This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project
to make the world's bocks discoverablc online.
It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover.
Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the
publisher to a library and finally to you.
Usage guidelines
Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to prcvcnt abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automatcd qucrying. We also ask that you:
+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for Personal, non-commercial purposes.
+ Refrain fivm automated querying Do nol send aulomated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help.
+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project andhelping them find additional materials through Google Book Search. Please do not remove it.
+ Keep il légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search mcans it can bc used in any manner anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite seveie.
About Google Book Search
Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders discover the world's books while hclping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web
at|http : //books . google . com/|
A propos de ce livre
Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec
précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en
ligne.
Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression
"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à
expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont
trop souvent difficilement accessibles au public.
Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir
du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.
Consignes d'utilisation
Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public cl de les rendre ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. Nous vous demandons également de:
+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un quelconque but commercial.
+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile.
+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en aucun cas.
+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère.
A propos du service Google Recherche de Livres
En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adressefhttp: //books .google. com|
1-3
1-3
REVUE
DKS
LANGUES ROMANES
MoN'ITKM.lKlt. IRirRlMKEMi: « KNTIîALK IH' MIDI, MAIMKLIN KItKKKS
REVUE
DES
LANGUES ROMANES
PUBLIÉE
PAU LA SOCIÉTÉ
POUR L'ÉTUDE DES LANGUIIIS KÛMANES
D e 11 X i è m e Série TOME UINQUIÈMt:
(t. Xlll* DE LA collection)
MONTPELLIER ] PARIS
AO BUREAU DES PUBLICATIONS j M AISONNEU VE ET Ci"
DE LA SOafiTÉ j I.IBIUrriESi-ElJlTEDRS
FOU» L'*Td™ DÏS I^QUKB HOMAN-E^ I W. QUAI VOLTAIRE, Î.S
REVUE
DES
LANGUES ROMANES
DIALECTES MODERNES
ETUDES
1
SUR !. HISTOIRE DE QUELQUES MOTS ROMANS
I DAMEJANE
« Dame-jbanne (da-me-jà-n*), s. /. Sorte de très-grosse bou- )) teille en terre ou en verre, qui sert à garder et à trans- » porter du vin ou des liqueurs, et qui est ordinairement de la » contenance de 50 à 60 litres. Dans la marine, grosse bou- » teille de verre de la contenance de 17 à 18 litres, garnie de » natte et servant à la distribution de Téquipage. — Au plur. » Des dames-jeannes. . . — Etym. Dame et Jeanne, » (Littré.)
Littré ajoute, dans le Supplément àQ son Dictionnaire :
« Dame-jeanne, — Etjm. Au lieu de ce qui est, lisez : Mot » arabe introduit parle commerce du Levant : Notre vin était )) dans de grands flacons de verre, damaJaneSy dont chacun te- » nait vingt bouteilles. Nibbuhr, Voy, en Arabie, t. I, p. 171 )) (édit. de 1776). Le dict. arabe -français de Kasimirski a da- )> majan, dame-jeanne, bocal. »
L'étjmologie arabe n'est pas mieux fondée que celle c»e Dame Jeanne, car damajan ne se rattache, pour le sens, à aucune racine arabe ou sémitique; et, si ce mot est en usage
167900
6 DIAX.EOTES MODERNES
chez les Orientaux, ainsi que le constate Kasimirski, c'est qu'ils l'ont pris, comme tant d'autres mots grecs, latins et romans, des marins italiens, provençaux ou catalans.
Damejane ou damajàna est le féminin de l'adjectif roman demija ou demijan, fém. demijàna, formé du latin dimidius ou dimidianuSj a, um, et ce mot est d'origine méridionale, puis- que la langue d'oïl n*en a obtenu que la forme moyen, moyenne *. Le sens et la formation sont tellement évidents que toute discussion serait inutile. Il n'y a donc qu'à rechercher l'histoire du mot, et il suffira de citer les documents du dialecte catalan du Roussillon.
Le latin medianus, dérive de médius (sanscrit madhya), a donné en provençal meian, et en catalan mijà * ou mi/'an et mi- jàna, « moyen, moyenne »; mijanar^ « partager par le milieu m, eimijanîa, « milieu », qui sont tous employés dès le XIII" siècle et se conservent encore en catalan. Dans l'ancien temps, ces formes étaient employées simultanément et dans le même sens avec demig, demija, demijà, demijàna, qui sont évidem- ment l'origine de notre « dame-jeanne.» Les voyelles de dimi- dius avaient été déjà altérées anciennement par l'usage vulgaire, comme on le voit au IX* siècle par \e^ Préceptes orthograph, publiés par P.Meyer [Recueil, p. 3) : dimidius non demidius. On lit dans un acte de 1112 : etdimedia eiminade ordeo (Arch. des Pyr.-Or. B, 65). Quant aux e et i de demidius ou dimedius, de- venus a dans damajàna, il n'y a rien de plus commun en ca- talan ^.
La forme mijà, mijàna, n'a jamais cessé d'être employée en catalan; mais il n'en a pas été de même pour demig et de- mija, qui ont complètement disparu dans la langue écrite après
* Littré cite, il est vrai (v. Afoî/en),pour le XI V* siècle : cpetites moianM, grans, agues » (H. de Mondeville, f* 30), mais il donne moiiennes dès le XIII* et dans tous les autres exemples.
2 C'est par erreur que Littré cite parmi les étymologies de « moyen » le catalan média, qui ne se trouve pas dans les textes anciens ou dans la langue actuelle, quoiqu'il y ait medi, « moyen», substantif.
3 En catalan, on prononce damajàna avec le son a bien marqué pour da et ja, mais avec celui d'un a bref et presque muet pour ma eina. Il ne faut pas oublier, d'ailleurs, que Ve de meditAS est devenu o dans le fran- çais moyen.
ETUDES SUR QUELQUES MOTS ROMANS 7
le XIIP siècle, sans laisser d^autres traces que la locution ca- talane endemiçy al endemig, en aquest endemig ( qui se trouve déjà dans B. Des Ciot, capit. 47, et ailleurs), et le gros vase dit damejâna, resté dans la langue populaire, mais dont je ne connais aucun exemple dans les écrits avant 1700. Voici les exemples de demig et demi/a que j'ai pu recueillir dans les anciens documents du Roussillon.
Dans un acte de vente faite à Salses en Roussillon, en 1120, il est fait mention de «m. alnaset deiniga de^ nadiu, » (Archiv. des Pjr.-Orient., B, 35.)
Un capbreu (papier terrier) de Saint-Féliu-d'Avall en Rous- sillon, de Tan 1150 environ, et dont il existe deux rédactions contemporaines, emploie indifféremment et presque à chaque article médius ou dimidius; mais on lit à Tarticle 31 : donat terciam partem de.i.migeram devino et de demig sester de blado. (Arch. des Pjr.-Or., B, 50.)
En 1283, dans le capbreu catalan de la Vall de Ribes : t. sester e demig de ciuada, (Revue des iang, rom.J
En 1292, dans le capbreu latin d'Argelès en Roussillon, une propriété située loco vocato loPuig demiga (Arch. des Pjr.-Or,, B 30, f* 18). Ce même Puig Demiga de 1292 est ainsi désigné en 1360: loch apellat Puyg Miygan, dans le cartulaire catalan de Collioure, f» 8 (Arch. de Collioure) ^.
Enfin, en 1384, on lit dans le reg. m de la Procurado real (f" 1): /a obra que^y es tengut fer als molins demigans de Salses, Il est vrai que le scribe a ensuite barré le de ; mais, puisqu'il avait d'abord écrit demigans, ne peut-on pas présumer que cette forme archaïque était encore employée dans la langue vulgaire, quoiqu'on eût soin de l'éviter dans la langue écrite,
* Il n'y a guère d'autre étymologie possible pour nadiu que celle de neo, nés, nevi, netum, a filer », et, si oa l'admet, netus ou *netivus, « filé tissu », offrirait, pour ce mot aujourd'hui perdu, un exemple remarquable du changemeut de e en a dès l'an 1112.
2 II y a aussi, en 1168, un mansum de migana^ et en 1267 un mansus qui dicitur de Meya [Lib. feudorum. A, f" 10); mais il n'y a sans doute ici que Ja urépos. de et l'adject. mija. Les masos ou métairies sohirans, mijansQijusans, sont d'ailleurs innombrables en Roussillon, à toutes les époques; mais je n'en trouve aucun pour lequel on ait conservé la déno- mination de dêmijàt qui a pu cependant être fort commune à l'origine.
8 DIALECTES' MODERNES
qui s'en tenait à la forme équivalente mija? Ne faut-ii pas at- tribuer au même purisme Texclusion du mot daméjana par tous les scribes du moyen âge, quoique cette espèce de bou- teille ou de vase existât alors comme aujourd'hui.
La capacité de là damajana se rapporte probablement à Tancienne charge de vin, qui est aujourd'hui de 120 litres en Roussillon, et dont la moitié forme bien les 50 à 60 litres in- diqués par Littré ; mais, en Roussillon, la damajana actuelle ne contient guère plus de 40 litres. Il devait bien exister un vase de capacité identique dans Tancien temps, mais quel nom portait-il? On connaît bien la migerola, à Marseille, vers 1300; mais, en Catalogne, il n'y avait que la mi'gera pour le vin (cette mesure n'a d'ailleurs aucun rapport avec \&dama- jana pour la capacité) et le miger pour les grains/ Quant à la damajana, on n'en connaît aucune mention dans les textes anciens; mais ce vase existait, en Roussillon, sous le nom de mijana, et il était en bois, et non en verre comme la damajana actuelle. En voici la preuve. On lit dans un règlement du 3 août 1311, relatif à la forêt de Sant-Guillem, dans la vallée de Prats de Mollô : Que tôt hom qui fassa vaxels, botam o mi- ganes de royre en los boschs de la Vaylde Pratz e Sent G. pach per cascuna somada ii, s Barc. (Arch. dés Pyr.-Or., Procuracio real, reg. xvii, f» 13); et dans une ordonnance du 3 août 1321: QueH s, rey ni hom per el no do licencia a negun hom [que] no gaus taylaj' ni fer migans ni semais nicoimaleres ni escaunes en h bosch de Comalada (ibid., f° 65). Dans ces deux exemples, les migans ou miganes sont compris dans la vaisselle vinaire {vaxels, botàm et semais) et assimilés à des meubles façonnés [cornaleres et escaunes); on peut en conclure que la mijana était un vase ou tonneau fermé, distinct de la semai, qui est découverte, mais de même capacité, autrement dit la grosse bouteille que le vulgaire a toujours appelée damajana. Il en a été de ce mot comme de cent autres, tels que predicar, odi, noblessa, bellesa, pedra, nuga, judici, etc., pour lesquels la lan- gue vulgaire du Roussillon n'emploie encore que la forme archaïque, au lieu des formes preycar, oy, noblea, bellea, pera, nôUfjuy, etc., qui sont à peu près les seules employées par les écrivains du moyen âge. Alart.
LETTRES A GRÉGOIRE
SUR LES PATOIS DE FRANCE
[Suite)
SoQs-dialecte du Dauphinô
La petite lettre que voici est du conventionnel Colaud de la Salcette (1733-1796); (?est Tœuvre d'un observateur qui ai- mait à se rendre compte des choses et qui ne se payait pas de grands mots, comme tant d'autres de ses contemporains. Elle est de 1792, mais c'est une réponse à la circulaire de 1790.
En marge: liépondu le 18 février 1792 (note de Grégoire)
Frère et ami, Ayant une fort mauvaise santé depuis mon retour de Pa- ris, j'espérais toujours pouvoir me livrer au travail que vous exigiez de moi; mais, quand j'ai voulu l'entreprendre, j'ai vu qu'il était au-dessus de mes forces ; le peu de ressources qu'on trouve dans les livres qui parlent du pays que j'habite, et qui n*est pas le mien, me forcera à répondre d'une manière très- imparfaite aux éclaircissements que vous demandez, et sans suivre l'ordre indiqué dans votre imprimé.
1. — r L'usage de la langue française est universel ; tout le monde l'entend dans le district de Die et dans tout le dépar- tement de la Drôme. Le patois, dans presque tout le départe- ment, a peu de différences ; le seul district de Nions et le Buis ont plus de ressemblance avec le provençal.
2. — Le patois a une origine très-ancienne, et on ne sau- rait fixer son époque.
3. — Il dérive en totalité du français, à quelques motsprès qui dérivent du latin ; on n'en sera pas surpris quand on saura que Die et Vaison sont deux villes des Voconces et que les Romains y envoyèrent des colonies.
4. — On ne connaît point le droit coutumier; tout le Dau- phiné, jadis, et aujourd'hui les trois départements de l'Isère, la Drôme et les Hautes-Alpes, sont régis par le droit romain^
5. — Tous les paysans parlent patois, même dans les villes;
10 DIALECTES MODERNES
mais tous, comme je Tai dit, entendent le français, et plu- sieurs le parlent avec facilité.
6. — Le patois n'est pas plus abondant en mots que le fran- çais, et les paysans sont fort libres en rendant, presque sans pudeur entre eux et en leur langage, les idées obscènes.
7. — Les finales du patois sont presque toutes voyelles.
8. — Le caractère de la prononciation est doux et très- accentué.
9. — L'écriture en patois est la mêpae qu'en français.
10. — On a prêché en patois ; mais, depuis plus de trente ou quarante ans, l'usage en est aboli, excepté dans le district de Nions, voisin de la Provence, où il arrive, mais rarement, de prêcher en patois.
11. — On n'a point ou peu d'ouvrages patois, et qui sont sans valeur, excepté dans le département de l'Isère, où il existe, à Grenoble surtout, quelques ouvrages patois assez bons . Je ne connais ni dictionnaire, ni grammaire en patois .
12.— Les habitants ont beaucoup de proverbes dont le grand nombre dérive des proverbes français ; ils en ont qui sont plus énergiques en patois qu'ils ne le seraient en français. Par exemple, en parlant d'une femme qui dit qu'elle ne voudrait point d'amant, ou d'un homme qui assure qu'il ne voudrait point d'emploi, la réponse en proverbe patois est celle-ci: Autant plou que comme terro beourio; ce qui veut dire; SHt pleuvait autant d'eau que la terre en boirait.
13. — Il ne serait de nulle importance de détruire le patois; tous entendent également le français et le patois.
14. — L'enseignement se fait en français, et les livres sont uniformes.
15. — Les villages un peu considérables ont des maître^ d'école depuis la Toussaint jusqu'au printemps. Les maî- tres d'école viennent du Briançonnois (département des Hau- tes-Alpes ) ; ils arri^ ent quand tous leurs travaux sont finis dans leurs montagnes, à la fin de l'automne, et s'en retour- nent à la fin de mai. Il n'y a point de maîtresses d'école. On enseigne à lire, écrire, chiffrer, et le catéchisme, qui mettait au nombre des commandements de l'Eglise le payement de la dîme, quod notandum.
LETTRES À GRÉGOIRE II
16. — Les curés ont peu la surveillance des écoles payées par les communes; les oflSciers municipaux trouveraient mau- vais les soins du curé, avec d'autant plus de raison qu'il est des villages où il n'y a presque point de catholiques, et qu'il en est oti le maître d'école est protestant.
17. — Les curés ont peu de livres, et les paysans aiment peu la lecture ; les calvinistes, qui sont nombreux, sont très- exacts à se procurer une Bible.
18. — Les habitants ont peu de préjugés et peu de religion. Il n'en existe que de deux sortes: la catholique et le calvi- nisme, et cette rivalité conduit nécessairement les gens peu éclairés au doute ; de là naît l'insouciance. Aussi, dans nos villages, les écrits incendiaires contre la religion ne font point de prosélytes. Le discrédit des assignats est d'une autre con- séquence. Les habitants sont éclairés ; leurs mœurs sont dé- pravées.
19. —La Révolution a fait grand plaisir, mais le défaut de numéraire fatigue les citoyens ; et il est surprenant que, dans notre district, le ministre n'ait point encore envoyé des sols, conformément au décret.
•20. — L'intérêt est plus fort que le patriotisme ; ils laissent à présent les nobles tranquilles, mais ils ne payent pas les rentes foncières. Les maires et les municipalités n'excèdent pas leurs pouvoirs. Au surplus, je suis suspect, je suis oificier municipal. Tous les ecclésiastiques fonctionnaires publics ont prêté serment dans le district, et il n'y a eu personne à rem- placer.
Mes éclaircissements, mon cher collègue, se ressentent de ma paresse et d'une tête encore fatiguée ; mes réponses ne sont point exactement analogues à vos questions, mais on peut y trouver quelques solutions. Je le désire, comme aussi de conserver une place dans votre amitié. Comme sous-diacre, j'offre mon respect à M. l'évêque deBlois ; comme votre con- frère, attachement sincère à mon ami Grégoire, que j'aime de tout mon cœur.
COLAUD LA SaLCETTE.
Die, le 12 janvier 1792. District de Die, département de la Drôme, Tan IV de la liberté.
Compliment à M. Brisson ; c'est à lui que je prends la liberté
^-
12 DIALEC'i'BS MODERNES
fV adresser votre lettre. Tous les patriotes et les amis do la Constitution doivent être empressés de s'obliger.
Nous avons dans notre ville, où il n'existe plus de couvent de dominicains, deux religieux qui en portent toujours le costume ; il me semble qu'ayant abandonné les maisons de Tordre, ils ne devraient plus en porter Tùniforme. Ils font tout le mal qu'ils peuvent ; leurs pouvoirs sont heureusement petits .
Dialecte provençal
Les admirables travaux^de la philologie moderne ont trop bien fait connaître la langue et la littérature de la Provence à toutes les époques, pour que nous ayons à regretter d'avoir si peu de documents sur cette région au début de la Révolu- tion française. C'est même à titre de simple renseignement que nous donnons la petite Grammaire provençale qu'on va lire. Elle a été composée au mois d'avril 1794, au plus fort de la Terreur, et le nom de son auteur, Achard*, bibliothécaire national à Marseille, peut contribuer à la rendre intéressante. On y verra d'ailleurs quelques fragments de la poésie proven- çale au XVIIP siècle.
Adressé au Comité d'instruction publique et inscrit sous le n® 2894 (ce qui prouve à tout le moins que l'on travaillait en- core, même à cette époque de désolation), l'opuscule d' Achard fut renvoyé à Grégoire le 49 floréal an II, comme l'indique une petite note marginale, signée Plaichard, Il est probable que la marche des événements ne permit pas à Grégoire d'en faire usage, et qu'il est ainsi demeuré dans ses papiers, au grand chagrin de l'auteur.
' Achard (Claude-François), né à Marseille en 1751, mort en 1809, fut secrétaire de rAcadômie et bibliothécaire de la ville de Marseille. On lui doit : le Dictionnaire de la Provence et du Comtat Venaissin (vocabu- laire fiançais-provençal et provençal-français), 1785, 2 vol. in-4o; une Description historique, géographique et topographique de la Provence et du Comtat Venaissin, etc.; un Tableau de Marseille et divers autres ou- vrages. (A. R.-F.)
LETTRES A aREGOIRE 13
SYNTAXE DE L'IDIOME PROVENÇAL Présentée au Comité d^instruction publique
INTRODUCTION
Lorsque je publiai le Vocabulaire provençal, je m'étais proposé d'j joindre la syntaxe de cet idiome ; mais les sa- vants que je consultai alors me conseillèrent de me borner à quelques remarques sur la prononciation. J'oubliai dans mon portefeuille mes recherches sur l'inflexion des verbes, et je ne les ai retrouvées qu'avec peine ; je me suis fait un devoir de les mettre en ordre et de les présenter au Comité d'instruction publique, qui invite les citoyens des départements à s'occu- per de recueillir les syntaxes des idiomes vulgaires ; mon zèle sera bien récompensé si le Comité daigne approuver mes fai- bles travaux.
Je ne répéterai pas ici ce que j'ai dit de la formation et de l'origine de la langue française ; on y trouve des mots grecs, latins et celtiques; il en est quelques-uns qui paraissent dé-' rivés de l'hébreu ; mais, dans un idiome qui a éprouvé des changements aussi multipliés et qui est aujourd'hui bien dif- férent de ce qu'il était dans son origine, il serait difficile d'appliquer à chaque terme l'époque de son introduction dans le langage du pays.
Il me reste à exposer la méthode que j'ai employée dans ce petit ouvrage. Je le divise en deux parties, dont l'une com- prend ce qu'il y a de plus nécessaire à connaître pour les noms et les serbes considérés séparément ; la seconde partie expli- que la propriété des mots dans la liaison du discours.
PREMIERE PARTIE Chapitre premier
DES LETTRES ET DE LA PRONONCIATION
Les Provençaux emploient les mêmes lettres que les Latins
14 DIâLECTBS M0DBRNB8
et les Français, nsfont sonner toutes les lettres et n'aspirent pas Vh. Aussi voyons-nous que la plupart des écrivains pro- vençaux ont retranché dans leurs ouvrages les lettres finales qui ne se prononcent que lorsque le mot est suivi d'une voyelle.
DBS VOYELLES
A se prononce comme en français.
E se prononce, en provençal, de deux manières: lorsqu'il se trouve à la fin des mots, il se prononce to^ours comme Vé fermé du français; il est cependant d'usage de ne pas l'ac- centuer. L'è ouvert est toujours pronpncé fortement, comme celui que nous indiquons par un accent circonflexe. Exemples: Addusès, venguet, /m^e; prononcez adûzë, vênguë, lingé. 11 faut observer que ïe suivi d'une consonne se prononce toujours de même que s'il était seul. Ainsi, dans le mot venguety que j'ai * cité, il ne faut pas dire vangué, mais vé-ngué, comme nous prononçons ennemi et non pas annemi.
I se prononce comme en français, et il se prononce comme en latin dans les monosyllabes im, in, et dans les mots qui en sont composés.
0. Cette voyelle, dans les mots, a la .même prononciation qu'en français, mais à la fin des mots elle remplace Ve des Français. Ainsi il est reçu d'écrire verguo, qui se prononce comme vergue en français.
U, La voyelle u n'a rien de particulier, si ce n'est qu'il faut prononcer i« dans le mot un comme nous le prononçons dans le mot une, et ne pas le changer en la diphthongue eun, comme le font les Français.
a
DES DIPHTHONGUES, ETC.
Les diphthongues sont l'union de deux voyelles qui ne for- ment qu'une seule syllabe. Voici les principales :
AU que l'on prononce aki.
Au, qui se prononce ahou^
El, prononcez ehi,
la, — tha, ) mais par un simple son.
lé, — thé,
lo, — iho,
Oi, — ohi, etc.
LBTTRES A aRBGOlRB 15
Les diphthongues et les quadriphthongues sont aussi usitées en provençal :
Aou pour auy prononcez ahou, \
Uou ou uhou, -^ huhou, f „
rr •/ t •/ L ' ? d nn seul son .
Ueil ou uhetl^ — nui, i
Yeou — hieou, /
DES CONSONNES
Les seules consonnes dont la prononciation diffère de la syntaxe française sont le G et 17 consonne. Les Provençaux prononcent ces lettres mouillées comme les Italiens. Il en est de même du CH; mais il est impossible de donner cette prononciation à un homme qui n'a jamais entendu parler un Provençal ou un Italien, par de simples caractères ; il ne con- naîtra pas la façon de prononcer ces lettres en plaçant un d devant le g, ni un / devant le ch. Il faut, pour le mettre au fait, l'inviter à prononcer ces lettres très-lentement, comme on le fait en français ; qu'il observe le mouvement de la lan- gue, et nous lui ferons sentir la différence.
Le Français, pour prononcer le g ou le ;, porte le bout de la langue au palais, à p^u près à la racine des dents de la mâ- choire supérieure. Le Provençal et Tltalien poussent le bout de la langue jusques aux dents, relèvent un peu la langue et prononcent plus de la bouche que du gosier. Au reste, une seule fois qu'on entende prononcer cette lettre, on en saura plus qu'avec les plus longues explications. La même chose doit être appliquée au ch.
Il ne faut pas oublier de dire ici que, lorsqu'un mot pro- vençal a deux / mouillées, on prononce comme le peuple de Paris. Ainsi mouille ou mouilhe se prononce en provençal comme si l'on écrivait mouyé, et comme ceux qui parlent mal le français prononcent l'adjectif woMî7/e.
Chapitre II
DES ARTICLES
L'idiome provençal a deux articles : lou, le, pour le mas- culin, et la pour le féminin. Au pluriel, Tarticle kis, qu'on pro-
16 DIALECTES MODER^ES
nonce lei devant une consonne, sert pour les deux genres. L'article lou et Tarticle la s'élident devant un mot qui com- mence par une voyelle ; ainsi Ton dit Fat, Tâne, et non pas lou ai; tanduecho, Tandouille, et non pas la anduecho.
Les Provençaux ne changent pas leurs terminaisons dans les déclinaisons, en cela nous ne différons pas de la langue française. Exemple :
|
Singulier |
||||||
|
masculin |
» |
féminin |
||||
|
Nom. |
Franc. |
le |
prov |
lou Fr. |
la prov. |
la |
|
Gén. |
du |
doou ou dau |
de la |
de la |
||
|
Dat. |
au |
aou ou au |
à la |
à la |
||
|
Ace. |
le |
lou |
la |
la |
||
|
Voc. |
à |
ô |
ô |
ô |
||
|
Abl. |
du |
doou ou dau Pluriel |
de la |
de la |
||
|
masculin et féminin |
||||||
|
Nom. |
Français • |
les |
provençal leis |
prononcez |
lei |
|
|
Gén. |
des |
deis |
— |
dei |
||
|
Dat. |
aux |
PIS |
— |
ei |
||
|
Ace. |
les |
Içis |
— |
lei |
||
|
Voc. |
ô |
6 |
ô |
|||
|
Abl. |
des |
deis |
_— |
dei |
Tous ces mots sont monosyllabes.
Chapitre III
DES NOMS
Tous les noms prennent Tarticle devant eux, excepté les noms propres et ceux que Ton prend indéterminément, comme députa, administratour; député, administrateur.
La particule de remplace souvent Tarticle en provençal ; aussi les Provençaux font-ils beaucoup de provençalismes en parlant français, par Thabitude qu'ils ont de leur idiome. Donnez-moi d'eau, de vin, diront-ils, au lieu de dire donnez- moi de T eau, du vin; cela vient de ce que le Provençal dit donnas -mi d'aiguo, de «m, etc.
LETTRES A GREGOIRE 17
Il n'y a pas de règle générale pour les genres des noms; presque tous les mots français masculins sont du m^me genre dans leurs correspondants provençaux. Il y a cependant des exceptions: ainsi, le s^/estmasc. en français, et la saou est f. en provençal; l'huile est fém., l'oli ou tholi est masc; le peigne se rend par la pigno ; le balai par Vescoubo, fém., et quelques autres|^de même.
Les terminaisons des noms varient beaucoup, de même que dans le français ; mais elle est^ presque toujours la même au pluriel et au singulier. Ainsi chivau) cheval, fait au pluriel chivaus, et se prononce comme au singulier. De là vient encore que les enfants disent ici très-communément en parlant français, le clievau ou les chevals.
Les substantifs masc. forment quelquefois des substantifs f. d'une terminaison différente. En général, les noms qui se ter^ minent par une n donnent un fém. en y ajoutant un o qui équivaut à notre e muet. Par exemple: couquin, masc; cou- quino, fém.; — landrin, masc; landrino, fém.
Les mots terminés en r changent cette dernière lettre en la syllabe so ; voulur, vouluso, fém.; recelur, receluso, fém., etc.
Les mots français terminés en aire sont assez ordinaire- ment terminés en ari dans Tidiome provençal.
Les adjectifs sont également très-variés; ils ont un rapport direct avec ceux de la langue française. Ceux qui se terminent en e' pour le masc, et en ee pour Icfém., se rendent en pro- vençal par la terminaison aty ado : fortuné; fortunée, fourtunat, fourtunado.
Les adjectifs terminés par un e muet en fiançais se termi- nent de même au fém. provençal, mais au masc. ils ont un é fermé. Ainsi iwyu/neVaWe fait au masc. invulnérable, et au fém. invulnerablo, que Ton prononce tout comme en français.
i Ici railleur a oublié que le sujet do la phrase est au pluriel ; lisez : elles sont .
18
DIALECTES MODERNES
Chapitra IV
DBS PJEIONOMS
Il 7 a, dans les pronoms, des observations importantes à faire sur la différence qui existe entre le français et le provençal. Je donne d'abord la déclinaison des pronoms personnels :
Singulier. Nom. Je ou. moi y yeou»
Gén. de moi, de yeou, sans élision.
à yeou, ou mi, en quelques lieux me.
mi, ou me, et yeou dans le pléo- nasme.
per yeou.
Il me conduisit moi-même, Mi menet yeou-même, ou M'aduguet yeou-même.
Dat. à moi, Ace. moi, Abl. par moi,
Singulier. Nom. Tu, toi, Gén. de toi, Dat. àtoiy Ace. toi ou te, Abl. par toi,
Sing. Nom
Gén. de soi, Dat. à soi, Ace. soi, Abl. par soi,
Pluriel. Nom. Nous,
Gén. de nous, Dat. à nous. Ace. nous, Abl. par nous,
Plur. Nom. Vous, Gén. de vous, Dat. à vous. Ace. vous, Abl. par vous,
tu.
de tu.
à tu, ou ti, en quelques lieux te.
ti, ou te.
per tu.
de si, mieux de si-même, à si, ou si, on se. si, ou se. per si-même.
nautreis, qui signifie nous autres.
de nautreis.
à nautreis, ou nom.
nautreis, ou nous.
per nautreis.
vautreis .
de vautreis.
à vautreis, ou vous.
vautreis, ou vous.
per vautreis.
Il vous a donné, v'a dounat. Il nous accuse, n' accusa.
LETTRES A GREGOIRE 19
Ces exemples sont faits pour faire connaître que le pro- vençal fait une élision de trois lettres devant un mot qui com- mence par une voyelle, lorsqu'il est précédé d'un pronom plu- riel.
Le pronom se est le même au pluriel qu'au singulier.
Sing. Nom. Lui, eou, elle, ello,
Gén. de lui, d'eau, d'elle, d'ello.
Dat. à lui, an eau, à eou, li, à elle, an ello, ou li.
Ace. lui, eou, ou lou, la, la.
Abl. par lui, per eou, par elle, per ello.
Plur. Nom. Eux, elleis, elles, elleis.
Gén. d'eux, d'elleis, d'elles, d'elleis -
Dat. à eux, an elleis, ou li, à elles, an elleis, ou li.
Ace. eux, elleis, leis, elles, elleis, leis,
Abl. par eux, par elleis, par elles, per elleis,
PRONOMS POSSESSIFS
Les pronoms possessifs sont mieou, tieou, sieou, nouestre, vouestre ; ils sont précédés de l'article et prennent les deux genres :
Lou mieou, la mieouno, le mien, la mienne,
Lou tieou, la tieouno, le tien, la tienne,
Lou sieou, la sieouno, le sien, le leur; la sienne, la leur,
Lou nouestre, la nouestro, le, la nôtre,
Lou vouestre, la vouestro, le, la vôtre,
PRONOMS. DiSMONSTRATIFS
Il j a deux pronoms démonstratifs : aqueou, qui fait 'au fé- minin aquelo, et aquestou, qui fait au fém. aquesto, c'est-à-dire celui-ci, celle-ci; celui-là, celle-là,
PRONOMS RELATIFS
Lequel, laquelle, louquaou, laqualo, se déclinent avec l'ar- ticle ; qui se traduit par quu ou par que. Les composés sont queque sieque, quoi qu*il en soit ; quelqu'un, quelqu'une, quau- quun, quaouqu'uno, Ex.: l'homme qui vint, Chôme que venguet, — Ce qui me surprend, ce que m'estouno. — Qui est là? quu es aqui? — Qui va, qui vient ? quu va, quu ven ?
20 DIALKGTES MODERNES
Chapitre V
DBS VERBES
Le provençal a des verbes auxiliaires, des actifs et des pas- sifs. On appelle verbe auxiliaire celui qui sert à former les temps des autres verbes, comme j'ai, ai; je suis, sieou.
Les verbes actifs peuvent être réduits à deux conjugaisons principales, qui se connaissent par TinAnitif : les verbes qui se terminent à Tinfinitif en ar, et ceux qui finissent par un e ou en ir.
Tous les verbes en ar font le participe .passé en af, les au- tres le font en it ou en ut.
Commençons par les verbes auxiliaires.
Aver, inf. avoir, dérivé du latin habere,— Ind. prés. Ai, as, a, aven, avés, an; j'ai, tu as, etc. — ïmparf. Avieou, aviès, avié, avian, avias, ai'2>n; j'avais, etc. — Parf. Ai agut ou agueri, as agut ou agueres, a agut ou aguet^ aven agut ou agueinan, avès agut ou aguetnas, an agut ou agueroun ; y &[ eu, etc. — Plus- que-parf. Avieou agut, aviés agut, etc.; j'avais eu, etc. — Fut. Aurai, auras, aura, auren, aurcs, ai/ran; j'aurai, etc. — Impér. Agues, que ague ; aguen, agués, que aguoun, aie, etc. — Subj. pi'és. Que agui, que agues, que ague, que aguen, que agués, que aguoun; que j'aie, etc. — ïmparf. Aguessi ou aurieou, Cbguesses ou auriés, aguesse ou aun'é, aguessian ou aurian, aguessias ou aurias, aguessoun ou aurien; que j'eusse ou j'aurais, etc. — Parf. Que agui agut, agues agut, ague agut, aguen agut, agusé agxCty aguoun agut; que j'aie eu, etc. — PI. -q. -parf. Aguessi ou aurieou agut, etc.; que j'eusse ou j'aurais eu, etc. — Fut. Aurai agut, etc.; j'aurai eu, etc. — Inf. i^vés.Aver, avoir. — Parf. A ver agut, avoir eu. - Gérondif. Per aver, à avoir. —* Part, prés. Ayent, ayant. — Part, passé. Ayent agut, ayant eu.
A
Le Verbe Etre
Ind. prés. Sieou, sies, es, sian, sias, soun. ïmparf. Eîi, ères, ero, erian, erias, eroun. Parf. Sieou estât, sies estât, etc., ou fougucrij fouguercs, fou- guet, fouguerian, fofujucrias, fnuguerou)).
LETTRBS A GREGOIRE
21
Pl.-q.-parf. Eri estât, ères estât, etc.
Futur. Sarai, saras, sara, saren, sarés, saran,
Impér. Siegues, siegue, sieguen, siegués, siegoun,
Subj. prés. Que sicgui, siegjues, siegue, sieguen, siegués, siegoun.
Imparf. Fouguessi, fouguesses, fouguesse, fouguessian, fou-
guessias, fouguessioun, ou sarieou, sariès, sarié, sarian, sarias,
sarien,
Parf. Que siegui estât, siegues estât , etc. PJ.-q.-parf. Fouguessi estât, ou sarieou estât, etc. Futur. Sarai estât, saras estât, etc. Inf. prés. Estre, ou esse. Parf. Estre estât.
On voit que Tauxiliaire aver n'entre pas dans la conju- gaison provençale du verbe estre. C'est ce qui nous fait en- tendre l3 provençalisme impardonnable : Je suis été, pour dire : fai été.
Tableau des conjugaisons des verbes actifs
1
re
CONJUGAISON
Verbe Adoûrnr
2® CONJUGAISON
Verbe Es tendre
Ind. prés. Adoûran, Estëndi,
AdoûraSy Estëades,
Adoroun. Es tende,
Imparf. .4 douràvian , Estendieou,
Adouràvias. Estendies,
A dourôvoun . Estendié,
PARFArr
Ai adourat. As adourat, etc., Ai estendut, etc.,
Adourerian, ou Estenderi, Estenderian,
Adourerias, Estenderes, Estenderias,
Adoureroun. Eslendet, Estenderoun.
Plus-q.-parf. Avieou adourat, Avieou estendut,
Avies adourat, etc. Aviès estendut, etc.
Adori, Adores, AdnrOy -
Adouràvi,
Adouràvis,
Adouràvo,
Estënden, Estmdes, Estmdoun .
Estendian,
EstendiaSy
Estendian.
ou Adourëri, Adourëres, Adoûrel,
22 DIALECTES MODERNES
Futur
Adourarat, Adouraren, Estendrai, Estendren,
Adouraras, Adourarés^ Estendras, Estendrés,
Adourara, Adouraran. Êstendra, Eslendran,
Impératif AdorOy EstendCy
Qu^adore, Qu'estendCy
Adoûren, Estenden,
Adoûras, ' Esiendes, Qu'adoroun, Qu^estendoun,
SUBJ. PRÉS.
Qu'adori, Qu'adou7^en, Qu^estendi, Qu'estënden, adores, adourés, estendes, estëndés,
adore, adoroun, estende, estëadoun.
Imparfait
Quadonressiy Quadouressian, Qu'estendessi, Questendessian,
— esses, — essias, — ^55^5, — essias,
— esse, — essoun. esse, — essoun, ou Qu'adouraneou, Quadourarian, ou Questendrieou, Qu'esten-
darian,
— ariés, — arias, — ariés, — arias,
— arié, — arien. — arié, — arien.
Passé Que agui adourq^t, etc. Que agui estendut, etc.
Plus-q.-parf.
Que aguessi adourai, etc. Que aguessi estendut, etc.
ou Aurieou adourat, etc. ou Aurieou estendut, etc.
Futur Aurai adourat, etc. Aurai estendut, etc.
Infin prés. Adourar. Estendre,
Passé Aver adourat. Aver estendut.
Part. prés. Adourant. Estendent.
LETTRES A GREGOIRE 23
Le passif se conjugue par rauxiliaire estre^ en ajoutant le participe passif adourat, estendut, etc. Sieou adourat, sieou esiendut, etc.
On a vu que la seule différence de terminaison des verbes se trouve dans l'imparfait, où les verbes qui ont Tinfinitif en ar font ce temps en avi, et ceux qui ont une autre terminai- son font rimparfait en ivou. D'après cela il est facile de connaî- tre les conjugaisons provençales. Il est bien quelques verbes irréguliers; mais, comme ils ont un rapport direct avec leurs correspondants français, il est inutile d'en faire mention ici.
SECONDE PARTIE
Chapitre premier
La syntaxe de la langue provençale a tant de rapports avec la française qu'il n'y a point de règles à donner, mais seu- lement des observations à présenter sur les tournures des phrases.
DES ARTICLES
On met quelquefois l'article avant l'adjectif, au lieu de le mettre avant le substantif. C'est une chose qui nous est com - mune avec les Grecs, et certainement c'est d'eux que nous tenons cette façon de nous exprimer. Lou mieou béoul Mon beau; Lou mieou bel enfant , Mon bel enfant; Lou sieou fraire, Son frère, etc.
DES NOMS
J'ai dit plus haut que les noms ne changeaient pas de ter- minaison dans les nombres, et qu'il était même reçu de ne pas ajouter Y s final pour désigner le pluriel, à moins que le mot suivant ne commence par une voyelle. Mais cette règle n'est pas encore générale ; on dit bien leis ais, prononcez lei- zai, mais on ne dit pas leis ais aoien en prononçant lei-zai- zavieny mdX% lei-zai-avien ; eu sorte qu'il faut nécessairement
24 DIALECTES MODERiNES
entendre parier le provençal, ou récrire comme on le parle. C'est un défaut de la langue, défaut qui ne doit pas sur- prendre ceux qui savent que les idiomes vulgaires n'ont pas de règles bien certaines, et que Tusage est la première de ces règles.
Les Provençaux ne connaissent pas de mot qui forme seul un comparatif. C'est une faute de dire en provençal milhour que l'autre, piegi que vous; meilleur que vous, pire f/ue vous ; il faut dire plus milhour, plus piegi, ce qui en français serait un pléonasme détestable.
Chapitre II
DES PRONOMS
Les pronoms personnels se sous-entendent toujours devant les verbes, comme on Ta vu dans les conjugaisons que j'ai placées en leur lieu. Ainsi on dit vendrai, je viendimi ; es veray, il est vrai, etc.
Lorsqu'on parle de plusieurs personnes, on emploie toujours le pronom soun, sa, comme s'il ne s'agissait que d'une seule : Ils viennent de leur maison de campagne, Venoun de sa bastido.
De même l'on dit pour les deux nombres: Li ai donnât, Je lui ai ou Je leur ai donné ; Li digueri. Je lui ou Je leur dis, etc.
Lorsque l'on parle indéterminément de quelque chose, on emploie la particule va au lieu de l'article Ion, le.^x.iLe croyez- vous? Va cresez? ou Va creses-ti? Je le ferai. Va far ai. Mais, s'il était question d'une personne on dirait : Lou veiray. Je le verrai.
L'adverbe relatif y, qui signifie en cet endroit-là, s'exprime en provençal par li. Veux- tu y aller? Li voues anar? T(y)irai, IJanarai; Passe-s-y, Passas4i; Prends-y garde, Pren-li gardo.
Le relatif ^wî s'exprime par ç'ww toutes les fois qu'il j a inter- rogation. Quu piquo? Qui frappe? Mais dans le cours d'une phrase il se rend par le mot que : Aqueou que douermCy Celui qui dort; Lou cavaou ou Lou chivau que vendra, Le cheval qui viendra.
LEITRKS A GKBGOIRE 25
Chapitre III
DES VERBES
Le nominatif précède toujours le verbe ; cependant j'ai sou* vent entendu les gens de la campagne, et surtout les enfants, dire: A dicli moun paire^ pour Moun paire a dicli.
Le verbe es^re, être, s'emploie ordinairement comme gou- vernant Taccusatif : Si je fusse (sic) en leur place, Se fouguessi elleis. On dit aussi 5e fouguessi delleis, en sous- entendant en plaço.
Les infinitifs forment tout autant de noms substantifs ; on dit lou proumenar pour la proumenado, lou dourmir ^omv Ion souen, etc.: il semble même que cette façon d'exprimer les, choses est plus énergique.
Il est d'usage encore d'employer le pronom si, se, à la pre- mière personne du pluriel: Nous nous reverrons, Si.vereins ; Allons-nous-en, S'en anan ou Enanen s'en.
On dit aussi Sau pas ce que si fa, Il ne sait pas ce qu'il fait. Quelle heutre e^it-il? Quant soun d'kouro? ce qui signifie littéra- lement Combien est-il d'heures?
Je ne dirai rien des adverbes et des prépositions, mais il j aurait encore beaucoup de choses à dire sur les tournures des phrases. J'ai cru qu'il ne serait pas hors de propos de donner une courte notice de la poésie provençale et de citer ici quelques morceaux qui n'ont p9,s été livrés à l'impression. Leur lecture, jointe à la traduction que j'ai mise à côté, fera connaître le génie de la langue de mon pays, bien mieux que les plus longues dissertations ne pourraient le faire.
DE LA POÉSIE PROVENÇALE
Les vers provençaux font connaître les beautés d'une lan- gue qui fut longtemps la langue de plusieurs provinces, et' qui servit à créer la langue française, l'italienne, etc.
Les vers provençaux ne consistent que dans une mesure égale de syllabes et dans la rime. Il y a des rimes masculines et des féminines ; on suit assez communément, dans notre poé- sie, les lois et les règles de la poésie française; mais les rimes
26 DIALECTES MODERNES
sont moins pénibles parce que, en écrivant comme on parle, un substantif singulier peut rimer avec un pluriel de la même terminaison. Marchand rimera avec galants et avec le verbe anaran, ils iront ; de sorte qu'on peut établir comme règle générale que la rime, dans nos vers, n'est que pour Toreille. Depuis longtemps on n'a plus fait des tensons ni des pièces
#
de vers dans le style des troubadours. Nos poésies modernes sont presque toutes légères et amusantes. Le modèle de ce genre est F. T. Gros, dont les poésies, imprimées à Marseille en 1734 et réimprimées en 1763 avec quelques additions, at- tireront toujours l'estime des vrais connaisseurs. Germain a fait aussi une ode intitulée la Bourrido deis Dious, qui a beau- coup de sel, mais ses autres poésies n'ont presque pas de mé- rite.
Les vers de douze syllabes sont les moins usités en pro- vençal; on emploie le plus souvent ceux de huit syllabes.
Je vais 'donner quelques pièces de poésie pour les faire con- naître à mes lecteurs; j'y joindrai à côté la traduction fran- çaise littérale et la traduction avec les termes et les tour- nures qu'exige la pureté du français. Je m'étais proposé, dans le temps que je fis imprimer le Vocabulaire provençal^ de publier un recueil des poésies et des morceaux de prose les plus recherchés dans l'idiome provençal, mais les dépenses que je fis alors m'ont empêché de satisfaire mon désir.
t^A suivre) A. Gazier
LOU PECH-TRINAL
A MOUN CAR NEBOUT AlBERT
Quand lou tems es siaud, un mati d'abrial, Dins lou rousal fresc, al claus de la Lando, Sus garrabiès blancs qu'i fan une brando, Fier, lou roussignol dis soun cant nouvial ;
Dal rec secarous, raijant coumo un fiai, Qu'apelan, aissi, la Ribieiro-Grando, Das oumats ramuts que Tedro engarlando, Das bousquets d'èusis e das camps de sig^l,
Das malhols galhards e de las auserdos, Dal cel clar eblu, de- las tounos verdos, Das pechs, de las vais, de las founts, das rieus,
Ven de lais d'amour, de crids de batalho. De gaios cansous. Tout ris, tout cascalho Dejoust lou soulel, clar regard d'un Dieus.
Clar Gleizos. Azilhanet, 30 d'abrial 1871.
LE PUY-TRINAL
A MON CHER NEVEU AlBERT
Quand le temps est calme, un matin d'avril, — dans la rosée fraîche, au clos de la Lande, — sur les églantiers blancs qui lui font une bordure, ~ heureux, le rossignol dit son champ nuptial;
Du ruisseau desséché, coulant (menu) comme un fil, — que nous appelons, ici , la Rivière-Grande, — des ormeaux feuillus que le lierre enguirlande, — des bosquets d'yeuses et des champs de sei- gle,
Des jeunes vignes luxuriantes et des luzernières,— du ciel clair
bleu, et des voûtes de verdure, — des puys, des vallées, des fontai- nes, des ruisseaux,
Sortent des lais d'amour, des cris de bataille, — de gaies chan- sons . To'it rit, tout gazouille — sous le soleil, clair regard d'un
Dieu.
Clair Gleyzes. \zillanet, lo 30 avril 1871.
BEUMOUNO
0 chato! fres rasin ounte voudriéu beca ! Uno fai mi délice e me poung d'amaresso : Sis iue verd coume Taigo, un brisounet maca, Treluson d'ignourènço e d'estranjo arderesso.
Soun viésti lôugeiret noun semblo la touca ;
Lou fichu clarinèu à poulit plet caresso
Soun sen arredouni que se vèi boulega.
Un vèspre, n'aviéu fam, e dins mi bras l'ai presso,
L'ai empourtado au founs dilèio... Li viôuloun Jougavon, «ianserian : elo, sus moun espalo, Revessant .tendramen sa tèsto fino e palo ;
léu à long flot bevènt l'oundo de si peu blound, Que lou van de la danso à mi bouco enraandavo; E de si grands iue ve*rd, muto, me regardavo.
Teodor Au ban EL. (Provençal. Avigaon ei les bords du Rhône).
BELMONE
0 jeune fille ! frais raisin où je voudrais mordre! — Une fait mes délices et me poind d'amertume : — ses yeux verts comme l'eau, un peu battus,— scintillent d'i^çuorance et d'étfange ardeur.
Son vêtement léger ne semble pas la toucher ; — le fichu trans- parent à plis charmants caresse — le sein arrondi que l'on entre- voit remuer.— Un soir, j'avais faim d'elle, et dans mes bras je l'ai prise,
Je l'ai emportée au fond des allées. . . Les violons — jouaient, nous dansâmes: elle, sur mon épaule,—- renversant tendrement sa tête fine et pâle ;
Moi à longs flots buvant l'onde de ses blonds cheveux, — que l'élan de la danse envoyait à mes lèvres ; — et de ses grands youx verts, muette, elle me regardait.
Thkodore Aubanel.
LOU GARDA-MAS
(Fin)
End aquel rôdou, mai quicon lou destrassouna;
N'a pas ime de qu'es. Sariè-ti lou labech
Que gandls tout escàs de vers la Magalouna,
E que» tant lèu çai estre, emb soun alen doucet
Couma lou d'un enfant ou de la femna aimada, '
A.uboura lou fiolhan de Tespessa ramada,
Zouzouna à soun ausida, afresqueiris soun front,
E, de soun peu de ;ièu regoulant à flecadas,
A Tentour de soun col brandis las aneladas?
Sariè-ti lou labech qu'afach acô, de bon ?
Ou be lou roussignôu? Dau tems que tout paupava,
Tristàs, bec alandat, dins la rama chaumava ;
Juste s'aviè lou vanc d'escampà dins lou siau
Un quicon que retrai au graulà dau grapaud.
Mais tant lèu qu'a sentit la fresca labechada,
S'escarrabilha, vai, aduse la becada
LE GARDE-MAS
(Fin)
Ici, de nouveau quelque chose l'éveille en sursaut. — Il ne sait pas ce que c'est. Serait-ce la brise — qui se lève mollement du côté [de nie] do la Maguelone, — et qui, en arrivant avec son souffle aussi doux — que celui d'un enfant ou de la femme aimée, — soulève le feuillage de l'épaisse tonnelle, — murmure à son oreille, rafraîchit son front, — et, de ses cheveux de neige ruisselant en spirale, — tout autour de son cou secoue les longues boucles ? — Serait-ce la brise qui a fait cela, bien vrai ? — ou bien le rossignol ? Au temps où tout était calme, — triste, Je bec ouvert, dans la feuillée il se tenait tapi ; — il avait seulement la force de jeter dans le silence — quelque chose de semblable au coassement du crapaud. — Mais, dès qu'il a senti la fraîche brise, — il se dégourdit, va porter la becquée — à la couveuse [assidue] au nid, qui se trémousse, l'admire et le suit avec ses yeux de jais. — Alors, sautillant de
3
30 DIALECTES MODERNES
A Tacouida as iôus, qu'en fasent graumilhet, Lou bada e lou seguis emb sous iols de jaiet. Adounc sautourlejantper griihous et branquilhas, Reprend sous cants d'amour. Sariè sas bêlas trilhas Que Tan destracassat ? Ven-ti de Tacanau ? D'un nis de giroundouns, lou paure caga-trauc A vist un à per un s'énvoulà sous frairetas. N'a be la petelega, ai ! mais de sas aletas A paurafe; tabé, sus lou berle dau nis Es aqui que prend vanc, tremola, s'escarnis : L'espaça ie fai pou; mais lou paire e la maire, Per força ou per bon grat, l'an enbandit dins l'aire, E lou paure alateja e s'arqueta e, pieu-pieu, Un vol à soun entour roda per lou mantene. Maugrà 'cô, de pieula noun se pot mai destene E lou vol ie respond.... Mais, nou; despioi un brieu, Dau caire d'en amount s'auboura una chamada : Es d'aqui, de segu, que lou destourbe ven. Gralina, gai, guindard, cascalhou, pieulou 'nsen. La clouca çai reven, la plouma e.-foulissada, Couchant sa cloucadeta en foga à l'endavans, Couma lou pastourel quand fugis la groupada.
brancheltes en brindilles, — il reprend ses chants d'amour. Se- raient-ce ses belles trilles — qui l'ont distrait? Est-ce le bruit qui vient des cheneaux? — D'un nid déjeunes hirondelles, le pauvre dernier éclos — a vu ses petits frères s'envoler à la file. — 11 a bien le désir d'en faire autant ; oui, mais dans ses faibles ailes — il a peu de confiance; aussi, sur le rebord du nid, — il restç, es- sayant de prendre son essor : il tremble, se décourage; — l'espace répouvante. Mais le père et la mère, — de force ou de bon gré, l'ont lancé dans Tair, — et le pauvre petit agite ses ailes, s'arc-boute et, piaulant, — une volée [d'hirondelles] circule autour de lui pour Pencourager. — Malgré cela, il ne peut s^empècher de crier, — et la volée lui répond... Mais^non, depuis quelque temps — du côté du nord s'élève une grande clameur : — c'est de là, bien sûr, que vient l'interruption. — Poule, coq, dinde, jabotent, piaillent à la fois. — La couveuse se retourne, la plume hérissée, en chassant sa couvée avec vigueur devant elle, — comme le berger quand il fuit l'averse; — elle fuit, parce que le coq et le dindon sont aux prises. — Toute
LOU OARD\-MAS 31
Fugis per que lou gai emé lou guin'dard n'an ;
E la cournada en plen, pareis, s'en embarrassa.
Belèu una lingousta, un verme, una torassa,
Soun Tencausa de tout aquel rabaladis.
Couma que siegue, un cop que se soun ben sarcits,
Lou guindard tout sannous à Tescart se pavouna,
Dau tems que lou galastre es quilhat, glorious,
Sus la paret,brandanteme un vanc nervious
Sas alassas, e canta, e boumba, e dessambrouna
Lous ressouns de Tentour. Mais, encara enclausit
De soun pantai, lou viel a pas pus lèu ausit
Lou eant de soun vesiat que, torna mai sounjaire
E brandilhant la testa, à mots entrecoupats :
— « 0 França! barboutis, moun pais, paura maire I »
Una larma perleja à sous iols miech-barrats,
Atravès sa parpela un bricoun enaigada.
A miech entravalat, vei be toujour soun gai,
Lou vei b'alatejà ; i'ausis be sa cantada.
Mais couma on vei una oumbra au vespre en ailaval;
Esoun cant assourdant e soun ûajelà d'ala
Retrasoun dins soun inie à la cansoun troumfala
Mandada à plen galet dins lou tron das canouns,
•
la basse-cour s*en mêle, il paraît. — Peut-être une sauterelle, un ver, une grosse chenille, — sont-ils la cause de tout ce tumulte. — N'importe, après s'être bien déchirés, — le dindon tout sanglant fait la roue à Técart, — pendant que le coq est perché, orgueilleux,— sur la muraille, secouant d^m mouvement fébrile — ses grandes ailes, et qu'il chante, et qu'il frappe, et qu'il réveille — les échos d'alentour. Mais, encore sous le charme — de son rêve, le vieillard n'a pas plutôt entendu — le chant de son préféré, qu'il redevient rêveur, — et, secouant la tête, s'interrompant à chaque mot : « — O France 1 balbutie-t-il, mon pays, pauvre mère!» — Une larme scin- tille à ses yeux demi-clos, — à travers sa paupière tant soit peu humide; — à demi endormi, il voit toujours son coq, — il le voit bien secouer ses ailes, il entend bien son chant, — mais comme on voit une ombre le soir dans le lointain; — et son chant éclatant et ses battements d'aile — ressemblent, dans sa pensée, à la chanson triomphale — jetée à plein gosier dans le tonnerre des canons;— rien qued'y penser seulement, on se sent frémir.— Et l'ombre croît
32 DIALECTES MODERNES
Que de ie pensa soul dona lous fernissouns. E Foumbra crei e crei, escala e rebecina Sa testa fins au ciel, dedins Tauba clarina ; Negreja couma un fum ques'auboura en tems siau D'un cros de crema-sôuda, ou couma una tourrassa Que monta dau pounentun jour de caumagnassa. Majencant en silence e lou tron e Tilhau. Mais, en s'esperloungant dins Tautura enlusida, Pauc à pauc dau gai perd estampadura e biais ; Pioi de tout en per tout, lou tems soul de dire : Ai ! > De Tome a près la forma e la cara espoumpida, E Tome espetaclous qu'es alin ie retrai. Endacô pioi se môu e, de sas grands cambadas, Afranquis la planura, e mounts, e valounada. A cade pas que fai, bourjant à plenaman Dins un semenadou penjoulat de biscaire, Escampa à plens pougnats la semença dins Taire; Sous brausents cops de bras, dau pounent au levant, Dralha un miech ceucle inmense ; on diriè qu'à la terra Ensegna soun camin. Alin, la bestia fera Devès Tescuresina as quatre sauts fugis, Souta 'Soun pas pesuc s'aterrisla roucalha,
t et croît, et s'élève et redresse — sa lête jusqu'au ciel et dans l'aube brillante; — brunit comme la fumée qui s'élève par un temps calme — d'une fosse où l'on brûle la soude, comme un grand nuage
— qui s'élève du ponentun soir de chaleur étouffante, — préparant en silence le tonnerre et Téclair. — Mais, en s'élevant dans l'es- pace lumineux, — peu à peu elle perd du coq la structure et la forme, — puis, tout d'un coup, le temps de faire un soupir, — de rhomme elle a pris la forme et la face épanouie, — et l'homme gi- gantesque qui est là lui ressemble; — ent-uite il se met en mou- vement, et de ses grandes enjambées — il franchit la plaine, les monts et les vallons. — A chaque pas qu'il fait, puisant à pleine main — dans le semoir suspendu à son côté, — il répand à plei- nes poignées la semence dans l'air; — son rapide mouvement de bras, du ponent au levant, — décrit un immense demi-cercle: on dirait qu'à la terre — Il montre son chemin. Au loin, la bête sauvage
— vers l'obscurité s'enfuit en toute hâte; — sous son pied pesant la roche s'effrite; — le ruisseau débordé reprend de nouveau sa voie; —
{
LOU GARDA-MAS 33
Lou rajôu desmairat retorna dins sa dralha. La lona s'apradis, Tarmàs s'agarachis ; La mar, Taurage même, ansin que lou terraire, Tout ce qu'es d'aiçaval, pas pus lèu que parei Emb soun pas soubeiran, emb soun anà troumflaire, Clena, fai siau, coungria ou fuch davans soun rei. E zou, toujour, avans e bresseja e camina, E la semença à ûoc s'escampilha e brounzina, Beluguejanta ansin que pampalhetas d'or. Pioi, gran per gran, au sou reboumbis, sautourleja, Couma Tenfantounet qu'en lou mudant cambeja, Mais, pas pus lèu au sen de sa maire, s'endor. S'endor be, mais ben lèu sarà derevelhada. Laissas que lou bouirac Fage ben acatada Jouta soun coubertoun blet, imouisse e tebés ; Laissas qu'à la sournuda âge à bêles pauquets Poumpat rimou dau sôu, pounit sa racineta : Lou veirés pounchejà fora sa bressouleta Per s'abeurà d'aigage, e d'aire, e de sourel. Tabé, dins riôu qu'an mes sont la clouca acouïda, Lou pouletou dourmis ; amai e despèr el. Quand lou tems es vengut de fa soun espelida,
le marais devient pré, la lande est défrichée ; — la mer, l'orage même, ainsi que le territoire, — tout ce qui est d'ici-bas, dès quTl apparaît, — avec son pas souverain, avec sa pose triomphale, — s'in- cline, se tait, se multiplie ou fuit devant son roi. — Et toujours en avant il agite ses bras et chemine ; — et la semence à profusion se répand et bruit, — étincelante ainsi que des paillettes d'or ; — ensuite, grain à grain, rebondit à terre, sautille — comme le jeune enfant qui agite ses jambes lorsqu'on l'emmaillotte, — mais qui s'endort aussitôt qu'il est au sein de sa mère. — Elle s'endort bien, mais bientôt elle se réveillera, — Attendez que le bouvier Tait bien recouverte — sous sa couverture molle, moite et tiède;^ attendez qu'en cachette elle ait, petit à petit, — absorbé l'humidité du sol, formé sa petite racine : — vous la verrez poindre au-dessus de son berceau, — pour s'abreuver de rosée, et d'air, et de soleil. — De même, dans Tœuf que l'on met sous la poule couveuse, — le petit poussin dort; cependant et de lui-môme, — quand le temps est venu de faire son éclosion, — avec son petit bec il perce la coque,
34 DIALECTES MODERNES
Embé soun bequetou trauqailha lou cruvel, E per d'aut la ploumada e las alas caudetas De la maire ajoucada, urousa que noùn sai, Branquejoun bequetous e poulidas testetas, Enmascadetas d'estre e vieure. 0 dous pantai ! Que lous lauraires vengou' e vendran... Ah! pas mai, De fet, de iras en tras, lou valent semenaire Devista lou masiè sous très garruts maiôus, Reguejant l'abladat cadun emb soun araire, Doublisses roussegats per de coubles de miôus, Repoufant per la narra aura, fum e flamada ; Detràs lous doublissiès, de touta Tencountrada, Çai ven d'aucelounets à vol, voulatejant; Pioi dins lous tais douberts bequejoun, fan mangilha De cadela, babot, courcoussoun ou canilha, Tout ce que debouris e pampa, e grel, e gran.
Tems linde e grèu ! Alena un pauc de la marina. Bèu tems per la grelhada ! à travès lous trauquils, Lou nourrigat lou sent dau founs de sa jassina ; Adounc se dereVfelha, embugat de transpils, Befi en lach, grelha e nai : causa mère vilho usa.
— et au-dessus de la plume et des ailes chaudes — de la mère couchée, heureuse comme on ne peut plus, — s'agitent petits becs etjoUes petites têtes, — toutes surprises d'être et de vivre. Oh! doux rêve! — que les laboureurs arrivent, et ils viendront sans nul doute. . . — En effet, à la suite du vaillant semeur, — le garde-mas aperçoit ses trois robustes fils, — sillonnant le champ semé dru, chacun avec sa charrue; — charrue au double collier, traînée par des couples de mulets — répandant par les naseaux vent, fumée et flamme ; — derrière les couples, de tous les alentours,— des petits oiseaux à volée tourbillonnent, — qui, dans les tranchées ouvertes becquètent, se rassasient de charançon, de chrysalide, de bruche, de chenille, — tout ce qui dévore et feuille, et bourgeon, et grain.
Temps limpide et lourd ! Il souffle un peu de la mer. — Beau temps pour la germination ! A travers les pores [ de la terre ], — le nourrisson le sent au fond de sa couche : — alors il s'éveille, imbibé d'infiltrations; — gorgé de laii, il germe et naît: chose mer- veilleuse. — Tandis que vers le sud l'ombre prodigieuse — marche
LOU GARDA-MAS 35
De ce qu'en ailaval Toumbrassa espetaclousa, Camina e se marida emb la fousca lionchou, De ce que lous bouiracs seguissoun Tenregada, Ë que dau semenà la sôuca es adracada, Lou grel sus lous acrins çai ven faire espinchou. Verdeja aqui ; de çai, en gagnant l'autre caire, Girberja, s'amatis, canouna, espiga amount. Una blanqueta ûou coubris Tespigau blound Que blaqueja à Talen dau magistrau granaire ; E pioi en ailamount rousseleja', es madu, E lou glop, que lou pes de Tespiga a rendut Clena, brausit e, lèu, jout lou voulam croussina, Jout lou voulam brandit per de valents gavots Que relents de susou, la cansouneta as pots, Envoulamoun de vanc, e la cola camina, Sas ligairas darriès; aiçai dor lou masiè. De per davans lou blat pauc à pauc s'amadura ; En molas per darriès Tacampa lou soubriè, E pioi de per délai, seguissent d'amesura. D'enfants entenciounats trevoun dins lou garban. Tout en espepidant Tespiga estrabacada.
et se confond avec le lointain brumeux, — tandis que les bouviers suivent la trace du sillon, — et que du champ semé le sillon a formé croûte, — sur les crêtes, le germe vient faire son apparition. — Il verdoie ici; ailleurs, en allant du côté opposé, — il forme gazon ; il est touffu, il élève ses tuyaux, il épie au sommet. — Une blanche petite fleur couvre l'épi blond, — qui s'agite au souffle du mistral, favorable aux grains; — et puis, tout à fait à l'extrémité, il est roux, il est mûr; — et le chalumeau, surchargé par le poids de Tépi, — fléchit, se dessèche, et bientôt craque sous la faucille, — sous la faucille secouée par de vaillants montagnards, — qui, trempés de sueur, la chansonnette aux lèvres, — scient le blé avec entrain, et la troupe s'avance, — les lieuses après, de ce côté -ci, vers le garde-mas. — En avant, le blé peu à peu mûrit. — En arrière, il est ramassé et mis en tas par un souhrier^.^ Puis au delà, suivant pas à pas, — des enfants ardents au travail rôdent dans la masse des gerbes, — tout en glanant l'épi échappé des mains des moisson-
* Le souhrier est, dans une ferme, le valet rqui remplace indifférem- ment, et au besoin, les autres valets.
36 DIALECTblS MODERNES
»
E la cola camina emb soun baile davans, E la garbela tomba, e tant lèu es ligada. E sega e liga e, zou, canta que cantaràs, Talament que dau viel soun ben lèu aqui ras . Adounc das prefachès las esquinas s'agrejoun, Lous voulams aubourats dins lous aires ûamej ou n :
— a Ben-estre e longa vida à nostre majourau ! » — Crida en cor la coulada; e reprend mai soun frau. Las ligairas après fan sas revenenciatas,
Lou soubriè qu'enmoulava auboura soun capel,
E das maissounairets lou graciouset troupel,
Un rire amistadous esclairant las facietas,
Sa manada cadun se sarra. Tantequant
Lou paure trementis : a sentit de manetas
Que frustoun soun ginoul, pioi de vosses doucetas,
Que ie traucoun lou cor, sonoun : — « Hou ! noste grand !
)).Bon vespre, dourmissès ? Es nautres, que çai sian !
)) Osca dous copsi pourtan jougalhas e belesas
)) Au mens una carrada, amai soun pas fouresas.»
S'aubourant tout d'un vanc, à travès Tescabour,
Te vei soun oustalada, e, cadun à soun tour,
Lou galeja en risent d'una tala suspresa.
neurs. — Et la troupe s'avance avec son chef en tête, — et la gerbée tombe et elle est à Tinstant serrée, — et on moissonne et on lie, et en avant la chanson ! — Si bien qu*à la fin ils sont là tout près du vieillard. — Alors des ouvriers à la tâche les reins se redressent,
— les faucilles soulevées dans les airs scintillent': — « Bien-être et longue vie à notre maître î » — crie en chœur toute la troupe; et elle reprend Touvrage à nouveau. — Les lieuses ensuite le sa- luent humblement. — Le soubrier qui entassait soulève son chapeau.
— et des petits grapilleurs la gracieuse troupe, — un rire d'amitié éclairant leurs jolies figures, — chacun une poignée d'épis à la main, s'approche. Tout à coup — le dormeur frissonne : il a senti effleurer ses genoux — par de petites mains; puis de petites voix douces — qui lui percent le cœur l'appellent « Holà ! notre grand-père,
— bonsoir, vous dormez ? C'est nous qui sommes ici 1 — Oh ! quel bonheur I nous portons des jouets, de jolies choses, — une charretée au moins, et qui ne sont pas de pacotille. » — Se soulevant tout à coup à travers la brume, — il voit toute sa famille, et chacun tour
LOU GARDA-MAS 37
Mais el de sous felens, ce qu'au mounde mai presa, Que per eles fai, dis, de fouliès, de bauchuns, Qu'en desfasent sa vos couma eles bretouneja, De sous felens fai cas, pas mai. Abeles uns. Sus sa fauda lous prend e pioi lous poutouneja, Mut e la larma as iols . • . . De qu'es pas, peracô ! Aube, lou grand plouret, mais de joia, aquel cop.
IV
Aquela nioch, à las Aubetas, Lous enfants, dins sas bressouletas, Jaguts cadun emb sous jouguets, Subrant lou soupà per se jairé, Fagueroun pas qu'un som, pecaire î De talament qu'eroun lassets !
A. Langlade. (Languedocien, Lansargues et ses enrirons.)
à tour — le plaisante en riant d'une telle surprise. — Mais lui, de ses petits-fils, ce qu'il aime le plus au monde, — car pour eux il fait et dit des folies, des naïvetés, — en contrefaisant sa voix comme quelqu'un qui bégaye, — de ses petits-fils, il fait cas seu- lement. L'un après l'autre, — sur ses genoux il les prend, puis les couvre de baisers, — muet et la larme à l'œil. .. . Ce que c'est pour- tant ! — Et oui, le grand-père pleura, mais de joie cette fois.
IV
Cette nuit-là, au mas des Aubes, — les enfants dans leurs petits berceaux, — couchés chacun avec ses joujoux, — laissant de côté le souper pour se reposer, — ne firent qu'un somme, les pauvres enfants ! — tellement ils étaient fatigués !
A. Langlade.
BIBLIOGRAPHIE
he Bréviaire d'amour de Maifre Ermengaud, publié par la Société archéologique, littéraire et scientifique de Béziers^ tom. II, 2» livraison.
Les amis de notre ancienne littérature regrettaient vivement que la publication du Breviari damor, commencée il y a une quinzaine, d'années, restât depuis si longtemps interrompue. Aussi devons- nous remercier tout d'abord la Société archéologique de Béziers, et particulièrement son savant et zélé secrétaire, notre -confrère M. Azaïs, de ce qu'ils la reprennent aujourd'hui. La livraison an- noncée ci-dessus renferme environ 5500 vers, dont près de 5000 sont consacrés à la vie de Jésus-Christ. Je ne dirai rien ici de leur valeur poétique, sinon qu'elle est fort médiocre, — comme au reste, en général, celle de tout l'ouvrage, — malgré la grandeur du sujet, qui aurait dû, ce semble, mieux inspirer Tauteur et l'élever un peu au-dessus de son niveau ordinaire; et je passerai immé- diatement à l'examen philologique du texte.
J'aurais à soumettre aux éditeurs des remarques assez nom- breuses ; mais plusieurs pourraient paraître minutieuses ; je me bornerai aux plus importantes.
V. 21282. Elizàhetque n'ac sentit, — Ceci ne donne aucun sens satisfaisant. Il fallait lire queu au lieu de quen, Queu est pour que 0. C'est une contraction dont le catalan offre des exemples très-nombreux, mais que l'on constate plus rarement en provençal. Notre texte en offre , dans cette livraison même, deux de plus. C'est dans les vers 24610 et 24980, où l'on a également pris u pour n. Il faut lire, au premier de ces deux vers, queu sofria, et non quen s.; au second : nou disseron ( =i no o ), et non pas non d. J'ai cité ailleurs* des exemples, également biterrois, de la contraction du même pronom avec un i final : quiu = qui o ; siu, et, par suite sieu = 810. Dans le v. 21282 ci-dessus, au lieu de queu ac, on pourrait aussi lire que vac^ et l'on y aurait ainsi un autre exemple ancien de la forme vo (ouva), à joindre àceuxque j'ai relevés dans le travail auquel je viens de renvoyer.
21486. Pot esser cauzit, —Le ms. principal donne jpoc, rejeté je ne sais pourquoi (la leçon des autres mss. n'est pas indiquée), et
« Romania, V, 233.
BIBLIOQIUPHIE 39
qui seul peut ici convenir, le contexte exigeant le parfait ou Tim- parfait.
21776. Montera s'en, Vhangel dizen, — Otez la virgule, dont la place est à la fin du vers précédent, et corr. Wcmgel »= U angel, moyen- nant contraction, ou Ihi angel, moyennant élision. La même faute se remarque aux vers 23064, où, au lieu de Vhaltre, il faut Waltre, et 23064, où, au lieu de Vhagro, il faut Wagro. On en peut voir an autre ex. dans la partie anciennement publiée, v. 9831 : /aaâfl, Vhom, Il est dit en note que les autres mss. omettent l'article. C'est une erteurde considérer ici l comme tel ; il faut écrire fas^ salh om, ou Ih est le pronom U (à lui) ,
21833. Vers trop long ; supprimez «e,qui forme pléonasme, puis- que nois = no se.
21865. Icis de Betleem, Corr. ieis.
21891. Aia vista, La leçon du ms. A, rejetée en note, indiquait la bonne correction : ai ja. Le copiste a répété ja, par méprise.
22183. E vie. C'est la leçon du ms. C. Mais il valait mieux vi forme constante de ce mot dans A, et que donne peut-être ici également le ms., au lieu de m que l'éditeur y a lu. — Faute pa- reille au V. 26362, où l'on a inutilement ajouté un c à vi du ms.: vi[c] .
22200. Seguiro, Leçon du ms. B, inutilement substituée à «e- guero de A, qui n'est pas moins correct.
22299. Despertar. Leçon d'un des mss. auxiliaires. Le ms prin- cipal (A) a desddar, qu'il n'y avait aucun motif de rejeter. C'est un verbe aussi régulièrement formé que ressidar. Cf. desvelhar, à côté de revelhar.
22359. Dos partz. Leçon de C. Mais celle de A, doas partz, est bien plus correcte et devait être conservée, doas pouvant fort bien ne compter que pour une syllabe. On peut même dire que c'est l'ordinaire. Cf., d'ailleurs, les vv. 25739, 41, 44, 60, où, comme l'éditeur en avertit lui-même, ce mot n'en doit, en efTet, avoir qu'une seule.
22555. Ce vers a été mal compris. Dek n'y est pas une exclama- tion ; c'est simplement debeo, comme au v. 22549. Il n'y avait pas lieu, conséquemment, à modifier la leçon du vers précédent, qui est le complément de ce deh:
Ë ai ters jorn resuscitar Deh
22561. Enutz «oi. . .ne m'offre aucun sens. Je corrigerais iraiz, d'après le ms. C. Mal rrCes du vers précédent traduit scandalum est mihi de Math., xvi, de 23.
40 BlBLIOURAPfflE
22602. Abussatz. C'est la leçon du ms. principal. Mais celle de G (ahocatz) est ici certainement la meilleure, comme le prouve le passage correspondant de Tévangile (Matth., xvii, 6) : ceciderunt infaciem suam. Sur abocar, qui manque à Raynouard, voy. Noulet, Étude sur G. de la Barre, p. i3, et cf. Revue VI, 293. Le même mot existe en catalan. On en trouvera un ex. au v. 647 du Romandes sept sages, publié par M. Mussaâa et dont nous avons récemment rendu compte.
22780. Vos wrefef. Faute évidente* de lecture pour niretz =vom irez. On voit ici l'adverbe ne déjà aussi étroitement uni au futur irai qu'il l'est aujourd'hui, au moins dans plusieurs dialectes, tant à ce futur qu'au conditionnel : nirai, rdrio,
22848. Il n'y avait aucun motif de substituer ici la leçon de G à celle de A, qui est au contraire plus rapprochée du texte de Matth. XXI, 16. jEJ qui commence le vers suivant n'est pas copule. On le traduirait bien par dcme, Gf. ci- après la note sur le v. 23161.
22921. Escapadamen . Gorr. escampadamen, d'après le ms. G.
22952. Una bella gauda . Je n'ai aucune correction à proposer pour ce vers, qui d'ailleurs n'en demande point. Je veux seule- ment appeler l'attention sur le mot gauda (vase, bassin), parce que ce mot me semble indiquer, avec sa propre étymologie, qui est évi- dente (^awato), celle du français ^06?e^. M. Littré propose avec doute guttus. Mais le gauda provençal autorise pleinement, ce me semble, à admettre, en ancien français, un substantif de même sens, gode, dont godet serait le diminutif normal .
22965. Je n'aurais pas hésité à substituer à e (in) me du ms. A, am me de G. L'évangile, en effet (Joan. xiii, 8), dit mecum.
23101. Fermas^ de A, ne pouvant rimer, on aurait dû corriger JmaSf d'après B G.
23157, 23162, 25011. Dans ces trois passages, ieu soi, qui traduit exactement egosum de l'Évangile (Joan., xvni, 5), a été changé en ieu [l] soi sans nécessité et au détriment de la correction. En effet, l ne peut être ici que pour lo, et Ton ne saurait dire en provençal ieu lo soi, au sens de ieu soi et (c'est moi) .
23161. E Jésus lora[c] demandât. — Correction qui semble indiquer que l'éditeur n'a pas reconnu le vrai rôle en ce passage de la con- jonction e, qui commence le vers. Cette conjonction, ici, n'est pas
> Paute analogue au v. 2886, où, au lieu de vagues, il faut lire n'agues, et encore au v. 10220 '. recobrar vas; lis : recobrar n'as. L'inverse se re- marque, entre autres passages, aux vv. 3694-5, où l'on a imprimé deux fois dans pour daus-
V
BlBLIOGRiLPHIB 41
copule; on peut la considérer comme ezplétive ou la traduire par alors. C'est un emploi qu'elle remplit fréquemment, en provençal comme en ancien français*. 23231. 11 faut un point d'interrogation à la fin de ce vers. 23240. Vers trop court.; corr 8i[ieu] die be. .. 23260-1 . Ces deux vers ne riment pas ; la bonne correction était :
Puais li vesque conjur[er]o Lo filh Dieu e demaiid[er]o.
23530. « Dizian doit être compté pour trois syllabes. » Note bien
inutile, puisque telle est la règle. Plus loin, v. 23658, on a cru que
le même mot n'en avait que deux; mais la mesure et la rime s*y
•opposent. Il faut lui en laisser trois et réduire, soit emp^ro kpero^
soit lo k l,
23760. Lhi aiei uelh.Le ms. a uuelh (lis. vuelh), forme très-légitime. Cette prosthèse du «, aujourd'hui si commune, commence à se montrer fréquente dès la fin du XIII* siècle.
23785. Ben deuria[m] donc sovenir. — Ben deuria[m] est une correC" tion malheureuse et qui fait un solécisme d'une expression par- faite. L'ancienne langue ne disait jamais je me souviens (façon de parler dont l'habitude que nous en avons nous dissimule la barba- rie), mais i7 me souvient. Il fallait simplement, dans le vers ci-des- sus, conserver la leçon du ms., sauf à lire, au lieu de beusjinàïqué dans la note, hens, c'est-à-dire he nos: Bens deuria donc sovenir.
24450. Homes près. Leçon inacceptable. Il faut corriger, d'après le ms. B : hom mespres.
24581. Qui Vescorgues. Ces mots devraient être placés entre deux virgules. Le sens en est : si on le saisissait (terme judiciaire), d'««corre, même sens que encorre. Cf. escontra = encontra, etc. Les deux préfixes en et es se substituent assez souvent l'un à l'autre^.
24671. Quez a vist. — La bonne leçon est certainement celle du ms. C {quel a vist).
24745. A d^autras. Lis. ad autras.
24907. Corr. em rememhran. Avec en, la phrase n'a pas de verbe.
24920. Piegres, admis dans le texte, est impossible. Il faut réta-
^ Et aussi dans l'italien et l'espagnol anciens. Ex : « E quando si sa- rebbe voluta dormira o forse scherzar cou lui, ed agli le raccontava la vita di Christo» {Decamerone); — <i Yacaeciô que estando un dia que tanian ante alun astormanto, . . ^ al ray parô miantes » {El Conde Luca-
nor). 3 Cf. estonces = entonces eu vieil espagnol.
42 BTBLlOaRàPHIB
h\ÏT piégera, dont piegres ne peut être qu'une altération orthogra- phique, résultat d'une métathèse inconsciente.
24935. Escapassem de A a été rejeté à tort, d'autant plus qu'on a admis plus loin doptassem. Sur ces formes de subjonctif impar- fait en a, voy. le Donat prov., p. 16, et cf. ma Gramm. limousine, p. 282(i2etme, VII, 164).
25032 - 3. Deux vers mal compris, comme le prouve la ponc- tuation. Ils font partie de la réponse de Gléophas, et doivent être écrits :
E no sabes se que dizem Quez es f ah lay novelamen !
Il faut ensuite mettre deux points à la fin du vers suivant.
25088. Digs. Je soupçonne ici une mauvaise lecture pour diys^ qui est une forme très-commune.
25116. Mo8 pes molatz. Lis. mos pes, mo latz.
25187. Tro8. Lems A. donne tor, qu'on pouvait garder, saufày ajouter une «. Tors est la forme primitive du mot. On peut la voir dans le Donat provençal , 55 b.
25204. Cordas du ms. A est une faute évidente. La bonne leçon est indiquée par les autres mss. C'est cobdatz ou coydatz, Cî,Joan, xxiy 8 : a longe. . . . quasi cubitis ducentis.»
2bWS, Lofuoc dissendut. Mauvaise leçon, qu'il aurait fallu cor- riger au moyen de B G D, en eyssendut = allumé, de eissendre = encendre.
25236. La leçon de A, rejetée en note, n'est pas moins conforme que celle de B G, adoptée par l'éditeur, au texte sacré, où il y a, en premier lieu, pasce agnos Ttieos{Joan, xxi, 15 et 16). il fallait seu- lement corriger angels en agnels ou anhsls.
25259. 11 est impossible de compter ^M^i«, comme on le veut ici, pour deux syllabes. Suppléez, devant cZ ce/, la particule sus, que donnent les autres mss.
25391 . G'est pure illusion de prendre segro de ce vers pour une forme du parfait de esser.Ce mot, qui traduit era/nt sedentes {Act. apost. Il, 2), est simplement la 3^ pers. plur., aussi régulière que possible, du prétérit de sezer (seder^ sieire), qui fait an singulier sec. 11 faut traduire étaient assis.
25560. Estahlis. Le contexte indique clairement queestoôZen des mss. auxiliaires est ici la bonne leçon. Il est possible que le co- piste de A y ait substitué estahlis, parce qu'il aura cru voir dans establen la 3e pers plur.de l'ind. présent, au lieu du participe pré- sent.
BIBLIOGRAPHIE 4â
25615. Preïcadors, Leçon qui fausse le vers et que repousse le contexte. Corr. preguadors, d'après les autres mss.Gf. v. 25619.
25853. L'éditeur remplace ^awrt^^riAo*, qui, dit-il, fausse le vers, par pao7V8, Mais ces deux mots ont l'un et l'autre trois syllabes, et c'est trois syllabes que la mesure exige.
25878. Errors. Gorr. terrors^ d'après G.
25909. Avosfay, Il faut évidemment corrif»erno«. Cf. v. 25911. Le contexte indique clairement que ce n'est pas nos de ce dernier vers qui doit être corrigé vos.'
25964. No Van ci^ezero, Gorr. lan ou Mn(laen),
25994. Vers trop court. Gorr. vil[a\8 ou [e]ml8.
26069. iVos don vezer se. Le ms. a nos de, qui est excellent. Mais réditeur n'y a pas reconnu sans doute le latin det, Ge même sub- jonctif^se rencontre déjà, à la première personne, au commencement du poëme, v. 63 : « Soplegan qu'ieu , , . de doctrina vertadieira. »
26096. Qu'ilh[8] van neguar. Adjonction, à cette place, fort inso- lite et d'ailleurs tout à fait inutile dans le cas présent. Neguar, en effet, à lui seul, signifie se noyer. Les ex. en sont sans nombre dans nos anciens textes.
26175. Nutz de A est certainement une mauvaise leçon; il faut vins, qu'ont les autres mss.
26203. Sufreiras. Leçon inadmissible. Le futur de mfrir serait su/riras: mais le subjonctif ici convient mieux; il faut donc su/ras, comme dans les autres mss. Pour rétablir la mesure, ajoutez un mo- nosyllabe, comme hels dewsint senher ou o àeysLni sufras .
26409. Quet faray. Les autres mss. ont quen , très-préférable. Peut-être quet est-il une mauvaise lecture pour quei. L'échange de rôles entre en et i est assez fréquent.
26333. La leçon de A, rejetée en note, est très-bonne; seulement il fallait lire (au lieu de sil voc, etc.) : si luoc aparelhat en vis .
J'exprimerai le vœu, en terminant, qne la Société archéologique de Béziersne nous fasse pas maintenant trop longtemps attendre les livraisons suivantes du Breviàri. Ce seront de beaucoup les plus intéressantes, non pas seulement en raison du sujet traité dans les dernières parties du poëme, à savoir l'amour des dames, mais encore et surtout à cause des nombreuses citatiojis de poésies des troubadours que l'auteur y a semées.
Gamîlle Chabaneau.
44 BIBLIOGRAPHIE
Victor Balagubr, De la Poesia provenzal en Gastilla y an Léon
Madrid, 1877; in-12, 64 pages.
Les préocupations d'une vie politique agitée n*ont point tari chez D.Victor Balaguer la source de l'inspiration poétique, et n'ont pu davantage arracher l'éminent auteur de VHistoria de Ca- talirna aux chères études de sa jeunesse. Après le volume des Tra- jedias, auquel la Revue des langues romanes consacrera un compte rendu détaillé, voici un chapitre détaché de l'ouvrapce inédit inti- tulé Historia poUiica y Uteraria dels Trovadors.
Ce grand travail contiendra plus de trois cents biographies de troubadour s. Celle d'Aimericde Pegulhan paraît en ce moment dans l'excellente revue catalane la Renaixensa . L'introduction compren- dra des études sur le rôle politique auquel les troubadoitrs ont aspiré et sur celui qu'ils ont joué réellement dans les deux groupes d'états espagnols : le groupe castillan-léonais et le groupe arago- nais-catalan. C'est un des chapitres de cette introduction qui vient d'être traduit en castillan et pubUé à Madrid .
Gomme Jovellanos, comme Milâ y Fontanals, comme tous ceux qui se sont occupés sérieusement de l'histoire du moyen âge, Vic- tor Balaguer a été frappé des clartés que la vieille poésie pro- vençale, a cette liberté de la presse des temps féodaux », suivant l'heureuse expression de Villemain, jette sur les hommes et les cho- ses de son temps. Il est impossible d'écrire l'histoire du XI* siècle au XIV® sans recourir aux sirventesdes troubadours comme à des chroniques plus vivantes, plus passionnées et, par conséquent, plus attachantes, que les œuvres historiques proprement dites . Victor Balaguer l'a prouvé, en ce qui concerne les royaumes de Gastille et de Léon, dans le travail intéressant et coloré qui fait le sujet de cet article. Avec la loyauté qui le caractérise, l'auteur de cette nouvelle histoire des troubadours rend pleine justice à ses pré- décesseurs. Nous ne pouvons nous empêcher de citer le passage suivant, à l'adresse de l'illustre et vénéré philologue catalan, que nous avons l'honneur de compter parmi nos collaborateurs et nos amis : « Si sa modestie bien connue, d'honorables scrupules, ou peut-être des opinions que je respecte sans les partager, n'avaient, empêché Milâ de dire, dans ses Trovadores en Espana, tout ce qu'il sait et tout ce qu'il a à sa disposition sur cette matière, mon hum- ble travail serait complètement inutile.»
La nouvelle œuvre de Balaguer est loin d'être inutile. L'admira- ble talent d'écrivain, qui donnera tant de charme aux vies des troubadours racontées par leur successeur et leur émule , con- tribuera à répandre dans un monde plus lettré qu'érudit des no-
BIBLIOGRAPHIE 45
lions que personne ne doit ignorer ; il propagera le goût des études provençales, et aussi l'habitude de faire de l'histoire en vi- vant, pour ainsi dire, au milieu des événements du passé, et non en les considérant à distance, à travers les idées et les préjugés de notre époque. G.-J. T.
Recueil de versions provençales pour l'enseignement du français en Provence, par un professeur; troisième partie . Avignon, Aubanel frères, 1876; in-l2, 195-90 pages.
Cette chrestomathie, où sont colligés les plus beaux morceaux des félibres et de quelques-uns de leurs devanciers, a paru déjà depuis quelque temps; mais il n'est jamais trop tard pour faire con- naître un livre utile. Son titre surprendra peut-être certaines per- sonnes. Eh quoil un recueil de versions provençales pour ren- seignement du français! Mais le provençal exlste-t-il aujourd'hui comme langue parlée, au point de pouvoir être étudié dans les écoles conjointement à une autre langue de même souche, et do fournir ainsi matière à un parallèle dont toutes deux puissent pro- fiter ?
Appartenant à une Société qui a demandé la création de chaires (le littérature romane dans les établissements d'enseignement supérieur du Midi, nous ne pouvons qu'approuver l'introduction d'une étude analogue dans l'enseignement primaire. Les intentions de l'auteur sont, du reste, des plus modestes. En publiant ces mo dèles, il semble avoir eu pour but principal de faciliter la connais- sance du français aux élèves des écoles inférieures. Rien ne fami- liarise avec les difficaltés d'une langue, pense-t-il. avec raison, comme l'effort opéré pour y transporter d'une façon grammaticale et fidèle le sens et.la lettre d'un idiome à tournures quelquefois très-différentes *. « Les sujets recueillis, dit-il dans sa préface, ap- partiennent à l'idiome provençal, qui fait les délices des lettrés dans la Finlande, la Suède, l'Allemagne, l'Angleterre, PEspagne, le Portugal, l'Italie et même dans le Nouveau Monde. Aux qualités d'une littérature fondée par des œuvres de génie, cet idiome join- dra, pour le Midi, un privilège spécial, celui de venir en aide au français, si difficile pour ceux qui n'apprennent pas le latin ; il servira, comme la langue de Virgile, à parvenir plus sûrement à la connaissance du langage immortel de Racine et de Bossu et. Les élèves de l'enseignement primaire, n'ayant pas d'études com-
* V. sur le môme sujet, dans lou Prouvençau (n* du 21 janvier 1877), un article de M . de Villeneuve-Esclapon .
4
46 • BIBLIOGRAPHIE
paratives, pourront suppléer à l'insuffisance des exercices classi- ques par la traduction des morceaux dune chrestomathie provençale. On ne tardera pas à reconnaître l'utilité de cette mesure, que l'en- seignement secondaire, au moyen des langues mortes, pratique avec un succès incontesté. »
Des progrès sensibles ont été faits dans ce sens. Il ne paraît plus étrange d'étudier le provençal. Il y a quelques mois à peine, la Cigale venait de Paris à Arles fêter le félibrige et fraterniser avec lui. La plupart des recueils de la capitale ont rendu compte de ces réunions, elles journaux illustrés, dans plusieurs numéros consécutifs, en ont reproduit par le dessin les principaux épisodes. La paix est donc faite et l'alliance signée entre deux littératures qui peuvent se regarder en face. La chanson de Magali se chantera bientôt à Paris, comme au Brésil, dans l'idiome d'Arles et d'Avi- gnon ; et qui sait si l'on n'y verra pas bientôt des opéras composés par les maîtres de la musique contemporaine sur des paroles pro- vençales ? Gela ne vaudrait-il pas certaines œuvres lyriques, où les tragédies de nos grands auteurs sont converties en Ubretti qui ne donnent souvent de l'original qu'une idée assez imparfaite?
Le choix des versions a été fait avec soin et ne contient que des modèles. Mais pourquoi l'auteur n'a-t-il pas élargi en même temps et le cadre et le titre de son travail, de manière à pouvoir l'appeler: Recueil de versions pour l'enseignement du français dans les pays de langue d'oc, plutôt que dans la seule Provence? Les sous- dialectes de la Provence proprement dite tiennent dans le Uvre à peu près toute la place. Si nous avons bien compté, six auteurs seulement, non Provençaux par leur naissance, y ont été admis : V. Balaguer, G.Azaïs, A. Mir, A. Arnavielle, Jasmin et Mathieu; et encore, sur sept pièces à eux empruntées, trois sont-elles écrites en provençal. Sans doute la langue dont les grands maîtres se ser- vent a naturellement plus de chance d'expansion et de durée. A ce titre, le provençal contemporain, qui a produit des chefs-d'œuvre que le temps respectera, ne peut manquer d'exercer une influence sur les autres variétés de la langue d'oc ; mais laissons à chacun sa Uberté philologique, et, en attendant que l'œuvre de génie ail imposé sa forme à tous les dialectes, n'ensevelissons pas dans l'oubli des productions respectables. C'est un sentiment de cette nature qui inspirait, le 25 mars 1-877, M. de Tourtoulon, lorsque, aux applaudissements d'un auditoire venu d'un peu partout, il disait : ... /Se se capita dins quaucas unas de nostras escolas d'esci'ioans d'elei, se n'en sourtïs d'ohras majouralas, veiren las parladuras d'alentour retraire de mai en mai au parla d'aquela escola ; e hus
BIBLIOGRAPHIE 47
dialeites que mwprcm pas provdure seran, embé lou temSf estoufats sans qu'ajotm lou drechni loupoudé de seplagne.
Dounàs-nous de cops dohra, e vostra parladura sera inmourtala.
N'y avait-il rien à citer dans tout Tœuvre de Favre, bien que cet auteur ait eu le tort de consacrer uniquement à la parodie et à la farce un talent capable de productions plus élevées; dans Pey- rottes, le potier clermontais, qui a maintenu la tradition à une épo- que où elle semblait prête à finir, dont Roumanille a inséré, en 1852, trois jolies pièces dans li Prouvencalo, et auquel M. de Berluc-Pe- russis a rendu toute justice dans son discours prononcé le 10 sep- tembre 1877, aux jeux floraux de Sainte- Anne d'Apt*; dans l'auteur de Prouvençaj du Roumieu, du Michant Rêve, du Brinde à las raças la- tinas, qui a, le premier, ainsi qu'on l'a si bien dit, élevé jusqu'à l'ode le langage populaire de Montpellier ^ ?
A part les plus beaux morceaux des félibres, l'auteur a eu Pbeu- reuseidée de rééditer quelques pièces rares et moins connues que les précédentes, telles que Hou de l'oustau de Saboly, et les Ar- mounio d'uno niue de mai de Gastil-Blaze ; mais, sans remonter aux troubadours, dont Tidiome trop dissemblable de la langue d'oc actuelle rebuterait les écoliers, n'aurait-il pas pu reproduire quel- ques pièces de la Bellaudière, de Gros et de Bellot, et, parmi les auteurs étrangers à la Provence, Goudelin, Bonnet (de Béziers), Foucaud, Jacques Azaïs, etc., ne pouvaient-ils rien lui fournir?
Un lexique et la traduction française de tous les morceaux con- tenus àdin^lvi chrestomathie terminent Touvrage. Nous n'avons rien à dire du premier, sinon qu'il n'aurait rien perdu à. contenir un plus grand nombre de mots. Les secondes sont généralement exac- tes ; mais parfois l'auteur, se méfiant trop de la langue française, la croit impuissante à rendre quelques figures provençales qui ne sont pas pourtant d'une hardiesse excessive, et il ne serre pas, ce nous semble, le texte d'assez près. Entre les belles infidèles de Perrot d'Ablancourt et le rigorisme littéral de M. Leconte de l'Isle, il est des limites rationnelles. Voici deux exemples qui justifieront peut-être notre dire:
Tei parfum aboun Jous poutounejon la narre (p. 12) ; Eigrejant lei pestèu de l'Oulimpe auturous (p. 140).
* Ce discours est, comme plusieurs écrits analogues sortis de la plume du môme auteur, un fin morceau d'histoire littéraire. {Lou Prouvençau du 30 septembre 1877.)
•2 G. de Tourtoulon. UeviAe des lanq.ies romanes, t. F, p 119; 1870.
48 BIBLIOGRAPHIE
Tradtbction. — Tes parfums abondants sont délicieux; — Péné- trant dans TOlympe élevé (p. 5 et 66 des traductions).
C'est le sens, mais un peu trop condensé.
L'auteur s'est attaché à n'introduire dans son recueil que des morceaux pouvant être lus par des enfants. On peut le dire à l'honneur du félibrige, ses productions n'ont rien de commun avec les crudités et les licences que la littérature méridionale prodiguait à ses lecteurs aux XVII» et XVIIP siècles . Mais si, parmi les vers d'une pièce admirée pour la beauté de la poésie et la pureté du langage, il s'était glissé quelque peinture trop expres- sive, sa suppression, dans un livre classique, ne devrait blesser personne. En suivant cette méthode, l'auteur n'a fait que se con- former aux traditions de l'enseignement secondaire, et il a publié un véritable Selectœ e provengalihus . . . assimilable aux ouvrages de même nature dont nous avons usé au collège pour Tétude des auteurs anciens. â. E.
Gounteis e Viorlas. . . per A.ugusto Ghàstanbt, felihre majourau.
Rebeirac, in -8®.
M. Auguste Ghastanet, qui s'est placé d'emblée, il y a trois ans, par son charmant poème hus Bouquets de la Jano, au premier rang de nos modernes troubadours, a réuni dans la brochure que nous avons le plaisir d'annoncer ici une fable et diverses anecdotes plaisantes, fort agréablement rimées.
Les lecteurs de la Revue y retrouveront plusieurs pièces dont ils ont eu la primeur, et dans le nombre ce piquant récit, Un tour de Moussu Roumieu *, qui suffirait seul à prouver que l'auteur est un des meilleurs ouvriers que possède aujourd'hui la langue d'oc dans l'art d'écrire en vers. Les autres pièces du recueil achèveront au besoin la démonstration, particulièrement la première, dédiée à Mistral, et qui, dans trente strophes de dix vers, d'une très-exacte- et très-habile facture, développe avec esprit et, — vers la fin sur- tout, — avec une poétique éloquence, l'histoire, si répandue dans
nos campagnes, du curé de Pierre Buffière*.
G. G.
' Voy. Revue, X, 94.
-' Cette histoire se lit déjà, en français et en limousin, dans V Apologie pour Hérodote de Henri Estienne. Je transcris ici tout le passage, d*après la l" édition (1566), pp. 450-451 :
« Mais, sur le propos des âmes données en garde aux curez, je ferois grand tort au curé de Pierrebuffière, au haut Limosin, si je Toubliols. Ce bon personnage, pour mieux exhorter se» parroiciens à bien vivre, leur dict entr'autres choses, Quand le jour du jugement sera venu, Dieu vou-
PERIODIQUES
Romania, 22. — P. 161, A. Wesselofsky, Le Dit de l'empereur Constant,'^, A. W. édite pour la première fois ce court poëme de 630 vers octosyllabiques, et le rapproche des autres légendes ana- losjues qui ont eu cours à différentes époques et dans différents pays. — P. 199, F. d'Ovidio, Délie Voci italianeche raddoppiano una consonante prima délia vocale accentata. — P. 212, Gosquin, Contes populaires lorrains, recueillis dans un village en Barrois, à Montiers sur-Saulx (Meuse) . Suite d'une étude comparative très- soignée. Cette partie contient les contes suivants : le Prince et son cheval, les Trocs de Jean-Baptiste, le Fils du Diable, les Dons des trois animaux, la Fille du meunier, TŒseau de venté, le Pou et la Puce (ce dernier en patois lorrain). — P. 247, Mélanges: 1° les noms propres latins en ittus, itta, et les diminutifs romans en ett (J. Cornu); 2° tanit = tenehat dans les Serments (J . Cornu) . M.C . revient incidem-
dra que je luy rende comte de vous autres, et m'appellera, Curé de Pierre- bufûère, qu'as tu faict de tes brebis ? Et moy mot. Or dict-il ceci par trois foiS; se cachant en la chaire chasque fois qu'il disoit Et moy mot. Mais puis il leva la teste, et viat a dire : Je sçay bien que je lui respondray, Bestes vous me les avez baillées, bestes je les vous ren. Vray est que cec, ne peut avoir telle grâce ainsi traduit, qu'il a en sa propre langue, a sça- voir estant couché en nayfs atticismes limosins: et pourtant je me suis faict bailler par un du lieu Toriginal, qui est tel, Quan se vendre lou jour deu jugamen, Dieu me demandero que you li rende comte de vou autre : et me apelaro, Chapelo de Peyrobufieyro, en quai eytat son ta olia? Et you ny mot. Et eu m' apelaro enquero, et dire, Chapelo de Peyrebufieyroi en quai eytat soi ta olla? Et you ny mot. Et enquero eu me dire, Chapelo de Peyrebuûeyro, en quai eytat son ta olia? Jusque a tre viage. Et you li reypondray, Seigne, beytia la m'a beylada, et beytia la te rendi. »
Ce curieux texte, qui remonte à plus de trois cents ans, nous fournit la preuve que le parler du haut Limousin a à peine varié depuis lors. Un de ses caractères essentiels, Thorreur de Vs ûnale, même devant les voyelles, y est déjà bien marqué ( ta olia, vou autre, etc. ). On y remarquera en- core es devenu ei [eytat) ^ mais seulement dans le corps des mots ; en fi- nale, ce groupe laisse simplement tomber V s ( ire viage au lieu de trei viagei, qu'on dit aujourd'hui) . Relativement à l'orthographe, il faut noter l'a simple maintenu par tradition au lieu de ou, surtout devant n ( son, reypondray, aussi olia), ce qui a duré jusque vers 1650 au moins ( cf. Revue, XII, 196), et l'emploi de g pour j (jugamen), abus fort ancien et dont les exemples sont encore assez fréquents dans les actes limousins de ta même époque ou un peu antérieurs, publiés par Ley marie et Buben*
50 PERIODIQUES
ment sur dist des Serments, qu'il lit difl. J'ai déjà eu occasion de faire observer que le groupe latin /lî ne devait pas être connu des copistes de ce temps-là, puisqu'ils lui substituaient pt. Du reste, M. G. semble reconnaître, tout le premier, que cette combinaison ne se rencontre pas ailleurs. Quant au rapprochement que M. C. fait entre tanil et tenebat, il ne me paraît pas fondé. Tenebat aurait produit alors tanie ou tanee, ou encore peut-être taniety taneet; mais il est inadmissible que Va atone ait pu disparaître aussi complète- ment à cette époque, jja forme sit, qu'il cite à l'appui, ne prouve, rien ; c'est le latin tout pur tombé saijs changement, dans un texte en langue vulgaire, comme nostro, nunquam et damno, La terminai- son if de tomï peut n'être qu'une épave de l'orthographe mérovin- gienne, qui substituait très-volontiers ce groupe à et J'avais déjà rapproché tan de cet autre tan qu'on retrouve dans l'italien in- contanenle (Revue des l. rom., 1876, p. 18). Dans ce même article, j'ai proposé de lostanit, rappr oché de losHng (Saint Léger), une explication qui diffère de celle qu'en a donnée Diez. 3o Spigolature provensali (Pio Rajna). A signaler l'article excellent dans lequel M. P. R. réfute l'opinion reçue jusqu'ici, relativement à la pré- tendue abbaye defllles publiques fondée à Niort par Guillaume IX, comte do Poitiers. 4° Déclinaison de l'article maintenue jusqu'à ce our dans le Valai8](3, Cornu). Constatation très-curieuse d'une très^ancienne habitude, qui ne semble pas avoir laissé de trace ailleurs, 5o Français R pour D (L. Havet). 6° Unnuovo codice di chansons do Geste del ciclo di Guglielmo (P. RajnaJ. 7o Du Passage d'i^ Zi\ H et d'R kSZÇX, Thomas). Utile complément des ar- ticlos do M. P. Meyer sur les mêmes matières. 8° Termes de ^^êi'he i Jarret, houguière (J. Bauquier). 9° Une ballade hippique (G. P.), — P. Comptes rendus : Hermanus Hagenus, Carmina medii œvi miumam partem inedita (L. Havet). Article soigné et intéressant. \V A, h. Hardou, le Martyre de sainte Agnès (P. M.) Défavorable. ^^» Adolf Mus8alia,7^îe Catalanische metrische Version der sieben Wei- *i»H Mmtt*r (G. P.)- Favorable. 4» Ernest Sabatier, la Reine Esther, Ira^Hllo provongale (P. M.). ô^G. Fiechia, Intomo ad una peculia- iHt\\ di li^monr rerbalein alcuni dialetti lombardi (G. P.). — P. 303,
/VWiM/iV/wt»*»..— P. 310, Chronique,
A. B.
Romanla, 23. — P. 321, L. Havet, îa Prononciation de lE en h\^H\Hti9, — 1*. 328, A. Wôber, la Vie de saint Jean Bouche-d'Or, IViUuo pioux (io 870 vers èctosyllabiques, par Renaut, extrait du hiH. U. L. IV. 283, fol' 78, vo (Bibl. de l'Arsenal). L'auteur pré- i»Mul ttvoir prîK son sujet dans la « Vita patrum ». Mais M. Webej
PÉRIODIQUET 51
ne se fie guère à cette assertion. L'éditeur s'est à peu près borné à la reproduction du texte, qu'il a corrigé en plusieurs endroits, en ayant soin d*indiquer en note la leçon du ms., chaque fois qu'il l'a changée. Voici les remarques que j'ai faites en le hsant. Pourquoi, V. 9, laisser arme ^ anima et rimant avec ^ame, lorsque ailleurs, par exemple au v. 52, Téditeur écrit ame, V. 67, ne faut-il pas lire sainteé = sancUtatem, en élidant e do que devant il? V. 73, il n'est pas absolument nécessaire de changer est en ert, puisque le vers précédent contient un verbe au présent ; cf. le v. 347. Au v. 154, je changerais l'invraisemblable ptewwen^ en piteusement, et rétabli- rais le vers tout entier d'après le v. 783: Si li dist moult piteusement, V. 340, aoroient vaut mieux que aorerent, V. 390, je lirais Por en- trer en haute bataille, et je mettrais un point à la fin- de ce vers. V. 438, contradictoire, pour la correction de que en qui,'d\ec\Q V. 491, où l'éditeur n'a rien changé à la leçon du ms. — P. 341, P. Meyer, Traités catalans de grammaire et de poétique. M. P. M., utilisant le ms. étudié par M. Milà y Fontanals (Eevista de Ar- chivos, Bibliotecas y Museos, 1876), publie une nouvelle leçon des Reglas de trobar de Raimon Vidal, qui, bien que souvent incorrecte et incomplète, servira à la constitution définitive de ce texte im- portant.— P. 359, Pio Rajna^ Novella boccaccesca del Saladino . — P. 369, J. Cornu, Phonologie du Bagnard, Travail très-soigné» P. 375, borateyre doit avoir la même origine que bluter, blutoir. Ca* tyeyre'ne présuppose-t-il pas un b. -latin *captaria, analogue pour le sens kcapsarium ^ garde-robe ? P. 378, * lacticelluin ne corres- pond guère à ahle. Peut-être vaut-il mieux supposer *Za€^iMm. P. 402, quelques négligences «seau à porter à manger aux cochons», « s devant les voyelles s'endurcit en x. » Ibid. faute d'impression; K seyto, faucheur «, i^our xey ta. — P. 428, V. Smith, la Romance de Clotilde. Ce sont trois variantes delà chanson dite de Glotilde, en , patois lozérien, publiée pour la première fois par M. Cayx, de Mar- véjols. M . Smith prouve que le vrai titre de cette chanson n'a rien à voir avec Clotilde, fille de Clovis et femme d'Amalaric. — P. 432, Mélanges. !<> Colubra en roman ( L. Havet). 2° Soucy, solside, somsir (G. P. ). Je verrais dans soucy, solside, des dérivés de *8oliscidium (préférable k solicidium, donné par M. P. Meyer), déchirure du sol. Je séparerais de ce groupe sumsir, somsir, somsitz,. que je ratta- cherais à sumere par l'intermédiaire du supposable *sumescere, *8ume8cire. Sorpsir, que cite M. G. P., se laisse ramener sans diffi- culté à sorbere par sorbescere, *sorbescire. Sorpsus, ou plutôt le supin sorptum, n'aurait pu former qu'un verbe de la première conjugai- son. Zo La Ville de Pui dans Mainet (G. A.). 4^* Ti, signe d'interro- gation (G. P.). 5* Ti interrogatlf en provençal m,odeme [C Chabaneau).
5^ PERIODIQTîKS
M. G. P. et M. C. donnent chacun une explication différente du même phénomène. Celle du second me paraît plus vraisemblable. Dans tous les cas, il n'est guère admissible que les dialectes méri- dionaux aient emprunté l'emploi de cette particule au français, comme on le dit en note ( p. 442), puisque ces mêmes dialiectes du Midi sont jusqu'à présent les seuls qui donnent des exemples anciens de cette particularité. Voir, notamment, le vers de Flamenca cité par M. G. 60 Da Traitement des labiales P, B, V, F, dans le rou^ main populaire {X, Lambrior). 7o Métathèse de TS en ST, etdeDZ en ZD ( J . Gornq ). J'avais indiqué le môme rapprochement dans mon compte rendu de \diIiomania (Eei^ue des langues romanes, 2* sé- rie, t. III, p. 138 ). 8® Un extrait du Roman de la Rose ( P. M. ). — P, 450, Coirections sur le Donat proensal (B.-J. Buuquier). Bon article. 10-11. Il faut lire lœvis, lisse. — P. 454, Comptes rendus , 1» Histoire de la langue et de la littérature française au rrvoyen âge, par Gh. Aubertin, recteur de l'Académie de Poitiers (G. P.). Article favorable, avec certaines réserves. 2° Etude historique et littéraire sur l'ouvrage latin intitulé Vie de saint Guillaume, par Gh. Révillout (G. P.). Très-favorable. —P. 472, Périodiques. —P. 479, Chro- nique. A. B.
Archivio glottolog^co italiano. vol. IV, puntata seconda. — G. Morosi, Il Vocalismo del dialetto leccese. L'auteur a étudié sur place le dialecte dont il parle. — P. 145, F. d'Ovidio, Fmietica del dialetto di Campohasso, Travail analogue au précédent, et composé d'après les mêmes principes de précision rigoureuse et de classement métho- dique.— P. 185, Vincenzo Joppi, Testi inediti frhdani dei secoli XIV al XIX. Utile recueil précédé d'une courte notice historique sur le dialecte frioulan. A. B.
Le gérant responsable : Ernest îÎam lin
Montpellier, Imp. centrale du Midi.— Hamelin frères.
DIALECTES ANCIENS
lAAA/V^
POÈTES LYRIQUES CATALANS
En 1868, nous avons fait de longs extraits de quatre re- cueils de poëtes catalans, que Ton pourrait, en souvenir des deux Bavants qui en ont été les derniers possesseurs, nommer Chansonniers Vega-AguilôK Ajournant d'autres projets ad hac- iendas grœcas, nous nous servons aujourd'hui de ces extraits pour le petit travail suivant, qui comprend un index généraP et une collection de pièces inédites. Dans le texte de ces pièces, nous hasardons des rectifications souvent plus que douteuses ; mais, dans les notes, nous donnons les passages correspondants tels que les porte notre copie.
GhfiiisoDnier A
— fccLi, v®Torna&a. En lieys seruir.
ccm, V® Tornada. Prix unolar (ni uoler?), engeny, seny ni scienca.
ccLin. . . Finit une autre chanson.
ccLim... Los angells... Los apostols... Los martris... Les vergens.
CCLV, V** Si m'auets toit amor del tôt la pensa.
ccLvii Amarch penser m'a venguts sobtament.
ccLin Joy (?) ne sogorn.
< Voyez la Codolada, etc., pag. 39. Ces chansonniers appartiennent tous au XV*" siècle ; mais nous croyons A et B antérieurs par le fond, G et D (plus semblables à ceux de Paris et de Saragosse) postérieurs à l'année 1450.
2 Nous signalons par ->,au commencement des lignes, les interruptions provenant de feuilles coupées, perdues ou en tout ou en partie non écrites, et par ... les passages où l'écriture est effacée ou peu lisible. Nous notons la numération (romaine ou arabe), quand il y en a dans le ms.
5
54 DIALSGTES ANCIENS
ccLin, v° Eu saj un prat bon ha fulhas e flors.
ccLx Resposta de Johan d'Oliuella. . . Autre réponse,
ccLX Altre. Jach. Bonet. Resposta primera de Mossen Sant Dainis (?). Autre réponse. Feuille coupée qui peut-être avait été la dernière du ms.
— ... 2* strophe. Mas quant mos prechs no vol auzir.
XXI En mi donch (dons ?) vey bondat e cortesia .
XXI, v°. . . 2® str. E quant vas autre no crey
Proxita. . . 2® str. Quaj (Guaj?) sim mostra brau aquelh
Sparsa.'Be volgr' esser tan beneuenturos
P. Dels parladors vulh per tôt temps mal dir
P. Si lo mon perre (!) deuia
P. Si per sentir de cor e de voler.
Autre pièce. . . Per gran pena
P. Sparsa. Puys he d'amor co qu'auer ne solia
P. Dels aymadors so li pus cossiros.
P. Dona del mon nos pens que per amors.
Madré por no me dar nada. Pièce castillane; écrit, plus mo- derne.
Cobles de la ballesta. Vna ballesta fas fer.
Guillem de Cabestang. Lo dois cossire.
Fragment d'une autre pièce.
Esparça. Mant homens son en est mon quez stan.
Partimens Amich nArnaut cent domnes de peratge [Lo Coms de Proensa].
Atressim pren. . . 2® etc. Souen me fay (!) [li] mey ulh men- songer. Amor e com es de me [Cadenet]. Aici com sel quiz aim'e no's amat [A. de Maroill], Mossen P. March. Al punt c'om naix. M. P. M. [Jom merauell], M. P. M. Dona val tan com de far mal s'esta. M. P. M. Donam platz ben arreada. Siruentesch de P. M. Tots grans senyors. Enigmes. Y. Revue des langues romanes, 2e se, III, 5. C. . .fan . . . , 2® str. Ab tal voler fes amor autreyar. Per. . . 2® str. Mas com nom par puscats fer falhiment. Si tôt me suy [F. de Marselha].
POETES LYRIQUES CATALANS 55
Tres« . . Tornada A la valent comtesa de Proensa.
«
Axi com. « . 2® str. Si ool signes que no canta ni crida.
Autra. Ben fayts pernen (!) amor que pauch vos costi.
Autra. Axi cant. . . Tornada Als set senjors trameti mon oomplanj.
Autra. ^ com per dol fenix quant es aritich.
Autra. Ab joj mou lo vers al comens [B. de Ventadom].
A Dieu coman vostra valor e vos.
f . Ixxi. La Rejna de Mallorques.
Ixxi, Y^ Ja no es hom tan prous ni tan presan.
Ixxni. Eras diray ço queus dey dir.
Ixxv. Arnaut Daniel. Lo ferm voler que dins el cor me iiitra.
Ixxvn. Bernart de Ventadorn. Amors e que m'es vijaire.
Ixxix. Guillem de Sant Leidier. Dompna yeu vos soy mes- satgiers.
Ixxx. Amor com faitz amar tan aut.
Ixxxi. Andreu Fabrer. Sobrel pus naut alament de tots quatre.
Ixxxii. A. F. Ja perdi vos mon cor e mon talan.
Ixxxiii. Autra. Lo tal (fol?) dezir qu'amor me fai intrar. Endressa : Na Beatriu .
Ixxxv. A. F. Elas amors tan pauc vos cal de me.
Ixxxvi. A. F. Del cor pregon mi parton li sospir.
Ixxxvu. A. F. Domna lo jorn que me perti de vos.
Ixxxin. A. F. Si'n lo mon fos gentilesa perduda.
Ixxxix. Serventes fet per A. F. per lo passatge de Bar- beria .
xc. A. F. Pus que stors suy del lach de la mar fonda.
CI (sic). A. F. Combas e valhs, puys, montanhas e cols.
cil. A. F. Balada. Ay cors auar sias rich de merce.
cm. A. F. Del cor me cuidave lexar.
ciiii vo A. F. Aram plats be com Tafan el martire.
A. F. Amors qui tost fer quant li play.
— Dança e scordit (scondit) 1" couplet. Lo jorn qu'ieu vi vostra cor gay .
Cobles. No m'azaut d'om (Mossen Jordi ).
Ya donal mon nom fara del blanch groch.
56 DIALECTES ANCIENS
. . . E per pasor. Voir plus bas Pus vey.
. . . 2*str. Essen per los fins amans. Tornada. Tal senyor ai.
... 2® str. Aylas quant cuidave sauber.
... 2® str. Li auzelets vey que per semblant festa.
Lamia(?) No me le digais mal. Pièce castillane ; écriture plus moderne.
Riambau de Vaqueiras. Bona domnaun conseil vos deman
R. de V. S [ieu] ai perdut mon sauber.
R. de V. Ar pren comiatper tostemps de xantar.
cxxvii. . . del Velhat. En breu veirem unafragor (?) abatre.
Li fait de Dieu son scur.
Nuls hom no val ni deu esser presats.
Gxxxiv. De pena'n mal e de mal enimartire. Tornada. Na sobreprets [Serueri?]
Com sia just que per gran mantenensa. Commentaire mar- ginal.
Cercats duy may jan siats bella e pros [Lo Mercader mal- lorqui].
Cel qui s'irais ni guerreg'ab amor [A. de Peguillan].
— CLV. . . Tornada. Mos gays désirs la vostra senyoria.
Luis Icart e Rejadell. [Tenso] 2® str. Mon crusells plany. -
. . . Dona presan on gran valor s'alberga.
Consolacio ô avis d'amor. Malaut e greujats Autra. Icart Eras quan vey dels brots [caure] la flor Tor- nada Castells d^onor. L. L. Deux sparses.
Johan... 2® str. Dons elhas fan de lur cor lur ministre Sparça.
Canso, Bacet. Una canso novellavuU xantar. B. Temps ha que gran malaltia. Coble del cor. Creure podets senyora valerosa. 0 vida mia oygats. Quelques lignes en prose. Senyora valen. Sparsa.
Dança de Nostra Dona. Ab letras d'aur per mesura. Mayres de Deu valerosa princesa. Astres nos fuig (?) pus tan sabers se planta Cobla sparsa diminutiva. Autre sparsa.
POETES LYRIQUES CATALANS 57
Bacet. Dir me conve si bem tinch Tengeny flach
Plant fet per la mort del Reuerent Cardinal de Tholosa fet per fra B. Terribles crits agrès provocataris.
Dansa. B . . . Tornada. Bella ses frau gloriosa.
Un drach fe[r]au8 va pel mon tôt correns. Endressa.
Al naut prélat Bisbe de Barchinona.
Letoari que fra B. ha fet per Garau de Massanet. Coraus amiehs.
Amar, seruir, honran, presan e tembre.
. . .2* couplet. Eras perdenmon repaire. Tornada. Bella ses frau. Parle, comme existant, du schisme d'Occident,
m
B. Yeu vos requir.
Pus auets bontats despesa
— Liyaltats .... nda. 2* str. Li auzelet vey que per sem- blant festa
Sparsa Ja donal mon.
Car vey en Peroney (?)
Autre. Atressi com Tolifant [R. de Barbezill]. Tornada. Tal senyor ai.
Si nay perdut mon sauber.
Amoros joy. Tornada. Corals blanchs dins vostr'agnella.
- Senyen Bernats dues puncelles say, Jacme. Respon vos donchs puisque ve'l temps dé mai. Bernats. Mos jutges pros en aquest partimen. Jacme. MossenRamonque bon entendemen. Sentensa donada per los jutges ço es per los vu mantenedors de Tholosa lo jorn de Santa Creu de may ab la quai fou con- demnat Bernât.
E quant m'es greu quant no remire.
Disputa dels hulhs ab lo cor e parla primer lo cor.
Totes ensemps no valen tan com una.
Un xipellet de vu fiors enramat.
Eres quant vey los arbres gen florir.
Tôt lo voler.
Puigs ( Puiys ? ) per amors fos près e mantenguts.
En amors es gaug e tôt alegriers.
Trasfort(?).Jovencel qui no a'ymia.
Père Trasfort. Ab fletxes d'aur untas d'erba amorosa.
L'estat d'onor e d'amor fet per Mosen Jordi. No pot ren dir
58 DIALECTES ANCIENS
ni far. Honor, Amor, etc. Tornada. Reina d'honor excellent Margarita .
Domna tôt jorn vos vaypregan.
Chansonnier B
[ Eu ] me cuydey que nom pogues .
Qu'amor val ( Qui amor vol ? ) gen retenir. Tornada. Reina d'onor.
Eras quant vey arbres e brots florir.
Feuilles numérotés (qui avaient peut-être appartenu à un autre chansonnier) depuis ccliv à ccclxxx (?) avec de considérables in- terruptions. Francesch de la Yia. Senyorade valor, La Senyora. Dixmossen sotsueguer, etc. Longue pièce en forme de procès. Le poète est qualifié de sotsvaguer de Gerona.
Vers tractant de la salutacio angelical fet per en Gabriel Ferruç ab lo quai guanya joya. Sancta dels sants excellent e suprema.
Requesta d'amor tençonacta per en G. F. ab la quai guanya
a joya Reyna de prêts doctrina dels saubers.
G. F. Plus flach son que nulha stopa [ Dansa ].
G. F. Complant'fet per la mort de Rey en Ferrando (+ 1410) en personade la Reyna.
Tenso moguda per en Gabriel Moger contra en G. F. stant en Mallorques per les dones de la dita ciutat. Senyor Ferruç vos qui tenits procura.
Tenso moguda per en G. F. an Garau de Massanet. Amich Garau en cuy fis près sagensa. // propose de choisir « Bandos ho playts e ses nulha valensa. d
Bernât Metge Seguiscal temps.
B. M. Jats queu sia.
Aci comença una Ventura la quai feu en Vicens Comes.
Aici comensa una requesta la cual trames un frare a una monge .
Passio amoris studens Ouidium .
Aici comenca la faula den Torroella.
Amis mon cuer e tout a ma pensée. Suivent le titre Cen[t] balades et plusieurs pièces françaises, la plus grande partie de Granson, Parmi ces pièces se trouve le nom de Jach. Scriua(!).
POSTES LYRIQUES CATALANS ^
Dansa de Figueres (avec une autre écriture). Si mor sim planch ne vaig ploros.
Clam de amor fer per F. Mort cujt las.
Lo bell guarda-cors que feu fraRamon de Cornet. Lo meu car fill un noble garda-corps. Preambol; iS strophes.
Jaume Rouira en lahor de uirtuts. Qui vol al mon délits prêts fama granda.
Seruentesch tôt uniçonant fer per en Père Cardenal. Si tots temps vols viure valens e pros .
Prose ajoutée. Miracles de Notre-Dame.
Aci commensa la historia de Amich et Melis (Écriture du XVI I^ siècle?) Une page.
Chansonnier G
P. March. lommeravell.
P . M . Al punt corn naix .
— Strophe d'une poésie incomplète. Tots los potents plens d'ergull et de vent (De P. M . ?) .
— LoditMossen Johan Berenguer de Masdouelles . Merce de mi hajes mon sol senjor .
Lo dit J. B de M. Dins un grau prat a totes parts e caire. Poésie allégorique : elle parle xles se]^t\o^s mais (les sept péchés),.
Maldit fet per lo dit M. Pus dau raho a mi de mal perlar.
Altre maldit fet per lo dit M. Ara conech ço que no co- nexia.
Lo dit M. Amich mostrau haver que us vulla be .
Lo dit M. Perquem digues que sens vostre voler.
Complants per depertiments. Un jorn mirant axi con far solia .
Loament. Lo dit M. Certes a tots quamor es cosa pura.
Lo dit M . Si prest nom val la vostra gentilesa .
Lo dit M. Pus per amor he de morir.
Lo dit M. Ja que lo temps nos vuy tal com solia.
Lo dit M. Jo vull j am la pus bella ques mir.
Lo dit M . Ara pus son si forts enamorats .
Lo dit M. Unissonant. De vos amor no puch ningun be dir.
Lo dit M. Caualler Amor me te incessantment lunjat.
Lo dit M. Pus nom feu be ni fer nol me voleu.
Lo dit M. So que no vol ma disposicio.
60 DIALBCTE8 ANCIENS
Resposta fêta à la predita obra per Mosaen Marti Gralla.
Lo dit M. Resposta. Mossen Francesch lo nohible 'guillo.
Lo dit M. Despuis partim de la bona ciutat.
Lo dit M. Destret damor ab cujtat anament.
Lo dit M. Pusque sabi la vostra senyoria.
Lo dit M. Tant he sofPert que pus anant ( auant ! ) sofferre
Lo dit M. Si James puch del tôt aconseguir.
Lo dit mossen M. Quant me sove d'aquell jorn que parti.
— P. March Be sabem tots.
Mossen Jacme March. Cobles de fortuna. Quant heu cus- sir.
Blaj Cesolles (Ceselles). Dona gentil e dexellent natura.
Mossen. Jordi de Sant Jordi. En mal poders. •
Les annuigs de Mossen Jordi.
Mossen P. Dez Puig caualler. Pus que bontats.
Mossen Auzias March. Molt he tardât.
Pastrana. Ara mon cor me coue descubrir. Tenson entre lo cor et lo cors,
Tresfort notari Gran carrech han huy tuyt lom de peratge .
Père Johan de Masdouelles. Dona donor qui viure vol ho- nesta.
Cobla segons la qualitat d'un fat gros qui pensa molt saber lo quai no vuU dir, fêta per lo dit Père.
Johan. Tôt ignorant se pense molt saber.
Cobla sparsa fêta per un home d'onor qui ha perduda la vergonya fêta per lo dit P. J. L'ome d'onor qui tronqua la pe- raula.
Maldit fet per lo dit P. J. Temps es estât quen anaueu pescar.
Altre maldit fet per en P. Johan en la setmana santa Liu- radeus sou a mi no per amor.
Johan Fogassot. Si be non sent enves lo foch d'amor.
^Tornada d'une autre pièce. No se quius sou ni quius vuUau .
Resposta den Guillem Tinter (?).Per lo just do que demanau. Tornada. Fra Vilagut.
Guardia. Monsenyer meu per conseguir ( Dansa) Tornada. Bon caualler no sia smair.
Johan Fogassot* Fins aci me 'beu mostrada.
POBTES LTRIQUBS CATALANS ô1
Senjora pus pietat •
Lo conort de Fràncesch Ferrer*
«
De gran dolor cruzel ab mortal pena.
Lay de Père Torroella. Qui podra veurem(sic) en pobre stat.
Luis de Vilarasa. Les V balades.
P. Torroela. Si voleu, enamorats.
Luis de Villarasa obra unissonant. Quant yo no (!) pens que ja no puch entendre.
Père Torroella ma fêta. Enamorats los qui per ben amar .
Mossen Jordi caualler no sia smair (I) Enyorament ennuig dol et dezir.
Gomiat de M. J. Souint sospir domna per vos de luny.
M. J. caualler. Dauer lo nom e lo dret tall daymia.
M. J. caualler. Ara hoyats.
Mossen P. de Queralt caualler. Ses pus tardarmen e de vos partir
Vilarasa. Lennuig es meu e vostrel dan.
Mossen Auzias March. Deux pièces connues .
Rambautde Vaqueiras. Bona dompnaun conseil vos deman.
Mossen Jordi de Sent Jordi. Tots jorns aprench.
Ramon de Cardona preuera. Lo vostre sguart ences Fau- trir granflama.
R. de C. Amant amor d'amor suy ben amats.
Deseximent e comiat fet per Blay Seselles. Per a tots temps hay cremat Tincensary.
Pau de Belliure. Domna gentil vos m'encolpats a tort.
Lo setje d'amorfetper mossen Jordi.
Coble equivocada fêta per mossen Jacme March a mossen Père March. Resposta fêta per m. P. M. à m. J. M.
Mossen Jordi. Un cors gentil .
M. J. Désert d'amichs.
Mossen Bernât Serra. Pus soy destrets.
Chansonnier D
f. 25 Perello (nom ajouté en écriture moderne)... perque dells veritat podeu creure.
26. . . [p] assat yo viu Guillem de Capestany. Fragment de la Gloria de Amor de Rocaberti.
26 v* Macies Pus veho que mi dolor {pièce castillane).
62 DIALECTES ANCIENS
35 (?) Obra fêta per mossen Auzias. March coj^onada.
Es requesta de amor de Madame sans Merci (en écriture plus moderne). No ha gran temps caualquant io pensaua[r7*ad. (TA . Chartres, par Oliver),
37 Vq Auzias March. Quelques pièces connues .
45 Mossen Jaume March. [D]os sou los alts segons lo meu parer.
46 Auzias March.
54 Mossen] Jachme^March. Un sobres pler mes vengut per lo veure.
55 Auzias March
93 (?) Complanta. Délit nom ve per me dir gran tristura. Sparça de P.Torroella. Per très migans son poder abilita. Complanta de la mort. 93 v®. Ho (?) [mon] car fill continuu
per tu mor.
94 Lahors de P. Torroella. Callen aquells abzegats per amor.
95 yo Figueres. Lahors de sa senyora. Enteniment saber ne sente nsia (? lisez fentesia).
96 Vo Obra de Figueres ab la sua oracio
97 Maldit en cobles de Masdouelles. Pus dau raho a mi de mal perlar. — Suit Masdouelles.
Débat de mossen Masdouelles ab amor. Parla primer lo dit M. 13 répliques avec leurs tornades.
133 Canço damor tençonada fêta per Arnau -March.
134 Mossen Bernât Serra. Pus so destret nom tengats a follia.
134 VpJMossen Jordi. Désert damichs. . . 135 vo M. J. Un cors genill. . . 136 vo [L] ennuig es meu e vostrel dan. 138 Obra fêta per Ffranci Guerau perlahor de la nobladona Leonor de Cardona. Quim pora [dir] donzella virtuosa.
138 yo Altra fêta per lo dit Ffranci Guerau. Si col malalt quant la febrel combat.
139 Sparça com lo questa sentenciat a mort.
139 vo Altra obra fêta per lo dit Ffranci Guerau. Un gua- rant (sic) enuig.
POBTBS LTRIQUB8 CATALÂ19S 63
140 Gomiiâ^ demossen Jordi.
140 voCobla èquivocada fêta permossen Jachme March, etc.
141 \ltra sparsa fêta per fra Vilagut. Certes dich pus que la millor.
Aiu^res sparses de mossen Corella, Luis de Requesens, Franci Gruerau .
144 Mossen Jordi. Aiustat vey.
Mossen P. de Queralt caualler. Sens vos {lisez pus) tardar me ve de vos partir.
145 Mossen Jordi de Sent Jordi. Tots jorns aprench. .
146 Desaximent e comiat d'amor fet per Blay Seselles.
146 v® Pau de Belluire. Dompna gentil vos m'inculpats a tort.
147 En Guillem de Bergueda an Père de Gauseran. En Gau- seran gardats cal es lo pes. Respos den Père de Guauseran. Sener Guillem lo pes que dit maues. Cette pièce a été ajoutée,
147 vo Lay de Père Torroella.
152 Vo Lay de Marti Garcia.
153 V® Obra figurativa ab rims estram's en y lahor del Rej fêta per Dionis Guiot, notari de Valencia. Reys magnifichs trop me per causa folla.
154 V® Mossen P. March. Quant eu cussir ?
157 V** Blay Cassolles (sans doute Cesselles;. Obra encade nada, corrigé, cruada Dona gentil e d'accellent natura.
158 Altre obra fêta per mossen Jordi de sant (?) [Jordi] Uni- çonant aperiada la meytat En mal podiers .
158 VO Mossen, P. des Puig caualler seruentesch. Pus que bondats .
159 Débat del cor ab lo cors encadenat e unissonant fet per en Pastrana.
160 Trasfort notari unissonant croada. [G]ran correg han.
161 Johan Roquafort solta e croada. [EJnamorat no fou mes de 1 solda .
161 Depertiment fet per soit et encadenat. Tots mos desigs e pensa tan joyosa.
162 Luis de Vilarasa. Les V balades.
164 Gabriel Ferruig requesta damor ab rims crohats e encadenats ab ampelt e bioch tôt soit e capfinit, Reyna de
64 DIALECTES ANCIENS
prêts doctrina dels sabens. Resposta de la enamorada. Repli- cacio del enamorat. Replicacio. Tornada. Resposta.
164 v° Johan Fogassot notari en lahor de la venguda del Rej solta ab rims crohats e un perdut. Rey virtuos.
166 Valmanya.
166 vo p. Torroella. No m'aiut Deu.
167 P. T. No sent ne veig. . . .
167 v® Ara pots fer amors tes voluntats.
168 vo No so partit e partint me partia.
Francesch Ferrer. Qui be serueix lexan que grat ne ten.
169 yo F. F. [D] e fi en fi uos am tan finament.
. . . 193 Altra obra so es maldit fet per en Simon Pastor. Per diuulgar lapractica maluada.
193 V** Anthoni Valmanya obra intitulado Sort, etc. ?
206 V® Altra obra fêta per lo dit V. per una senjora que repta son enamorat de desconexensa. [Q]uala vuj es que per amor lenguesca.
208 Altra obra apellat escondit ab la quai obra Fenamorat demunt dit se escu^a de la colpa falsament imposada per sa 'namorada. Quai es aquell ennemis (?) qu'a bastat. Unisonant et maridat compas.
209 V® Altra scondit fet per lo dit V. scusantse e desan- colpantse de una colpa falçament imposada. Novellament he sentida Tempresa. Dans la marge. Fou espandida la pré- sent escusacio diumenge a ti de maig any m cccc lviu pér mi A . V . en lo cor de Valldoncella bon se ténia consistori de la canco (tanço ?) del sastre e del argenter quai offîci merexia mes honre[s].
211 V. Junt es lo temps fer de ma dolor crida.
1. — GuiLLBM DE BeRGADAN AN PeRE GaUSBRAN
En Qauseran, gardats quai es lo pes
Que porti eu ses poderlo tocar ;
Pousar nom play, vuU e no pusch portar,
E sil me luny ser[t] say que mes me pes.
Lop es nomnat, lop es e lop no es ;
Mas so quel fech clapat de nègre e blanch
POB TBS LYRIQUES CATALANS 65
Desigs^en mays qui est fait' de carn e sanch Qu'eu desiguantz pendre fuy primer pes.
Respos d'en Pare de Ganseran
Sener Guillem, lo pes que dit m'aves Gint portaray, sil pusch ferm abras[s]ar, I enquer'grieu mort me playra sufertar, Pus deffallins sobre lo pes caigues. Vos forets gay s'est lop Tanquam *^mordes, leu si mon cor ab fort arrap m'arranch ; Son beil clapat ha fayt catiu de franch A uos assats y assats à mi de mes*.
2. — Tenso* (Senyer en Peyres)
Car vey en Peyronet * ploran Venir ab n* Arnau tritxador, De tots mos amichs ay pasor E demandels ab regart gran : , Diatz, amich, e com estan Mes payres ' el Rey mon senhor ® f
Sius han fait onta ne dan. Ni hauets trobat robadors *, Diatz ho, car vengar vos han Mant homs *° que sia de valors ; E tornatz vostra ** plor en xant, E parlem d'armes e d'amors.
^ Ms. se deig*t ^ ^ Ms, fonch — » Jlff. lenquam. — * Cette énigme n*apas le sens aussi mauvais que le pouvait faire croire le nom de Ber- gadan; il s'agit, à ce qu*U.paraitt de célébrer une dame appelée Lop [on se souvient de la fameuse Loba de Penaultier) et ayant une tache (clapat) de ceUes qu'on attribué à un désir (desig) de femme enceinte.
- 5 Le Chansonnier A contient deux transcriptions de cette pièce. Lapre^ mière [A] a perdu les deux premiers vers et conserve seulemeru. . . e per pasor Ë demandels.. . des deux suivants. Nous donnons la seconde dans le texte- — 6 Peyroney (pour Peyronell,)*?— ^ A. parens. —^ A. senyors. ToviJtes ces finales en or devraient être sans s.— ^A, raubadors.— *o^. hom.
— ** -4 vostre.
m
66 DIALECTES ANCIENS
(Peyronet)
Major pasar agues entan^ C'om vis fugir en mil sols d'or% Can ' la bandera de color D'Anglesola vos vis denan; Senj' en Peyres, pats ab ajfan Pusch* dira bon entendor^.
D'Anglesola trasques entan
Senyor li vostra posador
A despit ez a desonor ®,
Ë no li hauetz fait deman;
Perqu' yeu hich ' suy vengutz ploran
Ez ab mi n' Arnau tritxador.
3. — Là Retna de Mallorques *
Ez yeu am tal que 's bo e belh, E suy gaya col blanch auzelh ' Que per amor cria son chant, E suy senyora e capdelh. Eu vueylh qu'en am[or] (?) nos n'apelh, Car sus totes suy mils aman, Que chausit ay lo pus presan Et mils del mon, e Tame tant Quez en pensan lo cuey veser E car tenir ; E cant no 's ver Un desesper me fer ten gran *°, Cant lo say lay ves Ffrança. L'anyorament el gran désir Qu'ieu ai per vos, me cuid' alcir.
^ A. Maior pasor agaes l'altr* an.— 2 ^, ves fugir ab mil sous d'or {lisez milsoldor). — ^ À cand.— * A. Pux. — ^ A. cntendador. — ^ À. e a d. — ' A. hic— 8 Nous croyons qu'on peut lire avec sûreté Reyna et non pas Ffemnaou Domna.et que cette reine-poète fut Constance, fille d'Alphonse IV d'Aragon, laquelle se maria en 1325 avec Jacques II de Mayorque.— 9 Ms. solelh — »o if*, gen.
POOI^ÏS LYRIQUES CATALA^^S 6^
Mon dois senyor e car, E ben Uey poray tost morir Per vos qu'ieu am tan e dezir, Si breu deçay nous vey tornar, Que tant me tarda Pabressar
El raysonar
E tota res ; E quant me pens queus n'ets anats
E no tornats, E quan lunyats vos etz, Desesperatz caix viu mon cor;
Per pauc no mor, Si breu no n'ay guirença.
Tornada
Mer ce, mairits, que sufren pas
Los mais quem dats e donchs tornats,
Que nulh trésor
No val un cor
Que per vos mor
Ab amorosa pensa.
4. — Danca de Nostra Don Bacet*
Ab letras d'aur per mesura Seruiray lausors notables De vos, humils verges pura, Mayres de Dieu redutables '^ Fflors mot belha d'auta planta, Vegats quem' fay vostra forma : Can myr luy elha diforma (!) Mos grieus mais e ma complanta; E per santedat queus mura De virtuts incep arables Trespessats tota natura, Mayres de Dieu redutables. Peyra fina preciosa,
^ Ce poète était presque inconnu ; c'est pourquoi nous donnons cette pièce, qui n'est pas des meilleures en son genre, -'^ Ms. redubtables. — 3 Ms qnom .
68 DIALB0TB8 ANCIENS
Despuys que Dieu fech lo segle, Van per dret compas e règle Le trobador, Virtuosa, Lausans tug vostra figura Ab novelhs chants e agréables, E de vos laus nols fretura, Mayresde Dieu redutables. Tots vostres laus quils por dire ? Qu'autre mays Dieus nols diria, Tants son e de tal valia, Quel pus mendres sech remire A sent Bernât, que'b* gran cura Vos lausa d'innumerables, E fech sagrad' escriptura, Mayres de Dieu redutables.
Tomada
Belha ses frau, vestidura Dels paubres nuts misérables, DesUiurats nos de tristura, Mayres de Dieu redutables.
Endressa
Cauelheresa d'altura De rendiment (?) onorable Madona Costabeura (??) Legits los prédits vocables,
5. — Pau de Belluiure^ [Chans, C)
Dompa gentil, vos m'enculpats à tort : Si^ m'aiut Deus sotsne mal informada. Car per Tristany no fon sa don'amada
1 Que'b ou qu'eb pour qu'ab. On trouve souvent dss cas semblables
- On connaissait un seul couplet, souvent cité par une allusion au Vir- gile magicien, de ce poète, qui, d'après Auzias March, per amar sa dona lorna foll. La pièce qu'on va lire ne manque pas d* intérêt ; malheureuse- ment nous avons oublié de noter les variantes du Chansonnier D,
3 Ms. Esi.
P0ETB8 LYRIQUES CATALANS 69
Mils ne tant ferm ne pus leyal ne fort, Que n'es per mi la dona qu'es leyal, Can yeu vey cert qu'en vol hu a cabal ; Mas quant eu vey dos pardals en Tespiga Reneg d'amor e dig vos que no liga.
Perque no preu lo valent d'una flga Dona del mon ne val [p]oyrida* malla, Qu'en l'uy d'altri veu patita palla, Ez en lo seu no veu la grossa biga ; Ans la preu menjs que fanch ne podrit fems Ë vull la mal com marinier mal temps, E crech que [a] Deu sia caus'anuyosa Dompna vestir la pel de larabosa.
Nou hu dich per vos car say qu'ets valerosa, Mas parle tan per les que fan malesa Rompent l'estil de vera gentilesa, Dans fel per mel e carn pudent per rosa ; Les quai no vull amar, ans las desam, Puiys fan ab art dos peys caur'en un am, E simbell fan d'amor ab traydor loure^ ; E no stan bells dos coltells en un foure.
La^ cruseltals de dompna que nom planya Qu'ab un sguart tôt sol me pot ser metje, E nou vol far, com si fos hun aretge Contra la fe, de merce fora stranya. Donchs perqueu fayts ? cuydats fer benefici En dar Famor [a] hun sol vassall afflicte, Qu'ieu contra* vos jamay no fi delicte Perquem tingats en hoy hi en deffici.
De Dieu tôt cert e de gents haurets blasme, C'aissim fassats morir en crusel signe; E'squassejant me d*un sguart bénigne Portât m'auets al derrer punt de spasme
^ Dans le ms.^ la première lettre de ce mot a été bifféç. ^ James Falcô no veach tant prest al ioure.. . Em feu simbell d'una alcandora iinda, F. Lavia. 3 Jl9. A. — ^ Ms. coneix.
6
70 DIALECTES ANCIENS
Qui s'es, nis pus* Tenerbat colp profonde ; E si merce ab vos breu nom recorre Morray sobtos, pus vey la mort quim corre, Mas sii^s volets quitim farets e monde.
Tornada
De vostre tort a vos mateix' en clam Dienme fais qu'en diversos lochs am, Ayci com mants qu'enveje los fa meure : No menjen Tos nel volen lexar roure.
6. — MossEN Jaume March^
[D]os son los alts segons lo meu parer
Ab que amor fa sa perfeta obra,
E del hun sols alqun pora esser
Un poch temps près, ma sa libertat cobra ;
Que no stan ^ pus lo durar d'un cars tal
Sino en tant com se tardai partir,
Si sta be4 Pals don Taltr' ait deu venir,
Sens lo quai res noy ha perfet ni val .
Siy son abduy vos dich que ['s] cas mortal, E tal que ans vos porieu morir Que Ver remey, si s'en volgues jaquir Amor axi sens [c]obrar pus j ornai ; Per que nos pot fer sens una manera Qu'ell ha de far una tal egualtat, Quel loch don ve l'occasio primera Haials dos alts e no sia scusat.
D'aquest dos alts lo primer [es lo fat (?)] Qu'om ha tantost sol vehent la persona, Jove gentil ab gest pie d'onestat E molt de bons de[ls] que natura dona. Aquest aytals mou del ulls e primer De[u] dar al cor que altre mouiment,
i Ms, mis pos ?
* On cùimaU peu de poésies de oe célèbre chevalier^ auteur d*un Die- tioQaire de rimes et l'un des fondateurs du Gonsistori del gaysaber de Barcelone. — > Seau? — ^ /l parait que le sens exigé : Si no sta.
POBTeS LITRIQVRS GATALANS 71
Per que tal ait sino 's primerament No pot depuys esser tan vertader.
Enapres ve Taltre queus dich darrer Quen Tesperit fa son bon fonament^ Car vol bondat, graci' e sentiment Ab gentil cor, seny, vertut e saber. De cosas tais e semblants s^acontenta L'enteniment hi s'i va délitant : Aquest es Tait que dona la empenta E des amar (?) ver' amor reffermant.
Tais son los alts e semblant virtut han Que daros fa[n] la bona soldadura, Ab que d'amor soldats amig fan gran ^ Los dos volers e [s] fa Tobra que dura ; E jo per ço li suplich tan com soe Que pus en mi vol tan perfet obrar, Dantmels dos alts que nos vulla cansar, Ans lia on sap los vulla dar tambe .
Tornada
Digna de m oit, eu a vos ^ clam merce, Que si amor de mius voira tocar. No li vullau gens en res contrestar. Ne guardeu so si maresch tan de be .
7. - MossEN Pbrb March
Dona val tan com de far mal s'esta ^, Ez a coselh de bon hom vol atendre, Es * guard d'aço que mal la pot apendre E ques albir si fa mal ques sabra ; E que bes guard de tôt' auinentesa E davol gest e de mal perlamen, E tema Dieu el marit examen E quen bondats pensa mais quen bellesa.
* Ms. anuig (?) afan gran . — * Ms. cabos. ^
« Ms. c'eata.- « Ms. Ez.
72 DIALECTES ANCIENS
8. — MossEN Père March
Dompnam platz ben arreada
E caualhier ben armât,
Ë donzella enfresada
E seruen arremengat
E caual ab gran illada,
Ardit e be afErenat
E sufren la trenujtada.
[Em platz veser host parada]
En loch pla e ben p[elat],
E veser foch e fumada
Es enemich assenât
C'aia tenir tots jorns bada,
E no si'asegurat
Si donchs no'sta dins murada.
E platzme * la'nemorada Ab lo cors prim e delgat, Ab ques tinga per pegada De me per enamorat, E quem fassa gran hulhada Per tener mol cors ^ pegat Ela quan sera prejada.
Enquer hi a plus quim agrada Senyor ben amesurat, C'om nol seruesca de bada, Ardit e franch ses bàrat, E que tinga gran maynada Segons Fesser que es dat, Que Tais es causa trop fada.
[Tambem platz grossa cassada, L'exir] del sol esp[erat], E que fos aperelhada Missa [per] clerga espectat,
' Ms plalme. ^ ^ Cor ? Ce serait plus digne de celui que Santillann qua- lifie d'aïUeur de proverbes de grande moralité.
POBTBS LYRIQUES CATAJAiNS 73
Baxa que no pas cansada,
Sino'n dia feriat
Per fer la festa honrada.
9.— ESCONDIT PET PER MoSSEN JORDi'
Tan son li mais quem fay sofrir Com nom cresets, dona valen, Que de cert vos am leyalmen, Quel cor del cos me vol sortir.
Lo jorn qu'eu vi vostre cors gay Al pun[tj quem mis en vos amar Mon cor nos pot certes lunyar Un punt de vos per autra may. Donchs cresets me qu'ai no désir Ne tinch null altre pensamen Mas sol qu'en puxa finamen A vos amar e car tenir.
Si nous dich ver que (eu?) prech aDeu
Que [de] tal crim si' acusats
Don prenga ^ mort apedregats
Per mans d'un malestruch jueu,
Si que planguts d'aycell martir
No sia pas de nulla gen,
Ans me censelmen mal disen',
E ma fas vengan escupir.
Si non dich ver, qu'ans de ma fi
Ab ira fort me desesper,
Que l'arma [e]l cors ab Lucifer
Dimonis mil porten prop si,
E nom puixem may saboUir,
Ans per tots temps haje turmen[t],
^ Cet escondit, quoique différent dans la forme métrique, est três-sem- blahle dans le fond à ceux de B. de Born^ Petrarca et Mallol. On peut observer que les deux poètes catalans se permettent des menaces encore plw horribles que celles de leurs modèles. — ^ Ms. prenga. — ^ Ms. Ans mal (lisent me censelmen. Nous ne connaissons pas ce verbe, qui est ])iiutrétre corrompu*
74 DIALBGTJBS ANGI^W
£ no trop amich ne paren, Quem vuUa be sino mal dir.
Tornada
Castells d'[h]onor prech Deu m'asir Ab tots los Sants, si coralmen Nous sp ôs corn leyal seruen, Eus vuUaamar sens defallk.
10. — . • . DE Velhat (?) *
En breu veurem una fragor (?j^ abatre De vas mig jorn que[l] mar fondra pels camps La flor el frug, pujs sera tans grieus fams Que d'alguns bons costaral dine[r] quatre ; Apres la mort perseguira tan yida Quels pochs e grans alcira vint à vint, Si que dels vins no restaran lo quint Del solelh colch tro Tinfernal pertida.
Car us grius vey que sus TEsglesia crida Ffaren del bech al portai de la fe, Hon poch a poch lo pilar quil soste S'aûequeseix e chay deuers Tasida. Perquè Testors met la perditz a clusa Sus l'altar vil (î), on se beura del sanoh L'aygla gentil que sap visar al ranch, On ronicornpels aguilospren musa.
Pero nol val doctrina d'art confusa, Si manifest non adust per simbell Lo cor, el fren dun blanch laupart nouell Noyrit de leyt o de carn d'ome crusa, Neta de crims*, sens carn al payre nada En temps d'iuerns e de guerres duptos, Ez autremen non aura dels ayglos Tro si' ab * joy la colompna dressada.
^ Cette pièce, déjà nalurelltiment obscure, l'est devenue davantage. }i(ir la corruption de son texte. ~ ^ Ms. frayor? — ^ Als crins - ^ Ms. si de.
\
POSTES LTRIQUB8 C4TÂLANS 7$
Mas dubtans [qqvb qwb] triga Ha joroada
Cessiran trop, car un drach molt cruzel
fVeuran]* orat volar sus vas lo cel,
Que geta foch stant gola badada ;
Lo quai foch creix e destrutz e derrocha
Yiles e borchs e castells e ciutats
E trencha murs e portais e valhats
El plus, el mils del remanen que tocha.
Per ayços pert sobrel fluvi la rocha Per on s'enclau la gran vapor del fum, El golf stem don spirital lum SotratsT aurelh' a la serpent badocha, Moren Testorc* en la val tenebrosa
9
Qui's Tabre vert, per qui fonch peradis Ubert ab gaug als deuots pelagris Ques eren ôlhs de virginal sposa.
[Toroada]
Mos belhs safflrs, vos ets mar preciosa Qu'esta ' forest enclau e' ncircuncis, On crex le past que Folifan noyris Qui deu portar als f ranchs vide joyosa.
11. — ANONYBffB
D'un xipelet de vii flors enramat Vos fiu presen per vostra cap garnir, E son les flors la blanca flor de lir, Kautra gessem plena de gran beutat ; La tersa es una belha' nglantina, La quarta es la gentil clauellina, La quinta es viola ben olen. Les autres son gaug e rosa brulhen.
Del liri flor s'enten quez est molt bella, E del gessem s'enten quez est molt blancha, La'nglentina qu'est conexens e francha, E del clauell qu'est ferma ses parelha ; Acompar [a] la viola saber, E la del gaug que sots blanda y ver ;
' Ms. . .en — - m s. lesturç. —^ Ms. quenta
75 DIALBCTËS ANCIENS
Lo roser es quez acul&îr sabetz
De totes gens segons valen lurs prêts.
Margarida, lo xipellet vos do Car er ysnell j dret (?) sobre la testa Qu'eu cuit * de fior de flors deu esser lesta, E vos belha prenetz * lo sius par bo ; Be que milhors lo merexets cent tan, No guardau elh mas sol [lo] bon telan Qu'ay de seruir vostre cors auinen, Valons e bell, grasit de tota gen.
Tomada
Belha domina, vostre cors ben stan Enten e pot e sab e val aytan Que tôt lo mon n'es d'uymay conaxen ; De mius recort qui suy vostre siruen.
12. — Andreu Fbbrbr*
Si'n lo mon fos gentilesa perduda Eu saj lo cap de la fon qui la dona, Qu'ins en Postal del pros coms de Cardona La trobarets que nos camge nés muda ; On près, dompnejs e valor fan hostatge E nojrimens e man faits ben stants Que saubon far les pros dompnes presans Qu'en celha cort menon gran alegratge.
Qu'anch pus Artus fech d'aquest mon pessatge
No crey que fos cort de tanta valia,
Ni ten plasens, ten gaya, ten jolia
Ne ten gentils^ tan baud'a mon uisatge ;
Car noj vejrets argull, cima ne brancha,
Mas l'acculhir honest e gracios,
El gen perlar, el gay dits amoros
Als strangers, ez humil cara francha.
4 Ms. quez aut*f — 2 prouetz (î).
'^ Andreu Fabrer ou, mieux, Febrer, si célèbre comme tradiusUur de Dante. On ne connaissait de lui d'autre œuvre originctle qu'une strophe ritée dans le poëme collectif de Torroella .
POETES LYRIQUES CATALANS '7
E tôt primer a qui beutat no mancha Lay trobarets Tauta valent comptessa, Qui de valor e de grandaproesa Val mays qu'Isolt ne Serena la blancba. A luy va be semblant dona Johana, Que'b belhs aculhs e grecios peruent Se fay gresir, amar a tota gen E plus d'aycelhs ques de terra londana.
Nom lays a* dir celha qu'es la fontana
De gay comport : c'es (?) dona Francesquîna,
Car sus la flors es vioF argentina
Qu'el temps gentil naix et floreix e grana.
Na Sobre-Joy mirai de gentilesa,
Don' Elfa us dich, que Deus voch ton bell far,
Lo sieu gay cors de prêts sobrepugar
Qu'el, mon no crey altra pas de belhesa.
Altra n'i say en qui natur' a mesa Gentils faisos e'morosa peruensa, Don' Yolant que'b gaya captenensa Ab dois sguart mostra sa gran noblesa. Na Beatris d'Anglesola s'auansa • Lossanamen los stranys aculhir E Johana Pineda qui felhir No sap, n'enquer Elphita la de Ffrança.
[Endressa] Vaiten xanso lai on valor s'atanca Al Coms dels Carts qui sab prêts mantenir ; E s'en no say tôt son laus expendir, Yeu lo sopley que nol venga pesança.
[Tornada]
Angel, noy ay alors ma confiança Mais solamen en vos quim fayts jequir D'ira, d'esmay, de dol et de cozir, Can me soue de la vostr' amistansa.
- Ms. laysba
78 DIALECTES ANCIENS
13. — SiRUBNTESCH FET PER AnDREU FaBRBR PER LO PASSATGB DE BaRBARIA
Doloros crits, ab vois * braua, terribla, Fellonament de vas mig iorn nos crida ; 0 crestians ! fenits tots vostra vida, O recobratz Dieu veraj impassible, Ques a nos han ^ près en ^ gran vituperi Li * Serazi fors de son tabernacle, Ë tornats lo laut (?) denant lo trinacle, 0*n la pena del segrat^ ciminteri.
Qu'er e$ lo temps pel diuinal misteri
Predestinats, e'n coue morts abatre
Tots los Infels qu'en las parts del mon quatre
Del Crucifix metreso l'aut imperi ;
Say comensant per terra de Granada,
E discorrent tota la Barbaria,
Que del sol colch tro lay on naix lo dia
Non reman us de lor secta maluada.
Ë donchs prengam tuyt la santa cruzada, E comensem crusel batalha fera. Car lonch temps a que'b gran joy nos espéra La grand'[h]onor quins sta aparelhada ; Car lay veyrem trocegar [e] scuxendre ® Morts per quartiers e volar caps e troces, Intrar murs forts, torrçe ' castells per forces, Que nos pora res contra nos deffendre.
La nos dira que no pot mays compendre Lo preyon pots del infernal abisma Dels sperits qu'exiran del morisme, Car al intrar feran lo portai fendre. E noy haura Satans qui plus ne vulha Ans diran tots : gitat los al * defora ;
1
M8, vetz. — 2 Ms» que ce no say. — » Ms. e. — * Ms. E. — « Ms, penat dei cegrat. « Vostre cors vey e trencar e scuxendre. Anonyme : 0 gran dolor. ■^ Ms torç e ( tors e ? ) — ^ ^y^. lor los.
POETES LTRIQUB8 CATALANS 79
E H erusats orid9i*an ar es Fora
Que*l lach d'infern tots los moros aculha.
E tombaran com fay la sequa fulha
Dels cims, dels brancha quel forts vent enderrocha,
Barbres e turchs, alarps els de Marrocha,
E nos ûren pendrem la lur despulha,
Meten a fons e gitan foch e âama,
Viles e borchs, lochs ciutats e mesquites
E no curets que ne sia la quites
Si donchs lo nom de Ihesuxrits no clama.
Mayres de Deu, a vos sola reclama Qu'ets segars port de la nostra ventura Lo poble Xrist, quel guardets de pressura Dels inimichs quels peccador[s] aâama, Sopleyan cel qui fon sus la colonda Greument batutz per Tamor quens hauia, Qu'entre los sants benehuyrada sia En Peradis nostra vida segonda.
[Tomada]
Angel, per ço que Taspra mort nom tonda Digats per mirent jorns TAue Marta Quem promates, car en la companyia Dels sants crusatz passi delay vas Fonda.
14. - Andreu Fabrbr
Pus qu'estorts suy del lach de la mar fonda
Mayre de Deu, reclaman vostr' aiuda,
Mos genolhs flechs, ab cor ferm qui nos muda,
Rendi merces a vos, pura flor monda,
Quins hauets trayts de perilh ten saluatge
De l'aspre mort e del aygue pregon
0 s'erem* tots cabucat ins al fon
Quan vos, Verges, nos trasquetsdelpelatge.
So fo celh jorn que segjuin lo viatge
Ms 1er an î
80 DIA.LEGTBS ANCIENS
Dels sants crusats, fom lay deuan Mallorques, Quan Tenamich nostres mayres exorques, Volch de nos far, gitan nos a carnatge; E l'aura forts ab molt gran felhonia E mar traues nos saltet al deuan, On tuit forçat Verge vos recla[majn Desemperem tuyt nostre companya
E cridan tuit: valons Santa Maria, La mar, el vent pugan tostemps a Torça Tota la nuyt tro que per fina força Tornam* atras layssan la dreta via; E perilhan sus Fonda quins portaue Agolflanssat nos lexem correr jus, Mas, Verges, uos nos vinguets al dessus Quins desUuires de Taygua quins sobraue.
Car per mants lochs saltan nos trespessaue L'onda corren de proa fins à popa Que nous fech ^ ges calafatar d'estopa Postes ne trauchs, car dedins nos intraue ; On fayta fon entre nos mortal crida Merce claman ab gran plants, ab granvotz A vos, Mayre del Senyor sobre tots, Qu'en aquelh cas saluassets nostra uida.
Car le[s] satans fais hauia bastida Celha'cayso per torbar nostra 'npresa, Per que no fos crestiandat estesa Entre la gent que lay Tan scarnida De ves Marrochs, on tost perdra la renda Del Serazis que lay ten alcegats, * Ois tindra tost en infern cadenats Car Dieu nol vol mays lur secta s'estenda.
15. — Andreu Febrer
Sobrel pus naut alament de tots quatre, Prop del cendier on la jusana roda
* Ms. Tornan. - '^ Ms. tech ?
POETES LYRIQUES CATALANS 81
Celestials naut'ab sa fredor tempre, Perqu'eu pogues d'aut abax apercebre Montech amors ymaginant ma pensa L'autrir e vi set contra set combatre; Mas de valor vengren en egual pati, Nos pogren ges senyorejar per força Es us sol cors hac lo pris de quatorsa
Pels prims set pre nch set mouments mouibles Qu'ins lo gran torn de la mundana spera Son colhocat pel Vagilant i * Fabra Distinctamen en set graus per dreg orde . Al prims del quais pus baix la Luna régna E le [se]gon Mercurius, pus Venus Qu'es le terciers, lo quart loch senyorea Le Solelhs clars [e] lo quint Mars ocupa ; Pus Jupiter, pus naut sta Saturnus.
Per l'un d'aycests segons cors de natura En aquest mon cal que 2 [tôt] mortals visque Per calitat ab que fay acordansa Al punt que naix ab la ^ua planeta ; E puis obran mal o be, ques que face, Si tôt Deus fe tota res que fos bona, De lay de çay ^, per virtut causitiva; Donchs tuyt li be que son fayt en lo segle Han près de tal materia lur forma.
Li autre set que 'b lur manauen * guerra, Qui de valor portauen sobreuesta, Ay ben ausit que foron vu regines Ezenea^ , Dehiphile, Sinope, Semiramis, Tauraris e Lampheto E la valen de cor Pantasilea, Qu'ins lo palais de gloria mundana Foro per vu miralls del mon scrites ; On près gran laus natura femenina.
^ ? Ms» magiianti ?— ^ Ms, calsque. -^ ^ JAs, cay.— ^ Ms. manamen.— s Us, Ëz enea.
St DIALBGTES ANCIENS
Aquestes vii de tan com pot spandre Vas orien ne mig iorn que mils tanoha Terra ne mar, ne les palus d'Uzerna Del Port del Ferr ultra la Mar de Caspis, Part Camballesch tro la regio freda, Per llur esforç e batalhe mot aspra Donan, gastan ab franquesa mot granda Hagron lo pretz e Fauta senjoria, On foron dreig al prims vn comperades.
Celha qu'obtench lo prêts de vn parelhes
Vesem trastujt cays dins lo consistori
Qui sobrel sol la Luna goasanya
De resplandor, mas no tem que s'éclipsa,
Com d'anduy fa sa gran beutat, nés muda^
Venus me par que d'amor sobremunta
Car tota n'es del pe tro al cim cuberta,
E cuy feris de s'amorosa tralha
Crey no sanar plus tost* que de cop d'herba.
Mercurius, planeta fortunada,
Passa, car es remey contra fortuna;
Jupiter venç d'umilitàt benigna
Sos dolçs esguarts ab que s'atray es tira
Man cor altiu' ; Mars de poder abaixa,
Ë Faltitud de Saturnus enfoscha
Per Fauta sanch quel ve de son linatge ;
Car dels primers hereters del Sépulcre
Yenc lo començ de sa naturalesa.
Tornada
Reina 'xcelhens,' senyora del Trinacle, Los reynes set son la vostr' auanguarda Que vos pessats de renom e de fama, E passarets sils amichs de Mahoma Fats abaxar de lur maluada secta.
[Endressa]
Londan' amor *, del vostre 'beceduri
' Ms, ues ninda (îmes lindà?). — ^ Ms. tart. - 3 Ms. aiçui. — * Ms. Loy danamor.
POETES LYRIQUES CATALANS 83
Trasch les vertuts don les altreâ adorni; Parlar no pueis que nous tengu 'n la bocha, Per quel jorn d'uej, pus que fassa ne diga, Vostre roman, que nom tors ni biaxi.
16. — Andreu Fabrer
Combas e valhs, pugs, montanyes e cols Vey ja vestits de comblais e de neus, Bojs e jardis tots deâpulhats de rams, L'ayre cubert de vents plugs e de grops El màr tôt blanch d'escuma per mal temps, E tuyt Tausel star en terra mut, Qui per riuern no mono xants ne crits; Mas ieu suy cals quan Taltri bufon Tungla
Tornada Londan' amor, un ffurt entretostemps Vos hay yeu fayt, nom sie maltengut, Com yeu vos pris del vn dels vostres dits Celadamen lo gay joyell del ungla. L'aut rey guerrier vulh seruir altre temps Qui pels tirans es lur mal grat temut[z] Vas Mongibel, quels ben e mal vestutz Fay mantes vetz bufar lo cap de Tungla*.
M. MlLA Y FONTANALS.
Vilafranca-del-Panadès, août 1877.
' Dans Tindex, on peut voir la première ligne des autres pièces de ce poète. Nous donnons, de plus, deux petits passages qui nous paraissent remarquables, Tun par son caractère personnel, et l'autre par Tallusion classique :
Qn'ieu maintes vêts axi pensant m'oblit Tan fort que sim saluda[n] ne respon. Don 11 plusor dison qu'erguiios son.
Ja perdi vos. Qu*ieu suy pus ricb, dona, d'aço queus quir No fo Jason del velhor conquistar Quan los périls del drach ûer poch obrar, B mays del bous quel cuidaven aucir .
Del cor pregon.
DIALECTES MODERNES
LOUS BORDS DAU LEZ*
Ribada de moun poulit Les Per queflourejà tantserena; Par que cantà, gents aucelets, Quand moun cor es coumoul de pena ? Lou trauca, toun gazoulhadis, Aucel dau rounzàs espignaire : Me bremba moun gaud fugidis. . . . Per tourna jamai pus, pecaire !
Per tous dougans, moun poulit Lez, Quand las rosas se maridavoun, Qu'ensen aven trepat de fes ! (Lous amours das aucels cantavoun); Lou cor gai culisse una flour Douça sus soun ram espignaire : Mais El, michant, raubet ma flour^, . . Me quitant Tespigna, pecaire ! . . .
LiDiA DE Ricard. (Languedocien, environs de Montpellier.)
LES BORDS DU LEZ.
Rive de mon joli Lez, — pourquoi fleurir si sereine; — pourquoi chanter, gentils oiselets, — quand mon cœur est plein de peine? — Il le transperce, ton gazouillis, — oiseau de la ronce épineuse : — il me rappelle ma joie enfuie, — pour ne plus jamais revenir, hélas 1
Par tes berges, mon joli Lez^ — quand les roses se mariaient, — qu'ensemble nous avons erré de fois ! — (les amours des oiseaux chantaient). — Le cœur gai, je cueille une fleur — douce sur sa tige épineuse : — mais Lui, méchant , vola ma fleur, — me laissant l'épine, hélas 1 Lydie de Ricard
* Poésie imitée de Burns (1758-1796).
^ Cette monorioie existe dans le texte écossais
LE VI NCBDOU
A LA BATESTO DE POULES d'En Alecsandre Falguiero, estatuari toulousan
A 'N Rbmi Marcelin
Aviat tant pla qu*uno matrassino,
Uno cambo en Taire, estirant Tesquino,
Fa peta les digts, le bras adreitat ;
Es nud coumo un verm, linge, pie de gracio;
Filo as quatre peds, a d'alos ; — sa facio
S'enlusls d'un gauch coumoul de fiertat.
Le valent mainage espingo, fresino, Sens buf e le cor tustant la petrino. Le poulh enjoucat sul sieu bras esquer ; L'aucel de coumbatl Tourgulh rapitarrol Tantost se palaiso e tantost se carre, L'uelh escarcalhat, dambe un laucet fer.
LE VAINQUEUR
AU COMBAT DB COQS
d*Alexandre Falguière, statuaire toulousain A M. RÉMI Marcelin
Lancé aussi bien qu'une flèche, — une jambe en Tair, étirant l*échine, — il fait claquer les doigts, le bras dressé; — il est nu comme un ver, svelte, plein de grâce ; — il file [comme s'il avait] quatre pieds ; il a des ailes ; —sa face s'illumine d'une joie com- ble de fierté.
Le vaillant enfant gigotte, frémit ; — sans souffle et le cœur heurtant [contre] la poitrine, —le coq juché sur son bras gauche. — L'oiseau de combat! l'orgueil le soûle I — Tantôt il se prélasse et tantôt il se carre, — l'œil écarquillé avec un éclair sauvage.
♦•. . ^.
86 DIALECTES MODERNES
Brandis la barbolo, airisso la cresto, Boulego r plumalh coumo à la batesto, Le garrou sannous, le paf bategant. Soun ka-karaka souno la victorio ; L'arditI a raubat un ram à la glorio Qu'intre sous arpieus semblo foulcejant.
Canto : a 0 ma patrio ! 0 ma terro maire ! Que le soulelhet toutjoun vous esclaire, Dins la pax sereno e la poutestat î Salut I E 'stripat les de Tescurino; — Me truii del gorp e de la mourino ! Soun le pichou gai de la Libertat.
» Le pople à la â te vei trioumflanto,
0 Divesso fiero e reviscoulanto ! Dambe toun aie musicaire e pur, Que bufo à plasé vam as trabalbaires E que me fregant m'anausso pes aires, Ves tu, Libertat, que fas le bounur,
» Les omes milhous e las nacieus belos,
1 oundrejantle frount de fuelhos nouvelos E mai de vertut glaufissent Ihour cor ;
Il brandit la fraise, hérisse la crête, — remue les pennes [de ses ailes] comme à la lutte, — l'ergot saignant, le jabot pantelant. — SoQ ka-karaka sonne la victoire ; — le hardi 1 il a dérobé un rameau à la gloire, — qui entre ses griffes semble foudroyant.
11 chante : ci 0 ma patrie ! 0 ma terre mère ! — Que le soleil toujours vous éclaire, — dans la raix sereine et la puissance!. — Salut I J'ai étripé ceux de l'obscurité; — je me ris du corbeau et de ce qui fait mourir î — Je suis le petit coq de la Liberté.
DLe peuple enfin te voit triomphante, — ô Déesse fière et re\î- vifiîinte! — avec ton haleine harmonieuse et pure, — qui souffle à plaisir courage aux travailleurs, — et qui, me frôlant, me hausse par les airs, — vers toi, Liberté, qui fais le bonheur,
»Les hommes meilleurs et les nations belles, — leur ornant le front de feuilles nouvelles — et môme de vigueur remplissant leur
A TRENCH dVuBA 87
0 lum ! que jamais toun flam nou s'escounde ! Sus toun pedestalh d'ount gaitos le mounde, Veni, Libertat, pausa moun ram d*or. »
A. FOURÈS. Selembre 1877.
cœur; — ô lumière! que jamais ton éclat ne disparaisse! — Sur ton piédestal d'où tu regardes le monde, — je viens, Liberté, poser mon rameau d'or. i>
A. FounÈs. Septembre 1877.
A TRENCH D'AUBA
Ja de ta finestreta Trucant als vidres entelats, lo dia Te ve à oferir, nineta, Un mon, com no '1 podria Ni en somnis fabricar ta fantasia.
Son canastrell de perles Buydant festiua va per ell Taurora, Y rossinyols y merles Ab gajs cantars, â«rhora Lg, Hum saludan que 'Is espays colora.
Saltant grahons de molsa
A i;aube
7
Déjà de ta petite fenêtre, — frappant aux vitres ternies, le jour — vient t'offrir, enfant, — un monde tel qu'elle ne pourrait jamais, — ton imagination, en créer de semblable par les songes.
Sa corbeille de perles, — l'allègre aurore la verse dans le monde, - — et les rossignols et les merles, — de leurs gais refrains, à la fois, — saluent la lumière qui colore l'espace.
Baignant la verte mousse, — la fontaine joyeuse et riante coule,
8S DIALECTES MODERNBS
Corra la font alegre y riallera, Deixant de sa véu dolça
Y sa ilusiô primera, Escumes j remors per la pradera.
Y escampa Toretjada Ruixats'de perles trontollant les fulles,
En tan que à la besada Del llabi séu, remulles, Les flors despertan de perfums curulles.
Amor, natura tota Engalanada ab sos joyells desperta,
Y riu, flajra o rebrota
Y un cântich dolç concerta Que al esperit del feixuch jou lliberta.
Corrents d'or fus y ratxes De tebis flayres per tôt Uoch rodolan,
Y mentres valls y platxes
Y serres s'arrebolan, Refilan gralles y oranells pidolan .
Deixa donchs ta cambreta Y en lo festi de Tauba à barrejarnos Corrém, que alli, amoreta,
— laissant de son doux murmure — et de sa première illusion — récurae et le bruit qui résonne dans la prairie.
L'air frais répand, — en agitant les feuilles, une grêle de perles; — tandis que, sous un doux baiser,— -le zéphyr humecte ses lèvres,
— les fleurs s'ouvrent à l'aurore et parfument les airs. L'amour réveille la nature entière, — embellie de tous ses atpurs;
— elle rit, elle respire et bourgeonne ; — puis, par un doux cantique, elle ordonne — que Tesprit soit affranchi de tout joug pesant.
L'or coule en ruisseaux limpides, — de doux parfums s'exhalent partout; — et, «tandis que les vallées, les plages — et les montagnes se colorent, — les cornemuses résoQinent et les hirondelles pé- pient.
Quitte donc ta petite chambre, — et au festin de l'aube allons nous mêler; — courons ; là, mon amie, — nous pourrons nous
A TRENCH d'aUBA 89
Podrém d*amor parlamos
Y ab roses Tun al altre coronarnos.
Lo braç à les espatlles
Y unides per Toreig les cabelleres,
Aném, com dues guatUes Saltironant Ueugeres, Corrent les hortes j trascant les ères.
Y alli, al cim de Taltura D'aquella serra hont te mes llum lo dia,
Lo cel blavor mes pura,
Y Tayre que destria
Los brins dels pinatells mes armonia ;
Alli podre en mos polsos Sentir lo nou bateig d'ajgua sagrada,
Que de tos llabis dolços,
La font may estroncada, Prôdiga dona al qui 't té fe jurada.
En pach de mercé tanta,' Ta falda ompliré jo de fruits gustosos
De tota lley de planta,
De flors, y de xamosos, Nius de pardals axiribits j hermosos.
parler d'amour — et nous couronner mutuellement de roses.
Les bras enlacés, — les boucles de nos chevelures par Tair mê- lées, — allons comme deux cailles, — qui, sautant légèrement, -- parcourent les vergers et traversent les airs.
Et là, tout en haut, sur le sommet — de cette montagne où plane la lumière du jour, — où le ciel est d*un bleu plus pur, — où Tair qui se joue —dans les branches des pins aie plus d'har- monie,
Là je pourrai, sur mon front, — sentir le nouveau baptême de l'eau sacrée, î— qui, de tes douces lèvres, — fontaine toujours fé- conde,— coule avec abondance sur celui qui t'a juré sa foi.
En récompense de tant de bonheur, — à tes pieds je déposerai les fruits les plus savoureux, — les plantes de toute espèce^ — les fleurs les plus belles — et des nids d'où s'échappent des gazouille- ments enchanteurs
90 DIALECTES MODERNES
Y anant tôt de passada Esbarjint jo papallonets y abelles
Que al veurer ta faldadada
Voldrant, per se mes belles, Flors de tes galtes, cada jorn novelles;
Se 'n tornarem à vila Gantant abdos une tonada ayrosa.
Com lo jovent estila...
Jo ab veu del cor conmosa Y tù, roja del sol, com maj hermosa.
Amor, Tauba garrida A ta porte ta s'ha vingut à seure,
Per darte, desseguida
Que '1 cap t'hi veja treure, La dolça copa del plaher à beure.
Obrala donchs, totduna Corra à mos braços, beu, y una glopada
Deixan, amor, sols una,
Pel qui no surt Faubada Montres no sent Tescalf de ta mirada.
Francesch Ubach y Vintbta.
Puis, lorsque nous cheminerons, — j*écarterai les papillons et les abeilles, — qui, en voyant ton bouquet, — choisiront, les trou- vant plus belles, — les fleurs de tes joues, à chaque jour nouvelles.
Nous retournerons au village, — chantant tous deux une gra- cieuse chanson, — de celles que chante la jeunesse. . . — Moi, d'une voix, comme mon cœur, émue ; — toi, rouge par le soleil, mais plus belle que jamais.
Mon amour, l'aube charmante, — à Jta petite porte est venue gra- s*asseoir, — afin de t'offrir, aussitôt — que tu t'en approcheras, — la coupe du bonheur pour y boire à longs traits.
Ouvre-la donc; viens vite, — cours à mon bras ; approche tes lèvres de la coupe enchanteresse; — mais laisses-y, mon amour, une gouttelette — pour ceux qui ne verront pas briller l'aurore, — lorsqu'ils jouiront du doux feu de ton regard.
François Ubach y Vinyeta.
LOUS POULEITS
Unaifemna, autreis cops, pourtava à soun curet,
Au coumencament de Tannada, Un parei de pouleits. Daus paubreis de Tendret
Qu'era la renta acoutumada.
De soun paniè quand lous tiret,
La marchandiô gaire presava.
Lou curet, que lous sôupesava E qu'aviô Ter de lous troubà pitits,
Li disset : « Eitranuden-t-is ? »
E la femna, que s'eitounava De la questieu, li disset: a Nou. » — «iTant piei I Li disset-eu, co fai pas lur eiloge, Ma brava femna ; un auriô lou plasei
De lur reipoundre : «Dieu vous froje ! »
A. Chastanet. (Pôrigourdin, Mussidan et ses environs.)
LES POULETS
Une femme portait autrefois à son curé, — au commencement de l'année, — ^une paire de poulets. Des pauvres de Tendroit — c'était la redevance accoutumée.
Quand elle les sortit de son panier, — la marchandise n'avait pas bonne apparence. — Le curé, qui les soupesait — et qui semblait les trouver petits, — lui dit : « Éternuent-ils ?»— Et la femme, qui s'é- tonnait — de la question, lui dit : « Non. » — « Tant pis ! — lui dit-il, cela ne fait pas leur éloge, — ma brave femme ; on aurait du plaisir — à leur répondre : « Dieu vous profite ! »
A. Chastanet.
BIBUOGRAPHIE
CORRECTIONS DU TEXTE d'eSTIENNB DB FOUGÈRES
(Addenda à l'article de M Boucherie)
C'est à M. Boucherie que Ton doit la première notice sur un ou- vrage qui est de la plus grande importance pour l'étude du dia- lecte normand, le Livre des manières d'Etienne de Fougères, évo- que de Rennes, qui vivait au milieu du XII* siècle. Tandis que M. Boucherie en préparait une édition, M. Talbert, ignorant ce détail, publiait la sienne (Angers, 1877, in-4o). Dans ce début de l'éditeur, connu d'ailleurs par son travail sur le dialecte blaisois, se trouvent un grand nombre de fautes de lecture qui trahissent une inexpérience paléographique peu commune. La Revue de Montpellier publia dans son numéro de juin 1877 (n® 6), p. 252-262, une étude remarquable de M. Boucherie sur ce texte, suggérée ou par la comparaison de sa copie avec le texte autographié ou par ses solides connaissances philologiques.
C'est avec un extrême intérêt que j'étudiai et le texte de M. Talbert et l'article de M. Boucherie. Malheureusement il se trouvait qu^il restait, après tout, beaucoup d'endroits corrompus et de mots énigmatiques qui réclamaient impérieusement des éclaircissements.Me trouvant en ce temps, par hasard, pas trop loin d'Angers, je résolus d'examiner de nouveau le manuscrit, ce que je fis au commencement de septembre. Cet examen a donné lieu à maintes corrections, qui malheureusement ne portent souvent que sur l'orthographe du texte (l'éditeur s'est laissé entraîner trop souvent par l'orthographe actuelle). Je me suis assuré que l'éditeur avait eu une tâche ardue, le manuscrit étant écrit par un copiste négligent, et à ce qu'il parait très-pressé, dont l'é- criture, en certains endroits, ressemble tout simplement à un griffonnage presque illisible. C'est précisément dans de tels en- droits que l'éditeur montre quelquefois une rare pénétration, qui nous fait très-bien augurer des travaux semblables qu'il prépare pour l'avenir.
Les lignes suivantes contiennent le relevé de ma collation, auquel j*ai ajouté quelques-unes de mes corrections. J'ajoute que, une fois le mauvais état du ms. constaté, je n'ai consacré que deux heures à son examen, d'autant plus que M. Talbert nous pro-
BIBLIOGRAPHIE 9%
met une seconde édition de ce texte. Cette édition ne devrait pas manquer d'un glossaire, qui apporterait à lui seul plus de mots nouveaux qu'une douzaine d'autres textes de la même étendue. Je ne relève pas les passages et mots corrigés par M. Boucherie, sauf les cas très-rares où il doute de sa leçon et où il y a quelque remarque à faire.
3. enivre] eiure, ms. — 11. moult] ^ mit (avec l'abréviation habi- tuelle) ; c'est sous cette forme que le ms. présente le plus souvent le mot qui doit être écrit molt et, pour la fin du XIP siècle, mowf. — 32. Corriger la virgule après deceiventen point. — 40 {b21)^Etrebei- vent cel qu'il (corr. que il) hrascent, M. Talbert corrige cel en ce; cel (neutre) n'est pas moins bon, bien que cette forme ne soit pas si- gnalée dans les grammaires. Le premier qui l'ait relevée est, à ma connaissance, M. Mail dans son Comput, p. 108, qui cite pot cel estre, etc.; comp. le Traité du pronom en français de M. Gessner, I, p. 32; s. Brandan 1708. Bartsch, 123, 30. Demèmecea*, ibid., 93, 10. — 45. temor (=trésor), v. s.-Brandan 1754, répond au latin themaurua, et s'est maintenu dans le breton ten*aowr; voy. Diez, Dict, étym. — 48. Tort un bestenc, en marge: subj. pr. de tomer. Je ne connais pas la locution tomer un bestenc ( = dispute) et je corrigerais tort en sort (surgit). — 50. maloeise] malueisse. — 55. vençon]tencon{t pointé^ u au-dessus). — 57. peis\peiz, — 58. La corr. de M,B. est bonne, mais non nécessaire ; l'hiatus, après les mono- syllabes »î^ scj ni, ney qui, que, etc., est légitime. — 59. coueitisse. — 63 Les maus tondre et estaucier, M. Boucherie préfère eslancier =5 arrêter. Le sens, il est vrai^ serait excellent ; mais il Test aussi si l'on garde la leçon du ms. Il y a un verbe estaucier, synonyme de bertauder, reognier= tondre, couper. Gliget, 1941. Et cil fièrement ''es enchaucent Qui les reoignent et estaucent , Birbazan, III, 80^ 135. Ces biaus crins a fait reoignier, Corne valiez fu estauciée. Dom Car- pentier se trompe (Du Cange, Vil, s. v. estauceure), quand il donne au verbe estaucier la signification de parer, habiller, ce qui a été répété sans aucune critique par Roquefort, Henschel et Hip- peau. Il suffit de lire les passages cités d'un fabliau qui se trouve dans Barbazan, III, 78, 77, et dont nous venons de citer un autre exemple. — 64. cerf] cers. — 65. desconvenue] descouenue, — 66. corr. enoine, — 67 gens] genz, — 69 dis] di — que a, — 71 . Dont] Dom, ce qui se trouve souvent dans les textes normands. — 75 beji] bien. — 76. peut] pent. — 77 raison] raisson. — 78. sans] sanz. — 80. messon, — 94. n'a. — 94. Esgaugrinier . — 99. enn a] enna, ms.. c'est-à-dire enn'a; inde = inné, enne, qui a donné les deux formes en ^l ne en vieux français, mais dont la première seule a survécu.
d4 BIHLIOGRAPHIB
— 107. NencUs, je .propose ne neU ; de môme v. 1154. Nenteis. — 114. cuivert], le ms. donne cuurertj ce qui est faux. — 118. ip^rt] ipé'^st (» pointé). — 121 . mortel] moriaL — 12^. A aonjor en avra sa teise. Comp. pour le sens Besant 173. (quand il mourut), N'otque siet piez tant solement, A tant revint 8on tenement, et la note de M. Martin — 126. La correction de M. Boucherie (fols) est excel- lente.— {Z2. pécheras. —142. ms. te?kir« (< pointé et surmonté de c). 146. net] nez. — 148. dont le] dom li — corr. princes. — 151 . corteiz] corteis. — 162. corr. nen est. — 163. le(s) cOmons moz {m biffé et surmonté de w), 1. voz(^\ôU)s) — 164. moz (avec a fermé) ?. — 170. grans] granz — 172. ent] enz — le vers 178 se trouve placé, dans le msc, qprès 180, à la fin de la strophe. — 186 eteive] 7 em\ c'est-à- dire et mer {et deux fois). — 196. aurunt] aurut; le copiste a oublié le trait au-dessus d'w.— 200. ms. woate, avec abréviation au-dessus lie z — 203. quienpeire], msc. qui est (biffé) êpe{p barré). — 204. Et cels que donne le msc. est faux ; lire ou avec M. B. Icels ou 203. gui est peire De cels. Écrire encore 201. avolteire 202. teire à cause de la rime. — 209. Lor soignanz peissent, lor mestriz, Del patremoine au crucefiz. Qu'est-ce que mestrizf 11 est clair que c'est un synonyme de soignanz (maîtresse). Mestriz du msc.= metriz (comp. mestre au V, 172 = mettre, mittere), qui, à xîause de la cacophonie produite parles deux r du mot originaire, est pour mer triz .= meretricem; comp. serouge= serorge, abre= arbre, preste =s prestre. Le génie de la lanj^ue a trouvé encore un autre moyen pour éviter le son dé- sagréable de deux r dans un seul mot. Comme au lieu depererin forterecey miserere, cribre. berfroi, on ûisait pèlerin ou perelin, fortelece, miserele, crible, belfroi, on trouve de même la forme meltrizaM lieu de mertriz, qui donne (conformément à l'analogie de bels=biaus,)miau' triz, mautris; p. ex. Gaydon 130. Aliscans 80. — 220.1. Qu'au. — 222. Qui de usure nen a roable. Je doute que l'éditeur ait compris ce vers, qu'il n'a pas bien lu ; le msc. donne la bonne leçon : Qui de usure (lisoz : d'usure) rien aroable. Voici le sens : Les prêtres anathémati- sent celai qui amasse {aroabler) quelque chose {rien) par usure(<f'w- sure). Roable, en bas-latin rotabulum; dans Caton, Suétone, etc., rur tahulum, paraît aujourd'hui un terme vieilli (il man quedans Littré, se trouve dans Sachs, mais le mot s'est conservé dans la forme contractée râble), d'où aroabler ^ propr. ramasser avec un râ- teau. — 224. de monte 6^, comp. 63. 172.233.699, etc. On sait qu'il y a des textes qui permettent l'hiatus , quand Te muet du premie mot est appuyé d'une consonne double — 231 . au lieu de ci ceste ice, que donne l'éditeur, il y a dans le msc. ci cest ior, qui me pa- raît irréprochable. L'objet du verbe creire se tnuve dans le vers
BIBLIOGRAPHIE 95
suivant, ç^^ f'<^, c'Q^t,i'^W^^lçî««JSeWjpon>, ci = id-bas.chez nous — 232. moine] mp;^i;e. •— 233. 4.rcedicicre et deien IcU sunt el Uen sei qtteien. J'avoue queie n'y comprends rien du tout. Heureusement les mèipaos mots énigmatiques se retrouvent v. 96'î'. Le forfet re- vient au deien. Si r^etplor ne sei queien ; ici je comprends : pleur ne sais lequel! On connaît l'advçrbc queinement, queinnement, qui est très-fréquent dans un texte normand, la Chronique de Beneit ; ici nous trouvons l'adjectif dans sa forme primitive queien, que je m'explique de quid-anus, cf. meanus» Pour en revenir au v. 234, je propose donc de lire, en attendant mieux : Arcediacre et deien [i] Cil 8unt el bien {ne) sei queien = non sapio quales. c.-à-d. = ne valent pas f^rand'chose. — 238. Il est plus simple de lire ici au lieu de d. — 240. si est meilor que sainte Jame. Il est inutile de chercher cette nouvelle sainte dans un martyrologe ; il faut lire jame^^ gemma. — Après cette strophe je suppose une lacune. C'est ce doyen qui vient à la maison du curé, soupçonné ou accusé d'avoir des maîtresses, à cause de l'enquête pour constater le fait. Or suit v. 241 , qui ne s'accorde pas avec le texte de M. Talbert. J'ai lu : OrH comandent (co surmonté du tiret horizontal) con (en abrégé) augie — r. — 242. estragier ; on pourrait lire aussi bien oltragier. 245. Après ce vers^ on lit dans le msc : que lostel en ser—a. Suit 246: Quel'ostel en sera curé^ c.-à-d. de la maîtresse. Cwrer = net- toyer; V. Littré et Mir. N.-Dame^ 11, p. 353^ v. 125. — 249. clierc, — 251 . famé. — 271 . msc : l copase {co surmonté du tiret horizontal) tôt a {a pointé) o auour (f) — 272. secon] seron, bonne forme, qui se trouve Mont-s. -Michel, 1085. soron, Disme de pénit. 503. se- ront; secundum a donné \.segont, segon 2. *seony forme hypothétique, qui s'infère de la forme son, som. 3. se-r-on, Vr étant intercalé pour détruire l'hiatus, comme l'a démontré M. Tobler (Zsch. f. vgl. Sprachf. , III, 4.), comp. estuire, remire^ etc. 4. selon avec le changement ordinaire d'r en l. — En ce qui concerne cette stro- phe, M. Boucherie avait raison de la qualifier d'obscure, « même après les corrections de M. T. ^> J'aimerais mieux dire que les corrections sont toutes impossibles eî. ne donnent aucun sens ; d'ailleurs, elles pèchent contre la rime. La rime est en ou, non pas dans la prononciation française moderne ( = w allemand), mais comme diphthongue avec la prononciation de Vou (ôou) en pro - vençal.Ow pourrait répondre au latin OÛ=ô, comme le croit M. T., corrigeant ^owr, ^owr, amour; mais alors /owr ^ furnum, fr. four. Dans notre cas, c'est plutôt = ô, cf. 1091. 1113. 1117. etc., son qui se produit du lalin *) au 2), d en position et ^), hors de posi- tion, quand il ne diphthongue pas.
96 BIBLIOaRAPHIB
Je vois dans fmt/r s^faer, et de même ïespow ( c'est comme cela que l'on doit lire, au lieu de Us powr, qui ne donne pas de sens ) =« Vespuer, employé ici dans un sens métaphorique. J'attends que l'on m'explique le dernier mot, qui reste obscur: auour, qui devrait être =s avtier, que je ne connais pas (augùrium? cp. dilûvium = dehuve, deluve, et flùvium = flueve, fluve, Gomp. ot = ot* et le portg. agouro à côté de Tesp. <iguero,). — 276. emalent, msc, corr. enmallent ( mettre en malle ). — 283. a'àhandone, — 288. qui =s si l'on.— 293. meneir, —310. Je corrigerais : Penst à Judas qui V seit entendre . —3 1 1 . Jhesu . —3 1 5 . meitre, v . 187.— 326. revirer, qui signifie en vieux français craindre, redouter, ne vient-il pas de revitaref — 330. pôle à. côté de poule, pule ne doit pas être changé. — 331. toz — tochier.-^ 334. ni] ne quil ni tache, et (abrégé) uoche msc. — 335. quil blasme o boche (le & de blasme était d'abord un ;)), msct.
— 339 . n'en] 1. nen, — 340. suivra] siliura msc, 1. sivra, — 346. Neust,
— 352. communer (co surmonté du tiret horizontal ). — 357. Dau- mones uit aumon* (avec une abréviation à la fin) seit. —365. bone ] bon! — affaire est en sa qualité d'infinitifdevenu substantif, toujours masculin en v. français. — 383. gueires.' — 399. sanz. — 400. Toz cels, — 401 . L'initiale (A) manque, 461. — deit {t pointé) (= dei). — 408. Le texte donne uerite, en marge charité. — 413. Nenprunt. — 421. con. — 424. deire, par l'intermédiaire de dueire = duire cf. 204, 449, que l'on dérive ordinairement àedûcere, lat. U ne pouvant don- ner ue, il vaut mieux prendre dôcercy comp. Frag. de Valenc. Pour la rime, il faut corriger sofeire, esleire, leire; de même dans la stro- phe suivante : 7i«îre (nocere), teire (mateire mscr.), despeire, comp. 201. sqq. — 441. no est aussi bon que do 289. — 343. J'hésite si je dois lire ou a tort ou en acort. — 451 e] msc. 7 {et abrégé) de même 957, etc. Le msc. donne tantôt cette abréviation, tantôt e et et. — 452. Ze {e pointé) apostre. — 458. Qua,^^ pareiliez est do martire (a en surcharge au-dessus d'une lettre empâtée ) prima manus. — 461; et] est msc. — 467. corr. repentanz. — 468. le msc. semble plutôt donner roarfer, mais la leçon n'est pas sûre. —J'aimerais mieux que les deux strophes cxvm et cxix ne vinssent qu'après le V. 484. — 471. quant] qua (a surmonté du tiret horizontal). — 481 . wosfre. —485. chief. — 491 . enleidist l'areine. — 497 . Neuiuge (?; — 499. nule.^bOl. corr. jEJ^(?)— 511. tZ]corr. lui.-^bX^. De8or]Desoz — cardinal (écrit d'abord cardonal, o pointé et surmonté de i). — 516. c'm^woZ (avec abréviation au-dessus de c)=cremiwo/.— 536. meintenir.
— 539. qui msc; on s'attend plutôt à voir les chevaliers défendre ceux qui se plaignent des autres et non ceux qui font les autres plaindre. En o\xixe, prendre ei défendre ne riment pas Sivec pleindre
BIBLIOGRAPHIB 97
et eaieindre. Je propose donc : 537. ceindre. 538. destreifidre. — 554. non]? La leçon du msc. n'est pas sûre; la première lettre commence avec la forme d'un n, après il y a une petite tache. — 558. ^,'«^. — 565. «an».— 567. Issi soleiz {t)perere (corr. perier) garder, ^^Les vers 567.8. sont transposés dans le msc. , mais leur vraie place est indi- quée par un signe de rappel. — bl^.machie.mscr, — 573.re/rapa. — 574. uescot (u souligné et corrigé en r) tre {e surmonté d'une abréviation) , — 575./Si7(l.cil) s'emmarit et cil 8'engabe= L'un s'en fâche et l'autre s'en moque. — 577. cher] ms. ch'es (avec abréviation entre cA et «,) corr. chiers. — Après ce vers, on en lit dans le ms. un autre : Qtwir H uilen portât les sûpea, qui e§t reproduit, mais corrigé dans la ligne suivante. — 578. aomes (o surmonté du tiret horizontal). — 579. quant ] q^, — 580. cheualiera,—' 582. crestien eulien, le premier biffé.
— 585. L'initiale manque comme souvent. — 600. Changer le point en virgule. — 619 dit msc. -635. mereier] mènoier. — 638. depris.-- 648. Gorr. (*?) : Qui seront mal etdegené. — 660. L. Mis^ est justise.
— 662. Il faut lire D'escommunge. — 669. entreamer. — 673. Li — l'initiale manque comme 801 (lisez : [A]s), 873. voir la note de M. B., 973. 1253. — 679. sanz. — 683. seime(i surmonté du tiret horizontal; = seinme, — 683. hère, corrigé par l'éd. en kerce; j'y verrais volontiers la 3. sgl. du présent^ara^; ici, dans le sens res- treint: recouvrir avec la charrue. — 685. paliz. — 697, uigne{i surmonté du tiret horizontal )= vingne, — 698. enerre]. J'ai repro- duit fidèlement les traits du msc, qui donne plutôt enerde. — 699. grinne = grigne. On connaissait déjà grignier et grignos, — 702. Ne il, qui est la bonne leçon, n'est pas ne illum, mais ille, se. vilain. — 712. retreites, — 719. que] q^K — 723, 727. ge. — 728. quei{s)] çfis, — 729. parseit ] par sert [ servit), — 735. quana g. etq v^surmonté du tiret horizontal) semote (o avec le tiret horizontal) ? — 736. iarbe. — 746. MM. ï. et B. corrigent le vers. Je le trouve parfait ; seulement il faut lire regain, c'est ce que demande là rime. Voir le simple ga-in, cité par Henschel et assuré par la rime.
— 747. féal] le msc. donne JoeZ ou jcel = icel, — 749. contant. — 750. vaïr a. été bien expliqué par M. B. ( = i;ic?erc ); l'autre mot qui l'embarrasse est el nombre. — 761. A cel {l en surcharge) q ( surmonté de i ) set. — 7G2. goûtes. — 766. dôme ( 1. deme, comp. 745) . — lioS. Force qnepoeut emjoir (?)== Por ce que n^ eii poeit joir (?).
— 769. Garder Dex: Dieu fut bon prêtre du don d'Abel (?), puis- qu'il accepta et brûla l'offrande. — 770- mein. — 111.' Puis l'ar^ tût osunfou(^o au-dessus d unw pointé) celistre. — 780. U soi] losot (l'osait). — 781. enhait en un mot. — 783. ensenble. — 792. eei' sance, que M. B. lit reisance, que je ne connais pas, est écrit dans
98 BÎBLfOaRAPHiE
le ms. /eisahce, qui convient parfaitement. Pour son sens, i^8îf le gl. fç. de D.-C. s. V. /aisance %— 192. funt] ms. st' (avec abrévia- tion J = sunt, c'est-à-dire « sunt vobis mali magistri.» — 795. sedes- tre] je lis sodesire; je ne connais ni l'un ni Tautre.— 803. segim. — 804. hial, — 805. Menesteral. — SOS ,areckeanl mse. — Si^.covetsUse, —814. ne faut-il pas quauque =quaiemque ? — Sih.ddt. — 817. eive,
— 83 i . Mescil en reseit, — 837. IL — 847. Draa viezsi ( msc.) chne Van treis ( msc. i^is) peire. — 848. la quitance, et non sa quitance, 859. corr.«'eZ« (se. sa femme) n'i. — 861. Mes face la beivre a la jalle (v.Diez II c. et D. G.s.v.; c'est le même vaisseau qui, 865, est nommé la seille. — S^Z.acoust, je crois avoir lu odorat; il me semble que le sens de ce vers doit être : et qu'il la batte ; — corr. atorni, 869. pmeitre (tiret horizontal au-dessus du/?) = premeitreaiu. lieu de prametre; cf. tremeitre 872. — 882. M . B. a bien lu. — 885 (sa desmé ri?nde) Delgaain qu'il porj, ve[e]ir = qu'il pourra apercevoir. — 888. aveir — 890. /Sow» — ne ne (e surmonté du tiret horizontal) e8tende^S9\. ci] ai.— 892.^6 w'ôTi saj,l. sai. — 893. =B.— 897. msc. Ne fats (a et t pointés, ien surcharge=-^e^s = feci {féis serait la 2™« personne)—
fet doit être corrigé. — 901. Qu^n. — 909. Qmi dez (decem) dez p (avec abréviation semblable au 8 horizontal) {== por)M{?).i,fètil (f)pre8te.
— 911.Zc^. — 912. ceste ( cessitat) de M. B. exisle-t-il réellement en v.fç.? — 913. ma^s — 924. Parjura s'en v. i.i.i. ounof=huit[fei8'] ou nof. — 933. msc. quedoye [que avec une abréviation qui n'est pas le tiret horizontal), (inconnu) — 945. cegoine — 956. cAarone (o avec tiret horizontal). — 949. voz— 950. = B — 954. lire avec T. — 961. = B. — 969-971. nos] vos. — 911. =B.-— 973. L'initiale D manque.
— 991. ne voie, voie ne peut être ^ videat, qui donnerait dans notre texte veie, Corr. nen oie .ssnon audiat. — 1001. que. — 1004. ^ar un = per unde, au lieu de /^ar où ; voir ma note dans la Eoma- nische Zeitschrift^ I, 148. pour le v. 612. — past est le subj. àe passer
— 1032. l'afeite — 1035. meniere — 1041. tient] msc. t*it=i trait — 1048. corr. Que, — 1057 se'] sei — Î074. prier] pHer (avec abrévia- tion au-dessus du p) = preier. — 1075. trouer du msc. est tout sim- plement trover = trouver. — 1083.. isi — J084. Dun — 1104. msc. ruer. — 1105. i.jieu. — 1109. piquenpance. —H 10. sanz — {i'il croffe — 1123 V. à peine lisible ; on voit q. comme Lunfor(f) tet (f'j 7(e^abrégé) laate polie. — 1124. roffle. — 1131. /ame. — 1139. S'unl point après^^ai/e. — 1147. corr. celei, — 1156. corr. de. — 1160 re leison.-^\ 174. [.qui ques (=queles) treisse=^trmsse na lieu de*truei8se. — 1176. toz. — 1185. la corr. do B.est bonne, mais n'est pas néces- saire (quomodo illud cogito, je peut manquer). — 1199. ase-ent est de trois syllabes, quoi qu'en dise M. T. — corr. (chasteaus) [et] as. —
B[BLIOGRAPHIE 99
1206. Seit — 1216. Cfefo. — 1223. javenor étant de deux syllabes, il faut corr. [Et] H, etc. — 1229. norie. — 1233. marc^'é».— 1235. oil] cil — 1236. clos et enp. — 1253. L'initiale manque. — genz — 1263] osez, — Le vers 1267 est de la façon de l'éditeur, de même que le v,1286. — 1270 suz] auj. —1271 . dapnez] msc. dagvqit)-- 1279. il manque une syllabe (à dreit). — 1293./eî*a] si je ne me trompe, le msc. donne /re««. — 1301. Orapauz. — 1311. corr. MichieL — 1329. preiere, de même 1337. nozpreieres, — [ySS.Estemure T., Eatenvre B. Estemôre, msc. — On connaît les habitudes des copistes nor- mands, qui écrivent ie au lieu de d, et vice versa. C'est ainsi que la bonne forme est Estienvre, qui se trouve, par exemple, dans le Ro- man du Mont-Saint-Michel, v. 65. — 1340. Z)on — 1344. noz,
Wendelin Foerster.
PERIODIQUES
Romania, 24. — P. 481. P. Meyer, Mélanges de poésie française. Cet intéressant article se divise en quatre parties : 1<> Fragments d*une rédaction de Garin le Lorrain en alexandrins ; 2° le Poëme de la Croisade^ imité de Baudri de Bourgueil, fragment nouvellement dé- couvert ; 3o un Prologue en vers français d'une histoire perdue de Phi- lippe-Auguste; k? xm Plaidoyer en faveur des femmes. Le curieux frag- ment du poëme de la Croisade est accompagné d'un /ac-wz/iiVe pho- tographique. P. 492, Saveircoment illefront, que M. P. M. corrige en Saveir corne le feront, doit se lire S. com le feront ou, si l'on préfère se tenir plus près dums., S. cornent le front. P. 497, v. 33-34, reportez la virgule du v. 33 après por voir du vers suivant. P. 502, v. 43, au lieu de Mes unes jens desloisont la, lûsez Mes unes jens la desloifont, . Ihid. Je ne comprends pas le v. 45. V. 48, je lirais [Ejpriegne d'els, V. 87, il n'est pas nécessaire de changer la leçon du ms., la pré- position à pouvant .se sous-entendre en pareil cas. — P. 504. jV.Mo- rel-Fatio, le Roman de Blaquema, notice d'un ms. du XIV^ siècle. Étude irès-soignée. M. M. -F. a eu soin de mettre en regard le texte du ms. Piot et celui de Tédition de Valence, 1521, et, à la fin de son travail, le texte latin en regard des deux autres. Sans entrer dans des recherches philologiques minutieuses, qui n'auraient pas reposé sur une base suffisamment étendue, M. iVI.-F. fait remar- quer que la langue du ms. Piot est un catalan fortement impré- gné de formes provençales. Il ajoute que cette particularité est im-
'. --, •^'•
* ' '.
100 PERIODIQUES
putable au copiste plutôt qu'à l'auteur, Ramon Lull, dont un autre ouvrage, le Libre de maravelles, est au contraire écrit dans un cata- lan relativement très-pur. — P. 529. E. Gosquin, Contes populaires lorrains recueillis dans'un village du Barrois, à Montiers-sur-SauIx (Meuse) (suite). Voici les titres de ces différents contes : le Petit Bossu, Richedeau, la Biche blanche, Jeanne et Brimboriau, le Poirier d'or, avec une variante t les Clochettes d'or», la Laide et la Belle, le Cordonnier et les Voleurs^ le Sifflet enchanté, Ropiquet, le Taureau d'or, la Pouillotte et le Coucherillot, le Foie de mouton, l'Homme de fer, — P. 588. Mélanges : 1° Pruehes(G[, P. ). Explication définitive et complète de celte vieille locution française. 2o Deux Jeux-ParUs inédits d'Adam de la Halle (Gaston Raynaud ). Ces deux jolies piè- ces avaient été oubliées par M. de Goussemaker, éditeur des œu- vres complètes du célèbre trouvère artésien. P. 593, v. 47, cane est une faute de lecture ou d'impression. Lisez tarie, tourmente. 3oXe redoublement des consonnes en italien dans les syllabes protoniques (Hugo Schuchardt) . Article concluant dans sa brièveté. 4<^ Charrée(=cQTL' dre lessivée), (=appât) (Gh. Joret). Lapremièrede ces étymologies reste douteuse. Joindre aux différentes formes citées le limousin tsadrier, que m'indique M. Ghabaneau. 5° Un débat chanté {y .^miih), 6® Fragmentd'une complainte du Juif-Errant ( V. Smith ). M. V. S. prouve que certaines allusions à des faits historiques feraient re- monter la composition de ce fragment à 1592 ou 1596. — P. 600. Corrections, M. P. Meyer revient sur les textes publiés par lui dans Xd^ Romania^ d'après le ms. bourguignon, addit. 15606 du Musée britannique, faisant de lui-même les corrections que lui a révélées une seconde et plus attentive lecture de l'original. P. 603, 1. 31, et règne avec lui sanz lui. Lisez « et règne avec lui sans^. » P. 604 ( P. S.) £)é sa main se soigna. Lisez, avec M. Constants, selgne = signât. Revertir ne convient pas autant pour la forme que pour le sens, du moins si on le rapproche de la leçon du ms. reparir, — P. 605. Comptes rendus: 1° A. Darmesteter, De Floovanle vetustiore gallico poemate et de merovingo cyclo (G. P . ) . Compte rendu très-détaillô de la thèse latine de M. A. D., et fa- vorable, sauf quelques réserves. 3° E.-L. Edstroem, la Passion du Christ, poëme provençal d'après un ms. inédit de la Bibl. de Tours. Gœteborg, 1877 (P. M.). Peu favorable. 4» Gaston Raynaud, Étude sur le dialecte Picard dans le Ponthieu, d'après les chartes des XIII® et XIV- siècles (1254-1333). Paris, Franck 1876, in-8o, 123 p. (G. P. ). M. G. P. reproche à l'auteur un peu de précipitation et une certaine obscurité, mais trouve que son mémoire est bien exé- cuté etapporte des résultats intéressants. 5^ James-Bruys Andrews,
0 ^
GHROMQUË loi
Vocabulaire frcmçaib-mentonaia, Nice, 1871. in-12, 174 p (P. M). Peu favorable. 6" Abbé Léon Bellanger, Études historiques et phi- lologiques sur la rime française. Essai sur l'histoire de la rime, prin- cipalement depuis le XV® siècle jusqu'à nos jours. Paris, Mulot, 1876; in-8«, 302-26 p. (G. P. ). Favorable. — P. 626. PéHodiques. — P. 685. iMronique, A. B.
CHRONIQUE
Le Comité dont nous annoncions la formation dans l'avant- dernier fascicule de la Revue s'est donné le nom de Comité des fêtes latines^ et il a constitué son bureau de la manière suivante :
Président: M . Charles de Tourtoulon. Vice-Présidents: MM. Louis Faliès, Léon Mares, Ernest Michel et Charles Revillout. — Trésorier: M. B. Cantagrel. — Secrétaire: M. Alphonse Roque-Ferrier.
L'adhésion récemment donnée par V Institut des Provinces, la Société de tirde l'Hérault^ Fa Cigale, le Parage, la Pomme et d'autres associa- tions méridionales, aux fêtes qui doivent solenniser le Concours latin, ont développé le programme primitif dans une telle mesure, que le Comité s'est demandé tout d'abord si la deuxième quinzaine du mois de mai ne devait pas être préférée à la date déjà tradition- nelle du mardi de Pâques. Sur l'avis de M. de Quintana, le Comité s'est rangé à la première opinion, et il a décidé que les fêtes seraient reportées au 22 mai et dureraient jusqu'au 27 inclus <.
Le programme définitif ne devant pas être arrêté avant la fin de mars, nous devons nous borner à signaler les décisions prises jusqu'ici :
un Concours des musiques civiles du département de l'Hérault et des départements limitrophes aura lieu les 25 et 26 mai. Il sera complété par un Concours de hautbois et de tambourins, et par un Concours de musiques militaires, si Tautorité compétente l'autorise. Dans sa séance du 9 février, le Comité a fixé, en outre, les condi- tions d'un programme d'archéologie et de critique musicales, por- tant sur les quatre sujets de prix qui suivent:
I. Un choix de chants populaires communs au bas Languedoc, à la Catalogne et aux îles Baléares, donnant en regard du texte et de l'air bas-languedocien le texte et l'air catalan, ainsi que les prin- cipales variantes ;
II. Un choix de chants populaires des peuples de race latine ayant, comme VEscriveta ou la Pourcairouna, dans le midi de la France, une sorte d'intérêt historique ou national. Ce recueil, né- cessairement très-limité, serait accompagné des principales varian- tes du texte et de la musique.
* A la suite de cette décision, lé délai d*envoi des inanuscrits el des imprimés au Concours philologique et littéraire de la Société des langue romanes a été prorogé au 1*' avril prochain.
102 CHRONIQUE
m. Un choix de pièces de musique inédite, de quelque ^enre qu'elles soient, appartenant au midi de la France par leur ongine et antérieures a.u xviie siècle.
IV. Une étude des airs de musique : Ai un ped que me dbu, — Coumpagnous de Lezignan, — la Giroundela canla, etc., indiqués en tète des couplets de ï Opéra de Frontignan^ ^ de V Opéra d'Auhaià^ , du Trésor de Substantion ^ et des pièces de théâtre biterroises* et toulousaines des xviie et xviiie siècles. L'auteur de celte étude aurait aussi à examiner si les poètes du théâtre biterrois n*ont pas quelquefois utilisé dans leurs comédies des fragments de véritables chants populaires.
Les manuscrits doivent être adressés à M. Alphonse Roque- Ferrier, secrétaire du Comité des fêtes latines et de la Société des langues romanes, ou bien à M . Vincent, secrétaire de la Commis- sion de musique des fêtes, avant le 10 mai prochain, terme de ri- gueur.
A la première pensée de ce Concours se rattache indirec- tement un sujet de prix proposé par M. Baudouin, secrétaire de la Cigale : une étude biographique et critique sur un peintre de Montpellier ou de l'école de Montpellier aux deux derniers siècles 6 .
La Société de tir de V Hérault et son président. M. Léon Mares, ont arrêté les conditions d'un Concours international de tir, auquel seraient spécialement invités les tireurs de Barcelone, de Valence, de Tarragone et des îles Baléares.
La coupe votée le 21 mai 1876, à Avignon, par TAssemblée gé- nérale du Félibrige, sera remise aux Catalans dans l'enceinte de la promenade du Peyrou. Elle sera précédée et suivie de l'exécution musicale d*airs populaires ou nationaux des pays néo-latins.
C'est également au Peyrou, le samedi 25 mai, que l'attribution solennelle du prix du Chant duLatinsera. présidée par M. de Quin- tana.Un compositeur espagnol du plus remarquable mérite, M. Pe- drell, a mis en musique, pour celte journée, la Can^ llatina du poète et député de Toroella de Montgri.
Les grands Jeux floraux duFélibrige seront présidés par M. Mis- tral, le vendredi 24 mai; la distribution des prix du Concours inter- national de tir, par M. Mares, le dimanche 26. Une large part sera faite aux jeux et aux divertissements populaires. On veut remettre en usage certaines danses, certains jeux du moyen âge : le che- valet, les treilles, le perroquet, la danse des faucheurs, leô Joutes
1 Opéra languedocien de Nicolas Fizes, imprimé par M . Léon Gaudin dans la Hevue des langues romanes et tiré à part sous ce titre : V Opéra de Frounlignan, obra galoya, a^^coumpagnada de découratieous de tliéâlre e de symphonias escarabilladas (1679), publié d'après un ancien 7715. inédit et suivi de quelques autres poésies patoises, également inédites, du même auteur; Montpellier. Séguin, in-8o, 120 pag.
2-* Opéras- vaudevilles deTabbé Favre.
^ Elles ont été publiées dans le BuUetin de la Société archéologique de Béziers (XSii étonnées suivantes).
^ Un tableau ou un objet d'art sera décerné comme récompense. Les manuscrits doivent être adressés au Secrétaire du Comité des fêtes latines, à Montpellier, avant le 10 mai prochain.
CHRONIQUE 10$
Tiautiques.On veut même organiser, pour l'après-midi du dimanche 26 mai, une entrée successive des animaux qui, comme la tarasque -à Tarascon, le chameau à Béziers , le bœuf à Mèze. le loup à Lou-
£ian, le poulain à Saint-Thibéry et à Pézenas, l'âne à Gignac et à ansargues, sont, aujourd'hui encore, le prétexte de fêtes populaires -fort originales .
Le lundi serait consacré à la visite de Maguelone et à la séance littéraire du Parage, tenue, selon l*usage, à l'abri des murs de l'é- glise, en face du soleil et de la mer. M. Roumieux réserve à cette réunion la deuxième et la troisième partie de sa Jarjaiado, encore inédites. Quelques personne^ étudient, de leur côté, la possibilité de faire représenter, avec la musique du moyen âge, un des mys- tères en ancienne langue romane du midi de la France.
La journée du Parafe serait terminée par un banquet d'un genre nouveau, car il aurait lieu au bord de la mer et serait exclusive- ment composé de poissons de la Méditerranée ou des étangs. Au dessert seraient lus les plus beaux sonnets du Concours sur la Mer JaUne, pour lequel M. de Berluc-Perussis a mis une médaille d'or à la disposition de la Société des langues romanes.
Des excursions particulières sont indiquées pour le 28 mai dans les bois de Montferrier et delà Valette, à la grotte des Demoiselles, à Saint-Guilhem-le-Désert, etc.; le 29, une grande fête de nuit serait organisée dans le port de Cette, de manière à coïncider avec Pou- verture de l'Exposition de la Société d'horticulture de l'Hérault.
Le lendemain, 30 mai, jour de l'Ascension, sera tenue à Béziers In, jsétLnce solenneWe de la, Société archéologique àe cette ville. Nous e^pait-il permis de souhaiter que la jeunesse biterroise pût trouver dans cette autre coïncidence l'occasion de ressusciter l'ancienne fête de Caritach, le jeu du Roumani et les divertissements si curieux qui ^n formaient autrefois le caractère obligé ?
M. Mistral vient de faire distribuer le prospectus du Dictionnaire provençal-français qui depuis vingt ans, depuis l'apparition de Ca- hndau surtout, était devenu l'objet principal de ses travaux. Le spécimen qui fait suite au prospectus donne une excellente idée de la richesse de l'ouvrage et de la disposition des matières qui le composeront. Ce sera bien là l'encyclopédie alphabétique et popu- laire, le trésor de ce dialecte provençal que l'auteur avait restitué, comme langue, dans ses deux grands poèmes et dans ses Hes d'or, et à qui il élève aujourd'hui un monument philologique d'une im- portance capitale.
Le Dictionnaire provençal-français, ou Trésor dôu Felihrige, contien- dra: «tous les mots usités dans le midi de la France, avec leur signi- fication française, les acceptions au propre et au figuré, les aug- mentatifs et diminutifs, et un grand nombre d'exemples et de ci- tations d'auteurs ; — les variétés dialectales et archaïques à côté de chaque mot, avec les similaires des diverses langues romanes; — les radicaux, les formes bas-latines et les étymologies;— la synonymie de tous les mots dans leurs divers sens; — le tableau comparatif des verbes auxiliaires dans les principaux dialectes; — les paradigmes des
104 CHRONIQUE
verbes réguliers, la conjugaison des verbes irréguliers et les em- plois grammaticaux de chaque vocable;— les expressions techniqued- de l'agriculture, de la marine et de tous les arts et métiers ; — le» termes populaires de l'histoire naturelle, avec leur traduction scien- tifique; — la nomenclature géographique des villes, villages, quar- tiers, rivières et montagnes du Midi, avec les diverses formes an- ciennes et modernes; — les dénominations et sobriquets particuliers aux habitants de chaque localité ; — les noms propres historiques et les noms de famille méridionaux ; — la collection complète des pro- verbes, dictons, énigmes, idiotismes, locutions et formules popu- laires ; — des explications sur les coutumes, usages, mœurs, insti- tutions, traditions et croyances des provinces méridionales; — des notions biographiques et historiques sur la plupart des célébrités» des livres ou des faits appartenant au Midi. »
Il formera deux grands volumes in-4« et sera publié par sous- cription, à 2 francs la livraison de cina feuilles.
Le nombre des livraisons s'élèvera ae quarante à quarante-cinq environ. Le payement des souscriptions sera recouvrable au pro- rata de la réception des fascicules.
Le manuscrit de l'ouvrage étant complètement terminé, l'impres- sion commencera très-prochainement et sera continuée sans in- terruption jusqu'à la fin.
Nous engageons vivement nos lecteurs à s'associer, par leuf adhésion, au succès de l'œuvre du grand poète provençal.
On souscrit par carte postale chez l'auteur, à Maillane, par Gra- veson (Bouches -du-Rhone).
* *
Dans le fascicule du 15 juillet dernier, nous annonçâmes pré«- maturénient la distribution des Ordenamas et CoustumoB délLihM blanc, rééditées par M. le docteur Noulet, et formant le tome III des publications spéciales de la Société. Le travail de notre savant collaoorateur est aujourd'hui terminé; il forme un volume d'environ 200 pages, comprenant, avec une introduction, le texte des Ordé- nansas, selon l'exemplaire unique de 1555; un texte corrigé , toi' glossaire des noms de rues, des notes sur les superstitions de répoque et les équivalents qu'elles ont dans VÉvangile des Quê^ nouilles, un vocabulaire très-étcndu, presque toujours appuyé sur des citations empruntées àla littérature toulousaine des xvi* et xvii« siè- cles, et enfin l'index alphabétique des ouvrages cités.
La troisième livraison du Dictionnaire des idiomes romans du Midi delà France^ par M. Gabriel Azaïs, a été distribuée au commen- cement du mois de janvier Elle complète le tome !«' de l'œuvre de M. Azaïs, lequel forme ainsi un volume de xvi-687 pages in-8* à 2 colonnes.
A. R.-F.
Le gérant responsable : Ernest Hamelin
Jdonipeilier, Imp. centrale du Midi. — HameUn Frères.
DIALECTES ANCIENS
L'EVANGILE SELON SAINT JEAN
• EN PROVENÇAL OU X1I1° SIÈCLE
tiré du ms. 33 de la Bibliothèque du Palais des A.rts, à Lyon
Le manuscrit qui nous a conservé ce vieux monument de la langue provençale, connu sous le nom de Bible vaudoise,%e trouve à la bibliothèque du Palais des Arts, à Lyon, dont il constitue un des plus beaux ornements. Il contient les quatre Evan- giles, les Actes des Apôtres, l'Apocalypse, les Epîtres de saint Paul aux Romains, Corinthiens, Galates, Ephésiens, Philip - piens, Thessaloniciens, Colossiens, et celle aux Laodicéens, regardée comme apocryphe depuis longtemps. Après suivent les Épîtres de saint Paul à Timothée, Tite, Philémon et aux Hébreux, Ce volume, terminé par bon nombre d'oraisons, aura été peut-être un rituel albigeois.
Le manuscrit forme un petit iu-8° à deux colonnes ; le texte est écrit en très-petits caractères minuscules du XIIP siècle, et Ton n'y trouve que peu de mots qui n'aient pas reçu toutes les abréviations dont ils étaient susceptibles. On comprendra que la lecture n'en est pas trop facile pour un lecteur peu familiarisé avec cette sorte de textes.
Naturellement, le nôtre ne porte pas la division actuelle en chapitres et versets ; celle-ci, comme on le sait, ne date comme le texte même, que l'on appelle la Vulgate vaticane, que du XVP siècle;celle en chapitres date du XIIP, il est vrai ; mais elle n'a été généralement reçue que plus tard. Le Nouveau Testament de Lyon a une division à lui ^ qui est marquée dans le manuscrit par de grandes lettres majuscules, dont la
* La division du texte albigeois n'est pas non plus identique avec les /.s^âXaia ammonio-eusôbiens.
9
106 DIALECTES ANCIENS
couleur est tour à tour rouge et bleue ; en outre, on y trouve une division en versets, dont un trait rouge coupe la première lettre. Nous avons marqué la première division, celle en cha- pitres, par des lettres grasses, qui, chaque fois qu'elles coïnci- dent avec la division actuelle, forment un nouvel alinéa. Nous n'avons pas marqué la seconde division ; mais, pour faciliter la comparaison de notre texte avec la Vulgate romaine, nous . avons introduit le numérotage des versets dans le texte et marqué les chapitres d'un chiffre romain mis à la marge.
La ponctuation du msc • est très-soignée ; seulement elle ne correspond pas trop souvent à la ponctuation actuell^. Nous l'avons respect