HANDBOUND AT THE
UNIVERSITY OF
V'^J
ROMANIA
ROMANIA
RECUEIL TRIMESTRIEL
CONSACRÉ A l'Étude
DES LANGUES ET DES LITTÉRATURES ROMANES
. PUBLIÉ PAR
Paul MEYER et Gaston PARIS
Pur remenbrer des ancessurs Les diz et les faiz et les murs. Wace.
2*= ANNÉE — 1873
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
(f. vieweg, propriétaire)
67, rue richelieu
1 t.l
LA DESTRUCTION DE ROME,
PREMIÈRE BRANCHE DE LA CHANSON DE GESTE DE FIERABRAS.
1 . Le poème que je publie ici pour la première fois fait partie d'un manuscrit de la chanson de geste de Fierabras, conservé dans la bibliothè- que municipale de Hanovre et désigné dans le catalogue des manuscrits de cette bibliothèque par le n" 578'. Le savant éditeur du catalogue, pour indiquer le contenu du manuscrit, s'est borné à citer la souscription de la dernière feuille : « Ici est H finemanî de l'estoire de Fierenbras d'Alisandre et del bone roy Charles, » ce qui ferait croire qu'il n'y a rien de plus dans ce manuscrit : il n'a pas remarqué que la chanson de geste de Fierabras ne commence qu'au fol. 25 et qu'il y a une autre souscription au pied du verso de la vingt-quatrième feuille, dont voici les termes : Ici enfinist la destrucîioun de Rome. Il faut désormais attribuer à la bibliothèque de Hanovre l'honneur de posséder un unlcum de l'ancienne poésie épique de la France ; car, au moins jusqu'à ce moment, on n'en a pas signalé d'autres manuscrits.
2 . Le manuscrit, in-80, et sur vélin, est écrit par une seule main ; il renferme, sur ses 100 feuillets, ici miniatures, dont 3? appartiennent à la Destruction, et date du xiv« siècle. // est exécuté en Angleterre: le texte, cruellement dépravé par de nombreux anglicismes, ne laisse aucun doute sur ce point. Nous ne signalons que les plus saillants : a) Le copiste ajoute à presque toutes les consonnes finales et voyelles toniques finales un e, de manière que les vers dépassent la mesure et que la distinction du genre des adjectifs et participes est effacée ; en revanche il supprime quelquefois Ve final; il emploie y au lieu d'/ sans principe 2; il confond les formes masculines et féminines de l'article, du pronom possessif et démonstratif, etc. Cette manière d'écrire était impossible en P^rance, mais elle s'explique, chez un copiste anglais, par l'aphonie de Ve final, par l'emploi de l'y, et par le manque de genre — traits caractéristiques de
1. Bodemann, Die Handschnften dcr Kgl. Bibl. zu Hannovcr. Hanovre 1867.
2. Cfr. Koch, Hïstor. Grammatïk dcr englischen Sprache, Weimar 1863, I, §85.
Romania, Il I
2 G. GRŒBER
l'anglais du moyen-âge comme de l'anglais de nos jours. La Destruction présente par exemple 27 joure, 3 1 faime, 70 voile [volo), 71 miere (mer), 200 conseilc (conse'û), i ]oc) hanapes (hanaps) , 146) freines (freins); 16^ iree (tref), 166 parlée, iGj vieltee, etc. (cfr. les couplets en è/, \Spalefre!e 168 lionye (boni), iSoscruye (servi), 2372 vie (vidij, 1077 mercliie (merci); — 1085 bone destrier, 1213 ceste mote (ce mot) 1 338 vent fu bone (vens fu bons), 1012 bones brandes (bons brans); 1061 ounes (un), 1373 des- truyt (-ite), pris (prise), 1043 port (porte), 1 363 Palou (aloue), 886 pers (pierres); — 897 my (mon), 890 nuyt (nuit), 930 matyn 972 inayn (main), 1001 puye (podium), 1030 luy (illi), 1047 luy (ille) ' ; — 28 maint digne relique, 866 mainte membre, 31 maint faime, 84 tote li monde, 809 totes lour péchiez, 1 37 le soen fierté, 177 soen bountee, 868 le îocn bountee, 1304, 1318 /a fu (le feu), 1493 tote la jour, 608 la mure (le mur). Les vers tombant sur les syllabes ée et mêlés à des vers en é (p. ex. 835, 890, 945, 1043, 1401, 1429, 1464, etc.) accusent de même le copiste anglais, qui en est l'auteur ou qui les a changés ; j'ai essayé de les corriger. — b) Quelquefois il remplace l'orthographe française de mots d'origine latine qui se sont introduits dans la langue anglaise, par l'orthographe anglaise, p. ex: 14^2, 1462 etc. sir (sire), 103, F 398, etc. joy joi (joie), 1238 voice (voix). C'est d'après l'analogie de ce mot qu'il écrit 27, 5 5 croice (crux) et d'autres mots. — Nous renvoyons encore le lecteur à des vers tels que 1383,1330, 11 17, i2oi;iii!, 1205, où les verbes garantir et fournir sont employés dans les couplets en é, c'est-à-dire, d'après l'orthographe du copiste anglais, dans les cou- plets en ee. Pour lui naturellement le pavikÏTpe grauntee, 984, 1 383 (=fr. garanti = angl. guarantee) forme avec le mot citée 1387 (= fr. cité = angl. city >) et avec les autres mots en ee du même couplet une rime parfaite non-seulement pour les yeux mais encore pour l'oreille 3. Mais de tels vers nous démontrent qu'il n'a pas suivi exactement son original et qu'il a lui-même composé ces vers ou qu'il s'est écarté dans ce cas des données du texte qu'il a eu sous les yeux.
3. Peut-être ces vers pourraient faire croire que le poème entier a été fait par un anglais. Toutefois il y a des indices qui démontrent d'une manière irrécusable que notre manuscrit a été copié sur un manuscrit écrit dans un des dialectes français. Comment p. ex. s'expliquer que le scribe emploie dans les vers 976, 1341, 1487, etc., l'abréviation ^(îrr. ( — sarrazin) comme si c'était un mot complet, qu'il emploie v. 792
1 . Aussi \'ea au lieu à'e, et \'d au lieu à'i devant /, viennent de l'orthographe anglaise dans les vers 92, 291, etc., bcal (bêle), 252, 263, puceal (pucele), 358; 373, Ciil (illa); 248, 26<),fcilc (filia) (voy. Koch, I, §§ 1 17-1 19.)
2. Cfr. Koch, I, § 81, et recmplec 990, parforne io\6.
3 . [Je dois faire remarquer que greanter granter existe en anc. français. — G. P.]
LA DESTRUCTION DE ROME J
maier dans le sens d'esmaier; 124 fuer au lieu de fuir, 808 assoiler — absoudre, 1096 mette — mis, 1066 oucrer — ovrir, 1502 abater — abatus, 1 326 plaiser — pleisir, i :57s oueree — overte, 1462 combater — combatre, 1489 succuree — socoru, 1489 desconfiee — ■ desconfit 1500 combaîe — combalu, etc.; qu'il écrive 955, 991, 995 moure au lieu de mur, qu'il place même ce mot entre les rimes en our, comme v. 913, 917, 955, et qu'il orthographie 1418, \^oT,joTa{ — jura), 1472 hourtee ( — hurté), i%6 hourtent { — hurtent), 827, 1405, 1422, 1466 adouree ( — aduré), 141 treboucher Ç — trébuchier, 256), 1061 ounes { — un)? Dans les premiers cas, où le copiste anglais a forcé la langue pour le vers et pour les rimes, il montre son ignorance de la langue française ; dans les autres il donne des formes de mots qui ne se sont jamais pro- noncées à la lettre, et qui ne peuvent être causées que par un manuscrit écrit en dialecte normand qu'il a eu sous les yeux, et dans lequel il n'a pas toujours bien reconnu la valeur de la lettre u. Ce qui peut nous fortifier dans cette opinion, ce sont quantité de formes normandes pures que le copiste a conservées de son original. Voyez p. ex. les formes verbales, Oii e, ei, 0 répondent à Voi d'autres dialectes: 102 veer (veoir), 290, 1307 auer (avoir; 290 en rime); 17 voleit, 26S poeit, 440 feseit, 4j 4 aveit, 541 esteit, 4<i osereie^; -^c) scit, 271 deit, 479 veit, poont (123), poout (1222) et les mots: 31 seifs, 256 neirSy 1065 dreit, 18 palefreie, iGSfranceis, 20 mei (moi). Dans d'autres mots il a conservé l'u normand p. ex. 30 suffrie, 247 orgoiluse, 250 durrai, 335 duce, 354 flur (fleur), 381 dolur, 467 muster, etc. — Des orthographes telles que chaunte (359), cliaunceouns (360), sounee (424); croUier (135), esgardier (136), etc. et des couplets en ier, où la plupart des rimes sont écrites en er (voy. 40 et suiv., 221 et suiv., etc.) et où s'associent des mots qui en français finissent en er fp. ex. 229 torner, l'^i seignurer^jààesmotsk c[uiconv\enl la finale ier,\\ faut conclure : ou que le manuscrit que le copiste anglais a eu sous les yeux avait été écrit par un anglo-normand^, qui copiait de son côté un manuscrit en dialecte normand, opinion à laquelle j'incline, ou que ce dernier n'a jamais existé, ou qu'il a existé et non pas le manus- crit angl.-norm., de sorte que les « anglo-normandismes « proviendraient encore du système orthographique du copiste anglais, — question qui ne peut pas être décidée avant que les différences entre le dialecte nor- mand et l'anglo-normand soient plus clairement étudiées.
4. Mais ce qui est certain, c'est que le manuscrit copié par l'anglais n'a été qu'un intermédiaire, dont l'original était écrit en dialecte picard.
1. Voy. encore les imparfaits corrompus, qu'il compte dissylabiques : 61,81 volant, 59, 126 feseint, 139 oscint, 687 aucint, 850 pogneint, etc.
2. Cfr. G. Paris, la Vie de saint Alexis, Paris, 1872, p. 80.
4 G. GR<EBER
En voici les preuves. Nous lisons dans notre manuscrit: 5,12, etc., clianclion, 15 cli'est, 530 dreschie, etc.; l'article /e au lieu de la: ^ /g m;2f, 12 le chanchon, 22, 187, etc. ledxe, ()C) le marine, 145 le chapele; 67 del bataile, 1032, 1463, du cite, 986, 1 189 de la cite, où la correc- tion de de la et de du en dcl, est exigée par le vers ' et par la grammaire, 27, 1 293 du croice, 1099 du tour, 49 de la corone, où partout la cor- rection en Jdest nécessaire; de même 999 au nuit, 1043 au port ('porte) 1 192 au tent (tente) au lieu de ^/ = à la, etc.^ ; le pronom pers. le au lieu dit la: 5,361 ; que au lieu de qui 16, 183, 261, 270, 357, etc.; les formes verbales en ornes: 535 aiomes, 932 iromes, 789 poromes, etc.
y Ici mes recherches sur l'orthographe et sur les dialectes qui se ren- contrent dans notre ms. s'arrêtent; je n'y ai pas trouvé de vestiges d'au- tres dialectes français et je me vois obligé de croire que la Destruction de Rome a été primitivement écrite par son auteur en dialecte picard. Peut-être, une autre raison fournit un peu plus de vraisemblance à cette hypothèse.
Dans une lecture faite à la section germano-romane de l'assemblée de philologues allemands, réunis au mois de mai 1872 à Leipzig, je crois avoir montré que la Destruction de Rome et la chanson de geste de Fierabras ont été composées par le même auteur, de sorte que le premier de ces poèmes, dont l'existence a été plus d'une fois supposée, est le commencement de l'autre. Ce travail, qui paraîtra dans les rapports de l'assemblée des philo- logues, étant sous presse, je dois m'abstenir de répéter ici les raisons qui m'ont paru décisives. Or, cela prouvé, il faut, si la Destruction de Rome est réellement écrite primitivement en dialecte picard, que la chan- son de Fierabras le soit également. En effet, non-seulement rien ne répugne à cette supposition, mais nous rencontrons encore dans les deux manuscrits de la chanson de geste de Fierabras, que nous pouvons con- sulter outre le manuscrit de Hanovre (qui est, comme nous avons déjà dit ci-dessus, écrit par la même main et par conséquent ne nous doit pas servir de preuve), nombre de picardismes, qui sont propres à fortifier en même temps nos deux hypothèses. Voyez p. ex. dans le manuscrit a du Fierabras (éd. de Krœber et Servois) 2 canclion, 14 chou, 55 cheus, 74 esclarchist, 144 chertés, 177, 178 Franchois, ^i^cacié, 331 recheut, mer- chiie, -^^ocommenchie, 1092 keu, 1 506 couque (1 509 coucha) 1854 cer- kies ; 3815 le puciele; 2077 le print a mollier, 3814 /e courut acoler {le = la); 1319 conquerromes, 2247, 5220 estiemes, 2439 lairomes, 4620
1. Cfr. le vers 1313, etc., del cite.
2. [Je n'ai pas voulu empêcher M. Grœber de restituer, par l'admission des formes del, al au féminin, les vers défigurés où ces formes rétablissent en effet la mesure; mais je ne les ai jamais rencontrées et je ne crois guère à leur existence. — G. P.l
LA DESTRUCTION DE ROME 5
iriemes, etc.; et dans le manuscrit E (Escorial, dont M. Knust a donné des leçons dans le Jahrbuch fur Roman, nnd Engl. Litcratur, IX), p. 47, V. ç)forche (de même p. 49, note i), p. 47, v. 10 chcuz, 1 1 chil (de même p. 49, note 2), p. 49 note ^ esclarchis, p. 50 après v. 185 corrouchiez, ib. après 203 comnenche, ib. après 5 59* inercin, ib. après ^ 5 P recheu, ib. après 358, 367 lanche, ib. après 369 chele, ib. note 3 chertés, p. 5 1 après 5 37 ochioic, p. 57 note 8 Franciwis, ib. note 5 carpen- tier, etc., p. 5 5 1 368' awonmes '.
6. C'est donc le dialecte picard que nous aurions eu à restituer dans notre poème, si nous avions prétendu à en donner une édition critique. Le manque de monuments picards sur lesquels nous aurions pu baser une telle reconstruction et l'imperfection de notre connaissance de ce dialecte dans ses détails devait nous faire renoncer à cette prétention. Sans doute la méthode la plus simple pour publier un texte aussi dépravé que le nôtre, et qui n'aurait pas la censure d'une critique circonspecte à craindre, c'eût été de donner le texte tel qu'il est dans le manuscrit. Mais alors, nous aurions laissé à nos lecteurs le travail dont nous sommes obligé de nous charger en le publiant. Nous nous sommes donc efforcé de le ren- dre lisible; mais dans tous les cas où nous nous écartons du texte du ma- nuscrit, on en trouvera les données au pied des pages de la publication. Ce sont, en général, les anglicismes et normandismes que nous avons éloi- gnés du texte à mesure que nous les avons pu reconnaître, les vers ou les parties de vers qui faussent l'alexandrin (dans lequel le poème est composé), et les mots qui faussent les rimes. La plupart de mes correc- tions se fondent sur des expressions et tournures de phrase usitées dans d'autres chansons de geste, principalement dans le Fierahras et dans la Destruction même. Cependant elles n'ont pas toutes le même degré de probabilité, et je sais que je m'expose pour quelques-unes au reproche d'avoir procédé avec trop de hardiesse. Mais le travail de critique divi- natoire une fois commencé, je devais le poursuivre et j'ai reçu dans le texte toutes les corrections^ que j'ai su proposer. Dans d'autres cas, oij je n'ai pu sortir d'embarras, je l'indique en général par le mot sic; je mets le signe ? à côté des vers ou des mots qui me sont inintelligibles ; je me sers des crochets [] pour faire remarquer ce que j'ai suppléé et de la parenthèse pour les vers que je crois interpolés ?.
1. Les mots a^clii 4875 ( — a S9-S)} Alichandrc 979,987, dichcn 1297, 1562 dans la version provençale, sont-ils aussi inspirés du texte picard ?
2. J'en dois beaucoup à M. Gaston Paris, qui a eu la complaisance de sur- veiller l'impression de cette petite publication.
3. [J'ai supprimé en beaucoup de cas l'indication, donnée par M. Grœber, des abréviations dont la lecture est certaine, et qui ne pouvaient être reproduites dans le caractère des notes. — G. P.J
Ô G. GRŒBER
Seignours, or fêtes pes, franke gent honorée, ir
Gardes k'il n'i ait nois[e] ne corous ne mellee, S'orres bone chanchon de bien enluminée : N'i sera fable dite ne mensonge provee. 5 Niuls des altres jouglours, k'els le vous ont contée, Ne sevent de l'estoire vallant un[e] darree. Le chanchon ert perdu[e] et le rime fausee, Mais Gaut[i]er de Douay a la chier[e] membree Et li rois Louis, dont l'aime est trespassee 10 — Ke li fâche pardon la verge honorée — Par lui et par Gaut[i]er est l'estoire aunee Et le chanchon drescie, esprise et alumee, A saint Dynis de France premièrement trovee, Del rolle de l'église escrit[ej et translatée ;
1 j Cent anz i a este, ch'est vérité provee.
Cil ke la chanchon fist l'ad longement gardée, Ains [il] n'en volut prendre a voir nulle darre[e] Ne mul ne palefroi, niantel ne chier fourrée; Ne onke en halt[e] court ne fu par lui chantée. 20 S'entendre me voles, ja vous serra contée La vérité com Rome fu destruit[e] et gastee, Et le cite fondu[e], destruit[e] et cravantee. Le pais exilles et la terre gastee. Et corne la corone d'iloc fut enportee,
2 i [Et] les clous dont Jesu avoit sa char navrée
Et le digne suaire ou fu envoloupee
Au jour du vendredi kant del crois fu ostee ;
Maint[e] digne relique i ont pris[e] et robbee :
Par le roi Fierabras fu la cite praiee. 30 Charl[ejs en souffri puis mainte dure journée,
Maint[e] faim, mainte soif, [et] mainte conseuree.
Et li riche barnage de France la loiee.
He diex, [si] en fu puis tant[e] lerme ploree,
Et tante targe effreint[e], tant[e] broigne fausee, 35 Et tant pie et tant poign, tant[e] teste coupée,
Tant[eJ aime de payens fors de son corps jettee !
Or comence chanchon de bien enluminée ;
Puis que dieux fist Adam et Eve s'espouse[e], iv
Ne fu plus fier[e] dite, s'el soit bien escoute[e].
I seignurs, ore, pees. — 2 corouce. — J si, neb. — 4 n'i a sera, pro d'habitude abrégé.
— j des| de les, jugelours, V09 souvent, countee. — 6 seguent. — 10 pardone, v'ge. — II luy plus souvent. — 14 rolles. — i $ ad estee. — 17 ainz nel voleit, veire. — 18 mule, palefreie. — 19 vnke. — 20 mei. — 24 corone Jhù, iloke, fust. — 25 cloues dont li rois out le soen. — 26 envolupee. — 27 joure, vendredy, du croice.
— 28 disgne. — 29 citée. — }o suffrie. — 51 faime et seifs. — 33 puis en fu. — 34 ef- freint et. — 35 poigne et. — 37 ore. — 38 s'] ses. — 39 dist, seit.
LA DESTRUCTION DE ROME
40 ^eignours, or m'escotes, si lesses le nois[i]er,
^Chancon de droit[e] estoire vous voil je comenc[i]er; L'estoire en est escrit[e] en seint Dinis moust[iJer, Les altres jougelours s'en soilent [bien] preis[i]er : Mais, s'ore en fuissent ci ensamble x milier,
45 Devant eus oseroie bien dire et affichier
K'euls tous ne sevent mie le montée d'un din[i]er. Par moi orres le voir, dont ele mut premier. Jeo ne vous dirrai mie fable ne losengier, Aine dirrai del corone au verai iustis[i]er,
50 Qui en Jérusalem se lessa travailier Et ferir de la lance et navrer et plaier, Et des seintisme[s] clous, dont hom li fist percier Les paumes en la crois et les pies cloufichier Desi k'en Golgathas virent son sang raier.
55 Et dirrai des relikes, que tant font a preisier, Que Sarrazin robberent, li gloton losengier. Li fors rois Fierenbras fist le pais cerchier Et l'admirais, ses piere, qui le corage out fier, Par force prisdrent Rome et firent trebuchier.
60 He diex, puis en mourirent plus de xxx milier De tels gens, k'omke dieu ne voldrent souplier. Charl[e]s en somond France, pour sa terre vengier, Et trestote sa terre qu'il out a justisier. Or comence chancon hui mais a efforcier :
65 Mieldre ne fu trovee aine Adam, li premier. Del fort roi Fierenbras vous vourai comencier Et del très grant bataile qu'il fist od Olivier.
b;
,3ron, or fêtes pes, lesses la noise ester, ► Chancon de vraie estoire plest vous a escouter? 70 De l'admirai d'Espaigne vous voil hui mais chanter Et del roi Fierenbras d'Alisandre sur mer, De[l] plus trefier payen dont oisies parler, Del pier[e] Fierabras, m'orres son non nomer : Laban avoit a non moult out terre a garder; 75 L'Arabie tint tote desque la rouge mer Et Aufrike et Europe, Esclandie sa pier (?),
40 ore escotez. — 41 chanceon. — 43 jugelours. — 44 si ore. — 4$ osereie. — 46 toutz. — 47 orrez, veire, dunt ele muyt premer. — 48 dirray, mye de, ne de. — 49 dell de la. — jo sei. — 51 nauerer. — 52 del, cloues dunt. — $5 cioice, piez. — 57 fort, roy. — ç8 piers. — $9 bruserent Rome et feseint. — 60 murrent. — 61 gente, voleint, suplier. — 62 somonde, po9 souvent. — 64 ore, chanceon, huy, souv. — 65 Aine le temps ne fu troue de Adam ly. — 66 roy souv., Fiercnbraz. — 68 ore, pees, esteer. — 69 chanceon, v'rai. — 70 de Laban d'Espaigne, voile. — 71 miere. — 72 dunt plus souv., ia oises. — 73 noun noumer. —74 noun, ml't habituellement.
0 G. GRŒBER
Et tint Perse et Surie jusk'as plains de Beaucler,
Babiloingne la grant out il a gouverner,
Si out Costentinoble, que tant fait a louer, 80 El trestot[e] la terre, ou hom poet habiter,
De le gent quonke dieu ne voldrent soupplier,
Et le moitié de Rome volt il en fief clamer.
Pour ceo moût [il] la guère dont vous m'orres conter;
Bien quidoit tôt li monde li devoit encliner. — 2r
8^ Babilans et Marsires, si com m'orres conter.
Et l'admirais Bruans d'outre la rouge mer,
Cil furent tôt troi frère a Laban [al] escier.
Mais desur els 111 volt par force seignourer.
Deus enfans out li rois que vous m'orres nomer, 90 Kar n'est drois ne reson ke les doie oublier :
Le vallet fist li pier[e]s Fierenbras apeller,
Floripas out a non le bêle au vis cler. —
Au droit comencement voil ici retorner. —
Li admirais d'Espaigne s'est aies desporter 95 As puis sur Aigremore, ovec li .M. escier;
La fist ses ours salvages a ses hommes berser.
La veiss[i]es meint viautre, maint brachet descoupler,
Payens et Ascopars as espees jouer.
Coure par le marine et chacier maint sengler, 100 Maint ostour veis[i]es et maint falcon voler.
Li amirails a fait tote sa gent mander
Pour la feste veoir et Mahon célébrer :
Grant joie démenèrent de si qu'a l'avesprer;
Mais ainces qu'il s'en tornent orront altre parler. 105 Es vous un[e] galie que devoit ariver;
As pors sous Aigremore l'orent fait aancrer.
Sarrazin i koururent noveles demander,
Mais nuls des noton[i]ers ne volt od els parler.
Li admirails les fist devant li amener, 1 10 Par moult ruste fierté les prist a demander :
« Diva, dont venes vous.? ou deves vous aler? 2v
» A ki est li avoir que fêtes amener? »
« Sire », ceo dist li maistres, « ne vous qu[i]er ge celer,
» Jeo su vostre home lige, a vou<; me vienk clamer 1 1 j B De cels de Romenie, que m'ont fait desrobber.
77 juska playnes. — 78 il a justisier. — 79 fait a preisier. — 80 home. — 81 qe unke, voleint, supplier. — 82 En, fiefs. — 8} moua, contier. — 84 tote, enclinier. — 86 Et laban, meer. — 87 tote. — 88 seignurer. — 89 enfanz. — 90 droiz, deie. — 92 beal. — 93 voile. — 94 Laban, alez, desportier. — 9j oueke ly {plus souv.) — 96 urs, bercier. — 98 juer. — 99 curere. — 100 ostur falcoun. — ici Labans, faute qui se reproduit souvent, ad très souvent. — loî veer. — 10} )oy. — 104 qil, tornerent, orrunt. — 105 un galeie. — 106 portes, sutz. — 107 Sarr. souvent, kurrent pour. — 109 Lab'. — m dunt, aleer. — 1 1 2 ly aveires. — 11$ Romenye.
LA DESTRUCTION DE ROME 9
» Tiel avoir m'ont robe, aine hom ne vist son per :
» XIIII nefs avoie, si dévoie sigler
» El règne d'Aumarie pour pourpres achater.
» L'avoir et la richesce vous quidai présenter. 120 » Un[s] vens nous fist a Rome parmi le far sigler;
» Kant cil dedens nous virent ens en le far torner,
» As espeies d'ascier nous vindrent descouper ;
» Onkes n'i pout fors jeo soullement eschaper
» Et cil de ma galie, ou n'i a que tuer (?); 12^ » Les altres firent tous occire et desmembrer,
» A plus de X millier firent les chefs voler.
» Un appostoille i a que moult fait a douter,
» Parens est Karlemaine que France a a garder:
» Cil vous quide moult bien del tôt déshériter 130 » Et de Costantinobte par force exiler^
» Et vostre loi destru[i]re et del tôt vergonder. »
Quant l'entent l'admirailCs] du sens quide desver.
De maltalent et d'ire comence a escouer ;
Il estrest un baston, par mi le fait percoer (?). 1 3 5 Qui le veist la teste et huschier et croter,
A moult tresgrant merveile le poust esgarder.
Le soie grant fierté ne poet nul [s] deviser,
Aine payenfs] ne l'i vist, ne li covint trembler.
Mahomet en jura « mal [l'Josent il penser. » 140 Jamais, si com il dist, ne voura reposer,
S'aura fait tote Rome trebuchier et verser.
Et le pais destruire, exiller et gaster.
Et moustiers et chapeles et autiers violer
Et a trestous les moignes les baulivres coper. 145 Jusc'a Ais le Chapele ne vaura arester,
Charlemaine de France fera les oes crever,
Se il ne volt Mahon servir et honourer ;
Ains fera as François leur servage doner,
Quatre deniers par an pour lour chiefs rachater ; I ^o Ensi [les] vaura il du tôt disheriter.
Mais li vilains le dist moult bien en reprover
Que moult a grant discorde entre faire et penser^
Et tiels se ard et bruit qui se quide chaufer,
Et mieus valt bon taisir que ne fait fol parler.
116 home souvent, pier. — 117 auoye, deuoy. — 118 Danmarie, purpres. — 119 richesces. — 120 un vent, n9 souvent, la. — 121 dedentz, no' souvent, einz el. — 125 poout suUement. — 124 galye. — 125 toutz. — 126 x m., feseint. — 128 pa- rentz, klm., ad a. — i?o exilier. — 131 loy, del tuit. — 132 desueer. — 135 escouier.
— 13 j croilier. — 136 poet esgardier. — 137 le soen très grant, nule. — 138 qe ne.
— 139 oseint. — 141 treboucher. — 142 exillier, gastier. — 143 musters. — 144 as trestutz, banlivers. — 145 ne). — 146 en fra. — 147 honurer. — 149 deners, p' sou- vent. — I jo tuit. — 151 vilaine. — 1 J 2 qe mit i ad. — 1 5 3 sei arde. — i H mielix, foie.
10 G. GRŒBER
1 55 Ci comence chancon, que moult fait a loer. Aine n'oistes si bon[eJ, s'il vous plest escouter, Et tant fêtes pour moi que la puisse chanter.
Ll
[ij admirail[s] d'Espaigne out moult le queor irre, (Devant soi appella Brullanl de Montmirre, i6o Sortibrans de Coinbres, son consailier prive^
Clamaton et Mordant, Eulzunt et Tempeste,
Brutans et Parsagon, Gaubu et Ténèbre
Et XIIII amaceours ou le vieil Baufome.
Sous l'olivier en l'ombre sont al consail mande, 165 Li admirails d'Espaigne estoit droit en son tre :
Sa main mist a sa barbe s'a haltement parle :
« Seigneurs », dist l'admirails, « moult par est grans vielte
t) Qu'ensi m'ont cil de Rome boni et vergonde.
)) El[e] d[e]ust moie estre par grant antiquité 170 » Et mon fils Fierabras après le mien ae,
)) Et tote Romenie est de ma irrite.
» Ne me doutèrent guère, quant ma gent ont robbe'
» Et après tout iceo occis et démembre.
» Quidoi[e] avoir par tôt itiel[e] poeste, 175 » Que hom ne fesist chose que fust outre mon gre :
» Si jeo n'ai d'els venjance tôt a ma volonté,
» Ja ne place Mahon ne le soie bonté, jv
» Ke mais puisse tenir a nul jour reyaute. »
n Sire », dist Sortibrans, « bien vous ai escoute, 180 » Jeo vous ai bien tôt jours servi et honore
I) Et vous et vostre fils par droit[e] lealte —
» Ore oies que jeo die solonc le mien pense :
» Cil que vostre chien bat n'a a vous amiste ;
» Ke mon serjant fait honte a droit m'a défie ; 18 J )» Romain ont mors vos hommes, or soit si amende,
)> Que pour un [soûl] des nos soient .M. desmembre,
» Le cite confondu [e] et le mur cravante
» Et trestot le pais exille et gaste
» Et moustiers et chapeles et altiers viole;
IJ5 chanceon, loyer. — 156 a escouter. — 157 qe puys. — 158 irree. — 159 sei.
— 160 ses consailers priuee. — 165 furent oue le veil. — 164 sutz. — 165 laban, tree et ainsi en ee toutes les rimes suivantes jusqu'à v. 179. — 166 maine. — 167 laban, grant.
— 168 honye, vergundee. — 169 moy. — 170 et a, mon fitz. — 171 mon yrritee.
— 172 guer, souvent. — 173 tut. — 174 bien quidoi auer, tote, iciel. — 175 feseist.
— 176 tote, voluntee. — 177 soen bountee. — 178 ne puis, nule, reyautee. — 180 tote, seruye. — i8i-i88 les rimes sont en ee, i8i fitz. — 18} bâte, ad a. — 184 hunte. — 185 Romaynes, mortz, ore. — 187 et le cite, mure. — 189 musters.
I. De telles rimes se trouvent très-souvent, p. ex. 427,455, 632,644,715,735,610., de même dans F/er(2brû5 340, 360, 365, 755, 1354. '396, 1472, 2i35, 2192, 4577, 4841, 5242, 5253. Parise la duch. 604, 573, 579, 580, 685, 773, 1540.
LA DESTRUCTION DE ROME 1 I
190 » Ke [n'Jaient garantie n'evesque ne abbe
» Ne clerk, prestre ne moigne ne nul aordene
» Qu'il ne soient trestot [moult] vilement mené,
» Des nés et des baulivres boni et vergonde ;
» Jeske Ais le Chapel[e] ne somes areste, 195 » Charl[e]s aura le chief du bus dessevere,
» Et puis fai de ton fils de France corone;
» Car c'est ses héritages par droit[e] lealte. »
Dist l'admirails d'Espaigne : « vous dites vérité,
» Ensi sera il fait, ja n'en iert trestome. 200 « Aine mais n'oi conseil si [très] bien devise. »
Maintenant sont si brief escrit et seele.
De par tote la terre sont li baron mande, 4r
Rois, princes, amaceours, duc, [contes], admire,
Du chief en Babiloine desi k'en Dureste ; 20^ N'i remist Sarrazin[s] ne Persans ne Escler[s],
Qu'il ne soient ensamble venu et assemble;
Et de Costentinoble desi k'en Salatre,
Et de Jérusalem, celé seinte cite,
Dusk' a[s] pors de Siglay vers le mont Tribue, 210 Furent payen ensamble, c'est fine vérité.
As puis [de]sous Mautrible sont Sarrazin arme,
Aval le preerie sont tendu tôt li tre.
.III. jors sont Sarrazin ou le roi sojorne,
K'il sont de lascete freschi et repose ; 215 (Dedens ont le navie richement appreste.)'
Li os durra ii l[i]eues [et] de lonc et de le :
Par .C. fois .M. payen, autant furent esme,
Et si furent par nombre xxx roi corone.
Ore ait dieux a Rome par le soue pite, 220 Kar s'il ne les soccourt, tôt sont a mort livre.
M
ouït furent grans les os de la gent l'adversier, Onkes diex ne fist home qui les poist preis[i]er,
Bien furent par .C, fois Sarrazin .C. millier.
L'admirails fist ses nefs très bien apparailier : 22^ Li mast sont hait et gros, quant hom pot enbracier,
190 abbee. — 191 nullie ordenie. — 192 vielement, menée. — 193-204 les rimes sont en ee. — 19} banliuers, honie. — 194 sûmes. — 19$ chiefs. — 196 fitz. — 197 ces. — 198 lab. — 199 ia niert. — 200 conseile. — 201 sunt, ses Chartres escriz, enseelee. — 202 ly. — 203 duck et admirée. — 204 chiefs. — 20J Persant. — 206-209 rimes en ee. — 208 seynt. — 210 ensamble payens, ceste. — 211 sutz, armée, ainsi les rimes jusqu'à v. 220. — 212 sunt, tote ly. — 213 sarr ainsi souvent, oue; 214 tant k'il, freschie. — 215 dedenz, nauye. — 217 M. sarr., aitant sunt. — 220 se il, succure, tote, liueree. — 221 grantz. — 222 vnkes, poout. — 2i4 lab.
I. Ce vers n'est pas ici à sa place.
12 G. GRŒBER
.IIII. voilles i a de paille de quartier,
Le forme d'AppoIin fist sur le mast drescier,
En sa main un baston pour François manacier;
La sus le fait li vens plus menu tornoier 250 K'alou[e] ne guenchist, quant fuist pour l'esperv[i]er.
D'or et d'argent [..] font lour vassels chargier
Et de pain et de vin les emplir pour mangier
[Et] de foen et d'avaine, que servent (?) li destrier ;
Asses i avoit armes [et] de fer et d'ascier 235 Et engins et perieres, qu'il feront karoier,
Dont il quident les murs de Rome tresbuchier
Et les sales de marbre craventer et pecier.
Lucafer de Baldas ou le corage fier
Apella l'admirail sil prist [a] arainier : 240 « Sire admirais d'Espaigne, or vous voil jeo prier ;
» De moult lonteine terre m'aves fait travailler;
» Un don voiant vos hommes vous demand et requ[ijer,
» Par itiel covenant com vous m'orras pleid[i]er.
r> Si jeo vous rent Rollant et le conte Olivier 24^ » Et Charl[on] par le barbe et Naimion de Baivier 4v
» Richard de Normendie et le Danois Ogier,
)) Et l'orgoilous barnage fais mater et peiser (?),
)) Dones moi vostre file Floripas a molier.
» De trestot mon servise ne quier ge altre loier. 250 I) Et jeo li dorrai France desi k' a Monpellier. »
» Volontiers », dist Labans, « se l[e] volt otraier. »
Aitant es vous la bêle, ou il n'out qu'enseignier
Vestu[e] d'un diapré, onke ne vi tant chier,
Ses crins sur ces espaules plus lusoient d'or mier, 255 Sa char out bel[e] et blank[e] plus que noifs en fevr[i]er,
Les oes avoit plus noirs que falcon monten[i]er,
Et le colour vermaile con rose de ros[i]er,
La bouche bien séant et douce pour baisier.
Et les lèvres vermailes com[e] flour de pesk[ijer; 260 Les mameles out dures com pomme de pomn[i]er,
Plus sont blanches que noifs que chiet après fevr[i]er;
Nuls hom ne porroit [ja] sa grant bealte preis[i]er.
La pucele discent du palefroi coi]rs[i]er,
Lucafer de Baldas li corut a l'estr[i]er.
227 fourme, Appolyn, desur. — 228 maine.— 229 li fet ly vens, menu torner. — 252 payne, vine, emple. — 235 foere, auayne. — 234 assiez i a armes. — 235 engines et pères. — 236 dunt, qidient.— 237 pesser. — 238 oue. — 259 lab., prist, aresoner.— 240 ore. — 241 lonteime. — 242 vne doun, demande. — 245 Charls. — 246 et li. — 247 orgoi- luse, face. — 248 feil, muilher. — 249 trestote, louer. — 250 la durrai. — 251 volun- tiers, labam. — 252 la puceal ou nout qe seignourer. — 2(3 dyapre vnke [souvent), vie. — 2(4 crines. — 256 neirs qe nul. — 260 auoit. — 261 sunt. — 262 nuUy. — 263 puceal, palefrei. — 264 la corust.
LA DESTRUCTION DE ROME I J
265 « File, » dist l'admirails, « moult vous puis [ge] prais[i]er,
» Jeo vous ai marie[e], si[l] voles otraier,
» Par Mahomet mon dieu, au melior chival[i]er
» Que hom poist trover pour François detrench[i]er. »
« Sire, qui est il donc? ne moi deves celer. » (sic) y
270 « Bêle, c'est Lucaler, qui vous doit nocier :
» Pour vostre amour doit [il] Charlon le chief trenchier
» Et Rollant, son neveu, et le conte Olivier. »
« Sire, » dist Floripas, « lasses m'eut consaillier. »
Lucater passe avant, que l'em quide enbracier, 275 Et Floripas le fiert, que ne l'a guère chier.
De son poign ens es dens qu'e![e] li fist seign[i]er.
Li rois out moult grant honte, mais ne se volt irr[i]er,
Pour ceo qu'hom ne [se] doit a femme coroucier.
« Vassal, » dist Floripas, « or vous trahes ar[i]er, 280 « Ensi ne doit hom mie pucele manoier. »
Lucafer out grant honte, s'en prist a vergognier;
Meuls volsist que ceo fust encore a comencier.
« File n dist l'admirais « laisse toi fiancier,
» Et après la fiance te ferai nocier. » 285 « Sire, I) dist Floripas, « ceo ert au repair[i]er,
» Quant vous aures pris France et conquis Monpell[i]er,
» Et il m'aura rendu Rollant et 01iv[i]er,
» Richard de Normandi[e] et le Danois Ogier
» Et Guion de Bourgoine, que j'ai oi preis[i]er; 290 » Donk[e] le prendrai jeo, s'il moi deigne nocier. » jv
« Bêle, » dist Lucafer, « ne jeo mieux ne vous quier ;
» Si jeo nés vous rend pris, fai moi le chief trenchier,
» Mais ke vous m'otroies soullement un bais[i]er. »
« Volontiers, » dist la bêle, « vous l'aures sans dangier. » 295 Puis dist entre ses dens : « fols couard losengier,
« Jeo ne vous baiseroi[e] pour .M. livres d'or mier.
n Meuls ameroi[e] jeo Mahon a renoier. »
Li admirais apelle Estorgis et Orier.
A Lucafer a fait Floripas fiancier : 300 Quant il aura pris France si l'aura a molier.
Li jors est trespasses, si vint a l'anuitier,
Li flos monta au port, prist mer a engols[i]er.
Moult [par] auront bon vent, dient li noton[i]er.
26$ feil, lab. — 268 home poeit, français. — 269 dune, moy, celeer. — 270 beal ceo dist ladmirals qe. — 271 deit, Charls le chiefs couper. — 272 neueue. — 275 ad.
— 276 poigne einz el dentz, ly. — 277 hunte, ne| nel. — 278 pur. qe home. — 279 ore. — 280 deit home mye. — 281 hunte, vergunder. — 282 meultz, vncore. — 283 feile, lab. lees tai. — 288 li danais. — 289 Gyon, Burgoine, ieo, oie. — 290 Dunk, se il moy, auer. — 291 beal, mielux. — 292 neslne les, rende, le chiefs couper. — 295 sul- lement. — 294 voluntiers, la puceal, santz. — 295 dentz. — 296 M. Ij. — 297 meultz.
— 298 Lab. — 301 vint a nutier. — 302 ly plus souvent, si prist mère. — 30J mit ont bone, si dient.
14 G. GRŒBER
Et cil entrent es nefs, kar il voidront nagier : 305 Li estermant s'aprestent et tôt ii noton[i]er,
Les voilles font au vent a grant espioit drescier ;
Au desancrer sonerent .M. graels menufijer,
La marine fremist et bondist le grav[i]er.
Tant estoit grans la freinte de la gent radvers[ijer, 310 De X l[i]eues plenier[e]s oist hom le nois[i]er.
Dieu ait cels de Rome que tôt poet justisier,
Kar i[l] lour croist grans honte et mortel encombr[i]er;
(Onkes en lour vivant n'orent tiel encombrier.) 6r
Moult estoit grans l'estorm de la gent payenie : XXX l[ie]ues de mer contienent lour navie.
Moult par eurent bon vent et l'oure iu serrie :
Li vens se fiert es voilles, que plus tost les [nefs] guie,
Que nus falcons ne vole, quant il chace la pie,
Et l'escume en florist, forment s'est hereschie, 320 De l'angoisse des nefs est la mer engolsie.
Les voilles et li mast firent grant taborie,
L'escrois en oist hom .v. l[ie]ues et demie.
Le barge l'admirail fut de grant segnorie,
Ja de melior vassel n'iert ja parole oie : 325 Grans estoit contremont e[t] forme out de galie,
Covers estoit de cerfs et oins de pis boullie,
Ne cremoit vent n'ore un[e] pomme porrie,
IIII masts out de hait, chescon [out] une archie,
Et a chescon mast out quatre voilles de sie : 330 El plus hait fu le forme d'Appolin [es]dreschie.
En sa main I baston que contremont bailie,
Et manace François pour fair[e] les loye(?).
Moult fu grans li chalans et ovres par mestrie,
Laens sont les estables as destr[i]ers de Surrie, 33^ Et si a eve douce et bêle praierie.
Et [pour] les prisons mettre i a grant fermerie,
Gaioles et karkans i out a grant baillie ;
Si sont les chimine[e]s, chescone a or bâtie,
Et chastel et breteces, maint[e] chambre vautie, 340 Ou l'admirails d'Espaigne gist et soi esbanie;
Ou li fu Lucafer et III roi de Nubie
307 sounerent. — 309 fu, grant. — jii ait a. — 312 crest grant hunte. — 31} vnkes. — î'4 fu grant, estorme, payenye. — 315 mère, nauye. — 316 bone, ure. — 317 le vent. — 318 voille. — 319 forement. — 320 angusse, neefs. — 321 funt. — 322 Les escrois. — 323 lab., fust. — 32J grant, galye. — 326 couerte, oynt. — 327 cremeit, n'orei ne tempeste. — 328 mast auoit chescone. — 329 III, drecie. — 330 Appolyn. — 331 maine. — 335 grantz ly chalanz et onourez. — 334 laenz sunt. — 335 duce, beal. — 336 Et as pr, — 339 chastels. — 340 lab. et sei banie. — 34J oue, IIII rois.
LA DESTRUCTION DE ROME l J
Et XIIII amaceours du règne de Percie,
Et ses fils Fierenbras a la chiere' hardie,
Et Horipas, sa soer, la bêle et l'escevie*, 345 Oue trente pucei[e]s de la loi paienie,
Totes files a rois de moult grant seignorie.
Li admirails d'Espaigne fist moult grant courtoisie :
Tot[e] la melior chambre, a sa file bailie :
En iver et este la rose i est flourie, 350 Et la flour[s] d'aiglent[i]er tôt tens fi] est panie;
Li basme et le ment[astrej doucement i flarie
[Et] de trestotes flours la colour i condie;
L'enchens et la kanele i croit et l'arable :
Aine dex ne fist espèce dont la flour[sJ [n]'i condie : 3 5 5 Qui est en celé chambre a joie vit sa vie.
Laens est Floripas, la gent[e] et l'escevie, 6v
La plus bêle payen[e] que soit jusc'a Russie;
Ouec li ses folles, a ki el s'esbanie
Ke lui chante sones a hour[e] de compile 360 Et fables et chancons, tant qu'ele est endormie.
Ses puceles le servent, que ne le heent mie;
Sovent par[o]le a el[e]s de France le garnie.
Et de roi Charlemaine a la chierfe] hardie.
Sa mestresce Margonde la manace et chastie : 365 « File, k[e] as tu dit.? es tu du sens marrie.?
» Ne nomes mais celui qui no loi a perie.
» Par Mahom[et] mon dieu près me su esragie. »
« Dame, » dist Floripas, « ceo estoit musardie;
» Séries si dolente s'estoie baptizie? » 370 « Oil, )) dist Maragonde, « meuls fusies detrenchie
i) Ke pour François avoir fusies tiel[e] nourie,
» Kar dolorousement serries emploie. » —
Mais pour nient l'emprise, puis fut el baptizie
Et si crut en Jhesu, le fils seint[e] Marie; 375 Mestier i out Rollant ovec sa compaignie;
Pour Guion de Bourgogne lour salva el la vie
343 fitz, la vis. — 344 ses soor, beal et lacemie. — 345 et oue, loy. — 346 feiles, au. — 347 Labam, curteisie. — 348 feile. — 349 yuere et en, i est la ros flurie.
— 3 5oflur, tote, espanie. — 351 le basme. — 352 flures, colur. — 3 $4 dunt, flur. — 355 vie. — 356 laeinz, la cennye. — 357 beal, Russye. — 358 oueke luy son follet, ky eal, banye. — 359 luy {souvent) chaunte, songes, complye. — 360 chaunceouns, que eal, endormye. — 361 seeruent, mye. — 362 as les. — 363 roy charlemayn. — 364 Maragonde. — 365 feil, dist. — 366 celuy, que noluy ad. — 367 esragye. — 368 ceo dist, esteit niusardye. — 369 Esteies, dolens, esteye. — 370 meulz fustes. — 371 franceis auer fustes. — 372 serriez, employé. — 373 pays fusteal. — 374 crust en dieu, fitz seynt.
— 37J grant mestier, ovec] et tote. — 376 Gyon Burgoyn, eal.
1. Cfr. 363.
2. cfr.\. 356(cennie), 1340 (scemee), 134$ (cernée), et voy. Fierabr. 2858, 3901.
\6 G. GRŒBER
En la tour d'Aigremore, que vers le ciel hombrie, La les out l'admirails pris en grant fremerie. — Hui mais orres chancon de moult grant segnorie j8o OrgoilIous[e] et superbe et de fierfej aatie : Con la cite de Rome fu od dolour perie ; Mainte lance en fu freint[e], mainte targe percie, Mainte aime de payem fors de son cors sachie.
585
Moult fu grans li estorm de la payene gent. Par VII fois sont .C. mil, si l'estoire ne ment.
Li mast hurtent ensamble et les voilles au vent,
De l'angosse des nefs angoisse mer forment.
Del or ke luist es voilles la marine resplent.
Parmi la mer haltisme la navie s'estent. 590 Tant nagent jour et nuit a la lune et al vent
(Aine n'ourent destourber ne d'ore ne de vent)
K'el far de Romenie la navie discent.
Le jour qu'il arrivèrent fut teste seint Vincent.
X l[ie]ues de rivage lour navie porprent. 59^ Les pons gettent an terre tost et isgnellement,
Les voilles avalèrent sans nul arestement.
Puis issirent des nefs, li corps dieu les cravent.
Des pavilons fichier ne furent mie lent,
De paille et de cendale a or fait cointement, 400 Des pomels et des egles li or luist et resplent.
Li os dura X l[ie]ues, si l'estoire ne ment. -jv
Dieu panst' de cels de Rome par son commandement,
Kar si li ost de Rome n'ait soucours erralment,
La cite serra pris[e] a doel et a tourment. 405 Ja n'i porra aid[i]er [ne] ami[s] ne parent,
L'admirails ne prendroit d'un soûl rachatement,
Ke li voidroit emplir un val tôt plain d'argent.
T
lant out li payem gent et nage et sigle Parmi la mer haltisme est en le far entre. 410 Puis ont leur ancres pris[es] si se sont aancre, Les voilles avallerent, les pons ont hors jette,
577 Aygremore, humbrie. — 578 lab. puys. — 369 huy, orrez. —380 orgoillus. — 381 dolur.— 382 maynt, maynt.— 383 maynt, du p.— 384 grant, estorme, payem.— 385 sunt. — 386 luy, hourtent. — 387 Des angusse, anguysse la mère, forement. — 389 mère, nauye.
— 390 nuyt. — 391 d'J desor. — 392 fare, nauye. — 393 fust fest de. — 394 nauye. — 395 pontes. — 397 issierent, li] le, acravent. — 398 de lour pauylons, my. — 399 cendalle, or oure. — 400 luyst. — 402 panse. — 403 ly, eit suceurs erallement. — 40J amye. — 406 Labam, suie. — 407 vale, plaine. — 408 ly, siglee. — 409 parmy, mère.
— 4ioaancree. — 411 et les pontz hors iettee.
1. Cfr, Fierabr. 2998, 2107.
LA DESTRUCTION DE ROME 1?
A .C. et as milliers discendent deffae Et les pavilon[s] fiche[nt], tost sont tendu li tre: La po[i]ss[i]es veoir tant penon ventele, 41 5 Et tant aigle laissant et tant dragon dorre, Tans trefs et pavilons de bon paile roue, Et tant[e] riche tent[e] de samit estelle : X l[ie]ues tôt plenier[e]s en sont couvert li pre. Li admirails d'Espaigne est issus de son tre, 420 Ensamble ou li issirent XV roi corone Et XIIII amaceours, que sont de Perse ne,
Et l'admirais de Cordres, qu'est de son parente, 7V
Et Fierabras, ses fils, au corage adure. Encontre l'admirai sont X graels sone, 42 5 X cor et XX busines et XX tabour timbre : Ascopars ont sailli et se sont aune, Devant lui ont la mente espandu et jette, Le g[l]ayol et le junke, par ont il a passe. Li admirails d'Espaigne fu de moult grant fierté; 430 La barbe out longe et cru[e] jusqu'à neu de baldre Et la teste plus blanche que nule flour d'esté ; Del un oil out al altre demi pie mesure ; Moult out lees les temples, le pis gros et quarre: Se il creist en dieu, le roi de maieste, 43 5 El siècle n'[e]ust roi de si très grant fierté.
Moult est preus de sa loi, mais moult out crualte, Kar il n'out onkes d'homme [ne] merci ne pite. A chescon pas qu'il passe l'ont payen encline. Labans quide avoir bien itiel[e] poésie 440 Que hom ne fesist rien que soit oultre son gre. L'admirais apella Brullant de Montmirre, Sortibras de Coinbres, son consaillier prive : « Gardes que C. M hommes soient moult tost arme » Pour gaitier le pais [et] de lonc et de le; 445 » N'i remeigne chastel[s], dongeon[s] ne fermeté, » Moust[i]er[s] ne abbeie que ne soit enbrase, » Ne femme ne enffans qu'il n'ait le chief coupe; » Gardes ke ledement soient diffigure,
412 luy diffaie. — 413 ly pauilon fichie, sont, tree. — 414 veer, ventelee. — 415 dorree. — 416 tant, et tant pauylon, bonne, rouée. — 417 samite, estellee. — 4 18 pree. — 419 Labam, issuz, tree. — 420 eue ly issierent, rois coronee. — 421-440 les rimes en ee. — 422 qe est. — 423 son filz, adouree. — 424 labam sunt, sounee. — 425 cors, busunes, tabours, tymbree. — 426 et devant ly aunee. — 427 luy. — 428 ad. — 429 Labam d'Espaigne. — 431 nuls flur. — 432 denye. — 43 j roy. — 436 preuz.
— 437 vnkes de, mercie. — 438 payen] sarr. — 439 Labam, bien auer. — 440 feseit, vitre. — 441 Labam. — 442 cobrers, consaillers, privée. — 443-4J3 ûvec les rimes en ee. — 44s remeign, dungeon. — 446 muster ne abbeye, enbrace. — 447 neffant, chiefs.
— 448 lediement.
Romania, Il 2
8 G. GRŒBER
» Les nonnains et li moigne moult vilement mené : 4J0 » La loi as cristiens voil mettre a grant vilte. »
« Sire, » dist Sortibras, « tôt a vo volonté. »
Il a sone I corn, payen se sont arme :
C. L. mil furent, autant sont [il] nombre,
Des herberges s'en issent pognant [vont] tôt serre. 45 5 Lucafer de Baldas a l'ensigne porte,
A XXX mil payens l'en a avant guie :
Ceo jour ont moult destruit[e] seint[e] cristiente.
Et l'admirails d'Espaigne a fait tendre son tre,
De jouste un[e] fontaigne, joust[e] un verg[i]er rasme; 460 Li eigle[s] fu en son sur le pomel dorre :
Ceo est signifiance qu'il auront la cite.
L'admirais est assis, as tables a joue.
Et sarrazin chivalchent baud et asseure:
Lucafer fu devant, le halberc endosse, 465 Le mestre gonfainon en sa lance out ferme.
Ardent chastels et viles n'i lessent fermeté,
Ne moust[i]er ne chapelle qu'il n'aient viole, 8r
Les prestres [et] les clercs out baulivres coupe'
Et moignes et hermites a grant dolour mené ; 470 As nonains ont jeu et fait lour volonté.
Puis toudrent les mameles chescon[e] du coste.
Quant trouvent femme gros[se] le corps li ont crevé
Et son petit enfant ont mort et enfondre.
Grant dolour i avoit par trestot le règne. 475 X l[ie]ues mesure[e]s, dist hom par vérité.
Ont ceo jour le pais espris et enbrase
Et le riche pais tout a dolour tourne :
N'i lassèrent moustier que ne soit enbrase.
De la cite de Rome veoit hom la clarté : 480 En son de Miraour en sont alkun monte,
Moult entr' els longement ont le fu esgarde.
Durement se merveillent [et se] sont trespense,
Mais il ne sevent mie del ost la vérité,
Kar la fume[ej ert grans de par tôt le règne, 48 S [Si] qu'ele a vraiement la veue destourbe;
449 nonnailes, lesmoignes, moult] soient. — 450 crestienes, villetee. — 4J1 voluntee. — 452 ad soune, payens sut.— 453 C et L, aitantst. — 45J 3(^.-455-467 les rimes en ee. — 456 XX, ad. — 458 Labam, ad. — 459 de couste un fontaigne. — 460 ly, le] la. — 462 Labam, al ad, jue. — 465 gonfayno, out en sa lance. — 467 muster. — 468 ont a bauliuere. — 469-491 les rimes en ee. — 470 nonels, voluntee. — 471 coustee. — 472 qor. — 474 aueit. — 476 jour ars le pais, enbrace. — 477 tout 1. r. p. a dolour. — 479 musters. — 479 veit, sunt. — 481 mit ont longement entrels le fu. — 482 se:. — 48} mye. — 484 grant. — 48J qe les ad vraiement.
i.Cf. V. 144, 193-
LA DESTRUCTION DE ROME I9
Kar si ceo n'eut este, c'est [fine] vérité,
De grans .L. l[ie]ues l'ussent bien avise.
Li Iiom[e] de la terre s'en sont fuant tome, 8v
Et femmes et enfans que [en] sont eschape. 490 Fuant [en] vont a Rome, rapostoil[e] ont conte,
K'en la terre de Rome sont payen arive :
Ne vist hom en ceo siècle tant grant ost asemble,
Plus de xiiii l[ie]ues en sont li champ poeple;
N'i a tertre ne pui que ne soit enbrase. 495 Si ont plus de x l[ie]ues le pais desrobe.
A tuer ne laisierent ne moigne ne abbe,
N'homme, femme, n'enfant, ne prestre coronne.
Quant l'entent l'apostoille durement l'a pesé;
Pour ceo qu'il n'avoit mie chivaliers' a plente, 500 Ne volt issir de Rome s'out conseil demande :
Dame dieu et saint P[i]ere a forment reclame,
Ke il lui doint pussance de tenir la cite.
L,
'apostoille de Rome a la novel[e] oie iKe payen sont venu els plains de Romanie : 505 Dame dieu reclama, le fils sainte Marie;
Il a mande de Rome sa riche baronie :
Au grand moust[i]er de Rom[eJ fu la parol[e] oie;
L'apostoill[e] de Rome l'a prem[i]er commencie :
« Seignours, ke le teromes, frank[e] gent segnorie ? 510 « Li admirais d'Espaigne a no terre seisie;
» Il en ont ja gastee un[e] moult grant partie : 9r
» Au bref terme serra ceste terre exillie ;
)i Qui bon consail saura vienge avant si nous die. »
Un[s] chival[i]er[s] se drece, que fu nés de Pavie, 515 Del roi de France tient Placence et Ivorie,
La barbe avoit chanu[e] et la teste florie :
Garins avoit a non, moult out chivalerie.
Sages fu de parler, moult avoit de voidie ;
D'un des quart[i]ers de Rome avoit la seignorie, 520 La tour Croissant gardoit, si l'avoit en bailie,
Et dist a rapostoill[e] : « ne vous atarges mie,
486 ceo ne fust, v. provee. — 488 sum. — 489 enfantz, sunt. — 491 sunt payens,
— 492 unkes en c. s. ne vist hom tant assemblye. — 495 sunt, champe poeplie._ — 494 n'en a puye ne tertre, enbracie. — 495 desroubie. — 496 ne laissirent a occire, abbee. — 497 ne homme, n'enfant. — 498 l'en ad peisee. — 499 my des chivalers, plentee, les rimes en ee jusqu'au v. 502. — 500 s'en out. — 501 Père, ad forement. — J02 kil luy doynt. — 503 ad. — 504 payens sunt, el plaines. — $05 fitz. — 506 ad.
— 507 muster. — 508 ad. — J09 Seîgnrs, ke le froms, franc. — $10 ladmirals. — 512 brefe. — 51J bone. — ji4 neez» Pauye. — 515 de le roy. — 518 voidye.
I. Cfr. Fierabr. 102.
20 G. GRŒBER
» Envoies tost en France, au roi de saint Dinie
)) Se lui mandes pour dieu et soccors et aie;
» Et si [vous] ceo ne fêtes, tote Rome est perie; ^2^ » Kar l'admirails d'Espaigne i est oue ost banie:
)) N'a lasse sarrazins desi qu'en Aumarie
») Ne en Jérusalem ne en tote Persie;
» N'a remis amaceour jusk'en la mer rogie
)) Qu[e] il ne soit venufs] par mer a grant navie. » 530 « Sire, )) dist l'apostoille, « si le altre otreie (?),
» A nuit movront li mes a la lune serrie,
» Si [li] feront savoir, si dieux moi benoie;
» Moult i a de no gent [et] mort[€] et mal bailie,
» Et il fait moult que sage, par altru[i] se chastie; 555 » Tant qu'aiomes loisir, soit cele ovre fournie. »
Apres parla un[s] quens de moult grant baronie :
D'un des quartiers de Rome avoit la seignorie,
La tour Noiron gardoit, si l'avoit en baillie;
Parens ert l'apostoille et nés de Lombardie, ^40 Savaris out a non, fils le duk de Hongrie,
Cosins germains estoit Richard de Normandie :
N'out plus hardi baron en tote Romenie.
Cil a parle en hait s'a la teste dreschie:
« Par foi, sire appostoille, ceo n'otroie jeo mie S45 " QH^ '^'^ '^^ Rome facent cel[e] recreandie,
» Quant encor nen est lance quasse[e] ne brusie,
» Ne halbers derompu[s], ne fors targe percie.
» Par le baron seint Pier[e], que jeo adoure et prie,
» Meuls voil que ma chars soit en xxx lues percie 5^0 » Et mes halbers rompu[s], ma broigne desmailie.
» Iceste foie gens est ici afuie :
» Ne doit estre parole escoute[e] n'oie;
» De moult petite chose est tiel gens esmarrie.
» Ne nous poet venir ore par terre nule aie, 5 ^ ^ » Que cil du Miraour [ne] l'aient tost oie.
» Honis soit que premier pensera couardie.
» Hahy dolant chaitifs, mar virent s'aatie! »
Que que Romain devisent, es la vile estormie : 9v
Bien xiiii M. hommes vegnent par la chaucie, 560 N'i a cil que n'ait nés ou baulivre trenchie,
521 atarger mye. — 522 au] eu roy, Dynye. — $2j luy. — $25 kar labam, banye. — 528 mère, rusie. — 529 st. — 531 moueret luy messanger. — 532 si s'ra sauoir, beneye. — 5 33 bailye. — 534 il se que par altrie. — $3î leiser, ouere furnie. — $36 quiens. — $38 noyron. — 539 parents est, neez, Lubardie. — 540 fitz, Hungrie. — 541 esteit. — 542 hardie. — 543 ad. — $44 foai otreie yeo mye. — 545 iciel, — 546 encore, esquasse. — 547 fort. — 548 seynt. — 549 meulz, seit, luez. — 551 gent, afuye. — 5 $2 deit, nen oye. — 553 gent. — $54 aye. — 556 sest, premerains. — $57 atye. — 558 Romaignes, est, estormye.
LA DESTRUCTION DE ROME 21
Ou le poign ou l'oraille près du chief roognie.:
Del sanc que d'els corroit est la rue bainie.
Très devant l'apostoiIl[e] chescon d'els [haltj s'escrie:
« Sire, merchi pour dieu, le fils sainte Marie, 565 » Mort sont la gens du règne, si de vous n'ont aie! »
Kant Savaris l'entent, tôt li sanc[s] lui formie :
Ses armes demanda, s'a la broigne vestie,
Et lacea un vert healme ou li ors reflambie.
Et a ceint[e] l'espee que fu clerfe] et forbie. J70 En ka place lui trahent son destrier de Surie
K[e] est blancs corne noifs et goûtes corn la pie.
Bien irroit [ilj a plaine v l[ie]ues et demie,
Ja ne li lasseroit la teste ne l'oie.
Savaris est montes, s'a l'ensigne seisie, 575 Un corn a fait soner sus en la tour vautie:
Romain keurent as armes, la vile est estormie.
M
ouït fu grans l[i] estorm en Rome la cite : Au moustier sont li seins an grant effroi sone Sus en palais Croissant ont l'olifant corne :
580 Romain comunalment sont moult tost adoubbe, Et li clerk et li lais, li moigne et li abbe En un[e] place i sont venu et assenble : L m[ile] furent, quant furent apreste. VII contes [ijestoient que estoient chase,
585 Si avoit xii piers, n'i a cil n'ait fierté.
[Mais] devant tous les altres a Savaris parle : Moult ert bons chival[i]ers et de grant parente, Et dist a l'apostoillCe] : « si m[oi] est gr[a]ante, (' Anuit m'en isterai, quant il ert avespre,
590 » Atot C chival[i]ers qui bien serront arme, » Et si serront ou moi mil serjant adoubbe, « D'armes et de chivals garni et apreste : I) Desi qu'en Miraour ne serons areste ; » Ceo est la mestre garde de tote la cite,
595 » Ke mont Chevrel auroit aukes trespasse {sic). « Message ne nous vient, laens sont enferme,
S6i poigne, chiefs, rongie. — jéacorreit, baynye. — 563 chescone. — 564 merchie, fitz. — 56s inortz sunt, gent, aye. — 566 tote la, luy. — 568 luy or. — $69 ceynt. — 570 destrere. — 571 bankes, gutex, cum. — 572 playne, demye. — 574 si ad. — 575 corne ad, souner. — $76 romaignes. — 577 grantz l'estorme. — 577-J79 les rimes en ee. — 578 muster sut les seynes. — (79 est, sounee. — 580 Romaignes, sut. — 581-J94 les rimes sont en ée. — 581 luy abbee. — 585 sunt. — 584 estoient a Rome, chacee. — J85 m piers, cil que. — 586 toutz, ad. — 587 bones. — 589 nuyt, isteray. — 590 a tote, s'runt. — 591 serrunt oue moy. — 592 garnye. — 595 Miraur, seromes. — J94 ceste. — 59J aurait. — 596 Quant message, laenz, enfermée.
22 G. CRŒBER
» Ou il sont endormi, ou il sont oublie, » Ou il n'osent issir, tant sont espou[e]nte; » Mais hom saura anuit, si dieu plest, vérité. »
600 « Beau nés, w dist rapostoill[e], « moult aves bien parle, » Et nous enveire]rom[es] un messag[i]er prive » Cel[e] part que hom dist que soient li arme, )) Et puis enveierom[es] en France le règne. » Ceo conseil ont en Rome tôt ensamble loe,
605 Mais li quens Savaris ne l'a pas otraie,
Ke hom envoit en France, ains lour ad devee. Las! mar lour deffendi, chier serra compare, Kar Rome en fu destruite et li mur cravente. Aitant [en] ont lasse deci k'al avespre.
610 Par la cite de Rome se sont moult tost arme. Bêlement se rangèrent au mur et au fosse, Tôt sont li mur de Rome de quarels enpene. Lucafer de Baldas discent al mestre tre, Devant l'admirail vint, forment l'a encline :
61 5 Voiant tôt ses barnages l'a l'eschec présente, Moignes, prestres et lais, que sont encheene, Hermites et enfans, a tous lor poign lie; As femmes et pucel[e]s les os furent bende : Totes vives présentent [par] devant l'admire.
620 Dist l'admirails d'Espaigne: « ore aves bien erre; » Par Mahom, Lucafer, servi m'aves a gre, » Ne pourra remanoir que ne soit guerdone. » Gardes bien que uns soûls ne soit enprisonnes (sic) : » Maintenant soient tôt occis et descoupe.
62 j » Ne voil que mi serjant [en] soient encombre. » Ore [rjales vous ent sans plus de demore, » Mahon te benoie et Appolin li sene (sic). » « Sire, » dist Lucafer, « a vostre volonté. » Les chaitifs enmenerent hors del ost en un pre,
630 La furent tôt ensamble occis et descoupe: Les aimes en receut Jhesufs] de mageste. La nuit ont sarrazin grant joie demene, Li plusour ont dormi et li altre veille.
597 sunt endormy, oublye. — 598-604 les rimes en ee. — $99 home, nuyt, la vérité.
— 600 nées. — 602 qil sunt armée. — 603 puys. — 604 tote. — 605 luy quiens, ad. — 606 lur veit, ainz, lur. — 607-612 les rimes en ee. — 607 mère. — 608 destruyt, la mure. — 609 avespree. — 610 sei sunt. — 61 1 sel. — 612 tote sunt ly mure. — 614- 6iC les rimes en ee. — 614 lab, foremènt lad. — 61$ tote, ad son eschece. — 616 aies, sunt. — 617 as hermites et as enfantz tote lor pogne. — 618-65 ■ '" nmex en ee. — 618 et as pucels. — 619 vifs les. — 620 dist labam. — 621 seruy. — 622 purra remanere.
— 623 une suie. — 624 tote. — 62 j voile, my. — 626 alez, sanz nule demoree. — 627 benoye, Appolyn ly. — 628 voluntee. — 629 vne. — 631 les] des. — 632 démenée.
— 633 plusurs, dormye.
LA DESTRUCTION DE ROME 2]
Savaris fu arme[s] en Rome la cite 6^ 5 Et Garins de Pavie au corage adure :
C chival[i]ers as armes ont oue els amené,
Si furent plus de M sur les chivals monte :
De Rome s'en issirent, quant vint a l'avespre.
L'apostoill[e] les a a Jhesu comande. 640 Devant iour (sic) qu'il revegnent auront maint cop donc
Et maint pie et [maint] poign et maint membre coupe :
Grant mestier leur auront li bon brand ascere.
La tour ont costie, ne se sont areste,
Desi k'a mont Chevrel n'i ont règne tire. 645 Desus en Miraour out un valet monte :
Kant il vist ces de Rome, n'en a nul avise ;
Isnelement discent, !e provost a conte:
« Sire, li payen vignent, que iii jours ont foure ;
I) Moult me vient a merveille, dont il sont arive. 650 » Si bien le voles faire, tôt sont debarrete :
» A tôt jour vous serroit mais a honour torne. »
Quant li provos l'entent, s'a I grael sone :
Il et [tresjtot si home sont moult tost adoubbe.
Du Miraour cil sont bêlement avale, 65^ Et vegnent a la port[e], s'ont les hus debarre,
Li bon destr[i]er Iour sont devant els amené.
La furent tôt ensamble pour combatre range (sic), i ir
Mais Savaris s'enparle, que savoit Iour panse :
« Diva, ne vous moves, soies asseure. « 660 Li provos l'entendi, moult l'a bien avise,
La porte lui ovri, avant l'a appelle,
Isnelement et tost i sont la sus monte,
Savaris et Garin[s] sont el chastel monte,
Ke tant par estoit fors, que ne doute home ne : 665 II n'a garde de siège, s'il ne sont afame ;
La est li Miraour, dont hom a tant parle :
Ki par le hait estage a son chef hors boute
XXX l[ie]ues voit bien et de long et de le :
Cil que l'ost ont veu[e] sevent bien la verte. 670 Hui mes orres chanchon de grant nobilite,
Si li vers en sont bien oi et escoute :
Aine mais n'oistes nul[e] de si [très] grant fierté.
654-636 les rimes en ee. — 655 Pauy, adouree. — 638 issierenî, il vint al vespree.
— 639comandee. — 640 cope. — 641 poigne. — 641-645 les rimes sont en ee. — 643 sunt. — 645 desuz, valet. — 647-652 les rimes en ee. — 648 payen 1 sarr. — 647 ad. — 649 mei, dunt. — 650 tote sunt. — 6(1 totc, honur. — 652 ad, sounee. — 653 tote, sunt. — 654-672 les rimes sont en ee. — 654 Miraur. — 656 luy bone, sunt.
— 657 tote. — 659 sees. — 660 prouost, ad. — 661 luy ouerie, ad. — 662 main- tenant, sunt. — 664 esteit fort, hô nés. — 666 luy, dunt, ad. — 667 chefs. — 668 longe. — 669 souvent, vérité. — 670 huy. — 671 oie. — 672 très grant.
24 G. GRŒBER
Savaris est montes en somet en la tour Et Garins de Pavie et maint altre de lour ;
G-]^ Vers la mer se pu[i]erent dedens le Miraour: — La lune lussoit cler, un poi devant le jour Et voient la grant ost de la gent payenour, Ke bien duroit. x. l[ie]ues environ et entour. Li provos le conta, que moult eut grant paour :
é8o « Sire, se veiss[i]es hier la très grant dolour, » Et la grant discipline et la grant tenebrour, » Ke hier firent de nos celé gent payenour! » N'i laissèrent guarir le grant ne le menour ; » Les testes lour trenchierent del bon brand de colour.
685 » Del Miraour la sus oimes moult grant plour, I) Mais onkes n'eut nul home sa ens de tiel valeur, » Que l'anonciast a Rome, tant eurent grant poour. » Labam, l[i] emperere, est de moult grant valour, » XXX roi sont ou li et xiiii amaceour
690 » Et tôt li sarrazin jusqu'à terre Maiour. » Bien sai ke li Romain en auront le pejour : » Si ne fuss[i]es venu, par dieu le créateur, » Test, quant fu anu[i]t[i]e, lour guerpis[se] la tour. » Pour amour dieu, beau sire, del tôt le mond seigneur,
695 » Que dist or rapostoill[e] et [tôt] si sénateur? »
« Certes, » dist Savaris, « moult sont en grant freour. » « Par fei^ » dist li provos, ci a trop long sojour. « Ains que ici remeine guerpirai Mireour. »
Dist li quens Savaris : « provos, [or] entendes. « Peur icel [saint] seigneur que en crois fu pênes, » Vous quier de couardie ne soit nus pourpense[s]. » Chescen garde bien faire, ja n'i ert trestornes. » Alemes la dehors les cenfainons fermes, « Oue[ke] v M elmes, les freins abandones, 70 i » Et vous, sire provost, cest[e] porte gardes
» Tant que sems revenu et ou payens couple {sic). » » Sire, » fait li provost, « si con vous cemandes. » Savaris et Garins avale[nt] les degrés De la haltisme tour, que bien estoit pauuez {sic).
67 j en se met. — 674 Pauye. — 675 deûs, dedenz la. — 676 lussoient. — 679 paur. — 680 heer. — 682 heer, feseint. — 685 ly grant ne ly. — 6S4 coiur. — 68 c Miraur. — 686 nule hom, einz. — 687 nunciast, aueint, pour. — 688 Labam lemperour. — 689 XL rois adoue. — 690 la terre. — 691 les romaignes, aueront, peiur. — 694 tote, monde. — 69J ore. — 696 sunt. — 697 foy, proiiost, ad, longe. — 698 ainz que ieo. — 699 luy, quiens, sire prouos, entendes. — 700 croice, penez. — 701-71 1 les rimes en ez. — 701 requier ge que couardie, seitia. — 702 chescoun, garde] sei peine de. — 70} nous la. — 704 freines. — 70J bien gardez. — 706 sums, oue sarrazins. — 707 luy prouost. — 709 tour haltisme, esteit.
LA DESTRUCTION DE ROME 25
710 Et s'arment eralment, les espeies ceintez (sic),
Et vestent les halsbers, bien estoi[en]t gaintrez, (sic)
Et si lacent les helmes par les bons cuirs sevrés.
Kant furent apreste, si sont enchemine (sic),
De la cite s'en issent bêlement aroute (sic) : 71 5 Li provost clost la porte ou gogons aceres.
Savaris broche avant, s'a la lance c[r]ouIe (sic),
Et a veu les tentes des payens diffaies.
Forment point le destrier par andeus les costes.
Ore auront il encontre eins midi [soit] passes.
720 T ucafer de Baldas s'est issus de son tre
l_i Si demanda ses armes, s'est moult tost adoube,
Ou li X M. payen les e[s]cu au coste
Pour gait[i]er et beisser seint[e] cristiente.
Quant furent appreste, si sont tous aroute, 72 j Et gardèrent vers destre, vers Rome la cite :
Or vienent no baron bêlement aroute
« Mahon, » dist Lucafer, « ore avons bien erre,
« Jeo voi or le barnage de Rome la cite. »
Dist a ses compaignons : « seignors, ore i ferres ' ; iir
730 « Gardes que cil Romain soient tous descoupe,
)) Gardes que [a] nullui ne soit reansone. »
« Sire, » firent si home, « si com vous comandes. »
Li quens point le destr[i]er par andeus les costes.
Et Lucafer vers lui le gonfainon levé : 735 Andeus lour lances ont sur les escus frosse,
Par vertu de lor coups andeus sont cravente ;
Bon furent li halberc que ne sont desmaile (sic).
Andeus par grant vertu se sont en pies levé.
Grant honte out li rois , kant il fu cravantes : 740 S[i] a traite respe[e] par moult grant crualte.
Savaris en requiert par moult ruste fierté.
La donerent maint cop sur les healmes gemmes :
Par vertu de lour coups retentisent li pre.
710 sei, erallement. — 712 et si lacent les helmes par les bons quirerz. — 713-745 les rimes en ti. — 715 Kant il furent apparaile, sunt. — 715 et li prouost ad des la port, oue. — 716 chiuache, ad. — 717 ad, payens] sarr. — 718 forment] fière- ment, poine, destrere, ambedeus. — 719 aueront, einz mydy. — 720 Kar L. , issus.
— 722 oueke luy, payen] sarr., coustez. — 72} abeiser. — 724 il furent apparaile, si furent touz aroutez. — 726 Virent venir nos barons. — 727 Par M., auomes. — 728 vei, ore. — 729 et ad dist. — 730 que il seient, totz. — 731 nuUy, seit, ransounez.
— 732 feseint. — 733 Savaris, ambedeus, coustez. — 734 luy les gonfainons leues.
— 735 ambedeus sur lescuz sont frossez. — 736 ambedeus, sunt. — 757 bone sont les halbers. — 758 ambedeus, sunt piez sailez. — 739 hunte, luy, craventesj tresbuchiez.
— 740 ad espe, crualetez. — 742 maynte cope. — 743 de les coups, les preez.
I. Cette tirade et plusieurs des suivantes offrent des rimes trop inexactes pour qu'on essaie de les ramener à la régularité.
26 G. GRŒBER
A poi fu Savaris [moult] malement menés,
745 Mais li barnes de Rome l'i ont tost rescouse. Donc comencent l'estour du tôt renoveler ' ; Chescon point [de] vers l'altre corne falcons mues, Maint[e] lance ont pecie[e] et maint escu froe, Maint bras et [maint] poign [ont] d'ambe pars descoupe,
750 Et maint[e] aime d'ampars [hors] de lour corps jette. Del sank que d'els cour[u]t est li champ sanglantes. Or penst dieu de nos contes par le soie bonté, Kar eins que il retournent auront grant destourber. Del ost l'admirail sont V C esporone,
755 Pour aidier Lucafer i sont abandone.
Kant nos contes [ceo] virent ne porroient durer, Vers la cite de Rome en fuie sont terne ; Al port[e] sont venu moult tost i sont entre, Li port[i]er[s] a la porte après els bien barre.
760 Li bourgois de la vile sont moult espou[e]nte, Quant virent la verte del admirait fierté. Savaris s'en est [tost] a l'apostoille aies, [Et] tôt lui a conte, corne il furent erre : « Riche sire, merci, tôt somes desmenbre:
765 » Tiel host onke ne vi ne ja[mais] ne verres, » Com l'admirais amené ou galies et nefs. » Plus de III C M sont ou les helmes gemmes. » Pour dieu, le tôt puissant, sire, nous consailes (sic). » Quant l'entent rapostoille_, grant doel a demene,
770 II a fait [tost] les sains soner par la cite, Et la comunalte sont moult tost adoubez : [Al mur *] el al fosse sont bêlement range (sic). La veiss[i]es l'asalt moult tost recomencer (sic) : Li payen oue engines font les p[i]eres voler,
775 Et oue grant pikois le mur acravanter. La veis[i]es quarels espessement voler : Ou turkois et ou arks font seetes couler.
744 en fu menez. — 74J labarnage. — 746 a donke, tote a renouelerz. — 746-7^2 les rimes en ez. — 747 poynt.— 748 lance i sunt pecie.— 749 braz, poigne. — 7 jo dampartz. — 75 1 de le sanke, le champe. — 752 ore pense le soen bountez. — 753 einz qu'il retournèrent, aurent, destourberz.— 754-75$ les rimes en ez. — 754 kar del, admiraile sunt.— 7$ j aidier] sucourer. — 755 sunt abaundonez. —756 virent qu'il ne porreint durerz. — 757-759 les rimes en ez. — 757 fuye. — 758 a la port i sunt venuz. — 759 luy porter ad. — 760 les burgeis, sunt grandement. — 761-772 les rimes en ez. — 761 vérité, admiraile. — 76} tote luy. — 764 ha, riche, mercy, tote, sum. — 765 vnke, verreez. — 766 ad amené, oue nefs et od galez. — 767 il i a plus de 111 C M oue. — 768 tote, ore sire. — 769 entendi, ad. — 770 ad fait soner les saines par la citez. — 771 tote la comu- nalte sunt. — 772 i sunt. — 773 tost a comencerz. — 774 les payens, volerz. — 775 mure a tresboucherz. — 776 maint quarels, volerz. — 777 oue, furent les setes culerz.
1. Cfr. Fierabr. 3795.
2. Cfr. 611, 778.
LA DESTRUCTION DE ROME 27
Nos baron se défendent au mur et au fosse. Quant vint al avesprer l'asalt ont areste^ 780 Les gaites en la cit ordenent au fosse, Pour espier payens que ne pussent entrer.
a;
u matin qu'albe sonne et li jours estoit cler 1 3r
lEh ala l'apostoille pour sa messe escouter.
Puis en a fait mander ses riche [s] bacheler[s], 785 En le m[o]ust[i]er de Rome se font tous assembler.
« Seignors, » dist l'apostoille, « conseil voil demander.
» L'admirais volt la cit par force cravanter
» Et [volt] nos corps destruir[e] et a vil mort livrer.
» Bien sai ge longement n'i porromes durer. » 790 Un[s] chival[i]er[s] se drece, que le corage eut fier (sic),
La barbe out longe et blanche jusc'a neu du baudrer,
Et dist a l'apostoille: « n'estoit vous esfreer*,
» La cit est granment fors, ne vous estoit douter,
» Et de barons et contes [est] moult grans la plente : 79^ » Défendrons la cite, quant ke porons durer. »
Et respont Savaris, que estoit noble[s] ber[s],
Et dist à l'appostoile : « beau sire, or m'entendes,
» Dirrai conseil a meuls que jeo sai deviser.
» Comandes vos barons que se facent armer 800 » Et la comunalte sans plus de demorer '.
» Vers sarrasins irrons [et] Dieu nous poet sauver'. »
Et respont l'apostoille « bien le voil affier*;
» Ore as armes, seignors, frank [baron] chivaler ^,
» Chescon de vous se peine de l'estour enforcier, 805 » Serrai vo cheveteins par le baron seint Pier, (sic)
)) [Et] Dieu nous doint sa grâce d'avoir bon repairier
» Et de nous délivrer de la gent l'adversier. n
La main en a leve[e], ses comence a seignier
De tous lour pechies fais [dejpuis lour jour premier.
778-781 les rimes en ez. — 778 et nos barons sei, mure. — 779 vespre. — 780 sunt ordenie. — 781 payens] iost. — 782 matyn quant son labe et le jour fu. — 784 ad, mandere si. — 785 toutz. — 786 conseile vous. — 787 admiraile uult, cite, trebucliier.
— 788 vile, liuerer. — 790 sei. — 792 et ad dist, sire ne vous estoit maier. — 793 kar la cite, grandement fort. — 797 de contes et barons, moult bêle assemblée. — 79s nous defenderoms, poromes. — 796 fu béer.— 797 ad dist, ore, entender. — 798 si vous dirrai conseile, meulz. — 799 comandez qe vos barons se facent. — 800 tote, sanz nule delaier.
— 801 sarrazinsj nos enemis, aider. — 802 affierl otraier. — 80} franke. — 804 sei peyne lestour bien mantener. — 805 et ieo serrai vre chiueteyn. — 806 doynt, de bien repairer. — 807 et de bien nous deliuerer de la gent laduerser. — 808 mayn, ad, si lor comence a assoiler. — 809 totes, péchiez, fais manque.
1 . Cfr. Parise la duch., 1 5 5 1 •
2. Cfr. Fierabras, 225, 4282, etc. }. Cfr. Fiirabr., 4281, 4596, etc. 4. Cfr. Ficrabr., 5428, 4326, etc.
j . A partir de ce vers, la tirade semble se continuer en -ier, rime qui apparaît déjà plus haut isolément.
28 G. GRŒBER
8io j^r s'en vait l'apostoille, si a son corps arme:
V_yUn acketon a mis en son dos bien stoffe,
Un halberc [ot] en son menuement maille (sic), _[Et] ceinte a un[e] espee de fin asc[i]er tempre,
Amont desur son chef mist un healme gemme. 815 Un[s] esquier[s] li meine son destr[i]er sojorne,
[Et] per l'estreu s'en est sur [le] bâchant monte :
Sa lance en sa main prist, le gonfainon levé :
Le forme de saynt Pier[e] dedens fu painturee (sic).
Et tôt si princes furent moult [bien] tost adoubbe. 820 De la cite s'en issent, quant furent apreste ;
La porte a li provos après els bien ferme.
Les bourgois en la cit au fosse sont range (sic)
Pour deffendre la vile tant qu'il sont retorne.
Ou penst dex de nos contes par le soie pite, 825 Kar eins qu'il revendront auront maint cop donc.
L'apostoille est devant, le gonfainon levé,
Et Garins de Pavie, li vasals adures,
Et Savaris derrière, le frein abandone,
Bêlement en le champ pour combatre eschele. 830 L[i] apostoille broche le cheval el coste, 13V
[Et] li roi[s] de Nubie lui a [bien] encontre;
A la première jouste l'apostoille est verses,
Ke li rois a sa lance en III p[i]eces froe.
Li rois discent et l'a son ventail delasce, 835 Ja l'ust coupe la teste, quant vist le chief rase :
« Hey glout, » [li] dist li rois, « corn [ci] sui vergondes !
» Quidai avoir jouste ou roi ou admire.
» Meuls te resembleroit sur ton salter solfer (?),
» Que lance ne escu par force en champ porter; 840 » Te resembleroit meus en clostre seins soner :
1) Va, monte ton chival, diex * te doint encombrer,
n Kar si jeo or t'occis, mes pris ert abeisses. n
810 ore, vois, por sun c. armer. — 811-821 les rimes en ee. — 811 dose.— 814 moult menu ad, fine. — 814 chefs, lem mist. — 815 vne, ly ameyne. — 817 lance prist en sa mayn. — 818 la dedenz. — 819 tote. — 821 en ad li prouost.— 822 et les burgeis. — 822 cite. — 823-824 les rimes sont en ee. — '82} il soient. — 824 ore pense, soie] toen. — 825 einz que, maynt cope. — 826-829 les rimes sont en ee. — 826 esti fu. — 827 Pauye, adouree. — 828 Sauaris en l'arere gard, freine. — 829 champe. — 830 par ambedeus les coustez. — 831-837 les rimes sont en ee. — 831 luy , luy ad. — 832 au premier juste quil firent sest lapostoille versée. — 833 luy rois sa lance en 111 peces ad froee.
— 834 luy roy discent au pie sad sa uentaile delascee. — 835 vist la corone rasée. — 836 luy, corne, suy. — 837 ieo quidai auer juste oue rois ou oue. — 838 meulz tei. —
— 839 qe en champe par force escu ne lance porter. — 840 il te resembleroit meuz, en clostre vos doks. — 841 si montes vre chiual Mahon te. — 842-866 les rimes sont en ee. — 842 ore te, mon, fu.
I. Cfr. Fierabr. 2386.
LA DESTRUCTION DE ROME 2Çf
Tant li aida li rois qu'est en chival montes ; A plus tost que il pout en fuie [s'J est tomes.
{^45 I 'apostoille de Rome a terre tu verses,
l_<Par Garin et les altres ' moult tost est rescuses :
Par le miliu [l'Jont [il] del grant ost amené :
Tant qu'il est a si home n'ont [le] reigne tire.
Aveuke retornerent per moult grant aire (?) , 850 Poindrent ou grant air vers l'ost [a] l'admire.
Dist li quens Savaris : « par dieu de mageste,
» Vengerai l'apostoille sans plus de demore. »
Il a coilli sa lance, le destr[i]er galope,
Vers le roi de Nubie s'en est forment haste, 855 Un coup [l'ad] sur l'escu par grant vertu done.
Ne lui garit halberc[s] ne aketon[s] stoffes,
Parmi le corps li a le fort lance coule : i/^r
Par vertu del coup est li rois a mort verses. ,
Et Garins et li altre furent si esprouve, 860 Qu'en un petitet d'houre ont mil a mort jette.
Aitant s'en vint pognant sire Tanpins del Gue,
Cosin[s] fu l'admirail, près de sa parente.
Ou lui G chival[i]er, combatant esprove.
Savaris ont ateint jouste un brule[t] rasme; 865 Iloec ont nos barons [moult] malement mené;
Hoc furent maint membre d'ambes pars descoupe.
Et si furent d'ampars pIus[o]ur a mort jette.
« Ha deux, » dist Savaris, « par le toie bonté,
» Ou est ore mi sires, l'apostoille[s], aie? 870 » Si ne lui soc[o]uromes, ceo [ert] grans crualte. »
Hastivement del host est il tost galopes,
De joste un grav[i]er a l'apostoille trove.
Adonke a Savaris grant joi[e] demene.
Savaris sone I corn, s'a sa gens rassemble, 875 Vers la cite de Rome ont lour chemin torne;
843 ly, qu'il fu en chiual montée. — 844 quil, fuye. — 845 a la terre fu tres- bouchee. — 846 entre Savaris et Garins, rescusee. — 847 "lye ly. — 848 tant que a si. — 8jo pogneint oue. — 8$i luy quiens, par li roy de. — 852 lapostoille iray venger sanz nule arestee. — 855 ad coilly, sad le destrer galopee. — 854 ly roy de Pavy, ferement. — 855 vne coup sur lescu p. g. v. lad donee. — 8j6 luy garoit.
— 857 parmy, li est luy fort lance coulée. — 8)8 coupe, luy. — 859 luy. — 860 qe en vne poy de hur vnt. — 86 1 Tanpine. — 862 cosine esteit. — 863 oue luy L chiualers combatant et. —864 dejuste. — 865 menés. — 866 iloke i fu mainte, damparz descoupes. — 868-873 les rimes sont en ee. — 868 Ahy ; la toen bountee. — 869 my.
— 870 nous ne luy, grant. — 872 ad l'apostoille. — 873 ad. — 874 sad ses com- paignons r'semble. — 87 j -880 les rimes sont en ee. — 87 j chemyn.
i.C/r. 8j9.
}0 G. GRŒBER
Kar s'il ont attendu, n'out I soûl cschape. Li portiers de la vile le porte a deferme; Aitant est l'apostoille ou nos barons entre, Maintenant il en ont la porte bien barre ;
880 Et ii payen l'enchacent jusqu'au mestre fosse. Lucafer fait l'asalt adonc renoveler. (( Sire, » firent si home, « si com vous comandes. « La veis[i]es ou pikes mainte p[i]ere verser, Et cels dedens Rome ont pieres aval rue, ^^85 Et se rangent au mur bêlement et serre;
Ou grans pieres fesoi[e]nt [un] moult grant lapider. Kant il vint al nu[i]tier l'asalt ont [il] lesse. L'apostoil[e] s'en vait au palais principer», Savaris et li altres que dieu voloit sauver :
890 Tote la nuit reposent desi qu'au matin cler. Et l'admirais Balans est issus de son tre. Vers la cite de Rome en a son vis torne, Brullant et Sortibrant a a li apelle. « Diva, » dist l'admirails, « coment aves erre?
895 » Romain ont mors mes hommes et malement mené, » Le bon roi de Nubie i ont a mort jette, » Et mon altre barnage ont vilement mené. » Si d'els [jeo] n'ai venjance, ja mes ne serai lies (sic). Dist l'admirais Balans : « seignors, que me loes ?
900 n Saves que cels de Rome m'ont granment vergonde; » Hier ai perdu II M de persans et esclers, » Dont j'ai [forment] le queor dolerous et irre. » « Sire, » dist Sortibrans, « l'engineor mandes, » Il vous conseilera coment les conqueres. »
905 Dist l'admirails d'Espaigne : « or soit com. dit aves ; » Aies le lui conter sans plus de demorer. » « Sire, » dist Sortibrans, « si com vous comandes. »
Sortibrans a mande Mabon l'engineor, Et il est tost venus devant l'empereour.
876 soûl vis. — 877 le porter, les ad le porte defermee. — 878 oue. — 879 main- tenant i est la porte bien barrée. — 880 et le? sarr, jusqe. — 881 Lucafer comande, adonqe a. — 882 feseint, bien voloms otraier. — 88j oue grant pikois, père tres- boucher. — 884 maint père contreval ruée. — 885-898 les rimes sont en ee. — 88j sei rangierent, mure. — 886 oue grantz pers, lapidée. — 888 voit, principee. — 889 et Savaris et les, dieu a benee. — 890 nuyt, matinée. — 891 admyrals, en est issuz.
— 892 ad. — 895 ad. — 895 Romaignes, mortz. — 896 roy, Pauye, sest, jettes.
— 897 my. — 899 seign's. — 900 saves bien qe, grandement vergondes. — 901 heer, perdy. — 902 dolerouse, irres. — 903 Sortibrant, vogineor. — 904 et il. — 90J laban, ore seit. — 906 aleez lour pour moi contre sanz nule demores. — 907 si si. — 908 sir Sortibrans, mande pour. — 909 venuz.
I. Cfr. Parise la D. 953, iiio.
LA DESTRUCTION DE ROME 3I
910 « Diva, )> dist l'admirails, « pour quoi têtes sojor !
» Aprestes vo[s] engines, si assailes la tour. »
« Sire, » ceo dist Mabon[s], « respit me doign III jor[s].
» Kar la fosse est porfonde qui est deçà la mure {sic).
>) Par matin, par Mahon, quant parsone li iour[s], 915 » M charetes au bois voil avoir sans sojor,
» Si en f[e]rai engines et berfrois a melior ;
» Chargerai les charetes moult bien sans delaiour,
» S[i] emplerai les fosses, k'om poet aler al mure (i/c),
» Puis drecerai berfrois od force et od baudour, 920 » Ke C de vos barons poent aler al tour ;
» Et d'altre part vos nefs i vendront tôt ensour:
» Drescerai les batels au chef del ' mast major,
» Que vo gens i poront les fosses aler sour,
» Et donkes ces de Rome conqueres a vigor. »>
92 i Labans l'i a baise : « Mahon te doint honor,
» Te ferai, si puis vivre, riche de grant trésor, i ^r
» Et tote ta nacion après ton dernier jour. » L'enginere s'en tome oue moult grant baldour ; Ses hommes en apele, si lour dist par douzour : 950 « Lendemain par matin, quant parsone li jour[s], » Aprestes .M. charetes ou destriers de sojour, » Si irromes au bois sans délai ne demour. » Chargerons nos charetes, si serons tôt en sour t) S[i] emplirons les fosses de Rome tôt entour,
93 5 » Oue reims et ou troncs k'om poet aler al tour. »
« Sire, » firent si home, « ore i soit a bonour (51c). » Tote la nuit reposent jusque clarist li jour[s] : Aitant ont les charetes apreste sans sojor, Repairerent au bois, si firent lour labour, 940 Les Igransl cheines abatent et chargent, sans demour.
o
re est li enginere Mabon[s] au bois aies :
Ou grans troncs les charetes ont [il] moult bien charge, (sic)
910 laban, quei. — 911 va aparailler vo, assailer. — 912 me doigne. — 913 quest decea. — 914 mais par mâtine, le. — 915 me voil auer M charetes au bois sanz. — 917 si chargerai, sanz. — 918 orne, au mure. — 919 et puis dreceray mes.— 9201 poet aler au. — 921 et d'altre part i vendront vos nefs tote ensur. — 922 si dresceray les bateles a la mast. — 925 gentz, porent, sure. — 924 conquérez. — 925 Labam, ad, dointe. — 926 si ieo puis viure te fraie riche de trésor. — 927 ti nâcioun après le toen jour. — 928 engineor, par mit. — 929 duzur. — 930 demaine, matyn, parsoune le. — 931 appa- railez, oue destrer. — 932 sanz, demur. — 933 si chargeroms, seroms en seur. — 934 emplerons, tuit. — 935 reimes, oue trounkes kom i, aler au mure. — 936 feseint, seit, a bone hure. — 937 jusqua, le. — 938 maintenant sunt, aparaile sanz. — 939 au bois repairerent si feseint lour labour. — 940 et sei, sanz delaiour. — 941 engineor, alee. — 942 les charetes oue grantz trounkes ont.
I. Cfr. 970.
32 G. GRŒBER
Puis a il eralment charpent[i]ers ordene
De faire les berfrois ou haches ascere ; (sic) 945 Firent hastivement sans plus de demorer.
Puis chacent Jour charetes vers Rome la cite,
S'emplirent les fosses del mirable cite.
Puis lour berfrois enhaucent, si les ont bien fiche, (sic)
Qu'aler poent as fosses C chivalier arme. 950 Adonke veiss[i]es grant doel dans la cite,
Kant virent les fosses tôt entour par emple[s] i jv
K'om pooit bien au mur et venir et aler.
Les nonains et les femmes comencent duel mener.
Tantost erallement se fesoient armer 955 Et sur le mur alerent pour combatre apreste.
« Ha deux, » dist Savaris, « par le toie pite,
» Grâce et povoir nous donc de tenir la cite. »
Seins Pier[es] est entr'els haltement reclames.
Labans lLi| emperere a haltement crie : 960 « Seignours, ore en penses d'asailir la cite;
« Qui bien hui se conti[e]nt, aura ma amite. »
« Sire, » firent si home, « a vostre volonté. »
Fierabras sone I corn, payen sont adobbe,
Et se rangierent bien au mur et au fosse, 965 Si archent ou lour arks par [moult] grant randone,
Font saetes voler menu en la cite ;
Ces dedens ou grans pi[e]res firent grant lapide :
Maint d'ambe deus pars sont occis et dismembre.
Les nefs de la mer sont armées au fosse, 970 Bateus au chef du mast tôt contremont levé;
Laens furent payen, que dieu doint mal dehe,
Combatent ou nos homes main a ,main al fosse ;
Donc oiss[i]es grant bruit [par] dedens la cite;
Nekedent se défendent com vassal esprove : 975 Maintes pieres del mur ont contreval rue.
Et payen ou grans pikes les ont esquartele.
L'asalt duroit cel jour jusques al avespre; i6r
943 ad il erallement ses, ordeyne. — 944 de par fer, oue. — 945 et il fesoint sanz nule demoree. — 946 citée. — 947 emplierent, del admirable citée. — 948 puis enhaucierent lour berfrois si lont. — 949 Qe C chiualers armez i poet aler au fossee. — 9(0 dedenz, citée. — 951 tote. — 952 poeit, mure. — 953 nonails^ lour deies tirer, — 954 ^ei feseint. — 955 meure alierent aprestee. — 956 toen pitié. — 957 nous doint gr. et pouer. — 9j8 seint, entrels est, réclamée. — 959 Labam, empereourad, escriee. — 960 seignurs, pensez, asâiler, citée. — 961 huy, tote jour auera mamitee. — 962 feseint voluntee. — 963 sarr. sunt tost adobbee. — 964 sei, bien] bêlement. — 96 j .rchent oue. — 966 les setes feseint voler espessement en la citée. — 967 et ces dedenz oue grant, feseint, lapide. — 968 maintz ampartz sunt occie, dismembree. — 969 de par le mère, arme. — 970 et lour bateus, chefs, tote, fichée. — 971 laenz, sarr., dointe, dehee. — 972 et sei combatent oue, nos barons, mayn a mayn sur le. — 973 adonke bruyt, dedenz, citée. — 974 mais nekedent il sei difendent, vassals. — 97 j maint grant père de la mure, ruée. — 976 et sarr. oue grant pikois les pères ont quartelee. — 977 dureit celé, jusqe a la nutee.
LA DESTRUCTION DE ROME 3 J
Quant vint la nuis obscure l'asalt ont [ilj lesse.
Payen se sont retrait, as herberges aie, 980 Cels de Rome gaitierent tote nuit le fosse.
L[i| admirails Balans s'est grandement irre,
Que li mur del cite ne sont pas cravante ;
Granment blasma ses homes, moult s'en est forsene.
« Sire, » dist Lucafer, « si moi est garante, 985 » Jeo vous dirrai conseil que vous vendra a gre. »
Lucafer li traître traison ^ a pense.
Qu'il se contrefera les armes del cite ;
Et tût si pense sont a Labam demonstre.
« Sire admirail d'Espaigne, » ceo dist li diffaies, 990 « La cite est moult fors, et François sont doute :
» 11 défendront le mur, jamais n'i iert entre,
» Que par une voidie que jeo ai porpense.
» Il a dedens un conte de moult grant crualte,
» Savaris a a non, est de grant parente ; 995 » Chescon jour il s'en ist, s'est oue nous melle,
» De la gent dieffafej, mainte teste a coupe.
» J'ai bien [conu] ses armes et les ai avise
» Et tous ses compaignons lonc sa difficulté (sic) :
» Jeo m'en irai annuit au solail esconse, lûoo » Ou X M sarrazins, le meuls de mon règne,
» A cest bois sous cest pui [au] près de la cite;
» Et quant nous serons tous logie el bos rame,
» Si changerons nos armes et nos escus boucle[rs] {sic),
» Les contrefaites armes vesterons del cite ; 1005 » Quant li quiens ert issus et ou no gent melle,
» Moi et mes compaignon chivalchons al cite :
I) Gels dedens nous verront ; ico sai de verte,
» Les portes overront, si serons tost entre,
» Kar nous serrons semblables Savaris l'avoue, loio )) Et lors que la dedens nous seromes entre,
978 virent la nuyt. — 979 les sarr. sei retreihent, si sont as, alee. — 980 et cels, tote la. — 981 irree. — 982 les mures de la, sunt a terre tresbuche. — 983 grandement, forsenee.
— 984 ceo dist, sil moy soit grauntee. — 985 vn conseile, grée. — 986 luy traître Lucafer ad vn treson porpensee. — 987 qil sei 9trefetra, de la citée. — 988 tote son s'est, monstree. — 989 dist Lucafer li diffaie. — 990 fort et de bone gent reemplee. — 991 defenderont la moure bone pieté nauerons lentre. — 992 mais par, voidie noun que iai.
— 993 il iad dedenz, crualtee. — 994 ad mit est, parentee. — 995 isen iist asarmes sest. — 996 M. t. en a coupe de vos gentz. — 997 Jeo ai bien ses armes conu et avisée.
— 998 trestotz, solom. — 999 esconsee. — 1000 oue, meulz régnée. — looi suz, puye, citée. — 1002 sumus totz logie et herberge. — 1005 de nos escuz boucle. — 1004 si vesterons les armes contrefait cels de la cite. — looj et quant Savaris est issuz et oue no gentz. — 1006 compaignons chivalcherons vers la citée. — 1007 quant cels dedenz, veritee. — 1008 la port nus oueront sauerons lentree. — 1009 kar nos armes serrent semblables a sauarislor auoue. — loio et kant nous la dedentz aueroms l'entrée.
I. Cfr. Fierabr. J012. Romania, Il
^4 G. GRŒBER
)) Tantost le mestre port[e] aurons moult bien ferme;
» Adonke ou nos bons brands serons ou els mesle,
» Tous que seront atteint auront le chef coupe. »
I) Certes, » dist Lucafer, « vous aves bien parle. 1015 » Onkes n'oi conseil aussi bien devise,
» Et vous pri et comand, que soit tost achevé. »
« Sire, » dist Lucafer, « ne serra desvee. »
Tantost corn vint la nuis et il fut avespre
Il et X M. d'homes al brulet sont haste ; 1020 La ont portrait lour armes od la lune clarté;
Quant furent apreste, si sont tost adoube :
Tote la nuit reposent jusques al ajourne.
L'endemain par son l'albe, quant il fu esclare,
Savaris sone I corn el palais batele. 1025 « Ore as armes, seignors, franc chivalier membre. » i6v
Savaris et si home sont moult tost adoubbe :
« Seignours, or de bien faire soit chescon pourpense;
!) Penses [or] de vo[s] terres et de vostre hérite,
» Des femmes et enfans que sont de jofne ae. » 1030 « Sire, » firent li princes « a vostre volonté'. »
A [ijceste parole sont il tous apreste,
Erallement s'en ussent del mirable cite.
La porte del vile ont après els bien barre,
Savaris voit devant, le gonfainon levé. 103^ Fièrement esporonnent vers le gent diffaie:
Mainte lance i ont frainte et maint escu froe.
Maint poign et membre i ont icest jour découpe :
Del sank que d'els couroit sont li champ sanglente.
Quant Savaris se fu entre payens melle, 1040 Lucafer en issi [hors] del brulet rasme
Et tôt si compaignon : moult se sont [il] haste;
Vers la cite de Rome ont tuit esporone.
101 1 serra mit. — 1012 oue, bones brandes feroms grant meslee. — 1013 totes qe seunt, aueront les chefs coupée. — 1014 certes sir Lucafer, parlée. — 1015 vnkes en mon viuant n'oi conseil si bien deuise. — 1016 comande qe cest oure sei par- forne. — 10 17 dist li sarr. ia ne. — 1018 nuyt en fu aprochie. — 1019 Lucafer oue X M hoes, se sunt hastee. — 1020 ont lour armes portrait, claretee. — 102 1 il furent aparaile. — 1022 nuyt reposèrent jusca la mâtine. — 1023 Lendemayn par soune lalbe ele solail fu esdaree. — 1024 soune, corne en la tour batellee. — 1025 franke gent honorée. — 1026 et si compaignons, furent. — 1027 seignurs, ore, seit chascone pour- pensee. — 1028 vos héritée. — 1029 de vos femmes et de vos enfanz, aee. — lojo feseint luy, a nre comandee. — 1031 si sunt il totz aprestee. — 1032 admirable citée. 1033 port de la vile est, barrée. — 1034 fu deuant sout le gonfainon portée. — 1035 devers, diffaiee. — 1036 i fu effraint et maynte targe percie. — 1037 poigne, est le jour detrenche. — 1038 sanke, court, est le champe sanglente. — 1039 en fu, sarr., meliee.
— 1040 issye hastivement, rasmee. — 1041 tote si altre compaignons, sei sunt, hastee.
— 1042 devers, ont fièrement.
I. Cfr. Fierabr. 2806, etc.
LA DESTRUCTION DE ROME 3 5
Lucafer vint aus portes, l'entrée a demande :
« Tous somes desconfit ou [sic) le gent diffaie. » (sic). 1045 Quant li provos les ot, la porte a desbarre, «
Lesse entrer les payens, las, diex l'a destine! *
Kar li provos quidoit qu'estoit lour avoues.
Quant il ourent l'entrée, moult tost ont escrie :
« Barons, or de bien faire, soit nullui ransone! » 1050 Le provost Lucafer moult tost [a] descoupe;
A tous cels qu'il ateignent firent les chefs voler : lyr
Le sank des naveres (sic) en court par la cite,
La porte en vont fermer sans plus de demorer ;
Bien sei aveignent, que ussoient l'entrée (51c). 1055 Plusours sont a la porte del altre bail haste :
La Romain se difïendent, la porte ont bien barre,
Mais tôt le prem[i]er bail ont sarrasin poeple,
S'abatent les garrettes contreval le fosse.
Quant Savaris out bien ou sarrazins caple, 1060 Vers la cite de Rome s'en est moult tost haste.
Et tôt li altre [sont] après lui aroute.
Moult furent de lour gens icest jour desmembre.
De V. M. ne remendrent que III C sans fausser.
Li quiens point le destr[i]er, s'est grandement haste 1065 Tôt droit jusqu'à la port[e], si croit pooir entrer,
La comande a ovrir, mais il fut desvee,
Kar payen sont dedens, que dieu doint mal dehe,
Que ont la port[e] clos[e] ou gojons acerres.
« Allas », dist Savaris, « tôt seromes mate, 1070 » [Se] la vile ont seisie sarrazin diffaie.
» Chescon or se confes[se], ne soit pech[i]e[s] celés,
» Puis tornerons ar[i]er[e], kar près somes fine.
» Chescon son enemi fiere ou brand ascere.
» Tant que poons durer, ci soions areste : 1075 » Diex recevra nos aimes, li rois de m.ageste. » 17V
1043 quant Lucafer sen vint au port si demanda lentree. — 1044 totz sumç desconfis, eue, diffaiee. — 104s prouost sout la porte desbarree. — 1046 les sarr. lesseit entrer allas quel destinée. — 1047 luy prouost, sauaris lour auouee. — 1048 entre, sunt il escriee.
— 1049 ore de fier bien seit nuUy ransonee. — 1050 li pouost en ad Lucafer, descoupee.
— 105 1 toutz, feseint. — 1052 sanke, citée. — 105 j fermere sanz nule demoree. — 1055 a la porte del secunde baile sunt plusurs hastee. — 1056 la sei diffendent romei- gnes, port. — 1057 tote la, bâile, fu des sarr. poeplee.»— 1058 [s'j si, tote contreual luy fossee. — 1059 oue, couplée. — 1061 et tote si altre compaignons. — 1062 gentz. — 1065 rememdreit, sanz falsee. — 1064 Savaris poynt, hastee. — 1065 tote dreit, croit quidoit auer lentree. — 1066 là porte comanda ouerer, ile fust. — 1067 luy sarr. fu dedentz, dehee. — 1068 oue, ascerree. — 1069 tote sumus detraihee. — 1070 sàrr. diffaiee. — 1071 chescoun de vous sei confes, seit, celée. — 1072 retorncromes, suin9 finee. — 1073 chescone feer, enemye oue le, — 1074 pooms, ici seoms arestee. — 107J Ihu receiuera vos, roys, magestee.
I. Cfr. Fierab. 1414.
36 G. GRŒBER
Adonke démena grant doel tôt li barnes,
Chescon bat sa poitrine, s[i] ont merchi clame :
« Dieu eit merci de nous, k[i] en crois fu pênes. »
Donc sont hastivement vers payens galope. 1080 Savaris et si home furent si esprove,
K'en un petitet d'houre ont VC descoupe.
Al part del fin en furent tôt li contes tue
Et Garins li bon[s] bers, que fu en France nés.
Salf[s] li quiens Savaris tôt soûls estoit remes; 1085 Ses bons destriers li fu desous lui mors jettes,
Nequedent as payens a rustejs] coups dones.
Kant il voit que il fu près de sa mort fines,
Vers la porte de Rome s'est grandement hastes,
Kar encore il quidoit iloec pooir entrer. 1090 Estragot le poursuit, un[s] geans diffaies :
Bien avoit III M. homes mordris et dévores ;
Teste avoit com sengler[s], si fu rois corones.
El main tient I mace de fin asc[i]er tempre :
Un coup a Savaris [de]sur le chef done, 109J Ke li cerveils li est tôt contreval coules;
Li quiens esteint ses mains, en crois les a jette
Sur sa poitrine amont, sa vie a si fine.
Gabrielfs] receut s'aime, en gloire l'a porte.
Kant li bourgois del vile, l'ont del tour esgarde, i8r
1 100 Grant doel en démenèrent par tote la cite;
[Et] la novele en ont l'apostoille conte,
Com li quiens et si home en sont tous descoupe,
Et com sarrazin ont le premier bail poeple.
Donc en a l'apostoille de pitié [esjplore * : 1105 Dieu eit merchi de s'aime, qu[i] en crois fu pênes !
« Allas, » dist l'apostoille, « mar fut il desvee
» Que socors en mandas[se] au roi de sant Dine :
» Savaris n'otroia, cher serra compare:
» La cite ert destruite et saint Pier[e] gastes *. »
1076 demeignent, tote luy barnee. — 1077 chescone bâte son petrine, merchie damée.
— 1078 mercie de nos aimes, croice penee. — 1079 adunke sei sunt, contre sarr. espo- rone. — 1080 si compaignons, esprouee. — 1081 en poi de hure ont des sarr .VC. — 1082 au part du fyn en fu tote les, detrenche. — 1085-1 110 les rimes en ee. — 108} !y bone béer, née. — 1084 Salf li contre Savari: tote seul fu resmee. — 1085 son bone destrer luy fu desuz luy detrenchiee. — 1086 mais neqdent as sarr, ad maint ruste coupe.
— 1087 veit qil. — 1089 uncore, iloec auer lentree. — 1090 ly p'suye, géant. — 1093 6" s3 mayne, fme. — 1094 coupe en ad, chefs. — 1095 la cerueile ly, tote. — 1096 Sauaris esteynt, maines, croice lout mette — 1097 sun peit'ine, est finee. — 1098 salme, ad. — 1099 les burgeis de la vile ont ceo du tour. — r 100 de par. — I loi ont a, countee. — 1 102 Savaris et si compaignons, toutz. — 1 103 corne, la premier baile seisee. — 1104 adonke. — iioj Sauaris deu eit mercie de talme, croice. — 1106 fust. — M 07 roy, dynee. — 1108 mais Savaris nel otreye, chère. — 1109 kar la cite serra destruyt, saynt; gastej vyolee.
1. Cfr. Fierab. 1200. — 2. Cfr. Fierab. J7.
LA DESTRUCTION DE ROME 57
mo » Sire, n fist I vassals qu'ert de sa parente; « Gardes que seit ce! ovre desormes perforine. » Comandes li brief soient escrit et seele, » Et hastivement soient au roi Charle mande; » Si li mandes socors et aie por deu';
1 1 1 j » Et si [vous] ceo ne fêtes, tote Rome ont gaste.
» Sil mandes que Balans i est od ost banie (sic), » Ses terres destruira, ja n'aura seurte. » « L'otroi, » dist l'apostoile, or soient seele; « Tost et isnelement l'ovre fêtes ovrer. » 1 1 20 « Sire, » fesoit un[s] clercs, « a vostre volonté. » Kant li brief sont escrit, si furent seele.
« Jeffroi, » dist l'apostoille, « vous en message irres, i8v
» Ou vous 11 chival[i]ers qu'ont langage senne, » Si porteres mes briefs au roi de saint Dines.
1 1 2 5 » Si lui mandes s'ahie ou ses riche[s] barnes;
» Et si [il] ceo ne face, tôt serom[e]s gaste,
» Et seint Pier[el l'apostle et autier viole,
» Et perdrons la corone Jesu de mageste,
» Et les altres reliques, dont il i a asses. 1 130 » Gardes que vo message soit bien [tost] achevés. »
« Sire, » fesoient il, « si com vous comandes. n
Kant il est al nufiltier, le soleil[s] esconses,
Tôt troi sont coiement de la cite hastes;
Palefroi ne destrier n'ont oveke els menés, 1 135 Quar moult doutèrent l'ost des payens diffaies.
Tote la nuit alerent ou la lune clarté.
Tant ont il lour chemin [et] erre et haste.
Qu'il sont a I chastel, que fu bien assis : (sic).
Le chastiel tint Geoffroi del conte Savaris. (sic) 1 140 Iloec pristrent herberge, si sont bien repose.
Lendemain par son l'albe, quant il fu ajornes,
Ils en ont III destriers erralment aprestes.
Et li messanger montent, si sont enchemine :
1 1 10 feseit I chivaler, que fu. — un gardes qe desormes seit celé ouure parfournye.
— 1112 comandez que les brefs seient escriz, seelee. — 1 1 1 } et que, seient, roy, Charis mandée. — 1 1 14 le mandes por dieu et soccors et ayee. — 1 1 1 $ est perie. — 1 1 16 si luy, qe l'admirail. — 1117 totes ses, destruera, auera garantie. — iiiS et ieo 1 gent, ore seient escriz, seelee. — 11 19 seit cest ouure parfornyee. — 1120 feseit, derke, volonté | comande. — 1121 les brefs furent escriz, enseelee. — 1122 sire Jeffroi. — 1123 et oue, que ont les langages cernes. — 11 24 brefs, roy saynt Dynes. — 1125 se luy, oue. — 11 26 tote, destruyt et gastes. — 1127 seynt, lapostoille, autiers violes. — 11 28 perderoms, magestes, — 1139 dunt. — 11 50 seit, parfournes. — 1131 feseint. — 1132 est| vint, esconsees. — 1133 ^o^e troi coiemant de la cite sunt hastees. — 11 34 ni ont palefrei ne destrere, amenés. — 1135 del gent diffaies. — 11 56 au pie alerent, oue la lune esclares.
— 1137 chymyn, hastes. — 1138 sunt venu a 1 cliastele. — 1139 si tenoit Ceffrai del duk. — 1140 reposes. — 1142 en sir (?) 111 destres mit tost aprestes. — 1143 luy messangers, enchemines.
I. Cfr. Fierabr. 149J.
5» G. GRŒBER
Jésus ' les salf et garde par le soie bonté ! 114^ Tant ont il leur )ourne|^e]s chivalche et erre,
Qu'il vindrent a Paris; le roi en ont trouve.
Hastivement discendent, lour message ont conte :
« Icel sire de gloire, qu'est hait en trinite,
)) Vous salf et garde, sire, et tôt le toen barne! igr
1150 » L'apostoille de Rome et le comunaltes
» Mandent salus et prient que d'els eies pite.
» Kar l'admirails d'Espaigne i est oue oste baignes (sic) :
I) La bone cit de Rome entour a assege ; (sic)
n Bien i a XXX rois et XIIII admire 1155 » Et ce M payens ou les helmes bournes;
)) Le barne del cite ont moult diffigure ;
» N'i lesserent garir evesque ne abbe;
» Les nonains et les moignes ont ledement menés.
» Le pais entour Rome ont [il) ars et gaste : 1 160 » A totes les puceles ont fait les chefs voler*.
n Si vous nés secoures, tous sont a mort livre,
» Et li m[o]ust[i]er[s] seintPier[el abatu[s] et gastes,
» Si prendront la corone Jesu de mageste
» Et les altres reliques, dont il i a asses. 1 165 » Vendront en vostre terre puis od lour fersarmes,
» [Etl tous vous destruiront, ne uns ert ransones. »
Li rois oit la novele, moult s'en est forsenes.
Donc lui baillent lour br|i"lefs, ses ont tost desferme.
L'emperere les done [a] un soen clerk prive : M 70 « L'apostoile de Rome et li comunalte
» Au roi Charlon de France hon[o]urs et amiste;
» Salus mandent a[u] roi et a tôt son barne,
» Et lui prient soccors et aie pour deu ;
» Kar l'admirais Balans i est ou ses armes : '19V
1 17J » Moult se peine destruir[el saint[e] cristiente.
» Si ne nous socc[o]ures, tous somes exiile,
1144 Dieu, le soen bountes. — 114c chiualches et errees. — 1146 vindrent] sont venue, roy, trouues. — 1 147 sont lour message countes. — 1 148 qe hait est en trinitees,
— 1149 salfe, sire Charls, tote si barnees. — 11 50 tote le comunaltees. — 11 51 V09 mandent saluz, eiees pitees. — 115} cite, ad assegees. — 11 54 moult, ad, Xllll ama- ceours. — 115 5 et plus de II C. M. sarr, oue, bournees. — 1156 la barnage de la citée ont ledement diffigures. — 1 1 jy a garir, abbes. — 1158 nonails, — 1 1 $9 et le, gastees.
— II 60 pucels de la contre, volers. — 1161 nés] ne les, totz sunt, liu'es. — 1162 le, de seynt, gastes] violées. — 1165 magestes. — 1164 dunt. — 1165 puis vendront en vostre terre od lour ost baignes. — 1 166 tote, destruera, ia ni s'ra raunson donees.
— M 67 quant la roy, forsenees. — 11 68 adonke, luy, si sont, oueres. — 11 69 lempe- rur les doint a lire, priuees. — 1170 et tote luy comunaltee. — 1171 au bone roi de France, amistee. — 1172 saluz, roi Charls, tote si barnee. — 1175 luy prient pur dieu et soccors et aiee. — 11 74 oue armée. — 1175 grandement se, cristientee. — 1176 si vous ne, tutz sum9 exillee.
1. Cfr. Fierabr. $985.
2. Ce vers est mieux placé avant 1 1 J9.
LA DESTRUCTION DE ROME 39
» Et pour ceo vous priomes, de nous prennes pite. »
Quant lirois l'entendi, moult s'est espouentes,
|Et| Guion de Bourgogne a a lui apelle : 1 180 Fils ert de sa soror et de sa parente :
» Cosins, vous en irres socoure la cite,
» Ou vous L milLe] de mes gens meus arme.
» Gardes qu'hastivement soies enchemine ;
» Rasemblerai ma ost de par tôt mon règne, 1185 » Si vous vendrai socore, eins qu'unUl mois [soit] passe. »
» Sire, » fist sire Guis, « a vostre volonté. »
Mais eins qu'une jornee sont de Paris aie,
Fu la cite destruit[e], a terre l'ont verse.
Unts] traître del cit, que del portLe] out les clés, 1 190 Pour grant doutle] qu'il out, qu'il [ne] perdroit le chef, (sic)
A nuit est coiement issus de la cite ;
Jusk'al tente Labam a son chemin tourne.
Si com vous m'orres [dire] l'en a aresone :
« Sire admirais Balans, aies de moi pite. 1 195 » Jeo su un|sl chival[i]er[s] de Rome, la cite :
» A vous me vienk [jeo] rendre sans point de falsete.
» Jeo su port[i]er[s] del vile, l'adm.irable cite :
» L'entre[e] vous garant, si il vous vient a gre.
» Mais un don vous demand : ma vie m'afies, 1200 » Et si me fêtes riche [et] d'avoir et de fief. » (sic)
fl Par Mahon, » dist Laban[sl, « bien le voil afier; 2or
« Chastels te douerai et que te vient a gre. »
A icest mot lui a Tabour sa foi jure,
Qu'il tendra coitement ceo qu'il a afie. 120 s (A ceste nuit voil qe cest ouere en seit parfournee) '
Et dist Laban[s] d'Espaigne : « l'afi par loialte. »
A [i]cest mot a pris li traîtres congé,
Erralment s'est torne[s] al mirable cite,
Coiement s'est couchies s[i] est bien reposes.
1177 ceo sire nous, prengnez pitié. — 1 178 entent, forement s'est espountee. — 1 179 Gyon de Burgoyn ad luy apellee. — 1 180 fitz est, soer, parentee. — 1 181 pur socurere citée. — 1182 oue, mile chiualers, gentz meuz armée. — 118} qu'] que, sees enchi- minee. — 1184 et ier resemblerai, tote mun régnée. — 1185 socorere, einz, mais passée.
— 1186 fesoit, gy, volonté] comandee. — 1187 einz qu'il furent du Paris vn jornee alee. — 1188 en fu Rome, et a terre crauentee. — 1189 kar un, de la cite, aueit li dee. — 1190 auoit, perd, chefs. — 1191 nuyt coiement issuz est, citées. — 1192 jukau tent, sad, chemyn tournes. — 1193 ad aresonees. — 1194 ees, pitees. — 119J Rome ladmirals citées. — iipômei vienke, sanz poynt de falsetes. — 1197 de la vile, del admirable citées. — 1198 si moi seit, otraies. — 1199 doun demande qe ma vie moi seit otraies. — 1200 et que moi fêtes, aueir, feef. — 1201 garantier. — 1202 chastels et citez tei dorai et ceo que, grée. — 1203 a ceste parole ly ad Tabour sa fei pleuie. — 1204 a ceo qil ad garauntee. — 1206 ieo le garant par ma lealtee. — 1207 parole ad luy traîtres pris son congee. — 1208 erralement, vers l'admirable citée.
— 1 209 c. sen vois coucher, reposée.
1. Ce vers est interpolé, parce qu'il n'est pas d'accord avec 1191 et 1214.
^0 G. GRŒBER
1210 Quant Fierenbras oi traison pourparler, Mahon et Appolin a fièrement jure, Que li port jlerisi aura premiers le chef coupe. A icest mot lesserent, jusque al matinet (sic). Tôt le jour ont payen grant joIlc] demene;
1 2 1 ^ A loisir se reposent, ne vont asalt doner.
Vers nuit quant li soleil[s] comense a resconser, Comande Fierabras qu'il se fassent armer : Donc oiss[i]es payens les busines corner. Eralement se arment soudier et bacheler,
1220 Des herberges s'en ussent^ n'i volent demorer. Fierenbras fu avant sur son destrier armes ; Lucafer et Brullans, Sortibrans de Combrer, Clamaton[s] et Mordas reregarde ont forme. Sereement chivalchent ou la lune clarté,
122 5 Tant qu'il vindrent al porte de Rome la cite. Quant i sont, Fierenbras est avant chivalches. Et fu moult bien arme[s] el ferant ' pomele, N'estoit [jal si fors rois desiqu'en Dureste : (Il fu fier[s] de semblant, la barbe out longe et lee),
1230 En son escu avoit III lions paintures; Si a coilli la lance, moult s'est esporones. Li traitre les vit, [si] s'est mal pourpense : Il s'en hasta al porte, si l'a tost debarre : Payens lessa entrer, allas ! k'ont fu porte.
1235 Fierenbras i entra, trait le brand ascere
Le chief al portier trenche, puis est outre passes.
j-^ierenbras d'Alisandre est el cite entres : F A sa vois qu'il out cler[e] trahie ad escrie; Et od lui Lucafer, un[s] fors rois corone[s], 1 240 Brullans et Sortibrans, Embruns et Tempestes Et tous li sarrasin, que deu doint mal dehe.
1210 en oye le trenson que fu ppearlee.— 1210 Appolyn en ad, jurée.— 12 12 ly porter serra lepremer k'aura le chefs coupée.— 121 5 caste mote lessierent iusqua le matinée. — 1214 tote le jour après ont sarr. grant.— 121 5 si sei reipoisent a leisere ne volent asalt. — 1 2 16 encontre nuyt, comensa.— 1217 Fier, que si gent sei feseint arme.— 1218 dune, sarr. corns et busines.— 1219 sei, bacheler et soudeer.— 1220 des] de lur, volent plus.— 1221 en iauant gard armez sur sun destrer. — 1222 et Lucafer. — 1223 et Clamaton, furent en l'escheel derer. — 1224 seriement, oue, lune serrée. — 122$ a la porte, citée. — 1226 quant il i furent venu. — 1227 sur l'aferant pomelee. — 1228 esteit, fort, Durestee. — 1229 sauoit la barbe longe et lee. — 1230 llll, painturee. — 1231 et si ad coilie, fièrement, esporonee. — 1232 voit] apercent bien, malement. — 1233 hastie deuers la porte, ad, debarree. — 1234 les sarr. en lessa entrere, ke vnt fu prsee. — 1235 entrée, prime's sout trait lespe fourbee. — 1236 al traitre trancha, aitant, passée. — 1237 en est en la, entrée. — 1238 voice qil en out. — 1239 luy entreit, fort. — 1240 et Brul- lant, Sortibrant, Tempestee. — 1241 totes ly altre sarr., doynt, dehee.
I. Cfr. Fierabras, 792, 1092 et 559.
LA DESTRUCTION DE ROME 4I
Le chef a Ficrenbras au port[i]er découpe,
Od sa lance tranchant le cors en a boute.
« Diex, » fist il, « te maldie, et que t'ont engendre : 1245 » Kar traiteur au darain avèrent mal dehe. »
Puis s'est outre passe[s], el cit est galopes.
Et tet si compaignon, les freins abandenes.
Adonke cemanda : « tous soient desmembre,
» [Et] femmes et enfans, [et] moigne et abbe 1250 » Et prestres et nonains; ne soit un[s] ransenes :
» La loi as cristiens hui aurons abeise. »
« Sire, )) firent si home, « a vostre volonté. »
A tous cels qu'il atteignent, en ont les chefs coupes.
Adonke fu li cris moult grans en la cite. 1255 Del sanc que des corps ist li champs est sanglentes ;
Aval le pendant court, ceme uns ruissels de gue;
Li champs est replenis des mors et des nafres.
L'apostoille est me[islmes al grant moustier aies
Et tote la clergie del mirable cite. 1 260 Al moustier de seint Piere est Fierenbras aies,
Ovec lui Lucafer et si richefs] barnes ;
Li moustiers en pei d'houre fu des payens poeples.
Fierabras les l'autier l'apostoille a traine,
La teste lui coupa ou le brand ascere : 1265 S'aime receut Jesu[s], li rois de mageste.
Fierabras passe avant, jouste li eut garde
Et voit I vieil chanon[e] a la terre encline :
Bien aveit II C. ans puis l'ourle] qu'il fu nés.
Fierenbras l'en apelle si l'a areisone : 1270 « Ore sus, dans v[i]eil!ard, si me di par verte, iir
« Ou les reliques sont Jesu de mageste,
» La corone et li clous, dont en crois fu cloues,
» Et li digne suaire, dont fu envoloupes,
» Et le [sainte] crois vraie, dont ses corps fu pênes? 1275 » Jeo te pri et comand, me di la vérité.
1242 chefs au porter de la cite ad fierenbras detrenche.— 1243 puis od a, ad boutée.— 1244 Mahon, et cil qe t'ont gendree. — 1245 traîtres, darayn, mal destinée. — 1246 puis] aitant, et en la cite galopee. — 1247-1255 les rimes sont en ee. — 1247 tote ses copaignos, freines abaundonee.— 1248 comanda fier, qe tutz seient detrenchee. — i249enfanz. — 1250 nonainsi nenals, seit, ransounee. — 1251 lei, huy serra. — 1252 feseint, a vre comandee. — 1253 touz, li chefs. — 1254 adunke i, la cris,grant. — 125 5 en ist, est la rue sanglentee. — 1256 tote le contreval le, une rosses degue. — 1257 des mortz et de nafres st les rues re- plenee. — 1258 l'apostoille mêmes al grant muster est allée. — 1259 admirable citeé. — 1260 Fierenbras sen est al moustier seint Pier alee. — 1261 od luy, barnee. — 1262 en vn poi de houre en fu le mouster des sarr. poeple. — 1265 fier, deiuste lauter ad lapos- toilc trenee. — 1264 tost luy, oue, dasceree. — 1265 et Jhu receut saline le roi. — 1 265-1 291 les rimes sont en ee. — 1266 sout deiuste li esgardee. — 1267 veit, veile. — 1268 anz. — 1269 sil lad. — 1270 danz, si me die par ta lealtee. — 1 271 ou sunt les reliqes, magestee. — 1272 les cloues dunt il fu en croice. — 1272 et le, dunt il fu envolupee. — 1274 croice v'ray dunt sun. — 1275 comande.
42 G. GRŒBER
») Sire, » fist li chanon[e]s, « a vostre volonté. »
Puis en trait un escrin tôt a or esmere,
Ignelement et tost l'en a il defferme.
Puis i a mis la main, la corone a porte, i 280 Et en après les clous et le singne honore,
Et le digne suaire, dont Diex fu voloupe.
« Par dieu, » dist Fierenbras, « ore ai jeo bien erre :
« J'ai conquis la corone, dont Deux fu corones,
» Et les altres reliques, dont il i a asses. » 128J Aitant il a sa main ens el escrin boute,
S'i trouva II barils ' ou fin or esmerre;
Fierenbras les ovri, moult est bien pourpenses.
Le chanon[e) apella, si l'a aresone :
» Diva, » fist, « dans feitour (?), si t'ait li tien deus. 1290 » Que est en ces barils? ne soit li voir cele. »
« Sire, » fist li chanone[s], « jeo vous dirrai verte.
» Il sont tuit plain du basme dont des fu [en]basme[s] ■
» Et ses plaies enointes, quant del crois fu ostes :
» Plaie que en est ointe, jamais n'i poet rancler : 1295 » Maintenant serra saine, ja n'estoet [en] douter. »
« Mahon, » dist Fierabras, « il te poe[H]t salver, 2iv
» Jeo ne les dorrai mie pour V vais pleins d'or cler. n
Les reliques coilli, ou soi les fist porter.
Les barils a sa selle, fermement fist trosser. 1300 Au v[i]eillard tresor[i]er puis la teste a coupe.
Sarrazin ont l'église et autiers violes,
Brusees les images, crocifis avales.
Quant il orent ceo fait, li rois les fait gaster :
Aitant le fu i mettent ; tote part ont corne. 1305 Donc monta Fierenbras el ferant pomele *,
Lucafer et li altre, que deux doint mal dehe.
Puis ont pris tôt l'avoir et robbe la cite.
i276fesoit luy, a vre omandee. — 1277 maintenant en trait, escrine tote. — 1278 ad il differmee. — 1279 puis en met a la mayne, sad la corone portée. — 1280 cloues. — 1 281 et puis, suarie, dunt Jhu en fu volupee. — 1282 par Mahon. — 128J quant i ai, dunt. — 1284 dunt il i ad a plentee. — 128J aitant sen ad Fierenbras sa maine en lescrine. — 1286 sen trouua II boistes oue fyn. — 1287 ouerie. — 1288 sil lad. — 1289 taid ly toen dee. — 1290 en castes boistes ne moi sait le veir celae. 1291 luy, veritee. — 1292 ces boistes sunt playne de, dunt dex en fu. — 1293 ^t ses, ointz, du croice, ostee. — 1294 en i est en oynt. — 1295 saines. — 1296 fier. — 1297 my, valleis plaine dor. — 1298 en coillie oua sai, — 1299 et les boistes, seal, mit ferme san fist. — 1300 Puis en coupa la testa au veillard trésorier. — 1301 Sarr. robbierent leglise et ont autiers violer. — 1302 si brusent les ymages et les crocifis abater. — 1303 vrent ceo fait Fierenbras les comanda a voider. — 1304 la fu i mettent maintenant de tote part ly corner. — 1 305 adunke san monta, sur lalferant destrer. — 1 306 et Luc. et ly, doynt mal encombrer. — 1307 puys robberent la cite sont pris tote lauer.
1. Cfr. Fierabr., 1047, etc.
2. Cfr. Fierabr., 526.
3. Cfr. 1227.
LA DESTRUCTION DE ROME 43
A dex! com grans richesces i firent emporter De coupes, de hanaps [et] d'argent et d'or cler, 1310 Riches samis et pailes et cendals d'outre mer! Quant ourent tous occis que il pourent trouver, Aitant le fu i mettent, si se font d'en celer (?). Puis abatent les murs del cite principer, Si tressèrent leur tentes, n'i voldrent demorer.
1313 1-1 ierenbras d'Alisandre seisie a la cite :
jr Les barils et reliques a ou li amené;
A tous cels qu'il atteignent orent les chefs coupes
Puis i mirent le fu : Rome ont tote alume.
Quant il orent ceo fait, d'iloec s'en sont torne ; 1320 Eralment a son père est Fierabras aies.
Les reliques robbees li a [il] présente.
Donc demaine grant joi[e] l'almirails diflfaies,
Les barils ou le basme en a ou li portet.
Laban fist les reliques en son coffre fermer. 1325 « Sire, » fait Fierenbras, « lai moi a toi parler ' :
» De ceo que desirastes aves or a plente,
» Conquises les reliques et le sainte cite;
» Tous sont occis, n'i est un [s] soûls [homs] vifs remes.
» J'ai doute del veng[i]er : en votre terre aies. » 1330 « Par Mahon, « dist Laban[s], « bien le voil afier.
» Comandes ma navie sans délai aprester :
)) Au premier vent que sourt de si me voil sigler. »
Donc oisies payens grant joi[e] démener :
Si en coillent lour tentes, si font els nefs porter, 1335 Si chargent lour navies ou armes lusant cler.
Puis lour destriers i mettent et coursiers sojornes
Et de pain et de vin [et] d'avaine et de ble.
Kant li vens lour fu bons, com dient notonier (sic),
Laban[sJ mânes s'en entre el vaissel batelle
1508 come grant, i feseint le jour charger. — 1309 et de hanapes. — 15 10 et riches samites, meer. — 131 1 quant il ourent touz, qil porreint. — ni} la fui mettent maintenant, funt. — 13 14 trossirent, ni voleint plus. — 131J ad la cite de Rome seisie. — 1 316-1323 les rimes sont en ee. — 13 16 la corone et les reliques ad eue ly. — 1317 touz, vsent ly chefs. — 1318 puis sen mette la fu tote Rome esl alumee. — 13 19 il ont, sen est, — 1320 hastiuement a son père Laban sen est il alee. — 1521 reliques qil robbeit, ad. — 1322 adunc demeigne, almiraille diffayee. — 1323 mais les boistes oue, sen ad oue ly. — 1324 li soldan fist. — 1325 sire père fait, ore V09 voile consailler. — 1326 qe vous, tant aues vre pleiser. — 1327 conquis aues, et le cite principer. — 1328 tutz i sont, sul, resmee. — 1229 alez V09 en vre t're en Espaigne kar iai doute délia venger. — 1330 voil graunter. — 1331 comander tost, sanz. — 1332 kar au, qe isur. — 1333 adunc oises les sarr. — 1334 elsj en les. — 1305 et si, nauy, oue lour. — 1336 puis i mettent lur destrers et cursers soiornee. — 1357 payn, vyn, auayne, blee.— 1338 kant lour vent fu bone, li notoner. — 1339 mêmes, en sa galeie batellee.
I. Cfr. Fierabras, 475, 2066, etc.
44 G. GRŒBER
1340 (Et OU li Fierenbras, Floripas la scemee)
Et tôt li sarrazin, que deux doint mal dehe.
Les voiles sont dresciees, quant furent tous entre.
Tant nagent nuit et jour a la lune clarté,
Qu'il vindrent en Espaigne : voiles ont avale. 1345 Laban[s] ist del galie et si gens diffaie[s],
Fierenbras et sa soer oue le corps cerne.
L[o]ur hernais et lour armes ont a terre jette ;
Hors traient palefrois et destriers sojornes ;
S'alerent tous en terre, s'ont vaisals dechargies. (51c) 13JO Tant en a li soldan[s] chivalche et erre,
Qu'il est a Morimonde venus, a sa cite.
Iloec en prist sojor et si roi diffaie.
o;
re est li admirails en son pais aies 'Et tous si altre princes, que Deu doint mal dehe. 1355 Or dirons des messages de Rome la cite :
Tant a Guis de Bourgogn[e] chivalche et erre
Ou L M. homes de France le règne;
Le ban[i]er[e] Charlon a li quiens Guis porte.
Une nuit s'herbergerent sur l'erbe vert ou pre, 1 3 60 Sur les escus lour testes si orent acoute,
Li uns en ont dormi et li altre veill[i]e. (sic)
Les destr[i]ers leisent pestre sur l'erbe vert ou pre.
Kant li jourCs] apparut et l'aloue out chante,
Chescon prent son destrier, si sont moult tost monte, 1365 Vers la cite de [Rome] se sont moult tost haste. 22v
Une bone jornee furent de la cite :
Geffroi li messang[i]er[s] si est avant aies,
Quar il sout le pais et conut le règne.
Une bone jornee a vers Rome garde 1370 Et voit que li pais fut partot alume.
Donc demenoit grant doel, maldist l'oure qu'est nés.
« Sire, » fist a Guion, « vois que j'ai esgarde :
1340 oue, et floripas. — 1341 et tote ly altre sarr., doynt, dehee. — 1342 quant il furent toutz entre les voiles en st drescee. — 1343 nuyt, lune serrée. — 1344 qil sunt venuz en, si ont lour voiles aualee. — 1345 Laban est issu de sa galai et tote si gent.— 1346 et fierenbras, la corps cernée. — 1347 jettee. — 1348 puis hors trecent leur destrers et palefreies soiornee. — 1549 si toutz en terre sont lour vasals déchargée. — 1350 en ad, erree. — ijji est venu en Espaigne a Morimonde sa citée. — 13J2 soiorne et ses rois. — 1 3 5 3-1 36J les rimes sont en ee. — 13 $ 3 Laban. — 13^4 totes. — 1355 ore, messangers. — 13 56 ad Guyon de bourgoyn. — 13 $7 oue L. M. chiualers, france la loee. — njS bancr au roi de france en ad Guyon. — 1 359 vn nuyt. — 1 360 lur testes sur les escuz si furent acutee. — 1561 ounes en vnt dorniie. — 1363 apparust der, lalou out chauntee. — 1364 seisie son destrer. — 1365 sei sunt. — i}66 quant il furent de Rome vne bone jornee. — 1367 sire Geffroi luy, sest auant chivalche. — 1368 il sauoit, conust, 1 368-1 371 les rimes sont en ee. — 1369 Geffroi garde vers Rome vn grant jornee. — 1370 veit que la cite en fu tuyt. — 1371 adunke demeneit, lour qil fu née. — 1372 fist il a sire Cy vees vous ceo qe ieo vie.
LA DESTRUCTION DE ROME 45
» Rome est pris[e] et destruite, la fumée vees ;
» Jeo sai que les reliques li payen ont robbe. 1375 » Allas! que en f[e]romes? trop avons demore. »
« Sire, n fist li quiens Guis « ceo ne me vient a gre. »
A [i]cest[e] parol[e] sont fièrement haste.
Kant il vindrent a Rome, si virent luy port[e] oueree, (sic)
Et le fu el cite moult granment alume; ij8o Pour grant chalour qu'i tu n'i povoient entrer.
Lour pavillons fichierent tôt contreval le pre,
Iloec pristrent herberge VIII jours sans falsete.
Or [les] lerrai ici, si vous le garantes,
Si dirrai de Charlon, le fort roi corone. ijSj De par tote[s] ses terres avoit ses gens mande,
N'i remest [dus ne] quiens ne baron el règne.
Qu'il assemble [ne] soient a Paris la cite.
Quant il i furent tous venu et ajouste,
L'emperer[e] de France en hait en a- parle : 1390 « Seign[o]urs, ore escoutes, si vous dirrai verte,
« Li admirais d'Espaigne a no pais gaste, 23 r
» Et oue lui G M sarrazin diffaie.
» Il ont ensegie Rome, m'admirable cite ;
» Tôt le pais entour ont il pour voir robbe; 1395 » Si jeo ne les soccour tôt l'auront il gaste. »
« Sire, » firent li princes, « a vostre volonté :
» Nous ne vous failliromes tant que poons durer. »
Adonc en a li rois grant joi[e] demene.
Quant si gent furent prest a complir son pense, 1400 Adonc s'en est li rois eralment aprestes
Et si firent li contes de France le règne.
Quant sont appareillie si sont enchemine:
III G. mil chevaliers a li rois el barne.
Oliviers a bien leu (?) la baniere guie ; 14OJ Rollans fu en arrière, li vassals adures.
De soccoure Guion s'en est li rois hastes.
i}7} destruyt vees la grant fumée. — 1374 sai bien qe les reliques si sont diloec enportee. — 1575 trope auomes attargee. — 1 376-1 383 les rimes sont en ee. — 1376 fesoit Gy de burgogne V09 parois ne me vient agrée. — 1377 sunt il. — 1379 la flambe en la cite. — 1380 chalure, qe i, ni porrent auer lentree. — 1381 paueilons, tote, ly. — 1382 iloke, sanz. — 1383 ore, si mos seit grauntee. — 1384 si vous dirrai del roi Chars ly fort sir. — 1585-1395 les rimes sont en ee. — 1385 si gent. — 1386 remist, conte. — 1387 seunt assemble a Paris ladmirable citée. — 1388 tout, aiustee. — 1389 ad. — 1390 escoutez, v'itee. — 1591 ly soldan, a no terre seisee. — 1392 od luy, sarr. de la gent diffaiee. — 1 394 tote, vnt. — 1395 soccure tote ma terre serra gastee. — 1396 feseint ly, volume. — 1397 falterome poynt, pooms. — 1398 adunke sen ad ly roi Charles. — 1 399 en furent, acomplir sa volante. — 1400 adunke, ly rois mit tost aprestee.
— 1401 furent totes les, france la loee. — 1402 quant il furent appareille si furent. — 1403 ad ly rois en sa compaigniee. — 1404 Oliuer porte sa baneer qe ben leu ad guie.
— 1405 et RoUant fu en larere garde, adouree. — 1406 de Gyon soccurer, ly. — 1406- 141 1 les rimes sont en ee.
^6 G. CRŒBER
Tant ont il nuit et jour chivalche et erre,
Qu'il sont en Romenie; n'i ont reine tire.
Guis parceut le baniere le roi de saint Dine, 1410 Encontre lui chivalche, la novele ont conte
Come la fort cite li payen ont gaste :
La corone et les clous d'iloec en sont robbe
Et les altres reliques, dont ont le queor irre;
Par le roi Fierenbras fu le pais prae, 1415 Et qu'il sont en Espaigne oue lour nefs sigle.
Donc a li rois de France [moult] grant doel demene.
Maintenant comanda les nefs a aprester.
Il jura sa corone et sa barbe fressee, (sic)
Ja ne retornera, si n'ait Rome venge (51c). 1420 [Tost] maintenant en orent les nefs bien aprestes.
Et li bons roi[s] de France est el galle entres,
Rollans et Olivier[s] al corage adure, 23V
Li dus Renier de Gènes et Na[i]mes li senes,
Li quiens Guis de Bourgogne et li altre barne[s] : 1425 Li vens en fiert es voilles, que les a bien guies.
Tant ont il nuit et jour et nage et sigle
Parmi la mer altisme, k'il sont en terre entre.
L[o]ur voiles avalèrent, si sont bien aancre.
L[o]ur bernais hors getterent et lour armurs fressee (sic). 1430 Puis ont gette lour pons, lour destr[i]ers hors mene[s].
Erallemant est Charl[e]s [hors] de sa nef aies,
Et li altre barnage que Jhesus a salve. ^^
Puis montent lour chivals, si sont enchemifte.
Tant a li rois de France chivalche et erre, 143 5 Qu'en vais sous Morimonde a fait tendre ses très.
Les novel[e]s en vindrent al soldan diffaie,
Que li barnes de France est en sa terre entres,
Et que il la chalenge et tote s'hérite.
Quant il oit les novelles moult s'en est forsenes. 1440 [Puis] Fierenbras son fils a a li apelle.
Si corn vous m'orres [dire] l'en a aresone :
I/I07 nuyt. — 1408 sont venu, atiree. — 1409 Gyon aparceut le baner ly, saint dynee. — 1410 luy chiualche sil ont les noueles contée. — 141 1 cite de Rome en fu pris et gastee. — 1412 et come la corone Jhu diloec sen est. — 1413 dunt il ont le qeor erree. — 141 4 fu la citée prahee. — 141 j sont torne en Espaigne oue lour nauye siglee. — 1416 adunc sen ad li roi, démenée. — 141 7 comanda qe la nauyen fu apparaile. — 1418 il eniora. — 1419 qe james ne. — 1420 furent la nauye. 14 20-1 428 les rimes sont en ee. — 1421 luy bon, sen est en la galaie. — 1422 et Rollant, od le corage adouree. — 142} et reynes de gennres, ly. — 1424 et Gyon de bourgoyn et ly. — 1425 le vent, ad. — 1426 nuyt. — 1427 parmy, mère, sunt en espaigne. — 1428 lur, sunt mit. — 1429 lur herneis, gettierent. — 1430 puis gettent hors leur pontez sont lur. — 143 1 errallement et tost; nefs usée. — 1432 et tote ly, que dieu ad benee. — 1433-1445 Us rimes sont en ee. — 1433 sunt tost. — 1434 ad li roy. — 143$ suz, tree. — 1436 tost al. — 1437 qe li ""oy ^e france. — 1438 et qe il chalange sa terre et tote si. — 1439 quant Laban oist. — 1440 fitz, sen ad a ly. — 1441 ad.
LA DESTRUCTION DE ROME 47
« L'emperer[e] de France est en ma terre entres,
» III C. mil[e] François a od lui amenés.
« Il vient pour veng[i]er Rome l'admirable cite, 1445 )) Conquester les reliques Jhesu de maieste.
» Jeo vous pri et comand tout soient desmembre ;
n Et moi portes la teste au Charlon resotte. »
« Sire, » fist Fierenbras, « a vostre volonté. »
Endementiers que fist Fierenbras s'apprester, 24r
14JO Comanda l'emperere sa gent se fist armer
Pour assailir la cit, sans plus de demorer.
« Volontiers, » fist Rollans et 01ivier[sJ li bers.
« Hui vous rendrons la cit eins l'ourCe] du vesprer. »
Rollans et Oliviers aitant se sont arme, 1455 Li quiens Guis de Bourgogne et Ogier[s] li senes.
S'ont en lour compaignie L M. armes.
Vers la cite hasterent sur lour destriers arme.
Quant Fierenbras les vist vers la cite haster,
Erralement et tost comensa a crier : 1460 « Ore as armes, seign[o]urs, franc chevalier membre^ :
n Jeo voi François venir pour nous asieger (sic). »
)) Sire, » firent si home, « prest somes pour jouster. »
Aitant est Fierabras del cite galopes,
Od lui C mil payens del poeple difTaie ; 14G5 Et nos baron contre els, les freins abandone[s].
Olivier fu avant, li vassals adures.
Le baniere le roi sur sa lance a ferme.
Il broche le destr[i]er par andeus les costes.
Fierenbras d'Alisandre l'i a tost encontre ; 1470 [Mains] grans coups [s] 'en donerent sur les escus bouclers.
Que par vertu des coups lour lances ont froe.
Le lance Fierenbras a 01iv[i]er hurte
Que desous la mamele l'a durement navre.
Mais ceo fu grans merveille qu'il ne fu craventes.
1443 ad od luy.— 1444 il est venu.— 1445 et si quide reconquester les reliques. — 1446 comande qe toutz seient retrenche. — 1447 et qe moi, Charls. — 1448 feseit, a vrecoman- dee. — 1449 endementirs qe Fierenbras se fist appaiser. — 1450 en comanda li roi de france qe si gent sei feseit. — 1451 assailer la cite de Morimonde sanz nul delaier. — 1452 voluntiers fesit sir RoUant et le conte Oliver. — 143} huy, rendromes einz. — 1454 aitant sei armierent RoUant et Oliuer. — 1455 et Gyon de Burgoyne et li danois Ogier. 1456 si furent en lour compaigne L. M chivaler. — 1457 armez sur lour destrer. — 1459 sei comensa. — 1460 seignurs noble chiualer. — 1461 vei les françois. — 1462 sir feseint, prest sum9 pur combater. — 1463 sen est fier, du cite chiualche. — 1464 luy C M sarr. de la loi payenee. — 1465 barons encontre els, freines. — 1466 fu en lauantgard, adouree. — 1467 le baner le roi de France ad sur sa lance fermée. — 1468 il enbroche, ambedeus luy coustee. — 1469 encontree. — 1470 gntz, escuz buclee. — 1471 coupes en st lour lances froee. — 1472 ad, si hourtee. — 1473 que par desuz ly, ly ad, nauere. — 1474 grant, fu trébuche.
I. Cfr. Fierabras J219.
48 G. GRŒBER
147J Fierabras passe avant s'a son destrier broche ; 2^v
Rollans, li nies Karlon l'i a entraverse.
Grant coup li voit doner sur [son] escu boucler,
En III pièces en a sa lance tronsone.
Adonke i est venus Sortibrans de Combres, 1480 Od lui XL m. sarrazin et escler:
Donc comenca l'estour tôt a renoveler.
Des mors et des nafres en est li champs jonches (sic).
01iv[i]er[s] et Rollans furent si esprove,
K'en un petitet d'houre quarante ont descoupes. 1485 Mais al part de la fin lour fut mal encontre:
Corn durent repair[i]er al issue d'un gue,
Les encontrent V M. des payens meserres,
Que oue brancs tranchans les ont bien revises,
Que petit ne fallist ne furent encombre. 1490 Mais li barnes de France lour ont soccors porte,
[Li dus] Renier de Gènes et li vieillard barbe.
Maint[e] teste trenchierent [et] maint membre ont coupe,
Tût le jour combatirent al soleil esconse.
Quant il devint obscur, l'estour en ont resmee (sic), 1495 Vers herberges s'en tornent, si sont tost desarme,
Charl[e]s li rois de France a l'eve demande.
Eralement et tost s'est assis au soper.
Quant il avoit soupe, se comence a vanter.
Et dist que li vieillard qu'il avoit amenés 1 500 En ont meus combatu des jofenes d'asses.
A cet mot se corousent Rollans et Oliviers {sic).
Mais nequedent li rois granment s'est pourpense :
Grant serment en jura par deu de mageste,
Ja ne retornera pour vent ne pour ore 1505 Si n'aura les reliques par force conqueste.
Ore orres chancon bone, sil voles escouter,
Tant vous requier, seign[o]urs, que ieo le puis chanter. Icy en finist la destructioun de Rome.
1475 li rois passe, ad destrer galopee. — 1476 Rollant ly nece Klm, ad entrauersee, — 1477 coupe, boudée. — 1478 ad sa fort launce trounsone. — 1479 adunke, venuz Sortibrant, coinbrees. — 1480 luy X L m. sarr. parsans et escler. — 1481 dune comencea, du tute. — 1482 mortz, nafereres, le champe junchee. — 1483 Rollant, esprouee. — 1484 vne petite houre en ont quarante dcsccupee. — 148$ au parte du fyn, fust. — 1486 si come il dussent, guee. — 1487 li encontrent Vm. sarr de la loi meserree. — 1488 qe fièrement oue, reuisee. — 1489 fallist qil ne fusent desconfiee. — 1490 le barnage, les ont bien succuree. — 1491 Reyner de Genurs et les veillardes barbée. — 1492 tren- chierent et maynt membre coupée. — 1493 tote la jour sei combatierent jusca le soleil esconsee. — 1494 qante, obscure. — 1495 vers lour herberges sen tornerent si st tost désarmée. — 1496 le roi, sen ad, demandée. — 1497 maintenant et tost — 1498 aueit soupe si sei comencea a vaunter. — 1499 les veillardes barbes, amenez. — 1500 meuz combate le jour, assez. — 1501 mote sei corusa Rollant et li cont Oliuer. — ,1502 grandement sei p'pensee. — 1503 iora, magestee. — 1504 que iames ne, orre. — 150J auera, reconquestee. — 1506 bon chanceon. — 1507 et tant V09 requere, chaunter.
RICORDI DI CODICI FRANCESI
POSSEDUTI DAGLI ESTENSI NEL SECOLO XV.
Che agli studiosi importi sapere dei manoscritti che in altri tempi esistevano in questo o quel luogo, è cosî évidente, che sarebbe vanis- simo cicaleccio ogni parola spesa per dimostrarlo. È ben vero che cotali notizie destano non di rado un senso penoso, e ci portano ad imprecare a chi non seppe o non voile conservarci tesori ai nostri occhi inestimabili; ma la scienza trae sempre di qui qualche frutto, lieve, se si vuole, tal- volta, tal' altra invece considerevole assai. Chè tra i cataloghi délie biblioteche disperse, alcuni, non solo accrescono il patrimonio dell' erudizione, ma prestano ottimi servigi a chi si faccia a indagare le vicende délia civiltà. Ciô mi sembra accadere più che mai là dove le memorie riguardano opère scritte in una lingua forestiera, le quali si trovino raccolte per effetto di condizioni naturali, non già accozzate dal mero caso. Una série nuda di titoli, in parte, se occorre, inintelligibili, ci puô allora dar lume su moite questioni meglio che un lungo e dotto ragiona- mento. Se ciù puô dirsi vero in générale, ragioni particolari, troppo note a chiunque s'occupa di cose romanze perché s'abbiano qui a ripetere, fanno si che diventi verissimo se s'applica alla vallata del Po, al volgere del Medio Evo e a libri francesi. Non parrà dunque inutile ch'io tragga da due inventari autentici del secolo XV l'enumerazione secca e spropo- sitata dei libri in lingua d'oil e d'oc che appartenevano allora agli Estensi. Il più antico di questi inventari si conserva in Modena ail' Archivio di Stato, e fu redatto nel 1437^ al tempo di Nicolô. Essocom- prende, insieme coi codici, tutti i béni mobili del marchese, che ven- gono menzionati caméra per caméra , senza punto badare a un ordine di materie. Perô anche i manoscritti, nonessendo riuniti tutti quanti in uno stesso luogo, si trovano divisamente enumerati. L'altro inventario, che appartiene alla Comunità di Ferrara (Libro IX, posi- zione 3»;, non contiene cose cosî disparate, ma passa in rassegna i libri, i privilegi imperiali e pontifici, i catasti, le investiture e i trattati di pace. Romania, Il 4
50 p. RAJNA
Piutlosto cheun solo documento, deve dirsi una série di documemi scritti sopra di une stesso quaderno, giacchè i medesimi oggelti vi si trovano in parte catalogaii tre volte : prima nel 1467, al tempo di Borso; quindi nel 1480, e più tardi nel 1488, essendo signore Ercole '. Egli è di quest' ultima parte ch'io ho avuto specialmente a giovarmi, mentre le altre due mi riuscirono utili quasi solo in maniera indiretta. Poichè l'inventario del 1488 e quello di Nicollô si rischiarano e compiono a vicenda, recherô prima dall' uno e poi dall' altro quanto vi si riferisce a codicifrancesi, senza temere di ripetizioni; e siccome un raffronto tra i due, nonchè utile, è necessario, aggiungerô tra parentesi al numéro progressive che assegno a ciascun codice quello del manoscritto che sembra corrispondere nell' altro elenco, ogniqualvolta l'identità paia perlomeno possibile. Non distinguerô punto, mancando gli elementi per farlo con sicurezza, i libri in lingua d'oc e quelli in lingua d'oïl, che dai buoni notai ferraresi si comprendono sotto una stessa denominazione ; che se distinguessi queste due catégorie, mi converrebbe aggiungerne una terza, la quale susciterebbe dubbi ancor maggiori.
Seguendo l'ordine dei tempi, i mss. registrati nell' inventario di Nicolô richiamano anzilutto la nostra attenzione. Una prima série di più che sette pagine comincia al f" 37 r»; ma libri francesi qui non si tro- vano, bensi opère che furono tradotte 0 compilate sopra originali venuti di Francia. Noto a questo proposito un Trisiano :
«(F040V'*). Libro uno chiamado tristano, in carta bambaxina, in vul- gare ^, coverto de chore roso. »
Quasi lutte francesi sono in quella vece le opère comprese in un' altra enumerazione, che ricorre poco dopo (f» 42 r° seg.), occupando più di tre facciate. La precedono queste parole :
« In la tore de la quale hano le chiave et in loro custodia li supra- scripti S"" Jacomo da la croxe et Raynaldo di Silvestri adj xxiiij de zenaro. »
Ed ecco ora i codici che ci vengono designati come francesi :
« 1 (21) Libro uno chiamado el libro de più novele de Lanciloto — in membrana, coverto de chore negro et ligado a la fiorentina — in francexe.
2 (29 ?) Libro uno chiamado Gutifrè de Buione — in membrana, coverto de chore roso et ligado a la fiorentina — in francexe.
1. La notizia delF inventario di Nicolô devo al sig. Lodi, vicebibliotecario deir Estense ; dell' altro al cav. Foucard, direttore dell' archivio di Modena. Il primo studiai sulT originale, il seconde sopra una copia accurata, di cui mi pro- fesse riconoscente a quell' uomo di rara cortesia che è il bibliotecario délia Fer- rarese, cav. Nap. Cittadeila.
2. Questa voce volgarc è nell' inventario usata a designare Vitaliano, mentre il fmnccse è chiamato col suo vocabolo proprio. Perô non credo che il libro qui menzionato possa essere il romanzo originale in lingua d'oïl.
CODICl FRANCESl POSSEDUTl DAGLI ESTENSI 5I
3 Libro uno in francexe, chiamado Bruto de Sansonia — in membrana, coverto de chore roso,
4 (54?) Libro uno in francexe, chiamado libro de più fabule — in membrana, coverto de chore verde.
5 (n ? 7 ?) Libro uno in francexe, chiamado la Bibia, zoè parte — in membrana, coverto de chore negro.
6 (20) Libro uno in francexe, chiamado Merlino — in carta mem- brana, coverto de chore roso.
7 Libro uno in francexe, chiamado Fiorio et Biancifiore — in mem- brana, coverto de chore roso,
8 (4) Libro uno chiamado la Bibia, in francexe, compida — in mem- brana bella da Segnori, coverta de veludo carmexi, cum quatro azuli et puntiroli soi et brochete de ariento dorade, cum razi quatordexe in sum- ma de ariento sovra doradi fiti in le aleve del dicto libro.
9 (c ?) Libro uno chiamado Titolivio, in francexe — in membrana nova bella da Segnori, coverto de dalmascho afigurado carmexi, cum dui azuli de ariento doradi, cum le aquile volante et cum broche, çinque per çaschaduna aleva, de ramo sovradorade.
10 (36) Libro uno chiamado Fiore de vertii in francexe — in mem- brana, cum l'aquila volante e^l'arma di Malatesti et l'aquila volante su la prima carta et su le aleve, coverto de chore roso.
1 1 (49) Libro uno chiamado Alvernascho — in membrana — in fran- cexe — cum aleve et fondelo de chore verde.
12 (55) Libro uno chiamado el libro de le vertu, in francexe — in membrana, coverto de chore roso.
1 3 Libro uno chiamado pilicha ', in francexe — in membrana, coverto de chce biancho.
14 (j5 ?) Libro uno chiamado lo evanzelio de San Zohane, cum joxe et dicti de doturi et li acti de li apostoli et l'apocalixe, in francexe — in membrana, coverto de chore biancho.
15 (32) Libro uno chiamado romano Ancixe re de Spagna, in francexe — in membrana, coverto de chore roso.
16 (1 ? 8?) Libro uno chiamado Lanciloto, delaocision de Charados, in francexe — in membrana, coverto de chore roso.
17 (19) Libro uno chiamado Guion, in francexe — in membrana, coverto de chore biancho.
1 8 (48 ?) Libro uno chiamado le istorie de Alesandro, in francexe et in membrana, cum aleve et fondelo de churame biancho.
19(53) Libro uno chiamado Folcho de Marsilia — in membrana — in francexe — coverto de chore roso.
i . Credo sia a correggere politicha, e ad identificare questo libro con quello che neir altro elenco reco sotto il n. 30.
52 p. RAJNA
20 (39) Libro uno chiamado San Gradale, zoè uno pezo — in mem- brana — in francexe — cum aleve descoverte.
21 '5 ? 14? 18? 24?) Libro uno chiamado mierio (sic) de Tristano et re Marcho, in francexe — coverto de churame roso, cum broche relevade.
22 fy ? 13 ?) Libro uno chiamado la Bibia, in francexe — coverto de chore roso, in membrana,
23 (50) Libro uno chiamado lisoniti, in francexe — in membrana, coverto de chore roso.
24(38) Libro uno chiamado Sidrach, in francexe — membrana, coverto de chore roso, cum broche de otone.
2j (29?) Libro uno chiamado Gutifrè.de Buione, del viazo de Charlo — cum una coverta de carta de piegora — in francexe.
26 (26) Libro uno chiamado l'Aspromonte, in francexe — in mem- brana, coverto de churame negro,
27 Libro uno chiamado re Riçardo, in francexe — cum aleve grande coverte de chore roso, in membrana.
28 (17? Libro uno chiamado la destrution de la Tavola redonda, in francexe, — in carta de bambaxo, coverto de chore roso.
29 Libro uno chiamado la cronicha d^Albertino Musato — in mem- brana grande^ coverto de chore roso — in francexe.
30 (16) Libro chiamado San Gradale, in francexe — in carta mem- brana, coverto de chore verde.
31 (15) Libro uno in lo quale se contene piij chose, in francexe — coverto de chore roso, in membrana, cum aleve grande coverte de chore roso.
32 Libro uno di santi padri, in francexe — in membrana, coverto de chore roso et cum broche relevade.
35 Libro uno chiamado Karlo Martelo, in francexe — in carta de bambaxo, cum aleve descoverte, ma cum fondelo de chore biancho.
34 (59) Libro uno chiamado el recimento (sic) di principi, in fran- cexe — in carta membrana, coverto da uno lado de l'aleve de chore negro, et da l'altro de chore verde et biancho '.
3 5 (46 ?) Libro uno chiamado roman dala roxa, in francexe — in membrana, coverto de chore roso.
36 Libro uno chiamado la natione de Cristo, in francexe — in mem- brana, coverto de chore roso.
37 (58) Libro uno chiamado de la natura de li oceli — in membrana
I . La rilegatura non conviene con quella del ms. dell' aitra nota col quale io identifico questo ; ma mi pare assai verisimile che i possessori, trovando ne! tristo stato in cui qui ci è descrilto un libro a cui s'attribuiva tanto valore e che dovevano aver spesso aile mani, pensassero a fario ornare convenevolmente.
CODICI FRANCESI POSSEDUTl DAGLI ESTENSI 55
— in francexe — parte coverto et parte descoverto, dechurame za roso.
38 (6 ?) Libro uno chiamado el digesto vechio, in francexe — in membrana, coverto de chore roso '.
39 Libro uno chiamado la pochalise {sic), in francexe — in mem- brana, coverto de churame roso cum broche relevade.
40 (42) Libro uno in francexe chiamado Boetio — in membrana, cum aleve descoverte.
41 (12) Libro uno in francexe, chiamado de de {sic) diverse istorie — in membrana, coverto de chore roso, in gran volume.
42 {26 ?) Libro uno chiamado Rolando, in francexe — in membrana, coverto de chore verde.
43 Libro uno chiamado Merlino — in membrana, coverto de chore roso — in francexe.
44 (22 ?) Libro uno chiamado Troiano, in francexe — in membrana, coverto de chore verde.
45 (1 ? 8? 25?) Libro uno chiamado Lanzaloto, in francexe — in membrana, coverto de chore roso.
46 (22 ? 44?) Libro uno chiamado la destrution de Troia — in mem- brana, cum aleve rote et descoverte.
47 (48 ?) Libro uno in francexe chiamado de Alesandro — coverto de chore verde, in membrana.
48 (51 .'' 34?) Libro uno chiamado Bovo de Anthona, in francexe — in membrana, cum aleve et uno fondelo verde.
49 (17 ?) Libro uno chiamado la desfatione de la Tavola redonda, in francexe — coverto de chore verde, in membrana.
50 (43) Libro uno chiamado Politica, in francexe — in membrana, coverto de chore roso, de pizolo volume.
5 1 Libro uno chiamado la nativité de Anoè, in francexe et in mem- brana, coverto de chore verde.
5 2 Libro uno in francexe — in membrana — chiamado le bataie de Cartazine — cum coverta de membrana.
53 Libro uno in francexe — in carta bambaxina, coverto de una carta de piegora. »
Una terza enumerazione occupa il r" del foglio 65 e parte del v°. Sono libri « restituidi da più persone, » aile quali erano stati dati in prestito, e qui registrati il 1 9 di Aprile. Ma dubito che dei pochi codici francesi
I . Le parole in francexe stanno forse qui per isbaglio, e il libro è quel mede- simo che insieme con altri di materia légale è segnato nell' ultimo inventario corne esistente nell' armadio XVIIIL Sgraziatamente questo Digcstiuii vctiis non appare nell' inventario del 1467, certo perché allora dato a qualcuno in prestito, a quel modo che più tardi lo troviamo d'ordine del duca concesso a Giovanni Sadoleto.
54 P- RAJNA
che fanno parte di questa nota taluno sia già compreso nell' antécédente : « I (V. n. 4) Libro uno chiamado libro de piCi fabule, in francexe — in membrana, coverto de chore verde.
II Libro uno de gran volume in membrana, in francexe, cum uno arboro, suxo el quale sun xiiij rj ' depinti, che n'ese de bocha ad uno imperadore che zaxe in lecto — coverto de chore roso,
III (V. nn. 16, 20) Libro uno chiamado San Gradale, in francexe — in membrana, coverto de chore roso, cum doe aquile volante al' arma del nostro Sr". »
Nell' inventario compilato nel 1467, al tempo di Borso, codici francesi quasi non si ritrovano ; ed è da deplorare, poichè le indicazioni sono ivi alquanto meno incompiute chenegli altri. Il catalogo si distingue in due parti, intitolate « Capitulum librorum latinorum » (145 mss.) e « Capi- tulum Librorum Vulgarium » (32 mss.); se non che nella prima parte si trovano pur comprese certe lettere del Filelfo ail' Aretino sermone vul- gari, e la Cronaca del Villani, mentre poi nel secondo usurpano un posto un Giustino ed altri libri, che solo in causa délia fortuita coUocàzione hanno acquistato sifïatta compagnia. A me basta di spigolare il pochis- simo che qui faccio seguire :
«a.Tropinus Ramensis, demiraculis — inmembranis, literis modernis, in forma parva, cum albis et fundello montanine viridis, cum uno azullo, cum aliquibus metris gallicis a parte posteriori; cart. 48; N, 120.
48. Signât. N. 120
b. Liber unus rationum Gant. — in papiro, forma parva, partim mo-
derna el partim theothonica litt., lingua italica, gallica, et Theotonica,
cum albis et fundello rubeo, cum uno azullo; cart. 128 Signât.
N. 18.»
Aggiungerei un Tesoro, se trattandosi di un codice cartaceo non cre- dessi di dover ravvisare in esso la versione italiana; piuttosto non ometterô un Livio, dacchè potrebb' essere la traduzione francese menzio- nata trai libri di Nicolo (N. 9) :
«c. Prima Deçà Livii, in cartis membranis, miniata auro, cohopert montanina rubea_, cum brochis, cartarum (manca)... Signât. N. 30. » S'avverta che questo codice è posto nel capitolo « librorum vulgarium. » Se qui dunque trovo ben poco che faccia al caso mio, nulla affatto rinvengo nell' elenco del 1480; ma il danno non è grave; poichè fortu- natamente non omise la parte francese chi nel 1488, signoreggiando il duca Ercole, compile un nuovo inventario. Qui anzi troviamo i libri gallici enumerati a parte, come quelli che con altri pochi si trovavano raccolti in uno stesso armadio.
1 . È forsc da intendere lazi.
I
CODICI FRANCESI POSSEDUTI DAGLI ESTENSI 5 5
« In Armario XXI.
1 (16 ?) Liber Lanciloti — in membranis, cum fun-
delo viridi. N. $, Cart. 408
2 Liber parabolarum Salamonis — in membranis. N. 14, Cart. 332
3 Liber Cronicarum Regum Francie et gestorum
eorum — in membranis. N. 6, Cart. 360
4 (S) Liber totius Bibliae — in membranis. N. 5, Cart. 660
5 (21 i") Liber nativitatis Tristani et mortis sue —
in membranis. N. 3, Cart. 117
6 (38.'') Liber officiorum veterum — in membranis. N. 9, Cart. 377
7 (5 ? 22?) Libri primi Biblie — in membranis. N. 64, Cart. 176
8 (16. ? 45 ?) Liber Lanciloti — in membranis. N. 12^ Cart. 350
9 Liber Asmontis et Agolanti — in papiro. N. 63, Cart. 220
10 Liber appellatus Ragonese — in membranis. N. 7, Cart. 202
1 1 Liber Guroni : qui est scartafacius in papiro. N. 43, Cart. —
12 (4i)Liberdiversarumhistoriarum — in membranis. N. 6$, Cart. —
13 (5? 22?) Libri aliqui Bibliae — in membranis. N. 25, Cart. 182
14 (21 ?) Liber Tristani — in membranis. N. 1 3, Cart. 166
15 (31) Liber plura continens — in membranis. N. 11, Cart. 102
16 (30) Liber Sancti Gradalis. N. 23, Cart. 248
17 (28 ? 49 ?) Liber infantiae Lancilloti : Sancti Gra-
dalis : et destructionis tabule. N. 60, Cart. 473
18 (21 ?) Liber Tristani — in membranis. N. 10, Cart. 124
19 (17) Liber Guroni — in membranis. N. 15, Cart. 108
20 (6) Liber Merlini — in membranis. N. 29, Cart. 196
21 (i) Liber plurium gestorum Lanciloti — in mem-
branis. N. 62, Cart. 316
22 (44?) Liber Trojanus — in membranis. N. 30, Cart. i88
23 (45 ?) Liber Lanciloti et Sancti Gradalis — in
membranis. N. 18, Cart. 1 $0
24 (21 ?) Liber dictus le Romani Çsic) de Tristano. N. 22, Cart. 1 18
25 Liber in columnis — in membranis. N. o, Cart. —
26 (42?) Liber dictus Aspero monte — inmembranis. N. 20, Cart. 70
27 Liber scriptus ab extra senza nome, — in mem-
branis. N. 2 1, Cart. 180
28 Liber Guroni — in papiro. N. 19, Cart. loo
29 (2 .'' 25 ?) Liber Butifredi Bosoni [sic) — in mem-
branis. N. o, Cart. —
30 (13?) Liber politice — in membranis. N. 28, Cart. 184
31 (48 ?) Liber Bovi de Antone — in membranis. N. 16, Cart. 90 32(15.'') Liber Romani régis Hispanie — in mem- branis. N. 32, Cart. 50
5(5 p. RAJNA
53 Liber Pupini — in membranis.
54 (48 ?) Liber alius Bovi de Antona. 35 (14?) Liber Evangeliorum — in membranis,
56 ''10) Liber florum virtutum — in membranis.
57 Liber dictus Monzanta — in papiro.
38 (24) Liber Sydrach — in membranis.
39 (20) Liber in membranis dictus San Gradale.
40 Liber Galeatii — in papiro.
41 Liber alter in membranis.
42 (40) Liber Boetii, de consolatione — in mem-
branis.
43 (50) Liber politice — in membranis.
44 (44 ? 46 ?) Liber Trojanus — in membranis. 4^ Liber dictus Bertholazzo Gueil (?) — in mem- branis.
46 (3$ ?j Liber cui inscribitur Romano — in mem-
branis.
47 (32 ?) Liber epistolarum Sancti Pauli — in mem-
branis.
48 (18 ? 47 ?) Liber Alexandri — in membranis.
49 (i i) Liber dictus Alvernascus — in membranis.
50 (25) Liber dictus Suriti [sic) — in membranis.
5 1 Liber suprascriptus Biblia — in papiro.
52 Liber vitae scolasticae — in papiro.
53 (19) Liber Fulconis de Marsilia — in membra-
nis.
54 (4 ?) Liber fabularum — in membranis.
55 (12) Liber cui subscribitur de virtutibus.
56 Liber castagnusrë {sic) sine albis — inmembranis.
57 Liber dictus Rondel, sine albis — in membranis.
58 (37) Liber avium in (sic; — in membranis,
59 (34) Liber de regimine Principum — in mem-
branis, cohopertus quoddam veluto cum
fibulis argenteis. Ho omesso in questa nota una Sp::gna (liber dictus la. non dev' essere se non il poema italiano ; un Corbatiiis (liber dictas...), che dal numéro dei fogli (96) si vede doveva andar accompagnato da altre scritture; e due libri tedeschi (liber Theotonicus) , entrambi in per- gamena, l'uno di 166, l'altro di 85 carte. Ma neppure tutto ciô ch' io ho conservato puô ritenersi indubbiamente francese. Quelle cronache poste sotto il numéro 3 potrebbero forse trovarsi tra i libri gallici solo per ragione délia materia ; quel liber Asmontis et Agolanti (N. 9] è forte-
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us la...), che altro |
CODICI FRANCESI POSSEDUTI DAGLI ESTENSl 57
mente sospetto di contenere la versione di Andréa da Barberino, e per- ché cartaceo, e perché assai voluminoso, e perché contrassegnato con un numéro si alto, che le fa apparire uno degli ultimi venuti ; da ultimo il liber appellatiis Ragonese(N. 10) potrebbe forse identificarsi colle Storie Narbonesi in prosa italiana. E lasciando da parte la distinzione tra ciô che spetta alla Francia del nord e ciô che appartiene alla Provenza, si puô tenere per certo che nell' enumerazione si trovano contenute anche opère composte in Italia e da ascriversi a quella letteratura ibrida, a cui diamo nome di franco-italiana. Con ciô voglio riferirmi, lasciando i meri sospetti, specialmente al liber dictus Alvernaschus, che già si era trovato nella coUezione di Nicolô, e nel quale credo di dover riconoscere la storia di Ugo d'Alvernia. E questa medesima storia, non so se nella stessa 0 in un' altra versione, ma ad ogni modo in linguaggio ibrido, ravviso a piu forte ragione nel Karlo Martclo, che occupa il trentesimo- terzo posto nella série che ho tratta dall' inventario dei 1436. Nella quale avrei certo omesso il N. 29, se non m'avesse rattenuto il timoré che sotto il nome di Cronaca d'Albertino Mussato si nascondesse l'opéra di Martino da Canale 0 qualche altra scrittura francese di génère storico ; d'una traduzione del Mussato in lingua d'oïl non so che s'abbia indizio. Invece ebbi forse torto a sopprimere un libro, che stava tra il n. 20 e il 2 1 , ed era cosi designato :
« Libro chiamato Soadoche in lengua galica in carta membrana cum aleve et fondelo biancho. »
Che col nome di lengua galica si volesse qui significare quella che in tutto il resto dell' inventario è chiamata francese, mi è sembrato per lo meno aiquanto dubbio.
E qui avrei a soggiungere moite osservazioni, sia per rettificare gli spropositi dell' inventario, sia per congetturare quali opère propriamente s'abbiano a riconoscere sotto le designazionitroppo vaghe di cui si con- tentarono i notai. Ma dovrei dilungarmi di troppo, e perô abbandono i documenti nella loro nudità alla perizia dei leltori, che sapranno inter- pretarli e correggerli ben meglio che non avrei saputo far io. Piuttosto non so terminare senza aggiungere poche considerazioni d'altro génère.
A tutti dovrà parère un fatto notevole questo d'una collezione di circa sessanta mss. francesi, che dal 1436 fm oltre il principio del secolo XVI ' si trovarono in possesso degli Estensi. E si badi che le nostre note non
I. 1 libri catalogati nel 1488 esistevano ancora nel 1 508, al tempo d'Alfonso. Ciô è manifesto da certe attestazioni notarili di chi li ebbe a riscontrare, e tra le altre da questa, apposta ai piedi délia nota dei libri francesi : « 1 508 die lune septimo mensis februarii Ego Barth. de Silvestris notarius reperii omnes libres supradictos, exceptis duobus datis ut in apostillis, in Armario XXI. « I due che s'eccetluano sono il 21 e il 27, che erano stati tratti fuori per use del duca.
jS p. RAJNA, CODICI FRANCESI POSSEDUTI DAGLI ESTENSl
sembrano essere complète; inutilmente vi ricerchiamo la raccolta dei poeti provenzali di Maestro Ferrari e l'Attila di Nicolô da Casola, che difficil- mente possiamo credere passât! in altre mani, mentre ancora fanno parte délia biblioteca Estense '. E ben vero che, pure rimanendonella famiglia, potevano allora spettare ad altri che al marchese o al duca régnante. Confrontando poi le due note, si trovanoinciascunaalcuni libri cheman- cano, 0 almeno paiono mancare nell' altra ; e perché, secondo appare in più luoghi, i codici si solevano concedere in prestito, e perché i signbri d'Esté non dovettero cessare nel sec. XV di procurarsi nuove opère da aggiungere a quelle che già possedevano. L'abbondanza di romanzi délia Tavola Rotonda non dovrà far meraviglia ad alcuno, ma sarà meritevole di ricordo per chiunque voglia rendersi ragione del nascimento dei due Orlandi, e specialmente delP Innamorato. I cantari invece del ciclo di Carlo non abbondano di troppo, sebbene sotto le denominazioni indeter- minatissime di liber diversarum hisioriarum, liber pluracontinens, liber fabu- larum, si possano ben nascondere composizioni di questo génère. Ma quello che più importa avvertire si è che alla corte degli Estensi la coltura letteraria volgare sembra essere stata piuttosto francese che ita- liana ; ciô si rileva dal paragone délie nostre note con quelle dei libri toscani, non punto copiosi nemmeno nel 1488. È ben vero che il fatto di questa disparità tra il numéro dei mss. délie due lingue si deve, più che aile condizioni del secolo XV, a quelle dell' antécédente, nel quale dovette per la maggior parte essere adunata la collezione. A ogni modo anche l'esame dei nostri document! ci aiuta ad intendere come mai alla meta del secolo XIV si potesse comporre in francese l'Attila di Nicolô da Casola, e destinarlo ad essere ricco dono per il Marchese d'Esté, 0 veramente per un suo strettissimo congiunto ^.
A chi poi desiderasse sapere che cosa sia accaduto di codestimss. dopo il secolo XVI, pur troppo non si potrebbero dare nuove troppo liete. Pochissimi passarono da Ferrara a Modena insieme coi duchi e restano tuttavia alla biblioteca Estense; i più, e tra gli altri tutti quelli che spet- tano al ciclo di Carlo, andarono dispersi, smarriti, 0 furono forse bar- baramente lacerati. Non mi sembra tuttavia fuor di luogo il pensare che qualcunô di essi abbia trovato un sicuro rifugio fra le lagune, e sia da ravvisare tra i codici francesi di cui po^siede buona copia la Marciana di Venezia. Pio Rajna.
1 . Anche nelia parte italiana troviamo omessa quella Spagna che Maestro Zorzo aveva riccamente miniato nel 1453 (V. Campori, Notizic di Minialori dei Principi Eiïcnii ; Modena, 1872, p. 42). Forse mancano appunto i libri di mag- gior pregio, che probabilmente si custodivano in altro luogo.
2. For fer a le marchis da Est un riche don, 0 voiremanl a suen oncles, dan Boniface il baron.
CHANTS DE QUÊTES
NOËL DU PREMIER DE L'AN. — CHANTS DE MAL
Dans le court rayon que j'explore, au midi du Forez et au levant du Velay, deux quêtes sont en usage: en Velay, la quête du premier de l'an; en Velay et en Forez , la quête de mai. Ces quêtes sont d'ordinaire accompagnées de chants. Sur certains points du Velay, les petits enfants, la veille du premier de l'an, vont de maison en maison demander leur étrenne, — quelques noix, un peu de beurre, un peu de miel. Ils s'in- troduisent en chantant les couplets que voici ;
Bouon, zour. Maria,
Bouon zour et bouon on! Maria!
Nousta bella estrenna Dei proumié de l'on? — Maria!
La bella estrenna Que vous demandôn; — Maria!
L'amour et la crenta D'aqué bel efon. — Maria!
Nousta Séchilla '. Y val bouonamen, — Maria!
Se pren * y poerta Un pethi présen; — Maria!
Quatre ou chin crostas ' Dedien soun foutiau *; — Maria!
Sa bouona mayra I di gran marcey. ■ — Maria!
Adan lou payra Sagué" trop groumon ; — Maria!
Per un pau de pouma Pergué sous efons. — Maria!
Touto lou mounda Oun que même ^ pecca; — Maria!
Vous touta souletta Y avé pa trimpa. — Maria!
Ce petit chant a été transcrit à Chamalières, en décembre 1868, sous la dictée de Madeleine Gravier, et tout récemment M. l'abbé Antoine Badiou, vicaire à Saint-Germain-Laprade, près le Puy, nous en a envoyé une variante.
1. Cécile.
2. Se f>rendn, locution très-usitée, qui signifie « se mettre en mouvement, se lever, agir. »
3. Petits pains au lait léger, dits craquelins.
4. Tablier.
5. Fut.
6. Ont de même.
6o V. SMITH
Un usage partout répandu, en Forez et en Velay, est la quête de la veille du premier mai. Elle ne se pratique point partout de la même façon. Dans la partie du Velay et du Forez qui incline vers le Rhône, les jeunes filles quêtent, et elles déploient un'cérémonial particulier. Dans le Velay voisin de la Loire, les quêtes sont réservées aux garçons. Sur quelques points, les petits enfants jouent aussi leur rôle. Petits enfants, jeunes garçons et jeunes filles, c'est en chantant que les uns et les autres s'an- noncent et présentent leur demande.
A Monistrol-l'Évêque, à Saint-Didier-la-Séauve, les petits enfants ont à leur service ces trois couplets :
L'hiver n'a fait son tour. Une demi-douzaine.
Nous voici de retour; De ces beaux œufs nouveaux,
Le printemps vient de naître. Ou bien un bel agneau.
Tout rempli d'allégresse, Nous prierons le Seigneur,
Et tout rempli de fleurs, Nous prierons le Seigneur,
Qui vivent ' sa couleur. Que par sa sainte grâce
Très honorables gens. Vous prépare une place.
Faites nous un présent, Dans son saint paradis.
Donnez nous pour étrenne Adieu, mes chers amis ".
A Dunières et dans les hameaux en dépendant, ils chantent une sorte de cantique à la Vierge, et ce chant ne manque pas d'à-propos : car le plus souvent c'est pour la Vierge qu'ils quêtent. Les œufs qu'ils ont reçus, ils ne les mangeront pas, ils les vendront et le produit sera em- ployé à acheter la cire qui brûlera aux côtés de la petite chapelle que, chaque année, au mois de mai, soit dans la maison d'école, soit dans une demeure privée, ils dressent et ils embellissent pour la Vierge.
De bon matin, je me suis levé, 0 mois de mai que Dieu nous a donné '
Dans mon jardin, je suis allé. — 0 mois de mai, etc. Trois belles fleurs j'y ai trouvé. — 0 mois, etc. A la Vierge les ai porté. — 0 mois, etc. La Vierge m'a remercié. — O mois, etc.'
Peut-être ce cantique a-t-il été calqué sur le chant qu'en abordant chaque maison chantaient à Saint-Didier-la-Séauve, — il y a peu d'an- nées encore, — les compagnes de la R'^ine de mai :
De bon matin, je me suis levée. Ah! la rosée du joli mois de mai que Dieu nous a donné I
1. Pour avivent. D'autres disent : « qui brillent sa couleur » — pour cmbril- lantcnt sa couleur.
2. Écrit sous les dictées de MM. Aymard de Saint-Didier, et V. Pause de Monistrol.
5. Écrit sous la dictée de M"« Julie Coste. Août 69.
CHANTS DE QUÊTES 6ï
Dans mon jardin, je suis allée. Ah! la, etc. Trois jolies fleurs, j'y ai trouvées. Ahl etc. Deux j'en ai pris, une ai laissée. Ah! etc. Si j'en ai pris, c'est pour vous en donner. Ah! etc.'
La Reine s'avançait, saluait et offrait un bouquet à la maîtresse du logis, qui répondait en lui donnant de beaux œufs frais. Avant de s'éloigner, le chœur rendait grâce :
Madame, en bien vous remerciant.
Ah ! la rosée du joli mois de mai que Dieu nous a donné !
Il n'y a pas quinze ans que l'usage de quêter, avec une reine, ejcistait encore à Monistrol, à Jonsieux, à Marlhes, à Saint-Genest-Mallifaux. On ne le trouve plus aujourd'hui que dans quelques hameaux isolés, où il se pratique sans trop de façons. A Dunières cependant, grâce au nombre considérable de jeunes filles que réunissent les ateliers de prépa- ration de la soie, connus sous le nom de moulinages, il a survécu, et, par ce qu'il est, peut du moins donner une idée de ce qu'il a été.
Au commencement d'avril, chaque moulinage se désigne une reine, et, ce premier acte accompli, on se préoccupe des toilettes de la veille de mai, et on répète les chants de quête. A un chant consacré on joint quelques compliments d'occasion, rimes à l'adresse des maisons les plus généreuses. Le dernier jour du mois est bientôt venu. Ce jour-là, vers les cinq heures du soir (car c'est le soir et la nuit que se fait cette quête), la Reine sort de l'ouvroir : elle est vêtue d'un blanc immaculé, ses souliers mêmes sont blancs. Un collier d'or à triple rang entoure son cou ; de longues boucles — vanité de nos paysannes — pendent à ses oreilles, parfois son front est orné d'un diadème. Elle tient dans ses mains une légère corbeille couverte de rubans et garnie de fleurs. Huit ou dix dames d'honneur l'accompagnent, vêtues comme elle d'une robe blanche, mais dont le tissu est moins fm et la forme moins élégante. Derrière, deux robustes filles portent de vastes paniers. Le cortège marche lentement, salue la cure, et se dirige vers chaque maison des notables du bourg. Là, il entonne, — la Reine seule gardant un silence imposé par sa dignité, — le petit chant qui suit :
Nous vous amenons une reine. Venez la voire : elle a de belles fleurs; Y en a de roug', y en a de blanches. Les oiseaux chantent sur la branche.
Sieurs et dames, sortez de vos chambres, Venez chez nous : nous irons promener,
Communiqué par M. Verdier aîné.
62 V. SMITH
Nous irons voir dans la prairie, Voir si les ros' en sont fleuries.
Connaissez vous les arbres du bocage, Ils sont en fleur et vivent' leurs couleurs; Y en a de roug', y en a de blanches. Les oiseaux chantent sur la branche.
Sieurs et dames, la Reine vous prie, De lui faire quelque petit présent, De lui donner, pour son étrenne, De vos œufs frais demi-douzaine.
Il est bien rare que la maison au seuil de laquelle on chante reste insensible à la demande, mais si cet accident se produit, le chœur, pour tout reproche, se plaint du temps perdu et du retard qu'il éprouve en son chemin.
Si vous ne voulez rien donner, Ne nous faites pas tant tarder, Car la nuit s'en va et le jour revient. Vous le voyez bien.
Quand on donne, — ce qui est l'ordinaire, — la Reine reçoit elle- même le cadeau qui, de sa corbeille, passe bientôt dans le panier des deux servantes. Le chœur chante :
Madame, en vous remerciant
De votre agréable présent.
Que Dieu, par sa bonté,
Donne la santé
A toute la maison :
Adieu vous dis, à une autre saison.
Le bourg n'est pas seul à recevoir la visite de la Reine. Les hameaux les plus écartés en sont aussi favorisés. Quelquefois même la souveraine d'une nuit dépasse avec sa cour les limites de la paroisse. Une ample provision d'œufs témoigne du plaisir qu'elle a fait et du bon accueil qu'elle a trouvé.
Les œufs sont mangés dans un repas commun, le premier dimanche de mai. A Saint-Didier-la-Séauve, chacune des quêteuses invitait un jeune homme, et, avec lui, son père et sa mère; le repas de mai deve- nait, me dit-on, tout semblable à un banquet de noces.
Dans les paroisses où quêtaient les jeunes filles, les jeunes gens quê- taient aussi de leur côté, et ils quêtent encore aujourd'hui. Leur chant le plus ordinaire est patois. Il débute par l'annonce du mois nouveau, formule la demande d'œufs, de salé, ou de fromage, adresse les injures
I. Voy. ci-dessus^, p. 60, n. i.
CHANTS DE QUÊTES 6j
les plus énergiques et les menaces les plus redoutables à qui serait tenté de ne pas donner, et, à Dunières, promet galamment le ciel aux dames qui se sont montrées généreuses. Ces chants, je les transcris comme je les entends; mais je ne puis réussir à trouver des combinaisons de lettres qui reproduisent les sons mixtes dont est composé notre patois. Il faudrait, pour le traduire, ou avoir des signes spéciaux, ou donner à nos signes des sons conventionnels plus élastiques que ceux que leur ont communiqués les besoins de la langue française. Je me contente donc de transcriptions fidèles, mais peu exactes et peu imitatives.
CHANT DE DUNIÈRES \
Maiz é veniu, maiz é tourna, A votra porta s'es posa, Anse notr' ègua *, anse notr' ègua, Douna li un po de fé ', que lo foim * la crèba.
Bouta la mo au nia dou zeai" : A tsaquo mo bouta se * zeai. Ah! la rouséie! ah! la rouséie! Voici ce joli mois de mai qui nous éveille !
Bouta la mo au salignou : ' A tsaquo mo iun boun dzambou. Ah! la ronséie, etc.
Bouta la mo au coutelar : " A tsaquo mo iun flo" de iar. Ah! etc.
Bouta la mo à l'armariou : A tsaquo mo iun picodou "*. Ah ! etc.
N'avoun laissa iun vé le cros ", Que n'en pou pa traîna sous os. Ah! etc.
N'avoun iun nostra coumpagnio Que n'en pou pa gagna sa vio. Ah! etc.
Nous tsaudra ana è Saint Bouné '* Nous dounaran iun plin bouné. Ah! etc.
Si aya de fiH' à maria, Vous aidarian à la plaça. Ah ! etc.
1. Écrit sous la dictée de M"« Julie Coste. Août 69.
2. Aussi notre jument.
3. Foin.
4. Faim.
5. Des œufs. Le z, tel qu'il est prononcé, ne fait pas corps avec l'article qui précède, mais avec le substantif.
6. A chaque main mettez six œufs. Même remarque — une seconde fois, pour tous autres cas où on serait tenté d'ajouter à l'article la première lettre du substantif.
7. Saloir.
8. Contelas.
9. Morceau.
10. Petit fromage de chèvre.
1 1. Nous en avons laissé un sur le val.
12. Saint -Bomert-le-Froid, près Dunières.
64 V. SMITH
Ma chi nous voulé ren douna, Nous fasa pas ici tarda. Ah! etc.
A la porta doun boun efan, On gni trobe toudzour queicouan '. Ah! etc.
A la porta d'iun vio cayou * On trobe dzamai ren de bou. Ah! etc.
Ma chi nous voulé ren douna, Gnirian tsia en votra pourra '. Ah! la rouséie! ah! la rouséie! Voici le joli mois de mai qui nous éveille!
Quand on a donné :
Adieusia et gran marci
Por tan de peina qu'avés pri;
Bonne aventiura ! boune aventiura !
Porte la clo dou paradis dian ma ceintiura !
CHANT DE SAINT-JUST-MALMONT.
Mais è vegnu, mais è tourno, O veutro porto s'a peuso. 0 lo rouséio, o lo rouséio! Voici le joli mois de mai que nous réveillo!
Bouta lo mouo eu gni deuz eus De chaque mouo adusai n'en* neu. 0 lo rouséio...
Bouta la mouo eu chazerou^, De chaque mouo un chabrérou". O lo rouséio...
Bouta la mouo en coutelar, De chaque mouo un flo de lar. 0 lo rouséio...
O lo porto d'un boun efan, Se trovo tejours quenquan. O lo rouséio...
Si ové de fillas o moria Vous aidorent o lo ploça. 0 lo rouséio...
Oquo que porto lo pognié, Nièro ma brouillo' d'ovant-hié. 0 lo rouséio, o lo rouséio ! Voici le joli mois de mai que nous réveillo.
(Écrit, en octobre 1869, sous la dictée de Claude Fourneyron.)
1. Quelque chose.
2. Cochon.
3. Dans vos poireaux.
4. Apportez-en. — 5. Petite cage. — 6. Fromage de chèvre.
7. On dit d'un animal : a brouillo ou broliio, pour dire qu'il est né. Se dit
CHANTS DE QUÊTES 65
CHANT DE MARLHES V
Le mé de maïe n'é t'orrivo, A veutro porto s'é peuso. En assurance! en assurance! Maitresso réveilla vous, Pourta rédjouissanco !
Bita la mo au gni dau zio, De tsaquo mo adieusé n'en no '. En assurance! etc.
Bita la mo au tsadzerou ', De tsaquo mo un tsiaurassou *. En, etc.
Bita la mo au tsarnerou. De tsaquo mo un boun dzambou. En, etc.
Chi nous vourai rien douna. Nous fasca pa tant opeta ^. En, etc.
A la porta d'un bou nefant L'on n'y trove toudzours queicouan. En, etc.
A la porta d'un.cayouna N'y attrapa qu'une ébousa ". En, etc.
Si, de Marlhes, nous allons vers le nord-ouest et que nous remontions la Loire dans le sens de l'Auvergne, nous remarquerons dans quelques localités un usage que n'ont pas connu ou conservé le midi du Forez et la partie du Velay voisine du Vivarais. A Beausac, à Retournaguet, à Chamalières, à Vorey, la veille du i«'' mai, les jeunes gens, avant d'aller annoncer la belle apparence des récoltes et demander le prix de la bonne nouvelle, plantent, à l'entrée du village ou sur la place principale, un pin ou un sapin 7 et dansent autour une farandole s.
Maye *" es venu, maye es tourna,
aussi d'une plante qui a germé, d'un arbuste qui sort de terre. Il paraît ici pris dans un sens allégorique et signifie non la venue au jour, mais la venue à la virilité.
1. Dictée de Jeannette Faure, dame Lachaux, lo mai 1870. J'en dois une variante à M. A. M. Peyron.
2. Apposez-en neuf.
3. Petite cage.
4. Chévreton, fromage de chèvre.
5. Attendre.
6. Éclaboussure.
7. L'arbre reste debout durant tout le mois, puis il est vendu et le prix consacré à un repas. C'est le second que font les quêteurs : le premier mai ou le premier dimanche de mai, ils mangent en commun le produit de la quête.
8. Il faut signaler, à titre d'exception, l'habitude où sont les jeunes gens de Beausac de quêter, armés de vieux fusils. Ils ne les chargent point et semblent ne lesporter que comme parure.
9. Écrit à Chamalières, le 25 mai 68, sous la dictée du fils Lachamp ; en décembre, même année, sous la dictée de Madeleine Gravier. — Écrit à Vorey, le 26 mai 68, sous la dictée de M»'e Marie Chabrier-Chastel. Les variantes de
Romania, II 5
56 V. SMITH
A nousta porta s'es prosa.
0 chi veijia lou mé de maye que nous éveilla,
0 chi veijia lou mé de maye et sa rouséia!
Venoun de planta nosta maye ', Douna nou queicon chi vos playe.
Ai passa en bois de Granou *, La mayola ' era pretou.
Ai passa en mei de voustous bla, Soun bien flouris, soun bien grana.
Ai passa en mei de voustous pra, Lous ai trouba bien enherba.
Bouta la mo en gni dou jeai, De tsaquo mo bouta n'y en neai.
Bouta la mo en l'erbacou *, De tsaquo mo un boun tascou '\
Bouta la mo en tounelou *, De tsaquo mo un virassou '.
Chi aia de fill' à marida Vous aziudaren à las plaça.
Si on donne :
Adieussia et gran mercey De la peina qu'avez prey.
Si on ne donne pas :
A la porta d'un vilen, Dzamais on n'y gagne ren.
Si de Vorey on remonte la Loire et qu'on s'engage sur la route du Puy au Mésenc, on ne rencontre plus la plantation du mai, et le chant ne dit mot de cet usage :
CHANT DE SAINT-GERMAIN-LAPRADE *.
Lous mes de maïe n'es arribat, A vousta pouorta s'es pouzat.
ces trois chants ne sont pas appréciables. La leçon que nous donnons appar- tient à la fois à Vorey et à Chamalières.
1. Mai a un sens quadruple. Il se dit du mois, du chant, de l'arbre planté, et, nous le verrons plus loin, du cadeau de la quête.
2. Granou; nom d'un lieu, sis sur le "ersant occidental du mont Gerbion, au pied duquel est bâti Chamalières.
3. Mayola ou majora; on appelle ainsi le bourgeon du hêtre, lequel, aux environs de Chamalières, verdit fin avril.
4. Garde-lard.
5. Morceau.
6. Baril.
7. Petit verre.
8. Communiqué par M. l'abbé A. Badiou. M. Badiou en a noté la musique, ainsi que celle du chant de Saint-Front, plus loin transcrit.
CHANTS DE QUÊTES 67
Avançât viste ♦ , Veici lou zoli mes de maïe que nous eiveilla, Veici lou zoli mes de maïe din sa rouséia!
Boutât *, Estienne, leva-vous, Venez douna ous coumpagnous.
Boutât vousta mo ei charnier, Et beilat n'en en bouon moursé.
Boutât la mais ei charnieirou % Et beilat n'en en soucissou.
Boutât i'encara * ei nit dous iouos, A chaque m6 boutât n'en nouov.
Tienne Deifour es bouon effon, Nous n'en dounarot bé quiquon.
Ot de fillas à marida, Y adzudaren à las plaça.
Beneziren vouste troupe, Voustas fedas ^ faron l'agné.
Voustas vachas vedelaron, Et de bouon lai vous dounaron.
Voustous bladous ° verduraron, Din pauv de tens n'en granaron.
Si on ne donne rien :
Si nous voulez rien douna. En voustas pouradas anen chia. Passaren dedin voustous bouos ', Et brularen voustous fagouos. A la pouorta d'en vilen, Zamaïs dendius ' y troba rien.
Avançât viste, Veici lou zoli mes de maïe que nous eiveilla, Veici lou zoli mes de maïe din sa rouseïa !
A ceux qui donnent, on adresse en prose un remercîment, dont le ton vaut la plus belle phrase du monde.
Le patois n'est pas le seul langage qu'emploient les quêteurs. Ils chantent parfois des couplets français, mais moins fréquemment. Ces couplets, qu'on trouve sur plusieurs points, sont presque partout fort
1. Un chant de Vorey a même refrain. Seulement au lieu de : avança viste, il dit : avança bella.
2. A peu près synonyme de : « Allons! »
j. Garde-manger met le menu salé, tandis que le charnier est celui où on met les gros quartiers de cochon.
4. Mettez-la encore.
5. Brebis.
6. Blés.
7. Bois.
8. Personne.
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altérés. M. A. Badiou a bien voulu nous communiquer une version du chant français le plus usité entre le Mésenc et les monts d'Auvergne. Il la tenait de Pierre Machabert, facteur rural, à Saint-Front, bourg situé au pied du Mésenc.
CHANT DE SAINT-FRONT.
Nous sommes venus ici — faire ouvrir votre porte.
Le mois d'avril va finir — il faut bien qu'il en sorte,
Le mois de mai va commencer — nous venons vous l'annoncer.
En chantant ce joli mois de mai qui bat de la rosée!
Nous sommes venus ici — tout au clair de la lune, Une douzaine d'oeufs — ferait notre fortune, Une tranche de jambon — à tout le moins un saucisson. En chantant, etc.
Fillettes qui êtes dedans — sortez hors de vos chambres. Et venez voir vos amants — à la porte qui chantent, Oh ! venez voir ces beaux garçons — apportez leur collation.
Fillettes qui êtes dedans — faisant la sourde oreille. Sortez de dans vos lits blancs — pour remplir nos corbeilles, Et nous vous marierons — avecque ces jolis garçons.
Dans ce joli mois de mai — où la rose boutonne, Le joli rossignolet — qui dans son chant frivole' Dans son joli chant nous dit — qu'il ne faut pas toujours dormir.
Dans ce joli mois de mai — par dessus la fougère. Il fait bon garder les brebis — avecque les bergères, Fait bon garder les moutons; — à la St-Jean nous les tondrons.
Dans ce joli mois de mai — faut avoir espérance. Vos vaches faisant les veaux — vous mettront dans l'aisance, Vos brebis agnèleront — et vos troupeaux augmenteront.
Dans ce joli mois de mai — grande réjouissance, La vigne n'en poussera — du raisin abondance ; Bacchus se réjouira — avec nous il chantera.
Dans ce joli mois de mai — tout brillant de verdure, A nos champs nous travaillons — pour notre nourriture. Et du bon blé nous aurons — pour mangera la saison. En chantant, etc.
Si on donne :
Le point du jour va venir — voilà ce qui nous fâche, A présent nous vous quittons — pour marcher sans relâche. Et nous vous remercions — de l'amitié de tous vos dons. En chantant ce joli mois de mai oui bat de la rosée!
Si on ne donne pas :
Vos voisins sont bons enfants — vous n'êtes pas de même. Si ne voulez rien donner — que le Diable vous traîne, Qu'il vous traîne par les cheveux — vous êtes de foutus gueux. En chantant ce joli mois de mai qui bat de la rosée!
I. Frivole semble être ici un verbe.
CHANTS DE QUÊTES 69
Le lecteur sera peut-être surpris de voir Bacchus en cette affaire ; je dois avouer que jusqu'ici je ne l'ai trouvé dans aucun autre chant, et les variantes que j'ai de ce mai ne le nomment point. Je crains bien que Machabert n'ait cédé à la tentation d'introduire un dieu dans sa copie, et que, de toutes les leçons qu'il entendait, il n'ait préféré celle qui avait par-dessus tout un air de science et de nouveauté. Louis Cartal, de Blavosy, ouvrier cordonnier, m'a chanté ce mai, et Bacchus ne figure pas dans sa leçon. Cette leçon, d'ailleurs peu éloignée de celle de Saint- Front, se termine par cette curieuse menace que les chanteurs suspen- dent sur la tête des familles qui ne donnent pas :
Si vous ne voulez rien donner — ne nous faites pas attendre;
Si vous ne voulez rien donner — vos filles sont trop laides,
Et nous ne nous marierons point — resteront seules dans un coin.
A côté du chant de Saint-Front, on trouve d'autres chants français, moins développés et peu caractéristiques. Il est permis de ne pas les reproduire.
On doit faire exception pour un tout petit chant qui se chante dans une partie du Forez, explorée avant moi par de diligents compatriotes, qui, levés dès l'aube, ont laissé après eux peu à glaner ', Au nord du Forez, sur les collines qui séparent la vallée Roannaise de la plaine cen- trale, à Donzy, hameau dépendant de Saint-Priest-la-Roche, Félix Samajous, ouvrier chez Dalmais le tisserand, m'a chanté ce mai, qui fait songer au chant grec de la quête de l'hirondelle, traduit par M. de Marcellus et dont Fauriel avait déjà fait connaître un fragment.
Laissez venir le réveille — de ce nouveau mois de mai.
Tous les garçons, qui auront fait des maîtresses,
Iront bien à présent se divertir auprès d'elles.
Apportez nous donc la belle — apportez nous donc le mai,
Apportez nous des œuks en abondance.
C'est votre fidèle aimant qui chante.
Voyez vous ces hirondelles — qui viennent en voltigeant, Qui ont quitté tous leurs pays sauvages. Pour venir chanter dessous nos verts feuillages. Apportez nous donc, etc.
Voyez vous ces pauvres arbres — qui sont tout mal habillés, Laissez venir ce beau mois charitable, Qui les revêtira d'une robe toute verte. Apportez nous, etc.
I. M. F. Noelas, à qui l'on doit un choix de chansons populaires publié, en 1865 , dans le Bulletin de la Société d'agriculture de la Loire, sans parler de chants heureusement introduits dans son livre des Légendes; — M. P. Gras, qui a donné plusieurs chants dans son Dictionnaire du patois Forèzien; — M. Eugène Muller, le délicat romancier, qui, dans le Mémorial de la Loire de 1867, a publié tout un recueil, sous le titre de Chansons de mon village.
70 V. SMITH
Je n'ai entendu qu'une seule fois cette poésie. Il en est une autre d'un caractère singulier, et celle-là se répète presque partout. Elle est à Donzy, elle est à Fraisses, elle est à Saint- Just-Malmont, à Saint- Romain-les-Atheux, à Saint-Didier-la-Séauve, à Marlhes, à Dunières, à Saint-Bonnet-le-Froid, dans le Forez du nord au midi, dans le Velay, sur tous les points où il avoisine le Forez ' . On peut avoir oublié le chant de quête, on se souvient encore de l'épithalame du cordonnier, et parfois c'est le seul qui se fasse entendre, et devant lequel les portes s'ouvrent et les mains se remplissent d'œufs.
Dans le palais du roi *, Malgré tous ses parents,
— Le long du bois, Nons coucherons ensemble.
Le joli mois de mai, — Dedans un beau lit blanc *,
'1 y a-t-une flamande. Couvert de roses blanches.
Y sont trois serviteurs, Aux quatre coins du lit.
Tous trois qui la demandent. Rossignolet il chante.
L'y en a un qui est boulanger. Chante rossignolet,
L'autre valet de chambre. Tu auras ta récompense.
Et l'autre cordonnier. Tu auras pour déjeuner,
Celui qui la contente. Un jambon de Mayence.
Il lui a fait des souliers, Tu auras pour ton dîner.
Bordés de fleurs d'orange '. Une soupette blanche \
Lui donnant les souliers. Tu auras pour ton goûter.
Il n'a fait la demande. Une salade blanche.
Son père le veut bien, Tu auras pour ton souper
Sa mère en est contente. — Le long du bois.
Il y a que les parents *, Le joli mois de mai, —
Qui font la différence. Quatre pommes d'orange.
Ce chant, si enraciné et si répandu, ne témoigne-t-il pas, tout humble
i. Dicté à Donzy par Félix Samajous, à Fraisses par Jean-Marie Just et par J. Fourneyron, de Saint-Romain-les-Atheux, à Marlhes par Fournel-Bau- dier et Toussaint Chavanas, et sur bien d'autres points par divers chanteurs.
2. Ce chant se retrouve en Angoumois {Chants de l'ouest, recueillis par J. Bujaud, t. le, p. 205). Dans sa table des chansons connues et non publiées (Chants du pays messin, p. 463), M. de Puymaigre donne ces deux vers :
A la cour du palais, mon amant. L'y a-t-une flamande.
Bien que le début d'une chanson ne suffise pas pour en laisser deviner le milieu et la fin, telle est la diffusion des chants populaires qu'il est à présumer que le chant lorrain n'est qu'une variante du chant d' Angoumois, de Forez et de Velay.
J. Variantes: Fraisses: En marluque orange.
Saint-Didier: Tout marlichés d'orange.
Just de Fraisses croit que marluque signifie maroquin.
4. Variante. Y a que les autres parents.
5. Variante. Dans un beau lit carré.
6. Soupe au lait.
CHANTS DE QUÊTES 71
qu'il est, du sens de la fête de mai ? N'est-ce pas la fête du mariage que nous célébrons, et l'épithalame du cordonnier est-il autre chose que la glorification de l'association humaine? Cette crainte qu'inspirent les unions de mai en Normandie ', en Lorraine ^, dans le Berry et le Nivernais 5, on ne la remarque point ici. En Forez et en Velay, — ou du moins au levant du Velay, — les mariages ne sont suspendus que durant ces jours d'abstinence qu'a établis la discipline de l'Église. En d'autres temps, ils suivent leur cours, et nous n'éprouvons, en mai, aucune de ces inquié- tudes devant lesquelles s'arrête le laboureur de l'Avranchin. Par ce côté, nous sommes Grecs: c'est dans les premiers jours de mai, — le cinq mai, — que la Grèce célèbre la fête des maris; c'est dans la première nuit de mai que — sans trop nous en douter — nous fêtons les épou- sailles. Était-il, pour cette fête, un moment mieux choisi que la transition d'avril à mai, heure unique d'efflorescence et de germination universelles?
Victor Smith.
1 . Essai sur la poésie populaire en Normandie, par Eugène de Beaurepaire,
P3ge 29- . ,
2. Traditions populaires de la Lorraine, par M. Richard; au mot mai.
3. Glossaire du centre par le C-^ Jaubert; au mot mai.
DE
L'ORTHOGRAPHE DU ROUMAIN.
Parmi les langues néo-latines le roumain, à cause de la situation géo- graphique de son territoire, nous offre un intérêt tout particulier, autant par les problèmes qu'il nous pose que par les éclaircissements qu'il nous donne. Il est donc à souhaiter que l'exploration de cette mine linguis- tique soit poursuivie avec la même ardeur et le même succès qu'elle a été entreprise dans les dernières années. Malheureusement cette tâche est rendue plus rude encore par une difficulté tout à fait extrinsèque. Avant de traiter scientifiquement un idiome quelconque, il faut en savoir l'A B C, et voilà ce qui n'est pas aisé dans le cas dont nous parlons. Les Roumains ont doublement tort de se plaindre qu'on s'occupe trop peu de leur langue ; car ce sont eux-mêmes qui nous rendent les abords de celte étude ardus et rebutants. C'est à l'orthographe roumaine que nous en voulons. Jadis, chez les Roumains, l'écriture cyrillique régnait en maîtresse absolue, jusqu'au temps où on commença à prétendre qu'une nation d'origine latine ne devait se servir que des caractères latins. Si c'est une question de décorum, il n'y a rien à dire; mais pourtant si;, à tous égards, l'écriture latine était la meilleure pour représenter la langue roumaine ', on ne serait pas resté si longtemps en désaccord sur la façon de l'employer. Après la défaite de l'alphabet cyrillique, qui, du reste, se défendit vaillamment, ne reculant que lettre par lettre, on aurait eu aussitôt un seul système d'orthographe au lieu d'en avoir autant qu'il y a d'écrivains. Pour les détails, nous renvoyons aux articles que M. Picot a insérés dans le second volume de la Revue de linguistique, bien qu'ils n'aient pas eu la continuation promise. Nous nous bornons ici à signaler les deux principes opposés autour desquels se rangent toutes les nuances orthographiques, c'est-à-dire le phonétisme et l'étymo- logisme, qui se rattachent aux noms de feu M. Pumnul (en Boucovine)
I. Cipariu, Gramatcc'a llmbd romane, partea I (Bucuresci 1869) p. 148 : « La difficulté qu'il y a à écrire le roumain avec les lettres latines n.'est pas contestée; elle provient de deux causes : de l'insuffisance de l'alphabet latin et de la variété des dialectes. »
DE l'orthographe DU ROUMAIN 75
et de M. Cipariu (en Transilvanie). Le plus conservateur des deux prin- cipes n'est pas celui qu'on pense ; mais c'est le dernier dont la victoire nous semble être décidée. Car la société académique de Boucarest vient d'adopter la méthode de M. Cipariu pour le grand dictionnaire roumain qu'elle a projeté. Aucune des quatre à cinq livraisons qui en ont paru jusqu'à présent sous la direction de MM. Laurianu et Maximu ne nous est encore parvenue. Cependant nous sommes assez bien instruits des idées fondamentales qui président à cette publication par la préface que nous venons de lire réimprimée en entier dans TransUvan'Ca (Fâi\i Asociatiunei transilvane penîru litteratufa romana si cultur'a popurului romanu), Brasiovu, 15 mai_, 1 juin, 15 juin, 1 juillet 1872). Nous ne touchons qu'en passant la proscription de tous les mots d'origine non latine dont on s'y fait honneur. On les relègue dans un glossaire publié à part . « Vorbele de origine neromanica ca slava, c'inste, iubire, ibovnicu, ;) vreme, vremelnicu, stapenire, slujba, slujbasiu, etc., nu potu si nu se )) cade se aiba locu intr'unu dictionariu romanescu ' . » En voici la raison : « Limb'a ce are nefericirea de a fi petrunsa, si mai multu sau » mai pucinu inundata de vorbe straine, ca si plant'a infasiurata de » parasite, e impedecata in desvoltarea sa regulata si condemnata a )) langedi, si prin acésta a oprf sborulu cugetarei insasi. Asiâ mer- )) sulu mai rapedu sau mai lentu allu unui popuru pre callea civilisa- )) tionei, marirea, poterea si prosperitatea lui, in fme sortea si pose- » tionea lui in senulu marei familie a genului omenescu dépende forte » multu de la curati'a limbei, ce si adatu de organu cugetarei selle^. » Mais une distinction très-essentielle a parfaitement échappé à ces mes- sieurs, celle qu'on doit faire entre les mots étrangers qui le sont pour l'homme du peuple et ceux qui ne le sont que pour le savant. En fait de langue, les emprunts se prescrivent aussi bien que dans d'autres domaines: dès qu'un mot d'origine étrangère n'est plus senti comme tel, dès qu'il est entré pour tous in succum et sanguinem, il a le droit de citoyen dans la langue, comme tout autre mot. Qu'on regarde le déve- loppement historique de la langue anglaise. Est-ce que Vinondation de mots français a arrêté l'essor de la pensée de la nation anglaise, entravé
1. « Les mots d'origine non romane, comme 5/(jv^ etc., ne peuvent ni ne doivent trouver place dans un dictionnaire roumain ! »
2. « La langue qui a le malheur d'être envahie et plus ou moins inondée par des mots étrangers est, comme une plante étouffée par des végétations parasites, empêchée de se développer régulièrement, elle est condamnée à languir et en conséquence à entraver même l'essor de la pensée. Ainsi la marche plus rapide ou plus lente d'un peuple sur le chemin de la civilisation, sa grandeur, son pou- voir, sa prospérité, bref sa destinée et sa place au milieu de la grande famille de l'humanité, dépendent beaucoup de la pureté de la langue qui sert d'organe à sa pensée. »
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sa marche sur le chemin de la civilisation, sa grandeur, son pouvoir, sa prospérité ? Pour nous, ce qui est certain, c'est qu'une poésie d'une em- preinte vraiment nationale et en même temps d'une verve entraînante et grandiose ne pourra jamais jaillir de la langue artificielle et imprégnée de néologismes qu'on s'efforce de répandre parmi le peuple roumain, mais seulement du langage dans lequel le paysan chante ses doines et ses chants héroïques. Le jour où l'amant dira à sa bien-aimée « te amez « au lieu de « te iubesc » ne sera pas celui oij la littérature roumaine prendra un nouvel essor.
Mais nous renonçons à persuader ceux qui inaugurent cette réforme linguistique. Les objections très-raisonnables que l'on a faites à leurs procédés ne sont, selon eux, inspirées que par des sentiments hostiles à l'égard de la nationalité roumaine. Ils rejettent l'analogie des autres langues et réclament pour les Roumains seuls le privilège de voir juste dans cette affaire. Passons donc à une matière plus substantielle et qui, par conséquent, se prête mieux à la discussion, je veux dire l'ortho- graphe. Les motifs qui ont conduit la société académique à se déclarer pour le principe étymologique sont exposés en ces termes : « Candu » societatea academica suppuse la probele unoru noue si seriose desba- » teri cestionea ortografiei, ea ajunse a se convinge, co, sub pedepsa de » a intunerecâ eu totulu gramatic'a limbei, de a ua lipsi de verce lumina « a filosofiei, de a rupe celle mai pretiose relationi eu limbele sorori, de » a scinde limb'a româna, si prin acest'a nationea, in atâtea limba câte » pronuntie variate se audu, nu se potea departâ in scrierea româna de » principiulu etimologicu , co principiulu contrariu, bunu pote si ratio- » nale pentru una limba primitiva, nu pote adduce de câtu confusione si » intunerecuintr'una limba derivata, cumu este a nostra; coetimologi'a, )) eu unu cuventu, precumu pentru intellessulu cuventeloru, asiâ si » pentru sunetele ce compunu cuventele, si traducerea acestoru-a prin » semne, pote sengura produce cuvenit'a lumina si ordine in limba ' . » Ce doivent être des raisons bien fortes qui engagent à mettre de côté l'harmonie si naturelle entre la langue écrite et la langue parlée. Exami-
1 . (( Quand la Société académique soumit la question orthographique à l'é- preuve de discussions nouvelles et sérieuses, elle arriva à se convaincre que, sous peine d'obscurcir toute la grammaire de la langue, de lui enlever toute clarté philosophique, de rompre les relations les plus précieuses avec les langues-sœurs, de scinder la langue roumaine, et par suite la nation, en autant de langues qu'on entend de variétés de prononciation, elle ne pouvait se départir, dans l'or- thographe roumaine, du principe étymologique ; car le principe opposé, bon et raisonnable peut-être pour une langue primitive, ne peut apporter quele trouble et l'obscurité dans une langue dérivée comme la nôtre; en un mot Tétymologie seule, tant pour l'intelligence des mots que pour les sons dont les mots se com- posent et leur représentation par des signes, peut apporter dans la langue l'ordre et la lumière convenables. »
DE l'orthographe DU ROUMAIN 75
nons-les. On nous dit d'abord que l'écriture phonétique obscurcirait la grammaire. C'est M. Maiorescu qui, dans sa brochure Despre scrierea limbci rumane, lassi 1866, a largement développé cette thèse. Pourtant il n'appartient pas au parti des étymologistes ; au contraire , il s'est séparé de la commission académique pour n'avoir pas pu se mettre en accord avec la majorité. M. Maiorescu n'admet comme constitutif ni le principe phonétique, ni le principe étymologique, mais il veut que l'un et l'autre soient subordonnés au principe intellectuel (p. 1 16). Selon lui, l'écriture a pour but d'amener le plus vite possible l'intelligence de l'idée, et la reproduction exacte des sons n'y suffit pas toujours. « Scrierea trebue sa fie, dacâ se poate, mai chiarâ àncâ decât sonurile )) singuratice a le vorbirei ; fiindcâ vorbirea se chiarificâ prin gestu si » accentu, ear scrierea trebue sa represinte toate auxiliarele intelegerei » prin ea insasi si de aceea trebue sa domneascâ cea mai strictâ logicâ )) in forma, sub care se presintâ' )> (p. 1 1 3). Et il s'en rapporte au prin- cipe psychologique (p. 16) dans la déclinaison et la conjugaison françaises (p. ex. louer, louée, loués, louées, louai) ! Mais ce n'est point l'accent ni le geste qui peuvent distinguer loués de loué, et en écrivant par exemple j'aime, tu aime, il aime, ils aime, le français ne perdrait pas plus de clarté que l'anglais en écrivant / love, we love, you love, they love. Il n'y a pas de grammaire hors de la langue parlée. Il nous semble plus étrange encore de reprocher au système phonétique de rompre les relations pré- cieuses du roumain avec les langues-sœurs. Où donc se trouvent-elles, ces relations, si ce n'est pas dans la langue parlée ? Et comment mieux les faire ressortir qu'en reproduisant consciencieusement cette langue ? A vrai dire, ce sont plutôt les étymologistes qui se travaillent à les faire paraître plus claires et les rendre plus palpables qu'elles ne le sont en réalité. Que l'observation stricte du principe phonétique ait pour consé- quence de conduire à autant de langues écrites qu'il y a de dialectes parlés, nous ne le contestons pas. Mais cela ne prouve rien en faveur des étymologistes. La question se pose fort simplement ainsi : est-il à préférer que la langue écrite destinée à l'emploi général reflète fidèle- ment un seul parmi tous les dialectes ou qu'elle s'éloigne plus ou moins de chacun d'eux ? Dans le second cas, l'unification, qui ne doit pas se restreindre à la langue littéraire, mais qui doit également s'effectuer pour la langue de la chaire, de la scène et de la société,, serait ajournée pour longtemps, sinon pour toujours, tandis qu'un dialecte comme celui de Boucarest l'emporterait d'autant plus facilement sur les autres
1. « L'écriture doit être encore plus claire, si possible, que les sons isolés du discours; car le discours s'e.vplique par les gestes et le ton, mais l'écriture doit contenir en elle-même tous les au.xiliaires de la compréhension, et par conséquent la logique la plus sévère doit régner dans la forme sous laquelle elle apparaît. »
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qu'il ne leur imposerait pas des concessions fort importantes et n'aurait pas à lutter contre des tendances particularistes bien accentuées. Nous avons mis à nu les objections les plus graves faites à l'adresse du phoné- tisme; mais les lecteurs de la Romania nous dispenseront de bon gré d'attaquer l'étymologisme dans ses propres retranchements. La base sur laquelle il repose est tout aussi accidentelle que l'opposition établie dans le passage cité entre les langues dérivées et les langues primitives.
Voici comment la commission de Boucarest définit la maxime qu'elle s'est proposé de suivre : « Pentru scrierea limbei romane se va urmâ » principiuluetimologicu, intru câtu regulele, pentru essecutarea lui, se » potu trage d'in limb'a româna insasi si compléta prin analogi'a, inlatu- » randuse semnele de prisosu, cari impedeca desvoltarea rationale si » regularea limbei in grammatic'a ei', » Les règles qui en résultent sont celles-ci :
L On n'emploie que les lettres latines dont les sons primitifs se sont conservés en roumain : a, b, c, d, e, f, g, i, l, m, n, o, /?, r, s, t, u, v. On a fait une exception en faveur de j qui se prononce toujours = z (/■franc.).
H. Les sons secondaires, c'est-à-dire ceux que le latin ne connaît pas, sont exprimés par les mêmes lettres que les sons primitifs qui y corres- pondent. Ainsi ont différentes valeurs : \o c = c gutt. et ts p. ex. : dacu, duci et de même cercetare. 2" g=g gutt. et dz : frigu, frigi — geru.
: ver de, verdi — dieu.
: arsu, arsi — sincrare.
: laîa, lati — tinere.
: callu, calli — floricella, Uertare.
: punere, puniu — calcaniu.
i . « Pour l'orthographe du roumain on suivra le principe étymologique en tant que les règles pour l'appliquer pourront se tirer de la langue roumaine elle- même et se compléter par l'analogie, en écartant les signes superflus, qui entra- vent le développement raisonnable et régulier de la langue dans sa grammaire. »
2. Dans ces deux cas il est inexact de parler de sons secondaires, parce que les sons primitifs s'y sont effacés complètement. II y a une autre lettre qu'on écrit très-souvent sans qu'elle se prononce, savoir u (p. ex. bunu, domnu, dieu). C'est une pure subtilité que de soutenir qu'alors « u dimitiatum se prononce si peu qu'il semble à beaucoup être tout à fait muet. Aussi ce ne sont pas seule- ment les étrangers qui ne peuvent pas le prononcer et ne le prononcent pas ; parmi les Roumains mêmes il y en a qui croient pouvoir le renier tout à fait, et des grammairiens qui l'omettent, non-seulement parce qu'il est impossible de terminer une syllabe par une consonne sans y joindre même l'ombre d'une voyelle, mais aussi parce que l'étymologie de notre langue l'indique et le demande, et que les corré- lations entre i et u dim. sont si grandes, qu'il faut que l'un ou l'autre disparaisse. » (Cipariu, Gramatec'a I, 64 s.)
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rd = d |
et z |
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4° s = s |
et s |
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5° / |