cet inventaire, rédigé par Orsini lui-même ^ ;
1. Marini cite le moîu proprio du pape qui rétablissait cette charge eu faveur de Mathieu Devaris, de Corfou (Degli Archiatri Pontifici, Rome, 1783-84, vol. II, p. 305). Cf. Panvinio De Vatic. bibliotheca, dans Mader, De bibliothecis,2^ éd. Helmstoedt, 1702, p. 103. — C'est à Devaris qu'Orsini succéda, comme le montrent les dates. (V. l'index au mot Devaris et les Lettere ined. del Granvelle, p. 16, lettre IX.) Quant à la fonction de cor- recteur, le motu proprio la définit avec précision : <( Oflicium Correctoris graecorum voluminum huiusmodi in dicta bibliotheca pro uno probo viro in eisdem litteris graecis erudito et multum versato, correctore nuncupando, qui, si quid in eorundem voluminum graecorum scriptura et orthographia depravatum repererit, corrigere et emendare, ao ad veram debitamque orthographiam redigere habeat... tenore praesentium erigemus et insti- tuimus. » Sur les correcteurs, cf. De Rossi, La bibliotheca délia Sede apost. edi catalogi dei siioi mss., Rome, 1884, p. 47.
2. Cf. Lett. ined. deGranv., p. 29 (lettre XXI, 24 nov. 1585).
3. Id., p. 29 (lettre XX, 27 mai 1584). Il avait un certain train de maison né- cessité par sa santé; cf. Castiglione, Vif. Urs., p. 559 ((( aetate ad senium ver- gente rheda vehebatur »), et ses demandes au cardinal Farnèse pour continuer à jouir de l'écurie qu'il avait au palais {Lett. ai Farn.. XV, p. 19). Songeant un instant à aller habiter Padoue, il s'informe de ce qu'y coûterait sa maison ; il indique deux valets de chambre, un <( credenziere che spenda», un cuisi- nier et un carrosse avec deux chevaux et un cocher. (Lettre du30 juill. 1583, AmbroH. D. 423.)
4. J*ai indiqué dans le travail ci-dessous pourquoi il faut rabattre ce chiffre à environ 13,100 écus. Cela ferait déjà une somme équivalente à 130,000 francs de notre monnaie. Est- il besoin d'ajouter que ce chiffre, quoique considérable, ne répond en rien à ce que vaudraient aujourd'hui les mêmes collections? La bibliothèque d'Orsini n'a pas subi d'estimation de détail comme les antiquités ; on peut le regretter.
5. Voir Les collections d'antiq. de F. Orsini, Rome, 1884 (ou Mélanges d'archéol. et d'hist., année IV, pp. 139-231) ; j'y renvoie pour les détails que je ne donne pas ici. Rappelons seulement que Ja copie que j'ai retrouvée
COLLECTIONS d'aNTIQUiTÉs 31
il est utile cependant de rappeler brièvement la composition de ces importantes séries, qui ont partagé, avec sa bibliothèque, les préoccupations de notre collectionneur ^
L'admirable suite de pierres gravées qu'il avait recueillie dé- passait quatre cents pièces. Les peintures et dessins étaient au nombre de cent treize. Il avait chez lui plus de cent cinquante inscriptions ou fragments d'inscriptions, quelques-unes de pre- mière valeur. Le chiffre de ses bustes de marbre ou bas-reliefs s'élevait à cinquante-huit. Il avait réuni en outre soixante-dix médailles d'or, environ mille neuf cents médailles d'argent et plus de cinq cents médailles de bronze dont plusieurs sont des exemplaires uniques.
Cette collection a été formée avec amour; elle a été fort célé- brée au xvi^ siècle et Orsini en a lui-même dignement parlé dans ses préfaces. La galerie de peinture n'est pas la partie la
figure parmi les papiers de Pineili à Ja Bibliothèque Ambrosienne, H. 2 inf. Orsini avait sans doute envoyé cette copie à son ami, qui en a tait exécuter pour son compte deux autres copies qu'on trouve aussi à TAmbrosienne, f. 223 inf. Orsini a noté avec grand soin, quand il l'a pu, le nom de la personne qui lui a vendu chaque objet et le prix qu'il l'a payé. Quand c'est un don qu'il a reçu, le donateur est indiqué et Orsini inscrit l'estimation qu'il fait du présent. Cette estimation a pour but, comme on le voit par la teneur de son testament, de montrer au cardinal Farnèse qu'il peut accepter sans hésitation, avec toutes ses charges, la succession d'Orsini : on ne se l'expliquerait guère sans cela.
\ . Toutes les pierres gravées ont leur provenance marquée. ?s'ayant pu mettre d'index à ma publication de l'Inventaire, je crois être utile en dres- sant ici la liste des personnes qui ont vendu ou cédé des objets à Orsini. On devra les chercher dans les pierres gravées, sauf indication particulière. Je laisse de côté les noms comme messer Achille, sig. Alonzu, qui peuvent s'appliquera divers personnages. — Alberini, Arigoni (card.) {Inscr.bi), Banchi orefice, Baviera, Bembo J^T. 1, Bergamo, Bcrgianni (Aless.l, Brunoro libraro, Calestani (Giulio) p. 164. de l'Inv.), Camei (Cesare, Domenico, Ludovico de'), Camillo milanese, Campagnano, Capranica (Dom. de)^ Caro Fabio), Cavalier!, Corneto (Luigi de), Egidio scultore, Fabrizio orefice, Fiamengo (Niccolô) scultore, Fiamengo (Vincenzo). Gabrielli (Ottavio), Giovan di Campo di Fiori, (jiovan-Martino orefice, Giro- lamo milanese, Grandi (Aless. de), Guardarobba (Porzio), Luca orefice, ]\Iatfei Achille , Manilio (canonico). Marii (Orazio de';, }»Iartire, Massimi, Mocenigo, Morabito, .Moretto, Nasi (Paolo), Nelli (Andréa de'), Padovani di Bologna, Paleotti (C), Panfih (Giov. Batt.) {Tabl. 111), Passari (Bernardino, Giacomo, Isidoro), Petrucci (Fabio), Piccolomini (Mario) . Pucci l'abate], Recanati (Giov. Taddeo de), Rena (Giov, Batt. délia), Rustici (Franc), Sanmarsale (Giov. Mart.), Santacroce (Tarquinio), San- vitale Taolo'^, Scarpellmi {Inscr. 53), Scipione orefice, Spoleti jl vescovo di) ^Fulvio 0 Paolo Orsini, o P. San vitale], Stampa, Stati (Orazio , Stampa, Tarcone i^Cesare Targone o , Torrigiani, Valenti, Valle (Orazio délia), Veli ^Giu'io-Ces.]. Vittorii l'Vettori?), Zagaroia (Muzio e Pompeo da). — Sur plusieurs de ces personnages, marchands, artistes ou collectionneurs, la correspondance d'Orsini fournit des renseignements.
OZ ESQUISSE BIOGRAPHIQUE
moins curieuse ni la moins instructive, et les attributions d'Or- sini ne sauraient faire doute pour les œuvres de ses contem- porains. Les vingt-huit numéros, par exemple, qu'il met sous le nom de Michel-Ange, ont une véritable garantie d'aulhenli- cité, puisqu'il avait assisté à la vieillesse laborieuse du grand homme ^ Les ouvrages de Raphaël, qui sont au nombre de seize, ne sont pas tous aussi certains'. « Il en est de même pour Vinci, Giovanni Bellini, Giorgione, dont les œuvres étaient déjà anciennes à l'époque d'Orsini. L'école de Raphaël, malgré la présence de Peruzzi et de Jules Romain, est moins abondam- ment représentée que celle de Michel-Ange. Sebastiano del Piombo (fra Bastiano) tient une grande place. On trouve deux fois le nom de Titien, appelé un instant à Rome par un Farnèse, le pape Paul III ; beaucoup de toiles et de dessins sont aussi attribués à son école... Vers les derniers numéros, nous rele- vons la mention d'un Saint-Jean en miniature, d'Albert Durer; il venait de Venise, puisqu'Orsini l'avait eu en présent d'un neveu d'Aide Manuce, et on l'estimail six écus^
« Pour qui connaît les travaux de Fulvio Orsini sur l'icono- graphie antique, il est facile d'apercevoir dans le choix de ses tableaux le reflet de ses éludes favorites. Il a recueiUi, en effet, un grand nombre de portraits, et sa correspondance le montre attentif à obtenir ceux de ses amis ou à faire faire des copies de
1. Cf. plus haut, p. 15.
2. Au point de vue iconographique, je signale quatre portraits attribués à Raphaël: le sien (n° 4), celui de Luigi de Rossi (n° 5), celui d'Acquaviva (n° 10), dans la première manière du peintre, et celui de Giov. Andréa Cruciano (n° 111). Raphaël jeune a été peint par Rosso (n° 9). On ne retrouve aucun des trois personnages, représentés selon Orsini par Raphaël, dans l'œuvre qui lui est aujourd'hui attribuée. (Cf. E. Mùntz, Raphac, Isa vie, son œuvre, son temps, 2"^ éd., Paris, 1886.) Luigi de Rossi seul figure, à côté de son oncle Léon X, dans le célèbre tableau du palais Pitti ; ces erait un indice de l'authenticité du portrait isolé de la galerie d'Orsini. Nos portraits se sont-ils perdus? Il se pose là, ce me semble, un curieux pro- blème d''histoire de l'art.
3. Comme les autres collections Farnèse, transportées de Parme à Naples en 1734, les objets ayant appartenu à Orsini doivent être cherchés dans cette dernière ville. Il est facile de reconnaître dès le premier n» des Tableaux, l'un des deux portraits de Paul III par Titien, qui sont au musée de Naples, et dans le portrait de Clément VII « in pietra di Genova, » l'excellent Sebastiano del Piombo du môme musée. Pour peu qu'un direc- teur intelligent et actif, comme l'est M. di Pietra, voulût utiliser l'inventaire d'Orsini, il y aurait, je croi?, à identifier bien d'autres tableaux ou dessins et à reconnaître plus d'un portrait, marqué au catalogue « ignoto. » Il y aurait aussi, je m'en suis assuré, des recherches à faire dans les collections de Parme.
COLLECTIONS ARTISTIQUES 33
ceux qu'il ne pouvait se procurer. Indépendamment des por- traits de papes qu'on devait s'attendre à trouver assez nombreux, Orsini a réuni plusieurs portraits de peintres et surtout d'iiuma- nistes du xv*" et du xvi® siècle, qui donnent à sa collection un caractère particulier. On y trouve Bessarion, Bembo, Pic de la Mirandole, Aide Manuce, et, parmi les contemporains, Gentile Delfini, Antonio Agustin, Sigonio, les savants cardinaux Maffei et Sirlelo, et l'aimable érudit qui fut pape vingt et un jours sous le nom de Marcel IP. Les grands seigneurs même, à part les Farnèse qui tiennent au cœur d'Orsini pour d'aulres motifs, semblent ne trouver place dans cette galerie qu'autant qu'ils ont été lettrés et amis des lettrés. C'est à ce titre qu'on y ren- contre le portrait de Louis Rodomont de Gonzague, par Daniele da Volterra, de sa sœur, la belle Julia, par Sebastiano del Piombo, et celui d'Andréa Matteo d'Acquaviva, attribué à Ra- phaël '. »
Les antiquités sont décrites d'une manière assez détaillée dans l'inventaire '. On peut se fier, dans une certaine mesure du moins, au goût et à la sagacité de celui qui a réuni ces magni- fiques séries. Orsini est célèbre en effet pour Thabileté qu'il mettait à distinguer les objets vraiment antiques des objets de fabrication moderne qu'on commençait à faire circuler de son temps. Je choisis parmi les nombreux jugements contemporains, un seul témoignage, mais des plus autorisés : Fulvius Ursinus, écrit Baronius, rerum antiquarum solertissimus explorator, ad
1. Ces portraits, qu'il serait si intéressant de retrouver, occupent dans rinventaiie les no^ 40,45, 52, 53, 54, 56, 95, 96, 102, 194. Le portrait de Benabo est indiqué comme « di mano d'uno scolare di Tiliano )), qui pour- rait être le Teoscopoli, auteur du portrait de Clovio identifié plus haut, p. 16. Celui de Pic est un dessin à l'aquarelle de Léonard de Vinci : celui de Vinci lui-même par Bandirielli est au n° 92. On remarquera également un portrait delaLaure de Pétrarque, dont personne que je sache n'a parlé (no 109) ; c'était peut-être celui qui figurait chez Pietro Bembo selon l'ano- nyme de Morelli ;M. A. Michiel), et qui aurait pu venir par son fils Torquato chez Orsini; cf. -le chap. m et E. Mûntz, Les peint, de Sim. Martini à Avignon, Paris, 1885, p. 25. [Extr. des Méni. de la Soc. des Antiquaires de France^ t. XLV.) — Une collection romaine de portraits de savants est signalée par M. Tamizey de Larroque {Deux testaments inédits. Extr. du Bulleti7i crit., 1886) : c'est celle de J.-J. Bouchard, dont il légua une partie à Giambatt. Boni en 1641.
2. P. de Nolhac, Une galerie de peinture au xvie siècle. Les coll. de F. Orsini, dans la Gazette des Beaux-Arts i2e pér., t. XXIX), 1884, vol.I, pp. 427-436.
3. J'ai pu essayer queh^ues identifications, même de pierres gravées et de médailles; on en rapprochera utilement les études de M. V. Poggi à la suite des Lettere ai Farnesi. Le travail mériterait d'être continué.
NOLHAC, FLLVIO OHSI.NI 3
34 ESQUISSE BIOGRAPHIQUE
quem velut Lydium lapidem qiiaeque vetera monumenta pro- banda elucidandaque afferri soient; cuius et apud me aucto- ritas plurimum valet K De nos jours même, un des plus dignes successeurs d'Orsini, Ennio-Quirino Visconti, fait de lui un admirable éloge : * On ne trouve pas, dit-il, dans l'histoire de la littérature, un homme qui égale cet Ursinus par le savoir, par l'expérience, par le jugement qu'il déployait en examinant et en recueillant des antiquités". »
Orsini était consulté de tous côtés sur l'authenticité ou la valeur des objets antiques, des médailles particnUèrement, aussi bien que sur celle des manuscrits ^ Personne ne savait comme lui rabattre les prétentions ou démasquer les fraudes des mar- chands K 11 fut pourtant dupe quelquefois, et quand il achetait sans voir, il lui arrivait de faire de mauvaises affaires. Un homme en qui il avait confiance, Giulio-Cesare Veh, se trouvant à Bologne en 1598, lui fait conclure un marché avec un certain Alessandro Borgianni, pour une médaille des Magnésiens, la plus belle chose qu'il y ait en Italie au dire da possesseur ; la tète est celle de Cicéron, et du plus merveilleux travail grec qu'on puisse voir. L'achat est décidé au prix de cent ducatons de Flo- rence ; Orsini envoie l'argent et reçoit la médaille : ce n'est pas du tout Cicéron et l'œuvre d'art n'a rien d'extraordinaire. Orsini se plaint ; Borgianni répond qu'on a tort de ne pas apprécier sa médaille, et se tire d'affaire par un trait d'esprit : « La somme don- née n'a pas été excessive, car elle ne payerait même pas le port de-
1. Ann. eccles. sub «. 324, éd. de Rome, vol. IIl, 1596, p. 232. — Il y avait cependant à Rome, si l'on en croit Castiglione,un amateur plus habile qii'Orsini : a Maximos quidem sumptus in coemendis vetustioribus signis, simulacrisque marmoreis, tabulisque aereis, numismatis, gemrais insculptis, annulis signatoriis faciebat [Ursinus] : quo tamen in studio superabatur, qua discernendi vera a confictis usu et peritia, qua numéro et raritate earum rerum incomparabiii a viro clarissimo Laelio Pasqualino qui Pompeio optime merito eruditissimo fratris fîlio haeredi instituto thesaurum antiqui- tatis moriens reliquit, canonicatu S. Mariae Maioris eidem prius resignato. »
2. Musée Pie'Clémentin, éd. française, Milan, 18J9, p. 88 (p. 82 de l'éd. Labus).
3. Le savant Henri de Mesmes [Memmius) lui envoyait de Paris en 1589 une médaille d'argent à examiner ; c'était M. de Vulcob, alors à Venise, qui devait la lui l'aire tenir (lettre à Pinelli du 17 nov. ; Ambros. D. 422). Nous voyons dans une autre lettre d'Orsini, du 5janv. 1590, qu'il a reconnu la médaille fausse et pour quelles raisons.
4. Il s'en occupait encore quelques jours avant de mourir, comme le montre son billet du 21 avril 1600 resté dans ses papiers : « [Le piètre] sono in mano délia maggior bestia di Gampo-di-fîore ; collaquale bisogna andare di passe in passo. » (Vat. 4105, f. 339.)
NUMISMATIQUE ET ÉPIGRAPHIE 3o
puis Magnésie jusqu'à Rome '. > Orsini avait eu une mésaventure plus désagréable encore ; on lui avait dérobé ses médailles en 1582, et, pour retrouver le voleur et les objets volés, la diplo- matie elle-même avait été mise en mouvement : Granvelle en avait écrit de Madrid au vice-roi des Pays-Bas '. Le coupable fut saisi dans les États du duc d'Urbin, et celui-ci prit la peine de récrire lui-même à Orsini, l'assurant que la prison ne s'ou- vrirait pas avant qu'on eût retrouvé ces précieuses médailles dont le savant faisait un si bon usage".
L'épigraphie n'est pas moins redevable aux collections d'Or- sini que la numismatique elle-même *. Il avait pris auprès de Delfini le goût des inscriptions, que développèrent sa fréquen- tation des jardins de Golocci et les découvertes nombreuses faites de son temps. La recherche des monuments de ce genre l'occupa toute sa vie. Il avait rapporté lui-même du Monte-Cavo son inscription des fériés latines ^ C'est à lui qu"on doit la conser- vation des dix-neuf premiers fragments connus des actes des frères Arvales, qu'on avait déterrés en loTO hors de la porte Por- tese, et qui, selon les témoignages contemporains, avaient été dispersés dans Rome ''. Outre les inscriptions dont il possédait les originaux et qu'on retrouve presque toutes au musée de Naples, il avait pris copie dim assez grand nombre d'autres. Il écrivait à Pinelli en 1589 : « Jean Moretus, gendre de Plantin, m'a informé qu'en Allemagne on va imprimer un recueil d'ins- criptions antiques plus abondant que celui qu'il a imprimé à
1. Il dit encore que si l'on ne reconnaît pas Cicéron, c'est que le portrait a été fait du temps de son gouvernement d'Asie ! (Bologne, 20 mars 1598; Vat. 4105, f. 332.) Les autres lettres sont du 28 janv. et 11 fév., ff. 330 et 86, Le paiement eut lieu par l'entremise du banquier bolonais, Antonio Maria Rossini. (Cf. la pièce du f. 337.)
2. Cf. Lettere ined. del Granvelle, pp. 22 et 27 (lettres XV et XVIII).
3. « Mi è parso anco che se sià fatto maggior torto a V. S. con levarlp quelle medaglie che non sarebbe stato con altri. o /Pesaro, 26 nov. 1584; Vat. 4104, f. 211.) En 1571, nous voyons qu"Orsini était consulté par le duc d'Urbin sur la forme des navires antiques. {Led. ai Farn., p. 19, 1. IV.)
4. V. dans le Corpus Inscr. laf. les notices sur Orsini, et les renvois a M. Mommsen {Ephem. epigr.), dans les volumes VI, Index auctorum, p. Lv, et IX, X, p. Lxvii.
5. Lettre à Vettori du 23 nov. 1570 : <- 11 fragmente délie ferie latine... quale io portai questi giorni da monte Albano circa xij miglia lontano da Roma, dove si facevano le ferie latine. )> {Vat. 9063, f. 174 c.) Cf. les Notae in omnia op. Ciceronis, Anvers, 1531, p. 106 et le no 29 de l'Inven- taire d'Orsini.
6. Cf. Henzen, Scavi net bosco sacro del fratelli Arvali, Rome, 1868, pp. vi-x ; Nolhac, Les coll. d'ant. de F. Orsini, pp. 44-45, et les notes, et dans les Mélanges Renier {Sotes sur P. Ligorio).
36 ESQUISSE BIOGRAPHIQUE
Anvers. Je voudrais savoir si vous avez connaissance de la chose, parce que, comme je vous l'ai dit d'autres fois, j'ai en ordre une collection de deux cents inscriptions qui ne figurent pas dans le volume d'Anvers ^ » Cette collection et d'autres furent mises généreusement par Orsini à la disposition de Gruter et de ses amis, pour la préparation de son Corpus ^. Le savant allemand lui a, du reste, rendu un juste hommage de reconnaissance '\ Ajoutons que les études d'épigraphie paraissent avoir particulièrement occupé Orsini dans la dernière époque de sa vie^ Cette science était alors dans sa période de forma- tion la plus active ; la précision de ses renseignements plaisait sans doute à l'esprit du vieux savant, dont la vie entière avait été consacrée à rechercher et à connaître l'antiquité. Ce fut au nom de l'épigraphie que Conrad Rittershuys consacra, dans le Corpus même, une élégie latine à la mémoire de celui qui avait tant aidé à l'œuvre et qui n'eut pas la joie de la voir accomplie ^. En voici quelques vers, qui donnent sur Orsini le sentiment de l'Europe savante de son temps :
Ursinum quo vix probior, vix doctior aller,
Vix senior domina vixitin Urbe viro... Communem ire viam postquam morsimpia adegiL
Nec potuere virum toi mérita eripere... Quod facis, huic, Velsere, operique viroque i'aveto,
Praebet cui liquidum et Scaliger auspicium. Sint modo patroni studiis, artesque vigebunt ;
Ursinosque etiam Teutonis ora dabit.
1. Ambros. D. 422; lettre du 17 nov. 1589.
2. Inscriptiones antiquae totius orbis Romani in corpus absol. rcdactac... curalani Griittri... Ex offic. Commeliniana, 1602. Très souvent : u Gruterus ex Ursini sctiedis, ex aulographo Ursini. »
2>. Ad lectorem'. <( Fulvius Ursinus... minime contentus schedas suas plerasque aut sponle obtulisse Romae describendas, aut ipsasmet per Velserum mihi transmisisse, copiam quoque fecit voluminis Smeliani raa- nuscripti, quod servabatur in interiore bibliotheca III. cardinalis Farnesii. » Ce recueil de Smetius, communiqué à Gruter par Orsini est identifié aujour- d'hui avec le vol. de la bibliothèque de Naples V. E. 4, attribué longtemps à la main d'Orsini. (Cf. G. L L., volume VI, p. xLix,et la dissertation probante de M. de Rossi dans les Ann. delV ht. di corr. archeoL, t. XXXIV. 1862 pp. 220 sqq.) Outre le recueil de Smetius, Orsini procura à Léonard Gutenstein, mandataire de Gruter, les collections de Metellus et de Giulio Giacoboni, qui étaient chez Orazio délia Valle, et ce qu'il avait lui-même de Ligorio. {€. I. L., vol. X, pp. xlv-lxvh.)
4. Parmi les manuscrits portés à l'Appendice I du présent travail, et qu'il serait logique de chercher dans les collections des Faruèse, figurent plusieurs recueils d'inscriptions, formés ou possédés par Orsini ; ce sont les n°^ 43, 44, 55, 68, 88,89. Orsini a-t-il recueilli les schedae d'Aide le jeune? L'argument apporté pour cette hypothèse dans le vol. X du Corpus, p. Lxvii, a que'que valeur.
5. De obilu Fulvii Ursini Romani, ad illustr. Marcum Velserum Reip. August. Hvirum. Aux pièces liminaires.
CHAPITRE II
TRAVAUX ET AMlTfES DE FULVIO ORSTNT
Les collections de Fulvio Orsini semblent avoir été son unique passion ; ce sont elles qui remplissent la plus grande partie de sa correspondance. iMais il ne se contentait point du simple plaisir de réunir des livres rares et des objets précieux ; son ambition ne se bornait pas non plus à sauver de Toubli et à grouper pour l'avenir ces restes du passé; Orsini savait exploiter lui-même sa richesse et tirer parti de ses propres trouvailles. Il Ta fait pour ses manuscrits ; il l'a fait aussi pour ses antiquités. Celles-ci lui ont permis d'introduire dans l'érudition philolo- gique, avec beaucoup plus d'abondance et de précision qu'on ne l'avait fait avant lui, les informations archéologiques. Tel est même le caractère distinctif des publications de Fulvio Orsini. Il y en a qui sont entièrement relatives aux monuments figu- rés; dans les autres, ses annotations d'auteurs anciens par exemple, il fait appel à tout instant aux inscriptions, aux mé- dailles, etc., il renvoie sans cesse aux pièces de sa collection ou des collections de ses amis.
L'étude critique des ouvrages d'Orsini serait instructive : il a exercé son activité et marqué son rang dans tant de dom.aines, qu'un pareil travail, avec tous les développements quïl com- porte, rendrait des services très variés à l'histoire de l'érudi- tion. On pourrait peut-être tracer utilement le tableau d'en- semble du mouvement philologique en Italie au xvi^ siècle, en prenant pour centre l'œuvre du savant romain. Je ne puis abor- der ici un sujet qu'il vaut mieux ne pas traiter brièvement. Cependant l'esquisse de la vie d'Orsini serait incomplète, si elle n'était accompagnée de la bste analytique de ses ouvrages ^
1. Il ne s'agit pas d'une bibliographie complète d'Orsini. La plupart de ses travaux ont été réimprimés très fréquemment, soit intégralement, soit en partie, aussi bien après sa mort que de son vivant. Je ne parlerai, sauf exception, que de la première édition de chaque ouvrage, la seule dont la
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Celte liste seule suffit à indiquer l'ordre d'idées dans lequel il a fait progresser la science et les études qui ont tenu leur place dans sa carrière.
Ses premiers livres ont paru chez Plantin, grâce, comme on Ta vu, au cardinal de Granvelle*, et ce début, qui fut brillant, dans une des premières librairies d'Europe, a beaucoup con- tribué à sa prompte renommée hors d'Italie. On s'aperçoit, en lisant ces deux volumes, qu'Orsini n'a pas encore réuni ses collections, et qu'il cherche avec hésitation sa voie personnelle de travail. Son Virgilius Ulustralus est cependant une œuvre fort précieuse et très nouvelle -. L'utilité en est suffisamment indiquée par les réimpressions et les imitations nombreuses qu'elle a provoquées \ Les renvois marginaux de l'édition de 'lo67, se rapportent au Virgile imprimé par Plantin en ^^^Q sur le texte de Paul Manuce ; les deux volumes ont le même format et se vendaient souvent reliés ensemble K Après la dédicace de
publication ait un intérêt biographique. Millin [Magasin encydop. 18H, t. III), donne quelques autres renseignements; ils sont malheureusement sujets à caution, par exemple lorsque, parlant de l'imprimerie de J. Com- melin [officina Santandreana) qui a plus d'une fois en effet réimprimé des travaux d'Orsini, il indique une édition faite à Santander !
1. V. plus haut p. 19. Cf. également les lettres de Plantin à Granvelle dans la Correspond . de Chr. Plantin p. p. Max Rooses. Dans le vol. I, il est ques- tion du Virgile aux pp. 98, 113, 436, 199, 206. des Poétesses aux pp. 194, 222, 228, 243, du César aux pp. 249, 281,295. Y joindre les lettres à Orsini indiquées plus loin.
2. VIRGILIVS COLLATIONE SCRIPTORVM GRAECORVM ILLUSTRATVS OPERA ET IN-
DVSTRiA FVLvu VRSiNi. Autverpiac ex officina Christophoin Plantini anno CID. IJ. LXVll. Cum j^rivilcgio. In-8. Orsini hésita longtemps sur le titre de ce célèbre recueil; il y a trace de ces hésitations dans nos lettres de Bagatto et de Guido Lolgi. C'est Paul Manuce, à qui le livre avait été d'abord promis, qui en trouva le titre; Lolgi écrit de Rome à Orsini, le 9 juin 1565 : « Del Vergilio vederô messerPaoloetdirolli quanto ellami scrive, et appunto havsvo havuto carico da esso di scrivere a V, S. che desse aviso quando pensava d'esser in ordine, perche egli disegnava di ottenere il pri- vilegio per stampar Topera di V. S. et insieme Topera di suo figlio deIT Orto- graphia, et le inscrittionc antiche et il suo commento, che spera fînirlo in pochi mesi, che gia è nel XI et camina avanti gagliardemente. Si che V. S. potrà scrivergli quanto lo occorrerà sopra ciô, et quanto al titulo, non ha raolto che se ne ragionô tra il P. [Bagatto] et lui et me, et quelle che dissi messer Paolo piacque à tutti, il che fù questo : Vergilius collatione scripto- rum graecorum illuslratus. V. S. lo considérera. » — Les bibliographes citent d'ordinaire le tirage de 1568 comme donnant la date du Virgile: MM. C. Ruelens et A. de Backer ont rappelé les premiers que l'ouvrage est bien de 1567 [Annales Plantinienncs, Pans, Tross, 1866, pp. 67-68.) C'est bien entendu la date adoptée par M. Degeorge. [La maison F.lantin, 3^ éd. Paris, 1886.)
3. La plus célèbre est celle de L.-G. Valckenaer (Leeuwarden, 1747, in-8).
4. L'exemplaire delà Bibl. Nationale de Paris, qui a Tex-libris de Claude Dupuy, en otîre un exemple.
PREMIERS LIVRES 39
Plantin à Granvelle, [on trouve des vers liminaires grecs de Geraart Falckenburg^
Par cet ouvrage, Orsini montrait que les poètes grecs lui étaient familiers, et qu'il avait pratiqué depuis de longues années le Nocturna versaie manu. Sa seconde publication, les Carmina IX illustrium feminarum "• (1568), en est une nouvelle preuve. C'est une anthologie en partie recueillie dans les auteurs anciens déjà publiés, en partie inédite. Orsini s'est servi, dans les deux cas, de nombreux manuscrits de la Vaticane et de la bibliothèque Farnèse; à celle-ci est emprunté, entre autres frag- ments inédits, r^?/wne a Zer^s de Cléanthe. L'annotation critique et exégétique achève d'attester l'immense lecture d'Orsini et sa compétence d'helléniste. 11 y a joint une traduction en vers latins des fragments de Bion et de Moschos, due à son ami Lorenzo Gambara '. La dédicace est au cardinal Al. Farnèse ; Orsini v saisit l'occasion de remercier son maître de lui avoir non seulement ouvert, mais confié sa bibliothèque après la mort du cardinal Ranuccio.
C'est encore chez Plantin que parait en 1570 Féditionde César préparée par Orsini*. La dédicace est datée de Rome, le 21 mai 1569 ; elle est adressée à Fabio Farnèse, chevalier de Malte, bibliophile fort instruit, qu'Orsini avait connu à Rome et
Bologne à la cour de son parent le cardinal Ranuccio. Le livre comprend les fragments de César recueiUis par Orsini sur Fexemple de son ami Antonio Agustin, quelques corrections au texte des Commentaires, dues en partie à Faerno et à Bagatto, et enfin le texte lui-même. Orsini dit s'être servi, pour ses corrections, d'un manuscrit de César de près de six cents ans, qui lui était tombé entre les mains et qu'il avait reconnu excel-
1. V. la lettre I de l'Appendice IV.
2. CARMINA NOVEM iLLvsTRivM FEMiNARVM Sopplius Eriimae Myïus Myr- tidis Coriiinae Telesillae Praxîllae yossidis Anytae. et l\b]cor\},ï AUma- nis Stesichori Alcaei Ibyci Anacreontis Simonidis Bacchylidis. elegiae Tyrtaei et Mimnermi. bvcolica Bionis et Moschi. Latino versu a Laurentio Gambara expressa. Cleanthis, Moschionis, allorumque fragmenta nunc pri- mum édita. Ex bibliotheca Fidvii Ursini Romani. Antverpiae. Ex officina Christophori Plantini, CIO. ID. LXVIII. In-8. Le privilège de Philippe II, signe de J. de \\Mtte, est du 30 oct. 1566.
3. Celte traduction commence à la p. 355; elle estprécédée d'une douzaine de lignes de présentation au lecteur par Orsini
4. G. ivLii CAESARIS coMMEXTARii. 7iovis emendationibiis Ulustrati. Ehisdem librorum qui desiderantiir fragmenta. Ex bibliotheca Fiilvi Lt.s/??? Romani... Antverpiae. Ex officina Christoph. Plantini, CID. D. LXXV. In-8. Après la
40 TRAVAUX d'oRSINI
lent \ L'édition d'Orsini fut immédiatement contrefaite à Venise, avec la date de lo71, par Aide Manuce le Jeune, qui supprima la dédicace à Fabio Farnèse et ajouta un livret de ses propres notes ; en lo74, Plantin réimprimait le César, y mettant à son tour, entre autres adjonctions, le livret de Manuce ^.
En 1570, paraît à Rome la première édition du livre quia valu à Orsini le titre de «• père de l'iconographie antique \ » Il expli- que lui-même dans sa préface l'intérêt des Imagines et Elogia '* ; il parle des collections de portraits dont le souvenir nous a été conservé dans l'antiquité, des livres de Pomponius Atticus et de Varron : ces portraits étaient empruntés pour la plupart aux monnaies que faisaient frapper les villes à l'effigie de leurs citoyens illustj-es ; Orsini rappelle aussi les statues placées dans les bibliothèques et sur les places publiques. Dans les ruines du forum de Trajan, on avait trouvé au siècle précédent une base de la statue de Claudien, qu'on transporta dans la maison de Pomponius Laetus. où Orsini la voyait encore * ; beaucoup des hermès reproduits dans lelivre viennent de la villa Hadriana, et Orsini tait remarquer qu'un grand nombre, ayant perdu leur tète, ont été complétés sans aucune certitude. Le très curieux recueil qui suit comprend, en 111 pages, une collection de monuments iconographiques de toute sorte, statues, bustes,
dédicace d'Orsini est réimprimée celle de l'édition de Paul Manuce ; viennent ensuite les gravures sur bois de l'Aldine avec les explications de fra Giocondo de Vérone. A la fin de Fédition est reproduit l'index géographique de Raymond Marliani, p'iis un livret de notes critiques de Jean-^Nlichel Brutus. L'achevé d'imprimer est du 25 février. Plantin s'excusait du retard mis à l'impression dans une lettre latine à Orsini du 26 mars 1569. {Vat . 4103 fî. 41-42; publiée sans date dans \cl Corresp, de Plantin, t. II, 1885, p. 45.)
1. Cf. le n" 18 de l'Inventaire (mss. latins), auj. Vat. 3324.
2. Et des variae lectiones de Sambucus. L'achevé d'imprimer est du 7 mars 1574. La même année les notes d'Orsini sont reproduites dans l'é- dition de Lyon, avec celles d'Hotman et de Manuce; à partir de ce moment, on ne compte plus les réimpressions.
3. E.-Q. Visconti, Iconogr. gr., éd. Labus, t. I, p. 324. Cf. le discours préliminaire où Visconti fait l'éloge d'Orsini, pp. 27-30.
4. IMAGINES ET ELOGIA VIRORVM ILLVSTRIVM ET ERVDITOR. EX ANTIQVIS LAPI- DIBVS ETNOMISMATIB. EXPRESSA CVM ANNOTATIOMB. EX BIBLTOTHECA FVLVI VRSINI.
M.D. Lxx. (Dans un fontispice gravé. Au bas :) Romae, Ant. Lafrerij formeis, in-fol. Quelques exemplaires portent tout au bas : loannis Orlandi formis romae, 1602 [sic]. Une pièce liminaire en hexamètres est dédiée à Antonio Elio, évêque de Pola et patriarche de Jérusalem, par Lorenzo Gambara : « Quelle gloire, dit-il, ne mérite pas Fulvio Orsini, qui a réuni les portraits de tant de grands hommes et leur a donné la vie pour la troisième fois ! » Suit l'éloge de l'évêque, estimé du cardinal Farnèse et digne naturellement d'être placé parmi tous ces grands hommes.
5. Cf. sur la translation par Laetus lui-même, ce que dit Fulvio, p. 48.
LES « IMAGINES » 41
médailles, pierres gravées, beaucoup d'hermès, la plupart munis d'inscriptions, et enfin quelques monuments épigraphiques rela- tifs aux bibliothécaires de l'empereur ^ Certaines pages ont des gravures sur bois avec leur texte imprimé, d'autres des gravu- res sur cuivre avec leur texte gravé sur la même planche; l'aspect matériel du volume est très curieux ; on voit que la partie en typographie a été exécutée à Venise, chez Pierre Duchemin"; les planches sortent de chez Antoine Lafréry, le Bourguignon établi à Rome, l'éditeur fameux de tant d'importantes gravures. Le goût pour les collections iconographiques était alors fort développé ^. Pour nous en tenir à la maison de Lafréry, elle avait donné les années précédentes plusieurs recueils de ce genre \ et en 1569, elle en avait imprimé un, dont on a fait, sans preuves suffisantes, je crois, une première édition de celui d'Orsini •'. Il est dû à Achille Estaço et dédié à Granvelle ; il contient M planches sans texte exphcatif, ne comprenant que des bustes et des hermès. Beaucoup d'objets évidemment se retrouvent dans le second recueil, puisque les deux auteurs ont utilisé les mêmes collections. On voit qu'ils travaillaient en même temps et isolément. Mais Estaço, s'il est arrivé le pre- mier, n"a ni la compétence ni l'étendue d'informations d'Orsini ; celui-ci ne fait même pas allusion à son prédécesseur, si ce n'est par une leçon iDdirecte : il déclare qu'il s'est abstenu de citer les maisons privées où se trouvent les objets reproduits, car il arrive à chaque instant que ceux-ci sont vendus ou échangés, et les renseignements deviennent alors inutiles; Eslaço avait été très prodigue de ces indications. Orsini a fait
1. Le petit travail d'Orsini sur les bibliothèques romaines et les bibliothé caires (a hibliothecis) est à la p. 102. lia été reproduit par J.-J. Mader, dcins les De biblioth. et archivis virorum clariss. libelli, Helnnstredt, 1666, (pp. 24-28 de l'éd. de 1702); les compilateurs ont toujours cru à tort que c'était un ouvrage distinct.
2. Aldey vedla;_cf. lettre d'Orsini du 22déc. lb69{Ambros. E. 34, f. 12.).
3. En 1559 paraissaient à Lyon les Insigiiium aliquot virorum icônes; en 1565 à Bàle, Henrici Pantaleonis Prosopographia... (Cf. Cicognara, Catcil. di libri cl'arte e d'antichità, t. 1, pp. 365-366.)
4. Ulustrium iureconsultorum imagines quae inveniri potiœrunt... Ex Miisaeo Marci Mantuae Benavidii Pntavinii iurec. clar. Rome, 1566. — Omiphrii Paminii Veronensis... XXVlIpontificummax. elogia et imagines .. . Rome, 1568.
5. Inlustrium virorum ut exstant in urbe expressi vuUus, Rome, 1569, in-fol. L'opinion que c'est la première édition du recueil d'Orsini est soutenue par Visconti, dans son discours préliminaire à VIconographie grecque. Malgré l'identité de certaines planches .je crois qu'il y aurait à reviser son jugement.
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du reste exception pour les collections importantes : il cite les palais Capranica, Maffei, Cesi, Farnèse, la maison de Colocci, de Pomponius Laetus, de Gentile Delfini, du chanoine de Laleran Girolamo Ganimberti, la vigne et le musée du cardinal de Carpi, les jardins du cardinal Ferdinand de Médicis, les musées du cardinal Hippolyte d'Esté et d'Alphonse, duc de Ferrare. Il a lire le portrait de Térence du manuscrit de la Vaticane, et donne le profil d'Aristote d'après un bas-relief de marbre que le cardinal du Bellay avait emporté en France ^ Il mentionne, bien entendu, sa propre collection, et chez lui comme chez les autres il accepte souvent des attributions douteuses. Quant aux reproductions, elles ne sont pas toujours exactes et l'exécution matérielle laisse à désirer. Orsini n'en a pas moins le mérite d'avoir groupé le premier avec méthode les renseignements iconographiques et d'avoir créé cette branche importante de l'archéologie figurée.
Les Imagines eurent un grand succès ; une édition beaucoup plus complète et plus exacte fut faite à Anvers en 1598, par le graveur Théodore Galle, qui avait travaillé à Rome d'après les originaux; elle fut ensuite réimprimée en 1606 avec un intéres- sant commentaire, rédigé en partie sur les notes d'Orsini, par Jean Lefebvre {Faber), de Bamberg, professeur à la Sapienza". J'ai parlé ailleurs de ces éditions et me permets d'y renvoyer le lecteur \
Le second ouvrage dans lequel Orsini mit en œuvre les mo- numents, fut son grand livre de numismatique, les Familiae
1. P. 56 : a Ea vero quam nos edendam curavimus Aristotelis imaginem, expressa diligenter est e tabella qundam e marmore, e Neapoli superioribus annis Rumam allata, et in Galliam deinde a loanne Cardinali Bellaio trans- lata ; de cuius quidem antiquitate cum alii plerique rerum antiqunrum periti fidem faciunt, tum imprimis Hieronymus Ganimbertus, cuius apud me auctoritas plurimum, ut débet, valet. »
2. Gaspard Scioppius avait été désigné par Orsini, déjà vieux, pour ilJu?trer les planches de Galle ; mais celui-ci n'ayant pu s'en charger, confia ce soin, après la mort d'Orsini, à ce Jean Lefebvre ou Fabri, Medicinae doctor ac professor in Romana Academia. Lefebvre a mis en latin les notes d'Orsini et compilé celles que Scioppius avait prises, alors qu'ils étudiaient ensemble les collections romaines,
3. Cf. Les collections d'antiquités de F. Orsini, p. 12. — Voici le titre exact des deux parties de l'édition de 1606 : ]llvstrivm imagines, ex antiqiiis marmorihus, nomismatibns^ et gemmis expresse : qiiae extant JRomae, maior pars apud Fulvium Vrsinum, editio altéra, aliqiiot imagi- nibus,et I, Fabri ad singulas Commentario, auctior atque illustrior . Theo- dorus Gallaeus delineabat Romae ex Archettjpis, incidebat Antverpiae CVj.lD XCUX. Antverpiae, ex officina Plantiniana M , 10. VI. — loannis Fabri
LES «■ FAMILIAE ROMANAE r- 43
Romanae, paru en 1577'. Là encore il avait des précurseurs nombreux ; mais son travail était le premier à offrir un carac- tère assez complet et assez scientifique pour servir de base solide au développement des études-, a Fulvii Ursini Familiaey disait Scaliger, liber divinus, ex quo muUa didici \ ^ De nom- breuses gravures de monnaies consulaires, sont placées en tête des articles, qui sont rangés dans l'ordre alphabétique des familles. La dédicace au cardinal Farnèse renferme des détails historiques qui ont leur prix. Chose curieuse, Orsini commence par s'y plaindre de la décadence des études archéologiques : a Elles florissaient dans ma jeunesse, dit-il; elles sont aujour- d'hui entièrement éteintes. Il y a quelques années vivaient à Rome des savants illustres, qui, occupés de faire connaître rantiquité, recherchaient activement les monnaies et les ins- criptions, et même les interprétaient ingénieusement. Le pre- mier, le romain Gentile Delfini étudia les médailles depuis les origines de Rome jusqu'à la mort d'Auguste, tandis qu'Achille Maffei, frère du cardinal, s'occupait des monuments de l'époque impériale. Ils ont laissé l'un et l'autre des notes fort imparfaites, il est vrai, mais qui sont du moins les fondements d'un édifice qu'on pourrait construire tel qu'ils l'ont conçu. J'ai suivi leur exemple, encouragé surtout par Delfini, protecteur de mes
Bamhergensis, Medlci Romaiii in imagines illvstrivm, ex Fulcii Yrsini Bi- bliotheca, Antverpiae aTheodoro Gallaeoexpressas, commentabivs adill"^^^... Cynthium Aldobrandinum, Cardinalem S. Georgii... Antveiyiaey ex officina Plantiniana, apud loannem Moretum. CIj. l'jC. VI. ln-4.
1. FAMILIAE ROMANAE QUAE REPERiyNTVft IN ANTIQVIS NVMISMATIBVS AB VRBE CONDITA AD TEMPORA DIVI AVGVSTI, EX BIBLIOTHEGA FVLVI VRSINI. ADIVNCTIS
FAMiLiis XXX EX LiBRO ANTONi AVGVSTiNi Ep. iLERDENsis. (Ce tllre est au milleu d'un IVontispice gravé. Au bas :) Romae aim'privilegio ciirantibus heredib. Francisci Tramesini. In-fol. 403 pp. et les index. A la fin : Romae impcnsis haeredum Francisci Tramez;inl . Apud losephum de Angelis. M. D. LXXVIL
2. Orsini avait été précédé par Goltzius en 1566. Mais c'est lui qui est considéré comme le fondateur de l'étude des monnaies consulaires. Je rap- pelle pour mémoire les jugements de Patin (Paris, 1663), et de Vaillant (Amsterdam, 1703), dans la préface de leurs recueils. 11 suffit de citer le maître par excellence, Eckhel: « Opus [Llrsinij Scaligero et Spanhemio iure dictum aureum et divinum, nimirum quale a tantae eruditionis viro debebat exspec- tari. Modum quem is in disponendis explicandisque familiarum nummis tenuit sedulo retinuere posteri, atque iidem pauca scitu digna attulere, quae non ante a sumrao viro fuissent praemansa. Vellem tamen non pauca absurda ac frivola abessent, quae praeclarum hoc opus dedecorant. » [Doctrinanummo- rum veterum, part. 11, Vienne, 1795, p. 114 ; v. part. I, p. cliv). Cf. E. Babelon, Descript. hist. des monnaies delà rép. rom.. Paris, 1885.
3. 11 ajoutait : Ursinus simia mea, faisant allusion au Festus. [Scaligerana, éd. Colomiès, Amsterdam, 1740, t. II, p. 618.)
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éludes ; j'ai été aidé par Antonio Agustin, le seul peut-être qui excelle en cette matière spéciale ; j'ai entrepris de faire le travail commencé par Delfini et de mettre dans Tordre que voici les monnaies antiques. Sollicité depuis longtemps par mes amis et ne pouvant leur faire attendre davantage ce livre, j'ai rédigé en quelques mois, et malgré ma mauvaise santé, Texplication des médailles et les notes sur les familles ; j'y ai joint un commen- taire d'Agustin, que ses importantes occupations l'ont empêché d'achever, mais qu'il m'a envoyé cependant pour être publié en même temps que mon travail. » Orsini termine en rappelant les richesses archéologiques accumulées dans le palais Farnèse, le plus magnifique de Rome (qiiibiis aedihus in Urbe nullae nec striiclura magnificeniiores nec bibliothecis, omnisque anti- quitatis suppellectile ornatiores) ; il supphe le cardinal de conti- nuer à favoriser les études et de prendre résolument le rôle presque abandonné de protecteur de l'antiquité ^
Avec son Festus, Ov^mi rencontrait encore les travaux d'Agus- tin, qui avait donné en 1539 une édition du fragment farnésien, tiré de la bibliothèque du cardinal Ranuccio '. La réimpression d'Orsini devait d'abord avoir lieu chez les Giunta à Florence et Veltori s'en était occupé activement ^ ; le travail fut même poussé fort loin, mais Orsini, mécontent des incorrections et du manque de docilité des typographes florentins, se décida pour Rome et l'imprimerie de Giorgio Ferrari *. La publica-
i. On ne peut pas oublier de rappeler la belle édition des Familiae donnée avec additions par Charles Patin (Paris, 1663, in-foL). 11 y a à Milan, à la bibliothèque de Brera [AD. 17, 49, 2), un petit travail ms. d'Albert Haller sur cette édition.
2. A Venise, chez Bonelli (avec les fragm. de Verrius Flaccus).
3. Il y a des renseignements sur la publication du Festus dans les lettres d'Orsini à Pinelli {Ambros. B. 423) : 17 déc. 1579 (annonce du travail); 29 janv. 1580 : « Il fragmento di Festo è quell'istesso di che fà mentione il Politiano nelle centurie et che monsig. Ant. Augustino nel stamparJo fece molti errori lui, et diede causa di furne molti al Scaligero. Hora ristampan- dosi s'haverà notitia di più di mille luoghi belli d'eruditione, etc. : » 28 janv. 1581 (Vettori vient d'envoyer à Orsini les premières feuilles im- primées à Florence) ; 24 juin (le Festiis est plein de fautes ; Orsini n'y veut pas mettre son nom, quoi qu'en pense Vettori) ; 16 sept, (on le réim- prime à Rome, les Giunta n'ayant pas tenu compte des observations). Je ne sache pas qu'on ait signalé cet essai d'impression chez les Giunta. Cf. le travail sur les lettres d'Orsini, que je vais publier d'après les originaux du British Muséum; la question y sera traitée en détail.
4. sEx. poMi'Ei FESTi de verbovum sùjnificatione fraginentimi, ex vetustis- simo exemplari hiblioUincae Farnesianae descriptinn. Perm/issu superionnn. Impressum Romae apud GeoryiumFerrarium. M. D. LXXXl. Immédiatement au dos et sans titre commence le fragment : mutum dicimiis . .. P. 166 est le
ÉDITION DE FESTUS 45
tion comprend trois parties : 1' le fragment farnésien ; 2° Schedae quae Festi fragmenta detractae apud Pomponium Laetum exsta- haut ; S^des notes. Orsini n'a mis son nom nulle part, sauf au titre de la seconde partie, où on lit : ex hibliotheca Fulvi Ursi7ii. On ne reconnaît Téditear que dans la préface, quand il parle des livres des Farnèse qui lui sont confiés. Il rappelle Tédition d'Agustin, publiée « opéra Caroli Sigonii^,» mais dans de trop mauvaises conditions pour être parfaite ; il ne peut s'empêcher de rendre hommage, sans le nommer, au génie de Scaliger, qui, privé de leçons de manuscrit, a apporté cependant tant de lumière au texte de Festus \ Il explique Fintérêt qu'il a trouvé à repro- duire à son tour le fragment avec une correction plus grande, et à en donner comme un fac-similé, une page de l'édition correspondant exactement à une colonne du manuscrit. Les morceaux échappés au feu de chaque colonne paire sont accom- pagnés de restitutions imprimées en italiques. En publiant les schedae, Orsini n'a pas reconnu qu'elles correspondent exacte- ment à des quaternions détachés autrefois du manuscrit farné- sien ; personne, il est vrai, ne s'en est aperçu avant Otfried MûUer. Malgré cette inadvertance et un index défectueux, le texte d'Orsini a été fait avec soin et a été la base, comme on sait, de tous les travaux postérieurs \
titre des Schedae, qui s'arrêtent à la p. 196. Puis vient sur une page le titre : Notae in Sex. Pompei Festi fragmentum schedas et epUomam; au verso commence la petite préface non signée ; puis les notes, l'index et les errata ; cette partie n'a aucune pagination. A ia fin : Romae, apud Vincentium Accoltum, M. D. LXXXIL în-8.
1. Sur la part prise par Sigonio à l'édition, v. les lettres d'Augustin.
2. « Quam quidem editionem doctissimi viri postea secuti tam multa in ea restituerunt, ut ex iis quae Lutetiae vulgarunt [1575J, intelligi facile possit quid facturi fuissent si emendatiorera codicem nacti essent. » — Voici par contre l'opinion de Scaliger sur le Fes^MS d'Orsini. Dans Yvo VUliomarus in lûcos controversos Rob. Tltii, il prétend que l'édition d'Orsini n'a fait que copier la sienne, et qu'on pourrait les confondre si Orsini n'avait pas eu soin d'y ôter le nom. Dans ses lettres intimes, Scaliger écrit à Dupuy : « C'est toujours le mien, sauf quelque peu de ses devinations, lesquelles il a entre- meslé parmi les miennes, pour déguiser mon labeur et se l'attribuer. Aux annotations il y a faict de roesmes. Bref, il se fait très bien aider ditravaigli di Huguenoti et Tramontani, sans les nommer toutesfois. Je suis bien aise que ce peu que je fais soit si bon, que nos adversaires mesmes s'en servent. » (Poitiers, 21 juin 1582; dans les Lettres françaises inédites de JosephScaliger, p. p. Ph. Tamizey de Larroque. A^-en et Paris, 1881, p. 123.) Le jugement de l'irascible Scaliger est plus partial que ne le croit le savant éditeur. Son génie même a pu iiii nuire. Avec une édition fautive sous les yeux, il a deviné quelques leçons dums. Farnèse; Orsini, imprimant le texte même du ms., ne s est pas cru obligé de citer ces heureuses conjectures. Inde irae.
3. 11 a été reproduit par Emile Egger dans M. Verrii Flaccifragm, post
•46 TRAVAUX d'oRSIM
En même temps que le Festus se publiait à Rome, Orsini fai- sait imprimer deux autres ouvrages chez Plantin. Ils étaient prêts l'un et l'autre depuis longtemps '; les guerres de Flandre avaient empêché Plantin de s'en occuper plus tôt. Les Notes sur les œuvres complètes de Cicéron, dont une partie avait déjà paru en io79 ', furent données entières au public en 1581 '. Orsini fait de nombreux emprunts à ses manuscrits et à ses inscriptions. C'est peut-être celui de ses ouvrages où Ton voit le mieux à quel point il était peu porté à quoi que ce soit qui ressemblât au plagiat. Il cite à chaque page et plusieurs fois par page les conjectures elles observations de ses amis, Faerno, Bagatto, Agustin, Chacon, et très souvent même celles d'amis qu'il ne nomme pas {amicus quidam doctissimus). Il cite jusqu'aux annotations marginales anonymes des livres de sa bibliothèque. C'est une habitude constante dans tous les ouvrages de notre savant; partout il se montre préoccupé jusqu'au scrupule de ne s'attribuer rien qui ne soit bien à lui. Il y a des parties entières où il ne fait que recueillir l'opinion d'autrui, s'effaçant modestement et suffisamment satisfait d'ap- porter de nouvelles lumières, sans réclamer pour lui-même le moindre mérite.
Le De Legationibiis, qui parut Tannée suivante (1582), lui avait été fourni par Antonio Agustin *. « L'archevêque de Tarragone », dit Orsini dans sa lettre-préface à Granvelle, « le vengeur et le restaurateur de la vraie science, m'a envoyé, il y a (^elques années, des fragments de Polybe intitulés T.tp\ r.pz^îv.m et réunis
edit. Au(j...S. FompeilFesti fragmentum ad fid. Urs. exemplaris... Pains, 1838. Je reviens plus loin sur Ja question de Festus à propos des mss. pos- sédés par Orsini; v. l'index.
1. Orsini à Pinelli : « lo ho condotto a fine le mie emendatioiii sopra tutte le opre di Cicérone, et resta solo che'l Plantino si possa rihavere da queste disgratie per poterie stamparle. » (26 fév. 1577; Ambros. D. 423.)
2. Avec l'édition du De of/îciis, de amicitia, etc., parue chez Plantin. Réimpression dans i'éd..de 1586.
3. FVLvii vRSLNi IN OMMA OPERA ciCERONis NOTAE. Antverpiae, Ex officina Christophori Plantini, Architypographi Regii. M. D. LXXXÎ. ln-8.
. EK TQN nOAYBIOY TOT MErAAOllOAITOT EKAOPAI HEPI
nPESBEIQN. EX LIBRIS POLYBU MEGALOPOLITANI SELECTA DE LEGATIONIBVS; FjI
alla quae sequenti pagina indlcantur, nune primum in lueem édita, ex bi- BLiOTHECA FVLvi vRsiNi. Antverpiae, ex officina Christophori Plantini. M. D. LXXXIl. (Au dos :) Fragmenta ex historiis quae non extant : Dionysii Hali- carnassei. Biodori Sicidi. Appiani Alexandrini. Dionys. Cassii Nicaei de le- gationibus. Dionys. Ub. LXXIX et LXXX imperfectus. Emendationes in Po- iybium impressiim Basileae per loannem Hervagium anno M, D. XXIX. (V. plus haut, p. 19, un fragment de la dédicace.)
ÉDITION DU 0 DE LEGATIONIBUS » 47
par un certain Jean de Gonstantinople, qui avait classe l'anti- quité romaine en chapitres et en lieux communs. Je les avais reçus pour corriger les innombrables fautes qui en corrompaient le texte, et en faire part, si je le jugeais bon, au public savant. Autant que mes nombreuses occupations me Font permis, j'ai lu l'ouvrage avec attention et, suivant mes faibles forces, je me suis efforcé de le remettre en bon état. » M. Ernest Schulze a fait le classement des manuscrits de cet important recueil, et Charles Graux a contribué à en éclaircir l'histoire *. L'unique exemplaire, d'où dérivent tous les autres, est le fameux manuscrit de Juan Paez de Castro, qui contenait le vingt-septième livre de la grande compilation historique de Constantin Porphyrogénète, et qui périt dans l'incendie de TEscurial, en 1671. Dès 1566, Agustin avait connaissance du trésor que possédait Paez; en lo74, il en faisait prendre copie par son scribe ordinaire, André Darma- rius, et il écrivait à Orsiniau mois de septembre :« En un cer- tain lieu d'Espagne, on a trouvé un livre grec, où sont de très beaux fragments d'historiens antiques; j'en ai une bonne part en main; on achève de me copier le reste. Ce seraient autant de perles, de rubis ou de diamants que je les estimerais moins ^ » Orsini, alléché, demande à les voir, et Agustin, avec un désin- téressement méritoire, lui envoie aussitôt ces précieux textes, l'autorisant même à les donner à l'impression \ Bien qu'il ait
1. Schulze, De excerptis Constantinianisquaesti.ones criticae, Bonn, 1866; Graux, Essai sur les origines du fonds grec de l'Escurial, Paris, 1880 ; V. particulièrement les pp. 93-97.
2. A. Augustini opéra omnla, Lucques, 8 vol. in-fol., 1765-1774 ; t. VII, p. 256 (de Lérida, 26 sept. 1574).
3. Orsini à Pinelli, 14 janvier 1575 : « Mons"" Antonio Agostino sera fra pochi giorni in Roma, chiamato per un brève di N. S'"® et mi porlarà il res- tante di un libro grecho, del quale ho la maggior parle giàin mano. L'argu- mento dei libro è questo : a tempo di Gonslantino Porphyrogeneta fù divisa la historia Romana in LUI luoghi communi : questo era il XVII, che trat- tava de légat lonihus... Et in somma io lo stirao un Ihesoro. Ho scritto a Plantino... )> [Amhros. D. 422.) Le 9 avril nous apprenons que le départ dA- gustin a été retardé, mais qu'il a envoyé le reste du recueil, avec ses cor- rections personnelles. Enfm, dans une lettre du 24 juin 1581, Orsini expose avec détail la manière dont il conçoit sa publication : il ne veut donner que de l'inédit et il joindra les fragments des livres LXXIX et LXXK de Dion, tirés de sa collection (cf. n° 1 de son Inventaire). Le 6 juin, Plantin écri- vait qu'il attendait de jour en jour la commodité de se mettre aux « frag- ments grecs )) (Orsini à Pinelli, le 12 août). Au mois de mars de l'année suivante, le volume était achevé d'imprimer et l'auteur en recevait la pre- mière feuille; il devait avoir ses exemplaires, vers le 15 juillet, dans une balle de librairie expédiée le 1^' avril. (Lettres du 13 avril 1582 et du 5 mai. Amhros. D. 423.)
48 TRAVAUX d'oRSINI
tardé dans la publication d'un ouvrage dont d'autres copies cou - raient en Espagne, Orsini a eu pourtant l'honneur de donner l'édition princeps ; mais le texte qui lui fut envoyé ayant été pris sur la transcription deDarmarius, copiste peu scrupuleux et peu exact, il n'y a pas lieu de s'étonner qu'il ait eu tant de correc- tions à faire '. Afin de publier ensemble une masse plus considé- rable d'inédit, il y joignit un important fragment de Dion Cassius d'après un manuscrit de sa bibliothèque '.
L'année 1583 compte deux publications d'Orsini faites à Home, l'édition d'Arnobe et Minutius Félix % et les notes au De legibiis et senatusconsuUis d'Agustin. L'œuvre des deux auteurs chré- tiens avait déjà été donnée à Home : « Il y a quarante ans », dit Orsini dans sa dédicace à Grégoire XIII, « le pieux écrivain Ar- nobe a été publié pour la première fois, d'après un texte de la Vati- cane qui fourmillait de fautes et que des savants ont corrigé avec soin... Je crois, à ce propos, devoir me plaindre de la manière dont certains corrigent les auteurs. A la place de la leçon an- tique, ils en mettent souvent une à eux. Quand c'est pour les auteurs profanes, les honnêtes gens ont le cœur soulevé du procédé; on le tolère cependant. Mais pour les livres qui contiennent la doctrine de salut, comment supporter qu'un cri- tique, fùt-il sagace et perspicace, rejette la leçon originale pour y substituer une leçon arbitraire? » Pedro Chacon, espagnol d'un grand sens et fort instruit, avait remarqué dans Arnobe des er- reurs de ce genre ; sur Ta vis du cardinal Antonio Garaffa, qui aime beaucoup tout ce qui sert à éclaircir les auteurs sacrés, Chacon s'était mis à réunir et à reviser les textes de celui-ci. Il allait publier le livre avec d'excellentes et nombreuses corrections quand la mort l'a emporté, son œuvre presque finie. Il laissait par testament au cardmal le soin de la publier s'il le jugeait
1. M. Schulze signale un Schottanus, à chercher en Belgique; il suppose ({u-e c'est la propre copie faite pour lui, qu'Agustln aurait donnée au P. André SclioLt. Ce ms. aurait la plus grande conformité avec celui dont se serait servi Orsini pour sa publication (cf. Graux, p. 96). J'imagine, pour ma part, que ce Schottaniis pourrait être tout simp'ement l'exemplaire qu'Orsini prépara pour l'impression et qu'il envoya à Piantin. Le Vat. gr. 1418 sera décrit parmi les ms. d'Orsini.
2. On parlera plus loin de ce ms., le Val. gr. 1300.
3. ARNOBJI DISPVTATIONUM ADVERSVS GENIES LIBRI SEPTEM. M. MINVCII FELl-
cis ocTAvivs •• Romana ediiio posterior et emendatior . De licentia superio- rum. Romae. Ex typographia Bominici Basae. M. 1). LXXXUI. In-8. Cf. Lettere ined. del Granveile, p. 26 (l. XVII).
TRAVAUX ECCLÉSIASTIQUES 49
utile; j'ai été chargé de terminer l'édition et de la donner au public. »
Ce travail nous rappelle la part d'Orsini dans les travaux de l'érudition catholique, qui marquèrent à Rome la seconde moitié du xvi« siècle ^ Il se soumit de. bon cœur et avec dévouement à collaborer assidûment aux commissions pontificales. Cela lui rapportait moins d'honneur que de fatigue. On trouve parmi les papiers de Sirleto un billet d'Orsini qui se montre accablé de besogne : « Ce matin, des neuf heures aux douze, j'ai revu des épreuves et il faudra les revoir encore aujourd'hui; de plus, je relis mes notes et celles du P. Antonio [Agellio] à Josué, aux Juges et à Riith, afin qu'on puisse transcrire sur ces trois livres celles du sieur Pierre Morin... Il faut en outre que j'aille re- voir de nouveau le manuscrit du Vatican, pour beaucoup de choses qui ont été omises, que je communique cette revision à la commission, puis que je mette le texte au net pour Timpri- meur. Tout cela fait que je ne puis penser à commencer la tra- duction des décrets de la Réformation. Je supplie donc V. S. Il- lustrissime de surseoir avec le Saint-Père, jusqu'à ce que je vous aie parlé \ » La traduction en grec des décrets du Concile de
1. Cf. sur la question^ générale la Bihllotheca sacra du P. Lelonp^ ; les Prolegomena de Friedberg à l'éd. de Gratien, Leipzig, 1879 ; Ch. Dejob, De l'influence du concile de Trente... Paris, 1884; P. de Nolhac, Jacques Amyot et le Décret de Gratien, Rome, 1885 (Extr. des Mélanges d'arch. et d'hist.) ; etc. Sur les travaux ecclésiastiques d'Orsini, il y a une lettre ins- tructive de lui à Pinelli, écrite le 30 octobre 1582, au moment où il achevait l'Arnobe ; en voici la substance :
« L'Arnobe est fini, grâce à Dieu : vous en aurez un exemplaire. Le cardinal Caraffa m'a dit qu'on allait imprimer Tertullien de lamème manière; c'est moi qui en serai chargé ; trouvez-moi donc à Padoue ou à Venise quelques bons mss. Le cardinal m'a fait part aussi de la résolution du Saint- Père d'imprimer la Bible grecque ; ce sera encore mon affaire. » [Arabros. D. 423.) Le 14 février 1583, Orsini empruntait à la Vaticane unms. de Ter- tullien; nous avons le reçu fait par lui pour Sirleto {Vat.Reg. 2023, f. 386.) Il y a des observations d'Orsini sur ce texte dans le Vat. 5398; mais c'est Latini qui. à Rome, s'est le plus occupé de Tertullien.
2. Ce billet se trouve dans le Jle^. 2023, f. 393, parmi d'autres lettres d'Orsini à Sirleto et à Caraffa, se rapportant toutes au même ordre de tra- vaux. M. Dejob Ta déjà donné (/. c. pp. 26 et 382) ; mais j'ai cru devoir le reproduire, ma copie et ma traduction n'étant pas entièrement conformes aux siennes :
4- 111™° et R™o Sr mio Col°i°.
Questa matina dalle nove hore insino aile dodeci, sono stato intorno alla
reyisione d'una stampa, et hoggi me converràrivederla di nuovo. Oltrequesta
diligenza, rivedo le note mie, et del padre D. Antonio sopra losue, ludici et
Ruth, accioche si possino sopra questi tre libri trascrivere le notatione del
S*" Pietro Morino, le quali doveranno venire in mano di V. S. 111°^^ et oltre
NOLHAC. FULVIO ORSl.M 4
50 TRAVAUX d'oRSINI
Trente, à laquelle Orsini fait allusion, fut confiée à Mathieu De- varis et Orsini n'eut qu'à la revoir; elle parut en 1583 ^ Quant au travail dont il est occupé, on voit que c'est la révision de la Bible des Septante à laquelle le cardinal Garaffa l'avait préposé : le rôle considérable qu'il remplit dans cette grande édition col- lective, décidée depuis le règne de Pie V, est attesté par la préface au lecteur qu'il fut chargé de rédiger '. En dehors même d'une collaboration effective, la haute compétence d'Orsini comme hellé- niste lui valait de donner des conseils pour un grand nombre de publications romaines. Il vint même un temps où, la déca- dence des études grecques se faisant sentir à Rome comme ailleurs, l'auteur du Virgilius illustratus resta presque seul à les représenter.
Malgré ces excursions fréquentes et un peu obligatoires dans le domaine des sciences ecclésiastiques, Fulvio Orsini revenait bien vite à ses travaux préférés sur l'antiquité classique. 11 en était de même d'Antonio Agustin. Sa première collaboration avec Orsini remontait aux Familiae romcmae. En 1583, Orsini joignit des documents et des noies au livre sur les lois romaines
questa ancora, m'è necessario dar di nuovo uaa revisione al testo Vaticano, per moite cose tralasciate, et questa revisione comiiiunicarla coq la congre- gatione, et poi mettere in nette il texte per il stampatore. Onde per tutti questi rispetti non posso pensare, non che cominciare la traduttione delli becreti délia riformatione. Perô supplico V. S. Ili"^''- di soprasedere con N. S^e finche io le parli à bocca, che sera in brev^. Et intanto le bacio hu- miliss^e ia mano.
Di V. S. Ill^^ et R^^^
Obligatiss° ser^^^ Ful^ Orsino.
\, Cf. l'index au mot Devaris.
2. Voici le titre de cette grande édition critique : H IIAAAIA AIA0HKII KATA TOTS EBAOMHKONTA... ex auctoritate Sixti V. Pont. Max. edi- tum, Rome, typ. Fr. Zannetti, 1587 (privilège concédé à G. Ferrari le 9 mai). In-fol. Entête est la dédicace d'Ant. Garaffa à Sixte-Quint, puis vient la préface non signée et le bref du pape daté du 8 octobre 1586. On apprend que la préface est d'Orsini uniquement par ce qu'il dit dans sa dé- dicace des Notae ad Catonem etc., adressée au cardinal Garaffa. Le P. Le- long la croit à tort de Pierre Alorin. — Sur la conduite et la valeur de l'édi- tion, cf. Lelong, BibL sacra, Paris, 1723, t. I, pp. 187-190. Il cite, d'après une lettre de Morin et le témoignage oculaire de Michel Ghisler, le nom des autres collaborateurs de l'œuvre. Il m'a semblé intéressant de donner cette liste de savants et théologiens travaillant avec Orsini. Ge sont : Lelio [Landi], Francesco Turriano, P. Ghacon, Mariano Vittorio, Antonio Agel- lio ; Pietro Gomitolo, Roberto Bellarmino, Francesco Toledo, tous trois jésuites; Morin, Jean Maldonat(+ 1583), Jean Liévens (Livineius), Bart. de Valverde. Sous Pie V, il y avait eu Emman, Sa, Parra, L. Latini. La collaboration de FI. Nobili n'est bien attestée que pour l'édition de la Vul- gate qui suivit (Lelong, pp. 264 sqq.) et à laquelle Orsini ne prit aucune part.
DERNIERS LIVRES ol
et les sénatusconsultes S qa'Agustin avail envoyé à Rome dès 1581 pour l'y faire imprimer-. La contribution d'Orsini au tra- vail de son ami fut considérable. 11 fit tirer en fac-similés typo- graphiques, trente-cinq inscriptions ou fragments d'inscriptions, existant pour la plupart dans sa collection"; il les accompagna de notes importantes. Ce fut Domenico Basa, le Vénitien établi à Rome, qui imprima ce volume comme il avait imprimé l'Arnobe; il fut dès l'année suivante reproduit en France *.
Un recueil fort curieux et d'une composition assez bizarre, qui parut en 1587, mérite quelques détails ^ Orsini raconte dans sa préface adressée au cardinal Garaffa, comment il Ta com- posé. Alors qu'il travaillait à la Bible grecque chez le cardinal, en compagnie de Pedro Chacon ^ afin de se reposer d'une étude par une autre, les deux amis terminaient leurs discussions sur le texte des Septante par l'examen de quelques passages des au-
1. ANTONII AVGVSTLNI ÂRCHIEPISCOPI TARRACOXEiNSIS DE LEGIBVS ET SEXATVS
coNSVLTis LIBER, Adlunctis legum intiquarum et SenatusconsuUorum frag- mentis, cum notis fulvi vrsini. Romae, Ex Typographia Bominici Basae, CIJ. Ij. XXCIII. De licentia superiorum. In-8, 8 ff., prél. 339 pp. du texte dAo^ustin, 54 pp. numérotées séparément, avec titre spécial, pour les notes d'Orsini, enfln 10 planches contenant 35 inscriptions ou fragments.
2. Lettre-préface dAgustin à Orsini :« Proximis tuis litleris intellexi esse Romae qui cupiant in vulgus edi quas amico nostro Pyrrho Taro I. G. leg-endas istic dederam nostras de legibus... lucubrationes". . . Illud Pyrrhi nostri exemplar Bononiae cum essem scripsi ; hoc alterum, quod nunc mitto, post octo aut novem annos Romae inchoaveram. . . » Orsini à PineUi : u Monsr. Ant°. Aug''. m' ha scritto et ha mandato qua un suo volume De legibiis et sénat usconsultis da stamparsi in Roma a sue spese, bellissimo libro et pieno d'antichità; piacerà a V. S . (18 mars 1581 ; Ambras. D. 423.)
3. GL Les collect. d'antiq. de F. Orsini, pp. 43-45 (Inscr. n°^ 1 à 14 et 19.)
4. Cette contrefaçon est in-folio, infiniment plus belle que l'édition romaine ; elle porte à la fin du titre précédent l'adjonction suivante : multo quam antea emendatiiis, additis etiam locorum quorundam notis, cum duobus indidbus locupletissimis. Adiectus est lusti Lipsii lihellus de legibus regiis et XVi- ralibus. Varisiis, apud luannem Richerium... MD. XXCIV. Cum privi- légie régis. La préface du libraire est curieuse, et fort honorable pour Agustin et Orsini ; il raconte qu'étant entré dans la bibliothèque d'un con- seiller au Parlement (qui pourrait être Dupuy), il y a vu ce livre récemment arrivé de Rome, et qu'il en a été tellement enthousiasmé, qu'il Ta emprunté sur l'heure et s'est mis à l'imprimer. Cette préface est datée du 15 juin 1584. A propos des jugements portés sur le livre, cf. Mélanges Graux, p. 401. (Xolhac. Lettres inéd. de Muret.)
5. XOTAE AD M. CATO.NEM M. VARRONEM L, COLVMELLAM de Ve rUStica. Ad
Kalend. RustlcumFarnesiamim et veteres inscriptiones Fratrum Arvalium. ivMvs PHiLARGYRivs in BucoUca et Georgica Yirgilii. Nofae ad Servium in Bucol. Georg. et Aemid. Virg. veltvslongvs de orthographia. Ex bibliotheca Fulvi Vrsini. Romae in aedib. s. p. o. r. MDLXXXVII. Apud Georgium Ferrarium. Permissu superiorum. In-8.
6. Et Flaminio Nobili, dit Castiglione, p. 557.
52 TRAVAUX d'oRSINI
leurs païens. Ils s'étaient occupés spécialement du Z>e re riistica de Varron, et avaient rédigé sous forme d'adversaria le résul- tat de leurs conjectures et de leurs collations de manuscrits. C'est ce travail commun qu'Orsini a remanié et offert au public. Il y a réuni des observations sur Caton et Golumelle, provenant en partie de Giambattista Sighicelli. Pour mettre ensemble tout ce qu'il avait sur les matières d'agriculture, Orsini a ajouté des notes sur le calendrier rustique de la collection Farnèse, sur les inscriptions des Frères Arvales^ et sur la partie du commentaire deServius relative aux Bucoliques et aux Géorgiques '. Toute oc- casion étant bonne d'être utile aux gens studieux, Orsini a joint le De Orthographia de Velius Longus, corrigé avec soin ; mais, dit-il, ce qui forme la partie principale de son recueil, c'est le commentaire de Junius Philargyrius sur les Bucoliques et les Géorgiques, qu'il a découvert inséré dans un manuscrit de Ser- vius et qu'il donne pour la première fois\ Le motif véritable de la publication est même, de l'aveu d'Orsini, ce dernier document dont les savants français lui ont demandé avec instance commu- nication*.
En 1588, Orsini rendait un nouvel hommage à la mémoire de son ami Chacon en publiant la dissertation qu'il avait laissée sur la manière dont les anciens se mettaient à table et sur les repas
1. Le calendrier Farnèse est lui-même publié aux pp. 19i-199, et les dix-neuf IragiiienLs des Arvales aux pp. 213-223 ; cf. plus haut, p. 35.
2. Il y a aussi quelques corrections sur le commentaire de VÉnélie. Sur les rass. de Servius qu Orsini a utilisés et qu'il désigne par v, c. ou vi\ ce; voir l'index du présent volume, et la p. 28t de son recueil.
3. Ce ne sont, dit-il, que des extraits du commentaire plus complet de Philargyrius : « quae [excerpta] cum ego primum legissem inserta fragment© vetusLissimo Serviano (quod oliin rnihi litteris Longobardicis exaratum dono dederat Paulus Manutius favente Aldo lilio) nullius autem interposito nomiiie auctorls discreta, sed a Servianis expositionibus tantum his notis disiuncta et aliter (qua formula, id est xa\ aù^;, utuntur etiam Graeci ad indicandas expositionum varietates), suspicatus aliquando sum, id quod erat, ea scripta non esse supplementuin ad Servium, ut multi opinabantur, sed additamen- tum potius quoddam ad eius commentarium. Quae cum repererim deinde in margine codicis Virgiliani, quem item domi habeo, exscripta manu Angeli Politiani, et quidem diserte sub nomine lunii Philargyrii, illam dubita- tionem penitus sustulerunt, eoque magis quod idem Politianus hune ipsum scriptorem sub hoc titulo non solum exscripsit et agnovit, sed in suis etiam Miscellaneis [1489] nominavit. » — Le fragment de Servius en écriture lombarde ne peut être que le n° 27 des mss. latins de l'Inventaire d'Orsini (auj. Vat. 3317), et le Virgile annoté par Politien, l'imprimé latin n'^ 1 du même inventaire. Nous retrouverons ces deux volumes à leur place dans l'étude de la Bibliothèque.
4. Cf. l'index au mol Philargyrius et l'Appendice III.
Q
LES a FRAGMENTA HISTORICORUM » 5'
dans l'anliquité K Le De Iriclinio est précédé, dans l'édition ori- ginale, d'une longue dédicace d'Orsini à Sixte-Quint, consacrée en partie à plaider la cause des travaux sur l'antiquité païenne, au milieu du courant qui se manifestait alors si fortement en faveur des travaux sacrés. Il semble qu'au milieu des préoccu- pations nouvelles de la curie romaine et des savants, Orsini veuille faire excuser ses chères éludes, en les rattachant à la religion. La question du TricUnmm, dit-il, comme exemple, n'a- t-elle pas son importance pour éclaircir certains textes deTÉcri- ture? Orsini apprend ensuite que le travail de Chacon était de- meuré incomplet et qu'on le publie sur l'avis du cardinal Carafl'a, aux mains de qui le manuscrit est resté. L'appendice d'Orsini est plus considérable que le livre lui-même et fournit comme celui-ci une abondante collection de textes grecs et lalins et même quelques gravures sur bois '. Il est dédié au cardinal Peretti, neveu du pape, en témoignage de l'estime qu'Orsini a été heureux de constater chez lui pour les études antiques.
La dernière publication d'Orsini (je ne compte pas les réim- pressions, ni la nouvelle édition des Imagines) nous montre en- core une fois son nom uni à celui de son ami Agustin ^ Celui-ci était mort en 1586 et Orsini l'avait pleuré publiquement dans sa préface 3iux Notae ad Catonem. Il fît paraître à Anvers, en 1595, les fragments des anciens historiens romains, à commencer par Fabius Pictor, qui avaient été recueilHs et mis en ordre par Agustin. Mais la partie la plus considérable de ce gros volume comprend les notes d'Orsini sur les historiens romains, qui ont été si souvent réimprimées ou utilisées dans les éditions isolées de chacun d'eux. Comme toujours, il appuie sans cesse ses le- çons ou ses observations sur des inscriptions, des médailles, etc.
1. PETRvs ciAccoNivs TOLETANvs de triclinlo Romano, fvlvi vrsim appendix. Romae, m aedibiis S. P. Q. R. M.B.LXXXVIIL Apud Georghnn Fevrarium. In-8. L'appendice commence à la p. 53; le livre entier a 192 pages, plus les préfaces et les index.
2. Un bas-relief provenfint des F'arnèse, celui de la page 123, est au musée de Naples. A la p. 66, Orsini mentionne la clochette de bains qu'on trouve à la fin de l'inventaire de ses coUeclions {Coll. d'ant., p. 93 ; p. 165 du ms.) ; il nous apprend ici qu'elle fut trouvée en 15i8 aux Thermes de Dioclélien.
3. FRAGMENTA HISTORICORVM COLLECTA AB ANTONIO AVGVSTINO, emendcitCl (L
Fulvio Ursino. fvlvi vrsini notae Ad Sallusfium, Caesarem, Livium, Vel- leium, Ad Tacitum, Suetonium, Spartianum et alioii. Antverpiae^ex officina Plantiniajia, apud riduam et loannem Moretitm M.D.XCV. In-8. (Le privilège est daté dAnvers, 15 février.) La moitié du volunie est consacrée à César. Contrairement aux habitudes d'Orsini, il n'y a ni tables ni index.
54 TBAVADX D ORS INI
Comme toujours aussi, il cite le témoignage de ses amis*. Au verso du titre il y a même une note bien apparente indiquant les principaux érudits qui ont pris part aux corrections et anno- tations publiées dans le livre : Orsini y compte Agustin, Bagatto, Faerno, Pedro Chacon, Muret et Latini. Ce ne fut pas sans tris- tesse qu'il dut envoyer à Timpression cette liste de ses confrères : tous étaient morts.
A cette dernière publication d'Orsini se rattache l'accusation de plagiat qu'on a fait peser sur sa mémoire et qui n'a jamais été discutée. 11 est utile de voir de près sur quoi elle repose. Disons d'abord que les compilateurs qui ont invoqué, après Teis- sier ', le témoignage deCasaubon, ont montré qu'ils ne l'avaient pas lu ; Gasaubon a reproché à Orsini d'être mal informé des travaux des philologues étrangers à l'Italie et de refaire des ob- servations qu'ils avaient déjà faites; mais son texte ne com- porte pas la nature d'ironie qu'on lui prête". Il y a un fait plus grave et que Thomasius s'est empressé d'accueillir et de mettre en lumière dans son traité De plagio *. Orsini se serait appro- prié sans rien dire, dans son recueil relatif aux historiens latins, les notes de Pedro Chacon sur César. Jean Brant, d'Anvers, ayant reçu le manuscrit de Chacon rapporté de Rome par André Schott, l'a publié à Francfort en 1606 ; il a reproduit aussi les notes de Fulvio, mais en distinguant nettement la part de cha- cun des deux savants ^. Schott lui-même affirme, dans sa petite biographie de Chacon, que celui-ci a fait des annotations à César;
1. P. 415, Orsini signale unms. de Velleius Paterculus portant des leçons de la main de Bernardino Rutilio.
2. Eloges des hommes savans... t. IV, p. 365. Niceron a parlé des plaintes de Scaliger, Mémoires ■pour servir à l'hist. des hommes illustres, t. XXIV, Paris, 1733, p. 350; il a été copié par Millin. Niceronn'adu reste rien ajouté à la biographie d'Orsini.
3. Voici tout le passage; il s'agit des Fragmenta historicoruin, que Casau- bon remercie Bongars de lui avoir envoyés : « Ego iam per annum integrum et amplius cruciabar exspectatione eius libri : noram enim ante quadriennium fere missum fuisse ab Ursino ad Plantinianos ; beasti igitur me et sane iu- vabunt me nonnihil notae Ursini, etsi de Italis hodie quod sit meum iudi- ciumnon exspectas. Ursinus quidem doctissimus vir est, et deliteris si quis alius oplime meritus. Sed ego miror eum toties nostras Transalpinorum ignorare : emendat enim fere ea tantum, quae pridem sunt ïurnebo aliisque Transalpiiiis, ut ipsi appellant, animadversa. » {Isaaci Gasauboni epistolae.,. curante Th. Janson ah Almeloveen, Rotterdam, 1709.) La lettre, qui est de 1595, est datée du 20 mai 1594 (?).
4. Dissert, philosophica de plagio literario,., suh praesidio B. lacobi Thomasii.,. Leipzig, Christoph. Enoch [1673], §§ 583-584.
5. C. lulii Caesuris quae exstant... editio adornata opéra et studio Go- thofredi lungermanni Lipsiensis, Francfort, 1606, in-4. Les notes de Rhel-
ACCUSATION DE PLAGIAT 55
toutefois il n'adresse aucun reproche direct à Orsini, qu'il énu- mère parmi les amis du savant espagnol K Brant, moins réservé rapproche le cas d"Orsini de celui d'Aide le jeune, qui s'était attribué impudemment les notes sur César de l'Allemand Jean Rhellicanus.
11 ny a pourtant, à y regarder de près, aucune analogie à étabhr. Il est faux de dire qu'Orsini a pris le travail de son ami, tacito Ciaconii nornine 'parum verecunde, puisqu'il a fait préci- sément figurer Chacon dans la liste préliminaire des six érudits qui lui ont servi. L'auteur paye ainsi en une fois une dette qu'il eût été sans doute dans l'impuissance de reconnaître en dé- tail. Nous savons en effet, par la préface des Notae ad Catonem , que Chacon et Orsini travaillaient en commun sur le même texte ^ ; ils rédigeaient leurs adversaria sans distinguer ce qui apparte- nait cà l'un ou a l'autre, et cette distinction, souvent impossible sur le moment, le devenait plus encore après dix ou quinze années. Il est même probable que, dans la copie gardée par Chacon et retrouvée par Schott après la mort d'Orsini, une partie des notes appartient à celui-ci ; en le pubhant sous le nom de Chacon seul, les deux Flamands ont dû commettre plus d'un vol inconscient au préjudice d'Orsini. Ainsi tombe, croyons-nous, cette accusation, contre laquelle protestaient déjà le caractère du savant romain, son zèle pour la gloire posthume de ses amis et de Chacon en particulier, enfin les habitudes d'esprit dont tous ses livres témoignent.
En résumé, de toutes les œuvres échelonnées le long de la vie de Fulvio Orsini, aucune n'a été tout à fait inutile ; plusieurs ont ouvert à la science des voies nouvelles. Elles valurent à leur auteur une renommée considérable dans toute l'Europe. Ses précieuses collections et sa bibliothèque ne firent pas moins pour sa gloire. Comme elles comptaient paimi les curiosités de
licanus, Glareanus et de tous les commentateurs du xvi° siècle jusqu'à Brant ont une pag-ination spéciale ; c'est à la p. 427, qu'il faut chercher l'accusation de Brant en tête de ses Notae politicae. Les notes d'Orsini occupent Jes pp. 231-261, celles de Chacon les pp. 265-337.
1. Pages 262-265. Cette vie anonyme, reproduite avec modification dans Hispaniae WAloth: ca, est attribuée ici au P. Schott par la préface de Jun- germann. Schott mentionne Chacon comme l'éditeur d'Arnone sans nommer Orsini; mais ce qui est plus curieux, c'est qu'il fait également du savant espagnol Fauteur du Festus (attribué par erreur à l'année 1589) et ne semble mentionner Orsini que comme éditeur d'un travail de Chacon. Il y a évidem- ment chez lui la préoccupation de grossie l'œuvre de son personnage.
2. Cf. plus haut, pp. 40, 51 et 52,
56 AMITIÉS d'oRSINI
Rome, aucun étranger instruit et homme de goût n'aurait voulu partir sans avoir visité le studio d'Orsini*. Beaucoup le pre- naient pour guide dans les autres collections ou pour la visite des monuments romains. Orsini faisait accueil à tous les gens d'étude, même quand ils lui arrivaient, comme Jacques Bongars, sans recommandation aucune 2. La réception devait être, il est vrai, plus cordiale quand le voyageur lui était envoyé par un de ses nombreux amis. Sambucus de Vienne, par exemple, adres- sait en 1564 à Orsini un jeune homme nommé Philippe 'Apianus, fils du médecin honoré par Charles-Quint, avec prière instante de lui ouvrir les collections Farnèse et de le guider dans ses études à Rome : « Amabo te... doctissime Fulvi, da operam vi- deat bibliothecam vestram, videat antiquitates; commendatione tua quod dignum inspectione atque perpétue sermone dignum putas istic observet, si qui libri aut manu factae demonstra- tiones mathematicae sunt ostendas '. » Le jeune homme fut sans doute bien accueilli, car la recommandation de Sambucus était précieuse pour notre Fulvio ; mais, dans la suite, les faits de ce genre se multiplièrent au point de lui faire perdre beaucoup de temps. 11 s'en plaignait surtout quand il s'agissait de montrer des tableaux ou des antiquités à des profanes ; il confiait sa mauvaise humeur à Pinelli : « Je déteste ces étrangers qui n'en- tendent rien à la peinture, rien aux livres ni aux statues, et qui me font perdre mon temps à les leur montrer ou à leur faire visiter les curiosités de Rome, comme si j'étais l'homme le moins occupé de la terre *. »
Tous les « forestieri » de distinction, venant à Rome, enta- maient avec Fulvio Orsini des relations, qui plus d'une fois se
1. Ce terme, fort usité au xvi° siècle, comprenait les musées de tableaux, de statues, de manuscrits, de médailles et d'armes historiques. Cf. P. -G, Molmenti, La vie privée à Venise, p. 266 de la trad. franc. Venise, 1882. On peut le traduire, faute de mieux, par le mot de cabinet.
2. V. la lettre de Bongars, n» III de l'Appendice III ; elle est certaine- ment de 1586. M. Hagen place vers l'an 1580 le premier voyage de Bongars à Rome ; il y retourna en 1585; alors protestant déclaré, il est probable qu'il fut moins bien reçu.
3. Vat. 4103, f. 44.
4. « E ben vero che io horamai abhorrisco certi humoristi che, senza cognitione d'historia 0 doctrina alcuna antica, m'importunano aile volte come ancora certi forastieri, che non intendono ne artificio di pitture, ne antichilà de libri 0 statue, me consumano in mostrarli,o farli vedere le cose di Roma, che sono un chaos, et se ne vengono alla volta mia come s'io fosse lo piu sfaccendato huomo del mondo ; questi tali sô che alcuni partono mal sodisfatli. » (Orsini à Pinelli, 16 juin 1582 ; Ambras. D. 423.)
ORSINI ET LF.S TAYS BAS 57
changèrent en amitié. On en trouve les témoignages dans sa correspondance latine \ et dans plus d'un livre imprimé du xvi^ siècle. Je me borne à mdiquer ici ses principales liaisons.
Aux Pays-Bas, Orsini compta trois amis sincères : Juste Lipse, Charles Lange et Liévin van der Becke {Laevinus Torrentius), qui mourut archevêque de Mahnes. Lipsj avait connu Orsini à Rome, alors qu'il était lui-même secrétaire de Granvelle : il le voyait sans cesse et s'instruisait auprès de lui; il avoue que c'est la conversation d'Orsini, jointe à la vue des monuments qu'elle interprétait, qui développa en lui le goût des études antiques' ; cette part dans la formation de Juste Lipse n'est pas un des moindres services qu"Orsini ait rendus à la science. Toutefois, malgré la reconnaissance que le savant flamand gardait pour son initiateur, il ne paraît pas lui avoir écrit régulièrement; je ne connais de lui que deux lettres à Orsini, Tune de 1570, l'autre de 1597 "'.
Charles Ld.TigQ [Lan gins) ne vint pas à Rome, et c'est probable- ment par Lipse qu'Orsini le connut; leur passion commune pour la numismatique en fit bien vite des amis. Orsini passait pour le premier numismate deJFEurope et Lange l'admirait comme tel. Leur correspondance roulait presque entièrement sur les mé- dailles antiques. Lange renseignait Orsini sur ce qu'il achetait à Liège ou dans les environs et sur la concurrence des marchands allemands ; il lui envoyait des légendes dont il lui deman- dait l'explication, lui faisait des dons ou lui proposait des échanges, etc. *. C'était Liévin van der Becke qui, dans ses voyages à Rome, transmettait les commissions des deux savants.
1. V. parliculièrement le Vat. 4103. J'ai réuni quelques spécimens dans 'Appendice IV.
2. Cf. la lettre de Lipse de 1570 (n^ II de lAppendice IV) et Castiglione» Yita Vrs., p. 559 : « Xum^ Fulvius apud eum cardinalem interdum seu pranderet seu cenaret. is [Lipsius] pincernae munus Fulvio libens prae- stabat. ;> On constate les rapports d'Orsini avec Lipse dans la correspon- dance entre celui-ci et Francesco Benci (Burmann, Sylloges epistolarum, t. I, Leyde, 1727, pp. 70 et 75 ; lettres de 1590-92), et dans une lettre du cardinal Francesco Sforza. (Syll. epist., t. I, p. 39; lettre de 1598.) Le 5 sept. 1573, sur une fausse nouvelle, Orsini écrivait à Pinelli : « Son avvisato di Fiandra ch'ei lusto Lipsio è morto, cosa che mi dispiace grande- mente per le correltioni ch'egli aveva nel Tacito clie disegnava di stampare. » {Ambros. D. 422.)
3. Celle-ci dans Jes Opéra omnia, Anvers, 1637, in-fol. p. 293 Lovanii, XVI Kal. lunias 1597.)
4. Voir quatre lettres latines de Lange, Vat. 4104, ff. 43, 5ô, 60 et 116. La dernière est ,datée du 13 avril 1573. Celle du f. 56 est imprimée à l'Appendice IV. no III.
58 AMITIÉS d'oRSINI
Il était lui-même un numismate aussi passionné qu'eux *. Après la mort de Lange, Orsini se montra fort préoccupé, au milieu des troubles du pays, du sort de ses collections, et surtout de sa bibliothèque, la plus belle des Pays-Bas '. Il apprit avec joie que Liévin avait acquis le tout et il en reçut même quelques objets ; il manifesta aussi le désir de posséder le portrait de l'ami qu'il n'avait pas connu et Liévin le fit exécuter pour lui^
A Anvers, Orsini eut des rapports suivis avec Plantin et plu- sieurs des savants de la maison, à commencer par Geraart Fal- kenburg en lo67, pour finir en 1600 par André Schott*. Orsini
1. Les lettres de Van der Becke à Orsini, que celui-ci a conservées, sont les suivantes : Vat. 4105 (en italien), f. 51, Liège, 14 nov. 1573; f. 49, Liège, 2 janv. 1574; f. 53, Bruxelles, 22 avril 1577; Vat. 4103,1.58, Leod. X Kal. octob. 1581 ; f._96, Leod. VI Kal. sept. 1583. Dans la lettre de 1581, Van der Becke envoie à Orsini ses poèmes réédités par Plantin, en le priant d'en remettre un exemplaire à Sirleto et un autre à Gambara ; dans celle de 1583, il demande à Orsini de ne pas l'oublier, de lui en- voyer copie de ce qu'on trouverait d'inédit en fait de textes anciens, etc. — J'ai noté deux lettres du même personnage dans la correspondance de Sirleto : Vat. 6191, part. 11, f. 626, Leod. Idib. nov. 1573; Vat. 6195, part. I, 255, Leod. VIII Kal. sept. 1583. —Dans les lettres de 1573 à Sirleto et à Orsini, Van der Becke recommande un livre de son neveu Jean Lievens (Livineius) ; celui-ci écrit Ursiniis noster {Syll. epist., t. I, p. 637) et son séjour à Rome l'a certainement lié avec Orsini.
2. Cf. les lettres d'Orsini à Pinelli, Ambros, D. 422 inf, 29 août 1573, 2 janv. 1574.
3. La lettre, qui est celle du 14 nov. 1573, vaut la peine d'être transcrite : « Il studio del sig'" Langio sta ancora in quelli medesimi termini che prima. Il sig'^dottor Arias Montanus desiderava ogni cosainsieme, tanto le medaglie che li libri : ma per li cattivi tempi che corrino, adesso pare che sia relre- dato. Se Anversa fosse almeno la meta di quel che è stata, non si metteria tanto difficoltà. Hora conviene di haver patientia, lo mosso di misericordia et affettione grandissima alla memoria di esso Langio, se ben non ho troppo il modo et li tempi cattivi tanto mi toccano che li altri, ho proferto quattro cento scudi d'oro tanto per la libraria che per le medaglie et, se tra un mese di tempo non troviano meglior conditione, credo di haver ogni cosa a quel pretio, che in efîetto mi pare assai per me per aver quasi ogni cosa prima. Ma bisogna esser araico anco alli morti. Questo mentre staremo à vedere quel che la fortuna noi mandarà, et spero di puoter servir à V. S. d'una parte di queste bellezze. » (Cf. lettre de 1574.) — Suit l'annonce du portrait que Van der Becke a commandé à un peintre. On peut encore relever cette note significative sur les entraves que le gouvernement pontifical mettait au commerce des livres : « Il maie è che havemo pocha commodità di mandar libri in Italia, massime a Roma, per che li mercanti non li vo- gliono metter tra lor mercanlie per paura del Sacri Palatii, et la via délie poste Costa troppo, oitra che fanno difficoltà di ricever pieghi grandi. »
4. Selon Foppens {Biblioth. Belgica, Bruxelles, 1739, p. 394), Guillaume Ganter, dans son voyage en Italie, s'était lié avec Sigonio, Muret et Orsini. Je crois trouver aussi un témoignage des relations d'Orsini avec Abraham
ORSINI ET PLANTTN 59
connut le P. Scliott pendant son professorat au Collège Romain ^ ; quant à Falkenburg, ce fut un des savants qu'il accueillit si libéralement à Rome et celui-ci lui témoigna sa reconnaissance en s'occupant de lui trouver aux Pays-Bas un imprimeur pour ses Carmina IX feminarum ; il n'en \it pas de meilleur que Plantin, qui s'occupait déjà du Virgilius iUustratus''. Les lettres d'Orsini à Plantin n'ont pas été conservées, mais celles de Plantin à Orsini sont assez nombreuses; on les trouvera dans la corres- pondance du grand imprimeur \ Dans Tune d'elles, il l'invite à ne pas être trop pressé pour l'apparition de ses livres : 4 Les auteurs, dit-il, aussitôt leurs m^anuscrits remis, ne veulent qu'une chose, paraître; ils ne regardent point si c'est commode aux imprimeurs, qui ne savent comment tout faire marcher, surtout avec les autorités, qui sont la plupart du temps dérai- sonnables. Cette hâte des auteurs fait souvent que les livres pa- raissent imparfaits et tout différents de ce que projetaient les imprimeurs ^. ^ On a vu combien de fois Orsini eut affaire à Plantin; les livres de compte de celui-ci renferment des men- tions de livres qui lui sont envoyés comme honoraires de ses travaux ^
Orteil dans le titre d'un ms. de copies de la bibliothèque de Cheltenljam : 10431. Epistolae Fulvii Ursini, Sylburgii, etc., ad Ortelium, etc. {Catal. l Ihronim mamiscriptorum in bihlioth. I). Thnmae Plnllipps^ Bnrt., 1837, p. 169.)
1. La lettre d'André Schott à Orsini 'Antverpiae, Kal. mart. 1600) est au Vat. 4103, f. 114; il cherche à réconcilier le savant avec le graveur Théo- dore Galle et demande pour lui les notes qu'Orsini avait promis de joindre à la nouvelle édition des Imagines. Sur Schott à Rome, v. los. Castalionis observ. incriticos, éd. de 1608, p. 215.
2. V. la lettre I de l'Appendice IV.
3. Correspondance de Christophe Plantin, publ.parMaxRooses ; les vol. I et II ont paru, Anvers et Gand, 1883-85. {TJitgaven der Anticerpsche Biblio- philen, n°^ 12 et 15.; Dès maintenant je dois à l'obligeance de l'éditeur de cette précieuse publication la date de toutes les lettres qu'on trouve adressées à Orsini dans les Archives du Musée Plantin-Moretus : année 1567, oct. ; 1568, 23 janv., 21 fév., 8 mars, 13 juin, 24 juillet ; 1569, avril, 18 juin ; 1570, 2 mars: 1581, 12 févr., 22 avril, sept. : 1.593, 19 nov. : 1594, 2i mai. J'ai trouvé moi-même les oris-inaux de trois lettres de Christophe Plantin à Orsini : Vat. 4103, f. 41, 26 mars 1569 : Vat. 4105, f. 39, 6 nov. 1574: Vat. 4104, f. 239, 22 mars 1587. Cette dernière semble indiquer qu'Orsini avait songé à Plantin pour imprimer le De triclinio de Pedro Chacon. — Les lettres de Plantin à Orsini de 1567 à 1570 sont publiées dans le volume I de la Correspondance, aux pp. 203, 224, 242, 248, 282, 313, dans le volume II aux pp. 45, 55, 126 : on voit par les dates à quelles pu- blications elles se rapportent.
4. Lettre de 1574 (v. la note précédente).
5. C'est encore M. Max Rooses qui m'a donné ce détail.
60 AMITIÉS d'ORSINI
En Espagne, outre Granvelle, Orsini avait pour correspondnnts Arias Montano, bibliotliécaire de l'Escurial \ et surtout Antonio Aguslin, son collaborateur et Tun de ses meilleurs amis. Si les lettres d'Orsini ont été conservées, il faudrait les chercher en Espagne ; en tous cas, nous en avons près de soixante d'A- gustin, qui ont été jugées assez intéressantes par les éditeurs de ses œuvres complètes pour être presque toutes données au public*. Les premières sont du commencement de looQ et se rapportent en grande partie à l'impression du Festus de Venise : Agustin venait de se mettre en voyage et ne pouvait s'occuper delà chose; c'est Orsini qui la dirigeait de Rome. Le 6 avril, Agustin, croyant le volume en vente, chargeait son ami de la distribution des exemplaires à Rome ; on voit qu'il y en avait pour Ranuccio Farnèse, Orazio Orsini, Faerno, Bagatto, Egio, Latini, « Mgr de Massa * et Achille Maffei. Agustin désirait vive- ment revenir auprès d'eux; le 28 janvier 1560, il écrivait de Palerme : t Voilà notre ami Faerno bien placé au Vatican ; à toute heure, il sera à la bibliothèque". 11 m'écrit de revenir bien vite et d'autres ont parlé pour moi à Sa Sainteté. Elle a daigné me rappeler par un bref; il m'a semblé, en le recevant, voir la loi qui rappelait Cicéron de Fexil ; je vous arrive sans relard et je pense que voici un bon pontificat pour les lettrés \ » Aguslin est encore à Palerme à la fin de juillet, et son séjour à Rome n'est
1. La liaison intime d'Orsini avec Montano m'est attestée par une seule lettre écrite par celui-ci de la cour de Madrid, le 29 déc. 1576. 11 se recom- mande chaudement par l'entremise d'Orsini, à don Giulio ^Clovio] et à Gam- bara(Va^ 4105, f. 75).
2. Ant. Augustini archiep. Tarrac. opcra om/i/a, Lucques, 1765-1774, in-fol., au tome Vil. Les originaux des lettres à Orsini sont dans le Vat. 4105 et surtout dans le 4104. La publication de Lucques est incomplète et très fautive. On a publié deux autres lettres de la même collection dans les Anecdota litt. ex mss. cod. eruta, Rome, 1773 sqq. t. II; elles sont tirées du Vat. 4104, f. 327, et du 4105, f. 70. D'intéressantes correspondances ont été publiées par Uztarroz et Dormer à Saragosse, en 1680, et par J. Andres à Parme, en 180i ; les premières, qui sont en espagnol, renfer- ment de fréquentes mentions des Familiae romanae el ôes « libros viejos de Fulvio Ursino. » (V. Progresosdc la hisloria... pp. 392, 399,404,406, etc.) — Je note en passant une lettre d'Agustin à Sirlelo dans le Vat. 6194, part. I, f. 3 (6 ianv. 1581), deux nu cardinal Alciato dans le 4913, deux à Panvinio dans "le 6412, ff. 81 et 247 (1563 et 1567), etc. Je signale aussi ses lettres à Vettori, British Muséum, Add. ms. 10263. Avec tous ces do- cuments, il y aurait une élude attachante et fort instructive à consacrer à Agustin : Charles Graux l'a mis en lumière avec justice et a donné sur lui des détails différents des nôtres dans son Essai sur les orig. du fond grec de l'Escurial, Paris, 1880, pp. 280-306.
3. Faerno venait d'être nommé correcteur à la Vaticane.
4. August. op., t. VII, p. 243.
ÛRSINI ET AGUSTIN 61
pas de longue durée; on l'envoie à Trente dans Télé de 1561 ; il n'a que le temps d'embrasser Orsini à Ronciglione, sur le chemin, son ami étant en villégiature chez le cardinal Ranuccio ^ En re- vanche, « de Venise, reine des gondoles d, il lui envoie de longues lettres pour décrire les médailles grecques d'Andréa Loredano'. A Trente même, les travaux du concile ne l'absorbent pas au point de l'empêcher de rechercher des monnaies et de se livrer à ses goûts favoris ; Orsini est informé de tout, consulté sur tout, et cette correspondance est un perpétuel échange de ren- seignements archéologiques et particulièrement numismatiques. La nomination d'Agustin à l'évêché de Lerida, puis à celui de Tarragone l'empêcha de voir aussi souvent ses amis de Rome. Il se plaint un peu, comme Granvelle, de vivre en pays barbare ; à Lerida, il y avait bien un imprimeur, qu'il avait amené, et une toute petite université, « de quoi causer un peu » ; mais il n'y trouve personne de son goût et il a plus besoin que jamais, dit- il, de recevoir des lettres d'Orsini. Pour l'y encourager, il allonge les siennes, il expédie les collections qu'il fait des fragments d'historiens et de poètes perdus ; en envoyant Cinna et Galvus, il annonce qu'il en cherche d'autres, et que plus Orsini lui écrira de lettres, plus il recevra en retour de ces bons compagnons". Une seule fois, Agustin fut sur le point de se brouiller avec Rome ; Latini avait fait contre lui une épigramme qui portait, à ce qu'on peut comprendre, sur son amour immodéré des médailles ; de deux ans Agustin n'écrivit plus K II y avait, on le voit, chez ce grand homme, une sensibilité très vive; elle s'alliait avec une grande gaieté et une verve toute espagnole. Il offre ainsi à Orsini ses précieux textes inédits De legationibus : « Croyez-moi, cela vaut la peine qu'on l'imprime, qu'on le traduise, qu'on en fasse du bouilli, du rôti, des pasticci, tout ce que vous voudrez ^ » Sous cette forme familière, il exprime souvent des
1. I. c, p. 245.
2. L. c.,p. 245 (1" oct. 1561).
3. L. c, p. 348 et Vat. 4105, f. 245 (12 nov. 1566).
4. Agustin parle avec amertume de Latini, l. c. p. 261 (2 mai 1577). Orsini écrit à Pinelii le 16 janv. 1580: « Di monsig^ A. Augustino non havemo lettere e più di due anni, sdegnalo per cerli versi che li fece messer Latino, benche non doveriamo patire noi altri ; ma quell' huomo sic 7:£-:;j/.sv. » (Ambras. 1). 423.)
5. L. c, p. 258. (Il y avait beaucoup de désintéressement dans cette bou- tade.) Le 20 nov. 1559, pendant le conclave, il écrit de Palerme (p. 242) : « Pourquoi donc vos Très Révérends ne nous font-ils pas un beau pape ? j'entends un bon pape, car un beau, c'est bon pour les portraits. » Ailleurs
62 AMITIÉS d'oRSINI
idées fort graves, et je veux citer encore ce qu'il écrit à Orsini à propos des découvertes d'antiques faites par Ligorio : « Pour moi, je doute que ce soit bien la peine de déterrer toutes les statues nues ; nous n'en tirons aucune information nouvelle, et cela fait mauvais effet de voir ces dieux termes si mâles de la vigne Gesi, de la vigne Carpi, et cet Hermaphrodite avec le Satyre dans la chapelle, et la vigne du pape Jules avec toutes ces Vénus et autres légèretés. Sans doute cela sert aux savants et aux artistes ; mais les étrangers s'en scandali- sent bêtement {li Oltramontani si scandalizzano hestialmente) et fama malum vires acqiàrit eimdo. C'est ainsi que votre Urbs aima Regina provinciarum laisse perdre ses provinces ^ » Ainsi raisonnait l'évêque de Tarragone qui avait voyagé et qui con- naissait mieux que nos érudits romains le monde troublé du xvi^ siècle.
On sait la défiance qui régnait chez eux pour les pays où do- minait la Réforme ; ils avaient toujours peur d'entrer en corres- pondance avec des gens peu sûrs et d'avoir affaire à des protes- tants. Les rapports d'Orsini avec l'Allemagne étaient donc fort réservés. S'il accueiUit Gaspard Scioppius avec tant de familia- rité et lui ouvrit sa bibliothèque, c'est que celui-ci venait de se convertir au catholicisme -. Il recevait du reste des lettres écrites de Cologne par Jean Metellus'', de Bâle par Talmann, d'Augsbourg par le médecin Adolf Occo S de Nuremberg par
p. 252) : « Je reçois le Thésaurus grec de Henri Estienne ; c'est un grand cicalone qui blâme les autres et n'est pas parfait. » Les mots piquants d'A- gustin éclatent brusquement au milieu des discussions de numismatique ; parfois même il fait servir l'archéologie à des parodies amusantes, comme dans la lettre où il établit ses titres au droit de cité (p. 233).
1. Dans la lettre du 12 nov. 1566.
2. Il était à Rome en 1599 ; il y a à la bibliothèque de Berne une lettre où il explique les motifs de sa conversion à Jacques Bongars : « Romae, in aula cardinalis Madrucii a. d. 30 oct. 99. » V. plus haut, p. 42.
3. V. plus haut p. 6. Le Vat. 4103, f. 112, contient une lettre à Orsini (VIII Kal. lun. 1578) où Metellus se réclame de son amitié étroite avec Agustin et des souvenirs de Panvinio et d'Egio, très liés avec lui quand il était à Rome, Il parle des écrits de Panvinio ce quorum, ut audio, es haeres », et demande, pour ses travaux de chronologie, la collection d^s éclipses antérieures à l'ère chrétienne, que Panvinio avait faite et devait lui envoyer. Il a su par Agustin l'apparilion des Familiae Romanae, mais il ne les a pas vues : « quae enim istic eduntur nunquam hue perveniunt. » Cf. Corresp. de Plantin, p. p. M. Rooses, t. H, p. 127. — V. de Metellus une grande lettre à Sirleto sur les affaires religieuses des Pavs-Bas (Colon. VHI. Kal. maias 79) dans le Vat. 6193, part. H, f. 411.
4. Avec Talmann et Occo, Orsini entretenait une correspondance exclu-
ORSINI ET L'ALLEMAGNE 63
Paul MelissQs ^ 11 fut aussi extrêmement serviable pour Jean Gruter et pour ses amis, Marc Velser, Gutenstein, etc., et nous avons constaté déjà sa part de collaboration dans la préparation du Corpus *.
Parmi les érudits allemands liés avec Orsini, Jean Sambucus et Sylburg méritent une mention spéciale. Le savant viennois avait visité Rome en 1563'. Il y avait fait de nombreuses rela- tions, notamment avec Achille Estaço, Paul Manuce et le cardinal Sirleto. Dès 1564 commençait sa correspondance avec Rome ; les médailles et les manuscrits y jouaient un grand rôle * ; il envoyait des inscriptions à Orsini et lui demandait en échange, ainsi qu'à Sirleto, des secours et des collations pour son Dios- coride^. En 1583, Frédéric Sylburg fut mis en rapport avec Orsini par Sambucus ; il préparait alors à Francfort, chez Wechel, son édition de Denys d'Halicarnasse, et désirait se servir des corrections qu'Orsini avait faites sur ce texte. Après avoir tardé
sivement numismatique, comme le prouve la iettre de ce dernier au Vat. 4103, f. 9(Aug. Vind. postr. Kal. nov. 1590).
1. Lettre V de l'Appendice IV.
2. V. p, 36. Scioppius parle en janvier 1600 des services qu'Orsini rend au recueil de Gruter : « ... alias quoqueplures [inscriptiones] a Fulvio et Horatio de Valle IGto Romano et loseplio Gastalione impetrarem, ut sperem Gruterum magnum libro illo facturum operae pretio. » (Burmann, Syll. epist., t. II, p. 49.)
3. Le ms. tliéologique grec 96 de la bibliothèque impériale de Vienne (com- mentaire de Nicétas sur seize discours de S. Grégoire de Nazianze) -a été acheté de Fulvio Orsini par Sambucus en 1563, comme l'indique à la fm une note autographe de celui-ci signalée par Lambecius. Comment, de Aug. Bi- blioth. Caesarea Vindohon., éd. Kollar, 1. III, p. 495.
4. Voici la date des lettres à Orsini: Vat, 4103, f. 44, idib. apr. 1564 (v. plus haut p. 55) ; Vat. 4105, f. 90, 16 Kal. oct. 1575 ; f. 91, 8 déc. 1575 ; Vat. 4104, f. 155, 6 août 1578 ; Vat. 4103, f. 102, Kal. sept. 1582 ; Fai. 4104, f. 113, 15 nov. 1583. Dans cette dernière lettre, il dit qu'il envoie le De legationibus d'Orsiui jusqu'en Pologne, pour offrir à des gen- tilshommes ; à voir aussi pour Henri Estienne, qui abandonne presque l'imprimerie et <.< suo se genio solo iam oblectet ».
5. Vat. 6191, part. 11. f. 448 (Vienne, 9 fév. 1573) :.... « Guius autem praecipue causa ad. V. 111. A. scribo, est ut suppliciter exorem aliquod subsidium in editionem Dioscorideam, qua de re saepe Fulvium Ursinum... impetravi. Quartus instat annus, cum id consiiium ceperim ; coepta col- latione aliquot manuscriptorum vetustissimorum codicum, a multis adiutus sum viris doctis, qui lecLioues suas indicibus perscriplas ad me miserunt. Sola Uoma deest, hoc est commoditas bibliothecarum et aliquorum ami- corum, qui cuQi scriptis editione graecolatina parisiana per paginas collatis
observationes submittant. Obsecro, Doctiss. Gard da negocium Fulvio
velaliis... (En post-scriptum :) PauUo Manutio ternas de ipso hoc negocio scripsi; nihil respondet. » — Le 8 déc. 1575, c'est à Orsini que Sambucus s'adresse (Vat. 4105, f. 91) : « Mando per il R°^° Vescovo Delphino Nonsio di S. S*a quelli rami di lege Thoria... Solamente priego che mi mandiate
64 AMITIÉS d'oRSINI
assez longtemps, Orsini se décida à envoyer son manuscrit par l'enlremise de Pinelli ^ ; mais il arriva un peu tard, quand l'im- pression était assez avancée, et on ne put en utiliser qu'une pe- tite partie. Sylburg offrit un exemplaire au cardinal Farnèse, un autre à Orsini, et demanda d'autres notes réunies pnr Orsini sur les auteurs de VHistoire Auguste; il comptait aussi sur lui pour l'aider à publier Zosime, dont il n'avait pu se procurer en Allemagne qu'un texte tronqué". Orsini se souciait peu, je crois, de collaborer à l'édition d'un historien aussi suspect pour l'or- thodoxie qu'était alors Zosime^; il trouva pour prétexte qu'on avait fait trop peu de cas à Francfort de ce qu'il avait envoyé sur Denys pour qu'il prît la peine de faire d'autres envois*. Sylburg ne se laissa pas décourager par ce refus ; nous le re- trouvons plus tard en 1593, obtenant d'Orsini des notes sur Théodoret, et renouvelant ses instances pour chacune de ses nombreuses publications sacrées ou profanes ^
Si Fulvio Orsini se méfiait des Allemands, il aimait moins encore les Français^. Le plus célèbre des Français résidant à Rome, Muret, ne paraît pas avoir eu son entière sympathie ^ 11 avait cependant avec lui une certaine intimité ^ ; et peut-être lui
quelle osservatione in Dioscoride. Et benche il mio Dioscoride ho già man- dato alla stampa correlo per 7 copie antiche e niiei aitre osservatione rare délie plante e notis adjectis de Controversiis Herbariorum xat p'.^ot6[j.wv, tamen si mandarele e si sarà qnalche cosa digna, subito manderô al Henrico Stephano, che li nieUa in el lermio. lo ho trovato molti capi legitimi non visti del Dioscoride, etc.. Salulate il nostro Stalio dotlissimo et Fonteio, ante omnes Rmu^ cardinalem Schirlettum [sic] patronum iiteratorum litera- tissimum. »
1. Lettre d'Orsini à Pineili, 26 janv. 1585 {Ambros. D, 422).
2. Cf. Lettre VI de lAppendice IV.
3. V. les Lettres 'médites de Muret publiées dans les Mélanges Grait.v^ Paris, 1884, pp. 390, 392, 394. Je reviendrai très prochainement sur la question de Zosime en publiant la Correspondance entre Claude Dupuij et Gianv. Pinelli. ^
4. Une copie de la lettre d'Orsini (Rome, 7 fév. 1588) a été envoyée à Pinelli et se trouve dans V Ambros. B. 423 mf. f. 234. De même une copie d'une lettre de Sylburg (Francfort, 2 nov. 1587) se trouve au f. 230 du même manuscrit.
5. Cf. lettres VII et VIII de lAppendice IV.
6. La plus ancienne relation française d'Orsini dont je trouve trace est avec Joachim du Bellay ; le fait est rendu au moins vraisemblable par leur liaison commune avec Possevino (v. plus haut p. 7) et aussi avec Annibal Caro, Basilio Zanchi et Lorenzo Gambara ; on verra en effet des épi- grammes dédiées à tous ces amis d'Orsini dans les loachimi Bellaii Andini poematum libri quatuor, Paris, F. Morel, 1558, ff. 17 et 18.
7. Lettre à Pinelli du 14 octobre 1580: c Dal Mureto non bisogna pen- sare haver cortesia, perche è huomo troppo inleressato. » {Ambros. D. 423.)
8. Il V a deux billets de Muret à Orsini, indiqués par M. Dejob {De l'in-
ORSINI ET LA FRANCE 65
devait-il la connaissance de ces « gentilshommes limousins », qui, vers 1583, donnaient à noire Romain, curieux de toutes choses, des leçons de provençaP. Il travailla aux côtés de Pierre Morin,