imminirnifi —
lUmMIirifliflBlllBB— Wtt
iwmnnnimiwaM
COLLECTION POOR CÉTUQE DES ANTIÇUITÉS NATIONALE:
LA LANGUE GAULOIS
PAR G.DOTTIN
PARIS
lEBRAmiE G.KLIN
LA LANGUE (lAULOISE
Précédemment paru dans la même collection.
G. DoTTiN, Les anciens peuples de l Europe, iii-S*^ relié, 6 fr.
COLLECTION POUR L'ETUDE
DES
ANTIQUITÉS NATIONALES
II
LA LANGUE GAULOISE
COLLECTION POUR L ÉTUDE DES ANTIQUITÉS NATIONALES
II
LA
LANGUE GAULOISE
GRAMMAIRE, TEXTES ET GLOSSAIRE
Georges DOTTIN
DOYEX DE LA FACULTE DES LETTRES DE RENNES
PARIS LIBRAIRIE G. KLINGKSIECK
dl, RUE DE LILLE, 11 1918
Tous droits réservés.
m 87 W5«
Copyright by d. Klinck:iLeck, 191 S.
Le livre de M. Dottin renferme tout ce que nous savons de la langue gauloise, c'est-à-dire de la langue parlée dans la Gaule, il y a deux mille ans, par les peuples qui s'appelaient les Gaulois.
Ce que nous savons de cette langue est malheureu- sement fort peu de chose : quelques mots, conservés par les Anciens ; beaucoup de noms propres, dont le sens est souvent douteux ; un lot assez restreint d'in- scriptions, plus faciles à déchiffrer qu'à traduire. Si le vocabulaire ne nous est point inconnu, la structure de la langue, qui est l'essentiel, nous échappe à peu près complètement. Ce livre, si copieux soit-il, n'est donc qu'un monument d'attente en vue d'un avenir qu'on a le droit d'espérer.
Je dis qu'on a le droit d'espérer un avenir qui nous fera connaître, de la langue gauloise, beaucoup de ce que nous ignorons. La manière dont nous avons appris ce que nous savons d'elle est, en efTet, une très sûre garan- tie que des faits nouveaux et importants viendront, à très bref délai, satisfaire notre curiosité scientifique. Regardez, dans le livre de M. Dottin, l'ignorance en laquelle, au xvi^ siècle, on vivait de la langue gau- loise ; l'étonnement dans lequel, il y a moins d'un siècle, la découverte des premières inscriptions cel- tiques plongea nos plus anciens maîtres; la surprise
VI
et la joie à moitié délirante où nous mit, il y a moins de vingt-cinq ans, le calendrier de Coligny : la stu- peur avec laquelle on accueillit, quelques années après, la tablette magique de Rom, la première inscription renfermant quelques phrases en langue celtique. Si le livre de M. Dottin avait été composé en 1880, il n'eût pas eu vingt pages. Il en a plus de deux cents, dont pas une n'est inutile. L'enrichisse- ment rapide de nos connaissances nous fait présager de très glorieux lendemains. On peut dire que ce livre travaille surtout pour annoncer et hâter l'avenir.
Voilà pourquoi nous avons été heureux que M. Dottin consacrât une très longue partie de son livre à des études historiques sur l'érudition es lettres celtiques. D'abord, l'histoire de cette érudition est un chapitre de l'humanisme, de l'esprit scientifique, ou, plutôt, de l'acheminement progressif de l'esprit vers des conclusions scientifiques, et rien de ce qui touche aux efforts intellectuels de nos ancêtres ne doit nous être indifférent. Puis, M. Dottin nous montre les erreurs qu'on a commises dans la méthode ou dans les conclusions, et connaître des erreurs c'est se rappro- cher de la vérité. Enfin, il y a pour nous un encou- ragement à constater tout ce que l'on ignorait il y a cent ans, à mettre en regard tout ce qu'on sait aujourd'hui : il résulte beaucoup de réconfort de ces chapitres rétrospectifs, et, même en matière scienti- fique, l'espérance est un gage de progrès.
Nous savons gré à M. Dottin de n'avoir point été méprisant à l'endroit des modestes ou audacieux cher-
VII
cheiirs qui, dans les temps passés, ont émis sur la langue celtique tant d'étranges hypothèses. Leurs besognes n'ont pas été inutiles ; elles ont attiré le monde savant vers les questions de nos origines linguis- tiques ; et à travers mille erreurs il reste toujours une part de vérité. Plus nous saurons sur la Gaule d'autrefois, plus nous serons indulgents pour les ini- tiateurs, depuis Ramus jusqu'à Le Brigant, et il n'est pas jusqu'au faussaire Annius de Viterbe qu'il faille se garder de négliger : je suis convaincu, pour ma part, qu'il a eu sous les yeux des documents, en par- ticulier des scholiastes, qui nous manquent et qui auraient une valeur réelle. Ramus, tout différent de lui, est la droiture, la conscience, la sécurité même ; et il n'allègue rien, sur les Gaulois, qui ne soit dans les textes ; celui-ci est un modèle, du genre de Tille- mont, et dont l'exemple est toujours à méditer. Le Brigant est, lui, le type de la hardiesse, j'ose dire de l'imprudence presque démesurée dans l'hypothèse, le type de la demi-science appliquée aux plus déconcer- tantes visions ; et cependant, tout n'est point ridicule chez lui, par exemple dans sa prétention à voir en son nom de Le Brigant la survivance d'une population maîtresse de tout l'Occident : car, précisément, le radi- cal brig- est un des radicaux les plus universellement répandus dans cet Occident au troisième millénaire avant le temps actuel ; il est, ce radical, une des preuves les plus nettes qu'une seule et même langue était parlée entre les Sierras et le Danube, les Apen- nins et la mer d'Ecosse, et il y a une intuition de
3006 .01
VIII
l'avenir scientifique dans les élucubralions de Le Bri- gant. Je cile à dessein ces trois noms comme repré- sentant chacun une modalité de la vie scientifique d'autrefois : le pastiche, la conscience, 1 imagination.
Malgré les moissons qui nous attendent, il est cer- tain que la langue gauloise demeurera éternellement une sacrifiée dans la science des langues d'autrefois. Il nous manquera toujours, pour la connaître, ce que nous savons des langues ses contemporaines, le latin ou le grec, il nous manquera la littérature, poétique ou en prose, c'est-à-dire ce qui nous aiderait le mieux à apprécier sa structure profonde, sa valeur intellec- tuelle, son rôle comme instrument de l'esprit humain. Les plus longs documents que nous pouvons espérer d'elle ne seront jamais que des documents épigra- phiques, statistiques, textes juridiques, graffiti popu- laires.
Victime, la langue gauloise le restera donc. Nous serons tentés toujours de méconnaître les services qu'elle a rendus à la civilisation.
Je dis services et civilisation, non pas parce que j'écris sur terre qui fut gauloise, non pas par chauvi- nisme rétrospectif, mais par conviction al)solue. C'est être mauvais savant et piètre historien que de juger les choses d'autrefois uniquement d'après ce qui nous reste d'elles, il faut voir aussi leur place dans le monde, il faut, si hardie que soit cette expression, il faut deviner ce qu'elles ont valu, je dis deviner par la réflexion. Voici une langue, la langue gauloise, dont
IX
le domaine a été presque aussi étendu que celui du lalin ou que celui du grec. Elle a été parlée du pied des monts Grampians jusqu'au sommet des Apennins, des bords de l'Elbe aux bords du Danube ; on Fa comprise près du Bosphore et sur Flda de Phrygie : et vous ne voulez pas croire que cette langue a joué dans l'histoire du monde un rôle à peine inférieur au rôle du latin et du grec, elle qui a servi de lien et de communion aux pensées et au commerce de près de cent millions d'hommes? — Oui ; mais il ne nous reste rien d'elle. — Disant cela, vous dites une double injustice. D'abord vous transformez en motif de condamnation le résultat d'un hasard. Et ensuite vous oubliez que si elle n'a rien laissé, ce n'est pas parce qu'elle n'a point produit. Je le répète avec tristesse et colère : misérables sont les historiens qui ne comprennent le passé que par les restes de ce passé : ils le tuent, si je peux dire, une seconde fois. La langue gauloise a eu le grand lort, qu'elle a partagé avec l'indo-européen primitif, de ne pas être une langue écrite ; les Celtes trouvaient plus beau, plus noble, plus pieux, de parler, d'entendre et de se souvenir. Ce n'est pas à dire qu'ils ne parlassent pas fort bien. Les langues seulement parlées ont parfois, me disait M. Meillet, des beautés supérieures qui manquent aux langues écrites. Toutes les formes de la littérature étaient représentées chez les Gaulois : la rhétorique, où excellaient tous leurs chefs de guerre ; les épopées cosmogoniques, histo- riques ou éthiques, composées par les druides ; les poésies lyriques ou les chants satiriques des bardes.
Je vous assure qu'il y avait chez eux l'équivalent de V Iliade ou de la Genèse, des Atellanes ou des odes de Pindare. Je vous assure que cette littérature était aussi riche, plus riche même, que celle de Rome avant Ennius. La langue gauloise rendait beaucoup à ceux qui s'en servaient.
Tout cela a disparu pour toujours. Aucun historien de Tavenir n'en connaîtra jamais rien. Un des plus nobles chapitres de l'esprit humaiii nous sera éternel- lement caché.
Je ne pardonne point à Rome et à César d'avoir été la cause de ce meurtre intellectuel, venant après d'autres meurtres. Hé quoi î Charlemagne a eu la pensée de noter les chants populaires des Francs ; et
personne dans l'Empire romain n'a eu l'idée de trans-
«
crire des poèmes de druides ou des strophes de bardes? Comment était donc faite l'intelligence de ces maîtres du monde, s'ils n'ont pas vu la beauté de ces œuvres de vaincus, s'ils n'ont pas compris le devoir de les conserver? Rien ne fait mieux sentir l'in- croyable petitesse morale du grand Empire romain, que le dédain des pensées et des lettres qui ne venaient pas d'eux-mêmes ou de la Grèce. Débarrassons-nous, une fois pour toutes, de notre admiration convenue pour les formes impériales du passé, somptueux édifices qui ne sont que des façades, enveloppant sur- tout des cadavres d'hommes et des souffrances de patries.
Notre regret, de la disparition de cette langue, est
XI
d'autant plus grand qu'elle n'a pas été seulement une langue, c'est-à-dire l'instrument d'une civilisation collective, mais qu'elle a été aussi, dans l'histoire générale de l'Europe, une langue maîtresse et primor- diale. Ne croyez pas que je veuille, à la manière d'un Le Brigant ou d'un La Tour d'Auvergne, voir en elle la langue universelle de l'Ancien Monde, ancêtre ou aïeule de toutes les autres ; mais cependant il faut regarder ce qui a été.
Ce qui a été, c'est, je le répète, que la moitié de l'Europe, au moins, entre 400 et 150 avant notre ère, a parlé le gaulois. C'est, ensuite, que le gaulois se rattache étroitement à la forme la plus ancienne de l'unité linguistique de l'Europe. Voici du moins ce que, depuis près de trente ans, j'ai commencé à penser de l'histoire du gaulois, et ce que j'en pense toujours.
Lorsque l'unité' indo-européenne, ou, ce qui vaut mieux, lorsque l'unité européenne fut brisée, il resta toujours, maîtresse de tout l'Occident, l'unité italo- celtique, c'est-à-dire une langue parlée en Gaule, en Italie, en Espagne, dans les Iles Britanniques, dans la vallée du Danube, même dans la Basse-Allemagne au moins jusqu'à l'Elbe. Et c'est cette unité dont les Anciens ont conservé un vague souvenir en parlant des temps « ligures » qui, ont-ils dit, embrassaient tout rOccident.
Puis, un beau jour, et pas très loin de l'an mille avant notre ère, cette unité italo-celtique s'est décom- posée à son tour. Il y a eu d'un côté la langue italiote et
XII
de l'autre la langue gauloise. Il n'est guère de linguiste, aujourd hui, qui n'admette de profondes ressemblances entre le garlois et les langues de l'Italie, ressemblances qui dénotent une parenté originelle, tout ainsi que les similitudes entre les différentes langues romanes décèlent une commune origine latine.
Cette parenté, cette ascendance unique explique pourquoi tant de mots celtiques, voire de formes gram- maticales, se retrouvent en latin et en osco-orabrien ; et M. Dottin, après avoir accepté toutes les ana- logies qu'on avait autrefois signalées, a eu le mérite, dans ce livre, d'en observer de nouvelles. J'ai été heureux en particulier de le voir noter, encore qu'avec une nécessaire timidité, certaines correspondances du celtique plus fortes avec 1 osco-ombrien qu'avec le latin : et cela est naturel, car le latin, plus proche de la mer, plus en c it- . avec des allogènes, a dû évo- luer plus vite que «mbrien des Apennins.
Le gaulois de o^n côté a dû, dans ces régions lointaines de l'Europe où arrivaient si peu de mar- chands, le gaulois a dû évoluer moins vite encore que les langues italiotei<, demeurer beaucoup plus voi- sin de ritalo-celtiquQ ou du ligure primitif, et, par- tant, de l'européen originel. C'est du moins ce que je pense.
Par conséquent, entre la langue dite ligure et la langue gauloise, je n'admets pas plus de divergence essentielle qu'entre le latin de Grégoire de Tours et le français des Serments de Strasbourg. Faire des Ligures l'opposé des Celtes est pour moi la négation
xni
même des faits historiques. Ils se tiennent, comme les Gallo-Romains de Charles le Chauve tiennent aux Galio-Romains de Drusus ou de Claude. Jiai cherché, je puis presque dire à la loupe, tous les vestiges lin- guistiques fournis par les textes, par l'anthroponymie ou par la toponymie dans les pays soi-disant de langue ligure. Je n'en ai pas trouvé un seul qui ne puisse s'expliquer parla langue gauloise.
Celle-ci donc est la fille de la langue italo-celtique la plus semblable à sa mère, et par suite, — j'ajoute ici sans doute ou peut-être — la petite-fîlle de la langue indo-européenne la plus semblable à son aïeule. Con- naître le gaulois, c'est donc se rapprocher davantage de la connaissance des origines européennes, de la solution de ce problème qui est le plus passionnant peut-être de l'histoire de l'humanité.
Si cela m'était permis ici, je "ni'^ titrerais que cette idée, que cette hypothèse, à laque '^^eut-être certains linguistes feraient des objections, «^ouve sa confirma- tion, non pas seulement dans des faits linguistiques, mais dans des faits archéologiques de tout ordre : insti- tutions, religions, manières de ombattre et de gou- verner. J'aperçois à chaque instant, dans le monde cel- tique avant notre ère, des vestiges qui me rappellent la plus ancienne Italie et des vestiges qui me font songer à l'Indo-Européen primitif. Je ne dis pas que le Gaulois soit pareil à ce dernier, loin de là. Mais entre tous les hommes du passé, il est encore celui qui diffère le moins du grand aïeul, ancêtre et fondateur des âmes souveraines de l'humanité.
XIV
Voilà pourquoi le livre de M. Dottin vient à son heure. Voilà pourquoi, si spécial qu'il paraisse, il touche à tous les problèmes de notre histoire primi- tive. Voilà pourquoi, du sol français où il a ses racines, il peut étendre son influence sur toutes les nations qui, aujourd'hui encore, se réclament du nom de l'Europe.
Camille Jullian.
15 août 1918.
AVANT-PROPOS DE L AUTEUR
Ce livre contient à peu près tout ce que l'on sait de la langue des Gaulois. Mais le mot Gaulois y est pris au sens restreint d' a habitants de la Gaule ». Il y a quelque intérêt, si l'on veut que les problèmes qui concernent la langue gauloise soient posés claire- ment, à ne pas étendre à tous les pays occupés plus ou moins longtemps par les Celtes le champ, déjà vaste, des recherches linguistiques. En ce qui touche l'onomastique, qui est de beaucoup la plus riche matière dont nous disposions, il apparaît dès main- tenant que certains noms relevés comme celtiques sont caractéristiques de l'Europe centrale ; d'autres noms sont propres aux Iles Britanniques. Peut-être les uns et les autres ont-ils aussi été employés en Gaule, mais il est aussi vraisemblable que des diffé- rences importantes aient, dans l'Antiquité comme de nos jours, séparé, de ce point de vue, les divers dia- lectes celtiques K On ne trouvera donc ici que les noms et les mots dont l'usage est attesté en Gaule '^.
1, Cette question spéciale sera traitée dans l'Introduction au Lexique des noms gaulois de personnes, qui paraîtra dans la Collec- tion pour Vétude des Antiquités nationales.
2. Les quelques mots celtiques étrang-ers à la Gaule et cités à titre de comparaison dans le Glossaire sont entre [ ]. Je ne me dissi-
1
XVI AVANT-PROPOS
Ces noms et ces mots ne sont pas. sans doute, tous d'origine celtique : ils doivent être mélangés d'élé- ments divers empruntés aux peuples qui ont pré- cédé les Celtes dans notre pays, ou avec lesquels les Celtes ont été en contact. De ces peuples nous ne savons que peu de chose, et. comme nous ignorons presque complètement leurs langues ^ leur apport linguistique n'a pu être précisé. D'autre part, l'absorp- tion par la langue latine des éléments du gaulois quelle a pu assimiler et que les langues celtiques des Iles Britanniques n'ont point conservés empêche de reconnaître la nationalité celtique à des mots qui appartenaient sans doute à la langue gauloise, mais que nous n'avons aucun droit d'admettre dans un glossaire gaulois tant que les moyens de déterminer leur origine nous feront défaut. Il y a donc, dans le glossaire qui termine ce livre, des mots qui ne sont pas celtiques et il y manque des mots dont la qualité celtique n'a pu être reconnue.
Malgré l'effort que j'ai fait pour admettre le moins possible de formes hypothétiques, je ne dois pas dissimuler au lecteur que notre science du gaulois est fondée, pour la plus grande part, sur des étymologies, toujours discutables, de noms propres.
La première partie de ce livre, outre l'histoire de
mule pas que si, pour les noms de lieux, il ne peut y avoir doute sur la provenance, la présence en Gaule de tel ou tel nom de per- sonne ne suffît pas à en attester Torigine gauloise.
1, Sur ces peuples, voir le tome I de la Collection pour l'étude des Antiquités nationales.
AVANT-PROPOS XVK
la philologie gauloise et la comparaison du gaulois avec les autres langues indo-européennes et spécia- lement avec les autres langues celtiques, comprend l'étude des sources et quelques notions grammati- cales ^ ; la seconde partie contient les textes (inscrip- tions et manuscrits) ; la troisième partie est constituée par le glossaire 2. Un index alphabétique permet de retrouver les détails que la table générale ou les titres courants n'indiquent pas avec assez de précision.
Rennes, le 1^'' octobre 1917.
1. Il ne peut être question d'écrire une grammaire du gaulois^ pour laquelle les éléments les plus essentiels nous font encore défaut.
2. Je remercie M. C. Jullian de m'avoir fait part des observations que la lecture des épreuves lui a suggérées.
PREMIÈRE PARTIE
LA LANGUE GAULOISE
LA LANGUE GAULOISE
Les anciennes théories sur le gaulois. — La méthode histo- rique ET comparative. — Le vieux-celtique continental.
Les mots gaulois transmis par les Grecs et les Romains. — Les mots des inscriptions gauloises. — Les alphabets des inscriptions gauloises. — Les variantes des manuscrits et des inscriptions. — Histoire du celtique de Gaule. — Les traces du celtique dans les langues romanes. comparai- SON DU GAULOIS ET DU VIEUX-CELTIQUE INSULAIRE. RaPPORTS
DU GAULOIS AVEC LES AUTRES LANGUES INDO-EUROPÉENNES.
Histoire de la philologie gauloise.
LES ANCIENNES THÉORIES SUR LE GAULOIS
La langue principale parlée en Gaule avant la conquête romaine est désig-née par le nom de gaulois ou de celtique de Gaule. Nous la connaissons mal. A l'époque la plus ancienne, nous ne trouvons que des noms propres et quelques noms communs. Plus tard, aux matériaux onomas- tiques s'ajoutent des inscriptions, dont le sens est encore obscur. Aussi, les savants ont-ils tenté d'acquérir indirec- tement les renseignements qui ne leur avaient pas été transmis directement. Ils cherchèrent à tâtons leur route et s'égarèrent en de multiples erreurs, jusqu'à ce que la méthode comparative, qui date seulement du milieu du xix^ siècle, leur permît d'arriver à des résultats incontes- tables.
4 LA LANGUE GAULOISE
Retracer brièvement ici l'histoire de ces erreurs ^ n'est ni superflu ni inutile. Des hommes desprit et de talent v ont attaché leur nom. Elles ont persisté jusqu'à nos jours. Réfutées dans les revues scientifiques, elles se répandent par les revues générales 2, par les journaux 3, par les livres. Ceux qui les propagent n'ont pas cette froide sérénité qui n'agit guère sur l'opinion publique ; ils sont enflammés du vibrant enthousiasme qui entraîne les foules, ils font figure d'apôtres plutôt que de savants. C'est, et ce sera sans doute encore, la raison de leur succès.
C'est dans l'ouvrage formé de textes apocryphes par Annius de Viterbe * 1432-lo02'i. que l'on trouve pour la première fois une liste de noms gaulois ; c'est celle des
1. Cette histoire a été écrite par M. Victor Tourneur, Esquisse d'une histoire des études celtiques^ Liège, 1905. p. 188-206, livre que j'analyse et complète ici. Un résumé sur l'origine du gaulois est dans ['Histoire littéraire de la Finance, p. 62-65. Une bibliographie des livres anciens relatifs à la langue des Gaulois se trouve chez Lelong et Fontette, Bibliothèque historique de la France, 1768, I, p. 219-248. Cf. Mémoires de F Académie celtique, IV 1809), p. 321-324. Voir C. Jullian. Histoire de la Gaule. II, p. 360, n. 4 ; p. 363, n. 4.
2. En janvier 1905, la Nouvelle Bévue publiait (p. 145-162^ une explication des inscriptions gauloises par le français, Tallemand et l'anglais, où PO CARADITOXV est traduit par « peu donc qui a roue dit cela à homme alors », et REMI FILIA par «j'ai rendu la fille )'. Quant à l'inscription des tours Seguin à Nîmes : Ea/.tyYop£'.Ç Kovo:ÀÀ£oç, elle signifierait : " Obliquement en ce que ici fugitif esquivé je viens au roi {de Nimes , qui quand je ne dis pas ille (quand je ne parle pas latin ne lutte pas contre le oui (ne proscrit pas le patois gaulois). »
3. Voir par exemple, Le Bhin français, journal panceltique, qui publiait en 1917 les Origines gauloises de La Tour d'Auvergne.
4. Commentaria fratris Joannis Annii Viterbensis. super opéra diversorum auctorum de antiquitatibus loquentium confecta. Rome, 1498. Cf. la liste des rois gaulois chez P. Bertliault, Florus gallicus sive rerum a veleribus Gallis bello gestarum epitome, Caen, 1581 ; J. Le Maire de Belges, Les illustrations de la Gaule et singularités de Troye, 1548, réimprimé par Stecher. Louvain, 1882-1891; Jacques de Guyse (xiv« siècle;, Histoire du Hainaut, éd. Fortia dX'r- ban, 1826-1838: J. de Charron, Histoire universelle de toutes nations et speciallement des Gaulois ou François, 1621.
LES ANCIENNES THÉORIES S
rois g-aulois, soi-disant tirée de Bérose et du sixième livre de Diodore de Sicile. Ces noms avaient été créés à l'aide de mots plus ou moins gaulois cités par les Anciens : Samothès d'après Sotion i, Magus d'après Pline 2. Sarron d'après Diodore ''^Dryiudes d'après Lucain^, Barclus d'après Diodore ^ et Strabon ^, Longo d'après le nom des Lingons^ Namnes d'après le nom des Namnètes, Celtes d'après le nom des Celtes, Galathes d'après le nom des Galates. Beatus Rhenanus (1485-lo47) affirme que le gaulois était différent du germanique, et que, d'après certains auteurs, il est identique à la langue des habitants de la Grande- Bretagne ''. Pour Guillaume Postel (1560-1681), le breton, et le français sont la même langue; la parenté du gaulois et du grec se prouve en rapprochant des mots grecs de mots français ^. Guillaume Paradin (loi 0-1 390), au con- traire, soutient que les Gaulois parlaient une langue ger- manique ^. Joachim Périon (mort vers 1560) reprend l'opi- nion de Guillaume Postel et essaie de démontrer que le français dérive du gaulois et que le gaulois vient du grec,, mais s'est mélangé de mots latins ^^. Jean Picard (fin du xvi^ siècle) soutient la même thèse, mais en faisant obser-
1. SpjiBaç -/.ai aspoôsouç. Diogène Laerce, Vies des philosophes, I,. préf. \ .
2. druidae (ita suos appellant magos"). Histoire naturelle, XVI,. 249.
3. SapovtSa; des manuscrits corrigés en Saptovt'Saç.
4. dryadae, variante de druidae. Pharsalê, I, 451.
5. Bibliothèque, V, 31, 2.
6. Géographie, IV, 4, 4.
7. Rerum germanicarum libri très, Bâle, 1531. En 1533, Charles- de Bovelles publiait un Liber de differentia vulgarium linguarum... de hallucinatione Gallicanorum nominum.
8. De originibus, seu de hehraicae linguae et gentis antiquitate^ deque variarum linguarum affinitate liber, Paris, 1538.
9. De antiquo statu Burgundiae liber, Lyon, 1541.
10. J. Perionii Benedictini Cormœriacensi Dialogorum de linguae gallicae origine, eiusque cum graeca cognatione libri quatuor, 1555.
b LA LANGUE GAULOISE
ver que, d'après les documents publiés par Annius de Viterbe, la civilisation des Gaulois est antérieure à celle des Grecs '. Ramus (lolo-1o72) rejette les opinions d'après lesquelles les Suisses parleraient le gaulois et le gaulois serait le germanique ; il se rallie à la doctrine de la parenté du gaulois avec l'armoricain et le gallois '. La doctrine de l'origine germanique reparaît avec Goro- pius Becanus (loJ8-io72), qui explique le gaulois par le flamand ^^ François Hotman de la Tour (1524-1590) reprend l'idée de Beatus Rhenanus, et, s'appuyant sur les témoignages de César et de Tacite, décide que le gaulois devait se rapprocher du breton de Grande-Bre- tagne ^. C'est aussi l'opinion de Camden (looi-1623), qui explique par le gallois les mots gaulois conservés par les Anciens \ Mais Isaac Pontanus (lo71-1639) explique les mots gaulois par des mots hollandais et allemands ^\ Ph. Cluvier (1580-1623) soutient la même thèse avec des arguments historiques et géographiques '. Claude Fauchet (1530-1601) ne trouve pas vraisemblable que le langage bre- ton bretonnant soit celui des vrais Gaulois ^. Avec A. van Schrieck (1560-1621) apparaît la thèse de l'origine hébraïque de toutes les langues ^. Les premiers historiens des Gaulois, Antoine de Lestang mort en 1617) et Antoine
1. De prisca Celtopaedia libri V, 1556.
2. Liber de morihus veterum Gallorum, Bâle, 1572, p. 76-77 (l^ éd., Paris, 1559).
3. Origines Antwerpianae, Anvers, 1569. Dans l'ouvrage intitulé Gallica (Anvers, 1580^, il s'attache surtout à réfuter la théorie d'après laquelle le gaulois serait d'origine grecque.
4. Franco-Gallia, Genève, 1573.
5. Britannia, trad.Gibson, Londres, 1695, p. xviii-xxiii (l*éd.,1586).
6. Itinerarium Galliae narhonensis, cum glossario prisco gallico seu de lingua Gallorum veteri dissertatione. Leyde, 1606.
7. Germaniae antiquae libri très, Leyde, 1616.
8. Recueil de Vorigine de la langue et poésie française, 1610 (l'*' édi- tion, 1581).
9. Originuni rerumque cetlicarum et belgicaruni libri XXIII, Ypres, 1615. Europa rediviva, Ypres, 1625.
LES ANCIENNES THEORIES /
Gosselin (né en 1580) n'apportent aucune solution nou- velle au problème de l'origine du gaulois : le premier reste sceptique en face des contradictions qu'offrent les théories jusqu'alors émises ^ ; le second adopte les idées de Jean Picard -. Le célèbre Mézerai (1610-1683) ne fait guère que reproduire la thèse de Pontanus 2. Samuel Bochart (1599- 1667) développe et précise l'origine hébraïque du gaulois ^, et il a pour adeptes Dickinson (1624-1707) en Angleterre ^, et P. Borel (1620-1689) en France e.
Un progrès notable fut accompli au xvu^ siècle par le savant hollandais Boxhorn (1612-1653). Celui-ci, repre- nant l'œuvre de Gamden, et profitant de la publication du dictionnaire de Davies ^, put appuyer par des exemples l'idée, émise dès le xv*" siècle, de l'identité du gaulois et du celtique des lies Britanniques, mais il rattacha au scythique l'origine du gaulois ^.
L'idée de la parenté du gaulois et des langues celtiques des Iles Britanniques resta longtemps méconnue en Alle- magne. Andréas Jâger essaya une synthèse linguistique en posant, comme la langue la plus ancienne de l'Europe, le scythique qui aurait donné naissance au phrygien, à l'italique et au celtique ; mais les Celtes et les Germains
1. Histoire des Gaules et conquêtes des Gaulois en Italie, Grèce et Asie, Bordeaux, 1617.
2. Gosselin, Historia Galloruni veterum, Caen, 1636.
3. Mézerai, Histoire de France avant Clovis, 1696.
4. Geographiae sacrae pars prior. Phaleg seu de dispersione gen~ tium et terraruni. Geographiae sacrae pars altéra. Canaan, seu de coloniis et sermone Phœnicum, Caen, 1646 ; 3^ éd., Leydé, 1692.
5. Delphi phœnicizantes cum diatriba de Noe in Italiam adventu necnon de origine Druidum, Oxford, 1655.
6. Trésor des recherches et antiquités gauloi'ies et françaises, 1655, Marcel, Histoire de lorigine et du progrez de la monarchie française, 1686, I, p. 11.
7. Antiqùae linguae hritannicae dictionarium duplex, Londres, 1632.
8. Originum gallicaruni liber cui accedit antiqùae linguae hritan- nicae lexicon britannico-latinuni, Amsterdam, 1654.
8 LA LANGUE GAULOISE
n'auraient formé qu'un seul peuple '. J. G. Eccard (1674- 1730) introduisit, pour démontrer la parenté des Celtes et des Germains, la comparaison de l'irlandais avec l'alle- mand et le frison '. M. Hiller (1639-I706j ne fait guère que reproduire Cluvier '^. J. G. Keyssler ^, V. E. Lœscher '^^ J. G. Wachter '^ continuent à confondre Celtes et Ger- mains. Leibnitz déclare tenir le milieu entre ceux qui identifient le gaulois au germanique et ceux qui ne recon- naissent pas assez la parenté de ces deux langues ; pour lui, la langue galloise ou bretonne est très parente à la gau- loise, et k demi germanique; le grec, le latin, le germain, le gaulois viennent de Scythie ".
En France, Pelloutier (1694-1753) confondait germa- nique et celtique^. Mais avant lui Pezron (1639-1706) donnait le celtique comme ayant fourni des mots au grec, au latin et au teuton^. Lempereur (1656-1724) concluait que le breton et l'allemand ne sont pas le celtique et qu'il ne faut pas chercher celui-ci ailleurs qu'en français ^^. J. Astruc dressait la liste des mots languedociens qu'il retrouvait en breton et en gallois ^', et D. Schœpflin (1694-
1. De lingua vetuslissima Europae, scylho-celtlca et gotliica, Wit- temberg, 1686.
2. De origine Germanorum eoriimque velustissiinis coloniis, Gœt- tingue, 1750.
3. Ilillerus, De origine gentium cellicarutn, Tubingue, 1707.
4. Antiquilates seleclae septentrionales et celticae, Hanovre, 1720. r>. Literator celta, seu de excolenda literatura europaea occidentali
et septentrionali consilium et conatus, Leipzig, 1726.
6. Glossariuni germanicinn, Leipzig, 1727.
7. Collectanea etymologica, Hanovre, 1717, I, p. 57-58, '/2-74, 147- 148. Nouveaux Essais sur Ventendenient humain, lU, 2, 1.
8. Histoire des Celles, et particulièrement des Gaulois et des Ger- mains, depuis les tems fabuleux j'usquà la prise de Rome par /es Gaulois, La Haye, 1740-1750 ; 2« éd., Paris, 1770-1771.
9. Antiquités de la nation et de la langue des Celtes autrement appelés Gaulois, 1703.
10. Dissertations historiques sur divers sujets d^antiquité, 1706.
11. Mémoires pour l'histoire naturelle de la province de Languedoc f 1737.
LES ANCIENNES THEORIES
9
1771) démontrait que les Celtes étaient distincts des Ger- mains ^ Bullet (1699-177o) recherchait le vieux celtique, non seulement dans les langues celtiques des Iles Britan- niques, mais aussi dans le latin du Moven-Ag-e, les patois français et le basque ^. Dii Buat reprenait l'idée de Jâger et faisait venir les Celtes de Scythie ^. Court de Gébelin expliquait le français par le grec, le latin, les langues orientales, le breton et le gallois ^. La réaction contre les théories qui expliquaient le gaulois par les langues germa- niques conduisit ceux que l'on a appelés les celtomanes à attribuer aux langues celtiques modernes, et en particulier au breton armoricain, une importance singulièrement exagérée. Le fantaisiste Le Brigant (1720-1804) et l'héroïque La Tour d'Auvergne (1743-1800) déclarèrent que la langue bretonne était la mère de toutes les langues et qu'elle expliquait non seulement le gaulois, mais presque toutes les langues modernes de l'Europe ^. Eloi Johanneau (1770-1831), secrétaire perpétuel de l'Académie celtique, fondée en 1804 ^, exposa, avec une méthode plus scienti- fique, que l'ancienne langue celtique se retrouvait non seulement dans les auteurs et monuments anciens, mais
1. Vindiciae celticae, Strasbourg-, 1754; traduit chez Pelloutier, éd. de 1771, I, p. 473.
2. Mémoires sur la langue celtique, Besançon, 1754-1760.
3. Histoire ancienne des peuples de l Europe, 1772.
4. Monde primitif ou Dictionnaire étymologique de la langue françoise, 1778.
5. Le Brigant, Eléments de la langue des Celto-gomérites ou bre- tons : introduction à cette langue et par elle à celle de tous les peuples connus, Strasbourg, 1779. Observations fondamentales sur les langues anciennes et modernes, ou prospectus de l'ouvrage : La langue pri- mitive retrouvée, 1787. La Tour d'Auvergne-Corret, premier grena- dier de la République française, Origines gauloises, celles des plus anciens peuples de VEurope puisées dans leur vraie source, 3*^ éd. Hambourg, 1801 {i""^ éd., Bayonne, 1792).
G. L'Académie celtique, réorganisée en 1814, devint la Société des Antiquaires de France.
10 LA LANGUE GAULOISE
aussi dans le breton et le gallois et même dans les patois et jargons de la France ^
Enfin, avec Adelung (1734-1800), apparut une classifi- cation exacte des langues celtiques : le premier groupe comprenant l'irlandais et le gaélique d'Ecosse ; le second, le gallois, le comique et le breton ; tandis que le premier était pur de tout mélange, le second, importé par les Belges, serait mélangé de celtique et de germanique. Le gaulois était une langue celtique différente des autres langues indo-européennes, et, en particulier, du germanique ~.
Cette classification ne devait pas imposer silence aux partisans de l'identité du germanique et du celtique. Cette identité fut encore soutenue par Radlof en 1822 ^, par ïloltzmann en IHoo ^, par Moke en 18oo \ par Kûnssberg en 1861 s. Mais Diefenbach "^ s'efforçait d'expliquer surtout à l'aide des langues celtiques modernes les mots gaulois transmis parles Anciens, et Brandes ^ réfutait Holtzmann. En France, A. de Chevallet ^ n'assignait une origine gau- loise qu'aux mots français qui lui semblaient identiques à des mots gallois, bretons, irlandais ou écossais.
La méthode historique, qui permettait de comparer les
1. Mémoires de F Académie celtique, I (180b), p. 63-64.
2. Milhridates, oder allrjemeine Sprnchkunde, II, Berlin, 1809.
3. Neue Untersuchungen des Keltenthumes zur Aufhellunrj der Urgeschichte der Teutschen, Bonn, 1822. .1. de Bast [Recherches his- toriques et littéraires sur les langues celtique, gauloise et tudesque, Gand, 1815 admet une même racine pour les langues celtique, ger- manique et gauloise^ quelle que soit celle de ces trois langues que Ton mette au premier rang.
4. Kellen und Germanen, Stuttgart, i8or).
5. La Belgique ancienne et ses origines gauloises, germaniques et franques, Bruxelles, 1855 ; 2<^ éd., 1860.
6. Wanderung in das gerinanische Alterthum, Berlin, 1861.
7. Celtica, sprachliche Documente zur (jeschichlc der Kelten, Stiitt^ gart, 1839-1840.
8. Das ethnographische Verhàltniss der Kelten und Germaneriy Leipzig, 1857.
9. Origine et formation de la langue française, I, 1853, p. 216- 310.
LES ANCIENAES THÉORIES il
mots des diverses langues en leur restituant des formes anciennes, contemporaines les unes des autres, naissait, enfin, de la grammaire comparée des langues celtiques. Pressentie dès le xviii'' siècle par Edward LhAA'^'d (1660- 1709) qui avait écrit le premier dictionnaire comparé des langues celtiques \ puis par Prichard qui démontra la parenté des langues celtiques avec les langues indo-euro- péennes -, ensuite par Pictet -^ qui soutint les idées de Prichard, enfin par le créateur de la grammaire com- parée Fr. Bopp, qui fit définitivement admettre les langues celtiques dans la famille indo-européenne ^, la grammaire historique et comparée des langues celtiques ne fut écrite que par filluslre Zeuss, dans la Grammatica celtica ^, en 1853. Cette date marquait le commencement d'une nou- velle ère pour les études celtiques ^.
L'apparition de la Grammatica celtica n'avait pourtant pas complètement mis fin aux fantaisies des érudits. En 18o7, F. J. Mone trouvait du celtique dans toute l'Europe, car les noms celtiques de lieux et de personnes auraient été germanisés, romanisés, slavisés et même grécisés, et Mone prétendait, à l'aide du gallois et de l'irlandais, en donner l'explication étymologique ~. En 1866, Léo-
d. Archsteologia Britannica, Oxford, 4807.
2. The ea&iern origin af the Cellic nations, proved hy a comp^rison aftheir dialects with the Sanscrit, Greek, Latin and Teutonic languages,. Londres, ISi^l.
3. De Vaffinité des langues celtiques avec le sanscrit, Paris, 1837, et Journal Asiatique, 1836, p. 263-290, 417-448.
4. Ueher die keltischen Sprachen. Phtlosophische und historische Ahhandhmgen der kônigliehen Akademie der Wissenschaften zu Ber^ lin, 1838, p! 187-292.
5. Grammatica celtica, e monumentis vetusiis tam hibernicae lin- guae quam brilannicae dialecii, cambricae, cornicae, armoricae, nec non e gallicae priscae reliquiis, Leipzig", 1853.
6. On trouvera ci-après une histoire de la philologie celtique depuis 1853.
7. Celtische Forschungen zur Gesichichte Mittelettropas, Fribourg- en-Brisgau, 1857.
12 LA LAISGUE GAULOISE
pold Hugo recherchait encore dans Tallemand moderne l'explication des inscriptions gauloises/. En 1872, Gra- nier de Cassagnac soutenait que le bas-breton n'était qu'un dialecte français et que le français et les autres lang-ues romanes venaient du gaulois 2. En 1883, M. G. Touflet •expliquait les inscriptions gauloises, quelques noms propres et les formules de Marcellus, par les langues Scandinaves-^. En 1884, H. Lizeray essayait de démontrer à l'aide des mots irlandais, empruntés ou apparentés au latin, que le français dérive du celtique ^. En 1889, M. J. Guillemaud tentait d'expliquer les inscriptions gauloises par l'irlandais, le gallois et le breton modernes, sans tenir compte de l'évolution phonétique de ces langues ^. En 1889, M. G. A. Serrure publiait dans le Muséon un essai de grammaire gauloise où il démontrait que le latin est une langue celtique et que l'irlandais et le gallois sont des langues cimmériennes ^. En 1903, M. A. Beretta produisait un essai d'explication des inscriptions gauloises par le bas-latin, ce qu'il n'avait pu faire sans altérer les textes,
i. L. Hugo, Interprétation de V Inscription d'Alise, 1866. V'oir la réfutation par A. Maurv. Revue archéologique, XIV (1866), p. 8-16, 222-223.
2. Histoire des origines de la langue française, 1872.
3. G, Touflet, Epigraphie de la Gaule Sceltane. Marcellus, 1883.
4. H. Lizeray, La langue française dérive du celtique et non du -latin, Paris, 1884. En 1903 et 1904, M. P. Malvezin publiait un
Dictionnaire des racines celtiques où il exposait le résultat, trop sou- vent contestable, de ses recherches des éléments celtiques du français. En 1914, M. Pelletier, directeur de La Revue des Nations et secrétaire général de la Ligue celtique française, faisait remar- <juer que le bas-latin fut presque un patois celtique, ce qui est à la rigueur possible, mais ajoutait que les mots d'origine celtique sont •en français au nombre de plusieurs milliers, ce qu'il est impossible •de démontrer. Voir des articles de M. Ch. Le Goflic sur le néo-cel- tisme, dans La République française des 5, 8, 9 mars 1914.
5. Revue archéologique, XIll (1889), p. 381-397. C'est aussi la méthode de M. Courcelle-Seneuil dans la seconde partie de son livre, Les dieux gaulois d'après les monuments figurés, 1910.
6. Muséon, VI-VIIl (1887-1889;.
LES ANCIENNES THÉORIES 13
et résolvait la question du gaulois en supprimant celui- ci ^
Cette brève histoire des théories sur le gaulois et de la marche, sans cesse interrompue et sans cesse reprise, de la science vers la vérité, permet d'entrevoir à quelles difficultés se heurtèrent, le plus souvent faute de docu- ments, les intrépides chercheurs de nos origines. . Il importe maintenant de montrer les sources de leurs erreurs ^^ que l'on se contente, d'ordinaire, de condamner doctoralement, sans tenir compte de leur savoir et de leurs efforts.
La principale cause de leur échec fut le manque de la notion du développement historique. Il semble que Ton crût jadis qu'une langue n'évoluait pas ou guère, et que Ton pouvait comparer directement les mots des langues modernes avec les mots gaulois du premier siècle avant notre ère, sans tenir compte des changements que les seconds auraient subis s'ils avaient persisté jusqu'à nos jours, et sans rétablir les premiers sous la forme qu'ils auraient eue en remontant le cours des siècles.
Si on laisse de côté les théories qui rattachaient le gaulois à l'hébreu, au grec '-^^ au scythique, et les théo-
1. Origine et traduction de V inscription celto-grecque de Malaucène. Origine et traduction de Vinscription celto-grecque de Nîmes dite « des Mères Nîmoises », Lyon, 1903. Origine et traduction de r in- scription celtique d' Alise-Sainte-Reine, Lyon, 1904. Voici, par exemple, la traduction de l'inscription de Nîmes : « Garta a donné deux fois L sayons de laine, aussi M mesures de bon bois ou de brindilles » ; et de l'inscription d'Alise : « 0 guerrier, sois insen- sible à un tel désastre, défends-toi contre César vainqueur. Relève ton courage, ne te rends pas. Et maintenant, ô chef suprême, réjouis-toi de la bonne nouvelle. Contre César victorieux défends- toi ! ici, dans Alésia. »
2. C'est ce que Gaston Paris lui-même avait jugé nécessaire de faire en rendant compte dans la Revue critique d'histoire et de litté- rature, 1873, I, p. 289-301, du livre de Granier de Cassagnac sur les origines de la langue française, cité ci-dessus, p. 12.
3. De 1739 à 1742, une polémique s'engageait encore à ce sujet
2
14 LA LANGUE GAULOISE
ries, bien plus extraordinaires encore, qui l'expliquaient par lui-même sans l'intervention d'autres langues ^, on est en présence de trois tendances à peu près ég^alement réparties parmi les savants ; les uns regardaient le gaulois comme identique au germanique ^ ; les autres considéraient le breton d'Armorique comme la survivance du gaulois ; d'autres s'efforçaient de prouver l'identité du français et du gaulois ^. Les uns et les autres s'accordaient ainsi, inconsciemment, à ranger le gaulois parmi les langues indo-européennes, et à le regarder comme plus particuliè- rement apparenté au latin et au germanique.
La confusion des Germains et des Gaulois remonte aux Grecs, qui employaient, pour désigner les uns et les autres, tantôt le nom KeXtot, tantôt le nom FaXà-ai '^. Strabon lui- même remarque que les deux peuples se ressemblent beau- coup, physiquement et socialement, et, sauf que les Ger- mains sont plus sauvages, plus grands et plus blonds que les Celtes, on trouve chez les Germains les mêmes traits, le même caractère, le même genre de vie que Strabon attribue aux Gaulois ^. Quoique les Anciens n'eussent pas parlé de la parenté des langues gauloise et germanique ^,
entre M*** et R. D. R. dans le Mercure de France, août 1739, p. 1773-1782 ; décembre 1730, p. 2777-2787 ; avril 1740, p. 640-658 : août 1740, p. 1737-1741. De 1886 à 1890, M. Espagnolle s'efforçait de démontrer par diverses publications que, dans le fond gaulois de notre langue, le grec abonde ou peut-être même domine.
i. Telle semble être la méthode de G. Touflet, Onomastique- de la Gaule sceltane, 1884.
2. Ces tlicoi'ies sont étudiées à fon«] et réfutées par Roget de Belloguet, Glossaire gaulois, 2^ éd., 1872, p. 22-58.
3. Dans un article de la Revue des patois gallo-romans, I, 1887, p. 161-171, n. d'Arbois de Jubainville a réfuté une fois de plus cette théorie et démontré par des exemples bien choisis que le français ne vient pas du gaulois.
4. H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de VEurope, II, 1894, p. 393-409.
5. Strabon, VII, 1, 2; IV, 4, 2.
6. Voir ci-après, p. 26-27, 128-129.
LES ArsCIEISiNES THÉORIES 15
les Modernes, dès le xvi^ siècle, ont tiré, des remarques ethnographiques de Strabon, des conclusions linguis- tiques. A une époque où l'on n'avait point idée de l'évo- lution que subissent au cours des siècles les sons d'une langue, tout rapprochement même superficiel entre les quelques mots gaulois que l'on connaissait alors et des mots pris dans les dialectes germaniques vivants passait pour valable. La loi de mutation des consonnes germaniques, que l'on désigne maintenant sous le nom de lautverschie- bung^ et qui donne aux mots des langues germaniques, et surtout à l'allemand, une physionomie si différente de celle des autres langues indo-européennes ^, nécessite qu'avant tout rapprochement on rétablisse les consonnes germaniques dans leur ancien état. Cette loi, de même que les lois d'inflexion et de fracture des voyelles, resta inconnue jusqu'au xix^ siècle. Toutes les comparaisons fondées sur des analogies, le plus souvent dues au hasard, étaient donc sujettes à caution. A supposer même que quelques-unes d'entre elles se trouvassent exactes, les savants n'étaient point alors en état de distinguer si les coïncidences de vocabulaire, dues à l'origine indo-euro- péenne commune au celtique et au germanique, démon- traient entre ces deux langues une parenté plus étroite qu'entre les autres langues de la même famille. Ainsi, Pelloutier - expliquait les mots gaulois -magiis^ -hriga et ^duriim, si fréquents dans les noms de lieux, par des mots allemands : mag « habitation, ville », brng (( pont » et dur (( porte » ; en citant ces mots sous cette forme, il montrait d'abord qu'il n'hésitait pas à les déformer ou à les inventer pour les besoins de sa cause ; le mot mag n'existe pas et la traduction en provenait d'un soi-disant
1. Sur les caractéristiques des lang'ues germaniques, voir A. Meillet, Caractères généraux des langues germaniques, 1917.
2. Histoire des Celtes, nouv. éd. par de Chiniac, I, 1770, p. 284- 295.
16 LA LANGUE GAULOISE
texte de Pline : « pont » se dit brûcke et avait pour forme primitive bî^ukkja ; « porte » se dit tûr^ anciennement turï^ got. daurô. Pelloutier croyait trouver gau « pays », got. V. h. a. gaici, dans Ingaunum, Gergovia^ et land « terre » dans Medio-laiium. sans tenir compte de la déri- vation gauloise et des différences de vocalisme. Il ignorait que l'équivalent de -dunum est langlo-saxon tûn, v. h. a. zûn, ail. zaïin. Quant aux mots gaulois, Pelloutier n'hési- tait pas à expliquer par le même mot allemand tous ceux qui présentaient quelques ressemblances : il identifiait -hriga à -briva et à -hria ; -duriun à dorum.; -dunum à -tunum de Andematunnum ; -riguni à ricum de Avaricum^ Autri- cum. Les rapprochements de mots n'étaient fondés que sur des indices extérieurs, souvent trompeurs, et qui n'étaient probants que par hasard.
L idée de considérer le breton d'Armorique comme une forme moderne du gaulois n'avait rien de paradoxal, tant qu'on ignorait la parenté étroite du breton et du gallois et l'histoire des invasions bretonnes en Armorique K Mais si le breton était le dernier survivant du celtique conti- nental, on ne pourrait expliquer qu'il fût en si étroit rap- port avec le gallois, et on devrait interpréter plus facile- ment par le breton que par toute autre langue celtique les mots et les noms gaulois qui nous sont parvenus ; or il arrive que c'est l'irlandais qui nous fournit le plus grand nombre d'interprétations, et la phonétique gauloise s'accorde, à peu près également, tantôt avec la phoné- tique gaélique, tantôt avec la phonétique brittonique. Le gaulois appartient donc à un troisième groupe de langues celtiques, et n'est pas spécialement apparenté au breton.
Qu'il ait subsisté, dans la presqu'île armoricaine, sous la domination romaine, jusqu'à l'arrivée des Bretons insu-
1. Celte idée a encore été soutenue par A. Travers, De la persis- tance de la langue celtique en Basse-Bretagne, Rennes, 1906. Les inscriptions gauloises et le celtique de Basse-Bretagne, Rennes, 1907.
LES ANCIENNES THÉORIES 17
laires, un patois gaulois, c'est une hypothèse qui n'a rien d'invraisemblable. Mais ce patois, quelque apparenté qu'on le suppose avec le breton de Grande-Bretagne ^, n'a pas laissé de traces. Là où les Bretons insulaires ne se sont pas établis, les noms de lieux étaient gallo-romains, les noms de personnes étaient latins ou germaniques -.
Les Bretons qui furent chassés de Grande-Bretagne par les Saxons, et qui, de 460 à la fin du vi^ siècle, débar- quèrent en Armorique, apportèrent, avec leur civilisation, leur langue '^. Du ix® siècle au xi^ siècle, date des plus anciens textes brittoniques, le breton armoricain n'est pas seulement très rapproché du breton insulaire : il lui est identique.
La démonstration de l'identité du gaulois et du français présentait de plus graves difficultés que la comparaison du gaulois et du breton armoricain. Issue de l'idée que la romanisation de la Gaule avait dû pourtant laisser subsister, à côté de la langue officielle, les parlers popu- laires, et que ces parlers, lorsque l'enseignement des écoles romaines fut en décadence, étouffèrent de leur flo- raison vigoureuse le latin classique, idée raisonnable et juste pour une petite part, la théorie des partisans de l'ori- gine gauloise du français ne pouvait s'appuyer sur des faits suffisamment nombreux qu'en attribuant au gaulois tous les mots et toutes les formes françaises que le latin n'explique point. Outre le vocabulaire abondant, pour lequel il n'y a d'autres prototypes bas-latins que ceux que les linguistes ont rétablis d'après la comparaison des
1. Cette parenté s'expliquerait par les rapports continuels entre l'Armorique et la Grande-Bretagne. Jullian, Histoire de la Gaule, 11, 1908, p. 227-228.
2. J. Loth, L'émigration bretonne en Armorique du V^ au VIP siècle de noire ère, 1883. A. de la Borderie, Histoire de Bretagne, I, p. 247-256.
3. Nous la connaissons par des gloses à des auteurs latins. J. Loth, Vocabulaire vieux-breton avec commentaire, 1884.
18 LA LANGUE GAULOISE
langues romanes et qui n'est pas nécessairement d'origine latine, la morphologie française apparaissait comme assez indépendante de la morphologie latine. Le rapport entre la déclinaison latine et la déclinaison française n'était pas niable. Mais le système de la conjugaison française et» plus visiblement encore, certains détails de cette conju" gaison, sont assez différents de la conjugaison laline. La syntaxe latine diffère souvent de la syntaxe française r l'emploi de Tarticle et du conditionnel en français, de la proposition infînitive en latin, la disparition en français du passif et déponent latin, la construction de la phrase et l'ordre des mots sont autant de faits qui différencient les deux langues, mais qui ne peuvent être attribués, sans une étude précise et minutieuse, à l'influence celtique. L'article irlandais et breton, le passif et le déponent irlan- dais et breton n'ont aucun analogue dans les langues romanes ; le conditionnel en celtique est, comme en fran- çais, une forme secondaire du futur ; l'ordre des mots est différent en celtique de ce qu'il est en français ^
Quant à la démonstration de l'origine celtique du fran- çais au mojen des langues celtiques et en particulier du breton, elle s'appuyait sur les mots communs au français et au celtique moderne, sans tenir compte des change- ments qu'ont subis indépendamment ces deux familles de langues, et sans distinguer les mots empruntés par le breton au latin ou au français des mots appartenant à l'an- cien fonds celtique ^ Ce fut parce qu'ils méconnaissaient la notion du développement historique et parce qu'ils ren- versaient l'ordre des rapports entre le latin ou le français
1. Pour le détail de ces rapprochements voir ci-après, p. 77-79.
2. C'est par cette méthode que Chevallet dresse la liste des mois français venus du gaulois. 11 en est de même de A. de Courson, /fis- toire des peuples bretons, I, 1846, p. 7-46.
Sur les mots latins empruntés par le breton, le gallois et le cor- nique, voir J. Loth, Les mots latins clans les langues hrittoniques^ 1892.
LES ANCIENNES THÉORIES 19
et le celtique ^ que, d'abord les « celtomanes », puis des savants moins fantaisistes obscurcirent pour longtemps le problème, pourtant aisé à résoudre, de la formation de la langue française.
LA MÉTHODE HISTORIQUE ET COMPARATIVE
Du jour où il fut démontré qu'aucune langue celtique ou romane encore vivante n'était la forme moderne du gaulois, il fallut se contenter d'utiliser, pour la connais- sance directe de la langue gauloise, les mots qui nous étaient conservés par les Anciens et ceux que nous fai- saient connaître les inscriptions gauloises. D'autre part, la méthode historique, qui, en éliminant les comparaisons douteuses avec les langues modernes, avait semblé réduire beaucoup les moyens d'accroître notre science, permettait au contraire d'augmenter indirectement le vocabulaire gaulois et même de déterminer les traits principaux de là grammaire. Cette méthode a utilisé deux sources diffé- rentes : les langues celtiques et les langues romanes.
Nous connaissons deux groupes encore vivants de
1. Ainsi, d'après La Tour d'Auvergne, le français air viendrait du breton ér, chambre du breton camhr, dent du breton danf, haleine du breton halan, chaîne du breton chaden, matin du breton mintin^ prix, du breton pris. Si La Tour d'Auvei^ne avait connu d'autres langues celtiques que le breton, il aurait pu remarquer, comme l'ont fait les celtistes modernes, que la plupart de ces mots, n'existant point dans les langues gaéliques, sont d'introduction récente en breton et viennent, les uns du latin : gall. cadwyn^ lat. catena; breL mintin, lat. mat[u)tina ; les autres du français : er, cambr, chaden, (v. fr. chadene), pris (v. fr. pris) ; les seuls qui puissent être anciens sont : dant <.<■ dent », gall. dartt, irl. dét;alan «haleine >♦, gall. anadi, irl. anal; mais les mots français correspondants, à dant et à alan. viennent du latin dente et anhela. La distinction des mots celtiques anciens et des mots d'emprunt ne pouvait être faite que par des savants rompus à l'étude de la phoaétique.
20 LA LANGUE GALLOISE
langues celtiques : le gaélique, dès le ix*^ siècle, par des gloses copieuses qui ont permis d'établir la grammaire du vieil-irlandais : le brittonique, à peu près dès la même époque, mais par des gloses moins développées et qui ont surtout un intérêt lexicographique. (Juand apparaissent les textes proprement dits des littératures celtiques, vers le ix*^ siècle en Irlande, vers le x^ siècle au Pays de Galles, le gallois a perdu la déclinaison, tandis que l'irlandais Ta conservée ; le système de la conjugaison, singulièrement compliqué en irlandais, est très simplifié en. gallois. Mais la comparaison des voyelles et des consonnes du gallois et de l'irlandais permet de déterminer l'histoire des sons, et de reconstituer les formes archaïques des mots variables et des mots invariables, telles qu'elles étaient à une époque très antérieure à l'ère chrétienne. On peut donc écrire la grammaire et le vocabulaire préhistoriques du celtique tel qu'il était avant la séparation des deux rameaux brittonique et gaélique. Cette grammaire et. ce vocabulaire sont parfois, dans le détail, hypothétiques ; des formes anciennes n'ont pas laissé de traces; des formes relative- ment modernes peuvent nous apparaître comme archaïques. La comparaison du vieux-celtique avec les autres langues indo-européennes permet quelquefois de dater les uns par rapport aux autres les divers changements qui se sont successivement introduits en celtique à Tépoque préhis- torique.
Les pays que les Celtes ont occupés (l'ouest de la pénin- sule ibérique^ la Gaule, le nord de l'Italie) sont devenus, après la conquête romaine, des pays de langue latine. Mais il est vraisemblable que dans la phonétique, le voca- bulaire, la syntaxe, la morphologie, le latin parlé par ces pays ait subi l'influence du celtique qu'il a remplacé et que cette influence soit visible en italien dans le dialecte lombard, en français du nord. et du sud, et en portugais. 11 est même possible que des mots celtiques aient pénétré
LA MÉTHODE HISTORIQUE 21
en latin et se soient répandus dans tout le monde romain. Chercher dans les dialectes romans les éléments celtiques est une tâche complexe, dont la difficulté n'a point rebuté les érudits, mais qui n'a pu être entreprise avec quelque chance de succès qu'après le développement des études romanes. Il est possible que de nombreux mots d'origine celtique soient encore cachés dans des parlers locaux ', mais on ne peut identifier que ceux qui présentent un rapport, scientifiquement vérifiable, avec des mots appar- tenant aux langues celtiques. L'influence du celtique sur la phonétique romane est vraisemblable, quoique difïîcile à déterminer, les modes de prononciation changeant d'une génération à l'autre. L'action qu'aurait pu avoir la mor- phologie celtique sur la morphologie romane est sans doute peu impartante, la morphologie constituant l'ossa- ture même d'une langue et ne se prêtant guère aux emprunts ou aux imitations. Quant aux faits de syntaxe, aussi variés et aussi complexes que l'esprit humain lui- même, ils constituent la caractéristique la plus persistante des parlers provinciaux et ils ont dû laisser des traces dans les langues romanes. Mais l'étude comparée du cel- tique et du roman présentera toujours cette difficulté que le seul celtique, duquel on pourra rapprocher les dialectes romans, est le celtique des Iles et non le celtique conti- nental, et que nous manquons d'éléments pour établir les différences qui séparaient ces deux langues celtiques, et permettre la transposition de l'une dans l'autre. En outre, nous ignorons à peu près complètement les patois à demi latins des provinces barbares, et, tous les pays qui sont actuellement de langue romane ayant été occupés en tout ou en partie par les Celtes, la présence d'un mot dans l'ensemble des langues romanes ne suffît pas à faire douter
1. M. F. N. NicoUet [Phonétique du patois alpin, Gap, 1900) a tenté de les découvrir dans les parlers des Alpes.
22 LA LANGUE GAULOISE
de son orig-ine celtique, pas plus que la présence d'un mot • dans une seule des langues romanes, par exemple en français, ne peut prouver cette origine celtique.
LE VIEUX-CELTIQUE CONTINENTAL ^
En dehors de Gaule, la langue cpie les Gaulois propa- gèrent dans leurs établissements de l'Europe continentale et jusqu'en Asie Mineure ne nous est connue directement que par quelques mots et par quelques noms propres.
De la langue des Celtes d Espagne, nous avons con- servé le celtibère viriae « bracelet », que Pline cite en même temps que le celtique viriolae -. Les noms de lieux à apparence celtique que Ton rencontre dans la péninsule ibérique sont six noiws en-dunum et une trentaine de noms en -brirja ; mais ces composés, dont le premier terme ne semble pas celtique dans la plupart des cas, n'étaient sans doute déjà que des survivances d'une langue disparue 3. Parmi les noms de personnes sûrement celtiques, conser- vés par les inscriptions d Espagne, on peut citer Magilo^ Vindius, Rectugenus, Caranto, Catuenus, Boudica, Cluta- mus, Medugenus^ Broccus ^.
La langue des Gaulois cisalpins nous est un peu mieux connue. Les Anciens y rapportaient expressément les mots ceva, espèce de vache, tuceta « porc farci », rodarum
1. Voir Windisclî, chez Giôber, Grundriss der roriianischen Phi- loîofjie, 2« éd., 1905, p. 372-404. H. d'Arbois de Jubainville. Les Celtes depuis les temps les plus anciens jusqu'en Fan 100 avant notre ère, 1904, p. 91-204.
2. Rien n'indique que les mots caelia et cerea^ sorte de boissons, caetra « bouclier >>, usités en Espagne, soient d'orig-ine celtique.
.3. Sur les Celtes en Espagiie, voir H. d'Arbois de Jubainville, Bévue celtique, XIV '1893 , p. 3ar7-39;) ; XV (1894), p. I-Cl. C. Jullian, Histoire de la Gaule, 1, 1908, p. 305-308.
4. C. /. L., II. Fr. P. Garofalo, Revue celtique, XXI (1900), p. 200- 302. Anihatus, Ambata sont peut-être pour AmZ)ac/us, AmbacU.
LL VIEUX-CELTIQUE CONTINENTAL 23
(( reine des prés » ; sans doute aussi : padi « sapins », rumpodnus « arbre servant de support à la vigne », opu- lus « érable », [j.avtav//]; (< collier » ; et il est probable qu'un bon nombre des mots gaulois qu'ils nous ont transmis sont originaires de Cisalpine ; cela est sûr de ceux qui pro- viennent des auteurs anciens antérieurs à la conquête de la Province (en 118), comme Ennius, Polybe, Lucilius. Arrien remarquait que des termes relatifs à la cavalerie avaient été empruntés par les Romains aux Celtes de Cisalpine K
Outre ces quelques mots, nous avons conservé non seu- lement des noms de personnes, mais aussi des noms de villes : Eporedia, dont Pline explique le nom par un mot gaulois signifiant « bons dompteurs de chevaux » ; Medio- lanum, dont le sens est encore obscur et pour lequel les Anciens ont proposé diverses explications - ; deux noms en -duniim et cinq noms en ^magus. Enfin, on a trouvé à Novare et à Todi deux inscriptions gauloises en caractères étrusques, qui semblent dater de la fin du ii'^ siècle avant notre ère, et on rapporte au gaulois un grand nombre de courtes inscriptions de la Cisalpine 3. H est vraisemblable que les Gaulois avaient fourni quelques mots à leurs voi- sins ; le premier terme de Bodinco-magus, ville située près du Pô, était, d'après Pline ^, le nom ligure du Pô et signi- fiait i< sans fond », mais le second terme est fréquent dans
1. Arrien, Tactique, 33.
2. mœnia Gallis Condita, lanigeri suis ostentantia pellem...
(Claudien, Epithalame cFIIonorius, 182-184.) Et quae lanigero de sue nomen habent
(Sidoine Apollinaire, Épitres, VII, 17, 2, 20.) vocatum... ab eo quod ibi sus médio lanea perhibetur inventa (Isidore, Origines, XV, I, 57, éd. Lindsay, Oxford, 1911).
3. Rhys, The Celtic inscriptions of Cisalpine Gaul, Londres, 1913. La celticité des inscriptions dites lépontiennes est fort douteuse. Cf. J. Loth, Bévue celtique, XXV (1914), p. 370-375.
4. Pline, III, 122.
^4 LA LA>GUE GAULOISE
les noms gaulois; asia, nom du seigle chez les Taarini, ^qui étaient d'origine ligure, peut, avec une légère correc- tion ', s'expliquer par le celtique.
Le gaulois dut disparaître de bonne heure dans la Cisal- pine, qui fut romanisée à la fois par la conquête et par l'envoi de colonies latines et romaines. Polybe. en loO, écrivait que les Gaulois ne possédaient plus que quelques lieux au pied des Alpes '-\ Pour Strabon, les Celtes des deux côtés du Pô ne sont plus guère qu'un souvenir ^.
Du séjour des Gaulois en Rhétie et en Vindélicie, il n'y a d'autre souvenir précis que des noms de villes transmis par Ptolémée. Il v a en Rhétie Rca-'cBsjccv et Bcr'av-
X <- lit II
Ticv (Bregenz) et lorsque les Romains donnèrent le nom de Drusus à une ville des Alpes, ils conservèrent ou ajou- tèrent à ce nom de ville un second terme gaulois en -;j,aYcç : Apouai-;j.aY5ç ; en Vindélicie on trouve Kappôoojvcv. et Ka;j,|ii$5jvcv (Kempten). Les inscriptions latines de Rhétie et de Vindélicie offrent de nombreux noms gaulois de per- sonnes ^.
La route des Gaulois vers l'Asie Mineure est jalonnée de noms celtiques de villes : Singidunum, Bononia, JVovio- dunum, peut-être même Duroslorum, si ce mot n'est pas thrace. Les noms en -Jp'.a, qui font penser aux noms cel- tiques en -briga^ sont thraces d'après Strabon ■'.
Il est probable que les mots gaulois rapportés par Pau- sanias appartiennent au dialecte des Celtes qui envahirent
1. Pline, XVIII, 141 : secale Taurini suh Alpibus asiam vacant. Voir le Glossaire.
2. Polybe, II, 35, 4.
3. Strabon, V, I, 6.
4. Certains noms propres que l'on trouve comme noms communs dans les langues celtiques des Iles Britanni(jues sont conservés seu- lement en Rhétie et Vindélicie : CongeisHus^ gall. cyngwystl, cywysll « gage mutuel » ; lantuniariis, irl. étniar « zélé ».
5. -oÀéoj; |îpîa; /.aXoj;jL=vr,; ^oa/.-.jT^ Strabon, VII, 0, 1. Cf. Etienne de Byzance (BpojTo,3p{a), qui applique cette explication à une ville d'Espagne.
LE VIEUX-CELTIQUE CONTINENTAL 25
la Grèce et la Thrace. Nous connaissons ainsi p.apy.a « che- val » Tpi[XQLpv.i(jiy. « ensemble de trois cavaliers )), aK'A'q, sorte d'élan, et des noms de chefs : Brennus, Lonorius, Luta- rius cités par Tite Live, Bpiwoç, Kepéôpicç, 'Axi^^wp^oç, BôXyioc;, par Pausanias.
Quant à la langue des Galates proprement dits, nous sommes un peu mieux renseignés ^ . Le sorcier de Paphla- gonie, qui, d'après Lucien, pouvait répondre en celtique à ceux qui lui demandaient des consultations '^, avait sans doute appris cette langue en Asie Mineure. Au iv^ siècle, saint Jérôme écrivait que les Galates se servaient de la langue grecque, mais que, de plus, ils avaient un idiome qui leur appartenait en propre et qui était à peu près le même que celui que parlaient les Trévires de Gaule ^. Les Anciens nous ont d'ailleurs conservé quelques mots galates : X£ioua(j.aTa ou XsYoùajj-aia, sorte de cuirasse, £|j.Pp£XT6v ^, sorte de soupe, uç <( chêne à kermès », Tacrxôç « pieu », 'Aapvov ^< trompette » ; et des noms de Galates : XiojJLapa, Sivopi^, Ka[j.[j.a, 'OpTidcywv, Kapalyvaxoç, Fs^aTopi^, 'Aciaxopi^, BovoStaTocpoç [Broffitarus), Deiotarus. D'autres noms d'origine celtique figurent sur des monuments ou sur des monnaies d'Asie Mineure : AX^iopiÇ, AisTuopsiÇ, AooPcYuova. On trouve en Galatie deux noms de villes celtiques : lLyj.-^^b\xoL-^oq et Eccobriga. Il faut observer que, dans quelques cas, le mot FaXaTat des lexicographes grecs peut désigner, au lieu des Galates d'Asie Mineure, les Gaulois de l'Europe centrale ou de la Gaule.
1. G. Perrot [Revue celtique, I (1870-1872), p. 179-192) croit que le gaulois d'Asie Mineure était tombé en désuétude dès le premier siècle de notre ère.
2. Alexandros, 51.
3. Commentaire de Vépitre aux Galates (Migne, Patrologia latina^ XXVI, c. 382).
4. Si ce mot n'est pas tout simplement l'adjectif verbal du verbe grec 6[jL(5p£y£iv « tremper », employé dans un sens spécial par les Galates.
26 LA LA^GL■E GAULOISE
Les restes du vieux-celtique continental en dehors de , la Gaule sont trop fragmentaires pour qu'on puisse en démêler les traits distinctifs. Ils n'apparaissent g-uère dans des langues modernes. Ils ne peuvent nous être que d'un faible secours pour compléter notre science du vieux-cel- tique de Gaule ou gaulois proprement dit.
Avant d'aborder la comparaison du gaulois avec le vieux-celtique insulaire, il convient de dresser un inven- taire aussi complet que possible des restes de gaulois qui nous sont parvenus dans les textes et les inscriptions de l'Antiquité, et de relever les traces de gaulois qu'ont pu conserver les langues romanes.
LES MOTS GAULOIS TRANSMIS PAU LES GRIXS ET LES R03IALNS
César signale les différences qui séparent en Gaule, tant pour la langue que pour les coutumes et les lois, les Belges, les Aquitains et les Celtes K La langue des Aqui- tains, si l'on en juge par quelques noms propres et si Ton s'en rapporte au témoignage de Strabon, les rapprochait plus des Ibères que des Gaulois 2, La langue des Belges ne différait que légèrement de celle des Celtes ^ et de celle des Bretons % et il ne semble pas que Commius. roi des Morins de Gaule, ait eu besoin d'un interprète pour se faire comprendre en Grande-Bretagne '. La langue des
1. César, I, 1. Cf. Strabon, IV, 1, 1. Dans létat actuel de nos connaissances on n'arrive point à découvrir les diiïérences qui sépa- raient ces divers dialectes du gaulois (voir ci-après, p. 55) et il semble que César n'ait eu d'interprètes que pour le gaulois ou le germanique 'Jullian, Histoire de la' Gaule, II, 1908, p. 366).
2. Strabon, IV, 1, 1 ; 2, 1. Cf. Dottin, Les anciens peuples de l'Europe, i9\Q, p. 81.
3. Strabon, IV, 1,1.
4. Tacite, Agricola, 11.
5. César, IV, 27. Cf. sur l'usage des interprètes, I, 19, 3; V, 36, 1.
LES MOTS GAULOIS TRANSMIS PAR LES ANCIENS 27
Celtes était différente de celle des Germains >. Elle n'était pas très éloignée de celle des Ligures -. César ne cite pas de gaulois et les seuls mots qu'il nous ait transmis sont ceux de quelques institutions qui n'avaient pas leur équivalent à Rome ; le plus souvent, il emploie les mots latins, même quand ils ne correspondent pas exactement pour le sens aux mots celtiques •', et il a poussé cette ten- dance jusqu'à identifier les dieux gaulois à certains dieux de la mythologie gréco-romaine.
Antérieurement à César, les principaux auteurs qui aient cité des mots gaulois sont l'historien Polybe, qui a écrit l'histoire des luttes des Cisalpins contre les Romains, le poète satirique Lucilius, l'historien Cornélius Sisenna et le philosophe et géographe Poseidônios d'Apamée, qui avait voyagé en Gaule et dont les livres ont été mis à profit par Diodore et par Strabon.
Postérieurement à César, on peut signaler le grammai- rien Varron, l'historien Tite Live, l'agronome Columelle, le compilateur Diodore de Sicile, les géographes Strabon et Pomponius Mêla, les naturalistes Pline l'Ancien et Dioscoride, et un Clitophon, inconnu d'ailleurs. On trouve aussi quelques mots celtiques chez Pompeius Festus (dont la date est douteuse), chez Quintilien, Suétone, Aulu-Gelle, Pausanias, qui nous renseigne sur les Celtes du Danube, Arrien et Oppien. Ammien Marcellin est particulièrement important parce qu'il nous a conservé un texte de Tima-
1. César, I, 47, 4. Cf. Tacite, Germanie, 43 ; il ressort de ce texte que le gaulois était différent du pannonien. Suétone, Caligula, 47.
2: Tite Live, XXI, 32, 10. Cf. l'épithète Semigalli appliquée aux Taurins qui sont des Ligures (Strabon, IV, 6, 6 ; Pline, III, 123) par Tite Live (XXI, 38, 5) ; mais le texte n'est pas sûr.
3. Par exemple, équités, senatus, qui s'appliquent sans aucun doute à un état social très différent de celui des Romains; œdificia, qui a pris un sens très précis (H. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur Vorigine de la propriété foncière et des noms de lieux habités en France, 1890, p. 90-93).
28 LA LANGUE GAULOISE
gène sur les origines gauloises, mais il nous fait connaître peu de mots gaulois. Enfin, les lexicographes et gram- mairiens comme Servius, Consentius, Isidore de Séville, Hésychios. des compilateurs comme Laurentius Lydus nous ont conservé, à une basse époque, des mots gaulois extraits sans doute d'écrivains anciens.
Les écrivains de Gaule, comme Ausone de Bordeaux ' et Fortunat évèque de Poitiers ~. qui ont pu connaître directement le o^aulois. n"v font 2:uère dallusions dans leurs ouvrages, ^'irgile le grammairien, de Toulouse, ne nous a guère laissé plus de deux mots gaulois ^. Marcellus de Bordeaux, outre une douzaine de noms de plantes, nous a transmis des formules magiques qui contiennent sans doute, parmi des mots grecs, des mots latins et des mots forgés à plaisir, quelques mots gaulois, plus ou moins défigurés ^. Le Laterculus de Polemius Silvius ^ contient des noms d'animaux dont quelques-uns ont subsisté dans le vocabulaire populaire roman et pro- viennent peut-être du celtique.
1. Ausone nous a laissé quelques noms de poissons qui semblent gaulois, bien qu'on ne les trouve pas dans le celtique insulaire. Mais on sait comme les noms de cette espèce sont variables et nombreux. D. M. Ausonii Mosella, éd. II. de La Ville de Mirmont, 1889.
2. Monumenta Germaniae historica,Auctores antiquissimi, l\,{SSi.
3. Ernault, Z)<? Virgilio Marone grammatico To/osano, 1886. Roger, L'enseignement des lettres classiques d' Ausone à Alcuin, 1905. Zim- mer, Sitzungsberichte der kôniglich preussischen Akademie der Wis- senchaften zu Berlin, LI M910), p. 1031-1119. Cf. Revue cpltique, XXXII ;i911), p. 130.
4. bregan, gresso, derco- ? Sur la langue de Marcellus de Bor- deaux, voir Chabert, De latinitate Marcelli in lihro de medicamentis, 1897. Geyer, Archiv fur lateinische LexiUographio und Grammatik^ VIII (1893;, p. 469. La plus récente édition de Marcellus de Bor- deaux est celle donnée par Max Niedermann dans le tome V du Corpus niedicoruni latinorum, Leipzig, 1916.
5. Publié dans les Monumenta Germaniae historica, série in-4'*, Auctores antiquissimi, IX, 1892, p. o11-5j1, par Mommsen. Voir sur le sujet qui nous occupe l'élude de A. Thomas, Bomania, XXXV {1906), p. 161-197. Polemius Silvius vivait au v« siècle.
LES MOTS GALLOIS TRANSMIS PAR LES ANCIENS 29
Un certain nombre d'écrivains anonymes de basse époque nous ont transmis des mots gaulois ; ce sont d'abord les scholiastes de .Gicéron, d'Horace, de Virgile, de Juvénal. de Perse, et les compilateurs de glossaires latins ' : puis, les auteurs des anciennes Vies de saints qui citent parfois des expressions de la langue vulgaire de leur temps. Un manuscrit de Vienne, du ix'^ siècle, con- tient un petit vocabulaire gaulois - qui date sans doute du v^ siècle.
Les mots relevés chez les Anciens se rapportent à divers ordres d'idées ou d'objets. Les plus nombreux, après les noms de personnes et de lieux, sont des noms de plantes 3; on trouve aussi des noms d'animaux domestiques ^ et d'animaux sauvages ^ ; quelques noms de parties du corps ^ et des adjectifs de qualités physiques ~. Les mots de civi- lisation désignent les particularités d'habitation ^. d'ali-
1. On trouvera ces glossaires dans le Corpus c/lossariorum latino- riini, éd. G. Goetz, Leipzig, 1888-1903. Un des mots gaulois les plus intéressants qu'on y remarque est orge : occide.
2. Quelquefois appelé « glossaire d'Endlicher », du nom du philo- logue qui le découvrit dans la bibliothèque de la cour de Vienne. Publié ci-après.
3. albolon, amellus, anepsa, arinca, asia, haccar, haditis, heliucan- das, berula, betilolen, hettonica, hilinuntia, hlutthagio, bolusserorij bricumum, calliomarcus, calocatanos, candosoccus, cercer, coccuîn, corna, ducone, emarcus, exacum, gelasonen, gigarus, gilarus, glas- tum, halus, iumbarum, laginon, laurio, limeum, meriseiniorion, odocos, oualidia, pempedula, peperacium, ponem, ratis, rodarum, samolus, sasia, scobien, scubulum, subites, tarbelodathion, tauruc, theximon, thona, ura. vêla, vernetus, vigentiana, vignela, aballo, atinia, betulla, hys, iupicelluson, larix, marcus, padi, renne, rumpo- (inus, scohien, verna.
4. agassaios, caballus, cattus, ceva, niarca, mannus, paraveredus, vertragus.
5. abranas, alce, beber, rufius ; alauda, lugos ; alausa, darsuSj clopias, esox, tinca.
6. becco, drungos, gamba, gulhia, treide.
7. galba, varron.
8. caio, capanna, lautro.
3
30 LA LANGUE GAULOISE
raentation •, de toilette ^^ caractéristiques en Gaule ; des outils -^ et des ustensiles '* ; des véhicules variés ^, des barques '^ ; des mesures de longueur et de surface " ; des armes ou des usages de guerre -^ ; des terrains et des engrais^ ; des instruments de musique '^ ; quelques classes sociales : magistrats, serviteurs, prêtres '^ Nous ne con- naissons que deux verbes ^~.
L'origine de ces mots n'est pas également certaine ; indépendamment des erreurs d'attribution '^ et des trans- criptions inexactes '^, loO environ sont expressément donnés comme gaulois par les auteurs anciens ; environ 40 sont vraisemblablement donnés comme gaulois ; on a de bonnes raisons pour assigner une origine gauloise à une vingtaine d'autres mots. 11 ne faut pas s'étonner si on n'a pu trouver à tous ces mots des équivalents dans les langues celtiques encore vivantes des Iles Britanniques,
1. brace, cervesia, cornia, omasum, taxea, tuceta,
2. bardocuciillus, braca, bulga, caracalla, cucuîliis, gunna, laena, îinna, maniaces, sagus, sapo, viriolae.
3. gabaliis, passernices, plaunwrati, laratrum, tarinca, tascoSy vidubium.
4. bascaucla, tunna.
5. benna, carpenlum, carrus, cisiuin, colisatum, covinnus, essedurUy petorritum, pilentum. ploxenum, reda.
6. cumha, nausum, picatus, pontones.
7. arepennis, candutum, leuga.
8. cateia, gaesa, lancea, materis, spams; petrinos, xjjnema, tolii- tegon ; caetra, cartamera, cyrtias. criippellsrii ; caterva, drungos^ trimarcisia.
0. agaunum, ambe, anam, balrna, berula^ mercasius, nanio, oîca^ onno ; acaunumarga, glissomarga.
10. carnon, chrolta.
H. vergobretus ; anibactus, casnar ; bardus, druidae, euhages^ gutualer.
12. canibiare, tannare.
13. Chez Dioscoride, par exemple, TiÀXo: .; !es Gaulois »> et àÀAoi (' d'autres » peuvent être mis l'un pour l'aulre.
14. Voir les variantes de druidae chez Ammien Marcellia et Aure- lius Victor. Dans le Glossaire de Vienne, alla semble une faute pour allô.
LES MOTS GAULOIS TRANSMIS PAR LES ANCIENS 31
car le vieux-celtique des Iles était vraisemblablement différent de celui du continent ; il peut parfois avoir perdu d'anciens mots que le g-aulois a conservés ; dans d'autres cas, il est sans doute plus archaïque que le gaulois. Le celtique de Gaule devait contenir d'assez nombreux élé- ments appartenant aux langues qui l'avaient précédé sur notre sol. En fait, on explique par les langues celtiques des Iles Britanniques près de la moitié des mots gaulois qui nous sont parvenus par l'intermédiaire des auteurs de l'Antiquité.
Ces mots ne peuvent suffire à caractériser la langue gauloise ; ils sont affublés de terminaisons latines ou grecques ; nous n'en connaissons ni la déclinaison, ni la conjugaison, à l'exception de quelques désinences casuelles de noms propres, comme -as à l'accusatif pluriel ^ conso- nantique : Biturigas, Carnutas -, Allohrogas, Curiosoliias, Lingonas ^, Tricassas ^, Pictonas, Senonas, Atrehaias ^, que l'on trouve dans les textes classiques. Les dési- nences -as au nominatif pluriel de la déclinaison en -â, -u au datif singulier, -us à l'accusatif pluriel de la décli- naison en -0-, -is à l'accusatif pluriel de la déclinaison en -i-, à l'époque mérovingienne, ont peut-être été influencées par le celtique ^. Mais les thèmes nominaux sont souvent incertains ; les manuscrits de César donnent Caletes et Caletùs, Santonos et Santcnum, Turones et Turonos, Velîo- casses et Veliocassos ; César dit Carnutes, et Pline Carnuti ; on a Ehurovices chez César, 'Egcupcur.xoi chez Ptolémée ; Lemo-
1. C'est sans doute à rinfluence de cet accusatif qu'est dû le passage à la déclinaison latine en -a de noms celtiques de la décli- naison consonantique, comme druides devenu druidae déjà chez Cicéron (De la divination, I, 41, 90).
2. Florus, III, 10, 20.
3. César, I, 14 ; 26 ; II, 34 ; III, 7 ;. 63 ; VII, 64. Tacite, Flistoires, IV, 73. .
4. Ammien Marcellin, XVI, 2, 7.
5. Orose, VI, 11; VII, 29; 32.
6. H. d'Arbois de Jubainville, Revue celtique, I (1871), p. 320-331. Ebel, ibid., II (1874), p. 403.
32 LA LANGUE GAULOISE
vices chez César, X'.-j.zji-Azi chez Ptolémée ; Cavarae chez Varron, Cavarum chez Mêla, Kxjioz'. chez Ptolémée *.
En dehors d'une petite phrase, conservée par Servius et qui semble corrompue -, nous n'avons que des mots isolés. Ils sont précieux pour 1 étude du vocabulaire gaulois, quand nous ne devons pas douter de leur authenticité. Or plusieurs d'entre eux sont suspects : haccar, nom gaulois de lasaret, semble être le grec .^ixxapiç ; liaema- tites « héliotrope « est identique à 2'.\j.x-iTr,z. nom d'une pierre ; ura « satyrion » est le grec cjpi « queue » ; vigen- tiana « millefeuille » est sans doute latin ; £/S^z\z'/ « galéo- psis » est le latin albuliis : laiirio « pervenche », un dérivé de laurus : as^j-viOsc'. traduction du nom des druides chez Diogène Laërce, est un composé grec ; jczccjîoai, aapwvt^ai, variantes de cpcy^ai chez Diodore se rattachent à japwvlç « vieux chêne pourri », comme cp'y'.z7.i a été rattaché à cpj; ; tripetiae ((trépieds » chez Sulpice Sévère est du latin vulgaire ; 7,z^y.'/Azv^ nom de plante chez le Pseudo-Aristote, est un mot grec dérivé de 'Azç>y.z.
Mais il faut procéder avec prudence à cette sorte d'épu- ration du vocabulaire gaulois ; il peut y avoir des coïnci- dences de forme entre des mots appartenant à des langues différentes ; de plus, le gaulois et le latin n'étaient pas des langues très éloignées l'une de l'autre •^. On a supposé longtemps que le rédacteur du Glossaire de Vienne y avait à tort introduit le mot hébraïque dan, jusqu'au jour où Ton découvrit ce mot dan sur une monnaie gauloise. Cet
1. Il y a une tendance iiido-eiiropéenne à mélanger les thèmes en -o et les thèmes en -i. Vendryès, Mémoires de lu Société de linrjuis- tique de Paris, XIII (1905-1906), p. 395.
2. Gaius Julius Caesar, cum dimicaret in Gallia et ab hoste raptus equo ejus portaretur armatus, occurrit quidam ex hostibus, qui eum nosset, et insultans ait : cecos ac césar ^var. caesar caesar) quod Gallorum lingua dimitte significat : et ita factum est ut dimitteretur Hoc auteni ipse Caesar in ephemeride sua dicit, uhi propriam com- mémorai felicitatem. Servius, ad Aen. XI, 743.
3. Voir ci-après p. 121, 129.
LES 3I0TS GAULOIS TRANSMIS PAR LES ANCIENS 33
exemple devrait rendre les critiques plus circonspects.
Outre les noms communs dont nous venons de parler, les auteurs de l'Antiquité nous ont transmis un grand nombre de noms propres. Les noms de lieux et de peuples nous sont donnés surtout par César, Strabon, Diodore, Pline, Tacite, Ptolémée, Vltinéî^aire d'Anionin et la Table de Peutinger ;\qs noms de personnes, par César, Tite Live, Tacite, Florus, Silius Italiens, etc. Tous ces noms ont pris des terminaisons latines ou g^recques.
Au contraire de l'usage suivi sur les inscriptions gau- loise s (où la dénomination est double et se compose d'un nom et d'un surnom) i, et sur les inscriptions latines (où elle est triple et se compose d'un prénom, d'un gentilice et d'un surnom), les noms des anciens Gaulois, tels que nous les ont transmis les écrivains grecs et latins, sont uniques. La plupart sont des composés à deux termes : Cingeio-rix, Vercingeto-rix, Dubno-rix, Boduo-gnatiis, CongoJineto-dumnus, Virido-marus, Camulo-genus, Ver- condari-dubnus ; mais quelques-uns pourtant sont de simples dérivés : Gohannitio, Diviciacus, Celtillus.
Les inscriptions latines ^ ne fournissent guère, à part quelques noms de nombre ^ et un nom de prêtrise ^, que de très nombreux noms propres gaulois. Les noms de lieux y présentent les mêmes difficultés que ceux que les textes des écrivains nous ont conservés; ils peuvent être antérieurs à l'occupation de la Gaule par les Celtes et
1. Voir ci-dessous, p. 39, 41.
2. Sur les inscriptions latines de la Gaule, voir Pirson, La langue des inscriptions latines de la Gaule, Bruxelles, 1901 [Bibliothèque de la Faculté de philosophie et lettres de lUniversité de Liège). Sur le latin de la Gaule, voir Geyer, Archiv fur lateinische Lexikographie und Grammatik, II (1885), p. 25-47.
3. tricontis « trente », petrudecameto u quatorzième ». C. L L., XIII, 2494,.!. Loth, Comptes rendus de V Académie des inscriptions et belles-lettres, 1909, p. 22-28.
4. gutuater. C. L L., XIII, 2583 ; 1577. Revue épigraphique, 1900, nos 1367^ 1368, p. 132-13i.
34 LA LANGUE GAULOISE
appartenir à d'autres langues que le celtique. Quant aux noms de personnes, l'origine en est plus douteuse dans les inscriptions que dans les textes des historiens, où la nationalité est clairement indiquée. Le plus souvent, ces noms ne sont accompagnés que de la mention de la filia- tion. Quelques-uns, pourtant, se sont conformés aux usages de l'onomastique latine et se composent d'un pré- nom, d'un gentilice et d'un surnom : Q. Soliinarius Bitus. Chez les Gaulois romanisés, dans les premiers temps de l'occupation romaine, le suruom est le plus souvent d'ori- gine celtique : C. Valerius Donnotaurus.
La déclinaison y offre à peu près les mêmes traits carac- téristiques que dans les manuscrits :
L'accusatif pluriel en -as : Ceuti^onas, Lingonas ; le datif singulier en -u : Deo Brixantu propitiu ^ ; le nominatif singulier en -u : Cotu (cf. dat. Cotuni)^ Saciru [Saciro), Caixu (cf. dat. Caixuni) ;
le datif singulier en -uni : Magetiuni^ Sainicantuni ; le datif pluriel en -abus : Matrabus.
On trouve peut-être même un exemple de la modification que subit la voyelle des thèmes en -u dans la déclinaison : Lugoves, Lugovibus '- comparé à Lugu- (Lugu-dunum). La phonétique offre :
u pour 0 : Capitu (Capito), Frontu (Fronto), Scipiu (Scipio).
11 ne faut point s étonner que les inscriptions latines de Gaule ne nous révèlent presque aucune caractéristique des patois gaulois ou gallo-romains. De nos jours, ce n'est ni dans les affiches et les documents officiels, ni dans les inscriptions funéraires, que l'on peut étudier les parlers populaires 3. Le français a gardé sans doute quelques sur-
1. A Moulins-Engilbert, Nièvre. C. I. L., XIII, 2812.
2. II. Gaidoz, Revue cellique, VI '1883-1885;, p. +88. A. Martinez- Salazar, Bolelin de la real Academia de historia, LVl, v, 1910, p. 349.
3. On trouve quelques termes locaux dans les affiches de ventes.
LES MOTS GAULOIS TRANSMIS PAR LES ANCIENS 35
vivances de l'usage gallo-romain, par exemple, Femploi de apud dans le sens de « avec » ^, et de quare dans le sens de « car », sous Tiniluence sémantique du gaulois.
LES MOTS DES INSCRIPTIONS GAULOISES
A défaut de phrases gauloises transmises par les Anciens, nous avons, dans quelques inscriptions, des textes assez étendus qui nous fournissent, bien que la tra- duction en soit difficile, des renseignements sur la décli- naison et sur la conjugaison. Quelques-unes sont partiel- lement en latin ^\ une contient une phrase grecque "^ La lecture de plusieurs est douteuse.
La plupart sont des inscriptions votives qui emploient sans doute des formules analogues à celles des inscriptions latines. Elles doivent comprendre le nom du donateur^ le nom de la personne divine ou humaine à qui est fait le don, sans doute aussi un verbe, et l'indication^ au moyen d'un nom ou d'un pronom, de l'objet offert, avec parfois une détermination adverbiale ou circonstancielle.
D'après Falphabet, on les partage en deux groupes : les inscriptions en caractères grecs et les inscriptions en caractères latins.
Les inscriptions votives ou dédicatoires en caractères grecs, qui sont jusqu'ici presque exclusivement spéciales à la Narbonnaise, comprennent deux types d'inscriptions : un premier type, caractérisé par dede iltlz) et par hratude
1. En vieux français od^ conservé sous la forme o dans les dia- lectes de l'Ouest.
2. Les iascriptions n°» 41, 43, 45, 49, 50.
3. 'Aviojvo; ï-6v.. C'est la formule ordinaire des sculpteurs g^recs ; il esL vraisemblable qu'elle a été introduite daas FinscriptioD par une sorte de pédantisme, et on aen peut conclure que le g-rec iùt une des langues parlées ou écrites à Bourges (inscription n" 45).
36 LA LANGUE GAULOISE
(jjpaTsuos) ; un second type caractérisé par eiôra ( îiwpsu) et carnitu (y.apv.Tou).
On n'a jamais dénié le caractère celtique au second type d'inscriptions ; outre les mots 7C7tv et £',o)c:j qui, sous la forme sosin et leuru, figurent dans les inscriptions en caractères latins, on y trouve encore le mot xapvtTCj qui lui est commun avec une inscription de la Gaule Cisalpine en caractères étrusques.
Quant au premier type d'inscriptions, on a, à plusieurs reprises, tenté de démontrer qu'il appartenait à un dialecte italique.
Dès 1876, H. d'Arbois de Jubainville écrivait que, dans l'inscription de Nîmes, les trois mots oz^z '•j.y.-pi'jjz va;j.aj7'.- 7.a,3c sont latins '. Dede serait une forme vulgaire de dédit ; matreho et Xamausicaho offriraient une variante de la désinence -bus, -hos. La suppression de s final était, au temps de Cicéron, un usage un peu rustique, après avoir été plus anciennement un signe de bonne éducation, et Cicéron donne comme exemple le datif pluriel omnibu pour omnibus -. En 1890, H. d'Arbois de Jubainville exprimait l'idée que JcaTOJCs pouvait être une expression d'origine italienne 3. Tel était aussi l'avis de M. Bréal qui en 1897 écrivait à Alexandre Bertrand : « La ressem- blance entre ces inscriptions gauloises et les inscriptions italiques est si grande, qu'un doute sérieux peut nous venir et qu'on peut se demander si l'on n'a pas affaire à quelque
i. Revue des sociétés savantes, séné W, lY (1876), p. 266-270. On trouve dede en latin (C. /. L., I, 62, 169, 180 et en ombrien (R. von Planta, Grammatik der oskisch-unibrischen Dialekte, II, p. 555, cf. p. 328).
2. Cicéron, Orafor, 48, 161.
3. Revue celtique, XI (1890 , p. 249-252. La question est résumée par H. d'Arbois de Jubainville, ibid., XVIII (1897), p. 318-324, et Paiements de la grammaire celtique, 1903, p. 173-177. Voir aussi Vacher de Lapouge, Bulletin historique et philologique, 1898, p. 328- 349, qui a donné au dialecte de ces inscriptions le nom de namau- sique.
LES 310TS DES INSCRIPTIONS GAULOISES 37
frère de Tosque et de l'ombrien, si l'on n'a pas ici le représentant le plus septentrional des dialectes italiques '. » J. Rhys est d'accord avec H. d'Arbois de Jubainville pour refuser au celtique les inscriptions gauloises contenant csâs et gpatouSs, mais il les attribue à une langue encore mal définie qui aurait été en usage sur l'ancien domaine ligure et à laquelle il a donné le nom de celtican-. Pourtant, iî est difficile de séparer les inscriptions du second type(sta)pc)u) de celles du premier (osBs i^paTou^e). On ne s'expliquerait guère que des inscriptions italiques fussent écrites en caractères grecs ^. Enfin, nous ne connaissons pas dans le détail la parenté du gaulois avec l'italique. Pour toutes ces raisons on peut, au moins provisoirement, ne pas séparer ces inscriptions des autres inscriptions gauloises.
Les inscriptions votives en caractères latins se répartis- sent entre un premier type, dont l'élément caractéristique est ieuru, variante du eiMpou des inscriptions grecques ; un second type, dont on n'a qu'un exemple et qui est caractérisé par iorebe ^ ; enfin, un troisième type représenté par une inscription contenant legasit.
Il importe de déterminer quels sont, dans ces inscriptions, les verbes, en nous guidant sur les inscriptions gallo- romaines analogues.
Il est très vraisemblable que legasit soit un verbe à la troisième personne du singulier, comme le latin legavit ; dede a été rapproché du latin dédit ; mais que sont ieuru {s-iiùpou) et iorebe ? A la rigueur ieuru iznùpou) pourrait être un verbe à la première personne du singulier, mais l'em- ploi de la première personne du singulier dans les inscrip-
1. Revue archéologique, XXXÏ (1897), p. 104-108.
2. Rhys, The Celtic inscriptions of France and llaly, Londres, 1906, p. 78-81.
3. JuUian, Histoire de la Gaule, II, p. 371, n. 6.
4. Dans l'hypothèse où l'on lit Leucullosu iorebe et non Leucullo suiorebe. Voir ci-après, inscription n° 48.
38 LA I^>GU£ GAULOISE
tions votives n'est guère fréquent L Quant k iorehe, il pourrait être comparé à un parfait latin en -vit ; il aurait perdu le t comme dede -. Mais on peut song-er aussi à expliquer ces deux mots par un datif singulier ieuru 'îiwpcu), et un datif pluriel iorebe ^. 11 est vraisemblable que Tin- scription d Alise contient un second verbe qui serait dagii- ontiio ou dugeonteo^.
Quant à ^p^'^^.i-sa, caractéristique de tout un groupe d'inscriptions, il est placé à la fin de la phrase et doit cor- respondre k une des formules* finales des inscriptions latines. En se fondant sur le sens du mot celtique qui lui est identique, irl. hràth « jugement )», on a d abord pensé à une formule assez rare en latin : ex- imperio '. ou une autre formule synonyme : ex jussa '^ : on pourrait aussi songer à ex testamento ~\ Puis, comme il s agit vraisem- blablement non d'actes publics, mais d'ex-votos privés, on s'est adressé, pour rendre compte de ,ipaTSjs£, à la for- n^ule courante : votum solvit lihens merito, abrégée d'ordi- naire en 1 . S. L. M. ; |îpaTCjQ£ doit donc répondre soit à lihens^, soit à merito ^. Le sens de 1 irlandais hràth se
1. Voir toutefois les exemples cités par H. d'Arbois de Jubaiii- ville, Eléments de la grammaire celtique, p. f23. Dautre part, si ieuru est le verbe qui exprime la dédicace, comment expliquer que dans 1 inscription de Sazeirat on ait, outre ieuru, la formule dédica- toire V. S. L. M. ?
2. Cette hypothèse est peu vraisemblable, car la forme leçjasit mcwitre que le t ne tombe pas à la troisième personne du singulier, et oE6£ peut s'expliquer comme un ancien parfait indo-européen sans autre désinence que e ; cf. a. s. dijde <( il a fait ».
3. Voir ci-après, p. 40. 120.
4. Voir ci-après, p. 122, et n° 33.
0. \Vh. Slokes, Beitràge zur Kunde der indogermanischen Sprachen^ XI ^886), p. 125.
e! Souvent abrégé en EX IV, EX IVS, EX IVSS.
7. Voir Gagnât, Cours d^épigrapkie latine, 4*^ éd., 1914, p. 428.
8. Rhys, The Celtic inscriptions ofGaul, addiliona and corrections, Londres, 1911, p. 26.
9. H. d'Arbois de JubainriHe, Eléments de In grammaire celtique, p. 170.
LES .AlOTS DES INSCRIPTIONS GAULOISES 39
rapprochant plutôt de merito, c'est sans doute le sens de « ajuste titre » qu'il faut donner à 3pa-îouc£ '.
Les noms des donateurs et de leurs fonctions nous offrent des exemples de nominatifs singuliers :
en -os : Andecamulos ^ Licnos, Hsyc^j^apoç, KauGixoLXoç, Iccavos, Doiros, O'j-^(3pou[;.apoç, Kap-rapoç, Bratronos ;
en -ios : Apronios ;
en -is : va;j.x'JTa-'.ç ;
en -as : toguticu,; ;
en -â : epad\
en -u : Fronta ;
en -a : Buscilla. et des exemples de nominatifs pluriels :
en -i : Senani ;
en -es : Euj^ises.
Ces noms sont souvent accompag-nés d'une détermina- tion :
\° D'un nom de père au génitif : Dannotali [fils] de Dannotalos, Segomari [fils] de Segomaros.
2^ d'un patronymique en -cnos : Ouspjr/.vo;, Oppianicnos ^ Toulissicnos, Acpsjaixvoc, Nantonicn[os) ; cf. Tanotaliknoi [fils de] Danotalos, Trutiknos [fils de] Drutos transcrit Druti f[ilius] dans le texte latin de l'inscription bilingue-;
3° d'un surnom patronymique, local, ou hypocoristique :
en -eos ; OutXXovcO;; ;
en -ios : Tarbelsonios ;
en -^os : Contextos ;
en -acoô' : lAXavoutay.Oi;.
1. On trouve dans quelques inscriptions osques un mot de même racine dont on a les formes brateis gén., |3pa-totj. ace, en pélignien hratoin. Zwetaieff, Inscripliones Italiae inediae, n°^ 0, 33. Sylloge inscripiionum oscarum, n° li3. R. von Planta, Grammatik der oskisch- umbrischen Dialekte, II, p. 678,716.
2. Voir ci-après, inscriptions n°^ 17 bis, 33.
40 LA LANGUE GAULOISE
Les noms des personnes ou des divinités auxquelles ^ sont adressées les offrandes nous donnent des exemples de datif :
Datif singulier.
En -u : Alisanu, Magalu^ Tapavosu, ieuru (?), pajEAcu, Aiivalonnacu, Elvontiu;
en -/ : Br/Ar<ca;j.i (cf. Belisama) (thème en -i) ; Brigin- doni (thème en -n) ; AoYiwcp'.vt (thème en -g) ;
en -ui : BaXajooj'. Maxy.apioui, Aa'jj.i s'.vcji, Ac^s'-'^i^'- '
en -e : Ucuete; -
en -ai : Esy-î^Y^'- BXav^cc'j'.y.^jviîri, A'.cjviai ;
en -0 : Ovorico, Esomaro.
Datif pluriel.
En -ho : MaTps.Sc vatj.aus'.y.ajic, '^.o^-iclIcz \'lj, Avâccjvva^o ; en -he : suiorehe ou iorebe (?) ; en -/>/ : gohedhi (?).
Le nom de l'objet consacré ou donné devait être à l'accusatif :
Accusatif singulier.
En -on : canecosedlon. cantalon, v£;j.y;t:v. celicnon (thèmes en - o) ;
en -om : hrivatiom :
en -0 : sosio ;
en -//i : ratin, sosin (thèmes en -/ . Cf. L'ciietin^ nom de dieu:
en -an : '\}.%'iy,Tf (?):
en -eni : y.avTSj. ? .
Il est probable que so^/o (accusatif neutre), so5//î (accu- satif masculin ou féminin) sont des cas d'un pronom.
Accusatif pluriel neutre (?). En -a : 'Axr.vr/..
LES MOTS DES INSCRIPTIONS GAULOISES 41
Enfin, quelques inscriptions contiennent des complé- ments circonstanciels à l'ablatif. Le plus remarquable est bratùde qui semble être l'ablatif d'un thème en -u suivi de la postposition de *. Mais on a aussi un datif ou un ablatif (locatif) en -a ou -e précédé de la préposition in : in Alisiia, in Alixie.
Les inscriptions funéraires, qui sont moins nombreuses, ne nous fournissent guère que des noms propres au nomi- natif "^, quelquefois suivis d'une détermination : OupiT-axcç IlXouo-xoviGç, Btvva[;.oç AiTOU[j-ap£Gç, KoYY^vvoAiTavoç Kap6tAi- -avtoç, E/vOuiaaa Mayoupeiviaoua, M'.o-œouxoç SiXouxvo^, KaiO'jaAcç, EaxiYYopetç KovBiXXsoç, Ka^Sipsç Ouivo'.axoç.
Outre ces inscriptions votives et funéraires, qui sont les plus intéressantes, nous avons conservé sur des poteries et sur un des boucliers de l'Arc d'Orange un groupe d'inscriptions ^ qui contiennent, à côté d'un nom propre, un mot singulier qui apparaît une fois sous la forme complète auotis, mais, le plus souvent, sous les formes abrégées auoti, auot, auuot, auo, au ^. On a donné
1. On trouve en latin quitus de (Cicéron, Invent. II, 48, 141) provinciis de (Tite Live, XLI, 23, 13). Des postpositions analogues sont fréquentes dans les dialectes italiques : -en (lat. in) en osque et ombrien, -co/>i,-/vwm (la t. -cum),-per( la t. /3ro),-ars (la t. -ad), en ombrien. R. von Planta, Grammatik der oskisch-umhrischen Dialekte, II, p. 440. Wh. Stokes compare le vieil-irlandais ci-de « de quo » Sg. 3 a 9 [Archiv fur celiische Lexikographie, I (1900), p. 108). On peut songer aussi à expliquer -Ss par le latin -de (in-de), en grec -0£,-6ev, ou par l'ablatif zend en -dha. R. Thurneysen, Miscellanea linguis- tica in onore di Graziadio Ascoli, Turin, 1901, p. 38.
2. Dans les inscriptions chrétiennes de Grande-Bretagne, les noms sont au génitif. Il est possible que quelques-unes des inscrip- tions gauloises qui offrent des noms au datif soient des inscriptions funéraires.
3. Héron de Villefosse, Comptes rendus de V Académie des ins- criptions et belles-lettres, XV (1887), p. 251-255. Revue archéologique, XI (1888), p. 155-159.
4. Ce genre d'abréviations est fréquent dans le calendrierde Coligny.
42 LA LANGUE GAULOISE
de ce mot les explications les plus diverses. Ce serait soit simplement le latin a votis *, soit un nom celtique signi- fiant a fabricant » -. Depuis la découverte de la forme auotis, on a renoncé à y voir un verbe '. Ces inscriptions con- tiennent d'intéressants noms propres : Rextugenos^ Sullias^ Sacrillos Carati^ Aucirix, Buccos.
Les monnaies gauloises ^ portent le plus souvent des noms d'hommes, rarement accompagnés de qualificatifs, ce qui rend les attributions difficiles ; il s'agit, sans doute, tantôt de chefs, tantôt de magistrats monétaires. C'est, en particulier, le cas des monnaies où sont réunis deux noms d'hommes. Comme noms communs, on ne peut guère citer que vlatos[Tj, vercobreto, arcantodan. Les noms de lieux sont rares : Ratumacos. On trouve quelques noms de peuples : Eburovicom, Aulircus. Eduis, AcYYstrraXr^Twv, Medioma(trici\^ji-j:^yL-;r-({ù-9), VeliocaHi, Volcae Arec(omici)\ et quelques adjectifs ethniques : Br,-xçpx-iz. \amasat[is)f Remos^ Santonos, Segusiaus, Turonos. Les désinences ne peuvent être utilisées qu'avec prudence pour l'étude de la déclinaison gauloise, car les mots sont souvent écrits en abrégé faute de place; ils sont, pour la plupart, au nomi- natif; ils nous fournissent, en tout cas, des exemples des dilTérents thèmes :
en -o- : Aremagios. Artos, Alepilos. Bclinos, Cassisu- ratoSy Cisianihos^ Contoutos, Diasulos, Durnacos, GiamiloSy Litavicos^ Acuxctlxvc;, Ihvvosuivcsc, Viros :
1. D'après R. Tliurneysen. Mais la formule laline est ex voto et non a votis, qui est daiîleurs invraisemblable sur des poteries.
2. H. d'Arbois de Jabainville, Centenaire de la Société des Antiquaires de France, Recueil de fn*^moires, 1904, p. 15.
3. M. G. JuUian (Histoire de la Gaule, II, 1908, p. 373, n. 1) objecte l'inscription qui porte Sacrillos avot formant. Mais formam y est en abrég^é : form.
4. A. de Barthélémy, Revue celtique, I IHTl}, p. 291-29»; IX (1888), p. 26-35. Muret et Cliabouillel, Catalogue des monnaies gau- loises de la Bibliothèque nationale, 1889, p. 317 et suiv. Blanchet» Traité des monnaies gauloises, 190o.
LES MOTS DES INSCRlPTJOiNS GAULOISES 43
en -io- : Areniagios^ Bw/,'.:;, Tasr/etios, Lucotios^ Lux- terios]
en -a- : Afotaidiaca, Ateala, Verga\
en 'ia- : Vindia ;
en -i : Lixoviatis^ B-/;Tapf att^;, Agedoniapatis ;
en -/z- : Caledu (cf. Caledones)^ Criciru [Cricironi] ;
en -^- : Cclecorix, Cosecalidx^ Inecriturix, Magurix, Togirix^ Vercingetorixs ;
en -d- : Cicediihri epad.
Des inscriptions populaires sur des pesons de fuseaux, récemment interprétées, semblent contenir des mots et même des phrases gauloises. La plus curieuse offrirait deux exemples de verbes à l'impératif ^
Parmi les tablettes magiques, l'une, la tablette de Poi- tiers ^, semble un mélange de grec et de latin où lé gau-r lois n'apparaît pas clairement ; l'autre, la tablette de Rom •^, semble entièrement gauloise ; elle comprend les mots sosio et cialli que l'on trouve dans d#utres inscrip- tions gauloises ; on y a découvert des désinences d'appa- rence verbale : -mo, -issîe, -ont ; peut-être aussi le nom de la déesse Dlvona écrit Dihona.
Quant à la tablette d'Evguières ^, écrite dans un alpha- bet intermédiaire entre 1 alphabet grec et Talphabet étrusque, on n'y aperçoit, comme mot à tournure celtique, que (j[x=pTciozo.
Enfin, les tablettes d'Amélie-les-Bains\ en dehors de
1. Voir ci-après, n° 59.
2. Voir ci-après, n» 60. ^
3. Voir ci-après, n" 5'2.
4. Julliaii, Bévue des études anciennes, II (1900), p. 47-55. Bulle- fin archéologique, 1899, p. cxii, cxxiii. Audollent, Defixionuni tabellae, 1904, p. -172-173.
5. C. I. L., XII, 5367. Héron de Villefosse, Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 1895, p. 122. Audollent, Defixionuni tabellae, p. 173-175.
44 LA LANGUE GAULOISE
quelques mots latins, ne présentent rien que l'on puisse encore identifier à une langue connue.
La plus importante des inscriptions gauloises, malgré son obscurité et bien que l'intérêt en soit un peu spécial, est sans contredit le calendrier de Coligny ^ Ce calendrier comprenait cinq années de douze mois chacune, plus deux mois complémentaires, placés l'un au commencement du calendrier, l'autre entre le sixième et le septième mois de la troisième année ; ces deux mois complémentaires occupent chacun sur la table de bronze un espace double de l'espace occupé par un mois ordinaire. Chaque mois est divisé en deux parties. La première partie, qui est précédée du nom du mois, comprend toujours lo jours; la seconde partie, précédée uniformément du mot Atenoux^ comprend 14 ou lo jours, selon que le mois a 29 ou 30 jours ; cette seconde partie est numérotée à part comme lin tout distinct. Il y a sept mois de 30 jours et cinq mois de 29 jours.
Les mois complémentaires, destinés à rétablir l'accord entre l'année lunaire de 334 jours et l'année solaire de 36o jours 1/4, présentent tous deux 30 jours. Ces 30 jours portaient chacun le nom d'un des trente mois qui suivaient et la liste des mois était contenue deux fois et demie dans les trente jours du mois complémentaire ^, c'est-à-dire par- tagée en trois séries, deux de \2 jours et une de 6 jours. Il est curieux qu'en Bretagne les 12 jours supplémentaires {gourdeziou)^ que la tradition la plus ancienne place du 25 décembre au 6 jan\ ier, passent pour dénoter la qualité des douze mois de Tannée ^. Les jours 1. 7, S, 9 de chaque mois sont souvent indiqués dans le calendrier de Coligny par le nom du mois suivant.
1. J. Loth, Revue celtique, XXV (1904), p. 113-li2. Voir la biblio- jj^raphie ci-après, inscription n° .")3.
2. Seymourde Ricci, Revue celfir/ue, XXIV 1903, p. 313-316.
3. J. Loth, Revue celtique, XXIV 1903), p. 310-312.
LES MOTS DES INSCRIPTIONS GAULOISES 45
La plupart des mots de ce calendrier sont en abrégé ; les abréviations du même mot sont multiples, en sorte qu'on en peut dresser la série croissante ou décroissante. Ces mots sont sans doute au nominatif ; mais il est difficile d'en déterminer le cas, tant qu'on n'est pas sûr que le mot soit écrit en entier. Il y a au moins trois génitifs : Equi à côté du nominatif Equos ; Cantli à côté de Cantlos^ Riuri à côté de Riiiros.
A la fin du premier mois complémentaire et au commen- cement du second, on trouve une phrase, complète dans le premier, incomplète dans le second. Dans la première, il y a sans doute un verbe à la troisième personne du sin- gulier : cariedit ou r ledit.
Rhys réunit dans un même groupe linguistique l'inscrip- tion de Coligny, l'inscription de Rom, l'inscription de Séraucourt, l'inscription de Vieil-Evreux, les formules de Marcellus de Bordeaux ^
LES ALPHABETS DES INSCRIPTIONS GAULOISES
César nous apprend que, lorsque les Romains, en 58 avant notre ère, pénétrèrent dans le camp des Helvètes, ils y trouvèrent des tables en lettres grecques, où étaient relevés les noms de tous les émigrés, le nombre des hommes en état de porter les armes, et, séparément, celui des vieillards, des enfants et des femmes '^. Les
1. Celtae and Galli, p. 55. Dès 1896, M. Seymour de Ricci attri- buait au ligure l'inscription de Coligny, en se fondant sur divers caractères linguistiques, dont le plus important est l'emploi simul- tané du q et du p {Revue celtique, XIX, 1898, p. 217). M. Nicholson l'attribuait en 1898 à une langue indo-européenne intermédiaire entre le latin et le celtique et qu'il nomme Sequanian [Sequanian, Londres, 1898). J. Rhys (The Celtic inscriptions, p. 81) lui donne le nom de Celtican. Sur ces fragiles hypothèses, voir J. Loth, Comptes rendus de V Académie des inscriptions et belles-lettres, 1909, p. 16.
2. César, I, 29.
46 LA LANGUE GAULOISE
druides gaulois, dans les comptes publics et privés, se servaient de lettres grecques '. Quand, dans le pays des Nerviens, César eut à faire parvenir une lettre à son lieu- tenant Q. Cicéron, il l'écrivit en lettres grecques, pour que Tennemi, s'il arrivait à l'intercepter, ne pût connaître son dessein - ; comme il est peu probable que, dans ce texte, les mots litter'is graecis aient un autre sens que dans les deux précédents et signifient « en langue grecque » et non u en caractères grecs », il s'ensuit que la connais- sance de l'alphabet grec ne s'était pas répandue chez les Nerviens, qui, d'ailleurs, défendaient aux marchands étrangers l'accès de leur pays •^. La langue grecque était- elle connue dans la Gaule Celtique? Strabon, sans doute d'après Poseidônios, rapporte que les Gaulois voisins des Marseillais ont été amenés par ceux-ci à écrire leurs contrats en grec : èXAY)'nŒrt ^. Mais le druide Diviciacus ne savait pas le grec, puisqu'il ne peut s'entretenir avec César sans l'aide d'un interprète ^. Il faut donc seulement conclure que le premier alphabet des Gaulois fut l'alphabet grec et que c'est par les Grecs de Marseille que la connais- sance de l'alphabet s'était répandue en Gaule.
Rien ne permet de croire qu'antérieurement à l'intro- duction des lettres grecques les Gaulois se servissent d'alphabets formés de barres parallèles disposées à l'arête d'une pierre ou d'un tronc équarri, comme l'alphabet ogha- mique, qui était encore en usage en Irlande au vii* siècle ^.
1. César, VI, 14. Tacite rappelle [Germanie, 3] que Ton croyait de son temps à rexistence de tombeaux à inscriptions grecques sur la limite de la Germanie et de la HhéLie. C. Jullian, Revue des éludes anciennes, XIV ;1912), p. 283-284.
2. César, V, 48. Dion Cassius, rapportant le même fait, dit £>AyiaaTÎ (XL, 9),maùs £ÀÀT,vt.(jTÎ a est pas plus clair que litleris graecis. T. R. Holmes, Caesar's conquest ofGaiil, 2® éd., Oxford, 1911, p. 730.
3. César, II, 15. Cf. Cicéron, Ad Quintuni fralrem, III, 8.
4. Strabon, IV, 1,5. 0. César, I, 19.
6. II. d'Arbois de Jubainville, Comptes rendus de l'Académie des
LES ALPHABETS DES INSCRIPTIONS GAULOISES 47
Comme nous l'avons vu, les inscriptions gauloises sur pierre sont écrites soit dans 1 alphabet grec, soit dans l'alphabet latin K Quelquefois les deux alphabets sont réunis dans une inscription - ou mélangés dans le même mot •^. Sur les monnaies gauloises, les caractères grecs furent employés jusqu'à la fin de l'indépendance ^. Par- fois, on trouve des caractères grecs sur une face et des caractères latins sur l'autre: POOYIKA, au revers ROVECA J EPENOS, au revers EflRNOC, et, dans le même mot, une lettre grecque parmi des lettres latines : COLIMA variante de SOLIMA. Mais, d'après les alphabets, les inscriptions lapidaires et les légendes monétaires ne sont pas égale- ment réparties dans les mêmes régions. Les inscriptions lapidaires en caractères grecs proviennent surtout de la Narbonnaise, et les Iéo:endes monétaires en caractères grecs s'étendent beaucoup plus loin : on en a trouvé chez les Suessions, les Meldes, les Garnutes. On pourrait donc en conclure que les inscriptions sur pierre ne sont pas contem- poraines des monnaies et qu'elles sont peu antérieures aux inscriptions latines de Gaule ^.
La plupart des inscriptions sont en caractères monu-
inscriptions et belles-lettres^ IX (1881), p. 20-26. Ph. Berger, Histoire de l'écriture dans i Antiquité, 2^ éd., p. 341-347. J. Mac Neill, The Irish Ogham inscriptions [Proceedincjs of the royal Irish Academy, XXVII, C, 15, Dublin, 1909).
1. Au commencement du xix^ siècle on croyait à l'existence d'un alphabet propre au ceîtique et on se figurait le trouver dans les inscriptions armoricaines des viii'^-x* siècles. Voir Thévenard, Mémoires relatifs à la marine, an viir, II, p. H7-118. I/alphabet étrusque a servi à transcrire le gaulots de Cisalpine.
2. Voir l'inscription de Genouilly (ci-après n" 45).
3. MEeiLLVS (C. I. L.. XII, 5686, 576), sur un vase.
4. C'est sur les pièces de Vercingétorix que l'on voit pour la première fois des lettres latines. Quelques monnaies des Longosta- lètes sont en alphabet ibérique, et quelques monnaies des vallées de risère et du Rhône, en caractères nord-italiques. Blanchet, Traité des monnaies gauloises, p. 94.
5. Blanchet, Traité des monnaies gauloises, 1905, l, p. 92-93, 274- 278.
48 LA LANGUE GALLOISE
mentaux plus ou moins soignés. Les seules inscriptions en caractères cursifs sont celles de Rom (n^ o2), de Lezoux et de Boutœ in*' 43;, de Banassac fn° 44), d'Alésia (n° 36].
Voici les principales particularités des alphabets employés dans les inscriptions gauloises ^.
Le r et parfois le G s'emploient, comme en grec, pour représenter la nasate gutturale : Eaxri'vcpsi; à Nîmes, Escig- gorix à Nimes, cf. Excingos, Escingus^ Excingomarus.
Au 0 des inscriptions en caractères grecs (ME80IAAOS) répond, dans les inscriptions en caractères latins, un signe spécial B (MEBBILLVS , qui en est vraisemblablement imité ^. Mais on trouve aussi le 0 dans ces inscriptions : ME0ILLVS. VELIOCAGI et le TH : CARABBOVNVS et CARATHOVNVS. 11 sagit sans doute d'une spirante ou d'une afFriquée dentale ^.
De même, le X placé devant T dans certaines de ces inscriptions semble bien être la lettre grecque y et non la lettre latine; à LVXTIIPIOS d'une monnaie des Gadurques répond LVCTERIO d'une inscription du même pays.
La lettre F, qui n'apparaît jamais dans les noms cel- tiques des inscriptions ', semble étrangère à l'alphabet gau- lois ^. Il paraît en être de même du 0 grec *^.
1. Voir Gagnât, Cours d'épigraphie latine, 4'= éd., 1914. S. Reinach, Traité d'épùjraphie grecque, 1885.
2. Ce signe se trouve aussi en pélignien, où il représente une modification de J. R. von Planta, Grammati/x der oskisch-umbris- chen Dialekte, I, 1892, p. 405-406.
3. Voir ci-après, p. 62, n. 3, et n° 48.
4. Frontu, de l'inscription de Vieux-Poitiers, est manlfestemenl la forme gauloise d'un nom latin.
5. Des mots comme Du Igofaiacu s semblent bien être germaniques; le gothique dit en effet dulgs « dette », tandis que le mot corres- pondant en irlandais est dliged « devoir ».
6. Rien ne permet de croire que l'inscription gravée sur un rocher qui borde la Durance à Cavaillon (Rhys, Inscriptions, p. 23) et qui porte OYEAPOY ^HKIKOC soit celtique. Voir toutefois ci-dessous p. 99, n. 1.
LES ALPHABETS DES INSCRIPTIONS GAULOISES 49
L'H, qui est rare dans les mots et les noms gaulois, semble y avoir été ajouté sous l'influence latine.
Dans l'inscription de Rom, face B, on trouve un signe ou un monogramme singulier ressemblant à un z barré, et dont la valeur exacte n'a pu être déterminée.
La lettre E est souvent figurée par |M. On trouve sur des monnaies EPAD et MPAD, TASGETI et TASGIITIOS ; cette notation est particulièrement fréquente chez les Arvernes. On la trouve aussi dans les inscriptions lapi- daires (n^^ 44, 55, 58). Un E de l'inscription de Néris-les- Bains (n^ 48) a la barre du milieu plus longue que les autres -.
L*E de l'inscription du temple de Diane, à Nîmes fn^l9), a sa barre verticale prolongée au-dessus et au-dessous de la ligne et la barre du milieu est aussi longue que les deux autres 3.
L'inscription d'Alise (n° 33) présente à la fois E (lEVRV, VCVETE) et II (DVGIIONTIIO, ALISIIA r, il est donc pos- sible que II y soit un double |. L'E de l'inscription de Vieux-Poitiers (n^ 51) est fermé à droite par une barre verticale ^.
Le 2 apparaît dans les inscriptions de Nîmes (n° 19), Saint-Côme (n« 27).
Le C lunaire est souvent employé au lieu de Z sur des
1. Cette forme est assez fréquente dans l'alphabet archaïque, Talphabet cursii et l'alphabet monumental latins.
2. La diminution de la barre horizontale du milieu de TE est le signe d'une facture négligée ou d'une date plus récente. Gagnât, Cours * d'épigraphie latine, p. 15.
3. Cet £ n'apparaît pas avant l'ère chrétienne.
4. Cette forme, m'écrit M. R. Cagnat, est totalement inconnue à l'alphabet latin épigraphique. C'est le hêta grec archaïque. On pour- rait, au lieu de cet e, lire la première fois ei ou el, car les ligatures ne sont pas rares dans l'inscription de Vieux-Poitiers, et les lettres qui se trouvent entre b et n sont très indistinctes ; mais cet e est employé une seconde fois dans ieuru, mot bien connu par ailleurs, et dont la lecture est sûre.
50 LA LA>GUE GAULOISE
monnaies. On le trouve dans Tinscription de Vaison (n° 7)> ^
les inscriptions dOrg-on (n° 1), de Saint-Saturnin-d'Apt J
(n° 8), du Grosel (n® 2), de Saint-Remy (n^ 4, 5), de *
Nîmes (n«^ 21, 30), de Collias (n° 32), Substantion (n« 18), Uzès (n" 26), Genouilly in^ 4o). Il est usité dans le monde grec depuis le iv^ siècle avant notre ère ^
Un C à ang-les droits se trouve dans des inscriptions de Saint-Martin-de-Gastillon (nM7), de Nîmes (n* 20).
Un petit o est employé à côté du g-rand O dans l'inscrip- tioQ d'Autun (n** 39), les inscriptions d'Orgon, de Col- lorgnes (n° 29), d'Alise fn° 34), Vieux-Poitiers (n^ 51 )> Néris-les-Bains ''n*' 48). Un O dont le bas est fermé d'une ligne horizontale continue se trouve sur l'inscription de Genouilly (n<* 45) et sur l'inscription • de Néris-les-Bains (n° 48). Les ^inscriptions en caractères grecs (Vaison, n® 7, Uzès, n° 26. Alise, n^* 34, 35), ont GO ^. On trouve un O avec un point au milieu dans les inscriptions de Cavailloa (n° 15) et de Saint-Remy (n*» 3).
La boucle du P n'est pas fermée sur quelques monnaies des Arvernes.
Le C s'échange avec le Q devant ii dans l'inscription de Goligny (n« 53) : QVTIOS et CVTIOS.
Le T a sa barre horizontale inclinée à droite •'*, l'Y a la barre verticale prolongée dans 1 inscription de Gavaillon (nMi).
L a la forme d'un X minuscule dans linscription de Banassac (n^ 44) ^.
L'a est sans barre sur quelques monnaies et dans le calen- drier de Goligny ;
i. S. Reiuacli, Tr^ilé d'épirjraphie grecquo,^, iOl-iiO.
2. Dans l'inscription .34 J'oj a une forme cursive. L'oj au lieu de H a paru en Sicile vers la fin du ii* siècle avant notre ère, et, en Grèce il ne prévaut qu'à l'époque des Antonins. S. Reinach, Traité d'cpigraphic grecque, p. 208.
3. Forme rare daprès Cag-nat, Cours d'épigraphie latine, p. 22.
4. Forme provenant de l'écriture vuljz^aire. Cacrnat, ibid., p. 18..
LES ALPHABETS DES INSCRIPTIONS GAULOISES 51
il a parfois la barre parallèle à la branche de gauche [Caledu, Vandelos^ Caliageis) sur des monnaies;
il a parfois la barre médiane verticale [Diasulos) sviv des monnaies.
Sur certaines monnaies du nord de la Gaule, l'R prend la forme d'un rond placé au sommet d un angle aigu.
Pour séparer les mots, on trouve des points dans les inscriptions de Gouchey (n« 37), d'Auxey (n« 38), d'Autun (n" 39), de Néris-les-Bains (nH8), de Genouilly (n« 45).
Ces points sont très angulaires dans l'inscription d'Alise (n^ 33) et l'inscription de Paris (n** 50).
Dans les inscriptions d'Alise (n^ 33) et de Gouchev (n^ 37), certains points sont remplacés par des signes en forme de feuilles ^ On trouve V dans l'inscription d'Uzès (n^ 26).
Les lettres liées sont assez fréquentes :
MA dans Matiicenus sur des monnaies.
NT dans Contoutos sur des monnaies ;i^ron^u, inscrip- tion de Vieux-Poitiers (n^ 51).
OT dans*Z)a/ino^a//, inscription d'Alise (n**33). G'est une ligature rare.
VE dans Verga et Veli sur des monnaies.
Va dans Brivatiom^ inscription de Vieux-Poitiers (n'^SI).
IN dans sosin, inscription d'Alise (u^ 37), ratin, inscrip- tion de Vieux-Poitiers (n^ 51).
Peut-être EK dans Ey,o)ao;, inscription de GoUias (n« 32).
LL dams Leucullosu, inscription de Néris-les-Bains (n^ 48); la forme de cette ligature, où les deux lignes verticales reposent sur une base continue, est rare. Peut-être la trouve- t-on aussi dans l'inscription de Vieux-Poitiers (n° 51).
1. Ces signes se rencontrent depuis Auguste jusqu'à une époque assez récente. Gagnât, Cours d'épigraphie latine, 4® éd., p. 28.
52
LA LANGUE GAULOISE
L'étude de lalphabet permet, sinon de dater avec préci- sion les inscriptions car nous ig-norons Tordre de succes- sion des modes d'écriture selon les diverses régions de la Gaule), du moins de les classer en plusieurs groupes. C'est, je crois, tout ce que Ion peut faire pour le moment.
INSCRIPTIONS EN CARACTERES GRECS
On peut les classer d après les formes du s ^ et de Tî.
S'-Côme (n» 21] Nîmes (n" 19).
c c
St-Remy (no^ 4, 5). St-Martin-de-Castillon(n<»17),
AUeins 'n° 6). Nîmes (n^' 20;.
Substantion [n° 18).
Cavaillon (n^Hl, 13, 14, 15;.
Orgon (u® 1).
Grosel (n® 2).
Vaison (n° 7).
S^-Salurnin (n» 8).
Gargas (n° 10).
Nîmes [n° 21).
Nîmes [n^ 30;.
Uzès (n» 26).
Collias (a« 32).
Alise (ii°s 34, 35).
Les monnaies ont Z et C.
La forme des E, avec une barre verticale dépassant en haut et en bas, est caractéristique de l'inscription de Nîmes (n*^ 19). Dans les autres inscriptions, les i se répar- tissent en deux groupes : Vz lunaire et ïi à angles droits, ce dernier avec la barre du milieu égale aux deux autres. Les deux sortes d\ sont employés dans 1 inscription tri- lingue de Genouilly 'n'' 4o).
1. Le sigma lunaire apparaît en Italie dès la fin du ii« siècle avant notre ère, et ne prévaut définitivement en Grèce (ju'à Tépoque des Antonins. Le sigma carré ne paraît guère avant le i*'' siècle. S. Rei- nach, Traité ii^pi(jraphie tjrecque, \) . 207-208.
LES ALPHABETS DES INSCRIPTIONS GAULOISES
53
Grosel (ii« 2). Saignon (n^ 16). Nîmes (no 20). Nîmes (no 28). St-Martin (n° 17.) Uzès (n» 26). Alleins (n° 6.) S'-Côme (n° 27).
Les monnaies ont E et €
S'-Remy (n" 5). Cavaillon (n^s 11, 14). Orgon (n° 1). CoUias (11° 32). Vaison (n° 7). St-Saturnin (n» 8). Gargas (n° 10). Redessan (n^ 31). Nîmes (n°s 21, 23.) Isle-sur-Sorgue (ii° 9). Alise (n° 35).
INSCRIPTIONS EN CARACTERES LATINS
La classification est plus complexe et se fait d'après des caractéristiques diverses :
1 ^ Ornement en forme de feuille ^ :
Alise (no 33).
Couchey (n° 37). 2^ Sig'nes jT et > entre les mots ; ces signes sont rares
en épigraphie.
Vieil-Évreux (n° 49). 3*^ Lettres liées :
Alise (11° 33). Néris-les-Bains (n° 48). Vieux-Poitiers (n° 51). 4^ Forme grecque archaïque de E (entièrement fermé) :
Vieux-Poitiers {n° 51). L'inscription qui offre le plus de particularités est, comme on le voit, celle de Vieux-Poitiers. Elle présente, de même que l'inscription d'Alise, des lettres superposées Tune à l'autre, sans doute faute de place.
CARACTERES COMMUNS AUX INSCRIPTIONS GRECQUES ET LATINES
1° Formes de l'A. Aucune de ces formes n'est propre à la Gaule.
54
LA LAÎtGUE GAULOISE
En alphabet grec Grosel (q° 2). Vaison (ii°7). S*-Saturnin (n" 8). Gargas (n° 10). Collias fno 32). Nîmes (n° 23). Montmirat [n° 24). Alise ^no' 35, 36^.'
En alphabet latin Coligfnv n'^ 53).
A*
En alphabet grec : S^-Remy (n" 4, 5). S*-Marlin-de-Castillon (n°17). Collorgues (n°29). Orgon fno 1). Nîmes l'n" 19, 22). S'-Côme (no 27). Alise (n« 34). Cavaillon n^* 11, 13).
Toutes les inscriptions en caractères latins, sauf celle de Colig-ny, ont A-
Les monnaies offrent toutes les formes d'A-
2« Petit o.
En alphabet grec :
Orgon (n" 1). Nîmes (nos 20, 25).
En alphabet latin :
Aiitun m» 39;. Vieux-Poitiers (n® 51;.
Collorgues (n" 29). Alise [n° 34).
Néris-les-Bains (n° 48)
LES VARIANTES DES MANUSCRITS ET DES INSCRIPTIONS
La transmission des mots et des noms gaulois ne s'est pas toujours correctement faite. Les variantes sont nom- breuses ; entre ces variantes, les savants ont été enclins à choisir celles qui s'expliquaient le plus facilement par les langues celtiques insulaires, ce qui n'est pas, en soi, une garantie d'authenticité. Ainsi, par exemple, les manuscrits
1. Cette forme est fréquente dans Talphabet latin à l'époque républicaine et reparaît dans l'écriture des monuments au 11* siècle (Cagnat, Cours d^épu/raphie latine, p. 12 . En Grèce, l'a avec la barre brisée date du 11^ siècle avant notre ère et est le plus usité entre l'avènement d'Auguste et la mort de Claude ; l'a avec la barre droite reparait avec la fin du i*-'" siècle après notre ère pour dominer de nouveau à l'époque de Trajan. S. Heinach, Traité d'épigraphie grecque, \). 205.
LES VARIANTES DES MANUSCRITS ET DES INSCRIPTIONS o5
de César, qui nous fournissent les noms gaulois les plus importants et les moins contestables, sont loin de s'accorder toujours. On trouve pour Nitiohroges la variante Nitio- briges^ dont le second terme -hriges est aussi celtique que -broges ; pour Toutomatus, la variante Votomapaius, qui présente un terme connu dans les noms celtiques : mapat- ; pour Andebrogius ou Andocombogius , la variante Ando- cumborius contenant cumboro-, qui s'explique aussi faci- lement par les langues celtiques que brogi- ou que bogi-. On pourrait hésiter entre Veliocasses^ Velliocasses, Vélo- casses (cf. Vellavii^ vellauno-) et Bcliocasses, Bellocasses (cf. Bellovaci) ; entre Sebusiani et Segusiavi ; entre Esubiiy Sesuvii et Essui ; entre Geidumni^ Geidunni^ Geudunni ; entre Drappes et Draptes. Les leçons données par des auteurs postérieurs à César ne suffisent pas toujours à assurer la rectification. Il y a eu des doubles noms pour les mêmes villes ; il v a eu des changements de noms ; la géographie administrative des Romains a dû défigurer autant de noms celtiques que notre géographie adminis- trative estropie de noms populaires français. Le nom de Melun fournit un exemple intéressant de ce genre de variante ^ Le premier terme de ce nom offre les leçons meclo-^ metlo-, metio- ; le second terme est -sediim ou -dununi. Comme on ne peut songer à faire sortir l'un de l'autre -sedum ou -dunum, il est certain que la ville a changé de nom, et qu'elle ne portait plus, au temps des manuscrits qui nous sont parvenus, le même nom qu^au temps de César. D'autre part, metlo- était devenu meclo- soit dans la prononciation populaire, soit dans la nomen- clature romaine.
On peut tirer de ces variantes quelques éléments de dia- lectologie gauloise, à condition de n'utiliser dans cette
1. J. Vendryès, Mémoires de la Société de linguistique de Paris y XIII (1905), p. 225-230. M.C.JuUian me signale Mediomatrici, Mettis, Metz.
o6 LA LANGUE GAULOISE
recherche que des formes dont l'orig-ine commune n'est pas douteuse. 11 faut se g-arder de prendre pour des variantes d'un même thème ou d'un même suffixe, deux thèmes ou deux suffixes orig-inairement ditTérents. Le sens dans lequel s'est fait le changement phonétique n'est pas tou- jours aisé à déterminer. Il est possible aussi que parfois on ait affaire à une fantaisie de scribe, inspirée ou non par une étvmologie populaire, plutôt qu'à une transmission de prononciation vulgaire : Selvanecti a pu devenir Silvanecfi sous l'influence du latin silva ; Bodiocasses serait devenu Badiocasses par analogie avec le latin hadius ^ Dans les légendes monétaires, l'absence d'une lettre peut être due à une abréviation usuelle, non à un fait de phonétique, et les fautes de gravure ne sont pas rares.
Un élément de première importance pour l'étjmologie est la quantité des voyelles. Elle nous est assurée, lors- qu'il s'agit de \'o et de l'e, par les transcriptions grecques, nombreuses pour les noms de lieux^ rares pour les noms de personnes. Mais ces transcriptions ne peuvent pas ins- pirer une confiance absolue, car elles sont variables : vcy/r^Tov dans une inscription gauloise, -v£[ji£tov et (N£)|j.£Tay.6v chez Ptolémée, Gpu-va'l!j.£Tcv chez Strabon ; Byj)//;vo; dans une inscription, BiXsvcç chez Hérodien ; 'AAr,(jLa chez Strabon et Diodore, 'AXa'.aia chez Polyen, 'AXecu chez Dion; KaA£T0i chez Strabon, KaXX-^Tai chez Ptolémée ; 2;r(V0)V£c chez Polybe, S£V(i)V£; chez Denys d'Halicarnasse ; 'ApEAa-at chez Strabon, 'Apr^Xaxcv chez Sozomène ; — KîJTpoiVcç chez Strabon^ K£j-pov£ç chez Ptolémée ; Sou£a7iCii)v£ç chez Stra- bon, Oj£cic7Cv£; chez Ptolémée. On a, de même, M^pîvci chez Strabon, Mopivci chez Ptolémée.
Devons-nous accorder plus de créance à la quantité des
1. 11. d'Arbois de Jubainville, Mémoires de la Société de linguis- iique de Paris, XIII (1905-1900), p. 71-72. Cf. Revue celtique, XXVI (1905), p. 282-283, où le nom du dieu Silvanus, var. Selvanus, est expliqué par le mot irlandais selhân •< troupeau ».
LES VARIANTES DES MANUSCRITS ET DES INSCRIPTIONS 57
voyelles clfez les poètes latins? Leurs notations sont en général constantes : Môrînl^ Pictâvl^ Plctônës, Suessônës, et celles que nous pouvons vérifier par la comparaison des langues celtiques apparaissent exactes.
L'« gaulois est transcrit par u ^ : opuLcat, ^puvxi\).exov chez Strabon ; et par ou : Spouioai chez Diodore, -/.cupiLi chez Athé- née, oouvov, Aouyoç chez le Pseudo-Plutarque^ Trsjj.i^sâouAa chez Dioscoride, sans que nous puissions déterminer si cette dernière graphie ne répond pas dans quelques cas à la diphtongue gauloise ou.
he V [u consonne) gaulois est d'ordinaire transcrit par û'j : 'ApcÙ£pvci, Arverni ; 'EÀcj7^T(T)'.ot, Helvetii, mais aussi par u : Ajapr/.iv 2, Avaricum ; et par g : Nspgtci ^, Nervii ; qu est transcrit xc ou y.oj : 2lY]7.oavc{ '* et IlY;xouavol^.
Voici les principales variantes phonétiques des textes et des inscriptions.
VARIANTES DANS LE VOCALISME
A-E
Namasat sur une monnaie de Nîmes, Najj.auaait;; dans l'inscription gauloise de Vaison sont dérivés du nom de ville dont la forme ordinaire dans les textes, les inscrip- tions lapidaires et les monnaies est Nemausus. On a de même Tarvanna dans l'Itinéraire d'Antonin et Tervanna dans la Table de Peutinger. La même variante se trouve dans quelques préfixes : 'Epy.ûvia chez le Pseudo-Aristote,
1. C'est une transcription littérale et non phonétique. Voir ci- après, p. 96,
2. Dion Cassius, XL, 34, 1. Ptoléméc, II, 7, 10. Cf. O'JiptôoucÇ, Viri- dovix, Dion Cassius, XXXIX, 45. 1.
3. Plutarque, César, 20. Appien, GalL, I, 4.
4. Strabon, IV, 1, 41.
5. Plutarque, César, 20. Marius, 24.
58 LA LANGUE GAULOISE
et Apy.jv.a chez Aristote ; Veragri chez César, Varagri chez Pline ; — et dans quelques suffixes : Avenlicum chez Tacite et AjavTixôv chez Ptolémée ; Argantomagus et Argentomagus dans Tltinéraire d'Antonin ; Vienna chez César, Vianna dans des inscriptions.
A-l
Magalus chez Tite Live, Mavf.Xc; chez Polybe.
A-0
Mogontiacum chez Tacite et dans les inscriptions, Magontiacum dans ITtinéraire d'Antonin ; Adnamatus sur les bords du Rhin, cf. Adnomatus en Pannonie ; Agedomo- patis (inscription lapidaire , ^^ec?oma/)ci^fs (monnaie) ; /?a^o- TTiagus, Rotomagus dans l'Itinéraire d'Antonin.
E-0 Neviodunum en Pannonie, Xoviodiinum dans les Gaules; divertomu, divortomu dans le calendrier de Coligny ; Ande-^ Ando- dans les manuscrits de César.
E-l ' BrjX'^aaiJ.'. dans l'inscription gauloise de Vaison, Beli- samae dans une inscription du Conserans ; Belenos à Afjuilée, Btjatjvo^ à Narbonne, Belinos à Aquilée dans des inscriptions, B£X€vcç chez Hérodien ; Atesmerius à Meaux, Atismerius en Carinthie ; Andecavi chez Tacite, Andicavi chez Pline. L'Itinéraire d'Antonin offre Virodunum et Verodunum ; on a Lexovii chez César et Lixovio sur les monnaies ; Roveca et Pccur/.a sur des monnaies des Meldes ; more « mer » dans le Glossaire de Vienne, Mori- en composition ; Alesia chez César, Alisiia, AUxio dans des inscriptions gauloises - ; d'wertonui, diviréomu ; sernivis^ siniivis dans le calendrier de CoHgny.
1. Le changement de / en e prouverait que i est ouvert. Voir ci- après, p. 96.
2. De même, une tessère de plomb trouvée à Alise porte Alisiens {G. I. L., XIII, 10020, 216 a) et un manuscrit de César offre Alisiae.
LES VARIANTES DES 3HANUSCRITS ET DES INSCRIPTIONS 59
E-I-U-EU
Aulerci, Aulurci, Auleurci dans les manuscrits de César, Aulircus sur des monnaies, Ajyapxoi chez Ptolémée.
El-E-I
Deiviciacos sur les monnaies, Deviciacus et Diviciacus dans les manuscrits de César ; Dubnoreix, Dubnorex sur les monnaies, Dubnorix chez César. Cf. Covirus, Dubno^ coveros dans des inscriptions.
E-IE
Agedincum chez César, 'Avyjoiy.ov chez Ptolémée, Agied., dans une inscription ; Bedones chez César, Riedones chez Pline et sur une inscription, 'Fiyjgovsç chez Ptolémée.
U-0 '
Petrucorii sur des monnaies, Petrocoi^ii chez César et sur des monnaies ; Virdumarus dans les Actes Capitolins et Virdomarus chez Florus et chez Properce ; Senocondius et Senucondius dans la même inscription de Nîmes; Litu- gena sur une inscription de Narbonne, Litogena sur une inscription de Vienne; cf. Verulamium chez Tacite et Vero- lamio dans l'Itinéraire d'Antonin; Ratumagus dans la Table de Peutinger, Ratomagus dans l'Itinéraire d'Antonin Curiosolitœ et Coriosolitœ dans les manuscrits de César Uxellus dans des inscriptions, Oxsello sur des monnaies trinosam^ trinuxsarno dans le calendrier de CoHgnv.
U-l Aduatuci et Adiiatici dans les manuscrits de César. Cf. Comatumarus et Comatimara dans des inscriptions de Pannonie.
0-1
Eporedorix chez César, Eporedirix dans une inscription de Bourbon-Lancy ; Orgetorix chez César, Orcetirix sur
1. Le changement de « en o prouverait que Vu est ouvert.
60 LA LANGUE GAULOISE
des monnaies de Gaule. Cf. Devognata et Devignata dans des inscriptions du Norique.
AU-OU-0-U Lausonius dans Tltinéraire d'Antonin, Losonne dans la Table de Peutinger, Lousonnensis sur une inscription ; Alauna, Alona en Gaule, Alounse en Autriche ; Drausus et D/'usus chez Suétone.
EU-OU-0-U '
Tentâtes chez Lucain, Toutatis - en Styrie et en Angle- terre, Totati et Tutatis en Angleterre ; cf. Bodicca en Angleterre et Bouclicca chez Tacite ; Xoclons, A^odens. Nudens en Angleterre ; Olloudios à Antibes, Olludios en Angleterre ; loud^ lod dans le calendrier de Coligny.
AE-E Hesus, Aesus. Haesus dans les manuscrits de Lucain, Aesu sur une monnaie de Grande-Bretagne -^ ; Aisu-, Aesu-^ Esu- dans des inscriptions de Grande-Bretagne et de Gaule.
CHUTE DES VOYELLES
Il semble que les voyelles finales du premier terme des composés aient eu tendance à disparaître :
u : Mofjitumarus à Arles, Mogitmarus en Hongrie ; Lugudununi et Lugdunum chez Sénèque ^ ; cf. visumarus « trèfle » et Vismarus, nom de Gaulois chez Tite Live : cf. en Grande-Bretagne Verulamium chez Tacite, Verlaniio sur les monnaies ;
1. E. Zupitza, Zeitschrift fur celtische Philolofjie, III (1901), p. 591-594. La réduction de ces diphtongues en voyelles longues semble caractéristique du vieux-celtiquo de Grande-Bretagne.
2. Cf. Toout'.oj; (inscr. n^ 7) et Toutiorix à Wiesbaden.
3. On a comparé cette variante au marrucin nisos, génitif de aisu « offrande? », en osque aisuais « sacrificiis? >>
4. La forme syncopée était contemporaine de Dion Cassius : tô AouyoûBouvov, vOv oï Ao-jy^ouvov xaXojuEvov (XLVI,50,4), parlant en 211- 222 d'événements de 43 avant notre ère.
LES VARIANTES DES MANUSCRITS ET DES INSCRIPTIONS 61
e : Aremoricus chez Pline, Armoricus chez César; Ate- pilos et Atpilos sur des monnaies ; Atesmerias à Meaux, Adsmerius à Poitiers.
0 : Virodunum et Virdono dans l'Itinéraire d'Antonin.
On trouve même une chute de voyelle à l'intérieur du premier terme dans Virdomarus chez Florus, Viridomarus chez Festus i, et dans le suffixe -samo- : Belisama, Belis- rnius ; Uxisama^ Osismi -.
La plus importante différence vocalique qui semble caractériser deux dialectes gaulois, mais qui est indéter- minable, parce que nous ne connaissons pas l'étvmologie du mot qui la présente, est celle qu'offrent sKopoj et ieuru. On trouve eiiûpou en Narbonnaise, dans une inscription de Vaison, et ieuru en Celtique, dans des inscriptions de Vieux-Poitiers (Vienne) ; Sazeirat (Creuse) ; Lezoux (Puy- de-Dôme) ; Genouilly (Cher) ; Nevers ; Auxey, Couchey, Alise (Côte-d'Or) ; Autun.
Une autre intéressante différence dialectale est peut-être
fournie par la comparaison de Cantlos, nom de mois, avec
le mot cantalon, gall. cathl, cf. irl. cétal ; on a de même
gaul. Magalos^ v. bret. Maglos\ gallo-rom. gabalus, gall.
(jafï, irl. gabul ^. Tandis que l'irlandais introduit une
voyelle dans les groupes //, gl^ hl, le gallois conserve ces
groupes; parmi les dialectes gaulois, les uns étaient, semble-
t-il, sur ce point apparentés au gaélique, les autres au brit-
tonique.
»
VARIANTES DANS LE CONSONANTISME
Arduenna, Arduinna chez César, Ardbinna dans une
1. Cf. Viridovix chez César et Virdovix dans un Lexique tironien.
2. Plusieurs de ces cliutes de voyelles peuvent avoir été produites par un accent d'intensité. Voir ci-après, p. 103-104.
3. R. Thurneysen, Zeitschrift fur celtische Philologie, II (1899), p. 542.
4. Il est vraisemblable que le changement âe b intervocalique en v
5
62 LA LANGUE GAULOISE
inscription rhénane ; Vesontio chez César, Besanfio chez Ammien Marcellin ; Vivisci et Vihisci dans des inscriptions : Vcliocassis et Belliocassis ; Lexovii et Lexobii ; Mandubii et Mandiivii dans les manuscrits de César ; Biluitus chez Tite Live, Vituitus chez Florus.
Borvo et BorniQ dans les inscriptions ; cf. x:Jc;xi, cert^- esia.
B-M ^
Exohnus et Exomnus dans les inscriptions ; Dubnorex et Dumnorex sur des monnaies.
V-B-M
Covnertus, Cohnerliis, Comnertus dans les inscriptions; Cevenna chez César, K£;j.;j.£vsv chez Strahon, Cehenna chez Mêla.
B-P
Carhantorate chez Pline, Carpentorate dans la Notice des Gaules ; Eporedorix et Eboredorix dans les manu- scrits de César.
D-DD-B-BB-e-eO-TH-DS-SS-S '
Aâdedomaros, Addedomaros^ Assedomarus ; Caraââounay Carassouniis ; Teddicnius, Tessignius ; Meddulus, Messuliis ;
comme dans Cebenna, Cevenna, a ameué la graphie inexactement archa'Kjue, de h pour v comme dans Ardbinnu pour Ardiiinna.
1. L. Duvau, Revue celtique, XXU (1901), p. 79-83. H. d'Arbois de Jubain ville, ihid., p. 237-243 ; Mémoires de la Société de linguistique de Paris, XI ;iOOOj, p 324-327.
2. C'est sans doute, comme en latin, hn qui s'est changé en mn : lat. scah-elluni, scarnnuiyi. L'irlandais domain, gallois dicfn « pro- fond » semble de même remonter à duhn-, cf. lit. dùr/nas pour *duhnas.
3. Os diverses notalions doivent représenter soit des variantes dialectales d'un son originairement un, 8oit des essais de transcrip- tions d'un seul et même son. Ce son serait d'après M. .1, Loth {Revue celtique, XXXU 1011 , p. 416) une sorte d'affriquée, ts. Comparez Epolsorovidi à Eposof/natos et à Epotius ; UrafJarius à Urasiiu et à Uradsarius.
LES VARIANTES DES MANUSCRITS ET DES INSCRIPTIONS 63
Medâiliis, Mechilliis, Me^fiillus^ Medilus, Meâilus ; Me^il- lus; Vellokâbi, Veliocasses ; Dirona^ ^irona^ Sifona ; Red" somaras, Ressimarus sur des inscriptions.
s-ss-x
Alesia chez César, Allxie dans une inscription gauloise; Excingiis dans des inscriptions latines, Ecj^c'.yygç dans une inscription gauloise ; Bussus, Buxsus dans des inscrip- tions.
GS-X-XS
Mocfsius, Moxius^ Moxsius dans des inscriptions.
G-C '
Cenahum et Genahum dans les manuscrits de César ; Conconnetodumniis chez César, Congonnetodubnus dans une inscription de Saintes ; Andicavi et Andigavi chez Pline ; vergobretus chez César, vercobreto sur des mon- naies des Lexovii ; Bitudaga et Bitudaca, Nemetogena et Nemetocena^ Cintugena et Cintucena à Bordeaux ; Matu- genus sur une inscription, Matucenus sur une monnaie ; Troucillus à Nîmes, Trougillus sur les bords du Rhin ; Dagoniarus^ Dacomarus, nom de potier ; Orgetirix et Orce- tirix sur des monnaies des Eduens ; Ratuînagus dans la Table de Peutinger, Ratumacos sur des monnaies des Veliocasses ; Veriiigus à Tongres, Veriucus à Valence.
G-H '
Vertragus chez Martial, o'jépxpoCyoç chez Arrien, vertraha chez Grattius.
1. Il ne semble pas que dans la plupart de ces mots le c soit ancien, si les étymologies sont exactes. Il s'agit donc soit d'un assour- dissement de c en g, soit d'une habitude d'écriture analogue à celle de l'irlandais où le g non spirant est noté gg ou c, tandis que g représente un g spirant.
2. Cet h intervocalique semble être un affaiblissement de g. Dans treide « pied » Yi est peut-être un reste de g palatal, cf. irl. traig u pied », gén. traiged.
64 LA LANGUE GAULOISE
CT-XT
Lacterlos dans une inscription, Luxterios sur une mon- naie ; Pictilos sur une monnaie des Arvernes, Pixtilos sur une monnaie des Eburoviques ; Atectori(x} sur une monnaie, Atextorix dans une inscription gauloise ; Dlvicta, Divixta dans des inscriptions ; Rectugenus, Rextugenos dans des inscriptions. La transformation duc en fricative gutturale ^, c[ue semble indiquer cette variante, est plus avancée encore dans la notation Reitugenus où le c est devenu i.
TR-RR
Petrucori, Perrucori sur des monnaies.
DISSIMILATION DES CONSONNES
On observe la dissimilation de r en / dans Axp-x/.T^oç forme vulgaire de /.apTay.£pa chez Lydus ; cette dissimila- tion est compliquée d'une interversion : Xa-x = ca;j. pour [Lxp. Rigodulum est peut-être pour R'igodurum (cf. Brio- duruni^ BrieuUes) ; et Durostoluni est une variante de Durostoruni -.
DOUBLEMENT DES CONSONNES
Les consonnes apparaissent souvent doublées dans les manuscrits et les inscriptions :
c-cc : Litaviccus^ Litavicus chez César; Coccillus^ Cocil- lus, Cocca, Coca, nom de potiers ; xlfoccu5 et Mociis, Docius et Doccius dans des inscriptions ; Drucca sur une monnaie, Druca sur une inscription.
1. H. d'Arbois de Juljainville, Revue cel(if/ue, XX (1899i, p. 116.
2. J. Vendryès, Mémoires de la Société de linguistique de Paris, XIII (1905-1906), p. 389. Il ne faut pas confondre avec la dissimila- tion la superposition syllabique dont on a peut-être quelques exemples en vieu.x-celtique : Leu-camulus pour Leuco-cainulus, Di-vixtos pour Divo-vixtos, Grammont, La dissimilation consonan- lique, 1895, p. 159.
LES VARIANTES DES MANUSCRITS ET DES INSCRIPTIONS 6o
l-ll : Meledunum^ Melledunum dans les manuscrits de César ; Sucellos, Sucelos dans des inscriptions.
rn-mm : Samarobi^iva chez César, Sammarobriva dans la Table de Peutinger ; Samo et Sammo dans des inscrip- tions.
n-nn : Nemetocenna et Nemetocena chez Hirtius ; Dano- marus et Dannomarus^ Congonnetiacus et Congonetiacus dans les inscriptions latines ; prinni^ priai dans le calen- drier de Colig-ny.
p-pp : Epias et Eppius dans des inscriptions.
t-tt : Cattus et Catus, Matto et Ma^o dans des inscrip- tions.
s-ss ^ : Biissu-, Basa- sur des monnaies et des inscriptions lapidaires.
Le doublement des consonnes dans les formes hypoco- ristiques des noms propres est fréquent dans les lano^ues indo-européennes ~.
CHUTE DES CONSONNES
On constate la chute de quelques consonnes intervoca- liques ^ :
g : Admagetobria, Admagetobriga dans les manuscrits de César ; Mounus dans une inscription de Grande-Bre- tagne, Mogounus dans des inscriptions de Gaule ; Rio- est peut-être une variante de Rigo- ; cf. vertragus chez Mar- tial, vertraha chez Grattius.
1. ss est devenu rs dans un grand nombre de noms de lieux de la Gaule : Massilia Marseille, Cadussa Chaourse, Alossia Alorse, Ussia YOuvce, Massiliacus Marcillé elsans doute aussi Sarcé [*Sassia- cus), Nemours ["Neniossos)^ L'imouvs {*Leniossosj, L'iouvs {"Ledossos). Cf. KapjtyvaTo; nom d'un Galate chez Polybe(XXIV, 8) et Casslgnetus (Cl /. L., XIII, 10010, 473). Vendryès, Mémoires de la Société de lin- guisiique de Paris, XIII (1905-1906), p. 390-392 ; XIX (1916), p. 60.
2. Brugmann, Grundriss der vergleichenden Grammatik der indo- gerinanischen Sprachen, II, 2« éd., Strasbourg-, 1906, p. 44.
3. C'est le fait de phonétique française bien connu : louer (locare), rue [rugain), août {agustum),paon(pavonem),ouaiUe [oviculam], oncle [avunculum).
66 LA LANGUE GAULOISE
V : Sâmarobrià^ Samarohriva, dans les manuscrits de César; loincatius et lovincatus^ loincissus et lovincillus * dans des inscriptions.
A la fin des mots, -s est tombé ^ dans des légrendes monétaires : Touiohocio, Camulo, Lucotio ; peut-être aussi dans des inscriptions lapidaires : Oj'.ziWiz, Aneuno, Oclicnô^ Luffuri-. Ane unie no ; mais, dans les légendes monétaires, le plus souvent, on ne peut distinguer s'il s'agit d'un nom simple, ou d'un premier terme en -o abréviation d'un nom composé.
Pour la chute de s initial, on ne peut citer que des leçons fautives: àAiouvyia pour 7a)v'.c>;'/.a (Dioscoride) «Valériane», EotÀ-rria (Lycophron) Alpes, ï^oùgioli (Arrien) « segusii ».
Les changements phonétiques que nous font connaître ces variantes sont comparables à ceux que l'on trouve dans les autres langues celtiques. Ils nous révéleraient chez les Celtes la persistance ou le retour des mêmes habi- tudes de prononciation. Quelques-uns peuvent être dus à la phonétique latine et même à la phonétique romane, car peu des formes relevées remontent à un temps où la pro- nonciation des Romains n'avait pas encore d influence sur celle des Gaulois, et l'analogie de certaines formations latines a amené l'altération de formes gauloises qui n'en différaient que par quelque détail 3. On serait tenté d'expli- quer ainsi le changement de o, u en / qui est en latin la terminaison ordinaire du premier terme des composés K A
i. De inèmc dans les inscriptions gallo-romaines : Cintugnatu à côté de Cintugnatu fi, Agedilu à côté de Agedillus.
2. Tluirneysen, Zeitschrift fur celtisclie Philologie, VI (1908), p. 558. Luguri serait pour Luqurix.
3. Il est bien probable que le nom latin Trajectum (var. Trectua, Trega, Triecto, Trectiii\ qui s'applique à Utrecht et Macstricht, nous dissimule un nom j^i-aulois analogue [cf. Bède, Histoire ecclé- siastique, V. 11).
4. Magnificus, armigcr, lihicen, fructifer, honori/icus, lactifer, etc. Henry, Précis de grammaire comparée du grec et du latin, 5* éd., 1804,'p. 186-189.
LES VARlA?vïES DES MANUSCRITS ET DES INSCRIPTIONS 67
V initiale des composés on a aussi / pour o, u, e : Noviodu- num Nyon, Novioriium Niort ; Uxellodununi Issolu, Yssoudun, Lugiidiinam Lyon; Lemausum Limours, Lemo- vices Limoges, Lernoialum Limeil, Ebiirodunum Yverdon, Ehiiriacuni Ivry, Lexovii Lisieux. Avant de devenir i, u semble avoir passé par e : Exoudun [Uxellodunum), Exmes [Uxama). A côté de ces changements en i et en e, on trouve aussi, à l'initiale en roman, le changement en a : Laon iLugudunum), Averdon [Ebaroduniim), Appoigny [E pponiacum) ^
La chute de ^ et de i; intervocalique est un phénomène de phonétique romane. Le Glossaire de Vienne écrivait brio « pont » pour brivo.
La plupart des modifications vocaliques ou consonan- tiques que supposent les variantes des manuscrits et des inscriptions gauloises, et qui se produisirent, soit successi- vement à l'intériôur du même dialecte, soit simultanément <ians plusieurs dialectes différents, se trouvent en vieil- irlandais à diverses époques. L'irlandais a confondu Vê et Yi indo-européen, ïo et Vu, Ve et Vi indo-européen ; les diphtongues indo-européennes eu, ou se réduisent k ô ; et €st devenu cht.
Le changement de b et de m en f , qui n'est pas noté dans l'écriture en vieil-irlandais, ainsi que le changement du groupe bn en m?}, sont sans doute de date postérieure en irlandais. Le Glossaire de Vienne a avallo pour aballo.
Ln irlandais - comme sans doute en gaulois, le change- ment apparent de ^ en c, de j6 en p semble d'origine gra- phique plutôt que d'origine phonétique.
1. Haberl, Zeilschrift fiir celtische Philologie, VIII (1910), p. 1-86.
2. Voir Vendryès, Grammaire du vieil-irlandais, 1908, p. 25.
68 LA LANGUE GAULOISE HISTOIRE DU CELTIQUE DE GAULE *
L'influence romaine ne pénétra guère en Gaule qu'après la défaite de Bituitos et la ruine de l'empire arverne (121). Peu de temps après, les Romains fondaient Xarho Martius (Narbonne , en 118 avant notre ère. Cicéron écrivait en
69 que la Gaule était pleine de négociants romains et de citoyens romains ; aucun Gaulois ne faisait d'affaires sans eux : il ne circulait pas en Gaule une seule pièce d'argent qui ne fût portée sur leurs livres '^. Quelque exagéré que semble ce tableau, il est en partie confirmé par des événe- ments rapportés par César. Des citoyens romains, qui s'étaient établis à Genabum pour y faire du commerce, sont tués par les Carnutes et leurs biens sont pillés-^ : à Xoviodunum des Eduens tuent des marchands et des voyageurs, se partagent leurs marchandises et leurs che- vaux, pillent les biens des citoyens romains et en emmènent en esclavages Dès les premiers temps de la domination romaine, l'agriculture se développa, des communications nombreuses s'ouvrirent d'une frontière à l'autre et la navi- gation s'étendit ^jusque sur l'Océan. L'accession des Gau- lois aux magistratures romaines contribua fortement à leur assimilation. Dès l'époque d'Auguste et de Tibère, des inscriptions latines furent gravées dans presque toutes les cités : la langue en est aussi correcte, la gravure aussi pure, lapparence presque aussi régulière que celles des inscriptions romaines et italiques du même temps. C'est
1. Voir Brunot, Histoire de la langue française, I, 1905, p. 31-37. Meillet, Revue de linguistique, 1914, p. 99-100. A. Darmesteter, lievue celtique, XXII (1901), p. 261-281.
2. Cicéron, Pro Fonleio, 2, 4.
3. César, VII, 3.
4. César, VII, 42 ; 55.
5. Panégyrique de César par Marc Antoine chez Dion Cassius, XLIV, 42, 3 4.
HISTOIRE DU CELTIQUE DE GAULE 6^
SOUS le règne de Tibère que les nautae Parisiaci élevèrent à Paris un monument à Jupiter très bon et très grand ^. On a trouvé en Gaule plus de dix mille inscriptions latines, dont plus de six mille en Narbonnaise, sans compter les marques de fabrique qui sont innombrables. Les inscrip- tions gauloises jusqu'ici découvertes ne sont au nombre que d'une soixantaine. Le latin submergea donc le gau- lois, qui déclina de jour en jour et finit par disparaître presque complètement.
Nous ne pouvons déterminer que par conjecture et a'après des textes obscurs à quelle époque le celtique de Gaule disparut. Peut-être y avait-il encore au temps de Pomponius^ Mêla des écoles clandestines de druides ~; mais, dès 21, des^ jeunes gens appartenant aux plus nobles familles gauloises étaient réunis dans l'école romaine d'Autun pour y faire leurs études ■^. Au temps de Strabon, la plupart des Cavares de Gaule avaient appris le latin ^. Le celtique était alors encore compris en Gaule, puisque Suétone (69-141) pou- vait donner l'explication de surnoms gaulois ^. A Lyon, saint Irénée, au ii^ siècle, apprenait une langue barbare, qui vraisemblablement était le celtique ^\ Ulpien (170- 228) déclare, dans le Digeste^ que les fidéicommis peuvent être rédigés en langue gauloise ^. Un autre texte impor- tant est celui où saint Jérôme (331-420), qui avait séjourné à Trêves en Gaule et à Ancj^re en Galatie, écrit que les- Galates d^Asie Mineure parlaient à peu près la même langue que les Trévires ^. L'historien Lampride (iv® siècle)
1. Jullian, Gallia, p. 42.
2. Pomponius Mêla, III, 2, 19.
3. Tacite, Annales, III, 43.
4. Strabon, IV, 1, 12. Les Gaulois se livraient à l'étude de la rhéto- rique et delà philosophie (Strabon, IV, 1, 5).
5. Suétone, Vitellius, 18.
6. Contra haereses, I, préf.
7. Digeste, XXXI, 1, 11.
8. Commentaire de Vépitre aux Galates, II, chez Migne, Patrologie latine, XXVI, c. 382. Ci-dessus, ji. 25. L'autorité de ce texte a été
70 LA LANGUE GAULOISE
raconte qu'une druidesse avait , prédit en gaulois à Alexandre Sévère sa fin prochaine K Sulpice Sévère (363- •42o) met en scène dans un de ses dialogues un Gaulois qui s'excuse de son langage et auquel son interlocuteur répond : « Parle-nous celtique ou^ si tu préfères, gaulois ^. » Enfin, il semble résulter d'une phrase de Sidoine Apolli- naire (i30-489) que la noblesse arverne venait seulement d'apprendre le latin et de se débarrasser de la gangue de la langue celtique ^. La substitution du latin au celtique fut donc lente ; il est probable qu'elle était achevée au vi^ siècle. Au iri^ siècle, date des inscriptions sur pesons de fuseaux, le gaulois était encore parlé parmi le peuple. A la date, très antérieure sans doute, des inscriptions gauloises votives et funéraires et du calendrier de Goligny, le gaulois était, dans certaines parties de la Gaule, presque mis sur le même pied que le latin.
Avant de disparaître, il avait probablement formé, par combinaison avec le latin, des parlers mixtes dont nous retrouvons quelques traces dans des inscriptions d'origine vulgaire. Telles sont certaines des inscriptions sur pesons de fuseau, comme nata viinpi curmi cla^ qui contient, à côté de deux mots latins nafa et da, le mot gaulois curmi ; comme geneta vis cara ; comme taurina vinipi ; marcosior Materna ; veadia tua tenet ^. Tel est aussi, dans une inscription de Til-Ghàtel, monimenton pour monumentum, et, dans une inscription de Chagnon, la forme verbale
contestée souvent; de bons esprits croient que saint Jérôme a copié, sans en vérifier l'exactitude à son épotjue, un renseignement plus ancien.
1 . Sévère, 00, 6.
2. Dinlogues, I, 27, 4. Cf. Babut, Remie historique, CIV (1910), p. 287-292.'
3. Sidoine, Kpi»l., III, 3. Brunot, Histoire de fa langue française, 1, p. 21, note.
4. Héron de Villefosse, Bulletin archéologique du comité des tra- vaux historiques, 1914, p. 213-230, 4S9-490. J. Loth, Comptes rendus *le r Académie des inscriptions et belles-lettres, 1916, p. 1G8-186.
HISTOIRE DU CELTIQUE DE GAULE 71
potesti pour potest^ qui pourrait contenir une ancienne désinence celtique -ti^ si ce n'est pas, simplement, une forme imitée du g-rec '.
Un manuscrit du ix'^ siècle, relatif à la Vie de saint Symphorien d'Autun, qui date peut-être du iii^ siècle, contient une phrase mélangée de latin et de celtique : nate, nate^ Sinforiane, mémento betoto divo, dont on explique les trois derniers mots par hoc est memorare dei tui ~.
Ce sont ces parlers gallo-romains que les écrivains latins désignent souvent sous le nom de gaulois, et c'est ainsi que nous pouvons être induits à prendre pour celtiques des mots bas-latins comme tripetiae dont nous avons parlé plus haut et comme baro qu'un scholiaste de Perse expli- quait ainsi : barones dicuntur servi militum qui utiqiie stultissimi sunt^ servi scilicet stultoi^nm'K Dès 46 avant notre ère, Cicéron signalait dans le latin de Gaule des mots qui n'étaient point en usage à Rome ^. Ces mots étaient d'origine indigène. Le latin dans lequel ils avaient pénétré n'était pas exclusivement, comme on l'a O'épété souvent, le latin populaire des légionnaires, mais, pour une part au moins aussi importante, le latin des marchands, et, au fur et à mesure que les Gaulois s'assimilaient, le latin scolaire des nobles gallo-romains, dont le peuple imitait le langage.
1. M. Jullian, Comptes rendus de V Académie des inscriptions et belles-lettres, XXV (1897), p. 177-18G, a remarqué que la langue de cette tablette est fortement hellénisée. Voir aussi Mémoires de la Société des Antiquaires de France, LVII (1896), p. 51-55, 58 ; Revue des études anciennes, II (1900), p. 277.
2. W. Meyer, Fragmenta Burana, Berlin, 1901, p. .161-163, cité dans les Analecta Bollandiana, XXIV (1905), p. 399. Il est possible qu'il n'y ait là que du bas-latin : in mente habeto tuo divo. Une variante porte : nientem obeto dotivo et la Passion latine porte : m mente liabe Deum vivum.
3. Perse, V, 138.
4. Brutus, XLVI, 171.
72 LA LANGUE GAULOISE
LES TRACES DU CELTKjUE DANS LES LANGUES ROMANES ^
Les érudits des derniers siècles se sont passionnés, comme nous l'avons vu, à essayer de déterminer l'étymo- logie celtique de bon nombre de mots français, et cela sans grand succès, faute de méthode. Quand la méthode compa- rative eut été créée, la tâche de rechercher dans les langues romanes ce qu'on a appelé les suhstrata celtiques n'en demeura guère moins pénible -.
Les formes anciennes des mots que l'on suppose d'ori- gine celtique ne nous sont pas connues directement ; nous ne pouvons les rétablir que par la comparaison des diverses langues romanes. S'il n'est guère de territoires romans qui n'aient été, à quelque moment, habités par les Celtes, les conditions de l'occupation par les Celtes de la pénin- sule ibérique nous sont mal connues ; les Celtes ne se sont pas solidement établis en Italie ailleurs qu'en Cisalpine, et ils ne semblent guère avoir pénétré en Gaule au sud de la Garonne. La présence d'un mot supposé celtique dans la péninsule ibérique, dans le centre et le sud de l'Italie, dans l'Aquitaine, en rend donc suspecte l'origine celtique et donne, au contraire, à l'origine latine plus de vraisem- blance. Du côté des langues celtiques, les difficultés ne sont guère moindres. Si les langues gaéliques de l'Irlande
1. Voir Schuchardt, Zeitschrift fur romanische Philolofjie, IV, (1880), p. 142 et suiv. Ascoli, Una letlera glotlohf/ica, Turin, 1881. R. Thurneysen, Keltoromanisches, Halle, 1884. Windisch, Kellisclw Sprachen dans le Grundriss der romanischen Philologie de Grôber, 1, 1888, p. •28.3-.312 ; 2^ éd. 1904, p. 371-404. Darmestetcr, Ilatzfcld et Thomas, Dictionnaire général de la langue française, 1895-1900, p. 11-18. ^leyer-Luhkc, Einfiihrung in das Studium der romanischen Sprachiviasenschaft, Heidelborg, 1901, p. 35-H. Pninot, Histoire de la langue française, I, p. 31-37, 53-56.
2. Les romanistes semblent avoir eu souvent à cœur, par réaction contre les excès des celtomanes, de réduire au minimum l'influence du celtique sur les langues romanes.
LES TRACES DU CELTIQUE DANS LES LANGUES ROMANES 73
et de l'Ecosse n'ont point directement subi l'influence latine, elles ont pourtant emprunté au latin un certain nombre de mots savants venus par la littérature, et <pelques mots populaires venus par l'intermédiaire des Bretons du Pays de Galles ^ Quant aux langues brittoniques, elles sont assez profondément pénétrées d'éléments latins '^. Ajoutons que les langues gaéliques et le gallois ont, à une époque récente, emprunté à l'anglais des mots franco-nor- mands, et que le breton d'Armorique s'est, depuis long- temps, pénétré d'éléments français. Ce sont précisément ces mots d'emprunt qui ont servi aux celtomanes pour démontrer l'origine celtique du français '^.
On aura donc la plus grande somme de probabilité en faveur de l'origine celtique, quand un mot roman, usité dans un pays jadis habité longtemps par les Celtes, est conservé à la fois en gaélique et en brittonique.
Les noms communs des langues romanes, auxquels on a quelques raisons d'assigner une origine celtique, se rat- tachent à peu près aux mêmes ordres d'idées et d'objets que les mots celtiques transmis par les auteurs de l'Anti- quité ; ce sont des noms de végétaux ^ ; des noms de par- ties du corps '^ ou s'y rapportant, et des adjectifs de qualités physiques 6; des termes d'alimentation ou de vêtement ' ; des noms d'outils et d'ustensiles ^, de voies et moyens de communication '>^ ; des termes relatifs à la culture et aux terrains ^^ ; quelques verbes i^.
1. Sur ces emprunts, voir J. Vendryès, De hibernicis vocabulis quae a latina lingua originem duxerunt, 1902.
2. J. Loth, Les mots latins dans les langues brittoniques, 1892,
3. Voir ci-dessus, p. 19, n. 1.
4. Bille, if, bouleau, bétoine, chêne.
5. Jarret, dartre, g-renon, bec.
6. Dru, petit.
7. Mègue, cervoise ; drille, coule, saie, bouge.
8. Claie, pairol, ruche, soc, charrue, vouge.
9. Barque, char, jante, chemin, lieue.
10. Bran, grève, lande, raie, roche, breuil, marne ; arpent. il. Briser, broder, mucier, gober, changer.
74 LA LANGUE GAULOISE
Le système de dénomination des personnes ayant été complètement renouvelé en Gaule après la conquête romaine et l'introduction du christianisme i, il est impos- sible de trouver dans les no^ms français de personnes des traces de g-aulois ; mais les noms de lieux, au contraire, ont, pour une bonne part, subsisté jusqu'à nos jours ; même quand on n'en a pas conservé de forme ancienne, on peut, en se guidant sur les identifications sûres, établir par analogie l'origine gauloise de noms modernes. Caranto- magus est devenu Cranton ; il est donc vraisemblable que Vernon remonte à "Vernomagus et que Chassenon remonte à *Cassanomagus. De ce que Virodunum a donné ^ erdun,. il résulte que Arthun peut être un -Ancien* Aï^iodununi. De ce que Isarnoduruni a donné Izernort\ on peut conclure que Vollore vient de *Voloduruni. Puisque Mareuil est la forme française du g-aulois Maroialum, Verneuil doit avoir pour origine un *Vernoialum, et Nanleuil un*Nanto- ialum '-. Les formes de transition entre le gaulois et le français, conservées par les monnaies mérovingiennes ^^ sont utiles pour assurer Tétymologie. Ruan est un ancien Rotoniagus, puisqu'il porte sur les monnaies mérovingiennes le même nom iUotomo '' que Rouen, pour lequel l'ancien
1. On trouve encore ((uelques noms gaulois de personnes dans les. plus anciennes vies de saints. Ces noms sont relevés dans le Altcel- tischer Sprachschatz de Alfred llolder.
2. Sur l'ancienneté de cette terminaison -oialiun, voir G. Paris^ Romania, 4890, p. 468-479. A.Thomas, Essais de philologie française^ 1897, p. 216-217.
3. Catalogue des monnaies françaises de la Bibliothèque nationale^ Prou, Les monnaies mérovingiennes, 1892.
4. Forme intermédiaire : Rotomao. La réduction de mago à ma est constatée à l'époque mérovingienne ; les monnaies présentent souvent les deux formes : Blatomago-Blatomo, Noviomago-Xoviomo, Ricomago-Riojuo ; cf. Botomo (monnaie), Rodomago (Grégoire de Tours'; Mosomo monnaie), Mosomagensi Wc de saint Rémy) ; Icciomo {monnaie, Jcid mago ponv Iciomago (Table de Peutinger); Cisomo monnaie), Cisomagensi (Grégoire de Tours) ; et Manialoma- gensem, Mantolomaus (Grégoire de Tours).
LES TRACES DU CELTIQUE DANS LES LANGUES ROMANES 75
nom Rotoniayus est attesté. Noviomo est, sur les monnaies, mérovingiennes, le nom de Noyon (Oise) et de Noyeu (Sarthe) : la forme plus ancienne, Noviomagus, qui n'est conservée que pour Nojon, peut être, sans aucune incerti- tude, restituée pour Noyen. Il en est de même pour Oc/o/no,qui représenterait *Odomagus. D'après Brivodurum^ mérovingien Briodero, Briare, on restitue à Briodro^ Brières, la forme ancienne Brivodurum, Panvant est au xm^siècle le nom de Pavant (Aisne) ; la forme de ce nom au ix^ siècle, Pin?ievindo, permet d'établir la forme gauloise Pennovin- dos K
On peut même, lorsqu'on n'a pas conservé de forme ancienne, rétablir par la seule aide de la phonétique, l'éty- mologie gauloise d'un nom moderne -. Les noms français en -euvre peuvent remonter à des noms gaulois en -obria : Vendeuvre à Vindobria^ Moy euvre à Mogetohria ou à Modiohria, Deneuvre à Danohria ^. Les noms en -ort^ -ord peuvent remonter à des noms gaulois en -oritiim : Niort ^ Novioritum^ Chambord à Cainbointum.
Il faut prendre garde que le même nom gaulois aboutit à divers noms français selon les dialectes. Noviofnagiis donne Nijon (Haute-Marne), Noyon (Oise), Novion (Ardennes) ; Noviodunum donne Nouan (Loir-et-Cher), Nion (Suisse) ; Icciodurum donne Yzeures (Indre-et-Loire) et par suite, Yzeure (Allier), Izeure (Côte-d'Or), mais aussi Issoire (Puy-de-Dôme). Il faut tenir compte aussi des défor- mations accidentelles, si fréquentes dans les noms de lieux, qui passent par toutes les bouches et sont souvent diffi- ciles à retenir. Ainsi, on ne peut douter que l'ancien Icu- lisna ne soit identique à Angoulême ; or aucunes lois pho-
1. A. Longnon, Revue celtique, XXV (1904), p. J7.
2. De nombreuses et sûres applications de cette méthode ont été faites par M. A. Thomas, Revue celtique, XX (1899), p. 1^6, 438- 444.
3. H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de VEuropCy 2« éd., II, 1894, p. 264.
^6 LA LA>'GUE GAULOISE
nétiques g-énérales ne peuvent expliquer cette modification. ,De plus, des terminaisons, à l'origine très diilerentes, ont abouti en bas-latin ou en français à des résultats identiques: le latin mérovingien -doro, -dero remonte soit à doro a porte », soit à -durum a forteresse » ; Brion peut repré- senter Brione ou *Briodunum ; Mouron remonte à Medu- ■conno^ et Bourgon à Burgodunum ; Voiizon à Vosonno, et Mouzon à Mosomagus] Châlons à Catalaunos, et (^halon à Cahillonum.
Enfin, il ne faut pas se fier aveuglément aux textes du bas Moyen-Age, qui offrent parfois des latinisations par étymologie populaire des noms français, au lieu des noms gallo-romains primitifs, par exemple : Bonneuil, ancien Bonoialum, qu'un scribe facétieux ou crédule a métamor- phosé en Bonus Oculus « Bon-OEil ^ ; Cornuz, ancien Cor- nutus^ devenu Corpora Xuda « Gorps-Nuds ^ ».
La méthode, d'ailleurs, n'est pas sans présenter d'autres chances d'erreurs. Qui ne connaîtrait pas les formes anciennes et se guiderait sur les formes modernes donne- rait, par exemple, la même origine onomastique à Vienne du Dauphiné ( Vienna) et à Vienne d'Autriche ( Vindobona). Au contraire, deux cas du même mot donnent en français des formes assez divergentes : Anjou [Andecavum), Poi- tou [Pictavuni) ; Angers, v. fr. Angieus (Andecavis), Poitiers [Pictavis).
L'accord des langues romanes parlées dans les pays celtiques avec les langues celtiques des Iles Britanniques, s'il accroît dans une mesure appréciable le vocabulaire gaulois, ne nous renseigne guère sur la grammaire ; car les traces d'influence celtique sur la morphologie du bas-latin sont indistinctes '^. On attribue pourtant à la persistance
1. C'est, actuellement encore, l'orthographe du nom d'une com- mune d'Ille-et-Vilaine, Voir Bossard, Annales de Bretacjne, XXX (1915), p. 469-472.
2. Voir ci-dessus, p. 34, 66, 70, 71.
LES TRACES DU CELTIQUE DANS LES LANGUES ROMANES 77
des habitudes de langage propres aux Celtes certains faits de phonétique, de morphologie et de syntaxe françaises ; par exemple, le changement de et en -xt^ -il ^ ; le change- ment de V initial en ffu, ff- ; la chute des consonnes inter- vocaliques (/ 3, t ^, que l'on observe en gaélique et en brit- tonique ; la tendance à la nasalisation, qui se manifeste aussi en gaélique ; le changement de ê latin en oi, compa- rable au changement de cet ê en ui en vieux-brittonique ^ ; le changement de û latin (prononcé ou) en u français, que Ton constate en France, dans la Haute Italie et en Rhétie, ce son ù étant caractéristique des langues brittoniques ^ ; la numération par vingt, qui est commune au brittonique, au gaélique et au français ' ; la distinction du nominatif et de l'accusatif pluriel des thèmes en -o et la confusion du nominatif et de l'accusatif pluriel des thèmes en -â ^ ; la formation de verbes réciproques au moyen de particules ^ ; l'emploi populaire, en français, des formes modernes de la
1. Gaul. rectu-, rextu-, gall. reith, bret. reiz ; lat. laclem, fr. lait, gall. laeth, bret. laez. Le changement de et en ht se trouve aussi en osque et en ombrien.
2. Gall. gwr, bret. gour, cf. lat. vir ; lat. vinum, bret. g^U. gwin; lat. vadum, fr. gué.
3. V. celt. tigerno-, v. gall. tiern ; gaul. -slogi, gall. /« ; b. lat. agus- tum, fr. août, gall. aicst.
4. Irl. lathe, laa.
5. Gaul. cleta, v. gall. cluit ; lat. plebs, corn, pliii, v. bret. ploi. Mais on a remarqué que les habitudes de prononciation changent d'une génération à l'autre.
6. Grôber, Grundriss der romanischen Philologie, I, 1888, p. 506.
7. Moy. bret. iriuguent, pevariiguent, gall. trimuceini ; v. fr. treis vinz, six vinz, fr. quatre-vingts, Quinze-vingts; irl. tri fîchit, côic fîchit.
8. Thèmes en -o- : n. pi. eich, ace. pi. eochu ; lat. equi, equos ; v. fr. cheval, chevals ; thèmes en -à : n. pi. ace. pi. tualha ; lat. rosœ, rosas ; v. fr. roses.
9. Particule imni- en gaélique, yni- en gallois, em- en breton ; s'entre- en français, formation très développée dans les dialectes français de l'ouest. Thurneysen, ^rc/iiv fur lateinische Lexikographie und Grammatik, VII (1892), p. 523.
6
78 LA LANGUE GAULOISE
préposition ad « à » pour marquer la possession \ la mise en évidence du sujet au moyen de l'impersonnel « c'est » et d'une proposition relative -. Il est possible aussi que des irrégularités phonétiques, comme le changement de a, en o dans articulum ^ orteil, de o en ie dans locum >> lieu, le changement de d en v dans gladlmn >> glaive, le changement de t en c dans treniere ^ criendre, craindre soient dues à l'influence de mots celtiques amenés par des associations d'idées et de formes : irl. orddig « orteil », bret. lec'h « lieu», irl. claideb « épée », irl. crith «trem- blement » 2.
On a avancé que \o de la terminaison -ons de la première personne du pluriel est dû à une influence celtique *, la voyelle thématique étant -o à cette personne en gaélique et en brittonique, tandis qu'elle est i, â, ê, i en latin.
D'autres faits encore peuvent être rapportés à l'influence celtique. L'usage français des « liaisons », c'est-à-dire de la persistance des consonnes finales de certains proclitiques étroitement unis à la voyelle initiale du mot suivant : les- enfants, vos-amis, est connu en breton et en irlandais '. Le celtique et le français emploient des particules démonstra- tives après les noms ^. En celtique et en français, le pro-
1. Irl. mac (16 « un fils à lui », corp do Christ « le corps au (du) Christ ».
2. Irl. is duib predchini «c'est à vous que je prêche y>, gall. karw a iveleis « c'est un cerf que j'ai vu », irl. is mé (c c'est moi ».
3. Ascoli, Archivio glotlologico italiano, X, p. 270, 272. Suchier, Altfranzôsische Grammalik, Halle, 1893, p. 57. En général, les romanistes ont cherché à ces faits des explications fondées unique- ment sur la phonétique romane. Bourciez, Précis historique de pho- nétique française, 4* éd., 1914.
4. Settegast, Zeitschrift fur ronianische Philologie, XIX (1895), p. 266-270. F. Geo. Mohl, Les origines romanes, Prague, 1900. Cf. Vendrvès, Revue critique d'histoire et de littérature, LII (1901), p. 149-151.
5. En breton, /loc'A ohero « vos œuvres», ho tourn n votre main ; irl. ah-ainm « son nom à elle », a dorn « son poing ».
6. Irl. an fer-sin, fr. cet homme-là. Schuchardt, Zeitschrift fur romanische Philologie, IV (1880), p. 151, compare le piémontais mi i Va vdii-lo, s 'è perdû-se à l'irlandais ro-m sôir-sa «il m'a sauvé».
LES TRACES DU CELTIQUE DANS LES LANGUES ROMANES 79
nom personnel complément direct s'intercale entre le sujet et le verbe ^ En gaélique et en vieux- français, le nomi- natif pluriel des noms en â est en s -. En celtique et en français, ou construit l'infinitif avec les prépositions ^ et l'infinitif actif peut s'employer au sens passif ^. On peut remarquer aussi l'emploi explétif de la négation dans des propositions temporelles •^.
On ne doit pas dissimuler la fragilité de quelques-unes de ces comparaisons ; dans plusieurs cas, il s'agit sans doute de coïncidence et non d'influence, car les rencontres apparentes, entre des langues qui n'ont jamais été en rap- ports, ne sont pas rares ^. Mais il est au moins aussi diffi- cile de les réfuter que de les établir, et il est possible, pourtant, que le développement rapide en français de cer- taines formes latines soit dû à la coïncidence de ces formes avec le gaulois.
COMPARAISON DU GAULOIS ET DU VIEUX-CELTIQUE INSULAIRE
L'ancienne langue celtique des Iles Britanniques ne nous est révélée directement que par quelques noms communs et par de nombreux noms propres de lieux, de peuples
1. Gall. mi alh garaf «. je t'aime ».
2. Irl. tuatha =: *tuathas, pi. de tiiath z=: *tuatha ; fr, choses, pl.de chose, V. fr. cosa.
3. Irl. iar facball a ec^ <( après avoir perdu ses chevaux» gall. </wedy llad y g^wr hynny « après avoir tué cet homme ».
4. Irl, ni àil insin do epirt « ce a'est pas agréahle à dire » cech niailh is àil lib do dénum duib ô dôinib « tout bien que vous désirez vous être fait par les hommes (à vous faire par les hommes) ».
5. Moy. bret. quen na «jusqu'à ce que », m. gall. hyd ni. Cf. Ernault, Revue celtique, XIII (1892), p. 358.
6. On trouve en France des noms de lieux en -bria. On en pour- rait étourdiment conclure que les Thraces, dans la langue de qui Ppia signifiait « ville », ont eu des établissements ea France.
tSO LA LANGUE GAULOISE
et de personnes qui offrent une évidente parenté avec les • noms gaulois correspondants K
Les uns nous ont été transmis par les Anciens : Cinge- torix, Carvilius, Taximagulus, Segovax, Lucotorix. Man- dubracius. noms d'hommes ; Cantium, nom de lieu; Anca- lites, Bihroci, Segontiaci, Cassi, Cenimagni (var. -ruanni)^ Trino van te s, noms de peuples chez César: — Boudicca, Caratacus. noms de personnes : Camulodunum, Verula- mium, noms de villes ; Brigantes^ nom de peuple ; Sabrina, Trisantona, noms de rivières, chez Tacite : — 'Acyevtî- V.:;:;, Kjvc,3rAAivo; (gall. Cynfelyn), noms de personnes chez Dion Gassius : — '\-.z = ''^j.-'.t\^ nom de peuple ; Xci^iJ-avcç, Il£TCj3!pîa, Mac'2cjv:v, Ojipc'/.ovicv, E|i2paxcv, KaTCUpaxTSvisv, Aapcjîpvcv, Pivôocuvcv, O'j^îAAa, Tr/.a, MtOioXâv-ov, noms de villes ; Mspiy.i(jL|iY;, A-rjsJa, 'Szzùizz, noms de rivières chez Ptolémée ; — Durnovaria, Durobrivae, Ariconium, Sor- viodunum, Margidunum,Lacfodo7'um^ Cambodununi, Cam- boritum, Durocornovium, Derventio^ Dubris, Gobannium, Vindogladia, Vlndomora, Luguvallium, Pennocrucium^ noms de villes dans l'Itinéraire d'Antonin ; :4/7ï/)o^/a/2/ia, Segedunum, Branodununi, Cilurnum, Condercum, Gabro- sentum, Vindolana, Anderidos, noms de villes dans la Noti- tia Dignilatum. D'autres noms proviennent des légendes monétaires : Dubnovellaunos, Addedomaros, Andocomius, Boduos, Cunobelinus, Cattos, Comniios, Tascio, Dumnove- ros, noms d'hommes: \'ocorio, nom de peuple (?i: Ver-
1. La parenté de langue des Gaulois et des Bretons a été signalée par Tacite voir ci-dessus, p. 26). César dit que les parties mari- times de la Grande-\3retagne avaient été peuplées par les Belges du continent V, 12, 2 ; 13, l . Il y a en Grande-Bretagne des Belfjac, des Atrebatii, des Catuellauni, des Parisi tribus issues sans doute de leurs homonymes de Gaule; des Uxellodunum, Noviomagus, Cam- horitiim, Condate, Vernemetum, Segedununi, Cambodunum, homo- nymes de villes gauloises. Rhys, Early Britain. Celtic Britain. Londres, 18^2: 'i^ éd. 1904. H. d'Arbois de Jubainville, Les druide* et les dieux celtiques à forme d'animaux, 1906, p. 27-50. Windisch, Das keltische Brilannien bis zu Kaiser Arthur, Leipzig, 1912.
LE VIEUX-CELTIQUE INSULAIRE 81
lamio, nom de ville. D'autres, enfin, sont inscrits sur des pierres ou des poteries : Boduogenus^ Cintur/enus, Rito(je- nus, Matucus, Isarninus, Coccas, Cunobarriis, Dagoma- riis^ Tancorix, Vepomulus, noms d'hommes. Parmi les noms communs, il faut citer tossia « manteau », covinnus (( char de g-uerre ».
Du V® au vii^ siècle, les sépultures chrétiennes de Grande- Bretagne nous ont conservé un grand nombre de noms bretons latinisés ^, par exemple Cunovalos (gall. Cymval), Cunomorus (gall. Cynfor), Cunotamos (gall. Cyndaf), et les inscriptions en caractères oghamiques.^ d'Irlande, d'Ecosse, de Galles et de Gornouaille, nous ont transmis des noms gaéliques avec leurs anciennes terminaisons cel- tiques. Ce sont les plus intéressants pour nous. On v trouve :
l** des nominatifs en -a : inigena (irl, ingen) ;
2^ des génitifs singuliers en -i : maqi (irl. maie), mucoi, Canamagli (v. bret. Conmael) ;
des génitifs en -os : Cunagussos (irl. Congusso), Iva- catlos ;
des génitifs en -as : Lugudeccas, Decceddas, Segamonas, Jnissionas, Broinienas, Dovvinias, et, après la chute de s, en -a : Decceda, Dovinia ; sans désinence : Olacon, Vita- lin ;
3° un génitif pluriel en -a après chute de n : tria maqa (( des trois fils ».
L'insuffisance de ces renseignements directs sur le vieux- celtique insulaire est largement rachetée par l'abondance d'informations que nous fournissent lé gaélique et le brit- tonique.
1. Hûbner, Inscriptiones Britanniae chrlstianae^ Berlin, 1876.
2. Macalister, Studies in Irish epigraphy, Londres, 1897-1907. Rhys, Proceedings of the Society of Antiquaries of Scotland, XXVI, (1892), p. 263-351. Nicholson, Keltic researches, Londres, 1904. Rhys, Lectures on Welsh philology, 2«éd., Londres, 1879, p. 272-284. Voir ci-dessus, p. 46, n. 6.
82 LA LANGUE GAULOISE
Les mots et les noms insulaires provenant de 1 Anti» quité ne sont ni plus nombreux ni plus clairs que les noms et les mots gaulois. La reconstitution, par les lin- guistes, de la langue commune antérieure à la séparation du brittonique et du gaélique et, par suite, contemporaine du gaulois ancien a permis d'étendre singulièrement le champ des rapprochements et de déterminer, en quelque mesure, certains faits de grammaire et le sens de nom- breux noms gaulois. Mais il ne faut pas oublier que la lanirue commune ainsi reconstituée n est la lanc^ue com- mune que d une partie des Celtes, et que le celtique conti- nental, faute de documents, n'est guère entré dans cette reconstitution. Se faire une idée complète de l'ensemble du vieux -celtique par cette méthode est donc une entreprise chimérique. Les seuls faits dont nous puissions être sûrs seront ceux que nous pourrons retrouver dans les restes du gaulois. Ces restes ne sont, malheureusement, pour la plupart, que des noms propres, dont l'origine et l'étymo- logie. quelque vraisemblable ou séduisante qu'elles soient, restent toujours, et quand même, hypothétiques. Pour les faits qui nous sont attestés à la fois par le gaulois et le vieux-celtique reconstitué, nous constatons parfois des divergences entre les deux langues, par exemple dans la déclinaison et la conjugaison.
Quoi qu'il en soit, la méthode comparative permet d'écrire un vocabulaire et une grammaire du vieux-cel- tique, qui. indirectement, peuvent nous renseigner sur le vocabulaire et la grammaire du gaulois.
Le vocabulaire ainsi constitué ' est sans doute assez différent du vocabulaire gaulois, car l'explication des inscriptions gauloises par le vieux-celtique présente de graves difficultés. Il est d'ailleurs vraisemblable que l'in- vasion des Celtes n'était pas la prerfiière que le sol fertile
I. Slokes et Bezzenl^erger, Wartschalz der keltischen Sprachein^ heit, urkeltischer Sprachschaiz^ Gœttingue, 1894.
LES NOMS PROPRES GAULOIS 83
de la Gaule eût subie et que des populations diverses avaient fourni quelques mots à la langue de leurs vain- queurs K Les Celtes du centre de l'Europe, qui, à Torig-ine, alimentaient d'éléments sans cesse renouvelés les tribus déjà établies dans notre pays, Celtes en contact avec des populations de langues diverses : Scythes, Th races, Illy- riens, Germains, n'étaient pas sans emprunter parfois des termes à leurs voisins ou à leurs sujets, et introduisaient dans le gaulois de Gaule des mots nouveaux, dont les uns, adoptés par la mode, pénétraient dans la langue commune, dont d'autres restaient confinés dans quelques parlers locaux ou cessaient au bout de quelques années d'être en usage. Mais, si les inscriptions gauloises s'interprètent difficilement par le vieux-celtique, les noms propres gau- lois y trouvent, avec une plus grande facilité, l'explication de leur sens. Il semble donc que les noms propres gaulois soient plus pénétrés d'éléments celtiques que le reste du vocabulaire, ce qui n'est pas, d'ailleurs, pour surprendre, les noms propres, maintenus par les traditions familiales et nationales, étant toujours plus archaïques que les noms communs et ne se renouvelant pas aussi rapidement que ceux-ci.
S'il est incontestable que la plupart des noms propres gaulois peuvent s'expliquer par des noms communs, l'ex- plication du sens de ces noms n'est pas hors de doute ; singulièrement hasardée pour les dérivés, elle semble plus facile à établir pour les noms composés de deux termes. Pour atteindre à la vraisemblance, nous ne pouvons nous guider que sur les exemples, plus faciles à interpréter, que nous fournissent les autres langues celtiques et les langues indo-européennes, en particulier les langues germaniques.
1. C. Jullian, Histoire de la. Gaule, II, 1908, p. 367, .pense que ]e gaulois conienail un fonds important d'emprunts au ligure. Mais nous ne savons rien ou presque rien du ligure [ibid., I, p. 123). Cf. G. Dottin, Les anciens peuples de VEurope, 1917, p. 185, et C. Jullian, ci-dessus, p. xi.
84 LA LANGUE GALLOISE
Entre les diverses hypothèses que sugg-ère la phonétique, nous choisirons celles pour lesquelles la sémantique nous fournit des indications concordantes ^ ; mais nous ne pou- vons mesurer l'évolution du sens des mots dont nous ne connaissons la signification qu'en gaélique et en britto- nique ~. D'autre part, comme ces noms n'ont pas tardé à acquérir, quelque significatifs qu'ils aient été à l'origine, une valeur purement abstraite, on ne saurait prendre tou- jours pour preuve de la vraisemblance dune explication le sens raisonnable et logique qu elle attribuerait au nom propre, et les jonctions d'idées les plus incohérentes peu- vent être conformes à la réalité, surtout dans les noms de personnes, où l'on admettait de singulières combinaisons pour rappeler dans une même dénomination plusieurs noms d'ancêtres. Dans les noms de lieux d'origine topographique, la réalité actuelle permet de vérifier l'étymologie. quand la dénomination est suffisamment descriptive et précise •^. Il est possible aussi que certains noms latins de lieux de la Gaule soient des traductions des noms gaulois primitifs ^.
NOMS DE LIELx'
Pour les noms de lieux, voici les idées que nous trou- vons le plus fréquemment exprimées.
1. Sur les rôles respectifs de In phonétique et de la sémantique, voir un sug-gestif article de M. Ant. Thomas, Revue des Deux Mondes, l*"" décembre 1900. Nouveaux essais de philologie française, 1904, p. 21-34.
2. Ainsi, en irlandais mag signifie « plaine, champ, champ de bataille »; en gallois ma signifie « endroit, espace, place » : quel était le sens précis du gaulois -niagus qui est identique à mag et à ma? M. JuUian estime que c'est «champ de foire », " marché» et que magus équivaut au latin forum. Cf. Julio-magus et Forum Julii [His- toire de la Gaule, 11, p. 238, n. 8\
3. Cette méthode géographique a été employée avec succès par M. Jullian. Quand les résultats en coïncident avec ceux que donne la méthode linguistique, on est bien |)rès de la certitude.
4. Voir ci-dessus, p. 66, note 3 : p. 84, n. 2.
LES NOMS DE LIEUX 8.^)
La seconde partie des noms composés exprime d'une manière générale la nature du terrain :
plaine, champ : irl. mag^ ^^11. et bret. /na, ^dcaL-magus.
montagne : gaul. ooXi^o') « endroit élevé», -dunum\ irl. bri^ gall. hvQi. bre « mont », gaul. -briga ^.
rocher : irl. henn « corne », gall. bann <( pic », gaul. -bennum.
vallée : gall. nant «vallée », gaul. -nantiis.
passages : gaul. brio « pont », gaul. -briva ; v. gall. rit «gué», gaul. -ritum.
bois : bret. coet^ gaul. -cetura.
constructions : irl. nemed « lieu sacré », gaul. -nenie- tura ; irl. raith « enclos fortifié », gaul. -rate ; gaul. dorOy -doriis «porte» ; irl. dùn, gall. din «forteresse», gaul. -dunum.
La première partie des noms composés et les noms dérivés caractérisent le lieu d'une manière plus précise :
nouveauté ou ancienneté : v. bret. novid « nouveau», gaul. Novio-dunum « Ville-Neuve », Novio-magus « Champ- Neuf » ^; irl. sen «vieux », Senmag n. pr., gaul. Seno- rnagus « Vieux-Champ », « Vieux-Marché ».
forme et dimension : gall. iichel « élevé )),gaul. Uxello-
1. Ces noms sont rares en Gaule ; très fréquents, avec des pre- miers termes souvent non celtiques, en Espagne.
2, Ces noms dont le premier terme est Novio- comptent parmi les plus répandus dans les pays celtiques. On trouve des Novio-dunum sur divers points de la Gaule, à Pommiers près Crouy (Aisne), à Nouan-le-Fuselier (Loir-et-Cher), à Nevers, Jublains (Mayenne), Nyon (Suisse) ; en dehors de Gaule à Placentia en Cisalpine, à Isaccea en Roumanie. On trouve des Novio-magus chez les Bituriges Vivisci, à Les Tourettes (Calvados), Pompières (Aisne), Saint-Paul- Trois-Châteaux (Drôme), Nijon (Haute-Marne), Noyon (Oise),Noyen (Sarthe), Novion (Ardennes), Neumagen en Prusse Rhénane, Spire en Bavière Rhénane, Nimègue en Hollande ; en dehors de Gaule à Neumagen en Bade, à Hollywood Hill près Bromley (Kent) en Grande-Bretagne.
86 LA LANGUE GAULOISE
clunum (( Haute- Ville » ; irl. cainni, §^^^- camm «courbe», gaul. Camho-ritum « Le Gué-de-la-Courbe » ; irl. màr « grand ». gaul. Maro-ialuni «. La Grande-Clairière » ; v. gall. litan « large », gaul. Litano-hriga « Le Fort large ».
couleur : irl. Find-macf, gall. Gwyn-fa, gaul. Vindo- magus « Le Champ-Blanc ».
situation : irl. mide «milieu», gaul. Medio-lanum « la Plaine-du-Milieu » ; gall. bret. penn « tête, bout », gauL Penno-lucos «La Tête-du-Lac ».
nombre : gall. Tri-neint, gaul. Tri-nanto « Les Trois- Vallées ».
végétaux : irl. Fern-mag, gaul. Verno-magus « Le Champ-aux-Aulnes » ; irl. daur, o^H- derw, bret. der^ « chêne », gaul. Dervus « Le Chêne » ; irl. ibar « if », gaul. Eburo-hriga « Le Fort-de-l'If » ; irl. hlàth (<. fleur », gaul. Blato-magus « Le Champ-des-Fleurs » ; irl. aball « pomme », V. gall. ahall, gaul. Aballo « Le Pommier»; irl. cularàrty bret. keler, gaul. Cularo « Le Concombre » ; Cassino^ magus « Le Champ-des-Chênes ».
animaux : irl. gabor, v. gall. gabr, gaul. Gabro-magus « Le Champ-de-la-Chèvre » ; irl. math « ours ». Matu-caium, « Le Bois-de-l'Ours » ; irl. bran (( corbeau », gaul. Brano- dunum « La Ville-au-Corbeau » ; bret. broc h « blaireau », gaul. Broco-magus « Le Champ-du-Blaireau » ; irl. tarb^ (( taureau», gaul. Tarve-sscdum « Le Château-du-Taureau » ; irl. marc « cheval », gaul. Marco-durum « Le Fort-du- Cheval », Marco-magus « Le Champ-du-Cheval ».
terrain : gaul. brio « pont », Brivo-durum « Le Fort- du-Pont » ; gaul. nanto «vallée», Nanto-ialum « La Clai- rière-de-la- Vallée ».
eau : gaul. condate, Condato-magus « Le Champ-du- Confluent » ; v. gall. rit «gué», gaul. Ritu-magus «Le Champ-du-Gué » ; gall. genau « mâchoire, bouche », gaul. Genava « La Bouche ».
commerce ou industrie : irl. argat « argent », gaul.
LES NOMS DE LIEUX 87
Arganto-magus u Le Ghamp-de-r Argent » ; irl. car bat « char », gauL Carhanto-rate a La Fabrique (?) de Chars »; irl. bret. carr « char », gaul. Carro-dunum « La Ville- aux-Ghars » ; irL iarn « fer », g-auL Isarno-clorum « La Porte-de-fer » : irL coire « chaudron », gauL Corio-ssedum (( Le Ghâteau-du-Chaudron )> L
Dans un certain nombre de ces composés ou dérivés, le premier terme ou le thème, au lieu d'être significatif, peut avoir déjà une valeur abstraite et être lui-même un nom propre, nom de propriétaire on nom de dieu, nom de cours d'eau voism.
Les noms de propriétaires peuvent être nombreux dans les composés en -magus^ qui désignent sans doute les champs ~. Il est possible que, à l'imitation de Rigo-magus « champ du roi », Bardo-magus signifie tantôt « champ du barde », tantôt <( champ de Bardos » ; Novio-magus « nouveau champ » ou « champ de No vies » ; Nerio-magus est sans doute « champ de Nerios » ; Darnô-magus a champ de Durnos » ; Caranto-magus « champ de Garantos». Mais on rencontre sans doute aussi des noms de per- sonnes dans les autres composés : Novio-dunum « ville neuve» ou a ville de Novios ^), Camho-dunum « ville courbe » ou « ville de Gambos», Nemeto-durnm « fort de Nemetos » ou « fort du lieu sacré ».
Les formations, dont le premier terme est un nom d'homme, sont, en tout cas, expressément attestées au temps de l'empire : Caesaro-dunam, Augusto-dunuiriy Augusto-durum^ Julio-magus, Augusto-magus.
1. Comme plus haut Tarve-ssedum fait penser au taureau sacré, Corio-ssedum suggère ridée du chaudron sacré (cf. le chaudron de Gundestrup et le chaudron des Gimbres, chez Strabon, MI, 2, 1).
2. Voir César, VII, 77, 15 : quos fama nobiles potentesque bello cognoverunt, horum in agris ci^dtalibusque considère. Voir ci- dessus, p. 84, note 2.
"88 LA LANGUE GAULOISE
Les noms des dieux, considérés comme protecteurs du lieu auquel ils donnent leur nom, sont assez rares : Divo- durum est peut-être la « forteresse des dieux », Mogon- tiacum « la ville de la déesse Mogontia », Aventicum « la ville de la déesse Aventia » ; Lugu-dunum serait la ville d'un dieu gaulois correspondant au héros irlandais Lug ^
Plusieurs noms de lieux sont dérivés de noms de rivières : Avaricum de Avai^a « Yèvre » ; Autricum de Autura « Eure » ; Samaro-briva « le pont de la Somme » : Caro-hriva « le pont du Cher ».
D'autres sont identiques à des noms de personnes : Cata- lus en Auvergne, Celtus en Champagne, Artigeni en Pro- vence, Vassillus en Auvergne ^.
NOMS DE RIVIERES
Les noms de rivières -^ s'expliquent rarement par le celtique. On les croit pour la plupart antérieurs à l'arrivée des Celtes en Gaule. Toutefois on donne l'étymologie des suivants :
Noms généraux :
Benos, irl. rian «mer », le Rhin.
Lutra, gaul. lautro a bain », la Lauter. Cf. Dubra, irl. dobor, gall. dwfr, bret. dour (( eau », la Tauber.
1. H. d'Arbois de Jubainville, Les Celtes depuis les temps les plus anciens Jusqu'en l'an 100 avant notre ère, 1904, p. 39-4a.
2. H. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur V origine de la pro- priété foncière et des noms de lieux habités en France, 1890, p. 500- :J04.
3. Sur les noms de rivières de la Gaule, il n'y a comme travail d'ensemble que le livre de R. de Félice, Essai sur Vonomaslique des rivières de France, 1906, dont la méthode n'est pas sûre et qui contient du point de vue celtique beaucoup d'inexactitudes. Comme études de détail, il faut citer Piclet, Revue celtique, I (1871), p. 299- 305. H. d'Arbois de Jubainville, L^s premiers habitants de l'Europe, JI, 1894, p. 117-194.
LES NOMS DE RIVIÈRES 89
Noms de qualités :
Caniia, gaul. canto-, gall. -cant, can « brillant », la Gance.
Glanis, Glana, irl. gall. bret. glan a pur », la Glane. Dubis, irl. dub^ &^11- bret. du a noir », le Doubs. Carantonus, irl. cara, gén. carat « ami », la Gharente. Tava^ o^ll- ^^^^ <^ tranquille )>, la Thève. Berbera, irl. berbaini «je bous » (cf. irl. Berba) la Bèbre^ Rinctius, gall. Wn^c «bruit strident »,la Rance. Ledus, gallo-rom. ledo «bouillonnement » ',1e Lay.
Noms de végétal, d'animal ou d'accident de terrain :
*Bebris^ Bebronna, corn, befer a castor », la Bièvre, la Bré venue.
Glanna, gall. bret. glann « rive », la Glanne.
Aliso, gailo-rom. alisa « alise », FAlzon.
Verno-dubrum, irl. fera «aulne», dobor «eau», le Verdouble.
Vidula, irl. fîd, v. corn, guiden « arbre», la Vesle.
Ritona, v. gall. rit « gué », le Rieu.
BptYCjXoç, cf. celtibérien -brigiila (diminutif de briga « fort », ancien nom de la Saône.
Noms divins :
Divona, cf. irl. dia « déesse », v. gall. duiu- (pour "deivo-), la Divonne.
Isara, irl. iar « sacré », gr. (spi;, l'Isère.
Matra, Matrona, gaul. matr-, irl. màthir « mère », la Moder, la Marne.
Dusius -, gaul. dusius, sorte de démon, la Dhuys.
1. Vendryès, Mémoires de la Société de linguistique de Paris, XIII (1905-1906),'' p. 388.
2. U. Chevalier, Cartulaire de Saint-Barnard de Romans, 1896, p. 73-74. H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, VI^ 1899, p. 183.
î)0 LA LANGUE GAULOISE
Noms de comparaison : Viclubia, gaul. viduhium, sorte de serpe, la Vouge.
NOMS DE PEUPLES
Les noms de peuples et de tribus doivent être abordés avec quelque circonspection ; ils sont très anciens, et par suite très obscurs, dans toutes les langues, et nous man- quons d'analogies pour les expliquer. Déjà Polybe, voulant traduire le nom de Gésates (TaisaTci) et ignorant le mot gaulois YaC^sv, gaesuni n javelot j) interprétait faussement leur nom par une allusion au mot grec yâ^^a « grosse somme d'argent ».
Seconds termes des composés :
Irl. hriiir/, gall. bret. bro f(pays)), gaul. -hroges\ gall. -ivallazcn, v. bret. -wallon (cf. gwell u meilleur »), gaul. -vellauni \ irl. cass << bouclé», «vif», gaul. -cassi- ; irl. cuiri «troupes », gaul. -corii : irl. slôg, sluag «armée», gaul. 'slugi ; irl. fich « combat », gaul. -t'/c/, -vices ; irl. rig « rois », gaul. -riges.
Premiers termes des composés et noms dérivés :
Particularités physiques et morales :
Irl. aed « feu », Aed n. pr., gaul. Aedai « les Ardents » ; bret. calet « dur », gaul. Cale tes « les Durs » ; irl. caur « héros », gall. cawr « géant », gaul. Cnvares « les Géants ».
Animaux, totems, enseignes armoriées :
Irl. gall. bret. hran « corbeau », gaul. Bran[n)o-vices « les Guerriers du Corbeîiu ».
Nombre :
Gall. pedry- « quatre », gaul. Petru-corii « les Quatre
LES NOMS DE PEUPLES 91
Troupes » ; irl. bret. g'all. tri « trois », gaul. Tri-vlattl ^ « les Trois Pays » ; Tri-corii « les Trois Troupes » ; bret. ugent « vingt », gaul. Vo-contii « les Vingt (tribus) » ; cf. bret. tregont « trente », gaul. Triconti « les trente (jours) ».
Habitation et voisinage :
Gall. nant « vallée », gaul. Nantuates « les gens de la Vallée » ; irl. muir « mer », gaul. Morini «les gens de la Mer » ; irl. ail « autre », gaul. Allo-broges « les gens de l'autre Pays » ; Raiiraci a les gens de la Ruhr » [Baura)^ Ambiani (gaul. arabe « rivière ») « les gens de la Rivière », Treveri « les gens de la Trave [Treva)^ Sequani « les gens de la Seine » [Sequana) ~.
Productions et commerce :
Irl. mid, g'ciH. medd, m. bret. mez « hydromel », gaul. Mediili « Les gens à T Hydromel » ; gaul. reda « char », Bedones « les gens aux Chars ».
Guerre :
Irl. nith « combat », gaul. Nitio-broges «les gens du Pays du Combat » ; irl. gài, gaul. yaïaûv, gaesum «jave- lot », Gaesatae « les guerriers aux Javelots » ; irl. gai « bra- voure », gaul. Galatae « les Braves ».
NOMS DE PERSONNES
Les noms d'hommes et de femmes ^ semblent appartenir aux ordres d'idées suivants :
1. Si l'on explique ce mot par l'irlandais ul « barbe », on est forcé de donner à tri ou à petru un sens simplement intensif. J. Loth, Revue des études anciennes, XVIII (1916), p. 280-286.
2. Ces étymologies supposent que les Rnuraci, les Treveri^ les Sequani ont habité jadis sur les rives des cours d'eau dont ils auraient tiré leurs noms.
3. Nous avons conservé dans les épopées et les annales irlan- daises, ainsi que dans les cartulaires bretons, un grand nombre de
92 LA LANGUE GAULOISE
Seconds termes des composés. Qualités :
Irl. ma/-, gall. maivr «grand», gaul. -maros \ gall. cijwir « juste », gaul. -coveros, -covu^os ; irl. domain, gall. dwfn «profond», gaul. -duhnus, -dumnus ; irl. n^rt, gall. nerth « force», gaul. -iiertus ; irl. guàth «habitué à», gaul. -gnatiis.
Société :
Irl. W, gén. jig « roi », gaul. -rix ; irl. tuaih « peuple », bret. iud « gens », gaul. -foula ; irl. fos, gall. gicas « servi- teur », gaul. -vassus; irl. fer <( homme ». bret. gour, gaul. -viros\ irl. i>eAi « femme ». gaul. -hena ; irl. cachi « esclave », gall. caeth, gaul. -captus.
Noms de peuples :
Gaul. Boii « Boïens », Boio-rix « roi des Boïens » '.
Filiation :
Irl. gein, gall. geni « naître », gaul. -genos - ; gaul. nate « fils », gaul. -gnatus « né de ». ^
Premiers termes des composés et noms dérivés. Particularités physiques et morales : Irl. ruad, gall. rudd « rouge », gaul. Boudius ; bret.
noms de personnes. Certaines idées représentées souvent dans ces noms n'ont pas encore été retrouvées sûrement dans les noms gau- lois. Tels sont : le nom du chien, irl. cû, bret. /./, et les mots sui- vants : bret. bron « colline », v. bret. cuno- «élevé», v. bret. gleu (( vaillant », v. bret. hael- « généreux », v. breL iud- « combat », iun- «lumière », maen- « pierre », bret. lan « feu », v. bret. uualt, irl. foll « chevelure », v. bret, uuelhen « combat », -uiiocon « glojieux ». Sur la comparaison de ces noms propres, voir Dottin, Manuel pour servira Véludede V Antiquité celtique, 2*' éd., 491.5, p. 104-107.
4. Boiorix regulus eorum (Boiorum). Tite Live, XXXIV, 46, 4.
2. D'après II. d'Arbois de Jubainville, ce mot indiquerait une filiation divine. Revue celtique, X (1889), p. 166-177. Cours de littéra- ture celtique, VI (1899), p. 472-179.
LES NOMS DE PERSONNES 93
erch « neig'e », gaul. Argio-talus « Front-de-neige » ; br. penn «tête », gaul. IIsvvo-ouivocç « Tête-blanche » ; v. gall. crych «crépu », gaul. Crixus', iv\. dorn, gall. chvrn « poing », gaul. Durnacus « l'Homme au grand poing » ; gall. ehrwydd « rapide », g'aul. Eporedo-rix « le Roi des Ecuyers » ; irl. sen « vieux », gaul. Seno-ynatus « le Fils du Vieillard » ; v. bret. Coth-, bret. coz « vieux », gaul. Cot- ios ; gaul. Galba (( très gros » ; irl. niaith « bon», gaul. Mati-donnus « le Bon Brun » ; irl. dag- « bon », gaul. Dago-vassus « le Bon Serviteur », « le Bon Valet » ; irl. mllis « doux », gall. melys, gaul. Melissus.
x\nimaux, totems, enseignes armoriées :
Irl. bodh « corneille », Bodb n. pr., gaul. Bodiia, Boduo- gnatus « le Fils de la Corneille » ; gall. arth « ours », gaul. Artos ; irl. math « ours », gaul. Matu-genus « le Fils de rOurs » ; irl. tarb, bret. tarv « taureau », gaul. Tar- villus\ irl. gabo7\ v. bret. -gabr « chèvre »,gaul. Gabrilla ; gall. bret. iaj' ((poule», gaul. larilla \ bret. -ep, irl. ech « cheval », gaul. Epillos ; gall. carw, bret. caiw, caro (( cerf», gaul. Carvos ; irl. dam « bœuf», gaul. Dam,iis.
Société :
Irl. mac^ gall. map « fils », gaul. Mapilla ; irl. car, gén. carat « ami », gaul. Caratillus.
Guerre :
Irl. buaid « victoire », gall. biidd « profit », gaul. Boiidius: irl. cing, gén. cinged «guerrier », gaul. Cingeto- rix « le Roi des Guerriers »; v. bret. orgiat « tueur », gaul. Orgeto-rix « le Roi des Tueurs » ; irl. fechi « com- bat », gaul. Con-victo-litavis .
Métiers :
Irl. goba, gén. gobann (( forgeron », gaul. Gobannltio « le Petit Forgeron ».
94 LA LANGUE (tALLOISE
Noms de divinités ou de forces divinisées :
Gaul. Esus, Esu-nertus « Force d'Esus ». Esu-(/eniis « Fils d'Esus » ; irl. Lufj, g-aul. Lugu-selva « Possédé de Lugus » * ; gaul. Mars C a m ni as, irl. Cumaill, gaul. Camulo-gcnus « Fils de Camulus », Camulo-gnata ; gaul. Moenus « Mein », Moeni-captus « Esclave du Mein » -; irl. recht (( droit », gaul. Rectu-genus^ Rextu-genos « Fils du Droit » ; irl. muir «. mer », gaul. Mori-tex ; irl. domun i( inonde », gaul. Dumno-rix <( Roi du Monde » ; irl. hith (( monde », gall. hyd, gaul. Bitu-rix « Roi du Monde ». Cf. Albiorix.
NOMS DE DIVINITÉS
Ees noms de dieux ou de déesses sont plus difficiles à expliquer ; comme en grec et en latin, ils peuvent être empruntés à d'autres langues.
Noms rappelant l'idée dun animal totem :
Gall. arlh a ours», gaul. And-arfa ^, Artio ; irl. ec/i, gall. bret. eb- <( cheval », gaul. Epona ; irl. moU, gall. mollt « mouton », gaul. Moltinus.
Noms géographiques :
V. gall. rit « gué », gaul. Bitona.
Phénomènes naturels :
Gall. iaran «tonnerre», gaul. Tarants, Taranucnos.
1. II. d'Arhois de Jubainville, Bévue celtique, IX (1888), p. 267- 268; X(1889i, p. 238.
2. H. dWrbois de Jubainville, /?eyMe celtique, IX (1888), p. 267-268. Cf. en irlandais Mael Isu « serviteur de Jésus ». Les manuscrits de Tite Live qui nous ont conservé ce nom portent Moeniacoeplo, Moe- niRCOPpta.
3. M. Jullian me fait observer que les Romains semblent avoir assimilé la déesse Andarta à la Victoire et que Dion Cassius (LXII, 7) citant le nom de la déesse bretonne 'Avôâ-cr, ajoute que les Bretons nomment ainsi la Victoire. Mais ces interprétations ne sont pas des traductions des noms gaulois.
LES NOMS DE DIVINITÉS 95
Noms relatifs à l'état social :
Irl. tuath « peuple », gaul. Tentâtes.
Qualités :
Gall. uchel «haut», gaul. Uxellus.
Parmi les noms de déesses-mères, quelques-uns ont un sens dans les langues celtiques :
Maires Nemetiales^ dérivé de -nemetum, irl. nemed « lieu sacré » ; Uro-brocœ composé de uro- « urus » et -broca pour gaul. broga « pays » ?
Quant aux épithètes celtiques qui, à Tépoque romaine, accompagnent dans les inscriptions les noms des dieux romains, elles ne semblent pas différer des noms des per- sonnes. Certaines se rapportent à des noms d'animaux . Mercurius Moccus (bret. moc'h « cochon »■, Merciirius Artaius (gall. arth « ours »). La plupart ont un sens local r Arvernus, Condatis, Pœninus, Dumiatis. Beaucoup sont des épithètes laudatives : Mars Albiorix « roi du monde », Caturix <( roi du combat », Mercurius Arvernorix <c roi des Arvernes », Apollo Atepomarus « grand cavalier », Virotutis « guérisseur d'hommes », Maponus « jeune homme ».
GRAMMAIRE COMPAREE DU GAULOIS
Les faits communs au gaulois et au vieux-celtique, qui nous permettent de fixer les traits principaux de la gram- maire gauloise, sont les suivants.
PHONÉTIQUE
Voyelles.
Les voyelles gauloises sont : a (a), e (s, '^), i (l), o (o, w), u (eu) ^. Elles peuvent être brèves ou longues.
1. La transcription grecque par ou prouve que Vu gaulois n'avait pas à cette époque le son de u français (u grec).
90 LA LANGUE GALLOISE
Les voyelles brèves indo-européennes sont bien conser- « vées :
i. e. a. celt. a : o-aul. allô-, irl. o-all. ail- •< autre », cf.
i. e. o, celt. o : gaul. c/oro, gall. bret. (/or « porte », cf. irl. cloras '.
i. e. //. celt. u : gaul. diibro-, gall. c/?r//' u eau», bret. doiir, irl. dohur -.
i. e. e, celt. ^ : gaul. seno-, irl. .^6*/? « vieux », gall. bret. hen. cf. lat. senex ^.
i. e. /. celt. / : gaul. bit a-, irl. hitlL « monde », gall. hyd : gaul. vida-, irl. //f/ « arbre ».
Les voyelles longues sont moins bien conservées. Les Celtes, qui, encore au temps de Consentius [\^ siècle), donnaient à 1/ un son intermédiaire entre / et e ^ et qui ont confondu en roman Yi et If' latins, avaient changé lancien c en Z, en sorte que, chez eux, / représente à la fois l'ancien ê et l'ancien 7. De même, â représente à la fois â et ô.
i. e. â, celt. â : gaul. matreho. irl. ifiaithrib^ cf. lat. mâtriljiis : gaul. rjnatiis « fils », cf. lat. (jnâtus.
i. e. ô, celt. â : gaul. gnato-. irl. rjnàth « habitué », gall. (fiiawd, cf. lat. fjnôtus ; mais, à la lin des mots, ô devient ù : gaul. Front u. lat. Frontô.
1. Le gaulois comme le biillonique seml)le avoir changé Vo en . dans -rassus, irl. foss « serviteur >-, gaU. ^k'.'j.s- ■< jeune liomnie », breta f/waz « homme >-. Il semble aussi que vo devienne parfois ve en gaulois : ver-, irl. /"or « sur » ; -ve- irl. fo « sous ».
2. Le gaulois semble changer u «-n o dans Epo-so-gniihis. irl. .s/;- « bien ».
3. Le eraulois semble chanî^er e en / devant une nasale suivie dune occlusive : cintu-, bret. /cent, gall. ctjnt ; et o en a devant /• : -r/nranna, gr. yipavo;. Voir Additions, p. 'J8.
4. Granimatici lalini, éd. Keil, ^', p. 39t. La confusion de e et de i initial dans le latin populaire de la Gaule a été constatée ci-dessus (p. 67) dans des noms de lieux ; on la trouve aussi en français dans Ipinonem timon, cho/ouni ivoire.
PHONÉTIQUE 97
i. e. », celt. // : ^aul. -du nu m, irl. dûn •< forteresse », g-all. din, cf. a. s. tùn.
i. e. ê, celt. ï : g-aul. -rix, irl. r/ « roi )^, cf. lat. réj? ; gaul. viro-, irl. ///' « vrai », v. bret. cfuir, cf. lat. férus '.
i. e. 1, celt. z : gaul. Livius, irl. // « couleur », gall. /âf.
Diphtongues.
Les diphtongues, en général conservées en gaulois, ont une tendance à se réduire à des voyelles longues en gaé- lique et en brittonique. Ce sont : au (au), ou (cou), eu (su), ae (y.i), oc, oi (c), et petit-être ei (si)..
i. e. au, celt. au : gaul. vellauno-, v. bret. -wallon.
i. e. ou, celt. ou : gaul. i^oudo-, irl. ruac/ « rouge », gall. rudd y gaul. ujr-e//o-, irl. uasal, hi\ uc'hel, g'all. uchel\ gaul. TcouT'.s'j^, cf. osq. touta.
i. e. eu, celt. eiz : gaul. teuio-, irl. tuath (( peuple », gall. bret. ^»f/, cf. ombr. tuta, got. thiuda ; mais etz tend à se changer en ou, et ou en ô, Tz '^
i. e. ai, celt. ai : gaul. Aedui, irl. acr/ « feu », cf. gr. a'{6w ; gaul. gaesum, irl. </âe (( javelot ».
i. e. oi, celt. oi : gaul. Oino, irl. dm <( un, unique », bret. gall. un; peut-être aussi Moenus, iv\. môin a trésor » , cf. lat. m Cl nu s.
i. e. ei, celt. é : gaul. devo-, var. deivo-, irl. c/za « dieu», br. c/oue ; gaul. i^ëda « voiture », irl. riad •^.
1. On a souvent en gaulois la variante e, ei : -uesf/-, visu-; vero-, viro- ', -reix, -rex, -rix. V^oir ci-dessus, p. 59. H. d'Arbois de Jubain- ville, Les premiers habitants de f Europe, II, p. 272-275.
2. Gaul. teuto-, fonto-, tôt-, tut-; gaul, Leucetius, Loucetius. Yoiv ci-dessus, p. 60. Cf. W. Foy, Zeitschrift fur celtische Philologie, III (1901), p. 264-273. J. Straclian, ihiri., p. 283-284.
3. H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe, II, 1894, p. 270-273.
98 LA LANGUE GAULOISE
Consonnes.
Les consonnes gauloises sont les occlusives p (::), t (t), c (y.), L ((i), d (a), ff (y) ; les spirantes s (a), â (6), x (yj, peut-être /* (ç); les nasales m ({j.), r? (v), fi (v) ; les semi- vojelles / f'.), t> cj) ; la double a: (E) ; peut-être A.
Le trait le plus original du consonantisme celtique est la disparition du p indo-européen ^ : gaul. ritu-, v. gall. rit « gué », cf. lat. portas \ gaul. are-, irl. air, gall. ar, cf. gr. zâpa ; gaul. vo-, v. gall. guo-, irl. /'o « sous », cf. gr. •jzs ; gaul. ver-, gall. ^or, irl. for, cf. gr. Jrrcp.
Le groupe pt, conservé en gaulois, est devenu cht en gaélique, puis le ch s'est vocalisé en brittonique : gaul. capto-, irl. cacht « serviteur », gall. caeth, bret. caez.
Le groupe et était devenu c/i^ (xt), déjà en gaulois : gaul. Lucterius, Luxtiirios. irl. lucht « charge;), gall. llwyth ; gaul. rectu-, rextu-, reitii-. irl. r{?c/i/ < loi », bret. reiz.
Le A' vélaire est devenu p, et le 7 vélaire est dans cer- taines conditions devenu b en gaulois, en gaélique et en brittonique : gaul. penno-, gall. bret. penn « tête », irl. cenn ; gaul. pempe-,^ bret. penip i< cinq >), irl. côic, cf. lat. quinque ; gaul. petor-, \. gall. petguar « quatre », irl. cethir, cf. lat. quatuor; gaul. -e/jo-, gall. e/>-o/ « pou- lain », irl. ec/î « cheval », cf. lat. equos 2; gaul. -bena^
1. H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe^ II, p. 275-278.
2. Quelques noms propres de Gaule orfrenl un q : le nom de peuple Sequani, le nom de rivière Sequana, les noms du calendrier de Coligny Equos, inquimon. Dans ces mots le q peut être simple- ment une graphie pour c ; cf. Qulio et Cutio dans le calendrier de Coligny. Mais il peut aussi représenter un traitement particulier ou dialectal du A- vélaire. Comme il s'agit de mois dont on ignore le sens et, par suite, l'étymologie, il est superflu de chercher là des indices pour déterminer les différentes couches de nations qui ont successivement peuplé la Gaule. Voir J. Lolh, Comptes rendus de r Académie des inscriptions et belles-lettres, 1909, p. 19-21.
PHONÉTIQUE 99
irl. ben « femme », cf. gr. ^uvy; ; gaul. hovi-, iv\. ho « vache», v. bret. hou-.
Les autres consonnes indo-européennes sont bien con- servées en g-aulois. Quelques-unes subissent des modifica- tions dans une ou plusieurs langues celtiques. Dans toutes les langues celtiques, les anciennes aspirées h h, dh, gh, sont devenues des occlusives sonores h, c/, g,
h : gavd. rjahro-^ irl. gahor, v. bret. -gaJ)i\ bret. gavr^ gaor « chèvre » ; gaul. Bihracte^ corn, hefer « castor », cf. lat. fiber ; gaul. ciimha « combe », gall. cwfn^ irl. cum.
t : gaul. tri-, irl. /r/, gall. bret. tri « trois », cf. lat. très ; gaul. litano-^ irl. lethan, v. gall. litan <( large », cf. gr. Tr^àtavo: ; gaul. Taranis, gall. taran <( tonnerre ».
d : gaul. inedio-, irl. mide «• milieu », skr. jnadhya\ gaul. dévo-, irl. dta « dieu », cf. lat. dïvus.
s : gaul. scno-, irl. sen, v. bret. hen « vieux» ; gaul. su-y irl. su-, V. bret. hu- « bien » ; gaul. visu-, irl. /?u, gall. gwiw a digne » ; gaul. isarno-, irl. iarn « fer » '.
c : gauL catu-, irl. ca^/i « combat », v. gall. cat, cf. V. h. a. hadu-.
g : gaul. -agro-, irl. âr, gall. aer « massacre » ; gaul. -garanus, gall. garan « grue », cf. gr, vépavcç ; gaul. -hrogi-, irl. hruig, gall. />ro «pays»; gaul. -tragus, irl. ^ra/(/ (( pied », cf. gr. -psyw ; gaul. Giamo-, v. gall. ^aem « hiver», cf. lat. hiems.
X : gaul. taxi-^ irl. ^a/5 « doux » ; gaul. ex-, irl. ess-, gall. e/i- « hors de ».
m : gaul. -iiemeto-, irl. nemed « lieu sacré » ; gaul.
1. La chute de s intervocalique en irlandais complique les rappro- chements entre l'irlandais et le gaulois ; par exemple, on ne sait si on doit rétablir l'irlandais fiach sous la forme vesaco- ou la forme vëpaco- et le rapprocher des noms gaulois en Vepo-. D'autre part, il est possible que sr initial soit devenu fr en gaulois comme en brit- tonique ; à (î>pou5i; nom de la Bresle chez Ptolémée, Gliick a com- paré le gallois ffrwd, bret. froud a torrent », irl. sruth «Ûeuve».
100 I.A I.ANGLE GAULOISE
mori- « mer», irl. miiir. ^oll. bret. mor, cl", lat. marc '.
n : g-aiil. cintu-, irl. céf-, bret. kent, gall. cynt a pre- mier » : gaiil. novio-, irl. nûe. gall. newydd u nouveau ». cf. lat. noviis.
r : i^aul. roudo-. irl. riiad. m. f;all. r//J « rouge », lat.
/ : gaul. Loucetius. irl. /oc /je « éclair ». cf. lat. lùcére.
V : gaul. dêvo-, irl. (7/r7 u dieu»; gaul. novio-, irl. nz'/c, gall. neicijdd u nouveau » ; gaul. Tarvos, irl. /^r/) w tau- reau », gall. tarw, bret. /arr ; gaul. verrjo-, v. gall. guerg a eflicace ». cf. ail. irerk\ gaul. vasso-, gall. bret. gwas « serviteur » ; gaul. verno-, irl. /'êr/î, gall. bret. givern « aulnes » '-.
i : gaul. iovinc-, gall. ieiianr « jeune », bret. iaoïianc. V. irl. o'ac, cf. lat. Juvencus ; gaul. iorcos, gall. iicrch, bret. iourc'h << chevreuil ».
Les consonnes simples ne semblent pas sujettes en gau- lois à (le nombreuses modifications, analogues à celles qu'ont subies les consonnes en gaélique et en brittonique. tant à l'intérieur des mots qu'à l'initiale après certains proclitiques. Les quelques modifications phonétiques que 1 on admet dans l'histoire du gaulois ^ sont fondées sur des étymologies incertaines et non sur des comparaisons tirées du gaulois même. Si suiôrehe est. comme l'a ingénieuse- ment conjecturé Rhys, le datif pluriel du mot correspon- dant à 1 irlandais siui\ au gallois chivacr, breton cJioar. il faut supposer que le s intervocalique est, au temps de 1 empire romain, tombé en gaulois. Si essediini est un composé de en « dans » et de sed- « s'asseoir », il faut sup- poser en gaulois la réduction de ns à ss. Si car rus est pour
1. On aurait le chanjj^ement de rni en rv dans le gaulois cervesia comparé à /.oOpa-.. Voir ci-dessus, p. 62.
2. La chute du v intervocalique serait attestée dans le gaulois rjruifin, si ce mot est pour f l ru -v irl a. \oiv ci-dessus, p. 66, 67.
3. Voir H. Pedersen, Vergleichende Grammatik der keltischr/i Sj>rnc/ipn, I, p. rj32-o3.'i.
PHONÉTIQLE 101
carsus, il faut supposer, de même, la réduction de /\S' à rr. Enfin il y aurait quelques traces d'affaiblissement des occlusives intervocaliques, tout à fait comparables à celles (ju'offrent les occlusives gaéliques et brittoniques, dans Cevenna à côté de Cebenna, vertraha à côté de vertragus. On remarquerait aussi en gaulois comme en gaélique des notations des occlusives douces par les fortes correspon- dantes : arcanto- à côté de arganto-, verco- à côté de vergo-^ Carpento- à côté de Kap^^vic-, formes qui, si elles ne sont pas simplement orthographiques, témoigneraient en tout cas de la résistance de c, p après r à tout adoucis- sement qui les changerait en sonores, et de leur tendance à devenir des spirantes sourdes. Mais l'interprétation de ces faits est toujours sujette à caution, car nous n'avons aucun renseignement sur l'histoire des dialectes gaulois '. Le fait de phonétique historique le mieux établi en gau- lois est le changement de cl en yj, qui se produit aussi en irlandais. Il est possible aussi que là où ^r a la valeur d'une double, il se soit prononcé non es, mais ys, avec une spi- rante gutturale.
Les consonnes finales sont mieux conservées en o:aulois qu'en gaélique et en brittonique : x dans -rix, irl. /'/ a roi » ; s dans -[;.apc;, irl. mâr, bret. meiir ; n dans v=\j:f^-ov^ irl. nemed « sanctuaire ». Il semble y avoir quelques exemples de la chute de s final -.
Les consonnes doubles sont cc^ gg, It, dcl, dcf, j)j), hh^ ss, II, mm, nn, rr. Dans certains cas, // provient de / -|- / : gaul, allô- « autre », irl. aile, gall. ail, cf. lat. alius.
Les groupes de consonnes que l'on trouve en gaulois ^ sont :
1. Voir ci-dessus (p. 57-07) Tétude des principales variantes.
2. Voir ci-dessus, p. 66.
3. C'est sans doute la fréquence en gaulois des groupes de con- sonnes qui faisait dire à Diodore (V, 31, 1) que les Celtes avaient la voix grave et tout à fait rude; et à Florus que Vercingétorix était un nom bien fait pour produire la terreur (I, 45, 21).
i02 LA LANGUE GAULOISE
1^ à l'initiale :
cr : Crixus ; gr : Grannus ; tr : //-/- ; dr : driiida \ pr : prenne ; />r : hracca.
cl : y.AOTTiaç ; ^r/ : glisso- ; // (?) : 77o/a : J/ : manque ; /)/ : platio- ; />/ : Blato-.
en : Cnahetius ; (^^ : gnata.
vr ; vritu- ; ?;/ : vlatos.
sm : Sniertu- ; 5/i : manque ; s/ (?) : -slugi ; 5t' : Siiadu-.
se (?) : sy.cj,3oj>.suîJ. ; s^ (?) : Stadunum^ sp (?) '.Sparnacus.
2° à l'intérieur des mots :
cr : Sacrovir ; ^r : ogronii ; ^/' : Peiru- ; (//• : Cadrum ; /)/' : Coniprinnus ; /)/' : Gahro-.
el : Oclieno ; ^/ : Maglomatonius ; // : Cantlos ; J/ : canecosedlon ; /;/ : manque ; 7j/ : Ihlio- .
en : Licnos, celicnon; gn : Critognaius ; ^/i : Etnosus ; (//i : Adnamatus ; />/i : manque ; />/? : Duhno-.
eni : manque; (/m : manque ; /m : manque ; dm : manque ; pni : manque ; h m : manque.
rc : ;j.âcy.a ; /v/ : ver go- ; /7 : Nerto- ; /v/ : hardus ; r/? : /7j : Carpento-, Kac3avTC-.
/c : Volcae ; /(^r : hulga ; // : CeUilUis ; /J : Meldi ; //) : Alpes ; //) : Alhiorix.
ne : arlnca \ ng : Cingeto-; nt : 'Ay./-:v/x \ ntl : cantlos; nd : ylnc^e-.
m/) : 7ï£;j.7:£ ; //i/> : ambe.
ms : manque ; «s : Consuadullia : /« : />r/5a ; /'s : O'jEptrixvoç.
nni : Conmolnicus ; m/? : Duninacus; nr : manque; mr: manque ; nf : Convictolilavis.
rm : /.oijp;j.' ; r^ : xapvov ; r/ : Marlosania ; ri' : farvos.
Im : balma ; //? : Gobannilno ^ \ Ir : manque ; Iv : Helvo-.
vr (?) : Alevrita ; vl (?) : Alevla.
4. Lecture suspecte d'après Mommsen, Revue cellique, X (1889), p. 233. Zeuss a corrigé ce mot en Gobnnnimo, cf. Aoj/ot'.xvoç, Oppia- nicnos, Taranucnos, Toutkkjixvo;, Ojîcatxvo;.
ACCENT TONIQUE 103
sm : Cintusmus ; sn : Epasnacius ; si : Coslum ; sr : manque ; sy : Nantosvelta.
se : Buscilla ; sg : Tasgetias ; s/ : Seguslero ; 5/) : ^^e5-
c^ : amhactiis ; ^J : Lugdunum, pogdedorton.
xt : Rextu-, Anextlo] xc : Exxcingus ; xv : Exvertini.
pt\ Neptacus ', Mœnicaptus.
db : gohedhi, Adhucillus ; c/s/n : Adsmerius ; c/^r : Aovsv-
^5 : Epotsorovid.
»
3° à la fin des mots : • '
X : Virldovix {es), Cingetorix (gs), Durotix, Calitix.
Ces groupes sont, pour la plupart, usités en gaélique et en brittonique.
Le gaélique a, de plus que le gaulois, à l'initiale : dl, ml, fi ; mr -, /*/', sr\ in, sn, rnn ; se.
Le brittonique a, de plus que le gaulois, à l'initiale : tl, chw, fl, fr, gwl, givr.
Mais le gaélique a de moins que le gaulois : ne, nt^.
ACCENT TOXIQUE ^
Dans les langues celtiques insulaires, l'accent principal est sur l'initiale, mais il y a des traces d'un accent plus ancien et plus mobile, analogue à celui de plusieurs autres
1. La lecture du P n'est pas sûre ; il peut se faire que ce soit un R inachevé et qu'il faille lire Nertacus (irl. -nerthach, gall. nerthog " puissant n\ connu par une autre inscription.
2. En gaulois mr est devenu br comme en brittonique : v. irl. mruig <( pays » gaul. broga, gall. corn. bret. bro.
3. On ne trouve ces groupes en gaélique que dans des mots empruntés.
4. H. d'Arbois de Jubainville, Mémoires de la Société de linguis- tique de Paris, VI (1889), p. 257-258. Meyer-Lûbke, Sitzungsberichte der k. Akademie der Wissenschaften in Wien, philosophisch-histo- rische Classe, CXLIII (1901), p. 1 et suiv.. Haberl, Zeitschrift fur cellische Philologie, VIII (1910), p. 95-101.
104 LA LANGUE GAULOISE
langues indo-européennes. L'accent gaulois ne nous est . connu qu'à 1 époque romane par des noms de lieux qui ont persisté en français en gardant leur ancien accent, et cet accent n'est pas conforme aux lois de l'accentuation latine. Il pouvait porter sur l'antépénultième, même si la pénul- tième était longue. D'après leHet qu'il a eu sur les voyelles atones, cet accent était un accent d intensité.
Il porte sur la syllabe initiale dans les dérivés et com- posés suivants : yemaiisuin Nîmes, Arelate ' Arles, Condate Candes, Brivate Brioude, Mimate '^- Mende, Tri- casses Troyes. •
Il porte sur la dernière syllabe du premier terme dans les composés suivants : Ehurovices Evreux, Viducasses Vieux, Durocasses Dreux, Bodiocasses Ray eux, Bituriges Bourges, Catuj'iges Chorges, Autessiodurum Auxerre, [Epo)niandiiodurum Mandeure, Baloduriiin Balleure.
L'analogie a produit, à coté de ces formes anciennes, de nouveaux noms conformes aux