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VOYAGE
DAIIS
L'AFRIQUE AUSTRALE.
VOYAGE
DANS
L'AFRIQUE AUSTRALE
NOTAMMENT
DANS LE TERRITOIRE DE NATAL
DANS CELUI DES CAPRES AMAZOULOUS ET MAKATISSES
ET jusqu'au TROPIQUE DU CAPRICORNE
ElICllTÉ DURANT LES ANNÉES 1838, 1839, 1840, 1841, 1842, 1843 k 1844
ACCOMPAGNÉ DE DESSINS ET CARTES PAR
M. ADULPHE DELE60R6UE
CAvtc une Jntrobuction
PAR M. ALBERT-MONTÉMONT
lleaibre de pliuieurs société» uf aotes Auteur des Lttlrct lur l'Astronomit, de l'Histoire universclU des Foifuyes, elc.
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PARIS
A. RENÉ ET C; IMPRIMEURS-ÉDITEURS,
RUE DE SEINE, 32.
1847
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VOYAGE
DANS
L'AFRIQUE AUSTRALE.
(suite.)
CHAPITRE XXr.
Encore les éléphants. — Om-Ghet-Janne et ses 600 traqueurs. — Une chasse merveilleuse. — Un Ifon. — Conduite d'Om-Ghet-Janne. — Mes regrets. — Retour au camp. — J'expédie à Natal un chariot rempli de collections.
Jusqu'au 19, rien ne signala nos journées. La chaleur devenait des plus intenses et provoquait une corruption tellement rapide que le travail de préparation des grands animaux était impossible. Henning me revint enfin, après une chasse merveilleuse. Dès les deux premiers jours, il avait débuté par tuer un éléphant de peu de valeur; le troisième^ une femelle blessée de deux balles, non loin d'arbres à makanos, lui avait occasionné une chasse fu-
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rieuse, dans laquelle il avait failli être écrasé. Le dixième jour, lorsqu'il se disposait au retour, il avait été plus heu- reux : sept éléphants mâles superbes s'étaient offerts à lui, et secondé d'un grand nombre de traqueurs, Henning avait employé son monde à se les faire passer et repasser. En une heure, cinq d'entre eux furent couchés par terre; les deux derniers restaient en vue. Mais la force des coups de fusil l'avait mis dans l'impossibilité de manier plus long- temps son arme; l'épaule toute contusionnée, il s'était vu réduit à les abandonner. Dans le trajet du retour, il en avait encore tué un autre. Sept éléphants abattus ^n douze jours! Assurément c'étaient là des succès inespérés.
Mon intention était de les poursuivre et de ne rien négli- ger qui pût m'en assurer une longue série. Il est vrai que je ne l'avais pas prévu en quittant Natal : mes munitions ti- raient à leur fin, je manquais aussi d'armes d'un calibre suffisant; en outre, de nombreuses collections nécessitaient l'envoi de mon chariot à la baie. Mais pour le faire sans trop me gêner, trois Cafres de plus m'étaient indispensa- bles. Je songeai à la bonne volonté d*Om-Ghet-Janne, et je résolus de m'adresser à lui.
Le dernier jour de février j*arrivaî chez ce chef. Nous avions, durant le parcours, blessé un éléphant et retrouvé mort un de ces animaux de taille moyenne. Om-Ghet- Janne ne put accéder à ma demande ; il dépendait d'un capitaine supérieur du nom de Soquapa, qui n*eût pas manqué de blâmer une disposition de ce genre sans que
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l'on eût requis son assentiment préalable, et Soquaba était absent.
Le 1^ mars, nn violent mal de tête me retint au mouzi; le 2, comme il était toujours intense, je cherchai aie dis- siper h force d'exercice. Je sortis avec les miens, et déjà nous étions en quête d'éléphants, lorsque nous rencon- trâmes Om-Ghet-Janne.
et Attendez à demain, dit celui-ci; demain vous aurez pour vous assister plusieurs centaines d'hommes ; demain vous réussirez à coup sûr. Seuls comme vous êtes aujour- d'hui, vous ne ferez rien de bon ; ce serait même beau- coup de tuer un ou deux éléphants, et alors adieu pour quelque temps la troupe. Croyeznmoi, retournez au mouzi ; je réponds du reste; j'oserai même vous garantir la réussite. »
Incapable de chasser sérieusement ce jour-lâ, je me rendis aux bonnes raisons d'Om-Ghet-Janne, que je priai de convoquer à son retour tous les hommes disponibles pour le lendemain^ ayant soin de faire partir à l'heure même des éclaireurs dans diverses directions.
En conséquence deFavis répandu, 5 ou 600 hommes se réunirent le 3, à la pointe du jour, et vinrent nous join- dre chez Om-Ghet-Janne. H y avait de la joie chez tous, tant ils étaient persuadés que nous devions réussir. Cha- cun portait un bouclier de chasse, quelques assagayes et une hache. Après deux heures de marche, nous découvrîmes d'en
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haut des éléphants, sur qui nous descendhnes en ligne droite. Nos guides de tête, pour ne pas effrayer ces ani- maux, recouraient aux sifflements pour nous avertir des passages à suivre ou des temps d'arrêt. En tous cas, le coup de sifflet voulait dire attention! Malgré nos précautions, nous ne pûmes joindre la troupe ; elle décampa. Nous la suivhnes et traversâmes dix fois au moins l'Om-Philos- Mouniama. Pour distraction, nous eûmes une simple af- faire avec un ratel ou blaireau puant, que je tuai d'un coup d'assagaye.
n était plus de midi, la chaleur était accablante, la fa- tigue nous faisait songer à un repos, quand vinrent à no- tre rencontre des Cafres coureurs, qui avaient vu des élé- phants en grand nombre à 5 milles de là , se tenant dans une presqu'île formée par une sinuosité de l'Om-Philos. La position était superbe, mais il ne fallait pas perdre une minute. Nous forçâmes la marche, et bientôt ensuite nous y fûmes arrivés, après avoir passé deux fois encore cette rivière aux mille détours. Devant nous était l'isthme de 300 pas de largeur, la presqu'île en avait 1200; elle était dominée sur la droite par une montagne de forme conique de 300 pieds de haut, où plusieurs Cafres montèrent en vigie. Le vent allait de nous aux éléphants, mais la dis- tance était grande encore. Je postai du monde partout où je jugeai qu'il était nécessaire, et nous tournâmes par la droite; deux fois il fallut de nouveau traverser l'Om-Phi- los ayant d'entrer en lice.
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Nous avions pénétré dans la péninsule par le côté diamé- tralement opposé à l'isthme, exactement par le dessous du tent. 200 pas nous amenèrent sur une partie de la troupe, ob trois coups tombant à la fois sur le plus gros déter- minèrent une agitation tumultueuse, un entre-choquement des défenses, bruit dominé par des cris aigus et le son des trompes, puis la fuite en désordre, où la poussière la plus épaisse vint masquer le départ des grands longs nez. Leur marche retentit jusqu'à 100 pas de l'isthme, par laquelle ils comptaient gagner le large; mais là, surgissant tout à coup, mes Zoulous, frappant leurs boucliers de la hampe de leurs assagayes, firent un tapage plus grand. Assurés de la présence d'hommes sur ces points, les éléphants s'arrêtèrent, hésitèrent et rebroussèrent chemin.
Aussi, à peine venions-nous de recharger, que, se pré- sentant sur un lai^e front des plus formidables, la troupe trottait sur nous, s' avançant comme un rempart haut et massif, menaçant de tout écraser. Heureusement le lieu était suffisamment ouvert et permettait de voir jusqu'à 60 pas.
« Attention ! et tirons à tuer. » Nos trois coups partirent, rien ne tomba; mais le front s'arrêta tout court pour sui- vre ensuite un parti détaché sur la droite. Bon nombre d'entre eux se montrèrent aux issues; mais à chaque dé- bouché percé dans les roseaux de l'autre bord, un homme était posté faisant résonner son bouclier. Partout c'était même mystification pour ces animaux , qui ne deman-
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daient qu'à fuir ; ils étaient donc bien forcés d'accepter les chances d'un combat en champ dos. Celait une yéritaUe arène que ce lieu qui nous était offert par le hasard, où se livrait un combat de pygmées contre des géante, d'enfante contre des vieillards, de fous contre des sag^. Nous y eus^ sions été écrasés, que chacun eût bien fait d'y applaudir, car pourquoi tant de témérité? Et quelle misérable raison détermine la chute et la mort d'aussi beaux, d'aussi grands, d'aussi forte, d'aussi excellente animaux? Qu'estr-ce que 400 ou 200 livres d'ivoire proportionnellement aux services qu'un semblable animal pourrait rendre à l'homme du- rant deux générations successives?
J'étais parfaitement convaincu de mes torte, mais avant tout j'étais chasseur. L'éléphant est considéré comme le nec plu$ uUrà en fait i'ignamazoM (gibier). Je ne voulais que d'eux seuls; tous les animaux de la création, quels qu'ils soient, ne sont rien auprès de lui. Les chasseurs sud-dfricains pensent ainsi; ils le disent, et souvent je m'étais pris à les écouter. De là leurs idées étaient deve- nues les miennes. Elles restent encore telles aujourd'hui, parce qu'ils ont raison ces hommes dont la moitié de l'exis- tence se passe à chasser dans les bois ou la plaine, sui- vant leurs besoins ou leur ardeur..
Ainsi Kotje-Dafely le père d'Uenning, le plus fameux chasseur de lions de tout Natal, lui qui en avait tant tué qu'il en ignorait le nombre, cet homme, tout homme qu'il était, n'avait jamais pu tuer un éléphant. D avouait
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bonnement que son cœur battait trop fort pour bien ajus- ter lorsqu'il approchait d'un de ces géants si dignes de respect^ et qu'un lion n'était rien pour lui. Yoilà juste- ment pourquoi le nom seul d'unekhve (éléphant) me fai- sait tressaillir alors. C'est pour cette cause que tout ce qui était élé{Aant ne devait pas rester ou passer à proximité sans être salué de mon coup de feu : aussi beaucoup vi- Tent et circulent Picore aujourd'hui portant en eux quel- que souvenir de mon passage.
Nos vigies suivaient sans peine les mouvements des élé- phants et tenaient compte de notre position. L'un de ces Cafres, doué d'une puissante voix, criait la direction prise par ces animaux; il indiquait les temps d'arrêt, et avec toute prédsion, le lieu et la distance où ils se tenaient re- lativement à nous, à l'effet de nous servir et de nous gui- der sûrement. Un homme fort attentif, intelligent, bon coureur et brave, nous accompagnait; il paraissait n'o- béir qu'aux ordres reçus d'en haut, et sans se tromper ja- mais nous conduisait à 30 pas de chaque troupe. Ainsi servis, nous ne pouvions manquer de réussir. Nous fûmes amenés de la sorte sur sept éléphants. L'approche était facile; à 25 pas je couchai le mien par terre, l'ayant tiré en trois quarts de faœ.
Kotchobana, Boulandje et moi, nous nous séparâmes,, et chacun de son côté fusillait tout ce qui se montrait à por- tée. Mon guide me conduisit ensuite sur sept autres élé- phants réunis. Ils étaient paisibles; je pus me blottir à
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30 pas d'eux et les observer librement. Après deux ou trois minutes d'attente, aucun animal passablement monté ne m'engageant à lâcher mon coup, un jeune de 6 pieds me fit voir par le travers sa singulière physionomie. Elle était comique à faire rire et n'avait pas plus de 10 pouces de dents hors des lèvres. L'envie me vint de le tirer seulement pour l'inspecter à Taise après sa mort; mais par suite de trop de lenteur à me décider à presser la détente, il eut l'immense avantage de pouvoir retourner la tête juste au moment ou j'envoyai mon coup, que reçut dans Faine un éléphant voisin. Le bruit de l'explosion n'avait pas déter- miné la fuite. Je reculai en rampant, rechargeai mon arme et revins au même poste. Déjà depuis deux minutes j'at- tendais une occasion plus favorable, et je voyais, en dépit de mon impatience, ces animaux se grouper, engrenant leurs tètes au centre, ne découvrant que leurs croupes, sur lesquelles nos armes ne pouvaient grand'chose, lorsqu'un coup fort retentissant partit du côté opposé, lâché sur la même bande.
C'était Kotchobana, qui n'abattit rien non plus. Enfin une tête se dégagea; la tempe se laissa voir, ma balle l'at- teignit aussitôt, et l'animal tomba.
A mon cri de joie : Fylél (il est mort), que je n'eus pas la force de retenir, les éléphants, jusqu'alors si tranquilles, s'ébranlèrent et partirent. Bien plus, j'eus le désappoin- tement de voir se relever et courir à la suite des autres cdui que je croyais avoir tué. Comme je rechai^eai sur
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la même place, je ne perdis pas de temps^ m'élançai à sa poursuite, et lui lâchai un second coup dans l'oreille, cer- tain qu'il n'irait pas trop loin. En effet, nous le retrou- Tâmes peu après, étendu mort à deux pas d'un autre tué aussi d'une de mes précédentes balles, mais que j'ignorais avoir succombé.
Quelques minutes ensuite nous tombâmes sur une réu- nion assez nombreuse, laquelle, cédant à une crainte trop grande, rallia dans sa fuite d'autres groupes isolés, qui tous ensemble, formant un corps imposant, allèrent bruyamment donner vers l'isthme^ où de chaque côté se trouvaient dés frappeurs de boucliers. Ceux-ci, intimidés par la pesanteur de l'escadron, sur le passage duquel les arbres tombaient avec fracas, s'imaginèrent devoir être écrasés à leur poste; ils lâchèrent pied sans frapper, et laissèrent ainsi passer la gigantesque bande.
Le nombre d'éléphants restant dans la péninsule se trouvait diminué de moitié; il s'y en montrait cependant encore bien assez pour nous donner une rude besogne. Il y avait alors division parmi ces animaux; la plus grande troupe ne se composait pas de plus de vingt-huit in- dividus; les autres de dix, de sept, de cinq. Cette circon- stance nous était favorable ; nous n'avions guère que le temps de tirer, fuir et recharger pour recommencer en- core. Mais, tout chasseur à balle le sait, les fusils se cras- sent, la justesse du tir devient douteuse, et par ces causes il nous advint de tirer beaucoup sans succès marqué.
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Kotchobana agissait de son côté, moi du mien, chacun pour soi. Je résolus d'approcher davantage. Une troupe de femelles était proche; j'arrive à 30 pas en continuant à ramper. L'une d'elles me voit, lève la trompe, s'avance lentement d'abord, un peu plus vite ensuite; à 20 pas je l'ajuste, mon coup rate. Elle gagnait du terrain; il était temps de fuir; mais point ; je réarme, la prends au poi- trail, et à 15 pas je lui envoie ma balle, qui la force à re- brousser.
Une demi-heure après cette affaire, même approche, même démarche de l'éléphant, même coup raté, même coup, même volte-face, avec cette différence toutefois que, détalant sitôt mon coup lâché, j'allai presque me mêler aux jambes de quatre éléphants qui cheminaient en sens inverse ; c*était tomber de Charybde en Scylla.
Tant de courses, tant de bonds par tant de chaleur, au milieu de la poussière soulevée de l'arène, nous donnaient de l'écume à la bouche. Il fallait boire, et pour la troi- sième fois déjà nous allions à la rivière, où je rejoignis Kotchobana. Nous tombâmes d'accord sur le nombre; nous étions certains que quatre éléphants gisaient à terre. Rompus tous deux de fatigue, nous f limes crier que la chasse était finie. Chacun alors pouvait quitter son poste et nous rejoindra ; le soleil déclinait sensiblement, et nous avions loin à marcher pour regagner le mouzi. Nous cheminions le fusil sur l'épaule; des éléphants se montraient encore; Kotchobana, plus leste^ coucha l'un
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d'eux par terre, et sans plus tarder je me mis à leur poursuite > haletant à force de courir. J'avais franchi 300 pas lorsque je m'arrêtai devant un buisson noir, à travers lequel je voyais quelques rayons de soleil donnant sur un objet fauve de forme arrondi. Ma première idée fut qu'un jeune éléphant était tombé mort de l'autre côté en froissant le buisson dans sa chute de manière à s'abri- ter sous lui. J'approchai pour m'en assurer; à 10 pas seu- lement je discernai sur ce fond noir deux yeux en ma- nière de charbons ardents qui m' éclairèrent. J'apercevais le nez blanc et le front large et haut d'un énorme lion. Au- dessus se dessinait sa croupe dorée; ses yeux restaient fixés sur les miens ; l'animal, tout ramassé, était prêt à sauter. Boulandje en était plus proche que moi de S pas, mais sur le côté; le lion paraissait n'en rien savoir, Boulandje non plus, et sans avoir l'air d'y prendre garde, j'armai avec le soin de ne pas faire résonner le bec de la gâchette sur les crans.
« Boulandje, hyza lapa, viens ici. » Cet homme, habi- tué de longtemps à une obéissance passive, vint à moi sans mot dire; et sans lui laisser le temps de demander pour- quoi : « Nannzy ebobiss, voici un lion. — Upi na? ou donc? — Nannzy^ bona lapa, le voici, regarde là ; mena tanta; boulala yena, je veux le tuer. »
A peine ses yeux eurent rencontré ceux du lion qu'un tremblement nerveux étonnant s'empara de lui tout en- tier; ses mains vibraient, son corps oscillait, ses dents
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claquaient comme sous F impression du froid; il eut toutes les peines du monde à me dire comme un bègue : « Née^ baasj non, mattre. >»
Je me ravisai. A coup sûr Boulandje n'était pas Thomme qu'il me fallait pour second. Un regard du côté du lion, Traie tête de Méduse pour mon compagnon grelottant, coïlé parles pieds comme un diapason, « Àmba, va-l'en, m lui dis-je, et je marchai à reculons. Pour le danger, il n'y en avait point; le lion avait été plus surpris que moi,
A 3a pas de là j'arrêtai tous les Cafres qui, depuis dix minutes, étaient entrés dans la lice. Ils pouvaient être quatre-vingts, tous armés d'om-kondos (assagayes), et je leur fis cette proposition à haute voix : « Voulez-vous avoir un lion mort, suivez- moi, et préparez-vous à Tassa- gayer, si, manqué par ma balle, il vient à s'élancer sur moi, >y Ma demande n'eut pour réponse qu'un non bien unanime. Comme quelques-uns s'avançaient, plus cu- rieux, cherchant à découvrir le lion, je réitérai et ajustai. « Venez seulement dix, et tenez-vous à 5 pas derrière moi, je réponds de mon coup, s'il ne rate. « Je ne trouvai point d'amateurs. Ce que je voulais, je le voulais bien, eux pas. Des yeux je cherchai un arbre; partout ailleurs il y en avait tant; là aucun ; rien que des buissons faibles et enlacés, desquels s'élevait, comme pour me narguer dans ma recherche ^ un tronc jadis rachi tique, présente- ment vermoulu^ rouge de la terre de galeries des termites, atteignant au plus 10 pieds de haut. Bref, je perdais du
i
Vô
' tanps à chercher ce qui n'existait point et à m'adresser à des femmes. Je fis rappeler Kotchobana et lui dis que î'ayais assez bonne opinion de son courage pour le prier
"* de me servir de second. Lui aussi, bien qu'armé d'un puissant fusil, s'y refusa tout net.
le ne devais plus compter que sur moi-même, et afin que mon bras ne vint pas à trembler en ajustant une telle léte, je me mis en devoir de faire couper une fourche d'appui. Mais, pendant que je le faisais, le chef, Om-Ghetr- JmnCy devinant mon but, saisit mon fusil sur le canon duquel reposait ma main droite, et s' armant de son auto- rité, me dit : « Non, vous ne tirerez pas; vous causeriez la mort ou le déchirement de bon nombre d'entre nous. » Cet argument l'emporta sur la force, qui n'eût été rien pour moi, et sur l'autorité de cet homme, que j'aurais violée parfaitement. Je ne tirai pas; mais ce lion me resta sur le cœur.
Les éléphants étaient partis au large ; les miens et moi nous voulûmes prendre immédiatement possession des morts, et fûmes les chercher afin de couper la queue de chacun. Durant un quart d'heure, au lieu de cinq, nous en trouvâmes six, dont cinq restaient dans un rayon de 200 pas. L'opération faite, nous nous allongeâmes en une longue file dans la direction du mouzi, distant de 3 ou A lieues.
Le soleil passait sous l'horizon, lorsque deux élans [canna] partirent au grand galop à plus de 200 pas de
u
nous. Je pris le second, qui boula * le cœur traversé de ma balle, la même qu'eût reçue le lion si je Teusse tiré. La nuit nous couvrit bientôt; des éléphants s'agitèrent dans un bois voisin, et, malgré ma défense, Kotchobana, bouillant encore des impressions de la journée, ne put résister à l'envie de leur adresser sa dernière balle. Cette sottise fut couronnée comme elle méritait de l'être. La troupe s'échappa, croisa nos traces, les suivît et nous chargea, faisant résonner l'air de bruyants sons de trompe. Ce fut une retraite précipitée d'au moins dix mi- nutes, durant laquelle les porteurs de viande d'élan se déchargèrent à la hâte de leur fardeau pour mieux cou- rir. Lorsque nous nous ralliâmes, il faisait nuit noire ; les branches de mimosas nous sanglaient en nous déchi- rant la figure et les mains, et bientôt ensuite nous dûmes nous tenir les uns les autres pour ne pas nous perdre dans les sentiers tortueux où se retrouvaient difficilement nos guides eux-mêmes.
Au loin rugissaient comme de coutume les lions du canton, et j'avoue que si le jour me voyait n'avoir pas trop de peur, la nuit au contraire me trouvait bien faible et bien pusillanime. Vers dix heures et demie nous attei- gnîmes les huttes; nous causâmes, nous soupàmes, et quand il fallut dormir, je me comptai le dernier ; encore mon sommeil fut-il incessamment troublé par la repré- sentation d'une image des plus contrariantes. Pavais tou-
* U fit la culbute.
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jours à la pensée mon lion, son énorme tète à fleur de terre, surmontée de sa croupe immense, ses yeux en feu et son nez qui me parut blanc; toujours là, fixé comme un bronze de Barye, et moi, de même, immobile, ne tirant pas, incapable de le tirer : c'est une idée cruelle, un vrai supplice de Tantale.
Mais aussi n'était-il pas juste que j'éprouvasse de véri- tables remords de ne pas avoir fait feu tout d'abord? H était mort sur place, car mon fusil bien chargé, mon œil et mon bras, bien exercés ce jour-là, ne m'auraient point trahi, témoin l'élan qui roule à SOO pas au plus rapide de sa course ; eussé-je manqué cette large tête de lion à 10 pas? Oh ! non! c'eût été impossible! Chaque nuit d'ensuite j'éprouvai le même tourment, et à chaque réveil Je jurai, si jamais pareille occasion m'était offerte de nouveau, de ne plus perdre mon temps à chercher un aide ; le coup est trop beau et les Cafres sont trop femmes.
0 Àmazoulous ! c'est vous, vous autres, qui avez saisi et amené tout vivant un éléphant sauvage devant Dingaan, le despote, qui le voulait ainsi. Vous le dites, la chose est hors de doute, je le sais, tant elle m'a été répétée de fois; néanmoins je n'y puis croire. Mais oui, cependant, c'est vrai : d'un côté vous aviez la mort, la mort également de Fautre. Mieux valait être tué par l'éléphant que sur l'or- dre du despote. De cette manière, je comprends que l'im- possible soit possible. Vous avez fait l'impossible, parce que, pour éviter de le faire, vous eussiez eu à courir en-
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core plus de dangers. Pour moi, mon cas était tout diffé- rent, je ne voulais ni ne pouvais agir en despote, et faut d'avoir agi, le sommeil se tint longtemps éloigné de ma paupière.
Le 5 mars^ nous rentrâmes au camp, après avoir épuisé toutes nos munitions. Du 7 au 14, Henning tua deux élé- phants et s'empara d'un jeune vivant, dont il s'était fait suivre comme d'un chien. Kotchobana avait aussi tué un jeune de3 pieds de haut. Il fut plus heureux le 19, où deux de ces énormes animaux tombèrent sous ses coups; l'un -avait des défenses de 6 pieds de longueur, suivant la courbe.
Le 21, Souzouana, que j'avais précédemment chargé de présents pour Panda, dans le but d'obtenir du prince trois hommes qui accompagnassent mon chariot à Natal, Souzouana revenait avec une réponse défavorable. Panda n'avait pas consenti à le recevoir. 11 s'était refusé à le voir et à l'entendre lui-même; un intermédiaire avait porté la parole de l'un à l'autre. Les présents avaient plu beau- coup; il avaient été reçus avec empressement. Panda m'en remerciait; mais, encore une fois, j'avais manqué aux usages cafres, j'avais enfreint leurs règles de civilité en ne dépéchant pas Tun des miens au roi. Panda était blessé de ce que Souzouana se fût chargé du message ; il lui avait témoigné son mécontentement, duquel Souzouana augu- rait très-mal. «« Panda, me disait-il à chaque reprise. Panda me cherche chicane. Son cœur n'est pas blanc pour moi. Il veut me faire tuer ; il me tuera. »
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Comme j'essayais de changer le cours de ses idées ; comme je l'assurais qu'il devait se tromper en attribuant des Yues de ce genre à Panda, il me dit, en se contractant les traits : « Vous verrez, vous verrez; avant que deux lu- nes soient mortes, Souzouana aura été percé d'un om- kondo, et ce corps que vous voyez aura été dévoré par les hyènes. » Souzouana était évidemment sous l'impression d'id^ sinistres qui pouvaient atoir dérangé son cerveau. Je le traitai doucement de fou, ne reconnaissant point pour quel motif Panda pouvait avoir l'intention de se défaire d'un vieux guerrier, brave et bon comme l'était Souzouana.
Persuadé que j'avais échoué complètement dans ma dé- marche, et que le départ de mon wagon ne souffrait plus de retard, à cause delà crue probable des eaux\ je donnai à Henning trois hommes avec lesquels il lui était facile de se tirer d'affaire. 11 partit le 22 mars, à huit heures du matin; je l'accompagnai jusqu'au mouzi d'Om-Landelle, où je couchai. Le lendemain, nous nous séparâmes, non sans nous être souhaité réciproquement succès et bon voyage.
* 11 est utile de faire observer que cette année les grandes pluies fu- rent tardives dans le haut pays; car d'ordinaire, vers la mi-mars, les ri- vières coulent à pleins bords, novembre, décembre, Janvier et février étant les mois où les pluies tombent par torrents.
T. II.
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CHAPITRE XXII.
Soosouana. — Ses iiiqiiiétade&— >ou?eUe excursioo chei Om-Gheulaone. — La disette d'éléphants nous contraint à aller très4oin vers le nord. ^- La noua. — Mapota. — Zimpj. — VOm-EoutL -<- LX)iii4k0iiBa&* _ Chasse fructueuse. — Makaza. — Autres chasses: — Mon fusil ^ brise. — Retour.
Je pris ma rouie vers rOm-Schlaty-Om-Koulou dans Ic^ seul but de visiter le grand éléphant mort, dont la tête pouvait fort me convenir; chemin faisant, j'appris que des éléphants y avaient été vus la veille, ce qui me détermina à retourner tout de suite à mon camp, afin de prendre le gros fusil et les munitions nécessaires, et tout en longeant les champs que cultivait Souzouana, je tuai d'une balle la plus grande espèce d'outarde que possède Tlfrique.
Sur sa tête, une réunion de plumes assez longues forme une manière de huppe plate; son cou, revêtu de plu- mes effilées, parait bleuâtre à quelque distance; le dos a du fauve-brun; le ventre est d'un blanc sale. L'oiseau tout entier n'est qu'une boule de graisse, passant généralement pour la charge d'un homme; la chair est délicieuse : c'est le groote'kuyf-pauw des colons, l'oftVitorî des naturalistes. Mon premier soin fut de préparer cette belle espèce .
Le 26, je circulai sur tous les points élevés qui domi- nent à l'est rOm-Schlaty-Om-Koulou; nous passâmes
rOm-Philos-Om-Schlopu, afin de sonder les forêts où nous espérions rencontrer quelque chose. Malheureusement, Oûus ne croisâmes que des traces vieilles de cinq ou six Jours, et vers deux heures nous nous rendîmes au point où gisait rimmense cadaTrc. La tête osseuse, encore intacte, avait des proportions colossales; lorsf|uelle était posée sur Focciput, la pointe des défenses atteignait à 8 pieds de haut; jeu fus amoureux à première vue, et déjà je me met- lais en devoir de ladéhaler du foyer d'infection^ afin delà nettoyer pour la faire transporter ensuite, quand desZou- lous qui rae regardaient me firent observer que personne oe voudrait la porter. J'eus beau promettre tous les cou- leauï du monde, des haches, du fer, des couver lures de laine, des verroteries, rien ne put les décider* J'avisai au moyen d'en suspendre les deux parties dans des arbres pour les soustraire h la dent des hyènes, comme j'avais fait pour ma première; mats là récorce détachée des mi- mosas étail courte et cassante ; point non plus d'arbre pro- pice à mes vues dans les environs.
Que faire? L'en terrer n'était pas possible; le sol était trop dtir^ et la fosse comblée n'eût pas manqué d'être exploitée par les hyènes dès la première nuit- Il ne me restait qu'à la couvrir d'un monceau de branches épineuses qui en défendissent l'approche à 6 pas, et j'en pris la peine. On eût cru pouvoir compter sur cet entourage ; mais la hyène qui veut peut beaucoup, et lorsque j'y repassai à quelques jours de là, je vis à regret que ces animaux s'étaient fait
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jour à travers tout, et qu'ils avaient comme à plaisir cro- qué les os saillants de ma lête d'éléphant.
Non -seulement les Amazoulous qui me suivaient dans l'espoir de quelque régal s*étaient refusés à porter le crâne et la mâchoire inférieure* ils prétendaient encore s'exemp- ter de se charger des défenses. J'avais eu tort de leur céder sur un point; ils eussent ensuite voulu des concessions sur les autres; car leur manière d'agir est telle: ils se fus^ sent montrés exigeants jusqu'à l'insolence. Comme ils avaient eu la graisse de celui-ci j j'étais en droit d' exiger d'eux qu'ils en portassent les défenses à mon camp ; c'était une convention tacite jusque là respectée par tous, à la- quelle ceuici prétendaient se soustraire après en avoir eu le bénéfice. Je leur fis sentir que je le voulais^ et les dé- fenses j malgré leur poids, arrivèrent le soir même au mouzi de Bayé-Bank. Il est wai que la corvée fut des plus judes pour ces hommes ; la chaleur avait été conlinuelle- ment intense, sans un souffle d'air^ et la route opiniâtre- ment montante : aussi avais-je dû contraindre d'autres hommes à relayer les premiers porteurs.
Le 27 j je revins à mon camp après avoir passé une heure chez Souzouanaj qui n'avait pas consenti à me laisser partir sans me régaler de bière cafre. Je T avais trouvé tout occupé d'un taureau qu'il venait de faire tuer, quoiqu'il eût eu deux jours auparavant de la viande d'une de ses vaches tuée par les lions.
** Diable! Sou^ouana, lui avais-je dit^ du train donl
TOUS y allez, danâ quelque temps vous n'aurez plus rien. Pourquoi, si vous désirez dé la viande, ne m'en avez-vous pas demandé? nous vous eussions tué un buffle. — Un buffle! oh ! un buffle n'eût pas fait mon affaire; c'est m- kounzy (un taureau) que voulait mon frère mort, — Com- ment, votre frère mort? — Eh oui, mon frère mort. — Vous avez donc perdu un frère? Y a-t-il longtemps? — Enfant, est-K^e que chacun sans exception n'a pas un frère mort? Laissez donc vos questions. »
Véritablement j'avais besoin d'apprendre, je voulais sa- voir ce que c'était que le frère mort des Amazoulous. Sou- zouana, qui sentait le besoin aussi de s'épancher, me fît comprendre,, sans me le définir, ce que pouvait être son frère mort à lui comme à tout le monde. « Depuis peu de temps, me dit-il, une série de malheurs est venue se dé- ployer sur les miens et sur moi ; en trois jours, le lion tue deux de mes vaches; un homme jeune meurt dans mon mouzi ; j'encours la colère de Panda; la chasse ne rap- porte plus rien; mes récoltes dessèchent sur pied; mes enfants sont malades; dernièrement, c'est une panthère qui la nuit pénètre dans mon mouzi malgré 15 pieds de haie d'épines. Tout cela, c'est mon frère mort qui l'a fait pour avoir le cœur et le sang d'un taureau; maintenant que j'ai satisfait à ses désirs, j'espère qu'il va me laisser tranquille. — D'où savez- vous que telles étaient ses volon- tés?— Ah! l'inianga l'a dit; l'inianga le sait bien! — Vous vous sentez plus à l'aise, maintenant? — Oui, par
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mimé
Dmgaan ! — Mais si votre frère mort exigeait d'autres sa- crifices? — Je les ferais encore jusqu'à ce qu'il ne deman- dât plus rien. — El s'il n *îtait pas raisonnable? ^ — Cela n'est pas ordinaire. "
Les calamilfe sont pour ces peuples un signe certain que le frère mort réclame le sang d'une vache, d'un bœuf ou d'un taureau. Le passage d'un boa python à travers un mouzi est de la part du frère mort une demande sembla- ble; bien plus^ ce boa est lui-môme considère comme le frère mort personnifié. Les Amazoulous ne le tuent pas, ils le respectent sans toutefois T adorer; car eux n'adorent rienj ne croient à rien, si ce n'est à l'influence de leur frère mortj qu'ils ne sauraient définir mieux que moi ^ Yom espérer que Ton ne poussera pas l'absurdité au point d'ap- peler cette croyance une religion ou principe de religion, bien qu'il existe des hommes tellement fous de systèmes, que, pour empêcher le leur de clocher, ils prétendent éta- blir que tous les peuples de la terre ont une religion basée
* L'ethnoJogie pourra pont-être bien faire ici son profit de la remarque que je me pïaisà communiquer. Gertajus nègres des côtes ocoldentaies du Congo ou de la Guinée vénèrent un serpent appelé boa devio, qtîi peut bien ne pas différer dîi boa pjlhon de Natal. Les Cafres, d'après ce que j'ai observé, le prennent pour leur frère mort ou son émissaire. K*est-il pas remarquable qu'à d'aussi grandes diitances, chez des peu- pies de race différente, une même idée s'attache au même tHre, leque! n'a rien qui frappe d'admiration^ comme le soleil ou la lune» qu'ado- raient des peuples diamétralement opposés par la couleur, les coutu- mes, les bénins et la position? ^e pourrait-on pas conclure de là que les Catres sont une race d'hommes venus du Nord et répandus dans la partie orientale de l'Afrique australe depuis quelques centaines d'an- nées seulement ?
sur le soupçon d'un oa de plusieurs dieux dépeints sui- vant leurs idées.
Le S9, je quittai mon camp, à la garde duquel je ne laissai personne, croyant pouToir me fier à la bonne foi des Àmazoutons; ma route fut le nord-nord-est. Je passai ]a nuit dans un mouzi non loin duquel j'avais tué un élan de la plus grande taille, que la soif me fit donner pour un pot de bière; j'aurais, je crois, consenti volontiers à céder ce jour-là mon droit d'aînesse si j'avais rencontré un ac- quéreur i ce prix.
Le jour suivant, une pluie torrentielle me retint au mouzi. Elle n'avait pas encore cessé complètement le len- demain; mais l'ennui de l'inaction, la fumée qui dans les buttes fait pleurer les yeux, me chassèrent hors du mouzi dès le point du jour, et vers midi j'atteignis celui d'Om- Ghet- Jaune. La saison était mauvaise; nous étions aux dernières chaleurs de l'année, dont les entr^actes n'of- fraient que pluies débordantes; la température ne procé- dait que par eicès : nous en souffrions d'autant plus qu'il n'y avait pas de terme moyen.
Nous ne pûmes rien le 1*' avril. Le 2, nous battîmes en Tain les bois jusqu'à 5 lieues de là; nous ne trouvâmes ni éléphants ni traces : je tuai au retour un buffle pour nous et nos hôtes. Le 3 fut encore un jour de repos contraint. Le 4, nous n'eûmes pas plus de succès que le 2 ; mes gens et moi, harassés en raison de l'inutilité de nos démar- ches, nous revînmes chez Om-Ghet-Janne, projetant une
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excursion par delà TOm-Kouzi, plus loin vers le nord.
En conséquence, au grand chagrin d'Om-Ghet-Janne, nous le quittâmes le 5, aussitôt qu'il fit jour. Un ou deux des siens nous accompagnaient. A peu de distance nous trayersâmes la Môna^, que nous remontâmes en suivant une longue vallée. A mesure que nous avancions, les champs cultivés se répétaient plus souvent; les mouzis, placés comme des couronnes sur les versants, devenaient plus nombreux; la population se montrait plus resserrée, ce qui voulait dire que la vallée de Môna lui était chère par sa fertilité et son heureuse position. 25,000 âmes vi- vaient sur ce sol de 7 lieues de long sur un quart, quelque- fois une demie de large.
Je songeais au borïheur facile de ces hommes simples. Je bâtissais là, au milieu d'eux, ma chaumière aux murs blancs et nus, après un adieu au monde civilisé, duquel je ne conservais que mon fusil, ma poudre et mes balles. L'eau de la Môna et parfois l'innocent tchouala devaient suffire pour m'y faire vivre cent ans. Chez moi le repos; plus loin, pas bien loin, la vie active, les éléphants, les buffles , les rhinocéros , le tout à prendre à volonté. J'y étais, rien de plus aisé. Réaliser ce vœu avec l'assen- timent de Panda était une chose très -facile; et mes
* La petite rivière de Môna prend sa source au delà du mouzi de Ma- puta, coule du nord au sud, et se Jette dans TOmphilos-Mouniama, après avoir passé devant le mouzi d'Om-Ghet-Janne. Elle fertilise une longue et riche vallée de 7 lieues d'étendue.
projets prenaient yéritablement une certaine consistance, lorsque nous passâmes près d'un mouzi renversé, en parti brûlé.
C'était l'œuvre de Panda lui-même. Cet acte, dont les tristes vestiges étaient là sous mes pieds, fit changer le cours de mes idées. Mon château, mon bonheur d'avenir, tout croula avant d'être érigé; là n'était pas non plus le lieu où j'eusse pu vivre exempt de tribulations. Six semai- nes plus tôt, une troupe d'Amazoulous dévoués tombait au point du jour sur le mouzi, tuant tout ce qui tentait de s'échapper. Le feu nivelait ensuite le sol où vivaient trente ménages; le chefs et les principaux gisaient à terre. La colère apparente de Panda devait être satisfaite. Hais cette démarche sanglante n'était que le moyen; la colère n'avait été qu'un prétexte spécieux; la vraie raison était que Panda voulait les bestiaux du capitaine , malheureusement trop riche , et personne ne lui conteste le droit d'hériter de tout condamné politique ^
Vers trois heures nous atteignîmes l'extrémité supérieure de la vallée, où nous passâmes la Môna, qui y coule sur d'énormes pierres d'un gris bleuâtre. Immédiatement en-
i Je dis condamné politique, bien quMI n'y ait point d'acte d'accusa- tion, pas de procès non plus; j'eusse mieux fait de dire victime des ca- prices du despote. Cependant, comme le roi motive toigours ces scènes de meurtre en disant que tels ou tels ont conspiré contre ses Jours, ou bien qu'ils veulent déserter le sol national, il s'ensuit que les raisons émises tendent à établir que les victimes se sont rendues coupables de liante trahison ou de simple trahison, crimes qui chez nous entraînent l£ qualification de politique.
suite nous gravtmes une penle raîde sur laquelle s*arron- dit te mouzî de Ma pu ta.
Cechef, homme de premier rang chez les Amazoulous, était alors dans on autre de ses mouzkj à 3 lieues plus loin, dans un terrain riche en blé cafre, mais dénué de bois. Désireux de le rencontrer au plus tôt, je pris la direction du point indiqué* A 300 pas à peine^ deut cascades succes- sives de la Môna^ de 40 pieds chacune, nous arrêtèrent un instant; nous la traversâmes au-dessus, puis nous entrâ- mes dans un pays plus élevé : pays de pâturage, rpii n'a plus rien de commun arec celui des mimosas.
Le soir, une heure avant la nuit^ je serrais la main de Maputa^ qui se faisait un plaisir de me voir et de m'être agréable. Il nous oOrit tout en abondance, s'excusant beaucoup de ne pas me présenter une vache pour mon souper, parce que les siennes, disail-iU étaient déjà trop loin delà, et qii*en outre il devait tenir disponibles pou? Panda celles que le roi demanderait de lui.
Comme je savais que les procédés des blancs envers les Cafres ne sont jamais imbus de cette délicatesse ni de cette grandeur, je me hâtai de le remercier, lui assurant que j'eusse refusé la vache qu'il m'eût offerte, parce que s'il arrivait qu'un semblable usage fût connu des boers, ceux- ci ne manqueraient pas de traverser à la file la contrée des Amazoulous, passant chaque nuit chez un grand capitaine, afin d'avoir après la tournée une collection passablement nombreuse de vaches obtenues de la sorte.
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les huttes dans lesquelles nous couchâmes différaient àm leur construction' des huttes ordinaires des Âmazou^ Ions. Elles étaient plus épaisses, plus chaudies, munies d'une porte en vannerie, fermant pltis hermétiquement et protégée d'un toit avancé; elles semblaient' appropriées aui exigences du climat de ces lieux plus élevés où les l)ois manquaient presque totalement : aussi dûmes-nous souffrir que Ton brûlât des bouzes desséchées, tant afin de chauffer Tin teneur que pour cuire nos aliments.
Le 6, une heure après nous être séparés de Maputa, qui TOulut qu'un de ses capitaines veillât sur moi et me fît dé- livrer partout le nécessaire, avec Tordre spécial de lever des hoEmies en masse pour mes chasses sur TOm-Kouzi, nous trayersions un mouzi des plus vastes, où s'était concentrée une nombreuse population de guerriers ^ ; une réunion (i*hommes et de femmes causant vivement était sur mon passage. J'allai m'enquérir du sujet de leurs gestes, mais avant que Ton eût pu me répondre, je vis étendue à terre, la tête couverte d'un om-gobo et attachée à une esparre, une panthère longue et fluette. Elle était morte; du sang coulait encore de diverses blessures. Voici ce que j'appris.
La nuit précédente, entre onze heures et minuit, alors que tout dormait, trois êtres vivants reposaient dans une
*■ Les derniers monzfs les plas voisins de la limite de leur contrée vers le nord sont plus grands et plus populeux, afin de pouvoir résister avec avantage à Tattaque inopinée des tribus ennemies amasouazis ou ma- l^azanes.
cabane où couvait un feu demi-éteint; une femme et son^- enfaut occupaient le haut du côté gauche ^ un chien le bas du côté droit; la porte était bâillante, La panthère, qui sans cesse veille la nuit, avait aux abords rencontré l'o- deur du chien, et, rampant à plal ventre, elle était venue mettre le nez àTissue. Jusque-là pas de bruit; un instant elle hésite, mais sa proie est si proche ! La porte cède, le chien aboie et tombe aussitôt déchiré.
Aux cris de la femme, qui ne peut s* échapper par l'issue ordinaire qu*en passant sur le chien et la panthère^ dont les griffes et les dents font face partout, du monde accourt armé, et voici le singulier expédient mis en usage. Le van de la porte est aussitôt tiré à barrer le passage et fixé soli- dement; quatre hommes passent au travers leurs omkon- dos, dont les pointes croisées comme des baïonnettes sont destinées à empêcher Fanimal de Fenleverou de l'ouvrir de ses griffes; ils restent au dehors, la main droite armée d'une autre assagaye pour les cas inattendus. En même tempsj une ouverture de 10 ou 12 pouces en diamètre était pratiquée au ras de terre, à la partie supérieure, du côté gauche de la hutte, et, pour éclairer les travaux, on venait d'allumer des feux tout autour. On eut bientôt déhalé la mère et Tenfanl, à moitié morts de peur, et bouché au moyen de nattes et de pieux l'issue de sauvetage* Alors la panthère, avec le chien mort, restait seule dans rintérieur; on l'en- tendait bondir contre leurs parois, qu'elle eût voulu déchi- rer pour se sauver.
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Les Amazoulûus mirent à profll cette rage de désespoir. Cent, deux cents om-kondos furent passés entre les lattes de charpente, et bientôt leurs pointes partout convergentes, aiguës et tranchantes, se présentaient à la Mte furiensep Tantijt elle en enlevait à coups de patte, tantôt elle en bri- sait] mais bon nombre la blessaient, et lorsque, furieuse et rugissante, elle donnait sur la porte, où la lumière la rap- pelait par tendance naturelle, les quatre hommes la lar- daient dans la partie antérieure du corps. Elle avait déjà reçu plus de cent blessures, sans compter les yeux crevés, lorsque, dans un bond terrible, elle vint s'enferrer jus- qu'au cœur.
Ceci n'est pas un conte fait à plaisir* J'ai vu la femme, Tenfant, le chien, la panthère, les armes employées à lui donner la mort; j'ai inspecté le théâtre sanglant de celte scène; j'ai de plus rapporté la peau et la tête de Tauda- cieuï animal, afin de garder bon souvenir de la présence d* esprit des gens de Maputa.
Après que cet épisode m'eut été aussi raconté, je me rapprochai du groupe, et demandai pourquoi la tête était revêtue d'un om-gobo, pourquoi l'on avait pris le soin de Oier si solidement l'animal les pieds croisés sur une es- parre, n Cest afin de porter T animal à Panda, me répon- dit*on. — Pourquoi donc? Est-ce que cela peut intéresser Panda? — Certainement, Quand on tue une panthère, un guépard, un lion, V animal tout entier est porté à Panda, qui est bien aise d'apprendre, parla vue des pièces, que
son peuple a du courage et sail se servir de ses armes, -^ Mais d'ici chez Panda vous avez plus de trois jours de marche en ligne directe, vous en avez même quatre; la chaleur est forte, la corruption rapide; Tanimal arrivera devant lui dans un ëtat complet de putréfaction* Croyez- moi, levez-en la peau : ce sera plus facile à porter, et Panda pourra l'utiliser. — Oui ! mais telle n'est pas la manière des hommes noirs. Comment, en en voyant seulement la peau. Panda pourra4-il juger des proportions de rani- mai? — Par comparaison : c'est aisé, — Il ne le veut pas ainsi. — Eh bien, que dira-t-il lorsque vous déposerez à ses pieds une charogne puante? — Panda? Panda dira... eh! il dira : ♦( C'est bien; j'ai vu. Jetez cela plus loin : ça sent mauvais. » Puis il se fera conter rhistoire,et donnera une vache au tueur^ ou il ne la donnera pas, si cela lui plall. — Donc vous allez vous fatiguer en pure perte peut- être?— Nous ne savons pas, ji
Alors je fis promettre à Maputa une valeur égale en sol- licitant Tavantage d'en prendre la peau. J'attendis sa ré- ponse, et je me mis à l'œuvre. Ensuite nous poursuivîmes jusqu'à Zimpijy que nous gagnâmes le soir même. Zimpy veut dire fer en langue zoulouse* C'est là que sont les hauts fourneaux, les forges, les ateliers où se travaille ce métal dont le minerai est dans les environs d'une abon- dance et d'une richesse extrême, capable même d'attirer un jour Tattcntion des industriels européens:
Les habitants de Zimpy et des lieux situés au delà
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avaient fait tôle à Djacka durant le cours de ses conquêtes. Ils durent, malgrd leur courage, caler à un peupla nom- breux et discipliné. Beaucoup d'entre eux tonilxkent sous fifô coups; les autres, réfugiés dans les bois, se tinrent ca- chés aussi longtemps que dura la colère du prince, et, lorsqu'ils revinrent rëédifier leurs mouzis, acceptant les lois du roi vaiûqueur, aux sujets duquel ils se mêlèrent, ces haliilants se virent privés des besUaui. Djacka leur flt même la défense d'en posséder, voulant les contraindre à vivre de l'industrie du fer, qu on leur devait payer eu na- ture non reproductive sans travail (céréales seulement),
Djacka avait un besoin continuel de beaucoup de fer pour ses guerres fréquentes; il en voulait, et, par cette me- 5ure, il était assuré d'en avoir beaucoup fabriqué par ses propres sujets. Les habitants deZimpyelde tout le canton environnant devaient donc se soutenir par cette industrie, qui chez eux était et est encore à l'état d'eufancej sans (pi'ils aient jamais cherché à surpasser leurs devanciers. Telle que je la trouvai lors de mon passage, elle était d'un bien faible rapport; mais avec de la patience et beaucoup de bras, ils obtenaient plus que leur nécessaire-
Voici ce que j*ai vu. Dans un enclos particulier de 25 pas de long sur 13 de large, étaient trois fosses peu dis- tantes, disposées sur la même ligne parallèle, La forme de chacune était ovale, 6 pieds de longueur, 3 de largeur, 3 de profondeur. A Veitrémité de chacune, et passant sous terre, se voyaient deux tubes de terre glaise séchée au so-
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Jeilj lesquels se rejoignaient à un seul à l'effet de déchar- ger Tair comprimé à i pied des parois de la fosse vers le centre du foyer. Entre ces deui tubes^ accroupi sur les ta- lons, était uo homme pressant de la droite, prisant de la gauche, allernalivement, sur deui sacs de peau dont la bouche du haut, celle d'aspiration, était traversée de deux bâtons, comme certaines bourses de fantaisie, tandis que Forifice infërieur, celui de décharge, était fixé sur une corne, laquelle était elle-même maintenue de manière à conduire invariablement rair dans Tembouchure élargi du tube de glaise. Ces sacs, à la levée, se remplissaient d'air en raison de Félargissement des doîgls, qui le com- primaient lors de la fermeture quand s-eierçaif la pression du poing de Fhomme, ce qui le forçait à s'échapper par en bas. Tels étaient leurs soufflets, imparfaits sans doute, et dont le maniement économisait très-peu la force, mais suffisants pour leurs besoins.
Dans ces fosses étaient répandus par couches calculées le charbon de bois et le minerai que recouvrait ensuite une couche plus épaisse de charbon. Six hommes étaient con- stamment occupés à soufïler ainsi ^ quatre bordées se re^ levaient à tour de rôle. Le travail, jusqu'à consomption complète, dura depuis huit heures du soir jusqu'à minuit.
Le lendemain, je m'informai du résultat^ et l'un des fondeurs me répondit iju' ils n'espéraient obtenir que 10 li- vres de fer, parce que le minerai avait été mal choisi; on Favait simplement recueilli roulant sur un versant sans le
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chercher en terre. Je calculai qu au prix des journées d'Europe^ en lenant compte des préparatifs de tout genre et de la grande quanlîlé de bière bue par les travailleurs, ces 10 livres de fer avaient dû coûter loO francs.
J'eus la patience d'assister au déblaiement des four- neaux encore chauds. J*y vis recueillir et mettre de côté chaque parcelle de fer, dont beaucoup étaient en larmes, variant en grosseur. Les plus fortes étaient aplaties à coups de pierre sur d'autres pierres sériant d'enclume; les plus faibles étaient superposées suivant jeurs dimensions; les riens étaient mis au centre, et du tout on formait des boules qui, chauffées et battues ensuite, arrivaient à for- mer corps; puis on les réunissait de manière à présenter quelque ressemblance avec un lingot brut duquel devaient sortir pioches» haches, om-kondos,
Si Ton en juge du point où nous sommes^ tout cela n'est assurément pas fort ingénieux au premier aperçu; mais pour moi, qui n'en avais nulle idée, j'avoue que c'est de ces peuples que je reçus ma première leçon de métallur- gie* L'art de forger le fer est chez les Amazoulous plus digne de remarque : leurs moyens, tout imparfaits, tout grossiers qu'ils sont, leur permettent cependant de pro- duire de belles pièces. Leurs armes sont élégantes ; sou- vent ils tordent la tige à quatre pans de leurs om-kondos; quelquefois ils F ornent de crochets en tire-bouchons d'un cruel effet sur les chairs^ et diverses fois je me pris à trou- ver superbes des armes limées avec des pierres anguleuses
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qne Yon eûl pu croire travaillées aa lour, surloul lors- qu'elles avaient subi le polissage au moyen de sable et d'une lanière de cuir ou d^écorce roulant à croiser. Ces pierres aoguleuses dont je parle soDt un grès vert, exces- sivement dur* Les artistes cafres, à défaut d'étau, les maintiennent sous le pied, et frottent sur le tranchant le fer qu'ils veulent rayer en le tournant toujours. Us sont très-habiles et trèsrlestes à travailler ainsi ; c'est alors sur- tout qu il me fut impossible de maîtriser mon étoonemenL Le capitaine qui m'accompagnait avait, sans me le dire, dépêché à l'avance des éclaireurs qui devaient nous re- joindre au gué de TOm-Kouzi, Après plusieurs heures de marche, nous arrivâmes sur les bords de TOm-Kouzane S que nous mimes aussitôt derrière nous. Nous poursuis Tions vers l'autre rivière, dont nous n'étions plus loin, lorsque des coureurs vîm'ent nous donner avis de la pré- sence de quatre éléphants se tenant en deçà de TOm-Kouzi sur les bords d'une clairière assez vaste. Toutes précau- tions furent prises pour rapproche; mais lorsqu'à 80 pas nous pûmes nous dégager et voir, nous eûmes le désap- pointement de reconnaître que nos guides s'étaient com- plètement trompés. Ce n'était rien autre chose que quatre rhinocéros dont la taille et le mouvement les avaient fait prendre pour des éléphants. Ils étaient couchés quand
" Diminutif d'Om-Kouisî, sîgnîfîant la petite Om-Kouzi» les CaJros trou- \mt qu*il existe quoique parenté eûtre deai rivières qïii coulent voi- Etuos et @e iléchargent Tune dans l'autre.
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nous les dëcouvrimes. Ils se levèrent quand nous passâmes à 60 pas d*eux; puis, allongeant les nascaox et agitant les oreilles, ils cherchèrent à sentir et à écouter. Comme nous n'étions point venus là pour eux, nous passâmes sEBS tirer, et les vénérables se recouchèrent. C'était l'es- pèce rhinocéros si mus.
Un quart d'heure après, nous étions sur Taulre rive de rOm-Kouii, où de nombreux éléphants avaient été vus adossés à une pente haute et longue, eà et là coupée de ravins et quelque peu boisée. Malheureusement, quoique nous fussions encore à i,000 pas de la troupe, nous la vîm^ fuir pressée par la peur, 11 est vrai qu'elle s'était débandée ; cette circonstance nous était du moins favora- ble et nous promettait des avantages presque certains. Du reste, il n'était pas étonnant que la masse se fût laissé entraîner à une panique- beaucoup de femelles mar- chaient suines de leur jeune, et dans cet état leur inquié- tude est extrême.
Une partie, à cause de la disposition du terrain, devait pass^er à 200 pas de nous. Ces animaux se rendaient h la riiîère; ils avaient pour eux la pente et furent si rapides que nous arrivâmes trop tard : sans aucun doute, ils avaient traversé rOm-Kouzi< Nous remontâmes, furetant à droite et à gauche, profitant fréquemment des ravins pour marcher en écoulant. Nous sortions de l'un de ces ravins aûn devoir au loin, quand un lourd détalement se fit en- tendre; le bruit approchait j approchait, et la poussière!
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Un escadron de ces animaux Iroltait à fondre sur nous sans intention; trois de front, onze en tout.
Le premier je les vis. « Des éléphants! Eotchobanaî Boulandje ! attention ! Masquez-vous, ils nous passent des- SUS; à bout portant et pas peur ! y> Des buissons étaient làj sitôt dit, sitôt fail^Vrai Dieu ! les éléphants ne savaient rien de notre présence; mais une irrésistible envie, une diabo- lique tentative entraine chacun de nous à allonger la tête pourvoir avant de tirer. C'est si naturel de s'assurer d'abord de la position y de la distance, et puis non- seulement cela, mais c'est que nous les sentions arriver en droite ligne sur nous. Ces animaux pouvaient, s'ils ne nous renversaient des pieds, nous fouetter de la trompe, et quel soufflet! 25 pas nous séparaient d'eux, ils nous virent; mais l'im- pulsion trop forte ne leur permit qu'une courbe d'un grand rayon à 10 pas à notre droite : ils allaient défiler appuyant sur leur gauche. Je prends le premier, je le tire : il tombe, s' affaissant sur les genoux, Kolchobana s'adresse au se- cond, qui tombe également agenouillé sur le premier. Boulandje tire : son éléphant tombe, aussi groupé sur les deux premiers, et tous les suivants jusqu'au onzième s'a- genouillent successivement.
Bon Dieu! vingt fusils, quarante fusils chargés, si nous les eussions eus là ! u Attrape à recharger ! garçons, et leste, » Et le rire né de celle scène grotesque nous ôtait de la force et delà vitesse; les bras nous en tombaient. C'est qu'il leur fallut du temps pour se dépêtrer les uns des autres,
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tant ils étaient entassés pêle-mêle. A l'iiii des derniers ^ j'eus encore celui d'adresser uq souvenir daus la culotte* Un seul restait sur place, mais debout et paraissant nous défier; nous vîmes aussitôt qu'il était démonté de Vhumérus : c'était celui de Kotchobana, A quatre ou cinq reprises différentes, j'essayai de me porter de manière à V avoir aux trois quarts; mais arrivé là, réléphant, comme s'il eût eu conscience de mes desseins, me ctiargeait jus- qu'à ce que la crainte de tomber le retint. Je dus pour réus- sir envoyer Boula ndje faire diversion de l'autre côté, et alors ma balle dans la cervelle le fît s'affaisser mort comme un édifice auquel on enlèverait sa base. Jamais de ma vie de cha&seur, et je crois bon de le dire, je n'avais été ni ne fus depuis témoin d'un fait du genre de celui que je viens de signaler ; cependant je ne suis pas éloigné de croire qu^il eiislechez ces animaux réunis en troupe un esprit d'imi- tation qui tend à leur faire faire à tous ce qu'ont fait les premiers* ^
Une demi-heure après celte singulière affaire, dont le souvenir nous égaya longtemps, des Cafres postés sur une hauteur nous signalèrent sept éléphants dont nous ne soup- çonnions aucunement la proxirailé, ** Ils sont ici, enten- dei'les se remuer. — Avançons, Kotchobana! » Et lui et Boulandje étaient à ma gauche, tandis qu'à ma droite une ligne de buissons que je longeais me masquait la vue; mes hommes voyaient les éléphants, moi rien. Sans bruit, nous étions arrivés à 25 pas; alors seulement je décou-
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quels exigeaient au moins une balle d'un sixième ; j'y sous- crivis, et de la fourche d'un arbre je le suivis de l'œil. Après vingt minutes d'attente, pan ! le plus gros tombe. Kotchobana recharge; l'animal se relève et part. Un in- stant après, c'est un autre qui tombe aussi, se remet sur ses jambes et se sauve comme le premier.
J'avais déjà vu de ces animaux se séparer et prendre différentes directions; j'y allai sans tarder. Je blessai suc-^ cessivement cinq d'entre eux sans voir rien tomber; une fe- melle suivie d'un jeune, pour m' avoir appliqué une charge inopinée, me contraignit à prendre à mon cou mes jam- bes sans tirer. Il n'y avait eu que 10 pas de distance entre elle et moi; une branche qui, dans ma fuite, me déchira la figure et l'épaule, avait failli me mettre à sa disposition : il n'avait rien moins fallu que mes jambes d'alors pour réussir à m' esquiver.
Je me retirais définitivement delà chasse, mes gens s'é- tant livrés à la poursuite d'un grand blessé et pouvant al- ler ainsi fort loin vers des montagnes ferrugineuses et au delà, lorsqu' ayant les bois à dos : « Maître ! me dit mon guide, voici derrière nous un éléphant qui fait même route que nous. » Il était à 300 pas et cheminait lestement. Une ravine prochaine devait lui barrer le passage; le lieu était tout découvert, je m'y affalai, et, la traversant, je me tins sur la crête opposée, observant la marche de l'éléphant ve- nant droit au point où j'étais. Le sang ruisselait sur les côtés de sa tête : c'était un vieux grognard, blessé de mes
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balles, auquel un mouchoir autour des tempes e&t con- venu à merveille.
Je le laissai venir, et lorsque je supposai qu'il allait me voir, je me laissai glisser, passai le lit de sable et me por- tai précisément au-dessous du lieu où il devait s'arrêter sur le bord, à 15 pieds au-dessous du sol qui devait sup- porter l'animal. Lorsqu'il se découvrit au-dessus de ma tête, il y avait à peine en ligne droite 3 pas de lui à moi. J'avais cru que l'occasion serait belle, et j'avais été réduit à le tirer au front. Mon calcul s' étant trouvé faux, parce que j'avais espéré voir la gorge, que couvrait alors sa trompe, ma balle ne traversa que les os creux du sommet de la tète. L'éléphant rebroussa, mais dans un état misé- rable, et marchant comme un homme ivre. Malheureuse- ment, son pas était trop lai^e; il disparut bientôt dans des bois éloignés, où la chute du jour ne me permit pas de le suivre. Ce fut peut-être bien encore un bonheur pour moi de ne l'avoir pas tué instantanément, lorsqu'il me domi- nait de 15 pieds sur le bord perpendiculaire du ravin ; il pouvait m'écraser dans sa chute.
Cinq coups de fusil renvoyés par les échos de la mon- tagne me donnèrent à penser que Kotchobana avait de la besogne. En effet, je le vis revenir quelque temps ensuite, avec son inséparable Boulandje. Un seul, mais un élé- phant colossal, avait été tué : plus de 12 pieds de haut, chaque dent, de 65 livres.
Après deux heures de marche, nous fîmes comme une
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vris, tournée de mon côté, la croupe d'une grande femelle.
L'animal, inquiet^ se préparait à tourner la tête; j'avais prévu son mouvement, et le fusil en joue j'allais lui lo- ger ma balle à la naissance de l'oreille tendue. Ce me fut impossible, le mouvement avait été trop brusque; bien plus, l'éléphant avait tourné bout pour bout, et, me présen- tant le front baissé, il me chargeait à fond. <c Ilahy om pondol » pas de dents! me crie Kotchobana, qui, à l'as- pect du danger, d^uerpit à toutes jambes, suivi de Bou- landje, tous deux faisant des efforts inouïs pour dévo- rer l'espace; mais, tout à mon éléphant, je n'avais rien ouï, rien vu. Je tiens bon, j'ajuste bien et pahon ! Je détale aussi.
tt Vous n'aviez donc pas vu, maitre! c'est un éléphant sans dents que vous venez de tirer; ils sont furieux et ter- ribles ceux-là, me dit Kotchobana. — Pas de dents! est- ce possible? Je n'ai rien vu, moi. — Comment, maître! — Certainement; je ne cherche et ne vois que le point où il me faut mettre ma balle. — Et od l'avez-vous tiré, ce- lui-ci? — En plein front, au-dessus de la naissance de la trompe. »
L'instant d'après, je comptais 18 pas du point oix j'é- tais à celui où gisait l'animal tombé raide mort : c'était une énorme femelle, effectivement sans dents, qualifiée par les Hollandais du sobriquet de poes kop, que Levail- lant traduit par tôle camuse, probablement parce qu'il est impossible de rendre en bon français cette expression, que
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Ton retrouve à chaque instant dans le jargon du peuple de Provenoe.
Je me laissai aller seul au plaisir de contempler ma tîc- time, m' estimant heureux de n'avoir pas été la sienne. J'eusse prolongé quelque teraps encore cette jouissance comprise du chasseur, mais un furieuï coup partit h 40 pas plus loin, suivi d'un cri d'agonie. « Il y en a peut- être d'autres! » En vingt bonds j'y fus • mes gaillards re- chargeaient tranquillemenl à deuK pas d'un éléphant abattu, blessé derrière répanle, qui dégorgeait le sang par !a trompe, qu'il agitait encore comme pour saisir: c*était un de plus pour Kotchobana. ï* Et les autres? — Partis* — Loin? — Nous ne savons pas. — ^Suivons. »
Mais nous suivîmes longtemps; des traces se croisaient partout : chacun se sentait déjà fatigué. « Où coucherons- nous ce soir? — A Zimpy, si vous le vouleE, ou bien encore chez Makaza, là-bas» assex loin vers le nord, — Soit, chez Makaza; je préfère voir du nouveau, n
Nous lîmes notre route; mais, chemin faisant, une plaine s'offrit à nous, et nous la traversâmes. Sur la droite était un bois garnissant les bords d'un ravin, par conséquent long et assez peu large; sous Vun des plus grands arbres, nous discernâmes s'agitant quelque chose de noir. Les proportions étaient celles d'un éléphant; c^étail et auprès de lui s'en trouvaient d'autres.
Kotchobana sollicita la faveur d'y aller s^ snadé, disait-il, que c'étaient là d'én<
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quels exigeaient au moins une balle d'un sixième ; j'y sous- criyis, et de la fourche d'un arbre je le suivis de l'œil. Après yingt minutes d'attente, pan lie plus gros tombe. Kotchobana recharge; l'animal se relève et part. Un in- stant après, c'est un autre qui tombe aussi, se remet sur ses jambes et se sauve comme le premier.
J'avais déjà vu de ces animaux se séparer et prendre difiërentes directions ; j'y allai sans tarder. Je blessai suc- cessivement cinq d'entre eux sans voir rien tomber ; une fe- melle suivie d'un jeune, pour m' avoir appliqué une charge inopinée, me contraignit à prendre à mon cou mes jam- bes sans tirer. U n'y avait eu que 10 pas de distance entre elle et moi; une branche qui, dans ma fuite, me déchira la figure et l'épaule, avait failli me mettre à sa disposition : il n'avait rien moins fallu que mes jambes d'alors pour réussir à m'esquiver.
Je me retirais définitivement delà chasse, mes gens s'é- tant livrés à la poursuite d'un grand blessé et pouvant al- ler ainsi fort loin vers des montagnes ferrugineuses et au delà, lorsqu' ayant les bois à dos : « Maître ! me dit mon guide, voici derrière nous un éléphant qui fait même route que nous. » Il était à 300 pas et cheminait lestement. Une ravine prochaine devait lui barrer le passage; le lieu était tout découvert, je m'y affalai, et, la traversant, je me tins sur la crête opposée, observant la marche de l'éléphant ve- nant droit au point où j'étais. Le sang ruisselait sur les côtés de sa tête : c'était un vieux grognard, blessé de mes
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balles , auquel un mouchoir autour des tempes eût con- venu à merveille.
Je le laissai venir, et lorsque je supposai qu'il allait me voir, je me laissai glisser, passai le lit de sable et me por- tai précisément au-dessous du lieu où il devait s'arrêter sur le bord, à 15 pieds au-dessous du sol qui devait sup- porter l'animal. Lorsqu'il se découvrit au-dessus de ma tête, il y avait à peine en ligne droite 3 pas de lui à moi. l'avais cru que l'occasion serait belle, et j'avais été réduit à le tirer au front. Mon calcul s' étant trouvé faux, parce que j'avais espéré voir la gorge, que couvrait alors sa trompe, ma balle ne traversa que les os creux du sommet de la tête. L'éléphant rebroussa, mais dans un état misé- rable, et marchant comme un homme ivre. Malheureuse- ment, son pas était trop lai^e; il disparut bientôt dans des bois éloignés, où la chute du jour ne me permit pas de le suivre. Ce fut peut-être bien encore un bonheur pour moi de ne l'avoir pas tué instantanément, lorsqu'il me domi- nait de 15 pieds sur le bord perpendiculaire du ravin; il pouvait m'écraser dans sa chute.
Cinq coups de fusil renvoyés par les échos de la mon- tagne me donnèrent à penser que Kolchobana avait de la besogne. En effet, je le vis revenir quelque temps ensuite, avec son inséparable Boulandje. Un seul, mais un élé- phant colossal, avait été tué : plus de 12 pieds de haut, chaque dent, de 65 livres.
Après deux heures de marche, nous fîmes comme une
entrée triomphale au mouzi de Hakaza, précédés de nos quatre queues toutes fraîches des éléphants tués ce jour- là. Une pensée à la graisse réjouissait tout ce peuple noir; on savait déjà que nos éléphants étaient de premier choix. Cepâ[idant, malgré leur bonne volonté, Makaza et les siens ne purent m'offrir pour souper que des cannes à sucre que je trouvai délicieuses, sans qu'elles satisfissent aucunement les besoins de mon estomac.
Le lendemain ce fut de la bière, du maïs et une foule de ragoûts cafres, avec tant de cannes à sucre que dix élé- phants eussent pu en jw-endre leur large part sans me faire tort. Chaque mouzi qui avait participé au dépècement se croyait Xenn de me nourrir, et chacun, deux fois le jour, me dépéchait une longue ligne de femmes portant sur la tète les mets destinés au blanc. Mes hôtes n'en étaient pas fâchés, car dès ce moment on s'abstint de faire cuisine au mouzi.
L'inconvénient le plus marqué résultant de cette abon- dance futr^vahissement de centaines de millions de four- mis, attirées par les débris sucrés des cannes dont nous nous entourions. Il n'était rédl^iaent plus possible de se tenir couché sur le sol d'une cabane, tant étaient actifs et nombreux ces petits animaux.
Le 10, la chasse fut reprise : 600 hommes nous y ai- daient comme éclaireurset comme traqueurs; mais leur besogne ne fut pas rude , car après deux heures de mar- che nous eûmes découvert dans deux vallées voisines, dés-
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cendanl des montagnes et débouchant sur lesbois^ deux troupes séparées d'éléphants de 60 à 80 chacune. Un quart d'heure suffit pour les cerner de toutes parts, et bientôt^ emprisonnés entre des murs naturels et des haies d hommes, ces animaux s'agitèrent inquiets, Durant deux heures nous donnâmes sur eux comme des gludinleurs dansVarène, fuyant les uns, attaquant les autres, laissant à beaucoup la marque de profondes blessures, 400 de nos hommes, échelonnés par rangs sur la pente raide des bords, étaient là comme des spectateurs romains, et chaque fois qu'une troupe essayait de percer une trouée sur un iwint, le koiunm des Cafres la faisait rebrousser. Renvoyée de ïnn à l'autre, la troupe recevait partout un accueil sem- blable; onlâ voyait s'impatienter, tourner, retourner, se fatiguer beaucoup, hésiter ensuite et prendre enfin le der- nier parti, celui d'occuper le centre et d'y rester tran- quille.
Haletantes, épuisées par une cou me de manège inutile, ces pauvres bêles levaient alors leurs trompes de toute leur hauteur, afin de chercher un oir moins dense. De temps à autre aussi des Jets d'eau surgissaient au-dessus d'elles pour retomber en pluie fine sur leurs tètes , leurs oreilles et leurs dos; car Téléphanl, comme le chameau, tient eu réserve une certaine quantité d'eau, tant pour cet usage que pour les besoins de son estomac.
Nous en blessâmes beaucoup dans cette afiaire : sur tingt balles que je tirai, je devais avoir au moins six élé-
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phatits. Sii que je frappai dans la tête à 10 pas, dont trois tofnbés sur le coup, s étaient re1e?é§ ensuite. Kotchobana devait compter sur des succès égaux, et cependant ce fut avec toutes les pein^ du monde qu'il réussit à en obtenir un seuK Notre poudre était altérée: aussi je n'h^itai pas à doubler ma charge, déjà beaucoup trop forte suivant les idées européennes, et mal m'en prit, car rinstant d'après le cylindre de ma batterie s'était rompu par suite du re- tour forcé du percuteur.
Vqyez-vûus ce chasseur de perdrix qui^ par mégarde* vient de tirer sa baguette ou bien a oublié ses capsules ou quoique ce soit d'indispensable? A coup sur c'est pour lui un grand désappointement, toutefois aisément réparable; car partout en pays civilisé on trouve des capsules ouTé- quivalent d'une baguette. Pour moi c'était bien différent : des éléphants ne sont pas des perdrix, une pièce en fer ne se remplace point comme une en bois, et puis n'étais-je pas à 40 lieues démon camp, lequel était distant de 70 de Na- tal, seul point où je rencontrerais un mauvais maréchal - A peine capable de remettre mon arme en étati il fallait m'en retourner serrant la queue et portant bas Toreille-
Cette idée poignante me fit m' asseoir sur un roc d'où je voyais se remuer çà et là un peu partout les masses dissé- minées. Les coudes sur les genoux, mes mains soutenaient ma tête, el je voyais sans les voir, sans les vouloir voir non plus, quinze éléphants trottant, venant à nous. 18 pieds de hauteur nous préservaient assez de leur charge»
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laquelle ne m'émouvait aucunement. Un jeune Zoulou était avec moi. Bon, brave, vaillant, il s'était fourré de lui- même sur mes talons toute la matinée.
« Maître, voyez- vous? — Bon Dieu ! quelle contrariété ! Tiens, Imphana, des pierres en masse, et tapons des- sus, n Vrais enfants par désespoir, nos mains ramassèrent du lourd minerai. Les éléphants passèrent à 8 pas sous nous à la file, et sur leurs têtes, leurs oreilles et leur dos ré- sonnèrent nos projectiles, dont l'action devait leur donner bourseauxetborgnons. Si dans cet instant une pierre dé- tachée de la lune eût traversé l'un d'eux, je m'en fusse as- surément attribué tout l'honneur; j'y eusse pu croire, tant je déployais de force. Il fallait bien qu'elle fût grande puisque, d'une pierre qu'il reçut vers l'œil, un éléphant eut l'air de froncer le sourcil, ce qui me donna à penser et à croire qu'il s'en était aperçu.
Quand se fut écoulée la troupe, nous retrouvâmes une
gaieté folle; nous étions contents de nous-mêmes ; on ne
pouvait s'être mieux comporté à faire comme des gamins
la petite guerre aux plus sérieux, aux plus graves animaux.
C'était presque comme une niche d'écoliers à maîtres. Il
ne me fallait pas moins que cela pour faire diversion au
malheur trop réel dont j'étais victime. J'eusse donné dix
dents d'éléphants pour un autre cylindre et de bonne
poudre. En soi-même c'était si peu de chose, et cependant
c'est à ce rien que plus d'un éléphant de TOm-Kouzi doit
de se promener encore aujourd'hui dans les bois.
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Une forte {^uie suryint et fut ua obstacle à la bonne Yolonté des miens» qui poursuivaient toujours leur proie ; nous nous rejoignîmes non loin de TOm-Kouzi, dont nous passâmes jusqu'à Faisselle les eaux rousses et ra- pides. Une heure ensuite nous étions rentrés chez Ma- kaza.
La journée du 44 s'écoula en recherches vaines. Nous avions simplement vu des buffles ^ des cannas, et des troupes de couaggas de 4 à 500 individus. J'observai une pie-grièche-veuve à longue queue, vivant en troupes de sept ou huit, et des plus caqueteuses. Je la signale, parce que les bords de VOm-Kouzi sont le premier point où on la rencontre, en procédant du sud vers le nord; puis encore parce que l'oiseau est assez remarquable, tant par sa taille que par sa longue queue et sa vie de fa- mille.
Cet oiseau, d'une longueur totale de 18 à 20 pouces, a le corps dans les proportions d'un tiers, la queue allant pour les deux autres; il est noir; les petites couvertures des ailes sont blanches, de même que la partie inférieure du dos jusqu'au croupion; un peu de blanc tache aussi les grandes pennes des ailes vers leur demi-longueur; les petites en portent également à leur extrémité ; la queue, formée de douze pennes, est élagée^
* A propos delà pie-grièche-veuve {MeUinolmcus)^ je crois bon et utile de faire reconnaître les points par où j'ai passé par la présence de cer- taines espèces qui appartiendront toujours à la contrée : ce sont des ja-
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Le IMy comme je m'étais dticidé à ne pas visiler la ri- vière d'Om-Pongola^ distante de six heures de marche, par cela seul que Ton m'avait dit que les éltîphants y élaieiil assez rares, j'avais pris la route de Zimpy, en me résenrant Vavantage de laisser au moins battre les bois par mes gens. Trois heures de marche nous amenèrent sur des forêls parfaitement détachées de la plaine, où les rhinocéros abondaient; bientôt nous croisâmes des traces fraîche d* éléphants; peu après nous en vîmes, Kotcho- bana et Boula nd je partirent aussitôt.
Des coups de fusil fréquemment répétés me firent amè- rement regretter r état du mien; mois en compensation du tourment que j'éprouvais^ je recueillis une observation digne d'être mentionnée, laquelle pourra, je Tespère, ser- vira l'histoire des habitudes de leléphant. Il est si difïï- die de bien saisir etconstater^un fait de la vio de ces ani^ maux étudiés à Tétat sauvage dans leur libre allure que
lûQSSiIrs qui serviront à ceux qui viendront âpr&s moi, meilleurs, plus ioltdeâ et plus faciles à saisir que les noms de montagnes ou de rivières, lesquels disparaissant avec les populations à la suite de quelque gnerra dêastreuse^ On voyageur qui explore des contrées uouvelles devrait^ ce Be semble, toujours agir aiusi* La route qu'il a tenue serait plus recon- niLsiable à ses successeurs f et par cette précaution les dî^taoces parcou- rons par luî ne sauraient être contestées. Quanta moi Je n^'ai jamais né- gligé ce loin. £n preuve des latitudes où je me sutâ porté, j'ai pris les e^èccsqul ne les dépassent pas. Je les conserve ; quaad je ïe juge néces- aîre, je les ^gnale, et avec des titres do ce genre je ne crains pas que roâ émette à mou égard co doute, mérité par plus d'un : a Mais monsieur »-t-il fait le voyage qu'il a écrit? i» Réflexion d'autant plus permise au- jound'hu! que je connais de célèbres voyageurs qui ont écrit ce qulls %*m vu qu'en rêva
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je considérai comme une bonne fortune la remarque qu'il me fut donné de faire.
Après les premières déchaînes, une femelle, séparée du reste de la troupe, s'était vue seule et tendait à regagner les autres. Elle avait pu se convaincre par les émana- tions que des hommes venaient de passer ou étaient en- core dans le voisinage. Devant elle, qui allait sortir des bois , se présentait pour être franchie une clairière ou plaine découverte de 300 pas d'étendue. La voici qui s'a- vance d'une marche déhanchée, et chacun de nous de dire : « Un éléphant! voici un éléphant! » Un Cafre voi- sin de moi, celui-là même qui portait mon fusil cassé, me dit : « Maître, deux éléphants ! — Où donc? — Là, fit- il en allongeant l'index sur l'animal qui traversait. — Celui-là ne fait qu'un; où est l'autre? — Sous lui; ouvrez bien les yeux. >
Effectivement un jeune marchait sous sa mère, précisé- ment entre ses quatre jambes, et celle-ci, pour aider son nourrisson, enlaçait sous elle sa trompe à celle de sou petit, de telle façon qu'elle le protégeait de son corps. Voyez-vous cet instinct d'une mère et son dévouement? Ne vient-il pas tout de suite à l'esprit cette comparaison d'une femme tenant son enfant par la main? De tous les animaux, l'éléphant n'est-il pas le seul qui puisse agir ainsi, lui à qui la nature a donné un seul mais excellent bras, muni d'une main incomparable pour le tact?
Deux éléphants furent tués par Kotchobana. On vint
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m'en ayerlir; je me hâtai d'aller le reconnaître. Les Zou- lous voulurent me précéder afin de me garantir des rhi- nocéros surgissant brusquement sur notre passage- Ces hommes marchaient rom-kondo levé, prêts à frapper ra- nimai qui se serait présenté à une proximité trop grande. Notre tournée achevée, nous jugeâmes bon de rétrograder jusque chez Makaza, où nous passâmes la nuit.
Le Î3, nous gagnâmes Zimpy, sans chercher aucune- ment les éléphants, nos munitions tirant à leur ûn< Le 14, nous revîmes Maputa, que je remerciai de tout cœur de la haute protection qu'il m'avait offerte. Le 15^ au soir^ nous comptions à Om-Ghet-Janne nos succès sur rOm- Kouzi. Cette narration paraissait lui déplaire en ce que nous semblions préférer ces points à ceux de TOm-Phi- los-Mouniama : Om-Ghet-Janne craignait de nous voir chaque fois traverser son mouzi afin d'aller chasser beau- coup au-delà.
J'avoue que je me promettais de revoir les bords de FOm- Ikûuzî ; mais Dieu dispose, et cette première fois fut aussi la éemière* Deux des miens^ Houahouaho et Nanana, dépê- chés par Henning, m'attendaient chex Om-Ghet-Janne pour n'apprendre que la crue des eaux du Touguela retenait sur les bords de cette rivière mon chariot allant à Port-NalaL Cette nouvelle me fut d'autant plus désagréable que déjà je comptais sur son prochain retour* Certainement ma présence là-bas ne pouvait rien hâter; mais l'inquiétude d'y savoir mes collections, les premières^ exposées dans un
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chariot & double iente aux accidents de Vintempérie de la saison^ me détermina tout de suite au paiti d'y aller moi- n^e aom ytte que possible.
CHAPITRE XXIII.
Je suis victime d*un vol. — Je porte plainte à Panda. — Mode dlnstroire raffatoe. ^ Juges et Joatice cbez les Amiosoutous, ^ Fourberie de Panda.
Le 46, vero cinq heures après-midi, j'avais franchi déjà 48 lieues; j'étais sur les hauteurs qui domiiMiient mon camqp. Mon <eil inquiet y cherchait ma tente, mon magasin^ chaque partie de mon chez-moi confié tout uniment à la loyauté des Amazoulons. Ma tente était abc^tue: lèvent pou- ?ait l'avoir déralingoée, renversée* Bientôt ensuite nous étions surles li^n : la porte de oum pondock était ouverte ; bref 9 des dégâts de tout g^me avaient été commis chez moi durant mon absence. Tout annonçait que les hyènes en étaient les auteurs, et je me proposais de prendre sur ell^ ma revanche, lorsque l'un des miens m'apporta la cour- roie de fermeture soutenant le cadenas; elle était en so- lide buffle vert, et présentait une coupinre bien tranchée qui n'était, à coup sûr, pas l'ouvrage d'une hyène. Cha-
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Cunj après l'avoir yisitëe, se prononça d*iine façon nette : Knetna ;>y om-kondoy coupëc par une assagaye. Coulait aussi mon opinion.
Des hommes mal intentîonnëa étaient donc venus pour me voler ou pour me nuire. Ils avaient eu soin de s'atta^ qu^ à ce que j'aimais le plus, mes collections restantes, iêles osseuses, squelettes, grands oiseaux non encore secs; ma grande outarde elle-même, couchée à ma place dans ma tente, avait été impitoyablement déchirée. Je n en re- trouvai qu'une aile, arrêtée dans un buisson d'épines. Il y avait eu plus de méchanceté d^ms cet acte que d'envie d'acquérir par le vol.
Ceci bien constaté, je résolus d'obtenir satisfaction et réparation. Mais où trouver le coupable? ià gisait la dif- ficulté. Peu importe, pensais-je. Comme bote de Panda, celle affaire le concemo : c'est à lui qu'il faut m' adresser. Cependant j'hésilaî deux longs jours. Une raison vint en- &n me déterminer à agir : c'étail la crainte de voir se réi- térer chez moi d'autres tentatives semblables. Je partis donCj et le 19 j'allai coucher par delà Om-Grooty.
Le tOj j'arrivai chez Panda au mouzi de Sképèle, et j eus l'avantage d'être immédiatement admis à lui parler. En deux mots, Panda sut de moi le motif de ma visite. Il témoigna beaucoup d'étonnement de ce qui était arrivé^ plus de mécontentement encore, et une indignation telle que^ sans connaître le coupable^ Panda, s' accompagnant d'un geste eiterminateur, prononça la brève et terrible
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sentence : Om-tagaty boulala! Que le sorcier soit tué ! Res* tait à trouver Thomme.
Le 2i, j'eus encore avec le roi un colloque de quelques minutes, dans lequel je pus remarquer qu'il était fort con- ferarié de ce que mon domicile eût été violé par l'un des siens, comme aussi de ma démarche en demande de jus- tice. Bien plus, il m'avait entendu dire avec peine que mon intention était d'aller sous peu à Natal : ce dernier vœu surtout lui avait contracté le front.
Panda se trouvait alors embarrassé de plus d'une affaire sérieuse : des démarches venaient d'être faites auprès de lui par le capitaine Smith, commandant le corps d'obser- vation des Anglais à Hamgazy K Panda, qui m'avait vu venir dans sa contrée sous le patronage des boers, s'imagi nait que quelque chose avait transpiré, et que mon inten- tion était d'aller en instruire ces mêmes paysans. A cette époque j'ignorais tout cela, et si je l'eusse su, ma con- duite eût été plus prudente : je ne lui eusse fait aucune opposition.
« Allez, me dit-il en dernier lieu : deux de mes capitaines vont vous accompagner chez Souzouana; ils trouveront le coupable, et justice sera faite... Mais Souzouana a eu tort; il a manqué à ses devoirs, et pour cette cause je lui veux du mal : car c'était de sa bouche, et non de la vôtre, que je devais apprendre cette violation. » Evidemment Panda
• Petite rivière située non loin de celle d'Om-Zimvobo sur la frontière des Ama-Pondas.
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s'appuyait sur tout ce qui s'offrait à lui pour chercher noise à Souzouana; car Souzouana avait le grave tort d'être riche.
Je partis, mais avec une satisfaction incomplète en son- geant à la tournure que prenait cette affaire. N'était-il pas visible que, pour ses propres intérêts, pour ses vues à lui. Panda voulait en faire tomber toute la responsabilité sur la tête de Souzouana? Souzouana m'en avait bien annoncé quelque chose : « Si vous allez porter plainte à Panda, m'avait- il dit, c'est sur moi que se déchargera sa colère, m A quoi j'avais répondu : « Vous êtes capitaine, Souzouana; informez-vous, trouvez-moi l'auteur du crime; ensuite allez vous-même le dénoncer au roi. Je vous donne le tanps de le faire. >» Mais le pauvre digne homme était trop persuadé qu'à tort ou à raison Panda voulait l'a- néantir. À quoi lui servait -il de faire ou de ne pas faire ? Il n'avait qu'une ressource pour échapper à la mort : c'était d'envoyer en présent au despote ses troupeaux sans se réserver un seul individu. Malheureusement Souzouana était un Cafre, et jamais Cafre n'a trouvé en lui-même assez de force pour un tel sacrifice.
Les deux capitaines désignés par Panda pour faire tout à la fois l'office de juge d*instruction, de procureur du roi et de président, m'accompagnèrent donc jusque chez Sou-^ zouana. J'observai tout d'abord qu'ils différaient essen- tiellement des autres hommes par l'allure et la manière. Un ensemble tout particulier me frappa. Je cherchai à les
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analyser, et peu & peu j'aoquis la conviction que les hom- mes de justice chei les Amazoulons ressemblaient aux nôtres.
Un front haut, quelque peu ridé par la recherche des pensées, les traite profondément tracés, décelant la fai- blesse du corps et la force de la volonté, furent ce que je remarquai & fMremière vue. L'ceil était scrutateur sans lais- ser deviner les impressions intérieures de Tindividu; le nez, déprimé par les côtés, reposait sur des ailerons très- sensibles, où se manifestait parfois une agitation nerveuse annm^nt beaucoup de finesse; la bouche, largement fendue, parlait rarement; mais quand elle le faisait, les paroles étaient admirablement bien prononcées. Ce n'était pas de l'éloquence qui entraîne, comme la parole si fou- gueuse des guerriers : c'était une simple diction^ posée, tranquille, froide, et sans doute très--solide. Les oreilles étaient grandes et collées sur les côtés de la tête. Celle-^i n'était pas soutenue par de forts muscles; quelque chose de gréle* choquait même l'œil vers l'occiput. Le corps, dont l'état généralement maigre permettait de compter les côtes, était aidé de deux longs bras à veines gonflées et saillantes vers les mains, mais faibles et maladroite. Deux jambes le supportaient, privées de mollete, sèches et laides, posées sur deux pieds plate et longs.
Notez que ce signalement est assez exactement l'inverse de la description des Cafres amazoulons, ces hommes de chasse et de guerre : aussi fut-ce pour moi une raison de
S5 plos Je m'atlacher à Tétade de mes juges. Leur arrifaît- a de s'accroupir pour le repos durant la route : c'élail gra- vement, raidement, après avoir pris mille prëcaulions équivalenles à des embarras; leur fallail-il se relever ; c'était avec peine; leur air était guindé dans cette dé- marche, et leur figure se contractait comme par Teffort qu'ils avaient dû faire, tandis que les autres hommes pas- saient de Faccroupissement à l'état droit, rapide comme un ressort qui se détend.
Maintenant c'est plus encore : ne prélendaient-ils pas, ces jogesj que la condescendance, la prévenance, le res- pect, ks entourassent constamment! Leur air semblait l'exiger plu lot que le demander, et chez ce peuple, où ta fonce physique est tant considérée, j'étais étonné de voir des hommes décrépits, quoique jeunes encore, vouloir qu'on leur fit plus d'honneur qu'à des guerriers éprou- vés. Cïfait absolument comme s'ils avaient dit : » Hommes noirs, afin d'être utiles à tous, nous avons sacrifié la force de nos membres pour conquérir une plus grande force de tète. Faites donc que Je chemin nous soit aisé. Place t place ! n Et partout, bien que Ton fût tenté de rire de leur mmpe et prétentieuse condition, chacun se rangeait sur le passage des juges eafres.
J'avoue que la comparaison que f en fis alors me causa du plaisir, et je suis arrivé à prononcer certainement que dans n* importe qpiel pays du monde, chez tel peuple qu'on voudra , les occupations donnent naissance auï mémei
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rertiis ou yices, engendrent les mêmes tics, développent ou détruisent les mêmes parties du corps : aussi recon- naitra-t-on partout le p&tre, le guerrier, le médecin, qu'ils soient européens, chinois, esquimaux ou cafres.
Lorsqu'ils arrivèrent chez Souzouana, leur premier soin fut de se faire offrir une vache et force tchouala. Sou- zouana ne négligea rien pour se concilier la bonne volonté de ces agents de Panda: il fit ce qu'on voulut. Il fallait du beau temps pour instruire l'affaire; car chez les Ama- zoulous, sous un gouvernement despotique, la justice ne se transporte pas chez les particuliers : c'est au contraire la masse entière des particuliers qui rallie le siège choisi par les officiers chargés.
Le 26 fut un jour favorable, et vit se réunir dans l'en- ceinte du mouzi tous les hommes, jeunes et vieux, de 3 lieues à la ronde. 2,000 individus étaient là, tous hommes, parce qu*il était reconnu impossible qu'une femme eût commis le crime.
Les hommes de justice commencèrent par demander s'il y avait des absents, quels ils pouvaient être. Personne ne manquait. L'entrée du parc fut fermée. En quelques mots, le but de la réunion fut officiellement répandu, et, après l'explication de l'affaire, une question fut posée, à laquelle chacun devait répondre à tour de rôle sans pouvoir s'y soustraire.
« Savez-vous quelque chose qui se rapporte à l'affaire énoncée? Si vous savez quoi que ce soit qui y ait trait,
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vous répondrez vouma^ sinon vous direz nuba. N'oubliez pas que^ par son silence , celui qui sait se rend aussi cri^ minel que Fauteur du crime lui-même, »
Pour réponse une foule de naba aTaient été reçus, quand Tint le tour d'un des fils de Souzouana^ qui donne son loima. Tous les yeux sont aussitôt fixés sur lui, plus d'une bouche est entrebâillante. Le jeune homme signale Phét^anne, le fils d'Om-Kamtinganne, chef d'un mouzi voisin. Phétéganne, avant l'époque du crime, a eu avec lui un colloque dans le but de s'assurer de mon absence^ de Félat de mon magasin; il a observé la facilité d y pé- nétrer impunément, d'y choisir ce qui lui conviendrait le plus, en témoignant la volonté d'agir ainsi. Des expfica- lions ont lieu; elles établissent qu'au jour où l'acte a dû être commis, Phétéganne a quitté sans motifs ses compa- gnons de chasse ; qu'au retour, il n a pu donner de bonnes raisons de cette absence, et que des objets qui m'avaient appartenu avaient été vus en sa possession.
Phétéganne était là; ses voisins, ses parents lui témoi- gnent par des reproches combien sa conduite indigne les irrite. On le saisit pour le garrotter et le lier par quatre membres dans l'intérieur d'une hutte. Un messager est aussitôt détaché vers Panda pour l'instruire de la décou- verte du coupable, Om-iagaty boulak^ dirent les juges, et chacun se retira.
Le 27 fut un jour pluvieux ; rien ne se fait chez les Ama- zoulous ces jours-là, pas même les exécutions- Mais le
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28, comme le soleil brûlait de lumière, dix guerriers d*0m^ffiidelle s'emparèrent de niét^anne, qu'ils con- duisirent dans une étroite TaHée, proche de leur moéri. Arrirés là, leur besogne ne fut pas kmgw. Déjà Phété- ganne avait avoué qu'il était seul l'auteur de la spolia- tion, n réitéra ses aveui tandis qu'on rattachait à un ai^ bre, et, sans s'éaMOUVoir aucunement, il contempla les guerriers se retirant à 15 pas, formant devant lui nn terrible »o de cercle.
Alors les om-kondos à la hampe vibrante furent par trois fois reportés en arrière et lâchés ensemble sur le corps de Phélégaime^ qu^iis traversèrent. Phétéganne était tué, fué pour vol avec eflSraction r châtiment terrible sans doute pour une faute aussi l^re; mais^ chez Panda, point de prisim, point de bastonnade, rien que Ift mort, quel que toît le degré èa crime. Et je vous assure, pas de pays an monde où les voleurs soient aussi rares.
Panda ne m'avait*il pas dit tout d^iJMrrd quil ne crc^it pas à la vérité de ma déposition, parœ qu'il ne ecnaprenait pas qu'un seul voleur pût habiter sonitiyamae, qu'il n'y pouvait croire que parce que j'étais blanc, et que du reste j'avais des preuves et des témoins à produire. J'avais bien es^yé, tout en demandant satisfaction, d'a- mener Panda à un autre mode de faire justice, es objec^ tant que son système de mort outrepassai! les limites rai- sonnables, et que chaque exécution le privait d'un homme, d'un guerrier capable de le servir au besoin. « Quant à
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cela, me dît-il, !es blancs m'ont répiUé plusieurs fois la même chose^ prétendant changer la manière des hommes nom^ sans jamais me donner un moyen qui vaille. Un homme est mauvais, je le lue non-seulement pour lui - mêmef mais pour prévenir la contagion du mal* Voulez* vous que je fasse faire un grand trou dans la terre, qu'on l'j dépose? Il faudrait alors Ty nourrir, ce qui serait à oharge aux autres. La vîe pénible qu il mènerait là T ai- grirait davantage contre les hommes, et s! il parvenait à s'échapper, dii fois plus méchant^ il ferait dix fois plus de mal. Quand un criminel est tué, tout le monde est tranquille. Pour ce qui est de la privation d'un homme^ d'un guerrier, comme vous dites (et là Panda se mit à rire d*un rire de pilié], mes hommes, mes guerriers, tout le monde le sait, sont plus nombreux que les sauterelles, et quand une sauterelle tombe à lerre, voyei-vous qu'il en manque dans le nunge? »
l'avoue que je ne trouvai rien à répondre à la courte explication de Panda, parce que, pour changer des mœurs de ce genre, il faudrait premièrement tout refondre et tout établir, et, par conséquent, faire peser sur un tel peuple les mêmes charges que supportent les peuples civilisés. Alors, pour vouloir éviler un grand mal simple, on arri- verait probablement à produire mille maux composés; car la question des avantages de la civilisation est loin d'être décidée an faveur de celle-ci, lorsqu'elle est portée chez des peuples qui savent vivre avec peu de vertus , sans
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doute, mais aussi avec très-peu de vices. Quel bénéfice donc en doublant tout dans des proportions égales? Au- cun, assurément. Preqez le côté physique pour exemple : chacun sait que la vie la plus simple est celle qui convient le plus à Thomme. Eh bien, la civilisation ne détruirait- elle pas tout d'abord cette simplicité? La civilisation les dotera de mille aisances, de mille jouissances dont ils n*ont nul besoin, puisqu'ils ne les soupçonnent même pas. Voilà du luxe qui séduit: c'est la coupe de miel of- ferte à la mouche. La civilisation doit leur porter aussi mille maladies, ce triste cortège qui suit sourdement les avantages présentés. Pesez et considérez, puis dites-moi s'il ne vaudrait pas mieux que les peuples s'abstinssent de recevoir nos présents intellectuels et moraux.
Nous-mêmes, Européens, ne renoncerions-nous pas vo- lontiers au luxe tiré des deux Amériques pour être exempts des misères rapportées de ces contrées. Pourquoi donc al- ler corrompre des peuples neufs? Une apparence de raison est émise, je le sais. L'Angleterre, entre toutes les nations, veut être philanthrope; elle afiecte de se dire telle; mais, sachez-le bien, la philanthropie est un manteau dont elle s'afi^uble pour mieux couvrir son ambition. Son intérêt commercial, qui veut partout des débouchés, est la seule vraie raison. Et si l'Angleterre trouvait quelque avantage marqué à efiacer du globe 1 million de sauvages, elle le ferait peut-être. Elle répand sans cesse pour récolter, peu lui importe que ce soit son or à elle ou le sang des peu-
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pies; ce qu'elle considère uniquement^ c'est le rapport, ^rès avoir obtenu de Panda une satisraction à sa ma- nière, et avoir mis de Tordre dans mes collections osseu- ses et mon matériel de chasse, que Ton eût pu prendre pour un arsenal complet, je quittai mon camp, que je laissai à la garde de Kotchobana, Boulandje et Djantje, esp^ant y revenir en aussi peu de temps que possi})le. Souzouana, que je vis en passant dans son mouzi, me témoigna par des gestes fous et des paroles rapides, éton- nantesy malhonnêtes quelquefois, combien mon départ l'affectait. U y avait comme du délire chez cet homme si sensé d'ordinaire; je ne manquai pas de l'attribuer à Tusage du tdiouala et le priai d'aller se reposer pour se refaire.
. « Point du tout, me disait-il, vous vous trompez. Panda s'est expliqué sur mon compte de telle façon qu'il ne sau- rait y avoir d'équivoque. Voici ses paroles : Mon cœur m'a dit que Phétéganne n'était pas le vrai coupable, mais bien Souzouana. Vous voyez donc que Panda veut me faire tuer, qu'il me tuera, et qu'il n'attend pour le faire que votre départ. Vous partez : allez, et quand vous re- viendrez, il n'y aura plus ici de Souzouana. »
La consternation était générale au mouzi, et toujours je conservai la persuasion que le tchouala seul travaillait toutes ces têtes. Mon opinion fut encore corroborée lors- que vint à moi Bay^Bank, l'un des fils de Souzouana. Ce jeune homme, ivre de désespoir, avait à la main gauche
quatre assagayes sous un bouclier, une autre dans la drotla. De loin il m'apostrophait déjà, tant il arait à me dire; il se hâtait, parlait Véciime aux lèrres, gesticulait beaucoup et marquait ses temps en me faisant presque aentir la pointe de son arme sur la poitrine.
«c Allons, toi aussi^ jeune homme, tu as pris trop de tchouala ee matin; je ne t' écoute plus, car tu déraison- nes. » Un coup allait m'atteindra, mais heureusement je le relevai avec un tonga qui me servait de canne. Plusieurs hommes alors prirent Baye-Bank par derrière et lui enle- vèrent ses om-kondos. u Eh bien, Nanana, Houahouaho, tous ces gens-là sont faits, altons^nous-en. «**• Adieu, Sou- souana, Sani-Gousehleg! portez- vous bien. ^- Portez- vous bien... ah! oui, portez-vous bien, fît-il d'un air de désespoir; dites donc partez-¥0U8 bien aujourd'hui à Sou- zouana que Panda tuera demain 1 »
Ce furent là les dernières paroles que j'entendis du bon, dn brave et malheureux Souzouana, paroles qui si long-* temps ont résonné d'un timlnre si douloureux k mon ocsur, qu'aujourd'hui même je n'en ai pas oublié la péni- nible impression. Un instant auparavant, comme Sou- zouana me répétait encore que Panda le ferait tuer sitôt après mon départ , qu'il ne pouvait échapper à sa colère, je lui avais dit : « Si vous en êtes si sûr, venez donc avec moi vous réfugier à Natal. » A quoi ce vieux brave avait répondu : k Moi, prendre la fuite!... Vous voulez que Souzouana se sauve! Parlez-vous & une femme? Souzouana
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n'a jamais tourné le dos au danger; et, tout sur qu'il peut être du sort qui lui est réservé, Souzouana. restera ici. C'est ici qu'il sera percé é'un osir-kondo, ici même, par devant, dans la poitrine. Souzouana se sauver, ja-
Je qmttai àmc Om-Fhilos le 30 avril, et le S mai, après une BLttdie des plus forcées, j'a4tetgnûi le mouzi de Non- glas, où était arrêté mon wagon. Mais dMci jusqu'au 25 aoiit 184S, que je revins à mon camp, va se développer une longue série de faits qui appartieiment à l'histoire de Natdi, et desquds dé|>endit le sort de cette contrée. Quoi-* que cette histoire ne soit pas mon foit direct Je crois ce- pendant utile de dira ce que j'en ai malheureusement ap- pris è mes dépens^ ponr avoir eu mon habitation située à peu près kég/àk distcmœ des deux camps, sou^ la volée du canon aq^ais^
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CHAPITRE XXIV.
Crue du Touguela. — Mon chariot retenu sur ses bords. — Mon voyage à pied à Natal. — J'apprends en route la reprise de possession par les Anglais. — Prétentions et droits des uns et des autres. -— La guerre s'allume. — Affaire deConguela. — Défaite des troupes anglaises. — - Prise de la pointe par les boers. «- Siège du camp.
Après la visite de mes collections et deux jours de sta- tion au mouzi de Nonglass, malgré les pressantes sollici- tations de Panda, qui m'adressa plus de vingt capitaines afin de me prier d'abord et de me commander ensuite de ne pas retourner immédiatement à Natal , je jugeai bon de chercher à franchir la Touguela, dont les eaux, profondes de 20 à 50 pieds^ roulaient rapidement vers la mer.
À cet efiet, je construisis un radeau de bois mort, et, au risque de me noyer avec Houahouaho, qui ne savait pas nager, ou bien encore de nous faire happer par les cro- codiles, je me lançai sur la frêle et spongieuse machine, à laquelle mon Houahouaho se cramponnait comme un singe. Lui, Zoulou, n'avait jamais été sur l'eau et ne com- prenait pas que l'on pût s'y tenir. Aussi, quand l'absorp- tion vint à s'opérer par la submersion du bois vermoulu, ses cris : Nous coulons, nous sommes noyés ! vinrent- ils m' embarrasser terriblement. Il est vrai que nous avions de l'eau jusqu'à la ceinture; nos gaules, malgré 20 pieds de
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longueur, pour pousser de fond étaient encore trop courtes. Le courant nous drossait ferme, et noyade ou crocodiles pouvaient bien nous attendre- Mais jamais je n*ai pu souffrir de crisj surtout quand la peur les fait pousser : des cris et des pleurs découragent les plus braves. Je sentais que j* avais besoin de toute ma fermeté, démon sang- froid et de ma force, Houahouaho le criard reçut je ne sais comment un coup de bAton sur la tète ; c'était bien involontairement, je l'assure, et ce ha^ sard, quelle qu'en fut la cause, nous sauva peut-être tous deux ; car Houahouaho se tut, je pus pagayer plus à Taise ; bientôt ensuite le fonds se lit sentir sous ma perche et nous pûmes atteindre Tautre rive, mais à 1,500 pas au moins, du point où je comptais atlérir.
C'était heureux. Houahouaho en descendant à terre Id frappa trois fois du pied pour s'assurer si c'était bien elle, jurant que je ne rattraperais plus à pareil jeu. <* Pourquoi donc, Houahouaho, te désespérais-tu si fort tout à Theure?
— Ah î maître, de Veau ! des crocodiles ! ... On a beau être homme, on se noie d'abord et Ton est croqué ensuite, ou bien Ton est croqué avant de se noyer. Que voulez^ vous faire dans Teau, contre l'eau elles crocodiles? hein, dites !
— Contre l'eau, on nage; contre les crocodiles, il y a aussi un moyen. — Lequel? — On leur fait lâcher prise en leur mettant un doigt dans ToeiL — Maître, je vous ai vu dans l'eau, vous n'en avez pas peur ; vous nagez comme un poisson ; mais lorsque vous nagez, si quelque crocodile
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TOUS prenaU par ta jambe, je votidrais biea tous voir lui meUreuD doigt dans l'œU! n
Au fait, je faisais k Houabouabo sa leçon pour a^aîr lu da&s ua jje oe sais quel livre qu'un certoin peuple, connue aufôi la panibère, se dégageait de la gueuile du crocodile ou caïman en agissant de la sorte ; mais j'ai tauh jours dK>uté et je doute encore aujourd'bui, tout comme mon Houahouabo , de la facilité d'exécutiion d'un pareil Bioyeu par im hoinme saisi dans l'eau. Sitôt qu'ila bappé, le crocodile^ afin de submerger sa prme, donne un coup de queue si rapide et si puissant, qu'il serait impossible de tenter une paorelUe démarche, même en supposant que l'houune consarvàt tout son sang-froid.
Houabouaho m'apprit, en continuant la conyavsalion sur notre fameux passage, qu'être tué & terre lui serait as- sez égal> mai3^ qu'il frissonnait è l'idée de mourir dans l'eau. C'est qu'effectivement les Amazoulous sont asses hydropbobes; très-peu savent nager, et pas ub m touche aux produits des fleuires ou de la mer.
Une beure ensuite skous étions au mouzi de Koudou, qw m'accueillit comjzie une ancienne eonuaissaiice. Ses premières paroles furent pour m' apprendre l'wivée à Natal des Anglais d'Hamgazy, sous le commandeiiGieQit du capitaine Smith. H y avait %bO hommes de troupe avec 60 chariots traînés par 600 bœufs, conduits ou accoscipa- gnés de 250 domestiques, la plupart colons d'Albany ou Cafres des frontières.
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Cette nouvelle me fit d'abord quelque plaisir, parce que j'espérais que les Anglais établiraient et feraient respecter des lois à Natal. Cette fois encore je me trompai comiiie dans mille autres circonstances. Koudou m'apprit aussi que ron s attendait à voir aux prises les Anglais et les boers, pour savoir qui resterait maître du sol de NaLaK
Cette attente avait pour moi quelque chose de piquant; sortant de guerroyer contre des animaux de toute espèce, j'allais peut-être voir se battre des hommes, peut-être aussi prendre part aux affaires qui devaient surgir sous peu de jours, et sans savoir quelle opinion devait être la mienne, sans même y songer, je me faisais d'avance une fête d'assister au débrouillemenl d'une question de ce genre.
Deux jours d'une marche rapide me conduisirent de Touguela à Port-NataU l'y trouvai tout eu émoi ; les fem- mes des boers excitaient leurs maris au combat, et ces hommes froids, vivement stimulés, ressentaient comme un principe d'enthousiasme. Déjà quelques altercations avaient eu lieu- Le capilaine Smith avait établi son camp dans une plaine découverte à 800 mètres de la baie, proche de quelques petits marécages; et comme il son- geait à y bâtir des cabanes pour ses soldais, Prétorius, le commandant des boers, trouva bon de le sommer de cesser ses travaux.
Le capitaine Smith, qui s'intitulait commandant de Natal pour compte de la reine Victoria, ne pouvait recon-
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nattre Prétorius, encore moins obtempérer à l'injonction . De là des pourparlers tratnés en longueur par Prétorius, qui, n'ayant pas encore tout son monde, n'était pas en force pour faire respecter ses volontés. Dans l'un de ces entretiens, le capitaine Smith s'était plaint de la manière affectée dont les cavaliers boers venaient caracoler armés autour de son camp, assurant qu'il se verrait dans la dure nécessité de les éloigner à coups de fusil, si Prétorius n'y mettait bon ordre.
Prétorius accéda à cette demande, et pour s'être montré facile sur ce premier point, il se vit à la veille de faire d'autres concessions : le capitaine Smith voulait que le village de Conguela fût évacué par les boers, mais Préto- rius refusa.
Les allées et venues des boers autour du camp, où ils narguaient les rooye-baatjes (habits rouges), n'en conti- nuaient pas moins. Irrité de ces insolentes provocations, le capitaine Smith fît prendre les fusils à 100 hommes, et sortit de son camp avec deux pièces de canon pour marcher sur Conguela afin d'en déloger les boers. Il était trois heures après-midi.
Bien avant que les Anglais débouchassent des bois qui se trouvent au premier tiers du chemin du camp à Con- guela, les boers avaient déjà avis de la marche de ceux- ci. 40 d'entre eux se portèrent aussitôt au-devant du détachement anglais, dont les habits rouges tranchaient d'une façon si flambante sur le fond vert de la plaine. La
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halte fut commandëe, puis la ligne de bataille prête à former le carré, protégée sur chaque aile d'une pièce de 6. Les boers^ également arrêtés, ne conservaient aucun ordre. Un parlementaire fut par eux dépêché au capitaine Smith, qui le renvoya aussitôt, demandant à voir Préto-- ri us lui-même.
Vm conférence eut alors lieu entre les deux chefs, dont les vues étaient assez mal arrêtées. Chaque parti prit en- suite sa marche dans une direction opposée, se vantant davoir intimidé son adversaire; mais à dire vrai, chacun avait eu peur.
Tel était Vétat des choses lorsque j'atteignis Port-Natal. Les jours suivants, Prétorius, en raison des renforts qui lui arrivaient, augmenta ses prétentions : non-seulement il défendait aux Anglais de bàtir, mais encore il voulait qu ils délogeassent à 1* instant même et s'éloignassent des terres de Port-Natal, abandonnant armes et munitions. Celle proposition fut accueillie comme elle méritait de Tétre.
Le lendemain, pour se venger, Prétorius refusa de lire une lettre du capitaine Smith, parce qu'elle portait simple- ment pour adresse ; M. H. Prétorius ^ sans qualification de commandant. D'un autre côté, le capitaine Smith, pré- voyant que des collisions étaient inévitables, eut recours pour s'approvisionner à la presse de tout ce qu'il trouvait à sa convenance chez les marchands : riz, farine, sucre, drfé, tout fut pris sans solliciter le consentement des dé-
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lenteurs, et cette mesure, exercée brutalement, ne laissa pas que de mécontenter beaucoup de monde.
Par manière de représailles, un beau matin que j'é- tais chez moi (te 23 mai 1842), 150 boers, qui avaient fait de ma maison un coîps-de-garde, protégeaient Tenlèvemenl des 600 bœufs de trait des Anglais. Des coups de canon furent envoyés du camp sans succès sur les maraudeurs; d'autres sifflèrent ensuite au-dessus de ma villa, et leur son jeta tout d'abord l'épouvante chez ces hommes, qui ne s'étaient jamais vus en butte à de pa- reilles armes bien servies. Cette démonstration delà part des boers était une insulte grave au pavillon anglais, et pouvait même être considérée comme le principe des hos- tilités. Le capitaine Smith avait fait sortir pour y répondre !a majeure partie de ses troupes; mais ensuite, craignant d'être attiré dans quelque embuscade, il se ravisa et fit rentrer son monde.
« Bon, disaient les boers guettant cette manifestation, les habits rouges font la parade. » Quand la nuit fut ve- nue, les boers, sur leurs gardes comme des écoliers après une fredaine, avaient eu soin de poster des corps d'obser- vation et des vedettes isolées. J'étais alors à 1 mille de mon habitation en compagnie de quelques Allemands. Notre conversation roulait sur l'événement de la journée; chacun de nous prévoyait que sous peu les Anglais cher- cheraient à prendre leur revanche, et chacun de songer à ses propriétés. Je me demandai pourquoi j'étais chez les
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autres plutôt que chez moi, où j'avais mille choses à con- serrer- Une demi-heure ensuite j'orriTai sous les varandes de mon habilalion, autour de laquelle étaient allachés nombre do chevaux. Du monde emplissait mes apparte- ments; le soi était jonché de dormeurs, les angles encom- bîtîs de fusils. Ma première impression fut une extrême €ontmriété de ne pas être ehe?: moi. Si Ton ra*en eût fait seulement la demande, j'eusse accordé sans hésiter, avec plaisir peut-ôta^ la permission. Les dormeurs avaient pris pour leur serri ce cinquante couvertures de coton appor- tées le jour même, et que je destinais aux Aniazoulous; raison de plus pour être mécontent. Mon lit était occupé par deui hommes y dormant assurément mieux que dans le leur.
Fier de mes droits^, comme je rétais étant matelot lors- que quelqu'un avait pris mon hamac, j'eusse souhaité leur donner à tous la cale sèche; malheureusement, je ne pouvais que faire rouler les dormeurs en déhalant brus- quement les couvertures dont ils s*enlortillaienL Ce fut une prompte besogne ; dix*huii hommes étaient là, que je secouai à tour de rôle 5 et que sans plus de façon je mis à la porte.
Chacun est maître chez soi et je Teui y rester seul ; mais aussi pour me faire obéir, si besoin était, j'avais pris en main un excellent fusil double dont ]e me proposais de faire usage en cas d'opposition violente. En face d*un ar- gumentateur aussi soigné, personne ne dit mot, chacun
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sortit, et comme des chevaux attachés aux colonnades de support trépignaient, je les mis en dérive sans m'inquiéter de la colère des maîtres.
Un seul, Baart Prétorius, le frère du commandant gé- néral des boers, à qui revenait la direction du poste, ce- lui-là, vexé que je l'eusse fait déguerpir en double de mon lit , osa venir me faire des reproches touchant ma ma- nière plus que leste de traiter des hôtes. Pour toute ré- ponse, je lui interdis les abords de ma maison, s'il ne voulait s'exposer à recevoir un coup de fusil , et comme déjà je m'étais assuré que bon nombre d'objets avaient disparu de mes appartements : « À demain, Baart, lui dis-je, et nous saurons qui est le vrai maître de Natal; que ce soit Prétorius ou Smith, il faudra bien que justice soit faite. Vous, en votre qualité de commandant de poste, vous aurez à répondre le premier du vol dont je me plains. » Et j'allai me coucher, ayant pour tout compa- gnon mon Cafre Houahouaho, que les coups de canon de la journée avaient grandement inquiété.
C'était la première fois qu'il se trouvait dans un pays habité par quelques blancs, qui tous armés ne parlaient que guerre. « Singulières gens , disait- il; s'ils ouvrent la bouche, c'est pour prononcer le nom de leurs ennemis; c'est pour dire : Frapper, tirer, tuer, exterminer , tout. Leurs chevaux d'impatience trépignent et soufflent par les naseaux. Le canon tire à faire trembler, et sa grosse balle, que personne ne voit, hurle dans l'air et tombe si loin que
pas un Zoulou ne le croirait. Maître, relournons-nous bientôt à Om-Philûs?>»
Aux yeux de mon sauvage, ces blancs étaient beaucoup plus barbares dans leurs gestes que ne le sont les Amazou- lous aux yeux d'un Européen, Le sommeil s'empara c^ pendant de nous deux. Vers minuit, je croyais rêver aux sons inaccoutumés de la journée précédente. J'entendais une pétarade assez vive^ dominée par le ronflement du canon- Par trois fois je me répétai que c*était un rêve; mais le bruit continuant plus fort, je prêtai T oreille, et je reconnus que ce n'était rien moins qu'un songe, A coup sûr oo se battait : ce devait être à Conguela,
Assez peu soucieux d'affaires qui n'étaient pas les miennes, je me remis sur l'autre bord; mais une demi- heure ensuite^ j'étais de nouveau réveillé par une autre fusillade plus vive que la première. Cette foisj c'était au camp des Anglais. Le bruit ne cessa qu'à quatre heures du malin. Fatigué de cette fusillade incessantej je dormis jusqu'à sept heures.
Les premiers hommes que je rencontrai étaient des boers, de ceux-*là mômes que la veille j'avais chassés de chez moi. Leur accueil fut loin d'être aimable; ils mani- festaient l'intention de me lâcher un coup de fusil. *t Nous sommes en temps de guerre, disait l'un d'eux : en guerre, il est permis de tuer; débarrassons-nous de ce Français- là. 1» El il s'assurait si l'amorce de son fusil était bien sèche.
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« Attention, Oud-Keerl! lui dis-je; tous allez trop vite! En guerre on tue, c'est vrai, mais on ne tue que quand on oourt soi-même le risque de îêtre par un homme armé. Attendez que je prenne mon fusil, et je veux être le vôtre : c'est seulement ainsi que Keu le permet ^ » Il y avait pour lui et ses camarades trop peu de chances avanta- geuses dans ce genre de lutte, l'équivalent d'un duel. Des chances ^ales dans un combat, c'est ce que n'aiment pas et n'aimeront jamais les boers.
aussi eus-je tort, et ma proposition fut-elle considérée oomme un outrageant défi, l'un me saisit au collet, Tautre par un bras, «t j'eusse pu, en tentant de le faire, venir à bout de mes deux adversaires si quatre crosses levées à la fois sur ma tête ne m'eussent fait songer à l'impossibilité d'une résistance avantageuse. «Vous n'oseriez pas! leur dis-je en les regardant fixement, vous n'oseriez pas ! car nous pourrions nous revoir. — Bah! dit Tun, nous avons cette nuit même tué assez d'Anglais pour pouvoir nous vanter de savoir nous comporter au feu, et si vous voulez passer dans leurs rangs, allez-y tout droit. »
Je me possédai assez pour prendre la balle au bond, et, débutant par un juron familier aux boers : « Croyez- vous donc que je sois Anglais, moi? Avez-vous d'un Fran- çais une opinion si basse que vous pensiez en faire un
* Ce Alt le tour de phrase que je dus em^doy^ ; car leur parler des lois de rhonneur est un langage qui ne serait pas compris de ces hommes, dont toute rinstruction se puise dans la lecture de la Bible.
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Iraitre? Ne vous aTisez pas de m*insulter comme Français ; car alors me faire briser la tête ne serait rieD : une balle traverserait ou la vôtre ou la mienne, el laissez-moi. »
Les mains se faliguaieût à me tenir- une secousse me di^agea, et comme je restais en place, pas un n'eut F idée de me réempoigner. " Qu'est-ce donc que votre affaire de celle nuit avec les Anglais? » fis-je avec un brnsque air d'intérêt. Désireux de raconter leurs exploits, deux ou trois parlaient à la fois, et j'appris de ces hommes les faits qui suivent.
Parti à la sourdine de son camp vers onze heures un quart j à la tète de MO fusiliers el de deux pièces de 6, le capitaine Smith avait gagné la baie par la plus court che- min. Comptant faire route le long du rivage à quelque dis- tance de la bordure des mangliers, il espérait arriver ainsi à se porter devant Conguela, ou peut-être encore à le tour- ner en partie pour couper la retraite aux boers. Il s'imagi- nait réussir d'autant plus certainement qu'il agissait la nuîtj et que Conguela servait à abriter nombre de femmes et d'enfants dont la position critique déciderait les hommes h accepter toutes conditions qu'il lui plairait de dicter en pareille circonstanca*
Jamais les boers n'eussent soupçonné sa marclie par le Strand; le capitaine Smith eût assurément pu passer inaperçu avec ses troupes, sans le bruit du crochet d'un canon sur Vanneau d*un caisson que Ton avait garni sans soins, à la hâte. Une vedette quitta son poste, afin de s as»
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surer de la cause, découvrit les Anglais, et se rendit bride abattue à Conguela, où l'éveil fut donne- Les femmes et les enfants furent conduits à Tabri de tout danger dans une clairière peu distante. 25 tirailleurs boers allèrent se poster le long du rivage, derrière quelques mangliers isolés, attendant comme des chasseurs à Taffût d'un léopard. Le détachement était sur le point de passer à 110 pas de là. Un instant s'écoula dans l'attente, et quand il se montra par le travers, le silence de la nuit re- tentit d'un résonnant coup de feu immédiatement suivi de quatre autres.
Un bœuf de chaque attelage, deux soldats et un officier étaient tombés atteints : chaque coup avait tué un homme ou une béte de trait. Les attelages engagés, les canons de- vaient forcément rester là. Ils furent braqués tant bien que mal et chaînés de même. Le désordre succéda au désordre, on tira de part et d'autre; mais chez les Anglais Teffet des premiers coups avait brouillé leur moral. Les leurs, très- nombreux, restaient sans effet, tandis que ceux assez rares des boers portaient presque tous sans exception. Une em- barcation chargée d'une bombarde avait beau chercher de son chenal à protéger la force engagée, ses efforts furent infructueux. A peine y avait-il trois minutes depuis la première décharge, et déjà la retraite sonnait. Dans l'impossibilité de l'effectuer en ordre, le capitaine Smith profita de son cheval pour se rendre le premier au camp, laissant se dépêtrer ses hommes comme ils l'entendraient,
et abandonnant ses deui pièces sans les avoir enclouees.
Dès lors ce fut un sauve^qui-peut gf5néral, et pataugeant dans le sable et la boue 5 les habits rouges se virent bientôt gagnés par Teau qui montait. Presque tous jetèrent leurs ceintures à giberne, beaucoup leurs fusilsj quelques-uns^ pre^éi par la crainte de longer les mangliers, gagnèrent le large et s'y noyèrent*
Pour les boers, les circonstances étaient superbes; mais à vrai dire leur commandant était un homme inepte et poltron; sinon toute retraite était coupée aux fuyards, que Ton eût fait prisonniers sans coup férir, et par cette me- sure d' à-propos on fût arrivé sans lenteurs au but proposé/
Lors de Tarrivée des renforts, on pouvait espérer un succès pareil j et qui pourrait dire si F Angleterre, dégoûtée par d^ revers constants, n'eût pas ensuite totalement abandonné Tidée d*agir aussi injustement envers les émi- grants, lesquels, après tout, n'étaient venus là que pour éviter de faire une révolution dans la colonie même du Cap.
Trente ou quarante minutes après la débâcle, ïe camp était à demi cerné par les boers, qui se contentèrent de ti- rer sans chercher à l'emporter d'assaut. Le feu continua jusqu'à quatre heures du malin sans interruption , mais aussi sans effet. Quelques hommes furent encore tués aux Anglais. Un des paysans tomba : ce fut le seul qu'ils per- dirent cette nuit. Telle fut la narration exacte des faits que je recueillis alors-
Le 25 mai, comme les boers, fatigués de leur nuit ac-
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tive, laissaient les Anglais en xepo& dans leur camp, le ca- pitaine Smith put écriie son rappwt au gouverneur, sir Georges Napier^ dans lequel il établissait que sqt 1 38 homr mes qu'il avait avec lui lors de TafiEaire de Conguela, en y comprenant les officiers, 34 avaient été tués^ 63 blessés et 6 absents ou noyés.
Pour un début, les boers devaient s*estimer heureux au delà des espérances les plus rationnelles ; aussi ne man- quèrent-ils pas d'en remercier Dieu, de se considérer comme son peu{de; car pour eux avait été fait le même miracle que pour les Hébreux : les eaux ne s' étaient-elles pas refermées sur leurs ennemis? On m'eût cassé la tête avec une batle si j'eusse seulement osé dire que le flot avait lieu chaque jour deux fois en vingt-quatre heures : tant il e^ vrai que rien n'est stupide au monde comme un peuple qui s'est laissé dominer par de certaines idées.
Un navire était à cette époque dans la baie : c'était le Mazeppa, chargé d'approvisionnements et d'armes pour les troupes. Rien ne troublait le débarquement d'c^jets qu'il opérait depuis son arrivée; les communications étaient même restées parfaitement libres entre le camp et la pointe, que gardaient S5 hommes sous le commande- ment d'un officier, et déjà la moitié du chargjement avait atteint sa destination, lorsque les boers songèrent que ce qui était indispensable à leurs ennemis pouvait fort leur convenir à eux-mêmes .
Dans la nuit du 25 au ^ mai, 400 hommes des boers
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quillèrent Conguela et se dirigèrent à pas de loup vers rembouchure de VOm- Guinée j pour de là longer le rivage et arriver ensuite à la pointe, après avoir largement dou- blé le camp, afin de u'ôtrcpas découverts. Ces hommes? lorsqu'ils étaient encore à 2 kilomètres du poste do garde de la pointe^ pénétrèrent dans les bois du rivage, où il fallait fréquemment ramper à plat ventre et lentement. Ils réussirent as approcher comme un long serpent. Il y avait plus d'une demi- heure qu'ils se tenaient a portée des pre- mières sentinelles, retenant leur haleine et se gardant de froisser la moindre branche^ quand se Qlle jour.
A la première lueur, les sentinelles tombèrent atteintes. L'éveil donné, les boars débordèrent et firent feu sur les premiers qui se montrèrent. Le canon leur répondit qua- tre fois à bout porlanl, mais mal braqué^ et sa mitraille se perdit dans le sommet des arbres. Il n'y avait pas de te- nue possible : aussi les soldats anglais et divers résidents de même nation se réfugièrent dans un grand magasin de pierre tout crénelé et dans lequel Us comptaient bien ré- sister et vendre chèrement leur vie* Des prisonniers étaient déjà faits; ceux qui tentèrent de s'échapper par la fuite tombèrent sous les balles^ à la vue des retranchés, dont ta résolution sa fondit aussitôt. Sommés de so rendre^ ils ou- vrirent leurs portes : 35 individus étaient au pouvoir des boers.
Dès le jour même, ces hommes furent expédiés sur Pie- ters-Mauritz-Burg, où les soldats furent aussi bien traités
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que les hommes libres le furent mal. Comme il importait aux boers de ne pas laisser au Mazeppa la liberté de partir, ses ancres furent portées à terre. C'était un faux calcul. Mais les boers ne sont nullement marins; ils n'avaient pas eu la pensée d'enlever son gouvernail, et quand le Mazeppa le voulut, il put appareiller sans encombre.
Dès ce moment le camp fut cerné ; les canons pris aux Anglais furent tirés contre eux-; le transport des approvi- sionnements s'opéra sans obstacle, et les boers se sustan- tèrent aux dépens de l'Angleterre, tandis que les assiégés se voyaient réduits à vivre de cheval crevé.
Cet état de choses eût pu voir surgir avec le temps de graves conséquences, si un Anglais du nom de Richard King, caché à bord du Mazeppa, ne se fût risqué à porter à Graham's Town la nouvelle de ces désastres.
Jusqu'au 25 juin inclusivement, 651 coups de canon furent envoyés par les boers sur le camp, dont les wagons traversés ou démolis étaient chaque matin replacés comme reparés. Une sortie avait eu lieu ; les Anglais avaient réussi à chasser d'une tranchée des paysans endormis, mais leur perte surpassait encore celle des boers. Cette ac- tion fut néanmoins qualifiée de vaillante.
Vers cette époque , comme les boers se fatiguaient de voir leurs tentatives rester sans résultats, parce qu'ils avaient trop peu de science militaire pour recourir à des moyens meilleurs, et trop peu de résolution pour agir for- tement, une demande ignoble, lâche, infâme, me fut
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adressée par Yun d'eux, après avoir vu y adhérer la plu- part des membres du conseil. Cet homme avait ordre de solliciter sans insister, d'être prudent et discret, afin que Toupùl au besoin nier la chose et que personne ne put comprendre. Il trouva bon de recourir à un tiers, et choi- sit à cet effet un Allemand, Krockmannj qui remplit auprès de moi celle mission comme une véritable corvée.
Il fallait que je livrasse auï boers les poisons destinés à mes travaux de préparation : arsenic et sublimé corro- sifjdonl on me savait détenteur à une quantité majeure. On voulait jeter 10 ou ! 5 livres de ces éléments dangereux dans la fontaine voisine du camp, qui fournissait seule plus de la moitié de l'eau consommée par les assiégés, et si Ton ne réussissait à empoisonner du monde, on devait au moins avoir Tavantage de faire souffrir d'une disette d*eau, au point d'amener les troupes à se rendre.
n n'est sans doute pas besoin que je dise combien je fus révolté d'une semblable proposition; j'eus cependant as- sez d'empire sur moi pour cacher mes impressions, «t Le moyen est fameux, répondis-je au messager ; je regrette amèrement ne point avoir ici ce qui serait d^un effet si puissant. Mes poisons sont à Om-Philos, ou, pour les grands travaux que j'ai entrepris, la totalité pouvait être indispensable. »» C était un mensonge dans le but de me ti- rer d'affaire, car alors étaient encore chez moi en dépôt 7 livres d'arsenic et 2 de sublimé corrosif, que le lendemain au matin je me hilai d'aller jeter dans les roseaux, en se-
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mant au vent la poussière blanche dont l'action, si elle ei!it été employée y n'eût pas manqué d'ayoir les résultats les plus désastrau.
CHAPITRE XXV.
Arrivée de la trégaLteSouthampton et du navire leCongh. — Démoralisa- tion des boers. —Pillage de Gonguela. — Appel fait aux Gafres par les Anglais. — Traité signé. — Acte de soumission. — Amnistie avec ex- ception. — Coup d'oeil rétrospectif. — Causes de l'émigration des boers de la colonie Ters Port-Natal. — Leur chef Rétief. — Leurs af- faires avec Massilicatzû — Pièces authentiques. — Dingaan massacre par trahison les hommes de leur députation. — Autre massacre de Boschjesmans-Rivier. — Revanche prise par les boers sur les Amazou- lous. — Mesures du gouvernement anglais. — Le punishment biU prouve que TAngleterre n'avait point le droit de posséder ces con- trées.
Après bien des tentatives de la part des boers, après quelques moments de patience de la part des Anglais, dans la soirée du S15 au 26 juin, un signal de salut appa- rat dans l'air; une fusée chargée d'étincelles d'espérance se leva droite, inunense et majestueuse, en même temps que résonnait un puissant coup de canon : c'était la fré- gate anglaise Southampton qui arrivait au mouillage de la rade, chargée d'hommes brûlant du désir de délivrer leurs compatriotes.
Les figures des boers s'allongèrent; ils allaient avoir af-
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faire à des hommes frais et nombreux, bien différents des squelettes du camp. Ils ne trouvaient plus un mot à pla- cer, à la veille oii ils étaient de devoir abandonner Tidëe d'une indépendance dont ils abusaient. Au camp la joie devait être grande : sortir d'une prison de sable oh sans re- lâche sifflaient les balles, revoir de l'eau et des aliments B en abondance qui permissent de renoncer à l'usage de la chair des corbeaux, encore trop rare, c'était assurément une perspective digne d'envie, laquelle, par son insis- tance^ dut troubler le sommeil de plus d'un Anglais.
I Quand le jour parut, deux navires se trouvaient sur rade : la frégate Soutimmplon et le schooner k Confjh. Jus^ qu'à deux heures après midi, rien ne se fît ni d'une part B ni de l'autre. La marée montait, il est vrai, mais il y avait asser peu d'eau quand apparut une voile passant la barre sans obstacle et donnant dans le chenal du port. 30 boers gardaient la pointe; beaucoup devaient s'y porter immé- diatement; mais la peur et le manque de discipline furent cause que chacun fit comme il lui plut. Deut canons ti- raient sur le Cangh^ dont le pont était couvert dliommes; les balles pieu valent sur les embarcations qui se tenaient & la remorque; la marche du navire n'en continuait pas moins, 11 ripostait de deux pièces, tandis que le Southampton lançait de sa formidable batterie force projectiles dont l'ef- fet produisait plus de terreur que de mal.
L'entrée, le mouillage et le débarquement ne demandè- rent pas vingt minutes. Plus d*un Anglais fut tué, pas un
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seul boer ne fut blessé ; et quand le danger devint immi- nent, satisfaits de leur démonstration , ceux-ci déguerpi- rent et gagnèrent Conguela.
Alors put s'opérer la jonction des forces du lieutenant- colonel Cloete avec celles qui étaient sous les ordres du ca- pitaine Smith. De leur côté, le soir du même jour, les boers prirent le sage parti de quitter le camp. La nuit pro- tégea leur retraite, qu'ils effectuaient d'un air morne, qui contrastait hautement avec celui de la quinzaine précé- dente. Ils se retirèrent, au nombre de 600 hommes, à 6 lieues de Port-Natal, d'où ils entamèrent des négocia- tions avec le lieutenant-colonel Cloete.
Le vœu le plus ardent du capitaine Smith et de ses sol- dats était de prendre leur revanche, à laquelle s'opposa de tout son pouvoir le colonel chargé du commandement gé- néral; ce qui divisa d'opinion les troupes anglaises. A vrai dire, c'eût été considérablement exposer les forces an- glaises que de les porter à 20 lieues de la côte, dans un pays quelquefois ouvert, mais souvent obstrué et coupé de ravins et semé de passages difficiles. Nul doute que Pie- ters-Mauritz-Burg n'eût été vigoureusement défendu : c'était le nid des boers. Là étaient leurs familles, leurs fortune, et durant le trajet même les Anglais eussent pu être écharpés facilement.
Quelle que fût la résolution à prendre plus tard, il était bon de se munir de bêtes de trait pour le service des ca- nons et des fourgons, en cas qu'un déplacement dût se
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faire. La paix n'étant pas encore signëe, voici à quel sin- gulier expédient le lieutenant colonel Cloete eut recours.
Une proclamation aux Cafres fut aussitôt adressée au missionnaire Adams pour qu'il en donnât lecture aux in- digènes des bords d'Om Laas, Lofa, Om-Komas et autres Ueui* L'un des trois originaux m'étant passé par les mains, je puis en donner une copie exacte ainsi conçue :
« Tous les Cafres sont priés de saisir partout où ils les trouveront les chevaux et les bœufs des boers^ pour ensuite les amener au camp anglais, oti une rëlribulion propor- tionnelle leur sera payée en récompense de ce service, qui leur vaudra la protection des armes anglaises* Il est spé- cialement recommandé aux Cafres de ne pas faire usage de leurs armes contre les boers, excepté au cas où ceux-ci se serviraient de leurs fusils pour rentrer en possession de leur propriété.
Fait à la pointe de Natal, ce 2 juillet 1842.
Stgné.^ X,-L Cloete, lieutenant-cplonel.
Dep- quarter master gen. commanding. »
le simple raisonnement conduit à penser que pas un boer ne pouvant de sang-froid se voir enlever ses troupeaux constituant toute sa fortune, il devait nécessairement, en pareille circonstance, faire usage de ses armes. Alors le Cafre, de véritable agresseur qu il était, avait acquis le droit de se défendre. Cette mesure tendait à faire se ruer
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sur les boers les indigènes neutres jusque-là. La puissante Angleterre était réduite à ce misérable moyen; elle risquait pour ses intérêts des corps nus qui n'étaient pas des siens; elle excitait au débordement cette masse de vautours noirs dont l'œil convoitait depuis longtemps les troupeaux des boers. Mais s'il lui était facile de les lâcher, les retenir ensuite lui était impossible. Et encore combien n'était-elle pas dérisoire cette protection promise des armes anglaises, presque insuffisante pour faire respecter les volontés du gouvernement britannique ! Ce qu'elle ne pouvait pas pour elle-même, l'Angleterre le promettait à d'autres.
Pour début, les Cafres excités se répandirent aux abords de Natal, et partout où ils découvrirent des troupeaux, ils s* élancèrent sur eux acharnés comme de vrais chiens sauvages. Les premiers ne furent pas défendus : ils appar- tenaient à des maîtres amis des Anglais. Un quart à peine était conduit au camp. Pour d'autres, les difficultés furent grandes; les balles sifflèrenlet des maraudeurs furent tués. Plus prudents alors, les indigènes préférèrent agir la nuit; <les familles blanches furent massacrées d'une manière qui fait frémir et leurs troupeaux enlevés; mais aussi, quand les boers, revenus de leur première stupéfaction, eurent découvert un mouzi nombreux dont la part avait été grande dans ces scènes de désordres, 40 d'entre eux le cannèrent la nuit, et dès la pointe du jour chaque corps noir -qui pa- rut fut ajusté et tomba : 60 Cafres payèrent de leur vie les vols commis à la prière du lieutenant-colonel Gloete.
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Des plaintes furent portées par les Cafres; la protection anglaise fut requise, et Ton répondit aux plaignants que Ton ne pouvait rien pour eux. Assurément une telle con^ duite n'était pas digne ; je la jugeai ignoble^ et beaucoup de Cafres savent aujourd'hui quelle foi on fient accorder aux promesses du pouvoir britannique.
Le lieutenant-colonel Cloete réussit à obtenir au delà du nombre d'attelages nécessaires à ses vues apparentes ; mais il se garda bien de marcher aussitôt sur Pieters-Mauritz- Burg, Ses démarches, traînées en longueur, lui valurenl du temps j durant lequel les bœrs, divisés entre eux, se dé- cidèrent, vu rimpossibilité de la résistance^ & l'adoption des articles imposés par le gouvernement anglais.
Comme personne, que je sache, n'a écrit d'une façon succincte et suivie cette histoire d'alors de Port-Natal, où pour la première fois, sur cette scène de nature vierge, les blancs nouveaux-venus se déchirèrent entre eux, j'ai cru que Ton pourrait me savoir gré de dire impartialement ce que j'en ai vu de mes propres yeux et ouï de mes oreilles. Pensant aussi que les pièces principales pourront être de quelque intérêt comme documents historiques, je livre ici la traduction exacte de deux d'entre elles.
ACTE DE SOUMISSTONp
Pietars-Maurîta-Burg, 15 juillet 1842.
Nous soussignés, dûment autorisés par les fermiers émi- grants de Pieters-Mauritz-Burg, Natal et lieux circonvoi-
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sins, présentons pour eux et pour nous-mêmes notre so- lennelle déclaration de soumission à l'autorité de Sa Ma- jesté la reine d'Angleterre, et de plus nous acceptons et souscrivons aux termes suivants qui nous ont été im- posés :
1** La remise immédiate de tous prisonniers militaires ou civils ;
2"* La reddition de tous canons en notre pouvoir, ceux pris dans la guerre aussi bien que les autres, avec les mu- nitions et approvisionnements qui leur appartiennent;
3^ La restitution de toute propriété publique ou privée existant en notre possession, d'abord confisquée à notre profit.
Président et membres du conseil, signé :J. Boshoff, président, P. Bester, P.-A.-R. Otto, C.-J. Vanheer- DEN, M.-H. Marais, J. Du Plessies, E.-F. Potgieter, W.-J. Prétorius, J. Bodenstein, L.-S. Botna, H.-P. Lombardt, J.-H. Bruwer.
acceptation de l'acte de soumission, accord de pardon,
RÉTICENCE et PROMESSES DU LIEUTENANT-COLONEL CL0ETE AUX BOERS.
Pieters-Mauritz-Burg, 15 juillet 1842.
Les fermiers émigrants de Pieters-Mauritz-Burg, Natal et lieux circonvoisins , ayant aujourd'hui, par l'organe de leurs commissaires dûment autorisés, accepté et accom- pli les diverses conditions exigées d'eux, savoir :
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f" Déclaration solennelle de soumission à rautorité de Sa Majesté;
2^ Relâchement immédiat de tous prisonniers militaires on civils;
3^ Reddition de tous canons en leur pouvoir;
i"* Restitution de toute propriété publique ou privée ;
Moi, par ces présentes, agissant sous Vautorité de Son Eicellence le gouverneur et commandant en chef du cap de Bonne-Espérance, j'accorde et ratifie auxdits fermiers émigrants les articles suivants, comme il en est convenu cejourd'hui à Pieters-Mauritz-Burg.
i"* Une amnistie générale ou entier pardon à toutes per- sonnes qui avaient été engagées à résister aux troupes de Sa Majesté ou à son autorité, en exceptant toutefois, sa- Toir: Joachim Prinsloo, A.-W. Prétorius, J.-J. Burgher, Michiel van Breda, Servaas van Breda, dont le sort sera laissé à la considération spéciale de Son Excellence le gou- Temeur.
2** Toute propriété privée, maisons, meubles ou trou- peaux, sera respectée.
3** Il sera permis aux fermiers émigrants de retourner à leurs fermes avec leurs fusils et leurs chevaux, sans moles- ta tien.
4** Les fermiers seront pris sous protection contre toute attaque des Amazoulous ou autres tribus natives.
5' n ne sera fait aucun changement à l'égard de l'oc- cupation de leurs terres, pour laquelle il faut attendre la
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détermiaation dâGjaitive et rétablissement du gouyeme- ment de Sa Majesté.
6'' L'administration et les institutions miles existantes sous la reconnaissance de la suprématie de Sa Majesté ne seront point changées, jusqu'à ce que le bon plaisir de Sa Majesté soit connu; mais ces institutions ne pourront s'é- tendre à la juridiction de Port-Natal, laquelle est placée, quant A présent, sous le contrôle exclusif du commande- ment militaire des troupes de Sa Majesté, les limites de Port -Natal étant déterminées par TOm-Laas à l'ouest, rOm-Guinée à l'est, et les hauteurs de la côte de Berea, qui touchent à ces deux rivières, vers le nord.
7** Les Cafres, pour le présent, continûment d'occuper sans molestation les terres sur lesquelles ils étaient avant Tarrivée des troupes de Sa Majesté; ik resteront sujets i tels changements futurs que le gouveroement trouv«ait nécessaires à la sécurité générale.
8** Tous droits de port et de douane appartiennent à la couronne, et doivent rester A la dispo^tiondu gouverne- ment de Sa Majesté.
Signé: À.-J. Cloete, lieutenant-colonel.
Dep. quarter master gen. commanding.
ARTICLE ADDITIONNEL.
En considération de la coopération de M. 4.-W. Prôto- rius dans le rè^ement final de ces articles, leomme aussi de
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son humaine conduite personnelle euTers ïes prisonniers, et de sa notoire modération^ Tamnistie accordée dans le premier article ^t par ces présentes complètement étendue jusqu'à lui.
Signé,' k.4. Cloete^ lieutenant-colonel . Dep. quarter master gen. commanding,
W.-J. d'UKBÂK, major Sâ*^ rég.
Quatre hommes restaient donc exceptés de l'amnistie générale et abandonnés à la merci du gouverneur du Cap. M. le lieutenant-colonel Cloele n'avait pas jugé bon de mettre la main sur eux, probablement parce qu un inci- dent de ce genre eût empêché F acceptation des conditions, les quatre exclus avaient toute liberté de se soustraire sans fuir bien vite.
Cet acie fut par sir Georges Napier considéré comme une faute grave; il eût fallu faire un exemple pour intimider les boers, et puis les mânes des soldats tués dans la guerre ne réclamaient-ils pas un sacrifice sanglant î La fureur de la population anglaise du Cap lors de l'arrivée de cette nouvelle se manifesta en pleine rue. Le lieutenant-colone! Cloele, disait-on hautement, était un homme craintif, ne sachant pas profiter de la victoire; les conditions étaient trop douces* Une douzaine de pendus eût fait sourire bien des lèvres anglaises : tant de philanthropie en émane que le
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cœur peut bien quelquefois se trouver à sec ! Le gouver- neur sir Georges Napier, qui était un homme brusque, vio- lent, faible de tête et souffrant d'un bras perdu à Toulouse, eût ardemment désiré, pour compenser ses maux, faire sentir la corde aux quatre proscrits. Cette jouissance des souffrances d'autres hommes lui eût peut-être, pour un quart d'heure, fait oublier ses blessures.
C'est alors que lui vint l'incomparable idée de mettre à prix chacune des quatre têtes. C'est pourtant de nos jours que de pareils faits se passent ! Nos journalistes n'en ont rien su, ils n'eussent pas manqué d'en parler, et je remplis aujourd'hui un devoir en livrant à la publicité la traduc- tion textuelle de l'étonnante proclamation du gouverneur, sir Georges Napier. N'avons-nous pas eu à dos toute la presse anglaise, parce que le colonel Pélissier recourut au seul et dernier moyen praticable afin de se rendre maître des Bédouins réfugiés danS les grottes du Dahra ? N'est-il pas juste de signaler un acte d'autant plus blâmable que la nécessité ne le commandait pas, et que celui qui le dic- tait était alors mollement assis dans un fauteuil, exempt de tout danger et devant par conséquent posséder tout son sang-froid? Voici ce document.
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PROCLAMATIOrC POUR l'apPEÉHENSION DES PEHSONiXES EXEMPTÉES DE L*AMNiSTlE^
Par Son Excellenee le major général nr Georrjes-Tfiomm NaptCTy K, C. B. etc.^ eîe.
D'autant que certains sujets de Sa Majesté rdsidant à Porl-Nalal et dans difFérents territoires adjacents ou y appartenant, ont dernièrement, contrairement à leur fidé- lité, fait des levées en masses, se sont révoltés et ont guer- royé contre Sa Majesté, et de là se sont exposés eux-mêmes aux peines et aux amendes de haute trahison; d'autant que, pour diverses raisons m'y portant, j'autorisai etcon- ftTai mes pouvoirs au lieutenant-colonel Cloete, Tofficier commandant Texpédition récemment envoyée pour sup- pression de ladite rébellion, afin d'offrir un entier pardon tels sujets de Sa Majesté qui retourneraient à leur fidé- lité, à Texception de telles personnes qu'il découvrirait, par suite d*informations à acquérir sur les lieux, comme ayant perdu par leurs actes criminels, marqués et visibles, tous droits à leur part dans la clémence de Sa Majesté; d'âulanl que le lieu tenant -colonel Cloete, agissant sous tel W|M>uvoir et autorité, promit, le 15 de juillet 1842, une am- nistie générale ou entier pardon à toutes personnes qui Sauraient été engagées dans la résistance aux troupes et à raulûrité de Sa Majesté ^ à T exception àtJoacïdm Prinshû, imobu^-Joannès Burgher^ Michiel mn Breda et Servammn
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Breda, dont le sort reste à ma considération spéciale; et, d'autant qu'après avoir mûrement considéré la nature et les circonstances de ladite résistance aussi bien que la si- tuation desdites personnes, je suis arrivé à la conclusion qu'elles seront, si possible est, rendues amenables devant la justice et traitées selon la loi.
Par ces présentes, j> proclame et offre une ricompen$e de 4,000 Uvre$ sterling à toute personne ou personnes qui saisira et logera dans quelqu'une des prisons de Sa Ma- jesté ou chez rofficier commandant les forces de Sa Majesté à Natal, lesdits Joachim Prinsloo, Jacobusr-JoannèsBur- gher, Michiel van Breda, et Servaas van Breda, ou dettx cent dnquaante livrer pour chacune desdites personnes qui sera saisie et logée de la manière susdite.
Signé: G. Napier.
Afin que nul n'en ignorât, cette proclamation fut affi- chée à Natal dans tous les lieux publics et de plus colportée dans les familles. Les amis des proscrits s'empressèrent aussi d'en adresser bon nombre d'exemplaires à ceux qu'elle concernait directement.
Cette mesure prise contre eux ne les eflfraya nullement, parce qu'ils savaient que si un traître pouvait se trouver chez les boers, nul danger ne pouvait les menacer, vu qjotwà, traître manque d'audace. L'un d'eux se servit de «elle proclamation pour apprendre à son jeune fils à lire; t une leçon de patriotisme qu'il lui donnait tout à la
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{ois et où il lui inculquait les premiers sentiments de T in- dépendance, appuyant surtout sur Thorreur des Anglais, Un autre la fît encadrer pour la montrer à tous Tenants; auiuns il disait que c'était la plus belle page de sa vie; aux autres qui ne savaient pas lire-, il assurait que c'était nne lettre fort honorable pour lui de son ami le gouverneur ' Napter; Les deux autres, qui ne savaient pas faire d'esprit j s'eïï servirent pour allumer leurs pipes- Inutile de dire que
Isir Georges Napier en fut quitte pour ses frais de papier. Lorsque rioutilité de cette mesure fut reconnue, une «tre proclamation prit la place de la première, qu'elle annulait complètement. On ne manqua pas d'attribuer le pardon forcé à la haute clémence de Sa Majesté, laquelle ne sait probablement pas où est située saconlréedcNatal, (pioiqu'on Tait baptisée depuis longlemps à son intention du nom de Hctoria^et encore moins quelles espèces d'hom-
Imes Thabitent, On a pu voir que les boers étaient traités de rebelles, coupables de haute trahison; maintenant veut-on savoir à quel point cette expression était injuste? Je reprends les faits à leur origine.
après Toccupation de la colonie du Cap par T Angle- terre, les colons hollandais ne tardèrent pas à se plaindre hautement des mesures prises contre eux à leur détriment. La charges étaient fortes, sans profit; la protection an- m |bise était un vain mot, et le gouvernement allait jusqu'à " interdire aux colons le droit de se protéger eux-mémeSj
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n'écoutant pas leurs plaintes et donnant souvent raison aux tribus natives, celles-là mêmes qui avaient conservé le rôle d'agresseur, tandis qu'il donnait tous les torts aux boers dépouillés^ dont les habitations brûlées, les familles massacrées demandaient vengeance.
Avec un tel système philanthropique, un boer n*élait plus un homme. La place n'étant plus tenable, les uns et les autres cherchèrent à se rapprocher des villes pour évi- ter le pillage des Cafres. Alors, et c'était vers 1820, la partie orientale de la colonie, bornée du côté du pays des Cafrespar le Groole-Vish-Rivier, se vit privée d'habitants.
Pour combler la lacune dont souffrait le fisc, nombre de setilers furent appelés d'Angleterre, et ces hommes fu- rent semés par familles près de chaque fontaine. Le nom- bre allant toujours croissant, des villes furent improvi- sées. Port-Elisaheth ei[€rrah<im*$ Tmvn prirent naissance h cette époque.
Bientôt ensuite les boers revinrent en partie sur leurs anciennes habitations, où ils comptaient vivre tranquilles en se fiant au nombre. Mais les Cafres, qui ne résistent pas à Tenvie d'enlever des troupeaux oh ils les voient nombreux , se décelèrent par des vols journaliers, qui longtemps restèrent impunis.
Dans les derniers temps, les plaintes arrivèrent en masse au gouverneur, sir Benjamin d'Urban. Elles émanaient de tous, tant Anglais qu'Hollandais. Le premier soin du gouverneur fut d'y faire droit. Uannée 1835 vit environ
8,000 hommes bien organisés, presque tous montés, dé- border en Cafrerieet en ramener 50,000 têtes de grandes bêles à cornes. Dans ce nombre, un tiers portait la mar- que des propriétaires, qui, eux-mêmes, avaient fait partie derexpédîlion-
Ces hommes réclamèrent leur bien; mais, en dépit de la bonne volonté de sir Benjamin d*Urban, le gouverne- menl se fit la part du lion. Il vendit tout à son profit, sans vouloir accorder la moindre indemnité aux colons, deux fois dépossédés. Celte mesure criante, peu propre à conci- lier au gouvernement anglais l'esprit des boers, les irrita au plus haut point; mais plus tard seulement leur colère devait s'arrêter à un parti bien louable.
Quand ensuite il fut question de la liberté des esclaves, l^s choses se firent très-maL Les esclaves furent taxés à plus de 50 pour 100 au-dessous de leur valeur réelle- Le paiement ne pouvant s*opérer qu'à Londres, les agents prirent une commission énorme, et encore pas un penny ne sortit d'Angleterre. Les colons furent contraints à ac- cepter des marchandises jusqu'à concurrence de la valeur qui leur était due.
Bref, si le commerce anglais s'accommoda d*un éton- nant bénéfice, le colon ne toucha pas en réalité au-delà de 8 pour 100. 11 fut obligé ensuite à payer chèrement les moindres travaux de ces hommes devenus libres, arro- gants jusqu'à l'insulte. La culture s'effaça autour des fer- mes; il fallut que lesboers songeassent à d'autres contrées
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où ne les atleindrait pas la persécution; et je dis persécu- tion, parce que la chose était telle^ non-seulement parce que les afiranchis^ ignorant T usage de la liberté^ étaient mis sur un pied égal à leurs anciens maîtres, mais encore parce que, dans tout cas plaidé ou il était question de manque d'égards et de mauvais traitements, à peine le magistrat Youlait-il entendre les témoins à décharge, et plus d'un blanc fut emprisonné sur la seule déposition Traie ou fausse de la partie noire plaignante.
A ces charges il s'en joignit bien d* autres qu*il me se- rait trop long de détailler ici» lesquelles, réunies, mirent le comble à Texaspération des boers. Sans aucun doute une révolution devait éclater^ par suite de toutes ces cir- constances^ mais, religieux par une lecture hebdomadaire de la Bible, les boers cherchèrent à s'assurer par le rai- sonnement s'il était juste de se révolter contre un pouvoir oppresseur.
Retief était là, descendant d'une ancienne famille française expatriée par suite de la révocation de Tédit de Nantes. Retief^ qu'entre tous distinguait un bon sens exquis résultant d'une extrême simplicité de mœurs, se décida à considérer comme les siennes propres les affaires de tous. Suivant lui, il n'y avait point à opter; une révolte donnerait naissance à une rivière de sang, et après elle la tranquillité que veulent des patriarches était plus que douteuse ; sans quoi Graham's Town, Colfôberg, Port-Eli- sabeth^ étaient à lui sous quinze jours, et ces villa lui don-
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naient leui^ magasins, leurs arsenaux pleins de poudre, de fusils et de canons. Les boers auraient eu pour dix ans demuDitions, et de là la possibilité de soutenir dix années de guerre si l'Anglais ne se désistait pas de ses prëten^ lious;bien plus, en cas de revers, n'ayaient-ils pas der- rière eux les déserts de l'intérieur? Relief était doué d'une grande àme^ d*un grand cœur, d'une bonne tête- mais trop de délicatesse le mettait hors d'état de lutter avec le pouvoir oppresseur. Devant ce noble cœur s'ouvraient de Tastes territoires, presque tous déserts, où s'amonce- lait, haute et verte, la plus riche végétation. C'est là qu'il fallait aller; là au moins les boers n'auraient à verser que le sang des lions; celui des hommes serait respecté.
Du doigt Relief indiqua la direction de ces vastes champs verts, et, confiants en son étoile, 17,000 indivi- dus, hommes, femmes et enfants Ty suivirent. Que ne peut rinfluence seule d'un homme ! Il partit^ laissant chez feras, derrière lui, une foule de regrets; carRetief était aimé autant des Anglais que des boers.
Son but connu lui valut les sympathies de tout le monde. On fît pour lui des vœux comme aussi pour ses compagnons. Nombre d'Anglais s'y associèrent encore, parce qu'il suffisait d'une faible dose de bon sens pour se convaincre de roppression gravitante exercée sur les boers. Ces pauvres diables, sacrifiant à tout jamais les jouissances que procurç le sol natal, s'aventurèrent au large, eux et leurs familles, avec leur mobilier^ sur deux essieux, chas^
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sanl devant eux leur forlime cornue. La lerre s'imprégna de plus d'une larme; car elle, celle mère nourricière, était toujours aimée, mais son sein n* était plus lenaî>le; d'au- tres nourrissons, d'espèce différente, d'humeur mauvaise, roccupaienl^ coudoyant les premiers, qui étaient pauvres et simples-
La vue constante de leurs proches et de leurs amis soutînt leur résolution; la lecture de la Bible vint la for- tifier. Us s'imaginaient, ces hommes, former un autre peuple choisi de Dieu, devant qui, mais loin, bien par delà le désert, s'ouvrait la terre promise^ aux portes défi- nies par deux colonnes posées de la main du Créateur,
C'était en 1836. L'expédition Triechard, partie d'abord comme une avant-garde composée d'éclaîreurs, avait donné des nouvelles favorables touchant ces contrées, vierges jusqu'alors du contact des blancs, Retief, après avoir franchi la grande rivière {Omfijc-Iiîvier)^ avait suivi les mêmes traces jusque vers Vaul-Rmer^ la rivière jaune, non loin tie Ziujker-Bo$ck-Randi montagnes des buissons à sucre, où il s était arrêté, partageant son monde en plu- sieurs camps, afin de trouver aisément des pâturages pour les nombreux bestiaux amenés de la colonie.
Ceux d'alors à qui était dévolu le commandement des divers corps d'émigration étaient Relief, Gerl Marilz, Picter Huysj Henderick Potgieter, W. Prétorius. La saison les forçant à séjourner pour laisser se refaire leurs trou- peaux, la contrée située au sud de Vaal-Rtvier était çà et
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là parsemée de chariols el de lentes^ que ron découvrait après aroir eu connaissance des troupeaux variés en cou- leur, paissant à la file sur de larges tapis verts.
Massilicatzi, qui en savait quelque chose par ses espions, bien qu'habitant les bords du Morikoéj non loin des sources de Malappo^ situées fort loin vers le nord, Mas- silicatzi vit avec ombrage cette aflluence de monde* Comme il ne youlait souffrir aucun établissement de ce genre, même à 100 lieues de son voisinage-, comme Toc- casîon lui paraissait belle pour s'emparer de beaux et nombreux troupeaux ^ comme encore Massilicatzi voulait quelque chose de mieux pour son propre usage, des fem- mes blanches, par exemple, et des maisons blanches [ten- tes], il résolut immédiatement Fenvoi de f 0,000 de ses guerriers sur lesboers, pris au dépounu.
Trente-six boers, campés avec leurs femmes et leurs en- fants sous la montagne aujourd'hui appelée Gevecîh* Kùpy reçurent quelques heures auparavant Vavis de la marche d'un corps d'hommes armés. Il y avait du doute; mais la prudence commandait des précautions extrêmes, qui furent aussitôt prises. Leurs chariots furent disposés en cercle, enchaînés les uns aux autres; les interstices comblés de branches épineuses de mimosas; les armes vi- sitées^ les munitions apprêtées. Tout ceci s'effectua la nuit, et la nuit également les chiens de garde donnèrent incessamment Téveil avec une force inaccoutumée.
Quand se fit le jour, chaque ravin vomissait des flots
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d'hommes noin, à rallure diabolique; le Getecht-Kop, de; Tert qu'il était, d£TiDt noir; partout étateot échelonDé^ sur les assise des guerriers se tenaat comme des corbeaux, n secnblail que leur proie , Tiranle encore et silencieuse, ne pouvait leur édbapper. Deux aiks descendirent de la montagne comme deux forte bras noirs, rallongeant comme pour saisir leur proie, et en un instant le campi était cernée le massacre allait commencer. j
Heureusement pour les bûors, un régiment débuta pai donner seul; sa ligne d'hommes^ aux cris épouTantable%| aux gestes furieux, se brisa lors de sa première décharge comme la vague sur la cote; cent cadavres gisanls formè- rent du premier coup un obstacle aux survenants. L'éfoa-, nement se répandit chei tous ceux qui avaient vu le choc] r hésitation lui succéda : c'est qu*une seule balle traver- sait quelquefois cinq^ six et sept têtes. Une seconde dé- charge eut le même succès; le feu devînt ensuite inégal, car pour faire face de divers côtés a la fois, les boers avaient dû se diviser par escouades. Le feu continuait sur la masse de ùifres, qui s'approchait quelquefois à loucher les wagons; les hommes n'avaient qu à tirer leurs nom- breux fusils, que chai^eaient leurs femmes, tandis que les enfants coulaient les balles.
Une heure et demie s'écoula de la sorte, chacun dé- ployant toute son activité, tonte son adresse. La terre était IQïichée autour du camp d'un grand cercle de morts; l'ardeur des Amadebelés ralentie par leur perte^ le reste se
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porta s ur la monlagne de laquelle on découTiait ce qui se passait devant le cercle des ehariols.
les boers eurent un instant de repos; les fusils furent laffe, et rintérieur du camp nettoyé de onze cents assa- gayes qui y étaient tombées, lancées par les Cafres. Les boers ne comptaient que deui morts et trois blessés; plu- sieurs de leurs femmes s'étaient distinguées en brisant la tète d'hommes qui avaient cherché à pénétrer en ram- pant. Plus de six cents Cafres étaient restés étendus sur la place. Le gros, après avoir passé toute la journée en ob- servation et s'être emparé des troupeaux, quitta sa posi- tion après le coucher du soleil afin de retourner vers Mas- * silîcatzî^ dont chaque guerrier avait à redouter la colère pour n'avoir pas su remplir les volontés du despote^ louchant les dix femmes blanches et les dix maisons blanches.
Les boers eurent moins de bonheur sur d'autres points, où des familles furent massacrées sans s'y attendre. Ils se rallièrent ensuite vers le sud, afin de recevoir des renforts et de tout préparer pour une revanche,
A 120 lieues de là, dans la partie du sud^st, vivait un autre chef cafre, despote cruel et puissant : c'était^ Dingaan, roi des Amazoulous, Dingaan avait appris les résultats obtenus par Massilicatzi, auquel il ne demandait pas mieux que de chercher chicane à propos de bœufs et de vaches. Vexé de ce que Massilicatzi ne l'avait pas fait participer au bénéfice recueilli, Dingaan, malgré Thiver
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qui commençait à sévir dans les contrées élevées qu'habi- tait Massilicatzi, mit sur pied 25,000 hommes, et les fit diriger à travers et par-delà les montagnes Qiuithlambène, sur Kuruichane et Mosega, où résidait son ennemi.
Les Àmadebelés, quoiqu'ils eussent affaire à une masse d'hommes aux pieds fendus parla gelée, aux corps nus et crispés par le froid des nuits, ne purent résister au choc des Amazoulous. Ils furent défaits et perdirent nombre de bœufs. Quelques jours auparavant, c'étaient les boers qui étaient venus se payer sur ce peuple des atrocités et du pillage commis sur l'ordre de Massilicatzi. Les Âma- debelés avaient été abîmés; 6,000 têtes de bêtes à cornes furent emmenés par les boers, et Massilicatzi, que la crainte dominait, se hâta de réunir les débris de son peu- ple, avec lequel il alla, sitôt après l'expédition des Ama- zoulous, se fixer à la courbe de la rivière Oury ou Lympopo (rivière Manice), entre les 21* et %T degrés latitude sud.
Cette affaire terminée, Retief leva son camp de Zand- Rivier, et fit route vers la contrée de Natal, cette terre de promission, qu'il découvrit, après sept scoften S du som- met des Assises de Draak-Berg. Il fallut du temps pour trouver une descente praticable; à force de travail. Relief y parvint cependant. Il put voir se laisser glisser à %000 pieds de profondeur une ligne de 1 ,000 chariots pcnrtant les familles joyeuses de se sentir enfin sur une terre
" * La flcofte des Hollandais sud-afHcalDs est le parcours journalier or- ' ihmwaftm attelé de bœufs.
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riche, séparée de celle de leurs oppresseurs par deux bar- rières naturelles.
Une rivière aux eaux limpides et pures fut bientôt fran- chie : c était Tmtguek, non loin des sources de laquelle Relief établit son camp. De là il poussa jusqu'à Huys- Doorn, pour se détacher ensuite lui-même à la baie de Port-Katal, afin d'y recueillir toutes les informations né- cessaires à ses vues. Il y arriva pour la première fois le 19 octobre 1837, et y eut immédiatement une entrevue avec M. A. Biggar, chargé parles quelques Anglais habi- tant Natal de la direction des affaires générales et de régler leurs différends particuliers.
Relief fut bien accueilli, et déroula son projet d'avoir une entrevue avec Dingaan pour s'assurer des intentions de ce chef à l'égard des émigrants, comme aussi pour dé- truire la mauvaise opinion que l'on avait pu lui donner louchant le caractère des boers. Car alors déjà Relief avait eu vent des manœuvres des missionnaires qui avaient ac- cès auprès de la personne du despote. La lettre de Dingaan indiquait ces soupçons, que dans la suite je vis confirmés par les Amazoulous eux-mêmes.
Je possède tout entière cette curieuse correspondance, avec tous les documents principaux des affaires d'alors ; aussi puis^je, quand la nécessité l'exige^ fournir les preuves de ce que j'avance. Je les livrerais toutes à la pu- blicité, si je ne craignais de fatiguer ceux de mes lecteurs dont le but n'est pas de connaître à fond V histoire des
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premiers temps de Natal. Je me bornerai donc aux prin- cipales.
PREMIÈRE LETTRE DE RETIEF A DINGAÂN.
Port-Natal, 19 octobre 1837. Au chef des Amazoulous.
Je saisis l'occasion du retour de vos messagers pour vous informer que mon plus grand désir est d'avoir avec vous-même une entrevue personnelle, afin de dé- truire quelques vagues rapports qui seraient parvenus jusqu'à vous, touchant les intentions du parti qui a quUté la colonie, et qui désire s'établir dans la contrée inhabitée adjacente aux territoires des Amazoulous.
Notre fervent désir est de vivre en paix avec la nation des Amazoulous. Vous aurez appris, sans doute, notre dernière rupture avec Massilicatzi, résultant des fréquents et désastreux pillages exercés par sa tribu, en conséquence de quoi il était devenu tout à fait nécessaire de lui décla- rer la guerre, après avoir échoué d'abord dans toute ten- tative d'arranger les différends.
Je pars dans quelques jours pour la contrée des Ama- zoulous, afin d'arranger avec vous nos futures relations. L'espoir de toujours vivre en paix et bonne intelligence avec la nation des Amazoulous est le sincère vœu de votre véritable ami.
Signé : Retief, gouverneur, etc.
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Âufisitôt après FeiiToi à Dingaan de cette lettre^ dont lecture avait été donnée à H. Biggar et aux settlers réunis de Natal, ceux-ci, dans le but de se lier d'amitié avec Re- lief et de lui témoigner leurs sympathies, lui votèrent celle adresse, sur laquelle, chose des plus étonnantes, pas un nom de missionnaire ne se voit, eux pourtant qui se mêlaient aux affaires publiques et aux démarches générales dont lis donnaient souvent Tidée, afin de tout faire tour- ner au profit de leurs desseins.
ADRESSE A H. PIETER RETIEF PAR LES RÉSIDENTS ANGLAIS DE PORT-NATAL.
Nqus soussignés, habitants de Port-Natal (original set- • llaps), saluons avec un plaisir sincère l'arrivée de la dé- putation de la part des fermiers émigrants sous Pieter Relief, Esquire, leur gouverneur.
Nous la prions de vouloir bien présenter nos bons sou- haits à ses constituants, et de les assurer généralement de notre désir de les recevoir comme amis et peut-être, par suite des circonstances, comme voisins, et surtout de notre vœu qu'une mutuelle et bonne intelligence existe toujours entre nous.
Signé: Alex. Riggar, John Kemble^ J.-D. Steller,
W. BOTTOMLEY, ThOS. HOLSTEAD, C. PiCKMAN, H. OgLE,
Thos« Carden, George Biggar, R. King, John Cane, Char. Adams, H.-C. Toohey, F. Fynn.
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Relief, charmé des bonnes dispositions dans lesquelles il avait trouvé les résidents, leur répondit ce qui suit :
Port-Natal, 23 octobre 1837.
Messieurs, après une réception aussi flatteuse que celle qui m'a été faite à mon arrivée à Port-Natal, il ne me reste aucune cause pour regretter mon très-pénible voyage de quatre-vingt-dix heures passées à cheval. De cœur et de main je vous déclare que les sentiments exprimés par vous sont ceux que je chéris aussi. Je ne doute pa^ que le Tout- Puissant, dans sa disposition des événements, ne fasse en sorte que nous venions à nous unir pour notre bonheur mutuel. S'il plaît à Dieu, j'espère, à mon retour de chez Dingaan, ouvrir avec vous des communications plus éten- dues.
Je reste, messieurs, votre obéissant serviteur et votre fidèle ami.
Signé: ^. Retiep. À Biggar, Esquire, et autres signataires.
Ces pièces suffiront pour établir que la bonne harmonie régnait dans les rapports des boers avec les settlers anglais de Port-Natal, et par elles comme par celles que je fourni- rai encore on jugera combien fut regrettable la non-adhé- sion des missionnaires, et l'effet de leurs sourdes menées auprès de Dingaan, afin d'utiliser la force des Amazou-
lous pour refouler dans rintérieur lesboersj dont la pré- sence inattendue portait ombrage à leurs vues.
Sans plus tarder, Rétief se rendit à Imgunkuncktoie [le grand éléphant], où résidait Dingaan- Cinq journées pas- sées à cheval Ty conduisirent. Le temps était précieux à Relief, et malgré cela Dingaan ne voulut traiter aucun sujet sérieux ni le premier ni le second jour, où le des- pote lui donna le spectacle de danses nationales et guer- rièreSj exécutées par quelques milliers d'hommes* Ce fut seulement le troisième jour que Dingaan consentit à écou- ler Relief; mais dès que le chef des émigrants eut témoigné le désir de se fixer avec les siens au sud du Touguela, Dingaan lui dit : *« Relief, vous saurez qu'un grand nom- bre de bêtes à cornes viennent de m' être volées sans qu'il ait été possible de savoir par qui. Vous et les vôtres êtes pour moi des étrangerSp lusqu'ici je ne vous connais que d'après vos paroles, qui décèlent un cœur blanc il est vrai. Mais que puis-je répondre à votre désir de vous fixer non loin de chez moi, lorsque j'ai appris d'une façon certaine que les Iraces de mes bestiaux volés conduisaient vers les points dont vous débouchez? N'est-il pas juste que je re- tarde ma décision jnsqu^à ce qu'arrivent des éclaircisse- ments définitifs? ï> '
Relief et les siens, parfaitements innocents du vol en question, se disculpèrent de leur mieux, et comme la des- cription des bœufs de Dingaan fut donnée, les boers se rappelèrent avoir effectivement vu tout ou partie de la
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troupe mentionnée chez Synkoyala, habitant alors les sommités de Quathlambène. Retief, si hautement intéressé à se laver et à donner à Dingaan une preuve de dévoue- ment, lui promit de lui ramener ses bestiaux en même temps querauteur du vol, afin qu'il ne pût conserver au- cun doute sur la pureté des intentions des boers.
Cette promesse d'une semblable démarche fut acceptée par Dingaan avec tant de joie, qu'il ofifrit à Retief de lui concéder le territoire de Natal conquis par Djacka, depuis Touguela jusqu'à Omzim-Vobo, s'il était assez heureux pour réussir dans son entreprise difficile.
Quelque temps ensuite, Retief reparaissait devant Din- gaan, auquel il présentait ses troupeaux ramenés avec Syn- koyala lui-même, préalablement mis aux fers. 70 boers l'accompagnaient alors, suivis d'environ 30 domestiques, montés sur un ensemble de SOO chevaux: c'était te 3 fé- vrier 1838.
Comme précédemment une correspondance avait été te- nue entre P. Retief et Dingaan, qui avait alors pour écri- vain et traducteur le missionnaire anglais F. Owen; et comme ces lettres sont en ma possession, je crois bien faire de les traduire ici pour l'instruction de ceux qu'elles pourraient intéresser;
A M. p. RETIEF.
Ungonklove, 31 octobre 1837.
Monsieur, le roi désire que je vous dise qu'il a pris de
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Massilicatzi les moatons qu'ont avec eux les porteurs de la présente; que ces moutons appartiennent aux Hollandais, et qu'a est désireux de les renvoyer à leurs propres maî- tres; que son armée en a pris beaucoup d'autres que ceux que vous voyez; mais qu'ils sont morts par centaines dans laroute, que beaucoup plus sont morts depuis qu'ils sont arrivés ici et qu'il vous en envoie les peaux .
De tout ce qu'il a pu apprendre d'une femme amenée du pays de Massilicatzi, il n'y avait que neuf têtes de bé- tail appartenant aux Hollandais que son armée a captu- rés, et ceux-là sont tous morts depuis qu'ils sont arrivés ici, sans quoi il vous les eût envoyés. Om-Schlala-l'om- douna, qui commandait l'armée, dit que Massilicatzi a fui arec de nombreux troupeaux, et il suppose que la majeure partie a dû appartenir aux Hollandais. Le roi a été très- coQtrarié de l'attaque de Massilicatzi sur les boers. Il dit qu'il ne s'attend pas à ce que tous les moutons qu'il envoie arrivent à Port-Natal, parce que beaucoup d'entre eux mourront certainement en route. Il dit qu'il approuve fort la lettre que vous lui avez adressée.
îe suis, monsieur, etc.
Signé : J Owen, missionnaire venu d'Angleterre.
-{- Marque du chef.
P. S. Le nombre de moutons quittant aujourd'hui cette place est de 110. Le roi enverra par son peuple les peaux
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mentionnées jusqu'à Touguela, et il dit: « Vous pouvez envoyer là un wagon, s'il vous plaît, afin de les chaîner. »
Je crois assez inutile d'observer que le missionnaire Owen était probablement quelque mauvais artisan sorti d'Angleterre, lequel n'avait rien trouvé de mieux à faire que de s'enrôler dans l'armée des pionniers de la civilisa- tion. Son style embarrassé dit assez quelle espèce d'homme il pouvait être : cependant j'ai cru devoir le dire, pour que chacun sache quelles tristes gens l'Angleterre destine quel- quefois à la propagation de ses idées.
Voici une autre lettre, encore adressée à M. P. Relief, écrite pour Dingaan par le même Owen.
Ungunklove, 8 novembre 1837.
Monsieur, celle-ci est une réponse à la vôtre du 24 oc- tobre, et vous expose la conversation qui vient d'avoir lieu. Je suis fâché d'entendre dire que vous avez éprouvé de si grandes pertes delà part de Massilicatzi. J'ai pris de Mas- silicatziun grand nombre de vos moutons, etc., etc. (Ici se répète le contenu de la première.)
Maintenant, quant à ce qui concerne la requête que vous m'avez adressée touchant le territoire, je suis pres- que disposé à vous l'accorder; mais, tout d'abord, je dé- sire vous dire qu'un grand nombre de bestiaux m'ont été volés de ma contrée par un peuple ayant des vêtements, des chevaux et des fusils. Les Amazoulous assurent que
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ces hommes étaient des boers, que ce parlî avait fait route vers Port-Natal; ils veulent savoir maintenant (les Zou- lous) ce à quoi ils doivent s'attendre.
Maintenant^ mon plus grand désir est que vous laissiez voir que vous n'êtes point coupables des charges portées contre vous, puisqu'à présent je crois que vous Têtes. Ma requête est que vous repreniez mes bestiaux et que vous mêles rameniez; et, s il est possible, vous m'enverrez le voleur* Cette démarche m'enlèvera mes soupçons et vous donnera lieu de connaître que je suis votre ami: alors je vous accorderai votre demande* Je vous donnerai suffi- samment de monde pour conduire les troupeaux que vous reprendrez pour moi, lesquels écarteront tous soupçons que les bestiaux volés sont dans les mains des Hollandais, et je veux aussi vous donner des hommes que vous puis- siez m'adresser comme rapporteurs. Si quelques troupeaux étaient pris qui ne f usinent pas des miens, je vous prie de me les envoyer-
-\' Marque du cftf/'DîN&jUN,
Témoin: F. Owen.
A Pieter Rettrf, ^sywtre, gouverneur âet Hollandais émi- grants.
A la lecture de ces deux pièces, on peut se convaincre de la justice des prétentions des boers- Dingaan était maître du territoire; n'en ayant nul besoin pour son peuple^ il
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pouvait en disposer. On voit qu il était amené librement à signer une cession du territoire, à laquelle il consentait pourvu que les conditions imposées à Relief fussent rem- plies.
La lettre suivante est la dernière communication écrite de P. Retief au roi des Àmazoulous.
A DINGAAN, ROI DES AMAZOULOUS.
Port-Natal, 8 novembre 1837.
Cest avec plaisir que je reconnais votre amitié et votre justice touchant mes troupeaux pris par vous de Uassili- catzi. Je vous remercie pour ce qui est des peaux que vous avez de si bon cœur offert de me retourner; mais je désire que vous les gardiez pour votre propre usage et profit. Je n'ai nulle peine à croire, comme vous le dites, qu'un si petit nombre de mes troupeaux ait été pris par votre armée des mains de Massilicatzi, parce qu'ayant vu nombre des vôtres dans différents villages, je n'en ai rencontré aucun des miens parmi eux.
Massilicatzi, je n'en doute pas, a fui au loin, parce qu'il doit penser et sentir que je punirai sa très-mauvaise con- duite. Déjà n'ai-je pas lieu de me plaindre d'avoir été con- traint de tuer tant d'hommes de son peuple, pour avoir seulement été les exécuteurs de ses ordres cruels?
^ qui vient d'arriver à Uassilicatzi me donne à penser ptr^iûswnt^ ce Dieu qui sait tout, ne hii permet-
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Ira pas de vivre plus longlemps. Le grand livre de Dieu nous apprend que les rois qui se comportent comirie Mas- silicatzi sont sévèrement punis ^ et qu*ii ne leur est pas donné de vivre et de régner longtemps; et si vous désirez apprendre plus au long comment Dieu traite de sembla- bles mauvais rois, vous pouvez vous en informer auprès de tous les missionnaires qui sont dans votre pays. Vous pouvez croire ce que vous dirontces prédicateurs touchant Dieu et son gouvernement sur le monde.
En regard de ces choses, je dois vous conseiller de cau- ser fréquemment avec ces messieurs, qui désirent vous prêcher la parole de Dieu, parce qu'ils vous apprendront avec quelle grande justice Dieu a gouverné et gouverne encore tous les rois de la (erre.
Je vous assure que c'est pour vous une excellente chose d'avoir permis à des prédicateurs de s'établir dans notre contrée; bien plus, je vous certifie que des prédicateurs sont venus à vous parce que Dieu a mis dans leurs cœurs ridée de faire ainsi, et ils peuvent vous montrer^ le tirant de la BiblCj que ce que je vous dis présentement est vrai.
En ami, il faut que je vous dise cette grande vérité, que tous noirs ou blancs qui ne voudront pas entendre et croire la parole de Dieu seront malheureux. Ces messieurs ne sont pas venus vous demander du territoire ou des bestiaux, moins encore pour vous causer de la peine en quoi que ce goit; mais seulement afin de vous prêcher à vous et k vo- tre peuple la parole de Dieu,
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Maintenant je remercie cordialement le roi pour s -^ bonne et favorable réponse à ma demande, et j'espère qu-^^ le roi se rappellera sa parole et sa promesse lors de rnocr^^^ retour. Vous seriez satisfait que je fisse de même.
Je crois probable qu'avant mon retour chez vous, vous^^ serez troublé par des avis touchant la requête que je vous -^ ai adressée et la promesse que vous m'avez donnée; et je crois possible que davantage encore sera raconté au roi quant à moi et quant à mon peuple, rapports qui pour- raient avoir une apparence de vérité. Si- de semblables discours vous étaient tenus, mon vœu, ma demande est qu'à mon retour vous me disiez qui a pu tenir un pareil langage; je ne crains pas de rencontrer en votre présence quiconque aurait mal parlé de moi et de mon peuple. Mon désir est qu'il ne vous plaise pas, avant mon retour, d'écouter qui que ce soit qui voudrait vous susciter des embarras concernant la contrée dans laquelle je souhaite vivre.
Pour ce qui est des voleurs qui ont pris vos bestiaux et de ce qu'ils ont dit, savoir, qu'ils étaient des boers, c'était un adroit artifice pour vous donner à penser que j'étais un voleur, afin de pouvoir eux-mêmes s'échapper impunis. Je crois avec confiance que je prouverai au roi que moi et mon peuple sommes innocents de ce crime; connaissant mon innocence, je sens que vous m'avez imposé une sé- obligation que je dois accomplir, afin de prouver que ats pas coupable. Vomr cette démarche que vous
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me lecpiérez de faire^ accompagnée comme elle l'est de dé- phases, d'embarras et de risques de vie, je vous en dois répondre à vous, au monde et au Dieu qui sait tout.
Maintenant, je vais plaçant ma confiance en Dieu, qui me donne l'espoir que je serai capable d'exécuter cette en- treprise de telle manière que je pourrai donner à tous une réponse satisfaisante. Gela fait, j'attendrai alors la con- viction que j'ai affaire à un roi qui tient sa parole.
Tesçère que quelques-uns de vos hommes, et spéciale- ment ceux des Kraals, de qui les bœufs ont été volés, re- cevront l'ordre de me suivre comme il est convenu, e qa'aussi ils obéiront ponctuellement à tous mes ordres.
Je vous remercie pour la bonne réception que vous m'a- vez faite, en retour de laquelle je m'efforcerai toujours de TOUS témoigner une égale bonne volonté. Votre dévoué.
Signé: P.Retief.
P. S. Je joins ci-incluse, pour l' information du roi, une note des personnes assassinées et des troupeaux pillés par Hassilicatzi.
20 personnes blanches et 26 de couleur massacrées, parmi lesquelles étaient 9 femmes et 5 enfants; troupeaux pillés de 27 personnes; chevaux de selle, 51; chevaux élèves, 45; bœufs de trait, 945; bestiaux d'éleveurs, 3,726; moutons et boucs, 50,745, et aussi 9 fusils et 4 wagons.
Signé: P.Retief.
C'est donc après avoir accompli sa mission difficile que
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Relief se présentait de nouveau devant Dingaan, aux pro- messes duquel il croyait pouvoir se fier; il y comptait mém^ si fort qu'il avait préparé d'avance l'acte de cession de territoire, que Dingaan n'avait plus qu'à signer.
Hais, bien qu'il sût que de secrètes manœuvres avaient été ourdies contre lui et les siens ^; quoiqu'il eût, par tous moyens possibles, cherché à ménager la susceptibilité des missionnaires, qu'il savait capables de tant lui nuire ^, Retief ne se tint pas assez sur ses gardes. Voici un rapport succinct de tout ce qui se passa lors de cette dernière visite.
Ce fut dans la matinée du samedi 3 février 1838 que P. Retief et son parti atteignirent Ungunkunklove, la ca- pitale de Dingaan, où avant de pénétrer ils donnèrent au roi le spectacle d'un combat simulé à cheval. Cette dé- monstration de parade sembla faire à Dingaan beaucoup de plaisir, et il s'empressa de témoigner le désir de voir tirer d'ensemble cent coups de fusil. Retief s'en abstint par prudence, et Dingaan affecta de paraître n'y plus songer en donnant lui-même le signal des danses, marque de grande considération pour ses visiteurs, qu'il prolongea le samedi et le dimanche entier sans presque souffrir d'in- terruption.
* Owen et Gardiner avaient répondu à Dingaan, qui s'informait de ce qu'étaient les boers : « Ces hommes se soustraient par la fuite au pou- voir de leur roi. Ils n'agiraient pas ainsi s'ils étaient de bons sijgets. Ce sont des vagabonds dont le voisinage est redoutable. Ils vous rendront le mal pour le bien que vous leur ferez. »
' On a pu s'en convaincre par sa dernière lettre k Dingaan.
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Le lun^ 5, dans la matinée, Dingaan congédia la plus part de S€b i^iments, ne retenant auprès de lui que ceux de recrues, composés à'abafanM et de deux d'élite, qui avaient nom Om-SMa/ngorOm^chlùpu^ les boucliers blancs, et (Ht^Sckkingik'UomùmMj les boucliers noirs. La veille, sur les instances de Retief, il ayait signé devant témoins le traité par lequel il abandonnait aux boers tout le terrain compris du nord au sud entre les rivières Touguela et Om- Smvi^9 et de Test à Fooest entre la mer et les montagnes de QuttUilambène. Celte affaire le préoccupait vivement; qudquefbis même il avait un air assombri , inaccoutumé, qu'observa un jeune settler anglais alors dans l'habitation de M.Oweii. Ce jeune homme s'empressa de témoigner aux bo^s ses (maintes, d'autant plus fondées que, vivant dans Tintimité du missk)nnaire Owen, il avait recueilli le sena semi-obscur de plus d'une phrase sinistre.
Les boers n'en tinrent pas de compte. William Wood, le settler dont je parle, se retira chez Owen, qui se gardait de se montrer au dehors, et fut témoin de la scène sui- vante.
Dingaan, après être sorti de sa hutte, s'assit vers la partie supérieure du mouzi, dans son large fauteuil à bras, fait d'une seule pièce. Ses deux principaux régi- ments furent rangés à droite et à gauche, ayant sur leurs ailes les plus proches du siège royal leurs deux capitaines, pour qu'ils pussent recevoir et transmettre les ordres éma- nés de la bouche du roi.
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Le cercle fut formé, et aussitôt un message fut adiesséà Relief, le priant d'entrer dans Tenceinte, lui et tout m monde, afin d'y recevoir les adieux de Dingaan. BetieCse rendit à cette demande, accompagné de tous les sens et des domestiques, à Texception de deux hommes partis àla recherche des chevaux. Leurs armes étaient restées sans garde sous les deux arbres à lait (kooker-boom) situés hois du mouzi.
Comme Retief s'approchait de Dingaan, le roi lui dit d^ annoncer aux fermiers de Natal, sitôt après son retour chez eux, que son plus grand désir était de les voiraiié- pandre et posséder le pays qu'il venait de leur concéder, et aussi de leur parler souvent de sa personne. Alors il souhaita au parti de Relief un voyage agréable vers Natal, et sans plus tarder il les engagea à s'asseoir et à boire le tchmala, invitation que par malheur les boers accep- tèrent.
Retief se tenait auprès du roi, mais les fermiers et leurs domestiques étaient à une faible distance. Dingaan or- donna à ses troupes de chanter et de danser, afin de di- vertir les boers. L'air retentit de chants guerriers, et la terre trembla sous le frappement des pieds.
A peine y avait-il un quart d'heure depuis le commen- cement de la danse que Dingaan, se levant, entonna lui- même une chanson improvisée sur un air connu des Amazoulous, et dont les boers ne comprenaient aucu- nement le sens. Puis vint la dernière strophe : « Buvez,
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oh ! buvez-en de la bière; vos gosiers brûlants la récla- ment. Buvez-en tant que vous le pourrez ; car demain vous ne boirez plus! A moi, mes guerriers! Lancez-vous, sai- sissez, tenez bon, et tuez, tuez-moi tous ces sorciers-là! >»
La terrible sentence, Vom-tagaty boulaUiy était sortie de la bouche du chef. Une confusion sans exemple prit la place de l'ordre. Dix Cafres, s' acharnant sur chaque boer, se furent bientôt emparés de leur proie, qui, de désespoir, jouait du couteau, piquant et taillant à tort et à travers. Vingt assaillants furent ainsi tués; mais tous les boers, succombant au nombre, furent empoignés, et dans leur rage ils mordaient encore de ces corps nus chaque partie à portée de leurs dents.
Malgré le vacarme de l'attaque soudaine, de la résis- taoce désespérée, une voix surgissait encore dominant tout : c'était celle du tyran. « Prenez le cœur et le foie du roi des fermiers, et placez-les sur la route des fermiers. »
Les boers, garrottés, furent traînés jusque sur une col- line distante de 300 pas, pii, sur Tordre réitéré de Din- gaan, les Amazoulous se mirent en devoir de tuer leurs victimes, en frappant les uns à coups de tongas sur la tête et en brisant le cou aux autres en forçant la tête de tour- ner vers l'arrière du corps. Retief seul fut ouvert; son cœur el son foie, enveloppés dans une pièce d'étoffe, furent por- tés àDingaan. Les cadavres restèrent sur la même place où ils étaient tombés sans que l'on se permît de toucher à leurs vêtements.
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Le massacre terminé, les deux capitaines faToris de Din- gaan s'approcbèreot du mi et camèrenl longtemps avec lui : c'étaient Scblala et Tomboussa» Le résultat de la con- férence fut renvoi d'un parti puissant vers le camp de wagons, alors établi près de Bfmhje&mam-lHvier^, où Relief avait laissé les femmes et 1^ enfants de ses infortunés compagnons. L'ordre était de tout y tuer sans exception, hommes, femmes, enfants, qu'ils fussent blancs ou noirs.
L'horrible bande, sans prendre seulement le temps de se laver du sang des boers tués le jour même^ s'allongea comme un hideux serpent noir sur le lapis vert des plains environnantes ; elle poussait des crisaigus^ cris de guerre terrifiants, se promettant une longue série d'actes sem- blables. Mais d'Ungunkuncklove à Boschjesmans^Rivier, la distance était grande, les rivières aussi étaient en partie gonflées, ce qui empêcha le hideux corps noir d'atteindre le point indiqué avant le 16 au soir.
Le i 7 février i 838, le crépuscule allait éclore; tout dor- mait au camp, que, déjà cerné et envahi par les Amazou- lous au nombre de i 0,000 , plus d'un des habitants était passé du sommeil à la mort. L'éveil donnée les cris de désespoir des victimes, les cris si déchirants des femmes et des enfants, se mêlèrent aux hurlements féroces des as- saillants. Point de grâce ! Le fer, retiré de la poitrine du mari j était plongé dans le sein de la femme, traversait en outre le corps des enfants. Le sang coulait par flots; le groupe noir s'agitait dans cette mare pourprée et parais-
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sait chaussé de brodecpiins rouges. Une fois assuréi qu'ils n'avaient plus affaire qu'à des femmes et à detealiiits, les barbares prirent le cruel plaisir de larder leurs victimes, d'oumr le ye»tre aux feounes enceintea encore vivantes, d'en extraire le fruit, qu'ils taiiaasaient par les pieds, et dont ils brisaient la tâle lor le fer des roues. Les mères demandaient en ^rèee à leurs bourreaux qu'ils les ach^ yassent, que é' «a seul coup la tête fût brisée ; mais point : seulement, après le pillage effectué, les cruels Zoulous, ^nand ils allaient partir, se décidèrent à lever encore une kk sur dles leur tonga rouge de sang.
Tout fut impitoyablement massacré sur ce lieu, où s'é- lève aujourd'hui une ville nouvelle, tout, excepté une jeune fiQe tombée sous les cadavres de sa famille, qui survécut à dix^ieuf coups d'assagaye , et que j'eus occasion de mr sous Draakensberg. Outre quelques hommes, 31 7 fem- mes et enfants périrent dans ce massacre, et portèrent à 616 le nombre total d'individus des deux sexes assassinés par les Cafres.
LesÂmazoulous, couverts de sang, mais non rassasiés de carnage, se divisèrent alors en "plusieurs corps détachés, dont le plus fort alla donner sur le camp de Blaw-Kranz- Rivier. Mais là se trouvaient H. Potgieter, Jacobus Huys et G. Haritz, qui les attendirent de pied ferme, les accueil- lirent sévèrement et les contraignirent à lâcher pied, aban- donnant tout espoir de réussir dans leur tentative, après avoir laissé sur le terrain 5 ou 600 de leurs morts.
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En môme temps, vers le gué de Boschjesmans-Rivier, 3,000 Amazoulous tentaient de le franchir pour joindre et massacrer les habitants d'un petit camp qui n'ayait guère à opposer plus de 34 hommes tirant le fusil; la force du courant entraînait les individus qui cherchaient à traverser isolément. Les Amazoulous s'imaginèrent qu'il était mieux de faire la chaîne, d'autant qu'ils remar- quaient que les boers ne tiraient pas chaque fois qu'ils es- sayaient ce moyen.
Voici donc les boers perchés au bord méridional, assis et croisant nonchalamment leurs longs fusils sur les ge^ noux, tandis que de la rive septentrionale s'avançait à. tâtons un ruban d'hommes qui bientôt allait avoir deur extrémités solidement établies. C'était justement ce qu'at- tendaient les boers. Deux coups partent, deux chaînons sont brisés; les 30 ou 40 hommes du centre, abandon- nés à la force de l'eau , sont emportés par elle, tour- billonnent, disparaissent, pour reparaître encore et s'en- gloutir ensuite. Les quelques naufragés qui s*estiment heureux de gravir les roches sises du côté des boers sont fusillés par les enfants. À deux ou trois reprises différentes même tentative des Amazoulous , même rupture ^ même noyade.
Boschjesmans-Rivier engloutit ainsi dans ses eaux ra- pides plus de 200 Cafres et sauva les 34 tirailleurs du déchirement de 3,000 Amazoulous.
Aussitôt que ces désastreuses nouvelles, suites delà perfi-
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die de Dingaan, se furent répandues dans les divers camps des boers et chez les settlers anglais de Port-Natal, l'in- dignation s'éleva partout à son paroxysme. De leur côté, les settlers de Natal réunirent 1,000 hommes, tant blancs que Hottentots et Cafres, comprenant 230 fusiliers, le reste armé de boucliers et d*assagayes. Ce corps était destiné à envahir le pays des Amazoulous en franchissant Touguela à une lieue de son embouchure. D'autre part, les boers s'étaient réunis au nombre de 340 hommes , tous bien montés en chevaux et en armes, mais ne devant traverser Touguda que dans le haut, à 12 ou 15 lieues de sa source.
Contl'aint de diviser ses forces, Dingaan devait éprouver un échec décisif; la réussite paraissait certaine à tous. En conséquence, le 6 avril 1838, le commando des boers quitta le camp sous les ordres de Pieter Uys et J. Potgieter. A leur entrée sur le territoire de Dingaan, les boers virent la contrée abandonnée. Ce 'ne fut qu'à leur approche d'Ungunkuncklove qu'ils rencontrèrent de l'opposition.
Là ils trouvèrent, le 11 avril, l'armée des Amazoulous, partagée en trois divisions, forte de 7,000 hommes, avan- tageusement postés sur divers rocs formant un demi-cercle. La route qui conduisait à la royale résidence passait à travers une gorge étroite, sise au milieu du cercle, et sur chaque côté l'ennemi était prêt à répondre à l'attaque. La troisième division était couchée en embuscade dans le but évident de se refermer sur les boers, s'ils entraient dans le cercle, et de leur couper ainsi toute retraite.
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Malgré r immense disproportion du nombre, les boers riwliirent d'attaquer sans di^lai. Ils se séparèrent en deux corps à peu près égaux, et affrontèrent de la sorte deux dmsions zoulouses> Dès la première charge, une dmsion des Amazoulous fut complètement mise en déroute; mais d'un autre côté il paraît que le bruit des boucliers, frappés dans cette intention, effraya les cheTaux des boers à tel point que la confusion les empêcha de rester groupés.
Alors le parti ([ue commandait P* Uys dut soutenir seul le choc de ! armée Eoulouse, ce qu*il fit dignement. Par un feu soutenu et parfaitement dirigé, les l)oer5 avaient déjà jeté la confusion dans les rangs de leurs ennemis ; mais, doublant leur courage et prétendant payer d'audace, les Amazoulous revinrent immédiatement à la charge, et la vaillante petite troupe se vit en un instant cernée de toutes parts.
Chaque boer combattait en désespéré; V acharnement des Amazoulous paraissait s'augmenter en raison de leurs perl^. Déjà depuis une heure et demie T attaque et la dé- fense rivalisaient dXTorts, quand les boers, reconnaissant qcift le danger devenait de phis en plus imminent, s* en- tendirent pour concentrer leur feu sur un seul point du cercle. Ce fut Taffaire dun instant; 1* issue ouverte à ira- vers un rempart d'hommes, les chevaux, lancés au galop, fittssèrent outre, entraînant leuis caTalîers, qui de dessus leurs montures envoyai^t aicore d^ wups de fusil aux
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plus hardis des assaillants, donl les assagayes plurent un instant aulour d'eux.
D'après restimalion la plus faible et la plus raisonnable^ les Amaroulous perdirent dans celte affaire ennron 600 des ieurs ; c' citaient les plus ardents^ les plus braves, ceux qui, n'ëcoulant que leur ardeur, s'étaient rués les premiers au commencement > Quand les Amazoulous, cédant à T im- pétuosité et au feu destructeur des boers, se relirèrent, Piet Uys, suiti d'une vingtaine d* hommes, s'élança bra^ vement à leur poursuite jusque dans une gorge, où il fut tout à coup cerné par un grand nombre d'ennemis, ne comptant plus autour de lui que neuf de ses compagnons, Uys S6 défendit de la plus héroïque façon, ayant à ses côtés son jeune flls, âgé de douze ans, qui tomba percé d'un assagaye, jusqu'à ce que lui-même j cloué à son cheval par un autre assagaye qui lui avait traversé la cuisse, tomba épuisé par la perte de son sang* Ses dernières paroles fu- rent : « Baltez-vous, mes braves camarades, jusqu'à vous faire jour à travers vos ennemis j pour moi, je meurs. »
Les boers laissèrent dix des leurs sur cette place, Dans leur retraite^ ils tuèrent encore bon nombre d'Amazoulous qui s'étaient mis à leur poursuite. Et ceux-ci, forcés d'a- bandonner ridée d'agir le même jour, détachèrent sept es- pions chargés de reconnaître la position que prendraient les boers pour la nuit. Malheureusement pour ces espions, qu'aperçurent quelques boers slalionnés dans un champ de maïs, on leur coupa la retraite; pas un ne put remplir
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la mission pour laquelle il avait été envoyé; tous tombè- rent sous les balles.
Le jour même de cette sanglante affaire, les setUers an- glais partaient de la baie Natal afin d'agir de concert aîec les boers, quoiqu'à distance. Le 16 avril, ils passaient le Touguela et s'emparaient de nombreux troupeaux, après en avoir battu les propriétaires. Leur nombre était de 800 à 1,000, comprenant 250 fusiliers principalement composés de Cafres. Mais le 17, au lever du soleil, ils se vi- rent entourés par un corps nombreux d'Àmazoulous com- mandés par Panda; ils venaient justement d'apprendre la défaite des boers et l'espèce d'avantage si coùieax obtenu par les Âmazoulous, ce qui ne contribua pas peu, sans doute, à influencer leur courage dans une position aussi critique.
Le conflit fut sanglant et d'autant plus désespéré que les Cafres de Ogle avaient lâché pied pour se soustraire par la fuite. Durant deux heures les coups de fusil reten- tirent au loin, puis ils se turent après la chute du parti de Natal, duquel il n'échappa que 15 hommes de ceux qui résistèrent; 15 qui, malgré les crocodiles, n'hésitèrent paîs à se jeter dans les eaux du Touguela.
1 3 Européens, 1 0 Hotlentots et 6 ou 700 Cafres de Port" Natal y furent tués par les Âmazoulous, qui eux-mèmeé perdirent trois régiments entiers, composés chacun der 1,000 hommes.
Sitôt après cet exploit, 25,000 guerriers âmazoulous
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prirent la route de Port-Natal, où ils se répandirent, pil- lant les bestiaux, enlevant toute propriété meuble, exer- çant sur leurs prisonniers les plus cruelles vengeances, avertis à temps, les habitants purent chercher un asile mr un navire récemment entré dans le port; mais les Ca- fires d'Om-Guinée furent moins heureux : réfugiés dans les bois avec leurs femmes et leurs enfants, ils y furent bientôt traqués et bientôt saisis. Les hommes furent sim- plement tués à coups d'assagayes; les femmes furent ré- servées pour un cruel amusement : habillées d'herbes së- cbes, les bras fixés sur le dos, elles furent enfermées dans un kraal où les spectateurs placés au dehors lançaient sur dles des charbons enflammés. Les contorsions effrayantes qu'elles faisaient sous les flammes, leur course désespérée et en délire, que les Zoulous nommaient une danse, tout fat pour ceux-ci une récréation digne d'eux, une fête qui leur procura toute la joie que leurs cœurs, barbares aussi longtemps que dure la guerre, étaient capables de res- sentir.
Ce fut quelques jours après ces désastres que vinrent à Port-Natal deux boers, J. Uys et L. Badenhost, chargés de faire des arrangements pour une résistance mutuelle, et de promettre que 200 des leurs viendraient protéger la place. Cinq mois ensuite, les boers d'un côté, les Ama- zoulous de l'autre, après s'être refaits, songeaient encore àen venir aux mains et n'attendaient que l'occasion. Alors par philanthropie, toujours mu par celte raison si louable,
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le gouverneur Napier lança une proclamation, interdisant Texportation de la poudre, du plomb et des «nnes à feu. 11 voulait, disait-il, arrêter l'effusion du sang, afifectant de ne pas croire à la possibilité que les boers fussent mas- sacrés par les Cafres, à défaut de munitions suffisantes. II faisait en même temps à ces mêmes boers de honteuses propositions, comme celle de retourner habiter la colonie, où il leur promettait des avantages dont ils n'avaient ja- mais joui. Encore par philanthropie, il envoyait, le 20 no- vembre 1839, à Port -Natal, le major Charter, avec on dé- tachement de 100 hommes de troupes de ligne pour empêcher les boers de prendre leur revanche sur les Ca^ fres. Mais c'était en réalité une prise de possession, comme elle fut avouée plus tard par les commandants euï- mêmes; car, avec leur manque absolu de moyens de loco- motion, les troupes anglaises d'infanterie étaient dans rimpossibilité d'interdire aux boers de faire la guerre aux Cafres si cela leur plaisait. H ne leur était pas plus aisé non plus de protéger les boers contre une invasion de Ca- fres, et à peine eussent-ils pu se défendre eux-mêmes dans un genre d'attaque à eux inconnu .
Aussi, malgré les protestations du gouverneur, sir Geor- ges Napier, faites aux boers par le major Charter, ceux-ci ne restèrent pas inactifs durant les mois de novembre et décembre 1838 et janvier 1839; ils entrèrent sous le com- mandement de Prétorius dans la contrée de Dingaan, afin de prendre une éclatante revanche et de se payer de leurs
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pertes. Après diverses prises et quelques escarmouches, où les patrouilles avaient fusille passablement deCafres épars, espions ou supposés tels^ les boers étaient arrivés le lo dé- cembre iM>n loin à' Om-Sîniahj [rivière des buffles), au l^ed d'une montagne isolée, proehe de laquelle coulait en serpentant dans des plaines d*herbes longues une petite rivière nommée depuis lors Bloed-Rivier (rivière de sang). Ce&t de là qu ils virent se lever pour euic le fameux soleil du dimanche 1 6 décembre \ 838, le plus grand jour de leur histoire.
Tout avait été disposé pour la défense, car di»s la veille on savait l'approche des forces eafres, s'élevanl de 30 à 36,000 hommes, ^'uile crainte ne régnait au camp; ja- mais les boers ne s'étaient encore trouvés réunis en une troupe aussi nombreuse; ils comptaient 900 hommes bien armés, résolus, se fiant à la force de leurs fusils et à la puissance de leurs canons? dont ils avaient eu soin de iie munir cette fois. Le pays s'étendait au loin? sans ob- struclion d* arbres ni de roches i le ciel était beau^ Faîr était pur; mais T incertitude qui précède le crépuscule durait encore quand les sentinelles avancées crurent en- tendre un froissement d'herbes, et découvrirent aussitôt les imazoulous qui s'avançaient en ordre, chaque régi- ment ayant son grand capitaine en tête. '
L'éveil fut donné en même temps que s* exécutait la manœu^Te de cernement oh les ennemis déployaient toute leur agilité. Cet instant suffit au jour pour éclairer assez
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la position des assaillants. Les canons ouvrirent le feu, lançant une grêle de mitraille de chaque embrasure, éten- dant devant eux sur la terre un nombre plus ou moins grand de corps noirs , s' élevant quelquefois à quarante. Les fusils des boers détonèrent ensuite sur tous les points, logeant leurs balles avec une précision désespérante pour lesCafres.
Les Àmazoulous répondaient pour la première fois par des armes à feu prises aux settlers tués àTouguela; mais leurs coups mal adressés restaient sans résultats visibles ; leurs assagayes, sillonnant l'air sur mille points à la fois, menaçaient de faire considérablement de mal si l'appro- che leur était permise. Heureusement pour les boers, cha- que point où les corps s'avançaient plus menaçants était aussitôt balayé par leur mitraille.
Depuis deux heures le combat durait sans interruption, au grand détriment des Cafres, dont les morts couvraient la terre, lorsque le commandant des boers, craignant de Toir se ralentir le feu par le manque de balles, ordonna d'ouvrir instantanément plusieurs issues et de fondre à outrance sur les assaillants, qu'il fallait à toute force dé- loger de leurs positions pour avoir le repos nécessaire.
Cette mesure n'était pas sans danger; mieux valait infi- niment pour les boers continuer à rester retranchés, lors même que leur feu dût être moins nourri. Quoi qu'il en pût être, cette sortie, par son ensemble d'exécution, par la hardiesse qu'elle témoignait, par la stupéfaction qu'elle
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produisit chez les Cafres, jeta dans leurs rangs la terreur, et les contraignit à la fuite la plus rapide. L'acharnement des boers était tel que plus d'un^ éloigné de 2 lieues du camp, quoique seul à cheval, allait fusillant chaque fuyard qu'il apercevait.
Ceux-ci, débandés, erraient à l'aventure; mais beau- coup, profitant d'un trou, d'une pierre, d'un champ d'herbes longues, d'une rivière ou d'une bordure de ro- seaux, avaient cherché, en se blottissant, à se soustraire aux regards des poursuivants. Des enfants des boers fu- rent les premiers à découvrir une retraite de ce genre, oui quelques centaines de Cafres se comportaient comme des crocodiles ou tout au moins comme des hippopotames : plongés dans l'eau jusqu'au nez et couverts par une bor- dure de roseaux, ils espéraient attendre ainsi la nuit, qui de ses ombres protégerait leur retour chez eux. Pour les enfants la découverte était précieuse. Ils voulaient d'a- bord procéder seuls; mais malgré eux quelques hommes s'adjoignirent à leur bande , qui cerna les amphibies de nouvelle espèce. Ceux-ci tour à tour plongeaient à la vue d'un fusil couché dirigé sur leurs têtes; mais l'air, ce principe d'existence indispensable aux poumons, les for- çait à relever le nez pour respirer, et alors les têtes, traver- sées par la balle, plongeaient pour ne plus se relever. De cette manière plusieurs centaines d'Àmazoulous furent tués dans la rivière de Sang, qui prit son nom de cet évé- nement.
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Sans doute ces procédés paraîtront cruels à des Euro- péens; mais que devaient faire les boers en présence de l'impossibHité matérielle de garder des prisonniers? Assu- rément tout Européen à leur place eût agi de même. Le nombre des morts compté sur le champ de bataille excé- dait 3,2^)0; celui des blessés fut inconnu, et devait être encore plus grand. Tel avait été pourtant le résultat de quelques heures de fusillade habilement diri^ par 900 Sud-Airicains, qui ne durent leur salut qu'à la forme de leurs fusils, à la charge, à la nature des projectiles et à leur adresse incontestable.
Après avoir traversé Om-Schlatousse le 19, les boers ar- rivèrent le 20 en face delà ville capitale de Dingaan,qui fumait encore, incendiée la veille par les ordres du des- pote fuyant. C'était un ovale long de 6 ou 800 pas, vide à l'intérieur, comprenant sur son pourtour 1,800 huttes disposées par rang^^ dont chacune pouvait abriter âO guer- riers.
Le 2i, le camp des boers fut assis sur la hauteur oà avaient été massacrés, l'année précédente, Retief et ses malheureux compagnons. Cette vue inspira à tous uœ pro« fonde douleur; là encore ils purent raviver la haine qu'ils portent naturellement aux Cafres et trouver une puissante excuse à leur impitoyable façon d'agir... L'un d'eux écri- vait: ic La vue du cruel martyre dont les os de nos parents et de nos compagnons morts nous donnaient des preuves ir- récusables, inspirait l'horreur la plus profonde à nous qui
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nous les rappelions. Notre regard s en écartait sans cesse, car noire cœyr se gonflait, et les larmes coulaient des yeux de tous. Tout était là, jusqu'aux courroies de cuir vert qui avaient serri à les garrotter, et que Ton voyait encore attachées aux ossements de quelques-uns d'entre eux. Les bâtons et les massues dont on avait fait usage pour les frapper se rencontraient par milliers et en pièces le long du chemin par lequel on les avait traînés. Ces bâtons étaient pour la plupart de ceux dont les Amazoulous se servent dans leurs danses; d'autres étaient des palissades dont ils construisent leurs maisons ou des entourages de parcs. Entre les autres squelettes ou ossements qui gisaient là, on reconnaissait ceux des boers à leurs crânes brisés, et aussi parleur position au milieu de monceaux de pierres déta- chées, les mêmes dont lesCafres s'étaient servis pour mettre un terme à leurs souffrances. i>
Le squelette de P. Retief fut reconnu par des lambeaux de vêtements qui y adhéraient encore ; et comme si Dieu avait voulu dénoncer les droits des boers sur la contrée concédée par Dingaan, un seul objet se trouva sur lui pré- servé de la corruption: c'était son portefeuille en cuir tanné où divers papiers étaient renfermés. Ouvert en pré- sence de tous les assistants, un papier écrit en anglais ex- cita vivement la curiosité. Edward Parker, que le hasard avait conduit à faire partie de Texpédilion, le traduisit aussitôt, et révéla par ce simple monument le droit des boers à la contrée de Natal Cette pièce, courte, concise,
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explicite, a quelque chose de si sacré, que je la livre tex- tuellement en anglais, telle que je l'ai copiée sur l'original.
Unkunkinglove, Zith february 1838.
Know ail men by this !
That whereas Pieter Relief, governor of the Dutch emi - grantsfarmers,hasretakenmy cattle which Sinkonyella had stoUen from me, which cattle he, the said Relief, de- liveredunto me; I, Dingaan, king of the Zoolas, do hereby certify and déclare that I, thought fil to resign unto him. Relief and his countrymen the place called Port-Natal, together with ail the land annexed, Ihat is to say, from the Togela to Ihe Om-Sovoobo rivers west ward, and from the sea to the north as far as Ihe land may be usef ul and in my possession.
Which I did by this and give unto them for Iheir ever- lasting property.
-}- Mark of king Dingaan,
Witnesses:
M. OosTHUisEN Marao + 6^^^^ counsellor;
A.-C. Greyling Juliavius + d°
B.-J. LlEBENBERG MaNONDO + d°
La cession de territoire élait connue de tout le monde ; le litre seul manquait, et ce fut dans une occasion aussi so- lennelle qu'il fut retrouvé. Sans aucun doute, si l'affaire
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des boers était portée au tribunal des nations, ces hommes obtiendraient justice; ils jouiraient en liberté d'une terre bien et dûment cédée et acquise tout d'abord et re- conquise ensuite au prix de leur sang. Hais la loi qui régit les bétes est, à ce qu'il parait, la seule aussi qui ré- gisse les nations; les canons au cœur de fer sont aujour- d'hui les seuls juges compétents reconnus par elles. Il est triste de songer qu'il en soit ainsi, car quelle ressource peut encore sourire au cœur de la nation faible, opprimée? Un jour peut-être viendra, moins loin qu'on ne le pense, où la liberté suipra pour les boers, dont le noyau grandis- sant est destiné à porter ses ramifications du Cap à l'é- quateur.
En janvier 1840, une dernière expédition partit de Pie- lers-Hauritz-Burg, envahit le pays des Àmazoulous, chassa Dingaan au-delà de ses limites, oix le despote fut tué par les Ama-Souazis ,