fëome H

/-> r .

VLMM'~7 iriri -cn<i™.>

Çodeftioru

STERL1 N G AND FRAN CINE

CLAR1C ARX1NST1TUTE

LIBRART

/

5S

>

LES ACCESSOIRES DU

COSTUME et du MOBILIER

Digitized by the Internet Archive

in 2012 with funding from

Sterling and Francine Clark Art Institute Library

http://archive.org/details/lesaccessoiresdu01alle

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. I

extraite Je l'ouvrage

Dame de qualité se préparant à mettre un collier. Gravure à l'eau-forte du XVIIIe siècle, Gallerie des Modes et Costumes français, à Paris, chez les sieurs Esnaut et Rapilly, 1778-1787 (Collection Maurice Rousseau.)

HENRY RENÉ ^ALLEMAGNE

StRjCHMSTE PJlLÉOCJ&dPHE

LES ACCESSOIRES

du COSTUME

ET

du MOBILIER

DEPUIS LE TREIZIÈME JVSSVUVJWLIEV DV DIXNEVVIÈjME SIÈCLE

TOME I.

Bijouterie , bagues , bracelets, boucles d'oreilles, bijoux en acier <âr enfonte de Berlin , boutons, châtelaines, cachets, pommes de cannes, éventaitj, miroirs, escarcelles érsacs, boites & tabatières , coffrets, luminaire , objets en tôle vernie.

Ouvrage contenant

393

phototypies

Reproduifant

plus de

3.000

documents

A PARIS,

Chez 5 CHEMIT, Libraire,

rue Laffitte.52.

M. CM. XXVIII

Ouvrages du même Auteur

Histoire du Luminaire

1 Vol. in-4° de 700 pages, contenant 500 illustrations dans le texte et 80 planches hors texte imprimées en deux couleurs. Librairie Alph. Picard, Paris, 1891. Epuisé.

Histoire des Jouets

1 Vol. in-4° de 320 pages, contenant 250 illustrations dans le texte et 100 gravures hors texte, dont 50 planches coloriées à l'aquarelle. Librairie Hachette et Cie, Paris, 1902. Epuisé.

Sports et Jeux d'adresse

1 Vol. in-4° de 390 pages, contenant 328 illustrations dans le texte et 100 gravures hors texte, dont

29 planches coloriées à l'aquarelle. Librairie Hachette et C'e, Paris, 1 903. Epuisé.

Récréations et Vasse^Temps

1 Vol. in-4° de 384 pages, contenant 249 illustrations dans le texte et 1 32 gravures hors texte, dont

30 planches coloriées à l'aquarelle. Librairie Hachette et C'c, Paris, 1903. Epuisé.

Les Cartes à jouer du XIVe au XXe siècle

2 Vol. in-4° de 504 et 640 pages. Ouvrage contenant 3.200 reproductions de cartes, dont 956 en couleurs: 12 planches hors texte coloriées à l'aquarelle, 25 phototypies, 1 16 enveloppes illustrées pour jeux de cartes et 340 vignettes et vues diverses. Librairie Hachette et C'e, Pans, 1906.

Epuisé.

T>U KrOraSSan aU VayS deS 'BackhtiarîS (Trois mois de voyage en Perse)

4 Vol. in-4° de 228, 250, 282 et 324 pages, contenant 960 clichés dans le texte et 255 planches hors texte, dont 47 en couleurs. Librairie Hachette et C", Paris, 1911. Epuisé.

La Ferronnerie ancienne

2 Vol. in-4° contenant 415 planches renfermant 4.525 documents du XIIe à la fin du XVIIIe siècle. Librairie J. Schemit, Pans, 1924.

Nota. Les renvois qui se trouvent au bas des pages des « Accessoires du Costume et du Mobilier » se rapportent aux planches de la « Ferronnerie ancienne ».

La très Véridique Histoire de Nette et Tintin Visitant le Village du Jouet

Compte rendu de la Classe XVI à l'Exposition Internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925.

I Vol. in-4° contenant, dans le texte, 69 illustrations en couleur par J. VAZQUEZ, hors texte, 49 phototypies renfermées dans une couverture coloriée à l'aquarelle. Librairie J. Schemit, Paris, 1927.

PRÉFACE

Etudier la vie de nos ancêtres, s'informer sur leurs goûts, leurs habi- tudes et leurs plaisirs, se rendre compte de leurs besoins et savoir comment ils se sont ingéniés pour y subvenir, a été la constante préoccupation de l'auteur de ce livre, M. Henry-René D'Allemagne.

Beaucoup de ses présents lecteurs, on n'en saurait douter, connaissent son Histoire du luminaire, son Histoire des jouets, ses Sports et jeux d'adresse, ses Récréations et passe-temps, ses Cartes à jouer, enfin les quatre gros volumes de son Voyage en Perse, qui forment autant de chevrons dont il pourrait, à bon droit, s'enorgueillir, puisque tous ces volumes sont aujourd'hui épuisés et qu'ils se trouvent classés, dans les catalogues des libraires, comme des livres rares et précieux.

Après un repos d'une douzaine d'années, repos rendu obligatoire par la terrible période que nous venons de traverser, M. Henry D'Allemagne a repris sa plume et publie aujourd'hui Les Accessoires du Costume et du Mobi- lier, très complet et très attachant essai sur un des chapitres les plus curieux les plus abondants en révélations et, peut-être aussi, les plus ignorés de l'his- toire des moeurs.

Note de l'éditeur. Les légendes placées au-dessous des planches sont très sommaires et, par suite, souvent incomplètes ; aussi le lecteur est-il prié de consulter le troisième volume renfermant les tables, il y trouvera des renseignements détaillés sur chacun des objets représentés dans les planches des deux premiers volumes.

Nous rappelons, en outre, que les notes placées presque à chaque page au bas du texte se réfèrent à l'ouvrage « La Ferronnerie ancienne, musée Le Secq des Tournelles », 2 volumes in-4°, contenant 415 planches renfermant 4.525 documents du xne à la fin du xvme siècle. Librairie J. Schemit, Paris, 1924.

VI PRÉFACE

Raconter l'histoire des mœurs, c'est raconter l'histoire de la vie des peuples et c'est raconter l'Histoire : on ne comprend bien la grande histoire que lorsque l'on sait la petite histoire les accessoires du costume et du mobilier, qui touchent de très près aux costumes et à la mode, ont une part prépondérante.

« Dis-moi comment tu vis, dis-moi quelle est la parure de ta personne, et dis-moi quel est le décor de ta vie et je te dirai qui tu es»: telle est préci- sément la leçon que, sous une forme particulièrement agréable, nous apporte cette nouvelle et vaste étude de M. Henry D'Allemagne, qu'il a bien voulu nous faire la flatteuse amitié de nous demander de présenter au public. Nous avons saisi avec une joie très vive cette occasion de rendre hommage à son long et immense effort, poursuivi avec une ténacité qui n'a jamais connu de lassitude et avec une conscience scrupuleuse qui l'a soutenu dans ses recherches et qui lui a interdit de se contenter de l'a peu près et de l'hypothèse.

« Le sage n'affirme rien qu'il ne prouve », proclamait une règle de la grammaire latine du vieux Lhomond : l'auteur des Accessoires du Costume et du Mobilier, dont nous allons parler, est ce sage.

La conception et l'évolution d'un livre. Mais avant de cons- tater ce qu'est et ce que contient ce livre d'histoire, il est indispensable d'indiquer quelle est l'histoire de ce livre.

Il convient, tout d'abord, en en exposant l'origine, d'expliquer son titre, Les Accessoires du Costume et du Mobilier, qui, d'après l'auteur, en dit beaucoup trop, du moins dans certains cas, mais, qui, en réalité, est loin, dans la plupart des cas, d'en dire assez.

Ce n'est pas par un pur hasard que M. Henry D'Allemagne a choisi cette désignation pour les matières qui se trouvent réunies dans ce grand travail et dont quelques-unes jurent d'être dans le voisinage de quelques autres avec lesquelles elles semblent, à première vue, n'avoir aucun lien apparent. Ce titre lui a été imposé par la disparate même qu'offre, pour un œil non prévenu, la juxtaposition des matières traitées et que, pour les raisons qui vont être énoncées, il n'a pas été maître de choisir à son gré.

La collection de ferronnerie de M. Le Secq des Tournelles. Tous ceux qui s'intéressent à l'art du passé, ou au passé de l'art, estiment le haut intérêt de l'incomparable collection de pièces en fer forgé assemblée, au prix de plus d'un demi-siècle de recherches, par M. Henri Le Secq des Tournelles, collection commencée par son père et qui, peu à peu, est devenue un Musée de la Ferronnerie unique au monde.

Cette collection, M. Le Secq des Tournelles en avait distrait quelques très belles pièces qui figurèrent à l'Exposition de 1889 dans la section de la

PRÉFACE Vil

Petite Métallurgie, dans celle de la Coutellerie, enfin dans celle du Luminaire, cette dernière organisée par M. Henry D'Allemagne et d'où est sortie son Histoire du luminaire.

A l'Exposition universelle de 1900, M. Le Secq des Tournelles contribua, par des prêts innombrables, à l'établissement des sections rétrospectives, dites expositions centennales, notamment à la nouvelle exposition du Lumi- naire organisée, comme la précédente, par notre auteur. Quand la Grande Foire, le monde entier s'était donné rendez-vous, fut fermée, M. Le Secq des Tournelles réunit de nouveau ses collections qu'il avait su, entre temps, augmenter de pièces nombreuses, et lorsque le Musée des Arts décoratifs, installé au Pavillon de Marsan, au Louvre, ouvrit ses portes, il accepta, sur l'invitation de M. François Garnot, président de l'Union centrale des Arts décoratifs, de les y exposer à titre temporaire; elles y restèrent pen- dant près de vingt années; elles sont depuis quatre ans, cette fois à titre définitif, exposées à Rouen, dans l'ancienne église Saint-Laurent, naguère occupée par le Musée d'Art normand.

Or, M. Henry D'Allemagne est lié par une amitié de quarante ans avec M. Le Secq des Tournelles dont, vers 1882, il avait fait connaissance dans l'échoppe de MM. Forgeron, père et fils, les antiquaires, au nom prédestiné, de l'ancienne rue Taranne, aujourd'hui partie du boulevard Saint-Germain. Sur la demande de la municipalité rouennaise, M. Henry D'Allemagne accepta de rédiger le catalogue de la collection de son vieil ami, son camarade d'explo- ration à travers les boutiques viennent dormir, en attendant qu'un amateur leur rende la vie, les débris du passé. Il assuma avec plaisir cette charge et se mit sans retard à l'ouvrage... qui lui a pris trois ans.

Comment peuvent se transformer les notices d'un catalogue. Il estima qu'une simple et sèche nomenclature des pièces exposées, qui se comptent par centaines, voire par milliers, serait insuffisante pour satisfaire la curiosité du public. L'idée lui vint tout aussitôt de diviser les collections du Musée Le Secq des Tournelles en un certain nombre de classes répondant à autant de catégories d'objets déterminés. Dans son esprit, chacune de ces classes devait comporter une notice, pour ne pas dire une monographie, qui aurait servi en quelque sorte d'introduction au catalogue numérique du sujet traité et présenté. Quand, de l'idée, il a voulu passer à la réalisation, il s'est heurté à des difficultés d'ordre matériel qui l'ont conduit à changer et à élargir son projet primitif. D'autre part, il y a été amené par un scrupule de M. Le Secq des Tournelles, qui révèle à quel point ce collectionneur pousse la conscience. M. Le Secq des Tournelles est de ces hommes qui pensent que rien n'est fait tant qu'il reste quelque chose à faire ; il n'a pas

VIII PRÉFACE

jugé que le classement qu'il avait adopté et la numérotation à laquelle il s'était premièrement arrêté pussent avoir la valeur d'un fait définitivement acquis ; mais, tout au contraire, il a pensé qu'il y pourrait encore apporter, avec le temps, des améliorations et des compléments. Par suite, M. Henry D'Allemagne s'est donc vu obligé d'ajourner indéfiniment la publication du catalogue numérique ; il lui a substitué un catalogue graphique, précédé d'un guide rapide à travers le Musée, catalogue monumental qui ne comporte pas moins de 415 grandes planches comprenant au total la reproduction de 4525 pièces de choix réparties en deux forts volumes : Serrurerie monumentale et Menus ouvrages en fer et en acier.

Qu'allait-il advenir des notices écrites par M. Henry D'Allemagne pour servir respectivement de préfaces aux reproductions des pièces prin- cipales du Musée Le Secq des Tournelles classées par catégories, notices ou préfaces auxquelles, avons-nous dit, il avait travaillé trois années durant ? Il en a fait deux parts, la première, préparée pour le premier volume de planches, Serrurerie monumentale, a été mise de côté par lui et servira à la publication de sa thèse à l'Ecole des Chartes sur 1' « Histoire de la corpo- ration des serruriers », qu'il compte faire paraître dans quelques années. La seconde, correspondant à l'autre volume de planches, Menus ouvrages en fer et en acier, a formé son nouveau livre, Les Accessoires du Costume et du Mobilier.

Si donc le choix des matières traitées par l'auteur peut sembler arbi- traire, la faute en est, non point à lui, mais aux circonstances par quoi il a été dominé, aux conditions dans lesquelles il a travaillé. Du fait de ces circonstances et conditions, il a procédé d'une manière réellement originale, puisqu'elle est exactement le contraire de la méthode communément suivie par tout écrivain faisant œuvre d'érudition et voulant publier un ouvrage pourvu d'une illustration appropriée. Cet écrivain commence, nécessairement, par établir sa documentation ; la documentation réunie, il rédige son texte ; le texte rédigé, il recherche, s'il s'agit d'un ouvrage touchant à l'art, les éléments qui pourraient le plus utilement l'éclairer et l'imager, éléments fournis par les musées, les collections privées, les dépôts d'estampes. Il met, comme il se doit, les bœufs devant la charrue ; M. Henry D'Allemagne, lui, a mis la charrue devant les bœufs : il a, en premier lieu, réuni une illus- tration et ce n'est qu'ensuite qu'il s'est préoccupé d'établir son texte. Mais il est arrivé, inconvénient que devait inévitablement amener l'adoption de cette méthode anormale, que ce texte s'est, en bien des cas, sensiblement éloigné de l'illustration.

D'autre part, il n'a pas toujours été possible à l'auteur, sous peine

ce

UJ

J

s

o

p a

H

UJ

uj

D H

8

u

D û

ul os

o

u u

<

Ë3

S O

•b

Cl

CO i— i

b "m

<u .

13

xn o

ii °

m .a

a o _ . ta

t/)

3 -S g

mu

rt au

a «.a

■S -O

"Si;

o

"" h -m" oj

rt -I

3 -C3

■Su

a u

*f

S 2 aO

G O

T3

S 01

PRÉFACE IX

d'être incomplet, de se borner aux textes ou aux documents se rapportant aux seuls objets en fer forgé. C'est ainsi, par exemple, qu'en ce qui concerne les bijoux, force lui a été d'en étudier l'art et l'industrie pendant le Moyen Age et la Renaissance, pour se laisser conduire tout doucement jusqu'au xvmc siècle, époque sont apparus ceux de fer et d'acier, qui tiennent une place importante dans les collections du Musée rouennais.

Sachant que la collection Le Secq des Tournelles est à l'origine de cet ouvrage, on ne s'étonnera pas de voir revenir si souvent en note des indi- cations se rapportant au Musée de la Ferronnerie pris comme source, combien précieuse ! de références.

Division de l'ouvrage. M. D'Allemagne a divisé son livre en quatre chapitres : la Parure et la Toilette ; Menus objets mobiliers ; Outils, Instruments et Appareils de précision ; la Table et la Cuisine, qui com- prennent, au total, plus de cent articles dont quelques-uns, ceux, entre autres, qui concernent les boucles, les boutons, les éventails, les tabatières, les coffrets, le luminaire, la fonte ouvragée, l'acier travaillé, la tôle vernie, les lunettes et les lorgnettes, les horloges, pendules et montres, les couteaux, constituent, par leur développement, non moins que par leur intérêt, de remarquables monographies rien ne manque.

Sources bibliographiques. M. Henry D'Allemagne, qui a beaucoup lu, comme il a beaucoup vu, pour réunir son information rétrospective, n'a point prétendu s'attribuer le mérite des recherches d'autrui et de toutes les énonciations dont il fait état. Tout au contraire, il cite ses sources avec une loyauté qui l'honore grandement ; il la pousse si loin que, pour chacun des articles qu'il étudie, il dresse en quelque sorte une bibliographie du sujet.

Voici, au surplus, quelques indications générales sur la documentation des Accessoires du Coslume el du Mobilier telle que l'auteur a tenu qu'elle fût, par nous, connue de ses lecteurs.

Il a, en premier lieu, utilisé des renseignements que lui fournissait la belle publication que M. Metman, le distingué conservateur du Musée des Arts décoratifs, a consacrée au métal en général et au fer forgé en parti- culier, publication qui reproduit les principales pièces de la collection Le Secq des Tournelles déposée alors au Pavillon de Marsan, au Louvre.

Il a eu recours, ensuite, pour les objets fabriqués par l'industrie pari- sienne à la fin du Moyen Age, pour le xmc siècle, au Livre des Métiers d'Etienne Boileau, le justement fameux prévôt des Marchands et, pour une époque un peu postérieure à cet autre Livre des Métiers dont l'auteur est appelé, faute d'un nom qui soit le sien, « le maître d'école de Bruges ». Pour

il

X PRÉFACE

la période du Moyen Age, encore, et pour celle de la Renaissance, il a utilisé le Glossaire français du Moyen Age, cet admirable « corpus » publié en 1872 par le comte Léon de Laborde, ancien directeur des Archives nationales, ainsi que le Glossaire archéologique commencé en 1887 par le savant collectionneur M. Victor Gay, et du deuxième volume duquel son confrère et ami, M. Henri Stein lui a obligeamment communiqué les bonnes feuilles. Pour la période qui va de la fin du xv siècle à celle du xvme, il s'est servi notamment des ouvrages suivants : Dictionnaire de l' Architecture et Dictionnaire du Mobilier, de Viollet-le-Duc ; Dictionnaire du Mobilier, d'Henry llavard ; le Livre des Collectionneurs, de M. Maze-Gensier ; La Coutellerie, de M. Pages ; La Collec- tion Soltykoff, de M Louis Dubois ; Histoire des Arts industriels, de M. Labarte; Lorgnettes et Lunettes, de Mme Heymann ; Les Eventails, de M. Octave Uzanne ; Le Vieux-Neuf et Variétés historiques, d'Edouard Fournier, le très remarquable ouvrage de M. Henri Vever sur la bijouterie du xixe siècle. Pour la seconde moitié du xvme siècle et la première du xix°, sur laquelle se clôt son étude, il a tiré parti des journaux du temps. Enfin, l'ami- cale communication que M. Gélis, l'érudit horloger, lui a faite de VAlma- nach général des marchands pour 1772 et des Catalogues et Rapports des expositions des Produits de l'industrie française de 1819 et de 1823, lui a fourni des précisions sur la fabrication et les fabricants du moment.

Illustration. La division qu'il avait faire de ses notes et l'exten- sion donnée à son travail ont conduit M. Henry D'Allemagne à rechercher une illustration complémentaire pour tous les objets dont l'équivalent ne se trouvait pas dans les collections de M. Le Secq des Tournelles et qui, cependant, devaient figurer dans Les Accessoires du Costume et du Mobilier, de façon à rétablir l'équilibre entre le texte et les reproductions graphiques.

Cette illustration des Accessoires du Costume et du Mobilier est d'une richesse et d'une variété dont on reste confondu. Elle complète à merveille le texte, lui-même si riche et qui porte sur une si grande diversité d'articles. L'auteur l'a composée avec le soin constant de renseigner le plus parfaitement et le plus exactement possible son lecteur, mettant à profit les éléments que pouvaient lui fournir les Archives des Monuments Historiques, les livres et les musées, ses collections personnelles, celles de son ami, M. Le Secq des Tournelles, celles de son autre ami, le Dr Albert Figdor, de Vienne (Autriche), qui a réuni l'ensemble le plus vaste qui soit d'objets usuels et familiers pouvant aider à suivre à travers les âges l'histoire de la vie, des mœurs et de la mode, celles aussi de M. F. Doistau. Tout récemment encore, il retour- nait à Vienne pour y faire photographier chez M. Albert Figdor certaines

l'HEFACE

XI

pièces dont il lui semblait que la reproduction viendrait, fort à propos, joindre l'image à la description.

Un grand amateur : le Dr Albert Figdor. M. Figdor a bien voulu mettre entièrement à la disposition de M. Henry D'Allemagne, avec qui il est lié par trente-cinq années d'affectueuses relations, sa magnifique collection de documents sur la vie civile au Moyen Age et à la Renaissance en Occident. Il fut autrefois un des premiers banquiers de Vienne ; en ce temps-là, il y a quarante ou cinquante ans, les pièces anciennes, même les plus belles et les plus rares, étaient loin d'avoir la valeur marchande qu'elles ont prise aujourd'hui, il n'hésitait pas à immobiliser des sommes consi- dérables, surtout pour l'époque, afin de s'assurer la possession d'objets qui lui paraissaient présenter un intérêt réel pour l'histoire des mœurs.

Tous ses achats ont été faits avec le goût le plus sûr et un discernement qui ne se trompe pas. Le moindre doute survenant par la suite touchant l'un des objets qu'il possède entraîne immédiatement son retrait de la série il lui avait donné place. Gomme il le disait lui-même à M. Henry D'Alle- magne, ce n'est pas une collection pour Américains qu'il a voulu composer, mais un ensemble de documents pouvant servir à tous ceux qui s'intéressent à la vie d'autrefois. A ceux-là, il ouvre volontiers sa maison, surtout s'ils sont Français : il aime, en effet, profondément la France qu'il connaît bien et dont il parle admirablement la langue. Accueillant et libéral, il fait gra- cieusement à ses hôtes les honneurs de sa demeure et des trésors qu'il y a assemblés, mais s'il s'aperçoit que ces visiteurs sont venus chez lui par simple distraction ou dans l'espoir d'y voir des pièces d'un genre un peu frivole ou léger, il sait, courtoisement, mais avec fermeté, leur faire comprendre qu'ils se sont trompés de porte.

Enumérer toutes les séries d'objets qu'il a constituées, ce serait vouloir exposer l'histoire des arts que nous appelons industriels ou appliqués du Moyen Age et de la Renaissance. Nous citerons seulement ses collections de bijoux, bagues, ceintures, menus instruments qu'on portait sur soi, tels que « furgettes » (cure-dents), tablettes de cire, calendriers, couteaux de poche, pendentifs ou pend-à-col, plaques et ornements de coiffure...

C'est lui qui a acheté le célèbre « flabellum » (éventail) du xve siècle, de la collection Spitzer. Cet appareil, en bois sculpté, est, nous apprend M. Henry D'Allemagne, formé d'une longue poignée ouvragée qui donne naissance à une colonne supportant, sur son chapiteau, deux statuettes de saints personnages dans des niches superposées ; la feuille, en parchemin, est décorée d'une vignette or et bleu représentant des feuilles et des pampres de vigne.

XI] PRÉFACE

Le Dr Figdor possède, entre autres pièces historiques ou curieuses, le peigne d'Anne de Bretagne, la marotte d'un fou de la Cour d'un roi de France, des peignes liturgiques, des capsules d'identité que les chevaliers du Moyen Age portaient sur eux pour être reconnus s'ils tombaient sur le champ de bataille, comme, pendant la Grande Guerre, nos soldats fixaient à leur poignet un bracelet retenant une plaque d'identité.

Cette collection, justement célèbre, a paru au Gouvernement autrichien avoir tant de valeur, qu'il a, en ces dernières années, fait voter une loi décla- rant « monument historique » la collection du Dr Albert Figdor et lui interdi- sant soit de la faire sortir d'Autriche, soit de l'aliéner partiellement. Comme abus de pouvoir et violation du droit de propriété, il serait difficile de trouver mieux, même en notre temps, le sentiment du « mien » et du « tien » tend de plus en plus à se perdre.

Un bienfaiteur de nos musées nationaux : M. F. Doistau. M. Henry D'Allemagne a largement puisé aussi, pour l'illustration de son livre, dans les collections de M. F. Doistau.

11 est superflu de rappeler que M. Doistau, membre du Conseil de l'Union centrale des Arts décoratifs, a puissamment contribué, par ses dons éclairés, à l'enrichissement de ce grand musée. Il a, en outre, donné au Musée du Louvre, il y a quelques années, une collection de boîtes, de tabatières et de miniatures de tout premier ordre, enrichies de pierres précieuses, qui constitue un ensemble absolument unique en son genre.

M. Doistau a libéralement ouvert à M. Henry D'Allemagne ses vitrines, pour lui permettre de compléter sa documentation graphique et l'auteur le remercie très vivement de l'aide précieuse qu'il lui a ainsi apportée.

Le magasin du « Petit Dunkerque » tenu par Granchez. M. Henry D'Allemagne, voulant ne négliger aucune source d'information rétrospec- tive, a eu l'idée, idée excellente, de dépouiller les collections de vieux jour- naux pour y recueillir des indications directes sur l'objet de son étude. Il n'a point regretté et ses lecteurs ne regretteront pas non plus la peine qu'il a prise et le temps qu'il a employé à cette recherche, car il lui a de nom- breuses et très instructives trouvailles.

C'est ainsi que le Mercure de France et le Cabinet des Modes lui ont fourni des renseignements circonstanciés sur les articles qu'offrait, à la clien- tèle élégante et riche, Granchez qui, dans les dernières années du règne de Louis XV et sous Louis XVI, tenait, à l'enseigne du « Petit Dunkerque », quai Conti, à la descente du Pont-Neuf, « le grand magasin curieux de mar- chandises françaises et étrangères en tout ce que les arts produisent de plus nouveau », ainsi que disait sa carte de commerce. Ce Granchez était un

o

H

w

S

H O

o

D Q

[2

os

O ifl

o o <

O

E

S .M

H

.M ?

a o 3 u

B "S

■S10

03 i_,

ta

a

O

ta

PRÉFACE XI II

homme habile, qui comprenait l'utilité de la réclame et savait la manière de s'en servir. Par les almanachs et les journaux, il mettait le public au courant des nouveautés qu'il avait reçues et de leur prix, se recommandait à lui de sa qualité de fournisseur de la Reine et vantait sans fausse modestie sa marchandise. Le proverbe dit : « A bon vin, pas d'enseigne », mais non : « A bon vin, pas de publicité ». Les mots « réclame » et « publicité » sont de nos jours, mais la chose a existé de tout temps et, sous le nom d' « avis » ou d' « annonce », elle avait sa place dans la presse de l'Ancien Régime.

Sébastien Mercier, dans son Tableau de Paris, a fait du propriétaire du « Petit Dunkerque » un portrait flatteur, sinon flatté, qu'on ne pourrait pas affirmer qu'il a peint sans dessein d'en retirer quelque profit personnel. Ce portrait, d'ailleurs, mérite d'être pris en considération, eu égard au rôle joué par Granchez dans le commerce de luxe, au déclin de la Monarchie, et même dans le commerce en général, s'il est vrai, comme il semble, que le système de la vente à prix fixe qui devait être l'une des causes du succès des grands magasins de nouveautés soit une idée qui lui ait appartenu en propre :

« Le "Petit Dunkerque", écrivait Sébastien Mercier, étincelle de tous ces bijoux frivoles que l'opulence paie, que la fatuité convoite... De nombreux tiroirs sont remplis de mille bagatelles le génie de la frivolité a épuisé ses formes et ses couleurs. Le prix de la façon vaut dix fois le prix de la matière... Chez lui, le prix des bijoux est fixe et invariable ; et si la rivalité fait dire aux autres marchands qu'on paie le double au « Petit Dunkerque », c'est la jalousie qui parle. La grâce et le fini des bijoux ne les rendent pas plus chers qu'ailleurs... »

Gratuite ou payée, cette annonce était bien faite pour attirer vers le « Petit Dunkerque » ceux que Sébastien Mercier appelait « nos petits sei- gneurs », les amateurs des « enfantillages de l'industrie délicate », ainsi qu'il qualifiait les bibelots coûteux qui se vendaient dans ce magasin renommé que nous pourrions saluer comme le précurseur de notre rue de la Paix et et de notre avenue de l'Opéra.

L'énumération des articles qui se débitaient au « Petit Dunkerque » est impressionnante : petits meubles de table, appliques, flambeaux, secré- taires de voyage, thermomètres, pendules, tabatières, cages d'oiseaux, seaux à liqueurs, écrans, bagues, cachets, sacs de voyage, flacons, chaînes, girandoles, montres, vases, jouets, portefeuilles, écritoires, boucles, épées, réchauds, lunettes de spectacle et lorgnettes, boutons, colliers, lustres, salières, baromètres, plateaux, pinces à feu, bracelets, éteignoirs, sacs à ouvrage, pommes de canne, moutardiers, couteaux, étuis, pendants d'oreilles,

XIV PRÉFACE

bonbonnières, ciseaux, clefs de montre, bourses, tablettes et souvenirs (qui sont des tablettes sur lesquelles on écrivait ce que l'on voulait se rappeler)... Les matières les plus diverses étaient employées dans la fabrication de ces articles de haut goût : or, argent, brillants, pierres de couleurs, acier, cristal, émail, écaille, bronze, stuc, bois, laque, tôle vernie, strass, verre, papier mâché, etc..

Bien des fois, dans Les Accessoires du Costume et du Mobilier, revient le nom de Granchez, tant le « Petit Dunkerque » a tenu de place dans la vie élégante et facile de l'époque charmante dont Talleyrand a pu dire que « ceux qui ne l'ont pas connue n'ont pas su ce que c'est que la douceur de vivre ». Granchez a été véritablement à la tète du commerce de luxe pendant le temps qui a précédé la Révolution, et M. Henry D'Allemagne ne lui marchande pas une réclame posthume dont sa gloire bénéficiera largement. D'ailleurs, de la diversité, de la richesse, du mérite artistique des articles qui se trouvaient au « Petit Dunkerque » et du succès qu'ils obtenaient, il tire une leçon : c'est que les Français, particulièrement les Parisiens, ont été de tout temps « des gens de goût, aimant les belles choses, sachant les appré- cier et ayant le courage de les payer à leur juste valeur ».

La « juste valeur » de ces beaux articles pour les petits seigneurs et les grandes dames était fort élevée. Ceux qui seraient tentés de croire qu'aux siècles passés il en coûtait peu de mener une existence brillante et fastueuse devront bien revenir de leur erreur quand ils liront les chiffres que cite M. Henry D'Allemagne.

En voici quelques-uns, empruntés précisément aux avis publiés par le propriétaire du « Petit Dunkerque » qui, avec l'art de savoir faire, possédait si bien l'art de faire savoir :

« Tabatières et flacons en or de couleur renfermant un carillon jouant trois airs différents, depuis 30 jusqu'à 50 louis.

« Ecritoires en laque garnie de mathématiques d'or, 600 livres.

« Lunettes de spectacle et lorgnettes en or émaillé en gris et bleu, 900 et 432 livres.

« Lustres en strass, depuis 900 livres jusqu'à 1100.

« Pendules dorées, 1.320 livres. »

Le livre-journal de Lazare Duvaux : Les achats de Mme de Pompadour. En remontant un peu plus haut, on trouve dans le « Livre-Journal » que tenait un autre marchand de curiosités, également à la mode, Lazare Duvaux, qui comptait Mme de Pompadour parmi ses meilleurs clients, les prix suivants payés, pour des tablettes souvenirs, par la favorite de Louis XV :

PRÉFACE XV

« 17 mars 1753. Une tablette en pierre rose, montée en or, 1.008 livres.

« 10 décembre 1755. Une tablette de deux plaques d'agate d'Orient, montée à jour en or émaillé, 62 louis » (1.488 livres).

Sur ce même « Livre-Journal » de Lazare Duvaux, M. Henry D'Alle- magne a relevé les prix que voici, payés par Mme de Pompadour pour des « navettes à frivolités », ces petits instruments que les femmes emportaient avec elles et dont, afin de se donner une contenance et occuper leurs mains, elles se servaient pour faire des nœuds de filet :

« 4 septembre 1753. Une navette d'or à moulures avec des branchages émaillés, portant des cornalines en cerises, 570 livres.

« 22 mai 1754. Une navette d'acier damasquiné, 550 livres.

« 7 novembre 1754. Une navette d'or émaillé à rubans, 090 livres.

« 1er janvier 1757. - Une petite navette d'or tout à jour et ciselée, 336 livres. »

Lazare Duvaux vendit à Mme de Pompadour des « manches de couteaux de porcelaine en vert peints à guirlande », qu'elle paya 24 livres pièce, et une « lanterne à six pans en bronze doré d'or moulu, de quatre pieds et demi de haut sur trente pouces de diamètre, garnie de ses glaces et chandeliers » qui lui coûta 4.300 livres.

Mme de Pompadour était une bonne cliente pour Lazare Duvaux, mais il ne lui dut pas que des achats avantageux. On peut raisonnablement penser que, plus d'une fois, elle lui donna des commandes qui furent pour elle l'occasion d'exercer son influence toute-puissante sur la mode ou plus exac- tement sur l'art dans la mode. Les moralistes continueront à la traiter sévè- rement et les historiens à juger sans indulgence son action politique, mais les artistes se montreront plus tendres à son égard : sa mémoire trouvera grâce devant eux parce qu'elle a compris, aimé, encouragé et protégé les arts, qu'elle a soutenu et favorisé ceux qui s'y adonnaient, qu'elle a fortement contribué à l'avancement de l'art français dans la voie de l'élégance et du bon goût, qu'elle a, enfin, aidé à la création d'un style.

Les « Annonces, affiches et avis divers » au xvme siècle. La lecture des feuilles d'Annonces, Affiches et Avis divers, à la rubrique des objets perdus, a procuré à M. Henry D'Allemagne pour le xvme siècle, beaucoup de renseignements sur les articles à la mode. En ce temps déjà, il se perdait beaucoup de bijoux ; peut-être ceux et celles qui les avaient oubliés ou égarés ne voyaient-ils pas encore, comme aujourd'hui, un moyen de publicité personnelle dans l'avis qu'ils do nnaient au public de leur infortune ; peut-être leurs annonces avaient-elles un caractère de sincérité ; quoi qu'il en soit, nous savons, par ces informations, qu'en telle ou telle année il était

XVI PRÉFACE

de bon ton de porter tel ou tel bijou. Par exemple, dans la feuille intitulée précisément Annonces, Affiches et Avis divers, M. Henry D'Allemagne a découvert que le 26 décembre 1764 il avait été perdu « un sac de Marly dans lequel il y avait une navette de Burgos montée en or » ; le 4 février 1767, « une navette d'or de couleur, à jour, garnie de soie mordorée, dans un sac de taffetas couleur de rose, brodé en argent »; le 11 mai de la même année, « une navette d'or travaillée à jour, dont le milieu représente les attributs de l'Amour en or de plusieurs couleurs ».

Si nous ne savions pas l'engouement que, vers le temps indiqué, on avait pour l'usage de la navette, ces simples avis nous l'apprendraient, de môme que nous apprendrions de quelle faveur jouissaient, à la môme époque les étuis de galuchat peau de requin ou de raie travaillée, ainsi nommée du nom du gainier qui avait inventé un procédé pour la préparer et la teindre par des annonces tirées de la même feuille portant à la connaissance de ses lecteurs : le 6 mai 1765, la perte d' « un étui en galuchat servant de trousse » ; le 2 juin de la même année, celle d' « un étui de galuchat vert renfermant une montre émaillée » ; le 10 avril 1772, celle d' « un crayon d'or dans un étui de galuchat à charnière et bouton d'or ». Le Journal général de Paris offrait des récompenses, le 25 avril 1780, à qui rapporterait à sa propriétaire « un souvenir d'écaillé vert, garni en or à jour avec médaillon en camayeu et deux tablettes d'ivoire dans un sac de peau » et, le 3 avril 1781, à qui rapporterait de même à son propriétaire des « tablettes d'argent, couvertes en écaille, dans lesquelles sont trois portraits en miniature », et voilà qui nous montre quel succès avaient, dans les premières années du règne de Louis XVI, les tablettes et les souvenirs.

L'acier poli : sa vogue a la fin du xvme siècle et au commence- ment du xixe. Les accessoires du costume et du mobilier en acier poli, dont l'usage a été si répandu à la fin du xvme siècle et au commencement du xixe, sont devenus rares pour cette raison, fait remarquer l'auteur, que « lorsqu'un objet en acier poli, surtout quand il est garni de perles taillées à facettes, commence à être oxydé, il n'y a plus aucun remède et il est impos- sible, même au moyen d'un polissage énergique, de rattraper l'ancien poli, à moins de sacrifier complètement la taille des perles à facettes ».

On lira donc avec un intérêt tout particulier les détails que donne M. Henry D'Allemagne sur cette mode de l'article en acier, importé d'Angle- terre au milieu du xvme siècle, adopté aussitôt par suite de l'anglomanie qui, pour lors, travaillait l'aristocratie et la haute bourgeoisie françaises et y développait, dans une certaine mesure, le goût de la simplicité, enfin per- fectionné à Paris même par un fabricant nommé Dauffe, établi au quartier

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. IV

Bijoux en cheveux tressés montés en or.

Echantillons des divers genres de travaux qu'on peut ainsi fabriquer, xix6 siècle.

(Collection H.-R. D'Allemagne.)

PRÉFACE XVII

Saint-Antoine. Dauffe livrait au public des boutons d'habit, des boucles, des chaînes de montres, des plaques de ceintures, des bagues, des ganses de chapeau, etc. En 1787, il faisait annoncer par le Journal de Paris qu'il venait d'exécuter « une garniture de boutons pour habit, à jour, garnis de perles entières à vis, tout en acier... du poli le plus vif et le plus délicat » et pouvant « soutenir la comparaison avec ce qui est sorti de plus parfait des manufac- tures anglaises ».

Abandonnée pendant la période sombre de la Révolution, la vogue des bijoux en acier travaillé reparut sous le Consulat et le Journal des Dames et des Modes du 20 messidor an XII (9 juillet 1804) put écrire : « En costume d'étiquette, l'acier reprend la plus grande faveur et c'est avoir une mise recherchée que de porter une épée, une chaîne de montre et une agrafe de chapeau en acier taillé en pointe de diamant. Un assortiment pareil dans le fin est plus élégant et peut-être plus cher que s'il était en or ».

Aux expositions des Produits de l'industrie française de 1819 et de 1823, ancêtres de nos expositions, l'acier travaillé à destination de parure tenait une place très brillante, si brillante que pour celle de 1819, le rapporteur du jury disait, à propos de la présentation faite par une des maisons exposantes : « Il paraît impossible d'atteindre une plus grande perfection ; elle est même portée aujourd'hui au point que l'étranger tenterait vainement d'introduire la bijouterie d'acier en France, tant la différence des prix et du fini est en notre faveur ; aussi, plusieurs riches commandes ont-elles été faites dans nos aciéries pour l'Italie, l'Espagne, la Prusse, la Russie et même l'Angle- terre ». Ce même rapport, toujours à propos de cette maison, qu'il louait pour la modération de ses prix, « au-dessous du cours de toutes les fabriques étrangères », non moins que pour la beauté des objets sortis de ses ateliers, fournissait d'utiles indications sur le côté commercial de l'industrie de l'acier travaillé : « Il est à remarquer que, si les aciers anglais sont employés concur- remment avec ceux de France, le kilogramme d'acier superfin étant au prix de 3 francs et la plus riche parure complète en employant, à raison du déchet, pour une valeur de 6 francs ou 2 kilogrammes environ, le kilogramme d'acier de parure terminée, polie et parachevée s'exporte au prix de 5 à 6.000 francs. »

En quoi pouvait consister cette parure complète ? Le Miroir des Modes nouvelles du 11 janvier 1789, année la bijouterie d'acier faisait fureur jusqu'à avoir pris la place de celle d'or et d'argent, énumère ainsi les articles en acier travaillé qu'un élégant, voulant être dans le bon ton, devait porter sur son costume : boutons des jarretières, de la culotte, boucles des souliers, ganse du chapeau, chaîne (de montre d'or) d'acier garnie de breloques d'acier.

m

XVI 11 PRÉFACE

« Jusqu'en 1830, écrit M. Henry D'Allemagne, on porta des parures complètes en acier poli et taillé à facettes, des broches, des fleurs, des boucles que l'on fixait au chapeau ou qu'on passait dans un ruban porté autour du cou ou du bras, en guise de bracelet, des petits sacs de dames appelés gibe- cières, des bourses longues et souples à coulant, des châtelaines auxquelles étaient suspendues toutes sortes de breloques également en acier : clefs de montres, cachets, tablettes, etc..

« A côté des bijoux en acier ordinaires d'un prix abordable même aux petites bourses, on faisait de véritables bijoux d'un très grand prix : des boutons d'habits, des boucles de souliers, des gardes d'épées. »

De tant d'objets précieux par leur élégance et par leur fini, de tant de charmants bijoux qui brillaient de tout l'éclat qu'ils empruntaient à la lumière se jouant sur le poli de l'acier travaillé, que reste-t-il ? Quelques spécimens recueillis au hasard des recherches par des amateurs passionnés de bibelots curieux et rares et conservés dans leurs collections ou dans des musées enrichis par eux, amateurs au premier rang desquels il faut citer M. Le Secq des Tour- nelles ! L'abondante et remarquable illustration réunie par M. Henry D'Alle- magne permettra d'estimer la variété, la finesse de cette bijouterie tombée dans un complet oubli, après avoir connu la gloire d'un succès prodigieux.

Les bijoux en fonte malléable dite « fonte de Berlin ». Ce fut aussi la destinée de la « fonte de Berlin », dont M. Henry D'Allemagne nous conte l'histoire, renouvelée, d'ailleurs, d'une initiative française.

« Quand, dit-il, en 1789, le Gouvernement fit appel à la générosité des citoyens pour la liquidation de la dette nationale, les dons patriotiques furent à l'ordre du jour ; c'était à qui se dépouillerait le plus vite de ses curio- sités, de ses bijoux, de ses boucles d'or ou d'argent pour les envoyer à l'Assem- blée nationale... C'est sur la proposition du député d'Ailly, que l'Assemblée nationale émit un vote exigeant que tous les députés abandonnassent leurs boucles d'argent au profit des Caisses du Trésor. Le 22 novembre 1789, la séance de l'Assemblée s'ouvrit par le don patriotique qu'avait fait le maréchal de Maillé de ses boucles d'or ».

Et voici l'origine de la vogue de la fonte dite « de Berlin », telle que l'expose M. Henry D'Allemagne : « En 1813, la Prusse, pour réapprovisionner son trésor anéanti par les guerres qu'elle avait soutenues contre Napoléon Ier, reprit l'idée de l'Assemblée nationale française et, après la bataille de Leipzig, alors qu'elle voyait poindre la libération de son territoire, elle engagea ses citoyens à verser au Trésor tous leurs objets précieux. Enflammées par l'enthousiasme national, les dames allemandes remirent au Gouvernement

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. V

12

Bijoux en fonte de Berlin : Collier, fermoirs, bracelets, boucles d'oreilles, briquet. 1813-1S15

(Collection H.-R. D'Allemagne.)

PRÉFACE XIX

leurs bijoux d'or et d'argent et à la fin de la guerre, on leur donna en échange des broches, des bagues et autres objets en fer fondu portant cette inscription : Gold gab ich fur Eisen (J'ai donné de l'or pour du fer).

« Au printemps de 1813, Rudolph Verkmeister fit fabriquer à la fonderie royale de Glauwitz des anneaux nuptiaux en fer avec la légende : Einge- tauscht zum Wohl des Vaterlandcs (Echangé pour le bien de la Patrie). Ces anneaux étaient fabriqués avec l'autorisation de l'autorité militaire et étaient remis en échange d'anneaux d'or...

« Les revers successifs de Napoléon furent célébrés par les Allemands par des médailles commémoratives des victoires des alliés. Ces médailles furent montées en chaînettes de montres et chacun les arborait avec fierté ».

Ouvrons une parenthèse pour constater que, pendant la guerre de 1914- 1918, l'Allemagne, quand le cuivre, qu'elle ne pouvait plus se procurer au dehors, lui fit défaut pour fabriquer des munitions, s'inspira du précédent de 1813, dont elle avait retiré un profit fort avantageux. Son gouvernement exerça, par tous les moyens dont il disposait, une pression persistante sur la population pour obtenir qu'elle lui remît tous les objets de cuivre, prin- cipalement la batterie de cuisine, qu'elle possédait et en échange lui donna des pièces correspondantes ou des souvenirs en fer avec des inscriptions appropriées. Il sut également se faire verser en grande quantité, pour sub- venir aux besoins de sa trésorerie, des bijoux d'or, entre autres des chaînes, qu'il remplaça par d'autres en fer : le port d'une chaîne de montre en fer devint une preuve de patriotisme comme en France, au début de la Révo- lution, celui de cordons au lieu de boucles aux souliers en était une de civisme. Constatons aussi que la dernière guerre a vu renaître en Allemagne la mode des médailles commémoratives en fonte : les portraits de ses souverains ou de ses généraux, leurs victoires vraies ou fausses, leurs crimes mêmes car ce pays est allé, dans son cynisme et sa honteuse forfanterie, jusqu'à tirer vanité du torpillage du Lusitania, dont le souvenir, souillure ineffaçable, restera éter- nellement attaché à son nom tout lui a été motif à la mise en circulation de médailles prétendument patriotiques.

Mais revenons à la mode de la « fonte de Berlin ».

A vrai dire, fait remarquer M. Henry D'Allemagne, ce composé existait antérieurement à 1813 : il avait été jeté sur le marché quelques années aupa- ravant sous la forme de menus objets ou bijoux en fer fondu ou en filigrane de fer, mais il est certain que l'emploi en fut vulgarisé par le caractère national revêtu par les pièces populaires de circonstance qu'il servit à fabri- quer. On en fit des colliers, des bracelets, des breloques, des chaînes, des bourses, des croix, des boucles d'oreilles, des boucles de culotte, des clefs

XX PRÉFACE

de montres, des boutons d'habit ou de manchettes, des cachets, des boîtes, des camées, etc.. L'industrie de la bijouterie en fer fondu ou « fonte de Berlin », née en Allemagne, ne tarda pas à être importée en France et à s'y développer ; ses produits dédaignés tout d'abord, sont aujourd'hui très recherchés : M. Le Secq des Tournelles a été l'un des premiers à entreprendre d'en réunir une collection.

Influence de la politique sur les accessoires du costume. Tout au long des Accessoires du Costume et du Mobilier, on trouve ainsi de curieux aperçus sur l'intervention de la politique dans la formation ou la déformation de la mode et sur l'évolution du goût du jour. Une époque surtout, la plus grande de toutes par le formidable bouleversement qu'elle a apporté dans la vie nationale, la Révolution, a été la cause d'une succession ou plutôt d'une création de pièces d'actualité qui se renouvelaient avec les événements et qui, par suite, ne duraient guère, car les événements allaient vite en ces années tragiques. Ces inventions ont trouvé leur réalisation la plus étonnante dans l'exploitation que fit des matériaux de la Bastille, pierre ou fer, l'entrepreneur de sa démolition, ce Palloy qui signait « patriote pour la vie » et qui sut, dans l'opération, se tailler une réclame peu ordi- naire. Pendant un temps, tout fut « à la Bastille » et l'on peut voir, au Musée Carnavalet, à Paris, et au Musée Le Secq des Tournelles, à Rouen, des spé- cimens caractéristiques de cet engouement patriotique et révolutionnaire. Parmi les trouvailles les plus imprévues de l'encombrant mais ingénieux Palloy, il faut citer les bagues de fer étaient enchâssés de petits fragments de pierre provenant de la célèbre prison d'Etat, qu'il livrait au commerce ; les femmes portaient des médaillons faits de pierre de même origine ; des cachets, des breloques, des boucles de souliers, des boucles d'oreilles affec- taient la forme de la Bastille ; la prise de la Bastille, peinte, sculptée ou gravée, apparaissait sur des boutons d'habit, sur le couvercle de boîtes, sur des tabatières, sur des éventails, sur des lames de couteau, etc.. Il y eut aussi des boucles de souliers « au Tiers-Etat », qui représentaient une équerre enlacée dans un cœur fait d'ornements architecturaux, et des boucles «à la Nation » où, sur un cercle massif, décoré de dessins en zigzag gravés, étaient placés, en triangle, de petits tableaux portant en lettres découpées; «Vive la Nation ».

Ne disons pas que la mode est une courtisane : le mot dépasserait peut-être notre pensée, mais disons que ceux qui la font, ceux qui la lancent, ceux qui s'y soumettent sont des courtisans et, comme tous les courtisans, c'est aux heureux du jour, aux grands du moment, aux vain- queurs, qu'ils portent leurs hommages et leurs adulations. La mode vole

PRÉFACE XXI

au secours de la victoire, la mode s'écarte des vaincus et des malheureux ; elle n'a de sourires que pour la fortune ; mérite-t-elle qu'on la respecte, puis- qu'elle ne se respecte pas ? On prétend que Talleyrand, qui avait la cynique franchise de ses vices et de ses bassesses, aurait déclaré un jour : « J'ai prêté dix-sept serments, et je les ai tous tenus ». Il disait vrai, après tout, puisqu'il ne trahissait les régimes, les gouvernements ou les hommes auxquels il avait prêté serment qu'après leur chute et leur remplacement. Le brigadier, dans Les Deux Gendarmes de Gustave Nadaud, professe de même :

J'ai toujours servi sans réplique Les gouvernements établis, Louis-Philippe et la République, Napoléon et Charles X...

Telle est aussi la mode, qui sert tous les gouvernements établis, encense les maîtres du jour et de l'heure, quels qu'ils soient. Elle ne fait point scrupule de se déjuger et ceux qui la créent ou qui lui obéissent suivent sans hésitation les mouvements populaires. C'est pourquoi, nous voyons la mode, en matière de bijoux et de bibelots, changer si souvent pendant la Révolution. Si le spectacle de ces variations de la mode, dans ce qu'elles ont d'une profession de foi politique, n'était pas profondément douloureux et affligeant, à cause de tout ce qu'elles révèlent de la légèreté, de la versatilité, de l'ingratitude et de la lâcheté humaines « tant que tu seras heureux, a dit Ovide, tu compteras beaucoup d'amis, mais que les temps deviennent nuageux, tu seras seul » ce serait un grand divertissement, un amusement prolongé, que nous apporterait le livre de M. Henry D'Allemagne, où, par la force même des choses, il doit, presque pour chacune des pièces de parure dont il raconte l'histoire anecdotique, rappeler des abandons complets après des engoue- ments hors de propos et de mesure.

Cependant, parmi tant de plates manifestations de l'abaissement devant le pouvoir, même le pire, parfois apparaissent quelques exemples de fidélité à la puissance déchue ou d'attachement aux souverains tombés, d'autant plus touchants qu'on les rencontre en moins grand nombre : ces objets de parure qui, sous la Révolution, donnaient, par leur dessin, le portrait des membres de la Famille Royale ou qui, sous Louis XVI II, reproduisaient les traits de l'Empereur.

Parfois aussi, c'est le mécontentement, l'hostilité qui s'affirment par le moyen de bibelots de circonstance.

Quel que soit l'esprit, le sentiment qui en ait dicté l'invention, ces fantaisies, courtisanesques, loyalistes ou frondeuses, constituent des pièces

XXII PRÉFACE

de collection prisées pour leur rareté. Savons-nous si, dans quelques siècles, un amateur spécialisé dans la recherche des épingles de cravates ne se tiendra pas pour un homme heureux le jour il mettra la main sur l'épingle « au chapeau cabossé », qui fut créée, il y a quelques années, par un bijoutier du Palais-Royal, à la suite du coup de canne porté par un spectateur, en matière de protestation contre une certaine politique, sur le chapeau haut- de-forme d'un président de la République paisiblement assis dans la tribune officielle de l'hippodrome de Longchamps ? On écrit l'histoire par l'image ; on pourrait l'écrire aussi, mais ce serait plus difficile, par les bibelots. On pourrait le faire, par exemple, avec les pipes. Charles Monselet disait que

L'on n'a pas été grand'chose Tant qu'on n'a pas été Bœuf gras.

Le Bœuf gras est mort, mais la pipe vit toujours. Et la vérité, c'est qu'on n'a pas été grand'chose tant qu'on n'a pas été tête de pipe ou, comme on pouvait le dire il n'y a pas bien longtemps encore, qu'on n'a pas réellement connu la gloire tant qu'on n'a pas été pain d'épice.

Les principaux centres de fabrication pour les accessoires du costume et du mobilier. On peut, en lisant le beau livre de M. Henry D'Allemagne, faire à travers l'ancienne France un voyage plein d'agrément et bien instructif. Par lui, on s'initie aux industries localisées et l'on apprend dans quelle fabrication telle ou telle province, telle ou telle ville s'était confinée et illustrée. Pour le xvme siècle, par exemple, on constate une variété infinie de ces fabrications, dont certains pays conservaient en quelque sorte le monopole de fait.

C'est Paris, bien entendu, qu'il faut citer en tète ; Paris, l'immense atelier des mains exercées et expertes savaient, comme aujourd'hui, ouvrer avec un art incomparable les matières premières qui lui venaient de tous les points de la France et de l'étranger ; Paris qui faisait la mode et donnait le ton au monde ; Paris déjà spécialisé et maître en tous genres, ne redoutant aucune concurrence pour les articles qui demandaient de l'élégance, de l'ingéniosité, du goût, de la grâce, de la grâce « plus belle encor que la beauté ».

D'ailleurs, Paris a vu deux fabrications, l'une et l'autre importées d'Angleterre, qui eurent dans la seconde moitié du xvme siècle et pendant les premières années du xixe, une vogue extraordinaire, celle de l'acier travaillé, poli, taillé, guilloché, et celle de la tôle vernie, s'introduire sur son territoire, s'y perfectionner, s'y développer merveilleusement, y atteindre à une fortune imprévue.

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. VI

13

15

Bijoux normands en or repercé et filigrane garnis de strass : Boucles d'oreilles, broches-épingles, plaques de bracelets.

I,a plupart de ces bijoux portent au centre une pensée émaillée. xixe siècle.

(Collection H.-R. D'Allemagne.)

PRÉFACE XXIII

Une autre fabrication, également importée d'Angleterre, celle des aiguilles d'acier, fit ses débuts à Mérouvel, près de Laigle, en Normandie, elle se maintint, mais d'où elle se répandit à Rouen et à Evreux, tandis que Paris continuait à fournir au marché les aiguilles à broder, à tapisser ou à tricoter, qui étaient en d'autres matières.

Dieppe se montrait sans égal pour le travail de l'ivoire, que ses artisans savaient ajourer jusqu'à lui donner l'aspect d'une dentelle, ce qui était le cas pour les navettes, ou sculpter finement, s'ils devaient le façonner en râpes à tabac.

Les manufactures de Saint-Cloud, de Mennecy-Villeroy, de Moustiers, de Rouen, etc.. livraient les manches de couteau en faïence et en porcelaine.

Les articles de bois, principalement de buis, râpes à tabac et tabatières entre autres la joaillerie de Saint-Claude, comme on les appelait étaient pour la plupart ciselés ou tournés dans le Jura, mais un tabletier de Grenoble, Bouron, lança des tabatières de son invention qui de lui prirent leur nom de « Bouronnes » et qui furent recherchées du public.

L'acier de Rives, en Dauphiné, était renommé et les couteliers s'en servaient volontiers, ceux de Thiers notamment, pour faire les lames de leurs couteaux de qualité. Thiers, Châtellerault et Langres possédaient les cou- telleries les plus réputées, mais il en existait d'excellentes à Moulins, à Saint-Etienne, à Caen, à Paris.

Les navettes d'acier et les étuis à ciseaux en fer découpé et ajouré sor- taient des ateliers de Moulins.

En Picardie et en Champagne, on fabriquait beaucoup d'articles de cuisine, notamment les crémaillères et les grils, mais en Provence, on tra- vaillait avec le plus grand soin le fer limé et poli, dont on faisait des râteliers de cuisine fort estimés.

A la Chartreuse de Durbon, en Dauphiné, on fondait des plaques de cheminées très répandues dans la région des Alpes; d'autres, qui n'étaient pas moins appréciées, étaient coulées en Bretagne.

Certains dévidoirs, formés de vergettes d'acier articulées et qui se fixaient sur une table, passaient pour les plus parfaits du genre s'ils avaient été exécutés à Plombières, grand centre de fabrication de pelles et de pin- cettes, de truelles à poissons, de boîtes à thé ou à sucre, de porte-montres, de caisses à fleurs, de miroirs, de corbeilles à pain ou à fruits, de rouets, etc., de même que les tabatières en faïence de Rouen ou en pâte tendre de Sèvres, de Mennecy ou de Chantilly étaient ce qui se faisait de mieux dans cet article.

XXIV

PREFACE

Dans ces notes, il n'a guère été question que du xvme siècle, bien que les autres n'aient pas été, de la part de l'auteur, l'objet d'une moindre atten- tion. C'est simplement que ce siècle est celui l'article de Paris, l'article de Paris élégant et riche, a connu sa principale période de prospérité, celui, en tout cas, où, exporté par ses fabricants, emporté par les étrangers qui depuis longtemps déjà venaient en France pour s'y distraire intellectuelle- ment, s'y amuser et apprendre les belles manières, et il s'est imposé au monde entier ; celui donc qui lui a valu son éclatante et universelle renommée ; celui à la matière précieuse et rare, précieuse, naturellement, parce qu'elle était rare, a commencé de se substituer la matière vulgaire et de peu de prix, l'acier a remplacé l'or et l'argent, le strass s'est substitué au diamant, celui, par conséquent, l'objet a tiré toute sa valeur de la qualité du travail ; celui, enfin le luxe dans les accessoires du costume et du mobilier a pu, comme nous le dirions aujourd'hui, se démocratiser. On ne fabriquait pas encore « en série », mais déjà l'on pouvait, néanmoins, fabriquer pour tous les goûts et pour toutes les bourses.

Et ainsi, il se trouve que M. Henry D'Allemagne, en bon Français et en bon Parisien qu'il est, a élevé un monument à la gloire de l'industrie française de luxe et à celle de l'article de Paris.

Janvier 1926.

Etienne CHARLES.

CHAPITRE PREMIER

LA PARURE ET LA TOILETTE

Les marchands merciers. - Ils représentent le négoce exercé aujourd'hui, par les grands magasins de nouveautés. II. Principaux marchands merciers au xvne siècle. III. Le magasin du a Petit Dunkerque » tenu par Granchez, à la fin du xvme siècle.

La bijouterie. - - I. Les bijoux dans la Préhistoire et dans l'Antiquité. - - II, Les bijoux au Moyen Age. -- III. Les bijoux au xve siècle. IV. Bijoux à devises parlantes au xvie siècle. V. Bijoux en émail cloisonné sur cristal. VI. Bijoux de deuil. - - VIL Décoration des bijoux au xvme siècle : le style « à la grecque ». VIII. Les bijoux à la mode sous le règne de Louis XVI. IX. In- fluence de l'Antiquité dans la décoration des bijoux. X. De l'emploi des intailles et des camées. XL Emploi de la mosaïque, de l'ambre et du corail. XII. Les bijoux en or sous le Ier Empire. XIII. La miniature employée dans la bijouterie. XIV. Les croix « à la Jeannette ». XV. Motifs divers à la mode sous l'Empire. XVI. Bijouterie en strass. XVII. Destruction des anciennes pièces d'orfèvrerie. XVIII. Livres de modèles de bijouterie et d'orfèvrerie.

Bijoux, enseignes de pèlerinages. I. La bijouterie de plomb antérieurement au xve siècle. IL Enseignes, affiches et affiquets.

Anneaux et bagues. I. Les bagues dans l'Antiquité. IL Les bagues aux xme et xive siècles. -- III. Variété des bagues au xvie siècle. IV. Anneaux de mariage. V. Bagues à la mode au xvme siècle. VI. Bagues patriotiques. VIL Bagues à la poignée de mains. VIII. Bagues hiéroglyphiques.

Bracelets. I. Bracelets chez les Bomains et les Gaulois. IL Les bracelets au Moyen Age. III. Bracelets garnis de perles d'acier et de camées.

Pendants de cou. I. Les reliquaires portés au cou du vme au xive siècle. IL Le pend-à-col du xive au xvie siècle. III. Le carcan. IV. Les chaînes dites « à jazeran ». - V. Les esclavages. - - VI. Colliers en forme de chaînes ou de serpents. VII. Beliquaires.

/ LA PARURE ET LA TOILETTE

Boucles d'oreilles. I. Boucles d'oreilles portées indifféremment par les hommes et par les femmes. II. Modèles de boucles d'oreilles dessinés par François Merlin. III. Les boucles d'oreilles à la cour de Henri III. IV. Boucles d'oreilles en strass au xvme siècle. V. Les boucles d'oreilles en Orient. VI. Boucles d'oreilles révolutionnaires. VII. Boucles d'oreilles de fantaisie.

Bijoux en acier. I. Leur fragilité. IL Dauffe, le premier fabricant d'objets en acier en France. - III. Faveur dont jouissait la bijouterie d'acier à la fin du xvme siècle. IV. Principaux fabricants de bijouterie d'acier au

xixe siècle.

Bijoux en fonte de Berlin. I. Bijoux patriotiques usités en France en 1789.

IL Vogue de la fonte dite « de Berlin » en 1813. - - III. La bijouterie en fer fondu en France au xixe siècle.

Boucles. - I. Les fermaux ou fermillets. - - II. Corporations se livrant à la fabri- cation des boucles. III. Boucles de ceintures, de baudriers, de ceinturons, de culottes et de souliers. IV. Les boucles au xvme siècle. V. Boucles de chapeaux. VI. Boucles symboliques et boucles d'actualités. VIL Les boucles sous la Bévolution. VIII. Interdiction de porter des boucles en métal précieux. IX. Boucles en or et en argent. X. Boucles garnies de peintures, de miniatures ou de fixés. -- XL Emploi des plaques de porcelaine de Wedgwood et de Sèvres dans la décoration fies boucles.

Ceintures. 1. La ceinture accessoire du costume ecclésiastique, militaire et

civil. IL Les ceintures au Moyen Age : Corporations qui les fabriquaient.

III. Le demi ceint. - - IV. Larges ceintures munies de boucles.

Boutons. - I. Leur emploi dans le costume au Moyen Age : corporations se livrant à leur fabrication. - - IL Les boutons d'orfèvrerie au xvie siècle. III. Les passementiers-boutonniers travaillent concurremment avec les orfèvres à la fabrication des boutons, au xvue siècle. IV. Boutons de grande taille ornés de miniatures au xvme siècle. - - V. La collection de boutons du baron Péri- gnon. VI. Les boutons d'acier au xvme siècle : leur fabrication. VII. Bou- tons de fantaisie. -- VIII. Boutons révolutionnaires. IX. Vogue des boutons de métal au xixe siècle.

Epingles. - I. Différentes espèces d'épingles : épingles communes et épingles de joaillerie. IL Vogue des épingles de joaillerie au Moyen Age. III. Les épingles communes : Corporations qui les fabriquent. IV. Epingles de laiton.

Diadèmes et peignes. - I. Les diadèmes dans l'Antiquité. II. Les diadèmes au Moyen Age. III. Renaissance des diadèmes au xixe siècle. IV. Peignes et ornements de la coiffure.

Châtelaines. I. La vogue des châtelaines au xvme siècle. - IL Les châtelaines en Pomponne : origine du nom. - - III. Châtelaines de dames et châtelaines d'hommes. IV. Les breloquets.

Crochets divers. 1. Les crochets de tapisserie. IL Les crochets d'épées.

Cachets. I. Les cachets dans l'Antiquité. II. Les sceaux au Moyen Age. III. Le petit scel ou signet. IV. Cachets à trois faces et étuis à cire formant cachet. V. Cachets révolutionnaires. VI. Cachets breloques.

Pommes de cannes. I. Le Tau et le bâton pastoral. IL Cannes et bâtons du xiiie au xvie siècle. III. Les cannes à la Cour du roi de France au xvne siècle. - IV. Joncs à pomme d'or. - V. Cannes de corporations. VI. Cannes à combinaisons multiples.

LA PARURE ET LA TOILETTE 6

Eventails. 1. Esmouchoir, flabelle, flavelle, flabellura, eventouer, antérieurement, au xve siècle. - - IL Richesse déployée dans les éventails au xvie siècle. -

III. Les éventails au xvne siècle : diverses corporations les établissent.

IV. Eventails dits « brisés ». - - V. Fabrication et prix de vente des éventails au xvme siècle. VI. Eventails en vernis Martin et éventails en papier. - VIL Eventails à coulisse. -- V11I. Eventails révolutionnaires. -- IX. Eventails factieux ou séditieux. - - X. Eventails en corne découpée et éventails minus- cules. — XL Traité du maniement de l'éventail. XII. Eventails aux formes fantaisistes au début du xixe siècle. - - XIII. Eventails à la mode sous la Restauration. XIV. Eventails en peau d'âne servant de mémento. XV. Eventails énigmatiques, éventails de plumes d'autruche ou d'oiseaux des Iles. XVI. Eventails décorés de chromolithographies sous Louis-Philippe.

Ecrans à feu. I. Leur emploi au Moyen Age. IL Ecrans d'osier et de paille.

III. Ecrans employés dans les cuisines et les rôtisseries. IV. Richesse déployée dans les écrans au xvne siècle. V. Ecrans à main illustrés par les meilleurs maîtres. VI. Ecrans en papier des Indes.

Miroirs. I. Miroirs d'orfèvrerie, de bronze, d'étain ou d'acier. IL Enigme sur les miroirs. III. Miroirs magiques.

Corsets de fer.

Tablettes et souvenirs. 1. Les tablettes de cire dans l'Antiquité. IL Les tablettes des comptes de l'Hôtel du Roi au xme siècle. III. Tablettes de cire aux xve et xvie siècles. - - IV. Tablettes et agendas au xvne siècle.

V. Tablettes souvenirs offertes en présent au xvme siècle. VI. Carnets et tablettes ornés de pierres précieuses. VIL Carnet de bal et souvenirs au xixe siècle.

Fermoirs de livres et reliures en métal.

Escarcelles et aumônières. I. Bourses, alloières et aumônières au xive siècle.

IL Les escarcelles du xme au xvie siècle. III. Escarcelles dites « char- nières » servant pour la fauconnerie. IV. Bourses de mariage.

Sacs et réticules. I. Invention des poches. IL La braguette utilisée en guise de poche ou de sac. III. Le gousset. IV. Réticules ou ridicules. V. Sacs à fermoirs d'acier et sacs en étoffe. VI. Sacs en perles. VIL Sacs pailletés.

LES MARCHANDS MERCIERS

PREMIERE PARTIE

LES MARCHANDS MERCIERS

I. Ils représentent le négoce exercé aujourd'hui par les grands magasins de nouveautés.

ous devrons, au cours de cette étude, passer en revue les différentes classes d'objets qui formaient le négoce du commerce de luxe pendant les derniers siècles. Toutefois, avant de nous intéresser aux objets eux- mêmes, il nous a semblé qu'il serait intéressant de savoir de quelle manière ces objets étaient fabri- qués et d'initier un peu notre lecteur aux secrets qui ont présidé à la naissance de ces mille petits riens dont s'enorgueillissait et s'enorgueillit encore le commerce parisien. Aussi, sans vouloir faire ici l'historique des institutions de l'ancien régime, nous a-t-il semblé que nous ne pouvions manquer de dire un mot des corporations de métier se rattachant par un côté quelconque à notre sujet. Le public ignore généralement que les œuvres de ces artisans étaient strictement limitées par des règlements qu'on pourrait quelquefois traiter de draconiens. Alors, les conflits entre deux professions similaires étaient nombreux et dès qu'un commerçant se permettait de débiter ou même de posséder chez lui des marchandises étrangères à sa spécialité, il était poursuivi par la communauté lésée. Ce principe de monopole, qui était une source intarissable de procès, de saisies et de querelles, subsista jusqu'à la Révolution.

Le principe de la spécialisation des métiers entraînait des conséquences très graves, car, appliqué dans toute sa rigueur, il condamnait les habitants de Paris à se priver des nombreux objets que l'industrie parisienne ne fabriquait pas.

De naquit la nécessité de former un corps spécial de marchands,

PRINCIPAUX MARCHANDS MERCIERS AU XVIIe SIÈCLE 5

les merciers, organisés d'après des statuts absolument contraires à ceux qui régissaient les autres corporations. Toute fabrication fut interdite à ses membres, mais, en revanche, ils eurent le droit de vendre non seulement les articles fabriqués à Paris mais aussi toutes espèces de produits et d'objets, quelles que fussent leur nature et leur provenance.

Le trafic des merciers prit, en peu de temps, une extension considé- rable, et, dès le xive siècle, il représentait assez exactement, toute pro- portion gardée, le négoce de nos magasins de nouveautés actuels.

L'article 12 des statuts de 1643 énumère l'interminable liste des mar- chandises que les merciers sont autorisés à « vendre, débiter, troquer et eschanger >> en gros et en détail par le monde entier. Outre les étoffes, les vêtements œuvres, les passementeries, les chapeaux, les fourrures, etc., leur commerce comprenait encore :

Toute sorte de jouaillerie d'or et d'argent, pierres précieuses, perles, joyaux d'or et d'argent..., corails, grenads, agathes, etc., et toutes sortes de pierres taillées et non taillées...

... Et toutes sortes de pâtenosterie, droguerie, etc..

Fer, acier, cuivre, airain, laton, ouvrez et non ouvrez, neufs ou vieils...

Espées, dagues et poignards, lames, gardes et garnitures d'iceux et toutes sortes d'armes pour hommes et chevaux, espérons, estriers, etc..

Fers, clouds, ciseaux, lancettes, canivets, razoirs, cousteaux.

Espingles, esguilles, esguillettes, ceintures, porte-espée.

Dinanderie, quinquaillerie, coustellerie et autres sortes de marchandises de cuivre.

Fer, fonte, acier et toutes autres œuvres de forge et fonte.

Miroirs, images, tableaux tant en bosse qu'autrement.

Plumes, gaines, étuis, boîtes, escritoires, etc..

Au xvme siècle, les merciers étaient restés fidèles au principe qui a\ait donné naissance à leur communauté et ils justifiaient bien le proverbe qu'on leur avait appliqué : « Merciers, marchands de tout, faiseurs de rien » {Dictionnaire de Trévoux, édit. 1771).

Cependant les célèbres foires des xme et xive siècles n'existaient plus à Paris. Le commerce de détail avait pris un tel développement que la corporation s'était fractionnée et spécialisée en une vingtaine de classes : il y avait alors les marchands grossiers, les marchands de draps et étoffes d'or, les marchands joailliers, les marchands quincailliers, les marchands d'objets d'art, etc..

II. Principaux marchands merciers au XVIIe siècle

A la fin du xvne siècle, le centre du commerce de la mercerie en gros était la rue Saint-Denis, depuis la rue des Lombards jusqu'à la rue du Petit- Lion (aujourd'hui rue Tiquetonne). Les principaux magasins étaient ceux de :

Maillet « Aux trois maillets ».

h LES MARCHANDS MERCIERS

Le Bray « A la gibecière ».

Bioche « Au cheval d'or ».

Deplanc « A la boëte d'or ».

Nique « Au cheval noir ».

Begnault « Aux trois agneaux ».

Les principaux marchands de curiosités étaient :

Dautel, à l'entrée du quai de la Mégisserie.

La Fresnaye, dans la galerie du Palais, auquel succédèrent ses deux fils, l'un qui prit l'enseigne de «la Croix d'or» et l'autre celle « du Dauphin ».

Fagnany « A la descente de la Samaritaine », quai de l'Ecole, aussi célèbre par les altérations qu'il fit subir aux planches de Callot, dont il possédait un grand nombre, que par ses tabatières « à scandales » toutes les aventures scabreuses du moment étaient satiriquement représentées (1). Dans Les Souhaits, comédie jouée en 1693, il est fait, en ces termes, allusion à ce Fagnany : « Momus. Qui est-ce qui porte cet épicier à éventer la honte de son lit et à solliciter une place sur les tabatières de Fagnany ? La folie ! » (Livre Commode des Adresses, par Abraham du Pradel).

M. de Gauroy, rue Bribcucher (Aubry-le-Boucher) tenait magasin de bijouteries et coffres d'Angleterre.

M. de la Gousture, au Cloître-Saint-Nicolas du Louvre, avait un talent particulier pour damasquiner sur l'acier en figures et ornements de la Chine. Il tenait cet art du fourbisseur parisien Gursinet, mort vers 1670, qui l'avait singulièrement perfectionné depuis son apparition. Félibien, dans ses prin- cipes d'architecture, disait de Gursinet : « Il a fait des ouvrages incompa- rables en cette sorte de travail, tant pour le dessin que pour la belle manière d'appliquer son or et ciseler de relief par-dessus. »

L'Arche, fondeur et ciseleur en bronze, était fort renommé pour les figures de cabinet.

Taboureux, quai de la Mégisserie, imitait fort bien les coffres et ferrures d'Angleterre.

Dans YAlmanach général des Marchands, pour l'année 1772, nous trouvons la nomenclature de ce qui constituait alors le commerce de la tabletterie.

Les marchandises de tabletterie consistent en toutes sortes d'ouvrages de tour et de menue marqueterie en bois, métaux, carton, corne, écaille, ivoire, nacre, etc.. simples, unis et de couleur naturelle, vernis et galonnés en or et en argent ou enjo- livés de toutes manières. Ces ouvrages se fabriquent et se vendent par les maîtres tabletiers, tourneurs, marqueurs, mouleurs, etc.. qui forment une communauté considérable.

(1) Voir nolice sur les tabatières, page 127.

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. VII

Parure en chrysolithes montées sur argent et serties d'un perlé d'or. Boucle de souliers, pendentif, plaques, collier, peignes, boutons et boucles d'oreilles. xvme siècle.

(Collection H.-R. D'Allemagne.)

LE MAGASIN DU «PETIT DUNKERQUE» /

Les principaux objets de ce commerce sont : crucifix et figures diverses, bois d'éventails, boëtes de toilette, tabatières et bonbonnières de toutes façons, simples ou à secrets, peignes, toilettes, navettes, étuis, lanternes de poche, cornets, écritoires, cannes et bâtons d'officiers, jeux d'échecs, de tric-trac, de solitaire, de domino, de quilles, billes, masses et queues de billard, etc..

Les principaux marchands tabletiers de cette époque étaient : Biget, rue de Bourbon ; Brion, rue Saint-Martin ; Ghantrel, rue Quincampoix ; Clément, rue Saint-Antoine ; Gollesson, rue Saint-Martin ; Gompignié, tour- neur du roi, rue Bourg-l'Abbé ; Deslandes, rue du Ponceau ; Duperron, rue des Arcis ; Godel, rue du Grand-Hurleur ; Guillerant, rue aux Ours ; Hepner, rue Salle-au-Gomte ; Liétard, rue Saint-Denis ; Mermillod, au Marché Saint-Martin ; Olivier Mané, rue des Arcis ; Ouraert, rue aux Ours ; Poulin, rue Dauphine ; Varangeot, rue Guérin-Boisseau.

III. Le Magasin du «Petit Dunkerque » tenu par Granchez

à la fin du XVIH« siècle

Un peu avant la Révolution, le magasin à la mode était le « Petit

Dunkerque » qui était situé à l'angle du quai Gonti et de la rue Dauphine.

Le propriétaire Granchez fut le premier commerçant qui établit chez lui

le prix fixe. Sa carte de commerce était ainsi conçue :

Granchez tient le grand magasin curieux de marchandises françaises et étran- gères en tout ce que les arts produisent de plus nouveau et vend sans surfaire en gros et en détail.

Mercier, dans ses « Tableaux de Paris » a laissé une curieuse description du commerce de cette maison où, souvent, Voltaire allait flâner :

Le Petit Dunkerque étincelle de tous ces bijoux frivoles que l'opulence paie, que la fatuité convoite, que l'on donne aux femmes honnêtes qui n'acceptent point de l'argent, mais bien des colifichets en or parce qu'ils ont un air de décence.

De nombreux tiroirs sont remplis de mille bagatelles le génie de la frivolité a épuisé ses formes et ses contours. Le prix de la façon vaut dix fois le prix de la matière. L'or a pris toutes les couleurs ; le crystal, l'émail, l'acier sont des miroirs taillés à facettes et les enfantillages de l'industrie délicate sont sur leur trône.

Nos petits seigneurs prennent ces bijoux à crédit, les distribuent d'un air de nonchalance. Dans les premiers jours de l'année, la boutique est remplie d'acheteurs ; on y met une garde. Ne faut-il pas pouvoir dire en étalant une boîte : c'est du Petit Dunkerque. Chaque année, on baptise ces petits bijoux d'un nom particulier et bizarre.

Il faut rendre justice au goût du maître. 11 anime, il dirige les artistes, il imagine ce qui doit plaire. En donnant la vogue à plusieurs colifichets, il a fait travailler dans la capitale ce qu'on était obligé de faire venir à grands frais de l'étranger. La bijouterie a fait plus de progrès, depuis qu'il a mis sous les yeux du public des modèles élégants et variés, qu'elle n'en avait fait depuis longtemps.

D'ailleurs, chez lui le prix des bijoux est fixe et invariable ; et si la rivalité fait dire aux autres marchands qu'on paie le double au Petit Dunkerque, c'est la jalousie qui parle. La grâce et le fini des bijoux ne les rendent pas plus chers qu'ailleurs.

Voltaire, lors de son dernier séjour à Paris, se plaisait beaucoup dans le riche magasin de cette maison curieuse. Il souriait à toutes ces créations de luxe.

8 LES MARCHANDS MERCIERS

Et Mercier termine son croquis curieux par cette pensée philosophique :

Qui découvrira les chaînons imperceptibles, mais existants, par lesquels nos manières tiennent les unes aux autres ? Quand les femmes portaient de grands paniers on forgeait chez les orfèvres des assiettes d'une grandeur extraordinaire. Les bijoux du Petit Dunkerque semblent d'accord aujourd'hui avec nos petits appartements, nos jolis meubles, notre habillement et notre coiffure. 11 est donc en tout des rapports secrets qui ont leur origine et leur liaison.

De l'enseigne, le nom de « Petit Dunkerque » passa aux objets qu'on trouvait dans la boutique et quand celle-ci fut fermée pour toujours, le nom persista. C'est ainsi que Balzac dans son roman La Cousine Bette, qu'il écrivit vers 1838, ne manqua pas de citer ces colifichets qui faisaient partie des nécessités qu'une femme de goût étalait dans sa chambre et dans son cabinet de toilette.

Sur le manteau de velours de la cheminée, dit-il, s'élevait la pendule alors à la mode. On voyait un «Petit Dunkerque» assez bien garni, des jardinières en porcelaine chinoise, luxueusement montées, le lit, la toilette, l'armoire à glace, le tête-à-tête, les colifichets obligés signalaient les recherches ou les fantaisies du jour.

Le mot « Petit Dunkerque » employé par Balzac signifiait moins un joli colifichet qu'une réunion de ces objets menus qui étaient autrefois vendus par le célèbre magasin et qu'on se plaisait à étaler sur les étagères.

Le « Petit Dunkerque » a joué un tel rôle dans les préoccupations mon- daines de nos aïeux, que nous ne pouvons mieux faire que de donner ici quelques listes des articles qu'on rencontrait dans ce magasin et que son propriétaire, Granchez, faisait publier dans les almanachs et journaux de l'époque.

Bijoux chez le sieur Granchez, quai Conti, a la descente du Pont-Neuf: (Almanach général des marchands pour 1772.)

Anneaux d'or en filigrane de Malthe ; Rosettes pour souliers de femme en pierres de couleur ; Bras de cheminée à lampes économiques ; Boutons d'habits très brillants ;

Papier pour écrire sans encre avec toutes sortes de métaux, excepté le fer et l'acier ;

Tablettes en souvenir, pour écrire la nuit sans lumière ; Chambres obscures pour dessiner en miniature ; Warm-pam ou bassinoires anglaises ; Toutes sortes de bijoux d'enfans, etc..

Articles nouveaux qui se trouvent dans le magasin du Petit Dunkerque

{Mercure de France, janvier 1775)

Seaux à liqueur en crystal, montés en argent à jour, supérieurement finis, 432 livres la paire ;

Item. Une infinité de petits meubles de table, dans le même genre, sur des modèles nouveaux.

Bonbonnières en stuc très légères.

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

:»^^-!3^^

■#*§

^•*?w6 r<!~

.!•!»■»*

^''*»

.<a^«fc

^;^'

g 0,00

fi» ui; i--'

■•■V 14 O'J1

«El? «5| #

•a»;

mm

«-te"9 'S, \M&. '.-._. -îStà É9 Q^?3

Colliers en strass. Ile-de-France et Normandie. Début du xixe siècle. Plaques ornementales, broche et agrafe ornées de topazes blanches montées sur argent. Espagne. XVIIIe

(Collection H.-R. D'Allemagne.)

siècle.

LE MAGASIN DU «PETIT DUNKERQUE» y

Item, en écaille blonde incrustée en or, depuis les plus bas prix jusqu'aux plus liant prix.

Tabatières et flacons en or de couleur, renfermant un carillon, jouant trois airs différents, depuis 30 jusqu'à 50 louis.

Une grande quantité de tabatières depuis les plus bas prix jusqu'à celles d'or émaillé ; parmi lesquelles il y en a d'ornées de médaillons, d'agates arborisées fac- tices, plus belles que les naturelles, et supérieures à tout ce qu'on a fait jusqu'à présent dans ce genre ;

Item, de nouvelles, en écaille mouchetés, doublée de cuir transparent qui conservent (le tabac).

Plusieurs modèles de pendules, flambeaux, girandoles, vases, etc.. en bronze doré d'or moulu.

Tabatière d'écaillé de couleur, représentant le Bonheur de la France par deux médaillons en or de Henri IV et de Louis XVI ; et autres le roi et la reine sur un fond capucine transparent : 48 livres et 45 livres pièce.

Ecrans, sacs à ouvrage, manchons, portefeuilles, etc.. brodés en pierreries. Et en nouveau de ce genre, de très grands écrans d'appartements, les plus riches qu'il soit possible de faire : prix 384 livres.

Coussins de montres de différents prix.

Une collections considérable de jouets d'enfants, dont beaucoup en mécanique.

Et enfin, un assortiment de tout ce qu'il a fait paraitre depuis quatre ans, tant en imagination nouvelle qu'en articles venans ou imités de l'anglais.

Articles du Petit Dunkerque (Mercure, décembre 1775)

En attendant le premier Mercure il aura soin de faire annoncer les mar- chandises qui lui seront rentrées de France et de l'étranger, il continue à vendre le tombeau d'Adonis et l'autel à l'Amitié. Les premiers modèles ont été présentés et achetés par la reine ainsi que plusieurs articles de cette annonce.

Plusieurs ouvrages d'acier et pinsbeck, en crochets de montre, boiserie et tapis- serie, pomme de canne, métier à filer, éteignoir, couteaux d'acier fondu et de sa nouvelle fabrique de C'ignancourt : loute la beauté de l'écaillé formant avec le cuir un corps très fort et non cassant ; ce qu'il n'étoit pas possible de faire avec ces sortes d'écaillés dont les feuilles sont toujours très minces, ce qui fait que jusqu'à ce jour l'on ne l'avoit employé qu'en bonbonnières. Prix : 15 et 12 livres.

Almanachs et thermomètres garnis en bronze doré.

Flambeaux en argent haché, les ornements en bronze doré d'or moulu.

Item, dorés d'or moulu et vernis de couleurs transparentes.

Cages d'oiseaux peintes et dorées à chine. Prix : 48 livres.

Plusieurs ouvrages en bronze, supérieurement ciselés et dorés au mat, pour ornements de cheminée, dans les goûts les plus nouveaux, n'ayant jamais rien paru en ce genre.

Jeu de tonton mécanique, dont la balle remonte et descend alternativement dans une colonne à vis. Prix : 144 livres.

Secrétaires de voyage en bois d'acajou, lesquels se démontent facilement et se renferment dans un porte-manteau ; ouvrage précieusement fait et très commode.

Nouveaux écrans en éventails, à mettre devant le feu, se renfermant dans un tube monté sur un trépied. Prix : 48 livres.

Écritoire en laque, garnie de pièces de mathématiques d'or ; prix : 600 livres.

Lunettes de spectacle et lorgnettes en or émaillé en gris et bleu ; prix : 900 et 432 livres.

Plateaux à café d'une nouvelle fabrique, en papier mâché, plus légers que ceux en tôle.

Souvenirs d'appartement, en bronze à jour, dorés au mate, sur un fond bleu

10 LES MARCHANDS MERCIERS

transparent ; ouvrages très nouveaux et très recherchés, d'autant que l'on n'en a fait encore qu'en tôle vernie : prix de 288 livres la paire.

Les médaillons du roi et de la reine, de huit pouces de haut, exécutés dans le même genre ; prix : 360 livres.

Boucles en argent et autres ouvrages émaillés dans le creux de la gravure et usés au poli, ces objets sont totalement neufs et peuvent être variés ; flambeaux en marbre blanc en colonne tronquée garnis de bronze doré au mate ; prix : 120 livres la paire.

Idem à figure de bacchantes portant des branches de fleurs formant girandoles à trois branches; autres représentant les quatre saisons en bronze sur des socles de marbre, à divers prix suivant la dorure ; flambeaux de cabinet à perles et baguettes en bronze à jour, toutes pièces de rapport, dorés au mate, 72 livres la paire. Trois modèles nouveaux en pendules de prix et autres dans l'ordinaire.

Suite des Nouveautés qui se trouvent au Petit Dunkerque

(Mercure, janvier 1776.)

Savoir : Tabatières avec la médaille en or de relief de Mgr le comte d'Artois, gravé par Trébuchet, à divers prix.

Tabatières d'or à huit pends, émaillées, ayant sur le couvercle une montre à jour et dessous le fond une paire de lunettes, ouvrage supérieurement fini et utiles aux personnes de cabinet ; prix : 2.400 livres.

Nouveaux réchauds à trois cercles, en cuivre argenté, avec lampe à l'esprit de vin, pouvant recevoir des plats de toutes grandeurs ; ce modèle est copié de l'anglaise et a beaucoup plus d'assiette que tout autre ; prix suivant l'argenture.

Flacons en or, à quatre cadrans ; le premier marque les heures, le deuxième bat les secondes, le troisième indique le quantième du mois et le quatrième repré- sente tout le mécanisme de l'ouvrage ; ce bijou est des plus nouveaux et des plus agréables ; prix : 960 livres.

Tabatières, flacons en or avec carillons sur des airs nouveaux ; même prix.

Une pagode chinoise, travaillée en philigramme, d'une délicatesse comme il n'en est pas encore paru en Europe, pouvant faire un ornement de cheminée ; prix : 2.400 livres.

De très beaux lustres en stras, à six branches, du prix depuis 900 livres jusqu'à 1.100 livres. Beaucoup d'autres ouvrages idem.

Jolis seaux d'argent travaillés à jour, dorés au mate, doublés de crystal. Idem en argent sans dorure.

Nouveau modèle de salière double et simple.

Moutardiers et autres ouvrages en argent, à jour, doublés de verre bleu, pour le service de table.

Cassettes renfermant les outils pour travailler à la menuiserie, à 140 livres très complettes.

Idem, plus fournies d'outils, 192 livres.

Etuis et bonbonnières en bergamote, couvertes de petits grains, représentant divers sujets de fleurs.

Cages d'oiseaux en bois de rose et ivoire.

Très beaux vases en marbre de Paros, dont le tout représente la Naissance de Bacchus, copié d'après l'antique en bronze doré au mate ; 600 livres la pièce.

D'autres idem dans le goût étrusque, à 360 livres la paire ; et un nombre infini d'autres pièces nouvelles en bronze dorées au mate et supérieurement finies.

Assiettes à l'eau chaude, en tôle, amalgamées d'argent.

Idem, en terre de lait.

Serpettes, greffoirs, etc., en acier fondu, pour la poche, que l'on peut adapter au bout d'une canne.

Pendules dorées au mate représentant une prière à l'Amour ; prix : 1.320 livres.

.ES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. IX

Collection de camées durs en pierres semi-précieuses :

Bracelet et collier. Broches et pendentifs. Début du xixe siècle.

(Collection H.-R. D'Allemagne.)

LE MAGASIN DU «PETIT DUNKERQUE» 11

En jouets d'enfans : le char de Vénus, le chasseur, la brouette, pièce mécanique et celles qui paraissent depuis six ans, tant en mécanique qu'inanimées ; lanternes magiques à 24 livres, à douze verres, qui font autant d'effet que celles que l'on fait voir en ville. En surprise, le tonneau de Diogène, cafetière du Levant, lanterne de nuit, etc..

D'autre part, le Cabinet des modes publiait, en 1786, les annonces

suivantes :

Bijoux les plus nouveaux et du meilleur goût (Cabinet des modes du 1er janvier 1786.)

Bagues en forme de pyramide antique gravées en hiéroglyphes hébreux.

Boutons de manche, idem.

Clefs de montres renfermant un cachet à deux faces.

Bonbonnières, tabatières, étuis, montres, etc., chaînes émaillées à queue de paon.

Idem, en émaux factices.

Tabatières en écaille factice avec tableaux en relief des nouveaux monuments de Paris.

Idem, avec baromètre à cadran d'émail.

Chaînes de montres à paillettes d'acier.

Bracelets brodés en perles d'acier sur velours.

Pinces à feu en badines d'acier taillées en diamants.

Nota. On fait à présent beaucoup d'ouvrages de ce genre en acier imités de l'anglais, qui sont du plus beau poli et d'un fini précieux.

Tous ces bijoux et beaucoup d'autres nouvellement inventés se trouvent chez le sieur Granchez, au Petit Dunkerque.

Bijoux du goût le plus distingués qui se trouvent chez le sieur Grancher (Cabinet des Modes, 15 février 1786.)

Bagues avec bouquet composé de petits diamants sur composition bleue.

Bracelets à plaquettes d'or à jour avec cadenats.

Bonbonnières en cristal factice ornées d'or et d'émaux.

Montre plate en or émaillée à queue de paon, cadran de 2 pouces de diamètre, chiffres arabes rangés littéralement.

Flèches en diamant pour attacher les fichus. Il se fait des chiffres pour le même usage.

Ciseaux à branches d'acier, ornées d'or, d'argent ou de pierres de Cayenne.

Grand cachet à deux faces garni de perles fines.

Sacs à ouvrage en bateau, dits à l'anglaise.

Bourses à filet en soie parsemé de fleurs brodées au tambour, garnies de coulants et franges en perles d'acier.

Fausse montre à 2 cadrans d'émail, un côté servant de baromètre, l'autre de boussole.

Boutons d'acier poli avec lettre en chiffre gravée.

On demeure confondu en voyant la diversité et la richesse de tous les articles qui étaient vendus par le sieur Granchez. De cette longue et un peu sèche nomenclature nous pouvons tirer une leçon : c'est que le peuple fran- çais et particulièrement les Parisiens ont été, de tout temps, des gens de goût, aimant les belles choses, sachant les apprécier et ayant le courage de les payer à leur juste valeur.

12 LA BIJOUTERIE

Combien peu de tous ces charmants colifichets sont parvenus jusqu'à nous ! Beaucoup ont été perdus, brisés, transformés... Mais la plupart ont leur perte au métal précieux dont ils étaient composés ou recouverts et c'est la richesse même de leur parure qui les a conduits tout droit au creuset (1).

DEUXIEME PARTIE

LA BIJOUTERIE 1. Les bijoux dans la Préhistoire et dans l'Antiquité

Si nous ne craignions de nous faire honnir par la plus charmante moitié du genre humain, j'ai nommé ici la compagne fidèle de nos travaux, de nos joies et de nos peines, je dirais que les bijoux consti- tuent un reste de sauvagerie, un besoin immodéré et souvent irra- tionnel d'ajouter quelque chose à l'œuvre du Créateur, idée que la perver- sion de notre goût a fini par accueillir et même par trouver indispensable.

La bijouterie peut être considérée comme la traduction directe de la manière d'être de celui qui la porte, de ses usages, de ses pensées, de sa situation sociale ; elle nous apprend à connaître l'état d'une civilisation et, en nous faisant pénétrer au cœur de la société, elle nous initie à ses mœurs, à ses rêves de luxe, à ses secrets de toilette.

Aussi loin qu'on puisse remonter dans l'Antiquité, on voit que l'homme a aimé les bijoux, car la vanité n'est nullement une invention moderne. Avant même de s'habiller, l'homme a porté des parures et les troglodites n'avaient pour costume qu'un collier composé soit de coquillages, soit de dents d'animaux, soit même d'éclats de silex.

Plus tard, quand le bronze fit son apparition, les bijoux furent fabri- qués avec ce métal et dans nos Musées nationaux on peut voir de nombreux bracelets, des colliers, des torques, des fibules, etc.. composés avec cette matière.

(1) M. Le Secq des Tournelles a sauvé beaucoup de ces objets en tant qu'ils répondaient à la ligne de conduite qu'il s'était fixée, de rechercher les objets de fer ou d'acier des derniers siècles. Il a ainsi empêché beaucoup de ces pièces de passer à l'étranger et c'est un titre de plus qu'il s'est acquis à notre admiration et à notre reconnaissance.

LES BIJOUX AU XVe SIÈCLE 13

Puis vinrent les bijoux d'or, d'argent, de fer et même d'acier, car ce métal remonte à une époque très ancienne.

Les Orientaux allièrent de bonne heure les pierres précieuses aux bijoux.

Les Egyptiens avaient de fort beaux bijoux qui, souvent même, étaient décorés d'émaux aux couleurs vives.

Les bijoux étrusques ont un cachet tout particulier qui plut aux Grecs et aux Romains : aussi ne se firent-ils pas faute de les copier.

II. Les bijoux, au Moyen A^çe

Pour se faire une idée de ce qui constituait le luxe au Moyen Age, on ne saurait mieux faire que de reproduire la déclaration rythmée d'Eustache Deschamps, écuyer et huissier d'armes de Charles V, qui a indiqué dans de naïves poésies quels étaient les bijoux dont toute femme noble devait être parée :

Et sces tu qu'il fault aux matronnes

Nobles palais et riches trônes

Et à celles qui se marient

Qui moult tost leurs pensers varient

Elles veulent tenir d'usaige

D'avaoir pour parer leur mesnaige

Et qui est de nécessité

Outre ta possibilité

Vestemens d'or, de draps de soye

Couronne, chapel et courroye

De fin or, espingle d'argent.

Et pour aler entre la gent

Fins couvrechiefs à or batus

A pierre et perles dessus ;

Tissus de soye et de fin or...

Encore voy-je que leurs maris

Quand ils reviennent de Paris,

De Reims, de Rouen, de Troyes,

Leur apportent gans et courroyes,

Pelices, anneaulx, fremillez,

Tasses d'argent ou gobeletz,

Pièces de couvrechiefs entiers,

Et aussi me fust bien mestiers

D'avoir bources de pierreries

Couteaulx à ymaginerie

Espingliers tailliez à esmaulx...

{Poésies morales et historiques d'Eustache Deschamps.)

A cette époque de profonde piété, l'orfèvrerie produisait une grande quantité de petits reliquaires portatifs et de bijoux à sujets saints, des miroirs, des écritoires, des couteaux-trousses, etc..

III. Les bijoux au XV» siècle

Les productions de l'orfèvrerie du xve siècle sont à peu près les mêmes que celles du xive, mais les compositions ont moins de simplicité, moins

14 LA BIJOUTERIE

de modelé dans leurs figures et moins d'élégance dans les formes, le fini du travail et sa délicatesse sont poussés à l'extrême.

A cette époque, les bijoux sont accompagnés de «dandins», sortes de petites clochettes ou grelots.

1408. Trois chayennes d'argent longues ou pendent plusieurs dandins tor- tissez {Inv. des Ducs et Duch. d'Orléans, f. 20) (Gay. Gloss. Arch.)

Dans l'inventaire des ducs de Bourgogne (1393) on relevait déjà la mention de ces accessoires : « Pour deux colliers d'or à deux dandins. »

La Renaissance a produit des œuvres très remarquables et en grande quantité.

IV. Bijoux à devises parlantes au XVIe siècle

Sous François Ier, les principaux personnages de la cour se parèrent immodérément de bijoux et beaucoup d'entre eux empruntèrent à la toilette féminine certains de ses ornements.

Les bijoux de cette époque avaient un caractère particulier ; ils cher- chaient l'esprit, couraient après le symbole et volontiers faisaient de la morale. Des chiffres, des inscriptions, des devises se mêlaient à leur orne- mentation et leur donnaient, en quelque sorte, une valeur littéraire.

Marguerite de Navarre, sœur de François Ier, avait mis cet usage à la mode. Esprit ingénieux et galamment mystique, elle excellait à com- poser des devises : elle en composa même pour les maîtresses de son frère.

V. Bijoux en émail cloisonné sur cristal

Dans la seconde moitié du xvie siècle, les artistes orfèvres français adoptèrent un genre d'ornementation très curieux et d'une délicatesse extrême : c'est celui des émaux cloisonnés sur cristal. Les artistes gravaient en creux sur cristal des rinceaux, des ornements et des arabesques comme s'il s'était agi de champlever le métal et dans les entailles pratiquées d'un demi-millimètre à un millimètre de profondeur, on introduisait une mince feuille d'or pour en tapisser le fond et les parois perpendiculaires auxquels on la faisait adhérer par pression. Dans la petite caisse d'or ainsi préparée, on introduisait des pâtes d'émaux colorés d'une fusibilité extrême, de manière que la fusion put s'opérer sans altérer ni l'or, ni le cristal qui, au surplus, était soumis à un nouveau polissage. Ce procédé d'ornementation du cristal de roche présentait de grandes difficultés, aussi imagina-t-on de faire sur verre, ce qu'on ne parvenait qu'à grand peine à faire sur cristal de roche, le verre employé pouvant subir sans altération une chaleur beau- coup plus intense que celle nécessaire pour faire entrer l'émail en fusion.

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. X

, Bijoux en strass montés sur argent :

Boucles d oreilles, épingles, ornement de coiffure, boutons, agrafes de chapeau. Travail espagnol xvni« siècle

(Collection H.-R. D'Allemagne.)

LES BIJOUX A LA MODE SOUS LOUIS XVI 15

VI. Bijoux «le deuil

La mode des bijoux de deuil remonte à une époque assez ancienne. Le goût singulier et maladif qui caractérisa le règne de Henri III, se mani- festa dans l'exécution des bijoux que portaient le roi, ses courtisans et leurs maîtresses. Henri III, à la mort de sa favorite, n'hésita pas, en signe de chagrin, à faire parsemer son pourpoint de larmes d'argent et de têtes de morts. Les bijoux de ce genre furent alors mis à la mode du jour et Brantôme, dans ses Mémoires, nous apprend que les veuves avaient pris, à cette époque, l'habitude de porter sur leur poitrine « des têtes de morts peintes ou gravées ou eslevées, os de trépassez mis en croix ou en lacs mortuaires, larmes de jayet ou d'or maillé».

VII. Décoration des bijoux au XVIIIe siècle : le style à la grecque

La décoration générale des bijoux subit une évolution très marquée au xvme siècle. L'affectation de la simplicité qui, sous le nom de style à la grecque avait été un des caprices de Mme de Pompadour et dont la tradi- tion fut reprise plus tard avec un goût plus épuré par Marie-Antoinette, donna aux joyaux du xvme siècle, un caractère commun dans le choix des emblèmes et des symboles. Sauf au début de ce siècle, les femmes portent sur une gorge à découvert des croix et de petits Saint-Esprit en diamant, on ne rencontre plus guère dans ces bijoux, avec le trophée héroïque, que des symboles d'amour : Deux cœurs traversés par une flèche, l'ancre de l'espérance, un cœur avec les armes de Gupidon, deux rubans unis en rosette, l'arc et le carquois dans un cor de chasse, un cœur entre deux colombes, le carquois ailé.

L'emploi des chicorées, des coquilles propres au style roccoco de pro- venance germanique, précéda l'époque de Marie-Antoinette. La pureté de style était mise en oubli, on recherchait le maniéré, le bizarre, sous prétexte de se débarrasser des lourdeurs préférées sous Louis XIV. Claude Ballin neveu, Thomas Germain et Just-Aurèle Meissonnier, furent d'habiles met- teurs en œuvre du genre rocaille et d'après eux, les joailliers produisirent des bijoux très gracieux et d'un fini remarquable.

VIII. Les bijoux à la mode sous le règne «le Louis XVI

Nous ne possédons malheureusement pas beaucoup de documents précis sur la bijouterie et sur ce que les journaux de modes dénommaient « Objets du meilleur goût » ; les auteurs contemporains sont assez avares de descriptions et de détails typiques sur tous ces menus accessoires de la toilette. Pour expliquer la pénurie de renseignements que nous avons sur tous ces objets ainsi que le peu d'exemplaires que nous on rencontrons,

16 LX BIJOUTERIE

il est bon de rappeler que le goût du bibelot, à proprement parler, ne date que de la seconde moitié du xixe siècle. Ce sont les Goncourt qui, les pre- miers, ont eu l'idée de réunir les souvenirs du xvme et ont commencé à mettre à la mode les collections de ces spécimens d'un art charmant. Pour pouvoir donner une idée à peu près exacte des menus objets destinés à la parure qui se fabriquaient au temps de Louis XVI, il nous a semblé que la méthode la plus simple consistait à recourir encore une fois aux annonces que publiait le fameux Granchez, l'avisé propriétaire du magasin du « Petit Dunkerque ».

C'est ainsi que le Journal des Modes du 1er décembre 1785 nous donnait la liste des bijoux à la mode :

Bague carrée à l'anglaise formant boucle, avec un chaton en « enfantement » rapporté sur une plaque d'or émaillé.

Bagues longues à huit pans.

Pendants d'oreilles Mirza simples en or et Mirza en or émaillé.

Les grands anneaux branlants, les plaquettes, les anneaux à perles et les anneaux d'oreilles unis.

Les bracelets en feuillage ou en simple entourage de diamants.

Les colliers à feuillages et formés de chatons.

Les chaînes de montres à 2 et à 3 branches avec la plaque émaillée.

Les chaînes en brillants à 2 et à 3 branches avec des glands de diamant.

Les chaînes émaillées en bleu avec des étoiles de diamant sur les plaques et sur es branches.

Le 15 décembre, le même Journal des Modes nous donne un nouveau

choix de bijoux :

Boucles d'oreilles et colliers en perles d'or, doublés et taillés à facettes, lapidés et polis sur le moulin.

Boucles d'oreilles et colliers, bracelets, coulants de bourses, épingles, chaînes de montres en or, taillés et lapidés sur le moulin.

(Nota. Ces ouvrages ne sont jamais faits qu'en acier ; ils sont d'un plus grand effet en or.)

Boucles pour hommes à double rang de perles d'or entrelacées de brillants d'argent.

Cordons de montre en soie à boucle et large clef d'or ou cachet à talisman.

Boutons d'habit à 8 pans dits « au firmament », fond bleu parsemé de pierres blanches.

Bagues entourées de brillants, au milieu pavé de pierres de diverses couleurs.

Boucles pour femmes, à pierre, carré long, composées de chatons brisés sans chappe ; cousues sur le soulier, elles prennent la forme du coup de pied.

Bagues avec bouquets faits en perles fines sous cristal, entourées de pierres de couleur.

Boucles de femmes à lentilles de composition bleue, avec enfantement de pierres de Cayenne.

Epées en argent avec perles d'or rapportées.

Chaînes de montres à maillons d'agathe herborisée, montées en or.

Le 1er janvier 1786, les « Bijoux les plus nouveaux et du meilleur goût » vendus au « Petit Dunkerque», étaient, suivant le Journal des Modes : Bagues en forme de pyramide antique, gravées en hiéroglyphes hébreux.

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XI

Pendentif, collier et boucles d'oreilles ornés de diamants taillés en rose montés sur argent. Travail hollandais.

Aigrettes pour l'exportation en Orient. xvmc siècle. (Collection II. -K. D'Allemagne.)

INFLUENCE DE L'ANTIQUITÉ 17

Boutons do manche de la même façon ;

Clefs de montres renfermant un cachet à deux faces.

Bonbonnières, tabatières, étuis, montres et chaînes émaillées à queue de paon ou en émaux factices.

Tabatières en écaille factice avec tableaux en relief des nouveaux monuments de Paris ou avec baromètre à cadran d'émail.

Chaînes de montres à paillettes d'acier.

Bracelets brodés en perles d'acier sur velours.

Pinces à feu en badines d'acier taillées en diamants.

Le 15 février, Granchez faisait annoncer par le Cabinet des Modes que les «bijoux du goût le plus distingué» qu'on rencontrait dans son magasin étaient les suivants :

Bague avec bouquet composé de petits diamants sur composition bleue.

Bracelets à plaquettes d'or à jour avec cadenats.

Bonbonnières en cristal factice, ornées d'or et d'émaux.

Montre plate émaillée à queue de paon, cadran de 2 pouces de diamètre, chiffres arabes rangés litéralement.

Flèches en diamant pour attacher les fichus ; il se fait des chiffres pour le même usage.

Ciseaux à branches d'acier, ornées d'or, d'argent et de pierre de Cayenne.

Grand cachet à deux faces, garni de perles fines.

Sacs à ouvrage en. bateau, dits « à l'anglaise. »

Bourses à filet en soie parsemé de fleurs brodées au tambour, garnies de coulants et franges en perles d'acier.

Fausses montres à deux cadrans d'émail, un côté servant de baromètre, l'autre de boussole.

Boutons d'acier poli avec lettres en chiffre gravées.

Sous la Révolution, on mit les bijoux en rapport avec les idées avancées du moment.

IX. Influence de l'Antiquité dans la décoration des bijoux

Sous le Directoire, la mode, d'abord incertaine, ne tarda pas à revenir au style en honneur pendant les dernières années de la monarchie, tant il est vrai que la mode est une roue qui tourne éternellement sur elle-même. Ce style qui avait pris naissance sous l'inspiration de Mme de Pompadour, avait coïncidé avec le très important mouvement littéraire et archéologique provoqué par la découverte de Pompéi, en 1755, et avait eu pour but de réagir contre l'abus du genre rocaille mis à la mode par Oppenord, élève de S. -H. Mansard. Malheureusement, le Directoire ne fit qu'augmenter presque jusqu'à l'exagération ce retour à l'Antiquité et on vit alors les mer- veilleuses et les élégants, vêtus de légers péplums à la romaine, porter trois bracelets à chaque bras, l'un près de l'épaule, l'autre au-dessous du coude et le troisième au poignet ; des bagues aux deux mains et à tous les doigts, de grands anneaux ronds aux oreilles et une large plaque de ceinture sous les seins.

A plusieurs reprises, cependant, momentanément infidèle à l'Antiquité,

18 LA BIJOUTERIE

la mode s'inspira des événements d'actualité et, en l'an VIII, il était du « suprême bon ton » de porter les emblèmes mis en faveur par la campagne d'Egypte : les bijoux étaient alors des scarabées, des sphinx, des obélisques, mais en réalité la mode prépondérante à cette époque, fut celle imposée par David, qui imprégna de son goût excessif pour l'Antiquité, tout ce qu'on fabriqua à ce moment.

X. De l'emploi des intailles et fies camées

Le goût pour les intailles et les camées antiques était des plus prononcé, aussi les bijoutiers en décoraient-ils tous leurs joyaux : colliers, bandeaux, bracelets, boucles d'oreilles, etc..

Sous le Consulat et l'Empire on exécuta un grand nombre de bijoux à l'aide de cheveux ou de pierres symboliques. Ces pierres n'avaient ni grande valeur, ni beauté particulière; on n'exigeait d'elles d'autre mérite que de porter des noms commençant par des initiales qui, placées dans un ordre convenable pouvaient composer des mots, des devises ou des noms. (Voir notice sur les bagues page 25).

Les sujets reproduits sur les camées étaient encore l'objet d'une recherche

particulière, de même que le nombre de ces pierres était limité. En effet,

le Journal des Dames et des Modes du 20 Germinal an XII, conseillait ainsi

ses lecteurs :

Les antiques pour colliers et bandeaux sont plus à la mode que jamais ; on n'en met pas moins de 5 ; les têtes les plus sévères, celles à moustaches les plus fortes, à menton le plus barbu, sont les plus recherchées.

Un an plus tard, le 20 Germinal an XIII, le même organe, nous initie

au goût du jour :

Les femmes fatiguées de leurs perles et de leurs diamants ont remis en vogue les antiques. Quand on ne peut avoir de véritables pierres antiques, on a des pâtes moulées ou des coquilles sculptées qui imitent les antiques. Pour être dans le dernier genre, il faut qu'une femme porte autour de son col la suite complète des empe- reurs romains, depuis César jusqu'à Néron, depuis Néron jusqu'à Constantin.

XI. Emploi de la mosaïque, de l'ambre et du corail

En 1806, une nouvelle ornementation vint concurrencer les diamants,

les antiques, les perles et les coquilles sculptées, dans la fabrication des

bijoux servant de parures aux dames :

C'est, dit le Journal des Dames et des Modes du 5 mars, une garniture de mosaïques rattachées par des serpents en or. Ces mosaïques représentent ordinairement des oiseaux. Un écrin complet de ce genre est appelé « une volière de Clarisse ».

Un an plus tard, le Journal des Arts et des Sciences nous décrit ainsi

les colliers à la mode alors (8 janvier 1807) :

Cinq à six rangs de petits grains de corail ou de grosses perles d'ambre, voilà

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XII

10

16

17

22

13

18

14

19

24

15

20

21

23

25

Camées ayant été employés dans la bijouterie pour monter des broches, des bagues ou des pendentifs. XIXe siècle.

(Collection II. -K. D'Allemagne.)

LA MINIATURE EMPLOYÉE DANS L\ BIJOUTERIE 19

les colliers courants. Les plus recherchés par les élégants présentent l'image de cette coquille mystérieuse et divine dont Vénus fit usage pour enivrer Adonis et Mars.

Le Journal des Dames et des Modes du 10 septembre nous indique ainsi

la mode des colliers :

La grande mode des colliers, c'est de les avoir avec une croix, le collier d'une façon, la croix de l'autre. Avec un collier de perles on porte une croix de turquoises ; avec un collier de corail on porte une croix de diamants.

Cependant comme la croix n'était pas prisée par tout le monde, les

bijoutiers avaient en réserve d'autres attributs et le même journal, à la

date du 26 septembre, nous annonce que « quelquefois en place de croix,

on met à un collier d'or une fleur de pensée en pierres fines : deux améthystes

trois topazes et un diamant dans le milieu... Si l'on veut on met une éme-

raude (au milieu). »

XII. Les bijoux eu or sous le i Empire

De 1806 à 1809, les femmes élégantes se couvrirent de bijoux d'or ; aux doigts les bagues s'étageaient, au cou elles portaient des colliers qui en faisaient jusqu'à huit fois le tour ; les oreilles étaient ornées de pende- loques lourdes et massives ; aux bras serpentaient des bracelets de toutes les formes qui étaient décorés de ciselures et d'émail ; les colliers de perles en torsades ou en franges s'enroulaient aux cheveux disposés ou tordus en bourrelets sur le devant de la tête. La vogue des peignes fut très consi- dérable: ils étaient de toutes formes et se plaçaient tantôt droits sur le sommet de la tête, tantôt obliquement sur le côté.

Parmi les colliers, le plus apprécié était le collier « au Vainqueur » : il formait un jeu de mot et était composé de vingt cœurs de matières variées : l'un était en cornaline, l'autre en sardoine, en grenat, en lapis, en malachite, en améthyste, en agate, en bois de palmier, etc..

XIII. La miniature employée dans la bijouterie

L'usage inconsidéré des bijoux finit par causer leur perte et quelques années avant la chute de l'Empire, le « suprême bon ton », pour une femme honnête, fut de remplacer tous ses bijoux par des schalls, des écharpes, des cachemires que retenaient de grandes broches ovales figurait, peint en miniature par Isabey ou ses émules, quelque bel officier se couvrant de gloire sur les champs de bataille de l'Europe.

Pendant ce temps, les dames de la Halle portaient au cou des portraits militaires peints dans de grands médaillons ovales ; les paysannes et les femmes de chambre avaient repris les croix « à la Jeannette», qui s'étaient cachées pendant la Révolution .

20 LA BIJOUTERIE

XIV. Les eroix « à la Jeannette »

On a donné diverses interprétations de l'origine du nom des croix

«à la Jeannette»; suivant les uns, il proviendrait d'une actrice qui, sous

le nom de Jeannette partageait avec Jérôme (l'acteur Volanges), la faveur

du public dans une pièce intitulée Jérôme pointu. L'Observateur des Modes,

de 1826, cependant, conteste cette origine et lui oppose celle-ci :

De temps immémorial les servantes, dans nos campagnes, portaient des croix d'or suspendues à un ruban noir ; on appelle ces croix Jeannette parce qu'elles se donnent ou s'achètent à la saint Jean, époque ordinaire des changements de con- dition.

Gomme au siècle précédent, les breloques étaient fort à la mode pour

les hommes : le cordon de soie qui avait remplacé la chaîne sortant du gousset

en supportait un paquet souvent très volumineux.

XV. Motifs divers :V la mode sons l'Empire

De 1804 à 1814, la joaillerie fut très prospère, mais tous les objets établis pendant cette période étaient dépourvus de modelé et de pièces rap- portées ou superposées. Les ornements se composaient de grecques, de palmes, de culots, d'arcades, de trèfles, de quadrillés et d'entourages. La véritable caractéristique de la bijouterie de cette époque réside dans l'emploi des camées.

Les camées sur coquilles furent une spécialité italienne et c'est à Naples qu'était le centre de cette fabrication. Les demandes étaient alors si consi- dérables que les fabriques italiennes de coquillage sculpté étaient impuis- santes à répondre aux demandes qui leur étaient faites. On eut alors l'idée de fabriquer d'une manière industrielle des camées en porcelaine et ce genre de production était devenu si florissant qu'à l'Exposition du Louvre, en 1819. trois fabricants se disputaient la faveur du public. M. le Chevalier de Saint-Amand, boulevard Montmartre, au magasin des cristaux du Mont- Genis ; M. Lelong, fabricant d'émaux de porcelaine en relief, rue des Colonnes, 13 et M. Desprez, sculpteur fabricant de camées, rue des Récolets, 2.

Le rapporteur du jury d'admission avait particulièrement remarqué

l'exposition de M. le Chevalier de Saint-Amand et dans son mémoire il lui

avait consacré la notice suivante :

Collection de camées, peintures métalliques, émaux et impression sur porce- laine, incrustés dans le cristal. C'est à M. le chevalier de Saint-Amand que nous devons particulièrement cette intéressante branche d'industrie, capable de donner une extension considérable au commerce des cristaux de luxe et d'usage domestique.

A l'usage des personnes de la classe plus modeste, on montait diverses pierres dans des montures en or décorées d'une sorte d'ornementation assez semblable aux grosses cordes de violon entourées d'un fil ténu de

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XIII

12

19

13

14

17

21

15

Croix à la Jeannette, croix russes reliquaires, croix en cristal montées eu or et en argent xvme et xixe siècles.

(Collection H.-R. D'Allemagne.)

DESTRUCTION DES ANCIENNES PIÈCES D'ORFÈVRERIE 21

métal. Cette sorte d'ornementation, appelée «cannetille», s'appliquait généra- lement à plat et s'entremêlait souvent de feuilles minuscules ou de petites rosaces estampées : elle rappelait un peu le filigrane et la mode s'en pro- longea pendant toute la Restauration et une partie du règne de Louis- Philippe (1).

XVI. Bijouterie en strass

L'emploi des pierres de couleurs dans la décoration des bijoux de prix se répandit surtout après 1758 ; mais une autre mode jouit d'une vogue considérable : ce fut l'emploi de ces imitations du diamant qu'on a dénom- mées «strass» et qu'on retrouve à la fin du xvme siècle et pendant une partie du xixe siècle, aussi bien sur les bijoux que sur les armes de parade.

Le strass était à l'invention d'un habile orfèvre allemand qui donna son nom à ces pierres fausses employées alors dans la décoration d'un grand nombre d'accessoires du costume.

L'industrie du strass passa en France au début du xixe siècle et vers 1819 elle était une des spécialités du commerce parisien qui en exportait de grandes quantités à l'étranger : c'est du moins ce que nous apprend le Rapport du jury d' admission à l'Exposition du Louvre en 1819.

Bijoux en strass. Douhault-Wieland, chimiste et fabricant joaillier, rue Sainte- Avoye, 19.

La fabrique de M. Douhault fournit depuis plusieurs années la France, l'Espagne, le Portugal, l'Allemagne, la Pologne et la Russie. Elle rivalise avec tout ce que la joaillerie peut produire de plus parfait en pierres fines.

Deux autres commerçants avaient exposé des produits en strass : M. Bourguignon, bijoutier, rue Michel-le-Comte, 18 et M. Mention, rue des Blancs-Manteaux, 41.

XVII. Destruction tles anciennes pièces d'orfèvrerie

Il n'y a pas très longtemps, on regardait avec une pitié quelque peu méprisante les amateurs qui recherchaient les objets d'origine et d'appa- rence quelque peu modestes. Ces pièces, pour humbles qu'elles soient, méritent cependant notre attention, car elles sont souvent la réplique en métal commun des belles pièces qui, au xvne siècle, avaient été exécutées en matière précieuse pour la maison du roi ou pour les palais des riches seigneurs de la cour. Il ne subsiste, en effet, pour ainsi dire plus rien des pièces d'argenterie antérieures au siècle de Louis XIV, car dans un moment de pénurie financière, le grand roi ordonna la destruction, pour être trans- formés en monnaie, de tous les objets façonnés en métal précieux :

(1) Le Musée Le Secq des Tournelles est particulièrement riche en bijoux d'acier et le savant collectionneur a eu un véritable mérite de se faire le Saint- Vincent de Paul de tous ces objets en les protégeant contre la destruction. (PI. CCVII à CCXXX.)

22 l'A BI.TOUTERIF

Le roi, dit Dangeau, veut que dans tout son royaume on fasse fondre et porter à la monnaie, toute l'argenterie qui servait dans les chambres, comme miroirs, chenets, girandoles et toutes sortes de vases et pour en donner l'exemple, il fait fondre toute sa belle argenterie, malgré la richesse du travail. Il fait fondre même les filigranes ; les toilettes de toutes les dames seront fondues aussi, sans en excepter celles de Mme la Dauphine.

La volonté royale fut obéie et pendant six mois, depuis le 12 décembre

1689 jusqu'au 19 mai suivant, les ouvriers de la monnaie ne furent occupés

qu'à mettre au creuset les merveilles de l'art du xvne siècle : cabinets,

tables, guéridons, coffrets, garnitures de cheminées, bordures de miroirs,

torchères, girandoles, bras de lumière, chandeliers, bassins, vases, aiguières,

cassolettes, caisses d'orangers, flacons, salières, sceaux, cages, écritoires,

gantières, alambics, etc., etc..

XVIII. Livres de modèles de bijouterie et d'orfèvrerie

Les artisans du xvne siècle ne se livraient pas toujours à la fantaisie de leur imagination pour la décoration des pièces d'orfèvrerie ou de bijou- terie qu'ils fabriquaient. Quand l'inspiration leur manquait, ils pouvaient recourir aux recueils que composaient les maîtres-dessinateurs de cette époque. A défaut de monuments réels sur la bijouterie et l'orfèvrerie des xvie et xvne siècles, c'est à ces recueils qu'il faut se reporter pour avoir une idée de leur style.

Alors, Français, Allemands et Flamands obéissaient aux mêmes inspi- rations, c'est du moins ce que nous pouvons constater en voyant les inscrip- tions bilingues qui ornent le plus souvent le frontispice des recueils de mo- dèles.

Parmi les plus anciens, il convient de citer celui de Pierre Woeiriot, à Bar-le-Duc en 1525 et qui était établi orfèvre à Lyon. Ses modèles pour les orfèvres, ses bijoux, ses gardes d'épées, ses anneaux, ses cachets, sont remarquables par l'heureux choix des motifs d'ornementation.

Les arabesques, imitées des damasquines orientales, que l'on retrouve si fréquemment dans les œuvres des dessinateurs du xvne siècle furent rendues familières dès 1554 par les estampes de Balthazar Sylvius qui les avait dédiés aux orfèvres et aux ciseleurs.

Daniel Mignot, d'Augsbourg (1595-1616) composa un recueil de mo- dèles de pendeloques formées de lanières découpées et combinées avec de longs rinceaux.

Estienne Garteron, de Ghatillon, composa des arabesques ou des figures chimériques se détachant en noir sur fond blanc : c'étaient des modèles de damasquinures et de niellures destinés à la décoration des montres, des fonds de miroirs ou de coffrets à bijoux.

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XIV

27

Bijoux en corail montés en argent doré Boucles d'oreilles, plaques de bracelets, agrafes, broches, collier, amulettes, monocle. xixe siècle.

(Collection H.-R. D'Allemagne.)

LA BIJOUTERIE DE PLOMB 23

Michel Leblon, orfèvre des cours de Suède et d'Angleterre, qui travailla longtemps à Amsterdam, composa un recueil de modèles de manches de couteaux, de boîtes de montres ovales et octogonales, de cartouches très découpés formés par un réseau de lanières.

Parmi les habiles orfèvres joailliers de la fin du xvne siècle, il faut citer Gilles Légaré, qui demeurait rue de la Vieille-Draperie, devant le Palais, à l'enseigne du «Barillet». Cet artiste composa un Livre des images d'orfè- vrerie qui fut édité par Mariette et deux autres recueils dans lesquels se trouvent un grand nombre de modèles de broches, de cachets, de bagues et de petites chaînes. Les pendeloques étaient formées par des perles en poires symétriquement suspendues à des nœuds d'or s'enchâssaient rubis et émeraudes. Dans ses cachets et dans ses chaînes de montre, il avait introduit des cœurs percés de flèches ou le carquois de l'Amour, des têtes de mort avec des ailes de chauve-souris ou des ossements artistement arran- gés en croix.

En 1663, Gilles Légaré était au nombre des orfèvres du roi.

Dans le dernier quart du xvne siècle, un artiste français, Simon Gri- belin, alla s'établir à Londres et quoiqu'il fut peintre de portraits au pastel et surtout graveur, il enseigna aux orfèvres anglais les délicatesses du goût français. En 1697, il édita, à l'usage des orfèvres anglais, un livre intitulé A book of ornaments usefull to jowellers, watch-makers and ail others articles, qui obtint un très vif succès.

TROISIEME PARTIE

BIJOUX-ENSEIGNES DE PELERINAGE I. La bijouterie de plomb antérieurement au XVe siècle

En dehors des bijoux civils destinés à la parure des plus riches et des plus puissants de la terre, il est toute une classe de bijoux qui demande à être prise en considération spéciale, car elle joue un rôle impor- tant dans les mœurs et coutumes de l'ancienne France : c'est ce que Ton pourrait appeler la bijouterie religieuse, plus communément connue sous le nom d'enseignes de pèlerinage. M. Arthur Forgeais s'est occupé de ces objets si typiques dans son ouvrage Plombs historiés trouvés au fond de la Seine. La plus grande partie de la collection rassemblée par cet émi-

24 BIJOUX-ENSEIGNES DE PÈLEHINAGE

nent écrivain est maintenant conservée au Musée de Gluny et elle est particulièrement curieuse pour l'étude de la vie civile et de la vie religieuse au Moyen Age.

II. Enseignes, Affiches, Affl<iuets

Jusqu'au milieu du xve siècle, ces enseignes avaient plutôt été consi- dérées comme des objets de dévotion que comme des accessoires de la parure. A cette époque, les hommes adoptèrent la mode de porter à leur chapeau un bijou qui prit le nom d'enseigne ou d'affiche. C'est, en 1458, sous Charles VII qu'on rencontre la première trace de cette mode.

Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici l'explication donnée

par M. de Laborde dans son Glossaire :

L'enseigne ou affiche était une plaque ou un médaillon qui marquait la livrée. La dévotion ou le caprice portait en guise d'enseigne une effigie de sainte ou quelque signe soi-disant puissant contre les maladies, contre le mal de reins, par exemple. Les églises, les abbayes, les lieux de i èlerinages, surtout, en frappèrent et en vendirent de toutes matières et en quantité innombrable. L'enseigne se portait au chapeau. Nous en donnâmes la mode en Italie lors de notre triomphante promenade conduite par Charles VIII.

1380. Troys enseignes d'or qui ont esté faites pour le mal de reins (Invent, de Charles V).

1425. A Jehan Martin, orfèvre demourant à Boulongne, pour une enseigne ou ymage d'or faicte en la révérence de Nostre Dame de Boulongne pour MdS, trois dorées et XIII d'argent pour aucuns chevaliers et escuiers de la compagnie de MdS (le duc de Bourgogne) derrenièreinent qu'il y fu en pèlerinage. (Ducs de Bour- gogne, 766. De Laborde. Glossaire.)

Pendant des siècles, le signe de reconnaissance qu'on imposa aux filles publiques et aux Juifs fut aussi appelé une enseigne : Par une ordonnance de 1363, nous apprenons que cette enseigne était qualifiée de « rouelle ».

On sait que Louis XI avait une dévotion toute particulière pour les

enseignes et qu'il avait fait coudre sur son chapeau une petite Vierge de

plomb, ainsi que plusieurs autres Saints auxquels il se recommandait dans

ses moments de découragement ou avant de prendre un parti :

1620. Du cabinet de curiosités : J'ay mémoire qu'il y a environ vingt ans que l'on m'y montra une petite image de plomb représentant la Vierge, que l'on tenoit estre la mesme que Louis XI portoit ordinairement à son chapeau, de laquelle parle Philippe de Commines au livre second de ses Mémoires, chapitre 8... elle étoit petite environ la longueur d'un doigt. (Le Père Daniel. Trésor des Merveilles de Fontainebleau.)

Au commencement du xvie siècle, l'enseigne semble avoir perdu son

caractère de dévotion pour devenir un simple objet de parure qu'on faisait

coudre de côté, sur le retroussis du chapeau. Au temps de François Ier,

le costume des hommes et surtout leur coiffure donnèrent aux orfèvres

de nombreuses occasions de montrer leur habileté. Tour à tour l'enseigne

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XV

SR>*^H

M

œsst

Plombs historiés : Enseignes de pèlerinage trouvées dans la Saône. Motifs religieux et décoratifs, jouets, frise à sujets de chasse. Du XVe au xix" siècle

(Collection R. Richebé.)

j/uJiét*£- Pfwtvtypi*. I .Ct/iin.

LES BAGUES DANS h' ANTIQUITÉ 25

fut un diamant ou une pierre précieuse enchâssée dans une monture d'or, une médaille, un émail, une pierre gravée, un camée, etc.. Tous les artistes s'évertuèrent à en varier les formes et la gravure en pierres fines produisit alors des chefs-d'œuvre.

Sous Henri II, les enseignes étaient devenues des prodiges de bijou- terie par le rapprochement de l'or et de l'argent ciselé ainsi que des pierres dures taillées ; les enseignes étaient alors devenues de véritables tableaux :

1534. Une enseigne d'or, pour mettre au bonnet, en laquelle y a une ystoire de relief avec ung grant dyament en table, servant d'une fontaine à la dite histoire. (Cptes royaux.)

1580. Une médaille entournée de rubis et diamants, pour servir et mettre en enseigne en un chapeau ou en un bonnet. (Brantôme.)

1599. Une grande enseigne, faite en plume, toute de diamans, y en a un grand à jour au milieu sur lequel est la peinture du Roy, le reste garny de diamans et y a un grand rubiz en cabochon et un autre en table, prisé sept mille escus. (Inverti, de Gabrielle d'Estrées.)

Vers la seconde moitié du xvie siècle, les hommes cessèrent de porter l'enseigne au chapeau, mais alors elle passa dans la coiffure des femmes et devint, par corruption de son nom « affiche », l'affique, l'affiquet ou l'affiquette.

QUATRIÈME PARTIE

ANNEAUX ET BAGUES I. Les bagues dans l'Antiquité

La mode de porter des anneaux aux doigts remonte à une époque très ancienne et on retrouve cet usage chez les Hébreux, en Grèce, en Egypte. Les anneaux romains unis ou garnis de pierres dures ou de camées ne sont relativement pas rares.

On sait que l'anneau pontifical et l'anneau pascal constituent les ornements indispensables du costume ecclésiastique. Dès le vie siècle, les chrétiens adoptèrent l'anneau comme signe de la consécration des évêques: c'était pour eux le sceau de la foi et de la protection divine.

A l'époque féodale, l'anneau devint un des gages de l'investiture.

(1) Le Musée Le Secq des Tournelles ne contient que de rares spécimens de ces enseignes. Nous citerons entre autres une clef en plomb, mince et plate qui remonte à la fin du xive siècle et qui était vraisemblablement destinée à être cousue au chapeau. (PI. LXX.)

4

26 ANNEAUX ET BAGUES

II. Les bagues aux XIII" et XIVe siècles

Jusqu'au xme siècle, l'anneau se portait à divers doigts, puis il se fixa définitivement à l'annulaire.

1250. Deus aniaus en ot en sa main destre. Et trois en ot en la senestre. (Li Romans des Sept sages.)

La mode de porter des anneaux était fort en honneur au xme siècle et dans les inventaires de cette époque on rencontre la mention de nombreuses pièces de cet accessoire du costume qui étaient enfilées sur de petits cylindres dénommés «doigts ou doigtiers» qu'on rangeait ensuite dans des écrins.

1260. 10 baculos continentes, 208 anulos rubetis et balesiis ; 2 baculos con- tinentes 66 anulos cum maragdenibus ; unum baculum continentum 20 anulos cum sapbiris ; unum baculum continentum 17 anulos cum diversis lapidibus. [Joyaux d'Henry III d' Angleterre, déposés au Temple.)

1328. Un doit il a 3 saphirs et une turquoise : un autre doit il a un gros balois percié, prisé 100 1. ; un autre doit au quel a un gros diamant en anneau. (Ini>. de Clémence de Hongrie.)

1399. 6 anneaux en un doit. (Inc. de Charles VI.)

1412. Un doittier de cinq dyamans en aneaulx d'or esmaillez, c'est assavoir un anel en façon de rabot... (Ducs de Bourgogne, 131).

1454. Le suppliant print furtivement aucuns anneaux ou verges d'argent estans en un doittier. (Lettres de rémission) (De Laborde Gloss).

Au xive siècle, la mode était de porter un certain nombre de bagues aux doigts :

1300. Quant ele est richement peue Et de bêle robe vestue, Qu'ele a aumosnière et coroie, Chapiaus d'orfroi et laz de soie, Fermaus d'argent et bons et biaus, Et les verges et les aniaus III ou IIII en chascune mains...

(Le Blasme des femmes. Ed. Jubinal. Jongleurs et Trouvères, p. 79.)

Au Moyen Age, l'anneau que l'on porte au doigt était désigné sous le nom de « verge ». Le mot bague, avant le xvie siècle, avait la signification de bagage, c'est-à-dire de toute chose se transportant à la main ou sur une voiture. Cependant dès le milieu du xve siècle, on commence à appliquer ce nom à des joyaux : boucles d'oreilles, pendentifs, etc..

1561. Le mollet (lobe de l'oreille) on pend volontiers les bagues. (A. Paré. Chirurgie. Liv. IV, chap. 10.)

1588. Une bague à pendre au col il y a une grande esmeraude accoustrée de figures autour et d'autres besongnes esmaillées, ladite esmeraude taillée à facette. (Inv. de prince de Condé, p. 141.) (Gay. Gloss. arch.)

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XVI

Sï?*:*;-,

*>

10

12

Enseignes de chapeau et plaquettes, accessoires de harnachement,

Plaques de coffrets, boutons, jetons de service. Du XIIIe au xvm° siècle.

(Collection R. Richebé.)

>

X

ce m

3 o

D û

UJ

o

73

o o

a -d

(3

'S

Si! «3

■d.

v o

MO <

a

o

S •a

M

CS u a a «

M

CQ

H

8

U

D Q

a

O

U

u <

8

ANNEAUX DE MARIAGE 27

III. Variété des bagues au XVIe siècle

Ce n'est qu'à la fin du xvie siècle que la bague devint ce qu'elle est restée depuis : l'anneau du doigt.

1599. Bagues à mettre au doigt. Un grand diamant en cœur taillé en pensée, esmaillé de gris, une devise dedans 600 escus. Un cabochon de rubis esmaillé de vert mis en griffe, 40 esc. Uns esmeraude gravée ou est la peinture du Roy, 40 esc. Une onice est taillée derrière la peinture du Roy, 6 esc. Une bague d'or faite à la turque garnie de 15 diamans et un cristal dessus est la peinture du Roy, 120 esc. Une bague d'or il y a une médaille d'acier gravée et le portrait du Roy, 2 esc. (Inv. de Gabrielle d'Estrées, fol. 25.)

1606. Bague. C'est proprement un anneau ou autre joyau, il y a pierre précieuse, une ou plusieurs. En pluriel, bagues se prend pour tous les affiquets d'or ou d'argent d'une femme, soient anneaux, pendans, carcans, fermeillets, chaines ou autres. (Nicot.)

1618. Une bague d'or avecq une monstre d'heure ou horloge, estimée 3 livr. (Inventaire du prince d'Orange, f. 34, v.)

IV. Anneaux de mariage

Parmi les bijoux qui agrémentaient le costume féminin, les alliances ont toujours conservé une assez grande simplicité. Primitivement l'anneau de mariage était en fer :

78. Nunc sponsae muneri ferreus annulus mittitur, isque sine gemma. (Pline. Hist. nat.)

Mais l'anneau de fer sans pierrerie indiqué par Pline comme étant d'un usage ancien, était devenu, dès le ne siècle, un riche anneau d'or : les chrétiens l'adoptèrent. Quelquefois, l'anneau était muni d'un chaton d'ai- mant pour symboliser l'union des époux.

Pendant le Moyen Age, l'anneau de mariage était dénommé «annel», quelquefois il était orné d'une pierre.

1316. Pour j annel et pour j fermail, que la royne li donna quand il prist famé. (Cptes royaux. De Laborde. Gloss.)

1416. Un annel il y a une pierre dont Joseph espousa Notre-Dame si comme dist Madame de Saint- Just qui donna ledit annel à Ms. {Inv. du duc de Berry. )

Quelquefois ces anneaux nuptiaux étaient agrémentés de devises ou d'inscriptions se rapportant à l'heureux événement. La première devise personnelle, dont on connaisse l'origine authentique, est celle qui fut prise par Saint Louis le jour de son mariage avec Marguerite de Provence :

Hors cet annel pourrions trouver amour.

Elle fut gravée sur l'anneau entrelacé de lis et de marguerites offert à la nouvelle reine et sur l'agrafe du manteau que Saint-Louis portait le jour de ses noces.

Le seconde inscription que nous pouvons citer est celle qui décorait un anneau nuptial trouvé en 1839 à Auzances, près de Poitiers, et qui nous

28 ANNEAUX ET BAGUES

est signalé par M. Victor Gay (Glossaire Arch., t. I, p. 35). Cet anneau se dédoublait en deux chaînons et portait à l'intérieur du cercle, en caractères du xve siècle :

Mo cuer est résouis aussi doit-il aimair Dieux, tandis qu'à l'extérieur on lisait :

A mo gré je ne puis mieux aieu choisi (ailleurs choisir.)

Généralement, sur les bagues, surtout sur celles considérées comme talismans en vertu des pierres qui les décoraient, on rencontre des inscrip- tions. Dans la tombe de Childéric on trouva une bague portant son nom et son portrait.

Sur la bague de Louis le Pieux on pouvait lire :

Domine protège Hludoicum imperatorem.

A l'époque de la Renaissance, les anneaux étaient dénommés «mariages» et ils étaient toujours agrémentés de deux pierres précieuses de couleurs différentes :

1528. Un petit mariage d'or aviecz ungne eymeraude et son petit rubis esmaillé de blanc fort ben. (Inv. d'Isabeau de Salmignac.)

1534. A Loys Baland, dit Lagastière, joyailler et lappidaire du roi, pour troys mariages de dyamans et de rubis, 20 esc. (Arch. nat. J. 962, 456.)

V. Bagues à la mode au XVIIIe siècle

La mode des bagues ne s'est jamais ralentie et, au xvme siècle, les

journaux ne manquaient pas de signaler les productions nouvelles des

marchands joailliers ; c'est ainsi que le Mercure d'avril 1775, annonçait

à ses lecteurs qu'ils pouvaient trouver chez Granchez, au « Petit Dunkerque» :

Des bagues d'or montées à l'antique avec portrait en relief émaillé sous crystal, du roi, de la reine, d'Henri IV, de l'empereur et de l'impératrice, gravés par Wurtz que l'on peut annoncer pour être le chef d'œuvre de ressemblance, au prix de 36 livres.

Dans le Cabinet des Modes, du 15 juillet 1786, nous trouvons la descrip- tion de quelques-uns des bijoux alors en faveur :

Les bagues sont très larges maintenant, bien différentes de celles qu'on faisait il y a moins de deux ans, qui n'étaient souvent composées que d'une grosse pierre enchâssée.

Un gros diamant, une grosse pierre brillante se met au milieu d'une pierre de composition ovale, carrée en losange, carrée unie, carrée à 8 pans. Au milieu de cette pierre de composition, le diamant est entouré d'autres pierres fines ou de roses, ou bien il est seul. La pierre de composition est entourée ou de diamants, de roses ou de perles ou elle est nue. Si la pierre du milieu n'est pas assez grosse, on en met deux plus petites aux deux bouts du chaton. Le plus souvent on entoure le chaton de petits diamants montés en étoiles et on appelle ces bagues «Bagues au firmament».

Les pierres de composition sont d'un fond vert, bleu de ciel, violet, puce, jaune ou gris.

Au lieu de pierres blanches au milieu du chaton, on met des pierres de couleur

s

■a v .Sô

as

H

o .

o -*-»

-v d 'd u

M tfl i* -

£*§

.S U *d

s a g

SJ3

m y _. d i- o

ai <j «

«■fi 3

■3 a

u"0

a -

§° «8 51

<!< <"

«^

3

M

ta

M

X

><

W

y -

a

QJ

<u

" a

tu es

3 S

«^ -p

■s '•

o rt Z a

t/1 +j

13

n

tn >>

cd Ph

3

tn

w J

O

D Q

H W

S

D H

U

D Q

o

8

<

EU)

3 a

3 M

pq

X X

o >

a

OJ

m -u C

S

o

4*«*

3^ O ^

SB"

ta S 73 *

M3^ </> -c 3 a a o -*> tu ■ri s -*-■

.«•u o (fi JJ

aïs y o

T3 "3

."3 <-> Ù « =3

S >

o « m

3

SB « = 2

'3

a

os

O

Q

H

LU W

H c/3

O U

Û OS

o

u

<

v

3 M

ta

n

X X

60

tf)

V

.ÏO

02 UJ

J

3 o

D

a

H

lu

H c/) O <J

D Q

02

O en

[2 O

u

<

oo

CM

30

s3

(U

60 (S

liAGUES «A LA POIGNÉE DE MAINS » 29

en observant d'unir comme il faut la pierre de composition du chaton avec la pierre enchâssée. Il faut que la pierre du chaton fasse ressortir la pierre enchâssée d'une manière qui flatte l'œil. On appelle ces bagues «Bagues à l'enfantement ». Si larges qu'elles soient, elles sont pour les femmes comme pour les hommes.

On trouvait ces bagues au magasin du sieur Maricand place Dauphine on rencontrait également toutes sortes de joaillerie, tels que mirzas, médaillons, «croix à la Jeannette», etc..

VI. Bagues patriotiques

La Révolution qui avait voulu tout innover, aussi bien dans le domaine de la religion, de la politique que du goût, ne pouvait manquer d'exercer son influence par Fapparition de bijoux franchement patriotiques. C'est ainsi que Palloy, le démolisseur de la Bastille, livra au commerce des bagues de fer dans lesquelles étaient enchâssées des pierres provenant de la célèbre forteresse. Ces bagues étaient appelées « Bagues à la Constitution » ; elles devinrent très populaires. h'Obserçateur des Modes, du mois d'août 1789, nous apprend qu'on les désignait aussi sous le nom de « Rocamboles ».

Ensuite apparurent les bagues « à la Marat »; elles étaient en cuivre rouge avec plaques d'argent estampé représentant les trois martyrs de la liberté : Marat, Chalier, Le Pelletier de Saint-Fargeau.

L'année 1790, d'après le Journal de la Mode, du mois de juin, fut marquée par l'apparition des « alliances civiques ». Fermées, ces alliances figuraient un simple anneau ; ouvertes, elles montraient leur cercle intérieur émaillé de bleu, de blanc et de rouge ; elles portaient la devise : « La Nation, La Loi, Le Roy ».

Aux « alliances civiques » succédèrent les « alliances nationales » dont quelques-unes portaient l'inscription « Unis, ça ira ».

Après le départ des émigrés, les aristocrates restés à Paris se mirent à porter, suivant les Lettres Patriotiques, une petite bague en écaille avec l'inscription « Domine salvum fac regem » en piqué d'or inscruté sur le corps de l'anneau. (Wallon, Hist. du Trib. Révol, t. n, p. 254, 255, 337.)

Si on en croit la Feuille du Jour (septembre 1791), ce bijou qui coûtait tout d'abord 1 livre 4 sols, se vendit ensuite 7 livres.

VII. Bagues « à la poignée de mains »

Certaines régions de la France ont conservé pendant des siècles les mêmes modèles ; c'est ainsi que dans l'ouest on a constamment fabriqué des bagues sur l'anneau desquelles sont représentées deux mains jointes et serrées dans l'attitude de la poignée de mains. Nous possédons un spécimen de ce genre de bague qui remonte au xvie siècle et dans lequel les mains sont gantées et garnies d'un minuscule anneau décoré d'un diamant.

30 ANNEAUX ET BAGUES

En 1808, les bijoutiers parisiens reprirent ce modèle auquel ils donnèrent le nom de bague « à la bonne foi »; il était fait en malachite gravée ou en corail.

On a créé bien des fantaisies dans la fabrication des bagues. Sans parler des clefs-bagues qui sont connues depuis l'époque romaine, des montres- bagues dont nous avons parlé plus haut, nous trouvons dans le Journal des Dames et des Modes, du 30 Brumaire an XII l'annonce d'une bague la pierre précieuse était remplacée par un minuscule flacon à odeur.

VIII. Bagues hiéroglyphiques

En 1809, on fabriqua des bagues hiéroglyphiques. Les hiéroglyphes étaient constitués par un certain nombre de pierres précieuses de différentes couleurs, et pour les traduire, il suffisait de rapprocher ensemble la première lettre du nom de chacune des pierres précieuses. Ainsi, pour constituer le nom de Rose, le chaton de la bague était composé d'un rubis, d'une opale, d'un saphir et d'une émeraude. (Journal des Dames et des Modes, 5 janvier 1809.)

De Jouy, dans son Hermile de la Chaussée d'Antin (année 1811), nous apprend que « Mellerio était le premier homme du monde pour ses bagues hiéroglyphiques ».

Vers 1820, on fit des bagues émaillées portant au centre de petites inscriptions telles que : souvenir, pensez à moi, je vous adore... On pouvait se procurer ces bijoux, les plus modestes, au prix de 25 francs, tandis que les plus riches valaient jusqu'à 25 louis. [Journal des Dames et des Modes, 5 janvier 1820.)

Les bagues reflétèrent bien souvent les pensées politiques du moment. C'est ainsi que lors de la rentrée de Louis XVIII on fit des bagues composées d'un fil d'or avec trois fleurs de lis qui portaient en émail la devise « Dieu nous le rend ».

Un journal de modes de 1822, nous apprend qu'à cette époque les jeunes élégants se servaient d'une bague chevalière en guise de coulant pour passer les deux bouts de leur cravate. A cette époque on s'éprit du gothique, mais ce style, mal compris, n'aboutit, sauf de rares exceptions, qu'à des produc- tions d'un goût très discutable.

En 1827, en réminiscence des bagues hiéroglyphiques, mises à la mode, en 1809, on fit des bagues dites «semaines»: on les appelait ainsi parce qu'elles étaient décorées de sept pierres de couleurs différentes dont l'initiale du nom correspondait à une lettre analogue au jour de la semaine qu'elle repré- sentait (1).

(1) Une collection de bagues avait sa place toute indiquée dans les vitrines du Musée de la Tour Saint- Laurent ; malheureusement, le fer et l'acier se prêtent mal à être employés comme anneau porté au doigt, c'est ce qui explique le nombre restreint de spécimens que nous avons à signaler.

Les bagues du xviue siècle sont représentées par ces deux anneaux formés de perles taillées à facettes d'un

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XXII

10

II

u

12

15

13

16

17

19

20

18

22

21

23

25

?W|^

26

24

28

27

29

Bagues et bracelets formés de camées durs contenus dans une monture en or. xix« siècle

(Collection H.-R. D'Allemagne.)

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XXIII

10

,yQ.t>.tgt>

Bagues « au Firmament ., et bagues « à l'Enfantement », d'après le « Cabinet des Modes » en i786. Châtelaine garnie de topazes blanches et montre squelette, xvm» siècle (Collection H.-R. D'Allemagne.)

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XXIV

34

%

37

Bagues en or enrichies de pierreries. xvne et xvine siècles. Elles sont ornées de miniatures, de camées ou de devises galantes et proviennent de la collection de M. Bertin et de Mlle Cérette Meyer

(Musée des Arts Décoratifs.)

LES BRACELETS AU MOYEN AGE 31

CINQUIÈME PARTIE

BRACELETS I. Bracelets chez les Romains et les Gaulois

L'usage de parer ses bras avec des cercles de métal plus ou moins précieux remonte à une haute Antiquité. Chez les Etrusques on connaissait l'armilla composée de trois ou quatre tours massifs d'or ou de bronze.

Chez les Romains, les bracelets étaient donnés en marque de dis- tinction, en souvenir d'une action d'éclat et leur propriétaire les gardait comme des insignes glorieux, se contentant de les étaler sur la poitrine aux jours de cérémonies et de triomphes avec les torques, les phalères et même des plaques d'or et d'argent.

Les Latins avaient différents genre de bracelets. Le « dextral » était un anneau qui se portait au poignet droit. Le « spinther » était une sorte de spirale qui se portait au bras gauche, entre le coude et l'épaule. Enfin, le « compes » était porté par les femmes au-dessus de la cheville.

Ces ornements n'étaient employés que par les femmes plébéiennes de Rome, les courtisanes, les danseuses et les autres personnes qui allaient à pieds nus. A une époque assez tardive, les bracelets furent d'un usage assez répandu dans la civilisation romaine.

Les riches Gauloises vivaient à la romaine et elles portaient de nombreux bijoux dans lesquels étaient enchâssées des camées et des pierres précieuses.

A partir de la fin du vie siècle, le bracelet disparaît de la toilette fémi- nine. Les poignets des femmes sont alors ornés de larges manchettes de soie de couleur, brodées d'or et de perles. Cette mode dura pendant toute la période carlovingienne.

II. Les bracelets au Moyen Age

Ce n'est guère qu'au début du xve siècle que les bracelets revinrent à la mode dans nos contrées; ils étaient enrichis de pierres précieuses et d'émail :

travail analogue à celui des boutons. Nous voyons également quelques bagues en acier ciselé formée de deux chimères adossées au chaton central ; d'autres contiennent un petit camée serti dans le fer ou l'acier. Certaines bagues sont ciselées avec autant de soin et de finesse que si elles étaient en or.

Notons ici la bague religieuse portant un crucifix, la bague en forme de serpent... Mais ce qui domine dans toutes, ce sont les bagues-cachet représentant, gravées dans le chaton, les armoiries ou même simplement les initiales du propriétaire. (PI. CCXXII.)

32 BRACELETS

1415. Un bracelet d'or, une petite ohainette pendant et a autour 6 petiz saphir et 6 perles esmailez de florettes et dedans semé de petites pommettes blanches, vertes et vermeilles, pes. 2 o. 9 est. (Inventaire du trousseau de Marie de Bour- gogne.)

1455. Je vueil que, pour l'amour de moy, vous portez un bracelet d'or esmaillé à nos devises, brodé de six bons diamans, de six bons rubis et de six bonnes et grosses perles de quatre a cinq caras. (Le petit Jehan de Saintré, p. 125.)

1495. Tant de bullettes pendantes à chaines d'or, tant de carquans, tant d'affiquetz, tant de brasseletz, tant de bagues aux doigts que c'est une chose infinie. (J. Le Maire. De Laborde. Glossaire.)

III. Bracelets garnis «le perles d'acier et de camées

Au commencement du xixe siècle, la mode était de porter une paire de bracelets absolument identiques.

La manufacture royale d'acier proposait alors différents genres de bracelets dont les types se retrouvent presque toujours les mêmes avec une très légère variante. C'était d'abord le bracelet dont le corps était formé d'une tresse de cheveux et dont le fermoir, carré à la partie ouvrante ou cliquet, était presque entièrement dissimulé sous la plaque centrale.

Puis ce sont les bracelets composés de plaques ovales articulées ou réunies les unes aux autres par des anneaux : ces plaques sont généralement décorées de dessins formés de perles taillées à facettes.

Sous la Restauration on a livré au commerce de nombreux bracelets en cuivre doré et estampé, décorés de pierres fausses de différentes couleurs ou garnis de plaques d'émail qui étaient pour la plupart de fabrication Suisse.

Dès cette époque, nous voyons apparaître le bracelet-montre composé de plaques articulées reliées à une sorte de gros chaton central qui s'ouvrait au moyen d'un déclic et démasquait une montre de dimension moyenne.

Enfin, à la même époque, la mode fit apparaître les bracelets garnis de fermoirs ronds ou carrés, dont le corps était formé d'une fine toile métal- lique, véritable cotte de mailles, que d'ingénieux artistes arrivaient à fabriquer indifféremment en acier ou en fil d'or creux.

Les spécimens de ce dernier genre de bracelets sont réellement assez rares, car ils ont été le plus souvent détruits par la rouille qui les envahissait plus facilement que les bracelets formés de plaques.

A l'époque de Louis-Philippe on a fait des bracelets formés de plaques d'acier découpées garnies de perles rondes ou ovales d'un travail analogue à celui des boutons d'acier (1).

(1) Le Musée Le Secq des Tournelles ne possède que peu de bracelets et il faut aller chercher des spécimens de ce genre de parure dans les pièces en fonte de Berlin. (Voir Notice sur la bijouterie en fonte de Berlin, p. 42.)

On remarquera que les bracelets cherchent à représenter soit des camées, d'après la mode antique, soit dos ornements plus ou moins empruntés à l'architecture gothique. Les bracelets garnis de camées contiennent

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XXV

*J

*m*!Ll* *-~

Reliquaires, pend à col et pendentifs du Moyen Age Or égaillé déeoré de per.es et de pierres précieuses

(Collection Albert Figdor.)

LE PEND A COL Dl" XIVe AU XVIe SIÈCLE 33

SIXIEME PARTIE

PENDANTS DE COU I. Les reliquaires portés au cou du VIIIe au XIVe siècle

On peut voir l'origine des pendants de cou dans la coutume qui exis- tait à une époque très reculée, de porter un petit reliquaire attaché à la chaîne entourant le cou. Cette coutume était en quelque sorte la con- tinuation de la « bulla », étrusque et romaine, accompagnée de toutes les vertus qu'on attribuait à l'amulette qui y était enfermée.

La coutume de porter un reliquaire pratiquée par Charlemagne s'est continuée jusqu'au xve siècle. On sait à ce sujet qu'au milieu du xixe siècle les Allemands ayant ouvert le tombeau du Grand Empereur, qui se trouve à Cologne, le dépouillèrent de cet admirable reliquaire. Quelques années plus tard, ce joyau fut offert à l'Impératrice Eugénie, lors d'un de ses voyages en Allemagne. Peu avant sa mort, celle-ci décida d'offrir le précieux bijou à la cathédrale de Reims, en expiation du martyre qu'avait souffert l'édifice rémois du fait de ces mêmes Allemands.

II. Le pend à col du XIVe au XVIe siècle

Au début du xive siècle, le reliquaire fut parfois remplacé par le « pend- à-col » qui n'était autre qu'un médaillon ou, pour parler comme nos ancêtres, une « boiste à porter au col ». Ce nouvel accessoire de la parure dura jus- qu'au début du xvne siècle.

1328. Un fermail ront, à pent à col, il a une esmeraude parmi et VI que balais, que rubis et III grosses perles, 1 livre. Un pentacol d'un saphir, dedens une bourse, prisié G livres. (Invent, de la royne Clémence de Hongrie.)

1353. Un pentacol il avoit XII perles et XII esmeraudes, prisié VI escus. Un autre pentacol à yrnages d'un camahieu, garny de perles et de pierrerie, prisié X escus. (Invent, de V Argenterie.) (De Laborde. Gloss.).

souvent de petites plaques rondes ou ovales en acier perlé, sur lesquelles on est venu fixer un profil en fonte de fer mate.

Les bracelets à tendance architecturale sont extrêmement fins ; ils représentent des trilobés et des rosaces copiées ou interprétées d'après les sculptures de nos vieilles cathédrales gothiques.

A l'époque la bijouterie d'acier faisait fureur, on a fabriqué des bracelets formés d'une mince plaque d'acier perlée garnie de cordons de perles taillées à facettes. Ces bracelets sont, en outre, ornés à l'aide de pein- tures sous verre que le temps n'a malheureusement pas toujours respectées. (PI. CCXLIV.)

C'est à la même époque qu'il faut attribuer le bracelet en filigrane de fer tressé, d'un travail très ténu. <P1. CCXLVI.)

34 PENDANTS DE COU

1380. Un petit reliquaire de jaspre, en façon d'un pentacol, environné de- menue pierrerie, pesant 1 marc, III onces et demie. {Inv. de Charles V.)

Un petit à col à façon d'unes verges à nettoyer robes, garni de III balais, II saphirs et VIII perles, pesant III onces, II esterlins. (De Laborde, Glossaire.)

Au début du xvie siècle, alors que les émaux et la ciselure se perfec- tionnaient d'une manière remarquable, les « pend-à-col » substituèrent la forme ovale à la forme carrée, qu'ils avaient prise jusqu'alors : la monture est en or ciselé ou en or émaillé, alors que le plat est formé de cristaux de roche, de camées, d'émaux ou de pierreries.

Au Moyen Age, les chaînes qui se portaient au cou étaient connues sous

différents noms.

III. 1-e carcan

Le mot « caican » semble être le plus ancien mot employé et, dès le

xne siècle, on le voit mentionné dans les textes : c'était un large collier

d'orfèvrerie et durant plus de trois siècles il contribua particulièrement à

l'enrichissement du costume des deux sexes :

V. 1190. Un grant cherchant li ont au col lanciet Li enfès pleure, ne se set consillier.

[Raoul de Cambrai, vi307.) 1260. Aux deus pertuis li botent les dous piez maintenant. Une buis li ferment et el col un chargant.

{La conquête de Jérusalem.) 1527. Ung kercan d'or garny de 12 croix de dyamans et une grande table de dyamant au milieu. Ung autre kercan d'or fait à cordelière, garny de 8 diamans et de 9 perles. {Inv. de Ravestain, f. 67.)

Au début du xvne siècle, les femmes étaient surchargées de bijoux

au point d'en être souvent incommodées. Le Satirique de la Court (1624),

(Edouard Fournier, Variétés historiques), nous a laissé un écho de cette

mode singulière.

Mais je veux maintenant te dire en quelle sorte Une galante femme en habits se comporte. Il lui faut des carquans, chaines et bracelets Diamants, affiquets et mantaus de collets Pour charger un mulet, et voires davantage...

Au xvne siècle, le mot carcan ou carquan s'étendait à toute chaîne-

faisant partie du costume à quelque endroit elle prit place :

1625. Carquan se prend pour toute chaine non seulement d'or, mais de perles ou autres pierreries, que l'on met non seulement au col, mais aussi sur le front et ailleurs. (Nicot, 4e édition.)

IV. Les chaînes dites « à jazeran »

Le nom de «jaseran ou jazeran» était, à la même époque, donné aux chaînes faites de mailles larges et espacées, s'enchevêtrant les unes dans les autres, qui allaient d'une épaule à l'autre. On disait un bracelet en façon de jazeran, c'est-à-dire en forme de chaîne :

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XXVI

12

nr„ , . , . Cllalnf,s à jazeran en or employées dans la décoration des bracelet; et des collier-; Bracelets et boucles d oreilles en or ornées de plaques en agate herborisée, d'émaux ou de mosaïques W siècle

(Collection H.-R. D'Allemagne.) ' ",cl-le-

COLLIER EN FORME DE CHAINES OU DE SERPENTS 35

1530. Gabrielle de Mailly, femme et épouse du Sr Loys de Cambrin, avoit esté advertye que avyons entre noz mains un bracelet d'or à fachon de jaserain, à elle appartenant, nous requérant luy vouloir rendre, et pour ad ce parvenir, nous auroit monstre et exhibé le semblable bracelet que a esté jugé par Charles Millet, orfèvre en ceste ville (Béthune) estre semblable. (Arch. de Péronne, cité par M. de la Fons.)

1597. Deulx petite chenne à jazeran et ung autre bout à pandres une monstre, II petit cachetz poisant en or II onces demi gros, qui valent XVIII liv. XXXI s. (Contrat de mariage de Françoyse de Schomberg.) (De Laborde, Glossaire.)

Le mot collier fut adopté pour les chaînes de cou lorsqu'on y suspendit les insignes des ordres. Cependant ce nom était en usage bien avant la fondation des ordres.

1389. Un collier d'or à dix-neuf turterelles blanches, esmaillées et sur la plus grant a un rubis pesant sept onces six esterlins. Un autre collier d'or à cinq Hz esmaillés de blanc. (Ducs de Bourgogne. De Laborde, Glossaire.)

V. Ces esclavages

Au milieu du xvme siècle, les femmes mirent à la mode de grands colliers qui reçurent le nom d'esclavages. Le Dictionnaire de Trévoux (1752) en signalait leur apparition en ces termes :

Les femmes ont depuis quelque temps établi la mode de porter une espèce de collier pendant au col en forme de chaîne. Elles appellent cela un esclavage. Les esclavages sont ordinairement faits de petits grains enfilés.

L'esclavage semble avoir été un bijou essentiellement normand, car les paysans des environs de Rouen, quand ils étaient accordés et avant le mariage, ne manquaient jamais « d'aller à joyaux » chez quelque orfèvre de la place Notre-Dame et la principale pièce qu'ils achetaient pour la mariée était, avec la grande croix en métal repoussé, un esclavage, c'est-à- dire une chaîne d'or, signe de la future condition de l'épouse (Intermédiaire des Chercheurs et Curieux, t. III, p. 657).

Vers 1780, les bijoutiers commencèrent à mêler les ors de diverses couleurs et ils tiraient de cette association, si longtemps défendue, des effets harmonieux et charmants. Ce genre de décoration fut appliqué avec succès dès 1781, lorsque les femmes suspendirent à leur cou de petits dauphins, allusion à la naissance du fils de Louis XVI.

En 1782, les dauphins furent remplacés parles «croix à la Jeannette».

VI. Colliers en forme «le chaîne ou de serpents

Sous Charles X on fit des chaînes à grosses mailles plates et larges sur lesquelles des fleurs opaques, dans un contour champ levé, étaient entourées d'un fond transparent. Le tout était poli comme la mosaïque.

En 1827, les colliers prirent la forme de serpent : le corps du reptile

36 boucles d'oreilles

avait la grosseur du doigt et la tête servait de fermoir. Comme pendentifs on y suspendait de petits flacons en émail bleu, rose ou blanc. Ces flacons étaient très plats et façonnés à petites côtes.

VII. Reliquaire**

La mode des reliquaires portés au cou ou à l'extrémité des chapelets se retrouve aux xvne et xvme siècles en Espagne ; dans ce pays l'art du fer a été poussé si loin, on a eu l'idée de fabriquer de petits reliquaires ronds, carrés ou hexagonaux en fer et en acier ; c'est le plus souvent une bordure en métal guilloché sertissant une glace qui recouvre, soit une pieuse peinture, soit une minuscule représentation de l'Enfant- Jésus, soit, enfin, un de ces tableaux compliqués dans lesquels sont encastrés des fragments du corps ou du vêtement d'un Saint vénéré (1).

SEPTIEME PARTIE

BOUCLES D'OREILLES

I. Boucles d'oreilles portées indifféremment par les hommes

et par le* femmes

Ce gracieux accessoire de la parure féminine appartient à tous les pays et à toutes les civilisations. Après la chute de l'Empire romain, le port des boucles d'oreilles a été une mode franque aussi bien qu'une mode byzantine. Longtemps elles firent partie du costume masculin et dans maintes repré- sentations, nous voyons l'empereur Justinien portant des anneaux aux oreilles.

A l'époque féodale, les boucles d'oreilles semblent avoir été abandonnées par les femmes : en effet, celles-ci portaient des cheveux longs descendant des deux côtés de la tête en nattes et en mèches entourées de galons qui cachaient complètement les oreilles. Pendant une partie du xme siècle, les femmes se couvraient la tête de voiles et de chaperons qui rendaient difficile le port de cet accessoire. Cependant à cette époque les boucles étaient connues et elles étaient portées par les hommes ou par quelques châtelaines.

(1 ) M. Le Secq des Tournelles ne pouvait manquer de doter son Musée d'une collection de ces pieux insignes et dans une des vitrines on peut voir une quinzaine de spécimens de la bijouterie religieuse espagnole des troi derniers siècles. (PI. CCXC.)

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XXVII

ïvÇo

m

m&

12

U

10

15

13

Bijoux espagnols garnis d'émeraudes serties d'un perlé d'or et montées sur argent Croix, boucles d'oreilles, boutons, pendentifs. XVIIIe siècle. (Collection II. -R. D'Allemagne.)

LES BOUCLES D'OREILLES A LA COUR DE HENRI III 37

1180. Li vieus Galindres fist li rois demander... Espérons d'or li fist es piez fermer Et les aniaus es oreilles clouer.

(Romand' A gouttant. De Laborde, Glossaire.)

Au xme siècle, Jehan de Meung, racontant comment Pygmalion se

plaisait à parer la statue dont il s'était épris dit :

Et met à ses deux oreillettes Deus verges d'or pendans, greletes.

( Roman de la Rose.)

1452. Dons de Monseigneur de Dauphin. Pour II aneaux d'or, lesquelz

furent penduz et attachiez aus oreilles de Mitton, le fol Monseigneur le Dauphin,

IX liv. (Cptes royaux. De Laborde. Glossaire.)

Pendant le xive et le xve siècle, la mode des boucles, des nattes et des coiffures qui cachaient une partie du cou étaient peu favorable au port des pendants d'oreilles.

II. Modèles de boucles d'oreilles dessinés par Francis Merlin

Ce n'est guère qu'au xvie siècle qu'on rencontre enfin cet accessoire et dans le manuscrit de François Merlin, contrôleur général de la maison de feu Mme Elisabeth, on trouve une planche de boucles d'oreilles que Merlin avait fait copier chez un orfèvre rémois son ami, en l'année 1583. Ces boucles en forme de carré, de trèfle, de triangle, de cercle, d'octogone ou en sceau de Salomon, portent toutes au centre des lettres entrelacées qui figuraient probablement les initiales de leur propriétaire.

III. Les boucles d'oreilles à la Cour de Henri III

Dans la seconde partie du xvie siècle, les boucles d'oreilles furent très à la mode et sous le règne d'Henri III, les courtisans, imitant en cela leur souverain, se mirent à orner, de la même manière que les femmes, les lobes de leurs oreilles.

C'est à cette époque que remontent, avons-nous vu, les bijoux de deuil et les élégants n'hésitaient pas à porter à leurs oreilles des boucles repré- sentant des têtes de mort très richement ornées.

1632. Une paire de pendants d'oreilles faictes à testes de mort enrichies de diamant 500 liv. (Inv. du marquis de Rémoville, p. 307.)

Le goût des boucles d'oreilles était si prononcé chez les femmes au début du xvne siècle qu'Etienne Binet, raillant ce penchant, écrivait :

A peine le monde estoit esclos que déjà les orfèvres avoient façonné des pendans à Rébecca, à Rachel et aux premières femmes du monde. (Merveilles de la nature, 1600.)

Dans les gravures de Bonnard, au xvne siècle, on voit que les femmes à la mode portaient cet accessoire de la toilette.

38 boucles d'oreilles

IV. Boucles d'oreilles en strass au XVIIIe siècle

On trouve encore des pendants d'oreilles de la fin du xvme siècle. Ces ornements, en strass, sont composés d'une large platine à laquelle sont attachés trois pendants en forme de poire.

La mode des boucles d'oreilles longues vient du Brésil, l'on fabriquait des pendants formés d'un nœud de pierreries auquel étaient suspendus des ornements piriformes, le tout constellé de pierres blanches, soit améthyste, topaze, aigue-marine, etc. Toutes ces pierres sont montées sur fond et décorées d'un cordon perlé généralement en or.

Les Espagnols et les Portugais ont fabriqué de très grandes boucles d'oreilles garnies d'émeraudes et formées de différentes parties rigides reliées par des nœuds mobiles ; ces boucles atteignent parfois 10 à 12 centi- mètres de longueur.

V. Les boucles d'oreilles en Orient

En Orient, la mode des boucles d'oreilles monumentales sévit encore avec une fureur sans égale et nous avons rencontré de ces ornements de tête, chez certaines tribus nomades, qui ne mesurent pas moins de 40 centi- mètres de hauteur. Les boucles d'oreilles de 10 à 15 centimètres de diamètre sont extrêmement fréquentes dans tout le nord de l'Afrique : il est à peine besoin d'ajouter que ces volumineux ornements sont ordinairement sup- portés par un fil dissimulé dans la chevelure de sa propriétaire.

VI. Itouoles d'oreilles révolutionnaires

En 1790, les élégantes avaient adopté les boucles d'oreilles « Au bonnet rouge « ; ces ornements patriotiques obtinrent une grande vogue pendant toute la Révolution.

Au plus fort de la Terreur, certaines femmes portèrent à leurs oreilles des petites guillotines en vermeil, semblables à celles que leur mari avait lait graver en cachet. Vignères, l'expert bien connu des amateurs d'estampes, donne au sujet des boucles d'oreilles révolutionnaires les renseignements suivants, dans Y Intermédiaire des Chercheurs et Curieux (t. IV.)

J'ai vu, il y a longtemps, chez un amateur dont j'ai ouhlié le nom, diverses boucles d'oreilles en cuivre (dont plusieurs si longues qu'elles devaient toucher les épaules), représentant des équerres, des niveaux rayonnants, de petites guillo- tines, des potences, des Liberté-Egalité ou' la Mort, des Liberté-Egalité-Fraternité, des République une et indivisible...

VII. lloucles d'oreilles de fantaisie

Avec le xixe siècle, on voit arriver les boucles d'oreilles au style excen- trique. C'est ainsi que le Journal des Dames et des Modes, du 15 Germinal an XII, nous apprend que les boucles d'oreilles du dernier genre sont en or

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XXVIII

Esclavage, pendentifs et boucles d'oreilles en or repoussé ou filigrane. Travail normand et flamand. xix« siècle.

(Collection H.-R. D'Allemagne.)

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XXIX

Ar '"^-* ,?■—*- * _*^î*.^

»•**»-.*

II

16

22

15

24

Bijoux en acier garnis de perles taillées à facettes : Boucles de ceintures, agrafes, fermoirs de bracelets, boucles de souliers. xixe siècle.

(Collection H.-R. D'Allemagne.)

FRAGILITÉ DES BIJOUX EN ACIER 39

et représentent « un serpent replié sur lui-même, mordant dans une pomme d'amour ».

Le Journal des Dames et des Modes, du 30 Floréal de la même année, nous apprend qu'en négligé les élégantes portent « des boucles d'oreilles en forme de rond allongé faites en or et émail ».

Dans son numéro du 25 Brumaire an XIII, le même journal, nous montre que le « suprême bon ton » voulait que les boucles d'oreilles fussent façonnées de toutes sortes de fruits : poires, noix, prunes, cerises, glands et jusqu'au gui du chêne.

Toutes les pierres, depuis Paméthiste jusqu'au caillou de Russie sont à la mode pour les bijoux, ajoute le journal, et la plupart des antiques que nous croyons venir de Rome ou d'Athènes ne sont que des pâtes modernes travaillées à Paris et à Ver- sailles.

De Jouy dans son Hermite de la Chaussée d'Antin, nous apprend qu'en

1811, Nitot était « le premier homme du monde » pour le dessin et la monture

de ses boucles d'oreilles (1).

HUITIÈME PARTIE

BIJOUX EN ACIER 1. Leur fragilité

Si les objets en acier ne sont pas parvenus jusqu'à nous en aussi grand nombre qu'on eût été en droit de l'attendre, c'est que l'ennemi le plus redoutable pour leur conservation, est l'humidité ou le manque d'entretien. En effet, lorsqu'un objet en acier poli, surtout quand il est garni de perles taillées à facettes, commence à être oxydé, il n'y a plus aucun remède et il est impossible, même au moyen d'un polissage énergique, de rattraper l'ancien poli, à moins de sacrifier complètement la taille des perles à facettes.

La mode des bijoux en acier remonte au milieu du xvme siècle. A cette

(1) On a fait peu de boucles en acier, aussi ce genre de bijou n'est-il pas abondamment représenté dans les vitrines de la tour Saint-Laurent. Notons seulement les nos 5496 et 5497. (PI. CCXLVI.) qui sont des boucles longues formées soit d'une poire, soit d'une perle allongée garnie de feuilles perlées d'acier.

Beaucoup plus nombreuses sont les boucles d'oreilles en fonte de Berlin. Dans la PI. CCXXXI, on voit quatre spécimens de boucles longues composées de rosaces et de feuilles stylisées qui sont, pour les appareils auditifs, des agréments d'un goût plus ou moins recherché.

40 BIJOUX EN ACIER

époque, les Anglais imaginèrent d'utiliser l'acier poli dans la bijouterie et l'engouement qui régnait en France pour tout ce qui venait d'outre- Manche fit adopter cette mode par nos ancêtres.

II. DaulFe, le premier fabricant d'objets en acier en France

Nos artisans ne voulurent pas rester en arrière et, en 1776, un nommé Dauffe, qui était établi aux Quinze-Vingt, avait obtenu le monopole de la fabrication et de la vente des articles en acier. Entre autres choses, Dauffe fabriquait des boutons d'habit, des boucles de toutes espèces, des chaînes de montres, des plaques de ceintures, des bagues, des ganses de chapeaux des tabatières et une foule d'autres menus objets. Ses boutons d'habits repercés à jour étaient de véritables bijoux qui atteignaient des prix à peine croyables.

En 1787, par l'organe du Journal de Paris du 18 juillet, Dauffe annon- çait qu'il venait d'exécuter :

Une garniture de boutons pour habit, à jour, garnis de perles entières et de diamants à vis, tout en acier. Ces boutons, ajoutait-il, sont même du poli le plus vif et le plus éclatant et peuvent soutenir la comparaison avec ce qui est sorti de plus parfait des manufactures anglaises.

Sous la Première République, on porta des bijoux en acier émaillé aux trois couleurs, avec des devises patriotiques et les Incroyables com- mencèrent à attacher leur chemise avec des épingles à tête de bijouterie.

La mode des bijoux d'acier ne fit que s'accentuer grâce aux perfec- tionnements mécaniques apportés par le bijoutier français Frichot, dont les ateliers étaient établis 42, rue des Gravilliers.

III. Paveur dont jouissait la bijouterie d'acier à la fin du XVIII' siècle

Au début de l'année 1789, la bijouterie d'acier faisait fureur et les élégants avaient abandonné en sa faveur leurs joyaux d'or et d'argent. Le Magasin des Modes nouvelles du 11 janvier de cette année, décrivait ainsi le costume de bal que les élégants devaient endosser pour être dans le «bon ton » :

Les boutons des jarretières de la culotte doivent être en acier travaillé ;

Les boucles des souliers sont ovales longues et les boucles des jarretières carrées, en acier ;

Le chapeau de castor très grand est avec ganse d'acier travaillé ;

Au côté une épée à garde d'acier travaillé avec fourreau de galuchat blanc ;

Dans les goussets deux montres d'or garnies de chaines d'acier travaillé et garnies aussi de breloques d'acier travaillé.

Il serait impossible, ajoute le journal, que le règne de l'acier travaillé fut plus marqué qu'il l'est aujourd'hui. Passera-t-il comme celui de l'acier poli uni ? Durera- t-il plus longtemps ? Sur les habits de couleur sombre et sur les gilets de drap on ne porte guère que des boutons d'acier travaillé. Nous ne doutons pas que ce soit

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XXX

*&**%& \?'

>-»/%>«%.

w^w™

>VVV V.ÎV VV v •+ lAA JL^.LJ V* V. «*-

V'* V V* V* *V &

*sW

..i«"V.«,«,*«.

*\ $ /t ?# :■?.. Vt î/ ».S \

/lll*

kf &«&"»

i * f i

V V M «$ ■>* fi

ii)

W .s? V ••..>• %y'

W

Glands et passementeries d'acier formés de perles taillées à facettes. Ces passementeries étaient utilisées pour la garniture des bourses longues eu filet. Milieu du XIXe siècle.

(Collection H.-R. D'Allemagne.)

PRINCIPAUX FABRICANTS DE BIJOUTERIE D'ACIER AU XIXe SIÈCLE \\

la superbe manufacture d'acier travaillé du faubourg Saint-Antoine, l'on trempe et fabrique aussi bien qu'en Angleterre, qui ait fait naitre cette mode, par les ouvrages qu'elle a répandus dans Paris et qui ont été adoptés avec beaucoup de rapidité et de joie.

La mode des perles d'acier taillées, après avoir fait fureur au xvme siècle

et être un peu tombée dans l'oubli, revint à la mode au début du xixe siècle

et le Journal des Dames el des Modes du 20 Messidor An XII nous indique

ainsi l'étiquette des gens de goût de cette époque :

En costume d'étiquette, l'acier reprend la plus grande faveur et c'est avoir une mise recherchée que de porter une épée, une chaine de montre et une agrafe de chapeau en acier taillé en pointe de diamant. Un assortiment pareil dans le fin est plus élégant et peut-être plus cher que s'il était en or.

IV. Principauv fabricants «le bijouterie «l'acier au XIXe siècle

En 1811, d'après Le Miroir des Grâces, un certain nombre de fabriques de bijoux en acier se disputaient la clientèle française ; c'étaient Frichot, déjà nommé, puis Mme Scbey, rue des Petites-Ecuries, 5 ; Provent, 4 et 6, rue Saint-Magloire ; Blanchet, 25, rue du Faubourg-Saint-Denis; Gordier, 28, rue des Gravilliers ; enfin, Bocquet, au Palais-Royal.

Le sieur Blanchet avait acquis une véritable réputation pour la perfec- tion avec laquelle étaient fabriqués ses fermoirs de sacs et de portefeuilles à clefs et à secret, ainsi que tous les genres de nécessaires.

Jusqu'en 1830, on porta des parures complètes en acier poli et taillé à facettes, des broches, des fleurs, des boucles que l'on fixait au cha- peau où qu'on passait dans un ruban porté autour du cou ou au bras, en guise de bracelet, des petits sacs de dames appelés gibecières, des bourses longues et souples à coulants, des châtelaines auxquelles étaient suspendues toutes sortes de breloques également en acier : clefs de montre, cachets, tablettes, etc..

A côté des bijoux en acier ordinaires d'un prix abordable même aux petites bourses, on faisait de véritables bijoux d'un très grand prix : des boutons d'habits, des boucles de souliers, des gardes d'épées garnies d'acier taillé en brillants. Les perles se faisaient à la main et les facettes polies succes- sivement revenaient à un prix trop élevé pour que ces bijoux puissent être compris parmi les objets de la bijouterie courante.

Au début du xixe siècle, les expositions des produits de l'industrie française étaient assez fréquentes et les fabricants d'objets en acier ne man- quaient pas de faire figurer les spécimens de leur production. Dans le Rapport du Jury d'admission à l'Exposition du Louvre en 1819, on remarquait particulièrement l'exposition de M. Frichot, qui avait déjà obtenu les féli- citations du jury dans les précédentes expositions ; ce fabricant avait pré- senté :

42 BIJOl X EN FONTE PE BERLIN

Un grand tableau d'échantillons de marqueterie faite au découpoir ;

Un grand tableau de broderies en acier poli ;

Un tableau de fermoirs fins et autres pour gibecières, bourses, etc. ;

Un cadre vitré contenant toutes espèces de chaînes en acier ;

Un tableau de glands, perles et grenats d'acier ;

Un assortiment de gibecières, coquilles, etc....

Dans la même manifestation, deux autres industriels avaient égale- ment présenté leurs produits : Mme Vve Schey, montrait un assortiment de bijouterie d'acier pour parure, garnitures d'habits, des boutons et des boucles, des poignées d'épées, etc. ; M. Provent présentait toutes sortes de bijouterie d'acier, des poignées d'épées, des boutons, des parures de dames, etc..

Le rapporteur du jury louait fort les productions de la maison Provent.

La beauté des produits de la fabrique de M. Provent, disait-il, qui date de 1740 et la supériorité du poli de ses bijoux d'acier ne laissent rien à désirer. M. Provent a successivement travaillé pour toutes les Cours de l'Europe.

Il paraît impossible d'atteindre une plus grande perfection, elle est même portée aujourd'hui au point que l'étranger tenterait vainement d'introduire la bijouterie d'acier en France, tant la différence des prix et du fini est en notre faveur ; aussi plusieurs riches commandes ont-elles été faites dans nos aciéries pour l'Italie, l'Es- pagne, la Prusse, la Russie et même l'Angleterre.

Il est à remarquer que si les aciers anglais sont employés concurremment avec ceux de France, le kilogramme d'acier superfin étant au prix de 3 francs et la plus riche parure complette en employant, à raison du déchet, pour une valeur de 6 francs ou 2 kilogrammes environ, le kilogramme d'acier de parure terminée, polie et para- chevée s'exporte au prix de 5 à 6.000 francs.

Au reste les prix modérés des aciers polis de M. Provent, au-dessous du cours des aciers de toutes les fabriques étrangères et la supériorité de leur travail leur ont donné une très grande célébrité qui est justement méritée.

A l'Exposition publique des Produits de l'Industrie française qui eut

lieu au Palais du Louvre en 1823, quatre fabricants se disputaient la faveur

du public : Henry Stammler, de Strasbourg ; Frichot, déjà cité ; Poly,

113, rue du Faubourg-Saint-Martin et Jeandet, 67, rue du Faubourg-du-

Temple. Tous quatre présentaient divers objets de bijouterie en acier poli.

NEUVIEME PARTIE

BIJOUX EN FONTE DE BERLIN !• Bijoux patriotiques usités en France en 1789

On a beaucoup discuté sur l'origine des bijoux en fonte de Berlin qui eurent une grande vogue en Allemagne à la fin de l'année 1813; mais l'idée de remplacer, dans un but patriotique, les bijoux en métal

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XXXI

wœÊmÊfflÊk

itâ!»ft£fe

10

15

i^*;

19

Bijoux en fonte de Berlin :

Bracelets, boucles d'oreilles, clefs de montre, briquets et fermoirs. 1S13-1815.

(Collection H.-R. D'Allemagne.)

VOGUE DE LA FONTE DITE «DE BERLIN», EN 1813 43

précieux par des parures faites en une matière pour ainsi dire dépourvue de valeur intrinsèque, remonte à une époque plus ancienne et c'est en France qu'elle naquit.

En effet, quand, en 1789, le Gouvernement fit appel à la générosité des citoyens pour la liquidation de la dette nationale, les dons patriotiques furent à l'ordre du jour : c'était à qui se dépouillerait le plus vite de ses curiosités, de ses joyaux, de ses boucles d'or ou d'argent pour les envoyer à l'Assemblée Nationale. Pour remplacer toutes ces parures on adopta des bijoux de cuivre et d'acier. (Voir Notice sur les boucles p. 45).

Ce n'est pas uniquement par modestie qu'à cette époque troublée on rejetait toute marque extérieure de richesse ; il ne faut pas oublier qu'au moment de la Terreur, de simples boucles d'argent aux souliers devenaient un signe accusateur d'aristocratie et, par conséquent, constituaient presque toujours un arrêt de mort contre celui qui avait ainsi osé braver l'opinion publique ; aussi, dans les bijoux comme dans tout le reste du costume, recherchait-on une certification de civisme, tant par la nature et la matière des objets que par les emblèmes qu'ils représentaient. Les croix que les femmes portaient au cou furent remplacées par des médaillons fabriqués avec des pierres provenant de la Bastille. On voyait des boucles d'oreilles figurant des faisceaux de licteurs, des triangles, des bonnets phrygiens : les pierres précieuses cédaient la place à des pendeloques en imitation de cristal. On fit des bagues et des bracelets émaillés aux trois couleurs avec inscriptions patriotiques et parmi tous les emblèmes égalitaires inventés à cette époque, on rencontrait, avons-nous vu, jusqu'à de petites guillotines.

Lorsque cette quincaillerie prétendue patriotique n'était pas en cuivre ou en acier, on la fabriquait en or de bas aloi, au titre de 10 à 12 carats.

II. Votfiie «!<■ la Tonte dite « «le Kerliii » en 1813

En 1813, la Prusse, pour réapprovisionner son trésor anéanti par les guerres qu'elle avait soutenues contre Napoléon Ier, reprit l'idée de l'Assem- blée Nationale française et, après la bataille de Leipzig, alors qu'elle voyait poindre la libération de son territoire, elle engagea ses citoyens à verser au Trésor tous leurs objets précieux. Enflammées par l'enthousiasme natio- nal, les dames allemandes remirent au Gouvernement leurs bijoux d'or et d'argent et à la fin de la guerre on leur donna en échange des broches, des bagues et autres objets en fer fondu portant cette inscription : « Gold gab ich fur Eisen, 1813. » (1)

(1) Depuis de longues années, M. Le Secq des Tournelles s'est attaché à réunir tous ces objets en fonte de Berlin et il y a eu un véritable mérite, car pendant très longtemps, ils ont été profondément méprisés par les amateurs. Dans les PI. CCXXX àCCXXXHI, nous avons reproduit les pièces les plus importantes du Musée.

44 BIJOUX EN FONTE DE BERLIN

Les revers successifs de Napoléon lurent célébrés par les Allemands par des médailles commémoratives des victoires des alliés. Ces médailles furent montées en chaînettes de montre et chacun les arborait avec fierté. La chaînette était formée de neuf médailles qui, à l'avers, représentaient une Victoire avec l'inscription : « Gott segnete die vereinigten Heere», tandis qu'au revers se trouvaient divers noms de batailles. Une médaille d'un module plus grand que les autres et quelquefois ovale formait breloque et portait la date commémorative de la bataille de Leipzig : 16-19 octobre 1813.

On fit de la même manière des colliers composés de dix-sept médailles plus petites, mais identiques. Ces médailles furent frappées par la librairie Jager, de Franckfort-sur-le-Mein.

Si les victoires des Alliés sur Napoléon vulgarisèrent l'emploi de la fonte de Berlin, elles ne furent pas cependant le prétexte de son invention, car depuis quelque temps déjà on fabriquait en Allemagne de menus objets et des bijoux en fer fondu et en filigrane de fer.

En 1810, le jour des funérailles de la reine Louise de Prusse, la comtesse Doenhoff portait un collier formé de feuillages et de fleurs joints par des attaches en filigrane de fer. Ce collier avait 40 centimètres de longueur.

D'autre part, la chronique raconte que la reine Louise de Prusse avait fait présent, quelque temps avant sa mort, à la comtesse Reichenbach Gescholtz, d'une croix en bronze noirci au milieu de laquelle se trouvait un médaillon en fer fondu représentant à l'avers le buste de la reine, tandis qu'au revers, une capsule dorée renfermait une boucle de ses cheveux.

Au printemps 1813, Rudolphe Verkmeister fit fabriquer à la fonderie royale de Glauwitz des anneaux nuptiaux en fer avec la légende : « Einge- tauscht zum Wohl des Vaterlandes ». Ces anneaux étaient fabriqués avec l'autorisation de l'autorité militaire et étaient remis en échange des anneaux d'or.

A l'intention des intendants des hôpitaux militaires, on avait fait fabriquer des anneaux en fer portant, en guise de chaton, un petit bouclier en or avec une couronne de rayons et la légende « 18 octobre 1813».

On fit, en fonte de Berlin, d'innombrables objets: des breloques, des

colliers et bracelets, boucles de culotte et boucles d'oreilles, poignée de sonnette, briquets, clefs de montres, loupes, face-à-main, insignes divers, etc...

Comme nous le faisions observer plus liaut, on ne s'est pas contenté de fabriquer en fonte de Berlin des objets destinés à la parure, on a cherché, avec cette matière, à faire concurrence au bronze : c'est dans ce but qu'ont été établis ces porte-montres, ces brûle-parfums, chandeliers, boite à bijoux que nous avons reproduits.

PI. ccxxxiv.

On a fait également par le même procédé des statuettes d'illustres personnages, des Christ et autres objets religieux. (PI. CCXXXIV.)

Cette fonte a été également mise en usage pour décorer les galeries de foyer si à la mode à l'époque de la Restauration. (PI. CCXXXV.)

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XXXII

-■■<=

Bas-reliefs et camées en fonte de Berlin,

destines à la décoration des boîtes, bagues, colliers et bracelets. 1813-1815.

(Collection H.-R. D'Allemagne.)

LES FERMAUX OU FERMILLETS 45

broches, des bagues, des bracelets, des bourses, des colliers, des boucles d'oreilles, des croix de toutes sortes, des médaillons, des cachets, des bou- tons de manchettes, des statuettes, des bustes, des boucles, des médailles, des plaques commémoratives, des chaînes de montres, des clefs de montres, des boîtes, etc..

III. La bijouterie eu fer fondu en France au XIXe siècle

L'industrie de la bijouterie en fer fondu ne resta pas longtemps l'apa- nage exclusif de l'Allemagne et dès l'année 1819, nous voyons qu'à Paris on savait fort bien fondre les médailles, les camées et autres accessoires du costume.

Dans le Rapport du Jury d'admission à l'Exposition du Louvre en

1819, nous trouvons sur ce sujet, les renseignements suivants :

L'art de couler les médailles en fonte a fait en Prusse les plus rapides progrès et a été promptement porté à la perfection. Mais nos fondeurs et ciseleurs ne sont, pas restés longtemps en arrière et M. Richard (fondeur rue aux Fèves, 11, en la Cité), nous prouve que nulle difficulté ne peut l'arrêter en ce genre.

DIXIEME PARTIE

BOUCLES I. Les fermaux ou fermillets

Au Moyen Age on désignait sous le nom de « fermail ou de fermillet »

les accessoires de la toilette que nous connaissons sous le nom de boucle.

Ces objets occupèrent une place importante dans la parure des deux sexes.

Le fermai], dit M. Victor Gay, dans son Glossaire, est le joyau d'un ordre de chevalerie, une agrafe de chape, un chaton, un médaillon reliquaire, une applique sur des gants d'évèque, un pentacol, une boucle comme les fermaux du blason, une attache de robe ou de manteau, le joyau central d'une couronne ou d'un dia- dème, le chapeau et la couronne elle-même lorsqu'elle n'est qu'un objet de parure féminine, enfin la pièce d'orfèvrerie qui pendant quatre siècle, servit, dans le cos- tume du couronnement des rois de France, à fixer sur l'épaule droite le manteau appelé «.soc».

Les usages du fermail étaient multiples car tantôt il servait simplement

d'ornement et était porté en évidence, soit sur le costume, soit sur le chapeau;

tantôt, au contraire, il était employé à supporter la bourse ou une cassolette.

1280. Anciennement on avoit accoustumé de vestir et parer les espousées on donnait à l'espousée un anneau, une couronne et un fermail . Le fermail estoit

46 BOUCLES

une ceinture en laquelle y avoit un fermail d'or ou d'argent, selon la qualité des personnes, parce qu'alors on avoit accoustumé de porter des ceintures de tout or ou d'argent, quelque riches que fussent les époux ou espousées, dont on remarque le vieil proverbe, que bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée, c'est-à-dire enrichie de clous et fermail d'or. (Boutillier. Somme rurale.)

1380. Et si eust pour le prix un fermail à pierres précieuses, que Mme de Bour- gogne prit en sa poitrine. (Froissart.)

1380. Un fermail d'or à pendre les bourses à la poitrine, escrit de lettres, des noms aux trois Roys de Coulongne, garny de quatre balays à iiij diamans. (Laborde. Glossaire.)

1401. Un fermeillet d'or pour pendre clefz et bourses pour la royne d'Angle- terre. (Cptes royaux. De Laborde. Glossaire.)

1461. Avoit sur son chief (Charles Vil) un chapeau de bieure gris, fourré de satin vermeil et sur le devant étoit un petit fermail sur lequel il y avoit un fort beau et riche diamant. (Math, de Coucy.) (De Laborde. Gloss.)

Quand le fermail avait un usage uniquement décoratif, on le désignait

plus particulièrement sous le nom d'affiche ou d'enseigne :

1330. Sur quoi Ion met un affichait Qui autrement est dit fermail

(Guill. de G ligneville.) 1427. Pour affiches et enseignes dudit lieu de Nostre-Dame de Hal, pour distribuer aux gens de l'ostel de MdS (le duc de Bourgogne). XX. s. (De Laborde. Glossaire.)

Les boucles ont joué un rôle très important tant dans le costume mili- taire que dans le costume civil. Dans les cimetières mérovingiens on trouve d'énormes boucles en fer plaquées d'argent et quelquefois enrichies de pierres cloisonnées. Les archéologues discutent pour savoir si on se trouve en présence d'accessoires du costume masculin ou féminin ; il ne faudrait pas être trop absolu et déclarer que toutes ces belles boucles retrouvées dans les fouilles ont uniquement appartenu à des guerriers ; d'après de récentes découvertes, il semble, au contraire, prouvé qu'elles ont souvent fait partie du costume féminin.

II. Corporations se livrant à lu fabrication des boucles

Dans le Livre des Métiers d'Estienne Boileau (1260), nous apprenons

que les boucles étaient fabriquées par deux corps de métier distincts : l'un

de ces corps se réservait la fabrication des boucles en fer, l'autre celle des

boucles en cuivre et en laiton :

1260. Quiconques veut estre fonderes et moleres à Paris, c'est à savoir de boucles et de moidans, de fremaus, d'aniaus, de seaux et d'autre menue œvre que on fait de coivre d'archal, estre le puet franchement. (E. Boileau, 94.)

En 1292, on comptait, à Paris, trente-deux ouvriers fabriquant des boucles ; en 1313, on n'en comptait plus que seize.

Les boucles en métal précieux étaient l'apanage exclusif des orfèvres, malgré les protestations des merciers, qui prétendaient s'ériger le droit de s'occuper de cette fabrication.

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XXXIII

17

19

20

Boucles, agrafes et fibules de l'époque romaine. Bronze vert (Collection H.-R. D'Allemagne.)

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XXXIV

Agrafes, boucles, ferrets de ceintures, fibules et rouelle. Bronze vert. Du ix" au xiv* siècle

(Collection H.-R. D'Allemagne.)

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XXXV

10

15

21

Chef-d'œuvre de maître ceinturier.

Boucles du xiie au xvie siècle. Bronze patiné. Travail allemand ou rhénan.

(Collection Albert Figdor.)

/^- Vfyttot^pUl.Ovun. "j~m

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XXXVI

10

13

II

12

15

14

Boucles de ceinture ou de souliers en argent ciselé, décorées de clous taillés à facettes. xvin<- siècle

(Collection H.-R. D'Allemagne.)

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XXXVII

10

II

12

U

15

Boucles de ceinture en cuivre estampé et doré carmes d'émaux ou de pierres fausses. Époque I„ouis- Philippe.

(Collection H.-R. D'Allemagne.)

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XXXVIII

Agrafes de manteaux en cuivre estampé et doré. Chaîne formée de eannetille en cuivre doré. Epoque Restauration.

(Collection H.-R. D'Allemagne.)

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XXXIX

****.

^

^H^I^Y

13

14

15

Boucles en acier carmes de perles taillées à facettes. Boucles de harnachement en fonte ciselée (n° ->)

Boucles de chaussures en cuivre gravé et clouté (n"s 4 et 0).

Boucles de ceinture décorées de plaques de Wedgwood. xvm« siècle.

(Collection H.-R. D'Allemagne.)

LES BOUCLES AU XVIIIe SIÈCLE 47

III. Boucle!* de ceintures, tle baudriers, de ceinturons, de culottes, et de souliers

La boucle a été un accessoire indispensable autant de la toilette des hommes que de l'accoutrement féminin. C'est la boucle, en effet, qui permet de mettre exactement à la taille la ceinture aussi bien que le baudrier et ce modeste objet rend des services aussi multiples que discrets : c'est pour cette raison qu'il convenait de lui faire suivre la mode d'aussi près que possible.

Les hommes, qui ont moins l'occasion de se parer de bijoux que les femmes, ont eu, au moyen des boucles, la possibilité de montrer qu'eux aussi savaient orner avec goût leur personne et, au xvme siècle, la boucle agrémentait aussi bien le ceinturon de leur épée que leur culotte et leurs souliers.

Les boucles de souliers semblent avoir été les bijoux qui subirent le plus les caprices de la mode. Elles apparurent au xvne siècle et leur succès alla sans cesse grandissant jusqu'au moment de la Révolution.

Le plus souvent les boucles étaient en argent, serties de pierres fausses, mais il y en avait en or, en émail et en acier ornées de diamants.

IV7. Les boucles au XVIIIe siècle

Le luxe des boucles se répandit sous la Régence, car la forme gracieuse des chaussures particulières aux gens de qualité, se prêtait à ce raffinement.

Pendant tout le xvme siècle, les boucles de ceintures furent aussi très en faveur : elles étaient serties de strass et souvent de rubis et de diamants.

Au temps de Louis XVI, la mode des boucles prit une grande extension ; on en fabriqua alors en acier poli garni de perles taillées à facettes, en émail de Saxe et en porcelaine de Wegdwood. (1).

A partir de 1785, le Journal des Daines et des Modes nous met au courant des boucles les plus recommandables.

(1) La collection des boucles a vivement séduit M. Le Secq des Tournelles qui en a abondamment pourvu les vitrines de son musée. Nous ne pouvions faire mieux que de le suivre dans cette voie et nous avons reproduit près d'une centaine de boucles dans les sept planches qui ont été consacrées à cet accessoire de la toilette. (PI. CCVII à CCXIII.)

Les boucles les plus anciennes et celles dont le travail nous a paru le plus captivant sont les boucles de ceinturon de chasse dont plusieurs sont en acier finement ciselé ; l'une d'elles représente le profil de Henri IV soutenu par les amours (n° 610y) ; une autre boucle d'un travail particulièrement précieux est le 6113 ; elle est décorée de trophées d'armes et de drapeaux. Avec la boucle 6114, nous voyons l'emploi du métal précieux servant à tracer d'ingénieux dessins sur l'acier bleui. (PI. CCVII.)

La PI. CCVIII, nous montre les spécimens de boucles de culottes et des boucles de souliers ; l'une d'entre elles est garnie de strass.

Les boucles en acier garnies de plaquettes de Wedgwood ou de Sèvres sont amplement représentées dans la planche CCIX et l'on ne sait trop ce que l'on doit le plus admirer, de la finesse et de la correction du dessin ou de la perfection de l'exécution céramique.

Les boucles en acier garnies de miniatures occupent les PI. CCX, CCXI et CCXII ; elles sont pour la plupart ovales et garnies de peries taillées à facettes.

La planche CCXIII nous montre des exemples de boucles jumelées dans lesquelles les deux médaillons sont reliés par une partie rigide épousant la courbure de la taille.

48 BOUCLES

Le Cabinet des Modes, du 1er mai 1786, se faisant l'écho de la faveur

dont jouissait les boucles pour l'ornementation du costume masculin nous dit,

en effet :

Les fenïmes pourraient reprocher aux hommes de changer de boucles de souliers autant qu'elles changent de bonnets et de chapeaux.

A cette époque, la mode faisait fi des boucles rondes, carrées ou à huit

pans et le Cabinet des Modes nous donne ainsi la description des boucles

les plus recherchées :

On les fait d'un ovale parfait, aussi large que long ; on en fait en lacs d'amour, partie étant taillée à facettes et pointes de diamant, et l'autre en perles ; à deux rangs taillés à facettes en diamants ; à rosettes taillées en pointes de diamants ; enfin à quatre rangs de perles taillées à facettes et à pointes de diamants.

V. Boucles tic» chapeaux

Mais les boucles n'étaient pas seulement employées pour les ceintures,

les souliers et les culottes, bientôt on en orna les chapeaux :

Une mode prend fortement aujourd'hui, dit le Cabinet des Modes du 15 juin 1780, c'est celle de porter au chapeau, sur le côté gauche, une boucle d'acier de toute la longueur de la forme du chapeau et qui tient attachée une grande rosette de ruban noir de la même longueur.

A peu près à la même époque, on avait coutume, en Espagne, de fixer près de l'un des bords du chapeau une boucle en strass affectant assez exactement la forme d'une agrafe.

VI. Boucles symboliques et boucles d'actualités

En 1788, les boucles se portaient rondes, ovales, rectangulaires, carrées, à pans coupés, garnies au milieu de losanges, de demi-ronds, de chiffres ou d'arabesques. Les boucles du dernier goût sont tour à tour :

La boucle « à la chinoise », large ovale au milieu duquel était un losange étaient attachés un L et un M majuscules (elle aime).

La boucle à guirlandes, ovale allongé, garni au dedans et au dehors de guirlandes et de rosettes ;

La boucle « aux nœuds d'amour » qui était formée « d'un large ovale orné de mille rosettes réunies, liées en haut et en bas par un gros nœud d'amour fait d'olives d'argent, dont les unes sont entourées de petites cordes et les autres taillées à facettes ».

En 1789, vient la boucle « aux coquilles » qui était composée « d'un hexagone ou cercle à six pans, de roses d'architecture et d'un rond au milieu qui sert à porter les coquilles ».

Au mois de mai 1789 apparut la boucle « aux petits pages ». A cette époque, on prenait la peine de baptiser d'un nom en vogue les accessoires du costume et bien souvent les journaux de modes déplorèrent cet abus :

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

FI. XL

10

12

14

Modèles de boucles d'actualité : i. Boucle aux Arabesques. 2. Corbeille à fruits. 4. Boucle aux I,acs d'amour.

6. Boucle aux Petits pages. 8. Boucle au Tiers-État. 10. Boucle aux Nœuds d'amour.

12. Boucle à la Bastille. 14. Boucle « Vive la Nation ». D'après le - Cabinet des Modes » de 1788.

INTERDICTION DE PORTER DES BOUCLES EN MÉTAL PRÉCIEUX 49

C'est chose étrange, déclare le Magasin des modes nouvelles du 1er mai 1789, que les variations qu'éprouvent les boucles souliers) aujourd'hui et les formes qu'on leur donne. On en fait aux Petits Pages, nom d'une comédie qui a assez de succès, à la Noblesse, aux Coquilles, à la Tartare, aux arabesques, etc..

La boucle « aux petits pages » était constituée par un rond parfait au milieu duquel se trouvaient inscrits deux carrés enlacés. Les intervalles situés entre les angles des carrés, sur le pourtour, étaient décorés de chapeaux et de plumets qui formaient alors la coiffure des petits pages.

VII. L<-- boucles sous la Révolution

Après la prise de la Bastille, les boucles devinrent pendant un temps le reflet des événements politiques. C'est ainsi que fut lancée la mode de la boucle « à la Bastille » qui est signalée par le Magasin des Modes du 11 novembre 1789. Cette boucle représentait un fort à trois tours garnies de créneaux. Sur chacune d'elles étaient figuré un canon. Les tours étaient séparées par des plate-formes massives. Une plate-forme portait sur le cou-de-pied et une tour descendait sur le pied.

A cette date apparut aussi la boucle « au Tiers Etat » : elle représentait une équerre enlacée dans un cœur fait d'ornements architecturaux. Cette boucle avait la prétention de désigner l'art de l'architecture, allusion sans doute à la mission que s'était donnée le Tiers Etat.

Cependant les bijoutiers ne trouvèrent pas ces manifestations assez claires et, pour marquer leur civisme, ils ne craignirent pas de surcharger leurs boucles d'inscriptions. Les cris de joie : « Vive la Nation » qui avaient remplacé ceux de « Vive le Boi », leur donnèrent l'idée de créer les boucles « A la Nation ». Sur un cercle massif, décoré simplement de dessins en zigzag gravés, ils avaient placé, en triangle, quatre petits tableaux portant en carac- tères découpés : « Vive la Nation ».

VIII. Interdiction de porter des boucles en métal précieux

Mais bientôt on se lassa de ces excentricités et pendant un temps les boucles furent abandonnées par les élégants. La contribution des boucles d'argent que faisaient les bons citoyens sur l'autel de la Patrie, avait amené la mode des boucles de cuivre unies, sans dessins ni guillochage et présentant pour toute variante une forme à huit pans. Nombre de personnes qui avaient fait don de leurs boucles d'argent refusaient absolument de porter d'autres boucles et préféraient attacher leurs souliers avec des cordons ou des rubans noirs. L'histoire de cet abandon civique d'une parure jugée jusqu'alors comme indispensable, est assez curieuse pour que nous nous en fassions l'écho.

C'est sur la proposition du député d'Ailly, que l'Assemblée Nationale

50 BOUCLES

émit un vote exigeant que tous les députés abandonnassent leurs boucles d'argent au profit des caisses du Trésor. Le 22 novembre 1789, la séance de l'Assemblée s'ouvrit par le don patriotique qu'avait fait le maréchal de Maillé de ses boucles d'or.

L'enthousiasme fut grand et le lendemain dimanche 23, de zélés patriotes n'hésitèrent pas à arrêter, dans les rues de Paris, plusieurs passants pour leur arracher leurs boucles d'or et d'argent. L'émoi fut tel, que le maire de Paris et la police durent prendre une ordonnance pour défendre d'arrêter dans les rues les citoyens des deux sexes. {Livre Journal de Mme Etoffe, marchande de modes, publié par le comte de Reiset, t. I, p. 460).

L'exemple donné par le maréchal de Maillé fut suivi par tout le monde et quelques jours après le Journal de la Cour et de la Ville publiait la note suivante :

Le district des Cordeliers et de Saint-André-des-Arts se sont empressés de suivre l'exemple de l'auguste Assemblée Nationale. En conséquence, ils ont arrêté que tout citoyen de leur arrondissement serait tenu de porter à leur district, en offrande à la Nation, leurs boucles d'argent dont le dépôt serait confié à des Com- missaires nommés à cet effet.

Nota. Nous présumons que tous les citoyens de Paris vont s'honorer désor- mais de n'avoir que des cordons à leurs souliers ; on pourra les reconnaître à cette marque, comme à la cocarde de la Liberté.

La Chronique de Paris évaluait à 40 millions le nombre des boucles d'argent du royaume.

M.M. de Goncourt (Histoire de la Société française pendant la Révo- lution) racontent qu'un cordonnier de Poitiers, en présentant deux paires de boucles, s'écria :

Celles-ci ont servi à tenir les tirans de mes souliers ; elles serviront à combattre les tyrans ligués contre la Liberté.

IX. lîoucles on or et en argent

Cependant cette discrétion ne devait pas être de longue durée car,

dès l'année 1804, l'argent lui-même était réputé vil métal et on ne voyait

que des boucles en or sur les souliers des gens distingués :

Les boucles ne sont plus d'argent, dit le Journal des Dames et des Modes du 15 Nivôse An xn, la nouvelle mode est d'avoir des boucles en or où, sur un fond mat, se relève en bosse un dessin étrusque ou une suite d'étoiles brillantes et déta- chées. Pour être à la mode la boucle doit présenter la forme d'un carré long avec coins arrondis.

X. Boucles garnies «le peintures, «le miniatures ou <Ic fixés

Souvent on rencontre des boucles ornées de miniatures sous verre ; quelques-unes sont simplement peintes à la gouache, mais d'autres, plus brillantes, pourraient appartenir à ce genre de fixé qui est décrit par Jaubert

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XLI

8

m. , B°ucl«j ^ ceinture en acier garnies de perles taillées à facettes.

Elle, sont décorées ,1c peintures, d'émau.x ou ,1e plaques ,1c Wedgwood xvm> siècle

(Collection II. -R. D'Allemagne.)

LES ACCESSOIRES DU COSTUME ET DU MOBILIER

PI. XLII

. . A?rares de manteaux en argent repercé ou filigrane

Plusieurs sont estampées en imitation du décor des perles taillées'à "acettes. xvn, siècle

(Collection H.-R. D'Allemagne.) siècle.

EMPLOI DES PLAQUES DE PORCELAINE DE WEGDWOOD ET DE SÈVRES 51

au mot « migniature » et avait été mis en pratique par Vincent Montpetit (Dict. des Arts et Métiers) :

Le sieur Vincent Montpetit a trouvé le secret de peindre à l'huile les sujets les plus petits, et de les rendre aussi parfaits qu'il est possible, en n'employant que l'huile absolument nécessaire pour attacher la couleur, en excluant toutes sortes de vernis, et couvrant ses tableaux d'un crystal qui y est adhérent par le moyen d'un très léger mordant passé à un certain degré de chaleur.

Pour voir sous ses yeux l'effet que doit produire le brillant du cristal, il peint au travers de l'eau qui ôte à ses couleurs l'excès d'huile qui leur serait nuisible, et fait que sa peinture, vigoureuse dans ses teintes, saillantes dans ses traits, moelleuse dans son coloris, ne peut jamais s'altérer. Les premiers ouvrages qu'il a faits en ce genre sont trois portraits de Louis XV qu'on a trouvés si beaux qu'on les a jugés dignes d'être conservés parmi les bijoux de la couronne.

La peinture au « fixé » a été très en honneur à la fin du xvme siècle et au commencement du xixe siècle ; elle réclamait un tour de main extrê- mement délicat, puisqu'elle devait être exécutée sur un taffetas très fin et recouverte ensuite d'une glace avec laquelle elle faisait si intimement corps, que quand la glace venait à se briser, la peinture était irrémédiable- ment perdue.

XI. Emploi dos plaques do porcelaines de Wegd>vood et de Sèvres

dans la décoration des boucles

Nous avons vu que, dans le décor des boucles, on employait, à la fin du xvme siècle, des plaques de porcelaine dont les sujets se détachaient en blanc sur fond bleu. Ce produit céramique est universellement connu sous le nom de « Wedgwood ». Wedgwood était un industriel anglais qui, de parents potiers, s'était ingénié à perfectionner la céramique au double point de vue de la pâte et des formes. Parmi ses inventions, il convient de citer surtout la terre de fer et les grès cérames, qui ont gardé son nom et qui nous occupent actuellement ; ils obtinrent un très grand succès au moment de leur apparition. C'est probablement à l'imitation des produc- tions de Wedgwood que la Manufacture nationale de Sèvres a fabriqué des plaques de porcelaine à décor blanc sur fond bleu, qui sont plus estimées encore maintenant par les amateurs que les productions de la fabrique anglaise.

A l'Exposition publique des produits de l'industrie française au Palais du Louvre, en 1823, deux fabricants de boucles et menus objets en acier étaient représentés :

M. Pointiez, 8, rue du Vertbois, à Paris, avait exposé des bagues et des boucles en acier ;

M. Duméril, de Saint- Julien-du-Sault (Yonne) avait exposé des boucles d'acier poli et un éventail tout en acier.

52 CEINTURES

ONZIEME PARTIE

CEINTURES

1. La ceinture» accessoire «lu costume ecclésiastique,

militaire et civil

La ceinture a joué un rôle important aussi bien dans le vêtement liturgique que dans le costume militaire ou civil. Les chevaliers por- taient souvent des ceintures ornées de pièces armoriées. Une statue du xne siècle, placée au portail de la cathédrale de Chartres, nous donne des renseignements curieux sur la manière dont était fixé cet accessoire.

Jusqu'au xve siècle, la ceinture était une pièce obligée du costume civil, du costume militaire et l'un des insignes de la chevalerie.

La garniture, formée de la boucle, du moidant et des trépas ou passants, la ferrure du tissu composée de clous, de plaques historiées, de banquelets ou barrettes transversales, enfin tous les détails d'orfèvrerie et de ciselure rendaient fort précieuse cette partie complémentaire et très évidente de l'ajustement des deux sexes.

Dans le tissu des ceintures, lorsqu'il n'est point formé do pièces métalliques montées à charnière, on fait usage de toute matière textile, de cuir et même de cheveux. Les ceintures pour la danse et pour la joute sont ordinairement munies de sonnettes ou de grelots. Pour les fiançailles on les orne, comme celle du trésor de Conques, de barrettes à mains jointes. Les ceintures de deuil sont émaillées de larmes et de devises. Enfin dans un but de dévotion ou de préservation, la ceinture, jusqu'à une époque très voisine de la nôtre, fait partie des objets pieux, des remèdes ou des talismans. (Gay. Gloss.)

II. Les ceintures au Moyeu Age : Corporations «lui les fabriquaient

Au xne siècle, la ceinture était simplement nouée à la taille, par devant.

Un peu plus tard elle est retenue par une boucle et devient un objet de

première nécessité. Les femmes y attachaient alors leur aumônière, leurs

clefs, leur petit miroir d'or, d'argent ou d'acier poli ; les hommes y fixaient

une foule d'objets de telle nature que leur ceinture semblait un symbole

de leurs moyens d'existence. Estienne Pasquier écrivait à ce sujet :

Nos ancêtres avoient accoustumé de porter en leur ceinture tous les principaux outils de leurs biens. L'homme de robe longue son escritoire, son Cousteau, sa gibbe- cière, ses clefs... Le semblable faisoit le marchand et le gendarme, son espée et son escarcelle. Tellement que de notre ceinture despendoient tous les instrumens qui servent à vivre, à conserver et à entretenir nos familles.

X

oc

LU

J S o

3 Û

H W

w

8

o

D û

oc 1

<

-J

•sa

;@

rîr-

^3

* r.

a

3 O

i -o ' 60

.Jfe

3 <-"

■s a

o o

3

c

•J

LE DEMI-CEINT 53

La ceinture jouait un rôle important dans certaines manifestations de la vie civile ; c'est ainsi que la veuve qui voulait renoncer à la succession de son mari allait solennellement déposer sur la tombe de celui-ci ses clefs, sa bourse et sa ceinture.

Au Moyen Age, les seigneurs et les riches bourgeois possédaient des ceintures tissées de soie et d'or ; elles étaient toutes couvertes de riches plaques d'orfèvrerie. Les bourgeois de condition modeste se contentaient de ceintures en cuir.

Les précieuses ceintures étaient fabriquées par les orfèvres, mais pour les petites gens, c'étaient les corroyeurs qui confectionnaient les ceintures blanches, rouges ou noires, en tissu agrémenté d'argent et garni d'orne- ments en fer ou en cuivre.

A la fin du xme siècle, les corroyeurs prennent le nom de ceinturiers. Leur métier est élevé en corporation et pour parvenir à la maîtrise le can- didat doit confectionner « une ceinture de velours à deux pendans, à huit boucles par le bas des pendans, la ferrure de fer limée et percée à jour à feuillages encloués dessus et dessous, les clous avec leur contrerivet, le tout bien poli». {Livre des mestiers, d'Etienne Boileau).

III. Le tlomi-eeiiit

Au début du xive siècle, la mode détrôna les ceintures au profit du demi-ceint qui, à cette époque, n'était qu'une ceinture plus étroite que celle en usage alors. Ces objets étaient d'une très grande richesse, ainsi qu'on le constate dans Y Inventaire des meubles de Charles V.

1380. Ung demy seinct d'or qui fut de Mme Marie de France, jadis fille du roy, il a 147 perles, 8 saphirs, 2 balaiz ; ou pendant à un balay, pes. 1 m. 3 o.

Un demy seinct d'or qui fut à la royne Jeanne de Bourbon, assiz sur un tissu noir ou quel a une chesneste à façon de fleurs de liz et un cueur garny de perles, de balaiz et de saphirs, pes. 2 m. 2 o.

Ung autre demy seinct d'or qui fut à lad. dame, lequel est à charnières, garny de perles, esmeraudes et rubis d'Alixandre et sont les deux boucles esmaillées à bleuaiz et au bout de la chayene un saphir, pes. 1 m. 5 o. {Inv. de Charles V. 56-01 et 62.)

Dans la seconde moitié du xve siècle, le demi-ceint désignait une cein- ture ordinaire comme largeur, mais presque toujours formée de chaînons de métal ; sur le côté pendaient d'autres chaînes plus fines à l'extrémité desquelles étaient attachés une foule de petits objets. Olivier de la