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2° Le j filial de faible, cf. s'é vanou ir c.329, est tombé partout par suite de la dissimilation exercée par le y du groupe initial, conformément à la loi II.
3° Lézard c. 452 présente dans l'aire 1-8 une forme rt'jlàd, qui me paraît être issue de la forme *lejlad, étudiée plus* haut, par une dissimilation conforme à la loi IV.
4° Gencive c. 380 suit dans l'aire 11-22 la loi VIII. Mais tandis que les localités 17-22 ont dissimulé la fricative intervoca- lique en J, 11- 16 l'ont dissimilée en ;(; cette différence de traite- ment provient de ce que la première dissimilation s'est faite au stade ;-; et la deuxième au stade/-/. On sait que gencive a subi également en français une dissimilation, sur laquelle cf. M. L., Einfnhrung in das Sttidium d. Rom. Spr., 2^ éd. Heidelberg, 1909, § 147. C'est également suivant cette loi que s'est développé / des formes désignant l'hirondelle c.410, dontr final a ensuite disparu dans la plupart des points.
^° par prendrez, a perdu partout r du groupe initial pr conformément à la loi IX. C'est probablement d'après cette loi qu'il faut expliquer /yom fable L. des témoins 19 b, 20 a, 22 a, forme qu'on retrouve ailleurs.
6° La loi XI est attestée par les faits suivants : le dérivé en re de l'a. fr. bel, au sens de premier lait de la vache qui a vêlé c. 438, dont le t est devenu /c partout, sauf au point 12, kmôt pomme de terre c. 595 des localités 20 et 21, cf. § 89, et très répandu dans les parlers lorrains, d'après Adam, p. 360, tinœ du point 14, issu de pnuè millet L., forme issue d'un croisement, comme on le verra § 1 5 1 . Si dans piiâ de 12 a et pnœ de 22 a, issus de *pmà, *pmœ, de même origine, la dissimilation est contraire, c'est par suitede l'action conservatrice exercée par plà, pie, cf. id.
7° Arbre c. 39 est, dans toutes les localités, traité d'après la loi XII ; il en est de même de mercredi c.491, sauf en quelques points qui entrepris la forme française, et des formes pedtï, pu-, d'où peddï (d. p. 12e) perdrix c.571; pour ptjî de 12, cf. p. 132.
8° seÇ éc basse L. des témoins 9 et 19 a, et qu'Adam donne pour Saint-Amé saihhe, p. 284, est dissimilé d'après la loi XIV. Si
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le féminin de radjectif^Â, f^, sec, cf. plus loin p. 137, qui est régu- lièrement çnc au point 14, khâkhe à La Bresse, d'après Hingre, est sàs chez les témoins 2 a, 7 a, 8' d, cf. aussi hhâssc que Haillant donne pour Cornimont s. v. hha, cette exception s'explique par l'influence analogique dumasculin. Cf. pour sac, sec, plus loin,
§83,7°.
9° Plier c. 588 subit dans toute l'aire 1-9 une dissimilation
qui a dû se produire dans les formes à désinence, où py est dans la syllabe atone, conformément à la loi XVI. C'est également cette loi qui explique ogrepin aubépine c. 56 de l'aire 10-22, mais l'origine du r est obscure.
Il est cependant au moins un traitement qui paraît échapper à une loi de M. Grammont, c'est celui de ryeb et ryâb de 8 ' et 16, qui sont issus de formes anciennes *ryerb, -a-, cf. § 81 B 6°, et qui, pour une cause que j'ignore, sont en contradiction avec la loi VII. En outre il me semble que éêvïrœ, ^-chevreuil c. 184 de l'aire 1-8' ont perdu le v d'une ancienne terminaison}'^, encore attestée dans la vallée de la Moselotte, par suite d'une dissimilation exercée par Vî de la syllabe précédente. Quant à lototy -èty -et, -àt celui-là, celle-là c. 142 des localités i-ii, 14-16, issus de formes antérieures lotlôt, etc., la dissimilation de / appuyé tonique, contraire à la loi II, s'explique par la résis- tance particulière qu'a dû offrir l'article initial . Enfin je ne puis que signaler elor de l'aire 1-8', alêne c. 17, dont le dévelop- pement est obscur : c'est au reste un mot sujet à de nombreux accidents, cf. § 83 adfinem.
§ 83. Métathèse.
1° fable L., boucle c. 106 et le mot tyop, employé pour désigner les deux chevilles qui fixent le joug au timon par les témoins 2 c, 5 a, 6 b, 8'f, 19 c, et au sens de nœud par 12 a, 15 a, cf. voiture, nœud L. et qui correspond au fr. couple, comme Adam l'a bien vu p. 23 (M. M. L., EW. 2209, propose un type latin *cloppa, mais pour des parlers italiens), présentent tous une métathèse d'après laquelle un y passe de la syllabe finale dans la syllabe tonique. Ce développement, qui dépasse de beaucoup notre domaine, cf. tieuppe, Adam, p. 23, qui le
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2° Le ;y final de faible, cf. s'é vanouir c.329, est tombé partout par suite de la dissimilation exercée. par le y du groupe initial, conformément à la loi II.
3° Lézard c. 452 présente dans l'aire 1-8 une forme rejlàd, qui me paraît être issue de la forme *lejlad, étudiée plus* haut, par une dissimilation conforme à la loi IV.
4° Gencive c. 380 suit dans l'aire 11-22 la loi VIII. Mais tandis que les localités 17-22 ont dissimulé la fricative intervoca- lique en d, 11-16 l'ont dissimilée en x,', cette différence de traite- ment provient de ce que la première dissimilation s'est faite au stade ;-; et la deuxième au stade/-/. On sait que gencive a subi également en français une dissimilation, sur laquelle cf. M. L., Einfûhrung in das Studiiim d. Rom. Spr., 2" éd. Heidelberg, 1909, § 147. C'est également suivant cette loi que s'est développé / des formes désignant l'hirondelle c.410, dont r final a ensuite disparu dans la plupart des points.
^° par prendre!-, a perdu partout ;■ du groupe initial pr conformément à la loi IX. C'est probablement d'après cette loi qu'il faut expliquer /}ww fable L. des témoins 19 b, 20 a, 22 a, forme qu'on retrouve ailleurs.
6° La loi XI est attestée par les faits suivants : le dérivé en rè de l'a. fr. bel, au sens de premier lait de la vache qui a vêlé c. 438, dont le t est devenu /^ partout, sauf au point 12, kmot pomme de terre c. 595 des localités 20 et 21, cf. § 89, et très répandu dans les parlers lorrains, d'après Adam, p. 360, tmœ du point 14, issu de pmœ millet L., forme issue d'un croisement, comme on le verra § 151. Si dans pnâ de 12 a et pnœ de 22 a, issus de *pnià, *pmœ, de même origine, la dissimilation est contraire, c'est par suitede l'action conservatrice exercée par plà, pie, cf. id.
7° Arbre c. 39 est, dans toutes les localités, traité d'après la loi XII; il en est de même de mercredi c.491, sauf en quelques points qui ont repris la forme française, et des formes pcdr'i, pu-, d'où peddï Çd. p. 126) perdrix c.571; pour pejî de 12, cf. p. 132.
8° seç éc basse L. des témoins 9 et 19 a, et qu'Adam donne pour Saint-Amé saihbe, p. 284, est dissimilé d'après la loi XIV. Si
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le féminin de l'adjectif €d, f^, sec, cf. plus loin p. 137, qui est régu- lièrement Çcli! au point 14, khâkhe à La Bresse, d'après Hingre, est eàs chez les témoins 2 a, 7 a, 8' d, cf. aussi hhâsst que Haillant donne pour Cornimont s. v. hha, cette exception s'explique par l'influence analogique du masculin. Cf. pour sac, sec, plus loin,
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9° Plier c. 588 subit dans toute l'aire 1-9 une dissimilation
qui a dû se produire dans les formes à désinence, où py est dans la syllabe atone, conformément à la loi XVI. C'est également cette loi qui explique ogrepin aubépine c. 56 de l'aire 10-22, mais l'origine du r est obscure.
Il est cependant au moins un traitement qui paraît échapper à une loi de M. Grammont, c'est celui de ryebet ryâb de 8 'et 16, qui sont issus de formes anciennes *ryerb, -a-, cf. § 81 B 6°, et qui, pour une cause que j'ignore, sont en contradiction avec la loi VII. En outre il me semble que éêvîrœ, ^-chevreuil c. 184 de l'aire 1-8' ont perdu le y d'une ancienne terminaison}'^, encore attestée dans la vallée de la Moselotte, par suite d'une dissimilation exercée par Vî de la syllabe précédente. Quant à lotot, -et, -et, -àt celui-là, celle-là c. 142 des localités i-ii, 14-16, issus de formes antérieures lotlol, etc., la dissimilation de / appuyé tonique, contraire à la loi II, s'explique par la résis- tance particulière qu'a dû offrir l'article initial . Enfin je ne puis que signaler Hor de l'aire 1-8', alêne c. 17, dont le dévelop- pement est obscur : c'est au reste un mot sujet à de nombreux accidents, cf. § 83 adfimni.
§ 83. Métathèse.
1° fable L., boucle c. 106 et le mot tyop, employé pour désigner les deux chevilles qui fixent le joug au timon par les témoins 2 c, 5 a, 6 b, 8'f, 19 c, et au sens de nœud par 12 a, 15 a, cf. voiture, nœud L. et qui correspond au fr. couple, comme Adam l'a bien vu p. 23 (M. M. L., EW. 2209, propose un type latin *cloppa, mais pour des parlers italiens), présentent tous une métathèse d'après laquelle un y passe de la syllabe finale dans la syllabe tonique. Ce développement, qui dépasse de beaucoup notre domaine, cf. tieuppe, Adam, p. 23, qui le
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LES PARLERS
DES
VOSGES MÉRIDIONALES
MACOS', PROTAT FREKES, IMPRIMIURS
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A Messieurs Antoine MEILLET et Antoine THOMAS
Hommage respectueux.
LES PARLERS
DES
VOSGES MÉRIDIONALES
(arr()\'I)issi;m[;n'1' dh remire.mont, dhpartemfnt dhs vosges)
ETUDE DE DIALECTOLOGIE
PAR
OSCAR BLOCH
DOCTEUR ES LETTRES
AGRÉGÉ DE GRAMMAIRE
PROFESSEUR AU LYCÉE BUFFON
PARIS LIBRAIRIE ANCIENNE H. CHAMPION, ÉDITEUR
EDOUARD CHAMPION
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NOTICE PRELIMINAIRE
Ce travail a pour base principale les matériaux publiés dans mon Atlas linguistique des Vosges méridionales, Paris, Champion, 19 14, sans lequel il pourra difficilement être lu ou utilisé. C'est pourquoi on peut se dispenser ici de donner sur le domaine de l'enquête, les témoins interrogés et le système graphique les indications qui se trouvent dans l'introduction de Y Atlas. D'autre part des références fréquentes sont faites à un autre ouvrage, Lexique français-patois des parlers des Vosges méridionales, qui paraît en même temps que ceux-ci et contient beaucoup de matériaux n'ayant pas trouvé place dans V Atlas ; mais, comme les formes patoises sont ordinairement citées ici, on pourra à la rigueur se passer de ce lexique.
INTRODUCTION
Les vingt-deux localités dont les parlers font l'objet du pré- sent ouvrage sont toutes situées dans l'arrondissement de Remi- remont. La vallée de la Haute-Moselle en comprend dix et celle de la Moselotte sept : ce sont, en allant d'amont en aval, d'une part Bussangj Saint-Maurice,, Presse, le Thillot, le Ménil, Ramonchamp, Ferdrupt, Rupt, Maxonchamp, Vecoux, Dommar- tin, d'autre part la Bresse, Cornimont, Ventron, Saulxures, Thiéfosse, Vagney, Saint-Amé. Au confluent des deux rivières s'étend, au milieu des montagnes qui l'encerclent, une assez large plaine : c'est là que la ville de Remiremont est bâtie, sur la rive gauche de la Moselle ; en face, sur la rive droite, au pied du .Saint-Mont, se trouve Saint-Etienne. Saint-Nabord est au delà, à quelques kilomètres en aval ; enfin Bellefontaine et le Val-d'Ajol, plus éloignés vers l'Ouest et le Sud-Ouest, sont sépa- rés de Remiremont par des hauteurs en grande partie couvertes de bois.
A l'Est, cette région s'adosse à la chaîné des Vosges qui forme en même temps la frontière de l'Alsace. Au Sud, elle est limitée par la chaîne des Faucilles qui sert de démarcation aux deux départements des Vosges et de la Haute-Saône, le long de la vallée de la Haute-Moselle ; plus loin cependant le Val-d'Ajol et Bellefontaine se trouvent sur le versant méridional de cette chaîne. Au Nord, un contrefort des Vosges s'élève entre la val- lée de la Moselotte et celle de la Vologne, où s'étale le lac de Gérardmer.
L'histoire de ces vingt-deux localités est étroitement liée à celle de la puissante abbaye de Remiremont. On sait que, fon- dée au vii"^ siècle, elle arriva à étendre sa juridiction sur 52 bans, dits bans Saint-Pierre, dont notre domaine faisait partie, et qu'elle se défendit âprement contre les empiétements des ducs de Lor- raine '. Ce n'est parfois qu'assez lentement qu'elle réussit à éta- blir son autorité: dans la région qui nous intéresse, le Val-d'Ajo dépendait jusqu'à la fin du xiir siècle du comté de Bourgogne et du diocèse de Besançon % et l'on voit le roi de France renoncer, en 1704, au titre de possesseur de la Franche-Comté, à toutes prétentions sur les bans de Ramonchamp, de Longchamp (qui couvraient la vallée de la Haute-Moselle, sauf Vecoux et Dom- martin) et du Val-d'Ajol, au profit du duc de Lorraine'.
L'abbaye de Remiremont a dû jouer un rôle important dans la colonisation des vallées. « Il fallut l'action systématique des monastères, dit M. Vidal de La Blache, pour introduire dans ces solitudes forestières là culture et la vie : Épinal, Remiremont, Saint-Dié, Senones, Etival, etc. La vallée lorraine des Vosges ne s'est peuplée et n'a vécu que par l'appui des petites villes qui se sont formées sur sa périphérie '^. » Notre région qui était encore couverte, au début du Moyen Age, d'épaisses forêts, « vastes et telles que les Carlovingiens les jugeaient les plus dignes de leurs chasses hnpériales '», n'était cependant pas com- plètement déserte, même à l'époque gallo-romaine. Une voie qui allait de Metz à Bâle suivait la vallée de la Moselle ^ ; et une sec-
1. Sur toute cette!; histoire bien connue, et intéressante surtout au point de vue politique, voir la bibliographie dans Ulysse Chevallier, Répertoire des sources historiques du Moyen Age (Topo-Bibliographie), Montbéliard, 1894.
2. Gravier, Notice sur les villages de Fougerolks et Val-d\i/\, Académie des Sciences, Besançon, 1843, p. 178 sq.
3. Baumout, Etudes sur le règne de Le'opold, duc de Lorraine et de Bar (1697- 1729), Berger-Levrault, Paris et Nancy, 1894, p. 181.
4. Tableau géographique de la France, Paris, Hachette, 1903, p. 194.
5. Michclct, d'après Seignobos, Extraits historiques de J. Michelel, A. Colin, Paris, 1903, p. 91.
6. Il est vrai que ni l'Itinéraire d'Antonin, ni la table de Peutinger ne la
XI
tion de Ramonchamp qui est située sur la rive droite de cette rivière, à l'endroit où cette voie devait passer et où passe aujour- d'hui la route nationale, lui doit son nom Létraye, en patois Ihrày «< slraia.
Le rôle joué par l'abbaye de Remiremont dans le développe- ment de notre région n'en est pas moins capital. Il ne semble pas qu'il y existe un seul nom de lieu habité d'origine gauloise ', et l'on n'a jusqu'à présent trouvé aucun vestige gallo-romain dans les deux vallées -. Le centre principal, Remiremont, Monlis Roniarici 640, Reiiieriiiioiit et Remircinoiit dans les textes médié- vaux ', a été désigné d'après le nom de saint Romaric, qui fonda un monastère sur le mont Habend, casteUo Habendiini vu*' siècle, probablement le Saint-Mont d'aujourd'hui ; le nom de son com- pagnon, saint Amé, est celui d'une commune voisine. Quelques noms de formation ancienne révèlent que la colonisation dut progresser assez vite. Le suffixe acuiii est attesté par Wahiniaco, Vagney, \i^ ou xii" siècle, et par villa de Adiaco 1204, preposiiits Aviacixi^ ou xiV siècle, où il s'agit certainement du Val-d'Ajol, bien qu'il soit difficile d'y rattacher la forme moderne, en patois vo dPjo. Comme noms formés avec villa ou villare, on peut citer la Dermanville, le dhinàvyàl (Rupt), Bréhavillers herhâvle (Saint- Amé), Crémanvillers keniiàvle (Vagney), Mevvillers inàyvele (près
donnent, cf. Desjardins, Géographie... de la Gaule Romaine, 1876-1896, t. IV, planches 8 et 10, après les pages 38 et 78 ; et j'ignore sur quels documents se sont appuyés les auteurs qui en affirment l'existence, cf. entre autres P. Boyé, Les haut es -chaumes des Vosges, Berger-Levrault, Paris, 1903, pp. 51, 162, 165; D"" Bleicher, Les Vosges, le sol et les habitants, Paris, 1890, p. 30. L'article de Werner, La traversée des Vosges... à V époque romaine. Revue d'Alsace, 191 1, p. 34, est scientifiquement insignifiant.
1. Le dictionnaire topographique du département des Vosges, dont le manuscrit est prêt, n'est pas encore publié ; mais l'auteur, M. P. Maréciial, a eu la grande obligeance, dont je tiens à lui exprimer ici ma vive reconnaissance, de mettre à ma disposition les renseignements dont j'avais besoin.
2. Boyé, op. laud., p. 52.
3. Remerimont 1208, NAL. 2529, 41, etc., Remiremont 1291 (ou -92), id. 2530,47, etc.
XII
de Saint-Étienne), Maillevcler 1303 (ou -04) ', Peccavillersp^w/^ (Saint-Amé), Paschaveleir 1291 % Remanvillers rmàvle (Fer- drupt), Zainvillers (èvie (Vagney), sections situées dans le voisi- nage de Remiremont ou tout au plus vers le milieu de la vallée de la Haute-Moselle. Nombreux sont aussi les noms de lieux formés suivant une svntaxe très ancienne, tels que Ramonchamp remoM, Ferdrupt /rJJ//, vraisemblablement formé de (c Frédéric » -\- rû <C rivii, Cornimont honhno, dont le premier élément est cependant obscur 5, Thiéfosse tyejos, Tierfosse 1433, probable- ment formé de « Thierry » -}- « fosse », Gérardfeing///ï?/<^ (Belle- fontaine) où feing correspond au fr. fange, cf. § 29, 9°, les Gal- manpvé?, gi'lnioprâ (Ferdrupt) etc. Au contraire, dans les noms de date plus récente, le nom du propriétaire est postposé, cf. les Chaix-barbe le ië bârb (Bussang) où et' est la forme locale du fr. essart, les Champs-Colnot le fà kôlnô (Bussang), Faing-Bairer le fe hîre (Ventron), Pré-Jacquot prâ jâJcà (la Bresse), etc.
M. P. Boyé, dans son ouvrage déjà cité, a longuement montré le rôle considérable des populations alsaciennes dans l'exploitation des hauts pâturages et la colonisation de la partie haute des val- lées, d. notamment le chapitre IV et les pages 72, 74, 83, 88, 108, 342, etc. Il est cependant remarquable que peu de noms de lieux habités aient une origine germanique ; Ventron, Wintheraiu^ alias Ventron 1594, paraît contenir comme premier élément l'allemand îVinter, le traitement de la terminaison étant assez obscur; mais le nom germanique de la Bresse IValle 1402, Wolh 1426, n'a pas triomphé, bien que cette localité soit très voisine de la vallée de Munster, d'où les colons sont venus en grand nombre : ce fait indique que la pénétration de ces popula- tions ne s'est pas produite par masses.
La vie du paysan de ces régions ingrates, où la terre est très
1. l^AL. 2521, 68.
2. Id. 2530, 47 ; cf. aussi § 22.
3. Cornimont et Xoulcc, section de cette commune, figurent déjà dans un acte de 940, v. Rové, op. huul., p. 68.
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pauvre et le climat rude, devait être modeste. La « Vosge « était encore la partie la plus pauvre du duché de Lorraine au xviii'^ siècle ', et Montaigne, qui la traversa, appelle Bussang « petit meschant village, le dernier du langage François ^ ». Mais la pauvreté du pays n'était pas pour lui une garantie de sécurité; car c'était une région de passage. Il souftrit de l'inva- sion des Hongrois à la fin du ix= siècle et au début du x^ ^ La guerre de Trente Ans surtout, si funeste à la Lorraine, causa de grands ravages même dans les hautes vallées ; la dépopulation y prit des proportions considérables '^, et des déplacements de populations en furent la conséquence : c'est ainsi que beaucoup d'habitants quittèrent Gérardmer «afin d'aller chercher à Vagney leur pauvre vie 5 ». D'autre part, à partir du xvi*" siècle au moins, des mines de cuivre et d'argent furent exploitées dans la région de Bussang, Saint- Maurice, Presse et le Thillot, et le duc Charles III y attira des ouvriers d'Allemagne et de Suède ''. L'in- dustrie forestière employa également des ouvriers étrangers ?, et les scieries qui se développèrent au début du xvii^ siècle ^ utili- sèrent certainement des ouvriers venant d'Alsace, car nous ver- rons à la fin de cette ouvrage, § 153, que le scieur de profession est, dans tous nos parlers, désigné par des représentants de l'alle- mand Sâger. Enfin il est possible que les mesures bienveillantes que prit le duc Léopold, et qui firent presque doubler la popu- lation de Lorraine au début du xviii'^ siècle, aient agi également dans notre région 9.
1. Baumont, op. laiul., p. 564.
2. Journal de voyage de M. Montaigne en Italie, éd. 1774, I, 41.
3. Duhamel, Des relations des Empereurs et des Ducs de Lorraine avec Tabhaye de Reniiremout, Epinal, Gley, 1886.
4. Boyé, op. laud., p. 45, ch. X, p. 280 sq.
5. Boyé, id., p. 291, d'après les archives communales de Gérardmer.
6. Boyé, id., p. 210 sq. Les mines du Thillot étaient encore en exploitation au xviiie siècle, mais elles étaient coûteuses et peu productives, cf. Baumont, op. laud., p. 580 sq.
7. Boyé, id., p. 210.
8. Boyé, id., p. 236.
9. Baumont, op. laud., p. 556.
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Quoi qu'il en soit, quelques renseignements statistiques qu'on possède sur les derniers siècles n:iontrent à quel point la population de nos localités était parfois réduite en comparaison du chiffre actuel des habitants ', cf en particulier les indications données pour Tannée 1710 dans Touvrage de Louis et Chevreux ^ A Bus- sang, qui a actuellement 2.898 habitants, il n'y avait en 1590 que 28 « conduits », en 1704 les habitants n'étaient qu'environ 445, et en 1789 ils approchaient de i.ooo '. Gérardmer, qui en compte aujourd'hui plus de 10.000 (dont il faut enlever environ un millier qui représente la population militaire), n'avait en 1535 que 22 « conduits », et la Bresse, qui possède aujourd'hui 5.655 habitants, n'avait en 1559'que 100 «conduits» et en 1708 1.067 habitants '♦.
Des indications sommaires qui précèdent il ressort que, s'il est vrai que « ces hameaux épars dans les vallées formèrent de petites autonomies » et que « sous le nom de « bans », qu'on retrouve dans toute les parties des Vosges, ils se groupèrent en petites unités distinctes, ayant leurs relations, leurs coutumes et leurs mœurs » '\ la population n'était cependant pas formée unique- ment d'éléments stables. De plus les diversescommunautés n'étaient pas profondément isolées les unes des autres : le mode d'habitat de notre région, qui doit être très ancien, était très favorable aux relations ; en effet, entre les différents centres, on rencontre, tout le long des routes et des cheipins, et jusqu'à la lisière des
1. Atlas, Introduction, p. i.
2. Louis et Chevreux, Le département des Vosges, 1888-1890, VII volumes. D'après une communication de M. Philippe, archiviste du département des Vosges, les auteurs de cet ouvrage ont puisé leurs renseignements dans celui de Lepage et Charton, Le département des Vosges, Nancy, Pciffer, 1845, ^^ 1^ document de 1710 se trouve probablement aux archives deMeurthe-et-Moselle; en tout cas il ne se trouve pas àÉpinal.
3. E. Richard, Histoire de Bnssang, Jouve, Paris, 1909, p. 272, n. 2, p. 273 sq.
4. Boyé, op. laud., pp. 114, 258, 508.
5. Vidal de La Blache, op. laud., p. 19). Cf. aussi ce que dit Boyé, op. laud., p. 165 de la Bresse.
— XV —
forêts, des maisons isolées qui s'échelonnent de proche en proche. Les hauteurs qui séparent les vallées forment des obstacles par- fois considérables, mais des sentiers très praticables les sillonnent ; de plus, entre la vallée de la Moselotte et celle de la Haute-Moselle, l'affaissement qui s'est produit à la hauteur du Thillot et de Cor- nimont, et au fond duquel se cache le Ménil, a permis d'établir une belle voie de communication et a rendu les relations en tout temps plus aisées. Naturellement, la vallée de la Moselle, avec sa route ancienne et « faite en chaussée », était plus fréquentée que celle de la Moselotte, à l'extrémité de laquelle la Bresse n'était reliée à la vallée de Munster que par un mauvais chemin ' et demeurait ainsi «un lieu perdu » ^. Les forêts ont aussi beau- coup reculé; cependant elles sont encore aujourd'hui fort denses entre Remiremont et le Val-d'Ajol, et certainement n'ont pas peu contribué à l'isolement de cette dernière localité. Remire- mont était sans aucun doute un centre important d'échanges commerciaux. « C'est là, dit M. Vidal de la Blache en parlant des villes situées au débouché des vallées, que le Vosgien venait, à époques fixes, troquer son bétail ou les produits de son indus- trie pour le grain nécessaire à sa nourriture, pour le lin qui devait occuper son travail d'hiver » \ Je manque de renseignements précis sur les foires et marchés de notre région avant le xix*" siècle, où ils sont devenus nombreux et importants dans les chefs-lieux de canton et les autres gros centres. Je puis cependant signaler que, sur la demande de la communauté de Gérardmer en 1574, un marché et des foires furent établis à Vagney +, et qu'en 1560 Christine de Danemark, mère de Charles III de Lorraine, auto- risa l'établissement à Bussang d'un marché franc qui se tenait chaque samedi 5.
1. Boyé, op. lauâ., p. 163 ; Vidal de La Blache, op. laïui., carte 33, p. 195.
2. Boyé, op. latid., pp. 335, 336. La belle route qui relie Gérardmer à Munster date seulement du milieu du xix^ siècle, Boyé, id., p. 338, note.
3. Op. laiid., p. 194.
4. Boyé, op. laud., p. 260 sq.
5. Boyé, id., p. 1 18.
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Depuis le milieu du xix= siècle, les conditions de la vie ont été profondément changées par le développement extraordinaire de l'industrie cotonnière. Les routes ont été améliorées et multi- pliées ; deux voies de chemin de fer vont l'une 'jusqu'à Bussang, l'autre jusqu'à Cornimont; des ouvriers étrangers, parmi lesquels les Alsaciens sont très nombreux, sont venus en masse peupler les cités ouvrières et les villages ; plusieurs de ceux-ci sont devenus de petites villes où le commerce est très actif et l'aisance mani- feste. Ces modifications ne pouvaient pas ne pas atteindre la vie du paysan de notre région ; il n'a pas renoncé à sa ferme, mais souvent, pour augmenter le revenu de la maison, il envoie ses enfants à la fabrique, et parfois il y descend lui-même. Quelles ont été les conséquences de ce nouvel état de choses sur la vitalité de nos patois, c'est ce que j'ai l'intention d'examiner dans une étude en préparation sur les rapports du français et du patois dans notre région ' .
* .* *
Le présent travail est essentiellement linguistique : c'est lin- guistiquement que les faits sont classés et interprétés. On se pro- pose de montrer comment les systèmes phonétique et morpho- logique de nos parlers se sont formés, et d'où procède l'étonnante variété de ces systèmes ; en outre une troisième partie, consacrée au lexique, montre que l'activité lexicale n'est pas moindre. Dans cette étude on a pris pour base l'état actuel des parlers. La méthode qui consiste à partir du latin à propos de parlers popu- laires contemporains a fait son temps : appliquée surtout à la phonétique, elle date d'une époque où on les considérait comme le résultat 'd'une évolution du latin importé en Gaule par la con- quête romaine ; elle était commode mais mécanique, entraînait à des redites fastidieuses, et surtout ne mettait pas en valeur les faits intéressants, c'est-à-dire les innovations qui résultent de
I. Cf. Louis Lafmc, La ri\'ioii lorraine, p. 155 sq. de l'ouvrage Les divisions régionales de la l-'rance (Bibliothèque générale des sciences sociales, t. XLVII), F. Alcan, Paris, 1913.
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l'activité des parlers. Quant à en suivre l'évolution depuis le Moyen Age dans des documents écrits, on sait qu'il est presque toujours impossible de le faire, en raison de l'insuffisance ou de l'atsence de textes ; et c'est le cas pour notre région '. CepeU' dant ce n'est pas un simple pis-aller qu'une étude de parlers populaires fondée sur leur état actuel. Cette méthode a de sérieux avantages : elle permet de distinguer nettement les traitements communs et ceux qui sont différenciés, et de grouper ceux-ci suivant les tendances d'où ils procèdent. Et ainsi il est possible de mettre en lumière l'importance relative de ces différences et de l'activité des parlers considérés. Théoriquement, on pourrait même concevoir la fusion de la phonétique et de la morpholo- gie ; mais cette fusion aurait l'inconvénient de disperser l'atten- tion, qu'il est préférable de fixer successivement sur ces deux ordres de faits bien différents.
La géographie a aussi sa part dans ce travail : étant donné la configuration de notre domaine et l'existence du centre prépon- dérant que Remiremont a été à toute époque, il convenait d'examiner quelle action le parler de cette ville a exercée sur ceux des autres localités. Ce parler, aujourd'hui en pleine décom- position, présente quelques divergences, qui paraissent provenir d'une certaine indépendance que les faubourgs et les hameaux manifestaient à l'égard du centre. Le Val-d'Ajol doit à sa situa- tion excentrique un certain nombre de singularités. Enfin les échanges entre nos parlers, leurs relations avec d'autres parlers voisins, le contact plus étroit du Val-d'Ajol avec la Franche-' Comté, la pénétration de populations alémaniques ont intro- duit des traitements ou des termes étrangers : c'est à ces ques- tions que sont consacrés le chapitre VIII de la première partie, le chapitre VII de la deuxième et les §§ 152 et 153 de la troi-
I. Cf. pour ces questions de méthode, concernant l'étude des traitements phonétiques, Terracher, Les aires morphologiques dans les parlers populaires du S'ord-Ouest de V Angoitniois, Paris, Champion, 1914, p. 40.
Les parlers des Vosges nic'ridioiniles. n
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sième. Mais j'ai réservé pour un travail ultérieur l'étude des limites des parlersvosgiens et franc-comtois.
Avant de terminer cette introduction, je neveux pas manquer d'exprimer à M. Meillet ma profonde reconnaissance pour ks conseils qu'il m'a prodigués sans se lasser : l'ensemble et le détail ont été passés au crible de sa critique aussi franche que bien- veillante et, si ce livre est à peu près construit, c'est à M. Meillet qu'il doit de l'être.
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Cette liste ne contient que les ouvrages fréquemment utilisés ; on y a joint les abréviations sous lesquelles ils sont ordinairement cités.
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I. J'ai regretté de ne pas avoir à ma disposition d'e.Kcmplaire de l'ouvrage de Thiriat, La vallée de Cleurie, Remircmonf. 1869, qui contient d'utiles ren-
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J'ai entre outre utilisé les nombreuses chartes provenant de l'abbave de Remiremont, qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale dans les volumes 2550 et suivants des Nouvelles Acquisitions latines, par abréviation KAL.
seignements sur les parlcrs de cette vallée voisine de celle de la Moselotte ; mais l'ouvrage est devenu fort rare et paraît ne plus se trouver que dans les bibliothèques.
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LES PARLERS
DES
VOSGES MÉRIDIONALES
PREMIÈRE PARTIE
PHONÉTIQUE
CHAPITRE I
DESCRIPTION DU SYSTEME PHONiaUE ACTUEL
Cette description fondée sur une enquête auditive, dont les défauts ont été indiqués dans mon Atlas, p. xiv de l'introduction, ne peut être que grossière et ne prétend pas donner une image complète de la réalité. Mais, si une description véritablement scientifique au moyen d'observations instrumentales est actuel- lement impraticable pour des raisons que M. Terracher a rappe- lées pp. 35 et 36 de son ouvrage déjà cité plus haut, il reste possible, et c'est ce qu'on se propose de faire ici, de signaler les faits les plus frappants et, en fin de compte, les plus caractéris- tiques.
1° Vocalisme.
Tous nos parlers possèdent la série suivante de voyelles orales : t, t,e,e, e, e, à, à, 0, 0, 0, û, û, il, û, œ, a, t.
Un autre trait commun à nos parlers, c'est qu'ordinairement les voyelles longues sont très longues et les voyelles brèves très brèves.
Par contre à existe seulement au Val-d'Ajol et b, en plus de
Le^ parlers îles Vosoes méridionales. i
LES PARLERS
DES
VOSGES MÉRIDIONALES
PREMIÈRE PARTIE
PHONÉTIQUE
CHAPITRE I
DESCRIPTION DU SYSTÈME PHONiaUE ACTUEL
Cette description fondée sur une enquête auditive, dont les défauts ont été indiqués dans mon Atlas, p. xiv de l'introduction, ne peut être que grossière et ne prétend pas donner une image complète de la réalité. Mais, si une description véritablement scientifique au moyen d'observations instrumentales est actuel- lement impraticable pour des raisons que M. Terracher a rappe- lées pp. 35 et 36 de son ouvrage déjà cité plus haut, il reste possible, et c'est ce qu'on se propose de faire ici, de signaler les faits les plus frappants et, en fin de compte, les plus caractéris- tiques.
1° Vocalisme.
Tous nos parlers possèdent la série suivante de voyelles orales: t, î, e, e, e, e, à, à, 0, 0, 0, û, û, û, û, œ, œ, ê.
Un autre trait commun à nos parlers, c'est qu'ordinairement les voyelles longues sont très longues et les voyelles brèves très brèves.
Par contre œ existe seulement au Val-d'Ajol et 0, en plus de
Lei parlers des Vosges tuéridionales. i
ce point, à Bellefontaine et à Saint-Nabord. En outre e, i, quand elles sont voyelles d'appui, particulièrement à la pause, sont sou- vent faiblement prononcées. Pour œ, que je n'ai noté que dans quelques localités, il est probable que mes graphies sont insuf- fisantes et que les signes ê, œ représentent plus d'une fois ce phonème. Enfin j'ai indiqué p. xv de l'introduction de l'Atlas pour quelles raisons j'ai renoncé à distinguer la qualité des voyelles a, i, «, n, bien qu'a paraisse être, suivant mes plus récentes observations, généralement ouvert.
Tous nos parlers possèdent d'autre part la série suivante de voyelles nasales longues :
î, è, à, d, il.
Quant à œ, il est rare et sporadique. En outre La Bresse possède en position finale une nasale è moins ouverte et suivie d'une résonance ».
L'aire i-io, c'est-à-dire la vallée de la Haute-Moselle, est seule à posséder les voyelles brèves ï, e, o, et a n'existe qu'au Val-d'Ajol.
Le dégagement d'un u devant une dentale ou d'un » devant une palatale, à l'intérieur d'un mot ou d'un groupe étroitement lié, par exemple dans le groupe formé de l'article « un » suivi d'un substantif ou d'un adjectif, est fréquent dans l'aire 19-22, il est exceptionnel ailleurs, cf. § 38.
2" Consonantisme.
Les semi-consonnes w et y sont usitées partout, y étant sou- vent mollement articulé à la fin des mots après les voyelles î et û ; mais w est à peine attesté dans quelques parlers et quelques mots, cf. § 71 et ajoutez le français adapté jïùl juin L. employé par la plupart des témoins.
Les consonnes b, p, v, /, d^ t, g, k, /, m, n, :^, s,,j, €, connues partout, ne comportent pas d'observations.
h, comme je l'ai signalé p. xiv de l'introduction de V Atlas, est une fricative laryngienne sonore. M. P. Passy, Revue de philolo- gie française, 1892, p. 137 sq., distingue au Val-d'Ajol une fri- cative gutturale sonore, qu'il transcrit H, et une sourde /;.
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D'après mes observations et quelques expériences instrumen- tales, nous sommes partout en présence d'une laryngienne sonore.
M. P. Passy, loc. cit., a signalé qu'au Val-d'Ajol r est franche- ment roulé, du bout de la langue, et qu'à Plombières ce r est remplacé par un r vélaire, très désagréable : dans la région de Remiremont, comprenant les points ii et 13-15, c'est cette vélaire qui prédomine, tandis que, dans les autres localités, on entend surtout r dental ; mais on a vu p. xiv de l'introduction de Y Atlas que l'observation est actuellement difficile et que beau- coup de témoins paraissent employer les deux phonèmes.
Sauf les particularités de l'articulation de r, tous les phonèmes précédents sont communs à tous nos parlers. Au contraire les suivants n'existent que dans une partie de notre domaine : é, ;, souvent légèrement mouillés, sont localisés dans l'aire 1-8, 19- 22 et inconnus des autres points ; d'autre part la fricative ç n'ap- partient qu'à Taire 9-1 1, 13-22, et la fricative voisine c qu'au Val-d'Ajol. M. P. Passy, loc. cit., tout en n'adoptant qu'un seul signe X := c, fait observer que devant les voyelles antérieures c, i, u et la semi-consonne y la fricative est palatalisée et se rap- proche du ch de l'allemand ich; mais il m'a paru que la fricative du Val-d'Ajol se distingue partout de celle des autres points par une articulation plus gutturale, cf. aussi Atlas, introduction,
p. XX.
Enfin, en position finale, et surtout dans la région de Remire- mont, ou entend assez souvent des demi-sourdes, plus rarement ailleurs, cf. § 31. Le phonème intermédiaire t'' a été également peu observé, cf. § 76 ; mais il est possible que ce phonème et le sonore correspondant d^ existent dans les mots où j'ai simplement noté ty, ky, dy, gy, cf. p. ex. sarcler c. 683, etc.
Pour la question de l'accent d'intensité, v. Atlas, introduction,
p. XIV.
CHAPITRE II
TRAITEMENTS COMMUNS RÉGULIERS
Le nombre des cas où tous nos parlers présentent le même traitement de la voyelle ou de la consonne est relativement réduit. Il le serait bien davantage, s'il fallait tenir compte, dans le vocalisme, des différences de la quantité et de la qualité. L'interprétation de ces différences m'est apparue si délicate et si fragile que j'ai finalement renoncé à en faire un exposé systé- matique. Aussi bien pour la quantité que pour la qualité^ il est le plus souvent impossible d'établir quels sont les parlers qui con- servent l'état ancien et quels sont ceux qui ont innové, comme on pourra s'en rendre compte dans plusieurs des paragraphes sui- vants. Il convient aussi d'ajouter que l'observation seule est déjà fort difficile, et qu'une enquête orale ne donne pas la confiance que donnerait une enquête instrumentale et impose une certaine réserve. Cette insuffisance a sa contre-partie : elle permet de réunir un nombre plus grand des traitements qui constituent l'unité fondamentale de nos parlers. Pour ce même motif on en trouvera ici quelques-uns qui ne présentent que de menues variations : celles-ci pourront au reste être reprises dans la suite. Enfin j'ai cru intéressant, en raison de leur nombre très res- treint, de ne pas supprimer, contrairement à ce que j'ai fait pour le consonantisme, les cas où le vocalisme de nos parlers concorde avec celui du français. Par contre, je réserve pour d'autres chapitres les mots dont le traitement, tout en étant identique dans tout notre domaine, est en désaccord avec celui d'autres mots se trouvant dans les mêmes conditions, ou a un caractère accidentel.
Grâce à ces éUminations, les faits qui sont considérés ici appartiennent pour la plupart i\ la catégorie de ceux qui caracté- risent les parlers orientaux et représentent ordinairement un état fort ancien. On est même parfois amené, par exemple à propos
— 5 —
du traitement de la consonne finale des mots tels que « dimanche » etc., cf. § 13, à partir de l'état latin, tant la divergence dialectale remonte à une époque reculée.
A. — Vocal i s Die.
â est le traitement unique :
1° d'un certain nombre de mots où a était anciennement entravé en syllabe tonique devant r; parfois l'entrave existe encore aujourd'hui : rnà, ta renard, tard L., arbre c. 39 ; sur l'extension de ce fait, cf. Meyer-Lûbke, Gr. d. Rom. Spr.y I, §238;
2° de mots où il représente une ancienne diphtongue ay, issue du latin a suivi d'un phonème palatal en syllabe tonique : à, iiiâ, fà, frân j'ai, il fait, mais, frêne L. ; si la forme régionale de malade c. 466 procède bien des formes anciennes *iiialayvo <C *inalavyo ■< *}ualavito •< malehabiUi, comme l'a proposé M. Horning p. 11 du travail cité § 13, cf. en outre p. 15, 1'^ de notre domaine y est régulier. Cependant « graisse » n'est normal qu'au point 12, ailleurs il est refait sur engraisser c. 295, soit que 1'^? ait été abrégé dans l'aire 17-22, soit qu'il ait été remplacé dans les autres localités par la voyelle protonique c d'« engraisser ».
§ 2. e
A. — e est le traitement unique :
1° de frer, mer, per, frère, mère, père L., fève c. 343 etc., où e représente un ancien e ouvert, issu du latin a tonique libre ;
2° de bet, fet, tet bête, fête, tête L., etc., où un ancien e, ouvert était suivi d'un s qui s'est amuï ;
3° de la terminaison 'e, anciennement el =^ fr. eau : be, ve beau, veau L., etc.
B. — ë est le traitement unique de nombreux mots où c est issu d'un ancien a entravé devant consonnes sourdes en syllabe
— 6 —
tonique : dycs, huct, ret (== fr. rate) glace, quatre, souris L., hèé, l'c^' 1-8, 19-22, -£ 8'-i8 hache, vache i., etc. Quand la voyelle est devenue finale par amuïssement de la consonne, ë m'a souvent paru moins ouvert, et en outre le Val-d'Ajol pré- sente un traitement particulier, cf. § 63.
C. — Dans plusieurs séries importantes de mots, nous trou- vons des variations de la quantité et de la qualité :
1° Dans les mots terminés par l'ancien suffixe aige = fr. âge <C aticuÇcî. tesmoignaige NAL. 2529, 41, heritaige id.2531, 83*; naturellement la graphie âge existe également) e est le traite- ment des deux vallées, mais l'aire 11-15 dit presque exclusive- ment é,cf. fromage c. 368, village L., etc. La comparaison de hy, vh et le traitement ej du Val-d'Ajol prouvent qu'g' s'est fermé avant l'assourdissement de la consonne, il est d'autre part assez probable qu'è des deux vallées est dû à un abrègement syn- tactique ; mais la région de Remiremont a-t-elle connu cet abrè- gement et la fermeture s'y est-elle produite en syllabe brève où longue, ce sont des questions insolubles actuellement.
2° e ouvert persiste partout dans set septZ,., mais dans la terminaison qui correspond au fr. elle il se ferme et s'allonge dans la région de Remiremont: sel i-io, 11 b, ié-22 mais sel 14 a, 15 a, il/ 12, 13 ch aise Z., éc rouelles c. 277, truelle c. 770; sel de 14, 15 montre que la fermeture de la voyelle n'est pas la conséquence de l'allongement.
3° Un ancien i <C lat. î est devenu e dans tous nos parlers devant / et n mouillés. Actuellement devant y <^ [e est le traite- ment de presque toutes les localités ; la voyelle est parfois longue dans la région de Remiremont. e est rare, je ne l'ai relevé que dans etrèy étrille L. des témoins lia, b; mais^' est le seul traitement du Val-d'Ajol : fosey partout sauf -èy 12 faucille L., chenille c. 175, fille c. 346. « Cheville » et « étrille » présentent quelques formes accidentelles en œy : pour « cheville » cf. § 58, quant à etrœy de 11 c, c'est une forme probablement refaite sur « étriller » que je n'ai pas recueilli, cf. aussi § 20 ad finem. Dans géy partout sauf gey 12 quille L. < germ. (franc) hegil M. L., EJV. 4686, il est impossible de savoir si nos parlers ont passé par un stade /.
— 7 —
Quand la voyelle est devenue finale dans fils c. 347, « mil » millet L., à côté de/i?, me de tous les autres témoins, 11 a, c disent/(£', ma, 14 a pmœ,tmœ, peut-être aussi sous l'influence de la consonne labiale, cf. § 58.
Les mots qui contiennent n se réduisent à deux, ligne L., vigne c. 791, et, sans parler de la pénétration de la forme fran- çaise, le développement de ces deux mots est compliqué par la réduction de n à n dans la région de Remiremont et la dispa- rition de la consonne dans l'aire 20-22. Quoi qu'il en soit, on voit que la plupart de nos parlers présentent e, souvent nasalisé, et allongé au point 14 ; seul le Val-d'Ajol dit e.
4° Le suffixe qui correspond au fr. ier, ière est partout er au féminin ; mais le masculin offre deux formes, e dans les deux vallées, êy, le plus souvent long, dans l'aire 11- 15 : premier, -ère c. 613, etc. Il semble bien que l'ouverture d'^)- soit ancienne et antérieure à la fermeture d'e, er. Quant à l'absence du y devant e, elle est explicable de deux façons : on peut admettre que \e y 3. été absorbé par les chuintantes, comme cela s'est pro- duit en français, et que nos parlers ont étendu par analogie la forme du suffixe sans y à tous les autres mots. Il est possible aussi que l'ancien groupe yey ait été réduit par dissimilation àey; car un développement de ce genre semble avoir eu lieu dans des groupes semblables, d'origine différente, qui vont être examinés ci-dessous.
5" Tous nos parlers sont d'accord pour représenter par e le latin e ouvert tonique suivi d'un y. On considère en général que les parlets orientaux, qui ont presque tous ce 'traitement, n'ont pas diphtongue la voyelle, contrairement au français où le groupe latin èy est devenu / en passant par yey, cf., entre autres, Hor- ning, § 35, n. 3 ; Meyer-Lûbke, Gr. d. R. Spr., I, § 160. L'hypo- thèse que nos parlers auraient connu yey n'est cependant pas inadmissible; en effet la c. 790 vieux, vie i lie donne pour plu- sieurs de nos parlers les deux formes vye, vey ; or, si l'on admet l'explication proposée § 145 d'après laquelle ces formes représen- tent vêtu, *veta, il en résulte que dans notre région vey est une
— 8 —
forme dissimilée de *vyey ■< *veta par une étape *viedà. Il semble que ce soit l'opinion actuelle de M. Meyer-Lûbke, cf. Hist. Gr ., §§ 5^» 57 i "^^is il ne le dit pas formellement, et peut-être n'est- ce là qu'une apparence due à la forme succincte de l'exposé. Quoi qu'il en soit, si nos parlers ont un e commun, la quantité et la qualité sont très variées : cf., à côté de /Ir lire Z.,^;//ly i-io, i6- 22 et âmey 11-15 demieZ., dix c. 254, lit c. 458, six c. 712. Ici, comme dans le suffixe « ier », les parlers de l'aire 11-15 paraissent conserver la qualité la plus ancienne de la voyelle.
6° Dieu L. apparaît de même sous des formes variées, mais avec un e, dans quelques formules archaïques et aussi dans le composé « pour Dieu », qui a été dégagé de phrases telles que (( demander son pain pour dieu », au sens de mendiant c. 489. Ici également M. Horning admet, loco cit., qu'^ ne s'est pas diph- tongue devant le y que nos parlers et d'autres parlers lorrains ont développé après la voyelle ; mais ce qui a été proposé plus haut 5° s'applique aussi bien au traitement de « dieu ».
7° Enfin Ye fermé du latin sebu suif c. 730 est régulièrement représenté par e dans l'aire 8-22, £œy, ç- de Remiremont étant dû à un développement local postérieur, cf. § 20, 2°, et éû de 1-7 étant la reformation d'une forme disparue £e d'après l'ancien fr. siu.
§ 3- ^•
0 est le traitement commun:
1° de do, gro dos, gros L., où un ^ final s'est amuï;
2° de bo bois Z,., mot difficile à expliquer dans les dialectes comme en français ;
3° à'ov partout sauf 0/ 11, 12 a, 13-15 eau Z. ;
4° de /o, ^0, W7(? faux (subst.), haut, mal £., cheval c. 179, etc., où un ancien groupe al est devenu 0, suivant un dévelop- pement bien connu ;
5° de do, so, ol, pbl dé <C ditale, sel, aile, pelle L., échelle c. 264, où a latin libre a été conservé puis est devenu 0 sous l'influence de / vélaire, cf. Meyer-Lûbke, Gr. d. R. Spr., I, § 350;
6° d'une série de mots où 0 continue une très ancienne diph- tongue au : tyor, por, po clore, pauvre, peu L., îyo clou L.,
— 9 —
cf. Meyer-Lùbke, Hist. Gr., § 8i ; de même le franc hlao, bleu, est représenté par Ayo bluetL. dans plusieurs localités,
§ 4- ^^■
A. — œ est le traitement unique de mœ mieux L. ; e latin ouvert n'a pas été diphtongue devant / mouillé, ou la diphtongue ie a été réduite par dissimilation, cf. plus haut § 2 €5°; plus tard / mouillé a perdu son élément palatal devant s et, après s'être vocalisé, s'est combiné avec e. pour aboutir à œ.
B. — Des variations de la quantité et de la qualité se ren- contrent dans le cas où œ est le traitement du latin 0 ouvert ou fermé devant ;y, suivant un développement bien connu et répandu dans les parlers orientaux. Mais œ <i 0 ouvert -|~ y représente- t-il la même triphtongue *uoi que le fr. ni, ou 0 s'est-il maintenu sans subir la diphtongaison ? Une question analogue s'est déjà posée à propos à'èy § 2 C 5°, et la solution qu'on adopte pour ce groupe entraîne évidemment l'explication (Xby. C'est pourquoi je suis disposé à considérer que les parlers lorrains ont connu, comme le français, le stade *noi, tandis que M. Meyer-Lûbke, Gr. d. R. Spr., I,§ 191, et M. Horning, § 84, admettent que la voyelle 0 n'a pas étédiphtonguée. Quoi qu'il en soit, œse présente actuellement dans nos parlers avec de multiples variations de la quantité et de la qualité. C'est ainsi que tous disent avec œ kœr, œt cuire, huit L., le suffixe féminin œr = fr. oire dans écumoire c. 279, planche à laver c. 584 etc. (sur le suffixe ur qui le bat en brèche, cf. § 148) et avec œ Me 1-8', 11 a, c, -ç 9, 10, 11 b, 13-22, -c 12 cuisse L., et que d'autre part on trouve à au Val- d'Ajol dans ncîy krœy à côté de nœ i-ii, 14-22, nœy 11 a, 13 a, krœ partout sauf -y ii a, 13 nuit, croix L. Ici, comme dans éy < an'u et è -\- y, cf. plus haut p. 7 sq., la voyelle ouverte du Val-d'Ajol paraît être l'état le plus ancien.
Il semble aussi qu'un ancien groupe e-û a dû aboutir régulière- ment à œ, mais des réactions analogiques n'ont laissé subsister ce traitement qu'aux points 12, 16-22, cf. les §§ 28 et 142.
§ 5- '^'•
w correspond au français en < latin 0 tonique fermé et libre ;
— 10 —
il est bref quand il est final : chaleur c. 150, etc., ilest bref ou long, suivant les localités, quand il est devant une consonne : ûr i-io, 16 a, ûr 11-15, 16 b-22 heure L. ; on notera aussi kûy i- 10, 16-22, kû ri-15 queue L. Nous traiterons § éo de quelques cas isolés où u est devenu 0.
§ 6. i et it.
1° /et H correspondent, comme en français, aux voyelles latines ï et û toniques et libres, hors de toute condition spéciale . Tan- tôt ils sont brefs partout : drœmi dormir L., tosï ici id., mur c. 516; tantôt la quantité varie, suivant les localités, particuliè- rement devant r : c??r i-io, 14 a, 16 a, ^fr 11-13, 15-22 dire Z,., €ûr 1-8', ç- 9-11 b, fwr 16-22, c- 12 sûr L., etc.".
2° u, bref ou long, est issu, conformément à un développe- ment répandu dans les parlers orientaux, d'un ancien ui <; latin u -\- y : fruit c. 370, trou, trouer c. 769 pour les représen- tants du fr. pertuis et de l'a. fr. pertuisier.
3" î correspond, comme le fr. i, au latine fermé tonique libre et précédé d'une palatale : (I)r5mè partout sauf -à 12 réveillon- ner i. < recenareM. L., EIV. 7108, etc.
§ 7- yé-
yé représente, comme en français, mais avec un e partout fermé, le latin e ouvert tonique et libre. En position finale la voyelle est brève : mye, pye miel, piedL. ; devant consonne, particulière- ment devant r, la quantité varie : pyer i-io, 16-22, pyer 11-15 pierre L.
§ 8. U'é.
wé est le traitement du latin e fermé tonique et libre après labiales. En position finale la voyelle est brève : piue poil, poix L. ; devant r on trouve, comme dans les cas précédents, des variations de la quantité : boire, foire, poire L.
I. Si ab r i c. 6 est exprimé par les formes ^t'r^ 1-9 et evrS 10-22, c'est que nous sommes en présence d'un substantif issu d'un verbe que je n'ai pas recueilli, mais qu'on peut aisément inférer d'après la forme donnée par Hingre pour La Bresse a zwrMjc < upricarcM. L., I:JF. 560.
Il —
§9.
1° yœ et œ <i 0 latin tonique ouvert et libre.
yâ est le traitement régulier en syllabe finale, par exemple dans byâ, yœ bœuf, œuf Z. y s'est combiné avec n précédent et a donné n dans ya-neuf Z,., adjectif et nom de nombre, et, avec une voyelle longue, dans n^i' I- 10, 16-22, -/i 1, 12 a, 14 a, 15a neuve Z,. ; il a été absorbé par la chuintante dans jeudi c. 420, mot où la voyelle présente des variations de la quantité et de la qualité.
Deux mots « feu » et « lieu » n'ont actuellement aucune trace dey devant la voyelle : on dit fé partout sau( fœy 11 a, c, fœy 12 feu L., Ici' partout sauï lœy 12 lieuL. L'anomalie vient cer- tainement de la forme des types étymologiques, mais il est diffi- cile de saisir le procès de ces mots. Il est en tout cas certain que la forme Ici'Çy) est ancienne, car leu est très fréquent dans les textes médiévaux NAL. 2531, 47, 2542, 37 (j'ai en outre noté une forme curieuse /«/y 2542, 33, dont la graphie s'exphque pro- bablement par la prononciation œ des mots transcrits fréquem- ment avec ni, tels que huit etc.). L'explication que M. Meyer- Lûbke donne pour le ïr. feu, Hist . Gr., § 75, peut convenir à nos parlers : u de la triphtongue *iiûu ou *iieu a été absorbé par la labiale/. Mais pour leu il faut supposer qu'au stade postérieur *lîioû *hïeû une dissimilation a fait disparaître le premier élément de la triphtongue. Le y final qu'on trouve au Val-d'Ajol et à Remiremont dans ces deux mots peut être assez récent, cf. § 29, 5°, et n'a pas dû jouer de rôle dans le développement de la voyelle. Un troisième mot jeu L. n'apporte aucune lumière : ce peut même être un mot français récemment adapté, sans que son traitement phonétique permette de l'affirmer.
2° ye devant nasale.
Devant n tous nos parlers s'accordent pour présenter un ye dont le y est parfois absorbé par une chuintante précédente : jeune c. 422 et les formes toniques de sonner, tonner Z., en partie modifiées par des réactions analogiques, cf. § 143, A. On peut noter aussi tonnerre L. qui, sauf au point 12, est refait sur « il tonne ». ye, plus ou moins nasalisé, est le traitement le plus répandu ; seul le Val-d'Ajol dit jyen avec un e long et fermé, sui-
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il
vant un développement fréquent dans cette localité. Il est pro- bable que ye est issu du stade yœ ; jân du point ii, jœn des points 3 et 4 sont en effet des formes récemment reprises au français plutôt que des traces d'un état ancien. De toute façon l'influence de w sur la voyelle précédente est ancienne : on en trouve la preuve dans une forme précieuse que le témoin 2 b a donnée en réponse à fils c. 347 N . E. ju'cii, dont je reparlerai plus loin § 88, 3°.
§ 10, oetii issus d'(7 latin devant /.
Il convient d'examiner ensemble et dans un paragraphe spécial les mots où 0 latin ouvert ou fermé était suivi de /; il faut en outre distinguer le cas où / était implosif et s'est amuï et celui où il était intervocalique. Dans ce dernier cas, 0 persiste devant / : c'est ainsi qu'on dit partout mol <C medulla moelle L., cf. aussi le représentant de cuculla au sens de citrouille c. 193. Quand / est implosif, u représente régulièrement le latin 0 fermé : piir i-io, 16 a, 17 ^, pfir 12-15, 18-22 poudre L., etc. Au con- traire 0 ouvert dans les mêmes conditions donne 0 : )uo, wormou, moudre L. Faut-il expliquer 0 <ibJ -\- cons. par un stade inter- médiaire au, comme on l'admet pour des régions voisines, cf. Schwan-Behrens, § 217, Rem. 2 : c'est assez probable, bien que je n'aie pas relevé dans les textes du Moyen Age des graphies en an, comme on en retrouve ailleurs, cf. id., IIP partie, p. 97. Ici de plus il existe une importante exception : on dit en effet par- tout 50 soûl L., dont le type étymologique contient un 0 fermé. Nous avons affaire soit à un masculin refait sur un féminin *sol que je n'ai pas recueilli mais qu'il est facile de restituer, soit à un mot français récemment assimilé sur le modèle de so sou L., qui existe encore en quelques points, et de mots analogues. Pour « fou » cf. § 62.
§ II. Les voyelles nasales .
Si l'on réserve momentanément quelques développements secondaires, nos parlers présentent les nasales à, e, 0, 1, il dans des conditions partout identiques,
a correspond à la nasale du français issue non seulement d'à
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13 —
latin suivi de u appuyé, p. ex. dans chanter!,., mais encore dV latin dans la même position, quand la voyelle nasale est actuellement en contact avec un r : par, //?r (adj.) prendre, tendre L.
e correspond à la nasale du français de main, painZ,., de plein L. abrégé dans l'aire i-io et aussi du représentant de lin- /ft)///drap de lit c. 260. On peut expliquer ^ de chanvre c. 155 par un étymon *cànàpe dont Va serait devenu régulièrement ye puis le y aurait été absorbé par la palatale ; au reste le mot paraît avoir circulé, cf. § 88, 3°.
On a déjà vu dans les pages antérieures de nombreux exemples d'c).
Quant à / et ù, ils conservent plus fidèlement que le français l'état ancien des voyelles nasales d'z et u : vï vin Z,., jeun c. 421, brun c. 125, etc.
Enfin l'ancienne nasale en (e) issue d'e latin devant n ou m entravés donne lieu à des traitements compliqués et d'une interprétation délicate. En syllabe tonique, si l'on réserve les différents procès de dénasalisation et le cas déjà étudié où la nasale est suivie d'un /■, tous nos parlers attestent un état ancien qu'on retrouve, quoique assez rarement, dans les textes médiévaux : cf. vondiii (vendu), on (== en adverbe pronominal) NAL. 2542, 42, londemain id. 2531, 81, o« saie, en sac, on sep, en prison, Déclaration des droits du ban de Vagney par Jehan de Planoy i'^^'^, Documents rares, II, p. 224, 225, et pour les faits actuels descendre c. 245, eson i-ir b, c, 14-22, -on 11 a, b, 13, ason 12 ensemble L.,fôm femme id., ressemblée. 653, etc. Cependant le Val-d'Ajol se sépare souvent du reste du domaine et présente à : entre c. 302, rentrer c. 647, là, va temps, vent L., etc. Il est difficile de décider si nous avons affaire à un mélange de parlers ou à un développement phoné- tique particulier : il est possible qu'ô abrégé en syllabe finale soit redevenu a (en tout cas on ne peut pas se baser sur les formes avons c. 68, aurons c. 75 dont à a une autre origine, cf. § 131) ou qu'à représente un stade antérieur à d; cette dernière hypothèse est appuyée par le traitement de bon c. 104, cf. l'a. fr. buen, point c. 590.
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vant un développement fréquent dans cette localité. Il est pro- bable que ye est issu du stade yœ ; jœn du point ii, jœn des points 3 et 4 sont en effet des formes récemment reprises au français plutôt que des traces d'un état ancien. De toute façon l'influence de ;/ sur la voyelle précédente est ancienne ; on en trouve la preuve dans une forme précieuse que le témoin 2 b a donnée en réponse à fils c. 347 A^ E. jzveh, dont je reparlerai plus loin § 88, 3°.
§ 10. oeiii issus d'() latin devant/.
Il convient d'examiner ensemble et dans un paragraphe spécial les mots où 0 latin ouvert ou fermé était suivi de /; il faut en outre distinguer le cas où / était implosif et s'est amuï et celui où il était intervocalique. Dans ce dernier cas, 0 persiste devant / : c'est ainsi qu'on dit partout înol < meduUa moelle L., cf. aussi le représentant de ciicuUa au sens de citrouille c. 193. Quand / est implosif, u représente régulièrement le latin 0 fermé : pfir i-io, 16 a, 17 2i, pur 12-15, 18-22 poudre L., etc. Au con- traire 0 ouvert dans les mêmes conditions donner : luo, mormou, moudre Z. Faut-il expliquer 0 <iol -\- cons. par un stade inter- médiaire au, comme on l'admet pour des régions voisines, cf. Schwan-Behrens, § 217, Rem. 2 : c'est assez probable, bien que je n'aie pas relevé dans les textes du Moyen Age des graphies en aw, comme on en retrouve ailleurs, cf. id., IIP partie, p. 97. Ici de plus il existe une importante exception : on dit en effet par- tout sb soûl L., dont le type étymologique contient un 0 fermé. Nous avons affaire soit à un masculin refait sur un féminin *sol que je n'ai pas recueilli mais qu'il est facile de restituer, soit à un mot français récemment assimilé sur le modèle de so souZ,., qui existe encore en quelques points, et de mots analogues. Pour « fou » cf. § 62.
§ II. Les voyelles nasales .
Si l'on réserve momentanément quelques développements secondaires, nos parlers présentent les nasales à,e, à,i, îi dans des conditions partout identiques.
à correspond à la nasale du français issue non seulement à.' a
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latin suivi de ;/ appuyé, p. ex. dans chanter L., mais encore d'e latin dans la même position, quand la voyelle nasale est actuellement en contact avec un r : par, /^r (adj.) prendre, tendre L.
e correspond à la nasale du français de main, painZ,., de plein L. abrégé dans l'aire i-io et aussi du représentant de lin- teolndrap de lit c. 260. On peut expliquer i de chanvre c. 155 par un étymon *câitàpe dont 1'^ serait devenu régulièrement yc puis le y aurait été absorbé par la palatale ; au reste le mot paraît avoir circulé, cf. § 88, 3°.
On a déjà vu dans les pages antérieures de nombreux exemples d'à.
Quant à / et ù, ils conservent plus fidèlement que le français l'état ancien des voyelles nasales d'/ et u : vi vin L., jeun c. 421, brun c. 125, etc.
Enfin l'ancienne nasale en (e) issue d'^ latin devant n ou m entravés donne lieu à des traitements compliqués et d'une interprétation délicate. En syllabe tonique, si l'on réserve les différents procès de dénasalisation et le cas déjà étudié où la nasale est suivie d'un ;', tous nos parlers attestent un état ancien qu'on retrouve, quoique assez rarement, dans les textes médiévaux : cf. vondui (vendu), on (= en adverbe pronominal) NAL. 2542, 42, londemain id. 2531, 81, on saie, en sac, on sep, en prison. Déclaration des droits du ban de Vagney par Jehan de Planoy 1345, Documents rares, II, p. 224, 225, et pour les faits actuels descendre c. 245, eson i-ii b, c, 14-22, -on 11 a, b, 13, ason 12 ensemble L.,fôm femme id., ressemble c. 653, etc. Cependant le Val-d'Ajol se sépare souvent du reste du domaine et présente à : entre c. 302, rentrer c. 647, ta, va temps, vent L., etc. Il est difficile de décider si nous avons affaire à un mélange de parlers ou à un développement phoné- tique particulier : il est possible qu'ô abrégé en syllabe finale soit redevenu a (en tout cas on ne peut pas se baser sur les formes avons c. 68, aurons c. 75 dont à a une autre origine, cf. § 131) ou qu'à représente un stade antérieur à 0; cette dernière hypothèse est appuyée par le traitement de bon c. 104, cf. l'a. fr. btien, point c. 590.
Pour la syllabe protonique, cf. ^ 21 .
B. — Consonantisnie.
§ 12. Tous nos parlera présentent plusieurs traitements tort anciens, à savoir :
1° la conservation du /; germanique : hache cité p. 6, etc.;
2" le traitement du qn latin intervocalique dans aqua, repré- senté par V ou dans l'aire 11-15 par /qui en est un dévelop- pement secondaire, cf. les formes p. 8;
3° la réduction du k palatal latin h y dans les représentants de (je -\-) medicare, cf. M, L., EIV. 5457, au sens de guérir c. 404 etde radicare, cf. id. 6992, arracher c. 45, et l'amuissement de cette palatale dans fàler 17-22 < *filicana fougère c. 356 (il ressort de cette forme que toutes celles qui sont usitées dans les autres localités sont reprises au français).
4° îu germanique est représenté dans une série importante de mots par w, cf. p. ex. garder c. 374 < franc *wardôn, guère c. 403 <C anc. h. ail. weigaro, regarder c. 640 pour les formes du composé de « guetter », dérivé du franc *iuahta, etc. Il n'est cependant pas certain que le w actuel continue directement le la germanique ; il se pourrait que les deux zu soient séparés par un stade intermédiaire v; en effet gazon c. 377 ■< ïràv\c*u'aso et les représentants de l'a. fr. gaïm, regaïin, cf. § 28, ont un v dans un nombre important de localités ; le nouveau développement de z; en îy serait comparable à celui qui est exposé § 17, 3° et fin du § 40. M. P. Passy a relevé des faits analogues dans la région du Val-d'Ajol et dans les parlers franc-comtois voisins, cf. Revue de philologie française, 1891, p. 144, et 1896, p. 195 ; et dans l'aire 23-26 on peut également noter •y dans guérir c. 404, etc. Le traitement de « voici, voilà » des points 19-22, cf. § 72, ne peut cependant pas être invoqué comme une preuve que" le V de « gazon » etc. est récent, car c'est vraisemblablement [un développement accidentel.
§ 13. Les consonnes des proparoxytons latins.
On sait que les parlers orientaux présentent fréquemment des
- î5 —
traitements différents de ceux du français; et il va de soi que ces différences qui remontent à une époque très reculée se retrouvent également dans notre domaine. On sait aussi qu'elles constituent un des problèmes les plus délicats de la phonétique historique des parlers français. Mais ce n'est pas ici le lieu de le traiter, et je me contenterai d'exposer les faits les plus caractéris- tiques, en renvoyant au travail de M. Horning, Die Behandliing der lateinischcn Proparoxytona in den Muiidarten der Vogesen und in Wallonischen (Programme), Strasbourg, Heitz et Mùndel, 1902.
Dans coude L. qui se dit partout ^(?/rl, dérivé d'une forme ancienne kot attestée ailleurs, particulièrement aux points 23-25, le groupe b -\- voy. -|- / a été réduit à / ; si, à côté de ce traite- ment, les représentants de malade c. 466 ont v (ou un /posté- rieurement développé), c'est que ce mot se rattache peut -être à un étymon *niaîabidu issu de malehabitii iM. L., EIV. 5 264 par substi- tution de suffixe ' ou que, suivant l'opinion de H., p. 14, c'est un mot de la langue des médecins^ réduit plus récemment. D'autre part, on ne doit pas faire état des formes /)_>'/(/, pyâd perte I,., recueillies dans quelques localités des deux vallées, car elles sont sans doute ref;iites sur le v. « perdre » ou même représentent un postverbal très ancien comme les mots du provençal perdu, renda, enia, venda, cf. Schultz-Gora, Altproven^alisches Elementarbuch, Winter, Heidelberg, 1906, p. 106.
Quand la labiale érait précédée d'une nasale, elle était plus résistante, et c'est la consonne de la syllabe finale qui s'est amuïe, cf. les représentants d'*emputare M. L., EIV. 2862 au sens de greffer c. 397 et les dérivés en é d'une forme ancienne issue de cambita id. id. 1542 au sens de jante c. 413.
Dimanche c. 252 et manche c. 468 ont partout une con- sonne sonore, sauf dans la région de Remiremont où la sourde est récente; cf. de même « huche » < *hutica § 20, 1°. Enfin la palatale s'est amuïe dans les représentants de nux *gallica noix c. 527. Suie L., sœ£ 1-8, 19-22, -e 8-18, est en désaccord avec
I. M. Thomas a eu l'obligeance de me suggérer cette explication, et de me signaler l'existence de formes provençales telles que le dérivé malavciar cité par M. L. qui exigent un étymon pourvu à'unb.
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§ 12. Tous nos parlers présentent plusieurs traitements tort anciens, à savoir :
1° la conservation du /; germanique : hache cité p. 6, etc. ;
2" le traitement du qii latin intervocalique dans aqiia, repré- senté par V ou dans l'aire 11- 15 par /qui en est un dévelop- pement secondaire, cf. les formes p. 8;
3° la réduction du k palatal latin à. y dans les représentants de {re -|-) medicare, cf. M. L., EIF. 5457, au sens de guérir c. 404 et de radîcarc, cf. id. 6992, arracher c. 45, et l'amuissement de cette palatale dd.ns fàlcr 17-22 ■< */îlîcana fougère c. 356 (il ressort de cette forme que toutes celles qui sont usitées dans les autres localités sont reprises au français).
4° lu germanique est représenté dans une série importante de mots par w, cf. p. ex. garder c. 374 <C franc *wardôn, guère c. 403 "< anc. h. ail. welgaro, regarder c. 640 pour les formes du composé de « guetter », dérivé du franc *iuahta, etc. Il n'est cependant pas certain que le lu actuel continue directement le w germanique; il se pourrait que les deux lu soient séparés par un stade intermédiaire f; en effet gazon c. 377 •< franc *ifa50 et les représentants de l'a. fr. gaïtn, regaïm, cf. § 28, ont un v dans un nombre important de localités ; le nouveau développement àev en z:^ serait comparable à celui qui est exposé § 17, 3° et fin du § 40. M. P. Passy a relevé des faits analogues dans la région du Val-d'Ajol et dans les parlers franc-comtois voisins, cf. Revue de philologie française, 1891, p. 144, et 1896, p. 195 ; et dans l'aire 23-26 on peut également noter z;dans guérir c. 404, etc. Le traitement de « voici, voilà « des points 19-22, cf. § 72, ne peut cependant pas être invoqué comme une preuve que le V de « gazon » etc. est récent, car c'est vraisemblablement ^un développement accidentel.
§ 13. Les consonnes des proparoxytons latins.
On sait que les parlers orientaux présentent fréquemment des
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traitements dilTérents de ceux du français; et il va de soi que ces différences qui remontent à une époque très reculée se retrouvent également dans notre domaine. On sait aussi qu'elles constituent un des problèmes les plus délicats de la phonétique historique des parlers français. Mais ce n'est pas ici le lieu de le traiter, et je me contenterai d'exposer les faits les plus caractéris- tiques, en renvoyant au travail de M. Horning, Die. Behandlmig der lateinischen Proparoxytotm i)i den Muiidarteii der Fogesen luid in Wallonischen (Programme), Strasbourg, Heitz et Mûndel, 1902.
Dans coude L. qui se dit partout ^o/rl, dérivé d'une forme ancienne hot attestée ailleurs, particulièrement aux points 23-25, le groupe b -f voy. -|- ^ ^ été réduit à / ; si, à côté de ce traite- ment, les représentants de malade c. 466 ont v (ou un/ posté- rieurement développé), c'est que ce mot se rattache peut-être à un étymon *malabidu issu de malehabitii M. L., EW. 5264 par substi- tution de suffixe ' ou que, suivant l'opinion de H., p. 14, c'est un mot de la langue des médecins, réduit plus récemment. D'autre part, on ne doit pas faire état des iotvats pyéd, pyâd perte Z,., recueillies dans quelques localités des deux vallées, car elles sont sans doute refaites sur le v. « perdre » ou même représentent un postverbal très ancien comme les mots du provençal perda, renda, enia, venda, cf. Schultz-Gora, Altproven^alisches Elementarbuch, Winter, Heidelberg, 1906, p. loé.
Quand la labiale érait précédée d'une nasale, elle était plus résistante, et c'est la consonne de la syllabe finale qui s'est amuïe, cf. les représentants d'*emputare M. L., EIF. 2862 au sens de greffer c. 397 et les dérivés ené d'une forme ancienne issue de cambita id. id. 1542 au sens de jante c.4r3.
Dimanche c. 252 et manche c. 468 ont partout une con- sonne sonore, sauf dans la région de Remiremont où la sourde est récente; cf. de même « hache » < *hatica § 20, 1°. Enfin la palatale s'est amuïe dans les représentants de niix *gallica noix c. 527. Suie L., sœ-e 1-8, 19-22, -€ 8-18, est en désaccord avec
I. M. Thomas a eu l'obligeance de me suggérer cette explication, et de me signaler l'existence de formes provençales telles que le dérivé malavdar cité par M. L. qui exigent un étymon pourvu d'un h .
— lé —
ce mot, mais l'origine en est obscure et l'étymon *sudica certaine- ment à rejeter.
§ 14. L'épenthèse.
L'absence régulière de la consonne épenthétique est un fait commun aux parlers lorrains et à tout notre domaine . Il suffi- ra de citer pour les différents groupes étymologiques nr, Fr, ml, s'r, sk'r tàr tendre Z,., mor moudre id., ressemble c. 653, coudre L., cf. § 18, knos 1-8, 11 a, c, -ç 9-1 1 b, 13-22, -c 12 connaître L., croître c. 235, etc.
M. Meyer-Lûbke, Gr . d. R.Spr., I, p. 532, admet cependant que le d des formes lorraines de jungere, exstinguere, cf. pour notre domaine atteler c. 54, ted 2 a, 8 a, eçted 19c éteindre L. khtènde Hingre (c.-à-d. Çtènde), s'est régulièrement développé dans le groupe ng'r, et il reprend cette théorie Hist. Gr., § 182. Cette opinion est soutenable, et jèr du point 87 de VAL. peut à la rigueur être considéré comme une forme refaite. Mais il est bien certain que la plupart des mots où nous rencontrons une consonne épenthétique sont des emprunts plus ou moins anciens au français. C'est le cas de cendre c. 143 et très probablement de tordre c. 757, etc. « Joindre » lui-même, malgré son sens local d'atteler, peut bien être également un emprunt, qui aurait fait disparaître un mot plus ancien issu à'applicare, cf. M. L., EW. 548. La carte 54 nous montre que ces deux mots sont actuellement en lutte dans l'aire voisine 23-26.
§ 15. « •< ancien groupe nil.
Par suite de l'absence de la consonne épenthétique, /;/'/, après s'être conservé, s'est changé en lun qui a abouti à ;/ attesté dans les deux mots « ensemble », cf. p. 13, ressemble c.
653.
On ne peut cependant pas s'appuyer sur ce traitement pour affirmer que « femme », cf. p. 13, a possédé autrefois un ;; comme d'autres parlers orientaux, cf. Meyer-Lûbke, Hist. Gr., §§ 10 et 172. Les deux groupes ml et )nn peuvent s'être déve- loppés l'un en mn, l'autre en jiim à des dates différentes; et en tout cas nin n'est actuellement représenté dans nos parlers que
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par w, V. semer L. Il faut en outre remarquer que m est égale- ment le traitement des textes anciens, d. faine NAL. 2531, 68, fe\7n'\me id., 83'', etc.
§ 16.
Les deux traitements suivants sont de date plus récente :
1° le changement de / combiné en j, quand / était précédé
des consonnes b, p,f, k, g, et que le groupe était initial ou appuyé :
bya, pyo,fyœrï, tyo, dycs blanc, plomb, fleurir, clou, glace
L., etc. ;
2° le développement de n, quand n se trouvait devant un y
d'origine diverse : mé neuf L., éternuer c. 315, étrangler
c. 321 (cf. § 81, A 6°), nerf I.
§ 17. Amuïssement de consonnes.
Il fout en outre signaler une série importante de phénomènes d'amuissement qui ont atteint r implosif, y après consonne et devant voyelle et v devant lu.
I ° r s'amuït régulièrement devant les consonnes dont l'articu- tion se fait avec la pointe de la langue :cf. devant/ parler c. 553, devant d, t garder c. 374, porter L. (pour le traitement par- ticulier du Val-d'Ajol v. § 87, 3°), devant s qui a donné nais- sance aux phonèmes £, t, ç morceau L., porc c. 598 pour les représentants de <( pourceau », devante journée c. 425, éter- nuer c. 315. La conservation de r dans (e)çternï < *stermre, faire la litière c. 459 aux points 16-22 provient de ce que r y a subi une série de métathèses, d. § 32, qui l'ont préservé de l'amuïssement.
Au contraire, devant les labiales, r se maintient régulièrement partout : germer c. 387, etc. Pour le traitement de t devant les chuintantes €, €, ;,/, cf. § 75, 6°.
2° )' issu de / s'amuït devant une voyelle antérieure dans remplir c. 642-4, enclume c. 290, okT i-ii, 13-19 a oncle L., fûtè 19, 20 < a. h-.Jîaùter siffler c. 710; pour cercle c. 144, ongle c. 533, cf. § 29, 2°.
3° V disparaît par assimilation devant w: avoine c. 63, veine c. 780, etc. Pouri'/;;, voisin, de 20-22, cf. § 72.
Les parler s des Vosges méridionales. 2
CHAPITRE III
TRAITEMENTS COMMUNS IRREGULIERS
Un nombre important de traitements communs se présente sans régularité. Les uns ont été contrariés dans leur développe- ment par des influences analogiques, les autres appartiennent à la phonétique syntactique qui, comme on sait, ne s'exerce pas avec la rigueur des développements phonétiques ordinaires : nous en avons déjà constaté les effets dans certaines variations de la quantité relevés §§ 2 sq. En outre il est fréquent que ces deux phénomènes se manifestent concurremment. Par suite, les faits sont si compliqués et d'un aspect si incohérent que l'explication en devient fort embarrassante.
A. — Vocalisme.
§ 18. Traitement de la voyelle représentant 0 latin tonique fermé et entravé.
Trois traitements sont en rivalité dans toutes les localités. On trouve à la fois et partout: 1° u dans hX i-io, 15-22, -^i2a, kûs II, 13, 14 coudre L., etc. ; 2° 0 dans ^-o/ goutte L., etc. ; 3° w/o dans bourse c. 113, etc. Bien plus ils coexistent parfois dans le même mot ; c'est ainsi qu'on a ô et uv dans kwôr i-iib, 13, 16-22, kwor 12 et kor lia, c, d, e, 14, 15 = a. fr. courrecouYÏv L., fwoé 1-8, 19-22,-^ 8'-ii b, e, 13-18 et /^r^ 12 fourche L., «eto dans rouge c. 669, genou C..384, soleil c. 716, formé partout avec le suffixe Jiclu, û et wb dans bûé 1-8, 19-21, -€ 8^-18 tibwbé 22 bouche Z,., miie 1-8', i r a, c, -^9-11 b, e, 13-22 et viivoc 12 mouche L., «, 0 et wo dans court c. 217, four c. 358. Il arrive aussi qu'un même mot présente deux traitements dans les parlers de tous les témoins d'une localité :
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c'est ainsi que le Val-d'Ajol dit à la fois tô tontL. et tûjô tou- jours c. 759.
La situation est la même dans d'autres parlers lorrains. M. Horning, qui ne l'a pas relevée dans notre région, l'a cons- tatée dans plusieurs localités de la Lorraine annexée §§ 104 et 105. M. Haillant donne pour Uriménil à la fois conhh, cohh et coiiot, court, fouo, four, et mouhhe, mouche, VAL. pour Gérardmer 76 moc, mouche, et hû€, bouc, etc. ; dans les parlers de la région messine 0 est particulièrement fréquent, cf. This, § 49 sq., Zeliq- zon, § 46, et cependant This cite § 47 his, coudre. Il serait facile d'allonger cette liste, v. Herzog, Einleitung, § 46, et l'on trouverait des faits semblables dans les parlers franc-comtois pour lesquels il suffira de signaler got, goutte, moé, mouche, et fil, four, des points 23-26 démon enquête.
Un tel état de choses n'est pas aisé à expliquer, et les brèves interprétations qu'en ont données MM. Horning et Meyer- Lûbke me semblent peu satisfaisantes. M. H. se contente, dans une note de la page 51, de se demander si « 0 n'a pas été diphtongue dans cette position, comme le fait est vraisemblable pour é entravé ; b serait une réduction à'oii, comme 0, a sont des réductions d'o/. Les deux éléments seraient encore reconnaissables dans ù ». On remarquera l'obscurité de la dernière phrase. M. M. L.,Gr. d. R. Spr., I, §§142 et 144, est plus affirmatif et admet qu'en lorrain 0 fermé entravé s'est diphtongue en du qui, par ôw, s'est ensuite réduit à ô, sauf après les labiales et les gutturales, après lesquelles une métathèse m > ou se serait produite. Mais il ne dit pas comment, dans cette hypothèse, il explique les cas fréquents où l'on trouve 0 après des labiales et des gutturales et la présence d'w. On voit que la démonstration de M. M. L. est insuffisante; de plus elle se heurte, dans notre domaine, à une objection sérieuse. Si l'on considère wo comme l'état le plus ancien, on est amené, pour expliquer les formes avec 0, à admettre que wo se réduit à 0 dans des parlers qui manifestent au contraire une tendance très nette à développer «.', ainsi qu'on le verra plus loin § 40.
En conséquence, il me paraît plus satisfaisant de prendre
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comme point de départ non pas une ancienne diphtongue mais une des deux voyelles o, u et de voir dans w un phonème d'ori- gine récente. Mais est-ce o qui a succédé à n ou inversement ? Il faut avouer que le choix est délicat, et l'on ne peut trouver aucun secours dans les textes du Moyen Age, dont les graphies sont, on le sait, ambiguës, cf. Kisserling, Die betonten Vokale im Altlothringischen (Inaug. Diss. Halle), 1890, p. 11 sq. La part qu'on peut faire au mélange des parlers est restreinte ; on voit bien que kwo, fivo, court, four, qui coexistent à côté de 'hU, fui dans les localités 2-6, y sont des formes étrangères, et que de même, à Uriménil, les formes couhh, cohh et couot ne peuvent pas être toutes trois autochtones : mais ce sont là les seuls cas où l'on puisse être affirmatif. D'autre part l'extension d'o est si grande qu'il est difficile de le considérer comme issu d'?/ et en même temps de justifier la persistance à'u dans un certain nombre de mots. S'il faut donc admettre qu'« est dû à un dévelop- pement secondaire, quel en a été le procès ? L'influence d'une labiale précédente ne peut pas être la cause essentielle, puisque « coudre » et « court » présentent également n. Par contre, il me semble qu'on rend compte d'une façon satisfaisante de l'état actuel en supposant qu'// s'est développé en syllabe ouverte.
Dans cette hypothèse, ô se serait maintenu quand il était suivi de deux consonnes dont la première était implosive : c'est ainsi que nô, vo, to, nous, vous, tout, où la voyelle est finale, ont pu subsister grâce à des groupes syntactiques tels que « nous le tai- sons », etc. Dans les mots terminés par une consonne tels que « bouche », « mouche », etc., u s'est développé dans les phrases où le mot s'est trouvé devant un mot à initiale vocalique. Des exceptions comme bwoi, bouche, de 22, viwoc, mouche, de 12 deviennent ainsi facilement explicables : elles représentent les formes usitées devant consonne et où plus tard un iv s'est déve- loppé dans des conditions exposées § 40.
L'interprétation proposée ici a l'avantage de s'accorder avec le développement d'w dans la syllabe protonique, cf. § 25, 3°, et aussi de s'appliquer au cas embarrassant de « cheveu », qui est traité dans le paragraphe suivant.
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§ 19- Traitement de la voyelle dans l'ancienne terminaison el < lat. /■////.
Tandis que ceux c. 142 N. E. se dit partout sa, v. encore § 129, 1°, cheveu c. 181 se présente partout avec ii. Le traite- ment de « ceux » est fort ancien, car les textes du Mo3^en Age ont fréquemment des graphies telles que ceo^ NAL. 2529, 41, ceos id. 2531, 48, etc., cf. aussi Schwan-Behrens, § 21 r, Rem. û de « cheveu » est donc récent et, conformément à l'interprétation adoptée dans le paragraphe précédent, il faut non pas l'attribuer à l'influence de la labiale v, mais y voir un développement particu- lier de phonétique syntactique.
§ 20. 0, u, i en syllabe finale terminée par «une consonne.
C'est encore à la phonétique syntactique que sont dues les variations du traitement des mots où 0, //, i se trouvent dans la syllabe finale devant une consonne.
Tandis que certains mots conservent la voyelle étymologique, d'autres l'atTaiblissent en œ, t et, devant une nasale, en ('; et sou- vent la phonétique syntactique cause en outre des modifications secondaires de la quantité.
1° 0, u, i devant une consonne autre qu'une nasale.
On trouve d'une part des mots tels que tyôé 1-8, 19-22, -f 8'-i8 cloche L., pof 1-8, 19-22, -e 8-18 =r fr. poche louche L. avec 0 partout conservé, et d'autre part soc c. 713, byœé, -e (f.) (pour les témoins qui ont fourni ces formes, cf. le Lexique au mot indiqué plus loin), qui représente le fr. bloc avec chan- gement de genre bille de bois L., où œ s'est développé en syl- labe entravée '.
Il en est de même d' u qui est devenu œ dans jœt 1-8, 19-22, /- 8'-i8 juste!,., hâ] 1-8, 19-22, -/ 16-18 et, avec une voyelle allongée, hœe ne, 13 a, 15 a, -y 8' b, 9 huche L. Pour /, cf. génisse c. 383.
2° 0, II, i devant nasale.
I. Brosse c. 120 N. E. est plus ou moins refait sur « bi'osser » qui, de son côté, doit à « brosse » Vo de nombreuses localités.
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La syllabe étymologique persiste souvent partout, avec des modifications de laquantité, p. ex. dans hom me, lune, cuisine L. D'autres fois au contraire elle s'est abrégée et affaiblie en syl- labe entravée. Les faits sont ici assez compliqués. Les deux trai- tements sont en rivalité dans personne c. 573, po mme c. 594. En outre, dans les cas où la voyelle est réduite, elle est ordinaire- ment e, conformément à ce qu'on a vu § 9, 2°; mais, en plus d'allongements secondaires, on trouve aussi œ, è dont l'interpré- tation est délicate comme le montre l'exposé suivant.
A côté à' en une L., seule forme de tout le domaine, et de pyhn i-ii c, 13-ié a, iq-ii, pyem 12 plume L., les témoins II a, b, 16 b disent pyèni, et de même l'aire 11, 14, 15 emploie y eléni j'allume c. 27. œ, issu d'o, a une plus grande extension: si « moissonne », cf. moissonner L., ne présente -un qu'au point ii,pœm, pomme, est usité dans les localités 8', 9, 10, 16 et 19. Enfin, en ce qui concerne/, « cuisine », forme verbale de cuisiner L., n'offre -6';/ que chez les témoins 11 a, c, ailleurs on dit -en, -en et, avec allongement, -en au point 12.
œ, t semblent bien représenter l'état antérieur à e dans les mots dont la voyelle étymologique est 0 ou u. Mais le fait n'est pas absolument certain pour les verbes où nous pouvons avoir affaire à des reformations analogiques d'après les formes où la voyelle est protonique, zi. § 24. D'autre part, à Remiremont, t est peut-être dû à une régression récente ; on voit en effet par kœjèn, il cuisine, que tout ë y devient è ; on peut y signaler encore /J^j pièce L. des témoins 11 a, c, ecry, Ç- suif c. 730, cf. sur ce mot p. 8, et etrœy, étrille, de 1 1 c, cité p. 6.
§ 21 . Traitement de la voyelle nasale en (e) issue d'e latin devant n ou m entravés en syllabe protonique.
Les faits actuels sont fort complexes : 0 ou la voyelle dénasa- lisée 0 sont rares, on trouve sporadiquement e et très fréquem- ment e. La vallée de la Haute-Moselle qui, ordinairement, ne dénasalise pas les voyelles nasales brèves, ne présente avec e'que gencive c. 380 et set recueilli dans la plupart des localités de cette vallée sentirL. Le préfixe « €« » est presque toujours devenu e, cf. empoigner c. 283, remplir c. 642, et l'on verra
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§ 2é ad finem que cet e est même parfois sujet à disparaître. Cependant les témoins a et c de Remiremont disent ofâ enfant L. à côté à'efà de tous les autres témoins, 9 dit opûtà et 18, 21 a (*- emporter Z., 17 a-c, 21 a odrâ endroit L,, au Val-d'Ajol, où e est également prépondérant, en s e m bl e L. se dit ason ; enfin, la préposition en c. 289, à côté d'e qui est le traitement le plus répandu, offre 0 aux points 9, 10, 0 aux points 16, 17 et 0 au point 12.
Etant donné que le traitement de cette nasale dans la syllabe tonique suppose partout un ancien on, cf. § 1 1 , il est impro- bable qu'en syllabe protonique eti (e) ait été conservé avec sa prononciation ancienne. De plus, en cette hypothèse, on ne voit pas comment il faudrait expliquer les formes avec ô, 0, 0. Il faut donc admettre que la nasale de la syllabe protonique a passé, comme celle de la tonique, par le stade à et que, dans quelques cas seulement et par analogie, elle a suivi le même procès ô, d'où è. Le plus souvent une dénasalisation s'est produite, et â est devenu successivement à aujourd'hui disparu puis e. Le trai- tement d'année c. 32 appuie cette explication'.
Les mots empruntés au français tels que c harpe ntier c. 162 flottent naturellement entre les deux traitements. On ne peut pas faire état du pronom adverbial en c. 284-8 qui peut être con- sidéré comme tonique ou protonique, ni de sentier c. 704 qui peut être refait sur « sente » ; enfin dans les futurs de tenir, venir, L. Va de l'aire 17-22, p. ex, à la 3* pers. du singulier tare, vâre, est très probablement récent, cf. § 51.
Mais il reste à expliquer «gencive » et « sentir ». Le premier doit la conservation d'Jàla palatale précédente, comme gendre c. 381. « Sentir » est plus embarrassant ; on ne peut pas songer à
I . Les formes de ce mot sont étonnamment variées : c'est qu'en eflfet au stade à deux développements étaient possibles, soit ù < ^ < ?, soit û <; ô ■< 5 ; de plus ddes localités 12, 20, 21 représente un développement secondaire récent d'?en à, conforme au § 5 1 ; mais de toute façon la présence de deux traitements dans plusieurs localités de la région de Remiremont, cf. aussi anaue et onaue à La Bresse dont la deuxième forme est plus usuelle d'après Hingre, est certai- nement due à des faits de mélange.
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voir dans e l'effet d'une nasalisation récente ; la seule explication possible, c'est d'en attribuer le maintien à l'action des voyelles i, u au participe (on verra § 5 1 des faits analogues d'accommoda- tion vocalique), et à une action analogique dans les formes toniques.
Enfin au Val-d'Ajol le triple traitement e, 0 et a est vraisem- blablement dû à un mélange de parlers.
§ 22. Syncope de la voyelle d'une syllabe protonique intérieure ou initiale.
Ces syncopes sont fondamentalement de même nature que celles qui ont produit les formes du français larcin, soupçon, a. fr. corder, cf. Meyer-Lûbke, Hist. Gr., § 132, mais nos parlers sont allés dans cette voie beaucoup plus loin que le français.
1° Les cas de syncope de la voyelle protonique en syllabe inté- rieure sont nombreux, et toutes les voyelles sont sujettes à subir le développement, c'est ce qui ressort des exemples suivants : allumer c. 26, moissonner c. 504, cheminée c. 172, oseille c. 537 que la plupart des localités désignent par un dérivé en ette d'un simple que M. Meyer-Lûbke rattache à *aci- dula EW. 104, noyer c. 527 qui, sauf au point 12, est exprimé partout par un dérivé en /^r du mot qui signifie noix <^ nux *gal- lica M. L., £"^.3659, servante c.706 désigné dans la majorité des localités par des représentants du fr. demoiselle, carnaval c. 136 désigné encore en quelques points par le composé « carême entré ».
Comme la plupart des mots qui pouvaient être atteints par ce développement sont des verbes ou des dérivés, il n'est pas surpre- nant que, dans beaucoup de cas, la voyelle ait été maintenue ou rétablie sous l'influence des formes où elle est tonique : c'est ce qui s'est produit dans un nombre variable de localités pour ceri- sier c. 147 d'après « cerise » mais avec une quantité différente, aiguiser c. 12, arranger c. 46, les représentants du fr. lima- çon limace c. 455 ; de même renverser c.650 qui se dit (r^èféà i-j, -ç- 21 est refait sur les formes toniques aux points 11 et 14 qui disent rvydçe {rewoee de 8', 12, 13 vient d'un autre éty-
-i)
mon *revolvicareM.. L,, EIV. 7285 plutôt quç*reverticare id. 7278 et Horning p. 119 s. v° rcvwosi). Il arrive même que la voyelle soit partout maintenue, p. ex. dans les représentants de *pertusiare trouer c. 769, déjeuner L., etc. Si dans boulangère, iio la voyelle intérieure n'a pas été syncopée, c'est que nous avons affaire à un mot français adapté et que la syncope de la voyelle de la syllabe initiale, tout en exigeant un moindre effort, le trans- formait moins; dcvete i-io, ié-22, -ey 11-15 = fr. arch. devantier tablier L. est plus étonnant : c'est sans doute un mot introduit assez récemment, si on le compare à « arranger » syncopé dans la majorité des localités et à dcfti = fr. dévêtir de l'aire r-19 désha biller L.
2° La syncope de la voyelle protonique de la syllabe initiale présente des faits analogues aux précédents : parfois elle se pro- duit uniformément dans tous les parlers, mais fréquemment aussi la voyelle est maintenue ou rétablie, surtout par analogie. Ici de plus les faits sont compliqués par la phonétique syntaciique : la syncope en effet ne pouvait avoir lieu qu'après un mot à finale vocalique; c'est pourquoi les formes non syncopées sont plus résistantes que dans le cas précédent. Si Ton ne fait pas état des mots qui ont le même traitement en français, les cas où la syn- cope est commune à tous les parlers ne sont pas très nombreux, cf. p. ex. soleil c. 716, vous dites c. 253, pisser c. 583, connaître L., verrou id., voulez-vous c. 807 (où l'on peut ne pas tenir compte de vnlè 11, évidemment refait sur le français, ni de vélc des témoins 11 a, c, dont a emploie aussi vie), etc. ; plusieurs mots ne sont plus connus de quelques témoins, mais les réponses suffisent pour prouver que la forme synco- pée a existé partout, cf. tnte i-io, 16-22, nitèy 11, 12 a, 14 a, 15 a métier à tisser L., sle 1-9, 10 c, 16-19 c, 21 a, 22 a, -^3* II a, 13 a, 15 a cellier id., Imér 11 a, b, 13 a, b lumière L., cf. aussi lampe c. 440; cependant pne panier c. 550 a une aire actuellement fort restreinte, et peut-être est-il trop hardi d'être aussi affirmatif pour ce mot. Au reste un a étymologique est sujet à être syncopé comme les autres voyelles : c'est ce que montre la forme actuelle pkovlè des
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voir dans e l'effet d'une nasalisation récente ; la seule explication possible, c'est d'en attribuer le maintien à l'action des voyelles /, u au participe (on verra §51 des faits analogues d'accommoda- tion vocalique), et à une action analogique dans les formes toniques.
Enfin au Val-d'Ajol le triple traitement e, 0 et a est vraisem- blablement dû cà un mélange de parlers.
§ 22. Syncope de la voyelle d'une syllabe protonique intérieure ou initiale.
Ces syncopes sont fondamentalement de même nature que celles qui ont produit les formes du français larcin, soupçon, a. fr. corder, cf. Meyer-Lûbke, Hist. Gr., § 132, mais nos parlers sont allés dans cette voie beaucoup plus loin que le français.
1° Les cas de syncope de la voyelle protonique en syllabe inté- rieure sont nombreux, et toutes les voyelles sont sujettes à subir le développement, c'est ce qui ressort des exemples suivants : allumer c. 26, moissonner c. 504, cheminée c. 172, oseille c. 537 que la plupart des localités désignent par un dérivé en ette d'un simple que M. Meyer-Lûbke rattache à *aci- dula EW. 104, noyer c. 527 qui, sauf au point 12, est exprimé partout par un dérivé en ieràxi mot qui signifie noix << nux *gal- lica M. L., £"/^F. 3659, servante c.7oé désigné dans la majorité des localités par des représentants du fr. demoiselle, carnaval c. 13e désigné encore en quelques points par le composé « carême entré ».
Comme la plupart des mots qui pouvaient être atteints par ce développement sont des verbes ou des dérivés, il n'est pas surpre- nant que, dans beaucoup de cas, la voyelle ait été maintenue ou rétablie sous l'influence des formes où elle est tonique : c'est ce qui s'est produit dans un nombre variable de localités pour ceri- sier c. 147 d'après « cerise » mais avec une quantité différente, aiguiser c. 12, arranger c. 46, les représentants du fr. lima- çon limace c. 455 ; de même renverser c.650 qui se dit Çy)eJ£à 1-7, -ç- 21 est refait sur les formes toniques aux points 11 et 14 qui disent rvyàçe (rewoée de 8', 12, 13 vient d'un autre éty-
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2° La syncope de la voyelle protonique de la syllabe initiale présente des faits analogues aux précédents : parfois elle se pro- duit uniformément dans tous les parlers, mais fréquemment aussi la voyelle est maintenue ou rétablie, surtout par analogie. Ici de plus les faits sont compliqués par la phonétique syntactique : la syncope en effet ne pouvait avoir lieu qu'après un mot à finale vocalique; c'est pourquoi les formes non syncopées sont plus résistantes que dans le cas précédent. Si l'on ne fait pas état des mots qui ont le même traitement en français, les cas où la syn- cope est commune à tous les parlers ne sont pas très nombreux, cf. p. ex. soleil c. 71e, vous dites c. 253, pisser c. 583, connaître L., ver rou id., voulez-vous c. 807 (où l'on peut ne pas tenir compte de imle 11, évidemment refait sur le français, ni de vêle des témoins 11 a, c, dont a emploie aussi vle^, etc. ; plusieurs mots ne sont plus connus de quelques témoins, mais les réponses suffisent pour prouver que la forme synco- pée a existé partout, cf. inte i-io, 16-22, nitèy il, 12 a, 14 a, 15 a métier à tisser L., sle 1-9, 10 c, 16-19 c, 21 a, 22 a, -éy 11 a, 13 a, 15 a cellier id., l)nér 11 a, b, 13 a, b lumière L., cf. aussi lampe c. 440; cependant pne panier c. 550 a une aire actuellement fort restreinte, et peut-être est-il trop hardi d'être aussi affirmatif pour ce mot. Au reste un a étymologique est sujet à être syncopé comme les autres voyelles : c'est ce que montre la forme actuelle pkôvle des
.•I
ï
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témoins 9, 16 h, 17 a, b du nom de lieu Peccavillers (section de Saint-Amé), issu de « Pascal -\- viler », aisément reconnais- sable dans Paschaveleir cité dans l'introduction, Pescaviler NAL. 2542, 52 (Mai 1295).
En de nombreux cas, la syncope ne s'est produite que dans une partie des localités : à côté de ^-a 1-7,- 17-22, les points 8-10 c, 12-16 disent /)^;(^, 11 2-c pé- pesant L., cf. encore les repré- sentants de pisellu pois c. 592, léger c. 444. Dans ces mots la forme non syncopée est celle qui était usitée après consonne ; mais dans d'autres mots, particulièrement dans les verbes, ce peut être aussi l'analogie d'autres formes ou de mots voisins qui a soit entravé le développement, soit fait disparaître la forme ancienne : ainsi l'extension de la forme syncopée est assez grande dans je perds c. 568, perdu c. 570, donner c. 259, faner c. 335, elle l'est moins dans il fallait c. 333, elle est très restreinte dans les représentants de *tittiare téter c. 748 et dans sécher c. 700. De même moulin c.511 a subi dans de nombreuses loca- lités l'influence du v. moudre L., et monnaie c. 506 peut- être celle de mener c. 490, s'il ne s'agit pas simplement d'un mot français adapté. Les formes du dérivé Ôlq ^alln pour désigner le cochet L., jèîé 2 c, 5 d, 6 e, /- 8 c, 8' c, d, f, jà- 12 a, 17 a, 18, ;- 19 a-c, jo- 15 a, sont remarquables à côté du traitement de « geline » poule c. 602 (cf. Meyer-Lûbke, Einfûhrung in das Studium d. Rom. Spr., 2* éd., § 138) et sont évidemment dues à l'influence analogique des représentants de gallu j'ô 1-8, 19-22, /o8'-i8 coq Z,. De même si pêcher c. 558 et pîUo 1-8', 11 a, c, -c- 12, -ç- 9-1 1 b, 13-22 poisson L. ont partout une voyelle protonique, c'est probablement sous l'influence des formes toniques de « pêcher » (qui par une réaction réciproque doivent leur û à « poisson »), comme moisson c. 504 va de pair avec moissonner id. Il arrive même que la syncope n'ait pas lieu dans des mots qui la subissent en français, soit par l'analogie des formes toniques p. ex. dans « mener », soit par l'action de la phonétique syntactique : c'est ainsi que chemin c. 171 est uni- quement dissyllabique, après voyelle comme après consonne, dans les aires 1-7, 17-22.
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La conservation de la voyelle, protonique peut provenir de bien d'autres causes, date de l'introduction du mot, celle de la réduction d'un groupe de consonnes intérieur, etc. Le besoin de clarté peut par exemple réagir contre les forces aveugles du déve- loppement phonétique : ainsi les représentants de solariu au sens de fenil L. sole i-io, 16-22, -éy 11-15 ont partout conservé la voyelle protonique, dont la chute eût amené une confusion gênante avec « cellier », cf. p. 25.
Finalement tant de causes concourent à entraver la syncope que les mots où elle n'a pas lieu sont peut-être plus nombreux que ceux qui l'ont subie ; et ces parlers dont la syncope est en somme un trait caractéristique en arrivent à présenter des formes où la voyelle protonique est longue, non seulement sous l'influence d'un simple comme dans le diminutif qui désigne la petite scie à un homme c. 691 dans l'aire 1-8', mais dans des mots dont le simple n'existe plus ou n'a jamais existé dans notre région, ou même dont la terminaison est identique à un suffixe usuel, p. ex. bouleau, poison L., etc. Ce dernier fait se remarque dans un nombre important de mots : que l'on compare à la voyelle brève de garder c. 374 la voyelle longue de parrain, marraine, mardi, marguillier L., et au traitement de faine L. < *fagina, cf. § 28, 2°, celui de lait L. <C *lacticeUu qui se dit lâst dans tout notre domaine lorrain, tandis que les parlers franc- comtois limitrophes ont des formes à voyelle brève Ihe 23, lâ- 24, 25, là- 26.
§ 23. Réduction d'?< en hiatus à ît».
Cette réduction se produit soit à l'intérieur du mot, soit en syllabe initiale, cf. d'une part alouette c. 30, les représentants de l'a. fr. ajfouer 2i\\\im.Qr c.26 et de l'autre chouette c. 190, bzvè boyau c. né, hive hoyau L. recueilli seulement en quelques points, et les formes du pronom relatif et interrogatif « où » dans le composé « où est-ce que » c. 539-541. Mais dans le deuxième cas la phonétique syntactique a fait parfois sub- sister les formes non réduites : c'est ainsi que l'aire 1-7 dit à la fois ^wâ essuyer c. 3 11, ;f/^ j ouer c. 424 et ^îi^ chier c. 188
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(sur Vu de ces verbes, cf. § 143), et que rml, avant-train de la charrue, charrue Z,., est la seule forme attestée par les témoins qui ont indiqué ce mot. Au contraire, dans louer, nouer L., les formes réduites avec zu sont si résistantes qu'après consonne, outre Inà 1-9, les témoins 2 a, e, 4 a disent lewà, et qu'à l'initiale 2 a, e, 4 a, 18, 20 a ont employé nhm, cf. les formes analogues de Noël c. 524.
§ 24. Affaiblissement des voyelles protoniques en œ, è et ë.
Quand la voyelle protonique n'a pas été syncopée soit pour une des causes exposées dans le paragraphe précédent, soit parce que les consonnes qui l'entourent nécessitent un phonème voca- lique ou parce qu'elle est initiale, nos parlers la réduisent très fréquemment à œ, è (ces deux signes peuvent être considérés comme équivalents pour les raisons indiquées p. 2); mais ce développement est aussi souvent entravé que celui de la syncope et pour les mêmes causes. On peut citer comme exemples de faits communs à tout le domaine sœpe partout sauf -à 12 sou per L., drœmî dormir lâ.., fè.mày i-io, 14-22, -ey 11, 13, 4 12 fumée id.. Certains mots ou formes de moindre extension méritent d'être également signalés : les représentants de l'a. fr. escupir < *exconspuere avec modification de la terminaison ? Kôr- ting 3374 cracher c. 224, les formes anciennes de « *roublier » oublier c. 543, raye recueilli dans les localités 1-9, 11, 14, 15, 16 au sens de « racler le fumier de l'étable » fumier L., qui est un dérivé de « râble » <C rntabuln\ les représentants de l'a. fr. siibïer (plutôt que sibler^ au sens de siffler c. 710, le dérivé de (( coin » <C r/m^w coin à fendre le bois c. 197.
La voyelle protonique passe parfois au stade <': dans couleuvre c. 21 6, fourmi c. 360 l'aire en est assez restreinte, mais cou- ture c. 22oratteste pour presque toutes les localités et connais- sons c. 205 également partout où des reformations secondaires
I. M. Thomas, qui a rattaché à rotxilus toute une série de formes méridio- nales, Nouveaux Essais, p. 329, propose de considérer notre verbe comme dérivé de ce type, mais les faits réunis § 89, 4.0, semblent être plutôt à l'appui de notre hypothèse.
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d'après l'infinitif n'ont pas eu lieu, cf. encore Plombières L. et les formes du nom des habitants de Ventron id. Il est pos- sible que dans « fourmi » et « couture » le développement d'^ soit le résultat d'une assimilation partielle à la voyelle claire de la syllabe tonique. Au contraire un ancien e devient assez fré- quemment ce, ^ dans j e perdrai c. 569, perdu c. 570, perdrix c. 571, dimanche c. 252 dont la syllabe initiale correspond presque partout à celle de l'a. fr. dieinanche, fermer L., vêtir id., « dévêtir » déshabiller id., maréchal-ferrant c. 479, « limaçon » limace c. 455, mots où la voyelle est dans le voisi- nage d'une consonne labiale, et en outre dans éternuer c. 315 au seul point 12 et dans les représentants de *sternire faire la lit ière c. 459 à la fois au point 12 et dans l'aire 1-7 : cf. sur les relations de ces voyelles § 27.
Enfin d'une façon analogue un -n protonique en hiatus et sou- tenu par un groupe de consonnes initiales tend à s'affaiblir en è, è dans cor V éec. 214, éc roue lies c. 277, truelle c. 770 (pro- bablement après développement d'un zu entre 'ii et la voyelle suivante bien que je l'aie pas saisi partout, cf. § 28, 3°).
L'analogie a considérablement compliqué l'aspect actuel de nos parlers. Très fréquemmentl'influence des formes verbales toniques ou celle d'un simple a troublé l'évolution de la voyelle protonique. Parmi les verbes on peut citer il buvait c. 103 où le traitement phonétique hè- n'existe qu'en quelques points, fermez c. 342 pour les formes de « clore », trêve àt 11, 13-15 à côté de trovà des autres localités trouver L. Les faits sont plus complexes dans les verbes « couvrir, mourir, nourrir, pourrir » : ci a passé de la syllabe protonique dans les formes toniques où il est devenu œ, puis il a repassé avec cette nouvelle quantité longue dans la syllabe protonique ; il en est de même d'(é de fyœte^-à =: a. fr. flaiïter siffler c. 710 et d'I, au point 12, dans les verbes «ouïr » et « jouir » qui s'y disent ey et jey, entendre L., réussir c.655.
Les cas où un simple a réagi sur un dérivé, empêchant ou fai- sant reculer le traitement propre à la protonique, sont fort nom- breux, cf. entre autres clocher c. 195, pommier c. 596, pru-
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I
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nier c. 619 pour les représentants du dérivé de « beloce » <; *bul- lucea Meyer-Lùbke, EW. 1390, taie d'oreiller c.736 désigné partout par un dérivé en ette, oison L. dont la consonne même vient d'« oie», modifiés à des degrés divers par cloche Z,., pomme c. 594, prune c, éi8, taie, oie L. ; cf. encore et eu le c. 316, dont la forme çtèlo de 21 montre qu'o des autres localités est analogique, ou brosser c. 120 souvent refait sur « brosse ». Il en est de même de poignée L. et d'empo igner c. 283 qui sont refaits sur poing c. 590 et les formes toniques du verbe dans l'aire 1-16, tandis que dans l'aire 17-22 la voyelle protonique est ^, t; poignet L. est même refait à peu près partout. En ce qui concerne 1'?^ de pûnty, epîliie, pn\io de i, 2, l'origine en est semblable à celui de /wïy/ pouvoir c. 606 et d'autres mots étudiés § 25. Journée c.425 est particulièrement intéressant; car les formes avec è des deux vallées montrent que, si 0 proto- nique en syllabe terminée par r -\- cons. s'est généralement déve- loppé en n, cf. § 25, et ne s'est pas réduit à œ, è, la résistance de cette voyelle vient non pas d'une date différente des développe- ments, mais de l'influence conservatrice exercée par les formes toniques. On comprend que dans ces conditions la voyelle de tel mot qui est conservée dans nos parlers ait été réduite ailleurs au point de s'amuïr complètement : c'est ainsi que « pourceau » qui a dans tout notre domaine une syllabe initiale /)22 porc c. 598 se à^xx-plihé^ Mailly (Meurthe-et-Moselle), etc., Adam, p. 362, cf. dans ce même village p'hhon, poisson, id.,p. 360, et de nom- breuses formes de « pommette » pomme, pomme de terre, pommier.^!,, et Adam, p. 360 sq.
Finalement la loi de l'affaiblissement de la voyelle protonique est si fréquemment battue en brèche que, même dans des mots non dérivés, elle ne s'exerce que dans une partie des localités, quand elle n'a pas été complètement annihilée, par ex. dans oiseau L., cf. les formes § 25. C'est ainsi que le représentant d'*(?r/Vwnt' dérivé d'(7m au sens d'ourlet c. 545, attesté dès le Moyen Age par oresson du Psautier Lorrain, cf. Apfelstedt, Loth. Ps.,p. 175, et Meyer-Lûbke, Gr. d. R. Spr., II, § 413, se dit orsà dans plus de localités qu œrsô (dans le v. correspondant
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ourler c. 544 ^ s'est substitué à â sous l'influence des nombreux verbes à initiale er-, c(. plus loin § 27). Le mot qui signifie nombril c. 528 et qui contient l'élément radical du fr. boudiné, encore dans Oudin (1642) avec le sens de « nombril « d'après le D. G., présente des faits analogues. Fromage c. 368, fro- ment c. 369, fourmi c. 360, n'est-ce-pas ? c. 522 vraisem- blablement formé de « non -|- mie » conservent également la voyelle Ô dans un nombre variable de localités. On peut cepen- dant, à propos de frôinï, fourmi, usité seulement dans les deux points 2 et 8', se demander si nous n'avons pas affaire à un phé- nomène de régression causé par la labiale suivante.
§ 25. Maintien <ïû, 0 et développements secondaires dans la syllabe protonique.
On a vu dans les paragraphes précédents que la voyelle proto- nique, malgré la tendance de tous nos parlers à la syncoper ou à la réduire, est fréquemment maintenue. C'est ainsi qnu repré- sente un ancien 0 devant / implosif dans la syllabe protonique comme dans la tonique, cf. kûtè couteau L. et § 10. A la suite du maintien d'un ancien 0, dont on a déjà noté quelques exemples à la fin du § 24, il s'est produit un développement secondaire en u dont les conditions sont délicates à saisir.
1° u représente régulièrement une ancienne diphtongue oi dont \q y a été absorbé par une palatale suivante, cf. poisson L. cité § 22, moisson c. 504, poison c. 593,«/<j 1-8', 11 a, c, -h- 9-1 1 b, d, e, 12-22 oiseau L., quelques formes de « poi- gnée, empoigner » citées § 24, et aussi bû^d 1-8', • lia, bit- 11 c, bûçio 9-11 b, d, 16-22, bil- II e, 13-15, -cd 12 buisson L., mot d'origine obscure, cf. M. L., EW. 1226, mais dont la forme ancienne est boisson. Si la consonne labiale a pu jouer quelque rôle dans le développement d'o en u, « oiseau » montre que cette condition n'est pas essentielle, v. en outre plus loin p. 33.0 est rare; je ne l'ai noté en rivalité avec wque dans les représentants de l'a. fr. luissel < *globuscellu, M. L., EW . 3794, pelote L. Dans noisette c. 526 û n'est attesté que par nûhàt du Val-d'Ajol, dont on peut rapprocher niây noyer
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n i e r c. 619 pour les représentants du dérivé de « beloce » <; *bul- lucea Meyer-Lùbke, EW. 1390, taie d'oreiller c.736 désigné partout par un dérivé en elle, oison L. dont la consonne même vient d'« oie », modifiés à des degrés divers par cloche Z,., pomme c. 594, prune c. 6 r 8, taie, oie L. ; cf. encore et eu le c. 316, dont la forme çtèlà de 21 montre qu'y des autres localités est analogique, ou brosser c. 120 souvent refait sur « brosse ». Il en est de même de poignée L. et d'empo igner c. 283 qui sont refaits sur poing c. 590 et les formes toniques du verbe dans l'aire 1-16, tandis que dans l'aire 17-22 la voyelle protonique est ^, e; poignet L. est même refait à peu près partout. En ce qui concerne Vu de pûnty, epûne, pniio de i, 2, l'origine en est semblable à celui de pnyï pouvoir c. 606 et d'autres mots étudiés § 25. Journée c.425 est particulièrement intéressant; car les formes avec é des deux vallées montrent que, si 0 proto- nique en syllabe terminée par r -\- cons. s'est généralement déve- loppé en w, cf. § 25, et ne s'est pas réduit à œ, è, la résistance de cette voyelle vient non pas d'une date différente des développe- ments, mais de l'influence conservatrice exercée par les formes toniques. On comprend que dans ces conditions la voyelle de tel mot qui est conservée dans nos parlers ait été réduite ailleurs au point de s'amuïr complètement : c'est ainsi que « pourceau » qui a dans tout notre domaine une syllabe initiale ^« porc c. 598 se dit p'hhé-X Mailly (Meurthe-et-Moselle), etc., Adam, p. 362, cf. dans ce même village p'bhon, poisson, id.,p. 360, et de nom- breuses formes de « pommette » pomme, pomme de terre, pommier AL. et Adam, p. 360 sq.
Finalement la loi de l'affaiblissement de la voyelle protonique est si fréquemment battue en brèche que, même dans des mots non dérivés, elle ne s'exerce que dans une partie des localités, quand elle n'a pas été complètement annihilée, par ex. dans oiseau L., cf. les formes § 25. C'est ainsi que le représentant d'*ortcione dérivé d'om au sens d'ourlet c. 545, attesté dès le Moyen Age par oressoii du Psautier Lorrain, cf. Apfelstedt, Loth. Ps.,p. 175, et Meyer-Liibke, Gr. d. R. Spr., II, § 413, se dit orso dans plus de localités qu ctrso (dans le v. correspondant
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ourler c. 544 e s'est substitué à œ sous l'influence des nombreux verbes à initiale er-, cf. plus loin § 27). Le mot qui signifie nombril c. 528 et qui contient l'élément radical du fr. boudiné, encore dans Oudin (1642) avec le sens de « nombril » d'après le D. G., présente des faits analogues. Fromage c. 368, fro- ment c. 369, fourmi c. 360, n'est-ce-pas ? c. 522 vraisem- blablement formé de « non -f- mie » conservent également la voyelle Ô dans un nombre variable de localités. On peut cepen- dant, à propos de froml, fourmi, usité seulement dans les deux points 2 et 8', se demander si nous n'avons pas affaire à un phé- nomène de régression causé par la labiale suivante.
§ 25. Maintien dVi, 0 et développements secondaires dans la syllabe protonique.
On a vu dans les paragraphes précédents que la voyelle proto- nique, malgré la tendance de tous nos parlers à la syncoper ou à la réduire, est fréquemment maintenue. C'est ainsi qu'« repré- sente un ancien 0 devant / implosif dans la syllabe protonique comme dans la tonique, cf. kût'è couteau L. et § 10. A la suite du maintien d'un ancien 0, dont on a déjà noté quelques exemples à la fin du § 24, il s'est produit un développement secondaire en u dont les conditions sont délicates cà saisir.
1° u représente régulièrement une ancienne diphtongue oi dont \q y 2. été absorbé par une palatale suivante, cf. poisson L. cité § 22, moisson c. 504, poison c. 593, iijé 1-8', 11 a, c, -/;- 9-11 b, d, e, 12-22 oiseau L., quelques formes de « poi- gnée, empoigner » citées § 24, et aussi bfuo i-^' , 11 a, bu- 11 c, b-ûÇo 9-1 1 b, d, 16-22, bu- II e, 13-15, -co 12 buisson L., mot d'origine obscure, cf. M. L., EW. 1226, mais dont la forme ancienne est boisson. Si la consonne labiale a pu jouer quelque rôle dans le développement d'o en u, « oiseau » montre que cette condition n'est pas essentielle, v. en outre plus loin p. 33.0 est rare; je ne l'ai noté en rivalité avec wque dans les représentants de l'a. fr. liiissel < *globnsceIlu, M. L., EW. 3794, pelote L. Dans noisette c. 526 û n'est attesté que par nûhàt du Val-d'Ajol, dont on peut rapprocher nûèy noyer
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c. 527, ailleurs œ peut provenir de l'affaiblissement d'un ancien 0 ou être analogique d'après « noix « .
2° Les mots dont le type étymologique contenait un 0 entravé devant r -\- consonne présentent des faits plus compliqués. Le traitement le plus répandu et régulier est u : il suffira de donner comme exemple typique p-ûtà i-io, 16-22, -e 11, 13-15, pû^à 12 porter L. Mais des réactions analogiques nombreuses sont intervenues. VÔ du participe passé tordu c. 758 est évidemment dû aux formes toniques, cf. tordre c.j^j, et l'analogie s'est même exercée sur un dérivé local qui désigne un bâton servant à serrer la corde de la voiture à foin autour d'une autre pièce de bois tûdÔ 5 d, -0 14 a, b, 15 a, -yo 1 1 a, tnjô 12 a, mais tôdo 8 c, 8'
d, f, -à 16 a, 19 c, 22 a voiture L. Gâteau c. 376, qui se dit régulièrement tûte dans les localités 1-7, 13, 14, se dit tôtè aux points 8-9, I j- 1^ d'après tot=ïr. towte tartine c. 742. Jour- née c. 425 n'a la voyelle?/ que dans l'aire 11- 15 ; dans les deux vallées 0 a été maintenu ou rétabli d'après jour L. ; sur les formes avec ê, cf. § 24. Le mot local rote 2 c, 5 c, d, 6 a, 8 a, 8' f, ne, 15 a, 19 c, riuoéé 12 a qui désigne l'herbe ramassée en longues bandes après avoir été fanée tas L. conserve la voyelle du simple, dont il dérive avec le suffixe e, = a. fr. reorte <C retorta, v. bardeau L. Enfin zuo a été fréquemment introduit par analogie, surtout à La Bresse, cf. écornée c. 274, fourneau c. 361, corbeau c. 211, etc.
3° Le traitement des mots dont la voyelle est actuellement en syllabe ouverte, réserve faite de ceux dont il vient d'être parlé, est particulièrement difficile, oet ûy coexistent partout, cf. d'une part les dérivés de « mouche ^) et de « bouc » abeille c. 4, bouc c. 115, d'autre part bouteille c. 115; parfois ils riva- lisent dans le même mot, p. ex. dans les représentants de « courroie » arc-en-ciel c. 40 et courroie L. Les faits expo- sés 1° et 2° et § 18 montrent que nous avons affaire à un déve- loppement d'o en û et non au développement contraire, comme on pourrait être tenté de le supposer. Ces mêmes faits et le trai- tement de mots tels que ^«/ra bientôt c. 99 montrent en outre qu'il n'est pas dû à une labialisation et que, d'une façon ana-
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logue à ce qui a été admis § i8, o est devenu û spontanément en syllabe ouverte.
Mais si cette loi est vraisemblable et peut convenir aussi aux faits exposés i°, il faut reconnaître qu'elle a été fréquemment entravée, au point même quM est plus représenté qu';/. L'analo- gie a certainement joué un rôle important surtout dans les verbes, et c'est ainsi qu'on peut expliquer Ô des représentants du fr. bouter au sens de mettre c. 494, du fr. douter au sens de craindre L., etc. ; de môme Vô de pônfi, pondu, de 20-22 à côté de piliiH des autres localités pondre L. vient de la syllabe tonique. On a vu aussi p. 26 que moulin c. 5 1 1 doit VÔ de divers points au v. « moudre » ; et ivo dekzvorà, bientôt, 20 et 22 a la même origine que celui des mots étudiés 2°. Finalement, en raison de ces modifications analogiques, le développement d'Ô en u a été entravé ; c'est pourquoi on voit 0 subsister sans cause apparente dans de nombreux mots tels que « bouteille » déjà cité, boto partout bouton L., les représentants du fr. archaïque mo«/z^r î?iÔt£ i-ro, 16-22, -éy 11-15 église id., ceux de solariu au sens de fenil, cf. p. 27, collier c. 198, soulier c. 721, etc. Cet état de choses a aussi pour conséquence que les patoisants, ayant le sentiment (\Viô correspond au fr. n, assi- milent avec 0 des mots empruntés, cf. bourrelier c. 112, et qu'ainsi il est impossible de reconnaître si certains mots comme « bouton », etc., sont récemment adaptés ou doivent leur voyelle à un développement spontané.
§ 26. Chute d'è initial.
L't' qu'on appelle prosthétique et qui s'est développé dès l'époque latine devant s -\- cons.,cf. Schwan-Behrens, §§ 10^ 4 b et 28, tombe très fréquemment par un phénomène de phoné- tique syntactique analogue à ce qui s'est passé en Italie et ailleurs, cf. Meyer-Lùbke, Gr. d.R.Spr., I, § 273. Toutefois l'accord com- plet de nos parlers ne se manifeste que dans une forme, très usuelle il est vrai, le participe passé du v. être tû -< statutu, mais à l'imparfait le Val-d'Ajol dit et~i, étions, età était c. 325, à
Les parlers des Voscres mer idi ouates. 5
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côté de il et des formes commençant par t des autres localités. Dans les autres mots l'extension des formes sans ï est moindre encore ; on trouve la voyelle non seulement dans les parlers de la région de Remiremont, mais encore dans ceux de la vallée de la Moselotteoù, en raison delà persistance de s devant consonne, un ^ d'appui est souvent nécessaire : épais c. 303, éternuer c. 315, éteule c. 316, étoupe c.320, étrangler c. 321, étroite c. 327, etc.; il est même partout maintenu dans le représentant du fr. échevette au sens d'écheveau c. 266, d'« épier » au sens de regarder c. 640, épaule c. 305, étoile c. 319, en partie sous l'influence du français.
L'apocope s'est également produite non seulement dans essuyer c. 311, essuie-mains c. 3 10 exprimé par un dérivé ou un composé de ce verbe, à côté duquel essayer c. 309 révèle une action probable du français, mais aussi dans quelques mots où e provient d'une ancienne nasale, cf. enclume c. 290 et sur- tout encore c. 291. Bien que la phonétique syntactique ait con- tribué au maintien fréquent de la voyelle, cf. encore échelle c. 264, la chute a commencé à se produire à une date fort ancienne, ainsi que le montre la forme .vfl/<?}' dérivée d'« échelle », que j'ai relevée dans la phrase une chcrre de loingne^ a cher xaley rendu a Remiremont d'un texte non daté, mais probablement du XIV* siècle, NAL. 2542, 76.
§ 27. Les voyelles caduques ^"et è.
Tous nos parlers possèdent deux voyelles caduques ë et è, saut à Remiremont où è est prépondérant, et même exclusif chez les témoins a et c. Au contraire, dans toutes les autres localités, la voyelle la plus usitée est è : de, ne, que Z,., cerise c. 146, chenille c. 175, les représentants de « geline » poule c. 602. è apparaît fréquemment après les chuintantes é, ^,),j'. chemin c. 171, chemise c 173, cheval c. 179, génisse c. 383, etc. Dans ce dernier mot la voyelle est également caduque, bien que je n'aie recueilli que la forme usitée après consonne : c'est ce que montrent les deux formes données par Hingre oic gcneusse, lai hnensse. Or il prouve que la présence d'é ne dépend pas essen- tiellement d'une labiale voisine. Au reste ù existe encore dans
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d'autres conditions : il est assez fréquent à la fin des mots termi- nés par un groupe de consonnes, quand ils sont suivis d'un mot à consonne initiale : arbre c. 39, chambre c. 151, ombre c. 531, et aussi la y personne du pluriel de Taire 19-22, cf. pondent c. 597, portent c. 599, etc.
Il semble bien qnë représente l'état le plus ancien et qu'^ soit un développement nouveau qui tend à s'y substituer. On a vu plus haut § 24 qu'un ancien e protonique devient assez fréquem- ment œ, è ; et la même rivalité des deux phonèmes existe dans des mots où la voyelle est soutenue par les consonnes voisines ou l'a été jusqu'à une époque très récente : cheminée c. 172, chevreuil c. 184, chevron L., mercredi c. 491. Dans le cas particulier où une voyelle a été développée entre consonne et r final, cf. montre c. 508, dans des conditions exposées § 143, nos parlers ont une préférence marquée pour é qui devient e au Val-d'Ajol et é seulement à Remiremont, cf. aussi § 20 ad finem.
L'hypothèse qu'c est dû à une régression récente est beaucoup moins vraisemblable. Mais il est bien certain que la coexistence des deux traitements amène parfois un développement secondaire à'œ, è en ë. C'est ainsi qu'il faut expliquer les cas cités § 24, où une ancienne voyelle protonique 0, u est devenue e, après avoir nécessairement passé par le stade et, è; de là aussi les trois voyelles û,è, e de corvée c. 214 et le traitement du fr. truand paresseux c. 552, dont la forme trtyà du point 12 est sans doute l'étape intermédiaire entre triifà et ûrfà des autres locali- tés. C'est enfin en raison de cette rivalité de traitements que des mots récemment empruntés au français comme garde-cham- pêtre c. 373, orphelin c. 536, quatre-vingts c. 625, la 3* pers. du sing. de « servir » refaite sur l'inf. cf. servir L., simplement id. présentent à la fois t et l.
Les conditions dans lesquelles la voyelle caduque tombe ou se maintient ont été si clairement et si complètement exposées par M. Grammont, La Franche-Montagne, p. 22, qu'il suffit de ren- voyer à cet ouvrage. Les parlers de mon domaine ne présentent que quelques particularités dignes de remarque. Quand les mots à initiale formée de consonne -f y sont précédés d'un mot à finale consonantique, il se développe régulièrement entre la con-
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sonne et le )' un / de liaison, par ex. dans suer L. sye. après voyelle, siyc après consonne (partout sauf au point- 12 qui àXxcûa), cf. aussi roue c. 667 et lièvre c. 454; cet l devient rarement g", je ne l'ai recueilli que dans « lièvre» au point 5. Enfin il est une autre particularité notable de nos parlers : dans les mots qui commençaient anciennement par r -\- 1 -\- cons., nos parlers pré- sentent fréquemment, quand ces mots sont après consonne ou commencent la phrase, des formes avec ^er -\- cons. : regar- der c. 640, recevoir, reculer, rechute L., etc., dont Xï provient vraisemblablement, par agglutination, des pronoms atones « le », « la », de l'article, ou de la préposition « de », etc.
B. —
Lonsonantisme.
§ 28. Développement de consonnes entre voyelles en hiatus.
L'amuïssement des diverses voyelles protoniques en hiatus est un tait bien connu du moyen français, cf. Schvvan-Behrens, § 271; et il n'est pas surprenant que le même développement se soit produit dans de nombreux mots de mon domaine : do, ve dé, veau L., jeun c. 421, chaîne c 149 issus d'anciennes formes *deal, vcel, jeun, chac'uic, et les participes passés bu, rs/i, vu, tu (cf. § 26), etc. Il n'y aurait donc pas lieu d'insister sur ces syncopes, s'il n'existait pas un groupe important de mots ou de formes, qui présentent, dans un nombre variable de localités, une vo3'elle protonique non syncopée et séparée de la voyelle tonique par un des phonèmes v, y ou zv.
I" V.
V se présente à la fois dans les participes eu c. 73, su c. 688 et dans le substantif taon c. 740; dans les formes participiales il s'explique aisément par l'influence des autres formés verbales; mais si ûve, -In de 17-22, taon, issues régulièrement de labann, montrent que les formes en 0 des autres localités résultent d'une substitution de sufiixe ou peut-être d'un croisement du patois et du français, de toute façon v n'est pas dû à un développement récent et se rattache directement au latin /'.
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2 \.
y a une extension beaucoup plus grande. Outre le participe cru c. 234, où il peut être considéré comme analogique d'après les autres formes du v. « croire », on le trouve dans mûr c. 517, les représentants de l'a. fr. seii •< sabucii sureau c. ']'^/\,fefin i- 9, II a, b, 19-22, -1)1 13, 14, -/;/ 10, II c, e, 15 a, mais/m 12, • fa î n e L. , les formes correspondant à l'a. fr. gnïni, regaïm <C * vua- dimeii automne c. 59 et regain c.639 (cf. sur la terminaison de ces formes §§ 148 _et 151 s. v°) ; quelques formes n'ont été recueillies ou ne subsistent qu'en quelques points : treyi 2 c, 5 d, 9, 14 b, 15 a, 16 a train L., reyl^= a. fr. raï:^^ <C /WîV^ seule- ment dans l'aire 1-3 radis c. 63-I, fr)'ci'r 14, e-eeyar 2 c chaise L., cf. aussi khaycrc Hingre, qui correspondent à l'a. fr. chaicre<C cathedra avec des modifications expliquées § 151 s. v° ; enfin on notera aussi la forme curieuse Rayine, n. propre fém.. Reine, donnée par Hingre.
De cet exposé, il résulte que le Val-d'Ajol se sépare de toutes les autres localités et ne connaît que des formes syncopées. Mais l'accord de ces autres localités est loin d'être complet : elles ne traitent semblablement que « faîne » et les représentants de *vna- dimen, pour ne parler que des formes obtenues partout, c'est- à-dire les mots où la voyelle tonique a ou avait ancienne- ment le timbre / ; par contre « mûr » et les représentants de l'a. fr. seii sont syncopés dans l'aire 17-22 comme au Val-d'Ajol. On peut donc conclure que, dans tout notre domaine, à l'exclusion du Val-d'Ajol, un v s'est développé régulièrement (dans « faîne » il serait sans doute plus exact de dire qu'il s'est maintenu) entre un ^ protonique et une voyelle tonique de timbre/, et que c'est par une propagation en quelque sorte analogique que ce même traitement a pénétré entre e protonique et u tonique, ce qui explique que l'aire en soit plus restreinte. Cf. encore pour les formes participiales § 142.
Nos parlers ont, au reste, une tendance très marquée à déve- lopper un^ entre voyelles en hiatus. On peut citer le traitement des verbes «ouïr » et « jouir» entendu c. 298, réussir c. 655, et aussi celui du mot français adapté truand au sens de pares-
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sonne et le y un / de liaison, par ex, dans suer L. sy% après voyelle, siyï après consonne (partout sauf au point 12 qui dit cûa), cf. aussi roue c. 667 et lièvre c. 454; cet i devient rarement e, je ne l'ai recueilli que dans « lièvre» au point 5. Enfin il est une autre particularité notable de nos parlers : dans les mots qui commençaient anciennement par r-j-^ -f- cons., nos parlers pré- sentent fréquemment, quand ces mots sont après consonne ou commencent la phrase, des formes avec %r -\- cons. : regar- der c. 640, recevoir, reculer, rechute L., etc., dont Xï provient vraisemblablement, par agglutination, des pronoms atones « le », « la », de l'article, ou de la préposition « de », etc.
B. — . Consoiiantisme.
§ 28. Développement de consonnes entre voyelles en hiatus.
L'amuïssement des diverses voyelles protoniques en hiatus est un fait bien connu du moyen français, cf. Schwan-Behrens, § 271; et il n'est pas surprenant que le même développement se soit produit dans de nombreux mots de mon domaine : dô, ve dé, veau L., jeun c.421, chaîne c 149 issus d'anciennes formes *dml, veel, jciiu, chac'uic, et les participes passés bii, rsû, vu, tu (cf. § 26), etc. Il n'y aurait donc pas lieu d'insister sur ces syncopes, s'il n'existait pas un groupe important de mots ou de formes, qui présentent, dans un nombre variable de localités, une voyelle protonique non syncopée et séparée de la voyelle tonique par un des phonèmes v, y ou iv.
r V.
V se présente à la fois dans les participes eu c. 73, su c. 688 et dans le substantif taon c. 740; dans les formes participiales il s'explique aisément par l'influence des autres formés verbales ; mais si ûvè, -en de 17-22, taon, issues régulièrement de tabaiiu, montrent que les tormes en à des autres localités résultent d'une substitution de suffixe ou peut-être d'un croisement du patois et du français, de toute façon v n'est pas dû à un développement récent et se rattache directement au latin /'.
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2° V.
y a une extension beaucoup plus grande. Outre le participe cru c. 234,011 il peut être considéré comme analogique d'après les autres formes du v. « croire », on le trouve dans mûr c. 517, les représentants de l'a. fr. sei'i ■< sabucii sureau c. j^/[,feyt)i i- 9, II a, b, 19-22, -/;/ 13, 14, -lu 10, II c, e, 15 a, mais/lw 12/ faîne /,., les formes correspondant:! l'a. fr. gaï)ii, regahu •< * vua- dimen automne c. 59 et regain c.639 (cf. sur la terminaison de ces formes §§ 148. et 151 s. v°) ; quelques formes n'ont été recueillies ou ne subsistent qu'en quelques points : treyi 2 c, 5 d, 9, 14 b, 15 a, 16 a train L., reyl = a. fr. rai':^ <C r^^/V^ seule- ment dans l'aire 1-3 radis c. 6'^4,çeyn'r 14, heyœr 2 c chaise L., cf. aussi khayére Hingre, qui correspondent à l'a. fr. chaiere <i cathedra avec des modifications expliquées § 151 s. v° ; enfin on notera aussi la forme curieuse Rayhie, n. propre fém., Reine, donnée par Hingre.
De cet exposé, il résulte que le Val-d'Ajol se sépare de toutes les autres localités et ne connaît que des formes syncopées. Mais l'accord de ces autres localités est loin d'être complet : elles ne traitent semblablement que « faîne » et les représentants de *vua- dimen, pour ne parler que des formes obtenues partout, c'est- à-dire les mots où la voyelle tonique a ou avait ancienne- ment le timbre i ; par contre « mûr » et les représentants de l'a. fr. seil sont syncopés dans l'aire 17-22 comme au Val-d'Ajol. On peut donc conclure que, dans tout notre domaine, à l'exclusion du Val-d'Ajol, un v s'est développé régulièrement (dans « faîne » il serait sans doute plus exact de dire qu'il s'est maintenu) entre un ^ protonique et une voyelle tonique de timbre/, et que c'est par une propagation en quelque sorte analogique que ce même traitement a pénétré entre î protonique et u tonique, ce qui explique que l'aire en soit plus restreinte. Cf. encore pour les formes participiales § 142.
Nos parlers ont, au reste, une tendance très marquée à déve- lopper un 3» entre voyelles en hiatus. On peut citer le traitement des verbes «ouïr » et « jouir» entendu c. 298, réussir c 655, et aussi celui du mot français adapté truand au sens de pares-
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eux c. 552. Le fait se produit même entre deux mots : on dit en effet partout e y 7, -à un, cf. à L., et y se dégage d'une façon analogue après / adverbe dans les groupes [« que j'y aille, que j'y envoie »] c. 418. Mais on ne peut pas faire état des formes du pronom de la i""* personne îy, en raison des difficultés qu'en présente l'explication, cf. § 105, 2°. 3° w.
Enfin, je me contenterai de rappeler qu'un zv apparaît après un ii dans les mots déjà cités § 24 « corvée, écrouelles, truelle », car je ne puis pas affirmer que dans les points et dans les mots tels qu'essuyer c. 311, jouer c; 424, etc., où je ne l'ai pas noté, ce phonème n'existe réellement pas. Mon audition a pu être en défaut, et il serait par conséquent risqué de raisonner sur des faits dont la valeur est incertaine.
§ 29. Amuïssement des consonnes finales.
Outre les cas où l'amuissement existe également en français et qui sont passés sous silence, nos parlers en présentent un grand nombre d'autres. Mais, si important qu'y soit ce phénomène, la sphonétique syntactique et l'analogie le rendent souvent irrégulier et il arrive même que nos parlers conservent certaines consonnes, finales que le français ne possède plus, cf. fin du paragraphe.
i' r.
r, très anciennement final ou devenu final par l'amuissement d'une consonne, disparaît à peu près sans exception, cf. les infini- tifs en î = fr. ir, ceux en e = fr. oir dans avoir, savoir L., les suffixes é = fr. oir, û = fr. eur, etc., le suffixe à = fr. ard, fwo fort L., etc. En dehors des mots empruntés au français, les adjectifs noir et sûr L. ont partout un r qui provient de la forme féminine.
r est en outre tombé dans trois mots où il était anciennement suivi d'un ^ féminin, à savoir derrière c. 244, encore c. 291 et guère c. 403. La forme avec r de ce dernier mot subsiste encore aux points 12 et 13, du moins quand il est indépendant; car dans le composé qui signifie vaurien L. et qui correspond au fr. « guère d'œuvrc », 12 et 13 disent tvklyœv, -J.
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L'amuïssement d'un r qui occupe la deuxième place d'un groupe final donne lieu à des faits plus variés. Il se produit par- tout dans les verbes anciennement terminés en are. tels que fendre c. 338, etc., mais ailleurs, et dans des mots de toutes les époques, il se maintient dans un domaine variable : arbre c. 39, les représentants de scindula au sens de bardeau c. 84, ceux à'ubcr au sens de pis de la vache c. 582, cendre c. 143, encre c. 292, genièvre c. 382, ombre c. 531, maître Z,. ; il faut particulièrement noter quatre!,, qui se dit partout kwet devant consonne et à la pause, mais conserve la forme plus ancienne kiuetr devant voyelle chez la plupart des témoins.
2° /.
L'amuïssement de / n'est pas moins répandu que celui de r, cf. le suffixe I = a. fr. el, 50 sel L., mye miel id., etc. Les excep- tions sont rares : tous les témoins disent, comme en fr., novel a, nouvel an, et dans les expressions « un bel homme, de beaux hommes », quelques-uns emploient encore bel à côté de be, qui est beaucoup plus usité, cf. nouveau, beau L.
On a vu § 16 que / après diverses consonnes devient j ; aussi est-il impossible de reconnaître à quel stade la consonne s'est amuïe dans cercle c. 144, ongle c. 533, /r^/ trèfle Z., etc.
3«/-.
/tombe de même partout dans byœ, yâ bœuf, œufZ,., etc., saufdansle nom dénombre neuf Z,. qui se dit nœf dans toutes les localités quand il est final. Dans la phrase, devant consonne, deux témoins seulement ont été interrogés, i a a employé ijœf, mais I b nœ, que j'ai souvent entendu dans la région du Thillot.
Un seul mot (d)evÔ avec L. atteste l'amuïssement du k final, parce que ce phonème a eu dans nos parlers un développe- ment particulier, dont il sera parlé § 36.
5°;-.
Les faits concernant y final sont beaucoup plus compliqués que les précédents, et parfois même l'interprétation en est tout à fait incertaine. On sait en efi"et que les parlers orientaux et parti- culièrement les lorrains présentent fréquemment au Moyen Age
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après la voyelle tonique un / parasite, cf. entre autres Schwan- Behrens^ ch. IV, p. î28, et IIP partie, p. 97, Suchier, Gr. Gr., pp. 764-5. Maison en connaît mal l'extension et les conditions, si bien que l'explication des faits actuels est souvent obscure. On trouve par exemple un )' final dans « feu, jeu, lieu »,cf. §9, dans la région de Remiremont, dont on ne peut dire si c'est un traite- ment ancien en recul, ou un traitement nouveau et analogique d'après les nombreux mots qui conservent un y final issu d'une ancienne palatale ; cf. aussi sœy 21, 22, say 12 sureau c.734. Mais c'est certainement à une extension analogique de ce genre que sont dues les formes avec y particulièrement fréquentes au Val-d'Ajol telles quœy eu c.j}, sœy su c. 688. De même il est probable que le y final fréquent dans la région de Remire- mont après t' =r fr. eau, p. ex. dans lâsey 11 a, c lait L., etc., est récent ; en tout cas le développement se produit également dans des formes françaises adaptées telles que dey 11 a-c dé L., et il est caractéristique du français populaire de la région de Remiremont, cf. § 74.
Il peut même arriver que l'état actuel de nos parlers ne permette pas de reconnaître s'il faut le rattacher aux faits les mieux établis du Moyen Age. Le traitement ei, corres- pondant à ^ du français < a latin tonique libre, appartient à tous les textes lorrains ; quelques exemples de notre région suffiront : âonciNAL. 2529, 41, meix, prei id. 2531, 66, etc.; or nos parlers ne présentent actuellement aucune trace de y. Mais ces réserves faites, il existe des cas nombreux où un y, encore attesté dans un nombre variable de localités, est ailleurs en voie de recul.
a) }■ issu d'un ancien /.
Un y, issu d'un ancien /, très anciennement final, dans des formes masculines, subsiste encore partout dans pnly pou L., mais il s'amuït fréquemment ailleurs et dans une aire variable, cf. genou c. 384, verrou L., seuil id., soleil c. 716 partout formé avec le suffixe iiclu, les représentants de l'a. fr. crama il crémaillère c. 227 ; l'amuîssement est général dans les repré- sentants de l'ancien accusatif issu de /iliii fils c. 347 et dans ceux de « mil » millet L.
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b) y développé entre voyelles.
Suivant un traitement très répandu dans les parlers lorrains, cf. Horning, §§ 132 et 171, et Meyer-Lûbke, Gr. d.R. Spr., I, §§ 378 et 43 e, un nombre considérable de mots, qui se terminent en français par une voyelle suivie d'un e féminin, est, dans nos parlers, terminé par un y. Ce y peut s'être développé entre la voyelle et Ve féminin en hiatus après amuïssement ancien d'une dentale, cf. p. ex. année c. 32; il peut aussi représenter le deuxième élément d'une ancienne diphtongue, p. ex. dans dby, doigt c. 256, qui correspond à l'a. fr. doie <i*dita, ou une ancienne palatale dans le mot qui équivaut au fr. raie ■< riga, roy partout sauf n'iy lé a, ro 12, au sens de sillon L. ; l'origine du y n'est pas certaine dans charrue c. 165, oy partout s2ii\îwoy 12 oie L.
Après /et u, c&y est actuellement en voie d'amuïssement, cf. araignée c. 38, chargée c. 159 bis^ « tenue » s. v. tenir L. ; il est également notable dans roue c. 667, queue L. kfiy i-io, ié-22 mais kû 11-15. Le Val-d'Ajol présente des faits particu- liers : il emploie à la fois woy, oie, swoy soie L., tûyta.ïe id. et ro, sillon, iiiiio monnaie c. 506, où l'on a affaire soit à un développement spontané soit à un mélange de parlers ; il est en outre difficile de dire si la terminaison e qui correspond au fran- çais ée p. ex. dans « année « y a perdu un ancien y ou, comme dans les parlers franc-comtois, ne l'a jamais possédé.
On a vu plus haut p. 8 que nos parlers possèdent encore dans quelques expressions figées une ancienne forme de « dieu » où y s'était développé ; ce y persiste encore dans la région de Remire- mont et dans la vallée de la Moselotte. On trouve un y de même origine dans les formes de « suif » de l'aire 11-15, cf. p. 8, dans l'adjectif pronominal mey mien L. de l'aire 19-22 et dans les formes d'imparfait en éy, sur lesquelles cf. § 137.
c) y issu d'une ancienne palatale.
Les conditions dans lesquelles ce y apparaît ont déjà été expo- sées p. 7 sq. Dans le suffixe correspondant au fr. ter l'aire 11-15 le conserve régulièrement. Dans les mots qui contenaient étymo- logiquement un 0 latin suivi de v, il a une extension moindre : on ne le trouve plus guère que dans les localités 11, 12 et 13,
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cf. p. 9, cependant 17 a, f, g, 18 disent aussi /(^j^)» = fr. fossoir, pioche à fer large, pioche Z. Là même il est fréquemment amuï : c'est ainsi que dans huit L. œy n'a été indiqué que par 12 b. Dans les mots dont l'étymon possédait un e latin ouvert suivi de y, celui-ci a davantage résisté : si « lit », 3 p. s. du V. lire L., se dit partout le. et si le participe passé ne se dit ley qu'au Val-d'Ajol, lit c. 458, pis c. 581 et six c. 712 ont un y final dans les deux aires 11-15 et 19-22, et le pronom personnel féminin tonique issu à'*illaei ley i-io, 16- 22, ley 11-15 le conserve même partout. Quant à dix c. 254^ il est probable que dïy^-, -ç de la région de Remiremont doit le maintien du jy à l'influence des formes sans consonne finale que je n'ai pas recueillies, et qui n'existent peut-être plus aujourd'hui.
6° La spirante finale €, Ç.
« Six» a perdu partout toute trace de son ancienne spirante finale, de même que les représentants âi*exarsii au sens de sec c. 697-9, ^f- sur ce mot '§ 85, 2°. Par contre «huis » au sens de porte L. la conserve partout, âe 1-8', 11 a, c, œd 9-1 1 b, 13-22, oç 12 a, b. Cf. aussi § 37.
7° t après ç <i s.
Cet amuïssement ne se produit que dans la vallée de la Moselotte, parce que c'est la seule partie de notre domaine où s, à l'état de Ç, se soit maintenu devant consonne, cf. § 43 ; mais il n'en com- prend pas toutes les localités. Si l'on compare crête c. 229, croûte c. 236, les représentants de l'impératif de « dévêtir » au sens d'ôte tes habits c. 538, hêtre Z,., on voit que seule l'aire 20-22 amuït le / et présente des formes se terminant avec Ç, tan- dis que les villages situés en aval conservent encore Çté. L'aire même 20-22 n'a pas perdu toute trace de l'état antérieur : j'ai recueilli mœÇU qui correspond à l'a. fr. moiste <C *mnccidu Meyer- Lûbke, EW. 571 1, non seulement chez les témoins 19 a-d mais chez 21 a, cf. humide Z,., et Hingre donne également meakhtc pour La Bresse. Le v. meukhtlé, devenir humide, signalé aussi par H., explique peut-être l'irrégularité de « moiste », cf. encore sur ce mot§ 78.
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B° d du groupe nd.
Cet amuïssement ne se produit également que dans la vallée de la Moselotte, et seulement dans les points 20 et 21 ; il est en effet consécutif d'un traitement propre à cette région. Dans la terminaison des mots qui correspondent à des mots français en endre, la voyelle se dénasalise en dégageant un w, cf. § 38 ; de là provient le traitement ond de La Bresse et, par une réduction pos- térieure, 5« des deux points 20-21, cf. cendre c. 143, des- cendre c. 245, etc. Je n'ai relevé ce développement que dans les mots en ôiid ; « joindre «qui s'emploie au sens d'atteler les bœufs c. 54 se dit jed dans l'aire 20-22 ; Hingre donne, outre jède, jènde et seulement khênde, éteindre, que je n'ai pas demandé aux points 20 et 21. t ne subit pas le même traitement, cf. trente c. 767 où la dénasalisation n'a pas suivi la même voie que dans les mots en endre, et on verra plus loin § 98 que dans l'aire 19- 22 la 3*pers. du pluriel de l'indicatif présent est en /; cependant dans le canton de Faulquemont de la région messine, l'ancienne désinence nt est réduite à n dans les verbes à radical terminé par une voyelle, cf. This, § 122, et Meyer-Lûbke, Gr. d. R. Spr., Il, § 139.
9° n-
Les anciennes terminaisons aîgne, eigne, correspondant au fr. agne, eigne, igné se sont réduites à. è (è suivi d'une résonance nasale « à La Bresse) dans la partie la plus reculée de la vallée de la Moselotte, mais cette innovation n'a pas complètement éliminé la prononciation antérieure. Montagne c. 507 ne se dit mdthi qu'au point 22 (dont le témoin 22 a a également employé motefi, sans doute en raison de ses déplacements), cf. aussi juontain Hingre. Dans « Allemagne » qui sert à désigner l'Alsace L., è a. une extension plus grande : àlmèn 22 a, b, — e 20 c, 21 a, e, olme 19 d. Hingre cite en outre pour La Bresse lain, ligne à pêcher, peiti, peigne de tissage, et même campain, campagne, et de mon côté j'ai recueilli le 20 c, 21 e ligne L., pe 21 peigne c. 560 et ve 21 vigne c. 791, mais Ihj 19 à.,pen 20, 22, ven 19, 20 et kàpeiî, 21, 22 campagne L. Hingre donne lui-même, outre campaigne, le mot régional charpaigne, qu'il traduit
""^m^^^s^:
m
Pi
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par charpagiie, terme du fr. populaire de tout notre domaine, et qui concorde avec écrpen de la carte 550 panier.
Cette réduction du n final a été relevée par M. Horning dans une autre localité orientale, la Poutroie, § 178, et je l'ai notée dans une région très éloignée, la Nièvre, la môtè d eàlù, la mon- tagne de Chalon, d'après Meunier, Monographie phonétique du par- ler de Chaiilgnes, p, 1 10, § 219, Paris, Champion, 19 12.
Les formes du mot correspondant au (r. fange «< goih. fani Meyer-Lùbke, EfV. 3184, étymologie qui soulève des difficultés, et très usité dans les parlers orientaux pour désigner un terrain marécageux et particulièrement dans des noms de lieux, donnent en apparence une extension beaucoup plus grande à la réduction d'aigne à ê. J'ai en effet recueilli d'une panfeii (f.) i c, 2 c,(m.) 2 c, 4 a, 5 a, c, 6 b, 8 c, 8' c, fen (f.) 15 b, (m.) 11 a, 14 a et d'autre part Je (f.) 17 a, 19 a-d, 20 c, 21 a e, fèn 22 et l'expres- sion di fè lœ 9, 16 b, 17 a, b, 18, 19 d, 22 a, fange, fangeux L. De plus, dans les noms de lieux, à côté de rôt fen, la Ronde- Feigne (Bussang) de i c, 2 c, j'ai obtenu non seulement rot fè 21 a, lâftd l evyù, Feigne-de- l'Envers (Ventron)id., mais niery'àfè, Mailleronfeing (Bellefontaine) 11 a, 13 b, la fc loyô (ce dernier mot est un nom de personne dérivé du nom ancien de la com- mune d'Éloyes L., qu'on appelle aujourd'hui suivant les parlers e ou âloyz=:{r. « es -{-loges»), les Fains-Loyaux (Saint-Etienne) 15 ; cf. aussi dans le long article de Haillant Uriménil fcine les noms de lieux cités, particulièrement Plainfaing, commune du canton de Fraize, Ranfaing, commune du canton de Brouve- lieures, tous deux dans l'arrondissement de Saint-Dié. Mais s'il est possible et même probable que dans là vallée de la Moselotte, où le mot est encore féminin, fè soit la réduction de fèn, comme le montre la comparaison du patois roi Je et du français Ronde-Feigne, il semble bien qu'ailleurs/^ soit une forme masculine refaite : on remarquera en effet que le mot est souvent masculin, et on notera aussi l'expression di je lœ qui explique probablement le changement du genre, bien que je ne l'aie guère recueillie que là où fè est encore féminin; enfin on en trouve une autre preuve dans le nom de lieu Plainfaing, dont le premier élément est l'adjectif masculin « plain •>.
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Suivant une autre réduction, n perd parfois à la fin du mot son élément palatal et devient h. Ce traitement a dû se produire devant les mots à initiale consonan tique, comme on le voit également à l'intérieur du mot en différents points dans étran- glerait c. 322. Actuellement il est localisé dans l'aire 11-15 où du reste n persiste encore plus ou moins suivant les points et les témoins, et il se manifeste dans des mots de toute époque, cf. montagne c. 507, peigne c. 560, signe c. 71 1, vigne c. 791, charogne, empeigne, ivrogne, ligne L., etc. On ne peut pas faire état de bwon borgne L., usité partout, pour conclure que la réduction de n à n appartient à tout le domaine ; car, outre que ce mot est d'origine inconnue, cette forme isolée peut bien avoir été empruntée.
Bien que l'amuïssement des consonnes finales soit, comme les pages précédentes le montrent, plus important dans nos parlers qu'en français, il arrive qu'une consonne s'y maintienne, alors qu'elle est amuie en français. On a déjà vu plus haut p. 42 le cas d'« huis »; de même chez la plupart des témoins deux et trois ont des formes à consonne finale à la pause : dûs partout sauf ^« 7 a, 12 b, très 1-8', 11 a, c, -ç 9-1 1 b, 13-22, -ç 12; et dix c. 254 N. £". conserve cette forme, même devant consonne. En outre l'analogie fait parfois triompher à la pause la forme à consonne sonore, normalement usitée devant voyelle, dans troj, trois, I b, 7 a, dix c. 254. Toutefois, il ne faut pas voir dans frnt fruit c. 370 une forme où t final se serait maintenu par une action de la phonétique syntactique, mais le représentant d'un étymon *fnicta qui se retrouve dans d'autres parlers romans, cf. Meyer-Lûbke, EW. 3537, et Gr.d. R. Spr., Il, § 54.
§ 30. Les liaisons.
En raison de l'amuïssement des consonnes finales, les hiatus dans la phrase sont plus nombreux qu'en français.
1° Entre adjectif et substantif, on a vu p. 39 que « beau » se dit ordinairement bé même devant voyelle, ptî petit L. est la seule forme usitée. Au contraire kel quel L. dans la phrase [« Quel âge as-tu ? »j a été employé par presque tous les témoins.
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par charpagne, terme du fr. populaire de tout notre domaine, et qui concorde avec èh'pen de la carte 550 panier.
Cette réduction du y final a été relevée par M. Horning dans une autre localité orientale, la Poutroie, § 178, et je l'ai notée dans une région très éloignée, la Nièvre, la môle d eâlà, la mon- tagne de Chalon, d'après Meunier, Monographie phonétique du par- ler de Chanlgiies, p. 1 10, § 219, Paris, Champion, 19 12.
Les formes du mot correspondant au (v. fange ■< goih. fa iii Meyer-Lûbke, EfV. 3184, étymologie qui soulève des difficultés, et très usité dans les parlers orientaux pour désigner un terrain marécageux et particulièrement dans des noms de lieux, donnent en apparence une extension beaucoup plus grande à la réduction à'aig7u à è. J'ai en effet recueilli d'une panfhj (f.) i c, 2 c,(m.) 2 c, 4 a, 5 a, c, 6 b, 8 c, 8' c, fen (f.) 15 b, (m.) 1 1 a, 14 a et d'autre part Je (f.) 17 a, 19 a-d, 20 c, 21 a e, fèn 22 et l'expres- sion di fè là 9, lé b, 17 a, b, 18, 19 d, 22 a, fange, fangeux L. De plus, dans les noms de lieux, à côté de rot fen, la Ronde- Feigne (Bussang) de i c, 2 c, j'ai obtenu non seulement rot fè 21 a, lâfèd l evyâ, Feigne-de-l'Envers (Ventron)id.,mais ;;/(V)'ô/è, Mailleronfeing (Bellefontaine) lia, 13 b, la fè lôyô (ce dernier mot est un nom de personne dérivé du nom ancien de la com- mune d'Eloyes L., qu'on appelle aujourd'hui suivant les parlers e ou âloy=.ir. « es -\- loges ^y), les Fains-Loyaux (Saint-Etienne) 15 ; cf. aussi dans le long article de Haillant Uriménil feine les noms de lieux cités, particulièrement Plainfaing, commune du canton de Fraize, Ranfliing, commune du canton de Brouve- lieures, tous deux dans l'arrondissement de Saint-Dié. Mais s'il est possible et même probable que dans là vallée de la Moselotte, où le mot est encore féminin, fè soit la réduction de fen, comme le montre la comparaison du patois rot pè et du français Ronde-Feigne, il semble bien qu'ailleurs/^ soit une forme masculine refaite : on remarquera en effet que le mot est souvent masculin, et on notera aussi l'expression d) pè là qui explique probablement le changement du genre, bien que je ne l'aie guère recueillie que là où /é est encore féminin; enfin on en trouve une autre preuve dans le nom de lieu Plainfaing, dont le premier élément est l'adjectif masculin « plain •>.
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Suivant une autre réduction, n perd parfois à la fin du mot son élément palatal et devient n. Ce traitement a dû se produire devant les mots à initiale consonantique, comme on le voit également à l'intérieur du mot en différents points dans étran- glerait c. 322. Actuellement il est localisé dans l'aire 11-15 où du reste n persiste encore plus ou moins suivant les points et les témoins, et il se manifeste dans des mots de toute époque, cf. montagne c. 507, peigne c. 560, signe c. 711, vigne c. 791, charogne, empeigne, ivrogne, ligne L., etc. On ne peut pas faire état de kvoii borgne L., usité partout, pour conclure que la réduction de n à n appartient à tout le domaine ; car, outre que ce mot est d'origine inconnue, cette forme isolée peut bien avoir été empruntée.
Bien que l'amuïssement des consonnes finales soit, comme les pages précédentes le montrent, plus important dans nos parlers qu'en français, il arrive qu'une consonne s'y maintienne, alors qu'elle est amuïe en français. On a déjà vu plus haut p. 42 le cas d'« huis » ; de même chez la plupart des témoins deux et trois ont des formes à consonne finale à la pause : dns partout sauf ^« 7 a, 12 b, tro£ 1-8', n a, c, -ç 9-1 1 b, 13-22, -ç 12; et dix c. 254 N. E. conserve cette forme, même dev'ant consonne. En outre l'analogie fait parfois triompher à la pause la forme à consonne sonore, normalement usitée devant voyelle, dans troj, trois, I b, 7 a, dix c. 254. Toutefois, il ne faut pas voir dans frtit fruit c. 370 une forme où / final se serait maintenu par une action de la phonétique syntaciique, mais le représentant d'un étymon *fnicta qui se retrouve dans d'autres parlers romans, cf. Meyer-Lubke, EW. 3537, et Gr.d. R. Spr. ,11, § 54.
§ 30. Les liaisons.
En raison de l'amuïssement des consonnes finales, les hiatus dans la phrase sont plus nombreux qu'en français.
1° Entre adjectif et substantif, on a vu p. 39 que « beau » se dit ordinairement bé même devant voyelle, ptî petit L. est la seule forme usitée. Au contraire ^/ quel L. dans la phrase [« Quel âge as-tu ? »j a été employé par presque tous les témoins.
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Les noms de nombre présentent de même ordinairement des formes à finale consonantique devant les mots à initiale voca- lique; cependant dfi deux L., fré trois id. sont très fréquents devant voyelle, surtout dans la vallée de la Haute-Moselle, et ce fait est assez remarquable en raison des particularités signalées plus haut sur ces deux noms de nombre.
2° Après un substantif, la liaison ne subsiste que dans quelques locutions usuelles : je n'ai guère recueilli que d enœt e kï^, d'au- jourd'hui en quinze, 20 a et 22 a aujourd'hui L., de td:(e ot, de temps à autre, 2 c .
3° Après une forme verbale, la liaison n'est régulière que lorsque le pronom sujet de la 3^ personne est postposé, cf. p. ex. elle Z,.; je n'ai pas demandé « vas-y, donnes-en », cf. toutefois à la fin du paragraphe. Elle est en outre assez fréquente après «c'est », cf. être L., et, avec des consonnes variées, dans l'im- parfait prochain formé, comme on le verra § 125, avec l'ancien adverbe or. Mais, en dehors de ces cas, elle est exceptionnelle : je n'ai relevé q\iQe forât et..., il faudrait être..., du témoin 20 a, v. la c. 334 N. E., et un y d'origine obscure, dû peut-être à une propagation de celui que nous verrons 4°, entre l'indicatif présent d'« avoir » et le participe « eu » au seul point 19, avoir L.
4° Après les prépositions et les conjonctions la liaison est éga- lement très rare, sauf dans des composés tels qu'avant- hier L., qui de plus présente parfois un :{ analogique, etc. Je n'ai en outre recueilli que pw^ « en avoir » des témoins 9 et 14 a, cf. en c. 285 N. E., e y en..., à une..., des témoins 19 c et 22 a, à Z,., qui est refait snvey t, à un, cf. p. 38, et cy ûr, à l'heure, de 17 f, g heure L. qui a peut-être la même origine.
Parmi les faits concernant les conjonctions, il faut signaler l'emploi indifférent de kà et kàt, quelle que soit l'initiale du mot suivant quand L., etv'it e y œt, vingt-huit, des témoins 17 f, 19 c, 20 a, 22 b vingt L., dont le y paraît être une propagation de celui que nous venons devoir après « à ».
5° Les faits obtenus concernant l'adverbe sont peu nombreux. Quand l'adverbe précède l'adjectif, tro tropZ,. est la seule forme usitée ; par contre « bien » est partout lié par n, et ce traitement
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est de beaucoup le plus répandu dans l'expression « je voudrais bien avoir de celle-ci », bien L; cf. aussi tôt e le rod, tout à la ronde, i8, 20 a, 21 a, 22 a autour L.
A côté de ces cas où, dans l'ensemble, la liaison a rarement lieu, il en est un certain nombre où elle est au contraire con- stante, à savoir après les articles et les pronoms et adjectifs prono- minaux, en notant ce fait important que yetw ont partout la valeur de consonnes et empêchent toute liaison : je n'ai relevé qu'une exception pour u> dans m woe auge c. 57 au Val- d'Ajol.
Il s'est même produit après les pronoms quelques développe- ments analogiques. « on », p. ex. dans on a c. 67, « on est » être L., est lié dans de nombreuses localités par un :( qui pro- vient probablement de « nous, vous » ; l'influence d' « ils, elles » est exclue puisque ces deux pronoms se disent partout el, ell devant voyelle. De même, on emploie partout « ça z » devant une forme verbale à initiale vocalique, cf. ce L. ; seul le témoin 18 dit sa « est », mais c'est très probablement un usage individuel. Dans l'expression donne-m'en c. 284 la plupart des témoins disent « me-s-en », évidemment d'après « nous-en », et de même une forme :^î s'emploie après je c. 418 d'après « nous-y », etc.; ce développement ne s'est produit que dans les localités où le pronom « je » a une seule forme /, et où par conséquent le groupement de « je » avec « y » était devenu à peu près impos- sible sans ce procédé.
§ 31. Assourdissement des consonnes finales.
Conformément à un traitement qui dépasse de beaucoup notre domaine et qui appartient sans doute à la phonétique syntac- tique de tous les parlers français, une consonne sonore qui devient finale par suite de la chute d'un e féminin s'assourdit, quand elle se trouve en contact avec une sourde suivante, cf. |.ais-toi c. 739, à côté de l'infinitif se taire c. 738, exprimé par- tout par le représentant de l'a. fr. coisier <^*qnetiare Meyer-Lûbke, EW. 6956 ; laconsonne de mange c. 474 est restée sonore devant « puisque tu as faim », là où les témoins ont fait une pause.
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Ce phénomène d'assimilation est semblable à celui qui se pro- duit à l'intérieur du mot, cf. § 8i, A i°.
C'est par une extension analogique de ce traitement que les con- sonnes sonores finales sont devenues sourdes en toute position, sauf naturellement devant une consonne sonore suivante. Mais ce phénomène caractérise la région de Remiremont et surtout les points ii, 13 et 14, où l'assourdissement a lieu à peu près sans exception. Les points 12 et 15 le présentent également, mais avec moins de régularité, cf. le traitement du suffixe âge p. ex. dans fromage c. 368, il neige c. 520, le représen- tant du latin uber au sens de pis de la vache c. 582, garde c. 372, il garde c. 375, froide c.367, seize c. 702, treize c. 765, dos 11-15. sauf ^cl;^ 12 b douze L., etc.. Arbre c. 39, gerbe c. 385, herbe c. 406, cL aussi rîd', meule à écraser le chanvre, 14a, chanvre L., sont à peu près les seuls mots où la consonne finale m'ait paru moins nettement sourde, et peut-être ce fait est-il simplement attribuable à l'insuffisance de mon audition.
En dehors de l'aire 11-15, l'assourdissement est peu répandu; le point lé est le seul où il se manifeste avec quelque fréquence ; ailleurs il est sporadique, cf. ^os 10 a, b, 11, i2a-ié chose L.^ mœç, moisit, 9 moisir L., aire et grange c. 15 et 394, bise c. 100, etc; ; quatorze c. 624 a une sourde finale dans une aire plus considérable qui comprend les localités 9-17, 19-21. On voit par ces exemples que le phénomène est étranger à la plu- part des parlers de la Haute-Moselle ; cependant, ainsi que le fait est indiqué dans V Atlas, introduction, p. xx, la sonorité des consonnes finales est moins nette qu'en français, et j'ai même noté grîj 2c, 6 b grise L., inortiuçs 2c mortaise L.,blcs 5 c Biaise L., et làe, -s 5 d, qui représente probablement le même type que le tr. longe et s'emploie pour désigner la longue poutre qui passe sous les essieux, voiture L. Pour le s du féminin kh-yd'S, creuse, profonde c. 617 de l'aire 19-22 et d'autres adjectifs en eâsse et aussi pour celui du substantif betœs, lait de beurre, cf. §§ M 5 et 147.
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§ 32. Métathèses de r.
Ces métathèses qui sont multiples sont souvent en contradic- tion apparente : c'est un fliit qui résulte à la fois de l'époque dif- férente à laquelle elles ont dû avoir lieu et de réactions analo- giques qui en ont troublé le cours.
1° D'après les c. 222 couvrir et 547 ouvrir, exprimé dans la plupart des localités par un composé avec « de » (pour la reformation de l'aire 11-15, cf. § 143, B), r s'est placé parméta- thèse après la consonne initiale. Le traitement existe actuellement dans toutes les formes verbales, et cependant kœvrî des témoins I b, 5 a, 7 a, 8 a, c semble prouver que la métathèse s'est d'abord produite dans les formes toniques.
2° Suivant une autre métathèse, r implosif final dans la syl- labe protonique passe après la consonne initiale, cf. fourmi c. 360 et corvée c. 214 ; fromage c. 368 est un exemple douteux parce que le traitement est analogue à celui du français ; quant zdrœmt dormir L. et à fermer L. et c. 342, on ne peut pas non plus en foire état, parce que la métathèse a pu se produire dans les formes toniques. Quoi qu'il en soit de ces deux verbes, elle est attestée très anciennement par la forme saint fremin NAL. 2531, 78, et en tout cas elle est antérieure à la suivante.
3° D'après celle-ci, r combiné avec la consonne initiale d'une syllabe protonique passe à la fin de cette syllabe. Toutes les localités la présentent dans les formes de « prendre », cf. prenez c, 614, les futurs de verbes tels qu'entrer, rentrer, montrer L., les représentants de l'a. fr. trestuit tous c. 761, et également à peu près sans exception dans ceux de l'a. fr. grillet aux sens de grillon et de grelot c. 401 et 398 ; elle se produit même dans des mots récemment. adaptés du français tels que brebis c. 118, grenouille c. 400. Mais souvent elle ne comprend qu'une partie du domaine et reste localisée dans la vallée de la Moselotte, sauf ûrwel truelle c. 770 qui existe au point 5 et quelques formes de la préposition « entre » en composition, cf. entre c. 302 N.E. Dans la vallée même de la Moselotte l'extension en est variable: à côté de fourmi c. 360, fromage c. 368, froment
Les parlers des Vosges méridionales. 4
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c. 369^ premier c. 613, les représentants du fr. trua^id au sens de paresseux c. 552 qui couvrent l'aire 17-22, codcrne 19-22 chardonneret Z,., issu par étymologie populaire du croisement de « chardonneret » et de « chaudronnier », broyer c. 123, corvée c. 214, prêter c. 61'), perye 20-22 prier L.,kervâ 1^-22 crever L. ne dépassent pas le point 19 qui parfois ne possède pas le traitement. Exceptionnellement e/e^ru^^/éc rouelles c. 277 existe au seul point 5 ; mais dans ce cas il est très probable que nous avons affaire, comme dans groseille c. 402, à un mot influencé par le français. Le traitement de mots comme « fro- mage, froment, premier » est-il dû à une action semblable du français dans les points où la métathèse n'est pas attestée ou en est-il indépendant, il est impossible de le dire. Mais en tout cas, ailleurs l'irrégularité a nécessairement une autre cause. Dans les verbes « crever » etc. elle est clairement due à l'influence des formes toniques où la métathèse n'a pas lieu, cf. ces formes au Lexique; et comme ces verbes sont à la fois assez nombreux et très usités, le développement de la métathèse a été par propaga- tion analogique entravé dans des substantifs tels que « fourmi », etc.
CHAPITRE IV
TRAITEMENTS ANCIENNEMENT COMMUNS EN RECUL
Il m'a paru intéressant de grouper ensemble un petit nombre de traitements qui sont représentés dans toutes les localités, sauf parfois au Val-d'Ajol, mais n'y existent plus que comme des sur- vivances d'un état ancien. Les causes du recul de cet état peuvent être multiples, développement phonétique, réactions analogiques, disparition des mots qui étaient soumis au traitement considéré, etc. Les faits exposés au § 37 sont, d'après l'explication qui y est admise, d'origine morphologique, mais en raison de leur aspect actuel, qui a parfois fait croire qu'on est en présence d'un développement phonétique de r final, j'ai jugé préférable de les classer ici.
A. — Vocalisme.
§ 33- è <i^y devant r.
On a vu § I que nos parlers ont réduit l'ancienne diphtongue ay 2. â en position finale tonique. Devant r un développement particulier en e s'est produit anciennement, mais il n'en reste plus que des traces. Actuellement er <C area est usité dans les localités 1-7, 19-22 au sens de jardin c. 414, we(r) guère c. 403 <C anc. h. ail. weigaro l'est dans les localités 11-14, j'ai en outre relevé en quelques points les dérivés de « vair » <C vàriu comme noms de bœufs ou de vaches vèrôÇm.) 12 a, 19c, vertl(î.^ 12 a à côté de varel 3a bœuf, vache L. ; mais hrer =1 fr. braire au sens de pleurer L.,Jèr, trer faire, traire id. n'existent plus qu'au Val-d'Ajol. Il est clair que brâr,fâr, trâr des autres points ont été refaits sur les formes de l'indicatif présent brâ, jâ, trâ ; dans « guère » e est devenu â puis 0 sous l'influence de la labiale
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initiale dans les localités autres que 11-14, vârel de 3 a doit son â à la même cause.
Il est dii-ficile de dire si le développement s'est fait d'à en e ou au stade ay par ey. Cependant la deuxième hypothèse est plus probable ; car le développement est non seulement ancien, mais dans les textes médiévaux on trouve, à côté des formes eire, ère < area NAL. l'y'^i, 81, etc., des formes iere, hiere où ie semble attester un diphtongaison de Yc sous l'influence du y, diphton- gaison qui se sera ensuite réduite comme dans le suffixe « ier » et le groupe ^'^^f < lat. c ouvert -|- y, cf. plus haut, p. 7. Je n'ai pas relevé ces formes dans les chartes des NAL., mais elles sont courantes dans V Inventaire sou ti)i aire : ieres 1381^ III, p. 39, col. I, 13 16 id., p. 40, col. 2, hiere 1307, I, p. 50, col. i, etc.
§ 34. Traitement d'il latin protonique en hiatus.
C'est un fait bien connu que la conservation d'il latin proto- nique en hiatus dans les parlers lorrains et wallons, cf. Horning, § 118. M. H. a également constaté que dans l'aire F de son enquête, c'est-à-dire dans mon propre domaine, / rivalise avec û (d'où w), mais sans essayer d'expliquer ce fait. En effet û (d'où w) a actuellement une extension beaucoup moins grande qu'z (d'où y). On ne le trouve partout que dans truelle c. 770, dont l'étymon avait certainement un û comme le français et la plu- part des langues romanes, cf. triia, truella, triilla Kôrting 9771 et 9775, et dans les représentants du fr. huer huà, -e, d'origine onomatopeïque, cf. Meyer-Lûbke, £"/^. 4221, au seub de crier L., recueillis dans la plupart des localités. Essuyer c. 311 n'a û ou îf que dans l'aire 1-7 et bruyère L. que dans l'aire 20- 22 sous la forme berwer. Quant à trûyà des points 9, 10 pares- seux c. 552, c'est sans aucun doute une forme adaptée du fr. truand. Dans tous les autres cas on ne trouve plus qu'//, iv au Val-d'Ajol seulement et, dans les autres locaUtés, y qui, en com- binaison avec un n précédent, donne y, cf, éternuer c. 315, les représentants de « nuée » nuage c. 530, ceux de « buée » au sens de lessive c. 447, « essuyer » déjà cité, sye partout sauf cûà 12 suer L., tye partout sauf tive lia, c, -à 12 tuer id. On remarquera qu'au Val-d'Ajol // (ou w) est le traitement prédomi-
— )i —
nant: on y dit en effet niiê ou mue, biue, reciuà, Ciîà, tiuà; cependant à côté de b-wà, faire la lessive, de 12 b, le témoin a a indiqué ^^â et « éternuer » n'a que des formes avec n. Quant à tiOe de 11 a, c, c'est très probablement la forme française adaptée.
Le recul d'« est à mon avis le résultat d'actions analogiques ; la plupart des mots où u protonique s'était conservé sont des verbes ou des substantifs verbaux; il n'est donc pas surprenant quu ait pénétré des formes toniques dans les protoniques pour se réduire ensuite à. i, y; et dans « nuée « qui n'a pas de verbe correspondant, u s'est introduit par propagation analogique, si ce n'est pas plutôt un emprunt relativement récent, cf. § 151, s. v° nuage^
B. — Consonantistne.
§35. Persistance de w dans le groupe kw.
Ce traitement qui est également un des plus caractéristiques des parlers lorrains, cf. Horning, § 146, est encore bien repré- senté dans notre domaine : toutes les localités le possèdent dans hivet quatre L., cacher c. 130, carême c. 134, les représen- tants du type quadruviu au sens de visite c. 795, cf. sur ce mot § 151. Mais dans d'autres mots, même apparentés à ceux- ci, il est en voie de régression, et l'évolution en cours s'exerce différemment dans les 22 localités: « querre » et « (re)quérir », usités partout au sens de chercher c. 176, ont perdu iv dans l'aire 1-8', c'est également dans cette région que l'initiale de « carême entré » qui signifie carnaval c. 136 est réduite à k ; mais *quetiare employé partout au sens de se taire c. 738 ne présente plus hu que dans les points 12, 13 et 22, àcôtéde tohuc toujours c. 759 de l'aire 17-22 formé de « tout -j- coi », cf. infra § 151; dans quatorze c 624, hu n'existe plus qu'à La Bresse, et enfin zu a complètement disparu dans ka, kât quand L. et dans ekcl écuelle c. 278, qui suppose une forme plus ancienne ekweh recueillie ailleurs par Horning § 118.
I. Xyeryat, rouet, de 20-22, dérivé de « roue », cf. § 59, on ne peut rien conclure, car c'est un mot voyageur, cf. § 151 s. vo.
— 54 — § 36. è, € <C ancien /^ final.
Ce traitement, anciennement attesté dans les parlers lorrains oîi il est très répandu, cf. Horning, § 133, appartient également à notre domaine, où il est en voie de recul. Le Val-d'Ajol même ne le possède pas; mais l'a-t-il perdu ou ne l'a-t-il jamais connu, c'est une question présentement insoluble. Le seul mot où é, e paraissent avoir disparu par développement phonétique est sec c. 697-9, qui se dit jo aux points i-io, 12 et sa au point 19 ; et encore cette explication n'est-elle pas certaine ; il est en effet pos- sible que dans ces localités la forme masculine ait perdu sa con- sonne sur le modèle des nombreux adjectifs dont le masculin se distingue du féminin par l'absence de consonne finale. Quoi qu'il en soit, en dehors de ce cas, le recul des formes avec ë, € provient de la substitution de formes nouvelles : dérivés, emprunts au français ou aux parlers voisins. Le représentant du français hac au sens d'auge c. 57, queM. Meyer-Lubke, EW . 868, rattache à un type haccus d'origine obscure, ne subsiste plus que dans l'aire 16-22, tandis qu'ailleurs on emploie « auge », cf. § 89, 2° ; soc c. 713 est exprimé par un dérivé dans les localités 1-8, 12 ; bouc c. 105 n'offre même plus de formes simples; sac L. se dit scë 1-8, 19-22, -€ 8-10 c% 14-18, c%s 13 a% mais les témoins 10 a- c, II- 14 a- emploient la forme française sàk. Quant au repré- sentant de « bloc » au sens de bille de bois L., cf. § 20, 1°, je ne l'ai recueilli que dans quelques localités.
§ 37. ^, f <; ancien groupe final rs.
Toutes les localités, à l'exception du Val-d'Ajol, présentent e ou le phonème f qui en est issu, cf. sur ce développement § 47, à la fin d'un certain nombre de mots qui ont un r en français actuel ; toutefois leur accord ne s'étend qu'à une partie des exemples. Clair L. se dit bien lye 1-8', 11 a, c, -ç 9-11 b, 1 3-22 à côté de /)'a de 12 b; mais mur c. 516 se dit;;/// aux points 12 et 19-22 ; les témoins 12, 20 a, 21 a emploient àû à côté de àiXe 1-8', 11 a, c, -f 9-11 b, 13-19, 22 dur L. ; et les formes avec ^, f de vert c. 787, court c. 217 et four c. 358 occupent un nombre encore plus restreint de localités ; si ffee, -ç fiel c.
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344 sont sans aucun doute des formes de « fier », qui a eu le sens d'amer et a été ainsi employé substantivement pour dési- gner le fiel, on ne peut cependant pas se prononcer sur la forme fye qui peut représenter phonétiquement « fier » ou « fiel ».
L'explication de ces faits a été donnée par This, p. 40, à qui M. Meyer-Lubke, Gr.d.R. Spr., I, § 561, l'a empruntée -.-e, ç représentent le développement phonétique d'un ancien groupe final rs, dont le s n'est autre que celui du nominatif de l'ancienne flexion nominale. Cette explication est beaucoup plus satisfai- sante que celle que M. Cuny a admise Revue des langues romanes, t. 49, p. 532, et d'après laquelle^, Ç seraient issus de r final par développement phonétique. Elle a en effet l'avantage de rendre compte de l'extension irrégulière du traitement et de son absence complète dans de nombreux mots anciennement termi- nés en r tel que mûr c. 517, jour Z., les formes du singulier de l'indicatif présent du v. courir Z-., etc. Notre domaine pré- sente même une spécialisation remarquable des deux anciennes formes casuelles de « clair » : tandis qu'il conserve, comme nous l'avons vu, l'ancien nominatif avec la valeur d'adjectif, il emploie partout l'ancien accusatif au sens de petit-lait iye i-ii, 13-22, tyà 12 lait L. Il faut en outre noter que sûrZ,., cf. les formes § 6, i", a partout un r final dû à l'action analogique du féminin.
CHAPITRE V
TRAITEMENTS CONVERGENTS
Les traitements qui font l'objet de ce chapitre ont le caractère commun d'être convergents, c'est-à-dire qu'un traitement nouveau tend à se substituer à un traitement plus ancien qu'il a déjà réussi à éliminer plus ou moins dans les différentes localités de notre domaine. La dénasalisation et le développement d'un w devant voyelle, §§ 38 et 40, présentent quelques faits compliqués ou d'interprétation douteuse, que les nécessités de l'exposé n'ont pas permis de déplacer. Mais, ces réserves faites, tous les traite- ments considérés ici ont le grand intérêt de nous faire saisir sur le vif des évolutions en cours. Or si celles-ci se produisent dans des conditions très variées, deux particulièrement importantes, à savoir la réduction /, ) k -e, j et l'amuïssement de s devant con- sonne, cf. §§ 42 et 43, remontent d'une façon analogue le long des vallées, et dans le deuxième cas il est tout à fait certain que l'ancienne prononciation recule non par développement spontané, mais par emprunt aux parlers de la région de Remiremont. Nous avons là un exemple bien net d'un changement phonétique dû à l'influence qu'exerce un centre sur des parlers voisins et socialement inférieurs.
A. — Vocalisme.
§ 38. La dénasalisation.
1° Dénasalisation dans les voyelles nasales en position finale ou devant une consonne autre que n, m.
Le processus de la dénasalisation est double dans tous nos par- lers : ou bien l'élément nasal disparaît purement et simplement, ou bien une consonne nasale se dégage après la voyelle, avec ou sans disparition de l'élément nasal de celle-ci ; mais, dans
les deux cas, l'état ancien subsiste dans une partie variable du domaine.
Dans le premier cas l'accord des localités est à peu près com- plet pour le traitement de l'ancienne nasale -f" consonne en syl- labe protonique ; on a vu en effet § 2 1 qu'l est le traitement actuel- lement le plus répandu ; et cependant on a également noté que « gencive » et « sentir » conservent /dans l'aire i-io. Dans tous les autres cas la dénasalisation varie considérablement. On peut poser en règle générale qu'une voyelle nasale abrégée persiste dans l'aire 1-9 et se dénasalise dans les autres localités, sauf aux points 10 et 12 qui participent aux deux traitements: bye i-ioa, c, ^jy^ lob, II, 14-22,-^12, 13 bien Z-., chien c. 186 (la quan- tité longue de 1-8' et le développement particulier de 1-7 n'im- portent pas ici), ta i-io, ta 12, tb II, 13-22 temps L., bon c. 104, point c. 590, lesdésinences de la i" etde la 3' pers. du plu- riel de l'ind. prés, connaissons c. 205, crèvent c. 230 bis, etc. L'aire i-io ne présente que des cas sporadiques de dénasali- sation, et surtout quand la syllabe est protonique ; en ce dernier cas la nasale brève est souvent à peine perceptible : enfle, enflera, en fiée c. 293 et -4, les représentants à'*emputare}Atytx-Luh\ie, EW. 2862, au sens de greffer c. 397, la forme difficile qui cor- respond à l'impératif viens c. 782, cf. § 135; plantain c. 585 qui est partout dénasalisé peut être emprunté. Le point 10 par- ticipe davantage aux deux traitements, mais tandis que les témoins a, b présentent des faits incohérents, le parler de c a une apparence régulière : la nasale est conservée en position finale et disparaît devant consonne, cf. bye, to mais fori < scindula bardeau c. 84, etc.
Les faits qui précèdent montrent que la dénasalisation se pro- duit après abrègement de la voyelle : il n'est donc pas surprenant que, quand dans l'aire 1-22 la voyelle est restée longue, le déve- loppement n'ait pas lieu, cf. pye i-io, pye 11-21, -en 22 (cf. sur cette forme p. suivante), descendre c. 245, on c. 21 et 6j, regain c.639. Il en est de même de la dénasalisation d'î dans chemin c. 171, chacun c. 148, etc., comparés à.vî,vît, vin, vingt L. usités partout.
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Dans tous ces cas, Textension de la forme à voyelle nasale longue est très variable ; nue, regain, est limité au seul point 12, tandis que dans « plein » elle couvre toute l'aire 11-22. Ces varia- tions de la quantité d'une voyelle finale n'ont rien d'étonnant, et on en a vu de nombreux exemples précédemment.
Il existe cependant quelques cas sporadiques de dénasalisation d'une voyelle longue dans manger c. 472, mot quia à d'autres égards un traitement particulier, cf. § 57, 2"*, et gendre c 381 ; mais dans ce dernier mot il n'est pas certain que la quantité de jer des localités 1,5, 20-22 soit primitive, puisque 17-19 disent;1r.
Le deuxième mode de dénasalisation, qui consiste essentielle- ment dans le dégagement d'une consorme nasale, existe égale- ment dans tout notre domaine ; mais l'extension en varie encore davantage que celle du premier mode . Ce sont les voyelles û et ? qui sont le plus atteintes par ce développement, cf. brun c. 123, jeun c. 421, un c. 775, quelqu'un c. 629. Cepen- dant ces cartes ne se superposent pas, et on a vu plus haut des exemples tels que vî, vin, etc., où la dénasalisation ne se produit pas ; il est même assez curieux que « chacun » ne se comporte nulle part comme « quelqu'un » ; cf. aussi tôt î = fr. tout un 19 d, 22 b au sens de pareil L. Les parlers de l'aire 19- 22 emploient în un L. en fonction d'article au moins devant une consonne palatale, tandis que partout ailleurs on dit î ; et au point 22 le développement d'une résonance nasale « se produit assez fréquemment en position finale, cf. mèn, pin main, pain L. C'est aussi dans l'aire 19-22, et presque uniquement là, que le même phénomène a lieu à l'intérieur d'un mot: sînh, -àt, epïng, brànkâ cinq, cinquante, épingle, brancard L., bcinkàl 19 a, 21 a, 22 a bancal id., luànkà 22 a manquer id., le dérivé d' « angle » au sens de coin c. 196, ongle c. 533, ombre c. 531, moitié c. 505, langue c. 441, mercredi c. 491, les mots terminés par « endre » tels que descendre c. 245, cf. sur ces mots §§ 11 et 29, 8°. Mais lundi, lundi, de 3 a, c est probablement une modification de lûdî d'après lûn, lune. J'ai cité parmi les exemples plusieurs mots récemment empruntés pour montrer que le développement est actuel ; et en effet le par-
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1er populaire de cette région présente le même traitement, éânté, chantent, des témoins 19 b, 21 a n'est pas tout à fait identique, car éàtà chanter L. est la seule forme de l'aire 19-22 ; le m y vient d'une assimilation semblable à celle qui explique vtn « deux », vingt-deux, de tout le domaine; dans les deux cas la première d'un groupe de deux dentales est devenue n. Ailleurs je n'ai relevé que quelques cas sporadiques du même traitement : ep'ink 13 a épingle, kankwâ id. hanneton c. 405, trànt 12 a trente c. 767, dinge 14 b sonner L., fingye 15 sanglier c. 681, etc. On peut contester l'explication qui vient d'être propo- sée : il est en effet théoriquement possible que la consonne nasale qui suit la voyelle nasale représente le traitement le plus ancien, et que le développement ait consisté non pas dans le dégagement, mais dans Tamuissement de la consonne nasale. Mais, de quelque façon qu'on envisage la formation de l'état actuel, on reste en présence d'un traitement convergent.
2° Dénasalisation devant «, /;;.
Il est fort difficile de saisir par le seul moyen de l'oreille si une voyelle placée devant n, m est nasalisée ou purement orale, par- ticulièrement quand cette voyelle est brève. C'est pourquoi mes documents sont sur ce point sujets à caution. Mais si dans des mots comme « ensemble, femme, ressemble », cf. p. 13, il n'est pas absolument certain que la nasalisation manque aussi complè- tement que l'attestent mes graphies, on voit qu'en tout cas elle est à peu près imperceptible. D'autre part, quand la voyelle était étymologiquement libre devant une seule consonne nasale, p. ex. dans cuisine c. 237, chaîne c. 149, laine, luneZ,., il est impossible d'affirmer d'une façon décisive que les parlers qui ont une voyelle orale représentent l'état le plus récent, ou qu'en d'autres termes tout notre domaine a anciennement nasalisé les voyelles placées devant w, m. Il existe en tout cas toute une série de mots qui avaient étymologiquement un à issu d'à devant consonne nasale entravée, et, dans un nombre variable de loca- lités, cet à a perdu sa nasalité. Seul année c. 32, où la voyelle est à la fois protonique et brève, est désanalisé dans tout le domaine ; les autres mots conservent toujours a dans toute la
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vallée de la Haute-Moselle et sporadiquement ailleurs, cf. vànà i-io, 12 a, 17a, f, 19c, -e iia-c, vàne 13-15, -à i6a, r8, 20-22, vanner L., les formes qui dérivent du type pannii Meyer-Lubke, EPF. 6204, au sens de balai, balayer cjS, pànè 2c, 8'c, 19 c, pâ- lia, 12a, dérivé du même type, pan de chemise L., les représentants du v. qui se rattache au latin gannire id., id. 3676, beugle c. 98, étrangler c. 321 dont le o- a été assimilé à la voyelle nasale, cf. § 81, A 6", et où n -\-y est devenu ensuite y, différents mots d'origine onomatopéïque qui signifient miauler c. 497, cf. § 151 s. v"*. Il est curieux que sàmdî soit la seule forme de tous nos parlers, réserve faite de sàmdî réemprunté en français ; mais cette particularité tient sans doute à l'entrave de la consonne nasale. Quant aux représentants de « chanlatte » au sens de chéneau £., cf. encore § 81, A 6°, ils peuvent avoir subi l'influence de chêne Z,.
B. — Consonanlisme.
§ 39. Absorption d'un y par la consonne précédente.
y se combine partout avec n pour donner n, comme on l'a vu § lé, 2° ; l'exception constituée par le suffixe correspondant au fr. ier n'est qu'apparente, cf. p. 7.
y ôiQ l'ancienne diphtongue y^ issue d'û' latin tonique libre après palatale a été également absorbé partout après les fricatives /, ;, ^, j < k, g latins v. § 42, cf. les représentants du fr. marcher au sens de battre en grange c. 87, manger c. 472, et -e, ç, c,j,h, dont l'origine est exposée § 43, cf. engraisser c. 295, les représentants de l'a. fr. coisier < *quetiare au sens de se taire c. 738. En dehors d'un fait d'emprunt propre aux localités 17 et 18, cf. § 89, le phénomène est sans exception dans les infinitifs et participes de la première conjugaison et dans les mots ancienne- ment terminés en ié tels que marché c. 478.
Mais après ces diverses fricatives y persiste ici et là dans d'autre^ mots dont les conditions phonétiques sont différentes. Dans sœur c. 714 €, Ç,c sont relativement récents; il en est
— él —
de même de la dénasalisation de chien c. i86 et des représen- tants de l'étymon *assianu au sens de petit bardeau bardeau c. 83, et de la reformation de jouer c. 424 d'après les formes toniques, cf. § 59 ; dans ces mots l'absorption du y n'a eu lieu que dans l'aire 17-22 qui la présente également dans chier c. 188, sur lequel cf. § 143 ; mais même là y a persistédans <' essuyer », cf. les formes de l'infinitif essuyer c. 311 aux points 18, 19 et khié, rkhiè (sic) de La Bresse d'après Hingre, le participe passé féminin employé au sens d'abri contre la pluie c. 7 et plus haut § 34. Enfin jeune c. 422, qui a dû passer parles stades juene, jyen, conserve }» aux points 9, 10 et 12.
On sait qu'on explique par une propagation analogique la réduction de ye à e qui a eu lieu en français dans tous les verbes de la première conjugaison : le développement s'est produit régu- lièrement après les consonnes palatales et a gagné les verbes où le y était précédé d'une autre consonne, cf. Meyer-Lûbke, Gr. d. R. Spr., I, §§ 259^ 260, Schwan-Behrens, § 243. Mais dans notre région il ne s'est pas propagé avec autant d'intensité qu'en français.
Après c?, t\Q y persiste partout dans edyè i-io, 11 b, 12, 16-22, é- 13, â- lia, c, d, 14, 15 aider L., m'rf}'! partout s^\ii vœ- 12 vider id. ; mais dans le verbe formé de « re-i- guetter » qui signifie regarder c. 640, cf. § 151 s. v°, le Val-d'Ajol dit rewete, eiete ]Qter c. 419 occupe un nombre assez important de localités.
Après s, ye subsiste encore à peu près sans exception dans l'aire 8-10, 16-22, cf. chasser c. 166, les représentants de *tittiare téter c. 748, maisevàse3.wi\.ncer c. 60 a déjà gagné les points 16 et 17.
Enfin après r (on sait en effet que les parlers orientaux ont palatalisé a dans les verbes en irare, iirarc, cf. Suchier, Gr . Gr., P- 755) y^ ^st prédominant dans l'aire 17-22, cf. cirer c. 192, eÇùrye l'j f, 19 d, -œr- 20 c, 21 e, 22 b assurer L., pelûrye 19 a, c, d, 20 c, 21 a, e, 22 b, -œr- 17 f , g paître id., rkûrye 17 g, çk- 19 d, eÇM- 21 e, 22 b récurer id., tire 17 a, mais tïrye ij f, g-22 tirer id. ; ailleurs il n'a laissé que
— 62 — quelques traces, et je n'ai relevé que petûrye aux points 13 et 15.
§ 40. Développement d'un w devant voyelle.
Ce traitement très répandu dans nos parlers a une double origine : il se produit soit par diphtongaison, soit par développe- ment de îv après une consonne labiale.
1° 0 représentant 0 latin ouvert ou fermé s'est diphtongue régulièrement devant un groupe r -\- consonne qui aujourd'hui est souvent amuï en tout ou en partie (les variations de la quan- tité de Vo, d'origine syntactique, sont sans importance ici), cf. kwon, fwô corne, fort L. et d'autres exemples cités § 18. Mais on rencontre des exceptions dont l'extension est variable et l'in- terprétation délicate : quatorze c. 624 qui présente des formes sans tu non seulement dans tout notre domaine, mais dans les autres parlers lorrains, cf. la carte de VAL. et Horning § 87, doit sans doute cette particularité à l'ancien groupe initial kw, v. plus haut § 35, qui aura empêché le développement du ty dans la syllabe tonique. Mais a-t-on affaire ailleurs à des formes anciennes où la diphtongaison n'a pas eu lieu, ou à des formes récentes où un recul du w se serait produit, il est difficile de le décider d'une façon certaine, et la question est encore compliquée dans plusieurs exemples par la possibilité d'une influence française : cL fo£ II a force L., pot 11 a, c porte id., tordre c. 757, orge c. 535, rote et rot cités § 25, les formes correspondant à l'a. fr. courre § 25, tôt =: fr. tourte tartine c. 742, tô i b, 2 a-c, 3 b, 4c, 6 a, 7 a, b, 8 b, 8' b, 9, 18 tour L.
Quoi qu'il en soit, la diphtongaison d'o n'est pas nécessaire- ment liée à la présence d'un r suivant : huo-è', bouche, de 22, mwod, mouche, de 12, cf. § 21, de même que bzuob < ail. bube fils c. 347 doivent peut-être leur w kh labiale précédente. Mais à La Bresse, on dit kivô cou L. et Hingre donne aussi la même forme au sens de coup, bien que je n'y aie recueilli que ko, comme dans toutes les autres localités ; on notera encore les formes avec w du mot fr. adapté rengaine L. Au Val-d'Ajol le développement, tout en n'atteignant pas ces derniers mots, a une extension remarquable ; on y dit en effet woy, swoy, gwoc, jwon,
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tîvoy, wo-e, çwoye, woU kwos oie, soie, gauche, jaune L., table C.735, auge c. 57, glisser c. 391, ourlet c. 545, truie c. 771 ; VAL. donne en outre woé, orge, tandis que j'y ai obtenu la forme wèr€, orge c. 535, cf. § 75, 6"; enfin hwà encore c. 291 de cette même localité, cf. § 69, 7", a proba- blement une origine semblable. M. P. Passy a remarqué cette particularité du Val-d'Ajol Revue de philologie fr., 1892, p. 145.
2° Il est très fréquent que, dans tous nos parlers, après les diffé- rentes consonnes labiales un lu apparaisse devant les voyelles a, e, 0, et dans ce cas nous avons affaire non à une diphtongaison comme dans le cas précédent, mais à un développement de w sous l'action de la consonne labiale. L'amuïssement d'un r placé après la voyelle qui a eu souvent pour conséquence de l'allonger a pu contribuer à ce développement ; mais si les mots où ces deux phénomènes coïncident sont trop nombreux pour que ce soit un effet du hasard, cet amuïssement n'en est cependant une condi- tion nécessaire. Citons comme exemples typiques : après b b-wâye 1-7, -ôye 8-22 bâiller L., après p parler c. 553, paroi c. 554, pwâre 1-7, -orè 8-21, -en 22 parrain L., après m les représentants du fr. marcher au sens de battre en grange c. 87 et de l'a. fr. mitan au sens de milieu c. 498.
Mais à côté de ces mots qui ont partout le même traitement, d'autres, également nombreux, ne présentent w que dans une partie des localités.
Après b w est limité dans bercer c.95 à l'aire 8-11, 13-22, dans baver c. 89 à l'aire 8-10, ié-22, dans brebis c. 118 aux points 9-11, bwène baigner L. n'existe même qu'au point 5 ; cf. encore begne du point i à côté de bwâgiïe de la vallée de la Mose- lotte bégayer c. 92, et bedlô de 12 à côté de bwâdle de l'aire lé- 22 bavard c. 88, sur l'origine de ces mots, cf. § 151.
Après p pîvetu, -iije, -(ihe trou, trouer c. 769 n'appartien- nent qu'à l'aire 9-1 1, 13-16, cf. aussi perche L. On remar- quera particulièrement que, tandis que pwe 1-15, pwà 16-22 par L. présente un w partout, ce w manque dans les composés formés de « tout -|- par » + un pronom personnel au sens de seul L. et c. 707 dans toute l'aire 17-22.
Après m w comprend les deux vallées dans le mot qui désigne
-;--.^.'y^
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une couverture de bardeaux posée contre le mur c. 85 et qui semble correspondre au fr. ramée avec une extension de sens diffi- cile à expliquer ; il est également développé presque partout où le mot est usité dans les représentants du latin masu au sens de jar- din c. 414 et dans les dérivés en « ée » désignant le charme c. 160, cf. encore les représentants de mare au sens de lac L-, les formes de Saint- Amé id.; mais il est plus restreint dans minuit c. 499, «flammèche» au sens d'étincelle c.317; mwete marteau L. ne se rencontre que dans l'aire 9-1 1, 13-16, mweri Martin id. et automne c. 59 qu'aux points 9-1 1, jermwà germer c. 387 et smwà semer L. qu'au point 18. Parfois w manque partout sans raison apparente, cf. manger c. 472, maréchal-ferrant c.479, matin, mardi, marguillier L., etc. L'influence du français a pu jouer un rôle ; on le voit clai- rement dans « mère, père » qui ne possèdent plus de forme labialisée qu'au sens de femelle, mâleZ,., miuer,piuer 19 a, 21 a, et miuére, pivére Hingre ; mais cette explication ne s'applique pas à tous les mots. Enfin, dans certains cas, on peut se deman- der s'il ne s'est pas produit un recul phonétique de w, par exemple dans ràmoy c. 85 de 20 et 21, rwo}'^ guérir c. 404 < re-\- medicare de 11, mojo maison c.465 des parlersde la vallée de la Haute-Moselle. Quoi qu'il en soit, le développement du w doit avoir commencé anciennement, à en juger par le mot Giramoix d'un texte de 1342, Ny^L. 2532, 127, qui représente sans doute la localité actuelle de Gérardmer.
Après/ les exemples sont peu nombreux : fève c. 343 où w est assez répandu, fwày de 4 a, 5 a, c, d, 6 b, 7 c fée L., cf. aussi fwaue Hingre, fwermàç 9 et fiuermwàe i a étincelle c. ^ij, fiuerin 11 a farine L.
Le traitement des mots où îu correspond à un v ancien est analogue aux faits précédents : à côté de veiller c. 779, vert c. 787 qui ont w partout, les parlers sont en désaccord dans tra- vailler c. 763, les formes issuqs de *canapalu chénevis c. 174, les représentants du fr. vaisseau au sens de cercueil c. 145, cf. aussi y/;/ de 20-22 voisin L. Toutefois il convient d'ajouter qu'on ne peut affirmer que zu se soit développé après v, qui se
m.j&:im..j9
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serait ensuite amuï; bien que cette hypotiièse soit assez pro- bable, cf. § 17, 3°, il est cependant possible que w soit issu directement de v, cf. aussi § 12, 4°. De toute façon le cas de corvée c. 214 est particulièrement obscur et se prête à diffé- rentes interprétations, cf. § 28, 3°.
§ 41. ty, dy < kl,gL
Ce développement qui s'est fait par l'intermédiaire du stade ky, gy existe dans toutes les localités, ainsi que le montrent les exemples tyô, dyes clou, glace L., etc.; k et g ont cependant subsisté, non seulement quand }> s'est amuï ou que / dont il est issu a subi une métathèse, cf. §§ 29, 2° et 83, 1°, mais dans quel- ques autres mots, à savoir sanglier c. 681 dont je n'ai relevé qu'une forme avec d au point 12, et sarcler c. 683 qui conserve Â; dans les localités 10, 13, 14 et 17-22.
§ 42. £, y et é, ) = ^, y du français.
Tandis que l'aire 8'- 18 présente sans exception les deux pho- nèmes ^, y dans les mêmes conditions que le français, l'aire 1-8, 19-22 conserve l'état ancien é, ) dans un nombre considérable de mots dont il suffira de citer comme exemples typiques cheveu c. 181, manger c. 472. Toutefois cette division de notre domaine en deux aires n'est rigoureuse que devant voyelle ; et encore faut-il ajouter que le point 19 présente quelque flotte- ment : le témoin b dit à la fois €et et éet chat L., et je n'y ai recueilU que ^^ cher id.,yêr gendre c. 381, yJ^Ï jeudi c. 420; mais parfois la présence de £, j ou même des phonèmes qui en sont issus, Çy h, cf. § 47, vient de ce que nous avons affaire à des mots français adaptés, p. ex. « charpi » charpie c. 163. Ailleurs, c'est-à-dire quand €, j se sont trouvés en contact avec une con- sonne, la réduction de €, ] à ^, y existe également dans toute l'aire 1-8, 19-22 ; mais bien qu'elle soit assez ancienne pour que que^, y participent dans les localités 19-22 au développement s y y > ç, /> étudié § 47, elle se produit sans régularité et comprend parfois tous les points, parfois une partie seulement de l'aire.
Les parlers des Vosges méridionales. 5
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une couverture de bardeaux posée contre le mur c.85 et qui semble correspondre au fr. ramée avec une extension de sens diffi- cile à expliquer ; il est également développé presque partout où le mot est usité dans les représentants du latin inasii au sens de jar- din c. 414 et dans les dérivés en « ée » désignant le charme c. 160, cf. encore les représentants de mare au sens de lac L., les formes de Saint-Amé id.; mais il est plus restreint dans minuit c. 499, « flammèche» au sens d'étincelle c. 317; mwete marteau L. ne se rencontre que dans l'aire 9-1 1, 13-16, mwetï Martin id. et automne c. 59 qu'aux points 9-1 1, jermivà germer c. 387 et smwà semer L. qu'au point 18. Parfois w manque partout sans raison apparente, cf. manger c, 472, maréchal-ferrant c.479, matin, mardi, marguillier L., etc. L'influence du français a pu jouer un rôle ; on le voit clai- rement dans « mère, père » qui ne possèdent plus de forme labialisée qu'au sens de femelle, mâle Z,., miver, piuer 19 a, 21 a, et miuêre, pwêre Hingre ; mais cette explication ne s'applique pas à tous les mots. Enfin, dans certains cas, on peut se deman- der s'il ne s'est pas produit un recul phonétique de w, par exemple dans ràmoy c.85 '^^ 20 et 21, rwo)'^ guérir c. 404 < re-\- medicare de 11, mojà maison c.465 des parlersde la vallée de la Haute-Moselle. Quoi qu'il en soit, le développement du w doit avoir commencé anciennement, à en juger par le mot Giramoix d'un texte de 1342, A/^L. 2532, 127, qui représente sans doute la localité actuelle de Gérardmer.
Après /les exemples sont peu nombreux : fève c. 343 où w est assez répandu, fwây de 4 a, 5 a, c, d, 6 b, 7 c fée L., cf. aussi Jzvaue Hingre, fivermàç 9 et fwermwàe i a étincelle c. }ij, fwerïn 11 a farineL.
Le traitement des mots où tu correspond à un v ancien est analogue aux faits précédents : à côté de veiller c. 779, vert c. 787 qui ont u> partout, les parlers sont en désaccord dans tra- vailler c. 763, les formes ïssuqs de *canapal 11 chénevis c. 174, les représentants du fr. vaisseau au sens de cercueil c. 145, cf. aussi vhi de 20-22 voisin L. Toutefois il convient d'ajouter qu'on ne peut affirmer que w se soit développé après v, qui se
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serait ensuite amuï; bien que cette iiypothèse soit assez pro- bable, cf. § 17, 3°, il est cependant possible que w soit issu directement de v, cf. aussi § 12, 4°. De toute façon le cas de corvée c. 214 est particulièrement obscur et se prête à diffé- rentes interprétations, cf. § 28, 3°.
§ 41. ty, dy < kl,^l.
Ce développement qui s'est fait par l'intermédiaire du stade ky, gy existe dans toutes les localités, ainsi que le montrent les exemples tyo, dyh clou, glace L., etc.; k et g ont cependant subsisté, non seulement quand }> s'est amuï ou que / dont il est issu a subi une métathèse, cf. §§29, 2° et 83, 1°, mais dans quel- ques autres mots, à savoir sanglier c. 681 dont je n'ai relevé qu'une forme avec d au point 12, et sarcler c. 683 qui conserve Â; dans les localités 10, 13, 14 et 17-22.
§ 42. £, j et €, j zzz£, j du français.
Tandis que l'aire 8'- 18 présente sans exception les deux pho- nèmes €, j dans les mêmes conditions que le français, l'aire 1-8, 19-22 conserve l'état ancien é, ) dans un nombre considérable de mots dont il suffira de citer comme exemples typiques cheveu c. 181, manger c. 472. Toutefois cette division de notre domaine en deux aires n'est rigoureuse que devant voyelle ; et encore faut-il ajouter que le point 19 présente quelque flotte- ment : le témoin b dit à la fois ^et et éet chat L., et je n'y ai recueilU que ^^ cher id. ,ylr gendre c. 381, /tê^ï jeudi c. 420; mais parfois la présence de €, j o\i même des phonèmes qui en sont issus, f , /;, cf. § 47, vient de ce que nous avons affaire à des mots français adaptés, p. ex. « charpi «charpie c. 163. Ailleurs, c'est-à-dire quand é, j se sont trouvés en contact avec une con- sonne, la réduction de é, ] à ^, ; existe également dans toute l'aire 1-8, 19-22 ; mais bien qu'elle soit assez ancienne pour que que^, y participent dans les localités 19-22 au développement ^, ; > ç, /j étudié § 47, elle se produit sans régularité et comprend parfois tous les points, parfois une partie seulement de l'aire. Les parle/s des Vosges méridionales. 5
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Après une consonne, elle est aujourd'hui fort rarement attes- tée ; mais elle s'est sans aucun doute produite anciennement dans échelle c. 264 et dans « mouche », v. les formes p. 18 et le dérivé signifiant abeille c. 4 ; les formes franc-comtoises prouvent que le traitement actuel de nos parlers a pour base un ancien é, malgré ce qu'en ont dit Horning p. 81 sq. et Meyer- Lùbke, Gr. d. R. Spr., I, § 953, cf. encore infra § 47. Actuellement elle ne semble pas se produire dans ces conditions, sauf peut- être au point 19, où l'on pourrait ainsi expliquer par un déve- loppement de phonétique syntactique les formes citées plus haut et /, je, du groupe syntactique^/ t que j'y c. 418; quant au point 21, y de ce même groupe n'y a été employé qu'une seule fois par le témoin a et sans doute accidentellement.
Devant consonne, à l'initiale ou à l'intérieur du mot, les exemples de la réduction sont, au contraire, très nombreux, cf. entre autres /ml 1-19, hmè 20-22 jumeauL., genièvre c. 382, genou c. 384,