Joannes Rufus, Bp. of Maiuma Les plerophories de Jean, eveque de Maiouma

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DE JEAN, ÉYËQllE DE MAIOUMA

(RÉCITS ANECDOTIQUES RELATIFS AU V SIÈCLE)

riBLIÉES POUR I,A PREMIÈRK FOIS

D'APRÈS UN MANUSCRIT DE L'AN 875

PAR F. NAU

DU CLERGÉ DE PARIS

Docteur es sciences mathématiques, LiCExcra es smexces physiques

diplomî; de l'école des hautths éti/des {.Section pMloloçù/ue)

rnoPESSEUR a l'institut catholiqi-k t>k i'ahis

PARIS

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 28, Rue Bonaparte, 28

1899

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LES PLÉROPHORIES

DE JEA\, ÉVÈOIE DE MAIOOIA

Typographie Firmin-Didot et C"'. — Mesuîl (Eure).

LES PLÉROPIIORIES

DE JEAN, ÉVËQUE DE MAIOUMA

(RÉCITS ANECDOTIQUES RELATIFS AU V^ SIÈCLE)

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PUBtrÉES POUR LA PREMIÈRE FOIS ^l&w

D'APRÈS UN MANUSCRIT DE L'AN 875 ^^

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PAR F. NAU

DU CLERGÉ DE PARIS

DOCTEUR ES SCIENCES MATHÉMATIQUES, LICENCIÉ ES SCIENCES PHYSIQUES

DIPLÔMÉ DE l'École des hautes études {Section philologique)

PROFESSEUR A l'INSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS

PARIS

ERNEST LEROUX, EDITEUR 28, Rue Bonaparte, 28

1899

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LES PLÉROPHORIES

DE JEAN, ÉVÈQUE DE MAIOUMA w

ÉCRITES VERS l'aN 515 ET PUBLIÉES POUR LA PREMIÈRE FOIS d'APRÈS UN MANUSCRIT DU IX° SIÈCLE (875)

Le MANUSCRIT. — Ce manuscrit (addit. 14,650) est conservé à Londres au British Muséum. 11 fut écrit l'an 1186 des Grecs (875 de J.-C), d'une écriturejacobite (2). L'encre a disparu pour un certain nombre de lettres. Un lecteur a mis en marge des équi- valents mieux choisis de quelques mots. Ce manuscrit renferme de nombreux extraits de Jean d'Asie, et M. Land l'a mis large- ment à contribution pour ses publications (3).. Les Plérophories qui n'ont pas encore été étudiées -vont du fol. 90 recto au fol. 134 verso. Elles sont divisées en 89 courts chapitres. • L'auteur. — L'auteur, inconnu d'ailleurs, nous donne quel- ciues détails autobiographiques (chapitres 16, 21, 22, 23, 88, 89). Il s'appelait Jean, était Arabe du Sud de la Palestine, sans doute d'Ascalon, étudia le droit à Beyrouth, semble avoir été atta- ché à la maison d'un grand ou à un monastère d'Antioche [p^o.^/ iju^o; is^; ^-cu], fut ordonné prêtre à Antioche (471- 477) par le patriarche Pierre le Foulon qui lui était très attaché. Il quitta cette ville quand le patriarche Pierre en fut chassé et se retira à Jérusalem et en Palestine (4), où il connut le solitaire

(I) Port de Ciaza. .J'ai lu un travail sur ces Plérophories au congrès des Orien- talistes (septembre 1897) et me bornerai donc à donner ici une très sommaire in- troduction.

(•2) CL Land, Anecdola Syrkica, t. 1, p. 24-26, et t. II, p. 28.

(3) Tome IL Voir un spécimen de l'écriture, t. I, table XV.

(4) On trouve les mêmes détails chez Zacharie : Vie de Sévère p. 23 (publiée par Spanuth, à Gottingue, 1803, 34'pages in-4'; CL inl'ra une noie du cli. 80), Jean y est appelé « Rufus » et non « de chez Rulin ».

2 LES PLÉROPHORIES DE JEAN, ÉVÈQUE DE MAIOU.MA.

Isaïe et Pierre Tlbérien, évêque monophysite de Maiouma, près

de Gaza.

Il était à Jérusalem en 484 quand Pierre, rétabli à Antioclie, envoya sa lettre synodale à Martyrius. Il semble dès lors s'être complètement attaché à Pierre Tlbérien dont il est appelé le dis- ciple, et fut l'un de ses héritires. car il fut nommé évêque de Maiouma. Enfin il écrivit son ouvrage lorsque Sévère était pa- triarche d'Antioche (.j12-518).

L'ouvrage. — Cet ouvrage est composé d'une suite d'anec- dotes favorables aux monophysites. La plupart proviennent de Pierre l'Ibérien et commencent par ces mots : le vénérable évêque Pierre, notre maître, disait. — Pour comprendre l'importance de cette formule, il faut se rappeler que Pierre, de son vrai nom Nabarnougios, était fils d'un roi des Ibères, qu'il avait été envoyé comme otage à Constantinople où il avait été élevé dans la fami- liarité de Théodose et de Marcien, enfin qu'il avait fui la cour Dour embrasser la vie monacale à Jérusalem (1).

Î.Ml'URTA.N'CE HISTORIQUE DE CET OUVRAGE. — 1° II a été tranSClÙt

presque textuellement par Michel le Grand, patriarche d'Antioche, dans son histoire ecclésiastique (2). Michel omet cependant quel- ques récits et surtout les détails historiques sur les personnages que Jean met en scène; il se borne souvent à donner le corps de l'anecdote. Les premiers chapitres sont encore transcrits textuel- lement dans l'histoire ecclésiastique du pseudo-Denys de Tell- mahré (3). Ceci nous montre déjà que nous sommes en présence d'un écrit important hautement apprécié par les écrivains mo- nophysites.

J'ajoute encore que le rôle capital joué par Pierre l'Ibérien dans cet écrit en rend la publication indispensable, pour confirmer et compléter la biographie publiée par Richard Raabe.

2° C'est un ouvrage très ancien qui est vé ri clique. On le voit

(1) Sur l'iciTO rilx-rioii, cf. Laud. III. Iiviv3, cliap. .•Ici 7 et p. 127. 1. 1 1: p. l;]l, l.(irl>S;p. 172,1. 11;]). 183,1. 10; 1).18'J, 1.22 ; p. l'J2, 1. 5. — Voir .surtout : /V//w.s- dcr Ihi-ret\ lu'rausgegoljen und uljersotzt von Richard Raabe. Loi\r/.ig, 1895, iii-8». Picrp- s.'iail tir vi-rs 401)01 mort d<> 485 à 491. — Voir aussi J.- B. Chabot : Pierre llhérien. d'ajircs une récmle puUication. Paris, 189â, in-8" (32 pagos).

(2) Hril. Mus. Or. nis. 44(12, fol. 12(1 v. — K« v.

(3) Cf. Suppl. iriiii. do VOrienl ChréUen 1897, 4" fasc. et p. 30 et ;jô du tirage à part (Analy.so des pai-ti(>s im-ditosde la (lir(.ni(|Ué attribuée à Denys de Telhiiahré. l>ar V. Nau, olu'z Lerou.x, éditeur).

LKS PLÉROPHORIES DE JEAN, ÉVÈQUE DE MAIOUMA.. 3

au ton naturel des récits, et surtout au soin que prend l'auteur de nous indiquer d'où il tient ses informations et de ne rien ajouter de son propre fonds. En voici un exemple :

(Chap. XXIII.) Le bienheureux Pierre ajoutait : Jeconnais un homme, Tua des notables de la ville sainte, — parlait-il de lui ou d'un autre, il ne le mon- tra pas clairement; il dit seidement : — \e connais un homme, qui eut une vision au temps de Juvénal et vit les impuretés qui se commettaient dans le sanctuaire ; il ne voulut plus depuis lors entrer dans Féglise avec cet évêque ni recevoir la communion de sa main ; mais il la recevait seul dans la sa- cristie, et cela avant la prévarication de Chalcédoine. Mais quel était le saint qui eut cette vision, Pierre ne nous l'indiqua pas.

3° Nous trouverons dans cet écrit quelques anecdotes inédites sur des personnages connus d'ailleurs, comme Pierre l'Ibérien, Nestorius, Juvénal, Timothée Elure, Eudoxie, Zenon, Isaïe, Za- charie, etc. En particulier on a une lettre de Pierre l'Ibérien, et quelques extraits de l'histoire ecclésiastique que Timothée écrivit durant son exil à Gangra.

4" On trouve encore sur les moines monophysites de Pales- tine de nombreux et intéressants détails qui peuvent servir de pendant à ceux que nous a donnés Jean d'Asie sur les moines du pays d'Amid (1). Pour comprendre l'état d'esprit de ces moines en lutte ouverte avec leurs évèques, il faut se rappeler qu'ils con- tribuaient à les nommer; aussi, ils leur demandaient compte de leur mandat, et quand ils en étaient mécontents ils les chassaient, ou même ils les tuaient, eten nommaient d'autres. En un mot, leur respect pour les évèques ressemblait un peu à celui que nous té- moignons à nos députés.

Par exemple (chap. LVl), les pères et les moines de Palestine, apprenant la conduite de leur évoque Juvénal au concile de Chal- cédoine, se portent au-devant de lui pour le blâmer et « lui per- suader par tous les moyens possibles » de revenir à l'ortho- doxie. Ils avaient à leur tète Théodose, qu'ils devaient plus tard nommer évêqueau lieu et place de Juvénal. Pierre l'Ibérien, alors simple moine à Maiouma, n'aurait pas voulu quitter sa retraite, mais Dieu, dans une vision, l'avait blâmé de rester oisif pendant que ses frères combattaient, et il avait suivi les autres. — L'en-

(1) Jean d'Asie, historien ecclésiastique : lecture faite le 25 octobre 1895, à la séance publique des cinq Académies, par M. Tabbé Duchesne.

4 LES PLÉROPHORIES DE JEAN, EVEQUE DE MAIOUMA.

trevue eut lieu en dehors de Césarée, et dut être assez vive, car Ju- vénal irrité, et fort de l'appui de l'empereur Marcien, ordonna à un homme d'Ancyre de traiter Théodose et les moines en rebelles. Cet ordre allait amener une collision, comme cela eut lieu près de Néapolis, si Pierre, qui avait connu cet homme à la cour, ne s'était avancé et, rejetant son capuchon en arrière, n'avait menacé ce satellite du feu du ciel s'il nuisait à ces moines orthodoxes dont lui, Pierre, était le dernier. L'homme d'Ancyre, étonné et effrayé, se prosterna à terre en disant : « Pardonne-moi, Seigneur Nabar- nougi (1), je ne savais pas que tu étais ici, » puis il fit rentrer Juvénal dans Césarée.

On trouvera une dizaine d'histoires de ce genre contre Juvé- nal et on se fera ainsi une idée assez exacte de la force et de l'a- charnement de ces moines monophy sites (ils étaient au nombre de six cents dans le seul couvent de Romanus, i^^o;, à Thécué, jcix>i, chap. XXV) qui fondèrent, en dépit des évêques et de toute la puissance de Marcien, une hérésie qui dure encore. Si l'on se rappelle de plus qu'au moment où écrivait notre auteur, l'em- pire grec, manquant d'hommes, était battu par les Perses, et ne se soutenait que grâce aux troupes de Goths qu'il faisait passer en Asie (on trouvera dans les auteurs contemporains les doléan- ces que leur suggéraient les exactions de ces Goths), on pourra se rendre compte du dommage que ces bataillons de moines voyageurs, reclus ou stylites, mais toujours oisifs et parasites (car le peu dont ils se nourrissaient leur était fourni par ceux qu'ils nommaient les séculiers), causa, non seulement à la reli- gion, mais à l'empire grec (2).

Importance polémique de cet ouvrage. — La publication de cette machine de guerre monophysite doit, à notre avis, ramener à l'unité catholique un grand nombre de jacobites intelligents. Car l" ils verront que nous regardons les moines monopiiysites comme des ascètes et des hommes de grande vertu personnelle; et l'estime réciproque est toujours la première condition de tout

(1) C'étail 11' iiuin ibérifri do Pierre.

(2) Ce courant vers les mortifications bouddiiiques sembla roparaiti-e ceUe an- née, dans la schisniatiquo Russie. On a lu. en elTet, dans les journaux. (|uc des anaclioivies s'y lii-enl eninitiror. Ils voulaient ainsi gagner plus sùrenieni le ciel CYtail leur droit, sendjle-l-il. Mais le gouvernement russi> n'imita ])as l'empin» grec. Il nt ouvrir les cellules, emprisonner les eiuiiiinés et passer en jugeiueni les emmiireuiN.

LES PLÉROPHORIES DE JEAN, ÉVÊQUE DE MAIOUMA. 5

rapproclieinent. 2° Ils trouveront qu'en fait de raisons en faveur de la foi monophysite, l'on ne donne guère que des songes. Or on sait maintenant que l'on rêve en général d'après ses préoccupations antérieures, il est donc tout naturel que les moines monophysites aient rêvé contre Juvénal et le concile de Chalcédoine. Les moines orthodoxes devaient tout aussi natu- rellement rêver le contraire, et nous n'avons jamais songé, que je sache, à édifier quelque dogme sur ces rêves où Dieu n'a rien à voir (1). Ils trouveront surtout que les moines reprochent toujours aux évêques de défendre la doctrine de Nestorius. Pour eux, les catholiques sont des Nestoriens, car ces moines, ascètes ignorants, ne purent saisir de différence entre la nature et la personne. Or il est bien établi maintenant que le dogme catholique est aussi éloigné de l'erreur nestorienne que de l'erreur jacobite et occupe entre elles ce juste milieu où loge la Vérité, il n'y a donc plus de motif, puisque c'était là le seul sujet de dispute, de prolonger plus longtemps l'ancien malen- tendu, et il est temps, aujourd'hui que l'on se connaît mieux, de s'unir à nouveau contre les Nestoriens.

(1) Cinquante-quatre chapitres sur quatre-vingt-neuf sont consacrés à des songes, et n'ont donc plus, à nos yeux, d'importance polémique. Ils nous intéressent uni- quement à cause des détails historiques accessoires qu'ils nous donnent sur leurs héros, dont ils nous font de plus connaître le curieux état d'esprit.

PLÉROPHORIES

C'est-à-dire témoignages et révélations faites par Dieu aux saints, au sujet de rhérésie des deux natures et de la défection (jui eut lieu à Clialcé- doine. Cet ouvrage fut écrit par Tun des disciples du bienheureux Pierre riljérien (1). nommé le prêtre Jean de Beth lîutin d"Antioche, évèquo de Maiouma de Gaza.

Le vénérable évêque Pierre, notre père, nous racontait : « Quand j'étais à Constantinople avant de renoncer au monde, Nestorius vivait encore et était évoque. Durant la fête des saints martyrs, dans l'église appelée pii, Nestorius se leva et parla à la Ibule, en ma présence, d'une voix forte, il commença à blasphé- mer et dit au milieu de son homélie : « Ne glorifiez pas Marie d'avoir enfanté Dieu, car elle n'a pas enfanté Dieu, mais bien l'homme, instrument delà divinité, » et dèsqu'ileut dit cela, un démon s'empara de lui sur l'autel même, il voulut le repousser en arrière de son front et de la main droite; mais il fut trop fai- ble et fut sur le point de tomber, ses serviteurs et ses diacres vinrent le soutenir et le portèrent à la sacristie. Et depuis lors la plus grande partie du peuple se sépara de sa communion et surtout les gens du palais et moi en premier lieu, bien qu'il m'aimât beaucoup. »

II

Notre Itère nous parlait aussi du bienheureux Pclagius («ixxi-.,^) d'Kdesse. Celui-ci menait la vie parfaite, il était moine et prophète. Il riitcndil les ltlasphèmesd'//>r^s {\^^), évêque d"É-

(1; Chez Midit.'l dn trouve l'it'i-rc lo Tliracc i-^ics^ iûoo;ê~^-

PLEROPHORIES. 7

desse et le réprimanda publiquement. II eut ensuite beaucoup à souffrir de cet évêque et fut persécuté par lui. Il se réfugia en Palestine et y demeura en paix au temps de Juvénal, avant le synode (de Chalcédoine) et la transgression de la foi. Il fut fa- vorisé de Tesprit de prophétie et eut de nombreuses visions. Il allait très souvent visiter notre père Pierre, qui demeurait alors en paix sur le rivage de Maiouma, port de Gaza (1,1^. ^^oo.^; i;^iu), car ces deux saints s'estimaient beaucoup. Un jour qu'ils s'en- tretenaient de la perfection divine en se promenant sur les sables du rivage, Pélagius tomba en extase et prédit, sept (I) ans avant le concile de Chalcédoine, la défection des évoques et l'empereur impie Marcien, au temps et par les ordres duquel cette défection devait arriver. Il continua ainsi et ajouta: « Et nous aussi, ô père, nous serons persécutés à cette époque-là avec tous les saints qui ne voudront pas adhérer à cette transgression de la foi, et nous mourrons durant cette persécution. » Et tout cela arriva plus tard.

III

Notre père nous raconta encore : Je me trouvais un jour avec d'autres saints près du même prophète Pclagnis, quand ce vieillard, bien avant le concile, eut une autre vision et s'écria en pleurant : « ô Pulchérie,ôPulchérie, ù Pulchérie » ! Et quand nous lui demandâmes avec grande insistance, de nous révéler ce que cela signifiait, il nous dit : « Pulchérie, qui a promis sa virginité à Dieu, qui a abandonné Nestorius, et qui est prônée par tous les saints rassemblés en tous pays, comme une sainte et une vierge, boulevard de l'orthodoxie, foulera aux pieds la vraie foi comme sa virginité et persécutera les saints. » Tout cela ar- riva : elle renia les promesses de pureté qu'elle avait faites au Messie, se maria à Marcien et s'attacha ainsi à sa royauté, à son impiété et à la punition qui lui est réservée.

IV

Pamphile, diacre de l'Église de Jérusalem et ami de Pëla-

(1) Pierre était donc à Maiouuia eu 444.

8 PLÉROPHORIES,

gius, racontait qu'il se rendit avec lui de nuit pour prier au saint lieu du Golgotha comme il en avait Thabitude. Durant sa prière il eut une vision, tomba dans le deuil et les larmes et commença à dire : « Juvénal, Juvénal, Juvénal » ! (^)uand la vision fut ter- minée, le diacre Pamphile se jeta à ses genoux et lui demanda ce qu'il avait vu et pourquoi il avait crié si longtemps J^/rt-'^î^/ZCl). Il répondit : « Si tu vis encore, tu verras ce Juvénal entouré par les Romains et les diables comme tu le vois maintenant entouré par. les moines et les clercs. »

Le même, voyant en esprit ce qui arriverait, dit à notre saint père et au bienheureux Jean l'eunuque (2) : « Méditez l'Écriture Sainte, mes fils, et quand vous confirmerez l'Église de Dieu, priez pour moi. » Il leur prédisait ainsi l'imposition des mains qu'ils devaient recevoir. Et comme notre père Pierre s'é- tonnait grandement de ces paroles, car il fuyait jusqu'au nom de l'imposition des mains, il dit tout en colère au vieillard : « Tu ne sais pas ce que tu dis, ô vieillard- » Mais Pr/r/^y/i^s joyeuse- ment répondit : « Je sais ce que je dis, et que celui qui s'en fâche, s'en fâche. »

VI

Le même, au temps où l'on abandonnait la vraie foi, faisait constamment à Dieu cette prière : « Seigneur mon Dieu, accorde- moi de ne jamais abandonner la vraie foi, et de ne jamais passer à la communion de ceux qui ont opprimé la vraie foi à Chalcé- doine. Prends ma vie où et comme tu voudras, même à l'hô- tel et en exil; garde-moi seulement de devenir un renégat. » Et il en fut ainsi. Il y avait à Ascalon une réunion d'orthodoxes; près de notre père Cijril/e, qui avait été chassé de Maioinna (3) à

(1) i;vi'c|iii' ili- .li'iMisali'iii l:!0-1âS.

(2) roiii|i;i;rii'iii (11" l'icm'1'lljLTiL'u dans sa l'iiiti' de Couslantinoplo. Cl. Laiid, Ul, p. \H\, I. l;i. .1 l'.inis dcr Ujcrer, p. 21-22.

(:{) On li'ouv.' clic/. Land. II. p. 177, 1. Jl. ipic les moines du monastère de l'i(>rrc IMIicTicii a (ia/a Inr.MiI dispersés par la pcrstk'iition.

PLÉROPHORIES. 9

cause de l'orthodoxie, s'était retiré à Ascalon, et y tenait un hô- tel. Le vénérable Pc/agi us, poursuis'i, se cachait chez lui, où il mourut une certaine nuit, comme il l'avait demandé et prédit. Quand quelques-uns de's hommes zélés de Maiouma apprirent sa mort, ils vinrent de nuit, prirent son corps et l'ensevelirent sur le rivage dans le monastère de l'ami du Messie Haroun le marchand de blé (i^.ep° ^o'»))- Les évêques orthodoxes étaient alors persécutés, et Pierre, qui avait dû s'éloigner, demeurait à Oxyrinque, en Thébaïde. A cette distance, la nuit où mourut Pé- lagius, Pierre le vit en songe s'approcher tout joyeux avec un visage souriant, le saluer et lui dire : « Père, prie pour moi et protège-moi, parce que je vais près du Seigneur. » Pierre nota la nuit où il vit ce songe, et il trouva plus tard que c'était celle de la mort du saint confesseur Pélagius. La mère de celui-ci (qui jeûnait la semaine) le conçut, l'enfanta et l'éleva dans la sainteté. Il avait grandi et était homme fait, quand mourut l'un des plus illustres de la ville; il le vit accompagné par tout le peuple et en songeant que de cette foule il allait (seul) au juge- ment, il comprit la vanité de ce monde et devint ainsi un vase d'élection.

VII

Le vénérable Jean, prêtre &' Alexandrie, appelé de Beth Te- tina (iJ-.^ c^^;)' homme connu et célèbre, nous racontait : « Quand j'étais jeune, j'avais le désir de quitter le monde, et comme j'a- vais coutume d'aller près du vénérable Lidius {-a^^ (I) le pro- phète des cellules (ii^-^r) (2), je courus lui conter mon dessein pour apprendre de lui si le Seigneur approuvait mon désir et mon zèle, et lui demander de prier pour moi. Il me répondit : At- tends {^o\i îco;), car je ne vois pas maintenant si tu y serais tran- quille; mais va, aie toujours souci de la vérité et des œuvres de la perfection, car, dans quelque temps, une persécution atteindra l'Église, alors fuis, viens ici et sois moine. Et comme je de- mandais au vénérable Talidius {~^^^i) quelle serait cette

(1) Chez Michel ^'^. et phis bas, Tahdiiis. Cf. Land, III. 10-2. 1. li.

(2) Il semble y avoir eu un monastère de ce nom en Egypte. On lit chez Jean Moschus: y)X9ev s!; t?iv >,a-JpavTà>v x£),),îwv. [Pratum spirituale, cap. 177.)

lu PLÉROPIIORIES.

persécution et si le pag-anisme reprendrait (des forces), il médit : Non, mais il y aura un empereur impie, nommé Marcien, qui amènera les évêques à dire que ce n'est pas Dieu qui a été cru- cifié, et tous récouteront et lui obéiront, à l'exception du seul évê- que d'Alexandrie, de Dioscore, dis-je, qui ne lui obéira pas, mais sera persécuté par lui et chassé en exil où il mourra. Je lui dis : Le peuple d'Alexandrie le laissera donc chasser en exil? Il me répondit : Oui, on usera de violence et on le remplacera par un renégat. Et comme ces paroles me faisaient souffrir, il ajouta: Mais Dieu suscitera à cette époque un prêtre selon sa volonté (il annonçait le bienheureux Timothée)^ et son prédécesseur qui se conduisait en tyran sera tué (il parlait de l'impie Proterius); mais Timotliée, après être resté peu de temps évéque, finira en exil. Quand ce vieillard m'eut dit cela et se tut, je fus dans une grande angoisse et lui dis : Seigneur père, cet évêque orthodoxe demeurera donc en exil, et la ville et toute l'Egypte périront et se- ront possédés par les impies? Il ne répondit pas et quand j'eus continué quelque temps à le prier, il me dit : S'il en a le temps, il reviendra; et après être demeuré quelque temps encore il mourra dans la vraie foi. Après ces paroles il se tut et je me je- tai à ses genoux pour lui demander ce qui s'ensuivrait. Il me ré- pondit : Tu en sais assez, car après cela approchera le temps de l'Antéchrist.

VIII

Le bienheureux Zenon (v^Jh), mendiant et prophète deK^'fa/- Seoiia (up^ rsa), ville de Palestine (I), en prédit autant, avant le concile deChalcédoine, au vénérable moine Etienne, qui fut à la lin (Hacre de Jérusalem. Celui-ci eut le désir de vivre dans l'exil pour l'amour de Dieu. Il alla donc trouver le vénérable Zenon et lui demanda si Dieu approuvait son dessein. Ilrerutla réponse suivante : « Va maintenant ri tiens-toi tranquille, mais plus tard il y aura une persécution et une révolte des hérétiques contre l'Eglise orthodoxe; alors, quand bien même tu ne le vou-

(I) Cl. l'rtiiis (Ici- IhonT, j). ls.49. l'iorro visitait souvtMil Zonon dans ce viliafro siiiK- à iô iiiillosdcCiaza. Co lut Zenon i|ui conseilla à l'i(MTe (li'i|iiiiler le ciuivent (les Ihériens «lu'il avaitlondé à Jérusali-m, |irès do la rniiid,- David, pour se icij- n-r h MaifMiuia et (■■eliap]n'r ainsi aux jioiirsuites de riiiiin'ralricc Eiidoxic

PLÉROPIIORIES. 11

cirais pas, tu partiras en exil, et tu y demeureras si tu aimes Tor- tliodoxie. » Ce qui arriva, car à la fin il dut partir en exil et y mourut à cause du concile deChalcédoine.

Le bienheureux Zenon avait coutume de recevoir les moines de partout, d'écouter les pensées de chacun d'eux et de leur dire ce qui pouvait leur être utile. A la fin, quand il prévit les maux qui allaient fondre sur la terre, à l'occasion de l'apostasie de Chalcédoine, il se renferma une année avant cette apostasie et ne reçut plus personne. Il mourut ainsi dans le deuil et les gémis- sements une année avant le concile des renégats (1).

IX

Le vénérable Innocent (^a^^^j-oa-.; ; chez Michel : ^o-è-uLooju;) de Pamphilie, homme pur, et chef de monastère (i^/» v^^), nous racontait qu'il y avait en Pamphilie une vallée grande et pro- fonde où un saint solitaire, avant le concile de Chalcédoine, vit venir le diable qui lui dit : — Tombe à mes pieds et adore-moi. — Et comme le saint se fâchait et l'injuriait, le diable impur s'é- loigna en disant : Pourquoi te fais-tu prier pour m'adorer? je vais rassembler tous les évoques et faire un concile, là tous les évêques m'adoreront.

Je ne raconte pas le fait suivant pour exciter l'étonnement des hommes, mais bien parce que des hommes intègres, âgés et di- gnes de foi, et de saints moines le contèrent, à moi et à ceux qui étaient alors cachés dans le monastère du vénérable Romanus (i-x^oî) (2) où ils avaient été reçus pour sa mémoire. Le père Atra- bius fi=oci-^t4,/), homme véridique, le père Pragmius ^a)a-^.û^;3), le père Thomas le sourd (t-^s^o»), ancien disciple du bienheureux Romanus, et beaucoup d'autres vieillards à la conscience pure, ne cachèrent pas le signe qui eut lieu en Palestine pour prédire l'apostasie des évêques.

(1) En 450.

(2) Cf. Land, Anecdota Syr.AU, p. 126, I. 1. Les moines songèrent un instant à nommer Romanus évoque de Jérusalem en i)lace de Juvénal.

12 PLÉROPHOHIES.

Au moment où le concile irrégulier allait avoir lieu, le ciel devint tout à coup nuageux, obscur et abaissé, et des pierres (1) tombèrent dans la ville sainte, dans tous les bourgs des envi- rons et dans beaucoup de lieux de Palestine, qui étaient identi- ques aux pierres précieuses dont se servent les hommes, et il y avait des perles de diverses couleurs et de toute beauté, de sorte que beaucoup en ramassèrent; mais quand ils s'en servirent sans discernement, elles perdirent leur éclat. Et on racontait que HpsijcIuus (-£0=1^.^00,), orateur de Jérusalem, en rassembla beau- coup, les montra à l'impératrice Eudoxie (u-oo.o;) (2) et les envoya à Constantinople pour démoiitrer ce prodige qui annonçait la cécité du monde après l'apostasie des évoques, selon la parole du prophète Isaïe : « Les serviteurs de Dieu sont aveuglés. » On voyait beaucoup de fine poussière sous ces pierres, ce qui montrait qu'elles venaient d'en haut. Et des témoins de ce pro- dige nous dirent que jusque maintenant on en conserve une pleine corbeille dans le village de Gatta (iln-^) (3).

Notre père Pierre témoigne aussi de ce fait en disant qu'il l'a entendu conter au moment même, par ceux qui le virent, tandis qu'il habitait dans le monastère de Maiouma. Et le père André, son disciple, affirma avoir vu trois prodiges de ses yeux, d'abord celui des pierres, puis un Samaritain aveugle qui recouvra la vue en se lavant les yeux avec le sang des saints moines qui furent tués près de yéapolis (4) au temps de l'apos- tasie, et enfin l'Eucharistie changée sensiblement en corps et en sang dans l'église des Apôtres à Césarée. Car les saints pères orthodoxes allèrent au-devant du renégat Juvénal (5) au mo- ment où il revenait du concile : ils voulaient le réprimander ou lui persuader de se repentir et de revenir à l'orthodoxie. Mais le gouverneur (ijo-^wtleurdéfenditd'entrer dans Césarée parce qu'ils étaient nombreux et que beaucoup venaient les rejoindre. Il leur persuada de célébrer l'Eucharistie (ij^îo^ ^o;^^.) dans l'église des Apôtres qui est hors de la ville : beaucoup de fidèles la reçurent

(1) Doux t'ois sur trois li' ins. porte l^^ d l^i».

(2) É])misf' (lo Tliôodoso le .Ji'iiiif. ("!'. l'ctriis di'r Ihcn'r, liail.. p. IS : du Caiige, Ifisl. //y:. I. 1». 70: LmihI. 111. p. lli;.

(3) CV'st pout-iMrolû^li' villap' (l'KiKloxio. V. rli. xx.

(l) C<^ niassacn- est raroiid' clii'Z Laiid. IIl. p. 1-J7, I. l(i, etc., et la uin'iison du Saiiiaritaiii l'ost p. \'2H cliaii. vi. (o) Ci'tlcd.Miiarrli.M'st raconti'O. Liud. III. ]i. kT». 1. -21. Cf. infracli. \xv et i.\i.

PLÉROPHORIES. 1

Q

et la conservèrent et trouvèrent ensuite le corps et le sang vé- ritable. Le père Niccphore (1), prêtre et homme véridique, té- moignait de ce prodige en disant qu'il Tavait vu.

Et si quelqu'un ne croyait pas ce miracle aussi grand que celui des pierres, qu'il apprenne un fait analogue connu de tous ceux qui ont lu le livre public {^^^ : quand l'impie Marcien fut pro- clamé et couronné, les ténèbres couvrirent subitement toute la terre et il tomba du sable; l'obscurité était aussi forte que celle qui couvrit l'Egypte, de sorte que les habitants de la ville impé- riale étaient partout dans la crainte et le tremblement, ils pleu- raient et se lamentaient comme si la fm du monde était proche. C'était là une prophétie de l'obscurité qui allait couvrir toute la terre par le fait de ce tyran, et de la diminution et de l'obscur- cissement de la crainte de Dieu, de sorte que toute la création non douée de parole prenait le deuil et annonçait d'avance l'a- postasie future et la destruction de la foi orthodoxe que devait accomplir l'empereur impie avec la foule des évoques de la terre. Ces ténèbres durèrent jusqu'au soir et nous n'avons pas besoin d'en chercher un témoignage ou une démonstration externe, il suffit de lire l'écrit public où le tyran s'efforçait de résister à Dieu. Quand il vit en effet le trouble et le deuil des soldats et de toute la ville qui tous auguraient mal de son empire, et crai- gnaient qu'il n'apportât de grands maux à l'univers, il fut ef- frayé et commença par écrire publiquement (e-i-roa^;,) pour élu- der la colère de Dieu, dans l'espoir de tromper le peuple. Il disait au contraire, comme l'enseigne cet écrit à ceux qui le trouveront, qu'une grande abondance de biens découlerait nécessairement de son empire, puisqu'il chassait les ténèbres de l'empereur son prédécesseur, et que le commencement de son règne était marqué par une brillante lumière, qu'il le voulait ainsi et que c'était là le premier de ses ordres.

Cet écrit futrépandu dans tout l'univers; mais ceux qui ont des oreilles pour entendre, des yeux pourvoir et un cœur pour com- prendre, y trouveront une démonstration certaine et une preuve écrite qui, grâce à cette précaution du tyran, désigne clairement l'apostasie et Téloignement de Dieu où tombèrent les évêques de Chalcédoine.

(1) Ce nom est douteux, car il est pi'esque illisible dans le ms.

] 1 PLEROPHORIES.

XI

Il y eut encore à la même époque une démonstration du même genre à Jérusalem, qui annonçait d'avance l'oftense que l'on ferait à Dieu. L'immense croix qui depuis tant d'années bril- lait dans Tégiise de l'Ascension (i^oi» k^) prit subitement feu (1) et fut réduite en cendres. Tous les serviteurs de Dieu furent saisis de crainte, de sorte que l'impératrice fidèle Eudoxie (u^.o/), pour rassurer et consoler le peuple, fit mettre en place celle qui brille maintenant et qui a six mille livres d'airain.

XII

Notre père, l'évêque Pierre, eut un jour une conversation avec le père Isaïe (2), qui demeurait en paix à la douzième indiction (i^joM pcL^^^^^s). Nos frères Zacharie et André, je parle des compagnons de cellule (q^^qj», (jj^y-sAXoi) (3) de Pierre , étaient présents et nous racontèrent les paroles suivantes du père Isaïe : « Je me rappelle avoir demeuré jadis près d'un grand saint nommé le père P««7delaThébaïde, quiétaitàgé de cent vingtans, un peu plus ou un peu moins, et avoir entendu de lui la pro- phétie suivante : Dans vingt ans les évêques prévariqueront et tomberont dans l'éloignement de Dieu prédit par l'Apôtre, par le fait d'un homme méchant nommé Marcien qui sera empe- reur. Cet empereur mourra après un peu plus de six ans. Il viendra alors pour un peu de temps un homme menteur, puis la paix sera rendue en partie à l'Église, et les événements se dérou- leront ainsi jus(]u'à l'arrivée de l'Antéchrist. »

XIII

Le père Zenon, appelé des trois cellules (ic^ù^û -.n^l), qui demeurait en ^?i\\kKualon {^o^\) (à neuf milles) tl'Alexandrie,

(1) Est rapporte- clioz lo ]tsoiid<»-I)oiiys.

(■2) Sa vio csi lacfiiili'o clicz I.aud, 1. 111, j». oUi.

i:?) Cf. l'olriis (ItT Ilii'i-cr, p. 131 ot Vie de Sévère, p. 23, 1. G.

PLKROPHORIES. 15

prophétisa (rune manière analogue. En effet, le grand scolasti- que .lo-^-^^jL^/ racontede lui : «Quand y éVàis k Alexauf/rie, }eime encore, et y étudiais, j'avais la pieuse habitude d'aller fréquem- ment visiter ce vieillard.

Un jour que j'allais le voir comme de coutume et que j'arri- vais brusquement près de sa cellule, je le trouvai debout portant une corde en main et les yeux levés au ciel. Comme je crus qu'il priait, je m'éloignai un peu pour qu'il pût terminer sa prière. Mais il demeura longtemps sans bouger et sans me répondre; je pensai alors que Dieu lui révélait mes péchés et qu'à cause de cela il ne me parlait pas et ne me répondait pas. Quand j'eus attendu un peu et que le vieillard demeurait toujours dans sa vision je me retournai pour partir. Mais celui-ci me cria à haute voix : Pourquoi pars-tu? — Je m'ap- prochai et l'adorai, et lui, sans rien ajouter, me dit : Va et écris (or à ce moment le chef des évêques, le bienheureux Tlmothée, était en exil). Et le vieillard me dit : Après un certain nombre d'années l'évêque Timothée reviendra d'exil et rétablira l'or- thodoxie. Au bout de deux ans il mourra et son archidiacre lui succédera, puis il y aura dans l'Église un schisme qui ne se terminera qu'à l'arrivée de l'Antéchrist. »

XIV

Le père Paul, qui était sophiste, nous raconta aussi qu'il avait demeuré avec le père André, vieillard et prophète, re- cherchant la vérité (iv-v^o p-i^) qui, avant le concile était l'un des saints et illustres frères d'Egypte. Celui-ci, dans une vi- sion, vit une foule d'évêques qui attisaient une fournaise allu- mée où ils jetèrent un bel enfant resplendissant comme l'or, et ils fermèrent toutes les ouvertures de la fournaise, de sorte qu'on n'en voyait pas sortir de fumée et que l'air ne pouvait pas y entrer. Au bout de trois jours, ii vit l'enfant sortir sain et sauf de la fournaise, et reconnut le Seigneur. Comme il avait coutume de lui parler, il lui dit : Seigneur, qui sont ceux qui t'ont jeté dans la fournaise? Celui-ci lui répondit : Les évêques m'ont crucifié de nouveau, et ont voulu m'enlever ma gloire. Et il avait raison, car les Nestoriens héritèrent delamaladie des

16 PLÉROPHORIES.

Juifs, qui estimaient que celui qu'ils crucifièrent n'était qu'un homme, et non un Dieu incarné. Et quand le vieillard regarda encore, il vit un vieillard debout dans le lointain, à l'écart des autres évêques, et qui ne les aida, ni quand ils allumèrent la fournaise, ni quand ils y jetèrent l'enfant. Et il demanda à l'en- fant : Quel est donc ce vieillard? Celui-ci répondit : C'est Dios- core, chef des évêques cV Alexandrie, qui seul refusa d'entrer dans leurs desseins (1). Et le vieillard prenant confiance s'en- hardit jusqu'à demander à l'enfant : Seigneur, d'où vient donc que presque tous les évêques d'Alexandrie combattent pour la foi jusqu'à la mort? Et l'enfant répondit : Depuis que Simon le Cyrénéen a porté ma croix, — et Cyrène est dans une partie de ï Egypte, — depuis lors j'ai prévu que l'Egypte, dans une partie de laquelle est situé Cyrène de Libye, porterait ma croix jusqu'à la fin, s'attacherait à moi et me servirait avec zèle jusqu'à la mort.

XV

Pour confirmer ce récit, il me faut ajouter ici une histoire qui me fût contée par celui qui accompagna le bienheureux Timothéc en exil, assista à sa sainte mort et l'entendit parler. Quand il fut près de mourir, il rassembla les chefs du clergé et leur dit : « Je serai un insensé, comme parle l'Apùtre (2); cepen- dant je crois nécessaire, pour vous donner confiance et pour vous faire comprendre notre époque, de vous raconter ce qu"il m'advint quand j'étais enfant et me rendais un matin à l'école. Je rencontrai un vieillard d'une prestance et d'une beauté di- vine qui me prit la tête dans les mains, me baisa d'un visage joyeux et resplendissant, et me dit : « Bonjour. Timothée, évêque de salut », et quand il eut répété trois fois ces paroles, il dispa- rut et je ne le revis plus.

(1) On voit ici, ol l'on Irouvora souvent oncoro, coniiiio jo l'ai anurnicr-. que los •■•v(V|ii<'s<ic riialc('(|oiiio (nii condannu-nMit Dioscore, c'osl-à-dire los évoques catlio- liqiR's, sont conl'ondiisà tort avec les Nestoriens. Les arpiiiiK-nts do .Jean tombent donc à faux. Sur Paul, cf. Land,IlI, 100,1. 3 et liX), 1. :.'-'.

(^) H Cor., XI, 16, 17.

PLÉIIOPHORIES. 17

XVI

Quand je demeurais à Jérusalem, ]e suivais un jour la route qui conduit de *S'//oc'', dans la vallée, jusqu'aux coteaux environ- nants (ovjoo ^oCi-r iN^oA i-ûioc^ ^5^ 1-qx^ ^). Il y avait avec moi l'un des notables de la ville qui connaissait tous les environs. Regar- dant du côté gauche du chemin, je vis au pied de la monta- gne, de ce côté, un grand monastère détruit et renversé, tout autour se trouvaient un grand nombre d'arbres différents, les uns desséchés, les autres arrachés; et il poussait là des épines et de la vigne comme dans les endroits de nul usage. Je dis alors, rempli d'étonnement, à celui qui marchait avec moi : Comment se fait-il que tous ces moines soient partis pour Jérusalem et se soient condamnés à se trouver de nouvelles retraites, à acheter ou à bâtir des monastères et des lieux de repos pendant qu'ils abandonnaient toutes ces constructions à la ruine? Comment cela a-t-il pu se faire? Il me répondit : Ce monastère est celui de Juvénal, c'est là qu'on alla le chercher pour le faire évêque; puis, après le concile de Chalcédoine, ce monastère, contre toute attente, et comme par un effet de la colère de Dieu, devint désert et ruiné comme tu le vois maintenant, et personne ne put y habiter. Je dis alors tout rempli d'étonnement : En vérité, Juvénal est le compagnon de Judas, comme le dit le bienheu- reux Dioscore; c'est pourquoi ce lieu a hérité de la malédiction de Judas, dont l'écrivain inspiré (i--o-^ ...^ a dit : Que son ha- bitation soit déserte et que personne n'habite sous sa tente (I).

XVII

Je témoigne avoir entendu, ainsi que bien d'autres, notre père Pierre raconter le fait suivant : Juvénal avait coutume de visiter (2) durant le carême les monastères qui entouraient Jéru- salem et d'aller voir les anachorètes qui y vivaient. Il arriva

(1) Ps. Lxviii, 26; Actes, i, iO.

{2) "^ûJ ou plutùt^^î^ dans le texte, et ;P^ en marge du ms.

18 PLÉROPIIORIES.

près d'un vieillard âgé et proche de Dieu, et quand celui-ci s'a- perçut de son approche, il ferma la porte de sa cellule et de- meura en silence à l'intérieur.

Il n'ouvrit pas lorsque Juvénal, avec ses clercs et des habitants de la ville, vint frapper à la porte. Ceux-ci irrités menaçaient ou d'escalader le mur ou de briser la porte, alors le vieillard cria : « Va-t'en, Antéchrist; je ne veux pas que l'Antéchrist entre ici ni que le traître Judas vienne dans ma cellule. » Et il ajouta d'autres paroles analogues.

Les suivants de Juvénal se fâchaient et rougissaient de ces paroles, mais Juvénal leur dit : « Laissez-le, il a perdu l'esprit, la vie cénobitique lui a desséché le cerveau, il ne sait pas ce qu'il dit. » Ceci fut raconté dans toute la ville et dans les envi- rons et ceux qui l'entendirent ne l'oublièrent pas, afin de voir ce qui s'ensuivrait; car ils savaient que ce vieillard était un homme saint, ami de Dieu, rempli de grâces spirituelles et qui ne disait rien en vain.

XVIII

Il y eut encore vers cette époque un autre fait du même genre que nous racontait notre père P«erre. Il demeurait alors k Jéru- salem et put le voir lui-même. Il racontait que dans l'église ap- pelée de la Piscine probatique, où le Seigneur guérit le paraly- tique, il y avait un jeune lecteur de ceux qui y demeuraient. Son jour arrivé, il s'était rendu de grand matin dans le saint lieu, quand il vit clïiirement notre Seigneur et notre Dieu Jésus qui entrait dans toute sa gloire au milieu de la foule des saints, et quand il vit les lumières de l'Église dont les unes étaient éteintes et les autres dédaignées, il cria et dit : « Que ferai-je à ceux-ci que j'ai comblés de biens, d'huile, de vin et de toutes les choses utiles? Pour quelle cause négligent-ils et mé- prisent-ils mon service? Malheur à Juvénal qui a fait de ma maison une caverne de voleurs et l'a remplie de fornicateurs, d'adultères et de profanes. » Après avoir dit cela, il entra à la sacristie et ordonna d'ouvrir les armoires où étaient les vête- ments sacrés. <juand il vit là aussi de la négligence et d'autres choses semlilables, il cria et dit à ceux qui l'accompagnaient :

PLlhlOPIlORIES. 19

« Prenez tout cela et lavez-le bien, répandez dessus de la craie {^•^) et placez-les bien . » Cela fait, il sortit de la sacristie et vit ce lecteur qui, par crainte, s'était retiré et s'était caché. Il dit :Que fait celui-là ici? chassez-le d'ici. — Mais celui-ci tombant par terre, dit: Aie pitié de moi! — Et le Seigneur lui dit : Sors d'ici, car je ne connais par tes œuvres; et comme il demeurait pros- terné, le Seigneur ajouta : Repens-toi donc et sors de ton aveu- glement. — Et celui-ci dit : Si tes miséricordes m'aident, je fe- rai ce que je pourrai. Et quand le Seigneur eut disparu, il de- meura depuis ce jour dans une stupeur et dans une tristesse sans fin, et il poussait des gémissements inénarrables. Quand le jour vint, les diacres de léglise et le peuple des environs ac- coururent et quand ils le virent si cassé et si triste, ils lui en de- mandèrent la cause. Celui-ci en toute confiance leur raconta sa •vision, et confirma son récit en leur montrant les vêtements sacrés. Quand ils ouvrirent l'armoire, ils les trouvèrent en effet brillants d'une lumière divine et ils étaient couverts en place de craie d'une poussière qui, chose étrange et digne d'admi- ration, dégageait comme un partum subtil et doux. / Quand la ville apprit cela, tout le peuple accourut à cette église et moi même (Pierre) avec mon frère Jean, homme d'esprit tran- quille (i^l^j w-^) (1); nous vîmes ce prodige comme nous passions par là.

Quand Juvénal fut instruit de ce fait, il ne put supporter cette honte et les réprimandes qu'on lui adressait, il fit enlever celui qui avait tout vu et le fit disparaître, où et comment. Dieu seul le sait.

Et le bienheureux Pierre ajoutait: Je connais un homme, l'un des notables qui habitaient dans la ville sainte; parlait-il de lui ou d'un autre, il ne le montra pas clairement, il dit seulement : Je connais un homme qui, après avoir eu une vision au temps de Juvénal et avoir vu les impuretés qui se commettaient dans le sanctuaire, ne voulut plus depuis ce jour entrer avec Juvénal dans l'église ni recevoir la communion de sa main (2), mais il la

(1) Doit être Jean l'Eunuque, Cf. ch. v.

(i) 11 est certain d'ailleurs que Pierre l'Ibérien fut avant le concile en rapport avec Juvénal, on le verra plus loin. Et dans le nis. de Paris. Fonds syriaque, no2.34, fol. 43'', Dioscore écrit à Juvénal pour l'engager à préférer l'exil à Tadhésion au concile et lui l'appelle les paroles que lui adressait Nabarnougios (Pierre l'Ibé-

20 PLÉROPHORIES.

recevait seul dans lasacristie, etla prévarication de Chalcédoine n'avait pas encore eu lieu. Mais quel était le saint qui eut cette vision, Pierre ne nous l'indiqua pas.

XIX

Notre bienheureux père, homme de Dieu et véridique, ra- contait encore cette histoire :

Comme il ne pouvait supporter la folie du parti de Juvénal, de sa famille et de ses compagnons, et qu'il voyait le scandale de beaucoup et surtout des étrangers qui venaient de partout comme amenés par l'Esprit divin, il s'enferma seul dès la neu- vième heure dans sa cellule, se prosterna devant Dieu en versant des larmes amères et fit de nombreuses génuflexions. Use sen- tit possédé par la volonté de Dieu et parla ainsi (en son nom) : « Que pouvais-je faire pour le salut des hommes en sus de ce que j'ai fait? j'ai créé le ciel, j'ai fondé la terre, j'ai planté le Pa- radis, j'ai soumis toute la création à Adam et, après sa chute, j'ai donné ma loi, j'ai envoyé des chefs et des prophètes, j'ai fait un grand nombre de signes et de prodiges pour les persuader, enfinje leur ai envoyé mon iils unique qui leurprècha le royaume du ciel, leur remit les péchés, guérit les malades, rendit la vue aux aveugles, fit marcher les boiteux, chassa les démons, fut crucifié pour eux, mourut pour eux, et sortit du tombeau vain- queur de la mort pour confirmer l'espoir en la résurrection ; monté au ciel, il leur envoya son Esprit, des apôtres et des évangélistes, il renversa les idoles. Et en retour de tous ces bienfaits ils m'offensent, violent ma loi, foulent aux pieds mes commandements et transgressent ma foi, aussi voici que leur habitation sera déserte. » Et depuis cette vision, Pierre ne cessa plus de faire tous les jours la même prière avec des pleurs et des colloques, et cela pendant longtemps jusqu'à l'approche du concile de Chalcédoine.

rien) : ^ <oî^ l^w UxU^ a» û..,^ ;i li , uw^iio ^l Vîu/ «Où sont les paroles (]U( radrossail Naljaruoiiyio.s? »

PLÉROPHORIES. 21

XX

Il existe un village nommé injl^ {Ganta) (1), à quinze milles au nord de la ville sainte, qui appartenait d'abord à £'Mt/o.r/(^, puis fut donné par le testament de cette princesse à l'église de Jérusa- lem. Il y avait là un prêtre nommé Paul qui vivait en cénobite depuis son enfance et pratiquait la perfection évangélique, la sainteté, la virginité, la pureté, l'amour des pauvres et des étran- gers. Il était révéré de tous et de la reine elle-même, et était un élu de Dieu.

Il fonda un cœnobium, c'est-à-dire un monastère grand et il- lustre, et devint le père d'une grande foule de moines.

Enfin il fut saisi par les habitants de ce bourg et fut fait prê- tre de leur église. Et à ce sujet, des hommes affirmèrent avoir fait l'expérience que cet ascète, qui dirigea pendant tant d'an- nées les hommes et les femmes de ce village, s'astreignit, entre autres mortifications, à ne jamais regarder le visage d'une femme. Et quand l'impératrice Eudoxie eut appris cela et en eut fait l'expérience, elle ne voulut plus, jusqu'à sa mort, recevoir la communion que de lui et non des mains d'un évéque ni'd'un autre clerc quand même il aurait été moine. Notre père P/é^r/'e, qui l'aimait beaucoup et lui était très attaché, témoignait aussi de ses mérites devant Dieu.

Au moment où l'on convoquait le concile de Chalcêdoine, ce bienheureux Paul eut une vision et vit une grande plaine qui renfermait, pour ainsi dire, toute l'humanité; au milieu de cette plaine il vit une haute colline et sur cette colline était un baldaquin porté par des colonnes d'or et d'argent, entre lesquel- les se trouvait un autel orné de pierres précieuses et de perles de grand prix qui brillaient d'un vif éclat. Autour de cet autel se trouvait une grande foule de saints qui le desservaient. Parmi ceux-ci il reconnut, dit-il, de ses familiers qui vivent encore maintenant. — Et une voix du ciel cria : « Anathème à celui qui proclamera deux natures; » ceux qui entouraient l'autel ré- pondirent d'une voix forte : Ainsi soit-il , et le peuple qui rem-

(1) Doit être Gath, an nurd-ouest de Jérusalem, dans la tribu de Dan.

22 PLÉROPHORIES.

plissait la plaine était tremblant et terrifié. Et la même voix divine reprit : « Maudit celui qui divise l'unité et l'indivisible, maudits soient les renégats. » Et ceux qui entouraient l'autel ré- pondirent : Ainsi soit-il. Le songe terminé , ce vieillard revint à lui et se répandit en gémissements et en soupirs , car il pensait qu'il arriverait quelque scandale à l'occasion du concile de Chal- cédoine et de Juvénal. Car l'impie Ju vénal passa par le monastère de Paul en se rendant près de l'empereur, et il honorait beau- coup ce vieillard parce qu'il voyait que l'impératrice Eudoxie avait grande confiance en lui, et il lui dit : « J'ai passé par ici parce que je n'espère plus te voir, nous allons au combat, et l'exil nous attend; ou bien ils nous feront perdre la notion que nous avons de Dieu, car ils nous demandent de mépriser etde renier la foi de nos pères et de penser, comme>S'/»ion le Ma<iicien et les Juifs, que le Messie qui a souffert pour nous n'est pas Dieu . Prie donc pour nous, ô mon père, afin que ma vieillesse ne soit pas humiliée. » Et tandis que le vieillard songeait à tout cela et méditait sa vision sans y trouver mal, il vit de nouveau, durant la nuit, l'évêque Ju- vénal chassédans un coin et se cachant tout honteux, il était noir commeunallumeurde fournaise (i-'-^oko» lî^^;-/ <>i^ \°^ ;^^*^ r») (l)et revêtu d'une tunique sale et pleine de pièces. Le vieillard lui cria à haute voix: « Seigneur, chef des évoques, que t'arrive-t-il? Que signifie cet habit dont tu es revêtu? » Celui-ci répondit : « Que puis-je faire? Pour mes péchés tu vois ma honte, je rassemble beaucoup d'or pour l'Antéchrist qui va combattre la poussière. » Quand le vieillard s'éveilla, il fut frappé de son rêve et n'augura rien de bon du concile; mais plutôt des scandales, il attendit que l'événement confirmât la vérité de ce témoignage et quand la trahison fut connue partout, il se rappela son rêve et se demanda ce que Juvénal voulait dire quand il annonçait la lutte de l'An- téchrist avec la poussière, il comprit enfin, avec l'aide de l'Es- prit-Saint, que la poussière désigne l'homme qui est fait de poussière et formé de terre.

Ainsi l'Antéchrist devait prendre, vaincre et tromper tous les mortels formés de terre.

PLÉROPHORIES. 23

XXT

Il me faut raconter ici, pour établir la vérité, une histoire terrifiante où Dieu, source de vérité, a témoigné lui-même tandis que j'étais en tentation. J'ai entendu moi-même la vérité, sans aucun doute possible et sans intermédiaire, de la bouche de ceux qui avaient vu.

Il y a dans r/s«î/rze une ville nommée rzïoj^o/zs (1 ), parce qu'elle fut bâtie jadis par l'empereur Titus. Elle avait un évêque nommé Panoupropios (^a^o^axa) (2), homme pur qui était dans ce pays chef d'un monastère d'où on l'enleva de force pour lui donner la prêtrise de la ville ocou^. ilûjovs). Quand vint le concile de Clialcédoine, Basile, métropolitain deSéleucie crisaurie, l'em- mena avec lui ainsi que d'autres évêques. II vit, au commence- ment, la lutte de la grande majorité des évêques en faveur de la vérité; tous, pour ainsi dire, anathématisaient les partisans des deux natures, adhéraient au bienheureux Dioscore et ne recevaient ni la lettre de Léon ni ceux qui avaient été chassés en justice, à savoir : Flavien, Ibas (1.^.01^0) et Tliéodoret. Mais quand il vit ensuite la chute et le parjure de ces évêques, qui expulsèrent le champion de la vérité, Dioscore, et qui rendirent leurs sièges, contre toute justice et contre les canons, aux ennemis de Dieu que nous venons de nommer, il se retira dans sa demeure, s'y enferma pour y veiller dans les larmes et les gémissements et cria vers Notre-Seigneur et dit : « Dieu de vérité et sauveur du monde, vraie lumière qui est mon espoir depuis mon enfance, ne laisse pas ton serviteur s'écarter de ta foi et devenir dans sa vieillesse transfuge et traître, mais indique-moi ta volonté, et comme je suis ignorant et que beaucoup altèrent la vérité, éclaire- moi au sujet du jugement insupportable que portèrent les évê- ques de ce concile. Ont-ils jugé selon ta volonté? Et quels sont ceux que tu approuves, de Dioscore , patriarche d'Alexandrie qu'ils chassèrent, ou des autres qui reçurent contre toute justice les

(1) Appelée TtTtouTvo),tç chez (ieorges de Chypres, n» 832, éd. Teubner, p. 42.

(2) Cet évêque est mentionné plusieurs fois dans la vie inédite de Dioscore. (Bibl. nat. Fonds syriaque ms. n° 234, loi. 46 r. 48 r. et fol. 49 r.) Il lit une lettre do Dioscore et se repent d'avoir pris parti pour son métropolitain Basile de Séleucie. Il va ren- dre visite à Dioscore et a uneloni?ue conversation avec lui.

24 PLÉROPHORIES.

impies dont nous avons parlé et la lettre de Léon? Quand ta bonté m'aura donné témoignage, je demeurerai sans incertitude et sans crainte jusqu'à la mort dans la vérité, et je n'abandonne- rai pas la foi de mes pères ni l'espoir en toi. »

Après trois jours et trois nuits de prières devant le Seigneur, il eut le songe suivant : Une grande bande de papier descendait du ciel jusqu'à terre et des deux côtés de cette bande il était écrit en grandes lettres : Anathème à ce concile. Ils m'ont renié, ils m'ont renié. Maudits soient-ils, maudits soient-ils.

Après cette vision et ce témoignage évident, il partit de nuit abandonnant tout le monde et regagna son pays par mer. Quand il y arriva, il réunit tout le peuple de la ville et raconta ce qui s'était passé àChalcédoine, comment les évêques abandonnèrent l'orthodoxie et comment il en fut averti par le ciel lui-même.

Il leur raconta tout cela et ajouta : « C'est pourquoi j'ai eu soin de venir vous exposer la vérité afin que vous ne tombiez pas dans l'erreur. Si vous êtes prêts à demeurer fermes avec moi sans vous écarter de la foi orthodoxe, si vous me suivez et si vous fuyez les renégats et leur communion, je suis prêt à demeurer avec vous, à combattre jusqu'au sang pour votre salut et, si c'est nécessaire, à donner ma vie pour vous-. Mais si vous avez le dessein de vous attacher au métropolitain Basile et à ses parti- sans, je serai innocent de votre sang, je fuirai alors et sauverai ma vie. »

Et quand il eut ainsi allumé dans tous les cœurs l'amour di- vin et le zèle pour la vérité, il demeura encore dix-sept ans dans son épiscopat (1) et conserva son troupeau sans tache dans la perfection et la foi orthodoxe en dépit des dangers qui le mena- cèrent et des embûches qui lui furent tendues par Basile, métro- politain d'Isaurie, et par celui qui se faisait appeler patriarche d'Antioche, aidés tous deux par les hérétiques de Chalcédoine. Grâce à la protection et à la bonté de Dieu, il demeura sans défail- lance et sans crainte et conserva son troupeau. Ainsi il retourna avec gloire près du Dieu Messie, son sauveur, couronné de la couronne des confesseurs.

Mais il me faut, jiour confirmer ce qu'on vient de lire, racon- ter dans quelles circonstances je reçus cette révélation.

1) Il moiirut donc en 1G8.

PLÉROPIIORIES. 25

XXII

Pierre, patriarche iVAntioche au temps de rencyclique (1), qui m'ordonna prêtre malgré mon indignité, fut rappelé d'exil et nommé patriarche (VAntiocJte (2). Il envoya sa lettre syno- dale (oii-; y^yACL^) au chef de la sainte Église de Jérusalem qui était Martyrius (.m.}c4po) par un homme nommé l'évêque Pierre, qui était Isaurien delà ville de 7V^opo//s dont nous venonsdepar- 1er. Celui-ci avait été élevé à 1 episcopat parce qu'il était le dis- ciple, le syncelle {^<:ù,^^) du vénérable évèque et confesseur Panoupropios dont il devint ainsi l'héritier. Le patriarche le jugea digne de l'épiscopat, croyant qu'il montrerait un zèle égal pour Torthodoxie. Le patriarche envoya avec lui un prêtre derÉglised'Antiochenommé*SV7/o?/io«, qui était Arménien, avait été syncelle (fiAjei^) avec le patriarche et moi, et que j'aimais beaucoup; et il leur recommanda d'employer tous les moyens pour me ramener près de lui.

J'avais quitté Antioche après l'exil du patriarche Pierre et la victoire des hérétiques et avais eu le bonheur d'être admis dans la familiarité des saints pères de Palestine et surtout de mon père et de mon maître l'évêque Pierre Vlbérien, qui accueille les étrangers, etaussi du grand solitaire /sa^'e (3). Je fus tout pénétré de l'amour de ces saints et leur dis que je demeurerais en Palestine et ne me séparerais jamais de leur foi, de leur espérance et de leur héritage. Je demeurai donc en paix à Jérusalem où il y avait alors une foule de pères orthodoxes qui y avaient une demeure et des cellules de tranquillité (j-^vt, iis^v^o). Quand vinrent dans la ville sainte ceux qui portaient les lettres synodales, c'est- à-dire Pierre, évoque de Titopolis, et le prêtre Salomon, ils me cherchèrent longtemps, me trouvèrent enfin ; et depuis lors ils me pressaient sans trêve, s'efforçant de toute manière pour m'em- mener avec eux; ils me montraient beaucoup de i^oax./, c'est-à- dire de viatique pour la route, et des lettres du patriarche Pierre

(1) vû^ûfiiûj/ — èy/.ûxXiov donnée par Basilisque en 476 en faveur des mono- physites. Puis Zenon, en 477, promulgua Vk-niTf-'^-ù.'.o^ contre lesmonophysites. Cf. Petrus der Iberer, trad., p. 80.

(2) En 484.

(3) Cï. Petrus der Iberer, pp. 10:> et 124-li?7; Land, III, 346-356.

26 PLÉROPHORIES.

qui étaient remplies de joie et de persuasion. Ils ajoutaient en- core pour me persuader : « Il nous a ordonné dans ton intérêt de Rengager de toute manière à- venir près de lui, il disait : Qu'il vienne seulement près de moi pour que nous nous voyions et donnez-lui ma parole que personne ne l'obligera à recevoir la communion et ne le contraindra, Je le ferai habiter en paix. »

Je fis connaître cela à mon saint père et mon sauveur après Dieu, à Pierre l'Ibérien, qui demeurait alors près (ÏAscalou, et le priai humblement de me donner une petite réponse. Au bout de quelques jours, j'en reçus la réponse suivante :

Lettre de saint Pierre Vlbêrien.

Après avoir lu la lettre de ta pureté avec ceux qui te sont chers, nous avons été plongés dans la tristesse, l'angoisse et les gémissements à la vue des pièges du démon, qu'il tend partout pour en arriver à te ravir l'espoir et la récompense en Dieu, et à rendre vains les travaux que tu as fait pour ton avantage et celui de l'orthodoxie. Car il est évident d'avance que si tu vasà Antioche, tu seras flatté et sollicité par tes amis et par celui qui gou- verne là, et alors ou bien tu te joindras à lui, ou bien tu resteras son en- nemi, si toutefois il te le permet. Agis selon tes forces, et nous ici. autant que nous le pourrons, nous tâcherons que tu n'offenses pas Dieu, que tu ne te prives pas des plus grands biens et que tu ne fasses pas souffrir tes amis.

Quand je reçus cette réponse, je résolus en mon cœur d'obéir au saint plutôt qu'aux trompeurs et je suppliai notre maître et notre Sauveur de ne pas s'éloigner de moi, lui qui, dans sa mi- séricorde, m'avait appelé des ténèbres et de l'ombre de la mort. Mais tandis que ceux d'Antioche me pressaient vivement et s'ef- forçaient de m'emmener par tous les moyens, ma famille d\\- rahic un apprenant cette offre fut remplie tCunc grande joie, car elle était du monde et ne prisait que les choses du monde. Tous accoururent et me pressèrent de retourner à Antioche et, pen- dant que je recourais au Seigneur et me prosternais devant lui et que 11 'S saints pères combattaient pour moi par leurs prières, il arriva le fait providentiel suivant :

I/évèque Pierre et le prêtre Salomon tombèrent subitement tous deux dans une grave maladie appelée lièvre tierce, qui mit leurs jours en péril. Quand je l'jippris, je crus devoir aller

PLÉROPIIOIUES. 27

les visiter, ce que jusque-là je faisais rarement, comme on le savait. Quand j'arrivai à leur habitation, dans une maison re- marquablement belle, je vis l'évêque, en face de la porte, tout agité, car dès qu'il apprit mon approche, il se leva, descendit de son lit tout brûlant de fièvre et d'agitation et me cria : « Viens en paix, serviteur du Messie. » Et il ajouta aussitôt : « Aie pitié de moi, aie pitié de moi, j'ai péché contre toi, j'ai péché contre toi. De toi dépend ma vie ou ma mort, je vois clairement que c'est à cause de toi que je souffre tout cela et que la colère de Dieu est tombée sur moi. Le jugement de Dieu est juste. Il ne me suffisait pas de ma perdition et de ma trahison, mais je vou- lais aussi t'entraîner, toi qui marches dans la bonne voie, vers les mêmes souffrances, et te rendre renégat. Je t'en conjure, dès ce jour nous ne te presserons plus, fais ce que tu voudras; mais, je t'en conjure, prie pour moi, car tu vois notre affliction et dans quel danger nous voilà, car nous en sommes à notre dernier soupir. »

Pour moi, étonné et stupéfait à ces paroles, je lui demandai la cause de son changement et il commença, dans l'angoisse et dans les larmes, à me raconter depuis le commencement tout ce que j'ai rapporté ci-dessus du bienheureux Panoupropios, évèque et confesseur, qui avait été son père et son archiman- drite, comment il assista au concile, y vit d'abord le zèle des évoques pour la vérité, puis leur trahison et leur défection, comment il s'enferma chez lui, pria le Seigneur, et en reçut un témoignage et une révélation, comment il retourna dans sa ville, y prêcha la vérité et y découvrit l'erreur, et comment enfin il demeura jusqu'à la fin de sa vie sans faiblesse ni abjuration, et mourut plein de gloire dans une belle vieillesse.

Pierre en arriva ensuite à lui-même et me raconta avec lar- mes et confusion qu'il avait désiré l'épiscopat, et pour l'obtenir avait adhéré à Basile, son métropolitain, avait transgressé la foi et était devenu partisan du concile des renégats.

Quand j'entendis ces paroles, je fus rempli de tristesse et ad- mirai la grandeur des miséricordes de Dieu à mon égard. Aus- sitôt qu'il m'eut répondu, je courus au saint sépulcre pour y trouver un peu de tranquillité, je me jetai devant l'autel et le Golgotha béni et au milieu de larmes amères causées par l'an- goisse de mon cœur, je criai : « Seigneur, qui suis-je sinon

28 PLÉROPHORIES.

péché et chien corrompu, un ver de terre et une maison de perdition, une caverne de voleurs et un sépulcre blanchi, et tu as versé sur moi la plénitude de tes miséricordes et de tes merveilles, tu as agi envers moi avec amour et pitié quand ceux-là étaient venus pour me tromper de toute manière, m'obli- ger à devenir un renégat, me faire perdre la foi en toi et l'héri- tage du ciel. Tout cela me sera une leçon et un avertissement. Mais que rendrai-je à mon seigneur Dieu pour tout ce qu'il a fait envers son serviteur? J'emprunterai les paroles de David et dirai : Je confesserai le Seigneur par ma bouche et le recher- cherai au milieu de tout, car il s'est placé en face du mal pour me sauver de mes ennemis. »

J'ai cru juste et nécessaire de raconter à tous ces deux histoi- res terribles et véridiques pour l'instruction de tous ceux qui craignent Dieu et sont zélés pour la foi orthodoxe, afin qu'ils croient de toute leur àme et sans hésitation que c'est du ciel qu'est sorti ce jugement : Anathème au concile de Chalcé- (loiiie et à tous ses adhérents. Quant à ceux-ci, qu'ils méditent ce que je viens de dire et qu'ils s'instruisent.

Puisque je viens de parler de Ylsaurie, j'ajoute encore l'his- toire suivante en confirmation de ce qui précède. Je la tiens du bienheureux Etienne, archimandrite du monastère de Séleucie d'Isaurie appelé ^û^^, (tagoun). Il fut le premier qui se montra plein de zèle pour la foi orthodoxe et fut ainsi le foyer de ces rayons qui illuminèrent d'abord llsaurie puis tout l'Orient. Il fut glorieux et sans reproche dans la lutte, combattit toujours le bon combat, et termina sa course après avoir justement gagné la couronne (du ciel).

XXIII

Voici son histoire : J'étais, disait-il, ami de Basile, évèque de Séleucie d'Isaurie, qui passait pour parler avec sens et lo- gique. Quand on réunit le concile de Chalcédoine, il y alla avec d'autres évêques tVIsaurie, ses suffragants. On l'avait cru jus- que-là zélé et orthodoxe (I). Et quand on apprit en tout lieu l'a-

(1) Voir SOS «inivrcs : Mipnc, P. G., t. I.XXXV. On trouvera, pago 10, que la condiiiti' do Basile cnvei-s los niniinpliysit.'s fut tn'-s aiiiliigin"', ro «iiio conlii'uie •■hapiti-c.

PLÉROPIIORIES. 29

postasie qui s'ensuivit, tous furent remplis d'étonnement et de stupéfaction, et ne voulurent pas croire que Basile avait par- ticipé à la trahison des autres; il en était de même de moi, son ami et son panégyriste. Quand il revint en Isaurie pour rentrer dans la capitale, beaucoup hésitaient à se joindre à lui, avant d'avoir reçu un témoignage évident de la vérité. J'étais de ce nombre, dit le bienheureux Etienne, j'étais encore sécu- lier, et je priai Dieu avec foi et avec un cœur simple de me manifester la vérité. Et cette même nuit, il me sembla voir Ba- sile qui revenait; tout le peuple courait au-devant de lui, et, avec honneur et louanges, le faisait entrer dans l'église. Et quand tout le monde allait s'éloigner, et que Basile était près de l'autel au milieu de toute la ville avec les femmes et les enfants, un homme d'aspect terrible, grand et robuste, entra par la porte du nord de l'église, traversa la foule, s'élança contre Basile qui achevait la prière, lui enfonça un doigt de la main droite dans la bouche et lui tourna le visage de son côté, puis il le traîna sans que personne osât s'y opposer, il le fit sortir de l'église et le chassa. C'était une prophétie de ce qui devait ar- river à l'ordination qui vient d'avoir lieu (lo») Uoi! m.m^m^^ixa) (1) du saint et vénérable Sévère comme patriarche de la métro- pole Antioche; car voici que le nom de Basile est rayé des dyptiques, et qu'il est méprisé de Dieu et des saints. Que cela nous donne courage, puisque, malgré la patience divine, ïious voyons aujourd'hui la réalisation de ce songe et que ceux qui préparèrent alors la prévarication du concile de Chalcédoine sont maintenant rejetés et maudits par Dieu et par les hommes. J'étais alors jeune et séculier, disait le vieillard Etienne, et n'étais pas expert dans la connaissance des dogmes divins , je voyais qu'il trompait tout le monde, il agissait perfidement dans tout ce qu'il disait et s'appliquait à persuader à chacun qu'il parlait d'une manière orthodoxe, il cachait son ignominie et sa méchanceté, et moi aussi je fus trompé avec les autres et me joignis à lui, mais maintenant que j'ai été jugé digne de con- naître la lumière de la vérité et de participer à la communion des orthodoxes, je me suis rappelé ce songe et ai reçu de lui surtout le témoignage de la vérité.

(1) En 51^. Ce passai^e fixe la date de la composition de l'ouvrage.

,'iO PLÉROPHORIES.

XXIV

Le même racontait encore une autre histoire. Il me confia, comme à son intime ami, que Tun des serviteurs du Messie eut, ily a longtemps, la vision suivante où il était question de lui. « Il me sembla voir, disait-il, une vaste maison qui ressemblait à une église, elle renfermait beaucoup de sièges sur lesquels étaient de nombreux évêques, et je te vis entrer (il parlait de moi) et, pendant que je regardais les évêques, tu criais : \oici les renégats et les apostats, puis tu pris un fouet, tu les chassas et tu renversas leurs sièges ». Le Père Etienne me racontait cela en rougissant et me demandait ce que ce signe présageait Je lui'répondis que Dieu le savait. Cependant c'était une vision terrible et non vaine, comme l'événement l'a montré; elle présageait la suprématie actuelle de la foi orthodoxe et le mépris et l'anathème qui de- vaient atteindre les évêques hérétiques.

XXV

Voici un autre jugement envoyé du ciel contre le concile de ChcUcédoine. Celui qui l'entendit, le certifia et l'annonça, fut le bienheureux Romanus, célèbre en tout lieu (1), qui était chef et directeur du grand monastère situé près du village de Thécué (iclol; en marge <o><iûi et chez Michel .^o^l), à quinze milles au sud de Jérusalem (2). Il y avait alors dans ce monastère plus de six cents moines qui étaient dirigés par ce saint et vivaient en paix.

Quand on apprit dans tout l'Orient la trahison et l'apostasie de Juréna/ ei de ceux qui étaient rassemblés à CJtalcédoine et qui s'appelaient évêques, un deuil subit et une profonde an- goisse saisirent les fidèles en tout lieu, et surtout la sainte ar- mée des moines. Ceux-ci quittèrent leurs couvents et coururent

(1) Cf. Peints lier Itérer, p. "j-J. lîuiuainis y t'Sl apiich' - prn' (\i':< iiioiiios »,

(2) Oïl (•••■i-il aussi ToUoali d Tliccua, au sud-ouest df liotlih-om- C(. I.and. 111. |). :345, I. I.

PLÉROrilURlES. 31

près de leur père à tous, près de l'homme de Dieu qui se tenait toujours en présence de la divinité, je veux dire de saint Ho- mamis, ils lui demandèrent de montrer, comme jadis le pro- pliète Elle, le zèle qui convenait au Seigneur et de ne pas se convertir à la foi du traître ni à la perfidie qui régnait; ils lui racontèrent ce qu'ils avaient appris de la trahison de Jiwënal. Celui-ci, avant d'aller au concile, disait ta tout le monde : Celui qui adhère à cette lettre (de Léon) a sa place à côté de Simon le Magicien et du traître Judas, il lui faut après cela se faire circoncire comme les Juifs.

Romanus, pressé par la foule des saints moines qui lui deman- daient de quitter son monastère, de montrer son zèle avec eux, et d'entreprendre tous les travaux pour la vérité, leur ré- pondit : « Accordez-moi quelques jours, et revenez me trouver, je ferai alors ce que le Seigneur m'aura persuadé. » Il sortit alors de son monastère, et se rendit seul dans le désert où il passa dix jours et dix nuits prosterné devant le Seigneur et lui de- mandant de faire connaître sa volonté et son jugement au sujet de ce qui s'était passé à Chalcédoine, car les bruits les plus di- vers circulaient partout, les uns le maudissaient et en parlaient mal, tandis que d'autres l'acceptaient. Et, au bout des dix jours, il entendit une voix qui lui disait : Va, demeure dans la foi des trois cent dix-huit (1) en laquelle tu as été baptisé et tu seras sauvé. — Après avoir reçu ce témoignage, il retourna à son mo- nastère, et raconta cette vision aux vieillards accomplis et sa- vants de son couvent qui lui répondirent : Ceux de Chalcédoine confirment aussi la foi des trois cent dix-huit et la suivent à les en croire, aussi ils placèrent les canons des trois cent dix-huit avant les leurs pour tromper beaucoup d'hommes. — Romanus retourna au désert, recommença les mêmes travaux dans la so- litude et supplia le Seigneur de lui donner un témoignage évident. Il entendit une voix qui disait : Va, et, pour être sauvé, attache-toi aux enseignements et aux traditions de Pierre, pa- triarche d'Alexandrie, de l'illustre Grégoire de Néocésarée qui fait des prodiges, de Jules de Rome, dWilianase, de Ba- sile, de Grégoiî^e, de Jean de Constantinople, de Cyrille, de Célestin et de Dioscore. — Après avoir reçu ce témoignage, il

(l) Nombre des évêques du concile de Nicée.

32 PLÉROPHORIES.

retourna, plein de joie, à son monastère, et y énuméra les noms de ces saints. Il apprit alors que les renégats aussi croyaient les suivre en expliquant frauduleusement leurs enseignements pour tromperies simples, il fallait donc demander à la miséricorde de Dieu un témoignage clair et indiscutable pour savoir si les décrets du concile de Chalcédoine étaient bons ou mauvais. — Il retourna donc au désert, y vécut dans le jeune, le silence, la prière, les pleurs et les gémissements et implora des miséricor- des du Seigneur une sentence évidente et sans doute possible. Il la reçut de la manière suivante : Au milieu du jour, il vit des- cendre du ciel une grande lettre sur laquelle il était écrit : Ceux de Chalcédoine sont des renégats, ils ont transgressé, malheur à eux et anathème. — Après avoir reçu ce témoignage, le bienheureux fut enflammé de zèle pour la vérité et la foi ortho- doxe au point d'abandonner son monastère et la foule de ses frères pour se joindre, dans un âge avancé et avec un corps in- firme, aux moines saints et zélés qui étaient venus le trouver de V Arabie et de la Palestine.

Ils songèrent à aller d'abord au-devant de l'apostat (.■^-f;---.») Juvénal qui revenait, plein d'insolence et comblé d'honneurs par l'empereur, du concile des oppresseurs, pour tenter, par leurs conseils, par la persuasion et par des paroles conciliantes, de changer sa mauvaise volonté et de le ramener au dogme or- thodoxe. Puis, quand ils le virent inébranlable et plein de confiance dans un empereur mortel auquel il cherchait à plaire plutôt qu'à Dieu, tous le maudirent en face et retournèrent à Jé- rusalem où se rassemblèrent tous les saints moines et les sé- culiers de toutes les villes, et les évêques orthodoxes qui étaient restés chez eux sans aller au concile; ils commencèrent alors dans un anathème écrit par déposer et rejeter le misérable Ju- vénal, puis, d'un consentement unanime, ils nommèrent un évêque zélé et saint, rempli de toutes les perfections apostoliques, je veux dire le bienheureux Théodose (pour succéder) à Jan/ues le Mineur frère du Seigneur, ils l'établirent chef, guide et pas- teur dans la ville sainte afin qu'il consacrât des évèques pour toutes les villes. Le peuple accourait avec grand zèle, se ras- semblait et s'approchait de lui, car il plaisait à tout le monde et était orné d'une f«.i oi-thodoxe et d'œuvres irréprochables.

Si qu(dqu'un ne croit pas ce que nous venons de raconter.

PLÉROPHORIES. 33

celui-là pourra se procurer la lettre qu'écrivit le Père Romanus à l'impératrice Eudoxie, pendant qu'il habitait Antioche où l'avait exilé l'impie et le tyran Marcien (1). Cette lettre n'établit pas seulement la vérité que nous venons de raconter, mais elle est remplie de sages instructions touchant ce qui arriva alors et aussi pour la démonstration des véritables dogmes et de la foi incorruptible et sans mélange d'erreur. Cela suffira à tout homme intelligent et sera pour lui une démonstration indubi- table, une manifestation de la vérité et un blâme pour la pré- varication de Chalcédoine.

XXVI

Apollon {^aj^i; chez Michel ^a^/), prêtre de Césarée qui y dirigeait l'église des orthodoxes (2), homme juste et saint honoré et révéré de tous, qui souffrit beaucoup et montra un grand zèle pour la foi orthodoxe, nous raconta le fait sui- vant :

Tandis que le vénérable confesseur, le patriarche Timothée, était encore en exil en Chersonnèse, j'allais le visiter et lui demander sa bénédiction. Je remarquai qu'il avait au pied un mauvais ulcère appelé par les médecins .ai^t^/o^, c'est-à-dire mauvais genre, qui produisait du pus. Je reprochai à ses syn- celles de négliger la santé de ce vieillard, ils s'excusèrent en disant : ^ious lui avons demandé bien souvent de nous lais- ser nettoyer sa blessure et de prendre le médecin convenable, mais nous n'avons pu le persuader; maintenant que le Seigneur t'a amené, avec la crainte de Dieu que tu as, tu agiras bien en faisant ton possible (pour le persuader).

Un jour que je compatissais à ce vieillard, je me jetai à ses genoux, plein de compassion, en l'absence des frères, afin qu'il ne crût pas que j'agissais d'après leur conseil, et je lui dis : Aie pitié de moi et accorde-moi ce que je vais te demander. — Le saint me répondit : Lève-toi, et je ferai tout ce que tu me de- manderas qui soit possible. — Je restai prosterné à terre et lui dis aussitôt : Je ne me lèverai pas si tu ne me fais pas une pro-

(1) Cf. Land, III, p. 841, 1. 7-Io, et p. 344, 1. 3, etc.

(2) Cf. cil. XXIX.

34 PLÉROPHORIES.

messe. — Le saint me répondit sans liésiter : Je t'ai déjà dit une fois que je ferai ce que je pourrai et ce qui plaira à Dieu. — Je me levai alors et cherchai à lui persuader de me laisser faire ce que je pourrais et ce qui serait utile pour l'ulcère qu'il avait au pied.

Il me dit : Attends un peu, assieds-toi et écoute, puis il n'y aura plus de discussion (entre nous). Il plaça ensuite le doigt sur son œil et dit : Regarde ce que tu vois ici, n'aperçois-tu pas sur la prunelle de mon œil comme une cicatrice épaisse? — Je répondis oui, et il ajouta : Moi aussi, je serai un insensé (l),mais pour te persuader et pour que tu cesses de me presser, il faut que je te raconte comment cela m'est arrivé. Un jour que je m'étais levé matin et que je remplissais le petit office, un homme ter- rible, effrayant et noir, comme le prophète Job nous représente Satan, arriva tout à coup, sortant de la muraille et portant un gros livre en mai.n. Il étendit et agita son bras en criant : « Voilà donc celui qui seul résiste à ma volonté et ne veut pas m'obéir; accepte au moins maintenant et lève la main '>. Il s'a- gitait d'un air menaçant et pensait bien m'effrayer par ses pa- roles. Mais moi, appuyé sur le Seigneur, je lui répondis : Ce que tu demandes naura pas lieu et je ne ferai pas ta volonté, car je ne veux pas devenir l'adversaire de Dieu ni un rebelle comme toi, je connais ta faiblesse et ne te crains pas; tes me- naces et tes fantasmagories ne me font pas peur ». A ces paroles il se fâcha et parut plein de venin, comme un serpent ou un dragon; il portait, comme je l'ai dit, un volume dans sa main droite, il le leva et, plein de colère, m'en frappa sur l'œil. J'en ressentis une douleur si violente que je crus mon œil arraché et jeté à terre : mais, grâce à Dieu, cela n'eut pas lieu.

Quand les frères vinrent au matin, ils virent comme une goutte de sang et de chair qui tombait de mon œil, et tout cet œil était flasque, et il ne lui restait plus rien de sa première apparence; ils me proposèrent en pleurant de me servir de bains et de ce qu'on a coutume de faire pour guérir ces maux,

1) Cl. cil. xv. Tiiiiulh('i> y oiii])loi(' (Irjà la ni("'iiM> locution. Est-co pour acci'C- ditor SOS liisioiics:' Un Irouvoi-a chez TJK'opliane iMignc, /••. (»'., t. CVIII, col. t*79) qn'il abusait un pou du surnaturel. — On trouvera aussi {ibid., col. 28.1) qu'il fai- sait à (;ant.'ra dos réunions et dos cabales, ce qui est conlinué par !o prosent on- viagc. Cf. infru, cli. i.xv et suivants.

PLÉROPIIORIES. 35

ils pensaient toujours que cela provenait d'un coup ou d'une cause analogue, mais je ne les laissai pas faire et leur dis : « Je sais d'où cela vient, aussi ne me disputez pas et ne me tour- mentez pas, camion seul médecin est au ciel. » J'attendis pa- tiemment, je me jetai devant le Seigneur et me recommandai à ses miséricordes; enfin il me secourut, car notre Dieu Jésus- Christ m'apparut, plaça ses mains pures sur mes yeux, me gué- rit et me rendit la vue; il me laissa cette petite cicatrice comme marque véritable de sa visite bienfaisante.

Je sais très bien que celui qui m'a fait subir cette épreuve et donné ce coup, m'a encore, avec la permission de Notre-Sei- gneur, causé cet ulcère au pied; et comme à ce moment j'ai eu confiance dans le Seigneur qui, à ma prière, m'a guéri, mainte- nant encore je crois fermement qu'il me visitera; aussi je prie ta sainteté de cesser et de ne plus m'importuner à ce sujet.

J'ai entendu conter cette histoire par beaucoup d'autres qui la tenaient indirectement ou directement du patriarche Timo- thée, et en particulier par l'un des syncelles qui étaient réunis près de lui en Chersonèse et le servaient en exil. On voit maintenant qu'après cette expérience personnelle, le bienheu- reux Timothée, dans un grand nombre de lettres et d'écrits, pouvait, en connaissance de cause, appeler diabolique le concile de Chalcédoine, comme réuni et dirigé par le démon, et dire que c'était la première incursion de l'Antéchrist, et la révolte dont parle l'apôtre Paul quand il écrit aux Thessaloniciens.

XXVII

Le soldat Zenon |.î..^-.\|^^.r»; o^,. ootxaoc^j/j i^-^i^^io.;^ oo, i— ^^ fut en voyéen Palestine par le cubiculaire Cosme (^0^0^) (1), pour gar- der notre père l'évêque Pierre et le père /srtie, moine paisible, qu'il comptait conduire à l'empereur Zenon, comme on le lui avait ordonné (2). Quand il arriva en Palestine, il raconta au bienheureux en notre présence l'histoire suivante : Un certain

(1) Cf. Land, III, 1. VI, ch. ir. Cosme est envoyé par Zenon à Alexandrie pntu- y rétablir Tordre. Cf. Vie de Sévère, p. 27, 1. 9, et Evaj,a-iiis, H. E., III, -2;.'.

(2) Ce fait est raconté chez Land, III, livre YI, ch. ii.

36 PLÉROPHORIES.

Pierre écolier (v;^<^^ me conta jadis ce qui suit (1) : j'étais ami de -Vt's/orîMS, j'approuvais le concile de Chalcédoine et l'empereur Marcien, et m'élevais bien souvent contre ceux qui les invecti- vaient. Une nuit, un homme m'apparut et me dit : Jusques à quand seras-tu dans l'erreur et refuseras-tu d'adhérer à la vé- rité? Viens donc que je te montre où est l'empereur Théodose et où est Marcien. Et dans un lieu rempli d'une lumière éblouis- sante, je vis le bienheureux Théodose dans une gloire inénar- rable et plus brillante que le soleil. Et il me conduisit dans un autre endroit rempli de fumée et de ténèbres et me dit : Vois-tu Marcien qui est tourmenté ici? — Je répondis que je ne voyais personne. — Il leva alors les yeux au ciel, et dit : Seigneur, dis- sipe un peu cette obscurité, afin qu'il puisse voir et croire. Et je vis Marcien suspendu à des crochets de fer, et tourmenté au milieu du feu. C'est ainsi que je fus converti et que je devins orthodoxe.

XXVIII

Cyriwjue (^aû^îoc; chez Michel .œaouiaû) et Jules, moines intègres et dignes de créance, nés dans l'île de Chypre, racon- taient au vénérable Pierre l'histoire suivante qu'ils connais- saient parfaitement et qu'ils avaient contrôlée eux-mêmes : Il y avait, dans l'île de Chypre, une église dédiée à un martyr dont j'ai oublié le nom. Il avait cette propriété, parmi les autres thaumaturges, de garder du mal tout homme qui lui offrait une l)rebis ou une colombe ou ce qu'on a coutume d'offrir dans les autres églises. Ce martyr sortait de lui-même dans cette église sans qu'on le portât, et aucun de ceux qui le rencontraient n'osait le toucher.

( juand les évoques revinrent du concile de Chalcédoine et cher- chèrent à tromper les simples en leur persuadant qu'il n'y avait aucun mal, ce saint martyr apparut par les chemins à ceux qui se rendaient à son temple comme de coutume. II leur disait : .le suis un loi. auprès de qui vous vous rendez, n'y allez pas et

(Il On i'ciiian|iii'r;i. uiu' l'ois de plus, le soin (\w pi'iMid Ji-aii do nous appnMi- di'c (IVn'i vii'inirnl ses ri'cits. Miclid (nurt ici ce ooninioncenionl.

PLÉROPIIOUIES. 37

ne vous joignez pas aux renégats, c'est pour cela que je me suis éloigné de ce lieu et que je n'y paraîtrai plus.

XXIX

Un fait analogue se passa à Sébaste, en Palestine, où est con- servé le corps entier de Jean-Baptiste. Le bienheureux Cons- tantin, qui était gardien de l'église au temps du concile, étaitfa- vorisé en tout temps des apparitions de Jean-Baptiste. Il y avait dans le temple un endroit orné de grillages où étaient deux châsses enrichies d'or et d'argent devant lesquelles brûlaient perpétuellement des lumières, l'une était celle de saint Jean- Baptiste et l'autre celle du prophète Elisée; un trône, sur le- quel personne ne s'asseyait, était placé dans ce même endroit. Le bienheureux Constantin, lorsqu'il se levait chaque nuit pour veiller, allait d'abord saluer les châsses, puis arrangeait les lu- mières et enfin nettoyait le trône avec le plus grand soin. Ces détails nous furent donnés par le bienheureux Altas {^ot^i), prêtre, qui dirigeait l'église orthodoxe à Césarée, dont nous avons parlé ci-dessus (1). Celui-ci demeura en effet près de saint Constantin et fut son disciple; et quand il le vit si soigneux de nettoyer chaque jour ce trône, il se jeta à ses genoux, et le pria de lui dire pourquoi il en prenait tant de soin puisqu'il ne servait à personne. Après avoir résisté quelque temps, voyant qu'il avait affaire à un orthodoxe, il lui dit : Presque toutes les nuits quand j'entre ici, je trouve saint Jean-Baptiste sur ce trône.

Le bienheureux Constantin avait aussi grande confiance en saint Jean, c't^st pourquoi au temps de l'oppression, lorsque les évêques du parti du patriarche Thêodose étaient chassés par Marcien et comme il se demandait s'il devait fuir la communion des renégats et se priver de la présence du saint Baptiste ou de- meurer et devenir renégat, il supplia le saint précurseur (i..^^ ^.o,;) du Messie d'éclairer son intelligence et de lui montrer ce qui plaisait à Dieu; le saint lui apparut et lui dit : Prêtre, ne perds pas ton àme àcause de moi et ne renie pas ta foi, mais va,

(1) Serait doue le môme que looai^/ ou >**a»3i'; cf. cli. xxvi.

38 PLÉROPHORIES.

conserve ta loi sans transgression, et partout où tu iras, je serai avec toi. Il s'en alla donc, mena une vie sans tache clans l'exil, conserva la foi orthodoxe jusqu'à la fin, et, combattant le bon combat, fut couronné de la couronne des confesseurs.

Le religieux prêtre Zosime fut favorisé d'un témoignage et d'une vision analogues. C'était un étranger, homme intègre, qui eut l'honneur de demeurer avec notre bienheureux père Pierre et qui conserva sans transgression jusqu'à la fin la foi orthodoxe et fut conservé par elle. Il habitait en paix, tout en- fant, le mont Sina'i, en la compagnie des Pères orthodoxes, puis abandonna ces lieux, comme il me le racontait lui-même, et vint à Jérusalem. Le régime de ces contrées lui plut, et il s'y cherchait un lieu de repos. Il arriva à Béthel où le patriarche Jacob vit l'échelle, et fut aimé du gardien de cet endroit, qui chercha souvent à lui procurer le repos convenable. Il avoua alors franchement qu'il ne pouvait rester, parce qu'il fuyait la communion des renégats de Chalcédoine. L'autre insistait : Ne te fais aucun souci à ce sujet, reste avec moi, chante avec moi et aie soin de ce lieu. — L'esprit de Zosime inclinait vers ces propositions, quand, une nuit, il vit le patriarche Jacob, homme resplendissant, vénérable et grave, revêtu d'une tunique et por- tant un bâton, qui se promenait en cet endroit; il s'approcha de lui et lui dit : Comment toi, qui es orthodoxe et qui es en com- munion avec les orthodoxes, songes-tu à demeurer ici? Ne transgresse pas la foi à cause de moi, mais hâte-toi de fuir la compagnie des renégats, et tu ne manqueras ni de biens, ni de lieu (de repos), ni de ce qui te sera nécessaire, fl s'éloigna, et demeura ainsi jusqu'à la fin de sa vie, inébranlable dans les saintes actions et dans la foi orthodoxe.

X.WI

Nutro vénérable Père, l'évèque Pierre, nousracontait l'histoire suivante au sujet d'un saint homme nommé le pâtre Iléliodore (uxKsî^o,). Il quitta le monde et se retira sur les montagnes etdans les

PLÉROPHORIES. 39

vallées du TaurusenCilicie.Pendâïii de longues années, il choi- sit son habitation chez les animaux sauvages, loin des hommes, et se nourrissait sans préparation des pousses d'arbre et des racines sauvages, aussi sa chevelure lui servait de vêtement été et hi- ver. Des chasseurs de cerfs et d'autres animaux sauvages, pas- sant dans ces lieux selon leur coutume, aperçurent le saint de loin et le prirent pour un animal étrange à cause de son aspect sauvage: ils lui jetèrent un filet et l'attrapèrent après qu'il eut ainsi passé beaucoup d'années dans la solitude.

Ainsi découvert, et ne pouvant plus se livrer aux œuvres d'abnégation à la suite de la croix, les habitants du pays lui persuadèrent plutôt et même le contraignirent d'habiter dans le monde; il habita dans un monastère et devint père de moines. Quand il fut près de mourir, il appela ses disciples et leur dit : Dans vingt-quatre ans (1), les évêques renieront la vraie foi. Quand vous verrez arriver cette perturbation, fuyez en Egypte, car c'est là que se conserveront les restes des orthodoxes, ainsi que dans la Palestine qu'ils ont visitée. Notre bienheureux Père alla en Egypte, comme il nous le racontait, et y trouva un de ses disciples, homme âgé et saint, qui lui raconta ce qui pré- cède et le persuada.

XXXII

Notre vénérable Père Pierre disait encore : Je connais un saint qui, après la mort du bienheureux et orthodoxe empereur Théodose, entendit dans sa cellule une voix du ciel qui disait: Voici que le ciel est ébranlé, il va tomber et écraser la terre sans épargner personne, car le grand empereur orthodoxe Thèodose est mort.

XXXIII

Notre Père nous racontait encore au sujet d'un comte (^ûju-^s^oLû) , l'un des grands d'Alexandrie qui venait souvent près de lui, et participait avec lui aux mystères : celui-ci lui

(1) Ceci se passait donc en 427-.

40 PLÉROPHORIES.

racontait : Au temps où le méchant Nestorius était en exil en Tliébaïde, je fus envoyé par le comte (.m..>nci^) pour donner de l'argent aux soldats qui y étaient. Je causais ainsi nécessaire- ment avec Xestoriiis et entendis ses blasphèmes. Un jour que je causais avec lui, un homme vint annoncer qu'on le rappelait (à la cour) et qu'un préfet (^ajuv^^sx^^io) allait venir le chercher. Alors, emporté par ses pensées, rempli de joie et tout ému, il dit : « Pourquoi cela? N'avais-je donc pas tort de dire que le Messie n'était pas Dieu et que Marie n'avait pas engendré Dieu » (1)? A ces paroles, sa langue lui refusa son service et sortit de sa bouche et il mourut en la mordant, un jour avant l'arrivée du préfet (^ai.-,^arL^io) qul était envoyé pour le chercher.

Le Père Théodore, moine qui, à la fin, fut évêque(2) et qui alla dans ce même lieu en exil, nous affirmait que la terre elle-même ne voulut pas recevoir son corps après sa mort, mais elle le re- jeta par trois fois et les habitants du pays furent obligés de l'en- velopper dans une corbeille et de le mettre dans un mur (3). Le bienheureux Timothëe écrivit un chapitre sur ce sujet dans son histoire ecclésiastique (4); j'ai donné ici ce qui peut être utile.

XXXIV

Potamon (^aiataa), l'un des saints et anciens moines de Scété, monta de là pour habiter en Egypte en cellule. Et, à cette épo- que, notre père quittant la Palestine pour l'Egypte, habita avec lui; il nous racontait à son sujet : « Il avait reçu du ciel un pouvoir sur les diables, il lui suffisait de jeter de l'eau au nom du Messie sur ceux qui étaient tentés pour chasser aussitôt les démons. » Quand il entendit parler d'un bienheureux nommé Séfalaris f.<xu;n£uc) , il alla demander Sa bénédiction, en se ca- chant soigneusement, pour qu'on ne pût savoir ni qui ni d'où il était, car à ce moment Protérius était (évêque) à Alexandrie et persécutait les saints. Et ce Potamon (qui rencontra Pierre)

(1) Ce fait est raconté moins exactement chez Laml. III. p. 119, I. 19--2J.

(2) C'est de ce moine qu'il est (jnestion cIhv. I.ainl. III. p.:;Hi. Cf. Vie de Sévère, j). >'8, I. 26. et p. 29, 1. :?.».

(:{) Cela sif^nific sans doute i\\\"\\ lui enterré à la mode «Vyiilieimo. ('!) Cette liistoii-e ost nnMitionnéc parmi les sources de .Mii'iiol le Syrien. Cf. ch. xxxvi.

PLÉROPHORIES. 41

le reconnut aussitôt en esprit et lui dit : Ne te préoccupe pas de cela, ô évêque Pierre, ne te préoccupe pas, Dieu se vengera bientôt, car l'Église de Dieu a intercédé pour vous autres évê- ques, et ce sodomite et ce meurtrier sera tué, — il parlait de Protérms. — Trois jours après, en effet, Protérius fut tué.

XXXV

Il y avait un moine cVAniioche des plus remarquables du clergé et nommé Basile, qui fut l'instrument du salut de notre Père Pierre alors enfant dans la ville impériale, et lui donna le goût de la vie monacale (1). Le bienheureux racontait à son sujet qu'il abandonna le monde, prit la croix du Messie et le suivit. Il habita seul dans le désert de la Thébaïde durant trente-cinq ans, puis entendit une voix du ciel qui disait : Basile, va aux pays habités et combats pour la foi, car les évêques et les rois renieront le fils unique de Dieu. Quand il vint près de la terre (habitée), il trouva non loin de la mer une caverne dans un en- droit non fréquenté , il y demeura douze ans dans les mêmes conditions que le Père Héliodore qui fut pâtre et dont nous avons parlé ci-dessus (2), Un navire approcha de cet endroit et des matelots descendant pour chercher ce dont ils avaient be- soin, le trouvèrent et l'annoncèrent aux habitants du pays. Quand il fut ainsi découvert, on lui demanda de venir dans les pays habités de Lycie. Il y alla et y fonda deux monastères de saints moines, l'un d'hommes, l'autre de femmes.

A cette époque l'impie Nestorius était évêque de Constanti- nople et y prêchait ses blasphèmes. Basile entendit de nouveau une voix du ciel qui lui dit : Montre ton zèle, va à Constanti- nople et réprimande l'impie Nestorius qui blasphème et a renié ma foi. — Sans hésiter, celui-ci partit pour Constantinople, entra dans l'église et trouvant l'impie Nestorius en chaire et faisant un prône, il le réprimanda devant tout le peuple en di- sant : Sois orthodoxe, évêque, ton enseignement est mauvais; pourquoi renverses-tu les dogmes des Pères? — Nestorius s'ar- rêta dans son prône et Basile reprit à haute voix : Sois maudit,

(1) Ce chapitre et le suivant montrent que Pierre était encore à la cour en 430.

(2) Cf. ch. XXXI.

42 PLÉROPIIORIES.

Nestorius , ainsi que ta méchanceté. — Et après le départ des fidèles, Basile, appelé par Nestorius, montra la méchanceté de celui-ci aux évêques qui étaient là. Enfin Basile s'approcha de l'empereur Théoclose qui passait sur la place et lui cria : 0 em- pereur qui es baptisé au nom de la Trinité, pourquoi ne la con- fesses-tu pas? Car les enseignements de Nestorius vont contre la Trinité. — Il fut alors saisi par le Thrace Flavien, qui était maître de police (uo-^^o -^o-y^c,^.^ , souffrit beaucoup par ses or- dres, fut flapfellé et blessé, puis, en dépit de l'indignation pu- blique, fut condamné à l'exil. Mais quand cela fut connu dans la ville, le peuple l'enleva et le conduisit à l'église de Sainte- Euïjhémie où il habita un certain temps prosterné devant le Seigneur de vérité et lui demandant de ne pas supporter jus- qu'à la fin que Xestorius manquât de respect à Dieu.

Sur ces entrefaites, il arriva ce qui suit : Le bienheureux empereur Théoclose sortait sur la place publique, quand une brique (ij-io^) tomba d'en haut, le toucha à la tète et le mit en péril de mort. Quand il fut sauvé contre toute espérance et pen- dant qu'il était dans la crainte et le tremblement, il vit de nuit un homme qui lui dit : « Tu souffres cela à cause de Basile, le serviteur de Dieu que tu n'as pas écouté parce que tu résistais à la crainte de Dieu. » Il fit aussitôt amener le saint, s'excusa et lui demanda ce qui lui ferait plaisir. — Mais celui-ci répondit : Je ne demande pas les choses qui me sont agréables, mais celles qui plaisent à Dieu, et affermissent son Église. Ordonne qu'il y ait un concile pour réprimer les blasphèmes de Nestorius contre Dieu, l'anathématiser et le chasser, car telle est la volonté de Dieu. Et l'empereur le crut aussitôt et ordonna la réunion d'un concile à Ephèse, où Nestorius fut anathématisé et chassé en exil (1).

XXXVI

Notre Père l'évéque Pierre nous racontait que l'épouse de I>(i marias (^ouv^,), premier hipparque, la vénérable Eliana, (u-^/) «'tait une sainte femme qui faisait beaucoup d'aumônes et aimait le Messie par-dessus tout. Trois ans avant que Neslo-

(1) (Viir (•,iii>c ilii iHi'iiiii'i- ciiiiciliMrKplii'sc (431) t''l;iit. jt' crois, inconiuio.

PLÉrJOPIIORIES. 43

rius fùtévêque(l), un ange lui apparut et lui dit : Eliana, Eliana, dans trois ans un certain évêque sera nommé à Constantinople; alors prends garde à toi et ne reçois pas la communion de lui. — Après trois ans vint Nestorius, et elle ne voulut jamais le rece- voir dans sa demeure lorsqu'il se présenta à plusieurs reprises pour lui faire visite, ni participer aux mystères avec lui. Quand elle entendit ses blasphèmes, elle fut enflammée d'un zèle divin, et ne demandait qu'à connaître la vérité. Elle, se rendit à l'é- glise, et il advint que ce même jour pendant que Nestorius prê- chait arriva Basile, le diacre cVAntioc/te dont nous avons parlé ci-dessus. Celle-ci alors, de la place élevée qu'elle occupait, cria à haute voix : « Maudit sois-tu, Antéchrist. » Car elle reconnut que la vision qu'elle avait eue contre un certain évêque, visait les hérétiques des deux natures.

Puisque j'ai raconté ce fait, je vais encore ajouter la chose étonnante qui arriva, à la fin, à Nestorius en exil et qui con- firme le songe de la bienheureuse Eliana : Nestorius avait été exilé à Oasis (2) ; il y fut pris et fut emmené en captivité par des barbares nommés MâLV/,oi (3) (o^p,»), il fut délivré, et ne put de- meurer de nouveau à Oasis, mais bien dans la ville de Pan, ainsi nommée de cet animal à deux natures; il y fut gardé jus- qu'à sa mort, qui arriva au temps dont nous avons parlé, où, frappé par la colère de Dieu, il fut condamné et mourut. Pour confirmer ce fait il me paraît nécessaire de citer la partie de l'histoire du bienheureux patriarche Timofhée qui y a trait (4).

Extrait de r histoire que saint Timothée, archevêque cVA- lexandrie, écrivit à Gangra. — A cette époque, par la permis- sion et la volonté de Dieu, il arriva, à cause de nos nombreux pé- chés, que le bienheureux empereur Théodose mourut, un an après le second concile d'Éphèse. Son successeur n'hérita pas de son zèle ardent pour la foi, aussi toutes les affaires des Églises furent troublées à l'inverse de la loi qu'avait édictée contre les

(1) C'est-à-dire en 425. On pourrait lire Hélène aussi bien qu'Éliana.

(2) >xoa.j:ùl; cf. Land, Anecdola syriaca, t. III. p. 119 Uoo^, et p. 194. 1. 6.

(3) Ces barbares sont aussi mentionnés chez Raabe, Pclrus der Iberer, p. 87. Ils avaient détruit les monastères du désert de Scété. Cf. Evagrius, Histoire ecclé- siaslique, I, 7. .Jean Jloschus. dans le Pralum spirituale, ch. cxn, raconte aussi que les MâÇtxE; vinrent à r"Qai7tv, tuèrent des moines et en emmenèrent prison- niers.

(4) Cf. ch. x.xxMi.

44 PLÉROPIIORIES.

hérétiques le bienheureux Théoclose. Depuis lors jusque main- tenant, les serviteurs de Dieu furent persécutés, et toute langue blasphématrice et rebelle put se déchaîner contre le Messie. Dès son avènement, Marcieu envoya en Egypte un tribun des gar- des (1) pour rappeler l'impie Xesion'us et un évêque, nommé Dorothée, qui de sa propre volonté s'était exilé avec lui. Quel- ques-uns racontent que ce Dorothée était très aimé de celui qui régnait alors. Quand le tribun arriva en Thébaïde, — on le sut depuis, car ce ne fut pas public, — il trouva Nestorius gardé au château fort de la ville nommée Pan, où il avait été conduit gra- vement malade. Car Nestorius avait été enlevé par les barbares de la ville cïOasis (^oœo/), où il avait été exilé par le bienheu- reux empereur Théodose, et avait été vendu par eux aux habi- tants de la ville de Pan. Lorsque le comte André, qui était alors en Thébaïde, l'apprit, du vivant de l'empereur Théodose, il lui fit dire, après son rachat, de demeurer dans le camp (i;^mn^) et de n'y faire aucun acte de rébellion ni aucun discours. L'en- voyé de l'empereur l'y trouva avec Dorothée, comme nous l'a- vons dit, leur lit connaître ses ordres, et, à cause des Égyptiens, leur annonça en secret qu'ils n'avaient plus rien à craindre de leurs adversaires. Dorothée conseilla au tribun d'attendre un peu, à cause de la faiblesse de Nestorius, mais son état empira de jour en jour, sa langue lui refusa son service et sortit de la bouche en présence du tribun, sa parole devint indistincte; sa langue se décomposa au point qu'il devint un objet d'horreur et de pitié, comme le tribun le raconta plus tard à beaucoup. Dieu avait amené lui-même ce que nous venons de raconter, car le tribun ajouta qu'il eut soin de faire venir les médecins célè- bres de toutes les villes qui étaient dans le voisinage de Pan, mais ils ne purent sauver le malade, car c'est Dieu qui l'avait frappé et qui fit connaître sa mort terrible ta beaucoup par les ré- cits du tribun et des médecins. Après la mort de A'estoriiis, Do- rothée l'enterra en cet endroit avec l'aide du tribun, qui retourna ensuite à la cour d'Apion (^o^/ ^o^^^^-^a^).

(I) Il se noniniMilJoan. Cl". Land, Anecdola syriaca, III, p. Ht). I. \1:\\ Iv'd.l. :) l't ]). 125. I.C». Evaj:i'iiis (Iniiiic im r(';cit paralK-lo à celui <lo co cliaiiiliv : //. /;"., I. «•il. vil.

PLÉROPIIORIES. 45

XXXVII

J'ai encore entendu raconter à notre Père Pierre, lorsque j habitais Arca (>*w), ville de Phénicie(chez Michel : ,.0.103 ^v *s) avec lui :

Quand j'étais jeune et habitais à Constantinople au palais, mon âme était pure et je vivais en ascète, je portai les pensées de mon esprit sur le mystère de la sainte Trinité, comment lors- que nous confessons un Dieu , nous croyons en une Trinité de même essence, éternelle et sans commencement, et que l'un de la Trinité s'est incarné pour nous. Et dans un songe, je vis, nous dit-il, le saint apôtre Pierre qui me prit, me porta dans un lieu élevé, me plaça devant lui comme un enfant et me montra dans le ciel une grande lumière inaljordable et incompréhensible qui avait une forme de roue comme le soleil (1) et il me dit : Voici le Père, puis, une seconde lumière qui suivait la première et lui était semblable en tout, et au milieu d'elle était Notre-Seigneur le Na- zaréen, comme on le représente, et il me dit, Voici le Fils, et en- suite une troisième lumière semblable en tout aux précédentes et saint Pierre dit encore : Voici le Saint-Esprit, une essence, une nature, une gloire, une puissance, une lumière, une divinité en trois personnes. Tous trois sont inaccessibles, celui du milieu seulement a une figure de Nazaréen pour montrer que celui qui a été crucifié est l'un de la Trinité et non un autre. Les deux autres ne sont qu'une lumière inaccessible, sans figure et in- compréhensible.

XXXVIII

Anianus, scolastique pur, vénérable et orthodoxe, nous racon- tait que son père reçut le baptême à Alexandrie, quand il était enfant , des mains de notre Père, puis il habita la Cilicie, et enfin prit à Constantimple une femme vénérable et ornée de vertus, mais qui n'était pas orthodoxe et adhérait aux deux natures. Il s'efforça souvent de l'amener à la foi orthodoxe, mais elle de- meura inébranlable, de sorte que, animé d'un zèle divin et d'un

(1; Cf. la roue bouddhique.

46 PLÉROPHORIES.

saint amour, il écrivit fréquemment à notre bienheureux Père, qui était en Palestine — c'est de lui seul qu'il recevait la com- munion — pour qu'il priât Dieu d'éloigner sa femme des parti- sans des deux natures; et quand notre Père eut prié, il arriva ce qui suit :

La bienheureuse eut une maladie grave, de sorte que les mé- decins en désespéraient. Ainsi proche de sa fin, elle eut la vision suivante : elle fut portée par les anges dans un lieu obs- cur rempli de ténèbres et de pourriture où l'on entendait pleu- rer ceux qui n'ont aucun repos et aucune consolation, puis les anges la portèrent dans un autre lieu rempli de lumière et de gloire et d'une joie inénarrable; elle y vit les saints revêtus d'habits brillants et occupés à louer Dieu. Et les anges lui di- rent : Voici ceux avec lesquels est ton mari, et les évêques qui adhèrent au concile de Chalcédoine sont avec les autres. Si tu veux t'attachera eux, nous demanderons à Notre-Seigneur qu'il prolonge ta vie d'une année; va donc, fais la paix avec ton mari, puisque tu auras la même foi que lui, et garde-toi de tout pé- ché et de toute négligence ; à la fin de l'année, nous viendrons chercher ton âme et la porterons où tu as vu. Celle-ci, sortant de sa faiblesse, appela aussitôt son mari qui était dans une autre maison à cause de son deuil et avait revêtu des habits noirs. Il se leva aussitôt, de sorte que ses voisins la crurent morte, mais il la trouva vivante, renvoya ceux qui étaient là et apprit d'elle la conduite de Dieu à son égard. Elle lui conta tout son rêve et lui dit : Il dépend de toi que je sois guérie; si tu veux que je vive et que je reste avec toi, donne-moi la communion samte des orthodoxes que tu reçois toi-même. Celui-ci, persuadé que c'était la volonté de Dieu, nota le jour de la vision; il avait la communion que notre Père l'évêque Pierre lui envoyait tous les ans, il la crut et eut confiance en elle, il lui parla d'abord, puis hii donna les mvstères sauveurs (i.^ov3|)|ï v«) di. Elle se leva,

(1) D'après co chapitre : 1» on attachait une cortaino importance au ministre (le la comiuiiiiion (p^jcu»); 2° on la reçoit à distance, une fois pour une année; 3" on parait en priinhc et en donn<>r quand on le jujre à pi'opos. Voici, comme éclaircissement, une histoire tirée d'un auteur catholique postérieur déjà citi", de Jean Mnsclnis H'raluin spiritiiale, chap. 79; chez .Miirne, Pnirologir f/rm/Kc, I. lAXXVlll. :;) :

Au temps de Itenys, évéque de Séleuric. nu mouophysite avait nu domestique catholique; •• celui-ci, selonl'usage de la provinci'. l'uvdoitpa d'uulinf^e très blanc la

PLÉROPHORIES. 47

vécut d'une vie pure dans la perfection de l'orthodoxie et dans une grande rectitude et mourut à la fin de Tannée.

Ces prodiges furent racontés par le scolastique Anianus (^op/) à ceux qui accompagnaient l'archimandrite et évêque, le Père Jean, et le Père Julien, prêtre, et les Pères André et t*aul et le Père Théodore et à toute leur compagnie, quand Zenon les manda et les fit venir kConstaniinople.

XXXIX

Il arriva une chose analogue au bienheureux Claudien qui était procureur de tous les biens de l'église d'É/euthérnpo- lis (I). Il était du parti des évêques, mais avait grande amitié pour le bienheureux Père Borna nu s et il lui fit de nombreuses et abondantes aumônes pour son monastère (2) et durant sa vie et après sa mort. Il tomba aussi malade, et, proche de sa fin, eut une vision et un témoignage analogue au précédent. Et aussitôt, durant une nuit sombre, il ordonna à ses familiers de le prendre et de le porter au monastère du Père Romanus, qui était à cinq milles de là. Et quand il y arriva, et se fut confessé (^fot^io) aux saints Pères et aux chefs du monastère qui étaient avec le Père Léontius, il les supplia avec larmes et gémissements non seule- ment de l'admettre à la communion des orthodoxes, mais de lui donner l'habit monacal, et après avoir encore vécu trois jours, il mourut plein de joie, et fut enterré avec les prêtres. Et la cause de ce salut miraculeux est l'aumône, à laquelle rien n'est impossible.

communion qu'il avait reçue le saint jour du jeudi saint et la déiwsa dans une armoire ■>. Le maitre la vit, mais ne voulant pas s'en servir, car il n'était pas catholique, il referma l'armoire ; son serviteur étant parti et ne revenant pas, il l'ouvrit l'année suivante pour prendre la communion et la brûler, afin de ne pas la conserver une seconde année. Il trouva que les particules sacrées avaient poussé des épis. (Cf. infra, ch. lxxvui.)

(1) Ville située à peu près à mi-chemin entre Jérusalem et Ascalon.

(2) Il s'agit sans doute, non du nionast("'re de Thécué (cf. ch. xxv), mais do celui que bâtit Romanus près d'Éleuthéropolis, dans un village d'Eutloxio. Cf. Land, III, p. 345, 1. 3-14.

48 PLÉROPHORIES.

XL

Le bienheureux Boniface (^o^è.a^Q^; plus loin -cû.^.ar«i^, et chez Michel ^«^^^>-j<")' prêtre romain, était si acharné contre les partisans du concile de Chalcédoine, qu'il ne tenait même pas une simple conversation avec aucun d'eux, serait-ce un séculier, et il ne se laissait pas interroger par lui, à moins qu'il n'anathé- matisàt d'abord le concile de Chalcédoine, et il faisait cela pour tous ceux qu'il rencontrait, hommes ou enfants. Car, au temps où il était infidèle, il avait eu la vision suivante : il lui avait semblé voir un homme mort en putréfaction placé sur un lit devant le saint Sépulcre, tout l'endroit était rempli de sa puanteur. Puis, subitement, il revint à la vie et sembla prêt à marcher. Il tenait à la main un livre qu'il donna au Père Boni- face en lui disant : Reçois ce livre de moi. L'extérieur était beau et bien orné, mais quand il l'ouvrit, il le trouva plein de saletés. C'était un témoignage de ce que Nestorius, après sa mort, devait revivre en Juvénal, qui serait ainsi l'héritier de sa vaine gloire. — Notre Père Pierre, qui habitait alors la ville sainte, nous en prédit autant au sujet de Juvénal.

XLI

Un diacre indigne, après son service au Saint-Sépulcre et à l'église, eut commerce avec une femme, puis il revint coucher comme de coutume au lieu saint du Golgotha, au haut lu^ i"^-^), et, comme c'était l'hiver, dans le lit approprié. Les portes étant fermées, il entendit une voix qui disait : Ma maison est remplie d'impuretés, Juvénal l'a changée en latrines (l). — Au matin, les portes ne furent pas ouvertes, car celui-là restait couché dans son lit. On courut l'éveiller et, devant tout le monde, il conta son péché en pleurant. A ce récit chacun fut saisi de crainte, et notre Père nous racontait que, depuis ce jour, Géronlius

(l) plusieurs mots dans ce oliapiti'e sont illisibles.

PLÉROPIIORIES. 49

(i^^) (1), diacre du couvent de la bienheureuse Mélanie (2), jeûnait deux fois quand il devait prendre le service du soir.

XLII

Juvénal, avant le concile de Chalcédoine, voulait ordonner notre bienheureux Père qui habitait une cellule dans la ville sainte, à côté de la tour du patriarche David (3). Le saint, qui le savait, se gardait soigneusement et ne sortait nulle part. Un jour, qu'il y avait fête dans la ville sanite de Sion, Juvénal envoya des hommes pour le saisir et l'amener devant lui. Mais comme ils approchaient de sa cellule, Pierre entendit une voix qui disait : Lève-toi et fuis par cette porte, car des hommes sont envoyés par Juvénal pour te prendre de force et t'ordonner. — Il se leva aussitôt, il se jeta à bas du haut d'un toit élevé et, par le secours de Dieu qui l'aida et le protégea, il tomba debout sur ses pieds. Il put ainsi éviter ces gens et depuis ce jour-là ne voulut plus voir cet impie.

XLIII

Une femme des environs (ÏAscalon, la bienheureuse Mika, qui vécut jusqu'à cent ans, fut éprouvée par la miséricorde de Dieu tandis qu'elle vivait en cénobite dans la pureté et la crainte de Dieu, et elle en reçut un témoignage au sujet delà violence qui devait être faite au concile de Chalcédoine. Elle le raconta à tout le monde, et affermit les adversaires du concile. Elle vit clairement Satan qui la menaça de mort et lui dit :

Pourquoi as-tu l'imprudence d'exciter les gens contre le grand concile et d'en dire du mal? puis il arracha le haut de la chaise sur laquelle elle était assise, renversa cette chaise en

(1) Cf. Pelrus dcr Itérer, p. 31. Raabe renvoie aux Acia BoU.,t. II. p. 078. 08(1. G86.

(2) V. ch. Lx.xx. Cf. Petrus der Itérer, p. 27, 28.

(3) Ce chapitre manque chez Michel. En revanche, le fait qu'il énonce se trouve chez Raabe Pelf-us der Itérer, p. 50. Un récit n'est pas copié sur l'autre. Leur grande ressemblance démontre pour nous la véracité des deux historiens.

4

50 PLÉROPHORIES.

réalité et non en imagination et en arraclia les barreaux. Il combattit ainsi durant longtemps avec elle, jusqu'à ce que, for- tifiée par la foi, elle ramassa de la poussière, la lui jeta au nom du Seigneur et le mit en fuite, et depuis lors il n'osa plus com- battre avec elle.

Cette histoire nous fut racontée par le Père Théodore, prêtre, qui la tenait de cette personne excellente et sainte.

XLIV

La vénérable Oiirbakia (1), fille d'un évêque de Crète {yji^ioi), était diaconesse. Après la mort de son père, elle aban- donna le monde, par amour du Messie, avec son frère, le bienheureux Euphrasiiis, puis elle abandonna son pays et vint avec son frère dans la ville sainte, où ils achetèrent une de- meure près du saint lieu de l'Ascension. Ils y vivaient en paix dans l'ascétisme et le service de Dieu. — Après quelque temps, saint Épiphane, un évêque de Pampltilie{2), après l'annulation de l'encyclique (3), ne voulut pas adhérer aux évêques pour cette annulation, il fut chassé de son siège de Pamphilie, partit en exil, vint à la ville sainte, fut reçu par eux, et vécut avec eux dans la tranquillité et l'ascétisme pour l'exemple et l'édification de chacun. Le diable en fut jaloux et suscita contre eux la per- sécution suivante : Le gouverneur (p^e°) de Jérusalem leur envoya l'archidiacre de l'église de l'Ascension avec d'autres hommes pour les convoquer. Quand il arriva chez eux et vit leur perfection, qu'il connaissait du reste, étant leur voisin, il leur dit : Soumettez-vous à votre évêque, vous y gagnerez votre de- meure, la tranquillité et son affection. Et comme la bienheu- reuse disait : Comment pourrions-nous transgresser les pro- messes faites au Messie, et adhérer au concile de C/ndcédoine, il lui dit : J'en réponds, vous ne ferez aucun péché. — Elle re- partit, je ne puis pas sur ta garantie exposer le salut de mon i\me; du reste, écoute, seigneur Père, si les saints Ilénoch, Héli et Daniel venaient me conseiller de vous suivre et si une voix

fl) Cf. cil. i.i.

(2) Cf. ch. Lxxxv. Land, III. p. 171 I. I. lA Vie de Sévère, p. 26, 1. 37.

(3) Cf. cil. wii.

PLÉROPIIORIES. 51

du ciel me criait : Crois-les et acllière à leur enseignement, je ne voudrais pas le faire, à moins que mon père, le moine et le Père liinotlK'e, qui m'a donné la foi orthodoxe en ('rèle, ne re- vienne me délier de mon serment. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende.

Ils furent ainsi jugés dignes d'être méprisés et poursuivis pour le Messie avec saint Épiphane, leur maison fut saisie avec ce qu'elle contenait, ils reçurent la couronne des confesseurs et vinrent k Alexandrie, où ils furent reçus avec honneur par les clercs orthodoxes, les moines et les séculiers. Ainsi, de toute manière, ils louèrent Dieu, qui les soutint toujours, enfin ils vinrent à Maiouma de Ga:ia où ils moururent. — Cette bien- heureuse et prophète était remplie des dons de l'Esprit-Saint, elle mourut quant au corps pour vivre quant à l'esprit, on peut dire en vérité qu'ayant choisi la bonne part, elle a sa de- meure au ciel.

XLV

Notre bienheureux Père nous dit tenir l'histoire suivante de deux saints moines deCilicie nommés Tourqétas et He?^mogène (aa^^^iowo ^014,0^504,) qui allèrent à la cour au temps où il s'y trou- vait et la lui racontèrent. « L'impie hérétique Théodore de Mop- sueste, partisan des deux natures, qui fut avec Diodore le maître deiYestorius, eut la folie préjudiciable à Dieu d'expliquer à son sens propre les lettres qui sont dans les Actes des Apô- tres et dans l'Évangile de saint Jean (1), et quand nous allâmes le trouver pour le lui reprocher, il se fâcha contre nous en di- sant : Il n'appartient pas aux moines de rechercher de telles choses; et il nous renvoj^a honteusement. Mais trois jours après il mourut possédé du démon et se dévorant lui-même.

Et, après l'Encyclique, beaucoup de moines et de saints en tout pays ne voulurent pas, avec l'aide de la bonté divine, adhé- rer à sa condamnation; mais, enflammés d'un zèle divin, demeu- rèrent dans la foi et la confession orthodoxe.

(1) La version syriaque du Commentaire de Théodore de Mopsueste sur l'évangile saint Jean vient d'être publiée par M. l'abbé Chabot; un vol. in-8° de 412 pages; chez Leroux, Paris, 1897.

52 PLÉROPHORIES.

XLVI

Voici un prodige qui eut lieu en Pamphilie. Des moines qui adliéraient aux évêques partisans des deux natures cou- paient du bois dans une forêt. Ils rencontrèrent des moines or- thodoxes et disputèrent au sujet de la foi. Enfin il plut aux deux partis de faire l'épreuve du feu et d'en accepter le juge- ment. Ils jetèrent dans un bûcher l'encyclique de la vraie foi et la profession de foi du synode de Chalcédolne avec la lettre de Léon, puis attendirent le jugement de Dieu. Dès que la profes- sion de foi et la lettre de Léon eurent touché le feu, elles furent réduites en cendre et en poussière, tandis que la divine encycli- que fut conservée sans tache et sans mal au milieu du feu. Aussi les partisans des renégats se repentirent, quittèrent leur erreur et, remplis du zèle delà crainte de Dieu, devinrent orthodoxes.

XLVII

Et si quelqu'un ne croit pas ce prodige dont Dieu est témoin, en voici un semblable que nous raconte le bienheureux liasi- lide {.a^u^a>-=> ; chez Michel .m..\^ro|j), moine excellent. Dans un village près de Ptoléniaïde arriva ce qui suit. Près de là était le monastère du Père Claudien qui, au temps de la défection, fut un athlète plein de zèle et dirigea le combat pour la foi orthodoxe. Voici donc ce qui arriva. Le prêtre de ce village discutait au sujet de la foi avec l'un de ses paroissiens, homme ignorant, il est vrai, mais orthodoxe et zélé pour la foi, et il voulait l'obliger à lui obéir ou à quitter le village. Comme tous les habitants du village s'élevaient contre lui, ce prêtre fit venir l'homme ortho- doxe et lui dit : Tu demandes où est la vraie foi, allumons un feu et mettons-y tous deux notre main droite, celui dont la main se conservera sans blessure aura la foi orthodoxe. Le laïque disait : Je ne suis qu'un laïque et un pécheur et toi tu es un prêtre, comment pourrais-je ainsi entrer en jugement avec toi? Mais les habitants du village qui étaient présents applaudirent, battirent des mains à cette proposition et exigèrent que cela se fit. Alors il accepta; on rassembla beaucoup de bois et on y mit

PLÉROPHORIES. 53

le feu, puis les habitants du village leur attachèrent les mains avec des rameaux et les mirent dans le feu. Et la main du prê- tre fut aussitôt brûlée tout entière tandis que celle du laïque or- thodoxe demeura sans blessure.

Et ce bienheureux moine Basilide nous disait : Je vendais alors de l'huile; et comme je passais dans ce pays pour vendre de l'huile, j'eus l'honneur de causer avec ce confesseur, je me réjouis avec lui et je fus confirmé, (dans la foi).

XLVIII

Voici encore un prodige semblable à celui-là qui eut lieu dans un village du Saltou (a^'i^!) nommé AfUi {\^i).

A côté de ce village est le monastère de 'î^^mi-Sylvain (p^:^), le Père des moines (1); là habitait un moine pur, humble et plein de douceur, nommé Épip/iane, qui professait avec tout le couvent la foi orthodoxe qu'il avait reçue des saints Pères et des moines orthodoxes, je veux dire des bienheureux Tetina et Maron (vopoo i^-.^4,) (2), qui étaient de ce pays. L'ennemi, qui tend des embûches, jaloux de leur salut, excita contre eux le prêtre du village, homme puissant et juge de l'endroit. Quand il vit que cet homme seul se séparait de son église et n'adhérait ni à lui ni aux habitants du village, poussé surtout par ceux-ci, il le manda et le condamna à des coups, à des opprobres et à l'ex- pulsion pour le jour suivant s'il n'adhérait pas à ses doctrines. Ce pauvre orthodoxe lui dit : Il m'est impossible de renier la foi que j'ai reçue des saints Pères. Puis il se prépara à la fuite et à offrir à Dieu ce pèlerinage, lui remontrant les vexations et les afflictions qu'il supportait pour son nom. — Et le jour sui- vant, ce prêtre mourut en pleine santé et sans aucune maladie, de sorte que tous les habitants furent remplis de crainte et d'é- tonnement; ils laissèrent l'orthodoxe Épipl/aue et ne l'obligè- rent plus à partir, mais celui-ci, ayant reçu la couronne dans ce juste jugement, fut jugé digne d'être admis dans le monas- tère (,-j<iJLo) de notre saint Père, le bienheureux Isaïe, où il avait

(1) Sur Sylvanus Cf. Sozomène, Hist. ecclés., VI, 32, el IX, 17, et Peints der Iberer, p. 47.

(2) V. supra ch. vu.

54 PLÉROPHORIES.

coutume de participer aux saints mystères. Après sa mort il fut enseveli dans 1 église avec les saints, dans un tombeau qui est à l'écart.

XLIX

Quand notre Père quitta Maioinna après la persécution et se retira à A lexandrie, il y fut reçu par un homme qui aimait les étrangers et les saints, et fut oublié par beaucoup (1).

Le Père f*zor, Père des moines, prophète célèbre partout, en- tendit une voix qui lui disait : Lève-toi, va à Alexandrie, et quand tu arriveras auprès de Tévêque Pierre, le confesseur qui a été chassé et qui se cache là, console-le, affermis-le etréjouis- sez-vous ensemble. Et comme le Père Pior demandait : Qui m'indiquera l'endroit où il se trouve? la voix lui dit : Mets-toi en route, et ne t'inquiète pas. — Il se leva de nuit et vint à la ville. Quand il poussa la porte, il vit une colonne de feu qui le précédait, et cela non seulement sur la place publique, mais jusqu'à l'atrium et à l'ascension des échelles dans les nombreu- ses habitations (v-»^ lo^^m^ iisit^j». u^miOL^ov^o ii;ji.^io»^o) jusqu'à ce qu'il arriva au lieu où habitait le vénérable Pierre. Le Père Pior monta et frappa à la porte, mais le bienheureux n'osait ouvrir, ne sachant qui c'était. Le Père Pior lui dit. Ne crains pas, ô Père Pierre, c'est moi, je suis le pauvre Pior, le Seigneur m'a envoyé près de toi ; alors il ouvrit la porte, reçut le saint, et tous deux se réjouirent et se consolèrent ensemble.

Or le maître de cette maison avait un nourrisson qui n'était pas encore baptisé, il demanda à notre Père de le baptiser, et comme le bienheureux remettait à plus tard parce qu'il n'avait ni lieu convenable ni les ministres qui devaient être avec lui pour l'aider, il insista tellement que le bienheureux dut fermer sa porte et ne plus l'ouvrir. Or, quand il ouvrit sa porte, il trouva le petit enfant qui se roulait et rampait devant lui. Le bienheu- reux en fut très étonné et se persuada que la volonté de Dieu était de baptiser l'enfant. Il n'avait avec lui que le Père l*i(>r qu'il recevait alors et qui n'était pas clerc, mais laïque. Cepen-

(1) Cf. l'elrus (ter Ibcrcr, p. 58-60. Pierre s'onl'uit à .Mexinidiif cl s'y caclia de crainte de Protérius. Celui-ci envovii des liomnies pour !<• tinT. Alnis l'icnc gii^'n;i l;i TliélcVidc d la villr dr orûpuY/o;.

PLÉROPIIORIES. 55

clant, vu la nécessité, il lui persuada de tenir l'enfant au-dessus du bassin pendant qu'il verserait de Teau. Et quand celui-ci vint pour le prendre, il vit la gloire du sacerdoce au-dessus de la tête du i3ienlieureux, il fut saisi de crainte et s'enfuit en criant : ^a^u^oi .m.|m-,o/ (1) ! c'cst-à-dlre : Seigneur, Seigneur! Le bienheu- reux le rejoignit et lui persuada à grand'peine de s'associer à lui pour cette action sainte, il lui dit : Ne crains pas le jugement, comme si tu étais indigne, mais, dans cette nécessité, accomplis- sons la volonté de Dieu afin que ce fidèle ami des étrangers, qui nous a reçus, soit favorisé de ta bénédiction et de la miséricorde de Dieu.

Le même Pmr dans une vision vit une grande foule de moi- nes qui portaient une longue croix sur leurs épaules. Ils étaient en deux groupes, ceux d'un bout étaient tournés vers ceux de l'autre bout, et ils se gênaient mutuellement. Cette vision an- nonçait la scission actuelle qui provient des controverses et des disputes entre les moines orthodoxes d'Egypte et de Palestine, les deux partis combattent également à cause de leur grand zèle pour l'intégrité de la foi.

Un saint du temps passé, \eFère Lucius (.ai^Qi.)des cellules (2), avait prévu tout cela en esprit, car il disait à ceux qui l'entou- raient : Si quelques-uns de vous vivent encore, il viendra un temps où deux partis témoigneront vaillamment en faveur du Messie et de l'orthodoxie etilsne s'accorderont pas ensemble (3).

LI

La bienheureuse Ô^n'^a/j/rt, dont nousavons parlé plus haut (4), eut aussi une vision terrible qu'elle racontait elle-même : Il lui sembla en songe qu'elle montait de nuit à l'église de l'Ascen-

(1) Ces mots sont la transcription du copti' : uovCHC.

(2) Cf. ch. vu.

(3) Cf. Vie de Sévère, p. 30, 1. '28-31. On y trouvera que Sévère rétablit l'union des Orientaux et des Égyptiens. Cet ouvrage-ci est donc antérieur à cette union.

(4) Cf. ch. xuv.

56 PLÉROPHORIES.

sion pour y prier seule en tranquillité. Quand elle se fut mise à genoux sur les degrés, elle vit sous le portique qui précède le Saint-Sépulcre une femme revêtue de brillants habits de pour- pre. Elle fut saisie de crainte et se jeta la face contre terre, mais la Mère de Dieu, car c'était elle, s'approcha et la releva en di- sant : Ne crains pas, Mère, et ne t'effraie pas: puis elle la prit par la main, la conduisit avec elle, et, l'éclairant, la fit regarder en dehors du portique vers le bas, puis lui dit : Regarde donc la montagne, l'as-tu déjà vue comme cela? Dis-moi comment elle t'apparaît. — Ourbakia répondit : Cette montagne me semble jonchée de troncs d'arbres. — Et la Mère de Dieu ajouta : De même que tu vois cette montagne, ainsi l'Église de Dieu sera couverte de schismes jusqu'à la fm du temps.

LU

Léontiiis (..m.-^jQi.; chez Michel ^o^^op), membre de l'une des familles illustres et renommées à'Ascalon, renonça enfin au monde et devint moine et archimandrite. Saint Zenon (1) lui prédit qu'il arriverait à l'épiscopat et ne mourrait pas évêque. Quand il fut évêque (}iAscalon, selon la prophétie, il s'efforça de gagner l'amitié et v-^o^^^-^b de l'hérétique Xesiorius qui occu- pait alors Téglise de Constantinople. Il était plein d'hypocrisie et de l'esprit du monde ; aussi quand l'impie Nestorius fut en- voyé en exil, il lui adressa des témoignages d'honneur et des dons. Puis quand on réunit le concile de Chalcédoine, il y alla aussi et l'on assura que ce fut lui plus que tout autre qui en- traîna J^^iv/'na^ dans l'apostasie. Les habitants d'ylscr?/o», irri- tés à cette nouvelle, résolurent non seulement de ne pas l'ac- cueillir, mais de le chasser et de le lapider; aussi quand il revint et passa à Ascalon durant la nuit, dès qu'il apprit la co- lère du peuple, il se retira à Chypre, où il mourut.

Ses familiers le prirent et voulurent le ramener secrètement k Ascalon pour l'y enterrer de nuit. Ils trouvèrent un navire, qui venait de Constantinople, et l'y placèrent. Or il y avait sur le même navire le corps d'un cocher qui était d'Ascalon et

(1) Était un rlisciplo du célèbre Sylvanus, Cf. di. vm et m.vim.

PLÉROPHORIES. 57

avait été appelé à Constantinople où il avait brillé dans son art. Après sa mort, les siens l'oignirent de miel, le placèrent dans un cercueil de plomb et le renvoyèrent aux siens. Mais il survint une tempête violente, les vagues s'élevèrent et l'équi- page se trouva en péril de mort; les matelots jetèrent du lest pour s'alléger d'autant; ils songèrent ensuite à jeter aussi le corps du cocher et à ne garder que celui de Févêque à cause de l'honneur dû à l'épiscopat. Mais la justice de Dieu dirigeant tout cela, les matelots, affolés par les vagues et la tempête, je- tèrent le corps de Léonthis en place de celui du cocher. Quand ils abordèrent à Ascalon, ils avertirent la famille de Léon- this, qui vint prendre le corps durant la nuit avant que personne n'en fût averti dans la ville, afin de l'enterrer promp- tement. Quand ils ouvrirent le cercueil pour enterrer le corps, ils trouvèrent le cocher avec tout son costume, le bonnet (\r^^) en tête, le fouet (ov^^) au côté et entouré de bandelettes. Alors la famille, pleine de honte, ordonna à ceux qui étaient là de ne conter cela à personne, mais d'enterrer le cocher comme si c'était le corps de l'évèque Léontius. On dit que c'était un homme excellent, qui aimait beaucoup faire l'aumône et obser- vait les commandements. Ainsi fut accomplie la prophétie de ^2dïiX Zenon.

J'en ai entendu beaucoup d'autres qui affirmaient ce fait. En particulier le vénérable Zacharie, prêtre, me disait : Zosime, le premier d'Ascalon, m'a conté et affirmé qu'il avait vu cela. Il était de la famille de Léontius et fut donc invité secrètement avec les autres à venir pour l'enterrement, il put donc voir tout cela et en témoigner (1).

LUI

Notre Père nous disait : Trois ans avant le concile de Chalcé- doine,ieme trouvais à Jéruscdem avec le bienheureux 7'héo-

(1) Ce récit est assez curieux. Il est non moins curieux de constater qu'il est confirmé par lemss. syriaque n» 234 de la bibliothèque Nationale. Léontius y est ap- pelé évèque d'Ascalon au fol. 43 v°, puis, au fol. 44 v°, on raconte qu'il fut jeté a la mer et qu'un autre fut rapporté à sa place : ■. Quand nous étions à Gangra, dit l'auteur de la Vie de Dioscore, notre Père Pierre l'Ibérien nous écrivit qu'il en était ainsi ».

58 PLÉROPHORIES.

dote (1) et d'autres Pères, quand, vers la septième heure du jour, nous vîmes distinctement trois soleils dans leciel, l'un à l'orient, l'autre à l'occident et le troisième au milieu du ciel. Comment s'opéra ce prodige et cette vision. Dieu seul le sait, mais il an- nonçait ppcuc; lin^vio .tdci^vXS.

LIV

Notre Père nous racontait : Quand j'étais en Egypte, au temps où le bienheureux TA eor/os<^, patriarche de Jérusalem, mourait à Constanlinople pour la défense de la vérité (2), je le vis cette même nuit monter au ciel, revêtu d'un habit blanc, comme ont coutume d'en porter les êvêques de Jérusalem quand ils baptisent. Je vis briller cet habit jusqu'à son entrée au ciel, et quand je reçus la nouvelle de sa mort, je remarquai qu'elle était arrivée le jour même de mon songe.

LV

A ceux qui nous disent — : Tout le monde va dans les églises, tandis que vous êtes à l'écart et ne formez qu'un petit groupe et un schisme, comment pouvez vous prétendre que vous êtes ortho- doxes et dépositaires de la vérité? — les Pères nous ont légué la réponse suivante :

Rappelez-vous combien de milliers d'hommes quittèrent V Egypte où ils avaient vu tant de prodiges, et, à l'exception de deux, tous furent des rebelles et des transgresseurs de la loi qui furent privés, à cause de leur infidélité, non seulement des biens éternels, mais aussi de l'entrée dans la Terre Promise.

Le grand législateur et prophète Moïse leur disait : Ne parti- cipez pas au mal avec la multitude.

De même, en Perse, lorsque toutes les tribus des juifs adorè- rent l'idole du roi, trois enfants seulement demeurèrent inllexi- bles et ne transgressèrent pas leur foi, et ceux-ci ne se bornèrent

(1) Cr. Pelrus (1er Iberer, p. l'.l. On y tiouvoia (nu* Piorro docida boaiicoup (le SCS caiiiaïadrs à S(i faire moines: parmi eeiix-ci «Hait Tliéodotc. — Pierio étail donc à .Jérusalem en 118.

(:i) l'eii après la mort de Mareieii. c'est-à-dire vers 458. Ce chapitre se trouve l>resquo textuellement cliez Land. lil. p. ;!l:!. !. 1.Ô-19.

PLÉROPHORIES. 59

pas à louer Dieu et à être honorés par lui, mais ils prêchèrent encore la vraie foi à l'empereur et à tous ceux qui les entou- raient. Auxquels veux-tu te joindre et avec lesquels prends-tu parti? — Avec Josuë fils de Noun, Calebiih de loufna et les trois enfants delkcbylone ou bien avec la foule qui a adoré l'idole d'or. Médite cela et méprise la foule qui était à Chalcédoine, au concile des renégats. C'est à elle surtout que l'on peut appli- quer les paroles adressées aux prêtres par le prophète Jéré- niie : De nombreux pasteurs ont détruit ma vigne et souillé mon héritage, ils ont changé ma propriété fertile en désert non fréquenté (1). — Il est encore écrit : Un seul qui fait la volonté de Dieu l'emporte sur mille (2).

LVI

Quand le renégat Juvénal revint du concile des oppresseurs, il plut aux saints Pères orthodoxes et aux moines de Palestine de se porter au-devant de lui, et de prendre tous les moyens qu'ils pourraient, pour l'amener à reconnaître sa faute, à se corriger et à rejeter le scandale du monde (3). Ils demandèrent à notre Père Pierre qui vivait alors en paix sur le rivage de Maiourna d'aller avec eux, mais il refusait parce qu'il n'avait pas coutume de sortir et pour ne pas rencontrer de séculiers, surtout ceux de la cour qui venaient en grand nombre avec Ju- vénal pour l'aider et le protéger. Alors Notre-Seigneurlui appa- rut et lui dit : Je suis opprimé, ma foi est transgressée et toi tu cherches tes aises et ton repos (4)! Alors, plein d'émotion, Pierre se mit en marche et tous marchaient avec joie comme s'ils al- laient au martyre.

Il y eut une controverse entre les Pères et l'impie Juvénal; et le bienheureux T'Aeof/ose, que les orthodoxes nommèrent plus tard évêque de Jérusalem, lui reprochait en connaissance de cause la trahison de Chalcédoine, car il y avait assisté et était au

(1) Jérémie, xii. 10.

(21 Eccli., XVI, 3.

(3) Cette démarche des moines est aussi i-acontée chez Raabe : Peints der Iberer, p. 52, et chez Land. III. 1. m. eh. 3. — V. supra ch. x. et cli. xxv.

(4) C'est peut-être cette vision qui est racontée cliez Land. t. III. 1. IH- 'di. \m et qui est reportée à une date postérieure.

(30 PLÉROPHORIES.

courant de tout, il découvrait à tous Tliypocrisie et la trahison de Juvénali ] .Celui-ci, irrité, ordonna à un homme d'yl»c?/re, qui le suivait, de traiter Théodose comme un perturbateur et un rebelle. Il allait le faire, quand le bienheureux Pierre, qui était encore moine et n'était pas honoré de Tépiscopat, et qui avait connu cet homme à la cour, s'avança, rempli d'un saint zèle, rejeta son capuchon en arrière, et lui dit d'un ton de prophète : Toi qui oses t'interposer dans une question de foi et trancher en tout, n'as-tu pas fait telle et telle chose cette nuit-ci? Je suis le moindre de tous les saints qui sont ici, mais si tu le veux, je le demanderai et le feu du ciel descendra aussitôt et te brûlera avec ceux qui te suivent. —Celui-ci, plein de crainte et de tremblement, le re- connut, se jeta à ses pieds et lui dit devant tout le monde : Laisse-moi, seigneur Nabarnougi (2), je ne savais pas que tu étais ici. — C'est ainsi que fut sauvé le bienheureux Théodose, car personne n'osa plus rien dire ou faire contre les saints. (L'homme d'Ancyre) prit Juvénal et le fit rentrer à Césarée (3).

LVH

Le Père Paul, ^a^^m^ç^asi o^, qui demeurait avec le Père André, alors vieillard et chef de monastère, racontait l'histoire suivante. Au temps du concile de Chalcédoiue, je vivais en tranquillité avec mon frère Théosèbe. C'était un homme éloquent, et qui possédait les sciences profanes. Il était perplexe au sujet du dogme des deux natures, et demanda au Seigneur de lui témoi- gner ce qu'il devait croire à ce sujet, et qui il devait suivre de ceux qui refusaient d'admettre les deux natures ou de ceux qui les admettaient. Saint Jean VÉvançiéliste lui apparut et lui dit : Celui qui existe depuis le commencement et qui s'est révélé à nous, comme vous le savez, nous l'avons vu de nos yeux et nous l'avons touché de nos mains dans le Verbe de vie. — Après ce témoignage, il n'eut plus d'hésitation et prêcha la vérité.

,'!) Cf. I.iind. m. |i. 117. I. II-IC. .'t KvaKi-iiis. //. /;'.. 11. rh. \.

(2) (."t'sl 1<' nom ibcrieii de rifi'i'O.

(3) Mais Marcicn envoya lo comte Dorollire avec ordic de tuul laiic i-cntici' dans le devoir et de nN-parirner que Pierre ribérien. l.aiid. 111, p. 127. 1. 10-15. C'est après cela qu'cnt lim li' massacre des moines à Naploiise. //>/</.. 1. -^0-26.

PLÉROPIIORIES. 61

LVIII

Un certain Élie (ou \^i), qui était prêtre et économe de la sainte église de Jérusalem et s'éloigna après l'apostasie, car c'était un orthodoxe fervent, raconta à notre bienheureux Père Pierre et au Père Etienne, prêtre (1), qu'à l'époque du concile iVEphèse où fut déposé Nestoriiis, il s'y rendit avec Juvénal et vit la grande hypocrisie de celui-ci qui était prêt à trahir, mais crai- gnait le bienheureux Cyrille et son zèle ardent; aussi, depuis cette époque, il ne voulut plus recevoir la communion de sa main, car il le regardait comme un h3'pocrite et un traître.

LIX

Si les traîtres de Chalcédoine nous disent : Pourquoi nous appelez-vous transgresseurs ou traîtres, nous répondons : Une loi apostolique dit : si je bâtis à nouveau ce que j'ai détruit, je montre que je suis un transgresseur. Or vous qui avez maudit k Éphèse Nestorius, l'inventeur des deux natures, avez défendu de parler de deux natures et avez anathématisé tous ceux qui osaient ou oseraient parler ou enseigner ainsi, comment ne seriez vous pas coupables et transgresseurs, lorsque vous avez décrété à Chalcédoine les choses mêmes que vous aviez condamnées à Éphèse (2), et cela par crainte humaine et par effroi d'un empe- reur impie; et vous avez reçu sans jugement les impies Théo- doret et Ibas qui avaient été déposés et rejetés. Ce n'est pas seu- lement une fois, mais deux, trois et cinq fois que vous êtes tombés dans les mêmes contradictions , et avez déraciné le mal pour le replanter ensuite. En effet, comme je viens de le dire, vous avez déraciné ce dogme impie à Éphèse, puis vous l'avez

(1) Cf. ch. Lxxix.

(■2) Jean confond tonjours los catholiques avec les Xestoriens. Toute son ariru- mentation tombe donc à faux. Il serait temps que les Jacobites (que nous appe- lons à tort Eutychiens, car ils condamnent Eutychès — cf. Land III, p. 129, 1. 24, à 130, 1. :J) s'aperçoivent qu'ils se séparèrent des catholiques à l'origine surtout pour une question de mois mal compris. Pour les Jacobites nalurc signiliait personne.

62 PLKROPHORIES.

replanté à Constantinople avec Flavien, ce partisan des deux natures; peu de temps après, au second concile d'Éphèse présidé par le patriarche orthodoxe Dioscore, avec Juvénal et la foule des évêques orthodoxes vous avez à nouveau déraciné le mal, enfin vous Tavez bientôt replanté au concile de Chalcédoine, et, comme je l'ai dit plus haut, vous avez reçu sans jugement TJiéo- doret et Ibas, qui avaient été chassés à cause de cette impiété. Plus tard, dans Vencydique, au temps du bienheureux arche- vêque Timothée, vous avez renié universellement cette impiété et enfin vous l'avez rétablie dans l'acte nommé antiency- clique[\). C'est de vous que le prophète Je'réim/e a dit : «Apprenez leur à se servir de leurs pieds, ils n'ont rien épargné de ce qui existe. Vous êtes des roseaux agités par le vent, vous vacillez et tremblez à tout souffle, vous êtes toujours boiteux des deux jambes et ne vous trouvez jamais dans le chemin de la vérité. » C'est de vous qu'il est écrit : « Je hais les transgresseurs » et Dieu a témoigné contre vous quand il a dit dans le prophète Isaïe à la fin (2) : « Sortez et vous verrez l'état de ceux qui ont prévariqué contre moi, leur ver ne meurt pas, leur feu ne s'éteint pas et ils seront en spectacle à tous les hommes. »

Et ce n'est pas seulement à cause de ce que je viens de rap- peler que vous êtes prévaricateurs et que l'on vous appelle ainsi, mais encore parce que vous avez transgressé la profession de foi du premier concile cVÉphèse qui a expulsé Xestorius; il y fut décrété qu'il n'est permis à personne, évêque ou clerc, de faire, d'exposer ou d'écrire une autre profession de foi que celle émise par les trois cent dix-huit évêques (3) avec l'assistance de l'Esprit-Saint, et ceux qui feront cela seront déposés, les évêques de leur épiscopat, et les clercs de la cléricature. Ceux qui se rassemblèrent à Chalcédoine connaissaient très bien cette profession de foi, aussi ils commencèrent par s'élever contre ce qu'on leur demandait de décréter, ils crièrent à haute voix et protestèrent que personne ne pouvait faire une autre profession de foi, qu'ils n'avaient pas cette audace, que les Pères l'avaient iléfendu, que c'était inutile et que du reste ils n'en avaient pas

(1) Sur IV iiryrlii|ii(" de riasilisfiuf ot l'aiitii^ncyclique (lo Zenon, cf. Land, Anecdola S;/ri(tai, t. lli, livre V, cliapitrcs i. ii. m et v. (■2) Cil. i.xvi, 24. (3) ANicée.

PLÉROPIIORIES. 63

le pouvoir, car un canon disait que ce qui existait suffisait. Beaucoup de raisons de ce genre sont rapportées dans les actes écrits alors, à la confusion de l'hypocrisie et de la transgression. De plus, un canon apostolique nous ordonne de les maudire. Car il est écrit : « Que celui qui vous donnera un enseignement différent du mien soit anathème » , et encore : « si moi Paul ou bien un ange du ciel vous donne un enseignement différent de celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème (1) «.Or ils nous ont enseigné ce qui n'est pas dans l'Évangile ni dans le concile des trois cent dix-huit Pères, ni surtout dans les actes du concile d'Éphèse qui anathématisa Nestorius et le dogme des deux na- tures. De plus, ceux qui se rassemblèrent à Chalcédoine nous ont donné contre tout droit une nouvelle profession de foi, et par suite tombent sous l'anathème apostolique et sont maudits avec justice par tous les fidèles. Ce n'est pas de notre propre jugement que nous les anathématisons, mais c'est en suivant les canons apostoliques et les professions de foi des saints Pères que nous les déclarons transgresseurs et maudits.

LX

Un homme craignant Dieu de notre époque vit en songe tous les évêques réunis; l'apôtre saint Paul était au milieu d'eux et leur disait : Voici les préceptes que je vous ai donnés, voici les bornes que je vous ai posées, voici mes commande- ments; et après les avoir réprimandés il leur dit : Prenez et lavez-vous la figure dans ce vase. — Il y avait au milieu d'eux un vase plein d'eau et quand ils se furent lavés, leur figure fut couverte de lèpre et l'Apôtre dit : Pas un de vous n'a été trouvé pur.

LXI

J'ai entendu dire qu'un saint avait grande familiarité avec

I l'impie Marciea, il le réprimanda au sujet du dogme des deux

natures et lui dit spontanément et avec sainteté : Je suis près du

(1) Gai., I, 8.

64 PLÉROPHORIES.

Messie et l'ai accompagné en tout lieu, quand il faisait des pro- diges, guérissait, enseignait, était injurié, poursuivi, arrêté, fla- gellé etcrucifié, et quand il fut enterré, ressuscita, monta au ciel, et s'assit à la droite de son Père, j'étais partout avec lui et celui que j'ai vu enseigner, guérir les malades et ressusciter les morts était aussi celui -qui souffrait, qui pleurait, avait faim et soif et supportait les autres souffrances, je n'en ai jamais vu deux en lui, un et un autre, mais c'était toujours le même qui opérait des prodiges et souffrait, et le Verbe de Dieu incarné n'a qu'une na- ture. L'impie Marcien fut interdit et couvert de honte et le laissa en paix.

LXII

Un autre serviteur du Messie nommé Jean (a»ajL..^oocLo ^i-a.), l'un des fidèles (ï Alexandrie (1), discutait avec son comte qui était nestorien et noyé dans le dogme des deux natures (2). Il lui dit : Tu crois que la sainte Vierge est mère de Dieu. Et comme ce- lui-ci répondit : Je crois qu'elle est mère de Dieu et mère du Messie, il répondit : En a-t-elle donc engendré deux ou un? — Et l'autre ainsi pressé eut la bouche fermée et tous les voisins dans leur admiration louèrent Dieu qui avait donné tant de sa- gesse à son serviteur pour la vérité.

LXIII

Le père Jean, évoque appelé ux^a.?; et archimandrite d'un monastère d'Egypte, homme saint et prudent, disait au sujet du concile de Chalcédoine : C'est la parole dite par les Juifs au Messie : Pourquoi toi, qui es homme, te fais-tu Dieu, en te comparant à Dieu?

LXIV

En PampliiUc, un séculier, nommé Marcianus, orthodoxe zélé, réprimanda publiquement son évèque au sujet de la foi

(1) Cf. SlipiM cil. N.WVI.

(2) Cpclmpitre, coimiio lo procèdent et bien d'autres, prouve ce que j'ai annoncé, à savoir que poui- les .lacobitos nature siguilie persoiuie.

PLÉROPHORIES. 05

qu'il enseignait mal. Il fut saisi par le gouverneur {u<^u) et fut frappé sur le dos et le ventre au point d'être laissé pour mort. On le conduisit ainsi à sa maison, croyant qu'il allait mourir. Le jour suivant il était complètement guéri. Il raconta aux fi- dèles : Je vis un homme vêtu d'habits blancs qui se tenait à ma droite et depuis lors je ne sentis plus les coups, ils me touchaient comme du papier. Un homme qui avait un mal cruel et n'avait pu le guérir depuis plusieurs années le lava avec le sang qui coulait du corps de ce fidèle, il prit ce sang avec foi et fut aussitôt guéri de son mal.

LXV

Au temps où notre vénérable Père, le Père Pierre, était évê- que et demeurait dans son église de Maiouma, le Père Isaïe, le solitaire, eut dans sa cellule la vision suivante : Il vit au milieu de la terre habitée un tas d'ordures, large et élevé, qui en couvrait la plus grande partie, et mettait les gens en fuite par sa puan- teur. Un ange portant une pelle descendit du ciel, et dit au Père Pierre, évêque : Prends-moi cette pelle et débarrasse la terre de ces ordures, car tu es chargé de l'en purifier. Le saint s'excu- sait en disant : Je ne puis pas faire cela, c'est au-dessus de ma force et c'est même complètement au-dessus des forces hu- maines, mais l'ange continua à le presser jusqu'à ce qu'il eût pris la pelle en main pour purifier la terre.

Après cette vision, le Père Isaïe quitta sa cellule dès l'aube et vint trouver le bienheureux à Maiouma. Quand ils se furent salués, il lui raconta sa vision, puis retourna à sa cellule. Quant à la signification de ce songe, la sagesse de Dieu, qui sait tout, la connaît seule, et le temps futur devait la montrer.

LXV [bis)

Le bienheureux Timothée, archevêque (ï Alexandrie et confesseur, raconta ce qu'il vit au Père Jean qui lui fut envoyé, quand il était en Chersonèse (1), par les Pères orthodoxes de

(1) Timothée fut d'abord exilé à Gangra, puis de là en Chersonèse, cf. Land, III 1. IV, ch. XI. Cf. supra, cli. xxvi.

5

66 PLÉROPHORIES.

Palestine et par notre Père l'évêque Pierre (1) pour le visiter et le consoler : quand on rassembla le concile de Chalcédoine, je vis en songe une grande assemblée dans Téglise d'Alexandrie, et quand je m'approchai pour recevoir la communion {v^ia^), je trouvai que le pain était noir et le vin changé en vinaigre, cela annonçait la trahison qui devait avoir lieu, par la permis- sion divine, dans les églises.

LXVI

L'archevêque Timothée raconta encore au même : Lorsque le bienheureux Dioscore devait se rendre au concile, j'eus la vision suivante : je vis le bienheureux Dioscore entrer à l'église de Saint-Jean-Baptiste pour lui demander de revenir sain et sauf, et lui faire une prière. Après la prière, il alla s'asseoir sur les degrés, selon sa coutume, et quand il se fut assis, tout le clergé s'éloigna et l'abandonna; je restai seul avec lui, et tandis que j'y étais, voici qu'un grand loup furieux accourut et se jeta sur saint Dioscore, il le prit par derrière et le mordit, mais comme il n'avait pas de dents, il ne lui fit aucun mal. Un soldat arriva alors, et tua ce loup féroce, qui n'est autre évidemment que Protérius (2).

LXVII

L'archevêque Timothée raconta encore au même : Je vis, à la même époque, un cheval sauvage. et indompté qui grattait du pied et effrayait le monde. Tous le fuyaient, j'eus seul le cou- rage d'aller au-devant; je le vainquis avec l'aide de Dieu, le liai, l'enfermai dans une cellule et depuis lors il ne reparut pas. Il s'agissait là de l'impie Marcien et de sa mort sous la colère divine.

(1) l'iorn- aviiil conlriljuù an sacro do Tiniotlioo, cf. Laiid. 111. p. l:3.j. i. lu.

(i) IM'Otérius est aussi appolé un loii|» clioz Land. t. III, p. \-2l, 1. 13. Il fut tué parles soldats romains, c'est-à-diir grocs. (Ibidem, p. 130. Cf. Évatriiiis, //. A"., 11. eh. vni.)

PLKROPHORIES. G7

LXVIII

Il raconta encore une autre vision que Protérius lui-même interpréta au temps oi^i il était clerc avec lui : Je vis, dit-il, un tyran qui entraitdans l'église et combattait avec tout le monde, il frappait ceux-ci, poursuivait ceux-là et tuait ou accablait d'in- jures ceux qui restaient. Je fus saisi d'indignation et ne suppor- tais pas cette fureur et cette guerre. Fortifié par le Seigneur, je pris confiance, luttai avec lui et dans mon indignation le chas- sai de l'église. Le jour suivant, je racontai cette vision aux clercs. Protérius qui était présent me répondit : Après saint Dios- core, un hérétique dirigera les Églises, tu le combattras et tu seras évêque à sa place.

LXIX

Le même Protérius en dit autant à une sainte femme de cette époque, lorsqu'on apprit à Alexandrie la déposition et l'exil du bienheureux Dtoscore. Il dit que le successeur de Dios- core serait un antéchrist, aussi elle le lui reprocha en face, et, en conséquence, souffrit beaucoup de lui et reçut la couronne des confesseurs.

LXX

Le bienheureux Évagrius mon frère, qui avait adhéré aux évo- ques, sortit (Xq Beyrouth avec Zacharie (I), Antale et Philippe pour renoncer au monde; il vint à Tyr, auprès du Père Élie, prêtre, et y fut converti à la foi orthodoxe. La veille du jour où il devait anathématiser le concile de Chalcédoine et s'attacher à Élie, il vit durant la nuit un homme vêtu d'habits sordides qui avait un ulcère ancien et purulent. Il le nettoya et fut guéri. Et le lendemain, comme je l'ai dit, il anathématisa le concile. Il se souvint alors de son rêve, l'ulcère purulent représentait la pour- riture de ceux des deux natures.

(1) Cf. ch. xit ot Lxxiii.

68 PLÉROPHORIES.

LXXI

Le Frère Anastase, moine ô'Édesse (1), qui était scolastique, eut aussi une vision miraculeuse. Il était alors à Beyrouth du parti des renégats quand il vit un saint vieillard qui lui dit : Si tu veux être sauvé, prends un cheval, cours près del'évêque Pierre ribérien, tu en recevras la vérité et tu seras sauvé. Aussitôt il abandonna tout et vint près de notre Père qui était alors i^^îoc^i^ près du Père Grégoire. Il lui raconta sa vision et les autres, plus nombreuses, qu'il avait eues à Antioche, et qui lui annonçaient par avance qu'il devait quitter le monde et l'abandonner complè- tement. Il le persuada, fut reçu par lui et instruit dans la vraie foi, puis il analhématisa le concile de Chalcédoine, fut moine près de lui et abandonna le monde.

Il nous racontait : Au moment où j'allais me joindre aux ortho- doxes, la nuit précédente, je me vis comme un nouveau baptisé, revêtu d'un habit brillant, et beaucoup, portant des cierges, marchaient devant moi. J'étais perplexe et me demandai ce qui m'arrivait là. puisque j'avais été baptisé une fois dans mon en- fance. Je vis alors le même veillard qui m'était apparu à Betjrouth, il me dit : Ne crains pas et ne sois pas perplexe, car ce n'est pas un second baptême, mais tous les orthodoxes sont honorés de cette lumière, de cette gloire et de cette clarté.

LXXIl

L'ami du Messie Caius (^^ij.,,^) eut une vision semblable. C'était un prince de Sébaste en Palestine où est conservé le corps de saint Jean-Baptiste (-2). Il rencontra le bienheureux évê- que Pierre, fut instruit par lui et en reçut la perfection de la foi orthodoxe. Au moment où il allait anathématiser le concile de Chalcédoine et se joindre aux saints, il se vit en songe revêtu d'habits blancs et beaucoup marchaient devant lui avec des lampes et des cierges, comme devant un baptisé. Aussi c'est

(1) Il p.sl niontiniim'' (Unis la \"ic de Sévère, p. '^b. I. iîl. ot cette vision y est ra- contée, p. 2i, I. lii-ir».

(2) Cf. eh. XMX.

l'LÉRoriiuiîiF.s. 69

avec conviction qu'il quitta les schismatiques et il devint or- thodoxe zélé.

LXXIII

Le scolastique Zacharie, celui de Maiouma, était orthodoxe et très zélé, il connaissait très bien les dogmes, de sorte qu'il pouvait instruire les autres. Au temps où il était à Beyrouth, il lui sembla qu'il se trouvait dans l'Église des partisans du concile où le peuple était assemblé, et les diacres qui don- naient la coupe, ne la proclamaient pas sainte et mystérieuse, mais bien méprisable et indigne de respect. Il était plein d'é- motion et d'effroi quand il lui sembla voir le Père Isaïe, Père des moines, qu'il connaissait, car il l'avait vu très souvent, qui lui dit : Fuis l'Église de ces partisans de quatre dieux et sépare-toi d'eux (1).

LXXIV

Un prêtre (ï Alexandrie nommé v'^m^on (ou v.am.Lio)L), homme remarquable par sa pureté et sa vie cénobitique, nous raconta ce qui suit : Au temps où .^a.;^^»^^ dirigeait l'Église à." Alexan- drie (2), j'étais diacre de l'Église de Rinocoroura (ivo^oMu.) (3) ; j'é- tais chargé du trésor et du soin des vases sacrés; je demeurai doncet couchai, par nécessité, dans l'église. L'évêque de cette ville avait été chassé comme hérétique par les habitants, il alla près de -ca-îQ-sA^ et voulut revenir occuper son église. J'étais diacre,

(1) Ce Zacharie, de Maioiiina, appelé le Scolastique, qui a été à Beyrouth, qui a grand zèle et qui connaît Isaïe, semble bien être le Zacharie, auteur de la Vie de Sévère d'Antioche publiée par Spanuth, et de la Vie d'Isaïe publiée par M. Land., t. m, p. 34G. Il peut aussi avoir écrit l'histoire pul)liée chez M. Land (III, livres 3 à?) car les nombreux parallélisnies signalés entre l'écrit de Jean de .]ialouma et l'histoire de Zacharie publiée chez M. Land nous sont un nouv(\iu motif pour aflir- mor que l'auteur de ce dernier ouvrage a dii vivre à Maiouma avec les familiers survivants de Pierre l'Ibérien. Cf. page 79, note 2 : l'auteur de la Vie de Sévère, qui est né du reste à Maiouma, montre qu'il connaissait et estimait Jean, notre autour.

U) S'il s'agit de l'archevêque, ce doit être TimothéeU.'ûS t^o;^"*' (Solofaciolus), qui succéda à Protérius et fut seul archevêque d'Alexandrie durant l'exil de Ti- niothéo Elure, Land, III, p. 145.

(o) Voir le chapitre suivant.

70 PLÉROPHORIES.

comme jo l'ai dit, je songeai à attendre son arrivée pour lui remettre d'abord tous les vases sacrés, puis à fuir le démon et la calomnie. Durant la nuit, tandis que je dormais à la sacristie, je vis une grande foule de saints habillés d"habits blancs; la sainte Mère de Dieu était au milieu d'eux et sem- blait s'éloigner; elle était assise sur une ànesse richement harnachée; comme les saints, marchant devant elle, lui disaient de se hâter, et qu'elle allait passer, elle me vit du haut de son ânesse, s'arrêta et me dit : Va-t'en d'ici, et ne demeure pas plus longtemps.

Et celui-là, qui fut ordonné prêtre, vint à Alexandrie, où il plut beaucoup aux Pères orthodoxes. Quand le saint évêque Timothée revint, il fut en grande faveur auprès de lui, car c'était un homme excellent, orthodoxe et orné de toutes les perfections, il brilla jusqu'à la fin dans la foi, et durant la vie du bienheureux Timothée et après sa mort; jusqu'à son dernier soupir, il rassemblait le peuple et le confirmait dans la foi.

LXXV

Le même nous racontait : Au temps où l'évêque hérétique dont je viens de parler devait venir à Rinocoroura V'ov^Vr^, tous les clercs orthodoxes de cette ville et moi nous songeâmes â partir avant son arrivée. Un habitant de la ville, qui avait un nourrisson non baptisé, demandait qu'il fût baptisé par des orthodoxes avant que l'évêque n'arrivât et ne voulût le faire. Quand il eut reçu le baptême, le nourrisson cria : Arrêtez, arrêtez cette colombe qui vole et qui s'enfuit. C'était le Saint- Esprit qui apparaissait sous la forme d'une colombe et mon- trait qu'après le triomphe des hérétiques il partait et aban- donnait les églises.

LXXVI

Notre Père nous racontait le fait suivant : Quand nous de- meurions dans la ville (?) (ïlamnias (>fl>i..v^.i; iioi^^) au temps où Profcn'iis était à Alexandrie, j'avais pour ami un clerc que j'avais cru d'abord orthodoxe et zélé, mais qui adhéra

PLERÛlMIurUES.

71

à la fin à Proterius et devint économe et gérant des affaires de rÉglise, c'mporté par sa grande fantaisie. Un jour que j'allai voir un saint et que je me hâtai, je le rencontrai dans un passage étroit de la ville. Quand je le vis, je voulus me dé- tourner, mais il ny avait pas assez de place; je tournai donc mon visage du côté de la muraille. Quand il m'aperçut et me reconnut, il vint me souhaiter le bonjour, et moi je ré- pondis en hâte à son salut en lui disant : Sois béni. Il me dit : Pourquoi me fuis-tu? Ne suis-je pas ton ami? Quel péché ai-je commis pour que tu t'éloignes de moi? Je lui répondis seu- lement : Tu sais bien ce que tu as fait, et je passai. Cette même nuit, je vis une grande plaine remplie d'une lumière et d'une gloire célestes et occupée par une foule de saints et par les cohortes des anges. Tous louaient Dieu et le Seigneur était au milieu d'eux. Quand je le vis, je courus à lui et me hâtai pour l'adorer; je songeai alors à la grande intimité et à la confiance que j'avais envers lui. Quand il me vit de loin venir à lui, devant tous les saints il détourna son visage avec tristesse et indignation. Tous les saints s'étonnaient, mais je compris aussitôt que la cause de cet événement était la réponse que j'avais faite au renégat. Je me prosternai avec larmes et lui dis : Seigneur, aie pitié de moi, tu connais les cœurs et tu sais que ce n'est pas de tout cœur et par ma volonté que j'ai fait cela, mais bien dans ma hâte et mon trouble. Tous les saints intercédèrent pour moi et enfin à grand'peine il con- sentit à me recevoir (1).

LXXVII

Notre Père nous racontait encore l'histoire suivante au sujet du scolastique Sérapion, homme fidèle zélé pour l'orthodoxie. Il aimait les saints et était le premier des scolastiques d'Alexan- drie au temps de Proterius. Il consolait les saints persécu- tés en tous lieux et les secourait du fruit de son travail. Aussi il fut favorisé par Dieu de la vision suivante :

(1) Ce trait du caractère de Pierre est très intéressant; il se repent davoir été froid envers un renégat. Cette douceur de caractère le distingue des moines, ses voisins.

72 PLÉROPHORIES.

Les grands cV Alexandrie, pouf la satisfaction de Protérius chassaient alors les clercs orthodoxes et les moines de la ville et de tous les monastères situés autour. Les saints n'osaient pas se montrer ni consacrer la communion pour les fidèles en la fête du Seigneur universellement célébrée (je veux dire) le jour de Pâques. Le scolastique Sérapion, dont nous avons parlé, caché dans sa maison à cause des renégats, était dans l'angoisse et la douleur de se voir privé de communion un jour comme celui-là. Quand arriva l'heure de la nuit sainte où la foule des fidèles a coutume de se rassembler, il descendit dans sa cour sous le ciel, se jeta à genoux, pria avec larmes et supplia Dieu les mains étendues vers le ciel. Quand il eut terminé sa prière, il ferma les mains et y trouva une portion du corps du Seigneur (mip» ivsss^ i^^^^. Il la prit et fut ainsi fortifié et confirmé dans la foi. Il fut même jugé digne d'être envoyé enchaîné à Marcien sur l'ordre de Pro- térius et de recevoir la couronne des confesseurs. Ce fut surtout à Constcmtinople qu'il fut favorisé de la grâce et de la protection de Notre-Seigneur, car il parut si modeste à l'empereur qu'il fut mis en liberté et put demeurer en paix à Constantinople et prendre rang parmi les scolastiques de cette ville dont il devint le premier. C'est là qu'il mourut.

LXXVIII

Des scolastiques orthodoxes Ôl' Alexandrie qui étudiaient à Beijrouth,2i\\èvex\im\]o\iY, avec d'autres, près d'un stylite qui habitait un village à côté de cette ville. Ce stylite apprit par d'au- tres qu'ils ne communiaient pas à l'église ni avec les évêques, il leur demanda, tout en colère : Où communiez-vous, puisque vous êtes étrangers? Ils répondirent avec confiance : Nous avons la communion de nos saints Pères orthodoxes et nous en pre- nons. Il leur dit : Comment se fait- il que vous qui êtes sécu- liers, ayez l'audace de prendre la communion? Ils ivpondirent : Nos Pères, qui sont de vrais clercs orthodoxes, nous conseillèrent fortement de faire ainsi et dirent que c'était permis et conve- ii;ilile. — Rentrés à Beyrouth et quand vint le diniaiirhc l'un d'eux, se rappelant les paroles du stylite, hésitait à prendre de

PLKIIOPIIORIES. 73

lui-même la sainte communion, enfin il s'approcha avec foi, la prit, et trouva alors clans sa main un caillot de sang. Ce scolasti- tique qui, à la fin, devint moine, nous raconta lui-même ce pro- dige (1).

LXXIX

Le bienheureux Etienne, prêtre (2), qui avait été archidiacre à Jérusalem, orthodoxe zélé, avait une sainte sœur qui durant les jours bénis du carême sortait tous les samedis (durant toute Tannée elle jeûnait) et allait veiller à l'église de Saint-Étienne et de Saint- Jean-Baptiste. Elle en arriva un tel degré de per- fection et de pureté qu'elle vit face à face saint Etienne et saint Jean. Ils venaient près d'elle, lui parlaient et la bénissaient. Après le concile de Chalcédoine, elle se demanda si elle devait encore, selon son habitude, se rendre à l'église et prier avec les oppres- seurs et surtout avec le renégat Juvénal qui dirigeait alors l'Église. Elle souffrait surtout de devoir se séparer de la com- pagnie des saints. Alors saint Etienne lui apparut et lui dit: Va, demeure dans ta cellule et tu ne perdras pas ton liéritage. Ne souffres pas d'être séparée de nous, car où tu seras, nous serons et nous demeurerons avec toi.

LXXX

Une femme orthodoxe de Pamphilie renonça au monde avec ses filles, vint à Jérusalem et trouva le repos sur le mont des Oliviers (3). Un jour qu'elle allait adorer au saint lieu de l'As- cension, il se trouva qu'il y avait là un office et les portes furent fermées sans qu'elle s'en aperçût. Comme elle ne pouvait sortir, elle se cacha derrière un pilier jusqu'à la fin de l'office et retourna

(1) Cf. chap. xxxviii. Cette dernière histoire semble montrer que la pratique (le prendre la communion longtemps d'avance touchait à sa fin. De plus, ce chapi- tr(>, le précédent et le chapitre x présupposent la croyance à la présence réelle.

(2) Cf. ch. Lvni.

(3j Sur le mont des Oliviers, près de l'église de l'Ascension, ('noaxa..S), nolile Ro- main, avec sa femme Mélanie et sa mère Albina avaient fondi' dfux monastères, l'un pour les hommes et l'autre pour les femmes. C'est là qu'habita d'abord Pierre l'Ibérion quand il arriva à Jérusalem. {Petrus der Iherer, p. -27-28.)

74 PLÉROPHORIES.

à sa cellule près de ses filles. A la fin, comme elle souffrait cle la maladie dont elle devait mourir, et comme elle était proche de sa fin, elle cria et dit : Voyez quelle inculpation on me jette à cette heure. On me dit : Comment espères-tu être justifiée et avoir place parmi les orthodoxes, toi qui durant une assemblée de ces renégats, as voulu demeurer et voir ce qu'il n'était pas permis de voir et qui caractérise leurs semblables? — Cela nous fut raconté par son fils, nommé Théochde : qui était orthodoxe et devint diacre.

LXXXI

Elle racontait encore qu'elle se vît s'approcher du trône de Dieu pour être jugée. Elle entendit alors une voix qui venait de ce trône : Confesses-tu que le Verbe de Dieu est né de la sainte Vierge Marie mère de Dieu? Confesses-tu que le fils de Dieu a été crucifié et a souffert pour nous? Et après sa profession de foi elle fut reçue et admise à adorer l'humanité (du Verbe).

LXXXII

KAttale (p>i>>^ij) de Pampliilie, la supérieure d'un couvent de sœurs orthodoxes s'appelait Zouta (m,oj). Elle était fidèle et pure dans sa conduite et dans ses pensées et vivait dans un grand as- cétisme. Tandis qu'elle était dans la stupeur après l'annulation de l'encyclique, elle se vit transportée au paradis : au milieu était l'arbre de vie, des abeilles volaient tout autour et voulaient goûter à l'arbre de vie, mais on ne le leur permettait pas, elles étaient chassées par un diacre revêtu d'habits blancs qui se tenait près de l'arbre et les chassait avec son étole (oijjo/). Elle demanda pourquoi il les chassait et il répondit : Parce que celles-là, après l'annulation de l'encyclique, adhérèrentau concile de Chalcédoine. — Un jour quel'évêque cVAtlale, Claiidien, vint la voir, et qu'elle lui reprochait d'avoir signé ce qu'on appelle l'antiencyclique (1), il s'excusa en disant : Je l'ai signée de la main et pas de l'esprit ni du cœur. Elle lui répondit : Comment la main peut-elle se mou-

(1) Sur l'anlioiicycliciiic (Ininn'c par Z('iion, cf. I.ainl. l. 111. I. N'. di. \. (T. siipi-a

cil. vil l't I.IX.

PLÉROPIIÛRIES. 7j

voir si Tesprit ne l'a pas voulu auparavant et ne Ta pas mise en mouvement; de même qu'un mort ne peut se mouvoir, de même la main sans Tàme.

LXXXIII

Le Père Léontius, ermite de Lycie et célèbre en tous lieux, eut une vision au moment où l'on allait publier rantiencyclique et renverser l'encyclique orthodoxe. Il vit l'autel de l'église ren- versé et les choses saintes à terre, aussi il disait à tout le monde : Je n'adhérerai jamais à l'Église des partisans de quatre Dieux.

LXXXIV

Un autre saint à la même époque vit l'Église changée en une étable dans laquelle étaient toutes sortes de brutes animaux et beaucoup de pourriture.

LXXXV

Le bienheureux Épictète, prieur d'un grand monastère or- thodoxe en Pamphilie, eut aussi une vision que nous raconta l'évêque Épiphane (1) qui fut son disciple et la tenait de lui- même. Il YiXAmphiloque, évêque de Saïda (i^*^), qui passait pour miséricordieux et orthodoxe et dont les actes n'étaient pas blâma- bles, mais qui avait souscrit la lettre de Léon et les actes du con- cile de Chalcédoine, il vit donc cet évêque avec Épiphane, évêque de Perge, enfoncés tous deux dans la boue jusqu'au cou. Le Père Épictète tout en pleurs demanda à Amphi loque :. Comment le trouves-tu dans cette boue, toi qui as toujours brillé par la perfec- tion de la vie? Il me répondit : Tout ce qui est bon vient de Dieu et le mal vient de nous, je souffre tout cela, seigneur Père, à cause du concile de Chalcédoine auquel j'ai souscrit.

(1) Cf. cil. XLIV.

76 PLÉROPHORIES.

LXXXVI

Il y avait à Alexandrie une femme vénérable et digne de louanges, nommée p^^oin^/ (chez Michel o>.:^in^/\ Après le re- jet de l'encyclique elle se demandait ce qu'elle devait faire pour être sanctifiée. Elle supplia le Seigneur de lui donner un témoignage et elle fut exaucée à cause de sa grande pureté. Elle vit une église spacieuse qui contenait deux autels, Tun était grand, mais sombre et nu, et un évoque qui avait adhéré au concile de ChcUcédoine et qu'elle connaissait y officiait; l'autre à droite était petit, mais il resplendissait, orné qu'il était d'or et de pierres précieuses, et un petit enfant y officiait; c'était le Sei- gneur qui lui dit : Viens communier ici. — Elle fut ainsi con- vaincue, loua Dieu, refusa la communion de ceux des deux natures et demeura orthodoxe sincère et illustre par sa vie et par sa foi.

LXXXVI I

Dans le monastère du Père Romanus i\x^;, chez Michel .icojhoo;) ( 1 ) se trouvaient deux frères de Péluse, des premiers de la ville ; ils se nommaient Jean et Timothêe et avaient renoncé au monde du vivant du bienheureux Romanus, de sorte qu'ils avaient reçu de lui, peut-on dire, l'habit monacal. Longtemps après la mort du Père Romanus, Timothêe, l'un d'eux, tomba dans une grave maladie, et, après sa mort, les frères le prirent, selon la cou- tume, le lavèrent et le placèrent sur un siège. Quand ils allaient l'enterrer, il se leva brusquement et s'assit, au grand étonnement et à la grande stupeur de tous. Beaucoup de moines accouru- rent avec celui qui dirigeait alors le monastère et ils lui de- mandèrent s'il était mort en réalité et comment après sa mort il avait pu ressusciter. Il leur répondit : En vérité j'étais mort et avais été conduit au lieu du jugement et de la justice, je passais en jugement. A ces mots il pleura amèrement et cria avec gémissements : U sincérité, ô sincérité, 6 sincérité,

(1) Cf. i-h. x fl xxv.

PLEROPHORIES. ii

VOUS m'êtes tous témoins que j'ai toujours eu souci, quand j'étais avec vous, de ne scandaliser aucun des frères et que j'ai été fidèle en tout. Ce n'est cependant pas cela qui m'aurait fait trouver miséricorde et aide à cette dernière heure et m'au- rait arraché au supplice, mais c'est d'avoir conservé sans ta- che la foi orthodoxe, et de m'être éloigné depuis mon enfance jusqu'à cette heure de tout rapport avec les renégats de Chalcé- doine.

LXXXVIII

Dans Antioche la grande arriva le fait suivant que j'ai vu. Comme j'y ai été mêlé, j'ai cru nécessaire de l'ajouter à ce qui précède pour augmenter la foi de beaucoup :

Il y a dans cette ville un palais impérial, qui ne le cède en rien, disent ceux qui l'ont vu, ni en beauté, ni en grandeur, ni en tout genre de perfection, à ceux de Rome et de Constanti- 7iople. A cette époque il était fermé, parce qu'il ne servait pas, on le gardait pour le cas où l'empereur viendrait dans cette ville. Près de la grande porte, qui était déserte et fermée comme je l'ai dit, un homme du peuple vêtu d'un habit sombre vint habiter. Il se fabriqua sous la porte une petite tente, et y ha- bita été et hiver dans le froid et la nudité, car il n'avait qu'une tunique. Il demeura là en paix sans prononcer un mot, car il demeura seul pendant de longues années et priait dans les gé- missements et les larmes.

Il n'acceptait jamais rien de personne, ni or, ni argent, ni ai- rain, mais un foulon son voisin, qui avait là son atelier, lui por- tait le soir un peu de pain avec un plat d'herbes ou de légumes et de l'eau. Il prenait ce qui lui était nécessaire et donnait le reste aux pauvres qui avaient coutume de venir près de lui. Il servait ainsi d'exemple au monde (1).

Lorsque j'en entendis parler, je voulus aller le voir, je crai- gnais de fatiguer ce vieillard et de l'ennuyer par ma visite. Ce- pendant j'allai le voir après avoir invoqué le Seigneur. Quand

(1) Cette introduction est très caractéristique, on nourrissait alors des solitai- res, sur des colonnes (les stylites) ou dans des réduits, comme nous élevons des oiseaux dans les ca^es.

78 PLEROPHORIES.

il me vit, il me reçut avec plaisir et me regarda d'un visage joyeux. Je trouvai un homme arrivé au milieu de la vieillesse et débile. Sa figure était sèche etémaciéepar le deuil, les larmes et la solitude. Comme je trouvai grâce près de lui, je lui deman- dai : Puisque tu aimes la vie solitaire, pourquoi ne la professes- tu pas dans le désert ou dans un monastère, au lieu de le faire dans une ville comme celle-ci, splendide et bien ornée, et d'ha- biter une place publique et un endroit qui ne convient pas? — Il leva silencieusement la main droite vers le ciel, me montrant par ce signe que Dieu le lui avait ainsi ordonné. Je lui deman- dai : Pourquoi pleures-tu? Il ne me répondit pas. J'osai lui dire encore : J'ai pensé que la fin approchait et que tu nous avais été envoyé en témoignage pour l'annoncer au monde en ce lieu. — Il ne me répondit que par des larmes.

Depuis lors j'allai le voir souvent pour me rendre compte de sa perfection et m'édifiera sa vue quand j'en avais le désir. Il était orthodoxe et zélé pour la foi; il blessait beaucoup les Nestoriens, car à leur vue il détournait son visage, aussi il fut brisé de coups par eux, comme je l'appris après mon départ, et, affaibli par ces coups, il mourut en confesseur

LXXXIX

A cette époque, il y avait à Qennesrin un évêque nommé Nouno. Il était moine depuis son enfance et avait été solitaire pendant longtemps dans le grand et célèbre monastère appelé de Aba Afjiba qui est près de la ville (1). Il devint à la fin chef et supérieur de ce monastère. Au temps de l'évêque nestorien Martyrius, qui fut chassé LVAiifiochc à cause de son hérésie évi- dente, il y eut de nombreux contlits, et l'évoque A'o^^/io'dont nous avons parlé se montra très zélé. Il était alors chef du monastère et conduisit ses frères à Antioche, où ils aidèrent puissamment les orthodoxes, jusqu'à l'expulsion de J'hérétique Mnrh/rius (2); aussi pour le récompenser de son zèle et de sa diligence, Pierre, qui était évoque orthodoxe d'Antioche au temps

(1) On plarait :ï tort près do Qennesrin, entre Alep et Antioche, le monastère de ll:ir Ai>litonius (cf. Itar llehivus, C. li., I, :iô9--.iG3). Ce dernier monastère, comme 11- dit I!. II., l'Iait sitiii" sur i'Eiiplirate.

CJ) Cf. i!;u' llflirciis, c/tronicon EcctesiasHcuiii , I, ISl.

PLÉROPHORIES. 79

de rencyclique (1). le sacra évèque de Qennesrin. Comme il m'aimait beaucoup, nous étions familiers, et il m'entendit par- ler du saint vieillard dont il est question ci-dessus, qui demeu- rait près du palais. Quand il sut que je le connaissais, il me de- manda de le conduire pour qu'il fit sa connaissance. En route, je dis à l'évèque de m'attendre un peu et que j'allais le précé- der pour voir si le vieillard n'était pas en prières et si nous ne le dérangerions pas, et pour lui annoncer un zélé visiteur. En arrivant, je le trouvai en prières : j'attendis qu'il eût fini et en- trai; mais tandis que je lui parlai, l'évèque Nouno, trouvant le temps long, s'approcha et frappa au dehors pour entrer. Quand je l'entendis, je dis au vieillard : Voici celui dont j'ai parlé à ta sainteté; — je me levai et allai au-devant de l'évèque. Dès qu'il entra, le vieillard le regarda au visage et fut rempli de colère, puis lui souffla plusieurs fois à la figure, de sorte que l'évèque en était plein de trouble et de honte. Je demandai au vieillard et le suppliai de ne pas faire cela, je lui dis que c'était un évè- que zélé qui avait beaucoup travaillé pour l'orthodoxie. Mais le vieillard soufflant toujours étendait les mains, et se rapprochait avec un air de menace. Il montrait une grande colère et disait : « Celui-là, celui-là », au point que j'emmenai l'évèque et sortis, plein de honte, pour ne pas exciter davantage le vieillard. Après cette aventure j'étais perplexe et me demandai pourquoi motif le vieillard avait été si excité contre Nouno et ce qu'il avait donc vu en lui.

La suite des événements me fit connaître ce motif, car cet évèque qui avait été zélé et ascète et qui passait pour un cham- pion de l'orthodoxie, abandonna la foi' au temps de l'hérétique, de l'impie et du païen Calendion et se joignit à lui. Un grand deuil saisit tous les orthodoxes quand on le vit oser dire que le Messie est un homme qui revêt Dieu ou qui a été pris (par Dieu) et que la sainte Vierge est la mère du Messie, puis confondre, mé- langer et doubler le Messie, et autres choses analogues que nos Pères orthodoxes rejetèrent ensuite (2). Elles avaientété dites en

(1) Cf. cil. VII et Lix et Bar Ilébreus, loco cUalo.

(2) La Vie de Sévère (page 23) ajoute quelques détails aux précédents sur notre auteur : après la mort de Pierre rihérien, on choisit pour l'autel Jean appelé liufus, qui auparavant étudiait les lois à Beyrouth. Il fut appelé du lieu de ses études dans le clergé cV A ntioche là grande, par le patriarche Pierre, qui l'ordonna

80 PLÉROPHORIES.

toute simplicité par quelques-uns des saints Pères, non pour montrer la dualité du fils, des personnes du Messie ou de la na- ture, mais pour établir et confirmer qu'il y avait eu incarnation véritable et complète, comme nous l'apprenons par leurs nom- breux livres et écrits. Les Pères orthodoxes, comme je l'ai dit, rejetèrent ces locutions, parce que les hérétiques s'appuyaient sur elles pour dire qu'elles confirmaient complètement leurs er- reurs. Ainsi ils défendirent de dire : « deux natures après l'union » et de dire simplement quand on donne la communion : « le corps du Messie », mais bien : « le corps du Verbe de Dieu », ou encore : « le corps du Messie Verbe de Dieu et notre Sauveur », comme l'a enseigné le bienheureux Cyrille dans l'interprétation du cha- pitre onze et le bienheureux Timothée dans le mimré qu'il com- posa contre la lettre de Léon et le concile de Chalcédoine.

Quelques-uns des clercs cVAntioche, au temps où Martyrius gouvernait cette Éghse, eurent l'impiété, quand ils donnaient la communion, de dire cette simple parole : « le corps du juste ». On peut leur adresser avec justice la parole suivante de l'Apô- tre (1) : « Si celui qui transgresse la loi de Moïse doit mourir sans miséricorde sur le témoignage de deux ou trois témoins, quelle dure punition ne devra pas recevoir celui qui méprise le fils de Dieu et se rend coupable du sang de son testament par lequel nous sommes tous sanctifiés, et humilie l'esprit de bonté »? C'est une belle parole et un beau témoignage pour toute la terre habitée que la parole de Dieu au saint Josué fils de Noun, qui succéda au grand J/o^s-e dans sa charge et ses privilèges : Après ces grands prodiges sur la mer et dans le désert, après la manne, après les nombreuses et grandes victoires, après le passage du Jourdain, après la prise de Jéricho et la chute de ses murs au cri du peuple et sa perte complète et sa malédiction, après tous ces prodiges, à cause du péché d'un seul homme qui transgressa l'ordre de Dieu et vola une partie du butin consacré, Dieu se fâcha contre tout le peuple, Israël fut vaincu par quelques combattants, beau- coup d'hommes furent tués, et tous étaient dans la crainte et le tremblement, de sorte que le peuple, y compris leur chef, le grand

j>i-(Hro ot avec leijuol ii domi-ura. Puis il alla on Palestine et professa le iiiona- cliisine avec l'illustre Pici-iv. Il avait voiuhi auparavant tout ce iiu'il ))oss('(lait a Asralon, car il i-tait (!«• là, et en avait donnt' le itrix au\ pauvres. (1) llelir.. X, l'S et 2y.

l'I.KlidlMKiHlItlS. 81

Josiié, perdit tout espoir, car il est écrit : « Le cœur de tout le peuple vacilla et devint comme de l'eau (1). » Écoutez maintenant le récit de ce qui s'ensuivit, les Livres saints continuent : Josué déchira ses vêtements et se prosterna à terre jusqu'au soir avec les vieillards du peuple, ils répandirent de la poussière sur leur tête et Josué dit : « Pourquoi, Seigneur, ai-je fait passer le Jour- dain à ton peuple pour le livrer aux Amoniiéens qui nous fe- ront périr? Nous serions demeurés et aurions habité le long du Jourdain. Et voilà qu'Israël a tourné le dos devant son adver- saire ! quand le Chananéen et tous ceux qui habitent dans ce pays vont l'apprendre, ils nous entoureront et nous détruiront de la terre. Quelle tache pour ton nom ! » Le Seigneur répondit à Josué: « Lève-toi, pourquoi te prosternes-tu à terre, le peuple a péché et a transgressé le pacte que je vous avais donné. Il a volé et a conservé du butin que je m'étais réservé. Aussi les fils d'Israël ne peuvent plus résister à leurs ennemis, car ils sont maudits, je ne serai pas davantage avec eux s'ils ne retranchent la malé- diction du milieu d'eux. »

Si donc le péché d'un seul qui transgressa l'ordre de Dieu oc- casionna une si grande colère contre tous les fds d'Israël, que di- rons-nous du concile de Chalcédoine où il y avait de nombreux évêques, et non seulement des évêques mais aussi des peuples en- tiers qui apostasièrent par leur entremise. Et ils n'allèrent pas seulement contre un simple commandement touchant une chose matérielle, mais ils renièrent la vraie foi en Dieu et en la religion, et furent anathèmes. Ils tombent aussi sous l'anathème du bien- heureux Apôtre et sous les canons des saints Pères et des conciles précédents, et ils ont attiré injustement sur toute la terre la colère de Dieu qui leur dit : Je ne serai pas davantage avec vous si vous ne supprime* pas la malédiction du miheu de vous. Et l'é- vénement l'a bien montré, car depuis lors l'empire romain a perdu ses forces et a pris fin dès qu'il fut le principe du mal et qu'il eut promulgué cette abomination qui est la lettre de Léon, et celle qui était maîtresse et impératrice de tout l'univers est mainte- nant esclave et sous la puissance des ennemis (2). C'est ce qu'a pré-

(1) Josué, vu, 5.

(2) C'est une allusion aux désastres é|)rouv(''s durant la guerre contre les Perses. Voii' en particulier la chroniiiui' du psendo-Josué le Stylite. — Mais l'armée des moines monophysites contribua beaucoup plus à l'affaiblissement de l'ernpire grec,

6

82 PLÉROPHORIES.

dit Jérémie : Comment se trouve déserte la ville qui était pleine de peuple? — et encore : La dominatrice des pays a été soumise au tribut, toute beauté a été enlevée à la grande ville, couronne de gloire, joie de toute la terre, Jérusalem a fortement péché, aussi elle est livrée au tremblement. Dieu l'a appauvrie à cause du grand nombre de ses iniquités et de l'anathème qui pèse sur elle (1). — La prophétie suivante d'Isaïe ressemble aussi à celle de Jérémie : Comment est devenue adultère la ville fidèle deSion qui était remplie de jugement et où habitait la justice? mainte- nant on n'y trouve que des assassins et des menteurs (2). — En un autre endroit il dit à leur sujet : Mallieur, malheur aux fils rebelles, vous avez tenu conseil, et non entre mes mains, vous avez fait alliance et non avec mon esprit (3). — La lettre de Léon est comme un réservoir d'impiétés et de blasphèmes, aussi peut-on maintenant leur dire avec justice au nom de Dieu : Je ne serai pas davantage avec vous, parce que l'anathème existe au milieu de vous. — Les fils d'Israël n'ont pu résister à leurs en- nemis tant qu'on n'a pas supprimé l'anathème du milieu d'eux, craignons donc que la prévarication qui eut lieu au concile de Chalcédoine n'accomplisse une prophétie de l'Apôtre et que ce ne soit là cette rébellion qui doit précéder l'arrivée de l'Antéchrist, et dont a parlé le vénérable et invincible champion de la vraie foi, Timothée, colonne et gardien de l'orthodoxie, archevêque d'A- lexandrie (4). Il dit, en effet, inspiré par l'esprit de Dieu : La pu- nition qui réalise la parole de l'Apôtre est cet affaiblissement de l'Empire romain qui n'avait pas eu lieu depuis le commen- cement jusque maintenant.

Car il a commis un grand péché en promulguant cette ini- quité contre Dieu et cette source d'impiété qui est la lettre de Léon, comme nous le voyons et l'éprouvons maintenant. Voici la propliétie de l'Apôtre dans la seconde lettre aux Tiiessaloni-

coiniric je l'ai insinué dans la prt^facc, (|ii(' cclli' l'anioiise it^ttic de Lénn. -- An lien (lp (lis|M)sor à sa l'anlaisie des desseins di- \:\ l'rovidencc n dos canses pre- iniéres, Jean aniait dû étndier les canses .secondes.

(1) Lamcnt.. i, 1 et 5.

(2)i,-.'l.

(3) xx.\, I. Lu version syriaf|ne cit(''(' par .Jean n'est pas folic cpii fnt iMipiiiiii'c> à Mo.ssonl.

(4) Nons constatons henreusenient que Jean et Tiniothôe se trompaient et (pie l'ari'ivéi' de l'AntéchrisI n'a pas .suivi le concile de Clialct'doine.

PLÉROPHORIES. 83

ciens (1) : « Nous vous conjurons, mes frères, pour l'arrivée de Notre-Seigneur Jésus-Christ et pour notre réunion avec lui, ne vous laissez pas légèrement ébranler dans votre sentiment et ne vous troublez pas sur quelque parole, ou quelque bruit, ou quelque lettre qu'on supposerait de nous. Au nom de Tamour de Notre- Seigneur, que personne ne vous trompe en quelque manière que ce soit, avant que la révolte ne soit arrivée et qu'on n'ait vu pa- raître cet homme de péché, ce fils de perdition, cet ennemi qui s'élèvera au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu et de toute crainte, jusqu'à s'asseoir dans le temple de Dieu, voulant lui- même passer pour Dieu. Ne vous souvient-il pas que je vous ai dit ces choses lorsque j'étais encore avec vous? Et vous savez ce qui l'arrête maintenant pour n'être révélé qu'en son temps. Le mystère d'iniquité se forme à présent et si seulement celui qui l'arrête est enlevé du milieu (de nous), alors se découvrira l'empire que le Seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche et qu'il perdra par l'éclat de son arrivée. L'arrivée de celui-là, par l'opé- ration de Satan, se fera avec toute puissance avec des signes et des prodiges trompeurs, et avec toutes les tromperies des mé- chants pour ceux qui doivent périr, parce qu'ils n'ont pas reçu l'amour de la vérité qui les ferait vivre. Aussi Dieu leur enverra des illusions et des erreurs afin qu'ils croient au mensonge, afin que tous ceux qui n'ont pas cru la vérité et qui ont consenti à l'iniquité soient condamnés. »

Quant aux paroles mystérieuses que l'on vient de lire : que le mystère d'iniquité a déjà commencé à se former, qu'on attend seulement que celui qui l'arrête soit enlevé du miheu, les saints Pères et les docteurs ont dit que c'était là une parabole annon- çant l'affaiblissement de l'Empire romain. Qui donc sera trouvé assez heureux pour être resté ferme dans la foi et prêt à toutes les souffrances et pour avoir la confiance de se décerner la louange de l'Apôtre qui disait : J'ai combattu le bon combat, j'ai ter- miné ma course, j'ai conservé la foi, aussi la couronne de justice m'est réservée, celle que Notre-Seigneur me décernera au jour du juste jugement. — Il ajoute encore : non seulement à moi, mais à tous ceux qui ont aimé sa révélation (2).

(Ij Chap. u, l-l:!. 11 y a ([uelques différences entre ce texte et celui <lo la l'es- chito. (i) Il Tiuioliiée,Tv, 7 et S.

84 PLÉROPHORIES.

Alors aussi fut accomplie en toute rigueur la prophétie du prophète Isaïe d'après laquelle il n'y aura pas d'anathème ni de Chananéen dans la maison du Seigneur. — Le concile de Chal- cédoine avec son impiété et ses décrets nouveaux est le signe im- pur de la fln, l'anathème, et la première incursion de l'Anté- christ; ses partisans et ses adhérents sont les Chananéens maudits, comme nous l'avons montré dans ce qui précède.

Il y a d'autres témoignages, d'autres démonstrations et d'au- tres plérophories faites par Dieu, en particulier aux saints , et en général à tous les hommes, au sujet de la prévarication qui eut lieu au concile de Chalcédoine, mais je crois, pour ne pas trop étendre cet écrit, qu'en voilà assez pour les oreilles pies, pour les amis de Dieu qui accepteront bien ce que j'ai écrit en toute vérité. Nous laissons maintenant la parole à celui qui jugera en toute justice les vivants et les morts, au Dieu de vérité qui con- naît les cœurs.

J'ai conservé pour ici le précepte de l'Apôtre à Timofhce : « Et toi, mon fils, fortifie-toi dans la grâce de Jésus-Christ, et ce que tu as entendu de moi par beaucoup de témoins annonce-le aux hommes fidèles qui pourront ainsi en instruire d'autres (1). » Quant à celui qui confierait le mystère de la crainte de Dieu à ceux qui n'en sont pas dignes, saint Basile a dit qu'il ressem- ble à celui qui met un onguent de grand prix dans un vase sor- dide. — L'Apùtre ordonne encore : « Combats le beau combat de la foi, attends la vie éternelle à laquelle tu es appelé, annonce la vraie religion devant beaucoup de témoins, ô Timothée, garde le dépôt qui t'a été confié , fuis les paroles vaines et impures , garde-toi d'une science profane, les hommes qui la professent s'éloignèrent delà vérité, que la grâce soit avec toi. Amen. »

Fin des Plérophories, des témoignages et des révélations que Dieu fit par lenti-emise des saints au sujet de l'hérésie des deux natures et de la prévarication de Chalcédoine (-i).

F. Nai.

(I) II TiinolluV, 11, I cl 2.

C^) .Mirlid III' (loiiiio (|iio 72 chapitres distincts. Son diTnirr chaiiili'c l'csiimc à la loisirs i;lia|iilros88 cl 8!' i|ui |ir('cc(Iriil.

Typographie Fivmin-Didot "et C». — Mesnil (Eure).

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BR Joannes Rufus, Bp. of Maiuma 225 Les plerophories de Jean, jG2lk eveque de Maiouma

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