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REVUE D'ALSACE
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REVUE D'ALSAGE
-■m-aliC8H*
NOUVELLE SERIE
TOME 4*
TOME Xir DE LA COLLECTION
PARIS
LIBRAIRIE FISCHBACHER
Société anonyme 33, RUE OE SEINE, 33
1890
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FfiUX-HENBI-JOSBFH CHADFFOUB
dit le Syncllc.
Réf^MMiits de police, impoations. Charges municipales de la ville de Colmar
avant la Révolution.
L'autear du recueil publié ici pour la première fois S Félix- Henri-Joseph Chauffour, naquit à Strasbourg le 19 mars 1718 et mourut à Colmar le 18 décembre 1806 ; son père était François-Antoine Chauffour, greffier-syndic de la ville de Colmar. II soutint sa thèse ^ à l'Université de Strasbourg le 2 octobre 1737, fut reçu avocat au Conseil souverain d'Alsace Tannée suivante et succéda, en 1769, à son père dans les fonctions de greffier-syndic de la ville de Colmar. II avait déjà obtenu la survivance de celte charge dès 1750. Généralement connu sous le nom de Chauffeur le Syndic^ il est aussi appelé l'aîné; notamment dans les mémoires judi- ciaires, pour le distinguer de son frère Louis-Ignace le cadet, comme lui avocat au Conseil souverain d'Alsace.
^ Quelques chapitres du manuscrit ont fourni à M. E, de Neyremand les éléments d'une série d'articles pour sa publication : Petite Gazette des tribunaux d'Alsace.
* La thèse que soutint Félix GhaufTour avait pour sujet ; De serm- tutihua personalihtu in specie de itsufructi.
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6 REVUE D'aLSACE
Malgré une certaine popularité allachée à son nom, aucune particularité de sa vie ne nous a été conservée et les rensei- gnements sur son existence nous font entièrement défaut. Il Tut le dernier greffier-syndic de la ville de Colmar. En 1789 nous le trouvons encore investi de la dignité de Schultheiss ; mais après 1790, lorsque l'ancienne organisation judiciaire et municipale fit place au nouvel ordre de choses, Félix CliaulTour semble avoir vécu, sans doute à raison de son grand âge, entièrement dans la retraite car, pendant la Révo- lution, nous ne le voyons figurer ni parmi les notables, ni parmi les membres du district ou de la nouvelle administra- tion municipale, et si nous retrouvons encore son nom, c'est sous la dénomination d'homme de loi.
L'ancien greffier-syndic composa ou acheva probablement, à cette époque, dans les loisirs de la retraite, ce qu'il nous a laissé sur l'histoire et les institutions de l'Alsace et de la ville de Colmar, en utilisant les extraits pris sur les docu- ments conservés aux archives, qu'il avait à sa disposition lorsqu'il faisait partie du Magistrat. M. Ignace Chauffour était son petit-neveu et a recueilli ces écrits, qui font main- tenant partie de la bibliothèque de Colmar, ayant été com- pris dans le don généreux fait à la ville par ses héritiers.
A l'exception de quelques mémoires judiciaires imprimés, tous les manuscrits du Syndic sont restés inédits. Celui qui fait l'objet de cette publication est inscrit dans le catalogue de la bibliothèque Chauiïour sous le numéro 47 : il est com- posé de deux recueils distincts, réunis en un volume in-quarto avec demi-reliure moderne, portant au dos le titre: F. C/èauf- four^ sifndic. Topographie et police de Colmar, La première partie de l'ouvrage a trait au territoire et aux revenus de la ville de Colmar ; la seconde, celle que nous publions seule, est relative aux statuts locaux en vigueur à Colmar avant la Révolution et parait avoir été écrite immédiatement après l'année 1790. On y trouvera les plus curieux détails sur la
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police des métiers et des corporations ; sur les impôts et les chaires municipales. Félix CbauflTour commente les nom- breux règlements que Ton croyait, alors, nécessaires à la protection du travail de l'artisan et à la prospérité du com- merce intérieur de la cité. Il semble regretter les anciennes institutions et les vieux usages : les repas de rentrée du Meisierûag, les cadeaux que Ton faisait au Magistrat, le gibier et le poisson que ce dernier prélevait sur les produits du Niedenodldy etc. , etc. Il plaint sincèrement le peuple qu'il voit accablé de charges et d'impôts, souvent iniques, presque toujours inégalement répartis. C'est avec appréhension qu'il voit approcher le changement radical qui se prépare et l'année 1790 est pour lui «l'année de révolution ou de con- fusion.»
Colmar, le 4 février 1890.
André Waltz.
Le Ban de Colmar est gardé par 20 Bangardes présentés par les tribus des laboureurs, vignerons et jardiniers, et par 7 forestiers du Niderwaldt et 4 du NeHHa/ndy à la nomination du Magistrat et Conseillers assesseurs.
Il n'y auoit cydevant que quatre Bangardes de YAw ; par décret du 13 may 1783, ils ont étés doublés et portés à huit, dont quatre à la nomination du Magistrat.
On a réglé pour le service de ces Bangardes de VAw, que quatre feroient la garde de la St. Martin jusqu'au 1^' avril ; six du premier avril au 1^ aoust et les huit du 1^' aoust jusqu'à la St. Martin, et cela jour et nuit, les dimanches et fêtes pendant toutle l'année.
Qu'ils auront deux baraques de fagots, qui seront dressées
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8 REVUE D ALSACE
le l^^ avril de chaque année : Tune sur la Semm, l'autre au Steinen-cretUa ou communal joignant le bien de M' Michelet.
Qu'il leur sera payé pour Banschuta 2 Sols par ScAo^^er de jardin, chenevieres el vignes ; 1 Sol par Scbatz de terres labourables et prairies, situées au dessus du canton dit Steinefh'creuûa, a droitte et à gauche de la chaussée de Ste Croix, es cantons dits Wollfiocfhj Rudentoadélf oberhoUb dem Brunlein, Kragenbriickd et AUemmdt ; et 1 Sol y^ des autres terres labourables et prés^ situés au dessous du Steinen-ci-eutiSy dans la nider-aw et autres cantons de leur garde el 1 Sol par Scliatz de forets et terrains emplantés d'osiers ou widm wœrth.
Outre le BanschiUa^ que les bangardes tirent des proprié- tairs, on les exempte des impositions ordinaires. Si on pou- voit les convaincre de négligence en la garde du ban, les particuliers qui en auroient soufferts^ pourroient sepourvoire en indemnité contre eux et si ils éloient insolvables, comme cela est fort commun, ceux qui les ont nommés seroient dans le cas de payer pour eux, comme on fait payer les nomina- teurs d'un tuteur insolvable.
Les tribus des laboureurs, des vignerons et des jardiniers nomment six hornbanwards et six rében-banwards outre ceux-ci, la tribu des jardiniers nomme quatre atv banwards el le Magistral quatre autres.
Bâtiment caduc.
Décret du 4 février 1766, qui ordonne que François Joseph Scherpron fasse démolir dans quinzaine sa maison, sinon autorise le procureur fiscal a la faire démolir a ses frais ; enjoint à Valentin Bronner a faire etançonner et assurer la sienne, sinon qu'il y sera pourvu a ses frais, a peine de 50 livres d'amande; condamne Scherpron aux frais de la descente et veûe des lieux.
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Décret du 7 'mars 1770, qui sur Requisilion du procureur fiscal ordonne que dans les vingt quatre heures Jean Kûhl- raan commencera a faire démolir sa maison, a peine de 1000 livres d'amande et de répondre en cas d'accident des dommages intérêts; sinon, ledit delay passé, autorise le pro- cureur fiscal a la faire démolir aux frais dudit Kûhlman, au remboursement desquels il sera contraint, même par corps.
Baian.
Décret du 8 juin 1784, qui deffend a toat particulier de lancer a Colmar des Balon ou machines aeroslatiques char- gées de feu, sans y être autorisé par le gouvernement, a peine de punition exemplaire.
W Blanchard est venu faire une épreuve du deparl d'un de ses vieux Balons qu'il a lancé dans la cour du Marbach et qui a très mal réussi , s'étant d'abord accroché au toit de la maison de Marbach ensuite au clocher de la grande ^lise.
Navigation^ Bateliers.
Décret du 24 avril 1661, qui permet aux balteliers étran- gers, et aux bourgeois de traiUer ensemble pour la conduite des marchandises par eau, de Colmar à Strasbourg, pourvu qu'ils conviennent de prix en argent de (depuis) Colmar et que les étrangers s'obligent de continuer la navigation, en eaux basses comme en hautes ; fait deffences aux batteliers de celte ville de s'iiyurier, quereller, ny battre lors de leurs chaire- ments de marchandises ou vins, sous peines corporelles.
Jusqu'en 1707, les balteliers avoient faits une convention entre eux de faire alternativement le voyage de Strasbourg ; mais une forte partie ayant trouvés la convention onéreuse, ils ont obtenus Décret le 19 7bre 1767, qui les autorise cha- cun en droit soi descharger des marchandises et les conduire a Strasbourg, touttes et quantes fois qu'ils trouveront chargé.
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Exemption de gardes et corvées.
Par ordonnance du 35 juin 1782, Mr de la Galaizîere a exempté les balteliers de Colmar, de gardes et corvées per- sonnelles, et ce, en considération du service qu'ils sont obligés de faire pour le compte du Roi, quand il y a des magasins a conduire par eau, de Colraar a Strasbourg ou de Strasbourg a Golmar.
Les laboureurs, les meuniers et touts ceux qui sont sujets aux corvées de bétail, ont étés également jusqu'à présent exempts de gardes et corvées personelles.
Grilles et Barrières.
Décret du 9 février 1715, qui fait deffences aux batteliers et autres de faire entrer aucun pacquet ou balot de marchan- dises, de telle espèce que ce soit, par les grilles et barrières de la rivière, a peine de 20 livres d'amande.
Bouchers.
Décret du 3 mars 1711, qui deffend a tout particulier de tuer, ou faire tuer chés lui, aucune bete a corne, sans per- mission du Magistrat et sans avoir averti le fermier ; et aux bouchers de tuer dans les maisons particulières, a peine de 20 livres d'amande et conGscation du bétail.
Autre Décret du 12 février 1715/ qui ordonne que la tuerie s'ouvrira le matin, lorsqu'on sonnera la cloche de l'ouver- ture des portes de la ville, et se fermera lorsqu'on sonnera celle de la fermeture des portes de la ville, tant en été qu'en hiver, et que touts les jours elle sera fermée a onze heures du matin et rouverte a midy ; fait deffences aux bouchers d'y tuer aucun bétail, qui n'ait été visitté par les visiteurs jurés et déclaré a la douane ; ordonne qu'il sera mis deux serrures différentes a la porte dç la tuerie, dont l'une des clefs sera
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remise au commis principal de la douane, l'autre aux bou* cbers.
Décret du 31 aoust 1720, qui deffend aux bouchers d'exposer en vente, ny débiter dans la grande ou petite bon- chérie, des bouches ou palais de bœufs, des foies, poulroons, rattes ou autres parties de la fressure, non plus que des letes de veaux, ny de donner des morceaux (en) deux parties, ou des os pour parfaire le poid ; mais leurs ordonne de donner de la bonne viande, leurs enjoint de faire vendre lesdittes pièces hors de la boucherie, sur les élaux des Iripailles, a peine de cinquante livres d'amande.
Décret du 22 mars 1763, rendu en conformité de ceux du 18 avril 1750 et 24 7bre 1743, qui fait deffences a tout bou- cher ou autres, qui n'ont point signés la soumission et prêtés serment; de tuer aucun bétail hors la tuerie, ny de débiter aucune viande, sous prétexte de société avec les bourgeois non bouchers, a peine de confiscation de viandes et de 50 livres d'amande.
Le 22 mars 1768, on avait classé les bouchers pour fournir les uns le veau, d'autres le mouton, d'autres le porc ; le public ayant été très mal servi par cette classification, il y a eu un nouveau Décret, le 14 mars 1769, qui a non seulement permis, mais enjoint a chacun des bouchers, qui se présen- teront pour fournir la ville de petite viande, de tuer et débiter suivant la taxe, du veau, du mouton et du porc, a charge de fournir de la bonne viande et en quantité suffisante.
Décret du 25 7bre 1773, qui ordonne que toutle bete a corne, qui sera tuée en ville et banlieue, sera préalablement visitée par les visiteurs jurés des viandes, en présence de l'un des Conseillers de ville inspecteurs, pour reconnoitre si la viande peut être consomée sans danger ; ordonne que les dilles betes a corne seront tuées par un maitre boucher ; fait deflences a touts autres de s'imisier au métier des bouchers.
Arrêt du 27 may 1786, qui fait deffences aux bouchers de
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tuer ny débiter la viande de veaux, qui n'ayent huit dents et âgés au moins de trois semaines, a peine de 100 livres d'amande.
Pendant la vandange, on permet aux boui*geois de tuer et débiter dans le quartier, entre eux, une jeune pièce de bétail.
Pour la police de la boucherie, il y a deux conseillers de ville fieischschauer, qui alternent de six mois en six mois avec les hrodschauer.
Il y a outre cela, deux Schauer iïber das Handwerh vor das grosfleisch et deux vor das Udnfkisdh ; en suitle 4 schauer auf dem Viemarkt, qui sont touts bourgeois élus par leurs tribus, et qui prêtent le serment au Magistrat au mois de Mars, vers Pasque, époque a laquelle commence Tannée des bouchers ; le changement des brodschauers et Heischschat^ers se fait a pasque et a la St Michel.
Boulangers.
Règlement du 19 janvier 1716, qui ordonne que du nombre des boulangers, il y en aura dix par jour qui feront leur cuitée ; le lendemain dix autres, et ainsi de suilte tour a tour; leurs fait deffences de cuire en autres jours, sans per- mission du Magistrat ; ordonne que leurs cuilées seront en état dés le malin, quand les visitteurs et inspecteurs du pain feront leurs tournées sous peine de grosse amande.
Règlements des 4 janvier 1726 et 10 juin 175S, qui font deffences aux boulangers de faire et mettre en vente des petits pains au beur et œufs, dits butter-weckd et bretstd, hors les jours de foire, a peine de confiscation au profit de Tho- pital et d*amandede20 livres.
Règlement du 34 janvier 1767, qui ordonne: 1* que les boulangers se fourniront de farines, pour pouvoir faire leurs cuitées a leur tour, suivant que les préposés le régleront.
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2^ que ceux qui auront des excuses légitimes pour ne pas cuire à leur tour, en préviendront les préposés trois jours d'avance pour pouvoir faire supléer a leur tour, par les sui- vants, dans Tordre des quartiers, a peine d'interdiction de la profession pendant une année et en cas de récidive pour toujours.
3^ que les boulangers exposeront leur pain sur leurs etaux, en lieux aparents, devant leurs maisons, aux heures ordi- naires et accoutumées, a peine de 50 livres d'amande.
4^ qu'en octobre, les boulangers se fourniront de farine pour six semaines de service ordinair, qu'ils entretiendront jusqu'à la mie-fevrier; a Teffet de quoi, il sera fait une visitte cbés eux, dans les premiers jours de novembre, par les conseillers de ville, préposés de la tribu, lesquels véri- fieront les quantités de farine existantes chés eux ; en ren- dront compte au stettmaistre-regent, pour, sur ledit compte rendu au Magistrat et Conseil, être la profession interditte pour six mois, a ceux qui n'auroient pas les quantités de farines nécessaires pour six semaines.
Règlement du 22 7bre 1778, qui permet aux boulangers françois de cuire du pain frangois, touts les jours, a charge de finir leurs cuitées au plus tard a une heure ; leurs fait deffences de faire du pain aux œufs ou eyeirbroàt.
Ordonne, que les boulangers allemands continueront de cuire par classes, et que chaque classe cuira deux jours de suitte du pain et le troisième aux œufs ou Eyerbroclt ; leurs cuitles seront finies a dix heures du malin ; leurs fait def- fences, de mesler de la nouvelle pâte avec du pain rassis, ou de réchauffer le pain rassis et le vendre pour frais ; ordonne aux visiteurs dits Bimckmeisùers, de faire leurs visittes touts les jours, et de dénoncer les contrevenants a la tribu, a peine de dix schillings d'amande, au profit de la tribu.
Le 27 7brel788, nouveau règlement qui ratifie le larif gêne- rai du prix du pain, dans la proportion de celui des grains.
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TouUes les semaines, à l'issue du marché, te laux des {grains sera réglé par les inspecteurs.
Le pain sera vendu a la livre suivant le tarif; le prix moyen du grain fera la règle du taux ; le taux sera délivré aux boulangers le même jour et ils s'y conformeronti dés le vendredi matin ; ils exposeront le taux aux lieux les plus aparents de leurs bouttiques.
Le pain blanc ou semmdy sera d'une livre, demie livre et quart de livre, poid de marc. Le pain bis blanc BoU eiSchUig- laibf sera d'une, deux et trois livres bien cuit.
Les boulangers marqueront chacun leur pain d'une marque distinctive.
Les inspecteurs feront leurs visites touts les jours, sans distinction d'heures, pour vérifier si le pain a son poid et qualité requise.
Les boulangers doivent avoir poids et balance a leurs ctaux pour pezer le pain aux achetteurs ; ordonne au reste l'exécution des anciens règlements.
Cy-devant, les boulangers étoient obligés de faire des pains d'un sol, d'un demy sol, de deux sols, quatre sols, huit sols et de proportionner le poid de leur pain a l'argent, sui- vant le tarif; au lieu qu'aujourd'hui, il est astraint a faire son pain a un poid certain, et c'est aux achetteurs a payer suivant le taux ; ce qui fait perdre, tantôt au boulanger, tantôt au public, les parties impaiables en argent, pai* ce que nous n'avons point de monnoye au dessous de 3 deniers.
Suivant le nouveau tarif, la livre de pain blanc a 13 livres le froment, est a 3 sols 3 deniers ; et pour chaque augmenta- tion de 20 sols sur le grain, augmente de 3 deniers la livre de pain.
Le bis blanc a 13 livres le froment, est ai sol 9 deniers la livre ; ainsi 6 deniers de différence par livrCi et augmente de 3 deniers par 30 sols.
Le pain bis a 13 livres le froment, est de 1 sol 6 deniers
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la livre et n'aug^mente de 3 deniers, que par 40 sols d'aug- mentation du prix du froment.
Pour la police des boulangeries, il y a voit deux conseillers de villci un bourgeois et un sergent de ville commis pour Taire la visitte, touts les malins, cbes touts les boulangers ; vérifier si leur pain etoit de la qualité et du poid requis ; si, ils en trouvoient en contravention, on enlevoit le pain trop léger et on le confisquoit, au profit de Thopilal ; le procureur fiscal faisoit, outre cela, assigner le boulanger surpris en contravention, a l'audiance de police. Autrefois, on condam- noit le boulanger en un crone ou 2 livres 13 sous 4 deniers d'amende pour chaque demie-once de poid, qui manquoit a son pain ; aujourd'hui, les amandes sont plus ou moins fortes, suivant les circonstances.
Il es très essentiel pour la ville, qu'on veille a l'exécution liu règlement, qui oblige les boulangers a avoir, dès le mois d'octobre, une provision de farine pour six semaines et de l'entretenir jusqu'à la my février ; car il arive en bien des liyvers, qu'on ne peut pas faire usage des moulins, ny de ceux des environs, au quel cas on manque de pain, sans la précaution d'avoir de la farine en provision.
Gâteaux.
Les boulangers livroient cy devant, touts les ans a Noël, a chacun des Magistrats et a leurs conseillers de ville préposés, un grand gâteau de beurre et d'œufs, avec deux pains de quatre sols ; chaque maitre boulanger en faisoit la depence a son tour. Il y a quelques années que le tour est tombé sur un maitre boulanger, qui a témoigné que cela le generoit; le Magistrat y a renoncé pour lui el'pour touts ses successeurs.
Ramonage.
Décret du S3 janvier 1762, qui aslraint les boulangers a faire ramoner les cheminées de leur profession, touts les trois mois.
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16 REVUE D' ALSACE
BrenhiUten.
Sont le terrain d'entre le Broibadid et le chemin qui règne derrière les vignes du canton de Sle Anne, depuis le pont de pierre du pigeon jusqu'au cœmetierre. Autrefois tout ce terrain étoit couvert de baraques, dans lesquelles on dis- tiloit ou bruloit de Teau de vie, d'où lui vient le nom de BrennhuMen. Ces baraques sont depuis longtemps detruittes et les proprietairs en ont faits des jardinets. On a remarqué en 1766, que ces proprietairs agrandissoient leurs jardinets par des anticipations, d'un coté sur le Brennbachel, et de l'autre sur le chemin, derrière Ste Anne ; ^sur réquisition du procureur Gscal, il y a eu descente et veûe des lieux faitte et en conséquence, décret rendu le 13 juillet 1766, qui con- damne les possesseurs des jardinets a se désister des antici- pations par eux faittes sur le ruisseau du Brennbachel et sur le chemin ; ordonne qu'ils se restraindront dans les tnurs des cy devant baracques ; les condanrie chacun en 3 livres d'amande et aux dépends ; fait pareillement deffences de creuser du sable de la prétendue nouvelle sablière, derrière le cœme- tiere, a peine de 10 livres d'amande.
Gcibaretiers.*
Décrets des 28 janvier 1697, 24 janvier 1699 et 16 mars 1715, qui deiïendent a touts cabaretiers a bouchon, con- cierges de tribus, traitteurs, aubei^istes et autres particuliers vendants vins en détail, de loger, coucher, héberger aucuns passants étrangers, bourgeois, ny habitants ; ny de donner a manger, faire des repas pour de l'argent ; deffend a touts de donner a boire en été, après dix heures du soir, et en hyver après neuf heures ; ordonne que touts feront taxer leur vin a fur et a mesure qu'ils l'encaveront par les gour- mets jurés, dont sera tenu registre a la douane avec deffences
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d'en vendre, qui n'ait pas été taxé^ a peine de 50 livres d'amande.
Décrets des 4 février 1710 et 22 fevrierl713, qui ordonnen i que les commerçants en gibier, volaille, heure el autres denrées de celte espèce, les exposeront en vente derrière le chœur de la grande église ; leur fait deffences de les porter vendre en ville; fait deffences aux cabaretiers, traitteurs, aubergistes, vivandiers et louts autres qui achettent pour revendre, d'aller au devant des vendeurs pu de les attendre aux portes de la ville ; ny d'en acheter ou faire achetter par gens apostés, en été avant dix heures et en hyver avant onze heures du matin, a peine de confiscation et 50 livres d'amande.
Décret du 26 raay 1724, qui renouvelle les deffences aux cabaretiers a bouchon et autres de loger des étrangers ; a charge par les cabaretiers^ de loger touts passants riches ou pauvres, sinon que le Magistrat permettera aux cabaretiers a bouchon de loger.
Décret du 23 février 1782, qui ordonne l'exécution d'un précèdent du 14 janvier 1764, faisant deffences aux cabare- tiers a bouchon^ concierges de tribus et autres particuliers vendants vin en détail, en ville et dans la banlieue, de loger et hebei^er aucuns passants étrangers, boui^eois ou habi- tants, pour de l'argent ; comme aussi de donner des repas et a manger pour de l'argent, autre chose que du fromage et saucisses, a peine de 50 livres d'amande.
Décret du 17 février 1778, qui fa^it deffences aux soldats invalides demeurants en cette ville de tenir cabdret, a peine de 50 livres d'amande.
Ecoliers.
Décret du 15 novembre 1737, qui fait deffences aux caba- retiers a enseignes et a bouchon de donner a boire a des
écoliers.
a
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18 REVUE d' ALSACE
Illumifiatù/n.
Decrel du 36 avril 1785, qui ordonne que chaque cabare- lier, aubergiste, brasseur, caffelier sera lenu d'avoir devant sa maison une lanterne allumée, depuis le commencemenl de la nuit, jusqu'à dis heures du soir, a peine de dix livres il'aroande.
Deffences de dotitm- a boire aux soldats après la retraitte. Prêt aux officiers et soldats.
Décret du 28 novembre 1713, qui fait deffences auxcaba- retiers a enseigne et a bouchon, de donner a boire aux soldats après la i^lraitte, a peine de 20 livres d'amande et a toute personne de prêter aux officiers de la garnison et aux soldats^ sans billet de leur major, a peine de perte du dub.
Bamoiiage.
Decrel du 33 janvier 1763, qui astraint les cabareders a faire ramoner leurs cheminées a feu, touts les trois mois.
Cliandelier.
Décret du 10 décembre 1713, qui fait deffences a louts bouchers de vendre de. la chandelle, a peine de 50 livres d'amande; leur enjoint de porter touts leurs suifs et graisses a la MeUwaagj pour que les chandeliers de profession puissent y trouver le suif nécessaire aux besoings de la ville, en se conformant a la taxe réglée, tant pour la livre de chandelle, que de suifs ; que, visilte sera faille chés les bouchers, pour y faire enlever les suifs et graisses qu'ils cachent, pour se rendre maîtres seuls de ce commerce.
Décret du 33 novembre 1713, qui fait deffences a touls bourgeois et habitanls de faire sortir et transporter du suif
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hors la ville, a peine de confiscation et de 50 livres d'amande Tait deffences au fermier et a ses commis d'en souffrir la sortie.
Autre décret du 2d janvier 1714, qui ordonne aux bouchers de porter tout le suif a la douane pour que les chandeliers puissent s'en pourvoire; ordonne aux inspecteurs de la viande d'en prendre l'inspection^ pour que la taxe soit bien observéei et qu'il n'en sorte pas de la ville ; deffences au fermier de donner des billets de sortie, sans la participation du Magistrat.
Règlement du 22 septembre 1714, qui ordonne que les bouchers porteront exactement, touttes les quinzaines, le suif de touls les bestiaux qu'ils auront tués, a la Meldtcaag, dont le concierge se chargera; que les inspecteurs de la viande tiendront un registre exact, tant du nombre de bes- tiaux tués, que de la quantité de suif qu'ils auront produit ; qu'ils auront soing que le suif soit porté a la Mefdwaag; qu'ils en rendront compte au bourguemaitre-regent, lequel tiendra la main a ce que le suif soit vendu aux marchands graissiers et autres bourgeois de la ville, qui voudront faire commerce de chandelles, au prix taxé ; moyennant quoi, les marchands-graissiers seront tenus de fournir le public, de chandelles, de bon suif bien nettoyé et bien purifié, sans pouvoir les vendre a plus haut prix que la taxe, a peine de 20 livres d'amande ; non plus que les bouchers, a peine de 50 livres d'amande ; fait deffences aux bouchers, et a touts autres qui jusque la ont faits le commerce de chandelles, de n'en plus vendre^ a peine de 50 livres d'amande, a l'exception du boucher, qui a traitlé de la fourniture des chandelles pour le corps de gardes et recrues ; fait deffences au fermier et a ses commis de faciliter la sortie des chan- delles, sous peines sévères.
Décret du 4 décembre 17â6, qui fait deffences a tout fabricant de chandelles d'en vendre aux étrangers direcle-
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ment ou indireclement, a peine de 50 livres d'amande ; ordonne que les commis aux portes, feront une exacte visite des voilures, caisses, paniers, sacs et autres choses dans lesquelles on pouroit cacher des chandelles, lesquelles seront confisquées moitié, au profit du fermier, et l'autre de Taumonerie ; fait deffences aux bouchers de vendre du suif a d'autres, qu'a ceux qui fabriquent la chandelle pour la viile^ a peine de 100 livres d'amande.
Le Magistrat a depuis traitlé de la fabrication des chandelles avec Perraut, sa veuve, son fils, sa brue ; avec un nommé Weniger et autres ; on les a obligé a tenir toujours une pro- vision de (en blanc) quintaux de chandelles, déposés a l'hôtel de ville, pour être distribuée au public. Mais celte branche de nécessité publique a souvent soufferte, soit par la pénurie, soit par la chereté du suif; et c'est un des objets qui mérite la plus particulière attention des chefs de police, surtout quand le bétail maigrit. Le suif se taxe au boucher, au taux proportionel de la viande et la chandelle au taux du suif.
CJiasse.
La ville a de très belles chasses dans son ban, dans ceux de Ste Croix, Logelheim, Hohenlandsberg, Kiensheim, Sigels- beim, Ingersheim, Kaizenlal, Wintzenheim, Morschwir, Turckeim. Le Magistrat n'a jouy proprement de tout cela que de la chasse de Kiensheim et Sigolsheim, louée à Mr Bruges a 84 livres en tout.
Les prêteurs jouissoient de celle de Sie Croix; les com- mandants, d'un tiers du ban et de celle du pied de la mon- tagne. Mr de Salomon, second président, de celle de la mon- tagne derrière Wintzenheim.
Le Niderwdld fournissoit du chevreuil pour le Meistertaag et repas de rentrées, et si chaque Magistrat attrapoit un lièvre, perdrix, caille ou canard sauvage par année, c'étoit beaucoub.
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Règlement du 23 aoust 1730, qui fait deffences a louts bourgeois et habitants, de sortir de la ville avec chiens et fusils» pour aller a la chasse, a peine de 50 livres d'amande pour la première contravention , et de prison pour la réci- dive.
Autre règlement du 13 septembre 172S, qui fait deffences a touts bourgeois et autres habitants de cette ville, de chasser sur son territoire et lieux en dépendants, a peine dé 50 livres d'amande pour la première contravention et de prison pour la récidive.
Ordonne que ceux qui voudront porter fusils ou mener des chiens pour chasser ou ils en auront le droit, tien- dront leurs chiens accouplés et attachés, en passant sur les terres de la ville, qu'ils ne s'écarteront pas des grands
chemins a peine d'être réputés chassant sur ?, si leurs
chiens sont trouvés découplés ou traversants les champs et les vignes et punis comme cy dessus.
Que ceux qui seront trouvés tendants lacs, halliers, nappes, lerasses, tonnelles, traineaux, bricolles de cordes ou fils d'archa), seront punis suivant la rigueur des ordonnances ; que ceux qui seront trouvés chassants es temps deffendus par les ordonnances, seront punis suivant la rigueur d'icelles ; enjoint aux forestiers, garde-bans, garde-vignes et autres officiers et gardes de la ville, d'avertir des contraventions.
Du temps de Mr de Chavigni, commandant de Colmar, il y a eu un règlement de chasse, fait par la cour, entre lui et le Magistrat ; on luy a attribué la chasse depuis la Lauch, en descendant jusqu'au clocher de la ville ; toute la partie tirante vers la montagne, et du clocher, en tirant sur le château de Keysersberg, également toute la partie tirante vers la montagne ; le Magistrat a conservé celle vers le Rhin. En 1730, on a pris un autre arrangement avec M. de Pralon : on lui a cédé la chasse a la gauche du grand chemin de Hattstat a Ostheim, et on a conservé la droitte en plain.
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Le A octobre 1747, décret qui a deffendue généralement la chasse dans le ban pour deux ans.
Le 17 aoust 1749 règlement^ aprouvé par M. le Maréchal de Coigny, qui fixe le canton de chasse, attribué aux officiers de la garnison, dans le canton de VAwj depuis la porte de Basle jusqu*au pont de pierre de Ste Croix sur la Thur, tout le terrain enclavé entre la Thur et la Lauch, avec deffences de chasser avant la dépouille des fruits de la terre, confor- mement aux ordonnances.
Cette chasse de Commandant et d'officiers de garnison ayant cessés a la monde M. de Hallwil, dernier comman- dant de Colmar en 178 . Le Magistrat a loué la cy devant chasse du commandant a Mr le président de Salomon, au profit de la ville.
Ce canton, qui avoit été assigné aux officiers, n'a jamais été propre a y exercer le droit de chasse, attendu Timmensité de clôtures et de Tossés dont il est remply, qui permet tout au plus de grivoter ou chasser un lièvre, aux extrémités supérieures du canton.
Malgré touttes les deiïences de chasser, il y a toujour où des bourgeois chasseurs, assés communément mauvais sujets, et le Magistrat n'a jamais été strict par Texeculion de ses deffences, par ce que n'ayant pas eu le pouvoir de punir ny les officiers, ny les personnes attachées au Conseil, qui alloient a la chasse, il n'a pas jugé devoir gêner en ce point ses bourgeois, plus que des étrangers. Au reste la chasse n'étoit pas libre a la bourgeoisie pendant que la ville étoil imperialle; il falloit au bourgeois la permission du bourgue- maitre régent.
Chaudroniers.
Décret du 22 décembre 1717^ qui ordonne que les chau- droniers de cette ville payeront les droits d'entrée et de sortie des cuivres qu'ils feront travailler dans les martinets, hors la banlieue.
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L'aîné de la ramiile des sieurs de Rathsamhausen , relevé en fief du Roy, la supériorité a la maitrise des chaudronniers, depuis le Hauenslein jusqu'à Porrenlrui et de la, en descen- dant la province, jusqu'à la foret de Haguenau et de la, en remontant de l'autre coté du Rhin, jusqu'au vieu pont.
Celte supériorité suporte a chaque mutation de vassal une nouvelle batterie de cuisine de vases du ressort des chau- dronniers ; il faut être recA dans la maitrise, pour pouvoir vendre de la marchandise du métier hors les temps de foire.
Cœmdiere.
Arest du 33 septembre 17&5, qui, sur la demande du Chapitre de St Martin, fait deffences aux Dominicains d'en- terrer aucun paroissien de cette ville dans le cœmetiere, qu'ils avoieot fait bénir en leur enclos.
21 aoust 1770, rapport de médecins et chirurgiens de cette ville qui, sur réquisition du procureur fiscal, estiment qu'on ne peut plus inhumer sur le cimetière derrière le chœur de la grande Eglise, sans s'exposer a perdre la salubrité de l'air, et qu'il faudroit douze ans avant de pouvoir recommencer a y enterrer, et qu'on ne pouroit y inhumer au de la de neuf cadavres par année ; en conséquence décret du Magistrat qui a interdit ledit cœmetiere.
10 Mars 1776, ordonnance qui deffend les inhumations dans les Eglises. L'interdiction des inhumations dans les Eglises et dans les cœmetieres de l'intérieur de la ville, a bientôt rendu le ccametiere de Sle Anne insuffisant. En con- séquence le Magistrat a achetté cinq schatz de vignes atte- nants a la partie du cœmetiere destiné aux catoligs, qui y ont été ajoultés et qui ont étés bénis, le 32 juillet 1784, par M^ l'abbé de Klinglin, accompagné de M. le curé et de W Drouineau, slettmaistre.
Le Magistrat ayant depuis prétendu que l'ancien cœmetiere
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derrière le chœur, interdit en 1770, lui appartenoit comme ayant elé acquis du Sletttnaistre Stammenheim par la ville, on a, pour le bien public, converti la place en un marché public très util, et qui en même temps sert de promenade ; la propriété est encore indivise entre le Chapitre et la ville. Il y avoi.t en dehors du cœmetiere, attenant au ceintre de pierre de taille, qui couvre la grille de fer de la voutle du canal, une petite boucherie, qui a été démolie et transférée a coté de la tuerie, sous Thotel de ville.
C€srefnonie$ de Baptêmes^ mariages, enterrements.
Décret du 6 octobre 1714, qui ordonne Texecution de règlements des 3 décembre 1688 et 5 juillet 1690; en conséquence ordonne qu'aux batemes il n'assistera a la suitte des maraines que douze femmes ; fait deffences d'en inviter davantage, ny de distribuer de^ gâteaux dits Kindleins Brodt.
A l'égard des mariages, ordonne que les nouveaux ma- riés ne pourront être conduits et accompagnés que par IS hommes et 12 femmes ; fait deffences de leur donner des bouquets.
Quant aux enterrements, fait deffeiice d'orner les cercueils des enfants et gens non mariés d'autres choses que d'une couronne ou bouquets de la valleur de 13 jusqu'à 30 sols, et non au delà.
Fait deffences de tirer des coups d'armes a feu a la sortie ou retour des batemes ou mariages.
Cordonniers.
Décret du 17 mars 1767 qui fait deffences au S*" Saitzman, sindic de la masse de Bahr et. compagnie, de vendre ou faire vendre en détail en cette ville, les bottes et souUiers
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dont Bahr el compagnie ont tenus magasin et ce a peine de confiscation; sauf a lui a exposer ses bottes et soûl- liers en vente publique en temps de foire seulement^ après qu'ils auront étés visittés par les visitteursjurés, suivant l'usage. Bahr et compagnie etoient bourgeois de Colmar, entre- prenants, qui croiaient faire une fortune certaine par un commerce de bottes et de souUiers, a livrer dans les ports de rOcean ; ils en avoient établis la fabrique hors le ban de Colmar^ par le canal, dans le moulin de cy devant Mr Gobel, ban de Winizenheim. Us ont échoués dans leur entreprise ; leurs créanciers n'avoient aucun titre pour vendre leurs bottes et souUiers dans Colmar, au préjudice des cordon- niers.
Cuveiiers.
Décrets des 22 septembre 1714 et 31 aoust 1765, qui deffendent a touts étrangers, de mener et exposer en vente en cette ville, hors les jours de foire, des ouvrages des cuvetiers autres que des hottes et petites marchandises, telles que barils, boettes d'épiceries, petites cuvettes, cuillères et hodijpiUigs.
Cribleurs.
Décret du 10 juin 1766, qui fait deffences a touts bour- geois autres que les cribleurs, de vendre des râteaux, fourches, de bois et autres pareilles marchandises du métier de cri- bleurSi a peine de confiscation au profit des cribleurs, et de dix livres d'amande.
Dimanches et fêtes.
Règlement du 13 juin 1724, qui fait deffences aux bour- geois, habitants, manants et domestiqs, de celte ville d'aller les dimanches et fêtes, pendant l'olSce divin, chercher des herbages ou jardinage dans les jardins, a peine de confis- cation des herbes et jardinage et de dix livres d'amande.
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Autre du 27 Tévrier 17â5, qui Tait deffences a touls arti- sans, gens de métier el autres ouvriers de travailler les jours de dimanches et fêtes de leurs professions, a peine de confiscation des ouvrages et 50 livres d*amande ; deffenses aux meuniers, laboureurs, charetiers ou voiluriers d'aller, venir, passer et repasser dans les rues, avec leurs voilures, sous les mêmes peines ; c'est a dire autant que c'est pour ouvrage interdit le dimanche ; car, au reste, les voituriers ont communément plus d'occasion do faire usage de leurs çarosses les jours de dimanche et fête que les jours ouvriers.
Déclaration du Roi du 16 décembre 1698, qui porte que les publications pour affaires temporelles, ne seront faites qu'a l'issue des messes de paroisses ; deffences de tenir foires et marchés et des danses publiques les dimanches et fêtes ; d'ouvrir les jeux de paulme et cabarets, et aux batteleurs autres de faire aucune représentation, pendant les heures du service divin.
Par arest du 12 janvier 1769, il a été deffendu de traquer, ny faire traquer les jours de dimanche ou de fête, a peine (le 500 livres d'amande et de plus grande peine si il y échoit.
Arest du 22 décembre 1769, qui permet de mettre a exé- cution sans scandale, un arest de contrainte par corps les jours de dimanche et fête contre un juif, habitué en pays étranger, a peu de distance de l'Alsace, ou il ne paroissoit que les jours de dimanche et fêtes.
Arest du 27 avril 1757 qui permet de mettre a exécution contre des juifs, des sentences qui les condamnent a l'amande, pour avoir pressurés du raisin les dimanches.
Douane.
Décret du 13 may 1716, qui enjoint à louts bourgeois et habitants qui vendront des grains sur les greniers aux étran- gers, d'en payer le droit, a raison de trois rappes par sac a la Douane.
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Autre décret dn 23 décembre 17 10, qui ordonne que louis juifs ou autres qui aporienl des marchandises en ville pour les vendre seront tenus de prendre a la porte par laquelle ils entreront, un billet du concigne, contenant Theure qu'ils seront arivés et quelle sorte de marchandises ils aportent, si ce sont bijoux, joyaux, argenterie ou autre ; lequel billet ils porteront de suitte a la douane, ou ils feront une déclara- tion exacte et fidelle de leurs marchandises, joyaux, bijoux, argenterie ou autres, pour en acquitter les droits a peine d'amande arbitraire.
Décret du ii may 1733, qui ordonne que tout marchand forain trafiquant en ornements d'églises en payeront les droits ordinaires depfundzàU a la douane, soit qu'ils les achettent, soit qu'ils les fassent faire en cette ville.
Ejpinffliers. Nadlers.
Décret du 9 décembre 1777, qui fait deiïénces a touts marchands forains, chrétiens ou juifs, de vendre hors les jours de foires en cette ville, des marchandises de la profes- sion des epingliers qu'ils tiennent, a peine de confiscation, moitié au profit de l'hôpital, moitié de la mailrisc et de 30 livres d'amande.
Fariniers.
Décret du 24 mars 1716, qui fait deiïénces aux étrangers de vendre en ville de roi*ge mondée, griottes, ny autres pareilles marchandises, hors les jours de foires ; fait def- fences aux marchands de la ville de vendre de l'orge mondée, ny lentilles, et aux meuniers et boulangers de vendre de la farine.
Autre décret du 11 juillet 1761, qui fait deiïénces aux étrangers de vendre, ny débiter en ville, du bled de Turquie, gruau, ny farines, hors le temps de foire, a peine de confis- cation de la marchandise et d'amande.
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Autre décret du 18 may 1779 qui, sur la requête des fari- niers, fait deffences a George Haffaer, a Joseph Trisch et a touts autres boulangers, de vendre, ni débiter de la farine, ny en gros, ny en détails, chéseux ou autrement, a l'excep- tion de la farine noire, ditte saumehl, a peine de 30 livres d'amande.
Filles et femmes étrangères grosses.
Décret du 17 mars 1773, qui fait deffences a touts les habi- tants de la ville et banlieue et notament aux sages femmes, de loger des filles ou femmes de mauvaise conduitte grosses, sans une permission du procureur fiscal, auquel lesdites filles et femmes seront tenues de lui déclarer leurs noms, surnom , âge, qualitté, demeure et lieu de naissance ; dont sera tenu registre a peine de 150 livres d'amande. Enjoint de prévenir le procureur fiscal du jour du départ desdittes per- sonnes, sous les mêmes peines.
Forets.
Règlement du 7 octobre 1730, qui fait deffences a touts habitants d'aller dans aucune foret de la ville, pour y prendre, enlever ou couper aucun bois, ny mort, ny vif, sans permis- sion par écrit; enjoint aux forestiers de saisir les haches, coignées, serpes; areter chevaux, charettes, bateaux et autres voitures de ceux qu'ils trouveront en contravention, jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné.
Autre règlement du 11 juin 1740, qui ordonne l'exécution du précèdent, sous peine de prison contre les bourgeois insolvables et de perte du droit de manance contre les ma- nants.
Autre du 7 mars 1744, qui fait deflencesa touts bourgeois et manants de coupper, ny ebrancher, dans les forets du Neuland et Fronholtz ou autres apartenanlcs a la ville, aucun
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arbre, chesne, charme, orme, Tresne, helre ny autre fruitier vifs, a peine d'être procédé extraordinairemeni contre eux : déchéance du droit de bourgeoisie, de trois mois de prison, d'amande arbitraire, dommages intérêts et restitution contre les bourgeois ; et a Tegard de manants, de pareilles amandes, prison, dommages intérêts, restitution et en outre d'être irremissiblement tenus et contraints de sortir de cette ville, sans pouvoir y être readmis; enjoint aux forestiers d'y veiller a peine de destitution et de plus grande peine ; leurs enjoint de faire leur déclaration au greffe criminel, dans les vingt quatre heures, des délits commis dans les forets ; a l'effet de quoi, sera tenu au greffe un registre exprés, pour y recevoir ledittes déclarations.
Autre règlement du 20 novembre 1770, qui renouvelle deffences a touts bourgeois, habitants ou manants de couper ou ebrancher dans les forets de la ville, sans exeption ; ny d'enlever aucun bois vif ou arbre fruitier, a peine d'être poursuivi extraordinairement ; leurs haches, serpes, chevaux, chariots, charettes ou batteauxconûsqués ; privés du droit de bourgeoisie ; trois mois de prison. Permet aux pauvres bourgeois, habitants et manants de ramasser les mardis et vendredis, jours ouvrables ou lendemain desdits jours lors- qu'ils sont fêtés, le bois mort sec et gissant par terre dans la foret du NeiUancU seulement ; leurs deffend d'y enlever autre espèce de bois ou en autres jours, a peine de 50 livres d'amande.
Le ban etoit autrefois environné de toutte parts de forets ; elles s'etendoient encore depuis Ostheim jusqu'auprès de Turkheim le long de la Fecht et dans la partie du ban de Colmar joignante cette rivière, an delà jusqu'aux bans- de Sigolsheiro et Amerschwir. En 1675, cette partie, beaucoub plus considérable que le Nidencaldt^ a été abandonée a l'usage de la bourgeoisie et, de mémoire d'homme, il n'y existe plus que très peu de bois. Le NidenvaicU coure egale-
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ment grandement a sa destruction, depuis qu'on Ta rais en couppes réglées. Le Neiiland et le Fronhdtz ont étés abimés dans le cours de l'hyver de 1788 a 1789, dont Texlreme rigueur n'a pas permis d*empecher les pauvres de s'y procurer du bois, et dont la force des gelées a fait périr Ie2> arbres.
Si, par un prompt repiquement des cy devant Torels du ban, on ne rétablit pas cette partie, le bois y deviendra bien rare, dans peu d'années.
Graissiers et Bevefideurs.
Décret du 19 juin 1753, qui ordonne que touts les marchands graissiers, tant forains que domiciliés, seront tenus de dresser leurs etaux le long du mur du cœmeliere, derrière la grande Eglise, en accordant choix aux domiciliés ; a Texeption des graissiers forains du val d'Orbé, de Munster et autres, qui trafiquent non seulement en heure, fromage et œufs, mais aussi en gibier, lesquels continueront de tenir et dresser leurs etaux dans la rue ditte Neu hissgadein, jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné.
Autre décret du 98 juin 1766, qui ordonne que, touts les jours de marché, deux des bouchers assermentés de cette ville, visitteront les lards, jambons et autres parties de porc salés et sur qui se vendent en ville, tant par les graissiers bourgeois que par les forains, pour les viandes non loyalles nfectées ou mal conditionnées, être sur les ordres du procu- reur fiscal enfouies ou brûlées, a peine de 20 livres d'amande contre les graissiers.
Décret du 25 septembre 1773, qui fait deffences aux reven- deurs de tuer des porcs ladres ; en conséquence, ordonne que ceux qu'ils achetteront an dehors, seront visittés par les visiteurs jurés ordinaires des viandes, et tués par des maîtres bouchers; fait deffences de vendre des viandes sallées,
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qu'elles n'aient préalablement été visîttées par les boucliers jurésy a peine de dix livres d'amande et confiscalion.
Décret du 18 décembre 1773, qui ordonne que le lard fumé débité par les graissiers et revendeurs, sera a l'avenir l3xé a un tiers en sus de la taxe du lard Trais, elTaulre viande de porc de leur commerce a un sol et deroy au delà du taux des bouchers, leur fait deffences d'en exiger davan- lages, a peine de 50 livres d'amande ; ordonne que les pré- posés de la tribu des boulangers y veilleront.
Les revendeurs ou graissiers étants incorporés a la tribu des boulangers pour leur profession , il est naturel que ce soient les préposés de cette tribu, qui ayent l'œil a ce que la police y soit exeté.
HaUes.
Règlement du 3 juillet 1785 concernant le service des halles.
Les clés seront chés le bourguemaitre régent, cherchées et raportées par les mesureurs de grains.
Les halles seront ouvertes en été a sept, en hyver a huit heures du matin; le marché commencera à 11 heures et durera jusqu'à 2 heures de relevé ; a 11 heures l'ouverture sera annoncé par les mesureurs, au son de la cloche et a haute voix, a midi, ils donneront le premier signal pour la fermeture, le second signal sera donné quand les S^*" inspec- teurs le jugeront convenable, il laisseront un intcrval entre le second et le troisième ; ce dernier sera donné au son de la cloche et de vive voix, en avertissant les vendeurs de fermer leurs sacs et de ne plus vendre. La fermeture se fera après que les grains achetés avant l'annonce de In clôture seront sortis, sauf a fermer plustot ou plus tard, suivant que le bien public l'exigera ; a charge cependant par les S^^ ins- pecteurs d'en faire le raporl au bourguemaitre régent, qui en rendra compte a la première assemblée ; fait deffences a
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touts boulangers, meuniersy-fariniers ou autres commerçants en grains ou en farines d'achetter ou assurer l'achat de grains en vente avant midy sonné et que ie premier coup de clôture soit donné, a peine de 30 livres d'amande. Pareilles dcffences a loultes personnes d'acheter et revendre les mêmes grains au même marché.
Deiïences a tout vendeur d'exposer des grains de morne espèce en différentes places, a peine de 12 sols d'amande pour chaque sac, sauf a entasser les grains de même espèces et vendre en différentes places ceux de différentes espèces.
Les allées seront de 3 pieds et tracées par des lignes.
Les employés feront leurs déclarations au bourguemaitre régent; au fiscal et au greffe, des monopoles, crimes ou délits qu'ils auront découverts.
Les vendeurs dont les sacs ne contiendront pas la mesure de cette ville et qui ne l'auront pas déclaré, souffriront la déduction de ce qui manquera sur le prix, proportionnellement, et payeront le quadruple du prix restitué au profit du fer- mier, et trois batzes pour le dénonciateur. En cas de fraude excédante le demy boisseau par sac ou de récidive, la resti- tution ou amande sera du double et même de plus grande peine si il y echet.
Les grains non loyaux, ny marchands, seront confisqués et le vendeur puni suivant l'exigence du cas.
Enjoint a touts les employés inférieurs de porter respect aux inspecteurs, a peine de destitution, d'emprisonement de leurs personnes, sur le rapport qui en sera fait au bourgue- maitre régent.
Les porteurs de sacs seront responsables solidairement envers les proprietairs, des grains dont ils seront chargés de faire le transport.
Les proprietairs de grains se trouveront eux-mêmes ou quelqu'un de leur part au marché, depuis l'ouverture jus- qu'à la fermeture des halles et feront leur déclaration aux
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inspecteurs, des grains qui leur manqueront a la fermeture, sinon les porteurs n'en seront plus responsables.
Les proprietairs ne pourront déplacer aucun sac sans le ministère des porteurs jurés et ceux-ci, sans le su du pro- priétaire
Si un proprietair laisse ses grains au marché trois jours consécutifs, sans les vendre, les inspecteurs Tavertiront de les vendre au quatrième, sinon le dénonceront au fiscal.
Fait deffences de passer les barrières des portes de la halle avec éperons, epées, armes ou bâton, pendant la tenue du marché, a peine de 10 sols d'amande au profit des me- sureurs jurés.
Les porteurs de sacs porteront des bonnets numérotés par devant et par derrière ; n'importeront, ni exporteront aucun sac de grain, sans avoir reçu les marques de la douane, qu'ils mettront dans la boitte ordinaire, a moins de iO sols d'amande ; leurs enjoint de porter dans les halles autant de sacs de grains qu'elles pourront contenir; de n'en point laisser dehors tant qu'il en pourra entrer ; deflfend a tout proprietair d'en vendre dehors, a moins qu'ils ne puissent plus être placés.
Fait deffences a touts employés d'acheter des grains, ny pour eux-mêmes, ny pour d'autres, ny d'en vendre.
(A suivre.)
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LES
MANUSCRITS ALLEMANDS
DB LA
BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
RELATIFS A L'HISTOIRE D'ALSACE
(SuiteK)
Fragment 6. — Keyser Friderich starp.
Anno dômini 93 ulf den XIX tag des ougstes starp keyser fride- rich, dann er verwarloset wart durch die meister und doctoren, die eitn so alten herren ein bein liessen absniden und im den flusz verstellen, do durch er het lang leben mûgen haben. Und 8û werent ail wol ertrenckend wert gesin, dann su ail buben kein weiszheit in inen gehebt haben und den frommen keyser so jemmerliche verderbt, das rach Got.
Sin Lixfiel im eii Straszhm^g hegangen.
Uff donnerstag vor des heiligen Crùtztag eûcaltationis 93 wart dem keyser sin Lixfil erlich begangen in allen stiiTtern und clostern mit lûten, vigilieu und messen und in sunderheit zû der hohen Stifil wart am raitwoch zû der vigilii mit allen Glocken gestûrmt und im chor mit vir stattkertzer die hielten IIII knaben in swartzen korkappen und was mitten im chor ein hoh verdeckt breitschafit mit swartzen syden tuchern unden umbliangen und oben mit guldin stieckerey gantz bedecket mit des teysers schilt un beden orten» Und inorgens zû der belmez wurent aber die vier
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MANUSCRITS ALLEMANDS 35
knaben mit den vier stattkertzer umb das verdeckte tabernackel. Darzû schickt die stalt Straszburg sechs ir grossen kertzer brennen mit sehs knechten in schwartzem uniz es gar us was. Do gingen zu Opfer zum ersten als man die Mesz anfing der gantze Rott mit sampt den XIII , den XV ail im schwartzem, uszgenomen Haas Folsch der hat einen growen rock an und einen roten kuUhut, ouch zwo rote hosen an. Donach gingen sie aber zû opfer nach dem ewangelium je zwen und zwen nebet einander mit brennen- den Eertzem die sie ouch opferten. Es wart ouch die gantz Naht uffallen stifiFlern und closlem geleitet, morgens frûge aber und zû der mesz gestûrmt mit allen Glocken. Ouch worent zû der mesz vil fremd lût von frowen und mannen^ Got zu lob und ère und der selon wol.
VEmpereur Frédéric mourut.
En Tannée 1493, le 19« jour d'août mourut l'empereur Frédéric ; car il périt par la faute des maîtres et des docteurs en médecine qui coupèrent la jambe à un vieillard déjà si âgé et qui arrêtèrent ainsi chez lui la circulation. Sans cette opération, il eût pu vivre encore longtemps. Et ils auraient bien mérité d'être tous noyés : car c'étaient tous des ignorants et ils n'avaient aucune sagesse en eux ; et ils abîmèrent le corps du pieux empereur que c'était pitié ; mais Dieu se vengea sur eux.
Comment on célébra ses funérailles à Stra^>aurg.
Le jeudi avant le jour de l'élévation de la Sainte -Croix (12 septembre) 1493 on célébra en tout honneur les funérailles de l'Empereur ; dans tous les établissements et couvents on sonna les cloches^ on fit vigiles^ on chanta des messes ; mais d'une façon spéciale dans le haut chapitre on sonna pour les vigiles les cloches à toute volée; dans le chœur on avait placé quatre énormes cierges que tenaient quatre jeunes gens en habits de chœur noir et l'on avait construit au milieu du chœur un catafalque très élevé, recouvert en bas de draps de soie noire et en haut de broderies d'or : des deux parts on voyait l'écusson impérial. Et le lendemain, à la njobse de requiem, ces quatie jeunes gens étaient de nouveau
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là autour du catafalque avec leurs quatre cierges. La ville de Strasbourg envoya en outre six de ses grands cierges que portaient six de ses hommes d'armes en noir, et on les laissa complètement brûler. Lorsque la messe commença^ tout le sénat alla une première fois à l'offrande^ ainsi que les XIII et les XV, tous en habits noirs^ à Texception de Jean Vœlsch, qui avait une robe grise, une capuce et une culotto rouge. Et ils allèrent une seconde fois à l'offrande après rÉvangile deux à deux, avec des cierges allumés qu'ils offrirent aussi. Et toute la nuit on avait sonné dans tous les établissements et couvents, une seconde fois on avait sonné le matin, puis toutes les cloches avaient appelé à la messe. Il y avait à cette messe beaucoup d'étrangers, tant hommes que femmes, à la gloire et l'honneur de Dieu et pour le bien de Tàme.
Nous ne connaissons aucune chronique imprimée où soit racontée cette cérémonie. Strobel n'en fait pas mention. Jean Vœlsch dont il est question dans notre texte et qui oublia de se mettre en noir élait Tun des quatre stettmeistres de 1492 ; il avait rempli déjà cette charge en i491 et il sera encore en exercice en 1494 et 1495. (Voir Lehr, V Alsace woftfe, t, III, p. 321.)
Le troisième livre s'étend sur les feuillets CXL à CLXXXVL Notre manuscrit est conforme à l'édition de Schiller; il con- tient le texte de Kœnigshofen, plus les additions publiées déjà par l'ancien professeur de l'Université de Strasbourg. Une main plus récente a ajouté après le pontifical de Paul II la petite phrase sur Sixte IV que Schiller a déjà publiée (p. 114). Le livre se termine par la bulle de Clément V sur le jubilé (Schilter, p. 114 et s.).
Le quatrième livre comprend les folios CLXXXXIX à CCXLVII. Il est conforme, dans les traits essentiels, à Tédi* lion de Schilter ; mais il renferme un supplément considérable. Comme le manuscrit 82, il raconte l'histoire de l'épiscopat de Guillaume de Diesl, et rentrée de Robert de Bavière à Strasbourg. Une main plus récente a lyouté ces mots :
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MANUSCRITS ALLEMANDS 37
Fragment 7.
Dieser Bischoff Ruprecht starp ufT samstag sant Lux obend do man zalt MCGGG und LXXYIII ior.
Cet évèque Robert mourut le samedi, veille de la saint Luc, au soir (18 octobre) en Tannée 1478.
L'évèque Robert avait occupé pendant trente-huit ans le siège de Strasbourg (1440-1478) ; il fut enterré dans TÉglise collégiale de Saverne où il avait établi sa cour. (Voir sur lui Grandidier, Œuvres inédites, L IV, p. 335 et ss.)
Avec le folio CCL[ commence le cinquième livre. Nous passons rapidement sur l'histoire des débuts de la ville, sur la conversion au christianisme, sur les quati*e agrandisse- ments. Nous notons seulement que d'après noire manuscrit le quatrième agrandissement se termina en 1441, le soir de la saint Gall. Nous trouvons ensuite les deux paragraphes suivants qui nous semblent inédits :
Fragment 8. — Die mulen vor dem wissen T/mrn.
Do man zalte nach Gristi Geburt MGCXX^XXXIX ior, do wart gemacht die ûsser porte vor dem wissen thum und die mûlen doselbs und die vallbrucke an Gronenburgthor.
Les moulins devant la tour bUmche.
£n l'année de Notre Seigneur 1439, on fit la porte extérieure devant la tour blanche et on construisit les moulins qui se trouvent en cet endroit, ainsi que le pont levis à la porte de Cronenburg.
La porte Blanche et la porte de Gronenbourg sont situées à l'ouest de Strasbourg ; une troisième porte, le Chrienthurm^ était du même côté. De 1427 à 1439, on fortifia ces portes par des ouvrages avancés. (Silbermann, Locaigeschichte, p. 90
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et Kraus, Kunst und Alterthum in Elsass-Lothringenf t. I, p. 369) prétendent que la € Adit-Bâier-MiMei^ devant la porte Blanche ne fut élevée qu'en 1449.
Fragment 9. — Die gedeckten hrucken.
Do man zalt von der Geburt Cristi MCGGGLXVIII jor, do wur- dent die brucken die vormals hiessent die bedeckten brucken mit den swybogen und den zynnen und gewere als su nû sint ange- vangen und volbroht in dem jore MCGGG...
Les ponts couverts.
En Tannée de Notre Seigneur 1468, les ponts qu'on appelai autrefois les ponts couverts furent construits avec des arches^ ils furent garnis de créneaux et fortifiés, comme ils sont maintenant et ce travail fut terminé en 144...
Les ponts couverts étaient d'abord en bois ; en 1468, on les remplaça par des ponts en pierre. On reconstruisit aussi à celte époque les tours qui défendaient l'entrée de Tlll à Strasbourg. Ces travaux n'étaient pas encore terminés au moment où écrivait notre chroniqueur ; il a laissé en blanc la date de l'achévemenL
Nous lisons ensuite les paragraphes suivants :
Der Pfennigthurn und die PfaUze (Hegel, p. 743; notre manuscrit donne la date 1331.) Dos Kouffhusz an dem Saltzhofe (Hegel, p. 744).
Fragment 10. — Von dem Komspycher.
Der Komspycher ufT dem werckhofe an dem roszmerckt warl angevanhen zû machen nach wynahtten do man zalte nach Gristi geburt MGGGGXLI jor und war meisters hans ein metziger ammeister.
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MANUSCRITS ALLEMANDS Î19
Le grenier éFabondance.
On commença à construire le grenier d'abondance sur le werckhof près du marché aux chevaux après Noël de Tannée du Seigneur 1441 et Meister HanS; de la tribu des bouchers, était ammeister.
Une inscription qui se trouvait autrefois à la bibliothèque du séminaire rappelait la date de cette construction. Elle était due à l'architecte de la ville, Jean de Berckheîm (Gérard, les Artistes d'Alsace au moyen âge, II, p. 100). Une partie de cet édifice, située sur la place de Broglie (ancien marché aux chevaux), fut abattue en 1768 et sur son emplacement fut construit l'hôtel Klinglin, depuis préfecture ; le reste fut coupée en deux par une rue qui relie le théâtre à la rue brûlée. L'édifice a subi d'ailleurs de graves dommages pen- dant le bombardement.
Fragment 11. — Dié Cantedie eu Straszburg.
Die Gantzelie xû Straszburg wart angevangen und gemacht in dem jore do man zalt MGGGGLXIIII jor und kostet gar vil Geltz» wanne es wurdent ettwie vil Hûser abgebrochen do vil ewiger und ouch ablôsiger Zinse uffstundent^ die man mûste abelôsen und abekouffen. Und worent Herre Johans MelbrQge altammeister und herre Cûnrat Ryfié altammeister^ der die zyt der statt lonherre was, buwemeister darûber. Und wart volbroht mit der kostbaren thûren die in dem hofe stet und mit dem gange der obenan in die p&Itze get.
La chancellerie de Stra^urg.
La chancellerie de Strasbourg fut commencée et achevée en Tannée 1464 et elle coûta beaucoup d'argent, parce qu'on fut obligé d'abattre beaucoup de maisons, sur lesquelles pesaient des rentes soit perpétuelles soit rachetables, qu'il fallut racheter et rembourser. Et l'altammeister Jean MehlbrQh et l'altammeister Conrad Reif, qui à ce moment était au service de la ville, en furent
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les entrepreneurs. Et rédifice fut achevé avec les précieuses portes qui se trouvent dans la cour et avec le couloir qui en haut mène dans la pialtz.
La chancellerie ainsi que la pfaU^f (l'ancien Hôtel de ville) étaient bâties sur la place Saint-Martin (aujourd'hui place Gutenberg). Un couloir réunissait les deux constructions par dessus la rue des Serruriers. En 1583 Daniel Specklin éleva, à remplacement de la PfaU^ la magnifique demeure qu'on nomme aujourd'hui Hôtel du Commerce. Jean Mehl- brûh de la tribu des marchands de blés avait été ammeister de la ville en 1453 et 1459. Conrad Reif exercera cet honneur plus tard, en 1467. Le passage est reproduit à peu près tel quel dans la chronique de Sebald Bûheler (BtîUetin de la Soci&épaur la conservatiofi des monuments historiques, 11^ sériCi f. Xni, p. 63.)
Après ces détails sur les bâtiments civils de Strasbourg, un grand nombre de feuillets non numérotés sont laissés en blanc : nous trouvons ensuite l'énumération des bâtiments religieux. Sur la cathédrale, nous signalons ces deux pas- sages:
FRAGifENT 12. — Sanel Katherinen capdle.
Do man zalté MCCCXL jor, do wart sanct Katherinen capelle in dem munster gestyilt und gemacht von Byschoff Bertholt von Bûschecke aïs dovor by demselben byscholF geseit ist.
ChapeUe Sainte* Catherine.
En l'année 1340, la chapelle Sainte-Catherine dans la cathédrale fut fondée et bâtie par Tévèque Berthold de Bucheck, comme il a été dit plus haut^ quand nous avons parlé de cet évèque.
La chapelle Sainte-Catherine, au sud de la cathédrale fut en effet élevée entre les années 1331 et 1349. (Voir Eraus,
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l. l. L ly p. 378.) Kœnigshofen avait déj& parlé de celte coostruction dans son quatrième chapitre (Hegel p. 668).
Fragment 13.
Do man zalte MGGGGLX jor, do worent die gewôlbe des munsters vast breschafiftig. Darumbe ^urdent dieselben gewôlbe und ouch das blyen tach abgehebt und gantz wider nuwe gemacht als es nû ist und wart volbroht do man zalte von Goltes geburte MCCCCLXXjor.
En l'année 1460, les voûtes de la cathédrale menacèrent ruine. C'est pourcpioi on les enleva^ ainsi que le toit en plomb ; on remit les voûtes et le toit complètement à neuf, dans l'état où ils se trouvent maintenant. Et ce travail fut terminé en l'an de l'incar- nation 1470.
Le même fait se trouve mentionné une seconde fois dans notre manuscrit à quelques pa^es plus loin ; il a été relaté aussi dans VArehiV'Ohranik publiée par Schnéogans, p. 182. Les travaux dont il est question ici ont été accomplis sous la direction de Jodocus Dolzinger de Worms, maître d'œuvre de la cathédrale de 1452 à 1472.
Sur Saint-Thomas notre manuscrit ajoute le détail suivant:
Fragment 14.
Item sanct Blasius capelle neben dem chore zû sanct Thoman vvart gewôlbet do man zalt MCCCCLXVIIII jor.
Item la chapelle de Saint-Biaise près du chœur, à Saint-Thomas, fut recouverte d'une voûte en l'année 1469.
La chapelle de saint Biaise fut construite en 1369 par le chanoine Jean Rysz ; elle se trouvait entre le chœur et le portail du nord qui conduit dans l'église du côté de la place. Plus tard, lors de la construction de la maison presbytérale, dans Fangle formé par le chœur et le bras septentrional de Va croisée, la chapelle de saint Biaise y fut englobée et
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disparut. Cr. Louis Schnéegans, TÊglise de Saint-Thomas à StroAùurg eu ses monuments^ p. 70. Sur les dominicains, nous lisons ensuite l'addition suivante.
Fragment 15. — Dieprediger furent àber himveg.
In den zyten do keyser Ludewig von Peygem verbannen warl von dem bobst und singen wart jverslagen in allen stetten do man in fQr einen keyser hette und die Augustiner und ander ôrden worent one singen uff sûbentzehen jor^ do sungent die prediger am ersten ettvrie manig jor v^ider des bobstes briefe und hin- denach woltent su ouch nit me singen. Do sprochent die von Straszburg, sit das su vor hettent gesungen, so soUent su ouch fûrbasser singen oder usz der statt ziehen. Do furent die prediger aber usz der statt und liessent ir ciôstere 1ère slon wol vierdhalp ior^ als dovor by demselben keyser Ludewig geseit ist.
Les dominicains quittent une seconde fois la viUe.
Aux temps où l'empereur Louis de Bavière avait été excom- munié par le pape et où il était interdit de chanter la messe dans toutes les villes qui considéraient Louis comme leur empereur^ alors que les autres ordres restèrent sans chanter la messe près de 17 années, les Dominicains célébrèrent les premiers la messe pendant plusieurs années malgré, les bulles du pape : mais plus tard eux aussi ne voulurent plus la célébrer. Alors les gens de Strasboui^ leur dirent que^ puisqu'ils avaient chanté la messe auparavant, ils devaient la chanter encore à l'avenir ou bien quitter la ville. Alors les Dominicains quittèrent une seconde fois la ville et laissèrent leur cloître vide, pendant trois années et demi, comme nous avons déjà dit auparavant, en parlant de cet empereur Louis.
Notre chroniqueurs reprend ici ce que Kœnigshoffen avait raconté dans le second livre (Hegel, p. 470). Le 23 mars 4324, Jean XXII avait prononcé contre le roi des Ro- mains Louis de Bavière Texcommunication : aussitôt TAIIe- raagae se partagea en deux camps : celui du pape ei
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MANUSCRITS ALLEMANDS 43
celui du prince. Les Strasbourgeois se déclarèrent pour le dernier. Les Augustins interrompirent aussitôt tout service religieux. Les Dominicains donnèrent d'abord un meilleur exemple; mais ils finirent par se soumettre à la volonté du pape. Les Strasbourgeois les expulsèrent alors, en chantant :
Ihr soUt auch furhos singen^ Oder aber aus der Sta^ springen.
cVous devez continuer de chanter la messe, ou quitter derechef la ville. »
Plus tard la ville se soumit au pape et lui adressa une lettre d'excuses que Hegel a publiée p. 1036.
Les divers établissements religieux de Strasbourg sont énumérés dans un ordre un peu différent de celui des éditions : nous n'avons à signaler que ce passage nouveau, qui se trouve, du reste, en termes à peu près identiques dens VArcMp-Chroniky p. 177.
Fragment 16. — Sont Anthonien hyrch.
Do man zalt von Gottes Geburt MGGCCXLVI jor, do wart sanct Anthonien kyrche gebuwen, wanne es vor ein kleine capelle was und wart gewyhet uiT suntag vor sanct Margredentag do man zalt MCCCCXLVIIjor.
Église Saint - Antoine.
En l'année de Notre Seigneur 1446, on construisit Féglise Saint* Antoine, à un endroit où il n'y avait auparavant qu'une petite chapelle : et on la consacra le dimanche avant la sainte Marguerite (i6juillet) de l'année 1447.
Les restes de cette église , qui dépendait du couvent des Antonites, subsistent encore dans la rue de l'Arc- en -cieh Sur la porte on lit la date de la fondation: ANNO DOMINI M.CCGC.XLVI.
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44 Ri!.vaE d' ALSACE
Les monastères en-dehors de la ville de Strasbourg sont cités d'après l'ordre de leur fondation ^ Nous y lisons les deux passages inédits suivants :
Fragment 17. — Dos Closter zu Doroltzheym.
DoroUzbeym der Johannser closter by Molszheim wart gestyfftet do man zalt nach Cristi geburt MXI jor.
Le couvent de DoHisheim. A Dorlisheim près de Molsheim un couvent de saint Jean fut fondé en l'année 1014.
Cette date est évidemment fausse, puisque les chevaliers de saint Jean n'ont été créés qu'après la première croisade. Elle est pourtant reproduite dans le dictionnaire de Baquol- Ristelhueber.
Fragment 18. — Das Closter m Wettingen cbwendig Sbem Baden gdegen.
Ein edeler mehliger grafe gênant grafe Heinrich vonRamprehtz- wilr iind von Wandelberg hatt des ersten gestyfftet das closter Wettingen zû latin gênant Marke Stella obwendig ôbern Baden getegen uff der Linâmage, ist sanct Bernhartzorden und hatt es begobet mit saben undzwentzig und sehtzehen marke silbers. Der- selbe grafe wart selber ein Bruder in dem selben closter und starp darinne des jors nach Cristi geburt MCCXL VI ior. Item der Sterne der do stot uff dem selben closter der ist gûldin und der grafe brohte in ûber mère her usz ,der heydenschaffl und nam in abe einem heydenschen tempel.
Le couvent de Wettingen au desstM de HaUt^-Badé.
Un noble et puissant comte nommé comte Henri de Ramprechts- Tn^eiler et de Wandelberg a d'abord fondé le couvent de Wet-
' * La scribe donne à tort comme date de U fondation de Marbach 1111 an lieu de 1090.
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MANUSCRITS ALLEMANDS 45
lingen , nommé en latin Mariœ Stella^ situé au-dessus de Bade, sur la Limmat. Le couvent est de l'ordre de Saint-Bernard. Et il lui fit ensuite don de 27 et encore de 16 marcs d'argent. Le comte îxii lui-même moine dans le monastère et il y mourut en Tannée 1246. L'étoile qui se trouve au-dessus du couvent est en or et le comte Ta apportée, de par delà les mers, des pays païens et il l'a prise Stir un temple païen.
Wettingen se trouve aujourd'hui dans le canton d'Argovie, non loin de Baden; l'ancien couvent de l'ordre de Citeaux est transformé de nos jours en école normale d'instituteurs. Après cette description des monastères, Kœnigshofen a dressé, par ordre de quartiers, la liste des incendies qui ravagèrent Strasbouiig. Le continuateur a ajouté ceux qui avaient éclaté depuis la mort de Kœnigshofen jusqu'à son époque. Nous lisons ainsi :
Fragment 19. — Der nehste brant in Sporergasae.
Do man zalt nach Cristi geburt MCCGCLXVI jor uff mittwoch nach sanct Michelstag, do die naht was angangen, do ging ein fûre usz in Sporergasse an hans holnyetz des s^ertvegers huse und erwante ein site an dem selben Huse und an der andem siten untze an das nehste husz obwendig Peter Lehemanns husz, wo- rentvtrol vier hûser und was grosse helife do, anders es were witer kommen.
Un autre incendie dans la rue des Hallebardes.
En Tannée de Notre Seigneur 1466 le mercredi après la Saint- Michel (4" octobre), lorsque la nuit fut commencée, le feu éclata dans la rue des Hallebardes^ dans la maison de Jean Holnyetz, fourbisseur; il gagna tout un côté attenante la maison/ et de Taûlre côté, il s'étendit à la maison voisine au-dessus de celle de Pierre Jan Lehemann ; en tout, quatre tnaisons furent la proie des flammes ; et, s^il n'y avait eu grand secours, le feu aurait gagné plus loin. -
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46 REVUE D' ALSACE
Ld rue under sparem ou sporergasse a pris successivement le nom de fladergasse et de spiesgasse. C'est une rue parallèle à la rue Brûlée et à la rue des Frères.
On trouve ensuite :
Ein Brantnébent dm Gerten Vyschem (voir ms. 82, frag- ment 10).
Ein Brant gegen dem StockegeriM (Schnéegans, Archivchro- nik^ p. 140).
Ein Brant in kleinpredigergesselin (voir ms. 82, fragments).
Ein Brant neben den Wilhelniern. 1423 (Schnéegans, ib., p. 148).
Ein Brant nebent der stube zum Briefe (voir ms. 82, frag- ment 11).
Puis on lit le fragment suivant qui est ici plus développé que dans YArchivcf^ranik, p. 183.
Fragment 20. — Ein Brant vor dem Munster.
Do man zalte nach Gottes Geburte MCCCCLXVI jor, am neh- sten fritag nach dem Ostertage in der naht, do brante es vor dem Munster das Orthusz do man die trûbel veil hatt gênant segers- husz^ ein sit unsz an des blenkels hohe husz ; die ander sit untze an Speckmessers husz, worent sûben hûser, und wart wenig gutes usz denselben hûsern broht und was ein grosser schedlicher brant, danne wer nit also grosse helffe do gewesen und sunderliche mit der errettunge der hûsere dogegen ftber oben an kurbengasse, so wer als ein grosser brant darusz worden als er in vil joren zû Straszburg gewesen ist.
Incendie devant la cathédrale.
En Tan du Seigneur 1466, le vendredi après Pâques (11 avril) dans la nuit le feu prit devant la cathédi*ale, au marché où l'on vend les raisins (ce marché était nommé segerBhusz)\ d'un côté, le feu s'étendit jusqu'à la haute maison de Blenkel^ de Tautre juo-
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MANUSCRlTâ ALLEMANDS 47
qu'à celle de Speckmesser : en tout sept maisons furent consumées et Ton put en sortir peu de meubles. Et ce fut un grand et tenîble incendie. Car s'il n'y avait pas eu grande aide, si l'on ne s'était pas appliqué à sauver les maisons qui touchaient aux maisons brûlées et donnent de l'autre côté sur la rue du Maroquin, il y eut eu le plus formidable incendie qu'on eût vu à Strasbourg depuis de longues années.
Le marché aux Raisins se trouvait enlre la maison de l'Œuvre de Notre-Dame et d'élroites maisons. Contre ces der- nières s'appuyaient celles qui bordaient au nord la rue du Marocain. L'histoire de ce nom est assez curieuse. La rue s'appelait à l'origine Kiêrdewangasse^ la rue des Cordonniers, de ceux qui travaillent le cuir de Gordoue. Le peuple l'ap- pela Kurbengasse et ce nom sembla trop vulgaire à Herzog, qui en fit Korbergasse. Voir Strassburger Oassen- und Hamer^ iiamm im MittelaUeTy p. 103-104.
Suivent ensuite les récils des deux incendies de Rosheim (Uegel^ p. 757), celui de l'incendie de Bâle en 1432 que nous connaissons déjà par le manuscrit 82, enfin celui des incen- dies en Saxe, qui sont placées ici en 723. Notre manuscrit place en cet endroit le récit des catastrophes dont Strasbourg fut le théâtre. Pour les tremblements de terre, nous trouvons ces deux additions*
Fragment 21.
Do man zaltc MCCCCXLIIII jor an sanct Ândrestag frûge nacb dem grossen Ave Maria do kam aber ein ertbydem zii Strasz- burg.
En l'année 1444, le jour de Saint-André, de bonne heure (30 no- vembre), après le grand Ave Maria, il y eut de nouveau un trem- blement de terre à Strasbourg.
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Fragment 23.
Do man zalt nach Crisli Geburt MCCCCLXIX jor uff mentag nach der pfaffén vastnacht mittag umb die {un mot en blanc) stunde kam ein ertbydem zu Straszburg.
En Tannée de Notre Seigneur 1469, le lundi avant carnaval (13 février), dans Taprès-midi, éclata un tremblement de terre à Strasbourg.
Ces deux fragments se trouvent en termes différents dans VArchivcJironikj p. 171 et 204. On appelle pfaffenfastnctcfd le dimanche qui précède le mercredi des cendres. Le mardi gras est nommé batiemfastfuicht.
Les autres catastrophes sont énumérées dans le même ordre que dans l'édition de Schiller (p. 362 et ss. §§ CCII- CCV). Notre manuscrit porte les additions suivantes :
Fragment 23. — Der nehste halte Winter.
Do man zalt von Cristi Geburl MCGGCVIl jor, do was es also kalt das niemant grôsser kelte ye gesach oder fQrdohte und werte die kelte me danne eilff wochen an einander das kein unterli- biingen do zwûschent was. Der Rin ûberfror das man gantze fuder wins uff wegen darûber fûrte und erfrurent vil rebe und borne gar schedeliche und ouch vil lûtes und was holtze gar tûre und do die kelte zerging, do wart das isz also grosz und ungehûr das es nie kein manne so ungefuge bette gesehen und gefror vil wines in den kelem der damach kein nûtze wart das der winter grossen schaden dett an allen dingen.
Autre froid hiver.
En Tannée de Notre Seigneur Jésus-Christ 1407, il fit un froid si vif que personne n'en avait jamais ressenti de semblable ni même imaginé de pareil. Et le froid dura onze semaines consé- cutives sans aucune interruption. Le Rhin gela de telle façon
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MANUSCRITS ALLEMANDS 49
qu'on pouvait conduire sur la glace des voitures chargées de foudres de vin. Beaucoup de vignes et d'arbres gelèrent misérablement; des personnes mêmes périrent de froid et le boi| était très cher. Puis quand le froid disparut , la glace était épaisse à un point inouï. Personne n'en avait jamais vu de la sorte. Beaucoup de vin gela dans les caves et on ne put plus s'en servir après. Et ainsi l'hiver fit en toutes choses les plus grands dommages.
Dos kom crfror (1430 et 1442. Cf. Schnéegans, Archivchronik^ p. 149 et 157).
Die rében erfrurent und tranche man hier zu Siraszburg (1466, cf. ib., p. 176).
Win wurt sure (1445, cf. i6., p. 176).
Notre manuscrit ajoute ce passage :
Fragment 24
Do man zalt MCCGCLXXI jor ufT den andern tag im ougst do worent zu Straszburg utf dem trûbelmerckt vor dem munster veil drûtzehen rûckkorbe mit trûbeln und worent lenger danne vor aht lagen dovor ouch trûbel veil gewesen.
En l'année 1471, le 2 août, on vendit sur le marché aux raisins devant la cathédrale treize corbeilles de raisins et il y avait alors déjà plus de huit jours que des raisins étaient en vente.
Ch. Pfister, (A suivre.)
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LES HABITATIONS OUVRIÈRES
ET LEUB
AMÉLIORATION
1.
Parmi les maux dont souffreDi les classes ouvrières, Tun des plus pénibles esl certainement Télat défectueux de leurs habitations. Nous nous vantons avec raison des progrès de la civilisation, de la beauté et du confort de nos grandes vilIcS; et pourtant il est bien certain que le plus médiocre paysan est logé plus agréablement que beaucoup des habitants de nos capitales. Sa maison est petite et mal bâtie, mais elle a de l'air et de Tespace autour d'elle; ses fenêtres éclairées par le soleil laissent voir le paysage riant qui l'entoure; les enfants peuvent sortir sans avoir d'escaliers à descendre, et s'ébattre en plein air sous le regard de leurs parents, en compagnie de leurs amis favoris, les chiens^ les chats, les lapins, les moutons, dont la présence fait leur bonheur. Même le Kabyle dans sa hutte , l'Arabe sous sa tente me semblent pins heureux que certaines familles de Paris entas- sées au sixième étage dans une mansarde sans^ air et sans lumière, au sommet d'une espèce de maison-caserne où les ménages se comptent par douzaines et sont trop nombreux pour vivre en bonne harmonie, au bord d'une rue étroite et infecte où le soleil ne pénètre que rarement et où les enfants ne peuvent jouer en sécurité.
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LES HABITATIONS OUVRIÈRES ET LEUR AMÉLIORATION 51
Les progrès de l'indusliùe et du commercei en augmentant la population des villes et en y attirant des quantités de cam- pagnards , ont eu pour résultat l'entassement des habitants dans des maisons devenues insuiBsantes ; puis la construc- tion de bâtiments élevés et serrés à la place des jardins et des champs, enfin le mauvais état sanitaire résultant de l'air vicié qu'on y respire. Mais dès longtemps on a cherché à y remédier.
En Angleterre, où le développement plus rapide de l'indus- trie et l'accroissement prodigieux des villes manufacturières avaient manifesté ces inconvénients plus tôt que sur le conti- nent, on s'occupa aussi plus tôt à y porter remède. En 1841 se formait à Londres Vassodation métropolitaine pour Vamé^ îiorcUion des logements éC ouvriers.
Dés 18>i8, le prince Albert visitait la première maison con- struite par l'association, et à l'exposition universelle de Londres, en 1851, on pouvait admirer une maison-modèle qu'il avait fait consti*uii*e lui-même.
A la même époque, la Société industrielle de Mulhouse était saisie de la question par M. Jean Zuber^ qui lui présen- tait un plan de cette maison; et en 1853, sur l'initiative de M. Jean Dollfus, se fondait au capital de 300,000 fr., la So- ciété mtdhausienne des cités ouvrières^ dont Toeuvre et l'orga- nisation ont été imitées depuis en beaucoup d*endi*oits. Le branle était donné, et depuis lors on est allé de progrès en progrès.
L'exposition universelle de 1889 avait permis de voir réu- nis et de comparer les divers types d'habitation qui se par- tagent aujourd'hui la faveur publique. Enfin , on vient de fonder récemment la Société française des habitations à bon marché y qui a pour but d'étudier la question, de centraliser les renseignements, de propager l'idée de l'amélioration des logements d'ouvriers et de pousser à la création de sociétés de construction qui réuniraient les capitaux nécessaires et
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se chargeraient de construire des maisons perfectionnées. L'idéal serait le système inauguré par la Société mulbou- sienne des cités ouvrières, partout où ce système pourrait être appliqué.
Figurez-vous une maison (ou plutôt un groupe de quatre maisons juxtaposées) composée d'un rez-de-chaussée, d'un premier élage, avec cave et grenier, placée au milieu d'un petit jardin qui l'entoure en tous sens.' Deux murs en croix divisent la maison en quatre logements séparés qui ont chacun deux ou trois chambres, une cuisine et une porte d'entrée spéciale donnant sur le jardin ; celui-ci est aussi séparé en quatre morceaux, de façon que chaque quart de maison a un quart de jardin.
Je n'ai pas besoin d'insister sur l'agrément de cette habi- tation, l'avantage pour l'ouvrier d'avoir un jardin qu'il peut cultiver dans ses moments de loisir et où il peut, les soirs d'été, se reposer de son travail, au milieu de ses fleurs et de ses légumes, à l'ombre d'arbres fruitiers qu'il a plantés et arrosés lui-même, où ses petits enfants peuvent jouer au grand air comme s'ils étaient en pleine campagne.
Rien de plus riant et de plus gai que la cité ouvrière de Mulhouse par un beau jour d'été. On dirait un vaste jardin parsemé de maisonnettes blanches ornées de treilles et de tourelles, et divisé en rues qui s'entrecroisent et forment de longues allées ombragées d'arbres verts, égayées par des fleurs de toute espèce et de toute couleur.
Et comme il est bon que l'ouvrier et sa famille puissent se promener en dehors de la ville , et ailleurs que sur les grandes routes, j'ai créé avec quelques amis, sur une colline du voisinage d*où l'on jouit d'une vue splendide sur la plaine d'Alsace et les Vosges, un grand parc ou jardin zoologique ombragé de vieux arbres, sur la lisière d'une forêt, et qui sert à la fois de but de promenade aux familles ouvrières et de lieu de réunion pour les sociétés de gymnastique et les
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sociétés musicales. Et plus tard, pour compléter cet en- semble, M. Siegfried a fondé, avec quelques autres philan- thropes, un cercle populaire avec salle de lecture et de récréa- lion où se donnent des conférences instructives.
Hais ce n'est pas le côté matériel qu'il faut le plus admirer dans la cité ouvrière de Mulhouse, c'est le côté moral. I^a maison ouvrière de Mulhouse n'est pas seulement îa maison de campagne, la villa de l'ouvrier; elle est en même temps sa caisse d'épargne et le fondement de la fortune future de la famille. En payant un loyer qui n'est guère plus élevé que celui d'un logement qu'il louerait en ville, c'est-à*dire allant de 18 à 30 fr. par mois, l'ouvrier devient au bout d'environ quinze ans propriétaire d'une maison avec jardin valant de trois à quatre raille francs.
Le taux du loyer a été calculé de telle façon qu'une partie sert à payer l'intérêt du capital dépensé pour la construction de la maison, tandis que l'autre partie sert à amortir ce même capital; en sorte qu'au bout de quinze ans le capital se trouve entièrement remboursé, et l'ouvrier est passé à la dignité de propriétaire; il devient capitaliste.
A l'avenir, il n'aura plus de loyer à payer, et la somme qu'il y consacrait chaque année peut lui servir à faire d'au- tres placements. Son premier capital est créé, et dorénavant, comme la boule de neige, il s'arrondira et grandira si son propriétaire continue à être sage, prudent et économe.
Depuis 1853, la Société mulhousienne a construit près de douze cents maisons qui sont toutes vendues, et formé ainsi douze cents propriétaires. Elle a dépensé près de quatre mil- lions de francs qui lui ont été remboursés par les ouvriers, sauf environ 400,000 fr., qui sont encore dus.
C'est donc près de quatre millions de francs que cette utile institution a fait épargner aux ouvriers et qui forment au- jourd'hui la base de la fortune future de douze cents familles, qui, sans cet appât de la propriété, seraient sans doute dénuées
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de tout et auraient dépensé jour par jour leur salaire au lieu de faire des économies.
Mais ce n'est pas tout. Si l'industrie de Mulhouse continue à prospérer et la ville à s'agrandir^ la valeur des terrains aug- mentera, et si plus tard l'ouvrier propriétaire ou ses enfants veulent vendre la maison, ils la vendront avec un bénéfice sensible; car il est certain qu'un jour arrivera où la cité ou- vrière, qui forme aujourd'hui un faubourg, se trouvera au centre de la ville agrandie et sera démolie pour faire place à un quai'tier riche et à des constructions plus élégantes et plus coûteuses; les jardins d'aujourd'hui deviendront des terrains à bâtir, et leur plus-value enrichira leurs modestes propriétaires.
Le bon exemple donné par les fondateurs de la cité ou- vrière a d'ailleurs été suivi, et les nombreux spéculateurs, qui depuis lors ont construit des maisons pour les ouvriers, ont dû tenir compte du confort de ces habitations perfectionnées et rivaliser avec elles pour donner à leurs locataires tout le bien-être possible.
Comme cependant il n'y a pas d'avantages sans inconvé- nient, il est évident que l'ouvrier est cloué au sol par sa pro- priété et qu'il peut moins facilement quitter la ville pour émigrer que si sa fortune était liquide. Seulement, sans Tap- pftt de la propriété qui l'a poussé à économiser, qui Ta forcé à devenir sédentaire et à payer régulièrement son loyer, il est probable qu'il aurait dépensé son salaire à mesure, et n'aurait aucune fortune, ni même ce capital premier qui en forme la base et le point de départ.
On aurait donc tort d'attribuer une importance trop grande à cette objection ; car si même l'ouvrier, obligé d'émigrer, vendait sa maison à perte, ce qui lui resterait encore sur le prix de la vente formerait un petit capital qu'il ne posséde- rait certainement pas si Tappftt de la propriété ne l'avait poussé à économiser.
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Cet inconvénient toutefois a frappé beaucoup d'esprits, et bien des chefs d'industrie ont toujours préféré construire des maisons pour les louer, au lieu de les vendre, et surtout là où il n'existe qu'une seule usine, dont la cessation ou la ruine entraînerait nécessairement le chômage et la nécessité pour les ouvriers d'émigrer, danger qui n'existe pas pour une ville comme Mulhouse, où il y a beaucoup d'établissements industriels, en sorte que si l'un d'eux liquide, les ouvriers peuvent trouver du travail dans d'autres.
Il est certain, d'un autre côté, que pour construire une cité ouvrière comme celle de Mulhouse, il faut trouver dans un faubourg de vastes terrains non bâtis et à bas prix; il faut aussi que la ville soit assez petite pour que les habitants de la cité n'aient pas un chemin trop long & parcourir pour se rendre à leurs ateliers.
Or ces conditions ne peuvent se trouver partout. Dans une grande capitale comme Paris ou Londres, par exemple, beau- coup d'ouvriers sont obligés d'habiter dans l'intérieur de la ville pour se trouver à proximité de leur travail. On a donc dû songer à créer des logements convenables pour cette caté- gorie de travailleurs, et à réunir à la fois le bon marché, le confortable et les conditions sanitaires.
IL
C'est à Londres que l'on a réussi en premier lieu à créer un type d'habitations pour résoudre ce problème.
On a construit de grandes maisons ayant cinq étages de hauteur, et contenant chacune un grand nombre de loge- ments.
Le plan général se compose de quatre grands corps de bâtiments isolés, formant un carré, dont l'intérieur est occupé par une vaste cour bitumée où les enfants peuvent is'amuser sans danger.
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Les escaliers sont très larges et aérés par d'énormes ou- vertures dans les murs qui remplacent les fenêtres ; le soir ils sont éclairés au gaz jusqu'à onze heures. Chaque loge- ment est séparé complètement des autres ; il a sa porte d'en- trée, soit sur le palier darl'escaliery soit sur une galerie cou- verte> mais à l'air libre, qui longe la maison à l'extérieur et à chaque étage. Donc pas de corridors sombres et infects, pas de v^ater-closets communs, et par conséquent malpropres. La buanderie seule est commune à tous les habitants d'un même palier, et leur sert tour à tour à un jour déterminé.
Comme on le sait, les Anglais sont très jaloux de leur indépendance ; ils sont habitués à avoir chacun sa maison isolée, et il a fallu surmonter de grandes répugnances pour les engager à habiter ces espèces de casernes.
Dans ce but, on s'est attaché a ce que chaque logement soit bien séparé et complet pour donner à l'habitant l'illusion d'une maison isolée. On y a réussi au point qu'aujourd'hui ce système d'habitations loge cent mille personnes dans plus de vingt mille logements.
Cinq grandes associerions et bon nombre de petites sociétés se sont formées successivement depuis 1841 pour construire des maisons ouvrières.
1o La plus ancienne est Vassociation métropolitaine, fondée en 1841 avec un capital de deux millions et demi et dont nous avons déjà parlé. Elle a d'abord construit de grandes maisons dans l'intérieur de Londres, dans lesquelles logent 437 familles qui payent 4 fr. 30 c. à 10 fr. par semaine. En 1885, le capital fut doublé et on construisit dans les environs de la ville 168 maisons isolées avec 5 ou 6 chambres et un jardin, qui furent louées de 8 fr. 75 c. à 10 fr. par semaine. Elle possède aujourd'hui neuf groupes de grandes maisons avec 1207 logements contenant 6000 habitants. Elle a dé- pensé 6,050,000 francs.
3® La donation Peaibody, qui a construit 18 groupes avec
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4551 logements et 18,453 habitants. Son capital est de 30,275,000 fr. M. Peabody était un riche Américain qui, modeste commis dans sa jeunesse, avait fait vœu que si Dieu lui accordait la fortune, il consacrerait ses biens au service des pauvres. Devenu puissamment riche, il tint parole. En Amérique il consacra plus de 55 millions de francs à des œuvres philanthropiques. A Londres, qu'il habitait depuis 35 ans, il donna, en 1862, 3,750,000 fr. pour construire des maisons ouvrières; en 1865 de nouveau 2,900,000 fr., autant en 1868; et enGn 3,750,000 à sa mort en 1869; en tout, 12 millions de francs.
3^ La Compagnie des logements perfectionnés a construit 31 groupes, 4314 logements, avec 12,500 habitants et un capital de 23,400,000 fr.
4^ La Compagnie des artizans deveUengs; elle a construit 3 groupes de 4143 logements avec 22,000 habitants et 31,942,000 fr. de capital.
Cette société avait été d'abord créée en 1867 par des ou- vriers associés avec un capital de 6,250,000 fr., partagé en 25,000 actions de 250 fr. et s'est peu à peu développée.
5^ La Société pour V amélioration de la condition des dasses laborieuses a bâti 9 groupes avec 588 logements, 2800 habi- tants et 928,000 fr. de capital.
Toutes ces associations ont abouti à construire plus de 20,000 logements et à loger plus de 100,000 âmes, et elles tirent 5% d'intérêts de leurs capitaux.
Rien déplus coquet que les groupes d'habitation; on pour- rait dire les villages que ces sociétés ont créées dans les faubourgs ou les environs de Londres. Chacune d'elles a une cour et un jardin ; la fenêtre du salon ou plutôt le baUwin- dow, sorte de vérandali vitrée garnie de trois fenêtres en arc, laisse apercevoir une jardinière de fleurs, une table couverte de quelques livres, des gravures pendues aux murs. Au centre de ce village se trouve un bâtiment spécial contenant
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une salle publique qui sert au service religieux le dimanche, s'il n'y a pas d'église, et la semaine de salie de concert ou de lieu de réunion pour les sociétés chorales ou musicales. On y trouve aussi une bibliothèque dont les habitants peuvent emprunter les livres, une salle de lecture avec des journaux, une salle de billard. On a cherché en un mot & rendre inutile le cabaret, où se réuniraient les habitants s'ils n'avaient pas d'autre local. Du reste, il est interdit de louer aucune de ces maisons pour en faire un débit de vin, de bière ou de liqueurs.
Les jardinets sont bien cultivés ; quelquefois on y voit de petites serres pour héberger les plantes pendant l'hiver, et Ton donne des prix pour les jardins les mieux entretenus. Il y a même en été une exposition annuelle de fleurs où con- courent les habitants.
J'ajouterai qu'il s'est formé à Londres une AssocicUion mé- tropolitaine de jardins publics qui a pour but de transformer en jardins plantés d'arbres tous les espaces de teri*ains libres, afin d*égayer les quartiers populaires. Aussi les vastes parcs et les promenades à perte de vue qui renouvellent l'air de Londres occupent-ils 6000 hectares de terrains, presque autant que la ville de Paris tout entière. Ajoutez à cela les chemins de fer métropolitains, dont les trains partent toutes les cinq minutes et qui permettent ainsi aux habitants de se rendre facilement dans n'importe quel quartier de Londres, et vous comprendrez facilement qu'au lieu d'entasser les habitants, comme h ?ms, dans un espace restreint, on a pu les disper- ser sur une vaste étendue, en sorte que Londres, avec ses 5 millions d'habitants, occupe une superficie de 30,000 hectares, tandis que Paris n'a que 7,800 hectares pour 2,940,000 habitants; c'est trois fois moins. Aussi la ville de Londres est-elle une des plus saines de l'Europe, tandis que Paris est une des plus malsaines; la mortalité y est consi- dérable, tandis qu'à Londres on ne compte que ââ décès pour
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1000 habitants; Copenhagce est la seule capitale de l'Europo où on en compte moins, 21 y^ seulement.
Nous avons vu qne les différentes sociétés de construction de Londres sont arrivées à loger dans des habitations con- fortables environ 100,000 habitants. C'est un grand bienfait sans contredit; mais que sont 100,000 habitants sur 5 mil- lions? C'est une faible minorité, et surtout c'est une élite. Dans tous ces logements, on paye au minimum â fr. 50 c. par semaine. L'ouvrier qui gagne 3 fr. 50 c. par jour peut payer ce loyer. Mais malheureusement il y a des ouvriers en grand nombre dont le salaire est inférieur à 3 fr. 50 c. — Eh bien ! pour ceux-l:\ aussi il s'est trouvé une âme charitable qui s'est occupée d'eux ; c*est Miss Octavia Hill. On me per- mettra ici d*emprunter à l'intéressant ouvrage de M. Picot, € Un devoir social et les logements d'ouvriers », quelques lignes humoristiques : Miss Octavia Hill est une personne de petite taille, vive et alerte, parlant avec netteté. Vers 1865 elle achetait trois pauvres maisons dans une des cours les plus sales du quartier de Mary-le-bone, et peu après six autres. Les escaliers étaient sombres et humides, les rampes avaient servi à faire du feu l'hiver précédent; les toits laissaient pas- ser la pluie , les plafonds tombaient, les planchers étaient pourris, et au milieu de tout cela le propriétaire s'épuisait en menaces, n'obtenait que des à-comptes, et déclarait à l'acqué- reur qu'il ne pouvait se faire payer des incorrigibles loca- taires entassés dans ces bouges. En quelques mois, la trans- formation fut complète. Miss Octavia Hill chassa ceux dont l'inconduite était notoire, retint les familles honnêtes, leur donna les chambres qu'elle faisait peu à peu assainir et répa- rer. Chaque lundi, elle venait elle-même toucher ses loyers; cette visite hebdomadaire lui permettait de s'intéresser aux familles, de s'occuper d'elles, de veiller sur les enfants, de donner des conseils et d'exercer, sans intrusion, une utile influence. Elle se montrait à la fois propriétaire inflexible, ne
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souffrant aucun arriéré, et protectrice pleine de bonté pour les ménages honnêtes et soucieux de la propreté. Les familles nombreuses ont dû prendre plusieurs chambres, et un prix de faveur a été accordé pour les engager à rentrer ainsi dans Tordre. — Miss Octavia Hill a pu, malgré ses travaux de réparation, obtenir un intérêt de 5%, exemple bien encou- rageant pour ceux qui voudraient Timiter. Son exemple fut suivi, et quand on eut reconnu qu'elle avait transformé les maisons, relevé l'esprit de famille, combattu les vices, fortifié et ranimé les vertus du foyer, beaucoup de femmes Timitèrent ; et aujourd'hui chaque quartier de Londres compte un cer- tain nombre de femmes qui visitent chaque semaine les loge- ments pauvres qu'elles ont améliorés.
m.
En France on a cherché à créer des maisons ouvrières dans des conditions analogues.
Je n'insiste pas sur les 85 maisons construites, il y a 25 ans déjà, par le comte de Madré et occupées par 7000 habi- tants, et sur d'autres essais faits par des philanthropes, ni sur les maisons construites sur le modèle de celles de Mul- house par la Société des habitations économiques de Passy- Auteuil; groupe intéressant de maisons confortables, habi- tées et achetées par des ouvriers d'élite et des employés de commerce, ni sur d'autres essais de petites maisons avec jar- dins créées en divers endroits des environs de Paris. En voyant ces maisons modèles , on n'a qu'un regret, c'est de ne pas les trouver plus nombreuses, de ne pas voir de grandes so- ciétés puissantes, comme à Londres, les développer. II est vrai que la distance joue un rôle et que l'on ne pourra sérieusement les multiplier que quand des chemins de fer métropolitains auront rapproché les distances. D'ici là, il sera
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loujours utile de s'occuper des ouvriers que leur genre de travail forcera d'habiter dans Tintérieur de la ville.
A ce point de vue, je dois citer avant tout, parmi les entre- prises les plus récentes, la Soci&é philatUlirapique^ qui, pour utiliser un don considérable de deux frères unis dans une même pensée de bienfaisance, construisit à Paris, en 1888, sous le nom de Fondation Armand et MicJhd Henic, deux maisons modèles, l'une rue Jeanne d'Arc, 45, l'autre boule- vard de Grenelle, 65. Elles ont six étages et imitent dans une certaine mesure le système suivi à Londres.
Partout de l'espace, de la lumière, autant que faire se peut, et des logements séparés et complets contenant deux pièces. Il y en a cinq par étage e( chacun d'eux a sa porte d'entrée sur le palier. Le prix des loyers est combiné de façon à ce que les immeubles rapportent 4 % n^^ du capital; il va de 170 à ^70 fr. par an, suivant les étages et la disposition des logements. Seulement ces maisons n'ont pas encore pu atteindre les ouvriers proprement dits ; on y trouve plutôt de petits employés, des facteurs, sergents de ville, etc.
La Société coopérative immobilière des ouvriers de Paris a créé une grande maison à étages, suivant le même principe, et la villa des Rigoles dans l'intérieur de Paris.
Enfln, la Société civile coopérative de consommation du 18^ ars'ondissenient de Paris, 14, rue Jean-Robert, fondée en 1866 avec 145 membres et qui en compte aujourd'hui 1700, a construit, sous la direction de M. Vaillant, architecte, un grand immeuble, dont la cave et le rez-de-chaussée servent de magasin pour loger les denrées de la Société, tandis que les étages supérieurs contiennent des logements loués par un certain nombre de sociétaires. Les sociétaires ont souscrit 6514 parts de propriété, fixées à 25 fr., et représentant un ca- pital de 162,850 fr. L'immeuble ayant coûté 314,421 fr. 04, le reste a été couvert par un emprunt de 80,000 fr. au Crédit foncier et un prêt de 47,000 fr. sur le legs Ranval, et par des
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annuités payées aux entrepreneurs, lesquels onl été entiè- rement soldés en deux ans.
A Limoges aussi une Société coopérative a entrepris la con- struction de maisons ouvrières.
A Boiien^ la Société immobilière des petits logements a dé- pensé, à partir de 1885, la somme de 463,377 fr. pour con- struire un {[rand bâtiment de quatre étages sur 80 mètres de longueur, dans le même genre que les grands bâtiments de Londres et de Paris, dont je viens de parler. Cet immeuble a six corps de logis indépendants les uns des autres et desser- vis par six escaliers ; en général, â chaque étage il y a trois logements de deux à trois pièces sur chaque palier. Le prix des logements varie de 112 à 380 Tr. Hais c'est surtout le système des petites maisons isolées avec jardin, comme à Mulhouse, qui a eu de nombreux imitateurs en France ; et dans la plupart des cas on s'est appliqué à faciliter au loca- taire l'achat de la maison.
Je citerai notamment la Société havraise des cités ouvrières ^ fondée en 1871 avec un capital de 200,000 Tr., divisé en 400 actions de 500 fr. chacune, qui ne doivent jamais recevoir plus de 4 % d'intérêt. Le loyer, amortissement compris, est calculé sur la base de 10% P^r an du prix de revient de chaque maison, de façon à ce que la maison puisse êti^e payée en 14 années environ. Chaque locataire a un compte courant, et les sommes qu'il verse en avance en plus de son loyer lui rapportent 5 % d'intérêt.
La Société rouennaise des maisons à bon marché, fondée en 1887 sur les mêmes principes avec un capital de 108,500, puis de 130,000 fr., a élevé jusqu'ici 40 maisons, qui sont en majeure partie vendues â leurs locataires; elle est aussi une espèce de caisse d'épargne, car elle accepte en compte courant à l'intérêt de 4 % toute somme de 50 fr. et au- dessus qui lui est versée pour libérer l'acquéreur.
La Société immobilière d'Orléans, fondée en 1879 au capital
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de 450,000 fr., a construit 215 maisons valant 2,200,000 fr., et déjà toutes vendues. Le surplus du capital nécessaire a élé obtenu par la vente de terrains, les versemenis anticipés et des moyens hypothécaires, c'est-à-dire des emprunts faits par devant notaire à des capitalistes, et couverts par une hypothèque sur la maison. Le locataire acheteur se libère en 25 ans, en payant annuellement 7 % du prix total.
La Société rémoise pour V amélioration des logements à boti marchéj fondée en 1882 au capital de 500,000 fr., a construit des maisons ouvrières avec jardinets pour les vendre, mais elle loue aussi d'autres immeubles, les améliore et les sousloue.
La Caisse d'épargne des Bouches-du-Bhone a commencé aussi en 1889 à créer des maisons ouvrières avec l'autorisa- tion du Conseil d'État, suivant ainsi l'exemple qui lui avait été donné par la Caisse d'épargne de Lyon.
Pourquoi les autres caisses d'épargne de province ne sui- vraient-elles pas cet exemple, plutôt que de concentrer leurs dépôts à Paris ? En Italie, les caisses d'épargne de Milan et d'autres villes emploient leurs fonds à construire des mai- sons dans la ville même ou à venir au secours des habitants, ce qui est beaucoup plus juste et plus logique que de l'en- voyer dans la capitale. Pourquoi enfin nos compagnies d'assu- rance, qui ont chaque année des sommes considérables à placer, ne les emploieraient-elles pas à construire des habi- tations ouvrières? Elles feraient à la fois un bon placement et une œuvre philanthropique.
Je m'arrête dans cette éiiumération fort incomplète malgré sa longueur. Ceux qui voudraient étudier la question plus à fond pourront trouver la description de tous les types de maisons qui ont figuré à l'Exposition universelle de Paris dans une brochure de M. Antony Rouillet, secrétaire de la Société française des habitations à bon marché, brochure publiée par la Société industrielle de Mulhouse et imprimée chez Berger-Levrault, à Nancy.
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Je citerai sealemenl encore les chalets transportables qui se Tonl en Norwège et en Suisse et qui, quoique d*un prix un peu trop élevé pour de simples ouvriers, peuvent inté- resser d'autres personnes. Ce sont des chalets entièrement en boisj^ dont toutes les pièces s'ajustont Tune dans l'autre, en sorte qu'en les transportant on ne perd que les pierres des fondations.
IV.
Mais je considère que tout n'est pas fait quand les ouvriers sont logés convenablement et à bon marché. II y a le but moral à poursuivre à côté du but matériel. De même que les cités ouvrières de Mulhouse ont résolu le double problème de bien loger l'ouvrier et en même temps de lui former un capital, en le rendant propriétaire et en le forçant à l'éco- nomie, de même je voudrais voir l'ouvrier de Paris en pos- session'd'un logement convenable et d'un commencement de fortune.
Il serait peut-être difficile de créer des cités ouvrières imi- tées de celles de Mulhouse en nombre assez considérable pour loger une partie importante des ouvriers de Paris ; la ville est trop grande, trop espacée pour qu'il soit facile de trouver des emplacements répondant à tous les besoins. De plus, les établissements industriels ne forment pas, comme à Mulhouse, un groupe solidaire ofi tous les chefs s'entendent et sont d'accord pour des améliorations philanthropiques. Les ouvriers, de leur côte, ont un esprit d'indépendance qui les porte à agir par eux-mêmes, à leur guise, et qui rend difficile l'entente avec leurs patrons. Ceux-ci, de leur côté, ne s'occupent, en général, pas d'autre chose que de l'exploi- tation de leur industrie et négligent les questions sociales, et ceux qui s'en occupent sont isolés et agissent isolément. Mais ce qui ne se fait pas par le capital des chefs d'industrie pourrait se faire très bien par les économies des ouvriers.
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La mode est aujourd'hui aux sociétés coopératives et sou- vent avec raison.
Je n'ai pas une jurande conûance dans les sociétés coopé- ratives de production. Elles ont réussi en .Angleterre dans certains cas spéciaux et pour certaines industries particu- lières. Mais je n'oserais les recommander en France. Quand on voitlapeine, la patience, la persévérance qu'il faut à un ouvrier pour économiser une somme tant soit peu importante, il faut avouer que ce serait une pitié de le voir placer ces économies, si péniblement acquises, dans une industrie quelconque, toujours aléatoire. Il ne faut pas oublier que les chefs d'in- dustrie ne gagnent pas toujours ; souvent ils perdent et se ruinent. Mais dans ce cas deux ou trois familles seulement se trouvent réduites à la pauvreté. Combien il serait triste, au contraire, et même immoral, de voir un établissement créé par les épargnes accumulées de centaines d'ouvriers, succomber et entraîner dans sa ruine toutes ces familles hon- nêtes et laborieuses, en réduisant à néant toutes leurs espé- rances d'avenir et leurs économies si péniblement et si len- tement amassées.
Le but de la formation du capital serait atteint tout aussi bien, et sans aucun risque, si des sociétés coopératives se fondaient pour construire des maisons à leurs associés ; et ceux-ci y trouveraient en outre l'avantage d'être bien logés dans leur propre 'maison. Ce système a été appliqué en An- gleterre depuis longtemps et sur une grande échelle. S'il n'a pas toujours réussi aussi bien qu'on aurait pu le désirer, cela tient à la jalousie humaine^ quelquefois à la mauvaise foi de certains associés et le plus souvent à l'absence d'un capital suffisant pour commencer.
Il est évident qu'au début les économies des membres de de la société sont peu importantes. On a peine à construire une ou deux maisons ; puis il faut les tirer au sort entre les associés. Gela produit des mécontents. On n'a pas assez d'ar*^
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gent pour acheter un lerrain suffisamment grand ; on n'a pas l'expérience nécessaire pour bâlir; on ne réussit pas à construire un ensemble suffisant pour loger, dans un délai un peu rapide, tous les participants.
Il faudrait trouver une combinaison qui permit de se pro- curer le capital nécessaire pour opérer un peu largement, s'entendre, par exemple, avec une société de capitalistes qui Terait les avances et construirait, de façon que la société coo- pérative n'aurait à fournir que les sommes nécessaires à payer l'intérêt du capital et l'amortissement. Il faudrait en outre que si l'un des participants était obligé, pour une rai- son ou l'autrC; de quitter la ville pour émigrer ailleurs, il pût rentrer dans son capital, toucher les sommes qu'il a versées dans un certain délai, et en tout cas en toucher l'intérêt. Ce sont des combinaisons à étudier et à trouver, et je recom- mande à ce point de vue l'exemple de la Société coopérative du IS** arrondissement de Paris que j'ai citée plus haut.
Quoi qu'il en soit, je vois dans la construction d'habitations ouvrières bien comprises un but de placement plus sûr et plus avantageux pour les sociétés coopératives et même pour les simples ouvriers que dans n'importe quelle autre combi- naison.
Dans une grande ville comme Paris, les loyers peuvent hausser ou baisser suivant les circonstances et les maisons peuvent par conséquent avoir une valeur plus ou moins grande ; mais enfin elles ne peuvent tomber à rien, comme quantité de valeurs que dans ces derniers temps nous avons vu sombrer. Et en tout cas l'ouvrier se trouve bien logé, et s'il peut réussir à avoir sa maison à lui, l'avantage moral est incontestable. Un ouvrier propriétaire, habitant sa propre maison, n'aura guère envie d'aller se griser au cabaret. Il préférera rester chez lui, à voir en été pousser ses fleurs et ses légumes, en hiver, à faire quelques réparations indis- pensables, à orner sa demeure, ou simplement à jouir, au
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LES HABITATIONS OUVKIÉRES ET LEUR AMÉLIORATION 67
coin du feu, de ia tranquillité du Toyer domestique. Ses en* fanls, habitués à cette vie rangée et économe, fiers d*ê(re quelque chose, d'être les fils d'un propriétaire, sentent que noblesse oblige, travailleront et économiseront à leur tour, et s'ils continuent ces bonnes traditions^ si la Providence les favorise, ils pourront, comme bien d'autres, devenir des bourgeois (j'en connais beaucoup d'exemples}, et en tout cas laisser à leurs enfants, avec une modeste aisance, l'exemple des vertus domestiques, qui sont la base la plus sûre de la propriété matérielle et du bonheur intime que donne une conscience tranquille et la satisfaction d'avoir rempli ses de- voirs.
Cu. TniERRY-MlEG.
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LA
MARCHE DE MARMOUTIER
d'après les
Archives dé|Nirtemeutales île Nancy.
L'enquête sur les Rustauds. — Les comptes de la seigneurie.
D'après Dom Calmel, la ville de Marmoulier ayant été prise de force par les troupes lorraines vers 1409, les bour- geois effrayés s'empressèrent de prêter serment au duc Nicolas et de promettre qu'à l'avenir, ils seraient bons Lorrains et soumis aux princes du pays.
Il n'est donc pas étonnant qu'à Nancy, Ton trouve à l'Hôtel de la Monnaie, aujourd'hui le dépôt des archives départe- mentales, quelques papiers concernant la Marche de Mar- moutier ou d'Aquilée^ et provenant de la Chambre des Comptes de Lorraine.
Ces documents ne sont pas les seuls qui existent sur l'Alsace, provenant soit du Trésor des chartes, soit de la Chambre des Comptes.
Les relations amicales entre la ville de Strasboui'g et les ducs de Lorraine étaient assez suivies pour que l'on trouve à Nancy de nombreuses chartes sur l'ancienne ville libre impériale. En outre, les ducs étaient souverains de
^ Y. P. RiSTELUUBSR. La Marche d'Aquilée. Strasbourg, 1864.
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LA MARCHE DE MARMOUTIER 69
quelques seigneuries alsaciennes, entre autres Saint-HIppo- lyte, le Val de Liepvre, etc. Aussi les archives de Nancy possèdent-elles sur la petite ville seize articles de comptes allant de 1530 à 1669 ; les comptes du domaine, de la surintendance dans les mines et de la gruerie du Val, allant les premiers de 1480 à 1669 ont 89 articles, les seconds, où Ton voit les dépenses faites dans les mines et le profit qu'en lirait le domaine, allant de 1522 à 1634 (les deux premiers registres sont écrits presqu'entièrement en allemand), et les troisièmes vont de 1578 à 1669 avec 38 articles.
Les archives départementales de Meurtbe et Moselle pos- sèdent une foule de documents inédits sur la petite contrée qui va nous occuper. On a pour se guider l'excellent inventaire entièrement imprimé (sauf les tables) par leur con- servateur feu Henri Lepage. Cet archiviste modèle, — correct et entendu, selon Lorédan Larchey, qui était parvenu à mettre dans le plus grand ordre l'immense dépôt qui lui était confié et dont il était justement fier.
Chez lui, dans son modeste cabinet qui servait en même temps de salle pour les travailleurs , pas de cérémonie. Vous étiez travailleur, cela lui suffisait. Jamais il n'a demandé si Ton avait l'autorisation préfectorale, jamais il n'a exigé la demande réglementaire. 11 ne s'ingéniait qu'à vous donner ce que vous lui demandiez et même plus que vous demandiez.
Il allait deux ou trois fois dans la matinée chercher vos layettes soit dans les combles, soit dans la vaste salle du rez- de-chaussée, interrompant de suite son travail, mais ne laissant pas éteindre sa pipe de terre si délicatement culottée.
Dans les derniers temps, le cher archiviste était devenu défiant ; il était hanté par la peur d'avoir sa retraite. Mais devant les marques de sympathie de tous, il reprit bien vil sa bonne humeur. Son plus grand chagrin fut quelques moi avant son décèS; d'apprendre que ses archives allaient éti
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transplantées près du pont de Malzévilie, — idée bizarre, dont il fut parlé quelque temps, et venue de je ne sais où. On eut enfin le bon esprit de les laisser ou elles étaient depuis des siècles. J'ai vu son chagrin, lorsqu'un jeune ingénieur des ponts et chaussées, tout rondelet, très correct aussi, vint un jour lui demander des renseignements à ce sujet: — Combien il fallait de mètres carrés par an pour pouvoir placer les papiers de la préfecture? -- J'ai cru qu'il allait se trou- ver mal.
L'ingénieur très correct (ils le sont tous) parti, il exhala sa mauvaise humeur, ralluma sa pipe et se mit à préparer un mémoire sur ce qu'on lui demandait.
Quant il mourut dans les derniers jours de l'année 1887, il y avait plus de quarante ans qu'il était le gardien vénéré du Trésor des chartes de Lorraine.
Tout autre était son collègue l'archiviste du département du Bas-Rhin ; le long et maigre M. Louis Spach qui fut aussi de longues années le conservateur des plus autorisés de ses archives. Ce grand amateur de la phrase, il a écrit des choses charmantes, — a laissé un inventaire des plus secs et des plus ennuyants, il était aussi un modèle des archivistes et il mourut aussi bien respecté à la tête du riche dépôt qu'il dirigeait. .
Hais quelle différence avec M. H. f^epage. Sous l'apparence d'une politesse des plus raffinées, il était d'une raideur extrême. Il ne connaissait que le règlement, rien que le règle- ment. J'ai une fois quitté Strasbourg sans avoir pu obtenir la moindre communication : «Monsieur le préfet» et «Monsieur le secrétaire généra^» étaient je ne sais ou. — C'était vers l'époque de l'amusant scandale de la jeune femme d'un lieu- tenant du 3â<^ et l'aimable chef du cabinet, Charles Mehl, ne pouvait m'aider. Il fallait la signature préfectorale ! — Et c'était toujours ainsi.
Si je parle de ces deux regrettés archivistes qui ne vivaient
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que pour leurs parchemins, c'est que tous les deux ont rois en ordre des layettes concernant Marmoutier et que même Tun d*eux M. L. Spach a écrit une petite monographie très attrayante sur l'antique abbaye et le couvent de Sindelsberg^
Nous n'avons pas connu l'archiviste du Haut-Rbin, M. Léon Briéle, un parisien, qui sortait de l'École des Chartes et qui a laissé dans les Curiosités d'Alsace, année 1861, un récit de la Révolte des paysans à Ribeauvillé, tiré de ses archives dé- partementales ; il termine par ces lignes bien vraies : iNous recommandons ce carton aux historiens et aux simples cu- rieux, ils y trouveront une source de renseignements inappré* ciables sur la naissance, le développement et la fin du Bauerenkriegj trop intimement lié aux événements religieux de l'époque pour n'avoir pas servi de texte à des polémiques passionnées, plutôt qu'à une étude consciencieuse et impar- tiale des faits, et dont l'histoire vraie, équitable, est loin d'être faite pour l'Alsace du moins.»
M. L. Spach a fait un récit très émouvant de cette révolte dans son Histoire de la Basse-Alsace, Strasbourg, 1858, qui est un de ses meilleurs écrits. En quelques pages il raconte la marche des paysans et la sanglante répression que firent les Lorrains à Saverne, à Lupstein et à Scherweiler. Luther lui-même sentait si bien le danger de cette levée en masse de paysans braves, mais ignorants et sauvages, qu'il écrivait aux souverains intéressés: iTuez les révoltés comme des chiens enragés.»
Malgré cette parole, un artiste strasbourgeois, Eugène Beyer a peint une grande toile, ornée d'une légende des plus fan* taisistes, où l'on voit les Lorrains massacrer les paysans à Saverne. Les bâtons blancs qui abondent font un singulier
^ V. Bulletin de la Société pour la conservation des monuments d* Alsace, 1861. — Y. aussi le remarquable travail de M. F. Siegrist sur Tabbaye de Marmoutier dans la Revue catholique d'Alsace, Rixheim, 1887.
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effet dans cette peinture où les soldats de Tordre (style mo- derne) sont représentés comme de vils assassins. — Ce qui est complètement faux.
I.
Le document le plus important sur le pays de Marmoutier que possèdent les archives départementales de Nancy, est un petit registre in-folio de 172 feuillets, couvert en parche- min et coté B. 780. M. Lepage Ta copié textuellement et Ta fait imprimer dans le c Recueil des documents sur l'histoire de Lorraine, Nancy, chez Lucien Wiener. 1861, in-8^.»
11 est intitulé :
c Papier des noms et surnoms du fait et gouvernement des paysans luthériens des bonnes villes et villaiges des bailliages d'AIIemaigne, par ordonnance de notre souverain seigneur le duc de Calabre, de Lorraine et de Bar, visités, rédigés et examinés en toute diligence par Jehan de Helm- stat,^ capitaine de Hombourg et Jehan Bermeringer, prévost de Chateau-Salins, députés et ordonnés pour ce faire, fait en Tan 1525 ^»
Les volumes des Documents sur la Lorraine étant fort rares, n'étant tirés qu'à 125 exemplaires, je donne ici un petit résumé de l'enquête pour ce qui concerne la portion de l'Alsace qui nous occupe.
D'après le manuscrit original, il y a, dit M. H. Lepage, quatorze pages écrites en allemand, elles commencent par le rapport du maire de Marmoutier sur la conduite de ses administrés qu'il excuse le plus possible et sur ce qui s'est passé lors de l'arrivée des messagers des rebelles et sur leurs menées dans la ville.
* XXII. 231. A la page 228, on a ajouté plusieurs pièces intéres- santes. — Sur Foriginal l'enquête de Marmoutier a 49 feuillets; dans le texte imprimé, elle va de la page 155 à 220.
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«Ce rapport et une autre pièce qui raccompagne ne sont à cpart quelques passages que la reproduction à peu prés c textuelle des délibérations faites en français. C'est ce qui «résulte de Texamen qu'a bien voulu faire pour moi M. l'abbé cSoulié, directeur de l'Ecole Saint-Léopold. Nous avons «donc cru nous dispenser de donner cette partie de l'enquête < dont la traduction littérale présente d'ailleurs de très grandes «difficultés.»
On aurait dû appeler un traducteur plus compétent que M. Tabbé Soulié. Si ces quelques pages écrites en allemand ne sont que la traduction littérale du manuscrit , comme il y a lieu de le supposer, comment peut -on assurer que cette traduction présente de très grandes difficultés ?
Les officiers des quatre co-seigneurs de la Marche étaient :
Reinhard Heyer, pour le comte Ulrich de Ri beau pierre S
Jean Humer, pour le duc de Lorraine,
Andrès Latern pour le comte Georges de Bitcbe.
Nous ignorons le nom de l'officier deGuillaume de Honslein, cvêque de Strasbourg.
Les officiers du duc Antoine avaient déjà visité la Lorraine allemande s^informant soigneusement de la conduite des habitants et notant avec soin les dépositions; lorsqu'ils se rendirent d'Herbitzbeim ~ ce grand centre du mouvement anarchiste — à Marmoulier, dans les environs de Saverne, ils trouvèrent là de nombreux partisans de la révolte, car tous les paysans étaient partis combattre avec les rebelles et les officiers des seigneurs ne cachèrent pas leur conduite déloyale.
L'enquête terminée en Alsace, les commissaires se ren- dirent à Sarrebourg.
Voici les noms des localités de la Marche tels qu'ils sont
^ A lire dans les Curiosités d'Alsace^ 1861, 269, le récit émouvant de la Révolte des bourgeois à Ribeauvillé. Le seigneur termine par le récit du court combat de Scherweiler, 105 de ses sujets y restèrent
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écrils dans le registre de l'enquête avec les noms modernes, M. Lepage ayant omis souvent de donner ceux-ci : Mormanlier Marmoulier
Singeisperg ^ Sindeisberg
Dompfyetter^ Thaï
Dymbslhal Dimbslhal
GoUzbvsen Gotteshausen
Haegen
Riltemberg Reutenburg
Sallenthal Salenlhal
Sing Gast^ Singrist
Wieller-Immeloch ^ Lochweiler.
Il y avait alors à Marmoulier :
Ginq boulangers dont le prévôt Michel,
deux barbiers,
trois bouchers,
un charpentier,
un cordonnier,
un bouilleur d'huile,
un hôtelier,
trois maréchaux Terrants,
un magnier (rabricant de paniers),
un masson (né à Nancy),
deux merciers,
deux parmentiers (tailleurs),
un rouyer (fabricant de roues),
un serrurier,
' Ce monastère de femmes supprimé en 1488 avait été réuni à l'abbaye de Marmoulier.
> L'église est dédiée à saint Pierre et saint Paul, Bom Peter, Domus Pelri était le nom au moyen Age du hameau dans lequel était bâtie l'église; la commune actuelle de Thaï comprend quatre censés, le hameau de S. Gall et la chapelle S. Quirin but d'un grand pèlerinage.
> Signum Christi, l'église est dédiée à St. Rémi. * Weiler im Loch.
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on tisserand,
un tuppenier (?).
Les dix localités occupent une superficie de 5074 hectares entre Wasselonne et Saverne, sur le versant orienial des Vosges que dominent (es ruines des châteaux de Hoh-Barr, Grand et Petit Gerols-Eck et Ochsenstein. La commune de Hœgen a 30â0 heclares, elle s'étend sur la Zorn de l'autre côté de la montagne (Slambach, Zornmûhle, 5 maisons). Les autres localités ont de bien petits territoires, Locbweiler 465, Reutenburg 444, Singrist 354, Thaï U% Salenthal 133, Gotteshausen 125 et Dimbsthal 190.
La population est de 5393 âmes, presque toute catholique.
Thaï 637, Hadgen 556, Reutenburg 541, Locbweiler, 235, Dimbsthal 247, Gotteshausen 262, Singrist 328 et Salen- thal 218<.
€ La Marche de Marmoutier, dit Schœpflin, conserva jus- qu'au dix-septième siècle une administration unique, et chacun des propriétaires se borna à percevoir sa part des revenus. Enfin en 1614, les villages et les habitants furent partagés. On trouverait difficilement en Alsace un territoire qui ait été plus souvent engagé, vendu, racheté et partagé entre tant de propriétaires.»
D'après le môme auteur, la part des comtes de Linange passa en 1500 aux ducs de Lorraine. En 1633, le duc Charles IV acquit encore une part des comtes de la Petite- Pierre. L'évoque de Metz, seigneur primitif, donnait l'inves- titure.
En 1671, le môme duc de Lorraine céda la moitié de la Marche h Hermann-Egon, comte de Furstemberg. Les comptes lorrains finissent à l'an 1669 comme on le verra plus loin.
On voit au Musée de Saverne un souvenir de cette extrême division de la propriété de la Marche. C'est un modeste cor-
1 Canton de Marmoutier,
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net à bouquin^ saisi avec son fouet au porcher de cette ville en 1607 par ordre des ofBciers des quatre seigneurs qui étaient Jean Reinhard, comte deHanau, Charles de Ribeau- pierre, Christophe et Werner de Wangen et le duc de Lor- raine. Le porcher avait été surpris avec son troupeau dans la forêt de La Marck dans laquelle la ville de Saverne avait des droits; il en avait été expulsé. L'évêque de Strasbourg, Léo- pold d'Autriche prit fait et cause pour la ville qui obtint gain de cause le !23 avril 1608 à la Chambre impériale de Spire. Le bien fondé des bourgeois fut reconnu et les ofBciers de la Marche durent restituer le fouet et le cornet à bouquin confis- qués. Le magistrat, pour perpétuer la mémoire du fait, ordonna que le cornet serait déposé à la tour aux archives ; d'où il a passé au Musée municipal.
Vingt bourgeois étaient restés devant Saverne, un d'eux avait été pendu à un arbre.
11 y eut 110 déposants, y compris les femmes.
Le prévôt se défendit habilement; il avait beau jeu ; les offi- ciers des seigneurs avaient fait assez piteuse figure ; ne pou- vant s'appuyer à aucune force pour résister à Tinsurreclion et ne pouvant tenir ce qu'ils promettaient : — Un millier de chevaux lorrains à Marmoutier et les habitants ne voulaient pas de cette corvée. L'arrivée subite des Rustauds jeta le désarroi dans la petite ville; on avait bien demandé la neu- tralité, mais les chefs des révoltés s'étaient fâchés et avaient juré de mettre tout à feu et à sang, si on ne se soumettait pas simplement.
Us avaient déclaré hautementn'en vouloir qu'aux moines et aux gens d'église et épargner les biens des seigneurs et du pauvre peuple. Mais lorsqu'ils se sentaient bien appuyés, ils n'épargnaient pas non plus les premiers. Dès que Marmoutier se fut soumis, les habitants durent prêter le serment de sou- tenir les dix articles que les révoltés revendiquaient, puis de
1 Catalogue du Musée de Saverne, 1872, n9 206.
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LA MARCHE DE MARMOUTIEU 77
faire selon la coutume des évangiles, c'est-à-dire de suivre les idées nouvelles; et enfin d'obéir aveuglément aux capi- taines. Le serment prêté par les prévôts des localités, le fut ensuite par tous les paysans de TofSce.
Quant à la pauvre abbaye abandonnée par ses voués les co-seigneurs ; délaissée haulemeni par les habitants qui avaient déclaré à ses officiers, lorsqu'ils furent assemblés au son de la cloche, que sa garde ne les regardait pas, elle dut subir le triste sort du Bauem-Krieg^ elle fut pillée et dévas- tée pendant huit jours ; l'abbé et les moines s'étaient enfuis à Sarrebourg, dont l'enceinte fortifiée les mettait à l'abri d'un coup de main.
Le Burgenneister Wolf de Ingelheim et le capitaine Murner avaient imité leur exemple avec les autres officiers.
Le Burgermeister était à la tête de la ville, avec le prévôt Michel, assisté d'un conseil des XII et des XUI jurés. Il y avait en outre un sergent de justice et un messager des sei- gneurs. Ce qui montre dans la petite cité une certaine pros • périté][qu'elle n'a plus de nos jours K
Dès l'arrivée des Rustauds à Marmoutier, les bourgeois durent démolir le mur d'enceinte de l'abbaye, dont la cave fut pillée et où vinrent s'abreuver tous les sujets de l'office. Puis, 400 hommes armés de «leurs bâtons» durent partir pour Saverne, et même les capitaines enlevèrent sans la per- mission du magistrat le petit étendard de la ville. Avant de partir, les rebelles avaient organisé un comité des XXV «chargés de répondre aux allans et venans».
Tous les interrogatoires se ressemblent, tout le monde a une excuse pour avoir été à Saverne, les uns y ont été cher- cher du blé, un instrument de labour, des cordes, des pui-
1 y. à ce sujet ce qae dit feu Schœll, dans cette Revue année 1884, p. 431. — La ville compte actuellement 440 maisons et i960 habitants dont 1679 catholiques, 36 protestants et 246 juifs. Le ban est de 1405 hectares.
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seaux» une charrue, etc.; d'aulres, par simple curiosité, voir le capitaine de Braubacb.
Toutes les dépositions sont enregistrées sans rien y ajou- ter. On remarque celle du messager des seigneurs qui dé- clare que le prévôt lui a dit qu'on pousserait jusqu'à la Westreicb et qu'on cbasserait le duc de Lorraine de ses Étals. Le messager avait le droit de parler; il avait refusé de s'associer au mouvement. J.e vieux marlier (receveur des rentes) ne l'avait pas imité; aussi était-il en fuite; les com- missaires faisaient séquestrer ses biens. Le Masson, né à Nancy, avait une déposition assez louche. En revenant de travailler chez les bénédictines de l'abbaye de Saint-Jean-des- Choux f il avait été pris par des Albanais qui l'avaient taxé à VI Oorins. Le cas d'un autre bourgeois originaire de Saint- Quirin était plus loyal. Les Rustauds lui avaient volé a un char de vin » chez lui pendant qu'il était allé en Lorraine chercher des fromages.
Parmi les autres scènes de l'irruption des Rustauds dans la petite ville, on voit qu'un ministre du saint Évangile avait officié le dimanche de Pâques et avait remplacé le curé qui s'était enfui ; les capitaines révoltés avaient vendu une petite maison dans l'intérieur de l'abbaye moyennant cinq plapars. L'acheteur l'avait fait démolir, aidé par un charpen- tier. Un bourgeois, pour ne pas aller à Saverne, s'était caché dans un tonneau ; le fermier de l'abbaye, qui avait deux che- vaux, était resté chez lui, étant marlier. Un bourgeois pris par le comte Gérard d'Isembourg, fit l'office de laquais près de ce seigneur. Au bout de trois mois, il fut relâché sans rançon. Beaucoup pris à Saverne durent payer pour être libres de XX à XXX florins.
La profession des paysans de la Marche n'est pas indiquée; tout porte à croire que le commerce local se trouvait à Mar- moutier et dans la ville épiscopale de Saverne. On ne trouve dans les villages que des cultivateurs et des journaliers.
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Dans le hameau do Sindelsberg, dépendaDce actuelle de Marmoutier, une chapelle remarquable domine la petite col- line sur laquelle sont hflties les humbles maisons, il y eut 13 hommes interrogés» dont 6 étaient au comte de Bitche, 4 au duc de Lorraine , 2 au comte de Ribeaupierre et 1 à révêque de Strasbourg. Trois avaient été tués à Saverne.
Il y eut huit appelés à Dimbsthal ; mêmes dépositions que dans les autres villages, deux tués à Saverne.
A Hoegen, il y a 18 dépositions; un a été acheter du pain pour nourrir sa famille, un autre a été «quérir deux petites garces ^ de ses enfants ». Il y a 9 morts, le prévôt en tête.
Sur Tordre apporté par le messager, le prévôt de Loch- weiler fit partir ses hommes pour Saverne, après avoir reçu leur serment. Quelques-uns restèrent sagement à la maison, d'autres furent piller le chapitre d'HassIach et l'abbaye d'Alt- dorf. Un , après avoir été voler au prieuré de Saint Quirin, est en fuite ; il a été cause que Pabbé d'Altdorf a perdu ses chevaux. Il y a 19 déposants et deux morts devant Saverne.
Le prévôt de Salenthal a fait prêter le serment, mais quant à lui y il est allé faire la cuisine au château du Hoh-Barr, comme peut l'attester le sire d'Helmstadt. Pour les neuf in- terrogés, ils se disculpent tant bien que mal. Quatre ont été piller Harmoutier, Obersteigen et Altdorf. Un d'eux a même touché XXI deniers sti*asbourgeois pour sa part de butin dans la seconde de ces maisons.
Quelques habitants déclarent s'être sauvés pendant huit jours dans les bois, ne se nourrissant que de pain.
Des dix-huit paysans qui comparaissent à Thaï ; s'ils ont été à Saverne, c'est pour assister à la messe du dimanche ; d'autres ont été au moulin, etc. Deux avouent avoir été piller les chanoines d'HassIach, les bénédictins de Lixheim, les bénédictines des abbayes de Hesse et les c pauvres sœurs > dominicaines du couvent de Renting près de Sarrebourg.
^ Ce mot dans le Midi est encore employé pour fXle,
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80 revue; d'alsage
Plusieurs habitants étaient restés chez eux, prenant peine et travail pour nourrir c leurs pauvres enfants i.
Le fils du prévôt n'avait pas imité leur exemple; il avait été pris à Saverne par un lansquenet, qui le mena à Scher- weiler ; il le relâcha sans rançon après la bataille, parce qu'il s'était montré «gratis compagnon».
C'est la seule mention de l'affaire de Scherweiler que l'on rencontre dans l'enquête avec cette déposition Taite à Mar- moutier d'un sujet du comte de Ribeaupierre pris aussi à Saverne par le lansquenet Jehan de Munster et remis libre après le combat de sa taxe de IV florins parce qu'il s'était bien battu. II est à remarquer -que sa femme avait été obligée d'envoyer un homme à sa place pour démolir le mur du monastère.
Le prévôt de Gotteshusen, village situé le plus près de Saverne, avoue avoir été dans la ville épiscopale, mais par simple curiosité, pour voir la gendarmerie lorraine et le ca- pitaine de Braubach; mais il n'eut pas de chance, on ferma les portes et il fut fait prisonnier; sa rançon fut fixée à 12 florins. Quatre autres habitants sont encore interrogés et trois sont «restés par delà».
Les gens de Singrist ont tenu la même conduite que les autres paysans , le prévôt en tête. Il y a 30 déposants. Un est fortement soupçonné d'avoir mené le tambourin à Alt- dorf; un autre «ménestrel», violemment inculpé, est en fuite. Un troisième, qui a le four banal en ferme, n'a pas quitté ses foyers à cause de son emploi ; mais il est allé boire le vin des moines à Marmoutier. Un quatrième, qui avait con- duit son cheval chez le maréchal à Saverne, se trouva en- fermé dans la ville ; mais il parvint à se sauver en sautant par dessus les murs ; l'aventure d'un cinquième bourgeois est bien plus triste ; il conduisait du blé au moulin, lorsque la bataille commença ; sou fils fut tué, son cheval pris et pour lui il dut donner VIII florins pour sa rançon, afin de
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rentrer dans ses foyers. Uo sixième fait prisonnier par un capitaine de lansquenets, fut vendu par celui-ci au capitaine Krautz, qui le relâcha moyennant XX florins d'or» Le frère du prévôt qui avait été à Âltdorf n'osait pas encore repa- raître, ainsi que quatre réfugiés à Strasbourg. Trois avaient été tués.
C'est à Reutenburg, dans la banlieue duquel on voit le pèlerinage de Reinacker^ qu'il y a le plus glus grand nombre de dépositions. On interrogea cinquante personnes. Les quatre prévôts avouent que les habitants ont été à Âltdorf, malgré les ordres des officiers. Selon eux, les Rustauds les menaçaient de prendre leurs biens et d'incendier leurs mai- sons. C'est l'odieuse conduite de ce village qui décida les autres localités à se joindre aux révoltés. Cependant beau- coup d'habitants restèrent prudemment chez eux et ne se mêlèrent pas au mouvement. Mais le plus grand nombre alla grossir la bande à Altdorf. Presque tous avaient été à Sa- verne ; dix-neuf avaient été tués et onze étaient encore réfu- giés à Strasbourg. Gomme on le voit, ce village avait fourni un fort contingent à la révolte.
Mais ce qui intéresse dans l'enquête de Reutenburg, c'est l'accusation d*avoir mangé de la viande en carême, lancée à quelques habitants. A Marmoutier, l'on avait vu un pauvre diable s'excuser humblement d'avoir resu la communion pascale à la mode des luthériens; ici c'est le prévôt du comte de Ribeaupierre qui avoue, «étant malade bien fort, avoir mangé à Wasselonne d'une gibelotte de veau» et «non fait en mal, priser en rien comme rien». Puis, s'animant, il ajouta «que ce n'était point mal fait, Dieu ne l'avait pas défendu de non manger chair». Il avoue également avoir été à Saverne et être parvenu à rentrer tranquillement chez lui.
Le prévôt de l'évêque avait mangé des œufs et croqué des poules, mais lui aussi avait été malade; un troisième avait mangé du fromage^ mais il s'eù était confessé; d'autres
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avaient soupe avec de la viande à Wasselonne, mais on n'avait rien d'autre à leur donner.
Le prévôt lorrain avait de suile songé à tirer parti de l'in- surrection au profil des finances ducales; il avait condamné les villages de la Marche à payer de fortes amendes. Reuten- burg était taxé à 200 florins d'or; et les habitants criaient qu'ils ne pouvaient pas payer sans vendre meubles, bestiaux et chevaux et être complètement ruinés. La ville de Marmou- tier, taxée à la même somme, s'était soumise sans murmu- rer; Hœgen et Thaï s'étaient regimbes; ils ne payaient plus que cent florins d'or au lieu de 200; c'était aussi l'amende qui avait été infligée à Singrist. Quant à Murner, il poursui- vait encore les particuliers, il faisait vendre dans ce village les quelques lopins de terre appartenant au messager des paysans qui avait été tué devant Saverne ; mais la veuve, exci- tée par l'oificier de son seigneur, le comte de Ribeaupierre, refusait de laisser instrumenter l'huissier.
Les habitants de Gottcshausen , taxés à la minime somme de 2ô florins, pour toute réponse criaient grâce et miséri- corde. C'était la prière que tous les malheureux sujets de la Marche adressaient au duc Antoine.
On conçoit que l'oflicier lorrain n'était pas bien vu en ce moment par les paysans; sa charge exigeait qu'il montrât une certaine rudesse qu'il avait assez de soi. En outre, il était en horreur près de i'abbé Gaspard de Harmoutier, qui le dénonçait aux autres officiers de la Marche, en lui deman- dant des dommages-intérêts pour avoir fait démolir les bâti- ments de l'abbaye du Sindelsberg et avoir par là fait plus de mal à l'abbaye que les Rustauds.
Le duc Antoine, en faisant faire son enquête par deux de ses officiers, montrait à tous qu'il avait bien battu et étouffé la révolte à Saverne, à Lupstein et à Scherweiler. Il était donc en droit d'envoyer ses commissaires et comme souverain sei- gneur et comme l'heureux vainqueur d'une tourbe de rebelles
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LA MARCHE DE MARMOUTIER 83
qui voulaient aussi attenter à son autorité suprême. C'est sans doute pour cette raison que les autres co-seigneurs de la Marche laissèrent les Lorrains s'enquérir des faits et gestes de leurs sujets, sans y apporter aucun trouble, et ils Hrent bien.
Quelle punition eurent les révoltés? [Il y avait déjà assez de morts, assez de veuves et d'orphelins ! Tout porte à croire que la justice ducale fut avare du dernier supplice et que Ton se contenta de forles amendes. N'était-ce pas la peine la plus sensible pour des campagnards?
II.
Les archives de la Chambre des comptes contiennent en- core sur Marmoulier onze registres in-folio contenant de 10 à 69 feuillets papier et cinq liasses papier, formant en tout 184 pièces. Le tout coté B. 6891 à B. 6906, et allant de l'an 1501 à l'an 1669.
Les ducs de Lorraine co-possesseurs de la Marche furent :
Nicolas. . . . 1470-1473.
René II. . Antoine. . François I«' Charles III. Henri . . Charles IV .
1473-1508. 1508-1544. 1544-1545. 1545-1608. 1608-1624. 1624-1675.
Les receveurs lorrains sont dans cette période de temps :
Hans Quinquener, ofBcier 1513.
Le capitaine Jean Murner, ofiicier .... 1525-1536.
Le docteur Joachim Grûninger, mis en posses- sion de sa charge par Ferry de Lulzelbourg,
capitaine de Sarrebourg, id 1539-1540.
Nicolas Buisson, id 1618*16a'i.
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Eugène Buisson^ receveur 1623-1624.
Tbiebaull Kessler, id., Gruyer 1630-1633.
Jean Reis, oflBcier 1661-1669.
On voit par celle liste qu'il y a de regrettables lacunes dans les registres, surtout pendant la guerre de Trente ans. Voici les extraits de ceux qui sont à Nancy, d'après l'Inven- taire^ imprimé par les soins du regretté archiviste.
I. 1501-1504. Registre. 69 feuillets. — Pied lerrier des loca-
lités de l'office, établi par ordre du duc René II. — Ré- duction accordée à des habitants dont les maisons avaient été brûlées. — Somme payée à un messager envoyé à Philippe de Herange pour le prévenir que le roi des Romains s'était installé près de Marmoutier avec un grand nombre de piétons, etc.
II. 1583-1536. Liasse. 47 pièces. — Lettres adressées au
capitaine Murner où l'on parle de plusieurs voyages et de la dépense faite en 1513 par Henri Quinquener, officier de Lu tzel bourg pour la part du duc de Lorraine. — Lettre du duc Antoine prescrivant d'aller à Saverne, Strasbourg et Haguenau, s'informer de la marche des armées tant de pied que de cheval. — Ordre au même officier lui ordonnant de se rendre à la journée de Spire avec le grand archidiacre de Toul ; les frais de voyage sont joints, etc.
III. 1539-1540. Reg. 10 feuil. — Dépenses faites par Toffi- cier du duc pour être allé à la «Journée d'empire» à Ha- guenau avec Gérard d'Haraucourt, bailli de Nancy, et antres, etc.
IV. 1566-1579. — Reg. 23 feuil. — Déclaration des rentes grosses et petites dues pour la part de Lorraine en ar- gent, grain, vin, foin, etc.
^ InTentaire sommaire, in 4». Nancy, 1875, T. IL
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LA MARCHE DE MARMOUTIER 85
V. 1618-1619. Reg. 27 feuil. — Compte des droits, rentes
et revenus revenant au duc de Lorraine pour un quart tant en la ville qu'au château et villages en dépen- dant. — Consistance de la seigneurie. — Redevance due par Tabbé de Marmoutier pour la garde de Tabbaye et celle du Sindelsberg. — Forteresses ruinées du Grand et du Petit Gerols-Eck.
VI. Liasse. 16 pièces. — Ordre au comptable pour traiter de l'achat de la part du comte de Hanau. — État des rentes et revenus de la seigneurie, etc.
VII. 1620-1622. Reg. 26 feuil. ~ Déclaration des monnaies et mesures de compte : Une livre monnaie d'Allemagne fait 21 schellings; un schelling fait 3 gros, et les dits 21 schellings font en monnaie de Lorraine 5 francs, etc. — Le résal, mesure d'Alsace pour le blé ou le seigle, se compose de 6 bichets roulés , mesure de Marmoutier ; chaque bichet de blé ou de seigle tient 7 pots, 2 cho- pines, etc. — Recette de vin à Ittersweiler, Reutenburg, etc. — Taille due par les habitants de Salenlhal, Allen- weiler, Oltersweiler, Dimbsthal, etc.
VIII. 1622-1623. Reg. 28 feuil. — Réduction accordée à Tabbé de Marmoutier sur Tavoine qu'il doit pour droit de protection en considération des pertes qu'il avait souf- fertes pendant la guerre et autres grands dommages commis dans son monastère par les gens du comte de Mansfeld, etc.
IX. 1624-1626. Reg. 47 feuil. — Somme payée à un messa- ger envoyée au duc Charles IV pour l'avertir que le rece- veur était recherché par les officiers de l'évêché à Sa- verne pour leur prêter la corvée des sujets du duc pour travailler à deux demi-lunes que Tévêque l'archiduc Léopold d'Autriche faisait faire devant les deux portes de la ville, etc.
X. 1627-1628. Reg. 29 feuil. — Réduction accordée aux gens
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de Reutenburg sur leurs redevances à cause de la grêle tombée sur leurs champs. — Il n'y a pas eu de vendange en 1628. — On prévient le duc qu'il y a une compagnie de cavalerie logée dans les terres de Marmoulier, etc. Xf. 1635-1629. Liasse. 54 pièces. — Ordre au comptable de se rendre à Strasbourg pour la journée enlre les co-sei- gneurs de la Marche au sujet des troubles faits par l'ar- chiduc Léopold et les bourgeois de Saverne^ etc.
XII. 1630-1635. Reg. 41 feuil. — Description de la seigneu- rie, déclaration des villages et droits qui en dépendent. — Dépense pour les réparations du moulin de Rom- mersv^reiler, etc. (Romansv^eiler).
XIII. 1638-1638. Liasse. 41 pièces. Assignation de rente au receveur Thiébault Kestler pour la somme de 30,000 prêtée au duc Charles IV.
XIV. 1661-1667. Reg. M feuil. — L'Obermûhle à Thaï est ruiné (Est-ce le Waldmûhle actuel?). — A Reutenburg, on n'a pas pu payer les redevances en seigle à cause de la grande, pauvreté. — Depuis les guerres, le Frauen- mûhle (près de Thaï) n'est plus en état.
XV. 1664-1669. Reg. 46 feuil. — Rente d'avoine par les ha- bitants de Marmoutier, le faubourg et le Sindelsberg. — Taille due par les habitants de Salenthal, Hœgen, Thaï, Lochweiler, Schweinbeim, Allenweiler, Singrist, Dimbs- thal, Gotteshausen, etc.
Comme on le voit, les archives du département de Meurthe- et-Moselle peuvent fournir des documents sérieux pour l'his- toice de la Marche de Marmoutier dans le cours des seizième et dix-septième siècle. Nous nous bornons aujourd'hui à les signaler aux érudits alsaciens.
Arth. Benoit.
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HUMANISTE STRASBOURGEOIS
BT
PROBLEME DE PSYCHOLOGIE RELIGIEUSE^
I.
En avril et mai 1856, M. G. Schmidt, professeur à la fa- culté de théologie et au gymnase protestant de Strasbourg, publiait dans cette Revue* une notice concernant un huma- niste du XIV^' siècle, Ruiman Merswin, alors peu connu sinon ignoré, de nos contemporains. Il appartenait à Tune des familles notables de Strasbourg, dont divers membres f se distinguèrent dans les carrières civiles, tandis que d'autres remplissaient des charges dans l'Église et jouissaient de pré- bendes canoniales.» De son côté, Ruiman s'était voué au commerce et à la banque ; il s'était marié et avait réussi à se constituer une fortune considérable. Après avoir perdu son épouse, il se maria une seconde fois et vécut avec sa seconde femme jusqu'à la quarantième année de son existence, c'est-à-dire jusqu'en 1347. A cette époque, et d'accord avec sa femme, Merswin, arrivé à l'âge où l'homme est ordinaire- ment à l'apogée de son développement, songea à se faire
^ Rulmann Merswin et Vami de Dieu de VOberland, — Un prob- lème de psychologie religieuse avec documents inédits, par A. Jundt. Nancy, impr. de Berger-Levrault, 4890 — Paris, librairie Fisch- bacher, 33, rue de Seine — 1 vol. grand in-8<> de 152 pages avec trois planches hors texte représentant les fcui-similés des écritures et alpha- bets de Merswin et de Tami de Dieu de l'Oberland.
1 Pages 145 à 162—193 à 203.
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ermite ; mais les tentations qui désolaient la chrétienté ren- dirent sa conversion très laborieuse ; elle ne fut triomphante qu'après quatre années de luttes contre l'esprit du mal, qui ne cessa, paratt-il, de l'obséder. Durant ce temps d'épreuves, Merswin eut des moments d'extase qui le rendaient heureux et des visions propres à le maintenir dans les voies du renon- cement pour arriver ensuite aux douceurs de la vie contem- plative.
cDans la nuit de Saint-Denis lâti5, le 9 octobre, Merswin cent un songe où une apparition céleste lui commanda de c consacrer une maison à Dieu. Dix jours après, Nicolas de c Bftle vint à Strasbourg et lui raconta que dans la même nuit «il avait eu le même songe.» Après en avoir délibéré, Rul- man et Nicolas eurent des doutes et se dispensèrent d'obéir à la vision céleste; mais c dans la nuit de Noël ils révent que Dieu leur rappelle l'ordre du 9 octobre.» Dès ce moment, ils sont convaincus que leurs songes expriment la volonté du ciel. Le 17 août 1366, Merswin devenait acquéreur du terrain et des bâtiments de l'Isle- Verte (Grûne-Wœrth) qui sera la c maison de Dieu», réclamée par le songe et le berceau de la commanderie de Saint-Jean de Strasbourg.
Les relations de Merswin avec Nicolas de Bâle continuèrent dans une parfaite communion d'esprit et une réciprocité de confiance qui amena Merswin à écrire, pour Nicolas, la rela- tion des luttes et des phénomènes moraux dont il ressenlit les effets pendant les quatre années de sa conversion ; Nicolas de Bâle dût en faire autant en faveur de Merswin pour les cinq années d'épreuves qui avaient également précédé sa conversion et sa retraite dans l'Ermitage sur la montagne. Mais quand les deux amis durent échanger leurs écrits, Merswin eut des scrupules et ne voulut faire l'échange de sa confession que conditionnellement : elle devait rester secrète jusqu'à sa mort. C'est par les Johannitesde l'Ile- Verte qu'elle a été conservée à l'histoire religieuse du pays. Quant à celle
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HUMANISTE STRASBOURGEOIS ET PROBLÈME DE PSYCHOLOGIE 89
de Nicolas de Bâle, ou TAmi de Dieu de TOberland, elle n'esl pas arrivée jusqu'à nous, si toutefois elle a existé. Les rap- ports de Rulman Herswin avec l'ami de Dieu continuèrent à être actifs. C'est Nicolas qui recruta les premiers hôtes de la c Maison de Dieu» à File- Verte, c'est Nicolas qui engagea et détermina Merswin à écrire pour les Johannites et la conver^ sion de la chrétienté, les traités dont on possède le texie et une partie des manuscrits originaux.
IL
Tandis que H. Schmidt ne s'occupait d'abord que du sens purement historique de ses documents concernant le fonda- teur de la commanderie de Saint-Jean de Strasbourg, tout en meltant en relief le côté mystique de cette fondation, il ouvrait en même temps un nouveau champ d'études à l'histoire reli- gieuse de l'Alsace. Des savants de l'Allemagne et de la Suisse se sont livrés à d'ardentes explorations sur ce terrain et M. Schmidt a voulu leur venir libéralement en aide en publiant à Leipzig et à Bâle de nouvelles notices sur les doctrines et les personnalités du XIV® siècle dont on faisait revivre le sou- venir. L'identité de Nicolas de Bâle et de l'ami de Dieu de rOberland a d'abord provoqué des recherches dont le résultat ne pouvait qu'agrandir le premier horizon et rectiGer certains aperçus des premiers moments. La question intéres- sait spécialement l'histoire de l'Alsace, où M. C. Schmidt l'avait posée à propos de la fondation d'un couvent. Abordée d'une façon générale par M. Auguste Jundt, elle nous a valu rimporlant travail qui nous parle des mystiques du XIV* siècle^ et nous fait connaître la part de l'Alsace dans le mouvement religieux et politique de ce siècle.
* Les Amie de Dieu au quatorzième siècle ^ par Auguste Jundt, 1 vol. in-8« de 445 pages. — Librairie Fischbacher et G>«, 33, rue de Seine, Paris.
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c C'est à lort, dit M. A. Jundl^ qu'on s'est parfois repré- senté les amis de Dieu comme ayant formé une secte ou une association religieuse particulière, dirigée par un chef et organisée en vue d'un but déterminé. Ce nom a été donné principalement au quatorzième, souvent encore au quinzième siècle, à tous les hommes qui se sont distingués par leur attachement à Dieu.... Il a été employé spécialement par les écrivains mystiques pour désigner tes personnes qui ont par- tagé leurs doctrines et pratiqué leurs préceptes. Dans cette acception restreinte, il présente une grande analogie avec l'appellation moderne de Piétistes.
Nicolas de Bâle et l'ami de Dieu de l'Oberland étaient-ils deux entités ou une seule à laquelle se rapportaient le nom de Nicolas et la qualification d'ami de Dieu? On a d'abord recherché Nicolas, puis l'ami de Dieu et son ermitage et l'on n'a pu aboutir qu'à des vraisemblances, à des probabilités idéales. M. A. Jundt a fourni son contingent dans ces re- cherches, et tout en ne mettant pas en doute l'existence de Tami de Dieu de l'Oberland, il a Gni par adopter l'opinion que Coire ou son voisinage est l'endroit où il avait établi son ermitage, conséquemment que Merswinetl'amiderOberland étaient deux entités distinctes, bien que déjà des doutes aient été exprimés à cet égard, l'ami de l'Oberland pouvant être considéré comme une création imaginaire. On partit à la découverte en'prenant pour guides les écrits de Merswin, ceux de l'ami de Dieu de l'Oberland, une partie des manuscrits originaux que Ton possédait et la chronique de la comman- derie fondée par Merswin ; muni de ces documents, on pou- vait se croire suffisamment armé pour dégager la vérité his- torique à travers les cinq cents ans qui séparent l'année 1890 de l'année 1365 qui fut celle de la première entrevue de Merswin avec l'ami de Dieu de l'Oberland.
ï Page 32 et suiv.
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HUHÂNISTE STAASBOURGEOIS ET PROBLÈME DE PSYCHOLOGIE 91
111.
Aux études préliminaires est venue se joindre la savante critique d'un dominicain, le P. Denifle, sous -archiviste du Vatican. C'est à celte critique que M. Jundt répond dans l'intéressant travail que la librairie Fischbacher vient d'éditer. Les textes sont repris en sous-œuvre et minutieusement com- mentés par le P. Denifle. Dès lors se pose franchement la question de savoir si le mystérieux personnage de l'Oberland qui visitait Merswin a réellement existé 7 L'étude de ce point de vue amène le dominicain à conclure que Nicolas est une fiction sortie du cerveau de Rulman Merswin; que celui-ci, dans un but intéressé^ se couvrait de Tétre imaginaire de l'Oberland et enfin que notre mystique banquier strasbour- geois était un imposteur.
Il faut croire que M. A. Jundt a jugé la critique du P. Denifle assez importante et assez serrée pour mériter, nous ne dirons pas une réfutation , mais un contrôle attentif et impartial. H. A. Jundt s'est donc imposé la tâche de suivre, pas à pas, la critique du P. DeniQe, d'en retenir les conclu- sions exactes et d'écarter celles qui sont mal fondées. Son minutieux travail se divise en cinq chapitres qui embrassent : P Rulman Merswin, sa vie et ses principaux écrits; 11^ L'ami de Dieu de l'Oberland ; 111^ L'ami de Dieu a-t-il existé ? IVo Rulman Merswin a-t-il été un imposteur? Rulman Merswin a-t-il cru à l'existence de l'ami de Dieu ? V° la question psycho- logique. — On a cherché en vain l'ermitage de l'ami de Dieu sur le Pilate, au Schimberg dans TEntlibucb, à Ganterschwyl et à Coire : l'ermitage de l'Oberland reste encore à découvrir. — L'ami de Dieu a-l-il existé? Le P. Denifle fournit les preuves que sa vie n'est qu'une fiction de Merswin. M. A. Jundf, tout en faisant ses réserves sur la question d'impos- ture, admet, qu'en vertu des arguments du P. Denifle, l'ami
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de Dieu de l'Oberland, ou Nicolas de Bâie n'a pas existé. Aux deux c extrémités de la vie de Merswin, M. Jundt trouve deux textes qui prouvent qu'il a cru à Tami de Dieu de rOberland», et comme il est établi que celui-ci était une fiction, on se trouve dans les deux cas de ces textes «en pré- sence d'un seul et même phénomène psychique: l'auteur converse avec une seule et même réalité intérieure qui tantôt se révèle à lui comme la voix de sa conscience, et tantôt lui apparaît sous la forme concrète et objective de l'ami de Dieu de rOberland.» — Donc la qualification d'imposteur est injurieuse et nullement justifiée.
M. A. Jundt veut le démontrer d'une façon aussi probante que possible, en se livrant à l'analyse de l'état psychique de Merswin dans les circonstances où le texte de ses écrits révèle ses rapports avec Nicolas, Tarai de Dieu de l'Ober- land. Son étude psychologique est fort intéressante pour les esprits qui, sans examen, ne rangent pas au rang de discus- sions mystagogiques certains actes, certains faits que la com- mune raison repousse à priori et sur lesquels la science moderne cherche & répandre de nouvelles lumières. Mais M. Jundt prie le lecteur de «distinguer soigneusement les faits constatés jusqu'à présent par la science et les explications forcément subjectives qu'il donne de ces faits». Or, les con- clusions de son étude sur l'état psychique de Merswin, dans les circonstances révélées par ses écrits, se rapprochent sen- siblement des phénomènes constatés par les adeptes de la science nouvelle chez quelques-uns de leurs malades. Ces conclusions aboutissent finalement à la double personnalité de l'humaniste strasbourgeois, devenu l'ami de Dieu de l'Ober- land pour la manifestation écrite de sa vie religieuse, mais demeurant, pour les choses de la vie ordinaire, le régulateur positif éclairé qui exclut toute idée de maladie mentale chez cette impressionnable individualité.
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UUMANI:>TE STRASBOURGEOIS ET PllOBLÉME DE PSYCHOLOGIE 93
IV.
Relativement au problème de psychologie religieuse, il est probable que beaucoup de lecteurs en trouveront la solution dans les explications subjectives de M. Jundt plutôt que dans les analogies douteuses de certains cas morbides auxquels des philosophes et des hommes de science de nos jours accordent une attention particulière. Il convient d'ailleurs de tenir compte des circonstances sociales dans lesquelles le mysti- cisme du quatorzième siècle s'est développé. M. Jundt en donne une idée dans les lignes suivantes :
«Eckhard,Tauler, Suso, Nicolas de Strasbourg avaient tiré de la théologie réaliste de leurs devanciers une conception plus profonde el par certains côtés plus vraie de la vie reli- gieuse^... Ils s'étaient fait un devoir de répandre parmi le peuple, par leurs doctrines mystiques, les tendances ascé- tiques et contemplatives, parfois aussi apocalyptiques et quié- tistes de leur piété. Ils étaient puissamment secondés dans leur œuvre par les circonstances particulièrement doulou- reuses dans lesquelles se trouvait la chrétienté depuis le commencement du quatorzième siècle et qui prédisposaient favorablement les esprits à l'égard de leurs enseignements. Après l'humiliation de la papauté à Anagni était venue la «cap- tivité» à Avignon, prélude du grand schisme. Puis, en Alle- magne, avait éclaté la guerre civile entre les deux empereurs, Louis de Bavière et Frédéric d'Autriche, en attendant que se rouvrit, pour celui qui sortirait victorieux de cette lutte, la grande querelle du saint-siège et de Tempire, dont l'issue devait être si funeste à la fois aux deux pouvoirs rivaux et qui devait faire peser, pendant tant d'années, l'excommuni- cation sur l'empereur et l'interdit sur les populations.
^ Les Amis de Dieu au quatorzième siècle, p. 33 et suiv.
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«La seconde moitié du siècle devail être marquée par des calamités d'un autre genre, par des inondations, des trem- blements de terre, notamment celui de l'année 1356, par de fréquentes apparitions de la peste, dont l'une surtout, celU de 1348, devait laisser sous le nom de mort noire un souve- nir ineffaçable dans l'esprit des populations. Ces malheurs frappèrent vivement l'imagination des hommes. Plus d'un rentra en lui-même et songea à faire sa paix avec Dieu, non par les moyens ordinaires recommandés par le clergé officiel, mais par une expiation personnelle de ses péchés, témoin les longues bandes de Flagellants qui signalèrent alors l'Alle- magne et la France. Le terrain était on ne peut mieux pré- paré pour une diffusion rapide des doctrines mystiques. »
Grandidier^ trace un tableau encore plus coloré des évé- nements qui frappèrent les esprits durant le quatorzième siècle, spécialement des sombres tragédies qui se déroulèrent en Alsace. L'impressionnable humaniste slrasboui*geois ne devait pas échapper à leur accablante influence, et il semble que ce n'est pas en dehors de ce milieu ambiant qu'il faut rechercher l'explication psychologique des faits qui ont Tourni au P. Denifle et à M. A. Jundt matières à d'ingénieuses et intéressantes dissertations.
En résumé, Ruiman Mersv^in avait pris un nom d'emprunt pour la manifestation écrite de sa vie religieuse et rien ne justifie l'accusation d'imposture intéressée, articulée contre lui par le P. Denifle, à moins que, dans l'opinion de celui-ci, les efforts de Herswin pour gagner ses compatriotes aux idées religieuses de son temps, ne constituent une spécu- lation dans le mauvais sens du mot.
Louis Schœnberg.
1 Œuv. hist. inéd., tora 4, p. 107 et 8uiv.
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PUBLICATIONS SPÉCIALES
DE LA
W P_
SOCIETE INDUSTRIELLE
DE MULHOUSE.
I.
Enquête décennale sur les ùistitutians d^utUité publique de la Haute-Alsace. — Tel est le litre d'un volume, grand in-8% de trois cents pages et huit planches que la Société industrielle de Mulliouse vient d'ajouter à ses publications. On pourrait, à la rigueur, considérer ce travail comme étant le bilan d'une ancienne association qui rend ses comptes à la suite du décès de ses principaux chefs. Cette circonstance est peut-être pour quelque chose dans la rédaction de l'inventaire décennal, mais le but évident est de placer sous les yeux de la généra- tion qui succède à ces chefs de Gle ce qui a été fait jusqu'à ce jour et ce qui reste à faire, en suivant la même voie, par les survivants et les générations nouvelles. Sans doute les con- ditions sociales sont changées depuis vingt ans, mais les devoirs civiques sont les mêmes qu'auparavant ; ils ont même grandi en proportion des difficultés survenues et sans cesse renaissantes sous des formes nouvelles et inattendues ; c'est pourquoi il est bon de retremper, de temps à autre-, les
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esprits daas les souvenirs vivifiants du passé afin de préparer les jeunes aux combats de l'avenir, et de les armer pour la proteclion et le développement des résultats acquis.
II semble que Tenquête^ par le fait qu'elle émane d'un corps indépendant de toute coopération officielle, doive se limiter aux institutions d'utilité publique émanant de l'initiative pri- vée : on ne l'a point pensé, par la raison, sans doute, que les institutions officielles d'assistance publique sont la condi- tion primordiale de tout état social et que les œuvres d'utilité collective dues à l'initiative privée n'en sont que les corol- laires. L'enquête a donc voulu embrasser les informations générales se rattachant à tous les établissements d'utilité sociale fondés et fonctionnant dans la Haute-Alsace.
Relativement aux faits concernant les institutions de l'État, de l'Église, du département, de l'arrondissement, du canton et de la commune, ce sont des renseignements que l'on trou- vait autrefois dans nos anntMtres départementaux. Dans une certaine mesure, Tenquête les remplace aujourd'hui.
Relativement aux institutions procédant de l'initiative pri- vée, la question est plus sérieuse : il s'agit de savoir si celles qui existaient il y a dix ans, existent encore ; si elles sont en prospérité ou en décadence; si leur existence a exercé, dans leur sphère d'action, une influence propagandiste ; si elles sont susceptibles de perfectionnements ou de modifications reconnus nécessaires, selon les résultats obtenus; si de nou- veaux développements accessoires peuvent y être soudés; s'il y a concordance ininterrompue dans le jeu de ces établis- sements avec la pensée créatrice qui est l'avancement inces- sant dans le bien-être matériel, moral, hygiénique et intellec- tuel d'un milieu local dont les classes ouvrières sont exclusivement vouées aux travaux de l'industrie, en un mol si les résultats sont en rapport avec les efforts qui sont faits pour les obtenir et en assurer la durée ; car, pourquoi ne pas le dire, c'est du socialisme pratique, entré depuis longtemps
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SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE DE MULHOUSE 97
dans le programme Mulbousois, que la Société industrielle patronne dans rintérét bien compris de l'active et laborieuse cité. Plus que tout autre centre industriel, Mulhouse fut, sous la Restauration et la Monarchie de juillet, sérieusement me- nacé par les crises périodiques de ces deux époques. C'est pourquoi l'on comprit de bonne heure que la répression ne remédiait pas au mal dont la population ouvrière souffrait réellement et que la sagesse commandait d'aviser aux moyens de prévenir, afin d'avoir désormais moins à réprimer. De là ces créations si nombreuses et si diverses d'insti- tutions qui sont l'objet de l'enquête décennale. Toutes ont leur importance relative et solidaire, mais, à notre sens, l'institution mère, l'institution génératrice demeure la cité ouvrière qui a sui^i alors comme une nouveauté étonnante, qni l'était en effet par la simplicité de conception, par la netteté de vue qui dirigeait sa marche et qui a réalisé de prodigieux soulagements dans la condition de la popu- lation ouvrière, en même temps qu'elle l'introduisait dans l'une des voies régulières de la vie de famille et de l'épai^ne.
Engendrée par les idées socialistes du temps, défendue comme un minimum nécessaire et avantageux pour l'industrie, la question de cités ouvrières prit enfin à Mulhouse un corps modeste d'abord, mais qui ne cessa pas de se développer avec une régularité exemplaire et un succès si concluant, que Ylnstitution alsacienne ne tarda pas à exciter l'émulation aux quatre points cardinaux du monde industriel. Sans trop s'en apercevoir pendant les premières années d'exercice, Mul- house se trouva ainsi érigé en école d'application et sa Société industrielle transformée en organe très actif de propagande. C'est elle qui dut se charger de répondre aux demandes d'in- formations qui arrivaient de toute part concernant la nou- veauté mise en pratique par des hommes expérimentés et directement intéressés dans l'opération. La société s'acquitta
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libéralement de ce devoir et ne manqua point d'engager à suivre l'exemple les sociétés et les particuliers qui, avant d'agir, avaient recours aux inspirations de l'expérience acquise. Mais — nous l'avons dit dernièrement — la question , à deux ou trois exceptions notables, a subi des modifications parli- cularistes qui lui impriment un cachet variant comme les spécialités qui sont aujourd'hui la caractéristique des pro- duits de chaque usine. A Mulhouse, c'est-à-dire à son berceau, la question est restée ce qu'elle était à son début dans l'appli- cation: une institution philanthropique et de prévoyance, ten- dant une main amie à toute famille laborieuse, ne lui Faisant nullement l'aumône, mais lui offrant l'assistance nécessaire pour arriver par le travail, la régularité de la vie de Famille au bien-être relatiFqui l'attache au so|, à la propriété et lui fournil les moyens de Faire, par elle-même, de nouveaux progrès dans les voies du bien social. L'œuvre continue à produire ses excellents fruits et l'on devra bientôt songer à fi!ier son action salutaire sur un ou plusieurs autres points de l'agglomération industrieuse.
Outre l'enseignement professionnel organisé de façon à répondre à toutes les exigences de la vie locale, les autres institutions d'utilité et d'assistance publique, dues à l'ini- tiative privée , sont nombreuses à Mulhouse et les environs immédiats. L'esprit essentiellement utilitaire qui a présidé à leur fondation et qui continue à en régler la marche journalière, les maintient toutes dans le cercle de conver- gence qui fait de Mulhouse un centre exclusif des séductions idéales ne se rattachant pas à la vie réelle par un but à atteindre, par des résultats à conquérir. Bref, les rapports qui constituent l'enquête décennale donnent une idée du tableau général de ces institutions, quoique ces rapports manquent souvent de conclusions qui auraient pu, sinon dû, être formulées d'une façon plus précise. Mais, telle quelle se présente, la publication est un intéressant document pour
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SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE DE MULHOUSE 89
servir à l'histoire de Mulhouse et de l'industrie en Alsace au XIX*" siècle.
II.
Chefnin de fer de Mul/iouse à Thann. — Noies et documefUs. Ce BuUelin spécial se compose de 159 pages, 3 portraits,
10 planches et une carie. Ce bulletin est dû aux soins de M. Wuitlame Grosseteste, ingénieur (E. C. P.) qui en a la- borieusement recherché les éléments et les a coordonnés.
11 s'agit des documents concernant le chemin de fer de Mul- house à Thann, inauguré le l""' septembre 1839 et qui fut l'une des premières lignes ferrées de France. Les portraits représentent M. Nicolas Kœchlin qui fut le concessionnaire de cette ligne, son constructeur et son administrateur; M. Gadiat, élève de l'école des arls et métiers de Châlons qui, le premier, saisit la Société industrielle de la question et enfin M. Bazaine, ingénieur ordinaire de l'arrondissement d'Altkirch, qui fut chargé de l'étude technique et de la haute direction des tra- vaux. Quant aux planches, on devine qu'elles représentent les ouvrages d'art de la ligne et les stations de départ et d'arrivée. La carte est une carte routière de France sur laquelle sont indiqués, en traits gras, les rudiments insigni- fiants de voies ferrées qui existaient en France quand la ligne de Mulhouse à Thann fut définitivement livrée à la cir- culation.
Une notice biographique sur Nicolas Kœchlin devait figurer en tête de ce bulletin spécial; elle est due à M. le D' Penot qui l'écrivit en 1852, à la mort de M. Nicolas Kœchlin et que la Betme d'Alsace reproduit pour la conserver dans la Galerie des hommes qui ont honoré l'Alsace et lui ont rendu de réels services.
Il est entré dans le programme des idées actuelles de la Société industrielle de reconstituer l'histoire documentaire
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des grandes opérations qui ont fait d'un ancien chef-lieu de canton du Haut-Rhin, la métropole de l'industrie dans l'Est de la France. Ce programme n'est pas formulé d'une .façon aussi précise que nous le disons, mais il a reçu, dans un très court espace de temps, un commencement d'exécution qui permet d'affirmer son existence et sa réalisation certaine. Outre les fuibUcUians ouvrières à l'exposition universelle de 1889, par Ânlony Rolliet dont nous avons parlé, outre Yenqtiête décennale sur les institutions d'utilité publique dont il vient d'être parlé, outre le bulletin spécial concernant le chemin de fer de Mulhouse à Thann dont nous parlons en ce moment, M. W. Grosseteste annonce qu'il réunit les maté- riaux nécessaires, pour un A^ Bulletin spécial concernant le chemin de fer de Baie à Sùrasàourg dont M. Nicolas Kœchlin fut également concessionnaire. Nous voyons avec plaisir ce renouveau poindre à l'horizon. Quand lés circonstances du moment ont pour conséquence de troubler le développement régulier de la vie d'autrefois, il est bon de faire un petit retour en arrière, ne fût-ce que pour démontrer aux contem- porains que le progrès social ne s'accomplit pas sans .sacri- fices de toute sorte et même sans faire des victimes.
Le terrain sur lequel la Société indusùridle vient de s'en- gager par ces trois bulletins spéciaux appartient donc au domaine de l'histoire contemporaine. Il y a lieu de penser que l'on entend d'abord circonscrire ce coup d'œil rétro- spectif sur la période qui commence en l'année 1798 et finit en l'année 1870, c'est-à-dire au moment où la ville sollicite et obtient sa réunion à la France et au moment où elle en est violemment détachée. C'est en effet dans le cours de cette période que Mulhouse s'est brillamment révélée sur le terrain des travaux industriels et commerciaux. Le constater aujourd'hui, au moyen de publications spéciales, c'est faire acte de vitalité et de patriotisme. Sur ce terrain, il y a riche moisson a faire pour composer les bulletins
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spéciaux dont la série est commencée. En poursuivant cette intéressante et utile constatation la Société industrielle demeure dans son rôle d'activité qui, aujourd'hui; est complexe; car, d'un côté, son industrie est condamnée à faire sur le marché allemand une rude concurrence à l'industrie de ce pays, tandis que, d'un autre côté, elle a dû faire d'héroïques efforts pour s'établir en France afin d'y conserver la place prépondérante qu'elle s'y est acquise depuis bientôt un siècle. On suivra avec intérêt le développement qui sera donné à ces publications supplémentaires.
J. LlBLIN.
III.
Nicolas Kœchlin naquit à Mulhouse en 1781, alors que cette petite ville formait encore une petite république indé- pendante, alliée de la Suisse. Son père Jean Kœchlin était fils de ce Samuel Kœchlin, qui fut un des trois fondateurs de la grande fabrique d'indiennes de ce pays, et dont les descen- dants devaient tant contribuer au progrès de cette brillante industrie, à laquelle notre ville doit la haute réputation dont elle jouit dans le monde commercial, et son accroissement véritablement extraordinaire. La sévérité des douanes fran- çaises ayant resserré dans une ceinture infranchissable le petit territoire de la république de Mulhouse, ses fabriques, déjà gênées par la législation locale qui mettait certaines entraves à leur accroissement, semblaient condamnées à une fatale immobilité et, par suite, à une ruine prochaine. C'est alors que plusieurs citoyens s'expatrièrent pour aller porter dans les environs leur activité et leurs talents, auxquels ne pouvaient plus suffire un théâtre trop étroit et un marché trop restreint. Ainsi se fondèrent dans notre département les établissements de Wesserling, de Munster, de Sainte-Marie-aux-Mines, etc..
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qui furent d'abord comme des succursales de rinduslrie mulhousienne.
Jean Kœchlin fut du nombre de ceux qui quiltèrenl ainsi leur ville. En 1787, il entra comme fabricant dans la maison Senn, Bidermann et 0^% de Wesserling. C'est dans la vallée de Saint-Amarin qu'avec l'inlelligenl et ferme concours d'une épouse remarquable par la force de son caractère et la dou- ceur de ses vertus il éleva sa nombreuse famille composée de seize enfants, dont douze fils et quatre Glies, leur faisant donner la seule éducation que pouvaient comporter son état de fortune^ et le peu de ressources qu'offrait, surtout à cette époque, une campagne éloignée de tout centre de popu- lation.
Appelé par ses goûts, par ses traditions de famille, par les habitudes constantes de ses compatriotes à parcourir la car- rière commerciale, le jeune Nicolas Kœchlin, après avoir fait ses premiers essais auprès de son père, fut envoyé d'abord à Hambourg et plus tard en Hollande, pour être mis en apprentissage dans ces pays si justement renommés pour leur habileté dans les affaires du négoce. De retour dans sa patrie, il fut d'abord employé chez son oncle, M. Dolltus- Mieg, dont il se sépara bientôt pour faire en son propre nom le commerce d'impressions, et fonder cette maison que nous avons vue plus tard acquérir une si grande renommée.
Ce fut en 180^, et à peine âgé de 20 ans, sans fortune particulière, mais riche de ce crédit que donne toujours la probité unie au talent, que Nicolas Kœchlin jeta les premières bases d'un élablissement d'abord modeste, auquel il associa successivement son vieux père, ses frères, ses beaux-frères, ses neveux. Vous savez, Messieurs, quelle réputation d'hon- nêteté et de savoir la maison Nicolas Kœchlin Trères s'est acquise dans le monde industriel et commercial. Si, faute de capitaux, ses commencements furent difficiles, on la vit bien- tôt, sous une direction habile, grâce à l'activité et à la science
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des nombreux associés qui la composaient, s'élever à un élal de prospérité tel, qu'il Tallut bientôt songer à l'agrandir. Déjà en 1806, la maison Nicolas Kœchlin et frères, en société avec M. DuporI, de Lyon, forma sous la raison de commerce Kœcblin et DuporI, l'établissement de ûlature et de tissage de Massevaux, qui fut le second de ce genre créé en Alsace, et dont plus tard elle se chargea seule en 1815.
En 1809, la même maison, en société avec MM. frères Mérian et cousins Mérian, de Bâle, fonda à I^œrrach, dans le grand-duché de Bade, sous la raison Mérian et Kœchlin, une fabrique d'impression dont elle se chargea seule en 1819, Enfin, en 1820, Nicolas Kœchlin et ses associés, tous mem* bres de sa famille, établirent une filature à Mulhouse, dans le local appelé Cour de Lorraine.
Lors de sa plus grande extension, la maison Nicolas Kœcblin et frères possédait une fabrique d'impressions et une Glature à Mulhouse; une filature, un tissage et un blanchiment à Massevaux; -un établissement d'impressions et un lissage à Lœrrach. Elle occupait plus de 5000 ouvriers, et de nom- breux employés, commis ou voyageurs. Elle avait des suc- cursales sous son nom à Paris, à Lyon, à Bordeaux, à Toulouse. On trouvait des dépôts tenus par ses propres agents à Naples, à Rome, à Milan, à Moscou, à Bruxelles, aux Antilles, à New- York, à Mexico, à Rio-de-Janeiro, en Perse. Elle avait des dépôts réguliers et permanents de ses marchandises à Londres, à Cadix, à Gibraltar, & Alexandrie, à Bombai, à Calcutta, à Batavia, à Lima. Quoique grandement secondé par ses frères et ses associés, Nicolas Kœchlin était Tânie de cette vaste entreprise. C'est de lui que venait la direction supérieure ; c'est Nicolas Kœchlin qui, utilisant avec un rare discerne- ment la capacité particulière de chacun de ses collabora- teurs, savait trouver en lui et en eux les ressources nécessaires au succès de ses vastes entreprises.
Toutefois, le grand nombre d'associés que comptait cette
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maison, ainsi que la variété et l'étendue de ses affaires, enga- gèrent les intéressés à se séparer en 1836, et à former plusieurs sociétés nouvelles, en se partageant les divers établissements qui jusque-là avaient constitué leur avoir commun. Alors dis- parut cette maison Nicolas Kœchlin et frères, après trente* quatre ans d'une existence honorable et brillante. L'influence qu'elle a exercée sur la marche et l'accroissement de l'industrie de notre pays, par sa haute réputation de probité dans les affaires, par la sage hardiesse de sa direction, par ses nom- breuses et capitales découvertes, a été immense ; et il n'y a que justice à dire qu'elle a été une des premières et des plus puissantes sources de la fortune de Mulhouse.
Comme si la conduite difficile d'une maison de commerce colossale n'eût pas sufii à sa bouillante activité, Nicolas Kœchlin s'occupait en même temps de l'avenir de sa ville natale et du bien-être de ses concitoyens. Plusieurs d'entre vous. Messieurs, se rappellent encore quel était, il y a vingt-cinq à trente ans, l'état misérable et malsain de la plupart des logements d'ouvriers dans notre ville, où les besoins de la population dépassaient tellement les ressources de la localité à cet égard, que les Petites AfficJies de Mulhouse contenaient quelquefois cette annonce, qui nous paraîtrait fort étrange aujourd'hui, qu'il y avait une place à louer dans un lit, dans telle maison qu'on indiquait. Les besoins toujours croissants de nos fabri- ques avaient en effet appelé dans nos murs un grand nombre de travailleurs étrangers, hors de proportion avec l'ancienne enceinte de notre ville ; et de rares spéculateurs seulement avaient pensé jusqu'alors à employer leurs capitaux à élever des maisons nouvelles, devenues si nécessaires. Cette sur- abondance d'habitants dans un espace trop resserré n'influait pas seulement d'une manière fâcheuse sur la classe ouvrière ; mais le petit nombre des habitations à louer rendait en géné- ral fort chers et fort exigus les logements d'une grande partie de la population.
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Ce fut dans ces circonstances défavorables» qui demandaient à être promptement modifiées, que M. Nicolas Kœchlin conçut le vaste projet d'élever à côté de Tancienne ville sur les bords du canal du Rhôue-au-Rhin, là où devait se porter à l'avenir le mouvement et la vie commerciale de Mulhouse , une ville nouvelle qui serait à la fois un ornement pour notre cilé et un moyen de bien- être pour notre population.
Associé pour Texécution de cette grande idée à M. Mérian» de Bâle, et à notre compalriote M. Jean Dollfus, ces trois capitalistes , qui furent les principaux actionnaires de cette vaste entreprise, parvinrent en peu d'années, à force de soins, d'activité et, il faut le dire, de sacrifices, à élever ce superbe quartier qui ne trouverait de rival que dans un petit nombre de nos villes de France, et au centre duquel s'élève l'hôtel monumental où nous siégeons aujourd'hui, grâce à la muni- ficence du généreux collègue dont nous déplorons la perte.
L'élan donné par M. Nicolas Kœchlin et ses associés fut suivi par plusieurs de nos compatriotes, mais dans des pro- portions plus modestes. La pensée de donner à notre ville un agrandissement devenu indispensable fut comprise de spécu- lateurs nombreux, qui s'empressèrent de la mettre en pratique ; les uns en vue de bfttir uniquement des logements d'ouvriers, d'autres pour élever des maisons à l'usage d'autres classes plus aisées de la société. Ainsi notre ville s'est considérable- ment étendue en tous sens ; les habitations se sont enfin trouvées en rapport avec le nombre des habitants, et aujour- d'hui les logements sont devenus plus spacieux, plus com- modes, plus salubres et moins chers.
Ici, Messieurs, se place naturellement le souvenir d'un acte de magnifique libéralité^ qui a acquis à M. Nicolas Kœchlin un titre éternel à notre reconnaissance. Par la nature et l'importance de ses travaux la Société industrielle de Mul- house avait montré, dès sa création, la haute influence qu'elle serait appelée à exercer sur toutes les questions intéressant
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l'industrie de notre pays, lorsqu'elle serait parvenue à se fonder sur des bases solides et fixes. Composée d'hommes voués aux études sérieuses des sciences positives, ou aux plus savants comme aux plus difficiles travaux de nos manufactures, ses premiers débuts jetèrent dans le monde industriel, en France et à l'étranger, un éclat qui ne s'est point terni de- pui^\ Si le savoir, si le zèle de ses membres suffisaient à une société pour accomplir dignement la haute mission qu'elle s'est imposée, nous pourrions dire avec orgueil que, dès son origine, la Société de Mulhouse se trouva puissamment orga- nisée. Mais toute institution humaine, surtout lorsqu'elle est appelée à agir puissamment sur les idées et le bien-être d'une population nombreuse, a besoin aussi de s'appuyer sur une force matérielle qui manquait alors à notre Société, et sans laquelle les efforts les plus louables et les plus soutenus sont souvent impuissants.
Le brillant avenir promis à la Société industrielle, si elle parvenait un jour à s'établir d'une manière stable^ ne pouvait pas échapper à l'œil si clairvoyant de M. Nicolas Kœchlin ; et cet homme généreux, à qui aucun sacrifice ne coulait, lorsqu'il s'agissait d'un grand progrès à accomplir, et de la gloire de sa patrie, fil à la Société industrielle, siégeant alors dans un modeste local provisoire, le don splendide de l'hôtel qu'elle occupe depuis vingt -cinq ans.
Jusqu'ici, Messieurs, je ne crains point de le dire, parce que je ne suis en cela que l'écho de l'opinion publique, la Société industrielle a dignement répondu aux nobles vues de son bienfaiteur, par les lumières qu'elle a répandues dans nos manufactures ; par le goût des études sérieuses qu'elle a jeté dans notre population ; par les idées généreuses qu'elle a semées dans le public auquel elle s'adresse, et qui ont déjà produit dans notre ville plusieurs institutions utiles, dignes de servir de modèles.
Que nos jeunes collègues s'inspirent des travaux de leurs
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devanciers; qu'ils conservent religieusement les libérales Iradilions de la génération qui les précède ; qu'ils aient cons- tamment devant les yeux cet engagement d'honneur qu'ils con- tractent en entrant dans cette enceinte, de soutenir de leurs efforts, d'élever plus haut même la réputation si justement acquise de la Société industrielle, et ils acquitteront noble- ment la dette que chaque citoyen contracte, en naissant, envers sa patrie.
Jusqu'ici, Messieurs, je vous ai montré dans Nicolas Kœch- lin le négociant probe et habile, dont le nom n'est resté inconnu à aucune nation commerciale du monde : je dois à présent rappeler à vos souvenirs d'autres actes de la vie de ce grand citoyen qui nous a laissé de si nobles exemples du plus pur patriotisme.
En 1813, l'ennemi triomphant des héroïques efforts de nos armées fatalement moissonnées parles éléments, pendant la désastreuse campagne de Russie^ envahissait la France, mal- gré les gigantesques conceptions du génie de l'empereur, qui ne se montra jamais plus sublime. Les braves populations de notre province sont renommées par leur esprit militaire, et leur attachement à la France, dont elles ont voulu récem- ment encore donner une preuve éclatante , en célébrant par des fêtes nationales le glorieux anniversaire de leur réunion à la mère-patrie, alors que quelques rêveurs politiques d'outre- Rhin croyaient leurs yeux constamment fixés sur l'Allemagne. Elles ne virent pas sans frémir le sol sacré de la France foulé par les armées de l'Europe coalisée ; et Mulhouse, française à peine depuis quinze ans, ne s'émut pas moins profondément des revers et de l'humiliation de sa nouvelle patrie.
Nicolas Kœchlin, alors colonel de la garde nationale de notre ville, après avoir, à l'approche de l'invasion, secondé de tous ses moyens l'administration du département, dans les préparatifs de défense du pays, et garanti, par un engage- ment personnel de deux cent mille francs, une partie de
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l'approvisionneinent d*Huningue ; metlant sa famille à Tabri de tout danger en Suisse, ferme ses ateliers, et va se présenter à l'empereur, avec deux de ses frères el un autre membre de sa famillC; qui n'ont pas hésité à le suivre. Napoléon, touché de cette preuve éclatante de patriotisme, fit à nos braves compatriotes Taccueil que méritait leur dévouement à la France, et les attacha au quartier impérial, comme officiers d'ordonnance volontaires du maréchal Lefèvre. C'est en celte qualité qu'ils paitagérent avec l'armée les fatigues et les dan- gers de la campagne de France^ pendant laquelle trois d'entre eux furent décorés de l'étoile de la Légion d'honneui\
Nicolas Kœchlin reçut cette glorieuse distinction le 18 fé- vrier 1814, à Nangis ; el le duc de Dantzick lui annonça sa promotion par une lettre des plus flatteuses. Malheureusement, c'était à l'époque désastreuse où le génie colossal qui défen- dait encore le sol de la France allait être contraint de céder au nombre de ses ennemis, et le brevet de Nicolas Kœchlin, comme tant d'autres dans ce moment fatal, ne fut jamais expédié; de sorte que notre courageux compatriote ne prit rang réellement parmi les chevaliers de Tordre de la Légion d'honneur que lorsque Charles X le décora de nouveau, à son arrivée à Mulhouse, en 1828.
Après l'abdication «de Fontainebleau , Nicolas Kœchlin et ses frères rentrèrent dans leurs foyers. Ils venaient de rou- vrir leurs ateliers momentanément fermés et de reprendre leurs paisibles travaux, quand retentit tout à coup comme un coup de canon dans toute l'Europe stupéfaite la nouvelle du miraculeux retour de l'île d'Elbe, qui fut bientôt suivi d'une nouvelle invasion. Alors Nicolas Kœchlin, encore colonel de la garde nationale de Mulhouse, réuni à plusieurs de ses frères et à divers citoyens courageux de notre ville , se jette en partisan dans les Vosges, se tenant en communication avec la division Lecourbe, à Belfort, pendant que les frères Japy, de Beaucourt, organisaient un autre corps de partisans
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dans les montagnes du Jura. On sait quelle fut Tissue Tatale et prompte de cette campagne, au retour de laquelle Nicolas Kœchlin rentra définitivement dans la vie industrielle, après ravoir abandonnée dans deux circonstances suprêmes^ pour concourir à la défense de son pays.
La ville de Mulhouse voulut récompenser tant de patrio- tisme en confiant à plusieurs reprises à Nicolas Kœchlin rhonneur de la représenter à la Chambre des députés, où notre honorable collègue alla s'asseoir sur les bancs de la gauche, là où avait autrefois siégé son frère Jacques Kœchlin. Je n'ai pas à retracer ici, Messieurs, la vie politique de notre concitoyen. Nos règlements , en cela pleins de prudence, n'ont pas voulu que ce sanctuaire de la science devint une arène pour les opinions contraires qui peuvent nous diviser au dehors; mais il me sera permis de dire que l'opposition de Nicolas Kœchlin fut toujours si consciencieuse et désin- téressée, qu'elle ne lui fit jamais rien perdre de l'amitié ni de l'estime même de ses adversaires.
Nicolas Kœchlin a encore rempli d'autres fonctions pu- bliques, qu'il tenait de la confiance de ses concitoyens ou du gouvernement. 11 a été juge au tribunal de commerce de Mulhouse, président de la chambre de commerce, membre du conseil général du Haut-Rhin, du conseil supérieur du com- merce et des manufactures, inspecteur du travail des enfants dans les manufactures. Personne ici n'ignore avec quel zèle, quel amour de la justice et quelle haute intelligence Nicolas Kcechlin accomplit ces diverses fonctions. En 1848, il fut un des commissaires chargés par le gouvernement provisoire d'administrer notre département, et concourut avec eux à maintenir l'ordre, dans ces moments difficiles, avec une fer- meté qui doit être un titre à notre reconnaissance.
Si nous avons eu à louer dans Nicolas Kœchlin le dévoue- ment toujours actif et désintéressé de l'homme public, nous trouvons encore dans sa vie des actes nombreux d'une iné*
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puisable générosité, qui honorent l'homme privé. 11 me se- rait impossible. Messieurs, de vous citer les continuels bien- faits que sa modeste simplicité a toujours voulu tenir dans Tombre, et dont le souvenir de quelques-uns a pu seul par- venir jusqu'à nou^ Il y aurait d'ailleurs une indiscrétion coupable à soulever un coin du voile dont il a voulu les cou- vrir. Quant à ceux qui, par leur nature même, avaient pour ainsi dire un caractère public, nul ici ne les ignore. Chacun de nous se rappelle pour quelles sommes considérables le nom de Nicolas Kœchlin a figuré dans l'établissement de notre bureau de bienraisance et dans toutes les souscriptions qui ont eu pour objet de soulager quelque grande infortune nationale ou particulière. Vous connaissez son empressement à venir en aide aux hommes que des raisons politiques avaient éloignés de leur patrie; sa vive sollicitude pour tout ce qui l'entourait et dont il a donné de si touchantes preuves à Mul- house, sa ville natale; à Hombourg où était son château; à Massevaux où il a fondé un asile pour les ouvriers vieux ou infirmes sortis de ses ateliers.
Enfin, Messieurs, j'arrive au dernier acte de la vie si pleine d'œuvres utiles du grand citoyen dont le nom ne périra pas dans notre province. Lorsqu'en 1836 la maison Nicolas Kœch- lin et frères se sépara pour former plusieurs établissements distincts, indépendants les uns des autres, Nicolas Kœchlin, qui restait associé avec son frère M. Edouard Kœchlin et son neveu M. Carlos Forel, trouva dans la création des chemins de fer d'Alsace un aliment convenable à son infatigable activité et une occasion nouvelle de faire acte de patriotisme. On n'a peut-être pas assez connu dans le public le motif élevé qui guida notre compatriote dans celte entreprise alors gigan- tesque, dont les vastes proportions allaient dépasser tout ce que l'on avait vu jusque-là, en France^ en fait de chemins de fer. L'opinion alors généralement et justement admise était que les localités qui seraient traversées par des voies ferrées
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jouiraient d'avantages nombreux et considérables au détri- ment de celles qui seraient déshéritées de ce moyen nouveau et si prompt de communication. L'Alsace particulièrement, dont le mouvement d'affaires est si important, ne devait pas, aux yeux de Nicolas Kœchlin, se tenir en dehors du grand progrès qui allait s'accomplir en Europe.
Deux projets de chemin de fer, dont le but était de relier Mayence ou Mannheim avec la Suisse, surgissaient en même temps. L'un, suivant la rive droite du Rhin, devait traverser le pays de Bade; l'autre, construit en Alsace, sur la rive gauche du fleuve, devait se développer de Bàle à Strasbourg, traversant les villes de Mulhouse, Colmar, Schlestadt, et des- servant de nombreuses communes de notre riche province. On croyait alors qu'un seul de ces chemins devait suffire à tous les besoins du commerce des deux rives, et que l'un d'eux étant construit, l'autre serait nécessairement aban* donné et resterait à jamais en projet.
Il y avait donc ici une question vitale de priorité, et c'était à qui arriverait le premier, du grand-duché de Bade ou de nous, à construire sa voie ferrée. Les Chambres badoises allaient se réunir sous peu et devaient s'occuper dans leur session de cette question de premier ordre. C'est alors que Kœchlin, qui voulait doter l'Alsace des avantages précieux que devait procurer la nouvelle voie, après avoir réussi à construire le petit tronçon de chemin de Mulhouse à Thann, qui fut comme un essai devant servir de garantie, se mit à la tête d'un projet de chemin de fer devant un jour s'em- brancher par Strasbourg, sur Paris, l'Océan et l'Allemagne, et par Mulhouse et fiâle sur la Suisse, Lyon, nos provinces méridionales et la Méditerranée.
C'était la première ligne ferrée de cette importance dont on proposait l'exécution en France. Ne trouvant pas au de- hors un encouragement suffisant pour assurer la réussite de ce vaste projet, dans les conditions ordinaires de ces im-*
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raenses travaux ; stimulé cependanl par le gouvernemenl qui désirait voir Texécution du chemin de fer français décidée avant qu'on ne s'occupât sérieusement de la voie rivale du bord allemand, Nicolas Kœchlin n'hésita pas à engager sa maison dans une entreprise alors gigantesque, et proposa de construire ce chemin de fer à forfait, à ses risques et périls.
La loi de concession fut dès lors présentée aux Chambres et volée d'urgence. Toutefois, ce ne fut que pendant Texécu- tion même de son immense tâche que Nicolas Kœchlin put en mesurer les grandes difficultés, et il sut trouver dans son énergique volonté la force de les surmonter. Il eut à lutter contre des obstacles de toute nature^ en partie suscités dans le but plus ou moins avoué d'empêcher l'exécution de son patriotique projet. Cependant , ne reculant devant aucun sacrifice, puissamment secondé par ses associés, MM. Edouard Kœchlin et Carlos Forel, aidé du savant concours de MM. les ingénieurs Bazaine et Chaperon, il parvint à achever son œuvre dans la moitié du temps accordé par la loi de conces- sion pour son exécution complète.
Les félicitations qu'il reçut publiquement alors du pouvoir et de nos populations reconnaissantes; la réception triom- phale qui lui fut faite à Strasbourg pour inaugurer son œuvre et qui n'aurait pas été indigne d'un souverain visitant son peuple, devaient lui faire espérer que sa tâche était achevée et que Dieu allait lui accorder la grâce de passer désormais au sein de sa famille, pour laquelle il était un objet d'amour et de vénération, des jours longs et glorieux, juste récom- pense des nobles et grandes actions de toute sa vie.
Hélas I A quoi tiennent les espérances de Thomme ! Bien- tôt des difficultés pour lui bien autrement sérieuses et pé- nibles que celles qu'il avait rencontrées et vaincues durant l'exécution de son œuvre, vinrent se dresser tout à coup devant lui, l'abreuver d'amertume^ l'attaquer dans sa for- tune si loyalement acquise et le poursuivre jusqu'à ses
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SOCIÉTÉ INDUSTlUfelLLE DE MULHOUSE l'J3
derniers moments, qu'elles ont hâté. Triste et fatale récom* pense ici-bas d'une vie si laborieuse et de tant de services rendus à sa patrie.
Sans doute. Messieurs, on aimerait à voir les hommes qui ont été les bienfaiteurs de leur pays, jouir déjà dans ce monde même de tout le bonheur qui semble dû à leur noble conduite, et le cœur se brise à Taspect de ces revers inatten- dus qui atteignent et accablent ceux qui surent si bien sou- lager les infortunes des autres. Mais si cette instabilité des choses humaines nous afflige, elle ne peut pas, hélas I nous surprendre, tant on en pourrait citer des exemples fameux. La Providence a des voies secrètes qui ne sont pas les nôtres et dont le terme inconnu échappe à notre faible intelligence ; sachons courber la tête devant ces éternels décrets, toujours au-dessus de notre raison si bornée.
Cependant, que ces revers qu'on voit si souvent frapper les hommes éminents qu'on aurait pu en croire le plus i\ l'abri, ne soient un découragement pour personne. Effor- çons-nous d'être utiles à notre pays et à nos semblables dans la mesure des forces que le ciel nous a départies. Prenons pour modèles les nobles exemples que nous a légués notre regrettable collègue, dont la grande âme fut à la fois si éle- vée et si pleine de douceur, et dont la vie entière a mérité que nous disions de lui aujourd'hui qu'il fut à la fois un né- gociant éminent et honnête, un parent généreux et dévoué, un bienfaiteur prodigue et intelligent pour les infortunés, uu patriote pur et un grand citoyen.
D' Penot.
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POÉSIES DE CH. BŒSE
en Dialecte alsacien
XXL
E Pfingstreisel.
Bpistél as AfrUca
Wie e Strossburjer Turist uf em Mennelstein de Prophet Elias uf em Berri Karmel het yreWe nochmache un wie er fast Hais un Bein gebroche het.
BUdA. im Joui 1868.
Vor kurzem het min Frind (I bruch ne nit ze nenne :
Was i von nem verzâhl gitt icli ne schun ze kenne)
Ë Pfingsireisel gemacht, in gueter Kumbenej
Vun alte Steckelburjer ins Brûschlhal, froh un frej.
Durch Dorise, Molse^ Muizig sin unsri Kamerade
Gewandert noch Gresswiller^ MoUkirch, ufs Schloss Girbade.
UfTem Uedi^eberri hen sie charmant diniert;
Vun nette KIosterschwestre recht gommifo serwiert*
Zuem Dessert hen sie dort e Stôpferle geblose
Un sin d'no^ ganz vergnûejt an d'Heidemur hingstosse
Durch dTelsen ûwer d'Blos bis uf de Mennelstein.
Wie isch's so schôn do hovve, wie isch do d'Luft so rein I
Hohandiau, Landsberj, d'Spesburj sicht mer, 's ganz Barrer Lândel
Schletlstadt, d'Hohkinnisburj, im Rhin sin Silwerbendel,
AivDambach un Schervviller, viel Dôrfer klein un gross
Do saat der Vetter Christian : Diss ibcli euiol grandios !
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INTERPRÉTATION FRANÇAISE
{Suite.)
XXI. Une exearsion de Pentecète.
ISpltre d'AMqne
Gomment un touriste strasbourgeois voulut, sur le Mennelstein imiter le prophète Ëlie sur le Carmel et manqua se casser le cou et les jambes.
BUda, Juin 1868.
Depuis peu mon ami (faut-il que je le nomme ?
Ce que je vais conter vous désignera l'homme)
A Pentecôte fit dans la société
De bons c bourgeois à canne » un tour que la gaité
Assaisonna, ma foi! Plus d'un bon camarade
De Dorlisheim, Molsheim s'en fut jusqu'à Guirbade,
En passant par Mutzig, Gresswiller, Mollkirch^ et
Sur le Monl-Saint-Odile avalant un parfait
Diner, qui fut servi par des sœurs bien jolies^
On but bien au dessert en disant des folies.
Par les rochers on vint à la Bloss et puis sur
Le Mennelstein. Que l'air fut transparent et pur !
On vit Andlau, Landsberg, Spessbourg, Barr et sa plaine,
Schlestadty Uohkœnigsbourg, et du Rhin la lointaine
Bande d'argent, Dambach, Scheiwiller. «Que c'est beau ! »
Dit l'ami Christian, c comme en mon voyage au
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il6 REVUE d' ALSACE
Wie ufem Berj Karmel wo is letst Johr gewese? •
(D'Bschriwung isch^ eijehândi, in sinre Not zue lèse)*
« Un welle-mer d'schôn Ussicht, mit nauelnejen Aue,
«In scharfe belle Farwe noch viel grandioser bschaue^
«Biejt mer de Kopf in d'Kniej so wie der Elias ',
«Un guckt vun unte nuf I... Prowiere mers, zuem Gspass?»
1 Das Kloster aaf dem Berge Kannel steht seit Ludwig IX (der heDige Ludwig), welcher an jener so gefilhrlichen Kûste Schiffbruch litt, and Ton den Mônchen des KloBters gerettet und gepflegt wurde, unter dem besondern Schutz Frank- reichg. Noch lieute wîrd jeden Sonntag, zur Ehre Frankreichs die blau-ueiss-rothe Tricolore anfgehisst, und die grosse Glocke gelftutet, die einzige ^osse Glocke PaUtotinas, deren harmonische Kl&nge sich an den Bergen brechen nnd sich in dem nnennessliohen Meere verlieren. Ëinen ûberwftltigenden Eindruck iiben dièse tiefergreifenden Elttoge auf jedes gefûhlyoUe Herz ans, einen Eindrdck der nur empfbnden, nnd in VYorten nicht wiedergegeben werden kann.
Auf dem Berge Kannel befindet sich jene Grotte, in welcher der Prophet Elias gewohnt hatte, und welche Veranlassung gab, dort ein Kloster zu erbauen.
Dièses Kloster warde im Jahr 1818 von den Tûrken zerstSrt und eingeflschert. In den Jahren 1827 und 1828 durchwauderten swei M5nche, Carlo nnd Joseph, Meister der Baukunst, ganz Europa. (Der eine derselben ist sogar bis nach Strassbnrg gekommen), und sammelten reiche Beitrftge, mît welchen im Jahre 1887 das heutige grosse Kloster und die Kirche wieder aufgebaut wurden. In der letsteren steht ein Tisch von schwarzem Marmor, auf welchem die Geschichte des S[lo8ters und der Kirche in goldenen Lettem eingegraben ist. Die Façade der Kirche ist mît drei grossen Portalen geschmûokt, itber welohen Reliefs ans weissem Marmor angebracht sind. Im Innem der Kirche befindet sich ein prftch- tiges Gemftlde, welches den Propheten Elias darstellt, wie er im feurigen Wagen gen Hîmmel ffthrt. Dièses GemJllde ist von einem Italiener geschenkt worden. Im Hintergrunde der Kirche sieht mau die Madonna des Berges Karmel, mit einer hohen goldenen Krone verziert, und dem Jesukinde auf dem Arme. An grossen Festtagen sind die 22 Klosterbrâder fKr die grossen Ceremonien in weiss gekleidct. Unser Tourist, dem wir dièse MittheiJung yerdanken, hatte sich in einen Beicht- stohl (Bichtkttstel) gesetzt, um eine solche grossartige Cérémonie beobachten zu kSnnen.
In der Ntthe des Klosters hat die fîranz5siBohe Begîerung einen beweglichen Leuchtthurm, bestehend ans Reflektoren welche mit Glilsem yon 2 Centimeter Dicke besetzt sind, errichten lassen. Derselbe yerbreitet ûber das Mittellftndische Meer ein intensives und lebhaftes Licht auf 12 bis 15 Mcilen. Die Aussicht dort Ist weit und prUchtig. Das Meer bildet einen Golf in dessen Winkel das dorcli die Kreuzz\ige bekannte Fort Saint-Jean liegt, welches erst in diesem Jahrhundert durch die Anstrengungen der Goncrftle Bonaparte und Kleber, letzterer von den Soldaten Gutt Mars genannt, erobert werden konnte. Ch^n.
'III Konige xvm, 42.
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POKSIES ALSACIENNES 117
« Mont Carmel ! » (Cher lecteur, au bas de celte page Notre amî vous pourra parler de son voyage.) * cMais de ce paysage, amis, voud riez-vous «Contempler une image encore plus jolie ? «Eh bien I mettons alors^ comme le fit ÉUe ^ «Au Carmel, notre tête entre les deux genoux « Et regardons en haut. Allons ! Essayons-nous ? y>
* Le conyent du mont Carmel est sons la protection paiitonlière de la France depuis Lonis IX (Saint-Loois) qui naafragea snr cette côte dangereuse et reçut riiospitalît^ et les soins de ses moines. Encore de nos jours Ton y arbore tous les dimanches, en llionneur de la France, le parillon tricolore bleu, blanc et rouge, tout en sonnant la grande cloche, la seule grande cloche de la Palestine, dont les sons harmonieux se brisent contre la montagne et se perdent dans rîmmensité de la mer. Ces sons, profondément ëmouvants, exercent sur chaque cœur sensible une puissante impression, une impression qu*on ne peut qu*ëprouyer, maïs non rendre par des paroles.
Sur le mont Carmel se trouve la grotte qui avait été habitée par le prophète Élie et qui donna lieu à la construction du couvent.
Ce couvent fut détruit et incendié par les Turcs en 1818. Dans les années 1827 et 1828 deux moines, Carlo et Joseph, maîtres en architectore, parcoururent toute TEurope (l*un d*eux vînt même à Strasbourg) et firent des quêtes dont les riches produits servirent à rebftàr le grand couvent et la belle église qui existent encore. Dans celle-ci se trouve une table de marbre noir sur laquelle rhiatoire du couvent et de rtfglise est inscrite en lettres d^or. La façade de Tégllse est ornée de trois grands portails au-dessus desquels on voit des reliefs en marbre blanc. Dans rintérieur de Téglise une magnifique peinture représente le prophète Elie montant au ciel dans le char de feu. Ce tableau fut donné par un Italien. Dans le fond de Téglise on voit la célèbre statue de la Madone du mont Carmel, décorée d'une haute couronne, et portant Tenfant Jésus sur son bras. Aux grandes fêtes les 22 frères sont habillés de blanc pour les cérémonies. Le touriste, auteur de cette note, 8*e8t placé dans un confessionnal pour assister à un de ces grandioses spec- tacles.
Dans le voisinage du couvent, le gouvernement français fit installer un phare dont les réflecteurs munis de verres de deux centimètres d'épaisseur répandent sur la Méditerranée, à une distance de 12 à 15 milles une lumière vive et intense. On y jouit d'une vue lointaine et magnifique. La mer 7 forme un golfe, dans l'angle duquel se trouve le fort de Saint-Jean, connu par les croisades, et qui ne put être priB que dans le dernier siècle par les efforts réunis des généraux Bona- parte et Klëber, le dernier surnommé par les soldats «le Dieu Mars ».
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118 REVUE D'ALSACE
Der Christian dictum factnm^ um*s recht zen explizîere
Duet sich, wie*s gschriwe steht, mier nix dier nix, postière,
Uf ein Mol wurd*s em schwindli^ er kriejt^ mafwa I de Rang^
Un schlat e Burzelbaum ! De Frinde wurd's ganz bang !
Er hebt sich am e Felse un hilft sich mit sim Stecke.
'S isch em zuem Giûck nix gschehn, un d'Grsellschafl uf de Schrecke,
Spatziert noch Barr ganz lusti zuem e Kaskrut ^ in d'Kron,
Un mit der Isebahn heim uf de Dumesplon I
' Caste -croûte.
XXII.
D*Westhoffler Vakanzreiss
1818.
(niidA, JaOlet 1861.)
Do het e Frind mi gefrôut i môcht em doch au saue Worum i noch gern reiss in minen alte Daue? I sa druf : Jung gewohnt isch werli ait gedon : D'WesthôfDer Vakanzreiss isch e Bewis dervon.
Min Stiefgrossmuetter isch von Westhoffe gewese : £ gueti Husfrau, schaffecht un owedrin belese. I haw Ve als Fawle vum Gellert recitiert, Un bsunders 's Pfeffels Fawle hen sie recht regaliert. Von Stûckle in Prosa het sie nix welie hôre, Doch hait ich d'Poesie un d'Pros in glichen Ehre.
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POÉSIES ALSACIENNES 119
Dictum facium /... Tami vous prend une posture Telle qu'on la décrit en la Sainte Écriture ^, Mais hélas I il y gagne un étourdissement Et &it une culbute^ au grand étonnement Des autres, effrayés, puis se retient, s'accroche Des mains et de la canne aux fentes de la roche, Et n'a pas d'accident. Oubliant ce faux pas La compagnie alla pour faire un casse-croute ' Â la Coxironne à Barr, puis vint en droite route Reprendre le train pour la place Saint-Thomas.
>III. Boi8,XTin,42.
Aehab 8*en alla pour manger et boire, et Élie monta sur le haut du Carmel, où. se penchant en terre, il mit son risage entre ses genoux.
* Sur les enseignes des guinguettes champêtres aux environs d^ Alger se trouve génénlemtDt inscrit ce mot :
CASSE-CROUTE.
XXII.
Le voyage de vaeaices it Westhoffen
1818.
(BIfaU, JvU 1881.)
Gomment se fait-il donc que, malgré ton grand âge. Me demande un ami, tu t'aimes en voyage? — Ce qu'on a Caiit enfant, vieux on le fait aussi I Si vous ne le croyez, écoutez bien ceci :
A WesthofTen, pays de ma belle-grand'mère. Je m'en devais aller. Elle était ménagère, Travailleuse et savante, et je lui récitais Des fables de Gellert; mais je la r^alais De celles de Pfeffel surtout. Quant à la prose, Elle n'en voulait pas, et pourtant moi je pose
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120 REVUE d'ALSACE
Do het sie gsait : c Lehrsch brav un follisch d'heime schôn «Ze derfsch îq der Vakanz heim noch Westhoffe gehn.» Dis haw i mer notiert, un so isch wirckli kumme, Dass ich jo bim Herr Stxowel e Pràmja ha bekumme. Was gschicbt? £ Kirschebur^ am Fridanohmidda Holt mi, mier nix^ dier nix for noch Westhoffen a. Was isch diss fur e Freud ! Un im e halwe Stûndel Hett d'Mamme mi gemutzt un arranschiert de Bûndel ! Im Tiger hemmer angspannt bim alte Bape Schott, D'Ochse hen gfûettert g'het, ui^ jistrum, harum, hott^ Isch 's iiwer Ittene^ durch Fume un durch Wange, ^ Un ohne inzekehre noch WeslhofTe zuegange. Un wils schun spot isch gsin, un wii i Schlof ha g'het Hel Bâsel noch der Milchsupp mi glich spediert îns Belt.
Bal schlof un schnarch i do wie d'heime, ohne Sorje,
Biss dass der Kûejhirt hubt uf d*Waid, am frûeje Morje.
Glich haw i Hus un Hof un Keller inspiciert :
Am Meiste hemmi d'Kirsche und Bieren intressiert.
Der Koste het mer gschmeckt 1 Derzue e Glâssel Wisse.
Nur haw i d'Hawergrilz nit recht kenne verbisse.
Grumbiere mit Surmilch ist au nit bitter gsin.
Un manchmol het's als gewe Sûesskrut un Schunke drin.
Sundas simmer in d'Kirch, un Nohmidda in d'Rewe,
Ins heili Grab zu Wange : do isch volluf zue lewe !
's isch d'Universitât fur